Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse

Il y a quelques temps, j’avais écrit un article sur les nazis en Palestine* mais il me semble important de revenir sur la diffusion du nazisme dans le monde musulman.
Dans les années 30, le nazisme se présente comme un champion de l’anti-impérialisme laïc, en particulier contre la Grande-Bretagne*, mais dans le même temps, il adapte des thèmes de propagande générale visant le public européen aux traditions religieuses de l’islam et aux réalités politiques régionales et locales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Tout cela, grâce un travail très élaboré entre responsables de la propagande du Reich et des exilés arabes pro-nazis séjournant a Berlin: des émissions de radio et des articles imprimés distribués par millions ciblent les populations musulmanes.
L
a propagande en langue arabe de l’Allemagne nazie a franchi les barrières apparemment insurmontables créées par sa propre idéologie de supériorité raciale aryenne. La soi-disant race aryenne est en fait à géométrie variable: censée être celle d’un peuple mythique indo-européen et vécue en Europe comme étant celle des populations nord-européennes, elle englobe, en fait selon les besoins, des groupes humains très différents dans la mesure où ceux-ci désirent aussi éliminer les Juifs*.
Dans les faits, les émeutes antisémites qui se développent au Moyen Orient sont financées par le gouvernement allemand.
Dans un télégramme envoyé à Berlin le 3 mars 1933, le consul d’Allemagne à Jerusalem écrit:
Le Mufti m’a expliqué aujourd’hui longuement que les musulmans de Palestine  et d’Irak accueillent favorablement le nouveau régime en Allemagne et espèrent la propagation de formes fascistes et anti-démocratiques de gouvernement dans d’autres pays. L’influence économique et politique juive actuelle est nuisible partout et doit être combattue. Afin de pouvoir atteindre le niveau de vie des Juifs, les musulmans espèrent que l’Allemagne déclarera un boycott [des biens «juifs»], qui sera accueilli avec enthousiasme dans tout le monde musulman.
Et de fait, depuis la fin des années 20, les Juifs de Palestine vivent au rythme des pogroms de plus en plus violents*. Mais, en juin 1942, la situation s’aggrave et les Juifs se trouvent confrontés à une grave menace existentielle.
De quoi s’agit-il?
Au nord, les blindés allemands ont pénétré la profondeur du front russe, ouvrant la voie à une invasion à travers les états du Caucase. Au sud, les forces du mythique renard du désert, Erwin Rommel, ont capturé la forteresse de Tobrouk stratégiquement importante et ont écrasé la défense britannique à la frontière égyptienne.
En fait, pour les Juifs, si Rommel envahit le Moyen-Orient, ils seront anéantis à la fois par les Einzatzgruppen, déjà basés à Athènes sous le commandement de Walter Rauff en attendant l’ordre de se déployer en Palestine, et par un déferlement arabe, allié de ces mêmes nazis.
Et si les Russes  perdent le Caucase, les Allemands envahiront la Palestine mandataire par le nord, retrouvant ainsi leurs alliés arabes.
Les deux options sont également catastrophiques: la population juive du Yishouv sera anéantie.
Que peuvent-ils faire? Comme toujours, certains espèrent que des liens familiaux et des visas achetés à prix d’or leur permettront de fuir, d’autres vendent leur maison aux voisins arabes pour les amadouer et rester en vie, d’autres prennent contact avec des monastères pour y cacher leurs enfants, certains prient d’autres non, certains demandent aux Anglais de les prendre avec eux dans leur retraite, d’autres veulent se battre jusqu’au bout…
L’Irgoun propose de se barricader dans la vieille ville de Jérusalem et d’y mener la bataille finale. La vieille ville a été choisie dans l’espoir que les nazis hésiteraient à bombarder les lieux saints du christianisme et de l’islam et permettront ainsi aux combattants juifs de se battre plus longtemps: on a trouvé des restes de ces préparatifs en 2010, lors de la rénovation d’une ancienne synagogue à Jérusalem: une cache de l’Irgoun contenant des armes stockées en vue de cette dernière bataille…
Ben Gourion veut évacuer les non-combattants, mais où? Deux dirigeants du Palma’h, Jonathan Ratner et Yits’hak Sadeh pensent que les monts du Carmel seront parfais pour une guerre de harcèlement, d’autant que les troupes de Rommel sont des unités de tanks. Selon leur plan, il faut concentrer la population juive (environ 600 000 personnes!) dans la large vallée de Yizreel,  protégée par les contreforts du Mont Carmel.

(sentiers de randonnée dans les monts du Carmel)

Des unités de guérilla seront formées avec tous ceux qui peuvent combattre. Les combattants juifs sortiront régulièrement des nombreuses grottes des monts du Carmel,

de bunkers,

et de tranchées construites par l’armée britannique


pour harceler et retarder la progression de l’armée allemande… Jusqu’à quand? Et qui viendra alors à leur aide?
Moshe Shertok s’adresse ainsi au général britannique Claude Okilinek:
Il ne fait aucun doute que si les nazis occupent la terre d’Israël, tous les Juifs de cette terre seront assassinés. L’extermination des juifs est un élément fondamental de la doctrine nazie. Les rapports de presse, récemment publiés indiquent que cette politique est brutalement mise en œuvre sans le dire. Des centaines de milliers de Juifs ont péri en Pologne, dans les Balkans, en Roumanie et dans les provinces où les Allemands ont envahi l’Union soviétique, à la suite d’exécutions massives, de déportations forcées et de la propagation de la famine et de la maladie dans les ghettos et les camps de concentration. Dans le cas d’une invasion nazie, nous savons que nous serons anéantis…

Il est clair que pour les responsables de ce projet, il ne s’agit plus de survivre mais de causer le plus de dommages à l’armée allemande. Le nom même du projet Massada sur le Carmel indique qu’ils sont sans illusion sur l’issue d’une telle bataille.

Mais, le  premier juillet 1942, le général britannique Montgomery réussit à stopper l’avance de Rommel qui avait déjà pénétré de 200 kilomètres en Egypte, et le 3 novembre, les troupes britanniques vainquent enfin Rommel lors de la bataille l’El Alamein… Les Soviétiques tiennent le coup dans le Caucase et repoussent les troupes allemandes. La population du Yishouv ne sera pas anéantie…

Aujourd’hui, on visite les fortifications du Carmel, établies par les Anglais et les Juifs en vue de résister aux Allemands…
Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse, est un aussi un épisode de la résistance juive face au nazisme

Aussi, j’ai raconté cette histoire à ma petite-fille Naama hier, jour du 10 Tevet, où nous commémorions le début du siège de Jerusalem par les troupes romaines mais où nous avons aussi récité le Kaddish pour tous les nôtres, exterminés sans qu’on sache ni quand ni où.

A bientôt,

* Les nazis en Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

*A propos des pogroms des années 30, lisez cet article de Klod Frydman:
C’était la pleine période de la « grande révolte arabe de 1936 à 1939 » fomentée par le Grand Mufti de Jérusalem nommé par les Anglais, Amine el Husseini et son groupe paramilitaire al Futuwwah appelés officiellement « les scouts nazis ». Ils semaient la terreur, assassinant et torturant les soldats anglais, les civils juifs et les démocrates arabes.
Pourquoi ne serais-je pas moi aussi un réfugié palestinien ?

* Ceux qui veulent se débarrasser des Anglais et ne rechignent pas à s’allier aux nazis comme  l’Indien, Subhas Chandra Bose, qui ira à Berlin faire allégeance à Hitler. Heureusement, Hitler le trouvera peu fiable, trop agite et inefficace.
Ceci dit, cette alliance brun-vert n’est que conjoncturelle. Comme l’avait dit Speer: « Hitler a déclaré que les Arabes sont des conquérants, mais en raison de leur infériorité raciale, ils ne pourront pas faire face a long terme 

*Un importante étude d’un historien allemand Klaus Gensicke sur les liens tres etroits entre le Mufti et le nazisme: Der Mufti von Jerusalem und die NationalsozialistenWissenschaftliche Buchgesellschaft.:
Citant des documents des procès de Nuremberg, Gensicke note également qu’au milieu de 1942, des membres des entourages respectifs de Husseini et de Gailani ont visité le camp de concentration de Sachsenhausen à Oranienburg, près de Berlin… Les détenus juifs de Sachsenhausen étaient censés avoir «particulièrement intéressé» les visiteurs, qui sont repartis de leur visite avec «une impression très positive». Gensicke, 206, note 55.

Bonne fête de Soukot חג סוכות שמח

 

C’est fait! Les soukot sont construites et décorées!
Depuis déjà quelques jours, nous y accueillons familles et amis. Nous y mangeons, nous y étudions, et certains même y dorment, pour obéir à ce qui nous est prescrit dans le Thora:

Vous demeurerez dans des cabanes durant sept jours; tout indigène en Israël demeurera dans une cabane, afin que vos générations sachent que j’ai donné des cabanes pour demeure aux enfants d’Israël, quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte, moi, l’Éternel, votre Dieu! »
בַּסֻּכֹּת תֵּשְׁבוּ, שִׁבְעַת יָמִים; כָּל-הָאֶזְרָח, בְּיִשְׂרָאֵל, יֵשְׁבוּ, בַּסֻּכֹּת.מגלְמַעַן, יֵדְעוּ דֹרֹתֵיכֶם, כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, בְּהוֹצִיאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם: אֲנִי, יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם.
(Vayiqra-Lévitique, 2-42,43)…

(Souka du quartier Yemin Moshe, photo Yeoshua Halevy, Israel 21c)


Mais ce n’est pas tout!
Une des coutumes de Soukot, basée sur le texte mystique dit du Zohar, et devenue populaire au Moyen-Age, consiste à convier des invités « invisibles » de même que des invités « visibles ». On les appelle les Ushpizin. C’est normal, il s’agit de nos ancêtres les plus marquants, ils doivent se tenir avec nous dans la souka qui est le symbole de la Maison d’Israel.
Avraham, Yts’hak, Jacob, Joseph, Moïse, Aaron et David sont ainsi conviés. Une tradition plus moderne nous invite à ne pas oublier nos Ushpizot: Sarah, Myriam, Deborah, ‘Hulda, ‘Hanna, Avigail,et Esther.

Les kabbalistes enseignent que chacun de ces invités correspond à l’un des attributs d’une des sephirot: ainsi, le premier jour, nous convions Avraham, symbole du חסד (‘Hessed,) bonté, ensuite Yits’hak, symbole de la גבורה (Guevoura), puis Yaakov, symbole de la תיפארת (Tiferet), Splendeur, et Yossef, qui symbolise de יסוד (Yesod), la fondation. Ensuite Moshe, symbole du נצח (Netza’h), l’éternité puis son frère Aaron, symbole du הוד (Hod,) la gloire et enfin David, symbole de la מלכות (Malkhout), la souveraineté


Quant à nos oushpizot, elles ont été choisies en tant que 7 prophétesses, désignées ainsi par la guemara*:
Sarah symbolise l’endurance et la capacité à protéger, Myriam c’est la vivacité et abondance, Deborah le leadership et courage, ‘Hanna la foi et volonté, Avigail l’ingéniosité et compassion, ‘Hulda les pouvoirs prophétiques et Esther le sacrifice et courage.

 

Ce mot Ushpizin (les invités) ne s’emploie pas pour désigner nos invites « visibles ». Mais d’ou vient-il?
Il semble avoir beaucoup voyagé. Il vient du perse aspanj (un lieu d’hébergement), devenu en araméen, ushpiza (une auberge). Dans l’hébreu de l’époque de la Mishna, soit au début de l’ère chrétienne, un ushpiz est un hôte (dans les deux sens du terme). Ce mot franchira la mer pour la Grèce où il donnera le mot hospes, puis passant par le latin et enfin en français. il deviendra hospitalité, hôpital…
Si actuellement en hébreu le mot hôpital se dit בית חולים (beit ‘holim) la maison des malades, ces mêmes malades y sont מאושפזים (meoushpazim), hospitalisés.
Et vous connaissez certainement le film Oushpizin qui nous narre comment un  couple stérile,  très croyant et très pauvre, achète un etrog hors de prix, persuadé qu’il leur portera chance et espère recevoir les oushpizin dans sa souka. En fait d’oushpizin, ce seront de sympathiques voyous qui utiliseront l’etrog pour préparer une succulente salade et pourtant, le bonheur sera finalement au rendez-vous!

Il est dit que les 70 nations viendront à Jerusalem pour participer aux fêtes de soukot*: en attendant ce jour, ce chauffeur de bus arabe a décoré son bus pour réjouir ses passagers juifs. Lui aussi fait partie des hirondelles  que je mentionnais dans un précédent article*.

 

חג סוכות שמח

A bientôt,

*etrog: un cédrat

*Les hirondelles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/27/deux-ou-trois-hirondelles/

*Les ushpizot: certains rajoutent des femmes de notre temps comme  »Hanna Szenesh comme symbole du courage

*Les 70 nations et soukot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/01/une-souka-des-soukot/

 

 

 

Soyez inscrits dans le livre de la vie גמר חתימה טובה

Si vous demandez à quelqu’un de vous expliquer ce qu’est Yom Kippour, il vous dira généralement qu’il s’agit de « faire techouva » ou en meilleur français de se repentir.
A partir de la, chacun se repent (ou pas) selon ses convictions: pour certains, il s’agit de devenir plus pratiquants, d’observer toutes les mitsvot, d’autres font leur חשבון נפש (‘heshbon nefesh), examen de conscience uniquement moral,  essayent de comprendre ce qui est brisé et ce qui est intact en eux-mêmes afin d’améliorer la situation, mais peu de Juifs pensent que la racine du mot תשובה (teshouva) est ש ו ב (Sh Vav Beit), revenir, concrètement revenir.
Il y a déjà deux siècle, un des penseurs du sionisme malheureusement mal connu, le rabbin Yehuda Alkalay* évoquait cette idée de retour.
Voici ce qu’il écrivait: la racine shouv a deux significations, la première est d’ordre privé, c’est le ‘heshbon nefesh, retour sur soi, bon pour toute personne, juive ou non. Mais la deuxième, trop souvent oubliée et générale est le retour שוב (shouv) en Eretz Israel.
Pour lui,  Israel a toujours été au centre de l’histoire du peuple juif, y compris lorsque nous n’y étions que quelques milliers*. En cela, il reprend cette idée des sages du Talmud pour qui l’observance des  mitsvot en galout (exil) n’a qu’une valeur d’exercice pour que nous ne les oublions pas jusqu’au jour du retour.
Environ 60 ans avant le premier congrès juif à Bâle, le rav Yehuda Alkalay pensait déjà que nos jours en galout étaient épuisés et qu’il était temps de revenir.
Pour les 70 ans d’Israel, Idan Raichel a composé cette chanson devenu très populaire: Une tribu de frères et sœurs.



70 ans, je roule en voiture et  regarde ce qui fut et ce qui sera. Comme mon âme est encore émue!
De Massada à l’aube, de Jerusalem en Seli’hot*, des plages du Kinneret, depuis Akhziv, et les fêtes de Tel Aviv

Mon père a rêvé et prié pour vivre en Israel, aujourd’hui mon enfant me demande: Quelle est l’histoire d’Israel?
Ici est notre maison, notre cœur, je n’abandonne pas nos ancêtres, nos racines, dont nous sommes les fleurs multicolores
Une tribu de frères et sœurs

Un même quartier, une même rue, les treize enfants* de Yaakov, recueillent ensemble les errances d’un sac de nostalgie
L’homme est le paysage de sa patrie, grave les lignes des paumes de ses mains, entre les prières et les vœux, les parfums des agrumes dans les vergers
Dans les yeux de ma mère, je trouverai toujours ma place, sur ma guitare, je jouerai une ancienne mélodie
Depuis le début, tout est cousu, toutes les pièces de l’histoire sont reliées par le fil d’or du poète
Je suis d’ci, je fais corps  et tout ami est pour moi un frère, les battements de mon cœur, je suis Orient et Occident
Ici est notre maison, notre cœur, je n’abandonne pas nos ancêtres, nos racines, dont nous sommes les fleurs multicolores
Une tribu de frères et sœurs

J’espère que cette année, verra le retour des 4 captifs du ‘Hamas: Hadar Goldin et Oron Shaoul, tués pendant Tzuk Eytan et dont les corps n’ont jamais été rendus à leur famille, et Avera Mengistu et   Hisham al-Sayed, dont on espère qu’ils sont encore vivants,

 

 

Je vous souhaite d’être inscrits dans le Livre de la Vie
גמר חתימה טובה

 

A bientôt,

*Rav Alkalay:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Yehouda_Hay_Alkalay

*Il y a toujours eu des Juifs en Israel: voir tous mes articles intitulés: Les générations oubliées

*Les seli’hot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/

*Les treize enfants de Yaakov: pourquoi oublions-nous toujours Dina?

* Les captifs du ‘Hamas:
https://www.hrw.org/fr/news/2017/05/03/deux-israeliens-detenus-au-secret-gaza

 

Shana Tova שנה טובה

 

Cette nouvelle année 5780, nous espérons qu’elle nous sera douce mais nous savons que certainement nous aurons des hauts et des bas, des jours ensoleillés et d’autres tristes et gris, et comme l’écrivait le compositeur Yoram Taharlev:

Certains jours ne sont pas calmes et je n’y trouve aucun réconfort, obligé de toucher terre, pourtant sur ce même chemin, j’enjambe des fleurs de crocus, je suis si différent et fleurit à la veille des pluies.
J’élèverai juste une prière: mon Dieu, que le soleil me caresse, et montre moi encore le chemin, sois avec moi dans ce voyage…

ישנם ימים ללא מרגוע
בהם לא אמצא לי נחמה
ומוכרח אני לנגוע
בעשבים, באדמה
לפסוע באותה הדרך
בתוך פריחת הכרכומים
ולהיות כל כך אחר
ולפרוח ערב הגשמים

רק תפילה אשא
הוי אלי, אלי
שהשמש תעבור עלי
ותראה לי שוב את משעולי
הוי אלי, אלי
רק תפילה אשא
כשהשמש תעבור עלי
ותיקח אותי אל המסע
תפילה אשא.

Aussi en cette veille de Rosh Hashana, je vous souhaite de réaliser vos rêves, qu’ils fleurissent quelque soit le temps…

 

 

 

De  Metulla au nord de la Galilée, d’Eilat sur la mer Rouge, de la vallée du Jourdain aux plages méditerranéennes, de Jerusalem à Tel Aviv, tout Israel vous souhaite une bonne année

 

שנה טובה ומתוקה
שנת אושר בריאות ושלווה

 

A bientôt,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un nouveau mois d’Eloul

 

Nous sommes revenus au mois d’Eloul.
L’aube est fraîche, elle sent le romarin et les plants d’anis lorsque je prends la route presque encore vide pour aller à la piscine. Une lumière rosée se profile à l’est du côté du Herodion et du désert de Yehuda…


La piscine est pleine … de grands mères comme moi*. N’allez pas croire qu’elles bavardent ou cancanent, non elles tracent leur sillon dans l’eau comme des pros. J’en salue quelques unes.  Si l’une de nous manque à l’appel, nous nous inquiétons et dès qu’elle revient nous l’interpellons: הכל בסדר (ha kol beseder) tout va bien?

Une heure plus tard, ma fille m’appelle, elle va au travail et moi au supermarché.
Nous sommes toutes les deux dans nos bouchons respectifs. Nous pestons contre les conducteurs imprudents et impudents. Je l’entends soudain qui éclate de rire: Dire que je ronchonne alors que je longe les murailles de Jerusalem!

Je continue ma route. Aux infos, comme toujours disputes et accusations contre untel ou untel. Bon, ça veut dire que rien de grave n’a eu lieu pendant la nuit…
La foret de Ein Yael sur ma gauche, je monte en direction du carrefour d’Ora.


Le supermarché donne sur la vallée d’Ein Lavan*.

 

 

Quelle beauté! Dire que j’ai pensé uniquement à mes courses au lieu d’en profiter…
Je respire l’air frais presque humide. La radio annonce un possible טיפטוף (tiftouf), une petite pluie intermittente.
Les étalages se couvrent de pots de miel et boites de dattes en promotion. Dans moins d’un mois c’est Rosh Hashana.
Dikla la boulangère soupire en écoutant le bruit des avions dans le ciel: D’où reviennent-t-ils? Elle est inquiète, son fils aîné est stationné dans le Nord. Je lui rappelle La guerre de 2 heures (comme l’a si bien titré la Metula News Agency) ou comment, après avoir ouvert le feu sur une position israélienne à 16h15 dimanche, à 18h30, le Hezbollah implorait trois intermédiaires d’arracher un cessez-le-feu à Israël.

 

                                                                                                                                     


  כל הכוב לצהל  (Kol hakavod leTsahal)  Bravo à notre armée!

Pourquoi les Iraniens nous haïssent-ils? Nous n’avons pas de conflit économique, pas de frontières communes, pas non plus l’intention de les envahir. Solidarité envers des Arabes qu’ils méprisent? L’Islam, tout simplement?
Je  m’interroge mais le ciel est d’un bleu si doux ce matin…
Je suis  arrêtée aux passages piéton par les משמרות זה’ב (mishmarot zahav), qui ne sont pas des gardes d’or,  mais des tours de garde  aux abords des écoles, effectués par les élèves:

Je me souviens de cette chanson de Naomi Shemer qui décrit si bien ce que nous sommes:

De ma fenêtre je vois une rue comme un fleuve superbe,  et des gens allant à leur labeur journalier… Des petits enfants, leur cartables sur leurs dos, des branches de myrte fleurissent…
Soudain je vois clair et je me dis: Non, non, non, vous ne me vaincrez pas, on ne me vainc pas si rapidement.
De ma fenêtre je vois un avion qui décolle, un avion plane et se cache dans les nuages  lointains. J’entends une machine, sa musique précise se déroule dans les rues et les marchés…
Soudain je vois clair et je me dis: Non, non, non vous ne me vaincrez pas, on ne me vainc pas si rapidement.

De ma fenêtre je vois printemps et automne, jour de pluie ou de sharav*, lumière et obscurité, un soliste et une chorale.
Tout se mélange, se mixe , chant de lamentation, chant d’exultation…  Et quelques fois c’est un brouhaha énorme!
Soudain je vois clair et je me dis: Non, non, non, vous ne me vaincrez pas, on ne me vainc pas si rapidement.

A bientôt,

*J’exagère. Il y a aussi  quelques courageux grands-pères

*Le Herodion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/01/23/le-chemin-des-patriarches-4-le-goush-etzion/

*Ein Lavan:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/01/guivat-massoua/

*Sharav:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/11/sharav-ou-hamsin-quelle-poussiere/

 

 

Tisha BeAv תשעה באב

תשעה באב – Tisha BeAv*:
La destruction du Temple, une première fois et une deuxième fois, la destruction de la ville et le massacre de sa population par Godefroy de Bouillon et ses croisés et bien d’autres catastrophes encore…

Comme tous les ans, nous jeûnerons en souvenir des nos malheurs anciens , nous ferons notre examen de conscience, persuadés que c’est à cause de nos manques et en particulier de notre désunion que ces catastrophes se sont produites.
Mais avez-vous entendu un seul juif beugler sa haine contre les peuples qui nous ont maltraités (et c’est un euphémisme). Comme disait ma mère: il faudrait haïr trop de monde!
Je relie quelques phrases postées sur la page facebook de Nations pour Israel:
Question classique d’un antisémite : « Si un jour il m arrivait d’être victime de la colonisation j’essayerais de ne pas être haineux , mais j’avoue que j’aurais du mal , pas vous ? »
Et l’excellente réponse de Pug:
Non, regardez les Israéliens… Leur Judée ancestrale a été colonisée par des arabes d’Egypte, de Jordanie, de Syrie, d’Arabie et du Liban et ils le vivent très bien. 1,5 million d’Israéliens sont des arabes. Leur Judée ancestrale est aussi colonisée par beaucoup de missions étrangères qui conservent des trésors de l’archéologie et de l’histoire juive et ça se passerait bien si ces pays, comme la France, ne les interdisaient pas d’accès à ces sites. Leur pays est colonisé par une religion musulmane qui n’a pas d’attache en Israël mais occupe le lieu le plus saint du Judaïsme. Leur capitale est colonisée par une religion chrétienne qui s’est largement compromise dans l’antisémitisme pendant 20 siècles. Et leur plus grande ville portuaire (Haifa) est même le sanctuaire de la religion Bahaï*. Et tout ça, les Israéliens le vivent très bien et en sont fiers. »
Ah, heureusement que nous avons des amis sûrs, tels que ces Goys là!

Pour moi, Tisha BeAv est un rappel de l’horreur dans lequel on ne doit pas s’engluer, rien de comparable aux jours mémoriels de la Shoah que je vivais en France et  dont je sortais avec une sensation d’inachevé, un gout amer dans la bouche.

Tisha BeAv me renvoie à la racine du verbe ישב (YaSHAV= être assis ou s’asseoir) sans doute tout d’abord parce ce jour-là, nous prions traditionnellement assis par terre comme des endeuillés pendant la shiva.

Ensuite parce que lorsque  nous nous lamentons sur Jerusalem détruite et dépeuplée, nous l’appelons la ville assise solitaire, יָשְׁבָה‭ ‬בָדָד (Yashva Badad): Elle est assise et sans force, car elle a été témoin, impuissante de la destruction du Temple et de son peuple…
אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם–הָיְתָה
Comme elle est assise solitaire, la cité naguère si peuplée…(Eikha, Les Lamentations* 1,1)


(Détail de la colonne trajane à Rome: les soldats romains lors du siège de Jerusalem)

Mais la racine de ce verbe a de nombreuses autres significations, elle apparaît 800 fois dans le Tanakh. C’est dire combien elle est importante.

Par exemple, lorsqu’Avraham attend ses visiteurs, assis à l’entrée de sa tente…:
L’Eternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, étant assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה, בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא; וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל, כְּחֹם הַיּוֹם
Le verbe assis traduit selon les commentateurs une attitude dynamique: Avraham se prépare à accueillir comme il se doit tous ceux qui se présenteront. Et c’est ce qui se passera avec les trois envoyés qui lui annonceront sa future paternité.

A l’opposé, il peut au contraire avoir une connotation négative:
Avraham monte seul avec son fils Yits’hak au mont Moriah. Il laisse ses serviteurs assis avec l’âne: שְׁבוּ‭ ‬לָכֶם‭ ‬פֹּה‭ ‬עִם‭ ‬הַחֲמר (shevu lakhem po im ha-hamor), restez assis pour vous avec l’âne.
Les serviteurs, pourtant dévoués, ne prennent pas part à l’expérience, réservée à Avraham et à son fils Yits’hak, ils ne peuvent qu’adopter une attitude passive et ne pourront pas participer à l’épreuve d’Avraham.

Dans le texte du livre des Juges, on nous dit que Dvora était assise sous son palmier:
Or Dvora (Debora), une prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque.  Elle siégeait au pied du « Palmier de Dvora », entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Ephraïm; et c’est à elle que les enfants d’Israel s’adressaient pour obtenir justice:
וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה, אֵשֶׁת לַפִּידוֹת–הִיא שֹׁפְטָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, בָּעֵת הַהִיא. וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תַּחַת-תֹּמֶר דְּבוֹרָה,בֵּין הָרָמָה וּבֵין בֵּית-אֵל–בְּהַר אֶפְרָיִם; וַיַּעֲלוּ אֵלֶיהָ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לַמִּשְׁפָּט
On l’imagine bien, traitant des affaires de l’état à l’ombre d’un palmier mais Rachi ne se contente pas de cette image. Pour lui, elle étudiait le texte de la Thora pour donner une assise solide à ses jugements.

La racine ישב (YSHV) peut signifier aussi prendre le temps de réfléchir:
Un de mes amis dont la langue maternelle était l’hébreu, utilisait toujours le verbe s’asseoir pour dire réfléchir. Viens asseyons-nous, me disait-il.
D’un indécis, on dit qu’il est assis sur la barrière ישֵׁב‭ ‬עַל‭ ‬הַגָּדֵר . C’est aussi le titre d’une chanson composée par Arik Einstein.
L’indécis est souvent un angoissé qui ne sait pas où asseoir ses pensées, sinon sur une barrière, sans grand équilibre, au contraire de celui qui possède un bon ישוב דעת (yishuv daat), la tranquillité d’esprit. Un état de stabilité mentale et émotionnelle permet en effet de maintenir son équilibre et d’avoir une vision claire des moments présents, en particulier dans des situations difficiles.*

Cette même racine peut signifier aussi être enraciné, habiter durablement, sédentairement:
Ici, dans notre pays et je m’adresse en particulier à nos faux-amis, à nos vrais ennemis, nous nous sommes « assis » pour y rester. יושבים (yoshevim)!
Nous habitons un pays assis ארץ נושבת (Eretz Noshevet) et non pas un camp de transit. Ce n’est pas du temporaire.
Elle indique en même temps l’adhésion à un groupe. Comme le disait le roi David:
Je ne prends point place avec des gens faux, je ne fraye point avec des hypocrites.
לֹא-יָשַׁבְתִּי, עִם-מְתֵי-שָׁוְא; וְעִם נַעֲלָמִים, לֹא אָבוֹא (Psaume-Tehilim 26,4)
De nos jours,  les soldats du Palmach ont utilisé un autre psaume alors qu’ils étaient assis autour du feu de camp en chantant:
«Ah! qu’il est bon, qu’il est doux à des frères d’être assis ensemble
הִנֵּה מַה-טּוֹב, וּמַה-נָּעִים– שֶׁבֶת אַחִים גַּם-יָחַד (Psaume 133,1)


Enfin, la racine nous parle de discussions, donc d’échanges*. Le mot יְשִׁיבָה (yeshivah) fait allusion à la position assise, à une réunion de travail ou politique ou à une école talmudique par exemple.

Depuis hier, une famille est assise en shiva pour la mort de leur fils. Dvir Sorek, 19 ans, a été assassiné ce mercredi alors qu’il arrivait à la porte du kibboutz Migdal Oz où il étudiait. Il s’est défendu comme il a pu, mais il n’était pas armé. Ses seules armes étaient les livres qu’ils venait d’acheter pour remercier ses enseignants de la yeshiva.

A l’enterrement, son père a parlé de la lumière qu’il voyait dans les yeux de son fils. Il n’y a aucune lumière dans les yeux des terroristes, seulement la haine et l’envie de meurtre. Ses assassins sont toujours recherchés. J’espère qu’ils résisteront à leur arrestation et qu’ainsi l’armée les éliminera*.

A bientôt,

* אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם- Comme elle est assise solitaire la ville si peuplee (Eikha chap 1, verset 1): Le premier mot Eikha ne veut pas dire lamentation mais comment ou combien. Il est curieux que les traductions aient préféré le mot lamentation. Il est vrai que notre mur de l’ouest, le kotel hamaaravi, est traduit par Mur des lamentations!

*Les Bahaï:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/28/un-jardin-persan/

* L’importance du Yishuv Daat a été longuement traitée dans les commentaires juifs. Je cite seulement l’un deux:
3 choses peuvent faire que l’homme se conduise mal: la superstition, le mauvais esprit et la futilité.

* Celui qui est muet, qui ne peut plus échanger אילם, devient אלים, violent

* Le salaire des terroristes que paye l’autorité palestinienne
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/02/14/terroriste-ca-paye-bien/