Quand Eichmann demandait grâce…

En Israel, le jour de la shoah est commémoré le 19 avril, jour de la révolte du ghetto de Varsovie en 1943. Le reste du monde a choisi le jour de la libération d’Auschwitz par les Russes, le 27 janvier 1945.
Bien que ce jour du 27 janvier ne soit pas pour nous un jour particulier, le Président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin, a choisi de présenter quelques documents et en particulier une lettre du 29 mai 1962, écrite par Eichmann alors emprisonné en Israel et condamné à mort*.
Dans cette lettre, Eichmann demande grâce au président de l’état d’Israel, Yitshak Ben Tsvi* :

lettre d'Eichmann

Pour sa défense,  Eichmann explique qu’il a seulement obéi aux ordres et n’a rien fait de sa propre initiative:
«Il n’est pas exact de dire que j’aurais pu adoucir le sort des Juifs, je n’étais pas une personnalité d’un rang assez élevé pour ça… Je n’ai jamais donné d’ordre en mon nom mais toujours obéi aux ordres…J’abomine le meurtre des Juifs et considère  cette horreur qui a été perpétrée contre les Juifs comme un des plus grands crimes. Je pense qu’il faut assigner en justice maintenant ceux qui l’ont initié… Il faut cependant faire la différence entre les dirigeants responsables et les gens comme moi qui ont été obligés car ils étaient à leur service… Je n’étais pas un dirigeant responsable, je ne me sens donc pas coupable et  ne peux pas accepter la sentence du tribunal. Aussi je vous demande, Monsieur le Président, d’utiliser votre droit de grâce et d’ordonner que la sentence de mort ne soit pas appliquée…»

Eichmann demande ensuite de pouvoir laver son nom et proclame encore une fois qu’il était écœuré par les fait perpétrés contre les Juifs: «J’ai au contraire demandé à être transféré à un autre poste car j’étais écœuré par ces atrocités. De plus j’ai moi même révélé à l’enquête, de ma propre initiative, des atrocités inconnues jusque là, pour vous aider à dévoiler la vérité».
Quand on connaît ses états de service!!!*
Le Président Ben Tsvi répond à cette demande et écrit: «Après avoir réfléchi et après avoir pris connaissance de tous les faits reprochés à Eichmann,  je suis arrivé à la conclusion que ce ne serait pas justice que de le gracier  et d’adoucir la peine infligée par le tribunal de Jerusalem et approuvée par la Cour Suprême siégeant en tant que cour d’appel pénale le  29 mai 1962.  Je vous informe que j’ai donc décidé de rejeter cette demande et de ne pas utiliser mon droit de grâce».
Eichmann a été pendu le 1 juin 1962, incinéré et ses cendres ont été dispersées en Méditerranée dans les eaux internationales.
L’ONU, qui n’en est pas à une hypocrisie près, a créé en 2005 la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la shoah, encourageant les Etats-membres à «élaborer des programmes éducatifs qui graveront dans l’esprit des générations futures les enseignements de l’Holocauste afin d’aider à prévenir les actes de génocide».
Et pourtant de nombreux pays qui appellent ouvertement à la destruction de l’état d’Israel, voir même à l’extermination du peuple juif, siègent au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, et par le biais de majorités automatiques régulièrement condamnent l’état d’Israel. En 9 ans ce pseudo Conseil des droits de l’homme a condamné 61 fois Israel et 56 fois l’ensemble des autres pays de la planète. Bigre! Quel état criminel pour mériter un tel traitement!
Mieux, certains membres de ce conseil sont négationnistes et, parmi eux, ceux avec lesquels nous sommes censés bâtir la paix et une reconnaissance mutuelle.
De plus, les employés de l’UNRWA sont opposés officiellement à l’enseignement de la shoah, les propres employés de l’ONU*!
En France ces dernières années, a vu le jour un projet de l’UNESCO, le projet Aladin: il se présente comme un « pont » de la reconnaissance entre Juifs et musulmans. De quoi s’agit-il? Enseigner aux Juifs et aux musulmans ce qu’ils ont de commun afin de désarmer les conflits religieux ou culturels. Projet à priori fort louable mais hélas vite dénaturé.
Tout d’abord leur site, (http://projetaladin.org/fr/%C3%A9ducation-dholocauste.html), est rédigé en version perse, arabe, turque, anglaise et française mais pas en hébreu*. Les Israéliens ne seraient-ils pas conviés?
De plus, si vous lisez les chapitres consacrés à l’histoire des communautés juives en terre d’Islam (http://www.projetaladin.org/holocaust/fr/musulmans-et-juifs/musulmans-et-juifs-au-cours-de-lhistoire/musulmans-et-juifs-au-cours-de-lhistoire.html), vous y apprendrez combien la vie des Juifs y était douce. «Mais, en dépit de leur statut de dhimmi, les juifs étaient libres de pratiquer leur religion et ils vivaient mieux sous administration musulmane que sous administration des chrétiens byzantins… Et, si elles (les communautés) acceptaient leur statut de citoyens de seconde classe, elles vivaient paisiblement et en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans….»
On y apprend aussi que ce n’est qu’au 19 ème siècle «qu’apparurent les premiers stéréotypes antisémites dans le monde musulman.»  La falsification des faits historiques est évidente. Il suffit de lire pour s’en rendre compte ce que publient des historiens sérieux et non complaisants comme Georges Bensoussan, David Littman, Paul Fenton, Bat Yeor etc… Quant à l’antisémitisme nazifiant des Arabes au 20 ème siècle et leur participation à la shoah*, elle était évidemment négligeable et non représentative pour les initiateurs de ce projet .
Sur i 24 news  cette semaine, évoquant le projet Aladin, une interview sur l’enseignement de la shoah dans les écoles  arabes: un arabe se plaint: oui, il faut enseigner la shoah mais aussi la nakba* car «nous avons eu mal nous aussi»!
Enseigner la nakba ET la shoah? Le journaliste ne proteste même pas, cette équivalence est rentrée dans l’ordre de ce qui est maintenant acceptable. Comme, personne ne peut  plus nier la shoah, bien que le Fatah essaye toujours,  la rhétorique arabe veut mettre sur le même plan, l’extermination des Juifs par les nazis et la fuite des Arabes pendant la guerre de 1948.
S’il y a eu des expulsions de quelques villages, s’il y a eu des morts, la plupart des Arabes de Palestine ont fui à l’appel des pays environnants qui appelaient clairement à l’extermination des Juifs de Palestine et n’ont pas été chassés. De nombreux documents émanant de groupes juifs, de la police britannique et même de dirigeants arabes l’attestent. Mais sans chercher bien loin, intéressez-vous simplement aux dates: les Arabes fuient entre décembre 1947 et avril mai 1948 alors que cette première année de guerre est une catastrophe pour les Juifs et qu’il faudra attendre l’été 1948 pour que la situation se renverse en leur faveur.
L’Autorité palestinienne propage encore aujourd’hui, notamment au travers de ses émissions télévisées, une idéologie de haine virulente envers les Juifs et Israël et incite au meurtre de Juifs simplement parce qu’ils sont Juifs. Assassiner des Juifs est présenté non seulement comme bénéfique pour les musulmans et les Arabes, mais comme «nécessaire pour toute l’humanité». N’est-ce pas la  continuation du nazisme, tuer des Juifs parce qu’ils sont Juifs tout simplement?
 
Quant à l’Iran et ses amis:caricature de la ShoahJe cite l’article de Pascale Zonszain dans le journal Actualite Juive:
-La capitale iranienne hébergera en effet dans quelques mois une nouvelle édition de la Biennale internationale du dessin politique, un nom pompeux pour une manifestation sponsorisée par le régime chiite et dont l’objet principal est d’encourager la négation de la ShoahCette année, un prix de 50 000 dollars sera décerné au dessinateur qui aura le mieux tourné en dérision l’extermination de 6 millions de Juifs par les nazis.
«Notre propos n’est pas d’approuver ou de nier l’Holocauste. La vraie question est de savoir pourquoi il n’est pas permis de discuter de la Shoah, alors que l’Occident défend la liberté d’expression»
assure Massoud Shojai-Tabatabai l’organisateur de la manifestation. Une pirouette intéressante pour un régime qui avait condamné les « provocations » de Charlie Hebdo et qui avait d’ailleurs organisé un concours de caricatures sur la Shoah en réponse aux attentats de Paris de janvier 2015…*

invitation president iranien

(invitation que n’a pas honorée Rouhani)

Quand on me demande pourquoi j’ai émigré en Israel alors que j’avais une vie très confortable en France, je réponds que je suis rentrée à la maison. Je sais, cela surprend. Mais ici,  je n’ai pas besoin qu’un Premier Ministre déclare qu’il me protégera de toutes ses forces, je suis protégée par mon gouvernement, par mon armée, par les soldats qui ne sont pas là seulement parce qu’ils en ont reçu l’ordre mais parce qu’en me protégeant ils se protègent eux-mêmes.
Je ne me considère pas comme une femme pratiquante. Croyante? Oui, peut-être  comme Arnold Schoenberg qui déclarait en 1945 «et malgré tout,  je prie!», mais les textes me parlent et en particulier celui-ci que nous chantons le soir de Pessa’h

והיא שעמדה לאבותינו
והיא שעמדה לאבותינו ולנו
שלא אחד בלבד עמד עלינו לכלותנו
עמד עלינו לכלותנו

והקדוש ברוך הוא מצילנו
מצילנו, מידם
הקדוש ברוך הוא מצילנו
מצילנו, מידם

שלא אחד בלבד
עמד עלינו לכלותנו, לכלותנו
והקדוש ברוך הוא מצילנו
הקדוש ברוך הוא מצילנו מידם

« C’est elle (la promesse) qui nous a soutenu nous et nos ancêtres. Car ce n’est pas un unique ennemi qui s’est dressé contre nous pour nous anéantir. Mais à chaque génération, on se dresse contre nous pour nous exterminer. Et le Saint Béni Soit-Il nous sauve de leurs mains » (extrait de la Haggadah)

En fin de compte, Eichmann  n’était qu’un minus.
Bien qu’il fût le responsable de la mise en place de l’extermination des Juifs, il n’eut pas le courage d’assumer ses actes et  d’affronter la mort sans pleurnicher. Eichmann était en son temps politiquement correct, sans états d’âme, comme le furent des millions d’autres, comme le fut une large majorité en l’Europe.

A bientôt,

*Yitshak ben Tzvi (1884-1963) fut le 2 ème président de l’état d’Israel

*Sur Eichmann: la peine de mort n’a jamais été appliquée en Israel sauf pour Eichmann
http://www.akadem.org/medias/documents/Adolf-Eichmann.pdf
http://www.akadem.org/medias/documents/1_Proces_Eichmann.pdf
http://www.akadem.org/medias/documents/XX-4-Eichmann-bio.pdf

*L’UNESCO: dans les années 80, ma mère avait résilié son abonnement à la Lettre de l’UNESCO, qui avait fait paraître un hors-série sur les écritures du Moyen-Orient en ne mentionnant pas l’hébreu!

*opposition à l’enseignement de la Shoah par les employés de l’UNRWA:
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=855&doc_id=4947
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=855&doc_id=4870

*excellent article de Victor Perez:
http://victor-perez.blogspot.fr/2016/01/la-duplicite-antisemite-de-lonu.html

*http://www.actuj.com/2016-01/israel/2913-caricatures-sur-la-shoah-l-iran-persiste-dessine-et-signe

*L’antisémitisme nazifiant des Arabes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/22/le-mufti/

*Nakba: catastrophe en arabe. Il s’agit de la guerre de 1948 qui s’est terminée par la victoire des Juifs de Palestine et qui a vu plusieurs centaines de milliers d’Arabes fuir leurs maisons a l’appel de leurs propres dirigeants

Et on oublie trop souvent les Juifs qui ont fui les pays arabes limitrophes ou furent simplement expulsés de leurs maisons dans un certain nombre de villages ou de kibboutzim.

 

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2 réflexions sur “Quand Eichmann demandait grâce…

  1. merci pour l’article. Ben Tsvi a egalement rajoute une petite note dans sa lettre a Eichmann ou il citait la reponse du prophete Chmouel faite au (mechant) roi Agag avant de l’executer: « comme ton epee a desole les meres,qu’ainsi ta mere soit desolee entre les femmes ».cela en hebreux (כאשר …(שכלת נשים Chmouel א 34

  2. Merci Sylvie pour ta remarque. Je ne l’avais pas noté car je n’étais pas sûre que ce détail soit authentique. Grâce à toi, j’ai fouillé et trouvé la référence qui l’authentifie:
    Yosef Carmel, Itzchak Ben Zvi from his diary in the President’s Office, Ramat Gan 1967, p. 179.
    Le roi Agag dont il est question dans le livre de Samuel est le descendant d’Amalek ainsi que Haman dit Haman l’Agagit (descendant d’Agag), autre persécuteur de Juifs (livre d’Esther)
    Mais qui est Amalek? Sans rentrer dans les détails, disons qu’il exista un Amalek petit-fils d’Esaü, ancêtre éponyme d’un peuple qui attaqua les Hébreux à plusieurs reprises et sans raison, tout juste sortis d’Egypte. Dans le livre de Devarim (25 19) il nous est donné un ordre très particulier: « Aussi, lorsque l’Éternel, ton Dieu, t’aura débarrassé de tous tes ennemis d’alentour, dans le pays qu’il te donne en héritage pour le posséder, tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous le ciel: ne l’oublie point. »
    Bien plus tard, lors d’une guerre contre le roi Agag, la faute du roi Shaoul sera de le laisser en vie alors qu’il l’a vaincu. C’est le prophète Samuel qui le fera exécuter et dira: » « Comme ton épée a désolé les mères, qu’ainsi ta mère soit désolée entre les femmes! »
    A partir de la période post-biblique, la figure d’Amalek devint synonyme du mal absolu d’où le rajout du président Ben Tsvi.
    Passe un bon shabbat, amicalement

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