Monter à Jerusalem

Le nom de chaque fête nous renvoie à des images, des odeurs, des chants particuliers: pour Rosh Hashana c’est la pomme dans le miel, Soukot, les repas pris dans la souka, Hanouka, les 8 bougies de la Hanoukia et les beignets, Pourim les déguisement, la Meguila d’Esther et les oreilles d’Haman, Pessah, la Haggadah et les matzot et pour Shavouot, la nuit d’étude, la Meguila de Ruth et les les gâteaux au fromage. Mais on ne pense pas souvent que Shavouot fait partie des trois fêtes de pèlerinage et nous oubions la עליה לרגל (aliya lareguel) , montée à pied ou pèlerinage jusqu’au temple de Jerusalem. Et pourtant, c’est ce que faisaient nos ancêtres trois fois par an, pour Pessa’h, Shavouot et Soukot!
Alors imaginons:
Voici une famille vivant à l’époque du deuxième Temple qui n’habite pas à Jerusalem:


(Photo prise du site Live the Bible: https://livethebible.co.il/en/)

Trois fois par an, les membres de cette famille sont censés monter à Jerusalem, pour les trois fêtes de pèlerinage*. Ce n’est pas une mince affaire: Ils doivent laisser leurs troupeaux, leurs champs, fermer la maison. Sans doute ne partent-ils pas tous à chaque fois car les bêtes ont besoin d’être soignées et le travail des champs ne connait pas de répit. Et que faire des enfants, des malades et des personnes âgées?

Dans le livre de Samuel il nous est raconté une histoire familiale qui se passe pendant un de ces pèlerinages. Celui-ci a lieu à Shilo* et non pas à Jerusalem car l’histoire se passe une centaine d’années avant le retour de l’arche d’alliance* à Jerusalem et la construction du Temple, mais la route n’en est pas plus facile pour une famille qui vient des montagnes d’Ephraim…
Ainsi Elkana (le père de famille) partait de sa ville, chaque année, pour se prosterner et sacrifier à l’Eternel dans Shilo… Il s’agit de l’histoire bien connue de ‘Hanna, la femme stérile d’Elkana, qui pleure et prie à Shilo, pendant ce pèlerinage, pour avoir un enfant qu’elle promet de consacrer à Dieu. Le prophète Shmuel sera cet enfant…
Mais que se passe-t-il après sa naissance?  Le mari, Elkana, étant parti (à nouveau) avec toute sa maison pour faire au Seigneur son sacrifice annuel et ses offrandes votives,  Hanna ne l’accompagna point, car elle dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai… La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. 2 Quand elle l’eut sevré… elle le conduisit à la maison du Seigneur, à Shilo. (I Samuel, 1)

Il est évident que beaucoup restaient chez eux et s’impliquaient indirectement en payant une taxe d’un demi shekel, la taxe annuelle que tout le monde devait donner au Temple.
Le mot shekel, vient de la racine שקל (SH K L) qui veut dire peser. Le shekel est mentionné de nombreuses fois dans le Tanakh. Par exemple, c’est en shekel qu »Avraham achète la grotte de la Ma’hpela à Hevron* pour y enterrer sa femme…
A l’époque du deuxième Temple, le shekel représentait environ 2 % du salaire mensuel moyen. Il servait à l’achat des animaux pour les sacrifices. Après la destruction du Temple, ce don d’un demi-shekel continua comme don aux pauvres. Comme la valeur des pièces d’argent était fluctuante, on se basait sur le shekel en argent frappé à Tyr. On a découvert des pièces d’un demi shekel dans tout le pays.

Ceux qui partaient en pèlerinage arrivaient souvent à Jerusalem au terme d’une route difficile. Il faut se souvenir que Jerusalem se trouve à environ 800 m d’altitude.
On sait d’après la Mishna que le Sanhedrin était chargé de réparer les routes pour les voyageurs, et d’indiquer l’emplacement des tombes. Il faut dire que lorsque quelqu’un mourait en chemin, il fallait l’enterrer sur place, quitte à rassembler ses ossements l’année suivante pour les enterrer correctement dans l’ossuaire familial. Les nombreuses lois de pureté, parfois difficiles à comprendre de nos jours, exigeaient que les voyageurs ne se reposent pas par mégarde  sur des tombes pendant leur voyage mais si cela se produisait, ils trouvaient sur leur chemin des מקוואות (mikvaot), réservoirs d’eau pour se purifier, eux aussi signalés et entretenus par le Sanhedrin. On en a trouvé un certain nombre, dans le Goush Etsion*,  sur la route menant à Jerusalem, . Comme le Gush Etsion est la dernière étape en venant de Beer Sheva avant l’entrée à Jerusalem, les archéologues pensent qu’il s’agit des mikvaot destinés aux pèlerins.

                                                     (http://etziontour.org.il)

La famille de pèlerins arrive maintenant à Jerusalem. Elle s’arrête sans doute tout d’abord à Shiloa’h, ce grand bassin étant alimenté par la source Gui’hon. 

(Carte datant de 1730: dans le quart inférieur droit, on peut voir un rectangle rouge indiquant la piscine de Shiloa’h à l’extérieur des murailles.
Pour rejoindre le Temple, une portion de route -non indiquée sur la carte car elle n’avait pas été encore découverte- fait suite à  la route venant du Sud. Geographicus rare antique maps, auteur inconnu
)

Bien que de nombreuses sources alimentent la ville de Jerusalem, celle du Gui’hon a toujours eu un statut spécial. Son eau était en effet la seule à être utilisée dans le Temple: elle servait par exemple pour la cérémonie de purification de l’eau, ניסוך מיים (Nissoukh mayim) lors de la fête de Soukot:

(dessin de Dafna Levanon)

En 1995, les archéologues Ronny Reich et Eli Shukron commencèrent à fouiller aux alentours de la source Gui’hon et ont découvert les restes de la piscine de Shiloa’h. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, elle est beaucoup étroite et ressemble à un canal alors que les textes nous la décrivent grande et proche d’un carré. Ceci parce que le reste du terrain sous lequel la piscine originelle se trouve appartient à l’Eglise orthodoxe grecque qui refuse toute recherche archéologique. 

Mais si la famille s’arrête au Shiloa’h, ce n’est pas seulement pour se purifier, c’est aussi pour remplir ses outres, se délasser, écouter les dernières nouvelles, les potins, trouver une chambre en ville et peut-être un conjoint pour les enfants…
Il était difficile de trouver une chambre en ville pendant les trois fêtes de pèlerinage. La ville était pleine à craquer. Les Yerushalmim* devaient accueillir gratuitement les pèlerins mais la coutume voulait qu’il reçoivent des cadeaux en retour. Cependant, il  est sûr que tout le monde ne pouvait pas loger à l’intérieur des murailles et les pèlerins campaient sur les collines avoisinantes.


Une fois reposés, ils entrent dans la ville et sont aussitôt happés par la foule qui déambule dans des rues  étroites et bordées de magasins.
Les archéologues ont découvert ici des poids et des tasses en pierre pouvant avoir servi de tasses à mesurer. Ils ont également découvert des tablettes en terre où étaient gravées les lettres ק ר ב ן (Kuf Resh Bet Nun) formant le mot Korban, sacrifice et en dessous du mot Korban, le dessin de deux oiseaux morts. C’étaient des écriteaux indiquant que le commerçant vendait tout ce qui était nécessaire pour les sacrifices. Il est logique de penser que la plupart des gens achetaient les animaux à sacrifier tout près du Temple à Jérusalem, plutôt que de s’embarrasser pendant le voyage d’animaux  qui risquaient de tomber malades voire de mourir.

Cette fois, la famille est prête à entrer dans la principale cour du Temple et traverse les portes de ‘Hulda, un ensemble de deux portes sur la partie ouest et d’une porte triple sur la partie est. 

On ne peut plus entrer dans les sous-sols du Temple. Ces portes sont  murées depuis l’occupation arabe et la construction de la mosquée d’El Aqsa. Cependant, même si le Waqf interdit de les ouvrir, on est sûr qu’elles menaient au Temple.
Elles sont d’ailleurs mentionnées dans la Mishna: Tous ceux qui entrent dans le Mont du Temple (par les portes de « Hulda) entrent à droite [est], se promènent et sortent à gauche [ouest]. . . (Mishna Midot 2: 2). Pourquoi des directives aussi précises?
C’est que le Sanhedrin avait décrété des sens de circulation pour réglementer les entrées et les sorties.
Une seule exception: Celui qui a connu un malheur, entre le mont du Temple par la gauche. (Quand on lui demande) Pourquoi entres-tu par la gauche? (Il répond) « parce que je suis en deuil« . [Ils répondent:] ‘Que Celui qui habite dans cette maison vous réconforte. (Ibid, 2: 2)

Le périple de la famille est achevé. Ils vont pouvoir apporter leurs sacrifices au Temple. Ils repartiront chez eux sans doute fourbus, attendus avec impatience dans leurs village, racontant leurs aventures et les enjolivant sans doute quelque peu, après tout que serait la vie sans quelques broderies…

 

A bientôt,

 

 

*Les trois fêtes de pèlerinage ou shalosh regalim: ce sont les fêtes de Pessa’h, Shavouot et Soukot. Le mot רגלים (regalim) vient de la racine ר ג ל (R G L) qui a donne le mot pied רגל (Reguel) et habitude הרגל(Herguel).
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/16/on-marche-au-pas-enfin-presque/

*L’arche d’alliance et Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/arche-dalliance/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

*Le goush Etsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/01/23/le-chemin-des-patriarches-4-le-goush-etzion/

*Mikve:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

*Dans la  Parachat Shkalim » (Shemot-Exode 30:11-16):
 L’Éternel parla à Moshe en ces termes:  « Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement… Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-shekel… Quiconque fera partie du dénombrement depuis l’âge de vingt ans et au-delà doit acquitter l’impôt de l’Éternel. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du shekel,

*Le shekel est le nom de la monnaie israelienne depuis 1980. Avant, nous avions garde les livres (d’origine britanniques). Déjà en 1902, dans son roman l »Altneuland, Herzl parlait du shekel:
David se tourna vers la vendeuse: « Quel est le prix des gants des deux messieurs? »
« Six Shekels »
Kingskort ouvrit grand les yeux:
« Qu’est-ce que c’est que ça? »
David sourit: « C’est notre monnaie. Nous avons réintroduit notre ancienne monnaie.

*Les Yerushalmim: les habitants de Jerusalem. C’est quand même plus joli que les Hyerosolomitains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Fouilles sur le Mont du Temple: Ce site se trouve depuis 1.300 ans sous la responsabilité des autorités musulmanes. En raison des sensibilités politiques et religieuses, aucune fouille archéologique méthodique n’a été permise sur le site. En 1967, après la guerre des six jours, Israël a malheureusement cédé le contrôle du Mont du Temple à l’administration du Waqf, organisation  en charge des sites musulmans.
La loi israélienne exige qu’avant  toute construction sur un site archéologique, des fouilles de sauvetage soient entreprises. Mais en 1999, dans le cadre de la construction de l’entrée d’une nouvelle mosquée, l’administration du Waqf a illicitement creusé une grande fosse sur le Mont du Temple, ignorant la loi. A peu près 400 camions ont déversé 9000 tonnes de terre et de gravats remplis d’artéfacts dans la vallée du Kidron, à quelques kilomètres de là. Les archéologues israéliens les ont aussitôt récupérés et y ont trouve des trésors.

 

 

 

 

 

 

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Pardon d’avoir gagné!

Le Yom Yerushalayim est le jour qui célèbre la réunification de la ville de Jerusalem après une parenthèse de 19 ans, de 1948 à 1967, lorsque la partie est de la ville fut occupée par la Jordanie.

Le titre de mon article est celui d’un d’un livre publié en 1967 par Ephraim Kishon et Dosh, le créateur de Sroulik, petit personnage, naïf, gouailleur et sioniste.

Ce livre סליחה שנצרנו (Sli’ha shenitsarnou), « Pardon d’avoir gagné », est un recueil des articles du premier et des caricatures du second publiés pendant la période de la guerre des six jours. Il ne s’agit pas d’un album qui crie victoire mais qui parle plutôt d’un peuple qui a vécu dans une angoisse existentielle pendant les mois précédents la guerre. Leurs dessins et articles humoristiques étaient selon leurs paroles les « munitions légères » qui ont permis aux Israéliens du עורף (Oref), le front intérieur* et aux soldats de tenir le coup émotionnellement.

(C’est la couverture de la réédition du livre pour commémorer les 50 ans de guerre des six jours. La libération de Jerusalem: le vilain sur la droite est bien sur Nasser qui a perdu une chaussure en s’enfuyant)

Dosh a accompagné les troupes de Tsahal au moment de l’offensive sur Jerusalem. Il se trouvait dans les convois qui arrivèrent par Ramallah dans le nord de la ville…
Dans son carnet de notes, il décrit en détail la ligne de front et dessine les convois ainsi que la vieille ville à Jérusalem:
Il entre dans la vieille ville de Jerusalem  par la Porte des Lions quelques heures après de la reddition des troupes jordaniennes. Son bloc est terminé, il manque de papier, il fera ses  esquisses sur  un bloc d’ordonnances abandonné par un médecin jordanien.

Il monte d’abord sur le Mont du Temple:


Il arrive au Kotel:

Le rav Shlomo Goren* sonne le shofar:

Je me souviens alors qu’en France, nous avions écouté à la radio , émus et heureux, le son du shofar depuis le Kotel. C’est un souvenir qui ne me quitte pas même après tant d’années.

Il esquisse ce dessin symbolique: Tsahal présente Jerusalem au peuple juif:

Pour ceux qui voudraient nous voir nous suicider en revenant aux lignes de cessez-le feu* d’avant 1967, voici une vidéo de Golda Meir, prise sur la page facebook de Miri Furstenberg*.

Golda: Des gens nous disent: revenez aux lignes de 67 et alors, il y aura la paix. Nous étions à l’intérieur de ces lignes en juin 67, en mai 67! Pourquoi alors y a t-il eu la guerre? Et immédiatement après la guerre nous avons dit aux Arabes: venez, commençons des négociations. Ils ont refusé.

Le journaliste: Y a-t-il eu un seul moment où vous avez pensé que les Arabes étaient prêts à discuter?

Golda: Non. Toute cette affaire avec les Arabes ce n’est pas une question de partage de la terre, de territoires. Ce n’est pour rien de concret. C’est juste parce qu’ils nous refusent le droit d’exister. Pourquoi sont-ils partis (en 1948)?

Le journaliste: La plupart sont des réfugiés de guerre qui n’aimaient pas une armée conquérante.

Golda: Mais qui a commencé la guerre? Que leur avons-nous pris quand nous sommes revenus (dans le pays)? Ne voulions nous pas vivre en paix avec eux? Leur avons nous demandé de partir? N’avons-nous pas accepté la partition (de la Palestine) de Churchill en 1922? et la partition de l’ONU en 1947*? N’avons-nous pas accepté? Quelle est la différence entre des Arabes habitant à l’est ou à l’ouest du Jourdain? Entre la rive ouest ou de la rive est (du fleuve)? D’où viennent les Palestiniens? Qu’était cette région avant la première guerre mondiale? Quand les Britanniques ont reçu le mandat sur la Palestine, de quelle région s’agissait-il? La Palestine allait de la mer méditerranée à la frontière irakienne.

Le journaliste: Vous voulez dire qu’il n’y avait pas ce concept de Palestinien?

Golda: Non. Les deux rives du Jourdain se trouvaient en Palestine. Je suis une Palestinienne. De 1921 jusqu’en 1948 j’ai eu un passeport palestinien. Il n’y avait pas dans cette région des Juifs, des Arabes et des Palestiniens. Il n’y avait que des Juifs et des Arabes. Je nie pas ce concept de palestinien mais il n’y a pas de peuple palestinien.
Pourquoi les Palestiniens de la rive ouest du Jourdain* (Judée et Samarie) sont-il devenus plus Palestiniens après juin 67 qu’ils ne l’étaient avant? Pourquoi n’ont-il pas créé pour eux-mêmes un état palestinien en plus de la Jordanie?
Ils devaient organiser un état palestinien libre sur la rive ouest (Judée Samarie) et nous combattre de la bas. Ils ne l’ont pas fait. Ils ont accepté le fait qu’ils étaient en Jordanie et qu’ils avaient la nationalité jordanienne. Ils sont d’ailleurs la majorité en Jordanie, on les trouve au Parlement, dans le gouvernement, que s’est-il passé ensuite (
entre 1948 et 1967)? Pourquoi sont-ils devenus plus Palestiniens depuis la guerre de 67?
Chacun a le droit à l’autodétermination sauf nous. Nous sommes les seuls dans le monde entier à qui on ne donne pas le droit à l’autodétermination. Quand je suis venue ici, quand je suis venue au kibboutz Merhavia*, il n’y avait rien. Ce pays était désert depuis des centaines d’années. Nous avons été expulsés de ce pays. Est ce ici que commence l’histoire? Deux fois nous en avons été expulsés. Il
(Israel) a été occupé par des puissances étrangères… Le peuple juif est le seul qui vit son indépendance dans la dignité sur ce bout de terre, le seul. Les Arabes… Ils ont des territoires immenses: ils ont 14 états indépendants.

Comme le dit Golda Meir, pourtant Premier Ministre de gauche, avant la guerre des 6 jours, les Arabes nous faisaient déjà la guerre. Miri Furstenberg qui a publié cette vidéo sur sa page facebook en est la preuve: l’autobus où elle se trouvait avec sa famille, traversait le Neguev le 17 mars 1954, à l’intérieur des lignes de cessez-le-feu de 1949. Cela n’a pas empêché une bande arabe armée de violer, mutiler, assassiner les passagers. Elle est la seule à avoir survécu.
Alors comme l’ont si bien dit Dosh et Kishon: Pardon d’avoir gagné, et ça ne va pas nous empêcher de nous réjouir dimanche, jour de Yom Yerushalayim!

(Concert pour Yom Yerushalayim dans l’enceinte de la Tour de David)

יום ירושלים שמח

A bientôt,

*Ephraïm Kishon (1924-2005) Originaire de Budapest, il fut déporté dans plusieurs camps d’extermination. Il n’y survécut que par miracle : si, dans l’un d’eux, c’est son habileté aux échecs qui lui valut les bonnes grâces du commandant, dans un autre, les Nazis alignaient les prisonniers, et les décimaient littéralement, tuant chaque dixième prisonnier. Il n’eut que la chance de ne pas être le dixième. Il écrirait plus tard dans son livre Le bouc émissaire : « Ils ont fait une erreur . Ils ont laissé un satiriste en vie. (Wikipedia). Il disait » Je ne suis pas un écrivain, seulement un humoriste, c’est seulement quand vous êtes mort que vous devenez écrivain« . En fait, il fut écrivain, dramaturge, journaliste, réalisateur, sculpteur et acteur. Vous connaissez sans doute certains de ses films: Sahah Shabati, le canal Blaumish et le policier Azoulay. Son humour élégant mettait toujours l’accent sur l’absurdité de ce monde.

Dosh ou Kariel Gardosh (1921-2000) originaire de Budapest, déporté dans des mines de cuivre et seul survivant de sa famille, il est le caricaturiste le plus connu d’Israel.
Kishon, Dosh, Lapid ainsi que Yaakov Farkash (Zeev) lui aussi caricaturiste étaient connu au journal Maariv comme le gang des Hongrois

*Ces dessins de Dosh se trouvent à la Bibliothèque Nationale d’Israel.

*Le Oref:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

* Le rav Shlomo Goren:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*La vidéo est prise sur la page facebook de Miri Furstenberg,
https://www.facebook.com/pg/Miri-Furstenberg-The-girl-from-scorpions-pass-341931306581865/about/?ref=page_internal

*Miri Furstenberg:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/03/18/choisis-la-vie-et-tu-vivras-alors-toi-et-ta-posterite/

*Lignes de cessez le feu et non frontières, telles qu’elles furent dessinées au moment des accords de Rhodes en été 1949.

*Les propositions de partitions de la Palestine:
Le « Livre blanc de Churchill » de 1922 restreint le territoire destiné au foyer juif, et donne le contrôle des terres situées à l’est du Jourdain à l’emir Abdallah.
Partition du 29 novembre 1947:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*La rive ouest du Jourdain est la Judée-Samarie. En anglais, on lui donne le nom assez neutre de rive ouest (west bank) et en français, celui de Cis-Jordanie, beaucoup moins neutre. C’est une peu comme si (et là, je cite Pug du site Nations pour Israel) On appelait l’Alsace la Cis-Allemagne

יום העצמאות שמח Bonne fête de l’Indépendance 2019

Je vous ai déjà parlé de nos Yom Haatsmaout, des porteurs de torches, du barbecue et des drapeaux flottants au vent. J’aimerais cette fois vous raconter une histoire peu connue: comment  les Juifs de Libye célébrèrent le premier anniversaire de l’état d’Israel, en 1949.

Les Juifs de Libye n’ont jamais été nombreux. Ils sont environ 35.000 en 1939. Pendant des siècles, ils vivent comme tous les autres Juifs dans le pays musulmans: ce sont des dhimmis qui doivent se soumettre aux lois discriminatoires datant du calife Omar*.
Lorsque les Italiens fascistes arrivent en Libye dans les années 20, les Juifs sentent  souffler un vent de liberté qui leur vient d’Europe, car l’idéologie fasciste italienne dans ses débuts n’a pas de composante antisémite comme le nazisme.
Mais dès 1932, les choses se dégradent. Le nouveau gouverneur Italo Balbo est partisan du modernisme et de des lumières de l’Occident. Il fait donc fouetter en place publique les commerçants juifs refusant d’ouvrir leurs magasins le shabbat, prétextant que cela n’est pas bon pour l’économie et entrave la marche du progrès. En 1938, il leur fait appliquer les lois raciales promulguées en Italie* lors d’une visite de Goering avec qui il entretient des liens d’amitié depuis longtemps.
Pendant la deuxième guerre mondiale,  la communauté des Juifs de Libye est  la plus sévèrement touchée par la répression antisémite dans toute l’Afrique du Nord: les lois raciales sont appliquées avec la plus grande sévérité et de nombreux Juifs sont déportés dans des camps de travail très durs ou beaucoup meurent de mauvais traitements. Ceux qui restent à Tripoli ne sont pas tellement mieux lotis car en plus des bombardements, ils n’ont pas droit au même rationnement que les non-Juifs et doivent en plus nourrir des réfugiés juifs de Cyrénaïque. Ceux de Benghazi se retrouvent dans un camp d’internement où les conditions de vie sont si mauvaises que plus de 500 d’entre eux mourront en moins d’une année…
Quant à ceux qui ne sont pas de nationalité libyenne, ils seront envoyés dans les camps d’extermination du Reich.

(Mémorial en souvenir des déportés originaires de Libye, dans la foret de Ben Shemen)

Les Arabes libyens se tiennent tranquilles pendant toute la guerre mais dès 1945 un pogrom éclate à Tripoli et dans toute la région, à l’instigation du mouvement nationaliste le Hizb al-Watani, pogrom qui fera 130 morts. D’autres pogroms se succéderont régulièrement pendant trois ans, dès l’annonce du plan de partage de la Palestine par l’ONU*, le début de la guerre d’Indépendance qui commence aussitôt et la proclamation de la création de l’état d’Israel. En 1949, l’Agence juive organise les départs qui se poursuivront jusqu’en 1951*.

On pourrait donc se dire que les Juifs de Libye font profil bas, mais non! Et en ce mois de mai 1949, la communauté de Tripoli décide de célébrer ouvertement Yom Haatsmout.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

Drapeau et banderoles sont hissés sur la synagogue.

(Ce drapeau, cousu en Libye, se trouve au Centre de l’Héritage libyen. Yediot A’haronot, photo Ido Erez)

Les rabbins composent des prières spéciales pour la paix de l’état d’Israel et décident aussi que les enfants nés cette semaine là devront s’appeler Israel pour les garçons et Siona pour les filles.
D’autres drapeaux faits maison sont déployés dans le quartier juif et un repas de fête communautaire est organisé.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

J’ai retrouvé une chanson en judeo-arabe, composée pour l’occasion: Pourquoi cette fête?
Le 5 du mois de Iyar, nous nous sommes réjouis petits et grands, à côté de la synagogue, le 5 du mois de Iyar notre joie est grande. Il flotte notre drapeau bien-aimé… L’ennemi nous a attaqué mais s’est envolé comme un oiseau.


(interprétée par le paytan Klimo Dos)

Il n’y a plus de Juifs en Libye. Certains sont partis en Europe, d’autres en Amérique mais la plupart sont ici et font partie de notre mosaïque israélienne.

 

 

(dessin de Shay Charka)

A bientôt,

PS: L’essentiel de la population juive partira entre 1949 et 1951. Pour ceux qui restent, leur vie deviendra de plus en plus difficile. Ils sont sans cesse harcelés par les autorités, leurs droits leurs sont peu à peu déniés, les écoles juives sont fermées, ils n’on plus le droit de vote… Au moment de la guerre des six jours, une série de pogroms fera fuir les deniers en quelques jours.

*Le calife Omar et la dhimmitude:

La dhimmitude, ou le sort des non musulmans en terre islamique

*Les lois fasciste antisémites en Italie:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_raciales_fascistes

*Le plan de partage de la Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*

 

 

Qui connait le UN? אחד מי יודע

L’un des chants les plus populaires du Seder est le E’had mi yodea. Il se présente comme une simple comptine mais réaffirme les principes fondateurs de nos traditions:

Qui connait le (nombre) UN?
Moi je le connais, UN c’est notre Dieu qui est dans les cieux et sur la terre
Qui connait le DEUX?
Je connais le DEUX. Deux, ce sont les tables de l’alliance (tables de la Loi)
Qui connait le TROIS?
Je connais le TROIS. Trois, ce sont nos patriarches
Qui connait le QUATRE?
LE Connait le Quatre. Quatre, ce sont nos Matriarches
Qui connait le CINQ?
JE connais le CINQ. Cinq, ce sont les livres de la Thora
Qui connait le SIX?
Je connais le SIX. SIX, ce sont les traites de la Mishna
Qui connait le SEPT?
Je connais le SEPT: Sept, ce sont les jours de la semaines
Qui connait le HUIT?
Je connais le HUIT. Huit, ce sont les 8 jours jusqu’à la Mila
Qui connait le NEUF?
JE connais le NEUF. Neuf, se sont les neufs mois de la grossesse
Qui connait le DIX?
Je connais le DIX: Dix, ce sont les dix Paroles
Qui connait le ONZE?
Je connais le ONZE. Onze, ce sont les étoiles (du rêve de Yossef)
Qui connait le DOUZE?
Je connais le DOUZE. Douze, c’est le nombre des tribus
Qui connais le TREIZE?
Je connais le TREIZE. Treize ce sont les treize Attributs* de Dieu

(tableau de David Baruk Wolk: E’had mi yodea)

Mais que signifient ces nombres dans notre tradition? Tout d’abord, il faut comprendre que les mots utilisés dans le cadre du Tanakh s’analysent d’une façon complexe: on doit étudier vers quoi nous renvoient leur racine, leur graphie, leur place dans le texte et chaque découverte nous emmène vers une autre…
J’essayerai ici de vous en donner un petit aperçu pour chacun des nombre de ce chant: chacun d’entre eux, par sa représentation graphique, sa place dans l’alphabet et sa racine, est beaucoup plus qu’un simple numéro.

Un: אחד (E’had), notre Dieu

UN, e’had,  est représenté par un א (alef), la première lettre de l’alphabet. Le nom de cette lettre provient de la racine א -ל -פ (A L F). Alef signifie  enseignement ainsi qu’on peut le lire dans le livre de Yov (Job, 33,33)  :
« Si non, c’est à toi à m’écouter; tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse »
אִם-אַיִן, אַתָּה שְׁמַע-לִי; הַחֲרֵשׁ, וַאֲאַלֶּפְךָ חָכְמָה.
De plus, א
Alef, c’est aussi la première lettre du mot אלהים (Elohim), Dieu, et qui serait un plus grand enseignant que lui? C’est aussi par cet א, première lettre d’אלהים Elohim et donc lettre créatrice, qu’Adam, אדם, est un être vivant et non plus une simple substance matérielle terrestre, דם, dam, le sang et issu de  אדמה, adama, la terre.
Enfin et surtout, c’est le א qui  qui indique l’unicité du créateur, ce qui pour nous ne peut pas être relativisée. Comme l’écrivait le Rambam (Maimonide):
Dieu est Un. Il Est non pas Un et Unique, mais l’Un et l’Unique – fondement du monothéisme, pour lequel non seulement il n’y a qu’Un Créateur du monde, mais en outre, Il ne fait qu’Un avec le Dieu providentiel garant de la morale, et du libre arbitre de l’homme. S’Il Est nommé par différents Noms, c’est que les hommes sont incapables de Le comprendre, de Le cerner car Il les transcende complètement. Ils ne peuvent que qualifier par un nom différent chacune de Ses qualités ou de Ses modes d’intervention dans le monde.
Quand on veut compter on utilise le mot אחד  e’had plus souvent que א alef mais quand on rajoute אחד, e’had, un, après un nom cela veut dire un seul. Alors dire que Dieu est Un, signifie pour nous qu’il n’y en a pas d’autre. C’est tellement sérieux qu’un Juif athée dira: pour nous, il n’y a qu’un Dieu et moi je n’y crois pas!

Deux: שניים (
Shnayim), les Tables de l’alliance


Le nombre deux est représenté par la lettre ב, qu’on prononce Beit, comme le mot Bayit ou Beit, qui signifie maison, monde et parfois famille ou peuple. On voit d’ailleurs que la graphie de la lettre est celle d’une maison stylisée.
Si elle n’est qu’à la deuxième place dans l’alphabet, c’est pourtant par elle que débute le premier mot de la Thora, ברשית (Bereshit), au commencement de… ou par le principe de…*
L’ouverture vers la gauche de la lettre ב nous indique le sens de la lecture (de droite à gauche). La lecture, c’est l’étude et celle-ci doit se faire dans notre maison-monde. Nous devons toujours y être reliés, en suivant les enseignements de nos pères et en recoupant sans cesse nos sources. Il est significatif qu’en hébreu, les mots père, אב,  et mère, אם, commence par un א (alef) et que les mots בן, fils et בת, fille par un ב, beit. Ce sont les enfants qui reçoivent l’enseignement par transmission. La transmission a lieu au niveau des familles et au niveau du peuple, comme il est écrit dans le Traité des Pères, פירקי אבות (Pirkei Avot): Moshe reçut la Torah au Sinaï et la transmit à Yoshua ; Yoshua la transmit aux Anciens, les Anciens aux Prophètes et les Prophètes la transmirent aux Hommes de la Grande Assemblée.
Le nombre deux, se prononce שניים  (shnaim). Ce mot vient de la racine שנה (SH, N, H) qui signifie répéter et qui a donné le mot שנה (Shana), l’année (les mois et les saisons qui se répètent), et le mot משנה, Mishna, répétition (par écrit) de la loi orale.
Or la transmission se fait par la répétition depuis le premier enseignement, celui donné aux Hébreux au Sinaï. A ce moment là, Moshe reçoit les deux tables de l’alliance où est gravé le résumé pédagogique de nos lois fondamentales et qui  commence par le mot אנוכי (anokhi).
Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage
אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים
On voit là combien sont liés l’enseignant א et celui qui étudie dans la maison ב

Trois: שלוש (Shalosh):

Voici nos trois patriarches, Avraham, Yits’hak et Yaakov.
Trois est représenté par la lettre ג, guimel, lettre composée de deux pieds tenant fermement la ligne. Trois se prononce שלש (shalosh), mot composé de deux consonnes reliées symétriquement par une troisième. Selon nos commentateurs, la graphie du ג et la symétrie de ces trois consonnes représentent tout à fait nos trois patriarches: Le grand-père Avraham, le père Yits’hak sont les fondateurs de la lignée, tandis que le fils, le troisième, Yaakov deviendra Israel et sera le père des 12 tribus.
Vous connaissez tous le mot gamal, le chameau, animal de bât, indispensable aux échanges entre les hommes du Moyen-Orient: son nom s’écrit comme le mot guimel גמל. Pour nos Sages,  le chameau n’est pas un simple animal, car la racine גמל signifie aussi bonté et même sauvetage.  Il se référent ainsi à l’histoire de Rivka puisant de l’eau pour les chameaux d’Eliezer (Bereshit 24-19):
Après
lui avoir donné à boire, elle dit: « Pour tes chameaux aussi je veux puiser de l’eau, jusqu’à ce qu’ils aient tous bu ».
וַתְּכַל, לְהַשְׁקֹתוֹ; וַתֹּאמֶר, גַּם לִגְמַלֶּיךָ אֶשְׁאָב, עַד אִם-כִּלּוּ, לִשְׁתֹּת
Par ce acte de bonté, Rivka sera jugée digne d’épouser Yits’hak et de devenir ainsi l’une de nos matriarches. C’est ce qui fait dire à nos commentateurs que si la lettre ג vient juste avant le ד (dalet) c’est pour venir au secours du pauvre דל (dal).

Quatre: ארבע

Voici nos 4 matriarches, Sarah, Rivka, Ra’hel et Lea, elles aussi fondatrices du peuple.
La racine du mot quatre, ארבע (arba) est  רבע, elle a donné les mots quart, carré et elle représente aussi la maison-ferme des Bnei Israel, telle qu’on en a retrouvé la trace lors de fouilles archéologiques*. Une maison avec quatre parties bien définies: l’habitation proprement dite, l’étable, le hangar à grains et le mikvé*.
Le nombre 4 est représenté par la lettre ד, (dalet), qui signifie porte, ouverture et dont la graphie est celle d’un coin de tente relevé. Il s’agit bien sur de l’ouverture vers les autres mais aussi vers la connaissance ultime que permet le ב (Beit). En s’engouffrant par l’ouverture du ד, on entre dans l’intimité de la tente c’est à dire de la Thora, première étape qui mènera  au פרדס Pardes (qui a donné en français le mot paradis) mot lui-même formé des 4 lettres פרדס, indiquant les 4 étapes nécessaires pour arriver à la connaissance ultime*.

Cinq: חמש

Les cinq livres de la Thora.
La racine du mot  חמש (‘hamesh) peut signifier armer et rassembler. Les  linguistes pensent que c’est parce que les armées se divisaient traditionnellement en 5 corps: les 2 ailes, le corps principal, les fourgons, et l’arrière.
Mais pour nous, ce sont les cinq livres de la Thora. Pourquoi? parce que la lettre ה (He), qui représente le nombre 5, se prononce dans un souffle et symbolise l’esprit divin. Le ה (He), nous renvoie au cinquième jour de la création, la vie animale commence à se développer ainsi qu’il est écrit dans le livre de Bereshit:
Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés. Le texte en français n’apporte rien de particulier mais en hébreu c’est bien sûr autre chose:
אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִם.
Le groupe de mots « quand ils furent crées », בְּהִבָּרְאָם, comporte un ה (he) apparemment superflu mais qui indique que Dieu a crée le monde avec le ה (He). On retrouve aussi l’idée de l’implication divine dans le nom dAvraham qui passera de  אברם Avram à אברהם (Avraham) lors de son alliance avec Dieu, concrétisée par la circoncision

Six: שש

Les 6 traités de la Mishna
Le nombre 6, שש, se prononce shesh et est représenté symboliquement par la lettre ו (vav) qui signifie crochet. Comme la lettre ג (gimel), sa forme en crochet permet de relier les maillons de la chaîne humaine mais elle fait plus que cela: elle relie entre elles les six étapes de la création, elle relie l’humain au divin, sorte d’échelle de Yaakov, comme il est écrit dans Bereshit 28,12):
Il (Yaakov) eut un songe que voici: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle וַיַּחֲלֹם, וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה, וְרֹאשׁוֹ, מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה; וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים, עֹלִים וְיֹרְדִים בּוֹ.

Sept: שבע

Les sept jours de la semaine
Le nombre 7, שבע, se prononce sheva. שבע (sheva) signifie 7 mais aussi serment. Ainsi, il est écrit dans Bereshit 21,31:
עַל-כֵּן, קָרָא לַמָּקוֹם הַהוּא–בְּאֵר שָׁבַע: כִּי שָׁם נִשְׁבְּעוּ, שְׁנֵיהֶם
Aussi appela-t-on cet endroit Beer Sheva , car là ils jurèrent l’un et l’autre.
Il s’agit d’un serment entre Avraham et le roi Avimelekh au sujet de la propriété d’un puits.
Ce nombre est représenté symboliquement par un ז (Zayin) une épée, comme l’indiquent son nom et sa graphie.
Le 7 renvoie aux sept jours de la semaine. Pendant les six premiers, l’homme se bat (d’où l’épée) pour survivre mais le septième jour, il se repose. Comme Dieu a crée le monde pendant 6 jours et a ensuite laisse le septième pour le repos humain, en contrepartie chaque septième jour, l’homme laisse une place à Dieu en respectant le shabbat. Mais le shabbat est également porteur d’espérance, celle de déboucher sur une totale harmonie entre l’homme, la création et Dieu, ce qui sera l’ère messianique. Dans cette perspective, au lieu de recommencer une semaine de 7 jours à la fin de chaque shabbat, nous pourrions entrer dans un huitième jour d’harmonie totale.

Huit: שמונה


Les huit jours jusqu’à la circoncision.
Ce nombre 8 se prononce comme le mot péché חאת! De plus il est représenté symboliquement par la lettre, ח (‘het) dont la graphie, ouverte seulement vers le bas est signe de négativité. Heureusement pour elle, elle est aussi l’initiale du mot חיים, (hayim) la vie!
De plus, sa huitième place dans l’alphabet est très particulière. Autant le nombre sept représente l’ordre naturel, autant le huit représente un dépassement de cet ordre ainsi qu’on vient de le voir. Selon le judaïsme, l’ordre naturel du monde n’est pas suffisant, le monde n’étant pas parfait. Il faut le dépasser et arriver à cette totale harmonie entre la création et le créateur, qui ne sera possible que lors de l’avènement messianique. On retrouve cette idée dans le choix du huitième jour, choisi pour la circoncision, concrétisation physique de l’alliance avec le créateur.

Neuf:טשע

Les 9 mois de gestation.
Là encore, il s’agit de création, celle de l’être humain: le nombre 9 est représenté symboliquement par la lettre ט dont la forme est un petit yod-créateur en haut que protège un réceptacle, l’utérus humain. On la trouve pour la première fois dans le livre de Bereshit (1,4) sous le mot טוב tov, bon:
Dieu considéra que la lumière était bonne
וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת-הָאוֹר, כִּי-טוֹב
Certains avancent que le mot rosée טל, tal, métaphore traditionnelle de la Thora est l’association du ט, la bonté créatrice, au ל, L, lettre initiale de l’étude לימוד (limoud).

Dix:עשר
Les dix Paroles (10 Commandements).
Le nombre 10 est représenté par la lettre י, yod, la plus petite lettre de l’alphabet, à peine plus grande qu’un point et qui pourtant peut-être la main, יד ,yad, c’est à dire l’action de Dieu dans le processus de la création. Sa petitesse nous rappelle que ce point est le résultat du retrait divin,  צמצום, tsimtsoum*, pour faire place à ses créatures.
On retrouve le י, yod, dans la graphie du א, aleph, compose de deux yod, י,  et d’un vav, ו, en son centre.
Comme ce nombre dix, qui se prononce Esser, s’écrit avec la racine עשר qui veut dire s’enrichir, accumuler, le traite Taanit de la Mishna fait un parallèle éducatif entre ce mot dix et la signification de la racine עשר et nous enjoint d’être généreux: Tu donneras la dîme pour t’enrichir.
Les 10 paroles divines, écrites sur les tables de l’alliance,  présentent non seulement les lois fondamentales de la Thora, mais également « la carte de visite » de Dieu libérateur du peuple d’Israel: « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage ». Jusqu’à présent, ont été évoques les trois patriarches et les quatre matriarches, fondateurs biologiques du peuple d’Israel, mais maintenant, il s’agit du texte des 10 paroles, fondateur de la  de la nation.
De plus, nos Sages nous rappellent que si 10 hommes, le minyian, sont  nécessaires à la prière publique, c’est en souvenir des 10 justes qui auraient pu justifier le sauvetage de la ville de Sodome.

Dans cette rapide analyse des lettres et de leur signification, j’ai emprunté les interprétations mystiques de nos Sages qui usent de symboles. La mystique est ce qui me donne à penser, en cherchant au delà du texte son sens caché, tout en restant dans les limites fixées par le ב. Comme disait Abraham Heshel: L’étude juive ne se finit jamais. Le texte contient une dimension infinie et se prête à un renouvellement de l’interprétation jamais abouti. Un sens n’en exclu jamais un autre.

Je ne vous ai pas donné toutes les interprétations que je connaissais (et j’en ignore encore beaucoup), je n’ai pas non plus utilisé la guematria* (dont la caricature est la numérologie), car mon article aurait été vraiment trop long! Mais comme le disait Rabbi Akiva: Dans la Tora, rien n’est superflu, on n’y trouve pas un mot, pas une syllabe, pas une lettre, pas un signe qui n’ait sa raison d’être.
C’est pourquoi, je vous propose de continuer et de trouver vos propres interprétations avec les nombres suivants qu’on retrouve dans ce chant: onze (les 11 étoiles du rêve de Yaakov), douze (les 12 tribus) et treize (les 13 articles de foi de Maimonide). Le  onze יא est représenté par la combinaison des lettres י yod et א aleph., le douze יב par celle des lettres י yod et ב beit et le treize, יג par celle des lettres י yod et ג guimel.

Et si cela vous semble trop sérieux ou ennuyeux pour cette fin de Pessa’h, écoutez simplement ces différentes versions du chant E’had mi yodea:

La version classique, en hébreu

La version en judeo-espagnol

Celle-ci est en judeo-italien

 

En judeo-arabe

Et en yiddish

 

A bientôt

* Le chant de E’had mi Yodea: Pendant longtemps, il a été considéré comme un emprunt à une ritournelle allemande du Moyen-Age, mais on a découvert depuis une version bien plus ancienne et orientale dans la gheniza de la synagogue Ibn Ezra de Fostat, au Caire. Elle a sans doute été intégrée aux chants de la Haggadah ultérieurement. La version orientale ne comporte que douze strophes. Pour le professeur Sharvit de l’université Bar Ilan, la treizième a été ajoutée pour la distinguer des comptines chrétiennes qui n’en comptaient que douze (comme chacun sait, le 13 porte malheur en Occident).

* Bereshit ne signifie pas au commencement mais selon de nombreux commentateurs il s’agit d’une forme grammaticale, l’état-construit. On appelle état-construit un ensemble de deux noms, dont le second détermine ou précise le premier. Littéralement on pourrait traduire Bereshit par En tête de... Dans ce cas, le deuxième mot manque et l’analyse de cet état construit incomplet fait l’objet de plusieurs commentaires qui enrichissent la compréhension du texte de Bereshit.

* La maison en 4 parties:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

* Les lettres enluminées de Jen Taylor Friedman , http://www.hasoferet.com/about/index.shtml)

* Pardes:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pard%C3%A8s_(Kabbale)

* Les treize attributs de Dieu ou articles de foi rédigés par Maimonide (le Rambam):
http://letalmud.blogspot.com/2010/01/les-13-articles-de-foi-de-maimonide.html

* Le tsimtsoum: Cette thèse, développée par Louria, Na’hmanide et de nos jours par Guershom Sholem,  part de l’idée que la transcendance divine, le Ein sof, par définition Infini, ne peut laisser une place à la création, que s’Il opère une « contraction » sur Lui même. La création n’a été possible que par « le retrait de Dieu en Lui-même », ce qui est désigné par le mot tsimtsoum. De là nos commentateurs déduisent que la principale attitude morale est celle qui consiste à ménager une place pour l’autre…

* Guematria: La gematria est une forme d’exégèse propre au Tanakh dans laquelle on combine la valeur numérique des lettres et des phrases afin de trouver des voies supplémentaires d’interprétation. Gematria, Temura et Notarikon sont les trois procédés de la combinatoire des lettres (hokmat ha-tseruf), pour déchiffrer la Torah. La littérature talmudique reconnaît l’intérêt de la gematria mais met en garde les profanes contre son usage abusif à l’encontre des règles qui le codifie et par voie de conséquence contre le risque de superstition.

 

 

La Haggadah et nos soucis en Egypte!

Et voila, une fois de plus les préparatifs pour Pessa’h!
Comme chaque année, nous lirons le texte de la Haggadah*.
Il y a plusieurs années, je vous avais présenté un certain nombre de ‘Haggadot très différentes les unes des autres. Mais quand est-il du texte? Quand a-t-il été écrit?
Dans sa forme actuelle, on peut dire qu’il a été entièrement structuré il y a environ mille ans même s’il est truffé de textes bibliques ou talmudiques. La version classique ce ce texte est utilisée par les Juifs du monde entier ce qui nous permet de fêter Pessa’h où que ce soit dans le monde et de participer à sa lecture. La Haggadah est donc devenue depuis longtemps le support pour exprimer les aspirations nationales des Juifs et ceci bien avant Herzl*.

Mais… vous connaissez les Juifs! Ils aiment bien donner leur vision du monde surtout lors d’événements aussi importants que le souvenir de notre libération de l’esclavage égyptien. Certains ont donc ajouté des messages politiques parfois amusants. Par exemple dans cette Haggadah de 1923, l’un des fondateurs de Tel Aviv, Kaddish Leib Silman (1880-1937) présente ainsi les 4 fils dont parle la Haggadah*:
Le sage est le Haut Commissaire britannique, le mal est le Comité arabe, l’innocent est le vieux Yishuv, quant au  jeune qui ne sait quoi demander, il ne parlera pas beaucoup, mais fera beaucoup, grandira et prospérera en Israël. »


Pendant la lecture de la Haggadah, nous énumérons les 10 plaies dont ont souffert les Égyptiens: le sang (dans l’eau du Nil), les grenouilles ,les poux, les bêtes sauvages, la mort des troupeaux, les furoncles, l’obscurité, la grêle, les sauterelles, et la plus terrible, la mort des premiers-nés.

Une coutume veut qu’en les énumérant, nous vidions à chaque plaie un peu de vin, suivi d’un peu d’eau dans un récipient. En théorie, il s’agit d’enlever un peu de notre joie par compassion envers les Égyptiens! En pratique, dans toutes les familles cela se fait avec jubilation puisque le mélange est ensuite vidé dans l’évier.
Notre ajout familial:
A chaque plaie nous ajoutons le noms des organisations terroristes, le nom de leurs dirigeants et cette formule « et tout ceux qui veulent nous tuer« !
Une bien-pensante me dit un jour que nous avions tort et m’avait rappelé la bonté de nos Sages (!)
Nos Sages, lui avais-je rétorqué, vivaient sous la domination de Rome et les exactions égyptiennes contre nous n’étaient plus vraiment d’actualité pour eux. Par contre, ils ne devaient certainement  pas oublier de nommer les généraux, gouverneurs et autres oppresseurs de leur époque!
De plus, avais-je rajouté, il est dit dans la Guemara: il faut dire au voleur qu’il est un voleur et le juger comme tel (tout en lui trouvant éventuellement des circonstances atténuantes). Pourquoi? Pour que lui, le voleur ne puisse plus se cacher derrière une fausse bonté qui n’est que de la faiblesse voire indifférence envers la victime. Nous devons affirmer à haute voix que les terroristes sont des terroristes et les envoyer symboliquement dans l’évier!!

Il est sûr que la plupart des ajouts ou des décorations particulières ont comme thème la guerre d’Indépendance ou la deuxième guerre mondiale. Ce fut le cas de la Haggadah de la Brigade Juive stationnée en Egypte à Pessa’h 1942. Ce fut aussi le cas d’une Haggadah écrite par les Juifs de Libye. Fin décembre 1942 la ville de Bengazi est libérée de l’occupation allemande par cette même brigade. Sont aussi libérés les Juifs de la ville qui avaient été envoyés dans des camps à Tripoli. Ils écriront une Haggadah spécialement pour ce Seder de Pessa’h 1943 en l’honneur de leurs libérateurs mais le papier manque! Comment copier un nombre suffisant de Haggadot? Ils les taperont à la machine au verso de documents confisqués au gouverneur d’Italie.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, la plupart des Juifs d’Europe sont regroupés dans des camps de réfugiés. Ils sont devenus des DP (Displaced Persons). Pour la fête de Pessa’h 1946, les Juifs d’un camp de DP à côté de Munich écrivirent alors leur propre Haggadah. Le texte reste traditionnel mais les dessins décrivent la vie dans les camps d’extermination et comparent Pharaon à Hitler.

Mais qu’en est-il de ce pays où nous avons été esclave: l’Egypte, מצריים (Mitzraim)? Le mot Mitzraim, se trouve sous des formes diverses dans plusieurs langues sémitiques mais pas en ancien égyptien*. Les linguistes pensent qu’il peut venir du mot צר (Tsar) étroit. Il est vrai que l’Egypte traditionnelle est une étroite bande de terre le long du Nil et le double pluriel du mot צר peut faire référence aux Deux Terres (la Basse et la Haute Egypte).
Mais traditionnellement, on nous enseigne qu’il vient du mot מצור (Matzor), siège, car nous étions assiégés, prisonniers, mais aussi d’une expression faisant référence à Pessa’h*: מ+צר+יים qui voudrait dire en provenance de notre grande détresse. Le mot צרה, tsara, signifiant détresse, est employé ici dans un pluriel double pour en indiquer l’intensité.
Bref, le mot מצריים,Egypte, lui-même ferait référence à notre sortie vers la liberté.
Tandis que je transcris tsar en lettres latines, je m’aperçois que tsar, c’est aussi le Tsar et même si il n’y a aucune parenté étymologique, me permettrais-je d’ajouter que pendant des siècles, les tsars de Russie nous ont cause des צרות (tsarot) à la pelle?
Il est vrai que le tsar actuel, Wladimir, vient de nous faire un cadeau: il a permis le retour du corps du sergent Zekharia Baumel, capturé lors de la bataille de Sultan Yaakoub* en 1982 contre la première division syrienne. Le corps a été rapatrié jusqu’à Moscou où lui ont été rendus des honneurs  officiels,

et transporté ensuite jusqu’au cimetière du Mont Herzl à Jerusalem:

(Yediot Aharonot)

Un geste généreux?
On le saura plus tard. On attend toujours les corps de ses compagnons Yehuda Katz et de Tsvi Feldman.


Dans une dernière lettre à ses parents, il écrivait: Ne soyez pas inquiets, tout va bien mais je ne rentrerai sans doute pas avant longtemps à la maison

A bientôt,

*Haggadah:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/21/et-vous-raconterez-a-vos-enfants-3/

* Le mot Egypte:
La Racine MS (TS) R qui a donné Mitzraim en hebreu se trouve dans la plupart des langues sémitiques y compris en arabe Misr. Mais les Égyptiens (d’avant l’islam) ne parlaient pas l’arabe et nommaient leur pays soit les deux terres, soit KeMeT c’est à dire le pays de la terre noire. Ce nom est resté en langue copte Kem ou Kemi.

* La bataille de Sultan Yaakoub a eu lieu pendant l’opération Paix en Galilée ou la première guerre du Liban (1982):
Après la guerre entre les organisations palestiniennes et le roi de Jordanie en 1970 dans ce qui fut Septembre Noir (https://en.wikipedia.org/wiki/Black_September), les organisations terroristes palestiniennes s’installeront dans le Sud du Liban et mèneront des attaques terroristes pendant 12 ans (entre autres à Maalot en 1974) dans le nord d’Israël.
https://www.europe-israel.org/2014/05/israel-il-y-a-40-ans-lattentat-de-maalot/
Ces mêmes organisations prennent également part à la guerre civile libanaise qui éclate en 1975. La Syrie, dont l’économie avait besoin d’un libre accès aux banques et à un port sur la méditerranée, envahit alors le Liban pour faire cesser les combats. Les forces syriennes agissent principalement contre les Palestiniens, considérés comme ceux qui menacent la stabilité du régime libanais, mais plus tard, pour consolider leur emprise sur le territoire libanais, elles se retourneront contre les chrétiens.
À l’été 1981, les tirs de roquettes sur Israël ont atteint leur point culminant: 10 230 roquettes et obus ont été tirés du Liban, qu’Israël ne réussit pas à arrêter même avec des bombardements. Les cessez-le-feu avec L »OLP ne tiennent pas. L’état-major planifie alors une action, dénommée Paix en Galilée. Cette première guerre du Liban se déroulera essentiellement entre Israël, la Syrie et les organisations palestiniennes sur le sol libanais du 6 juin au 29 septembre 1982.

Voici le témoignage de Brigitte Gabriel, chrétienne libanaise sur la situation des Chrétiens au Liban et sur l’intervention israélienne:
http://www1.alliancefr.com/actualites/contre-la-desinformation/temoignage-de-brigitte-gabriel-du-liban-501896

 

 

Pourim Samea’h פורים שמח

Si quelqu’un vous dit: ça s’est passé en Allemagne en 1929… Vous associez tout de suite à cette phrase des images de récession économique, d’émeutes, de batailles rangées entre des groupes armés de gauche comme de droite, et bien sur les nazis lorgnant sur le pouvoir et de là, vous voyez défiler la suite…
Mais imaginez-vous en 1929: Vous vivez peut-être dans une petite ville prospère* où la communauté juive se porte bien, et surtout vous n’avez aucune idée de la suite, et voilà que cette année-là, le gouvernement lui-même envoie le fleuron de la compagnie allemande du Graf Zeppelin en tournée promotionnelle depuis l’Allemagne au Moyen-Orient. Le Graf Zeppelin passera par l’Egypte certes, mais surtout  par la Palestine mandataire! Et avec à son bord, la fille du Comte Zeppelin lui-même et plusieurs officiels dont deux Juifs! Tout va bien pour vous, le ciel est bleu!
Le ciel ne s’assombrira qu’un an plus tard, lorsque les nazis, qui ne faisaient jusqu’alors que 2,6 % des voix, bondiront jusqu’à 18,3 %. Et encore-la, Hitler se voudra rassurant: «Un antisémitisme qui provoquerait des pogroms (…) n’a pas sa place dans notre programme politique», dit-il  à un journaliste du New York Times.*
Mais ça, vous ne le savez pas. Vous vivez en 1929…

Revenons au voyage promotionnel du Graf Zeppelin et à la joie qu’il procure:

(Les routes du voyage de 1929. L’étape en Egypte n’a pas eu lieu, tant les Anglais étaient inquiets du nationalisme égyptien)

En Palestine, tout le monde les attend dans l’effervescence: Préparez-vous pour le Zeppelin, titre le journal Doar Hayom.
Le Graf Zeppelin vole suffisamment bas pour que les foules puissent l’admirer et elles l’admirent! Il est le symbole de la modernité.
« Un grand enthousiasme s’est manifesté alors que les habitants regardaient en l’air l’énorme et imposant avion. Le Zeppelin était suffisamment bas pour permettre aux foules gaies et enthousiastes, dont la plupart portaient des costumes magnifiquement décorés, de lire clairement le nom du dirigeable », rapporte l’Agence télégraphique juive.
Les gens sont d’autant plus joyeux que c’est la fête de Pourim et tout Tel Aviv défile pour l’Adloyada*. Le zeppelin ne peut atterrir mais le représentant de la compagnie, le Dr Hugo Eckener* envoie un message officiel en allemand et en hébreu au maire de Tel Aviv, Meir Dizengoff :


« Nous sommes désolés de ne pouvoir atterrir »,, qui a été affiché dans la ville côtière en hébreu et en allemand. « Je vous souhaite un bon Pourim, Eckener. »
Dans le Zeppelin,  les passagers, entraînés par deux d’entre eux, Wolfgang Von Weisl et Herman Badt, vident  quelques bouteilles de vin Carmel Mizrahi  tout en lançant 15 kg de confettis sur le défilé de l’Adloyada*.  Puis, Von Weisl et Badt sortent alors le livre d’Esther et lisent la Meguila* comme il se doit le jour de Pourim.

Qui sont donc les deux lecteurs de la Meguila?
Le premier, Herman (Avraham Yitshak Tzvi) Badt (1887-1946) est un Juif pratiquant originaire de Wroclaw, juriste de formation et député du land de Prusse.

Il est aussi membre du Grand Conseil des Institutions juives de Prusse et du Comité pro-Palestinien (ce qui voulait dire sioniste à l’époque!). Au retour de son voyage en Zeppelin, il sera traduit en justice, convoqué devant la Diète du Land de Prusse, dénoncé par les Nazis comme un « profiteur » alors que c’est Eckener  lui-même qui l’a invité officiellement en tant que membre du gouvernement. Il ne sera pas condamné, les Nazis n’ont pas encore pris le pouvoir et le système judiciaire fonctionne encore normalement*.
En 1933, il quittera l’Allemagne pour la Palestine et participera au plan d’aide à l’immigration des Juifs par le biais de transfert de marchandises*. Il est mort à Tel Aviv en 1946.

Quant au second, Wolfgang (Benjamin Zeev) Von Weisl (1896-1974), c’est un des fondateurs du mouvement révisionniste*.

A la fois écrivain, journaliste et médecin, c’est un Juif autrichien dont le père a été anobli par l’empereur François-Joseph. Il est un sioniste convaincu depuis l’enfance. A l’âge de 11 ans, il publie dans un journal viennois son premier article politique où il appelle à l’alyia des Juifs yéménites .  En 1914, alors qu’il est officier d’artillerie dans l’armée austro-hongroise et reçoit la médaille de la Croix de fer, il distribue les couleurs nationales juives, bleues et blanches, aux officiers juifs et crée un Corps de Défense  Juif. Son travail avec le Fond National Juif, le met en contact avec Jabotinsky* à qui il propose de créer la nouvelle armée juive. Devenu médecin en 1922, il immigre en Palestine mais se lance alors dans une autre carrière, celle de journaliste. Il représente la célèbre maison d’édition Ullstein et parcoure le Moyen-Orient, rencontrant la plupart des dirigeants arabes*.
Il se battra toute sa vie pour que les Juifs immigrent en Israel, survivra à un attentat au poignard pendant les émeutes de 1929, sera arrêté par les Anglais et emprisonné à Latrun en 1946. Il écrira alors au Haut-Commissaire britannique: « … J’ai l’honneur de vous informer que je jeunerai pendant ces 28 jours. Je suis bien conscient du fait que ni mon jeûne ni celui de qui que ce soit d’autre n’influenceront l’attitude ou les décisions des hommes qui règnent aujourd’hui sur la Palestine et qui, apparemment, considèrent qu’il est de leur devoir d’empêcher par tous les moyens le retour d’Israël dans son foyer.
Il mourra à Guedera en 1974.
Pour la petite histoire, longtemps plus tard, quand l’ambassadeur d’Autriche en Israël lui demandera pourquoi il n’était pas retourné dans la « Vienne bien-aimée » après la guerre, Weisl lui répondit:
« Quand j’étais étudiant en médecine à Vienne, le lisais  « Les Juifs dehors! » sur les murs et les portes des toilettes. Et j’ai toujours pris au sérieux la littérature des toilettes. »

Mais revenons encore une fois au Graf Zeppelin, ce jour de Pourim 1929. Ayant dépassé Tel Aviv, il survolera alors Jerusalem, là aussi accueilli avec enthousiasme. 

Il plongera dans la Mer Morte, comme l’écrira un journal de l’époque.

Chez nous, à Jerusalem, nous fêterons le שושן פורים (Shoushan Pourim), le Pourim de Shoushan*. Comme tous les ans nous lirons la Meguila et nous nous réjouirons de notre délivrance et de la chute d’Haman, descendant d’Amalek et de tous ceux qui l’ont suivi!

La rose de Jacob exulta de joie lorsque tous virent Mordekhaï revêtu de bleu royal.
Tu fus toujours leur salut et leur espoir en chaque génération,  ceux qui espèrent en Toi ne seront pas livrés à la honte, et que ceux qui ont confiance en Toi ne seront jamais déshonorés.
Maudit soit Haman qui a projeté de me détruire ; béni soit Morde‘haï le Juif ; maudite soit Zerech, (l’épouse de Haman) qui m’a terrifié ; bénie soit Esther qui a intercédé en ma faveur ; maudits soient tous les méchants  et bénis soient tous les justes!

Bonne fête de Pourim פורים שמח

Malheureusement, comme souvent ici, la tristesse et la colère se mêlent à la joie. Nous festoierons cette année en pensant à ceux qui n’auront pas vu la chute d’Amalek: le rav A’hiad Ettinger et le sergent Gal Keidan, tués cette semaine dans un attentat à Ariel.
La famille du rav Ettinger, décédé à la suite de ses blessures à l’hôpital, a pu sauver plusieurs personnes en acceptant de donner ses organes à la médecine.
Gal Keidan avait 19 ans. Le voici en répétition il y a quelques mois au conservatoire de Beer Sheva:

 

A bientôt,

Le L7-27 Graf Zeppelin:
https://en.wikipedia.org/wiki/LZ_127_Graf_Zeppelin

* Simon Epstein: 1930, une année dans l’histoire du peuple juif
https://www3.yggtorrent.so/torrent/ebook/livres/240430-epstein+simon+-+1930+une+annee+dans+lhistoire+du+peuple+juif+pdf

* Défilé de l’Adloyada:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/02/22/adloyada/

* Meguila d’Esther: le livre d’Esther qu’on lit le jour de Pourim

* Mouvement révisionniste
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/:

* En 1925, avec Yaakov et Abraham Weinschel, Rozof et plusieurs autres, Weisl fonda le parti révisionniste en Eretz Israel. Il aurait pu faire une grande différence dans ce qui allait devenir le conflit israélo-palestinien: il a offert à Feisal, roi d’Irak, un transfert des Arabes palestiniens pour cultiver ses vastes terres non peuplées, a reçu la bénédiction du roi mais a rencontré les objections britanniques. En Egypte, il se lie d’amitié avec Zaglul Pasha, qui espérait que les sionistes s’assoiraient sur la rive orientale du canal de Suez, comprenant ce que les Britanniques refusaient de comprendre… Le Sinaï n’appartenait pas à l’Égypte à l’époque.

* Le Dr Hugo Eckener (1868-1954) dirigeait la compagnie et commanda le zeppelin dans la plupart de ses vols-records. Mais anti-nazis, il fut mis a la retraite anticipée pendant le Troisième Reich

* Shoushan Pourim: Pourim tombe le 14 du mois d’Adar. Dans certaines villes fortifiées comme Jérusalem, « Shoushan Pourim » est célébré le lendemain, le 15 Adar.