La naissance d’une nation: De Yom Hazikaron à Yom Haatsmaout 2020

Ce soir la sirène retentira à huit heures pour le début du Yom Hazikaron, ou jour du Souvenir.

yom-zikaron

Ce jour n’est pas un jour de deuil à proprement parler. Comme le dit Myriam Peretz qui a perdu deux de ses fils au combat: Mon deuil est quotidien, le jour de Yom Hazikaron est pour nous un moment où le peuple tout entier me dit qu’il n’a pas oublié ceux qui lui ont permis de vivre librement et de célébrer son indépendance.

Chaque fois que j’y pense, je me dis que logiquement nous n’aurions pas du gagner cette guerre d’indépendance qui nous a redonné notre patrie.
Cette guerre couvait déjà depuis plus de vingt ans, vingt ans d’attaques terroristes et de guérillas menées par les Arabes dont certains deviendront israéliens ! Elle a été menée dans des conditions extrêmes, presque sans moyens matériels et peu de soldats expérimentés.
Mais elle débuta dès la reconnaissance de l’état d’Israel par l’ONU*, le 29 novembre 1947. Israël fut immédiatement attaqué par un certain nombre d’armées arabes régulières dont celle de la Jaysh al Jihad al Muqqaddas, armée de la Guerre Sainte, fondée par le Grand Mufti de Jerusalem et grosse de 4000 hommes, terroristes locaux ou mercenaires européens (anciens SS bosniaques, anciens de la Wehmarcht et des Einzatsgruppen, déserteurs britanniques et de nombreux Frères Musulmans).

(L’un des plus jeunes soldats ELisha Ben David (fils d’Esther et de Tsvi), tombé à 12 ans pendant le siège de Jerusalem)

La communauté juive semble perdue et sans espoir. L’évaluation réelle faite par les pays occidentaux était qu’Israël, qui venait juste d’être établi, serait vaincu en quelques semaines. Comme l’a dit le secrétaire d’État américain George Marshall à Moses Sharett*, sur la base des estimations de la CIA et des renseignements américains: « Vous vous trouvez sur la bande côtière, les Arabes contrôlent les crêtes. Je sais que vous avez des armes et la défense, mais les Arabes ont des armées régulières, bien entraînées et des armes lourdes. Comment pouvez-vous espérer durer? « 

Et bien nous avons gagné, et nous avons gagné les suivantes grâce à tous ces soldats que l’on honore en ce jour…
la guerre d’indépendance, nous l’avons aussi gagnée grâce à la lucidité de David ben Gourion qui avait prévu bien avant 1948 ce qui allait se passer. Il savait que nos forces seraient faibles et mal équipées.  Lors d’une réunion avec l’exécutif sioniste il avait en effet déclaré, dès 1947:
« Face à une attaque armée des Arabes, il ne peut y avoir qu’une décision de force, une décision militaire juive »… Nous nous trouvons devant les successeurs et héritiers d’Hitler qui ne connaissent qu’une seule manière pour résoudre le problème juif: l’extermination! L’anéantissement total! Et c’est à cela que nous devons nous préparer! »

Dix ans plus tard, en 1958, il écrira:
« La guerre qui a permis l’indépendance d’Israel, n’est pas le chapitre final de notre histoire: la guerre pour l’indépendance est un tournant dans l’histoire d’Israel autant que la guerre de Yoshua bin Noun* ou la guerre des Makabim* – C’est un premier chapitre d’une nouvelle ère dans l’histoire de notre patrie et de nation nation. צבא הגנה לישראל (Tsva Haganah leIsrael), Tsahal, n’est pas la continuité de la Hagana* (defense) mais elle est le renouveau de la souveraineté du pouvoir hébraïque et ceci depuis l’époque ou régnaient nos rois… »
C’est pour cela, c’est pour lier intimement le deuil à la joie et le sacrifice de nos soldats à notre indépendance,  qu’en 1951, Ben Gourion  décréta que seraient honorés tous ceux qui sont tombés pour le pays, le 4 du mois de Iyar, la veille du jour de l’Indépendance.

Mais nous ne restons pas figés dans le passé et l’héroïsme. Nous savons aussi quelle souffrance cette lutte permanente a causé et cause encore. C’est pourquoi, nous nous tournons aussi vers les familles endeuillées, les familles des soldats morts au combat mais aussi celles des victimes de terroristes dignes héritiers des nazis.
Certains soldats sont morts au combat, d’autres quelques années plus tard dans un hôpital. Certains survivent difficilement et leurs blessures ne sont pas toujours visibles. Ces soldats souffrent du syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Leurs familles sont également touchées. Voici ce qu’écrit une épouse:
« Etre la femme d’un combattant brisé c’est le savoir réveillé la nuit, toujours prêt, empêchant son corps de s’assoupir pour ne pas s’écrouler.

Etre la femme d’un combattant brisé, c’est le voir agir à l’extérieur mais se désagréger à la maison et toi, tu es à la maison… C’est aussi s’endormir avec ses clés de voitures sous l’oreiller pour être plus sûre… Et paniquer quand il ne répond pas au téléphone parce que tu as peur qu’il cède cette fois… C’est éviter les endroits bruyants et surpeuplés, rester à l’écart et se taire, se rétrécir. Faire constamment attention à lui, et si tu sors avec lui, s’assurer qu’il est toujours assis le dos au mur, qu’il se sent contrôler  la situation, qui a déjà prévu une possibilité d »attaque et d’évasion au cas où… Et savoir que seulement lorsque tu t’assiéras avec lui, il pourra se détendre un peu…

Être la femme d’un combattant brisé, c’est savoir vivre seule, aller dormir seule, se lever seule, se réjouir ou être triste seule, élever des enfants seules, organiser des événements seule  parce qu’il vient de disparaître. Peur de faire partie, peur de ressentir quelque chose. Ressentir qu’il n’est pas là, même s’il est présent techniquement..

Être une femme de combattant brisé, c’est marcher sur des œufs toute la journée parce que tu ne sais pas ce qui déclenchera à nouveau son traumatisme. L’odeur brûlée du grille-pain, les cris des enfants, la maison du voisin, les bruits d’entraînement de la base à côté …
Car c’est ainsi, il est toujours au cœur du combat, attaqué en permanence, s’il s’arrête, il mourra… Et toi, tu dois l’arrêter, le calmer, lécher ses blessures et réparer le chaos…
Tu dois supporter le regard des gens qui ne comprennent pas que tu restes et que tu choisisses d’avoir un autre enfant car ils ne savent pas qu’il n’a toujours été comme ça, et que nous nous accrochons à la vie…
Tu dois expliquer aux enfants encore et encore que c’est lui et pas eux, qu’ils sont magnifiques et qu’il deviendront des adultes forts, sensibles et capables de faire face…


Etre femme d’un combattant brisé c’est aussi partager un moment de bonheur avec lui, partager la nuit où il a réussi à éviter une crise incontrôlable: un moment de victoire, lui dis-tu, en écoutant,  pleurant et tellement fière.

Être une femme d’un combattant brisé, c’est se rendre compte que vous ne vous aimerez, ne vous étreindrez ou ne vous caresserez probablement jamais parce que vous vivez avec un handicapé qui n’est plus capable d’aimer: son regard reste indifférent et creux même lorsque tu t’effondres ou que tu rêves  de lui. Alors tu écoutes en boucle le chant de Yishai Ribboh, Mon cœur est brisé, et tu es persuadée qu’il l’a écrit pour toi, parce que ton cœur est brisé…



Parfois, la personne la plus proche de toi est l’infirmière qui demande comment s’est passée la semaine, ou ta voisine à l’instant fugace où tu passes du sucre par dessus la barrière…

Tu l’as perdu sur le champ de bataille et tu le perds encore et encore  chaque fois que tu espères qu’il ira mieux et qu’il se brise à nouveau. Tu te demandes s’il faut pleurer ce qu’il était alors qu’il se tient devant toi…
Certes il n’est pas mort sur le champ de bataille mais il a été condamné à mourir à petit feu dans la misère et l’angoisse… » (d’après
Revital Witelsohn- Yaakobs)

(Makor Rishon, dessin de Noa Kellner)


De nombreuses familles vivent ainsi: 4600 invalides de Tsahal souffrent de troubles de stress post-traumatique ainsi que de nombreux civils victimes d’attentats. Pensez que lorsque vous entendez aux informations- il n’y a pas de blessés, seulement quelques personnes en état de choc- cela signifie en fait qu’il y a des blessés qui doivent être traités à l’hôpital et parfois pendant des années. Le trouble de post-traumatique souvent banalisé en « état de choc » est une vraie blessure et il est parfois très difficile d’en guérir.
Alors maintenant, alors que nous entrons dans ces jours de tant de fierté nationale, de souvenirs et de retrouvailles, souvenons-nous également des victimes transparentes*. Ce sont elles aussi elles qui portent le drapeau.

 

Ce soir, nous allumerons une bougie en mémoire de Tsvi Sharon:

tzvi sharon

 

A bientôt,

*Yom Hazikaron: Le nom complet est יום הזיכרון לחללי מערכות ישראל  (yom hazikaron le’halalei maarakhot Israel)
Quelques articles sur Yom Hazikaron:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/05/07/yom-hazikaron-%d7%99%d7%95%d7%9d-%d7%94%d7%96%d7%99%d7%9b%d7%a8%d7%95%d7%9f-2019/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/04/16/yom-hazikaron-2018/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/

Moshe Sharett:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mosh%C3%A9_Sharett

 

*La Jaysh al-Jihad al-Muqaddas est active principalement dans le siège de Jérusalem en attaquant les convois de ravitaillement en provenance de Tel-Aviv ainsi que dans le siège des implantations juives du Néguev.

*Les victimes de desordre post traumatique (post-trauma disorder ou PTSD):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/04/15/nos-soldats-ne-prennent-pas-de-vacances/
https://www.natal.org.il/en/about-us/

Les actes comptent, et non pas le verbiage… des discours sans dents!

Je ne sais plus si je vous ai déjà parlé du projet 929 ou התנ’ך ביחד  (Hatanakh beya’had), le Tanakh ensemble. Nommé ainsi d’après les 929 chapitres de la Bible, c’est un projet unique en Israël qui propose au grand public une nouvelle coutume judéo-israélienne : lire chaque jour un chapitre du Tanakh, sauf le vendredi et le shabbat, soit 5 chapitres par semaine. Chaque jour, un nouveau texte biblique apparaît sur le site 929.org.il, accompagné d’informations intéressantes, d’explications, de vidéos et d’images qui apportent toutes un éventail de points de vue et des perspectives, parfois très différentes les unes des autres.
Un peu partout dans le pays, des petits groupes d’étude hebdomadaire permettent aux participants de discuter ensemble sur ce qu’ils ont étudié pendant la semaine. Les participants se réunissent chez des particuliers, dans des Centres culturels, des cafés,

(dans un café à Ashdod, site Ashdod.net)

ou de manière plus formelle dans la maison du président de l’état Reuven Rivlin:

Tous les dimanches soir, je m’en vais donc dans le quartier de Gilo, à Jerusalem, pour échanger avec une dizaine de personnes sur les chapitres de la semaine. Dans mon groupe aucun des participants n’est considéré comme vraiment pratiquant mais comme le dit Akiva, l’un de mes amis: la Thora a été donnée à tout le peuple et pas seulement aux religieux!
La semaine dernière, nous avons terminé le livre du prophète ישעיהו (Yishayaou), ou Isaïe, dont les derniers chapitres nous parlent de גאולה (gueoula)*. On y trouve entre autres cet verset qui m’a particulièrement frappée cette semaine:
Et ils viendront à toi, tête, basse, les fils de tes persécuteurs, et tous tes insulteurs se prosterneront jusqu’à la plante de tes pieds; ils t’appelleront Cité de l’Eternel, la Sion du Saint d’Israël. (Yshayahou-Isaïe 60,14)
וְהָלְכוּ אֵלַיִךְ שְׁחוֹחַ בְּנֵי מְעַנַּיִךְ, וְהִשְׁתַּחֲווּ עַל-כַּפּוֹת רַגְלַיִךְ כָּל-מְנַאֲצָיִךְ; וְקָרְאוּ לָךְ עִיר יְהוָה, צִיּוֹן קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל. טו תַּחַת הֱיוֹתֵךְ עֲזוּבָה וּשְׂנוּאָה, וְאֵין עוֹבֵר; וְשַׂמְתִּיךְ לִגְאוֹן עוֹלָם, מְשׂוֹשׂ דּוֹר וָדוֹר

Le journaliste Amit Segal, a lui aussi été frappé par ces paroles prophétiques, lues la semaine dernière, alors que se tenait à Jerusalem le 5 ème Forum International sur la Shoah*, en présence d’une cinquantaine de chefs d’état et de têtes couronnées.

L’allocution du président allemand lors de la cérémonie fut pleine de contrition:
Chaque fois qu’un dirigeant allemand vient à Yad Vashem, écrit Amit Segal, et qu’on lui rappelle par cette visite de quoi son pays fut responsable il y a quelques années, je me souviens de ces versets…

Il a aussi évoqué les paroles de son oncle le Rav Israel Meir Lau, lors de cet même forum.

Le rav Lau a rappelé à ces dirigeants qui se tenaient devant lui l’histoire de l’arche de Noa’h:
Comment se fait-il que des animaux très différents les uns des autres et parfois agressifs les uns envers les autres aient pu tenir ensemble 150 jours dans cet espace clos qu’était l’arche? Tout simplement parce qu’ils avaient un ennemi commun. Le déluge leur faisait suffisamment peur… Et aujourd’hui? N’avons nous pas des ennemis communs qui nous menacent tous au delà de nos différences et de nos dissensions? La  violence, la terreur! Comment pouvons-nous nous permettre de tolérer cette cruauté? Quand serons-nous aussi intelligents que les animaux de l’arche? Quand la réalité est tellement dangereuse, nous n’avons pas d’autre choix que de vivre en bonne intelligence.
Le rav Lau a préféré s’éloigner de cette vision idéale d’un futur radieux pour Israel et les nations, quand enfin le loup vivra avec l’agneau,  et a choisi de s’ancrer dans la réalité.
Pour moi,
ajoute Amit Segal, le choix de mon oncle fut surprenant: c’est un homme d’étude, de foi, qui a refusé de surfer sur la description merveilleuse de la geoula et s’est concentré sur la responsabilité humaine.  Lui, qui a vécu le premier chapitre de sa vie dans le camp de Buchenwald, chemine dans ce monde les yeux ouverts mais prudents dans son rapport avec l’humanité.

(Loulek (Israel Meir) Lau, en compagnie de soldats américains qui lui ont retaillé
des vêtements de la Hitlerjugend quelques temps après la libération de Buchenwald
)

Ça m’a pris quelque moment, continue Amit Segal, pour comprendre dans quelle direction le rav Lau voulait aller. Mais après avoir réfléchi je me suis aperçu qu’il était le seul qui n’avait pas parlé de commémoration. Il a entendu la demande de pardon du président allemand mais il l’a repoussée en expliquant qu’il n’avait pas l’autorité pour pardonner au nom de toutes les victimes. Il a regardé droit dans les yeux tous les dirigeants et leur a assuré que nous n’oublierons pas. Ce fut le discours d’un Juif droit et fier et qui se souvient du mal dans sa pire noirceur et nous demande de ne pas nous laisser actuellement tenter par cette prophétie où des agneaux vivront sans crainte au côté des loups, mais en fait d’agir pour le bien.

Un jour, sans doute, le loup habitera avec la brebis, et le tigre reposera avec le chevreau; veaux, lionceaux et béliers vivront ensemble. Mais nous en sommes bien loin. Pleurer sur des Juifs morts et dédouaner en même temps les assassins d’aujourd’hui ne fait pas avancer ni la justice ni la paix et ça le Rav Lau le sait bien: à un journaliste qui lui demandait son impression sur la cérémonie et sur l’intention affirmée par tous de lutter contre l’antisémitisme , il a répondu avec clairvoyance: Les discours de tous ces dirigeants étaient très bien tournés mais ils étaient sans dents…

A bientôt,

 

*Le projet 929 a été lancé en 2014 à l’initiative du vice-ministre de l’Education, Avi Wurzman, et du rav Benny Lau (neveu du Rav Israel Meir Lau).
Si vous comprenez l’hébreu ou l’anglais voici de quoi étudier:
https://www.929.org.il/p/home
https://www.929.org.il/lang/en/today

*La gueoula: ce mot est traduit en français par rédemption, c’est à dire le fait de racheter ses péchés. Mais ceci est une notion chrétienne qui a peu à voir avec la gueoula telle que la tradition juive la pense. Pour nous il s’agit de notre libération finale à l’époque du Mashi’ah. Pour le sionisme, la renaissance de l’État d’Israël n’est pas considérée comme un but, mais plutôt comme le début d’un processus, dans lequel de nombreuses étapes se produiront encore.

*5 ème Forum International sur la Shoah, le 23 janvier 2020:
https://www.yadvashem.org/fr/forum-shoah-2020/about.html

*Le rav Israel Meir (Loulek) Lau: déporté à Buchenwald à l’age de 7 ans avec son frère aîné. Il a survécu grâce à un médecin tchèque, lui-même déporté, qui a déclaré aux SS que l’enfant n’était pas juif et qu’il avait été raflé alors qu’il jouait chez un de ses camarades juif. Les SS l’ont alors amené dans la partie du camp réservée aux prisonniers de guerre russes. Les conditions y étaient catastrophiques mais ce subterfuge lui a évité d’être envoyé dans une chambre à gaz. Les soldats russes l’ont protégé autant qu’ils ont pu, lui donnant une partie de leur nourriture. L’un deux, Fiodor, voulait même l’adopter à la fin de la guerre. Mais Loulek, s’est souvenu des paroles de Naphtali son frère: Eretz Israel. Encore une fois. Répète encore. Eretz Israel, c’est la maison des Juifs et c’est là que nous devons retourner. C’est le seul endroit au monde où les Juifs ne sont pas tués. Alors si tu restes en vie, il y a certainement des gens qui voudront te prendre avec eux et te conduire ailleurs… mais rappelle-toi ce que je te dis: seulement en Eretz Israel.
Loulek, histoire d’un enfant de Buchenwald qui devient grand-rabbin d’Israel, Jerusalem Publications, 2009
http://collectifhistoirememoire.org/Pages/107_Israel-Meir-Lau.html

Justice, vous avez-dit justice?

Le procureur de la Cour Pénale Internationale qui siège à La Haye, Fatou Bensouda*, a conclu son examen préliminaire – étape préalable à l’ouverture d’une enquête- et décidé que des crimes relevant de la C.P.I. avaient été commis dans les territoires palestiniens occupés. Fatou Bensouda se dit convaincue que des crimes de guerre ont été commis en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est* et dans la bande de Gaza, bien qu’il n’y ait plus un seul israélien à Gaza depuis 2005, mais elle n’est sans doute pas au courant*.
Bref, puisqu’elle enquête sur nous, pourquoi ne pas lui rendre la pareille?
Le C.V. de Fatou Bensouda est vraiment impressionnant. Née en 1961 à Banjul, capitale de la Gambie, un des pays les plus pauvres de la planète, elle vient d’une famille nombreuse de 15 enfants et polygame. Elle perd son père très jeune et malgré tous ces handicaps, elle entreprend des études de droit grâce à une bourse, et devient avocate. Bravo!
Elle ne s’arrête pas là!
Peu de temps après avoir obtenu son diplôme, elle devient procureur, puis conseiller juridique du nouveau président gambien et ensuite ministre de la justice jusqu’en 2000, puis conseillère juridique et substitut du procureur au Tribunal pénal pour le Rwanda en Tanzanie. Ce qui la propulse en 2004 à la Haye, comme procureur du C.P.I. Si vous lisez sa biographie sur Wikipedia*, vous aurez tous les détails de ses nombreux diplômes et postes dans les instances internationales.


Mais la donnerais-je en exemple à mes petits enfants pour son parcours sans faute? Non!
Ce que Wikipedia ne dit pas c’est qu’en 1994, le nouveau président de la Gambie n’a pas été élu. Yahya Jamneh est arrivé à son poste par un coup d’état. Il est connu pour être un des pires dictateurs islamiques africains. Fatou Bensouda a été le témoin de toutes les turpitudes du régime et les a cautionnées, ne serait-ce qu’en montant tous les échelons: conseillère juridique, procureur général puis ministre de la justice.


Même si elle n’est restée que 6 ans auprès du dictateur, il n’est pas possible qu’elle n’ait pas su. Elle a approuvé ces ignominies qui ont été finalement dévoilées lorsque le tyran local a été destitué après 22 ans de pouvoir absolu. Yahya Jamneh a fait arrêter, emprisonner, exécuter parfois sans procès des milliers de Gambiens. Son gouvernement était tellement corrompu que les organisations humanitaires internationales essayaient autant qu’elles le pouvaient de contourner les officiels gambiens en espérant qu’ainsi l’aide arriverait réellement à la population affamée. Yahia Jamneh considérait Ahmedinedjad comme son mentor et l’application de la charia valait celle du régime iranien ou celle de Daesh…
Et Fatou Bensouda, ministre de la justice de ce brave homme, n’aurait rien su?
Enfin, quand en 2017, le pays, débarrassé de ce tyran, a pu mettre sur pied la commission Vérité et Réconciliation, de nombreux témoignages d’opposants, arrêtés et torturés, l’ont impliquée très clairement: elle siégeait au tribunal, empêchait les victimes de parler et sortait de la salle en leur disant: tu est jugé pour traîtrise, tu n’as rien à dire.
Les survivants aimeraient bien qu’elle vienne témoigner, mais elle ne viendra pas, elle tellement occupée à La Haye…
Mais s’il n’y avait que cela!
Si les Gambiens sont très en colère contre elle, ils ne sont pas les seuls.
En Amérique du Sud la C.P.I. traîne les pieds dans l’enquête sur la privation des droits de l’homme pendant les années Hugo Chavez et Nicolas Maduro. En septembre 2016, pendant l’assemblée générale de l’ONU, plusieurs pays, l’Argentine, le Canada, le Chili, la Colombie, le Paraguay et le Pérou s’étaient pourtant adressés à la C.P.I. exigeant une enquête pour crimes contre l’humanité au Venezuela: emprisonnements illégaux, tortures et meurtres de manifestants par des bandes armées proches du régime, les collectivos*… Une enquête préliminaire a été enfin ouverte au C.P.I en 2017 mais curieusement n’a toujours pas abouti… Les journaux sud américains, surnomment Fatou Bensouda par dérision, le bunker du Chavisme.

Mais quel lien a donc Fatou Bensouda avec un régime dictatorial si loin de sa Gambie natale ou de La Haye?
C’est qu’elle y a des amis et pas n’importe lesquels! On la voit photographiée avec Maikel Moreno*, président de la Cour Suprême du Venezuela en compagnie de Haifa Al Aissami , ambassadrice du Venezuela au C.P.I.

(Maikel Moreno serre la main de Fatou Bensouda, Haifa Al Aissami se trouve à droite sur la photo)

Elle est photographiée avec deux collègues me direz-vous, ce n’est pas si grave!
Ça le devient lorsque Walter Marquez Rondon, ancien ambassadeur du Venezuela en Inde, demande au C.P.I d’ouvrir une instruction sur Fatou Bensouda pour négligence et retard dans l’enquête sur le pouvoir vénézuélien actuel.

(Walter Marquez Rondon)

Il exige que Fatou Bensouda soit dessaisie de l’enquête en affirmant qu’elle est l’obligée de Nicolas Maduro et est liée personnellement avec Haifa Al Aissami, l’ambassadrice du Venezuela au C.P.I. Cette dernière est la sœur de Tarik Al Aissami.
Tarik Al Aissami, ministre de l’industrie dans le gouvernement de Maduro, mais aussi ancien ministre de l’Intérieur, est recherché aux USA: il y est suspecté de trafic de drogues et de blanchiment d’argent. Il est d’ailleurs surnommé El narco Tarek!
Dans le passé, le nom de Tarek Al Aissami est apparu dans une affaire de vente de passeports vénézuéliens à des membres du Hezbollah et d’autres organisations terroristes. Walter Marquez Rondon affirme aussi que Fatou Bensouda et Haifa Aissami sont de grandes amies.
L’été dernier, il a été question au C.P.I de  licencier Fatou Bensouda pour faute lourde après la plainte déposée par Walter Marquez Rondon, mais cela n’a pas été suivi d’effet. Elle a finalement publié il y a quelques semaines un rapport sur l’enquête préliminaire concernant le Venezuela, rapport si peu professionnel qu’il n’a suscité que critiques et moqueries. Et cette fois,dans les journaux sud américains, elle a été surnommée la petite copine de la famille Al Aissami.
Et dire que pour le Times, Fatou Bensouda est un modèle, l’une des femmes africaines les plus influentes du monde. C’est sans doute malheureusement vrai et c’est bien triste. Quant au  Guardian, ce journal doit avoir le sens du l’humour: Fatou Bensouda y est appelée la femme qui chasse des tyrans. Ça dépend lesquels.

Israel s’intéresse de près à la famille Al Aissami:
Il y a quelques mois, Tarek Aissami est venu en visite en Turquie pour y monter une usine de raffinement d’or. Israel soupçonne le Venezuela, pays particulièrement riche en or, de l’envoyer en Turquie officiellement pour le faire raffiner mais en réalité pour contourner les sanctions contre l’Iran via la Turquie… Belle coopération entre trois dictatures, Venezuela, Turquie et Iran!

Enfin, en ce qui nous concerne, Fatou Bensouda affirme que les résultats de l’enquête préliminaire  contre Israel, ouverte à la demande de l’Autorité Palestinienne, remplissent tous les critères permettant l’investigation pour crimes de guerre, déportation et apartheid en Judée-Samarie ainsi qu’à Jerusalem. Nous ne nous laisserons pas faire. Personne n’est pas intouchable.

Toutefois, il serait bon de s’interroger sur les critères qui prévalent à la C.P.I pour l’embauche de leurs employés. Et on dira que les organismes internationaux sont neutres!

(Caricature de Shay Tsharka parue dans Makor Rishon)

Je ne suis pas journaliste. Tout le crédit de ces recherches revient à Pazit Rabina, journaliste à Makor Rishon*.

A bientôt,

 

 

*Fatou Bensouda est mariée a un homme d’affaires d’origine marocaine, Philip Bensouda. Contrairement à ce qu’affirment certains journaux, il n’est ni juif ni israélien. Il se nomme en fait Philip Faycal Bensouda. Sa famille fait partie des familles les plus proches du pouvoir.
Il y a quelques années, Georges Bensouda (fils de Fatou Bensouda et connu comme trafiquant de drogue) s’est fait tuer par un concurrent, Karim Ase dans les rues de Saint Paul, Minnesota.

*Pour moi dire Cis-jordanie est comme dire Cis-allemagne à propos de l’Alsace. La Judée et la Samarie n’ont été jordaniennes que pendant seulement 19 ans, de 1948 à 1967 et se trouvent, ainsi que Gaza, sur le territoire du Foyer National Juif.

*Jerusalem-est? Comme je l’ai déjà écrit dans un de mes articles, après avoir crié sa joie en voyant Berlin réunifiée et redevenir la capitale de l’Allemagne, une certaine bien-pensance veut nous imposer ce qu’elle a jugé catastrophique pour les Berlinois mais tout à fait acceptable, voire recommandé pour nous! Et le sinistre Berlin-Est, Berlin-Ouest devient le tout à fait raisonnable Jerusalem-Est, Jerusalem-Ouest.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*La bande de Gaza:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/29/les-juifs-de-gaza/

*Biographie édulcorée de Fatou Bensouda:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fatou_Bensouda

*Les collectivos:
Les «colectivos» sont apparus sous l’administration de Hugo Chávez dans le but de défendre la révolution bolivarienne et ont depuis été soutenus par le gouvernement. Armés et voyageant en motocyclette, les «colectivos» sont utilisés par le régime pour restreindre les manifestations contre le gouvernement ainsi que pour ramener violemment «l’ordre» par des raids, comme ceux que l’on voit de plus en plus au Venezuela ces derniers temps.

*Maikel Moreno: Moreno est reconnu coupable de l’assassinat de Rubén Gil Márquez, en 1989 mais lisez  aussi la suite… et il a été nommé Président de la Cour Suprême au Venezuela?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maikel_Moreno

*Haifa Al Assaimi:
https://es.wikipedia.org/wiki/Haifa_El_Aissami

*Tarek Al Aissami:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tareck_El_Aissami

*Makor rishon:
https://www.makorrishon.co.il/news/yoman/192837/

Un téléphérique à Jerusalem

Depuis longtemps la mairie de Jerusalem envisage de construire un téléphérique entre le Mont Tsion* et le Mont des Oliviers.
Evidemment l’Union Européenne, comme à l’accoutumée, a décidé de se mêler de nos affaires et bien sûr, de s’opposer formellement au projet. Déjà en 2015, des entreprises françaises, sur les conseils du Quai d’Orsay*, avaient du renoncer à participer à l’appel d’offre lancé par la municipalité de Jérusalem.
Mais maintenant, le projet est en marche: une commission colonialiste et sioniste a donné son feu vert le 4 novembre dernier: ce téléphérique pourra transporter jusqu’à 3 000 personnes par heure dans 72 cabines accueillant chacune 10 personnes.
Sur un parcours de 1,5 km, il reliera le mont Tsion jusqu’au mont des Oliviers, à l’est de la ville, en passant par la Porte des Ordures*, porte la plus proche du Kotel, puis par la cité de David et Silwan (Shilo’h). 3000 personnes par heure, cela fait beaucoup de cars de tourisme en moins, et donc moins d’embouteillages, moins de pollution, quand on sait que Jerusalem reçoit près de 5 000 000* de visiteurs chaque année.
Mais selon les Européens un tel téléphérique porterait atteinte au patrimoine et aux droits des Arabes!
A la différence des Européens et tout particulièrement de la France, Israël ne se préoccupera pas et ne se prononcera pas sur les conséquences de la prochaine construction du téléphérique urbain prévu à Toulouse. Nous n’avons pas cette arrogance…
Les Européens ne changeront pas…
Ils ne voulaient déjà pas du tramway qui traverse la ville et permet à de nombreux Yerushalmim (sans distinction de croyance ou d’origine, contrairement à ce que beaucoup écrivent) de se déplacer plus facilement sous prétexte qu’il dessert aussi les fameux territoires occupés*.
En fait pour eux un Arabe est un pauvre type qui ne doit se déplacer qu’à pied ou à la rigueur à dos d’âne. Les Européens sont des dames patronnesses qui surveillent leurs pauvres de très près au cas ou ils voudraient s’émanciper et profiter du niveau de vie des sionistes!

Mais les ignorants contempteurs et autres calomniateurs systématiques d’Israël ne savaient pas que Jérusalem a déjà eu un téléphérique…

Le 18 mai 1948, nous sommes en pleine guerre de l’Indépendance. Le Palma’h essaye en vain de libérer le quartier juif assiégé et le 28 mai, le quartier tombe au mains de la Légion Arabe. La zone du mont Tsion se trouve à l’extérieur des murailles sur la colline d’en face. Elle est toujours aux mains des Juifs et elle est en première ligne. Une étroite tranchée, partiellement couverte, permet l’acheminement de la nourriture et des blessés mais le passage est difficile et dangereux sous le feu des snipers jordaniens.

Aussi, en décembre 1948, un ancien de l’Irgoun* Uriel Heifetz* a une idée géniale: construire un téléphérique rudimentaire en remplacement de la tranchée. Jeune homme plein d’imagination, il aime trouver des solutions créatives à tous les problèmes.
Evidemment, cette idée de construire un téléphérique en pleine guerre et sous le feu des Jordaniens ne pouvait venir que de lui!…

C’est ainsi que fut tendu un câble en acier, long de 200 mètres depuis l’hôpital Saint John, maintenant hôtel du Mont Tsion, jusqu’à un second poste de l’armée.

Actionné par trois soldats à chaque extrémité, il pouvait transporter 250 kg dans la cabine et ne fonctionnait que pendant la nuit.

Pendant la journée, il était descendu au fond du ravin, caché aux yeux des soldats jordaniens postés sur les murailles de la Vieille Ville.

Le téléphérique a été utilisé régulièrement pendant environ six mois, jusqu’à la signature des accords d’armistice en juillet 1949. Il restera en place sans fonctionner jusqu’à la réunification de Jerusalem après la guerre des 6 jours.

 

Une rue de Jerusalem a été nommée נתיב הרכבל, Netiv HaRakevel, le chemin du téléphérique en l’honneur d’Uriel Heifetz et de son projet.

 

Un musée du téléphérique se trouve actuellement dans l’hôtel du Mont Tzion:

(Hotel du Mont Tsion, face au murailles)

Ni Uriel Heifetz ni les soldats en poste ne pouvaient alors imaginer que leur téléphérique surplombait la future piscine de l’hôtel.

A bientôt,

*La Porte des Ordures:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/13/la-porte-des-fleurs-ou-la-porte-des-ordures/

 

* Irgoun, en hébreu ארגון, organisation, de son nom complet Irgoun Tsvaï Leoumi, ארגון צבאי לאומי,  Organisation Militaire Nationale, parfois abrégé en I.Z.L., (acronyme lui-même lexicalisé en Etzel, אצ״ל), est une organisation armée sioniste née en 1931 en Palestine mandataire, à la suite d’une scission de la Haganah, et dirigée à partir de 1943 par Mena’hem Begin.

* https://www.europe-israel.org/2015/03/les-entreprises-francaises-sont-contraintes-dabandonner-le-projet-de-la-construction-du-telepherique-a-jerusalem/

* Je ne me suis pas trompée dans le nombre de zéros. Les six villes les plus visitées au monde en 2019 ont été Hong Kong (26,7 millions de touristes malgré les manifestations), Bangkok (25,8 millions), Macao (20,6 millions), Singapour (19,8 millions), Londres (19,6 millions), et Paris (19,1 millions).

* Uriel Heifetz:
Né à  Vienne en 1922, il a pu rejoindre la Palestine à temps avec ses parents. Membre du Betar et de l’Irgoun. En 1944, il attaque le Haut Commandement militaire britannique à Jerusalem. Arrêté et déporté dans un camp d‘internement britannique en Erythrée jusqu’en 1948, il s’arrangera pour faciliter l’évasion de nombre de ses compagnons par des tunnels qu’il aura construit à la barbe des britanniques.
A son retour, il est nomme officier de la brigade Etzion et continuera a trouver des solutions créatives pour le bien et la sécurité de l’état d’Israel.
Après la guerre d’indépendance, il continuera son travail en temps qu’officier mécanicien: Douze de ses inventions ont remporté le prix de la sécurité d’Israël pour « ses nombreuses années de dévouement et de bénévolat afin de résoudre des problèmes techniques opérationnels« . Je rajouterai et de sauver des vies car en 1974, il a réussi à sauver 17 enfants, lors du massacre de Maalot* perpétré par les terroristes du FPLP qui ont attaqué une école après avoir décimé les personnes rencontrées sur leur chemin. 22 enfants ont été tués et 68 ont été blessés. Ce faisant, Uriel Heifetz fut grièvement blessé par un des terroristes.
Paralysé, il réussit à survivre pendant 4 ans et mourut le 18 décembre 1978 a l’age de 56 ans.

Pour mémoire, le chef du commando terroriste de Maalot, Khaled Nizal, fut honoré en présence de Ma’hmoud Abbas par une stèle à Jénine que le général Yoav Mordekhai fit détruire en 2017.

Si vous lisez l’hébreu:
https://www.izkor.gov.il/%D7%90%D7%95%D7%A8%D7%99%D7%90%D7%9C%20%D7%97%D7%A4%D7%A5/en_c5dedc68195381ce75778f368fd7bd

* Le mot רככל, rakevel, qui signifie téléphérique, a été formé à partir des mots רקבת, train et כבל, câble. Lors de la construction du funiculaire de ‘Haifa en 1959, il fut officiellement validé par l’Académie de la Langue Hébraïque. Les deux mots train et câble sont eux-mêmes d’origine biblique. A l’époque du Tanakh, la racine Resh Kaf Beit, רכב, rekhev, veut dire chevaucher (Elle signifie aussi maintenant un véhicule).
Quant à כבל, Kavel, le câble, on le trouve dans le Psaume 149,8:
לֶאְסֹר מַלְכֵיהֶם בְּזִקִּים; וְנִכְבְּדֵיהֶם, בְּכַבְלֵי בַרְזֶל
Ils attacheront leurs rois par des chaînes, et leurs nobles par des câbles de fer.
Certains membres de l’Académie chipotent encore: faut-il dire Rakhebal ou Rakevel?

 

Le sentier du Sanhedrin (1)

Les missiles sont tombés en continu dans toute une partie du pays pendant deux jours: plus de 400! Une attaque du Djihad Islamique, en provenance de Gaza.

(le dernier tube du ‘Hamas qui cette fois ne participe pas aux réjouissances mais encourage le Djihad Islamique)

Il parait que nous avons droit à un cessez-le-feu en ce moment, mais comme le rapportent les parents d’Hadar Goldin: c’est précisément pendant un cessez-le-feu que notre fils a été kidnappé*. Un cessez-le-feu jusqu’à quand? Jusqu’au prochain round?
Aussi pour nous changer les idées, je vous propose un petit tour en Galilée. Empruntons le sentier du Sanhedrin…

Retrouvons nous au début de l’ère chrétienne*.
Comme vous le savez, en l’an 70, Titus détruit le Temple et une partie de la ville de Jerusalem*. Les membres du Sandedrin* peuvent heureusement se réfugier sur la côte, dans la ville de Yavne. C’est là que commencera la rédaction de la Mishna*.
Malheureusement, en 135, après la défaite de Bar Kochba, une terrible répression s’abat sur les Juifs. Jerusalem, rasée et renommée Aelia Capitolina est devenue une zone interdite aux Juifs, judenrein.
La ville de Yavne devient elle aussi trop dangereuse. Les Sages du Sanhedrin  se réfugient alors plus au nord pour pouvoir continuer leur travail. Ce n’est que le début d’un long périple. Pour survivre, ils devront se déplacer de ville en ville en Galilée.
Commençons, nous aussi, ce périple.
Tout au début, ils s’arrêtent à אושה ,Usha, en Galilée occidentale. Son nom, Usha, vient sans doute du mot אשיה, ashiya, un créneau, employé par le prophète Jérémie qui tonne contre Babel en Chaldée (Jérémie 50,15):
הָרִיעוּ עָלֶיהָ סָבִיב, נָתְנָה יָדָהּ, נָפְלוּ אשויתיה (אָשְׁיוֹתֶיהָ), נֶהֶרְסוּ חוֹמוֹתֶיהָ: כִּי נִקְמַת יְהוָה הִיא הִנָּקְמוּ בָהּ, כַּאֲשֶׁר עָשְׂתָה עֲשׂוּ-לָהּ.
Poussez le cri de guerre contre elle de toutes parts: elle tend les mains, ses créneaux tombent, ses murs s’écroulent, car ce sont les représailles de l’Eternel. Vengez-vous sur elle, faites-lui ce qu’elle a fait elle-même.
De Usha, il ne reste que quelques ruines mais si son nom veut dire créneau, c’était certainement une place fortifiée. Ce qu’on connait du Usha de cette période  nous est transmis par quelques textes de la Mishna: ils nous racontent que le président du Sanhedrin, alors Yehuda Ben Baba, avait voulu ignorer l’interdiction romaine d’ordonner des sages, ce qui lui valu d’être exécuté par le pouvoir romain.

(tombe de Yehouda ben Baba. La tombe elle-même se trouve dans une grotte)

Usha tombera ensuite dans l’oubli mais des fouilles archéologiques décrivent un habitat juif jusqu’au 17 ème siècle.

Au début du 20 siècle, sera fondé le kibboutz Usha par des immigrants venus de Pologne,

et ceci juste après que l’ancien village de Usha lui-même et le village voisin de Kassair aient été colonisés par des Arabes venus…. d’Algérie dans les années 20 pour travailler dans les usines de ‘Haifa!

Si le développement économique de la Galilée à cette époque nous semble actuellement bien peu attrayant, il est sûr que dans les années 20, le niveau de vie des pionniers, bien que très bas, attisait l’envie d’un monde arabe qui végétait dans la misère! Pendant la guerre d’Indépendance, le kibboutz Usha et le kibboutz voisin Ramat Yohanan furent attaqués par le bataillon druze de l’Armée de Libération Arabe* auquel s’étaient joints les villageois musulmans de Usha et de Kassair.
Mais en vain. Les habitants du village arabe de Usha et de Kassair s’enfuirent au Liban. Il est sûr que leurs descendants se revendiquent maintenant réfugiés palestiniens!

Mais revenons au Sanhedrin:
Fuyant Usha en l’année 140, les sages se réfugient à Shfar’am,  quelques kilomètres plus à l’est.
Shfaram est maintenant une ville arabe mais on y trouve des vestiges byzantins ainsi qu’une ancienne synagogue bâtie au 17 ème siècle, sur les ruines de synagogues précédentes.

En 165, le Sanhédrin doit fuir à nouveau et s’installe à בית שערים, Beit Shearim, sur la route « Haifa-Nazareth.
Beit Shearim: son nom signifie la maison des portes, c’est dire si la ville était déjà importante. Un peu comme celle de Shaarayim, la ville aux deux portes, dont je vous ai déjà parlé*. Beit Shearim est une ville relativement récente puisque fondée par Hérode. Apres avoir été une place forte pour l’armée romaine, l’arrivée du Sanhedrin en fait une place forte pour la culture juive car, paradoxalement, cette époque d’intense persécutions est aussi une époque d’intense activité intellectuelle.
C’est dans cette ville que sera enterré rabbi Yehouda Hanassi.
La vidéo ci-dessous raconte comment fut découverte l’antique Beit Shearim par Alexander Zaid*.

La ville se situe maintenant dans le magnifique Parc National de Beit Shearim.
Beit Shearim est particulièrement célèbre pour ses catacombes. Rabbi Yehouda Hanassi s’y étant fait enterrer, de nombreux Juifs voulurent y installer leur caveau, considérant que c’était un honneur d’être enterré auprès d’un sage qui avait dirigé la compilation des six traités de la Mishna, basés sur la tradition orale et fondatrice du judaïsme rabbinique.


Mais la ville est encore plus célèbre maintenant par la découverte d’une dalle de verre pesant une tonne!
En 1956, l’autorité des Antiquités avait prévu de convertir une des grottes en un petit musée. Or, en nettoyant les gravats, un bulldozer était tombé sur quelque chose de grand et si lourd qu’on ne pouvait le déplacer. Les ouvriers du chantier pensaient qu’il s’agissait d’une dalle rectangulaire en pierre. En fait, après analyse, la dalle s’est avérée être en verre. Des restes de poterie, trouvés également sur le site, indiquèrent que la dalle de verre était en place depuis la fin du 4 ème siècle environ.
Que faisait donc dans cette grotte une dalle de verre d’une tonne?
La réponse fut bientôt trouvée. Cette dalle était une réserve de verre en tant que matériau, ce matériau étant destiné à être utilisé et transformé en objet quelque part ailleurs. Mais pourquoi cet énorme morceau de verre a-t-il été abandonné là où il avait été fabriqué? Nul ne le sait pour le moment…

Les Romains ne désarmant pas, les sages du Sanhédrin fuiront ensuite à Tsippori puis à Tibériade en 193, mais ceci, je vous le raconterai dans un prochain article.

A bientôt,

PS: Comme je le craignais, le cessez-le-feu a tenu 5 heures et une pluie de missiles s’est abattue sur le Sud.

Hadar Goldin:
https://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/271660

* Rabbi Yehouda Hanassi:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/

*La ville de Shaarayim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/26/goliath-ou-est-tu/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Hillel hazaken:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/16/on-marche-au-pas-enfin-presque/

*L’armée de libération arabe était composée de volontaires musulmans étrangers à la région et venus prêter main-forte aux pays arabes des alentours. Il y avait environ 6000 combattants venus des régions limitrophes d’Israël mais aussi des Irakiens, Bosniaques, Circassiens, des Frères Musulmans originaires d’Egypte, des Turcs, et même des Allemands ainsi que des déserteurs anglais. Tous sous le commandement de Fawsi Al Qawuqji, originaire du nord Liban et allié des Nazis pendant la deuxième guerre mondiale.

*Alexander Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/13/le-sionisme-politique-avant-1914/
Les successeurs d’Alexander Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En cette fin de vacances…

Voici une vidéo très explicite sur ce qui est notre quotidien depuis quelques temps.

 

 

Chaque jour ou presque, les habitants du Sud reçoivent des roquettes, des jets de grenades et de ballons piégés, ils doivent se protéger des tentatives d’infiltration perpétrées par des Gaza-nazis, arborant fièrement des drapeaux  très explicites comme celui-ci:

Nous avons droit à  environ un attentat meurtrier par semaine. Il y a peu, en Judée les assassins ont activé une charge explosive et tué une jeune fille de 17 ans, Rina Shnerb, et blessé son père et son frère. Le père de Rina les avaient simplement emmenés se baigner à la source  Dani, nommée ainsi d’après le nom de Dani Gonen, tué au même endroit en 2015.

 

Cette semaine, Tsahal a pu déjouer à temps un énorme attentat, organisé par les Iraniens qui, à partir du territoire syrien, prévoyaient de lâcher sur la Galilée des drones équipés d’explosifs. Dans le même temps, nous avons du aussi intervenir dans la Beka Libanaise contre des positions de terroristes chiites du Hezbollah, inféodé à l’Iran
Nous avons répliqué par une série d’attaques sur des bases iraniennes en Syrie et dans la Beka.

 

L’autre soir soir, 3 missiles en provenance de Gaza sont tombés sur Sderot au moment où avait lieu un concert en plein air: 4000 personnes, essentiellement des familles, se sont retrouvées prises au piège sans abri à leur portée. Deux des missiles ont été interceptés par Kipat Barzel, un est tombé dans un terrain vague où il a provoqué un incendie..
Nous disons toujours: Heureusement, nous n’avons eu que quelques blessés légers!
Mais un bon nombre de personnes sont traitées à l’hôpital pour état de choc et cette situation qui suppure depuis des années rend la vie des habitants de cette région vraiment intenable. Les centres de suivi psychologique pour les post-trauma sont débordés…
Et personne ne sait ce que les heures ou les jours suivants nous réservent.

 

En signe de protestation contre la situation dans le Sud, qui continue de s’aggraver ces derniers jours, une vidéo a été publiée ce mardi matin dans laquelle des enfants de la région de Sderot,  âgés de 7 à 11 ans,  chantent la célèbre comptine de l’alphabet. Mais cette fois, les paroles sont différentes, chaque lettre de l’alphabet est l’initiale d’un mot  qui malheureusement fait partie de leur vocabulaire quotidien.
Une des participantes du groupe, Michal Maor a 9 ans. Elle habite Sderot. Elle a déclaré ce soir à la télévision: « Il est important pour nous que tous les enfants en Israël comprennent la peur avec laquelle nous grandissons. Personne ne sait vraiment ce qu’est un ballon incendiaire avant de le voir. Nous grandissons dans une dure réalité. Le temps libre, nous le passons dans un espace protégé, il était donc important pour nous de participer à ce projet  et vous chanter ce qui reflète notre réalité. Les paroles sont  effrayantes et ont pour but  de faire comprendre au public israélien notre peur quotidienne. « 

Alef א c’est le feu (Esh) et Beit ב c’est un ballon (piégé), Guimel ג c’est une grande clôture (gader), Dalet ד c’est la porte (delet) du mamad (la pièce protégée), He ה c’est la myrte (hadas) qui fleurissait rose jusqu’à ce qu’ils brûlent les champs,

Zayin ז ‘Het ח vont ensemble car c’est le ‘Hamas dans les tunnels,
Les enfants de 6 et 7 ans, oh maman! Oh maman! Ont peur de sortir même un instant, Un abri, un abri! Et ils restent assis à la maison, maman, petite maman. Ni colombe et ni rameau d’olivier, petite maman!
Tet ט c’est une missile (til) et Yod י c’est un tir (yeri), Kaf כ c’est kef et Lamed ל non (lo), Mem מ et Noun נ c’est une salve (mata’h) qui est tombée (nafal) ici. Cours vite c’est tout près! Samekh ס c’est patrouiller (savav), Ayin ע c’est Gaza (,Aza), Pe פ c’est un attentat (pigoua) au couteau, Tsade צ c’est Tzouk Eytan (la guerre de l’été 2014), Kouf ק c’est une voix (kol) qui te dit Resh ר , cours (routz) vite, ferme les yeux, couche- toi par terre les mains sur la tète.
Les enfants…
Où en sommes-nous maintenant? Où est le Shin ש  et où est le Tav ת ? Shin (che) c’est la paix (shalom) et tav c’est toda (merci)  et yalla en avant pour pour le prochain round! Salut à tout le gouvernement, nous nous reverrons pour la prochaine opération militaire!
Les enfants de 6 et 7 ans…
On ne veut plus avoir peur, on exige une victoire d’Israel!*

 

Quand au front nord, comme je vous le disais, on multiplie les opérations en Syrie et même en Irak ou au Liban pour empêcher les Iraniens et le Hezbollah de nous attaquer. Ce soir la plupart des routes du Nord sont sous le contrôle de l’armée. Les voitures civiles roulent encore mais tout est fait pour dégager le passage pour Tsahal au cas où.
Cependant, il n’y a pas plus optimiste qu’un Juif. Les chambres d’hôtes sont pleines, c’est la fin des vacances et tout le monde veut en profiter. Comme disait un homme interviewé aux sources de Banyas : Je suis de Sderot, alors...

Heureusement,
Un certain nombre de jeunes soldates scrutent sans relâche des écrans. On les appelle les תצפיטניות (tatzpitaniot), les observatrices:

Elle sont formées à détecter et contrer les éléments hostiles le long des frontières et à surveiller la clôture  à l’aide de divers dispositifs technologiques. Si elles détectent une tentative d’infiltration, elles doivent être très réactives et donner à la chaîne de commandement un compte-rendu de la situation le plus précis possible.
Elles sont relevées toutes les quatre heures avant que leur vigilance se relâche: Pour autant que je le sache, il n’y a pas de soldats tatzpitanim mais seulement des soldates. Tsahal dit que les filles ont une capacité de concentration bien meilleures que les garçons. Chaque fois qu’une intrusion ne se termine pas en attentat meurtrier, c’est grâce à elles.
Mais les tazpitaniot ne sont pas seules à surveiller notre frontières. Tsahal, dont le niveau technologique n’est plus a démontrer, emploie aussi des pisteurs, en général des arabes bédouins. Dans la vidéo ci-dessous, l’officier Bader Sayid, officier pisteur dans la vallée du Jourdain, nous explique quel est leur travail:

 

« Comment sait-on que quelqu’un a franchi la frontière?
Sur la bande de terre entre la ligne de sécurité et  le grillage, on fait passer tous les jours un Hammer traînant des chaines pour rendre ainsi la terre poudreuse. C’est sur cette terre tendre qu’un pisteur pourra remarquer le moindre signe. Un pisteur doit parcourir par jour un certain nombre de km le long de cette bande pour vérifier qu’il n’y a eu aucune incursion de ce côté de la barrière.
Ce qu’il cherche ce n’est pas forcement une empreinte claire et nette, il sait analyser les différentes traces:  celles d’un animal et celles d’un homme ne se ressemblent pas,  ni celles d’un homme et celles d’une femme dont les  pas sont plus petits. De même, s’il s’agit d’un homme corpulent et lourd ou s’il porte quelque chose, les empreintes ne seront pas les mêmes. Plus tu portes, plus ton talon sera enfoncé dans le sol, ta démarche ne sera pas droite mais tu zigzagueras de droite à gauche et tu élargiras tes empreintes. Le pisteur doit aussi analyser si l’incursion a eu lieu peu de temps ou plusieurs heures avant.
Les terroristes trouvent toutes sortes de combines pour nous rendre le travail difficile, comme les peaux de moutons ou les larges bandes de mousse attachées sous les pieds, mais un pisteur expérimenté sait les repérer.
Nous savons aussi faire la différence entre une véritable et une fausse pierre qui recouvre un engin explosif.
Malgré  toute la technologie, rien ne vaut les yeux des pisteu
rs!

 

A bientôt,

 

*Le mot drone, רחפן (ra’hfan)  a été construit sur la racine r’h’f qui veut dire voleter qu’on trouve dans le livre de Bereshit
Or la terre n’était que solitude et chaos; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux
וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ, וְחֹשֶׁךְ, עַל-פְּנֵי תְהוֹם; וְרוּחַ אֱלֹהִים, מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם
Nos commentateurs ne traduisent pas planer mais  voleter, en ajoutant comme une oiselle voletant tendrement au dessus du nid.
Nos drones volettent actuellement comme une oiselle bien déterminée à ne pas nous laisser tuer par des oiseaux de proie

Israël-Iran : « La guerre des drones a éclaté »

 

*https://lphinfo.com/tsahal-devoile-lidentite-de-deux-terroristes-chiites-elimines-en-syrie/

*L’allliance ‘Hamas-Iran:
Le Hamas va créer une armée régulière

 

Tisha BeAv תשעה באב

תשעה באב – Tisha BeAv*:
La destruction du Temple, une première fois et une deuxième fois, la destruction de la ville et le massacre de sa population par Godefroy de Bouillon et ses croisés et bien d’autres catastrophes encore…

Comme tous les ans, nous jeûnerons en souvenir des nos malheurs anciens , nous ferons notre examen de conscience, persuadés que c’est à cause de nos manques et en particulier de notre désunion que ces catastrophes se sont produites.
Mais avez-vous entendu un seul juif beugler sa haine contre les peuples qui nous ont maltraités (et c’est un euphémisme). Comme disait ma mère: il faudrait haïr trop de monde!
Je relie quelques phrases postées sur la page facebook de Nations pour Israel:
Question classique d’un antisémite : « Si un jour il m arrivait d’être victime de la colonisation j’essayerais de ne pas être haineux , mais j’avoue que j’aurais du mal , pas vous ? »
Et l’excellente réponse de Pug:
Non, regardez les Israéliens… Leur Judée ancestrale a été colonisée par des arabes d’Egypte, de Jordanie, de Syrie, d’Arabie et du Liban et ils le vivent très bien. 1,5 million d’Israéliens sont des arabes. Leur Judée ancestrale est aussi colonisée par beaucoup de missions étrangères qui conservent des trésors de l’archéologie et de l’histoire juive et ça se passerait bien si ces pays, comme la France, ne les interdisaient pas d’accès à ces sites. Leur pays est colonisé par une religion musulmane qui n’a pas d’attache en Israël mais occupe le lieu le plus saint du Judaïsme. Leur capitale est colonisée par une religion chrétienne qui s’est largement compromise dans l’antisémitisme pendant 20 siècles. Et leur plus grande ville portuaire (Haifa) est même le sanctuaire de la religion Bahaï*. Et tout ça, les Israéliens le vivent très bien et en sont fiers. »
Ah, heureusement que nous avons des amis sûrs, tels que ces Goys là!

Pour moi, Tisha BeAv est un rappel de l’horreur dans lequel on ne doit pas s’engluer, rien de comparable aux jours mémoriels de la Shoah que je vivais en France et  dont je sortais avec une sensation d’inachevé, un gout amer dans la bouche.

Tisha BeAv me renvoie à la racine du verbe ישב (YaSHAV= être assis ou s’asseoir) sans doute tout d’abord parce ce jour-là, nous prions traditionnellement assis par terre comme des endeuillés pendant la shiva.

Ensuite parce que lorsque  nous nous lamentons sur Jerusalem détruite et dépeuplée, nous l’appelons la ville assise solitaire, יָשְׁבָה‭ ‬בָדָד (Yashva Badad): Elle est assise et sans force, car elle a été témoin, impuissante de la destruction du Temple et de son peuple…
אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם–הָיְתָה
Comme elle est assise solitaire, la cité naguère si peuplée…(Eikha, Les Lamentations* 1,1)


(Détail de la colonne trajane à Rome: les soldats romains lors du siège de Jerusalem)

Mais la racine de ce verbe a de nombreuses autres significations, elle apparaît 800 fois dans le Tanakh. C’est dire combien elle est importante.

Par exemple, lorsqu’Avraham attend ses visiteurs, assis à l’entrée de sa tente…:
L’Eternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, étant assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה, בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא; וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל, כְּחֹם הַיּוֹם
Le verbe assis traduit selon les commentateurs une attitude dynamique: Avraham se prépare à accueillir comme il se doit tous ceux qui se présenteront. Et c’est ce qui se passera avec les trois envoyés qui lui annonceront sa future paternité.

A l’opposé, il peut au contraire avoir une connotation négative:
Avraham monte seul avec son fils Yits’hak au mont Moriah. Il laisse ses serviteurs assis avec l’âne: שְׁבוּ‭ ‬לָכֶם‭ ‬פֹּה‭ ‬עִם‭ ‬הַחֲמר (shevu lakhem po im ha-hamor), restez assis pour vous avec l’âne.
Les serviteurs, pourtant dévoués, ne prennent pas part à l’expérience, réservée à Avraham et à son fils Yits’hak, ils ne peuvent qu’adopter une attitude passive et ne pourront pas participer à l’épreuve d’Avraham.

Dans le texte du livre des Juges, on nous dit que Dvora était assise sous son palmier:
Or Dvora (Debora), une prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque.  Elle siégeait au pied du « Palmier de Dvora », entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Ephraïm; et c’est à elle que les enfants d’Israel s’adressaient pour obtenir justice:
וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה, אֵשֶׁת לַפִּידוֹת–הִיא שֹׁפְטָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, בָּעֵת הַהִיא. וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תַּחַת-תֹּמֶר דְּבוֹרָה,בֵּין הָרָמָה וּבֵין בֵּית-אֵל–בְּהַר אֶפְרָיִם; וַיַּעֲלוּ אֵלֶיהָ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לַמִּשְׁפָּט
On l’imagine bien, traitant des affaires de l’état à l’ombre d’un palmier mais Rachi ne se contente pas de cette image. Pour lui, elle étudiait le texte de la Thora pour donner une assise solide à ses jugements.

La racine ישב (YSHV) peut signifier aussi prendre le temps de réfléchir:
Un de mes amis dont la langue maternelle était l’hébreu, utilisait toujours le verbe s’asseoir pour dire réfléchir. Viens asseyons-nous, me disait-il.
D’un indécis, on dit qu’il est assis sur la barrière ישֵׁב‭ ‬עַל‭ ‬הַגָּדֵר . C’est aussi le titre d’une chanson composée par Arik Einstein.
L’indécis est souvent un angoissé qui ne sait pas où asseoir ses pensées, sinon sur une barrière, sans grand équilibre, au contraire de celui qui possède un bon ישוב דעת (yishuv daat), la tranquillité d’esprit. Un état de stabilité mentale et émotionnelle permet en effet de maintenir son équilibre et d’avoir une vision claire des moments présents, en particulier dans des situations difficiles.*

Cette même racine peut signifier aussi être enraciné, habiter durablement, sédentairement:
Ici, dans notre pays et je m’adresse en particulier à nos faux-amis, à nos vrais ennemis, nous nous sommes « assis » pour y rester. יושבים (yoshevim)!
Nous habitons un pays assis ארץ נושבת (Eretz Noshevet) et non pas un camp de transit. Ce n’est pas du temporaire.
Elle indique en même temps l’adhésion à un groupe. Comme le disait le roi David:
Je ne prends point place avec des gens faux, je ne fraye point avec des hypocrites.
לֹא-יָשַׁבְתִּי, עִם-מְתֵי-שָׁוְא; וְעִם נַעֲלָמִים, לֹא אָבוֹא (Psaume-Tehilim 26,4)
De nos jours,  les soldats du Palmach ont utilisé un autre psaume alors qu’ils étaient assis autour du feu de camp en chantant:
«Ah! qu’il est bon, qu’il est doux à des frères d’être assis ensemble
הִנֵּה מַה-טּוֹב, וּמַה-נָּעִים– שֶׁבֶת אַחִים גַּם-יָחַד (Psaume 133,1)


Enfin, la racine nous parle de discussions, donc d’échanges*. Le mot יְשִׁיבָה (yeshivah) fait allusion à la position assise, à une réunion de travail ou politique ou à une école talmudique par exemple.

Depuis hier, une famille est assise en shiva pour la mort de leur fils. Dvir Sorek, 19 ans, a été assassiné ce mercredi alors qu’il arrivait à la porte du kibboutz Migdal Oz où il étudiait. Il s’est défendu comme il a pu, mais il n’était pas armé. Ses seules armes étaient les livres qu’ils venait d’acheter pour remercier ses enseignants de la yeshiva.

A l’enterrement, son père a parlé de la lumière qu’il voyait dans les yeux de son fils. Il n’y a aucune lumière dans les yeux des terroristes, seulement la haine et l’envie de meurtre. Ses assassins sont toujours recherchés. J’espère qu’ils résisteront à leur arrestation et qu’ainsi l’armée les éliminera*.

A bientôt,

* אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם- Comme elle est assise solitaire la ville si peuplee (Eikha chap 1, verset 1): Le premier mot Eikha ne veut pas dire lamentation mais comment ou combien. Il est curieux que les traductions aient préféré le mot lamentation. Il est vrai que notre mur de l’ouest, le kotel hamaaravi, est traduit par Mur des lamentations!

*Les Bahaï:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/28/un-jardin-persan/

* L’importance du Yishuv Daat a été longuement traitée dans les commentaires juifs. Je cite seulement l’un deux:
3 choses peuvent faire que l’homme se conduise mal: la superstition, le mauvais esprit et la futilité.

* Celui qui est muet, qui ne peut plus échanger אילם, devient אלים, violent

* Le salaire des terroristes que paye l’autorité palestinienne
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/02/14/terroriste-ca-paye-bien/