La fête du Sigd

Il y a huit ans déjà, j’écrivais un article* sur le mois de Heshvan et la fête du Sigd, devenue une fête nationale. Je me permets d’en reporter un extrait ces jours car, cette année, corona oblige, nous n’avons pu fêter le Sigd que par écran de télévision interposé.
Pour ceux qui ne comprennent pas l’hébreu, écoutez les chants  🙂


(L’émission commence à 3mn 15)

Voici donc ce que j’écrivais:

… Ce mois se termine joyeusement : Il comporte maintenant une nouvelle fête qui ne se trouvait pas dans le calendrier juif et qui n’est célébrée qu’en Israël, la fête du Sigd. C’est une fête particulière aux Juifs d’Éthiopie, son nom veut dire prosternation en amharique.

50 jours après Kippour, le 29 Heshvan, les Juifs originaires d’Éthiopie commémorent  le renouvellement de l’Alliance entre le peuple, Dieu et la Thora tel qu’il a été célébré en Israël par Ezra et Nehemia, il y a 2500 ans

«  Ezra ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple, car il était [élevé] au-dessus de tout le peuple ; et quand il l’ouvrit, tout le peuple se tint debout. Ezra bénit l’Éternel, le grand Dieu, et tout le peuple répondit : Amen, Amen ! en élevant les mains, et ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant l’Éternel, le visage contre terre. » (Nehemia chap. 8,5,6) et «  Et ils se levèrent à leurs places, et lurent dans le livre de la loi de l’Éternel, leur Dieu, pendant un quart de la journée,  et pendant un quart, ils firent confession et se prosternèrent devant l’Éternel, leur Dieu. »(Nehemia chap. 9,3)

En Éthiopie, la cérémonie avait lieu sur une montagne, censée ressembler au Sinaï. Les anciens grimpaient au sommet pour prier puis la communauté allait se purifier dans une rivière, les prêtres (Kessim =cohanim) lisaient des extraits de la Thora et les gens se prosternaient en signe de soumission. La fête se terminait par des chants et des danses.

Aujourd’hui en Israël, les Juifs éthiopiens jeûnent, vont prier  au kotel et ensuite se retrouvent sur la promenade d’Armon Hanatsiv (que vous connaissez certainement sous le nom de Tayelet), les Kessim leur lisent des extraits de la Thora, protégés par des ombrelles multicolores.

Tout se termine par un grand pique-nique, des chants et des danses dans l’après-midi.


La Tayelet offre une vue superbe sur toute la ville de Jérusalem et, au loin, sur le Mont  du Temple (הר הבית Har habait)

Le Sighd est devenu une fête officielle en Israël et si elle est encore très nouvelle, elle prend de plus en plus d’importance, célébrée dans la maison du Président, par les municipalités, les mouvements de jeunesse:

et les écoles:

(école Reshit, Jérusalem)

 

Je voudrais simplement rajouter à mon précédent article que les Juifs d’Ethiopie avaient depuis toujours le désir de retourner à Sion. A tel point qu’une tentative d’aliya a eu lieu en 1862 lorsqu’un de leurs kessim les plus éminent a entrainé à sa suite une grande partie de la population juive, dans le désert, persuadé que la Mer Rouge s’ouvrirait devant eux. Malheureusement elle ne s’ouvrit pas et ils durent rebrousser chemin.
Lorsqu’enfin, ils purent monter en Israel, grâce aux Opérations Moshe et Shlomo*, ils montrèrent un courage inouï, marchant dans le désert jusqu’au Soudan dans des conditions extrêmes. Malheureusement, un quart d’entre eux mourut pendant cette odyssée.
A Jerusalem. sur le Mont Herzl,  se trouve le mémorial Beta Israel* dédié à tous ceux qui ont été assassinés ou sont morts d’épuisement pendant leur traversée du désert du Soudan. Ce mémorial a été construit au milieu d’un parc planté d’oliviers. Dans ce parc, des pierres en forme de tombes où sont gravés des noms et à côté, une structure en pierre en forme de village éthiopien avec des plaques racontant l’histoire des Beta Israel et ce qu’ils ont enduré. Tous les ans, le 28 du mois de Iyar, une journée du souvenir leur est consacrée.

 


Leur intégration a été certes difficile, et parfois elle l’est encore. Mais en seulement une quarantaine d’années, soit deux générations, ils sont réussi à faire partie intégrante de la société israélienne, non seulement en se distinguant pour certains d’une manière spectaculaire* mais en attirant vers la classe moyenne la majorité de ses membres.


(une émission de l’année dernière)

Enfin, la culture des Beta Israel ne se limite pas aux chants et aux danses mais est porteuse de traditions particulières dont parle ici le rav Sharon Shalom, qui est le rav d’une synagogue de rescapés de la Shoah à Kiriat Gat:
Encore une fois malheureusement, cette vidéo n’est qu’en hébreu:


On l’entend parler même en yiddish! Il explique dans cette vidéo qu’il aime surprendre les gens: Un noir qui parle yiddish et est docteur en philosophie juive!
A l’origine il pensait devenir Rav d’une communauté éthiopienne mais, ses futurs fidèles ne l’ont pas trouvé assez noir (noir en hébreu populaire veut aussi dire religieux, porteur d’une kippa noire). Pas assez noir? Lui un éthiopien? Et a reçu alors une proposition de travail dans cette synagogue de Juifs originaires de Roumanie… La halakha des Juifs d’Ethiopie est un peu différente: ils mangent par exemple du poulet avec du lait ou du beurre (ce qui pour moi est logique et suit les enseignements de Rabbi Yossi Hagalili!)

A ceux qui veulent approfondir la vision que le rav Sharon Shalom pose sur la société israélienne, l’intégration des Juifs d’Ethiopie et leurs coutumes, je conseille la vidéo ci-dessous, conférence donnée à la yeshiva Othniel de Har ‘Hevron:

A bientôt,

*Article intitulé: le mois de ‘Heshvan:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/21/le-mois-de-heshvan/

*Opérations Moshe et Shlomo:
https://www.idf.il/fr/minisites/guerres-et-op%C3%A9rations/op%C3%A9rations-de-rapatriement-des-juifs-d-%C3%A9thiopie-1984-1991/

*Beta Israel:  Le nom « Beta Israel », maison d’Israel,  est le nom de la communauté juive éthiopienne. Ne les appelez surtout pas Falashas, en amharique ce nom signifie étranger car pour les autres Ethiopiens ils n’étaient que des étrangers 

*Comme certains membres de la Knesset, la ministre actuelle de l’Aliya et de l’intégration, des officiers supérieurs et le médecin-chef de Tsahal, etc…

 

La Nuit de Cristal

Cette semaine nous avons commémoré la Nuit de Cristal, Kristallnacht.
C’est un assez joli nom* pour designer le pogrom perpétré par les nazis sur le sol allemand le 9 et 10 novembre 1938. Sur tout le territoire du Reich, près de deux cents synagogues furent détruites, 7 500 commerces et entreprises exploités par des Juifs saccagés. Il y eut une centaine de morts, et des milliers de blessés. Les Juifs qui essayaient vainement de fuir depuis l’établissement des lois raciales en 1935, se précipitèrent en masse dans les ambassades pour obtenir un visa, mais en vain pour la plupart. Même la porte de la Palestine leur était déjà a peu près fermée par les Anglais qui dans le même temps encourageaient l’immigration arabe.
De nombreux Juifs se suicidèrent alors, et environ 30 000 furent envoyés dans les premiers camps de concentration. On peut dire que même si la mise à l’écart administrative des Juifs allemands se fit dès les premiers temps du nazisme,  la Nuit de Cristal fait partie des prémices de la Shoah.
Parmi ceux qui purent fuir en France se trouvait une jeune femme, Charlotte Salomon. Charlotte Salomon était peintre, née dans une famille d’intellectuels berlinois en 1917. Extrêmement douée, elle avait été admise en 1936 à l’Académie des Arts de Berlin qui n’acceptait déjà plus qu’un et demi pour cent d’étudiants juifs. Ces deux ans où elle étudia l’art à Berlin lui permirent de développer son talent naturel et de découvrir l’art expressionniste lors d’une exposition organisée par les nazis en 1938 sous le nom d’exposition de l’art dégénéré.

(Charlotte Salomon, 1917-1943)

Lorsqu’elle arrive chez ses grands parents, à Villefranche-sur-Mer, elle trouve sa grand-mère atteinte d’une profonde dépression et au printemps 1940, Charlotte est témoin de son suicide. Son grand-père lui révèle alors que plusieurs membres de sa famille se sont suicidés, dont sa propre mère qu’elle avait perdue à l’âge de neuf ans, et qu’elle croyait morte de maladie. Confrontée à ce terrible héritage, Charlotte décide de faire face et de résister par l’écriture et la peinture. Elle écrit à son père  et à sa belle-mère Paula* refugiés à Amsterdam: Je vais créer une histoire pour ne pas perdre la tète.
Elle a la chance de vivre dans la maison d’une généreuse américaine, Ottilie Moore. Elle peint pour sa mécène des cartes de vœux et des portraits mais dès 1941 commence a créer son chef d’œuvre autobiographique qu’elle lui dédiera: Vie? Ou Théâtre?.  Elle y joint des superpositions de papier calque avec des phrases et des lignes de mélodies.
Elle écrit notamment:
Voici comment ces feuilles prennent naissance : la personne est assise au bord de la mer. Elle peint. Soudain, une mélodie lui vient à l’esprit. Alors qu’elle commence à la fredonner, elle remarque que la mélodie va exactement avec ce qu’elle veut coucher sur le papier. Un texte s’ébauche en elle et voici qu’elle se met à chanter la mélodie avec ce texte qu’elle vient de composer, recommençant à voix haute un nombre incalculable de fois, jusqu’à ce que la feuille lui semble achevée. Il arrive souvent que plusieurs textes voient le jour, donnant lieu à un chant à plusieurs voix, ou bien…Il arrive que chacune des personnes à mettre en scène ait son propre texte à chanter, ce qui donne alors un chant choral. La diversité des feuilles devrait moins tenir à l’auteur qu’à la diversité des caractères des personnages à élaborer. L’auteur s’efforce – et c’est peut-être dans la partie principale qu’on le perçoit le mieux – de s’extraire complètement de lui-même et de faire chanter ou parler les personnages avec leur propre voix. Pour y parvenir, il aura fallu en grande partie renoncer à l’aspect artistique, ce qu’on pardonnera, je l’espère, compte tenu du travail accompli pour pénétrer au plus profond de l’âme.

Elle crée une affiche présentant ses personnages, dont un narrateur, invitation à un public virtuel et annonce: Cette pièce se déroule entre 1913 et 1940 en Allemagne et à Nice
Ses peintures sont réalisées à la gouache sur des feuilles de la taille d’un cahier. Les couleurs vives et gaies dans les premières scènes, s’assombrissent au fur et à mesure que l’histoire se déroule, tandis que les dialogues et les narrations allient un humour parfois sardonique à des expressions de désespoir: Mon Dieu, crie Charlotte dans une de ses peintures, permet-moi simplement de ne pas devenir folle.
Elle ajoute: Je remarquais cependant que ce n’étais pas si simple. Je remarquai qu’aucun ciel, aucun soleil, aucune étoile ne pouvait m’aider, si je n’y contribuais moi-même par ma volonté.
Et je remarquais alors que je ne savais pas en fait qui j’étais. J’étais morte. Et la vie devait désormais m’aimer.
J’attendis et un jour je compris : ce qui compte, ce n’est pas que la vie nous aime, mais que nous aimions la vie… Je me mis alors à m’occuper de moi et en arrivais à cette conclusion : toute chose a deux faces – le jour et la nuit, le soleil et l’ombre, la mort et la vie.
J’avais maintenant fait connaissance avec la face de la mort, puisque j’étais bel et bien ressuscitée. Il ne me manquait plus que de faire connaissance avec l’autre face, la vie, pour devenir cet être complet…que vous voyez ici devant vous.

(Une des gouaches du roman graphique de Charlotte Salomon décrit ce qu’elle a vécu pendant la Nuit de Cristal)


Par ce roman graphique de 781 gouaches et de plusieurs centaines de calques, Charlotte Salomon a créé quelque chose d’unique dans l’histoire de l’art. En même temps, en nous laissant cette œuvre complexe qui est aussi un document historique, réflexion sur l’existence et album familial, elle rejoint ainsi de nombreux artistes et écrivains juifs persécutés dans toute l’Europe qui eurent l’idée de créer des œuvres-souvenir.

Sur la Côte d’Azur, Charlotte se pense en sécurité car la zone est occupée par les Italiens qui ne déportent pas les Juifs. Elle rencontre un refugié juif autrichien, Alexandre Nagler, en 1943. Ils se sentent alors suffisamment en confiance pour enregistrer leur mariage le 17 juin 1943 à la mairie de Nice. Mais à l’automne 1943, lorsque les Allemands occupent cette zone. Le capitaine SS Alois Brunner est chargé par Eichmann des rafles de Juifs. Le 24 septembre 1943, Charlotte et son mari sont arrêtés et expédiés à Drancy. Le 7 octobre, ils sont envoyés à Auschwitz. Charlotte, enceinte, est assassinée à son arrivée. Son mari y mourra d’épuisement quelques mois plus tard.

Mais elle avait emballé et caché son travail Vie? Ou Théâtre?  en disant à un ami de confiance: Gardez ça en sécurité. C’est toute ma vie. 
Sa Vie a été retrouvée à Villefranche après la guerre par Albert et Paula Salomon qui espéraient leur fille toujours sauve. Ils apportèrent son travail à Amsterdam et  en firent don au Musée Historique Juif. Vie ou Théâtre? fait l’objet d’une exposition permanente dans ce musée.
Que reste t-il de Charlotte? Tout d’abord sa grande puissance artistique, mais pour moi, c’est surtout sa bataille contre le désespoir et sa lutte pour la vie. sa joie malgré tout. Elle qui écrivait Si je ne trouve aucune joie dans mon travail, je vais me suicider a noté en conclusion de son travail Vie? Ou Théâtre? qu’elle ne se suiciderait pas comme sa mère et sa tante, car elle pouvait recréer son monde hors des profondeurs du désespoir. Sur l’une de ses dernières gouaches apparait cette phrase: Je vivrai pour eux tous!



A bientôt,

*La nuit de Cristal fait référence aux débris de verres encombrant les trottoirs devant les vitrines des magasins juifs saccagés. Selon Arno Mayer, cette expression a été créée par la propagande nazie pour concentrer l’attention du public sur les dommages matériels en occultant les pillages, les viols et les meurtres. Elle a été d’ailleurs utilisée par un responsable nazi à Hanovre lors d’un discours du 24 juin 1939 avec une connotation « humoristique »

*Alois Brunner: 
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alois_Brunner

Qu’est ce que le Hezbollah ?

Que savons nous du Hezbollah ?
Que c’est une organisation liée à l’islam chiite, basée au Liban et qui  tient une partie du territoire libanais sous sa coupe grâce à une milice lourdement armée et à son pouvoir politique et financier, lequel lui vient en partie de l’Iran. C’est aussi une organisation terroriste qui nous menace régulièrement de destruction et pointe sur notre frontière nord des milliers de missiles.
Mais, en fait pour creuser un peu plus le sujet, il faut tout d’abord connaitre cette branche de l’islam qu’est le chiisme et aussi comprendre comment s’est formé notre voisin du nord, l’état du Liban.

Le chiisme
Comme je l’avais expliqué dans les articles sur Jerusalem dans l’islam*, Mahomet était un chef à la fois spirituel, messager d’Allah, et chef d’état.
A sa mort, sa succession est évidement cause de nombreuses disputes. La principale a pour sujet : faut-il reconnaitre Abu Bakr (beau-père de Mahomet) comme son successeur légitime ou bien se rallier à Ali (cousin et gendre de Mahomet)? Ceux qui se rallieront à Abu Bakr fonderont l’islam sunnite et les seconds l’islam chiite. Ces derniers seront nommés  shia Ali, partisans d’Ali, d’où le nom de chiites.


(Ali successeur de Mahomet selon les chiites, miniature persane)

Les chiites libanais:
Les Mamelouks*, anciennement au service des califes abbassides sunnites de Baghdad, conquièrent tout le Moyen-Orient, y créent un empire qui durera de 1250 à 1517 et persécuteront les chiites.
Lorsque les Turcs conquièrent à leur tour la région et évincent les Mamelouks, la situation des chiites ne s’arrange pas. En effet, les Turcs (sunnites) utilisent les arabes sunnites et  les chrétiens maronites contre les chiites qui survivent comme ils le peuvent. Mais les alliances ne sont pas éternelles, et pendant toute la deuxième partie de l’occupation du Liban par les Turcs, on verra des groupes chiites faire aussi allégeance aux chrétiens maronites et à des clans sunnites pour lutter contre les Turcs et les druzes.
Ceci dit, pendant tous ces siècles où ils sont constamment persécutés, et bien qu’ils soient un groupe numériquement sans grande importance, les chiites sont bien plus éduqués alors, que les sunnites de la région. Leur influence religieuse est telle qu’ils arriveront, en envoyant des prêcheurs et des enseignants, à établir l’islam chiite, comme religion majoritaire, en Iran à la fin du 18 ème siècle.
Et depuis, bien que les premiers soient des Arabes et les seconds des Perses, ils se sentent liés ensemble face au monde sunnite.
En ce qui nous concerne, nous devons nous souvenir que les frictions libanaises actuelles ont des racines anciennes: les alliances et les inimitiés se succèdent sans interruption* depuis toujours entre les groupes chrétiens, druzes, sunnites et chiites, groupes, qui de surcroit, se subdivisent en nombreux clans, toujours plus ou moins en guerre, et parlent même des dialectes légèrement différents les uns des autres.
Cependant, ce communautarisme de facto se limitera pendant des siècles à la gestion des affaires locales.
Mais au 19 ème siècle, l’aggravation des tensions entre chrétiens et druzes fait que finalement deux districts (Caimacarat) devront être créés au Liban: un druze et un chrétien. C’est la première fois alors, que ces séparations communautaires prennent une dimension institutionnelle. 

Je limite volontairement mon exposé sur le chiisme et l’histoire des chiites libanais car ce qui nous intéresse, c’est l’époque moderne qui, pour le Liban, commence en 1920.
La Turquie ayant perdu son empire et s’étant trouvée dans le camp des vaincus à la fin de la première guerre mondiale, une commission internationale décide de l’avenir du Liban. Le général Henri Gouraud proclame la création du Grand Liban le 1er septembre 1920. 

Le Grand Liban deviendra la République du Liban en 1926 tout en restant sous tutelle de la France jusqu’à son indépendance en 1943.

Pour comprendre ce qui se passe actuellement et la place du Hezbollah dans ce pays, il faut se souvenir que dès le départ, la France envisage la réorganisation politique et administrative du Liban sur base du régime communautaire déjà en place. La première Constitution libanaise entérinera d’ailleurs explicitement ce système confessionnel…
Cela peut surprendre les occidentaux mais au Moyen-Orient, être chrétien, musulman sunnite ou chiite, ou encore druze n’est pas seulement affaire de croyance mais affaire d’allégeance à un groupe donné sur un territoire délimité.

(chia=chiite, sunni= sunnite)

Le Hezbollah:
Le Hezbollah fut créé en juin 1982 pendant la guerre civile au Liban. Il fut accompagné et sponsorisé par l’Iran devenu dictature islamique.
Aujourd’hui le Hezbollah est une organisation dont les objectifs sont difficiles à cerner et plusieurs questions se posent immédiatement:
– le Hezbollah  fonctionne t-il comme une organisation nationale préoccupée par le maintien et l’épanouissement du Liban ?
– Est-il une organisation purement musulmane préoccupée seulement par les intérêts de la seule communauté chiite du Liban et alors se moque bien d’une possible disparition de l’état libanais?
– Se considère t-il comme représentant du monde arabe voulant libérer les arabes d’Israel?
– Est t-il une organisation islamique qui n’a qu’un agenda religieux ?
– Ou enfin est t-il le bras de l’Iran shiite qui se trouve à 1000 km du Liban ? 
Examinons son drapeau:

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est hezbollah-drapeau.png

Le drapeau du Hezbollah reproduit une représentation stylisée des mots arabes حزب الله ( ḥizbu-llāh, signifiant «Parti de Dieu»), la première lettre du mot Allah saisissant  une mitraillette.  Le drapeau incorpore plusieurs autres symboles, à savoir un globe (universalité), un livre (le Coran), une épée (la lutte) et une branche à sept feuilles que certains voient comme l’expansion de l’islam chiite.
Le texte au-dessus du logo:
فإن حزب الله هم الغالبون ( fa-inna ḥizba llāhi humu al-ġālibūna) signifie « Alors sûrement le parti de Dieu est celui qui triomphera »( Coran 5 : 56), qui est une référence au nom du parti. 
Sous le logo se trouvent les mots 
المقاومة الإسلامية في لبنان ( al-muqāwamah al-islāmīyah fī lubnān) qui signifient «La résistance islamique au Liban».
Ce drapeau en fait est celui d’une organisation islamiste combattante, c’est à dire celui d’une organisation djihadiste.

Le Hezbollah se présente comme défenseur du chiisme contre le sunnisme.
L’élément islamique se trouve donc déjà inscrit dans le nom de l’organisation: Hezb, parti,+ Allah, ce qui veut donc dire Parti de Dieu.
Le Parti de Dieu c’est le parti de ceux qui servent Allah et qui seront donc les vainqueurs. Pour nous cette affirmation ne peut être qu’un vœu pieux: nous vaincrons parce que nous sommes le parti de Dieu (!), mais pour un musulman sunnite, c’est une référence à la sourate 5, 56.
Et quiconque prend pour alliés Allah, Son messager et les croyants, réussira car c’est le parti d’Allah qui sera victorieux. 
وَمَن يَتَوَلَّ اللّهَ وَرَسُولَهُ وَالَّذِينَ آمَنُواْ فَإِنَّ حِزْبَ اللّهِ هُمُ الْغَالِبُونَ
Dans un autre verset de cette même sourate, il est écrit que ceux qui appartiennent à Satan seront vaincus et selon l’exégèse chiite, que les sunnites connaissent, les serviteurs d’Allah sont les chiites.
On a donc là une attaque directe religieuse contre les sunnites mais aussi politique car les autres états arabes de la région sont tous sunnites et de surcroît, ils ont perdu toutes les guerres contre Israel.

Le Hezbollah se présente comme le défenseur des opprimés partout dans le monde.
Le symbolisme du poing saisissant un fusil d’assaut, qui combine des éléments du fusil de combat HKG3 et AK 47 est double. L’arme est à la fois symbolique des itinéraires idéologiques de gauche du parti, partageant l’iconographie de mouvements socialistes armés similaires. Le fusil représente également la croyance du Hezbollah en une lutte armée contre les forces oppressives. 
Mais il y a plus: le symbole en bas du bras représente la terre dans laquelle les chiites sont enracinés mais aussi la terre dans laquelle les autres groupes libanais ont voulu l’enterrer et le bras dressé est celui de la résurrection chiite.

Le Hezbollah se présente comme défenseur de la cause libanaise.
Le texte sous le texte central déclare المقاومة الإسلامية في لبنان qui se traduit par «La Résistance Islamique au Liban », sert évidemment à promouvoir l’image de la cause légitime et juste pour les Libanais.
Mais en même temps, ce qui est important est ce qu’on ne voit pas: sur le drapeau libanais, l’élément central est un cèdre.
Or ici, il n’y a pas de cèdre!
En quoi est-ce important?
Sans rentrer dans l’histoire du drapeau libanais, rappelons cependant que les chrétiens désiraient un drapeau avec une croix, ce qui fut refusé par la France. Ils proposèrent alors le cèdre, image neutre en apparence, mais qui symbolise la communauté chrétienne. En fait, ce qui se passe actuellement, c’est un combat pour l’identité libanaise. Dans les manifestations de chrétiens, c’est l’emblème du cèdre qui est mis en avant, c’est aussi celui des milices chrétiennes et ce fut aussi celui de feue l’armée du Liban Sud.

lebanon christians
 (Reuters:Photo: Supporters of Christian Lebanese Forces commemorate the Lebanese Resistance Martyrs in Jouniyeh, north of Beirut, September 25, 2010./ Mohamed Azakir)

Il y a un combat à de nombreux niveaux, et les alliances se font et se défont, parfois sunnites et chrétiens contre chiites, parfois certains chrétiens (comme le parti de Michel Aoun) et chiites contre sunnites et d’autres groupes chrétiens, sans oublier les druzes.
Pour les chiites, les chrétiens sont maintenant très minoritaires dans le pays et pourtant ils sont exagérément représentés au Parlement selon le recensement de 1932. 
Depuis l’accord de Taef en 1989, le Parlement libanais doit avoir autant de représentants musulmans que de chrétiens, soit 64 chacun:
– 43 chrétiens maronites (33,6 %), 20 chrétiens orthodoxes (15,6 %), 1 chrétien évangélique (0,8%). 
– 27 sunnites (21%), 27 chiites (21%), 8 druzes (6,2%), 2 alaouites (chiites) (1,5%)
– 8 druzes (6,2%). 
Le Hezbollah pense et agit sur plusieurs niveaux à la fois
– au niveau religieux chiite face aux chrétiens et sunnites,
– au niveau libanais face aux pays arabes sunnites (ne pas oublier que le Liban est le seul pays qui espère gagner une guerre contre Israel grâce au Hezbollah) 
Mais dans le même temps :
 – en tant que mouvement libanais, il est aux côtés des chrétiens, sunnites et druzes libanais,
– en tant que mouvement chiite, il est opposé aux chrétiens, aux sunnites et aux druzes
– en  tant que mouvement arabe alors il est du coté des pays arabes contre Israel et est par conséquent aujourd’hui censé s’opposer à l’Iran
– en tant que poste avancé de l’Iran qui le finance, il s’oppose aux pays arabes, ennemis de l’Iran . Et c’est ce qui transparait souvent dans sa feuille de chou hebdomadaire, dictée par son maitre, le gouvernement iranien. Voici celle du 21 mars 2006:
La profondeur stratégique de notre peuple, les Iraniens, s’étale du monde perse à l’Afrique du nord, au Moyen-Orient, l’Asie centrale, et le sous continent indien… Dans la suite de la lettre, il est question de l’empire perse, celui des sassanides d’avant l’islam, zoroastrien et donc païen. Or Nasrallah distribue sa feuille de chou à son groupe musulman et arabe! Cela veut dire qu’il adopte l’ethos des perses, leur rêve de revenir à l’empire sassanide et cet impérialisme perse n’a aucun lien avec l’islam, le Liban, ni même avec les arabes chiites:
Voici un autre exemple: dans un de ses discours, Nasrallah traite les Arabes sunnites de bédouins, ce qui est le terme méprisant utilisé par les Perses pour désigner les Arabes. Nasrallah serait-il un Arabe honteux? Un Alter-Arabe? 

En quoi sommes-nous concernés?
Cette capacité métamorphe en fait une organisation intéressante à analyser mais ce qui compte le plus pour nous c’est qu’elle est une organisation terroriste extrêmement puissante, dangereuse qui pointe sur nous de  plus de 100 000 missiles depuis le sud Liban, y compris des missiles à longue portée capables d’atteindre l’ensemble de l’État d’Israël. Il possède aussi des armes antichar sophistiquées, des dizaines de véhicules aériens sans pilote, des missiles anti-navires et anti-aériens avancés et des systèmes de défense aériennes. 


Le Hezbollah est une organisation terroriste responsable de nombreux attentats dans le monde qui possède une véritable armée: 45 000 (20 000 soldats en service actif et 25 000 réservistes).
Voici la liste des attentats majeurs perpétrés par cette organisation*:
Bombardement d’autobus de Burgas (6 victimes israéliennes, 2012), bombardement de Khobar Towers (19 victimes, 1996), attaque du vol AC 901 (21 victimes, 1994), bombardement de l’AMIA, centre culturel juif de Buenos Aires (85 morts, 1994), attaque de l’ambassade d’Israël à Buenos Aires (29 victimes, 1992), 36 attentats suicides entre 1982-1986, faisant 659 morts.

Financement de l’organisation
Son budget: des centaines de millions de dollars par an mais selon un rapport de l’ONG Global Fight against terrorism funding (Lutte mondiale contre le financement du terrorisme). le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, posséderait 1,6 milliard de dollars (1,37 milliard d’euros) de fonds personnels déposés sur divers comptes à l’étranger. Il a pour lui-même détourné des fonds destinés à l’état libanais, fonds blanchis dans les nombreuses compagnies étrangères qu’il possède.
Son principal financier était l’Iran. Mais actuellement l’Iran est en grande difficultés suite aux sanctions économiques prises par les USA. Cependant, cela ne change pas vraiment la situation car le Hezbollah a toujours su anticiper: rien qu’au Liban, le Hezbollah possède des banques, une chaine de télévision, des sociétés cotées en bourse, une énorme entreprise de construction etc…
De plus, dans les territoire sous contrôle chiite on cultive le pavot, en particulier dans la Bekaa. Le Hezbollah reste actif dans la contrebande de drogue internationale et cela depuis les années 1990. Selon le Washington Post, début juillet, la police italienne a trouvé 84 millions de comprimés d’amphétamine Captagon* cachés dans des rouleaux de papier. Ce montant, un record selon les agents italiens eux-mêmes, a une valeur estimée à 1,1 milliard de dollars. Ces drogues proviennent des territoires syriens contrôles par Bashar Al Assad. Il y a peu, la Grèce a elle aussi saisi une importante cargaison de ces mêmes pilules, elles aussi en provenance de Syrie. Ces opérations anti-drogue se répètent partout dans tout le Moyen-Orient, à Dubai, en Egypte…
Selon un rapport du FBI publié en novembre 2008, Hassan Nasrallah a déclaré à ses disciples que « le trafic de drogue est moralement acceptable lorsqu’il est vendu à des Occidentaux, dans le cadre de la guerre contre les ennemis de l’Islam ».

Les liens entre le Hezbollah et les cartels de la drogue en Amérique latine sont bien connus. Leurs liens avec le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et les armes avec les  entrepreneurs de la drogue ont été des sources de leur financement. Des pays tels que le Venezuela*, l’Équateur, la Bolivie, l’Argentine, le Nicaragua et Cuba ont ouvert leurs portes à l’Iran et au Hezbollah en échange de conseils stratégiques et d’armes.
L’agence européenne de police, Europol, a averti en juin 2020 que les agents du Hezbollah étaient soupçonnés de faire du trafic de diamants et de drogue et de blanchir de l’argent, en utilisant les pays européens comme base de leurs opérations.

Le Hezbollah se cache derrière les populations civiles au Sud Liban, a Beyrouth et stocke d’énormes quantités d’armes et de produits toxiques et explosifs dans des quartiers résidentiels.

 

Enfin, le Hezbollan se conduit comme un charognard au Liban qu’il dépèce peu à peu au profit de ses alliés, le syrien Bashar el Assad et les Iraniens. La mainmise sur les banques, le trafic de drogue et de l’essence* en direction de la Syrie et de l’Iran, tout cela étant rendu possible par un état libanais, complètement corrompu et  exsangue, au déficit colossal de 92 milliards de dollars, soit 170 % du PIB, et avec 45 % de la population sous le seuil de pauvreté.

(« Est-il possible que se poursuive le crime de la contrebande d’essence vers la Syrie à travers les points de passage illégaux, dont celui de Qousseir, parrainée par la mafia du parti du fait accompli ? », s’interroge M. Ziad Hawat député des Forces Libanaises sur Twitter, en référence au Hezbollah, « alors que l’Etat regarde sans rien faire et que les réserves de la Banque du Liban s’effondrent (…) Il s’agit d’un vol caractérisé du bien des Libanais » https://www.lorientlejour.com/article/1235039/contrebande-dessence-vers-la-syrie-un-depute-fl-denonce-la-mafia-du-hezbollah.html)


Et pourtant, bien que de nombreux pays considèrent enfin le Hezbollah comme une organisation terroriste, l’Union européenne fait la fine bouche en faisant une distinction subtile mais qui ne trompe personne entre l’aile politique et l’aile militaire! Ce qui doit certainement faire mourir de rire leur chef commun: Hassan Nasrallah.

A bientôt,

*La sainteté de Jerusalem dans l’islam:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2020/08/18/jerusalem-une-ville-sainte-pour-lislam-1-3/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2020/08/20/jerusalem-une-ville-sainte-pour-lislam-2-3/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2020/08/23/jerusalem-une-ville-sainte-pour-lislam-3-3/

* Les Mamelouk:
Les premiers mamelouks forment, au 9eme siècle, la garde des califes abbassides a Baghdad. Ils sont d’abord recrutés parmi les captifs non musulmans en provenance du Turkestan actuel, du Caucase, d’Europe Orientale ou de Russie méridionale. 

* Sultanat mamelouk:
Le sultanat mamelouk (: سلطنة المماليك (Salṭanat al-Mamālīk)) est un royaume médiéval qui s’étendait sur l’Egypte, le Levant et le Hedjaz. Il dura de la chute de la dynastie ayyoubide en 1250, à la conquête ottomane en 1517.

* Les dissensions communautaires:
Elles sont tellement importantes que des incidents futiles mettent le feu aux poudre : le 13 octobre 1841, un chasseur maronite abat une perdrix volant au-dessus d’un champ appartenant à un druze!

* Les Turcs par exemple attiseront les tensions entre les communautés. Elles mèneront aux massacres des chrétiens par les druzes dans la région du Mont Liban en 1860 sous le prétexte que sous la pression de la France et de l’Angleterre, le sultan ottoman avait rendu un édit instaurant une égalité entre les sujets musulmans et chrétiens dans ce qui restait de l’empire.

* A propos de la constitution libanaise, par Michel Touma: Histoire du Liban (l’Orient le jour):
Cette réalité communautaire se maintiendra au fil des ans et sera consacrée une nouvelle fois lors de l’indépendance de 1943 avec la « formule libanaise » (accompagnant le pacte national) prévoyant une répartition des pouvoirs législatif et exécutif, ainsi que des postes administratifs sur une base confessionnelle. Un tel clivage sera exacerbé en permanence sous l’effet des diverses interférences étrangères et des développements régionaux-clés, notamment à la fin des années 50 avec la vague nassériste, dans les années 60 et 70 avec l’implantation palestinienne armée, et dans les années 90 avec l’occupation syrienne.

* Je n’ai pas parle des Juifs du Liban. Ils n’ont jamais été pris en compte par la constitution libanaise et n’ont jamais siégé au Parlement. Si le sujet vous intéresse, voici un article tiré du journal Ya Libanan:
https://yalibnan.com/2020/09/14/minority-report-the-jews-of-lebanon/

* Les victimes des attentats: A mon grand regret, je n’ai pas compté les victimes françaises de l’attentat du Drakar à Beyrouth en 1983 puisque la France ne reconnait toujours pas le Hezbollah comme organisation terroriste:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentats_de_Beyrouth_du_23_octobre_1983

* Le captagon est une drogue synthétique que le Hezbollah a commencé à fabriquer il y a plus de dix ans, selon les analystes du renseignement.

* Liens avec certains pays d’Amérique du Sud:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2020/01/02/justice-vous-avez-dit-justice/


A votre santé!

Je ne crois pas qu’il y ait eu autant de souhaits de bonne santé que pour cette nouvelle année:
הרבה בריאות (harbe briout), beaucoup de santé, entendons nous de toute part et parfois même רק בריאות (rak briout) seulement la santé, comme si le corona avait ramené nos désirs à de plus justes proportions. Mais je sais bien que passée cette pandémie, nous rêverons tous de plus. En fait c’est un peu comme dans le chant de Pessa’h דיינו, dayenou*. qui énumère tous les miracles qui nous ont accompagnés depuis la sortie d’Egypte à notre entrée en Eretz Israel. Nous y répétons à chaque strophe דיינו, cela nous aurait suffi, mais entre nous, nous sommes bien contents d’avoir tout reçu!
Revenons à notre santé et à la racine du mot briout: ב ר א (B R Aleph)! Le mot בריאות  (briout) santé est intéressant car il se réfère directement à la בריאה  (briah) création du monde. Vous connaissez tous le premier verset de Bereshit: בראשית ברא אלהים את השמיים ואת הארץ…(bereshit bara elohim et hashamaim veet haaretz): Dieu crée le monde à partir du néant en 6 jours avec la parole en utilisant ce mot briah réservé à l’action divine. Nous, par contre, nous formons, façonnons, transformons, mais ne créons pas. De ce fait nous ne désignons pas nos créations par le mot בריאה (briah )mais nous employons le mot יצירה (yetsirah).
Pour nous la santé est une bénédiction divine qui nous vient du בורא עולם (boré olam), le créateur du monde et les médecins ne peuvent que nous aider à la garder. Nous sommes très heureux de leur participation active mais savons bien et eux aussi, qu’ils ne sont pas tout puissants.
Quelqu’un en bonne santé est dit בריא (bari). S’il a échappé à un accident, à un  attentat, ou a été très malade on dit de lui qu’il est à nouveau בריא ושלם (bari veshalem) en bonne santé et entier.
Dans la Thora, Pharaon rêve de 7 vaches (Bereshit 41, 2) belles et grasses nous dit la tradition:
Et voici que du fleuve sortaient sept vaches belles et grasses, qui se mirent à paître dans l’herbage
Mais le texte en hébreu nous dit qu’elles étaient belles et saines:
וְהִנֵּה מִן-הַיְאֹר, עֹלֹת שֶׁבַע פָּרוֹת, יְפוֹת מַרְאֶה, וּבְרִיאֹת בָּשָׂר

Enluminure tirée de la Haggadah dorée, Catalogne, début du 14 ème siècle)

Lorsque Moshe envoie les explorateurs explorer le pays de Canaan, il leur recommande d’examiner ce qu’il verront autour d’eux et en particulier de vérifier si ce pays de Canaan est bon ou mauvais; comment sont les villes où il demeure, des villes ouvertes ou des places fortes. Rachi  nous explique que les explorateurs devaient savoir si ce pays était abreuvé par des sources et des nappes d’une eau propre et saines:(Fête de Soukot 2019 dans Emek Hamaayanot, la vallée des sources)

Il est bon d’être en bonne santé mais le qualificatif très sain peut parfois avoir un sens négatif. Ce fut le cas pour roi Eglon, sinistre roi moabite qui asservissait les enfants d’Israel. Il se fera tuer  par Ehud, entré dans sa tente sous prétexte de lui offrir un présent:
Il (Ehud) remit le présent à Eglôn, roi de Moab, qui était un homme très sain (sous-entendu très gros). 
וַיַּקְרֵב, אֶת-הַמִּנְחָה, לְעֶגְלוֹן, מֶלֶךְ מוֹאָב; וְעֶגְלוֹן, אִישׁ בָּרִיא מְאֹד (Juges 3; 17)
Les commentateurs nous expliquent que l’obésité d’Ehud n’était pas seulement celle de son corps mais qu’il était trop plein de lui-même.

(L’assassinat de Eglon par Ehud, tiré du Speculum Humanae Salvationis, 1360)

Lorsqu’on a été malade, l’important évidemment est de guérir להבריא (leavri) et pour ce faire, rien de mieux qu’une maison de convalescence  בית הבראה  (beit havraa)* accompagnée d’un souhait de bonne convalescence. Il est vrai que bonne convalescence se dit החלמה טובה (h’hlama tova). Il est curieux que la racine de ha’hlama soit חלם (‘H L M) qui veut dire rêver. On la trouve pourtant dans ce sens, dans cette phrase du du livre de Yov tes fils rêveront, c’est à dire seront fortifiés et guéris. Dans le traité Berakhot , trois choses sont un signe de guérison pour nos Sages: l’éternuement, le sommeil et le rêve!

Pour en revenir à la racine ברא (B R Aleph), nous avons en hébreu l’équivalent de l’expression mens sana in corpore sano. Nous disons: נֶפֶש בְּרִיאָה בְּגוּף בָּרִיא (nefesh briya begouf bari) un esprit sain dans un cops sain. Le Rav Kook ajoutait toujours que:
נשמה בריאה בגוף בריא מוכרחת היא לבא לידי האושר הגדול של תשובה
Une âme saine dans un corps sain doit pouvoir accéder au grand bonheur de la repentance.
C’est pour cela qu’on ne doit pas s’en prendre, même avec raison, à quelqu’un qui se  trouve en état de détresse. On doit tout d’abord l’aider à se remettre.
C’est ainsi qu’un endeuillé revenant du cimetière se voit servir un סְעוּדַת הַבְרָאָה (se’udat havra’ah), repas de convalescence.
Autrefois, on pouvait commencer une lettre par un הִנְנִי בְּקַו הַבְּרִיאוּת poli (hineni be-kav ha-beri’ut), je vais bien, mot à mot, je me trouve sur la ligne de la santé. Comme sur la ligne de feu? Bien désuet maintenant.
Aujourd’hui, on prend congé d’un ami avec un תִּהְיֶה בָּרִיא (tihyeh bari) bien élevé, Porte- toi bien! Parfois, cette expression signifie aussi ironiquement qu’on veut mettre fin à une conversation où l’autre nous semble stupide. On lui souhaite au mieux d’être en bonne santé et au moins de ne plus nous casser les pieds.
Parfois la racine ב ר א (B R Aleph) se transforme et devient ברה (B R H). Dans ce cas, elle a donne le mot ביריון (birion). Les ביריונים (birionim) étaient les Juifs costaux qui combattaient les Grecs à l’époque des Makabim. De nos jours il désigne ceux qui abusent de leur force pour intimider leurs camarades et le mot nouvellement crée ביריונת (birionet) désigne le harcelèrent cybernétique.
Le Rambam, qui était non seulement philosophe mais aussi médecin*, employait cette racine ברה (B R H) dans un sens plus positif: il conseillait à ses patients de contrôler leur santé avec des choses nutritives דברים מברין. Peut-être en réponse sioniste au Rambam, Agnon revenait à la racine ברא  (B R Aleph) pour proclamer que l’air lui-même d’Israel est curatif אוויר מבריא

Nous avons deux manières de dire à votre santé en hébreu,  Il y a לִבְרִיאוּת (livri’ut), à la santé (sans article défini)  plus générale  et לַבְּרִיאוּת (la-beri’ut), (avec l’article défini), à  la santé (sous-entendu à ta santé)  comme le disent la plupart des gens.

Mais finalement, l’important c’est la santé! הָעִקָּר הַבְּרִיאוּת (haikkar habri’out)!

En cette fête alors que nous séjournons un peu seuls dans nos soukot*, souvenons-nous que même les pandémies ont une fin.

Je vous souhaite une excellente santé !

A bientôt,

* Maison de convalescence ou de repos: un autre mot inventé par Eliezer Ben-Yehuda, מִבְרָאָה (mivra’ah), signifie sanatorium

* La conception de la médecine selon Maimonide (le Rambam):
http://www.instituteliewiesel.com/content/la-m%C3%A9decine-de-ma%C3%AFmonide-%C3%A9thique-et-modernit%C3%A9

* Soukot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/10/17/bonne-fete-de-soukot-
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/09/30/la-mort-et-la-vie-sont-au-pouvoir-de-la-langue/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/01/une-souka-des-soukot/

Qui a renversé le miel?

Les chercheurs trouvent souvent dans des manuscrits anciens des taches qui sont le résultat d’une usure ordinaire, le temps y laissant une inévitable marque. Mais parfois, ils sont  bien heureux d’y trouver quelque chose d’intime, de familier qu’il pourront raconter le soir à leurs enfants et éveiller leur curiosité.
Sur ce très beau manuscrit se trouvent des taches inhabituelles et mystérieuses, présentes seulement dans la première partie du sidour, réservée aux prières de Rosh Hashana. A l’analyse elles se sont avérées être des taches de miel.
Alors, qui a renversé du miel sur le sidour*?


(Bibliothèque Nationale d’Israel)

On ne le sait pas, même après enquête!
Mais ce manuscrit, écrit par Shlomo Lattes, nous ramène à l’année 1790 en Italie. C’est Rosh Hashana. Imaginons…
Une famille est assise autour de la table pour célébrer la fête. La table est joliment dressée et le chef de famille lit à haute voix  les prières.
Il en arrive aux סימנים (Simanim), signes, symboles, ces bénédictions  récitées à Rosh Hashana et tous de consommer différents aliments, symboles de nos souhaits pour la nouvelle année: la pomme trempée dans le miel, la courge, la grenade, la tête de poisson, les grains de sésame, les poireaux, les feuilles de blettes*… La liste est longue et les bénédictions nombreuses.
Les convives goûtent ces aliments, transmis de l’un à l’autre et, comme toujours ou presque, quelques taches apparaissent ici et là…

C’est ainsi qu’un des convives, sans doute le père de famille, renverse un peu de miel sur la page de son sidour. L’a-t-il remarqué? Peut-être pas, il tourne les pages et, concentré, il continue de prier…
Et c’est ainsi que ces taches s’incrustèrent dans le parchemin.
On nous a toujours dit de ne pas lire à table mais que faire quand on prie tout en goûtant des aliments?

Sur les livres, les taches sont un souvenir: telle année une tache de miel, telle année une tache de vin…
Mais revenons au sidour italien.
A l’exception des pages de bénédiction lues pendant la dégustation des ces aliments symboliques, le reste du sidour est intact. Les prières se poursuivront pendant les deux jours de la fête, Vous pouvez les voir mentionnées sur la photo ci-dessous:

(Bibliothèque Nationale d’Israel)

A la troisième ligne, est indiquée la prière de תשליך (Tashlikh), qui signifie jeter, se défaire de.  Curieux nom pour une prière et curieuse interjection. Ce mot Tashlikh est tiré du livre du prophète Mikha ( Michée chap 7, 18-20):

 Quel Dieu t’égale, toi qui pardonnes les iniquités, qui fais grâce aux offenses, commises par les débris de ton héritage? Toi qui ne gardes pas à jamais ta colère, parce que tu te complais dans la bienveillance? Oui, Tu nous reprendras en pitié, Tu étoufferas nos iniquités, Tu jetteras tous nos péchés dans les profondeurs de la mer. Tu témoigneras à Jacob la fidélité, à Abraham la bienveillance, que Tu as jurées à nos pères dès les premiers âges 
מִי-אֵל כָּמוֹךָ, נֹשֵׂא עָו‍ֹן וְעֹבֵר עַל-פֶּשַׁע, לִשְׁאֵרִית, נַחֲלָתוֹ: לֹא-הֶחֱזִיק לָעַד אַפּוֹ, כִּי-חָפֵץ חֶסֶד הוּא
יָשׁוּב יְרַחֲמֵנוּ, יִכְבֹּשׁ עֲו‍ֹנֹתֵינוּ; וְתַשְׁלִיךְ בִּמְצֻלוֹת יָם, כָּל-חַטֹּאותָם
חֶסֶד לְאַבְרָהָם, אֲשֶׁר-נִשְׁבַּעְתָּ לַאֲבֹתֵינוּ, מִימֵי קֶדֶם תַּשְׁלִיךְ

C’est ainsi que pendant les fêtes d’automne, a lieu la cérémonie de Tashlikh où nous jetons symboliquement à l’eau nos pensées négatives, nos manquements, bref tout ce qui nous limite et nous empêche d’avancer dans la vie.

 

(Tashlikh-Alexandre Gierymsky 1884)

Traditionnellement, nous nous réunissons vers un point d’eau, certains retournent symboliquement leurs poches, d’autres jettent des petits morceaux de pain symbolisant nos mauvaises actions.
Cela apparaît un peu naïf comme bien des coutumes car en fait, est-il vraiment possible de nous débarrasser de notre passé comme d’un vieux vêtement, est-il vraiment possible de jeter tout ce qui s’est accumulé dans notre tête comme on vide une poubelle? Continuons-nous à recycler le passé dans le futur sans vraiment changer? Je ne sais pas répondre à cette question mais je sais que l’année juive s’ouvre sur la croyance en la capacité de l’homme à choisir et à changer. Reconnaître ce qu’on a fait de mal nous fait peur et nous coince comme dans un marécage de culpabilité. Nous devenons toxiques pour nous mêmes et les autres. Souvent nous rejetons sur les autres ce qui est de notre propre responsabilité. C’est toujours à cause de l’autre.
Par ce Tashlikh, nous acceptions de reconnaître que nous avons failli et que nous sommes prêts pour le changement, même si…

Tremper une pomme dans le miel, manger des aliments symbolique et aller au bord d’un bassin d’eau pour y jeter symboliquement ses fautes est sans doute divertissant mais c’est  un divertissement sérieux.

Le Tachlikh n’est pas mentionné dans le Talmud. Pour certains, il s’agit d’une coutume relativement récente datant du 15 ème siècle. Mais la plus ancienne référence au Tashlikh se trouve dans le livre du prophète Nehemia (8,1), où est décrite une cérémonie qui se tient le premier jour du septième mois (soit à Rosh Hachana) :
Tout le peuple se réunit ensemble, comme un seul homme, sur la place qui s’étend devant la porte de l’eau. On demanda à Ezra, le scribe, d’apporter le livre de la loi de Moïse, que l’Eternel avait prescrite à Israël. Ezra le prêtre apporta la Thora devant l’assemblée hommes et femmes et quiconque était capable de comprendre le premier jour du septième mois.
Il en fit la lecture devant la place qui précède la porte de l’eau, depuis l’aurore jusqu’au milieu de la journée, en présence des hommes, des femmes et de tous ceux qui pouvaient comprendre. Le peuple était tout oreille pour entendre le livre de la loi.

Seul au milieu d’une foule de gens qui s’applaudissent eux-mêmes et et dansent agglutinés, nous sommes tous un peu perdus.
Boire une gorgée de vin pour oublier les douleurs… 

Mon frère me chuchote: souviens-toi!
Défais-toi de tes épreuves, de tes colères,  jette-les à l’eau,

Jette-les, mon frère jette-les! 
Jette au loin les guerres et les spéculations, jette-les vers le ciel,
Débarrasse-toi de tes mensonges, jette-les mon frère, jette-les!
Il est plus simple de regarder nos manquements, mais cela m’effraye.
Je fuis vite vers la voiture.

Je conduis sans but. J’entend à la radio mon frère me dire…
Défais-toi de tes épreuves, toutes tes colères,  jette-les à l’eau,
Jette-les, mon frère jette-les!
Jette au loin les guerres et les spéculations, jette-les vers le ciel,
Débarrasse-toi de tes mensonges, jette-les mon frère, jette-les!
Dans la mer , l’obscurité et moi regardons les vagues, en attendant  il est déjà une heure vingt
Pleurer…
De loin mon frère me crie:
Défais-toi de tes épreuves, toutes tes colères,  jette-les à l’eau,
Jette-les, mon frère jette-les!
Jette au loin les guerres et les spéculations, jette-les vers le ciel,
Débarrasse-toi de tes mensonges, jette-les mon frère, jette-les!

 

Shana Tova oumetouka, une bonne et douce année!
שנה טובה ומתוקה

 

 

(Dry bones- Yaakov Kirschen)

 

A bientôt,

*D’après une excellent article de Chen Mallul

* Les aliments consommées pendant le seder de Rosh Hashana:
Ils diffèrent un peu selon les traditions mais comprennent toujours la pomme et la grenade

 

 

 

 

 

 

 

Une nouvelle rentrée des classes

A mes petits-enfants…

Un clair matin du mois de Tishri un enfant marche dans la rue…
Les enfants retournent à l’école.

Comme chaque année à l’automne, une nouvelle année commence.
Un enfant va seul à l’école mais son père le suit sans être vu, protecteur.
Il reste à le regarder .
Il regarde secrètement comment son fils rentre à l’école.

L’homme se tient comme un enfant resté à l’extérieur.
Un chant monte de l’école, un chant sur la pluie, sur la nouvelle année, 
Comme tout commence à nouveau depuis le début!
L’homme au milieu de la matinée, au milieu de sa vie, se trouve seul à côté de la grille de l’école.
Il se souvient que son père autrefois l’accompagnait, il essaye d’entendre le bruit de ses pas…
Les enfants chantent un autre chant, un chant sur les premières pluies et les plantes d’automne.
Les lèvres de l’homme murmurent, 
Si je tombe ou même si je marche dans la vallée de la mort, je n’aurai pas peur car soudain, mon cœur chantera ce poème:
Tant que se lève le soleil,
Tant que le tableau se couvre des lettres de l’alphabet,
Tant qu’un fils  va à l’école et que son père le suit,
Tant que les enfants chantent la nouvelle année,
Tant que tout recommence depuis le début,
Tant que la mer se réveille,
Tant que le vent se lève,
Tant que sur le noir du tableau s’affiche un mot…

A bientôt,

Jerusalem, une ville sainte pour l’islam? (3/3)

Nous arrivons maintenant au 20 siècle.

Les Britanniques gouvernent la région depuis la fin de la première guerre mondiale et ont créé le Mandat britannique sur la Palestine. Ils nomment en 1921 Hadj Amin al Husseini Grand Mufti de Jerusalem, Représentant du Conseil Supérieur Musulman.
Le nouveau mufti va publier le 1er janvier 1924 une brochure pour les touristes : A brief guide to Haram el Sharif  ou noble sanctuaire (nom arabe du Mont du Temple) qui reconnaît officiellement le lien juif avec le mont du Temple. Vous pouvez même l’acheter sur amazon.com.

Sur la quatrième page, le Grand Mufti reprend le hadith ommeyade  du voyage miraculeux  de Mahomet qui sanctifie l’endroit mais il note tout de suite après: Le site est l’un des plus anciens au monde. Sa sainteté date des temps les plus reculés. Son identité avec le site du temple de Salomon est incontestable. Tel est également le lieu, selon la croyance universelle, sur lequel David y bâtit un autel au Seigneur et offrit des holocaustes et des offrandes de paix (2 Samuel 24:25). Mais, pour les besoins de ce Guide, qui se limite à la période musulmane, le point de départ est l’an 637 après J.C.


Le lien sans équivoque du judaïsme avec le Mont du Temple est particulièrement explicite à la dernière page du livret (page seize), qui traite des sous-structures du Dôme du Rocher. Décrivant la zone des écuries de Salomon (que les responsables du Waqf islamique ont converti en une nouvelle mosquée en 1996) le guide de 1924 déclare : … Cela remonte probablement à la construction du temple de Salomon. Selon Josèphe, il existait et était utilisé comme lieu de refuge par les Juifs au moment de la conquête de Jérusalem par Titus en l’an 70 après J.C …


Ce qui est aussi très explicite sur cette carte contenue dans la brochure:

Il ne s’agit pas d’une erreur temporaire!
Toutes les éditions postérieures du  Guide du Mont du Temple de 1924 ont été publiées avec le même libellé par le Conseil suprême musulman.
Donc à ce moment là , tout en acceptant ce hadith ommeyade comme véridique – et je ne veux pas rentrer dans une discussion théologique qui ne concerne que les musulmans- le grand mufti accepte qu’il  y ait de la place pour tout le monde!

C’est exactement le contraire de ce que disent maintenant les dirigeants palestiniens :
Parmi les nombreuses déclarations documentées de personnalités importantes niant les liens historiques du peuple juif avec le mont du Temple à Jérusalem, deux exemples parmi tant d’autres :
– Le Jerusalem Post du 27 août 2009 : le juge islamique en chef de l’Autorité palestinienne, Sheikh Tayseer Rajab Tamimi, a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve pour étayer les affirmations selon lesquelles des Juifs avaient jamais vécu à Jérusalem ou que le Temple avait jamais existé. Tamimi a affirmé que les archéologues israéliens avaient admis que Jérusalem n’avait  jamais été habitée par des juifs.
– L’édition du 22 novembre 1997 du journal palestinien, Al-Ayyam a publié une déclaration du chef religieux musulman de l’Autorité palestinienne, Mufti Ikrama Sabri :
La revendication des Juifs sur Jérusalem est infondée, et nous ne reconnaissons rien d’autre qu’une Jérusalem entièrement islamique sous contrôle islamique.

Ils osent contredire ce que disait le fameux grand mufti de Jerusalem !
Et pourtant, il avait fait ses preuves comme antisémite chevronné ce Grand Mufti : c’était le célèbre Hadj Amin Al Husseini*, l’organisateur de massacres de Juifs en Palestine Mandataire en 1920,1929,1936,1937, organisateur du grand Farhoud de Baghdad et des pogroms aux alentours en 1941, qui firent environ 200 morts. Il fut l’ami d’Hitler, donnant son avis sur la solution finale, créateur des légions SS musulmanes en Europe qui massacrèrent dans les Balkans.


Et bien, malgré tout, ce même Hadj Amin el Husseini reconnaissait que le Mont du Temple était un endroit historiquement juif sur lequel avait été bâti le Temple par le roi Salomon.

Les Palestiniens osent aussi contredire le gouvernement jordanien qui pourtant pendant 19 ans de son occupation de la ville de Jerusalem a détruit tout ce qu’il pouvait comme vestiges juifs, faisant exploser les synagogues, utilisant des pierres tombales comme latrines…

(Soldat de la Légion Arabe dans les ruines de la synagogue Hurva)

En effet, la Jordanie reconnaissait, elle aussi, le passé juif du Mont du Temple :
Les publications du Ministère du Tourisme jordanien entre 1948 et 1967 indiquent dans leurs brochures sur Jerusalem, tous les lieux historiquement juifs. Ils désignent sur une carte le Mont du Temple par son nom biblique Mont Moriah, mentionnent les écuries du roi Salomon, la vallée de Yeosaphat, le tombeau de Zacharie, le tombeau de Avshalom (fils de David), le mont Sion… La mosquée d’El Aqsa est bien sûr elle aussi mentionnée mais comme un bâtiment au sud du Mont du Temple…
Mais tout cela fut publié avant l’année 1967.

Après 1967, tout change. Sur les cartes plus de Mont Moriah, el Aksa n’est plus seulement une mosquée mais tout le Mont du Temple soit une superficie de 144 dunam (70 hectares)
Pourquoi ? Qu’y a t-il de nouveau en 1967?
Ce qui est nouveau est que les Israéliens ont délivré la partie orientale de la ville, occupée pendant 19 ans par la Jordanie*  et qu’ils désirent établir une synagogue sur le même grand terrain, ce qui leur avait déjà été autorisé par le calife Omar au 7ème siècle*. Mais ce qu’avait fait Omar, pour qui Jérusalem n’était pas une ville sainte, est impossible aujourd’hui.
La synagogue n’est en fait qu’un prétexte: Ce que ne supportent pas les musulmans d’aujourd’hui, qui ont ressorti les hadiths ommeyades sur la sainteté de Jérusalem, c’est que les Juifs soient retournés sur leur terre, non pas comme des dhimmi mais comme des égaux, transgressant les lois de dhimmitude.

En effet, il y a là un double problème pour l’islam :

– Le premier est théologique :
Si les Juifs reviennent à leurs lieux saints d’origine, comment expliquer encore que le judaïsme est une religion dépassée et mensongère ?
C’est pour cela qu’il est interdit aux Juifs, par les accords malheureusement passés avec le Waqf, de prier sur le Mont du Temple. Nous pouvons y aller après autorisation (!), jouer les touristes, éventuellement faire des selfies mais prier ça non !

Le plan de paix américain reconnait qu’Israel respectait les musulmans et les chrétiens et prévoyait pourtant une liberté de prière pour tout le monde:
« Contrairement à de nombreuses puissances précédentes qui ont régné sur Jérusalem et ont détruit les lieux saints d’autres religions, l’État d’Israël doit être félicité pour la sauvegarde des sites religieux de tous et le maintien d’un statu quo religieux. Compte tenu de ce bilan louable depuis plus d’un demi-siècle, ainsi que de l’extrême sensibilité concernant certains des lieux saints de Jérusalem, nous pensons que cette pratique doit être maintenue, et que tous les lieux saints de Jérusalem doivent être soumis aux mêmes régimes de gouvernance qui existent aujourd’hui. En particulier, le statu quo au Mont du Temple/Haram al-Sharif devrait être maintenu sans interruption.
Les lieux saints de Jérusalem doivent rester ouverts et disponibles pour les croyants pacifiques et les touristes de toutes confessions. Les personnes de toutes les confessions devraient être autorisées à prier sur le Mont du Temple/Haram al-Sharif, d’une manière qui soit pleinement respectueuse de leur religion, en tenant compte des horaires des prières et des fêtes de chaque religion, ainsi que d’autres facteurs religieux ».

Mais Ramallah ayant hurlé que même notre Kotel était musulman et ayant provoqué de nouvelles émeutes au nom de El Aqsa est en danger, alors l’administration américaine a fait marche arrière à ce sujet!

Ils nous est même interdit d’y boire de l’eau, pour nous désaltérer car nous transmettons des impuretés au réseau d’eau de la ville qui est pourtant un réseau municipal  sioniste!
Comme l’explique Danilette dans un de ses articles*:...La tactique est bien rodée, les hurlements hystérique Allah Ouakbar, les appareils photos et caméras distribués par les ONG pour pouvoir poster des vidéos sur les réseaux sociaux et dans les média… depuis peu, des Juifs aussi filment pour contrecarrer cette propagande mensongère…

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Selon les juifs qui sont montés sur l’esplanade ces derniers mois,  la situation empire de jour en jour, des groupes de femmes les harcèlent, hurlent, les empoignent (sans aucune pudeur puisqu’ils sont Juifs, ils ne sont pas dans la catégorie des « hommes ») et c’est intolérable, aucune mesure n’est prise par le gouvernement, comme en ce qui concerne les profanations quotidiennes des cimetières juifs et du plus ancien cimetière, celui du Mont des Oliviers (des Arabes sont payés environ 200 euros pour chaque pierre tombale renversée).
Vous comprendrez que la belle propagande de Leila Shahid
(petite-fille du Grand Mufti) pour les « Lieux Saints partagés est une vaste escroquerie!*…

– Le second est politique :
Ce n’est pas seulement Jerusalem, c’est tout l’état d’Israel qui pose problème. Le Juif selon l’islam est un dhimmi. Il n’a droit ni à un pays, ni à une armée. Il n’a droit ni à l’indépendance, ni à la souveraineté sur son territoire parce que celui-ci est devenu un territoire musulman.
Avant la création de l’état d’Israel et malgré les nombreux pogroms, les Juifs pouvaient se promener sur le Mont du Temple. Notre ami Ariel, dont la famille habitait dans la vieille ville, nous a raconté que son grand-père allait y pique-niquer en famille pendant les vacances de Soukot et de Pessa’h.
Aujourd’hui, le discours musulman nie le Mont du Temple. On vous parlera même de l’Esplanade des mosquées alors qu’il n’y en a qu’une !
Il est intéressant de noter cependant que les Saoudiens (les descendants de la famille Hachémite!) ont interdit l’entrée sur leur territoire (et donc au pèlerinage de La Mecque) au cheikh Raed Salah, qui dirige le mouvement islamique en Israel. Pourquoi ? Parce que lors d’un pèlerinage précédent, il avait rapporté un peu de l’eau de la source Zamzam* pour l’asperger sur le Mont du Temple et ainsi redonner par ce geste une sainteté musulmane et officielle à Jerusalem. C’est le même Raed Salah qui explique dans des discours enflammés, repris dans le monde arabe, que El Aqsa est en danger et qu’il faut la délivrer des infidèles juifs.

La vidéo ci-dessous montre un responsable saoudien, interpellé brutalement par un journaliste de la télévision Al Hiwar basée à Londres sur ce sujet. Il faut savoir que Al Hiwar est une station de télévision liée au Qatar et au ‘Hamas..

Le combat de l’islam sunnite est en fait un combat de l’islam pour sa survie. Les musulmans ont identifié le danger : si les Juifs reviennent chez eux et que judaïsme revient à la vie en Israel et bien sûr à Jerusalem, l’islam ne sera plus la seule et unique vraie religion.
Vous pensez qu’il y a de la place pour tout le monde? Après tout à chacun ses croyances ou non-croyances !

Mais non, dans l’islam, ce n’est pas possible : les autres sont tolérés plus ou moins mais doivent rester des êtres inférieurs, à leur place. C’est pourquoi les Palestiniens sont très sérieux quand ils disent comme Saheb Arekat ne pas pouvoir accepter un état qui n’aurait pas la partie est de Jerusalem comme capitale. Ils le pensent vraiment. Ils ne peuvent même pas accepter Abou Dis qui se trouve dans la proche banlieue de la ville. Ce qu’ils veulent c’est le Mont du Temple. Sinon, ils ne pourront pas relever la tête dans le monde musulman.
Comme le disait l’algérien Ben Bella : Je ne peux pas exister si l’autre (le non musulman) existe librement.
Pour les Palestiniens, laisser le Mont du Temple et Jerusalem dans les mains des Juifs, c’est une traîtrise envers l’islam. C’est la raison pour laquelle, vous voyez toujours sur leurs foulards et fanions, ces deux dessins : la carte d’Israel avec la mention de la rivière à la mer (du Jourdain à la Méditerranée) et la mosquée d’El Aqsa ou le bâtiment du Dôme du Rocher.

 

Les Palestiniens  comprennent que les pays occidentaux sont faibles, et qu’ils s’opposeront à la reconnaissance de  Jerusalem comme capitale d’Israel pour ne pas rentrer en guerre contre le monde musulman. Ils espèrent qu’enfin les Occidentaux uniront leurs forces pour retirer Jerusalem des mains des Juifs. Alors seulement a ce moment-là, ils pourront relever la tête devant le monde entier.

Et ce n’est pas qu’eux, ce sont tous les musulmans:
– Quel lien a donc le Qatar avec Jerusalem, lui qui finance et noyaute l’UNESCO, organisation pour qui le Mont du Temple est exclusivement musulman* ?
– Quel lien a donc le Maroc avec Jerusalem, lui qui dirige la commission Jerusalem à l’O.I.C (Organisation de la Coopération Islamique)*?
– Quel lien avec Jerusalem ont donc les cheikhs égyptiens lorsqu’ils enthousiasment leurs fidèles au cri de Jerusalem sera la capitale du futur califat ?
– Quel lien a La Turquie avec Jerusalem ? Erdogan l’islamiste rêve de reconquérir l’ancien empire ottoman et d’être à la tête du monde musulman? Il met Jerusalem à toutes les sauces et nomme de ce nom de nombreuses organisations turques.
– Quel lien avec Jerusalem ont les chiites iraniens, qui ne reconnaissent pourtant pas Jerusalem comme troisième lieu saint de l’islam?
Eh bien maintenant, pour des raisons politiques et aussi par haine du dhimmi qui a osé prendre son indépendance, même des chiites comme les Iraniens, avec qui Israel avait dans un passé pas si lointain de bonnes relations, revendiquent Jerusalem, et ceci depuis la révolution islamique de Kohmeini,. Avant Jerusalem ne les intéressait pas mais ils font pourtant eux-aussi partie de la commission Jerusalem à l’O.C.I.  Maintenant il y a en Iran le jour de Jerusalem, l’armée de Jerusalem etc…

Et les Occidentaux? Soit par veulerie, soit par antisémitisme larvé, ils préfèrent abonder dans le sens des musulmans.

Ce qui est intéressant, c’est que les Palestiniens viennent d’interdire aux Arabes sunnites des Emirats de venir prier sur le Mont du Temple suite à l’accord de reconnaissance passé avec Israel.
On dit que l’Arabie Saoudite prendra sans doute bientot le même chemin que les Emirats. Si la dynastie des Hachémites enterre la hache de guerre avec Israel, la sainteté de Jerusalem risque d’en prendre un coup dans le monde musulman!

A tous ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’au bout ces trois articles: bravo!
Pour écrire ces trois articles je me suis, entre autres, inspirée des travaux du Professeur Mordekhaï Kedar*, orientaliste et islamologue, professeur à l’Université Bar Ilan. Si vous parlez hébreu (même imparfaitement), vous pourrez suivre une de ses conférences qui traite de ce sujet:

A bientôt,

*Synagogue sur le Mont du Temple:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/02/les-generations-oubliees-3/

*Mes articles sur la libération de la vieille ville en 1967:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/category/histoire/fetes-juives/yom-yerushalayim/

* Interdiction de prier pour les juifs sur le Mont du Temple:
https://fr.timesofisrael.com/friedman-statu-quo-qui-interdit-aux-juifs-de-prier-au-mont-du-temple-inchange/

* Impureté transmise par les infidèles: Voir l’article de Danilette:
http://www.danilette.com/2015/06/les-juifs-interdits-de-boire-de-l-eau-sur-l-esplanade-des-mosquees.html

* Sur le site Iran Resist: en 2006, les mollahs iraniens voulaient badger les Juifs, chrétiens et zoroastriens pour leur interdire de boire de l’eau des puits musulmans. Cette loi n’a parait-il pas été votée mais elle rappelle l’histoire d’Asia Bibi, cette pakistanaise emprisonnée pendant des années au Pakistan pour avoir bu de l’eau dite musulmane
https://www.iran-resist.org/article2145.html

* Exposition à Marseille au Musée des civilisation de l’Europe et de la Méditerranée:
http://www.danilette.com/2015/05/reecriture-de-l-histoire-lieux-saints-partages-une-exposition-de-propagande.html

*La source ou puits de Zamzam se trouve La Mecque. D’après la tradition musulmane, on trouve l’accès du puits sacré en tournant le dos à la Kaaba. De larges marches descendent sous le temple. Une ouverture est réservée aux hommes, une autre aux femmes. À l’origine, la source se trouvait près de la station d’Abraham  sorte d’escabeau rocheux sur lequel celui-ci s’est hissé pour fixer la Pierre Noire. Le roc porte deux empreintes profondes de pieds joints.

* Déclaration de l’UNESCO:
https://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/05/02/31002-20160502ARTFIG00135-quand-une-resolution-de-l-unesco-reecrit-l-histoire-de-jerusalem.php
Cette attitude n’a rien de nouveau. Il y a une cinquantaine d’années, ma mère avait déjà résilié son abonnement au Courrier de l’Unesco, furieuse de constater que dans tout un numéro consacré aux écritures du Moyen-Orient, l’hébreu n’avait même pas été mentionné.

*Comité Al Quds (Comité de Jerusalem) de l’O.C.I:
https://www.oic-oci.org/page/?p_id=174&p_ref=58&lan=fr

* Le professeur Mordekhaï Kedar est connu pour être un très bon spécialiste du monde arabe, à tel point qu’il est parfois interviewe sur AL Jazzira. Il a des idées particulièrement novatrices pour résoudre le conflit israélo-palestinien:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/02/16/une-nation-palestinienne/

Jerusalem, une ville sainte pour l’islam? (2/3)

Nous avons vérifié les sources premières: la vie de Mahomet et le texte du Coran, Vérifions maintenant les sources secondaires: les hadith.

Que sont les hadith?
Ce sont des textes qui indiquent au musulman comment pratiquer sa religion au jour le jour, le Coran ne donnant que des directives générales. Le monde des hadith est gigantesque: ce sont essentiellement des recueils  d’histoires transmises oralement sur Mahomet et ses compagnons, elles sont très importantes car elles sont à la source de la loi islamique.
Cependant, qui dit transmission orale, et sans groupe de contrôle ni sur le contenu ni sur la chaîne de la transmission,  dit automatiquement risque de transformation du hadith originel. De multiples groupes créeront leurs propres hadith pour se donner une légitimité politique et religieuse: nous sommes les vrais héritiers du prophète ! C’est ainsi que par exemple, après la rupture avec les partisans de Ali et la création de l’islam chiite, de nombreux hadith ont été créés par les chiites pour asseoir leur pouvoir au détriment du monde sunnite. Mais les sunnites ne voulant pas être en reste, ils ont créé aussi de nombreux hadith pour des raisons politiques anti-chiites.
La situation est tellement incontrôlable que du côté sunnite, soit 200 ans après la naissance de l’islam, un groupe de neuf sages essayent de mettre un peu d’ordre en vérifiant au moins la chaîne de transmission des hadith. Au 9 ème siècle, tous ces hadith estimés véridiques seront rassemblés par un érudit musulman nommé Muhammad Al Bukhari*.


(Mausolée de Muhammad Bukhari à Samarkand)

Pardonnez-moi cette parenthèse dans le monde des hadith, elle me semblait nécessaire avant de parler de ceux qui concernent Jerusalem.
Pour bien  situer ces derniers, il nous faut revenir à la période qui suit la mort de Mahomet en 632, celle des premiers califes. Il est très important de se souvenir que l’islam s’est construit ainsi autour de trois tribus en tant qu’entité politico-religieuse.
Après la mort de Mahomet, la grande tribu des Quraish se divise en trois grandes familles : celle des Ommeyades qui s’installe dans ce qu’on appelle à l’époque le pays de Cham (Syrie, Liban, Israel), celle des Abbassides qui s’installe dans la région de Djazira entre l’Euphrate et le Tigre en Irak et la troisième, celle des Hachémites, d’où est issue la famille de Mahomet, qui reste en Arabie.

Les conquêtes musulmanes se multiplient et c’est ainsi qu’en 637, le calife Omar conquiert Jerusalem qui était jusque-là byzantine*. Ayant conquis la ville, Omar arrive sur le mont du Temple, suivi par le juif yéménite Kaav, qui se trouve de facto être le premier juif autorisé à entrer dans la ville depuis l’époque romaine. Par respect, pour le lieu, Kaav enlève ses chaussures. Omar se fâche alors, l’accusant de vouloir judaïser l’endroit et le somme de les remettre !  Omar, l’un des proches du prophète, ne considère-t-il donc pas que Jerusalem est aussi une ville sainte pour l’islam ?
Aurait-il oublié ? Non ! Il est très clair avec Kaav : Remets tes chaussures ! Omar sait que cet endroit est sacré pour les Juifs et pas du tout pour les musulmans !
Omar prend encore une autre décision dans le même sens :
Comme les Juifs de Jerusalem se tournent vers le Nord pour prier en direction du Temple, le calife dit à ses compagnons : Priez en direction du sud, en tournant le dos au Temple mais en regardant La Mecque.
Omar sait donc bien que la sainteté, plus que temporaire, octroyée à Jerusalem par Mahomet a bien été annulée quelques années plus tard.

(Tombe du calife Omar à Medine)

Les califes se succèdent rapidement, ils sont en général assassinés. Arrive au pouvoir Muammyya, un ommeyade, qui transfert la capitale du califat à Damas pour des raisons logistiques : la ville est plus centrale que Médine, la région est riche en eau et en pâturages et est mieux située pour le commerce. Commence alors une querelle entre les Hachémites qui perdent leurs ressources et les Ommeyades qui vivent dans la région la plus riche du Moyen-Orient et qui se sont bien éloignés des préceptes de l’islam, se faisant automatiquement absoudre de leurs péchés en venant une fois par an en pèlerinage à la Mecque.
Ce qui met le feu aux poudres, c’est l’assassinat de Hussein, petit-fils de Mahomet à Kerbala (Irak) par un des Ommeyades à qui il refusait de prêter allégeance.  En 682, un des Hachémites, Abdallah ibn Zubayr, interdit alors aux Ommeyades le pèlerinage à La Mecque.

(Territoires gouvernés par les Omméyades en rose et ceux gouvernés par Ibn Zubayr en bleu)

En réponse les Ommeyades décident alors de partir en pèlerinage à Jerusalem, facilement accessible. Mais comment faire accepter cette décision aux musulmans d’une nouvelle sainteté de Jerusalem ?
En écrivant de nouveaux hadith qui confirmeront Jerusalem comme ville sainte; ceci à la fois au dépend des Hachémites mais aussi des chiites.
Comme ils faut les fonder sur le texte du Coran, le plus célèbre de ces hadith utilise donc une histoire, qui se trouve dans le Coran au chap 17, et qui décrit un voyage nocturne et miraculeux du prophète, emporté dans les airs sur le dos de son cheval, depuis La Mecque jusque vers une mosquée lointaine :
Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur [Muhammad], de la Mosquée al-Haram (celle de la Mecque) à la Mosquée al-Aqsa dont nous avons béni l’alentour, afin de lui faire voir certaines de nos merveilles
Cette histoire est bien connue et les musulmans de la génération de Mahomet n’y ont jamais vu une allusion à une mosquée de Jerusalem (qui à l’époque n’avait pas encore été conquise par les musulmans) mais tout simplement à une mosquée de la région de La Mecque où Mahomet allait parfois prier:
La tradition musulmane ancienne nous confirme d’ailleurs que la mosquée al-Aqsa est proche de La Mecque dans la péninsule arabique. Cela a été déclaré sans équivoque dans le Kitab al-Maghazi, un livre de l’historien et géographe musulman al-Waqidi qui vivait au huitième siècle. Selon al-Waqidi, il y avait deux « masjids » (mosquées) à al‘Jorranah, un village  où Mahomet allait souvent prêcher : l’une était « la mosquée la plus proche » (al-masjid al-adna) , au centre du village et  l’autre était « la mosquée la plus éloignée » (al-masjid al-aqsa), de l’autre côté de l’oued où Mahomet priait quand il prêchait dans la région.
Comme cette description par al-Waqidi, soutenue par une chaîne de garants de la transmission isnâd* إسناد, était gênante pour la propagande ommeyade du 7ème siècle, les califes ommeyades seront obligés d’inventer de nombreuses traditions qui justifieront le pèlerinage à Jerusalem.
Pour convaincre les musulmans:
– Ils vont construire sur  le mont du Temple un bâtiment qui deviendra le Dôme du Rocher*, bâtiment à 8 côtés alors que celui qui entoure la pierre de la Kaaba n’en a que quatre.
– Ils déclareront que si à La Mecque le pèlerin obtient 7 bénédictions pour ses efforts, le pèlerin à Jerusalem en obtiendra 77, voire plus si le pèlerinage se fait en hiver par mauvais temps.
– Enfin, et pour asseoir définitivement la supériorité de l’slam sur le judaïsme et le christianisme, ils écriront  dans leurs hadith qu’à Jerusalem Mahomet est conduit par l’ange Gabriel dans les mondes supérieurs. Il y rencontre les principaux personnages du Tanakh ainsi que Jésus. Tous lui cèdent la place pour qu’il dirige la prière. Ce n’est pas une simple anecdote: quand les personnages du Tanakh et du Nouveau Testament renoncent en sa faveur, ils acceptent de facto de se soumettre. Ils rentrent en dhimmitude et passent le sceptre à l’islam. Plus personne ne peut plus accuser Mahomet de plagiat. Au contraire ce sont le judaïsme et le christianisme qui sont devenues des religions mensongères.

C’est ainsi que sur la base de toute un ensemble de hadith écrits par les Ommeyades, et dont je ne vous ai donné que quelques exemples,  qu’est née la sainteté de Jérusalem.
Mais…
Dix ans plus tard, le même Abdallah ibn Zubayr, celui qui s’était révolté contre les Ommeyades, est arrêté, égorgé et crucifié. Les Ommeyades peuvent revenir en pèlerinage à La Mecque et ces hadith sont rangés au grenier. La sainteté musulmane de Jérusalem est mise à nouveau au placard ! Et elle y restera jusqu’en 1187. Soit pendant près de cinq siècles !

En 1187, Saladin reprend ces hadith ommeyades pour galvaniser ses troupes. En effet, ce qui se prépare n’est pas une bataille comme les autres. Les troupes de Saladin vont se battre non pas contre des musulmans mais contre des infidèles, les armées croisées. Ce sera la bataille de Hattin (à côté de Tibériade) qui verra la défaite des troupes croisées et la fin de leur royaume.

(Le lieu de Karnei Hittin qui domine le Kinneret)

On aurait pu penser que vu la fin du  royaume croisé, le monde musulman remettrait à l’ordre du jour les hadith ommeyades sur la sainteté de Jerusalem. Mais non! Ils retombent à nouveau dans l’oubli.
Quand, au 13ème siècle, Ibn Taimiyya* écrira un livre dans lequel il dénie toute sainteté à la ville de Jerusalem, son ouvrage ne créera aucune polémique…

Le monde musulman oubliera Jérusalem et sa sainteté à un tel point que lorsque les Britanniques arriveront à Jérusalem en 1917, le mont du Temple sera un terrain vague, complètement abandonné. On voit encore sur des photos datant de 1875 les mauvaises herbes qui poussent entre les pavés…

A bientôt et rendez-vous bientôt pour la troisième partie de l’article!

 

* Le recueil des hadith vérifiés et acceptés comme vrais par Muhammad Bukhari le sont-ils vraiment ? Actuellement, un jeune chercheur marocain, Rashid Aylal, estime dans son livre Sahih Al Boukhari, fin d’une légende, que ce fameux recueil de hadith, présenté actuellement comme Le Recueil, est lui-même falsifié ! Il s’appuie d’ailleurs sur l’opinion d’un mystique soufi du nom de Ghazali (1058-1111) et d’un très important sage de la sunna, IbnTaymmyah, qui tous deux soutenaient que les hadith sur Jerusalem étaient des inventions politiques et que Jerusalem n’était pas une des villes saintes de l’islam.

* Ibn Taymmyah (1263-1328) est à l’origine de la doctrine salaf, celle suivie par les salafistes. Il désirait que le judaïsme soit anéanti.

* La conquête de Jerusalem: en fait la ville dirigée par Sophronius avait préféré se rendre pour éviter le massacre de ses habitants.

* Le califat abbasside succédera à celui des Ommeyades.

* Le dôme du Rocher قبة الصخرة, Qubbat As-Sakhrah  et en hébreu  כיפת הסלע, Kippat ha-Sel‘a, appelé à tort mosquée d’Omar a été édifié par  le calife omméyade Abd El Malik Ibn Marwan en 691.
Identifié par la tradition musulmane contemporaine comme le but du voyage nocturne de Mahomet. La tradition biblique y situe également le mont Moriah, lieu de la ligature de Yitshak et celui qui fut le centre du Temple bâti par le roi Salomon. En fait le calife Omar a bien une mosquée qui porte son nom mais elle se trouve à côté de l’église du Saint Sépulcre où Sophronius lui avait remis les clefs de la ville.

* Isnâd: désigne pour un hadith la chaîne des garants ou transmetteurs d’une information. L’isnâd se présente généralement sous la forme « Untel me rapporta qu’Untel lui avait rapporté qu’Untel… », et précède l’information elle-même, qu’il s’agisse d’un fait ou d’une citation. Il permet ainsi de reconstituer la circulation de l’information, du premier au dernier émetteur. Dans le hadith, l’isnâd a valeur de témoignage. Cette chaîne des témoins et la fiabilité que l’on attribue à ceux-ci permettent d’évaluer le degré de recevabilité du hadith.

 

Jerusalem, une ville sainte pour l’islam? (1/3)

J’ai toujours trouvé arrogante cette phrase de De Gaulle: Vers l’orient compliqué, je volais avec des idées simples« .
Je n’ai rien contre les idées simples, elles sont même parfois nécessaires, l’ennui est qu’elles sont souvent  simplistes et ne reflètent qu’une ignorance satisfaite d’elle-même.

La question de Jérusalem,  par exemple,  est une des pierres d’achoppement des plus difficiles, des plus profondes et explosives car elle touche au religieux qui est un des plus importants paramètres à prendre en compte lorsqu’on veut comprendre le Moyen-Orient. Mais comment réfléchir sur les sujets de Jerusalem et du Mont du Temple quand on entend régulièrement cette phrase censée clore tous les débats : Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam?

Voyons ce qu’il en est:

Pour les Juifs, il est évident que Jérusalem est non seulement la capitale de l’état d’Israel mais qu’elle qu’elle est le fil rouge de toute notre histoire depuis le jour où le roi David en a fait sa capitale. Si on ouvre un texte juif, que ce soit le Tanakh ou un texte postérieur, religieux ou non, il est clair que nous avons un lien indestructible avec cette ville. Les exemples sont innombrables et j’ai déjà écrit un certain nombre d’articles à ce sujet*.

Pour le christianisme, il suffit d’ouvrir un nouveau testament pour se rendre compte que les événements centraux et fondateurs du christianisme se passent à Jérusalem.

Pour les musulmans, il est évident que le monde musulman se bat actuellement pour Jérusalem. On parle de l’intifada Al Quds (Jérusalem en arabe)  ou intifada El Aqsa * et non pas par exemple de l’intifada de Taïbé, Yafo ou même Haïfa, villes qui comptent pourtant une population musulmane importante.

Mais qu’en est-il réellement?
I – D’un point de vue historique :
Jérusalem n’a jamais été une capitale ni d’un pays arabe ni d’un pays musulman. A Jérusalem il n’y a jamais eu ni roi, ni calife, ni émir. Et la Jordanie, qui réclame maintenant la Judée et la Samarie ainsi que Jérusalem comme capitale pour un état palestinien, ne les a jamais réclamées comme telles pendant les 19 ans où ce territoire était entre ses mains (de 1948 à 1967). Il en est de même pour la Ligue Arabe et le reste des pays musulmans.
La Palestine n’était qu’un territoire administratif aux frontières variables, un pashalik, qu’administrait un pasha, et Jérusalem se trouvait dans le canton (sandjak ou mutessariklif) de Jérusalem. En bas de cette carte de plus de cent ans, vous voyez inscrit: limites entre la Syrie et l’Egypte. Aucune mention de la Palestine.

II- D’un point de vue religieux :
C’est vrai. Dans certains textes, Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam ! Mais… Cela ne concerne que l’islam sunnite et non pas l’islam chiite.
Pour les chiites, le troisième lieu saint de l’islam est la ville de Nadjaf en Irak. C’est dans cette ville qu’est enterré Ali, le fondateur de l’islam chiite ainsi qu’un certain nombre de sages.

(Mosquée d’Ali à Nadjaf)

Or le monde chiite, représente le sixième du monde musulman soit 250 millions de personnes (on compte un milliard et demi de musulmans dans le monde), ce n’est pas rien et pour tous ces gens, Jérusalem n’est pas le troisième lieu saint de l’islam.

Maintenant qu’en est-il pour le monde musulman sunnite ? Les choses sont plus compliquées et nous devons interroger les sources premières : la vie de Mahomet et le Coran:

1) La vie de Mahomet :
Mahomet (570-632), de la tribu des Quraish, est le fils d’une famille dominante de la ville de la Mecque en Arabie.

(La tribu des Quraish et La Mecque se trouvent proches de la mer rouge, vers la ville de Jeddah)

Son grand-père est le prêtre de la Kaaba. A cette époque la Kaaba symbolise la déesse de la fertilité. Les Arabes étant païens, ils adorent bien sûr d’autres dieux ainsi que le dieu Allah, dieu abstrait qui chapeaute tous les autres. La Mecque n’est pas un simple village isolé. A l’époque c’est déjà un centre commercial important où se retrouvent pour les foires toutes les tribus de la région.
Un jour, sans doute vers l’année 608-609, arrive à La Mecque un Juif du nom de  כעב (Kaav). On ne sait pas grand-chose de lui, il semble avoir été en disgrâce dans sa communauté d’origine au Yémen. Mahomet est impressionné par les histoires du Tanakh que raconte cet homme mais aussi par sa foi en un dieu qu’on ne représente pas, un peu comme Allah.
Mahomet fait alors de même. Les habitants de la Mecque n’apprécient pas et lui rétorquent qu’ils connaissent déjà ces récits, qu’ils les ont déjà entendus de la bouche des commerçants juifs et chrétiens et qu’elles ne les concernent pas.
En fait, ce qu’ils n’apprécient surtout pas c’est que non seulement Mahomet essaye de les convertir à une autre religion, mais exige aussi d’eux une conduite différente, stricte sur certains principes qui s’opposent aux coutumes du lieu* et les menace même d’un jour du jugement.
Ayant échappé de peu à un assassinat, Mahomet doit donc fuir à Médine en 622 avec ses disciples. Il y devient juge et finit par diriger la ville. Là aussi, il prêche la nouvelle doctrine aux habitants. Or, à Médine la moitié de la population est juive, c’est donc eux qu’il veut convaincre en premier. Il leur envoie donc Kaav, ce juif yéménite dont on ne sait pas s’il était devenu musulman ou pas, et qui est en tout cas son ambassadeur auprès des Juifs de Médine.
Les Juifs refusent de se convertir, expliquant à Mahomet qu’ils possèdent la version originale de tous ces récits et dans la langue originale !
Pour arriver à les convaincre, Mahomet décide que la prière se fera en direction de Jerusalem. Il donne donc pour la première fois par ce geste une certaine sainteté à Jerusalem.

Comme les Juifs n’acceptent toujours pas, il s’en prend à leurs cultures, leur bétail, leur maisons et enfin égorge les homme et enlève les femmes. Il se conduira de la même manière avec deux tribus juives qui vivent dans la région, ainsi qu’avec ceux qui se battirent à Kaybar* en mai 628.

Ayant tué tous les Juifs de la région, il n’a donc plus de raison de prier en direction de Jerusalem.
Il annonce que dorénavant la prière se fera en direction de La Mecque, ville qu’il conquiert en 630. Il y supprime tous les dieux sauf la Kaaba et décide qu’elle est un cadeau que Dieu-Allah a donné à Ibrahim lorsqu’il faillit égorger son fils Ismaël. Par ce fait, il islamise le texte de Bereshit, (Genèse) chap 22, appelé en hébreu עקדת יצחק  (akedat yitshak), la ligature d’Isaac.

(Dessin explicatif de ce qu’est la Kaaba)

2) Le Coran, texte révélé par Dieu à Mahomet, son prophète.
Il est important de noter qu’autant sa décision de prier en direction de Jerusalem était  d’origine politique, autant sa nouvelle décision de prier en direction de La Mecque est, elle, d’origine divine, puisque révélée par Dieu dans une vision.
De plus, dans le texte du Coran lui-même, texte des révélations de Mahomet, Jerusalem n’est pas mentionnée une seule fois ni sous son nom hébraïque, ni sous son nom romain Aelia Capitolina, ni sous un de ses noms chrétiens grecs Ierousalēm (Ιερουσαλήμ), ou syriaque Ūrišlem (ܐܘܪܫܠܡ) ou latin Hierosolyma.
La première source de l’islam, révélation divine, le Coran, ne s’intéresse donc pas à Jerusalem

Ici se termine le premier chapitre d’une  sainteté temporaire de Jérusalem qui aura duré moins de 8 ans.

Nous verrons dans le prochain article que Jerusalem est mentionnée  dans certains hadith sous le nom de Beis el makdes, c’est-à-dire en hébreu  בית המקדש (beit hamikdash), le Temple de Jerusalem, construit par le roi Salomon.

A bientôt,

* Mers articles sur Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/category/ballades/jerusalem-ballades/
et bien d’autres encore…

* La seconde intifada qui a duré de 2000 à 2005 est appelée en arabe l’intifada Al Aqsa. Cette épouvantable période de terreur ciblait surtout les civils et a causé la mort de plus de mille israéliens

* Il leur explique par exemple qu’il est interdit de tricher sur les poids, que tous les hommes sont des créatures du même dieu et qu’ils ne doivent plus s’adonner à l’esclavage, qu’ils ne doivent pas non plus enterrer vivantes les petites filles à leur naissance lorsqu’ils estiment qu’ils en ont trop dans la famille. Il y a un chapitre entier dans le Coran à ce sujet : les habitants de la région tuaient souvent leurs filles à la naissance car elles ne servent pas à grand-chose (elles mangent et ne combattent pas).

* Khaybar, symbole de la défaite des Juifs par les musulmans, a fortement imprégné la culture populaire dans sa perception du conflit israélo-arabe, inspirant un chant souvent clamé lors de manifestations anti-israéliennes partout dans le monde: Khaybar Khaybar ya Yahud, jaysh Muhammad sawfa ya‘ud (« Khaybar, Khaybar ô Juifs, l’armée de Mahomet reviendra. ») » ou, au Liban, Khaybar, Khaybar ya Sahyun, Hizbullah qadimun (« Khaybar, Khaybar ô Sionistes, le Hezbollah arrive »). Le Hezbollah a d’ailleurs baptisé l’un de ses missiles Khaybar-1. L’Iran en a fait de même pour son fusil, Khaybar-KH2002.