Prends ton sac et ton bâton…

Les cartables sont bientot vidés, les livres rendus. Les cahiers, eux, sont rangés dans une sorte de gheniza familiale où ils passeront l’été sans qu’on les ait ouverts, avant d’être définitivement jetés fin août.
-Mais connaissez-vous l’histoire des cartables et sacs, ai-je demande à mes petits enfants?

La chanson de la vidéo ci-dessus s’appelle  קח תרמיל קח מקל (Ka’h tarmil, ka’h makel) « Prends un sac, prends un bâton » et nous invite à partir en Galilée.

Le mot sac est תרמיל (tarmil), besace de berger, est un mot d’origine araméenne (en araméen on dit tarmila) et entre dans l’hébreu à l’époque de la Mishna. Comme le dit ce proverbe:  » אין הסומא יוצא במקלו ולא הרועה בתרמילו , aucun aveugle ne sort sans son bâton et aucun berger sans sa besace. On le connait aussi grâce à la traduction en arameen de la Thora de Yonathan Ben Ouziel.

(tombeau de Yonathan ben Ouziel à Tsfat)

Le premier sac dont on parle dans la Bible est aussi une besace, et une besace remplie de pierres pour l’occasion:
1 Samuel, 17 40: « Il (David) prit son bâton à la main, choisit dans le torrent cinq cailloux lisses, qu’il mit dans sa panetière de berger, et, muni de sa fronde, s’avança vers le Philistin. »
וַיִּקַּח מַקְלוֹ בְּיָדוֹ, וַיִּבְחַר-לוֹ חֲמִשָּׁה חַלֻּקֵי-אֲבָנִים מִן-הַנַּחַל וַיָּשֶׂם אֹתָם בִּכְלִי הָרֹעִים אֲשֶׁר -לוֹ וּבַיַּלְקוּט– וְקַלְעוֹ בְיָדוֹ; וַיִּגַּשׁ, אֶל-הַפְּלִשְׁתִּי
La traduction française parle joliment de la panetière de berger (l’hébreu est moins précis כלי רועה (kli roe), c’est un « contenant » de berger) mais « oublie » le mot suivant ובילקוט (ubyalkout) dans une besace: il a mis les pierres dans son « contenant » de berger (peut-être une petite bourse) et dans sa besace.
De nos jours, la besace du roi David, ילקוט (yalkout) est devenue un cartable tout en ayant aussi, depuis le Moyen-Age, le sens de fichiers reliés et donc de recueil  comme, par exemple, le célèbre recueil des  canulars de Palma’h*.

Tarmil, yalkout sont les mots les plus courants pour designer des sacs. Mais deux autres ont été également utilisés: Amta’hat et Tsiklon.

Le premier, d’origine akkadienne, אַמְתַּחַת (amta’hat), nous est parvenu grâce au récit où  Joseph accuse son frère Benjamin d’avoir volé une coupe en argent. Il s’agit sans doute d’un grand sac, comme un sac de voyage:
« Joseph donna cet ordre à l’intendant de sa maison: Remplis de vivres les sacs de ces hommes… Et ma coupe, la coupe d’argent, tu la mettras à l’entrée du sac du plus jeune… » (GenèseBereshit, 44, 1)
וַיְצַו אֶת-אֲשֶׁר עַל-בֵּיתוֹ, לֵאמֹר, מַלֵּא אֶת-אַמְתְּחֹת הָאֲנָשִׁים אֹכֶל…וְשִׂים כֶּסֶף-אִישׁ, בְּפִי אַמְתַּחְתּוֹ. ב וְאֶת-גְּבִיעִי גְּבִיעַ הַכֶּסֶף, תָּשִׂים בְּפִי אַמְתַּחַת הַקָּטֹן

Le second, ציקלון (tsiklon) se trouve dans le livre des Rois (2 Rois 24 42). Après que le prophète Elisha eut ramené à la vie le fils de la Sunamite, il est question d’un cadeau inattendu, du pain, alors que règne le famine:
Un homme, venant de Baal-Chalicha, apporta un jour à l’homme de Dieu, comme pain de prémices, vingt pains d’orge et du gruau dans sa panetière.
וְאִישׁ בָּא מִבַּעַל שָׁלִשָׁה, וַיָּבֵא לְאִישׁ הָאֱלֹהִים לֶחֶם בִּכּוּרִים עֶשְׂרִים-לֶחֶם שְׂעֹרִים, וְכַרְמֶל, בְּצִקְלֹנוֹ
Tsiklon est sans doute d’origine ugarit où le mot basaql veut dire culture ou gerbe.

De nos jours, à l’armée, les recrues ont toutes leur שק חפצים (sak ‘hafatsim) sac polochon.


On pourrait penser que le mot sac est un ajout récent à l’hébreu, et bien non. Lui aussi se trouve dans le Tanakh. Toujours dans la même histoire des retrouvailles entre Joseph et ses frères, il est écrit (Bereshit-Genèse 42,35):
« Or, comme ils vidaient leurs sacs, voici que chacun retrouva son argent serré dans son sac« 
וַיְהִי, הֵם מְרִיקִים שַׂקֵּיהֶם, וְהִנֵּה-אִישׁ צְרוֹר-כַּסְפּוֹ, בְּשַׂקּוֹ

Charger un sac sur son épaule pour partir est un des gestes plus plus anciens de l’humanité et en hébreu la racine sh-k-m a donné shekem, l’épaule, et  le verbe se lever tôt.
Gen 21 14: « Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre pleine d’eau, les remit à Agar en les lui posant sur l’épaule
וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיִּקַּח-לֶחֶם וְחֵמַת מַיִם וַיִּתֵּן אֶל-הָגָר שָׂם עַל-שִׁכְמָהּ

A cette époque, on l’attachait en enroulant une corde en lin des épaules a la taille. C’était une expression courante pour dire qu’on se préparait à un voyage. C’est ainsi que Dieu dit au prophète Jérémie:
 »
Va, achète-toi une ceinture de lin et attache-la sur tes reins… »Prends la ceinture que tu as achetée, et qui couvre tes reins, mets-toi en route pour gagner l’Euphrate…
Ce geste de charger son sac sur une épaule se retrouve dans la racine כתפ (k.t.f) qui signifie charger et aussi épaule. Ainsi,  Mendele Mokher Sefarim* écrira:
ובדרך היה פונה כה וכה ומביט כגנב נזהר לנפשו, מכתף את תרמילו המלא, פעם על כתף זו ופעם על כתף זו » .
En chemin, il se tournait ça et là et regardait comme un voleur prudent, soucieux de sa sécurité, chargeant (mekatef) son sac plein d’une épaule (katef) à l’autre. (Le livre des gueux 1909)

Aujourd’hui, pour le cartable, on emploie aussi souvent le terme général de תיק (tik) d’origine greque (θηκη, theke) et même תיק גב (tik gav), puisqu’il s’agit d’un sac à dos.

Et le bâton מקך (makel)? Le voici, compagnon du sac תרמיל (tarmil).
Dans le livre de Chemot (l’Exode) il est écrit au moment du premier Pessa’h: « Et voici comme vous le mangerez: la ceinture aux reins, la chaussure aux pieds, le bâton à la main
וְכָכָה, תֹּאכְלוּ אֹתוֹ–מָתְנֵיכֶם חֲגֻרִים, נַעֲלֵיכֶם בְּרַגְלֵיכֶם וּמַקֶּלְכֶם בְּיֶדְכֶם

Le mot makel est à relier au verbe lehakel alléger, car le bâton aide à marcher et allège ainsi les difficultés du voyage.

Mais les mots sac et bâton ont parfois aussi une connotation négative. Ils sont aussi synonymes de saleté, voire de violence. C’est pourquoi il est écrit dans le Talmud qu’il était interdit pour un homme d’entrer dans le Temple avec son sac et son bâton, וּבַיַּלְקוּטו ובמקלו, et avec de la poussière sur ses pieds. On dirait aujourd’hui avec armes et bagages. Et l’expression populaire   בא אליו במקלו ובתרמילו (ba elav bemaklo uvetarmilo) veut dire:  il l’a attaqué violemment.

De nos jours le tarmil et le makel sont signes de randonnées et les randonneurs sont les תרמילאים (tarmilayim) qui prennent parfois des chemins périlleux:


(vers la grotte de Keshet en Galilée)

 

A bientôt,

* Targoum Yonatan ou Targoum Yerushalmi: traduction de la Thora en araméen attribuée à Yonatan ben Ouziel qui  s’éloigne parfois du texte pour y inclure des midrashim

* Le canulars du Palma’h sont un recueil d’histoire humoristiques, absurdes et souvent critiques que se racontaient les soldats pendant la guerre d’Indépendance.

* Medele Mokher Sefarim: Mendele le vendeur de livres, ou Shalom Yaakov Abramowicz (1836-1917), auteur yiddish et hébraïque, originaire d’Odessa.

* Le mot תיק (tik) et tik veut aussi dire sac à main et dossier. Ouvrir un tik contre quelqu’un c’est le mettre en examen.

Du lait, du miel et des abeilles

La fête de Shavouot est déjà loin derrière nous et ouf! Enfin plus d’émissions de cuisine sur les produits laitiers. Nous sommes sur une terre de lait et de… et tout le monde a oublié le miel!
Le miel דבש (dvash) fait pourtant partie du paysage. Dans le Tanakh, le mot דבש (dvash) apparaît 55 fois. Mais il fait presque toujours référence  au « miel » des fruits, en particulier à celui des dattes et des figues. Vous trouverez d’ailleurs du sirop de datte dans tous les supermarchés sous le nom de silan.
Pendant longtemps, les historiens furent persuadés que l’apiculture était inconnue dans la région puisque le Tanakh n’en parlait pas de miel d’abeille, sauf à deux reprises, où il est évident qu’il s’agit de miel sauvage:

– Dans le livre des Juges 14,8-9, on raconte que:
 « Quelque temps après, étant revenu… il (Shimshon) s’écarta afin de voir le cadavre du lion (qu’il avait tué, et il trouva dans le corps un essaim d’abeilles et du miel. »
וַיָּשָׁב מִיָּמִים,… וַיָּסַר לִרְאוֹת, אֵת מַפֶּלֶת הָאַרְיֵה; וְהִנֵּה עֲדַת דְּבוֹרִים בִּגְוִיַּת הָאַרְיֵה, וּדְבָשׁ

– Dans le livre du prophète Samuel ( 1 Samuel 14; 27), Jonathan, le fils du roi Shaoul  se trouve avec ses soldats dans une forêt יער (yaar) où il voit soudain un rayon de miel יערה (yaara)*. Il semblerait que cette forêt ait été colonisée par des abeilles: le miel est tellement abondant qu’il ruisselle sur le sol. Mais, il s’agit une fois encore d’une découverte fortuite dans un lieu non habité et donc du miel sauvage.
« Toute l’armée était arrivée à un bois, où la surface du sol était couverte de miel. En arrivant dans le bois, le peuple vit ce miel ruisselant… Jonathan…étendit la baguette qu’il tenait à la main, en trempa l’extrémité dans un rayon de miel, et, avec la main, le porta à sa bouche ».
וְכָל-הָאָרֶץ, בָּאוּ בַיָּעַר; וַיְהִי דְבַשׁ, עַל-פְּנֵי הַשָּׂדֶה. כו וַיָּבֹא הָעָם אֶל-הַיַּעַר, וְהִנֵּה הֵלֶךְ דְּבָשׁ… וַיִּשְׁלַח אֶת-קְצֵה הַמַּטֶּה אֲשֶׁר בְּיָדוֹ, וַיִּטְבֹּל אוֹתָהּ בְּיַעְרַת הַדְּבָשׁ; וַיָּשֶׁב יָדוֹ אֶל-פִּיו

De plus, quand le livre de Bereshit (Genèse  43 11) nous raconte que Yaakov-Israel envoie du miel à Joseph parmi d’autres cadeaux de prix, c’est certainement du miel d’abeilles sauvage, difficile à se procurer, car il est dit « un peu de miel« :
Israël, leur père, leur dit: « Puisqu’il en est ainsi, eh bien! Faites ceci: mettez dans vos bagages des meilleures productions du pays et apportez les en hommage à cet homme: un peu de baume, un peu de miel, des aromates et du lotus, des pistaches et des amandes
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יִשְׂרָאֵל אֲבִיהֶם, אִם-כֵּן אֵפוֹא זֹאת עֲשׂוּ–קְחוּ מִזִּמְרַת הָאָרֶץ בִּכְלֵיכֶם, וְהוֹרִידוּ לָאִישׁ מִנְחָה: מְעַט צֳרִי, וּמְעַט דְּבַשׁ, נְכֹאת וָלֹט, בָּטְנִים וּשְׁקֵדִים

Or en 2007, des ruches furent découvertes dans la ville antique de Tel Rehov, près de Beit Shean dans la vallée du Jourdain.

(Maariv)

(Musée Eretz Israel)

Ce sont les plus anciennes ruches jamais découvertes. Elles datent de l’époque du roi David, environ 1000 ans avant l’ère chrétienne: elles sont faites de paille et d’argile non cuite. Elles sont en forme de cylindres de 80 sur 40 cm. Un orifice permettait les allées et venues des abeilles et l’apiculteur utilisait le couvercle pour récolter le miel. Cet apiculteur biblique était à la tète d’une véritable entreprise  car une centaine de ruches on été dénombrées.

(site biblewalks)

Mais qu’en est-il des abeilles à l’heure actuelle?
Dans le monde entier on parle d’un syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles dont on ne connait pas vraiment la raison même si, sans doute, les insecticides y sont pour beaucoup. C’est une situation inquiétante quand on sait que non seulement elles nous procurent le miel mais aussi elles jouent un rôle primordial dans la pollinisation des végétaux.
Et pourtant, Israel fait figure d’exception. Les 500 apiculteurs suivent la situation de près mais pour le moment le nombre d’abeilles reste stable selon le Conseil Israélien du Miel*(je ne savais pas qu’il existait avant d’écrire cet article!).
Le Conseil israélien du Miel, donc, soutient la recherche sur ces syndromes d’effondrement. Il semble que l’effondrement spectaculaire des colonies se produise surtout dans des régions de mono-culture. Lorsque les abeilles butinent uniquement les mêmes plantes comme le soja ou le blé, elles sont moins résistantes. On peut améliorer leur système immunitaire par la plantation de plantes riches en nectar, et en variant les espèces. Elles ont besoin d’un régime alimentaire et certaines plantes, comme les eucalyptus,  leur sont plus bénéfiques que d’autres. De nombreux jeunes plants d’eucalyptus sont plantés chaque année, pour faire plaisir aux abeilles mais aussi pour assurer notre sécurité: le long des frontières avec la Syrie et Gaza, ces arbres permettent aussi de réduire le champ de visibilité de l’adversaire.

(photo KKL)

Enfin, les apiculteurs se battent contre l’ennemi traditionnel des abeilles: un acarien destructeur nommé Varroa.

Ici le problème de la survie des abeilles est pris très au sérieux: sur les 3000 tonnes de miel produites chaque année, 1600 sont dégustées lors des fêtes du Nouvel An!

(Une délégation du Conseil du miel est invitée par le Président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin, à l’occasion de Rosh Hashana)

Depuis toujours, le miel est le symbole de l’abondance et de la douceur à tel point que pour dire que quelqu’un a eu une vie difficile, on dit qu’il n’a pas léché du miel: הוא לא ליקק דבש (hou lo likek dvash)
On dit que Naomi Shemer a composé sa chanson על כל אלה (al kol ele), « Tout cela »  lors de la mort de son beau frère et de l’évacuation de la ville de Yamit* dans le Sinaï. Entre sa tristesse personnelle et son inquiétude pour l’avenir, elle y demande que soit protégé ce qui fait notre vie,  le dard et le miel, l’amertume et la douceur,  על הדבש ועל העוקץ על ה מר והמתוק

A bientôt,

* Ce mot יערה (yaara), rayon de miel,  n’apparaît qu’une fois dans le Tanakh. Ce mot yaara signifie aussi chèvrefeuille.

* Le Conseil Israélien du Miel:
http://www.honey.org.il/about.php?id=64

*Varroa:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Varroa_destructor

* Le catalogue du KKL sur les plantes riches en nectar:
http://www.kkl.org.il/files/HEBREW_FILES/yeur-usviva/nectar-plants-catalogue-2016.pdf

* Yamit: une petite ville de 2 500 habitants du Nord Sinaï, fut évacuée et détruite lors du traité de paix entre l’Egypte et Israel

 

 

Jerusalem, au sommet de notre joie

Tout le monde connaît ירושלים של זהב(Yerushalayim Shel Zahav)*, écrit par Naomi Shemer dans cette période si angoissante du mois de mai 1967. Mais savez-vous quel fut le premier chant composé en l’honneur de Jerusalem enfin libérée?
L’histoire se passe en 1917 juste après l’arrivée des Anglais en Palestine. Les Juifs sont fébriles et heureux. Les troupes troupes britanniques sont entrées dans Jerusalem le premier jour de ‘Hannouka et ils y voient une promesse de גאולה (geoula=délivrance) même s’ils devront déchanter par la suite. Eliezer Ben Yehuda* demande au compositeur de l’époque, Avraham Zvi Idelson,  d’écrire un chant en l’honneur de la libération de la ville, une mélodie  et une simple phrase qui peuvent parler au cœur de tous les Juifs: ce sera ‘Hava Nagila sur une mélodie ‘hassidique:

« Venez vous réjouir et soyez heureux. Venez dans l’allégresse. Levez vous frères d’un cœur joyeux »
הבה נגילה, הבה נגילה
הבה נגילה ונשמחה.
הבה נרננה, הבה נרננה,
הבה, הבה נרננה.
עורו אחים בלב שמח


Cette semaine, nous avons fêté non seulement le יום ירושלים Yom Yerushalayim (jour de Jerusalem) mais aussi les 50 ans de la libération de la ville à la fin de la guerre des 6 jours. Les cérémonies et spectacles se sont succédés dans la ville et dans tout le pays. 
Voici trois vidéos prises au pied des murailles.
ירושלים של זהב Yerushalayim shel zahav:

la danse des drapeaux:

Enfin l’Hatikva reprise par les spectateurs:

Alors n’en déplaise à l’ONU, à l’UNESCO,  nous continuerons à vivre et à fêter Jerusalem, notre capitale depuis le roi David,
Nous fêtons sa libération depuis ce mois de juin 1967 ou nous avons tant tremblé et nous nous sommes tant réjouis et nous mettrons « Jerusalem au sommet de notre joie. »*

Pour ceux qui voudraient comprendre non seulement pourquoi nous sommes si attachés à Jerusalem mais aussi pourquoi le monde arabo-musulman use de son influence pour nous en expulser symboliquement en espérant y arriver réellement la prochaine fois, voici ce film de Pierre Rehov qui explique les choses très clairement:

 

Les amis d’Israel sont déjà convaincus mais se sentent impuissants.
Ceux qui nous haïssent ne le regarderont même pas, Ceux qui sont indifférents hausseront les épaules « encore ces histoires de Juifs! » sans réaliser qu’il ne s’agit pas seulement de nous mais d’eux, que c’est toute leur culture qu’on met à la poubelle. Bientôt, ils assisteront à des autodafés, liront des livres expurgés, accepteront une pseudo-histoire ou une pseudo-science. Ce n’est pas si loin. Vous vous souvenez des autodafé des nazis, vous vous souvenez des théories de Lyssenko*?

L’Europe ne nous pardonne pas d’avoir survécu et surtout d’avoir gardé notre âme. Si l’Occident  persiste dans sa torpeur égoïste et passive, il mourra.  Il devrait se souvenir qu’ « après le samedi vient le dimanche« 

A bientôt,

*Eliezer ben Yehuda:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*Jerusalem,  au sommet de notre joie: psaume 137

*articles sur Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/05/23/dans-tes-murs-dans-tes-portes-jerusalem/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/10/17/nous-sommes-tous-concernes/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/06/06/notre-jerusalem/

*Lyssenko:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyssenkisme

 

Yom Haatsmaout 2017: Toda!

Le projet עצמאות עם משמעות (Atsmaout im Mashmaout), ou comment donner un sens à notre indépendance, est devenu très populaire ces derniers temps.
De jeunes israéliens partent chaque année à la rencontre de gens simples qui ne seront pas honorés pendant les cérémonies officielles et qui sont pourtant, eux aussi, les bâtisseurs de ce pays.

La vidéo ci-dessous a été tournée par les membres de ce groupe,  au moshav Noga, dans le Neguev.

Esther et Avraham Daniel font partie des fondateurs du moshav. Arrivés d’Irak en 1951, ils expliquent à un journaliste ce que fut leur vie:
« Au début, il n’y avait rien ici, rien sauf des épineux. Nous habitions une baraque que nous partagions avec des souris… Quand je me suis mariée, je n’avais pas de verre pour boire un thé ou de l’eau… J’ai travaillé à Solel Boneh*, nous avons bâti ces maisons, personne ne nous a aidé… Après une journée de travail mes mains étaient en sang. Je nourrissais difficilement mes enfants… »
Leur sionisme est celui de tous les jours, sans ostentation, sans réflexion philosophique: « j’étais fier d’être soldat dans l’armée d’Israel… »
Ils sont âgés maintenant et un peu déphasés par rapport à la nouvelle génération qui « ne peut pas comprendre ce que nous avons souffert » mais peu leur importe: « Que vive l’état d’Israel. Tout ce qu’il y a ici, c’est incroyable. Il n’y a pas un autre peuple comme le notre, le jour de l’Indépendance pour moi, pour nous, c’est que nous sommes nés à nouveau. »
Ils ne se glorifient pas, eux qui ont sué sang et eau: Quel pays nous avons reçu! Que Dieu soit loué! Yom Haatsmaout, c’est une  fête, une grande fête…« 
Avraham ajoute: »Tiens, par exemple, on va dire qu’on tient une corde, si on se met à quatre pour la tenir, qui pourra la couper? Si tu la tiens tout seul? Tout de suite! Si nous tous, nous sommes liés les uns aux autres, le peuple d’Israel est uni,  et bien, même si le monde entier venait (pour nous attaquer) il ne pourrait rien contre nous!… »
Mais à la porte se tient une jeune fille. Elle porte un drapeau.
-Shalom!
Nous voulions vous dire merci, car c’est vous qui avez construit ce pays pour nous. C’est grâce à vous que nous sommes là aujourd’hui. Je suis très émue d’être ici et de vous dire merci!
Avraham embrasse le drapeau: Quel drapeau! Il l’embrasse encore: Il faut le lever très haut, très haut!
-D’autres gens veulent vous dire merci, venez avec moi, venez…
Ils sortent et d’autres jeunes leur crient:
-Merci de nous avoir bâti ce pays!

Enfin hier soir, la cérémonie d’allumage des 12 torches sur le Mont Herzl, symbole des 12 tribus, allumées par des personnalités publiques mais aussi par des inconnus qui se sont distingués cette année.

A bientôt,

*Solel Boneh: entreprise de travaux publics

 

 

 

 

 

Yom Hazikaron 2017

Lundi nous célébrons à nouveau à une triste commémoration: le Yom Hazikaron (jour du souvenir) consacré aux soldats et civils victimes des guerres et du terrorisme.

Le ministère de la Défense publie comme chaque année les chiffres officiels et ces chiffres augmentent chaque année: le nombre de soldats, policiers et gardes tombés en service est de 23 544 depuis l’année 1860. Ce décompte a commencé au moment où les Juifs de Jerusalem ont pris leur sécurité en main*. Cette année, six nouvelles victimes sont à rajouter et de plus, 37 blessés sont morts de leurs blessures reçues au combat. Pour chaque mort, une famille, une veuve, des orphelins… Les parents isolés et âgés sont escortés et aidés lors de leur visite au cimetière le jour de Yom Hazikaron par les jeunes des mouvements de jeunesse.

La semaine dernière, a été inauguré sur le Mont Herzl a Jerusalem, le Hall du Souvenir pour les soldats tombés au combat. Sur le mur extérieur, cette citation du prophète Jérémie:
« Ephraïm est-il donc pour moi un fils chéri, un enfant choyé, puisque, plus j’en parle, plus je veux me souvenir de lui? Oh! oui, mes entrailles se sont émues en sa faveur, il faut que je le prenne en pitié, dit l’Eternel. »
הֲבֵן יַקִּיר לִי אֶפְרַיִם, אִם יֶלֶד שַׁעֲשֻׁעִים–כִּי-מִדֵּי דַבְּרִי בּוֹ, זָכֹר אֶזְכְּרֶנּוּ עוֹד; עַל-כֵּן, הָמוּ מֵעַי לוֹ–רַחֵם אֲרַחֲמֶנּוּ, נְאֻם-יְהוָה

A l’intérieur du monument, un chemin serpente vers le haut en spirale. Les noms des soldats tombés aux combats et les dates de leur décès sont inscrits sur les briques qui bordent le mur du chemin de 260 mètres. Chaque jour, sont affichées des photos et des informations sur les soldats qui ont été tués ce jour-là de l’année et une bougie est allumée à leur mémoire .
Les visiteurs peuvent localiser la pierre qui concerne leur proche grâce aux ordinateurs placés le long du chemin et obtenir ainsi des informations à son sujet.
Le directeur du Mémorial, Arieh Muallem, a déclaré: « Nous devons nous souvenir de chacun d’eux, et nous nous souviendrons d’eux personnellement en allumant une bougie le jour anniversaire de leur décès. C’est important pour les parents qui vieillissent de savoir que leurs fils ne seront jamais oubliés« . 

La plupart des soldats tombés au combat sont Juifs mais pas tous: certains sont druzes, chrétiens ou musulmans.

(Yom hazikarone au village druze de Julis)

L’un des soldats mort pendant la guerre d’Indépendance a eu un destin très particulier. Sur sa tombe au cimetière militaire de Netanya, on peut lire: Barukh Mizra’hi né à Tzfat en 1926, tombé au combat en 1948.

Il est aussi écrit qu’il était le fils d’Avraham et de Sarah.
En fait, il s’agit d’Avraham avinou  et de Sara’h imenou *: c’est  la tombe d’un גר צדק (guer tsedek) ou jeune homme converti au judaïsme.
Barukh Mizra’hi est né Hamuda Abu al-Einein , fils de Mahmoud et Fatima.

La famille Abu al-Einein est une riche famille de Tsfat, connue pour son combat en faveur du pan-arabisme*. Ses parents l’envoient cependant étudier à l’école de l’Alliance Israélite de Tsfat, considérée comme la meilleure école de la ville. Ses amis sont tous Juifs et ‘Hamouda change d’opinion au sujet des Juifs et du sionisme. Les relations avec son père alors deviennent très difficiles. Les menaces et les coups n’y changent rien. Il quitte la maison alors qu’il n’est qu’un adolescent, part à ‘Haifa et décide de se convertir au judaïsme. Les rabbins du tribunal rabbinique hésitent: il est certes sincère mais il est mineur. Ceci dit, s’ils le renvoient dans son milieu d’origine, il se fera assassiner par sa famille pour apostasie. ‘Hamouda obtient finalement gain de cause et est converti en prenant le prénom de Barukh. Le tribunal rabbinique de ‘Haifa l’inscrit aussi sous le nom de famille assez courant de Mizra’hi* pour sa sécurité.

Vivant cependant dans une certaine clandestinité, il s’engage auprès de l’Etzel* dont les membres sont pourchassés par les Anglais.
Son groupe est arrêté après une action contre l’armée britannique. Il est déporté en Érythrée. Là, la sécurité du camp est confiée à des gardes soudanais musulmans qui aiment faire des cartons sur les prisonniers. Barukh est gravement blessé. Persuadé de sa mort prochaine, il fait jurer à ses camarades de l’enterrer en Israel, le jour où ce sera possible. Il survit et peut enfin rejoindre en Israel en 1948.
Malheureusement  le pays est en pleine guerre. Comme il parle arabe,  il est envoyé comme agent de renseignements en Samarie et est tué à Sa Nur* à l’âge de 22 ans.

En 1968, Mena’hem Begin fera rechercher sa dépouille qui est enterrée au cimetière militaire de Netanya.
Le conseil de Judée-Samarie a décidé cette année d’honorer particulièrement sa mémoire.

 

A bientôt,

* La garde juive de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/19/la-garde-juive/

* Avraham Avinou et Sarah Imanou (Avraham notre père et Sarah notre mère): il s’agit du couple biblique Avraham et Sarah, considérés comme les parents des convertis.

* Le clan Abu al-Einein était lié aux Frères Musulmans. En 1938, un de ses membres avaient appelé à expulser tous les Juifs de Palestine y compris les médecins (Certains palestiniens minoritaires envisageaient de permettre aux seuls médecins juifs, réputés efficaces, de vivre en Israel pour le bien de la population musulmane!!!).  Actuellement, l’un des conseillers de Mahmoud Abbas s’appelle Sultan Abu al-Einein.
http://palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=8934
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=18259
http://palwatch.org/main.aspx?fi=90&doc_id=9101


* Etzel: organisation de défense juive pendant le Mandat britannique, plus ancienne que la Haganah et acquise aux idées de Jabotinsky. L’Etzel fut incorporée à la nouvelle armée juive au début de la guerre d’Indépendance.

* Le nom de Mizra’hi est en effet assez courant mais en plus, il signifie oriental, ce qui convenait à ce jeune homme.

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/
http://eng.shimur.org/etzel-tashach/

* Sa Nur: Village de Cisjordanie proche de Jenin en Samarie. Les accords d’armistice de Rhodes en 1949, concédèrent la Judée et la Samarie à la Jordanie.
En 1978, les Israéliens construisirent une implantation du même nom, שא נור (Sa Nur), lève la flamme, mais elle fut démolie en 2005 dans le cadre du désengagement de la bande de Gaza.

 

Yom Hashoah 2017

Chaque année, comme vous le savez déjà, nous commémorons le Yom Hashoah*, le jour du soulèvement du ghetto de Varsovie. De nombreux ghettos se sont révoltés, mais les Juifs de Varsovie sont ceux qui ont tenu le plus longtemps face à l’armée allemande.
Chaque année, nous recommençons les mêmes cérémonies. Si elles nous donnent parfois un sentiment d’inutilité, face à la montée de l’antisémitisme et à son extrême banalisation , nous recommençons encore, sans espoir du « plus jamais ça » mais avec l’obstination qui caractérise notre peuple depuis toujours. Le peuple à la nuque raide! Faut-il qu’il l’ait pour supporter et survivre!

Chaque année, ici en Israel 6 porteurs de torche sont choisis parmi les survivants.
Dimanche soir, ils allumeront les torches en souvenir des 6 millions de Juifs assassinés:

– Elka Abramowicz, née en 1932 en Bessarabie (Roumanie), fille de Shimon Rein

Le 7 juillet 1941, la population juive de Novoslitza est victime de pogroms de la part de l’armée roumaine. Elka a 11 ans: » Les Roumains brûlaient les maisons, tuaient les Juifs… Pour la première fois de ma vie, j’ai vu des morts, des morts par dizaines dans la rue... ». Le 24 juillet, les autorités roumaines ordonnent aux Juifs survivants de partir en Transnistrie « Là encore, des morts… Nous marchions sans cesse, nous buvions de l’eau dans les flaques. Quand nous trouvions une betterave ou un épis de maïs, c’était pour nous un trésor… Les plus forts soutenaient les plus faibles… »
Arrivés au Dniestr, les Roumains poussent les Juifs vers la berge et font un massacre. Les survivants sont envoyés au ghetto de Yadintz, ensuite vers Yampol et Korshrintz en Transnistrie. Leurs pitoyables conditions de vie dans l’hiver roumain causent la mort de la plupart d’entre eux. Elka perd une grande partie de sa famille. Heureusement, les paysans ont besoin de son père, spécialisé dans les harnais des chevaux et cela leur sauve la vie…
Elka et sa sœur Esther s’embarquent en 1947 pour la Palestine. Leur bateau  est arraisonné par les Anglais et elles resteront un an, internées à Chypre avant de rejoindre Israel.

Elka a épousé Arieh Abramowicz. Ils ont 3 enfants, 10 petits-enfants et 6 arrières petits-enfants. 

– Moshe Aelion est né à Salonique en 1925, fils d’Eliahou et de Rahel

En 1943, Moshe et sa famille arrivent à Auschwitz après un voyage de 7 jours, sans boire ni manger. Tous les membres de sa famille sont assassinés mais lui est affecté à divers travaux. Il survit malgré une »punition » qui le laissera presque mort. En janvier 1945, le camp d’Auschwitz est évacué, il survit aussi à la « marche de la mort »* jusqu’au camp de Mauthausen.
Le 6 mais 1945, des drapeaux de différentes nationalités apparaissent un peu partout dans le camp de Mauthausen. « Nous étions plus de 1000 prisonniers grecs, juifs ou non, et soudains j’entendis l’hymne national grec. Les larmes coulaient sur mes joues… Mais un prisonnier s’écria: Juifs, Juifs! Un groupe se forma autour de lui et nous entonnâmes l’Hatikva. Nous n’avions pas de drapeau mais tous les prisonniers juifs chantaient en chœur. »
Moshe ne retourne pas en Grèce. Il arrive en 1946 en Palestine malgré le blocus britannique pour s’engager aussitôt dans la Haganah. Il deviendra officier de Tsahal puis dans les services de sécurité. Il est aussi écrivain et poète.
Il a épousé ‘Hanna, Ils ont 2 enfants, 6 petits-enfants et 2 arrières petits-enfants.

– Moshe Yakoubowicz, est né en 1929 à Varsovie, fils d’Eliezer et de ‘Hava.


En octobre 1940, les Juifs de Varsovie et des environs sont regroupés dans le quartier juif, transformé en ghetto. En 1943, ceux qui ont réussit à survivre, entendent que le ghetto va être liquidé. Ils se réfugient dans les caves et commencent à préparer des armes avec ce qu’ils trouvent. La nuit du Seder de Pessa’h la révolte commence. Moshe et sa famille sont faits prisonniers et conduits triomphalement(!) par les soldats allemands à travers le ghetto. Toute sa famille est tuée et Moshe envoyé à Maidanek puis Dachau mais il réussit à rejoindre les troupes américaines. Il en sera récompensé par un visa pour les USA. Mais en 1946, David Ben Gourion arrive à Frankfort et parle aux Juifs dans le camp de personnes déplacées: « Dès que je l’entendis, je décidais de partir pour la Palestine« . Son bateau est intercepté par les Britanniques qui l’internent à Chypre jusqu’en 1948. Là, il combattra pendant la guerre d’Indépendance dans les rangs de l’Etzel* à la frontière  syrienne et à Jerusalem.
Moshe a épousé Tsipora, ils ont 3 enfants, 8 petits-enfants et 9 arrières petits-enfants.

– Moshe Porat est né à Hajdunanas dans le sud-est de la Hongrie en 1931; il est le fils de Yossef-Levi et Gisella-Naomi.


En 1941, le premier jour de la fête de Pess’ah, les gendarmes hongrois arrêtent son père et l’enrôlent au service du travail obligatoire. « Le 19 mai, je me souviens, mon père avait eu une permission et se trouvait à la maison, il nous a appelés nous ses fils, et silencieusement a coupé nos peot*. Il préférait le faire plutôt que de laisser les Allemands s’amuser avec ça. Il est reparti le jour même et je ne l’ai jamais revu. » En juin est construit le ghetto, tous les hommes sont réquisitionnés pour le travail et les femmes, les vieux et les enfants sont envoyés à Debrecen et emprisonnés dans une briqueterie. Le 21 juin 1941 Moshe célèbre sa bar mitsva: « Je sortis mes tephilin de mon sac à dos, des tephilin neufs que mon père m’avait achetés,  je les cachais sous ma chemise et mon oncle m’emmena vers une cave secrète et là, je suis monté à la Thora. Je serrais très fort le rouleau de la Thora et j’ai dit : Bénissez l’Eternel, béni soit-il! Et les gens autour de moi répondirent: Que l’Eternel soit béni maintenant et à  jamais ».
Les Juifs sont ensuite emmenés dans des wagons à bestiaux, mais le train est attaqué par les troupes russes et est immobilisé. Il reste un certain temps sur la voie ferrée ce qui provoque la mort de presque tous les prisonniers piégés dans les wagons. Finalement, le train arrive à Vienne et Moshe est envoyé dans un camp. A l’arrivée des troupes russes, les prisonniers sont évacués en marche forcée. La mère de Moshe et sa grande sœur Penina se relayent pour porter le plus jeune. Finalement, ils arrivent à Mauthausen et là, Moshe et ses frères sont séparés de leur mère et de leur sœur. Libéré par l’armée américaine, Moshe retourne dans sa ville natale, puis part pour Israel en 1948. C’est un des fondateurs du kibboutz Shelu’hot dans la vallée du Jourdain.
Moshe épousa Tova Guitta. Ils ont 4 filles, 15 petits-enfants et 11 arrières petits-enfants.

– Max Privler est né à Mikolicczin dans l’Ukraine actuelle en 1931, fils de David et Malka.


En juin 1941, leurs biens sont réquisitionnés et quelque temps après, la Gestapo et les policiers ukrainiens arrêtent Max et son père et envoyent sa mère et ses frères et sœurs au ghetto de Stanislavov. Max, son père et d’autres Juifs sont alors emmenés dans la foret pour y être fusillés. Au dernier moment, le père se jette sur son fils en le faisant tomber dans la fosse. Max est ainsi protégé par le corps de son père. Blessé à l’épaule, il réussit à sortir du trou et se réfugie chez une famille ukrainienne, amie de ses parents*. Mais un jour, alors qu’il  se faufile dans le ghetto pour apporter un peu de nourriture à sa famille, il voit sa mère se battre avec des SS qui essayent de lui arracher sa petite sœur. De là où il est, il les voit assassiner sa mère, son petit frère et sa sœur. Lui même est fait prisonnier et emmené avec d’autres enfants dans la forêt pour être tués. Il arrive pourtant à s’enfuir et peut rejoindre un groupe de partisans. Cependant, le froid de l’hiver ukrainien lui a gelé les pieds, et il échappe à l’amputation grâce au chef des partisans qui réussit à l’envoyer à Moscou pour qu’il puisse être soigné correctement. Les Soviétiques l’enrolent tout d’abord  dans une école militaire, mais comme il parle 5 langues (le tchèque, le polonais, l’ukrainien, le russe et l’allemand), il l’utilisent comme agent de renseignements (à 13 ans!). A 15 ans, il fait partie des troupes qui libèrent  le camp d’Auschwitz. Dans son ordre de libération, il est écrit: » Pendant les combats contre l’ennemi, le sergent Privler fit preuve d’un héroïsme exceptionnel ».
Max est aussi gravement blessé en libérant Prague. Il restera en Ukraine et fera son aliya en 1990 lorsque les frontières de l’URSS s’ouvriront.
Max a épousé Musa, ils ont 2 enfants, 5 petits enfants et  six arrières petits-enfants

– Jeannine Saban-Bouhana est née en 1929 à Nemours (Ghazaouet aujourd’hui), fille de Yaakov et Ruhama. Son père était menuisier et ancien combattant de la guerre de 14-18.

En 1938, sa famille s’installe à Paris. En 1940, les allemands conquièrent la France et cette même année Jeanine perd son père et son frère ainé. Sa mère fait alors partir son frère Maurice et sa sœur Odette dans le sud de la France et reste avec Jeannine et les plus jeunes à Paris. Jeanine est chargée de faire les courses et n’a pas peur de se montrer avec son étoile jaune. Le 16 juillet 1942, c’est la grande rafle du Vel d’Hiv*. Les policiers français raflent les Juifs étrangers. Bien que dénaturalisés*, Jeanine et sa famille  sont épargnées. Ils accompagnent leurs amis et leurs voisins au poste de police et leur achètent de la nourriture. Jeanine et sa mère prennent aussi chez elles deux petites filles qui se sont cachées pendant la rafle et les font ensuite passer en zone libre où elles pourront survivre.

Elles aident aussi leurs voisins internés à Drancy en leur procurant de la nourriture et des médicaments. Maurice, inquiet de leur sort, revient malheureusement à Paris pour les aider mais il est arrêté, envoyé à Sobibor et assassiné. Finalement Jeanine et un de ses frères réussissent à passer eux aussi en zone libre où ils survivront.
Apres la guerre Jeanine épousera Lucien Bouhana. Toute la famille s’installera en Israel en 1992.  Jeanine et Lucien ont 5 enfants, 12 petits enfants et 17 arrières petits enfants.

Un jour, quelqu’un m’a dit: Pourquoi vous obstinez-vous à vous complaire dans un passé aussi négatif?
Je lui ai conseillé de visiter Yad Vashem. On termine la visite éprouvante du musée en contemplant la vue magnifique sur les collines boisées de Jerusalem.

Avez vous remarqué que les récits biographiques de ces six porteurs de torches se terminent tous de la même manière?
Ils se sont mariés, ont eu des enfants, des petits-enfants et arrières petits-enfants!

(Si tu as gagné, grand-père, où est ton trophée? C’est toi, mon trophée)

En hébreu, le mot historia est un ajout moderne. Pendant des siècles, le mot employé pour histoire fut toladot, engendrements. La conscience juive traditionnelle conçoit l’histoire comme une succession d’engendrements, engendrements de personnes ou de situations. Dans le Tanakh, ce mot s’écrit de différentes  manières.
– sans aucun
ו (vav)*:  תלדת,
– avec un seul vav, mais placé, soit dans la première syllabe:
תולדת,  soit dans la dernière: תלדות,
– avec deux vav: תולדות.
Non, il ne s’agit pas de la fantaisie des scribes. Le vav de la première syllabe fait partie de la racine du mot et indique la qualité de l’engendrement et le second, suffixe pluriel féminin, indique la quantité engendrée.


Si le mot est écrit sans un seul vav, c’est qu’
il n’y a ni potentiel, ni réalisation. C’est ainsi qu’on comprend le verset 12 du chap. 25 de la Genèse :
וְאֵלֶּה תֹּלְדֹת יִשְׁמָעֵאל, בֶּן-אַבְרָהָם: אֲשֶׁר יָלְדָה הָגָר הַמִּצְרִית, שִׁפְחַת שָׂרָה–לְאַבְרָהָם
«  Voici les engendrements d’Ismaël, fils d’Abraham, que l’Egyptienne Agar, esclave de Sara, avait enfanté à Abraham

Dans les deux exemples suivant, toldot* s’écrit avec un seul vav mais placé différemment.
– Lorsqu’il s’agit de l’histoire de Noa’h (Gen 6 9), le vav se trouve dans la première syllabe,  car si Noa’h avait un grand potentiel, il n’a rien transmis à ses descendants:

אֵלֶּה, תּוֹלְדֹת נֹחַ–נֹחַ אִישׁ צַדִּיק תָּמִים הָיָה, בְּדֹרֹתָיו: אֶת-הָאֱלֹהִים, הִתְהַלֶּךְ-נֹחַ
 » Ceci est l’histoire de Noé. Noé fut un homme juste, irréprochable entre ses contemporains; il se conduisit selon Dieu. »

– Lorsqu’il s’agit d’Esav (Gen 36 1) le vav se trouve dans la dernière syllabe pour souligner que si les descendants d’Esav seront nombreux, ils ne construiront rien de valable:
Ceci est la lignée d’Esaü וְאֵלֶּה תֹּלְדוֹת עֵשָׂו 

Enfin, le mot toldot est écrit en écriture pleine avec deux vav dans les deux exemples suivants:
– Dans le livre de la Genèse (2,4):
Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés; à l’époque où l’Eternel Dieu fit une terre et un ciel.
אֵלֶּה
תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִם.

– Et aussi à la fin du livre de Ruth (4,18) lorsqu’il est question de la royauté d’Israel:
« Or, voici quels furent les descendants de Peretz : Peretz engendra Hetz’hon…
וְאֵלֶּה
תּוֹלְדוֹת פָּרֶץ, פֶּרֶץ הוֹלִיד אֶת-חֶצְרוֹן 

Nos מדליקי משואות (madlikei massouot) ou allumeurs de torches peuvent écrire leur histoire תולדות avec les deux vav.

A bientôt,

*articles sur Yom Hashoah:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/05/04/le-deshonneur-et-la-guerre/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/28/quand-eichmann-demandait-grace/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/14/reflexions-tristes-le-jour-de-yom-hashoah/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/04/07/tout-homme-a-un-nom/

*la famille Boyuk reconnue comme faisant partie des Justes des nations:

http://db.yadvashem.org/righteous/family.html?language=en&itemId=4035641

*decret de denaturalisation des Juifs d’Algerie du 7 octobre 1940

*toladot devient toldot quand il est le premier terme d’un nom composé

*le vav ו est une semi-consonne qui peut se live soit O, OU ou bien V

 

 

Ils sont devenus fous, ces Français !!!!!

Sous la plume de Michel

Habitant depuis quelques années en Israel, j’ai peu suivi le déroulement de la campagne pour l’élection  du Président de la République.

Bien entendu, je n’ai pas pu échapper au tapage médiatique concernant ce que l’on a appelé les « affaires ». J’ai été surpris aussi par le nombre de petits candidats qui se situent pratiquement tous aux deux extrémités de l’échiquier politique et qui utilisent cette élection comme tribune pour la promotion de leurs idées, idées souvent complètement déconnectées de la réalité. L’exigence de démocratie poussée à son extrémité s’apparente dans ce cas à une grande farce.  

Mais ce qui m’a réellement frappé et inquiété, ce sont les prévisions des derniers sondages. Certes ceux-ci ont mauvaise réputation consécutivement aux erreurs concernant le Brexit et l’élection de Donald Trump. Mais tout de même, ils sont à peu près homogènes dans le temps et quel que soit l’institut de sondage. Alors les francais se diviseraient en 4 groupes à peu près égaux en nombre. Ceci est déjà nouveau mais surprise inquiétante la moitié d’entre eux se partageraient entre deux candidats extrémistes :
– un candidat post communiste, ami de Castro et de Chavez, qui propose en plus d’un programme économique irréaliste, une crise constitutionnelle qui viendrait s’ajouter à la crise économique actuelle.
– une candidate à l’extrême droite qui promeut le retour à un nationalisme révolu qui dans le passé a causé bien des malheurs à ce pays.

Nostalgie quand tu nous tiens ….
Nos deux candidats précités nous ramènent des décennies en arrière. Chacun d’entre eux veut à sa façon quitter l’Europe et prend modèle sur des systèmes qui ont amené dans le passé guerre et désolation.

Qui plus est, une partie non négligeable de leurs troupes ne cache pas son extrémisme et vient ainsi parfois parasiter le discours rassurant du leader. Ceux-ci semblent par ailleurs être seuls en capacité à gouverner dans leurs camps respectifs.     

Là nous sommes devant une situation inédite et dangereuse.

Alors que s’est-il passé ? 50% des francais sont-ils devenus subitement sourds, aveugles et amnésiques?  
Est-ce le cumul des effets de la crise économique et de ceux des attentats terroristes qui provoquent une telle désespérance que toute solution nouvelle est bonne à prendre ?
Je ne sais pas répondre à cette question.
Quel que soit le vote de demain, des sociologues devront se pencher sur le sujet à moins que le nouveau pouvoir en place ne leur en laisse pas la liberté…

Bon vote et bon week-end!

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