Bonne fête de Hanouka

חנוכה שמח

 

Soleil et nuage sur la vallée du Jourdain.
Le photographe Idan Zeidel a intitulé ainsi sa photo:
Première bougie de Hanouka!

A bientôt,

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La mort et la vie sont au pouvoir de la langue*

 

 

J’ai souvent entendu dire: Ah mais vous les Juifs, vous êtes doués pour les langues!
Non, nous ne le sommes pas particulièrement, mais la plupart d’entre nous ont grandi dans des familles dont les membres n’avaient pas tous la même langue maternelle. En utiliser au moins deux, même imparfaitement, faisait partie du quotidien, et il en a toujours été ainsi pour des raisons historiques. C’est certainement un avantage car nous avons surmonté ainsi une barrière psychologique qui semble empêcher de nombreux Français d’utiliser les langues étrangères qu’ils ont pourtant apprises.
Ici en Israel, bien que plus des deux tiers des gens soient nés dans le pays, cette facilité à passer d’une langue à l’autre, même pour quelques mots, est toujours présente:
A la מכולת (makolet) épicerie, je ne suis pas surprise que Mahmoud me souhaite sba’h el’her (Bonjour en arabe), que Roni s’adresse à un petit garçon en russe: Саша, мой дгуг! (Sacha mon ami) pour repasser tout de suite à l’hébreu et qu’Ytsik me gratifie de son « Kommensava » habituel suivit d’un « aurévouar » sonore.
Certains diraient à tort « c’est la Tour de Babel« !
A tort pour deux raisons: Nous avons une langue en commun, l’hébreu, support de notre culture, les autres ne servent qu’à colorer notre langage. Et de plus, les constructeurs de la Tour de Babel parlaient justement tous la même langue.

(notre makolet)

Cette semaine, discussion entre amis dans notre  souka, décorée par Naama.


Ils me donnent quelques nouvelles de la vieille Europe qui corroborent l’excellent article de Liliane Messika « En Europe il y a les méchants et les gentils »*.
Je lis aussi l’en-tête d’un article sur Causeur*:
le sociologue Pierre Rosanvallon et chantre de la gauche universitaire refuse tout dialogue avec son adversaire idéologique Alain Finkielkraut.  À moins que ce dernier n’abjure ses convictions… Je ne connais pas cet homme ni désire le connaître. Mais ce qui m’épate c’est l’idée qu’on dialogue mieux tout seul…
Toujours dans la souka, nous en arrivons aux bienfaits de la confrontation positive des idées. Mon mari nous rappelle l’épisode de la tour de Babel: à
 ce moment là, l’humanité toute entière ne pratiquait qu’une seule  et même langue et, se sentant ainsi puissante, aspirait à bâtir une tour pour maîtriser les cieux…
« Toute la terre avait une même langue et des paroles semblables
וַיְהִי כָל-הָאָרֶץ, שָׂפָה אֶחָת, וּדְבָרִים, אֲחָדִים
Ça a l’air bien, une seule langue et un travail en commun pour le bien de tous! Beaucoup y verraient un signe de solidarité entre les peuples, d’égalité, de fraternité…
Pourtant cela ne plait pas du tout à Dieu: il les punit en dotant chaque groupe d’une langue différente et dispersant tout ce beau monde sur toute la surface de la terre .

« Et, ici même, confondons leur langage*, de sorte que l’un n’entende pas le langage de l’autre. Le Seigneur les dispersa donc de ce lieu sur toute la face de la terre »
הָבָה, נֵרְדָה, וְנָבְלָה שָׁם, שְׂפָתָם–אֲשֶׁר לֹא יִשְׁמְעוּ, אִישׁ שְׂפַת רֵעֵהוּ. ח וַיָּפֶץ יְהוָה אֹתָם מִשָּׁם, עַל-פְּנֵי כָל-הָאָרֶץ

 

(La tour de Babel. Un des ivoires de Salerno*. Le grand personnage à gauche est Dieu, pas vraiment content de l’humanité)

Quand on y pense, c’est quand même une punition bien légère. Le récit biblique nous a habitué à bien pire. Il suffit d’évoquer le déluge.
En fait, il ne s’agit pas d’une punition mais d’une thérapie. A ce moment là, l’humanité est en quête de puissance et de pouvoir.  Sa langue commune est celle du totalitarisme. Plutôt qu’un châtiment, la multiplication des langues est en fait une chance pour l’humanité.
La multiplication des langues et donc celle des cultures et des idées nous oblige chaque fois à échanger, à accepter les différences et à nous enrichir de celles-ci.

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Lorsque la langue et la gestuelle -langue du corps- s’unifient, la pensée elle-même devient celle du groupe. La langue commune fait le lit des dictatures.
Il  y a quelques années, j’avais lu « Une petite ville nazie« *:
Dans les années 60, l’historien américain William S.Allen séjourne plusieurs mois dans la petite ville allemande de Thalburg. Une
 double enquête, sociologique et historique, lui permet de publier l’étonnant récit de la montée du parti nazi de 1930 à 1935:
Il démontre que d’autres motivations que les évidents motifs socio-économiques permirent la nazification en douceur de cette petite ville allemande.  Les explications classiques de chômage, voire d’hostilité face à une communauté juive importante, n’étaient pas justifiées: la ville était prospère, résistait bien mieux que d’autres à la crise économique et n’avait qu’une toute petite communauté juive.
L’explication de William S. Allen est celle de l’acceptation passive de la doxa nazie par simple conformisme. Il a suffit de quelques nazis actifs et déterminés dans chaque association, culturelle, religieuse, sportive, depuis la chorale de l’église jusqu’aux associations d’anciens combattants pour donner le ton, pour décider avec qui pratiquer le vivre-ensemble.

Dans la petite ville nazie dont parle William S. Allen, tout est noyauté peu à peu par une minorité. En groupe, les habitants approuvent la doxa nazie bien que, séparément, ils soient peut-être de braves gens.

Aujourd’hui, l’Occident est face à une minorité islamique, adepte de la stratégie du « Jihad Silencieux » parallèlement à celle des « Milles entailles »*, mais peu de gens réfléchissent réellement à ce que provoquera la montée de ce fascisme islamique. 

(réunion du Labour Party cette semaine)

En hébreu, nous avons deux mots qui proviennent de la même racine: אחדות (a’hdut) la solidarité et אחידות (a’hidut) l’homogénéité. Le י(i) fait toute la différence. Il n’y a rien de pire que les sociétés homogènes où tout le monde parle d’une même langue. 

C’était quand même une discussion bien sérieuse pour cette semaine de Soukot!
Heureusement, le rire des enfants montait de souka en souka…

A bientôt,
PS:
Seul le docteur Zamenhof(1859-1919) était naïvement persuadé qu’une langue commune serait un vecteur de compréhension entre les peuples. Épouvanté par les nombreux pogroms de la fin du 19 ème siècle, il avait décidé de créer une langue facile à apprendre, l’Esperanto (j’espère). Son intention allait à l’encontre de celle des bâtisseurs de la tour de Babel. Il ne voulait pas imposer un pouvoir unique. Il avait seulement l’intention de supprimer les guerres grâce à une meilleure compréhension entre les peuples. Il avait oublié qu’une langue n’est pas qu’un ensemble de sons et l’écriture un ensemble de signes mais qu’elles sont l’expression d’une culture. Il eut de nombreux adeptes, de doux rêveurs qui furent balayés par la déferlante nazie et communiste.
Lisez l’excellent article d’Ada Shlaen sur Zamenhof:
A la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859 – 1917)
Et puis lisez tous les articles d’Ada Shlaen. Ce sont tous des merveilles:
https://mabatim.info/author/ada2132/

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, livre des proverbes, 18,21

*article de Liliane Messika
https://mabatim.info/2018/09/21/en-europe-il-y-a-des-mechants-et-des-gentils/

*L’article sur Causeur, si vous avez le courage de le lire:
https://www.causeur.fr/pierre-rosanvallon-alain-finkielkraut-2-154401

*Le djihad silencieux: une fatwa lancée dans les années 1990 par l’un des principaux dignitaires musulmans qui avait dit: “La conquête de l’Occident se fera sans guerre mais en silence, par une infiltration et une prise de contrôle”.
C’est aussi le nom d’une série de reportages réalisés par le journaliste israélien Tsvika Ye’hezkeli en Europe, en Turquie et aux USA. Pour ce faire, et aidé par le Mossad, il a pris l’identité d’un cheikh jordanien, adepte des Frères Musulmans.
En voici deux extraits qui concernent la France:

https://gloria.tv/video/onXEk91Rce4N4YxPU1EdEpsah
https://gloria.tv/video/1CFtMKHVZ1MSCzbrM2TP314z9

*Stratégie des 1000 entailles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/16/djihad-en-solo/

*La paracha de la tour de Babel: Bereshit (Genèse) 11,1-9

*Confondons leur langage. Le mot Babel fait bien référence à la Babylonie (Bavel en hébreu) mais la racine  signifie confondre

*Les ivoires de Salerno: ce sont des scènes bibliques, gravées sur plus de 60 plaques en ivoire et datant du 11 ème et 12 ème siècles. Elles combinent l’art byzantin,islamique, copte et chrétien occidental.  Elles constituent le trésor de la cathédrale de Salerno

 

 

 

Shana Tova 5779 שנה טובה

Comme vous le savez, Rosh Hashana n’est que l’un des 4 débuts de l’année juive*. Comme ce début du 1er Tishri est la date anniversaire de la création de l’homme, s’est imposée, à l’époque de la Mishna, l’idée que ce serait à ce moment là que Dieu déciderait de nous donner une bonne ou une mauvaise année!
Nos ancêtres se souhaitaient certainement une bonne année, mais ils le faisaient oralement. La poste n’existait pas et les quelques coursiers n’emportaient que des lettres officielles.
La première mention d’un Shana Tova date du 14 ème siècle. Elle se trouve dans une lettre écrite par Yaakov ben Moshe Moelin*, célèbre פוסק (possek) de Mayence en Allemagne. Mais ceci resta aussi exceptionnel que pouvaient l’être les lettres personnelles.*
Et puis la famille et les amis, tous habitaient dans le même village alors pourquoi envoyer des voeux? Quant à ceux qui partaient au loin, ils donnaient si rarement de leurs nouvelles*…


(Peinture d’Itzik Beller, tirée de son livre La vie au shtetl)

Mais, tout change avec l’apparition des premières cartes postales à la fin du 19 ème siècle.
En 1880 sont imprimées les premières cartes postales pour Rosh Hashana et pendant un siècle, la majorité des cartes envoyées par des Juifs le seront à cette occasion.
Elle sont écrites principalement en yiddish et en hébreu décorées de 
motifs traditionnels: shofar, maguen david, murailles de Jerusalem, pomme dans le miel…
Elles sont aussi souvent liées à l’actualité du moment, comme celle-ci avec le portrait d’Alfred Dreyfus. Il ne faut pas oublier que la condamnation d’Alfred Dreyfus a plongé dans le désespoir les communautés d’Europe de l’est, persuadées qu’en France rien de mauvais ne pouvait arriver aux Juifs*:


Elles  décrivent l’espoir des populations juives qui fuient les pogroms en Europe pour le Nouveau Monde: sur celle-ci, face à l’aigle impérial russe menaçant, 
l’aigle américain porte une banderole où est écrit cette phrase tirée du livre de Tehilim (17,8): Garde-moi comme la prunelle des yeux, abrite-moi à l’ombre de tes ailes.


Celle-ci date de 1934. Elle est particulièrement tragique:  une jeune fille, représentant la nouvelle année (naye jor en yiddish) désigne avec espoir un Hitler en train de se noyer:

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Dans tout le yishouv et le monde juif sioniste, de nombreuses cartes postales sont dédiées à l’édification du futur état d’Israel.
Sur celle-ci datant de la fin du 19 ème siècle, on voit Théodore Herzl et le sultan ottoman, alors en pourparlers:


Elles expriment aussi l’espoir que notre retour sur notre terre, donnera des idées au Mashiah:

המשיח מגיע (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית) (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית)

Comme le dit le refrain de ce chant populaire: s’il vient à cheval, ce sera une bonne année, s’il vient en voiture, nous aurons de bons moments, et s’il vient à pied, ah! alors tous les Juifs reviendront en Eretz Israel.


Que les hébraïsants me pardonnent, pour une fois, la vidéo est en yiddish et non pas en hébreu!

Celle-ci imite le passeport d’un état pas encore né, et, dans les 2 pages intérieures, décrit d’une manière humoristique le titulaire fictif: c’est un Juif avec toutes les fêtes (sic!), dont l’âge va jusqu’à 120 ans, dont le métier est d’attendre le Mashiah, qui est riche de paquets de soucis, et des douleurs du Mashiah etc…

Les années passant, l’édification du futur état fait la part belle au travail de la terre et des ‘haloutzim:

הזורעים בדמעה... (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית) (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית)Il est écrit: Ceux qui ont semé dans les larmes, recolteront dans la joie!  הַזֹּרְעִים בְּדִמְעָה– בְּרִנָּה יִקְצֹרוּ, (Psaumes=Tehilim 125,5)

Ci dessous, la famille de Tsvi Weiss souhaite: une bonne et fructueuse année à notre pays:


Après 1948, et surtout 1967, on voit beaucoup l’image du soldat juif qui sert dans une armée juive, comme disait ma mère, admirative de son petit-fils:

Mais au long de ce siècle, ce qui domine, c’est l’amour, bien sûr:

et toujours…

 

Et quand on n’a pas de cartes postales, une carriole suffit pour exprimer son espoir d’une bonne année:

(En 1925, en Lituanie, le conducteur fait le tour du village avec les prières des selihot et des voeux de bonne année)

 

שנה טובה ומתוקה
שנת אושר
שנת בריאות
שנת שלווה

Bonne année 5779

 

A bientôt,

 

*Nos 4 débuts d’année: il est écrit dans la Mishna
-Le 15 du mois de Shevat (Tou Bishvat): le nouvel an des arbres et donc le décompte de leurs années
-Le 1er du mois de Nissan: décompte des années de règne des rois
-Le 1er du mois de Eloul, le décompte du maasser, la dîme (bien que Rabbi Elazar et Rabbi Shimon préfèrent le 1 er tishri) .
-Le 1 er du mois de Tishri: date de la création de l’homme et donc le début du décompte des années humaines

*Un possek est un rav ayant autorité pour prendre des décisions selon la Halakha https://en.wikipedia.org/wiki/Yaakov_ben_Moshe_Levi_Moelin

*On écrivait pour les grandes occasions et non pas pour un simple bonne année d’autant que la taxe de transport coûtait cher et incombait au receveur. Une héroïne de Jane Austen n’ose pas écrire à son frère de crainte qu’il n’ait pas encore reçu sa solde de marin* et qu’il ne puisse payer la taxe postale et recevoir sa lettre. Il s’agit de personnage de Fanny dans Mansfield Park .
Pour la petite histoire, en 1840 Sir Rowland Hill, Directeur des Postes de Grande Bretagne, fut témoin d’une scène curieuse: une servante avait refusé une lettre que le facteur venait de lui apporter. Elle avait alors avoué à Sir Rowland que son fiancé et elle avaient imaginé un stratagème pour se donner de leurs nouvelles selon un code sur l’enveloppe, sans payer la taxe. Sir Rowland décida alors que la taxe serait payée par l’expéditeur de la lettre.

*Dreyfus à Kasrilevke: une nouvelle de Sholem Aleichem sur l’affaire Dreyfus (malheureusement je n’ai pas trouvé de traduction en français:
http://sholemaleichem.org/dreyfus-in-kasrilevke/
Un excellent article d’Ada Shlaen sur l’affaire Dreyfus, la reliant à l’affaire Beilis (plus tardive) et mentionnant une lettre de Sholem Aleichem à Menahem Mendel Beilis:
https://mabatim.info/2018/01/10/de-laffaire-dreyfus-a-laffaire-beilis/

 

Eloul, le début d’un automne juif…

Nous sommes arrivés à la moitié du mois de Eloul. La lune est toute ronde et dans quinze jours, ce sera Rosh Hashana. Nous ne sentons pas encore l’automne mais les vacances se terminent. Comme chaque année à ce moment ci, nous achetons les cahiers, les TShirts au logo de l’école. Les soirées sont plus courtes, il fait déjà nuit à huit heures, et aussi un peu plus fraîches. Si ce n’est pas encore l’automne, c’est la fin de l’été.
Le poète Avraham ‘Halfi a écrit ce poème, Automne juif, il est interprété par Arik Einstein:

Un automne juif au pays de mes ancêtres me fait penser au mois d’Eloul,
En moi se déchaînent un peu les petits oiseaux qui sifflent la tristesse de Yom Kipour,
Alors on entendra sonner les shofar ouvrant les portes du ciel,
Et les visages juifs de l’exil flotteront dans la grisaille devant le trône du Maître du monde,
Leurs yeux étincelants de nombreuses demandes et  suppliques.

C’est surtout un mois où nous nous préparons à la nouvelle année, où les voeux de Shana Tova sont déjà prêts dans nos têtes et où nous espérons que tout ira bien, qu’il n’y aura ni missiles, ni ballons incendiaires, ni ‘Hamas, ni ‘Hezbollah ou Fata’h terroristes, bref, nous rêvons, un peu….
C’est un mois où comme chaque année, je me souviens des athlètes juifs assassinés pendant les jeux olympiques à Munich par des terroristes palestiniens.
Les jeux olympiques avaient continué comme si rien ou presque n’avait eu lieu. Comme l’écrit Giulio Meotti*:
Aucun délégué arabe n’a offert ses condoléances à Israël. Personne.
Le jour de l’arrivée des corps à l’aéroport de Lod, il n’y avait pas de fanfare pour les accueillir. Seul le silence et une énorme douleur. Après avoir récité le kaddish hébreu sur les tombes, les « Gens du Livre » sont rentrés chez eux. Le lendemain, c’était le nouvel an juif, mais il n’y avait pas de place pour la joie.*

(Cérémonie à Nazareth Illit en 2012)

Et l’indécent Monsieur Corbyn me fait vomir!

Image result for jeremy corbyn honore terroristes(Il participe à une cérémonie en l’honneur des terroristes de Munich dans un cimetière de Tunis en 2014. C’était il y a 4 ans mais depuis il persiste et signe: http://www.jforum.fr/lantisemite-corbyn-honore-les-tombes-des-tueurs-de-munich.html)

C’est en pensant à eux, à leurs familles, que je découvre ce poème écrit, en Eloul, par Ra’heli Fraenkel, la mère de Naftali Frankel z »l, assassiné avec deux de ses camarades il y a 4 ans* par des terroristes.

Automne juif:
A mes frères et soeurs, à tous ceux de la fraternité de la douleur et des regrets…
Je propose de pardonner les propos acides, les accolades restées au bout des doigts, les mots non prononcés et ceux qui l’ont été, quand nous pensions avoir des années infinies pour réparer. Je le propose à qui le demande, pour tous les « si seulement j’avais été, si j’avais interdit, si j’avais gardé, si moi ou si lui ».
Se libérer de la douleur sangsue,qui boit la sève du coeur, qui nous fait fait tournailler sans repos.

Etendez un pardon miséricordieux sur les fragments de joie, d’un rire que se faufile jusqu’à la porte, sur un moment de distraction, sur des pleurs en embuscade non voulus. Il vous est permis d’être tourmenté et brisé, nous en avons la permission. Nous pouvons pardonner, simplement respirer, il est nous est permis peu à peu de vivre.

On est bien loin de la nostalgie de Yaakov Yehoshua qui rêvait des selihot* d’antan dans le quartier juif de Jerusalem, avant que les Juifs en soient expulsés:
« Depuis le début du mois d’Eloul, le quartier juif de Jérusalem est différent… A partir de 2h00, tout le monde  commence à se réveiller… Les gardiens secouent les endormis… Ils se tiennent aux coins des ruelles de la vieille ville et crient à haute voix: « Se-Li-‘Hot! »
… Des nombreuses synagogues nous parviennent les voix des  chantres qui psalmodient la douce mélodie des seli’hot Elle réveille nos cœurs des Juifs… Nos voisins musulmans qui connaissaient nos fêtes juives comme les leurs considèrent le mois d’Eloul comme leur mois de Ramadan. Parfois même, le mois de Ramadan tombe pendant le mois d’Eloul, alors les Juifs et les Musulmans se réunissent après minuit dans les ruelles sombres de Jérusalem. Les Juifs se rendent dans les synagogues pour réciter le Seli’hot et les musulmans vont prier dans les mosquées. A ce moment là, il semble que l‘honneur et la fraternité triomphent entre deux communautés, qui, ensemble, prient leur créateur .
Nos leçons à l’école ont pris fin le 15 Eloul, et de ce jour nous sommes libres jusqu’à la fin de Soukot …
Celui qui ne se lève pas pour Seli’hot est un enfant immature… 
Bien que la prière de Selichot soit longue, nous ne nous ennuyons pas, les piyutim ont un goût étonnant…

Nous approchons de la fin de Seli’hot. L’aube se lève… A travers les fenêtres de la petite synagogue, nous voyons les visages des paysans arabes. Ils sont venus pieds nus en ville, leurs paniers sur la tête…

Nous sommes les premiers à nous plaindre tous les jours et les médias enregistrent ceci. Il est vrai que tout n’est pas toujours rose. Mais nous sommes aussi des kvetshim, des râleurs. Pourquoi? Parce que nous râlons tout en sachant que nous sommes entourés d’assassins et de leurs complices, nous restons cependant heureux et fiers de vivre ici, en Israel. Le World Happiness Report, rapport qui classe les pays selon le bonheur de ses habitants, nous a classé depuis la cinquième année consécutive à la onzième place, 
Il est vrai que notre économie est excellente et que le chômage est inexistant. Et que notre espérance de vie est maintenant de 84,2 ans pour les femmes et de 80,7 ans pour les hommes.
Mais il semble surtout que nous ayons une plus grande capacité de résilience:
D’après une étude de Zehava Salomon, de l’université de Tel Aviv, il y a eu autant proportionnellement de troubles post-traumatiques après les attentats du 11 sept que pendant toute l’intifada de 2000-2005. Mais nous avons fait preuve d’une faculté de récupération beaucoup plus rapide. Son étude a été confirmée par les recherches effectuées par Reuven Gal, ancien chef du service de sciences comportementales de Tsahal.
Nous aimons étudier: 85 % des 25-64 ans sont allés au bout du lycée, soit plus que la moyenne de 75 % de l’OCDE et de plus, la plupart des gens ici étudient toute leur vie, même d’une manière informelle et ont au moins une passion.
Nous travaillons plus: c’est sûr que c’est fatiguant mais bien moins que de tenir les murs, car le travail nous permet d’avoir une vie sociale.
Et surtout, nous sommes optimistes.
Les Israéliens sont des croyants: ils croient ou ne croient pas en Dieu, mais surtout en un meilleur futur pour eux et leurs enfants, s’ils se retroussent les manches.

A bientôt,

 

*Avraham Halfi: né à Lodz en 1904 et mort à Tel Aviv en 1980. Agriculteur à son arrivée en 1924, il rejoint le monde du théâtre par la suite et participe entre autre a la célèbre comédie musicale pour enfants, Otz li gotz li, écrite par Avraham Shlonsky et basée sur une légende de Grimm

*Article de Giulio Moetti sur l’excellent blog de Danilette:
http://www.danilette.com/

*Naftali Fraenkel et ses camarades:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/16/eyal-gilad-et-yaakov-naftali/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/10/la-routine/

*Jeremy Corbyn:
http://www.jforum.fr/comment-definir-les-mefaits-de-corbyn-envers-les-juifs-et-israel.html
http://www.danilette.com/2018/08/monsieur-corbyn-rendez-hommage-aux-victimes-israeliennes-de-munich-giulio-meotti.html

*les Seli’hot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/

* »Les nuits de Seli’hot et de Rosh Hashana », chapitre tiré du livre de Jacob Yehoshua, Enfance dans la vieille Jérusalem  Reuven Mass Publishing, Jérusalem 1965

*http://worldhappiness.report/ed/2018/

Léger, si léger?

Tisha beAv vient de se terminer.
Lors d’un jour de jeûne, on a l’habitude de souhaiter: צום קל (Tsom Kal), jeune facile, léger.
Le mot קל (kal) vient de la racine קלל KLL qui a plusieurs significations.
Commençons par les plus évidentes.
Il est logique que si Kal signifie léger, la forme de conjugaison des verbes la plus facile à apprendre, la plus légère à l’élève, se nomme Kal, ou forme simple.
De la même manière, lorsqu’on avance des arguments allant du plus simple au plus complexe, on utilise un des principes de l’herméneutique appelé קל וחומר (kal va’homer) du léger au « dense » , c’est à dire un raisonnement à fortiori*.
Dans le Tanakh, lorsque Noa’h est enfermé dans l’arche et scrute impatiemment la mer, il remarque qu’enfin כי קלו המיים que les eaux se sont « allégées », réduites, il commence alors à entrevoir la fin de sa réclusion.
Lorsque David se lamente sur la mort de Jonathan et de son père, le roi Shaoul, il les décrits comme plus « légers » que les aigles מנשרים קלו, sans doute plus rapides*
Ci-dessus le mont Guilboa où moururent le roi Shaoul et son fils Jonathan lors d’une bataille contre les Philistins.

Dans le livre des Proverbes, בִּקֶּשׁ לֵץ חָכְמָה וָאָיִן וְדַעַת לְנָבוֹן נָקָל (Bikesh letz ‘hochma veein vedaat lenavon nakel), le sot demande en vain la sagesse, alors que la compréhension vient légèrement (aisément) à l’homme sage.

Et l’homme sage est souvent décrit comme indulgent. C’est ainsi qu’à l’époque de la Mishna, Hillel était appelé מקל, celui qui allège les sentences*.
                                                                            (Grotte où furent enterrés Hillel et ses élèves)

Mais la légèreté peut conduire quelqu’un à sa perte.
Dans le livre de Samuel, il est question d’Ashael ben Tsouria, fils d’une de soeurs du roi David. Lors de la guerre civile qui oppose David au roi Shaoul, Ashael poursuit Avner, général de l’armée du roi Shaoul. Or « Ashael avait les pieds légers comme un chevreuil dans un champ, וַעֲשָׂהאֵל קַל בְּרַגְלָיו כְּאַחַד הַצְּבָיִם אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה »
Avner qui le connaît bien lui dit: Écarte-toi, cesse de me poursuivre ! Pourquoi faudrait-il que je t’abatte ? Comment pourrais-je alors regarder en face ton frère Yoav ? » mais Ashael continue et Avner le tue. Ashael a agit par fidélité à son oncle David mais certains commentateurs relient ses pieds légers à une certaine légèreté, une certaine insouciance du danger.
Dans la langue moderne on parle de אשה קלה (Isha Kala), une femme légère, ce qui me fâche car des hommes légers il y a en à foison.

La racine KLL ne joue pas seulement sur les deux aspects positifs ou négatifs de la légèreté. Elle a aussi donne  קילל (killel), maudire, et des mots comme קללה (klala) malédiction,  קלון (kalon) dégradation, קלקל (kilkel) abimer.

On retrouve le mot קללה (Klala) malédiction, dans le refrain d’un célèbre piyout de Rosh Hashana: תכלה שנה וקללותיה. Que s’en aille l’année avec ses malédictions!
Le voici interpreté par Rakefet Amsalem:

Dans la littérature rabbinique, il est écrit que parmi la foule d’esclaves juifs envoyés à Rome par Vespasien,  nombre d’entre eux furent destinés aux maisons de disgrâce, בתי קלון, (batei Kalon) ou bordels…

9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de Titus(Début décembre 1947, après la proclamation du partage de la Palestine par l’ONU, les Juifs de Rome organisèrent une marche sous l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel. (Journal Davar)

Alors, faut-il prendre la vie comme elle vient? לקחת את החיים בקלות?
Nous ne sommes pas très doués pour ça. Il est vrai que notre histoire ne nous aide pas, ni notre grande mémoire.
La situation actuelle ne nous aide pas non plus: après avoir vécu depuis 3 mois, sous la menace des ballons incendiaires envoyés quotidiennement par le ‘Hamas, après avoir vu les champs brûler,

(résultats des incendies, journal Makor Rishon)

après les tirs d’obus, des roquettes qui ont blessé une famille à Sderot,

Vendredi, un soldat a été tué par le tir d’un tireur d’élite du ‘Hamas*.

Il s’appelait Aviv Levy et avait 21 ans. Il commandait un groupe de soldats originaires de la tribu de Menashe, et arrivés du Mizoram (état indien situé à la frontière birmane).

Son enterrement a eu lieu aujourd’hui.
On se trouve dans une situation de soi-disant cessez le feu, bien que le ‘Hamas ait déclaré que cette trêve ne valait pas pour les ballons incendiaires. En fait, on est tributaire des décisions du ‘Hamas et ceci pour ne pas déplaire aux Russes qui nous donnent une petite (toute petite) latitude pour nous défendre dans le Nord. Beaucoup de gens, y compris des journalistes à la télévision (!) demandent que nous reprenions les éliminations ciblées des responsables du ‘Hamas (dans le passé ceci avait apporté un peu de répit). Si comme je le lis ici ou là, seule une petite partie des gazaouis, soutient, les exactions du ‘Hamas, ce pourrait être une solution. Supprimons les assassins!
Ceci dit, les assassins ne se trouvent pas qu’à Gaza. Mahmoud a piqué une colère, il a trépigné sur son fauteuil en exigeant que ses troupes aussi participent à la fête anti-juive et ceci pour faire la pige au ‘Hamas qui prend de l’importance à Ramallah.
Et donc, un ballon incendiaire est tombé avant hier dans la cour d’une maison dans le quartier de Gilo, à côté de chez moi. Heureusement, le système de mise à feu n’a pas fonctionné. C’est un cadeau de nos voisins de Bethlehem.

 

(La police examine l’engin. (photo rotter.net)

Au moment de publier cet article, ce matin à nouveau des ballons incendiaires dans le sud: Lors d’une réunion avec la sécurité civile,les paysans et le pompiers ont enregistré ce chant qui rappelle l’époque de la guerre des 6 jours: 

et dans le Nord, les sirènes de Tseva Adom (couleur rouge) retentissent en ce moment.

Et dans le même temps, on sauve les casques blancs syriens et leur famille:

A bientôt,

* L’hermeneutique juive:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Treize_principes_de_Rabbi_Ishma%C3%ABl

*Dans sa lamentation sur la mort de Shaoul et de Jonathan, David compare les deux héros au roi des oiseaux et au roi des animaux: ils étaient plus légers que les aigles et plus forts que les lions.

*Le ‘Hamas est armé par l’Iran: le tireur a utilisé un fusil sniper Sayad-2 fabriqué en Iran, arme standard des Gardiens de la Révolution. Cette arme a une portée de 1,5 km. Elle peut percer un gilet pare-balle en céramique.

 

Nous n’avons pas d’autre pays

Lors de notre sortie d’Egypte, nous avons traversé la mer rouge, et à Shavouot ce sont les champs de blé.

Shavouot c’est le don de la Thora, c’est aussi l’histoire de Ruth et Naomi. Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire différente mais qui me rappelle celle de Ruth.
Comme vous le savez, environ 20% de la population israélienne n’est pas juive. Pour la plupart, les non-Juifs d’Israel sont des Arabes musulmans, des chrétiens,des Druzes et des Tcherkesses.
Si les Druzes ont choisi ce qu’ils appellent l’alliance de sang dès 1948 avec Israel, il n’en a pas été de même pour les musulmans ou les chrétiens. Au cours de ces dernières années, et à l’instigation de Gabriel Nadaf, prêtre à Nazareth, les chrétiens israéliens ont commencé à revendiquer leur identité araméenne et non pas arabe comme ils le faisaient depuis environ 150 ans*. Ils ont été rejoints par les Israéliens d’origine libanaise, refugiés de Tsadal*.
L’enrôlement dans l’armée est un marqueur du processus d’intégration dans la société israélienne. Il est vrai que le service militaire est un bon ticket d’entrée dans la société: les soldats deviennent hébréophones, ils peuvent accéder à tous les postes de la fonction publique etc… Mais il n’y a pas que cela: ils sont désormais à la pointe de la diplomatie publique, de la lutte contre l’antisémitisme et la délégitimation, en participant par exemple à  l’organisation מילוימניקים בחזית (milouimnikim bahazit) ou Réservistes au front, qui organise des activités à l’étranger, en particulier sur les campus des universités américaines où règne un ostracisme virulent contre Israel.

Il y a eu la semaine dernière une cérémonie particulière pour les 70 ans de l’état d’Israel dans une synagogue du quartier d’Arnona à Jerusalem. En dehors des cérémonies officielles*, le rabbin Kirmayer de l’organisation Yakir a voulu faire plus. Lui, qui avait déjà organisé un shabbat de remerciements aux familles des policiers druzes assassinés par les terroristes*, a invité cette fois des représentants sionistes des differentes communautés non-juives.

(Mida.org,il)

Le premier à parler fut Shakib Shanan, druze, ancien membre de la Knesset,

qui a perdu son fils, Kamil, lors d’une attaque terroriste sur le Mont du Temple l’été dernier:

רס"מ כמיל שנאן. נרצח בפיגוע ()

« Jérusalem était mon coeur et maintenant c’est mon âme », a déclaré Shanan. « Pour rencontrer des gens qui sont prêts à respecter et aimer l’Etat d’Israël, je courrais au bout du monde. Le sang des policiers dans cette attaque n’a pas été répandu en vain … Je veux créer l’amour, la paix et rapprocher les gens autour de cet événement », a-t-il dit à propos de ce qu’il a vécu personnellement et des leçons qu’il en tiré  malgré son chagrin. Nous voulons tout faire pour qu’il n’y ait plus de parents endeuillés comme moi. Nous sommes tous des êtres humains et devons vivre ensemble, et nous respecter les uns les autres. Les meurtriers  qui ont assassiné mon fils et son ami avaient l’intention de détruire notre société. Nous devons le dire à ceux qui les ont envoyés et financés: Vous ne gagnerez pas. L’Etat d’Israël est beaucoup plus fort et beaucoup plus humain, et vous n’arriverez pas à le detruire ».

Ce fut ensuite le tour de Nur Mazarib, un bédouin de Galilee qui a fondé un programme de préparation militaire pour les bédouins. Il est aussi le neveu d’Amos Yarkoni, fondateur de la legendaire Sayeret Shaked*, et dont le nom d’origine était Abd al-Majid Almzarib.

ירקוני. מפקד אגדי
(Amos Yarkoni)

Nur Mazarib reprend l’expression de son oncle quand on lui demandait pourquoi il avait rejoint l’armée: « j’ai toujours pensé que j’avais droit au libre-arbitre et que je n’etais pas un mouton dans un troupeau ».
« Nous sommes tous des sionistes! Nous avons des religions différentes mais nous avons le même but », commença-t-il. « La communauté bédouine n’est pas obligee de servir, mais pour certains, nous servons volontairement depuis avant la création de l’Etat. J’espère beaucoup que nous continuerons, et je me tourne vers les autorités pour leur demander de nous soutenir. Voici mon message: Aux Juifs, je dirais: Soyez fidèles à l’État parce que vous n’avez pas d’autre pays, aux non-Juifs: servez l’état d’Israel, soyez loyaux et éduquez vos enfants dans ce sens. Nous n’avons pas d’autre pays! »

Le troisième orateur fut Fares al-Haji, ancien de l’Armée du Liban-Sud qui a fuit au moment du retrait de l’armée israélienne du sud du Liban. « Il y a déjà une troisième génération de membres de d’armée du Sud Liban en Israël. Nous nous sentons chez nous ici, et l’Etat libanais nous a trahis« , a-t-il dit.
« Pendant des années, nous avons servi à préserver la paix entre le Liban et Israël, et Israel nous a acceptés avec amour. Nous avons pas d’autre maison, nous ne retournerons pas au Liban, en dépit de nos familles restées là-bas Nos enfants veulent servir dans l’armée. Nous étions, nous sommes et serons fidèles à l’État d’Israël et loyaux envers lui. Nous n’avons pas d’autre foyer.« 

L’orateur suivant fut Suleiman Salama, du quartier chrétien de Jérusalem. Il y a très peu de non-Juifs de Jerusalem servant dans l’armée.  Suleiman, a été libéré récemment du service militaire et son frère sert actuellement comme combattant. Il a décidé de parler ouvertement, malgré le danger.
« Je viens de Jérusalem, j’ai grandi ici dans ce pays et j’en suis fier. Après le lycée j’ai commencé à étudier au collège, mais je me sentais mal à l’aise et j’ai finalement décidé de m’enrôler. J’ai attendu deux ans avant de recevoir l’aval des services de securité. Certains pensent que, puisque je n’étais pas obligé, j’ai perdu deux ans de ma vie, mais moi non. Je veux que ma conduite soit en accord avec mes convictions. Je ne l’ai pas fait pour obtenir quelque chose de l’état. J’étais infirmier combattant, j’ai recu la distinction d’excellence, j’ai réalisé mon rêve et servi mon pays. Je veux dire aux jeunes de mon âge que nous n’avons pas d’autre pays. »

Le dernier intervenant fut le plus surprenant de tous. A… est un Arabe Musulman de l’un des quartiers de Jérusalem, connu pour être un repaire de terroristes. Il a choisi de faire l’incroyable, et de s’engager volontairement comme combattant. Sa famille élargie, les amis et les voisins ne le savent pas et il ne retourne pas dans son quartier pour ne pas les mettre en danger.
Il a demandé de ne pas monter sur scène lors de cette cérémonie pour ne pas se faire remarquer, mais il a accepté de parler: « Nous sommes nés sous le drapeau bleu et blanc et nous le protègerons pour qu’il continue à se déployer à jamais », at-il dit. Il a raconté les difficultés qui ont accompagné sa décision courageuse: « Je ne peux plus retourner dans mon quartier car j’ai choisi  une voie differente en espérant que les autres me suivront. J’ai grandi dans un environnement hostile (aux Juifs), mais je me suis engagé dans l’armée pour que les gens comprennent que l’état d’Israel n’est pas un corps étranger mais notre maison. »
La cérémonie s’est terminée par la prière pour l’état et la prière pour Tsahal en hébreu et en arabe.

Cet événement  n’a pas été relaté dans les médias traditionnellement de gauche en Israël. Ce n’est pas une surprise. La plupart des décisions positives concernant les minorités sont initiées par les organisations affiliées à droite. Les organisations de gauche se conduisent comme des dames patronnesses et préfèrent les utiliser comme outils politiques. Les belles âmes de gauche (en hébreu יפי נפש=yefe nefesh) se contentent de pleurer sur les fréquents crimes d’honneur, soupirent sur le manque d’instruction et l’incompréhension du bien commun qui caractérisent la culture de nombreux musulmans, et poussent des cris effarouchés quand on leur parle de ceux qui s’engagent dans l’armée. Ils les encouragent à se sentir palestiniens alors qu’ils sont israéliens et les maintiennent sur le bas côté de la route pour pouvoir leur faire la charité.

Je sais bien que ces cinq פורצי דרך (portzei derekh), ces défricheurs, ne reflètent pas la réalité de la population non-juive en Israel, en particulier la population musulmane: si une minorité montre du courage et de l’ambition, une grande partie se contente de profiter des charmes de notre démocratie et enfin, certains nous haïssent.

Depuis quelque temps, on parle enfin de terreur agricole à la télévision. Ce n’est pas trop tôt. La terreur agricole, ce sont des attentats perpétrés contre les récoltes et les biens des paysans juifs. Il y a une vingtaine d’année, le fils d’un de ces paysans, Yoel Silverman a créé le mouvement « Le nouveau gardien«  pour venir en aide* aux paysans. Ces jeunes non armés aident aux récoltes comme ce fut le cas ces jours derniers tout près de la bande de Gaza, pour éviter qu’elles partent en fumée, surveillent le bétail qui est volé ou même parfois tué gratuitement.

Mes articles sur ce mouvement, le Nouveau Gardien, sont malheureusement toujours d’actualité. Les organisations de gauche ne veulent pas en entendre parler. Ce sont pourtant eux qui protègent les paysans et éleveurs juifs.
Malgré tout il était important pour moi de rendre hommage à ces non-juifs courageux sans me faire d’illusion sur leur influence dans leur environnement d’origine.
Il est aussi important de noter que ce sont des mouvements résolument sionistes comme אם תרצו (Im Tirtzou), השומר החדש (Hashomer ha’hadash) ou מילוימניקים בחזית (Milouimnikim bahazit) qui font avancer les choses.

Dans le livre de Ruth que nous avons lu à Shavouot, Ruth dit à Naomi sa belle-mère: « ton peuple sera mon peuple ». Aujourd’hui, eux, ces פורצי דרך, ces défricheurs, nous disent en prenant des risques réels: « Nous sommes sionistes, nous sommes fiers de notre etat et nous le servons avec fierté ».

 

A bientôt,

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/12/yitro-et-nous/

 

*  Après les massacres de chrétiens qui commencèrent déjà en 1860 au Liban, les chrétiens du Moyen-Orient rejoignirent le nationalisme arabe, expliquant qu’ils étaient certes chrétiens mais d’origine arabe, ceci dans l’espoir d’etre acceptés dans le Ouma transfrontalière. De plus, il leur fallait aussi se démarquer des autres dhimmis, les Juifs de Palestine qui construisaient leur émancipation à travers le sionisme.
Les chrétiens du monde musulman peuvent être d’origine arabe à condition de parler de l’époque pre-islamique car ensuite toute conversion d’un musulman au christianisme fut punie de mort. Ils sont en général les descendants des populations araméennes, phéniciennes etc…

* Tsadal: Armée du Sud Liban, composée essentiellement de chrétiens libanais et alliée d’Israel. De nombreux soldats de Tsadal se sont refugiés en Israel au moment du retrait des Israeliens du sud Liban et de l’occupation du territoire par le Hezbollah.

* Amos Yarkoni (1920-1991). Né à côté du village de Nahalal.
https://en.wikipedia.org/wiki/Amos_Yarkoni
Quand on demandait à Abd al-Majid Almzarib pourquoi il avait pris le nom de Amos Yarkoni, il répondait que c’etait pour des raisons de sécurité mais aussi parce que son nom en arabe etait trop difficile à prononcer pour les Juifs ashkenazes.

* Sayeret Shaked: Unité de contre-terrorisme opérant surtout dans le Neguev. Son nom est l’acronyme de שומרי קו הדרום (Shomerei Kav haDarom) les gardiens de la frontiere Sud. Mais en plus שקד (shaked) l’amande signifie aussi diligent, perséverant. 

* 2 articles sur la terreur agricole et comment lutte l’organisation Le jeune gardien:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

* Im Tirtzou:
https://imti.org.il/en/

* Reservistes au front:
https://www.onduty.org.il/about-us/

* Hashomer ha’hadash:
https://eng.hashomer.org.il/

 

70 ans et si jeune! Bon anniversaire Israel!

 

Il est difficile de sortir directement du Yom Hazikaron pour entrer dans la liesse du Yom Haasmaout. De plus en plus de gens terminent cette journée de deuil en lisant des psaumes et  organisant une Havdala, cérémonie  de séparation inspirée de la Havdala de la fin de Shabbat.
Celle-ci ne nous fait pas entrer dans la semaine mais nous fait passer du deuil à la joie.

Et nous entrons alors dans la fête d’Indépendance de l’état d’Israel, 70 ans aujourd’hui!

Parmi ceux qui allumeront cette année les torches lors des cérémonies de Yom Haastmaout  ce soir, je voudrais vous présenter Marcelle Makhlouf.


Comme tous les autres, elle a un CV impressionnant:
Après avoir terminé son service militaire, et après avoir été recalée au concours d’entrée à l’école de médecine, elle a décidé d’étudier la biologie à l’Université hébraïque. Apres un doctorat en génie biotechnologique, elle a effectué sa recherche postdoctorale en tant que boursière à la Harvard Medical School, et s’est concentrée sur la thérapie génique, l’ingénierie tissulaire et le contrôle de l’administration de médicaments dans le traitement du cancer.

Actuellement, Marcelle Makhlouf est professeur titulaire et doyen de la faculté de biotechnologie et de génie alimentaire du Technion en Israël, ainsi que directeur du laboratoire de fourniture de médicaments contre le cancer et de technologies cellulaires, où le nanoghost, une cellule souche modifiée pour traiter le mélanome métastatique et le mésothéliome, a été développé conjointement avec le centre médical Langone de l’Université de New York.
Ses recherches actuelles portent sur:
– Le développement des nanoparticules pour la transmission de médicaments anticancéreux au cerveau et à d’autres organes;
– Le développement d’un système de nano-délivrance pour la vaccination par ADN
– L’ingénierie tissulaire du cœur et de ses vaisseaux sanguins utilisant du tissu cardiaque de porc,
Tout cela sous les auspices du Russell Berrie Nanotechnology Institute (RBNI) du Technion.

J’ai choisi Marcelle Makhlouf car elle est le symbole de ceux qui sont arrivés en Israel totalement démunis et ont réussi, participant ainsi à la réussite du pays tout entier. Née au Maroc, elle est arrivée en Israel à l’age d’un an avec sa mère et sa grand-mère. Sa mère, qui subvenait seule à leurs besoins, était femme de ménage. Bien sûr, ce n’était plus l’époque où les nouveaux immigrants s’entassaient dans des maabarot* mais les débuts de la famille furent difficiles. Ashdod, où elle grandit n’était pas la belle ville que vous connaissez actuellement.

Mais celle-ci, une ville ouvrière et pauvre avec peu de moyens éducatifs.
Une ville dont on disait: Ah Ashdod, baperiferia!*
En fait, la ville elle même est un symbole de la réussite de ce pays: elle fut une des 6 villes qui remporta le prix de l’éducation en 2012.

Notre vie ici est faite d’amertume et de douceur, d’épines et de miel comme l’écrivait si bien Naomi Shemer. Voici encore une fois Koolulam, qui cette fois fait chanter Shlomi Shabbat et 12000 participants , y compris le président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin. Ce chant qui résume si bien notre vie ici, notre amour pour ce pays, un amour qui ne se transforme jamais en haine à l’encontre de ceux qui veulent nous annihiler, nous n’avons pas de temps pour ça, mais au contraire nous amène à persévérer dans la qualité de l’éducation que nous donnons à nos enfants.

Protège mon Dieu, le miel et le dard, l’amertume et la douceur, protège notre petite fille, protège les bien, protège le feu qui brûle, l’eau limpide, celui qui revient de loin à la maison.
Tout cela, protège le, mon Dieu, protège le bien. Ne déracine pas ce qui a été planté, n’oublie pas notre espoir, fais moi revenir et je reviendrai vers notre bon pays.
Protège ma maison, le jardin, la muraille, des chagrins, des peurs soudaines et des guerres. Garde le peu que j’ai, la lumière et les enfants, garde les fruits encore verts et qui ont été cueillis.
L’arbre murmure dans le vent, au loin scintille une étoile, j’inscris maintenant les souhaits de mon cœur dans l’obscurité.
Protège tout cela, protège ceux que j’aime, le silence, les pleurs et ce chant…

A bientôt,

*maabarot: baraques ou étaient logés les nouveaux arrivants:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/24/sharaliya/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/08/et-vous-quand-avez-vous-quitte/