Monter à Jerusalem

Le nom de chaque fête nous renvoie à des images, des odeurs, des chants particuliers: pour Rosh Hashana c’est la pomme dans le miel, Soukot, les repas pris dans la souka, Hanouka, les 8 bougies de la Hanoukia et les beignets, Pourim les déguisement, la Meguila d’Esther et les oreilles d’Haman, Pessah, la Haggadah et les matzot et pour Shavouot, la nuit d’étude, la Meguila de Ruth et les les gâteaux au fromage. Mais on ne pense pas souvent que Shavouot fait partie des trois fêtes de pèlerinage et nous oubions la עליה לרגל (aliya lareguel) , montée à pied ou pèlerinage jusqu’au temple de Jerusalem. Et pourtant, c’est ce que faisaient nos ancêtres trois fois par an, pour Pessa’h, Shavouot et Soukot!
Alors imaginons:
Voici une famille vivant à l’époque du deuxième Temple qui n’habite pas à Jerusalem:


(Photo prise du site Live the Bible: https://livethebible.co.il/en/)

Trois fois par an, les membres de cette famille sont censés monter à Jerusalem, pour les trois fêtes de pèlerinage*. Ce n’est pas une mince affaire: Ils doivent laisser leurs troupeaux, leurs champs, fermer la maison. Sans doute ne partent-ils pas tous à chaque fois car les bêtes ont besoin d’être soignées et le travail des champs ne connait pas de répit. Et que faire des enfants, des malades et des personnes âgées?

Dans le livre de Samuel il nous est raconté une histoire familiale qui se passe pendant un de ces pèlerinages. Celui-ci a lieu à Shilo* et non pas à Jerusalem car l’histoire se passe une centaine d’années avant le retour de l’arche d’alliance* à Jerusalem et la construction du Temple, mais la route n’en est pas plus facile pour une famille qui vient des montagnes d’Ephraim…
Ainsi Elkana (le père de famille) partait de sa ville, chaque année, pour se prosterner et sacrifier à l’Eternel dans Shilo… Il s’agit de l’histoire bien connue de ‘Hanna, la femme stérile d’Elkana, qui pleure et prie à Shilo, pendant ce pèlerinage, pour avoir un enfant qu’elle promet de consacrer à Dieu. Le prophète Shmuel sera cet enfant…
Mais que se passe-t-il après sa naissance?  Le mari, Elkana, étant parti (à nouveau) avec toute sa maison pour faire au Seigneur son sacrifice annuel et ses offrandes votives,  Hanna ne l’accompagna point, car elle dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai… La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. 2 Quand elle l’eut sevré… elle le conduisit à la maison du Seigneur, à Shilo. (I Samuel, 1)

Il est évident que beaucoup restaient chez eux et s’impliquaient indirectement en payant une taxe d’un demi shekel, la taxe annuelle que tout le monde devait donner au Temple.
Le mot shekel, vient de la racine שקל (SH K L) qui veut dire peser. Le shekel est mentionné de nombreuses fois dans le Tanakh. Par exemple, c’est en shekel qu »Avraham achète la grotte de la Ma’hpela à Hevron* pour y enterrer sa femme…
A l’époque du deuxième Temple, le shekel représentait environ 2 % du salaire mensuel moyen. Il servait à l’achat des animaux pour les sacrifices. Après la destruction du Temple, ce don d’un demi-shekel continua comme don aux pauvres. Comme la valeur des pièces d’argent était fluctuante, on se basait sur le shekel en argent frappé à Tyr. On a découvert des pièces d’un demi shekel dans tout le pays.

Ceux qui partaient en pèlerinage arrivaient souvent à Jerusalem au terme d’une route difficile. Il faut se souvenir que Jerusalem se trouve à environ 800 m d’altitude.
On sait d’après la Mishna que le Sanhedrin était chargé de réparer les routes pour les voyageurs, et d’indiquer l’emplacement des tombes. Il faut dire que lorsque quelqu’un mourait en chemin, il fallait l’enterrer sur place, quitte à rassembler ses ossements l’année suivante pour les enterrer correctement dans l’ossuaire familial. Les nombreuses lois de pureté, parfois difficiles à comprendre de nos jours, exigeaient que les voyageurs ne se reposent pas par mégarde  sur des tombes pendant leur voyage mais si cela se produisait, ils trouvaient sur leur chemin des מקוואות (mikvaot), réservoirs d’eau pour se purifier, eux aussi signalés et entretenus par le Sanhedrin. On en a trouvé un certain nombre, dans le Goush Etsion*,  sur la route menant à Jerusalem, . Comme le Gush Etsion est la dernière étape en venant de Beer Sheva avant l’entrée à Jerusalem, les archéologues pensent qu’il s’agit des mikvaot destinés aux pèlerins.

                                                     (http://etziontour.org.il)

La famille de pèlerins arrive maintenant à Jerusalem. Elle s’arrête sans doute tout d’abord à Shiloa’h, ce grand bassin étant alimenté par la source Gui’hon. 

(Carte datant de 1730: dans le quart inférieur droit, on peut voir un rectangle rouge indiquant la piscine de Shiloa’h à l’extérieur des murailles.
Pour rejoindre le Temple, une portion de route -non indiquée sur la carte car elle n’avait pas été encore découverte- fait suite à  la route venant du Sud. Geographicus rare antique maps, auteur inconnu
)

Bien que de nombreuses sources alimentent la ville de Jerusalem, celle du Gui’hon a toujours eu un statut spécial. Son eau était en effet la seule à être utilisée dans le Temple: elle servait par exemple pour la cérémonie de purification de l’eau, ניסוך מיים (Nissoukh mayim) lors de la fête de Soukot:

(dessin de Dafna Levanon)

En 1995, les archéologues Ronny Reich et Eli Shukron commencèrent à fouiller aux alentours de la source Gui’hon et ont découvert les restes de la piscine de Shiloa’h. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, elle est beaucoup étroite et ressemble à un canal alors que les textes nous la décrivent grande et proche d’un carré. Ceci parce que le reste du terrain sous lequel la piscine originelle se trouve appartient à l’Eglise orthodoxe grecque qui refuse toute recherche archéologique. 

Mais si la famille s’arrête au Shiloa’h, ce n’est pas seulement pour se purifier, c’est aussi pour remplir ses outres, se délasser, écouter les dernières nouvelles, les potins, trouver une chambre en ville et peut-être un conjoint pour les enfants…
Il était difficile de trouver une chambre en ville pendant les trois fêtes de pèlerinage. La ville était pleine à craquer. Les Yerushalmim* devaient accueillir gratuitement les pèlerins mais la coutume voulait qu’il reçoivent des cadeaux en retour. Cependant, il  est sûr que tout le monde ne pouvait pas loger à l’intérieur des murailles et les pèlerins campaient sur les collines avoisinantes.


Une fois reposés, ils entrent dans la ville et sont aussitôt happés par la foule qui déambule dans des rues  étroites et bordées de magasins.
Les archéologues ont découvert ici des poids et des tasses en pierre pouvant avoir servi de tasses à mesurer. Ils ont également découvert des tablettes en terre où étaient gravées les lettres ק ר ב ן (Kuf Resh Bet Nun) formant le mot Korban, sacrifice et en dessous du mot Korban, le dessin de deux oiseaux morts. C’étaient des écriteaux indiquant que le commerçant vendait tout ce qui était nécessaire pour les sacrifices. Il est logique de penser que la plupart des gens achetaient les animaux à sacrifier tout près du Temple à Jérusalem, plutôt que de s’embarrasser pendant le voyage d’animaux  qui risquaient de tomber malades voire de mourir.

Cette fois, la famille est prête à entrer dans la principale cour du Temple et traverse les portes de ‘Hulda, un ensemble de deux portes sur la partie ouest et d’une porte triple sur la partie est. 

On ne peut plus entrer dans les sous-sols du Temple. Ces portes sont  murées depuis l’occupation arabe et la construction de la mosquée d’El Aqsa. Cependant, même si le Waqf interdit de les ouvrir, on est sûr qu’elles menaient au Temple.
Elles sont d’ailleurs mentionnées dans la Mishna: Tous ceux qui entrent dans le Mont du Temple (par les portes de « Hulda) entrent à droite [est], se promènent et sortent à gauche [ouest]. . . (Mishna Midot 2: 2). Pourquoi des directives aussi précises?
C’est que le Sanhedrin avait décrété des sens de circulation pour réglementer les entrées et les sorties.
Une seule exception: Celui qui a connu un malheur, entre le mont du Temple par la gauche. (Quand on lui demande) Pourquoi entres-tu par la gauche? (Il répond) « parce que je suis en deuil« . [Ils répondent:] ‘Que Celui qui habite dans cette maison vous réconforte. (Ibid, 2: 2)

Le périple de la famille est achevé. Ils vont pouvoir apporter leurs sacrifices au Temple. Ils repartiront chez eux sans doute fourbus, attendus avec impatience dans leurs village, racontant leurs aventures et les enjolivant sans doute quelque peu, après tout que serait la vie sans quelques broderies…

 

A bientôt,

 

 

*Les trois fêtes de pèlerinage ou shalosh regalim: ce sont les fêtes de Pessa’h, Shavouot et Soukot. Le mot רגלים (regalim) vient de la racine ר ג ל (R G L) qui a donne le mot pied רגל (Reguel) et habitude הרגל(Herguel).
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/16/on-marche-au-pas-enfin-presque/

*L’arche d’alliance et Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/arche-dalliance/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

*Le goush Etsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/01/23/le-chemin-des-patriarches-4-le-goush-etzion/

*Mikve:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

*Dans la  Parachat Shkalim » (Shemot-Exode 30:11-16):
 L’Éternel parla à Moshe en ces termes:  « Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement… Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-shekel… Quiconque fera partie du dénombrement depuis l’âge de vingt ans et au-delà doit acquitter l’impôt de l’Éternel. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du shekel,

*Le shekel est le nom de la monnaie israelienne depuis 1980. Avant, nous avions garde les livres (d’origine britanniques). Déjà en 1902, dans son roman l »Altneuland, Herzl parlait du shekel:
David se tourna vers la vendeuse: « Quel est le prix des gants des deux messieurs? »
« Six Shekels »
Kingskort ouvrit grand les yeux:
« Qu’est-ce que c’est que ça? »
David sourit: « C’est notre monnaie. Nous avons réintroduit notre ancienne monnaie.

*Les Yerushalmim: les habitants de Jerusalem. C’est quand même plus joli que les Hyerosolomitains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Fouilles sur le Mont du Temple: Ce site se trouve depuis 1.300 ans sous la responsabilité des autorités musulmanes. En raison des sensibilités politiques et religieuses, aucune fouille archéologique méthodique n’a été permise sur le site. En 1967, après la guerre des six jours, Israël a malheureusement cédé le contrôle du Mont du Temple à l’administration du Waqf, organisation  en charge des sites musulmans.
La loi israélienne exige qu’avant  toute construction sur un site archéologique, des fouilles de sauvetage soient entreprises. Mais en 1999, dans le cadre de la construction de l’entrée d’une nouvelle mosquée, l’administration du Waqf a illicitement creusé une grande fosse sur le Mont du Temple, ignorant la loi. A peu près 400 camions ont déversé 9000 tonnes de terre et de gravats remplis d’artéfacts dans la vallée du Kidron, à quelques kilomètres de là. Les archéologues israéliens les ont aussitôt récupérés et y ont trouve des trésors.

 

 

 

 

 

 

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Pardon d’avoir gagné!

Le Yom Yerushalayim est le jour qui célèbre la réunification de la ville de Jerusalem après une parenthèse de 19 ans, de 1948 à 1967, lorsque la partie est de la ville fut occupée par la Jordanie.

Le titre de mon article est celui d’un d’un livre publié en 1967 par Ephraim Kishon et Dosh, le créateur de Sroulik, petit personnage, naïf, gouailleur et sioniste.

Ce livre סליחה שנצרנו (Sli’ha shenitsarnou), « Pardon d’avoir gagné », est un recueil des articles du premier et des caricatures du second publiés pendant la période de la guerre des six jours. Il ne s’agit pas d’un album qui crie victoire mais qui parle plutôt d’un peuple qui a vécu dans une angoisse existentielle pendant les mois précédents la guerre. Leurs dessins et articles humoristiques étaient selon leurs paroles les « munitions légères » qui ont permis aux Israéliens du עורף (Oref), le front intérieur* et aux soldats de tenir le coup émotionnellement.

(C’est la couverture de la réédition du livre pour commémorer les 50 ans de guerre des six jours. La libération de Jerusalem: le vilain sur la droite est bien sur Nasser qui a perdu une chaussure en s’enfuyant)

Dosh a accompagné les troupes de Tsahal au moment de l’offensive sur Jerusalem. Il se trouvait dans les convois qui arrivèrent par Ramallah dans le nord de la ville…
Dans son carnet de notes, il décrit en détail la ligne de front et dessine les convois ainsi que la vieille ville à Jérusalem:
Il entre dans la vieille ville de Jerusalem  par la Porte des Lions quelques heures après de la reddition des troupes jordaniennes. Son bloc est terminé, il manque de papier, il fera ses  esquisses sur  un bloc d’ordonnances abandonné par un médecin jordanien.

Il monte d’abord sur le Mont du Temple:


Il arrive au Kotel:

Le rav Shlomo Goren* sonne le shofar:

Je me souviens alors qu’en France, nous avions écouté à la radio , émus et heureux, le son du shofar depuis le Kotel. C’est un souvenir qui ne me quitte pas même après tant d’années.

Il esquisse ce dessin symbolique: Tsahal présente Jerusalem au peuple juif:

Pour ceux qui voudraient nous voir nous suicider en revenant aux lignes de cessez-le feu* d’avant 1967, voici une vidéo de Golda Meir, prise sur la page facebook de Miri Furstenberg*.

Golda: Des gens nous disent: revenez aux lignes de 67 et alors, il y aura la paix. Nous étions à l’intérieur de ces lignes en juin 67, en mai 67! Pourquoi alors y a t-il eu la guerre? Et immédiatement après la guerre nous avons dit aux Arabes: venez, commençons des négociations. Ils ont refusé.

Le journaliste: Y a-t-il eu un seul moment où vous avez pensé que les Arabes étaient prêts à discuter?

Golda: Non. Toute cette affaire avec les Arabes ce n’est pas une question de partage de la terre, de territoires. Ce n’est pour rien de concret. C’est juste parce qu’ils nous refusent le droit d’exister. Pourquoi sont-ils partis (en 1948)?

Le journaliste: La plupart sont des réfugiés de guerre qui n’aimaient pas une armée conquérante.

Golda: Mais qui a commencé la guerre? Que leur avons-nous pris quand nous sommes revenus (dans le pays)? Ne voulions nous pas vivre en paix avec eux? Leur avons nous demandé de partir? N’avons-nous pas accepté la partition (de la Palestine) de Churchill en 1922? et la partition de l’ONU en 1947*? N’avons-nous pas accepté? Quelle est la différence entre des Arabes habitant à l’est ou à l’ouest du Jourdain? Entre la rive ouest ou de la rive est (du fleuve)? D’où viennent les Palestiniens? Qu’était cette région avant la première guerre mondiale? Quand les Britanniques ont reçu le mandat sur la Palestine, de quelle région s’agissait-il? La Palestine allait de la mer méditerranée à la frontière irakienne.

Le journaliste: Vous voulez dire qu’il n’y avait pas ce concept de Palestinien?

Golda: Non. Les deux rives du Jourdain se trouvaient en Palestine. Je suis une Palestinienne. De 1921 jusqu’en 1948 j’ai eu un passeport palestinien. Il n’y avait pas dans cette région des Juifs, des Arabes et des Palestiniens. Il n’y avait que des Juifs et des Arabes. Je nie pas ce concept de palestinien mais il n’y a pas de peuple palestinien.
Pourquoi les Palestiniens de la rive ouest du Jourdain* (Judée et Samarie) sont-il devenus plus Palestiniens après juin 67 qu’ils ne l’étaient avant? Pourquoi n’ont-il pas créé pour eux-mêmes un état palestinien en plus de la Jordanie?
Ils devaient organiser un état palestinien libre sur la rive ouest (Judée Samarie) et nous combattre de la bas. Ils ne l’ont pas fait. Ils ont accepté le fait qu’ils étaient en Jordanie et qu’ils avaient la nationalité jordanienne. Ils sont d’ailleurs la majorité en Jordanie, on les trouve au Parlement, dans le gouvernement, que s’est-il passé ensuite (
entre 1948 et 1967)? Pourquoi sont-ils devenus plus Palestiniens depuis la guerre de 67?
Chacun a le droit à l’autodétermination sauf nous. Nous sommes les seuls dans le monde entier à qui on ne donne pas le droit à l’autodétermination. Quand je suis venue ici, quand je suis venue au kibboutz Merhavia*, il n’y avait rien. Ce pays était désert depuis des centaines d’années. Nous avons été expulsés de ce pays. Est ce ici que commence l’histoire? Deux fois nous en avons été expulsés. Il
(Israel) a été occupé par des puissances étrangères… Le peuple juif est le seul qui vit son indépendance dans la dignité sur ce bout de terre, le seul. Les Arabes… Ils ont des territoires immenses: ils ont 14 états indépendants.

Comme le dit Golda Meir, pourtant Premier Ministre de gauche, avant la guerre des 6 jours, les Arabes nous faisaient déjà la guerre. Miri Furstenberg qui a publié cette vidéo sur sa page facebook en est la preuve: l’autobus où elle se trouvait avec sa famille, traversait le Neguev le 17 mars 1954, à l’intérieur des lignes de cessez-le-feu de 1949. Cela n’a pas empêché une bande arabe armée de violer, mutiler, assassiner les passagers. Elle est la seule à avoir survécu.
Alors comme l’ont si bien dit Dosh et Kishon: Pardon d’avoir gagné, et ça ne va pas nous empêcher de nous réjouir dimanche, jour de Yom Yerushalayim!

(Concert pour Yom Yerushalayim dans l’enceinte de la Tour de David)

יום ירושלים שמח

A bientôt,

*Ephraïm Kishon (1924-2005) Originaire de Budapest, il fut déporté dans plusieurs camps d’extermination. Il n’y survécut que par miracle : si, dans l’un d’eux, c’est son habileté aux échecs qui lui valut les bonnes grâces du commandant, dans un autre, les Nazis alignaient les prisonniers, et les décimaient littéralement, tuant chaque dixième prisonnier. Il n’eut que la chance de ne pas être le dixième. Il écrirait plus tard dans son livre Le bouc émissaire : « Ils ont fait une erreur . Ils ont laissé un satiriste en vie. (Wikipedia). Il disait » Je ne suis pas un écrivain, seulement un humoriste, c’est seulement quand vous êtes mort que vous devenez écrivain« . En fait, il fut écrivain, dramaturge, journaliste, réalisateur, sculpteur et acteur. Vous connaissez sans doute certains de ses films: Sahah Shabati, le canal Blaumish et le policier Azoulay. Son humour élégant mettait toujours l’accent sur l’absurdité de ce monde.

Dosh ou Kariel Gardosh (1921-2000) originaire de Budapest, déporté dans des mines de cuivre et seul survivant de sa famille, il est le caricaturiste le plus connu d’Israel.
Kishon, Dosh, Lapid ainsi que Yaakov Farkash (Zeev) lui aussi caricaturiste étaient connu au journal Maariv comme le gang des Hongrois

*Ces dessins de Dosh se trouvent à la Bibliothèque Nationale d’Israel.

*Le Oref:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

* Le rav Shlomo Goren:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*La vidéo est prise sur la page facebook de Miri Furstenberg,
https://www.facebook.com/pg/Miri-Furstenberg-The-girl-from-scorpions-pass-341931306581865/about/?ref=page_internal

*Miri Furstenberg:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/03/18/choisis-la-vie-et-tu-vivras-alors-toi-et-ta-posterite/

*Lignes de cessez le feu et non frontières, telles qu’elles furent dessinées au moment des accords de Rhodes en été 1949.

*Les propositions de partitions de la Palestine:
Le « Livre blanc de Churchill » de 1922 restreint le territoire destiné au foyer juif, et donne le contrôle des terres situées à l’est du Jourdain à l’emir Abdallah.
Partition du 29 novembre 1947:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*La rive ouest du Jourdain est la Judée-Samarie. En anglais, on lui donne le nom assez neutre de rive ouest (west bank) et en français, celui de Cis-Jordanie, beaucoup moins neutre. C’est une peu comme si (et là, je cite Pug du site Nations pour Israel) On appelait l’Alsace la Cis-Allemagne

And the winner is…Shalva!

L’Eurovision ne m’a jamais passionnée et cette semaine fut particulièrement agaçante pour moi: impossible d’ouvrir un journal ou de regarder un programme de télévision sans tomber sur l’omniprésente Eurovision… Jusqu’à ce que jeudi dernier, se produise le Shalva Band, le groupe musical du Centre Shalva, association pour les soins et intégration sociale des personnes handicapées.

L’histoire de Shalva commence en 1990. Les fondateurs, Malki et  Kalman Samuels, sont les parents de Yossi, aveugle, sourd et hyper actif. Etant épuisés et isolés, les soignants leur conseillèrent de placer leur fils dans une institution. Ils rencontrèrent alors Shoshana Winstock, spécialisée dans l’enseignement pour enfants sourds. Elle réussit par le toucher à communiquer avec Yossi, créant ainsi une relation analogue à celle d’Annie Sullivan et Helen Keller*.

Malki et Kalman décidèrent de consacrer leur vie à d’autres enfants atteints de divers handicaps. C’est ainsi qu’ils fondent l’association שלווה , Shalva, Sérénité.
Ce qui commença comme un programme d’après-midi pour huit enfants dans un appartement est devenu un centre national prenant en charge le développement et l’intégration sociale des personnes handicapées.
Shalva aide les parents à élever leurs enfants handicapés le plus possible à la maison dans le cadre familial. Une équipe de travailleurs sociaux et de professionnels du handicap fournit des conseils personnels et anime des groupes de soutien permanents pour les parents, les grands-parents, les frères et sœurs et les aidants naturels. L’association permet ainsi aux parents de retrouver espoir, tout en gardant une cohésion familiale.  L’association propose toute une gamme de programmes différents à des personnes souffrant de toutes sortes de handicaps depuis l’âge de 18 mois jusqu’à l’âge adulte et même au-delà.

Shalva continue à soutenir les adultes handicapés en leur apprenant à vivre de manière autonome. Ils bénéficient de diverses formations à l’emploi: ils peuvent ainsi travailler en tant qu’assistants dans les écoles maternelles ou comme personnel de cuisine et d’entretien.
A Jerusalem, tout le monde connait le café Shalva, dans le quartier  de Bayit Vegan où travaillent ensemble un restaurateur connu* et des personnes handicapées.

(Yair, le serveur musicien)

L’un des serveurs, Yair, est devenu le porte-parole de l’association. Il est aussi percussionniste vedette dans l’orchestre du Shalva Band, composé de Yair Pomburg (rap et percussions),  Yossef Ovadia (tambour), Tal Kima (percussions), Guy Maman (piano) et de Sarah Samuels (guitare). Les deux chanteuses sont Dina Samteh et Anael Khalifa. Shay Ben Shoushan dirige le groupe depuis 12 ans. Il est arrivé au Centre Shalva après avoir été très gravement blessé à l’armée.

Le Shalva Band s’est produit pendant la demi-finale de l’Eurovision , en tant que groupe invité et non pas participant: les membres du Shalva Band voulaient  respecter le shabbat (et donc ne pas participer aux répétitions) ce qui le leur fut interdit par l’équipe internationale de l’Eurovision (European Broadcasting Union) malgré les demandes d’Israel.

Certains vont peut-être me trouver snob de ne pas aimer l’Eurovision. Mais je suis en bonne compagnie. Voici une interview de Golda Meir à ce sujet: Golda raconte a une journaliste que cete annee la, elle a regarde le concours de l’Eurovision remporte par Yitshar Cohen (avec l;a chanson Aba Nibi) et ajoute d’un ton désabusé: Bravo!
Le journaliste lui demande pourquoi elle ne montre aucun enthousiasme et elle déclare: Ecoute, ce n’était qu’une imitation américaine, mais pas seulement nous, tout ont chante dans le même style, imitation américaine…
Le journaliste:
Est-tu contente au moins que nous ayons remporte ce concours
?
Elle soupire: Pourquoi gâcherai-je le bonheur des autres?

En tout cas, ce fut une soirée plus paisible que chez nos voisins qui ont pourtant oublié de bombarder Tel-Aviv comme ils nous l’avaient promis!

A bientôt,

*Shalva:
https://en.wikipedia.org/wiki/SHALVA

*Helen Keller:
https://en.wikipedia.org/wiki/Helen_Keller

*Le chef du restaurant, Derekh haguefen, à Beit Zayit, se charge de leur formation

*https://rakbeisrael.buzz/juste-incroyable-quest-ce-que-golda-meir-pensait-de-leurovision/

יום העצמאות שמח Bonne fête de l’Indépendance 2019

Je vous ai déjà parlé de nos Yom Haatsmaout, des porteurs de torches, du barbecue et des drapeaux flottants au vent. J’aimerais cette fois vous raconter une histoire peu connue: comment  les Juifs de Libye célébrèrent le premier anniversaire de l’état d’Israel, en 1949.

Les Juifs de Libye n’ont jamais été nombreux. Ils sont environ 35.000 en 1939. Pendant des siècles, ils vivent comme tous les autres Juifs dans le pays musulmans: ce sont des dhimmis qui doivent se soumettre aux lois discriminatoires datant du calife Omar*.
Lorsque les Italiens fascistes arrivent en Libye dans les années 20, les Juifs sentent  souffler un vent de liberté qui leur vient d’Europe, car l’idéologie fasciste italienne dans ses débuts n’a pas de composante antisémite comme le nazisme.
Mais dès 1932, les choses se dégradent. Le nouveau gouverneur Italo Balbo est partisan du modernisme et de des lumières de l’Occident. Il fait donc fouetter en place publique les commerçants juifs refusant d’ouvrir leurs magasins le shabbat, prétextant que cela n’est pas bon pour l’économie et entrave la marche du progrès. En 1938, il leur fait appliquer les lois raciales promulguées en Italie* lors d’une visite de Goering avec qui il entretient des liens d’amitié depuis longtemps.
Pendant la deuxième guerre mondiale,  la communauté des Juifs de Libye est  la plus sévèrement touchée par la répression antisémite dans toute l’Afrique du Nord: les lois raciales sont appliquées avec la plus grande sévérité et de nombreux Juifs sont déportés dans des camps de travail très durs ou beaucoup meurent de mauvais traitements. Ceux qui restent à Tripoli ne sont pas tellement mieux lotis car en plus des bombardements, ils n’ont pas droit au même rationnement que les non-Juifs et doivent en plus nourrir des réfugiés juifs de Cyrénaïque. Ceux de Benghazi se retrouvent dans un camp d’internement où les conditions de vie sont si mauvaises que plus de 500 d’entre eux mourront en moins d’une année…
Quant à ceux qui ne sont pas de nationalité libyenne, ils seront envoyés dans les camps d’extermination du Reich.

(Mémorial en souvenir des déportés originaires de Libye, dans la foret de Ben Shemen)

Les Arabes libyens se tiennent tranquilles pendant toute la guerre mais dès 1945 un pogrom éclate à Tripoli et dans toute la région, à l’instigation du mouvement nationaliste le Hizb al-Watani, pogrom qui fera 130 morts. D’autres pogroms se succéderont régulièrement pendant trois ans, dès l’annonce du plan de partage de la Palestine par l’ONU*, le début de la guerre d’Indépendance qui commence aussitôt et la proclamation de la création de l’état d’Israel. En 1949, l’Agence juive organise les départs qui se poursuivront jusqu’en 1951*.

On pourrait donc se dire que les Juifs de Libye font profil bas, mais non! Et en ce mois de mai 1949, la communauté de Tripoli décide de célébrer ouvertement Yom Haatsmout.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

Drapeau et banderoles sont hissés sur la synagogue.

(Ce drapeau, cousu en Libye, se trouve au Centre de l’Héritage libyen. Yediot A’haronot, photo Ido Erez)

Les rabbins composent des prières spéciales pour la paix de l’état d’Israel et décident aussi que les enfants nés cette semaine là devront s’appeler Israel pour les garçons et Siona pour les filles.
D’autres drapeaux faits maison sont déployés dans le quartier juif et un repas de fête communautaire est organisé.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

J’ai retrouvé une chanson en judeo-arabe, composée pour l’occasion: Pourquoi cette fête?
Le 5 du mois de Iyar, nous nous sommes réjouis petits et grands, à côté de la synagogue, le 5 du mois de Iyar notre joie est grande. Il flotte notre drapeau bien-aimé… L’ennemi nous a attaqué mais s’est envolé comme un oiseau.


(interprétée par le paytan Klimo Dos)

Il n’y a plus de Juifs en Libye. Certains sont partis en Europe, d’autres en Amérique mais la plupart sont ici et font partie de notre mosaïque israélienne.

 

 

(dessin de Shay Charka)

A bientôt,

PS: L’essentiel de la population juive partira entre 1949 et 1951. Pour ceux qui restent, leur vie deviendra de plus en plus difficile. Ils sont sans cesse harcelés par les autorités, leurs droits leurs sont peu à peu déniés, les écoles juives sont fermées, ils n’on plus le droit de vote… Au moment de la guerre des six jours, une série de pogroms fera fuir les deniers en quelques jours.

*Le calife Omar et la dhimmitude:

La dhimmitude, ou le sort des non musulmans en terre islamique

*Les lois fasciste antisémites en Italie:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_raciales_fascistes

*Le plan de partage de la Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*

 

 

Yom hazikaron יום הזיכרון 2019

La veille du Jour de l’Indépendance est un jour de deuil. Nous commémorons le souvenir de ceux qui sont tombés au combat  et celui des victimes civiles des attentats.

Jusqu’à présent, on compte 23 741 soldats tombés pour la défense du pays et 3150 civils* ont payé de leur vie la barbarie antisémite de nos ennemis. Cette semaine, 4 nouvelles victimes civiles:


S’il n’y en a pas plus c’est grâce au système antimissile, Kipat Barzel, le Dôme de Fer,  grâce  aux directives du Pikoud Haoref* mais aussi grâce à la bravoure de civils qui protègent non seulement leurs enfants mais aussi des inconnus.
Cette photo a fait le tour d’Israel:
A Sderot, Itay Knafo protège de son corps Avigail Aroush, 6 ans.
Itay est un jeune homme de 18 ans qui a choisi de retarder d’un an son service militaire pour intégrer ce qui s’appelle la שנת שרות (Shnat Sherut), année de service civil. Il le fait en tant que personnel encadrant chez les scouts, d’autres le font dans les hôpitaux ou protègent les récoltes et le bétail des vols et destructions perpétrés par les Arabes*

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Je me souviens de cette photo datant de l’été 2014 où un inconnu s’est précipité pour protéger un jeune père et son bébé.

protectiondelenfant

 

Je me souviens aussi d’Ella Aboukris tuée à Sderot en janvier 2005 en protégeant son frère. Elle avait 17 ans.

 

 

Le politologue Mordekhaï Kedar a déclaré hier:  Je recommande à tous, aussi bien en Israel qu’en dehors, de ne plus utiliser les mots ‘Hamas et Jihad mais l’expression Daesh (ou ISIS) palestinien. Apres tout, l’idéologie de ces organisations est absolument la même. Je veux dire qu’elles sont identiques et ont le même but, même si les organisations palestiniennes tentent de cacher ce fait.

Et c’est vrai. Ils éduquent leurs enfants à la haine du Juif de la même manière,


(Kol ‘HaÏ)

 

les utilisent comme esclaves pour creuser des tunnels terroristes

(Yediot Aharonot 2014: enfants travaillant dans des tunnels)

Et s’en servent comme boucliers humains: cette horrible photo qui montre deux enfants accrochés à la grille de la maison d’un terroriste pendant la guerre de l’été 2014 est toujours d’actualité:

(Site jewishisrael)

Une de mes amies m’a envoyé ces phrases de la journaliste Sivan Rahav Meir: Nous nous trouvons à nouveau de nos jours face à une industrie de la mort. Les terroristes en face de nous sanctifient la mort de leurs enfants, les transformant en shahid, martyrs, et considèrent l’assassinat d’innocents comme une obligation religieuse.
Dieu nous a demandé il y a longtemps de choisir entre la vie et la mort, nous avons choisi la vie.

A bientôt,

*Le nom complet de cette journée de deuil est Yom Hazikaron pour les soldats et victimes du terrorisme

*Le compte part de l’année 1860, c’est a dire du début de l’organisation politique et moderne du sionisme.

*L’année de service civil. Elle se fait en retardant d’un an le service militaire ou après celui-ci. Il s’agit d’un volontariat et non pas d’une obligation.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

*Pikoud Haoref ou le Front Intérieur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

*L’exploitation des enfants palestiniens par leur propre peuple
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/05/les-enfants-de-gaza/

Ca recommence!

 

J’ai parfois l’impression que je radote: j’ai déjà tellement écrit sur les frappes du ‘Hamas*, mais non, c’est simplement l’histoire qui se répète.
Depuis shabbat matin à 10h, plus de 450 missiles et obus sont tombés sur le sud d’Israel*, causant de nombreux dégâts matériels. Mais surtout nous avons environ 80 blessés, la plupart légers (quoique je ne qualifierai pas de léger l’état d’une personne en état de choc) mais aussi trois blessés graves, parmi eux une dame de 80 ans qui n’a pas couru assez vite pour se mettre à l’abri, et un mort.
Moshe Aggadi avait 58 ans, Le missile est tombé dans sa cour. Toute la famille se trouvait dans l’abri à ce moment là, mais lui a voulu respirer un peu dehors…

 

Les kibboutzim et moshavim du pourtour de la bande de  Gaza sont bien sûr les plus touchés, mais, le plus souvent leurs maisons individuelles sont équipées d’abris modernes, tandis que dans les villes avoisinantes comme Sderot et Ashkelon, les immeubles des vieux quartiers ne sont pas protégés. Les habitants descendent dans l’abri collectif ou parfois doivent rejoindre l’abri public le plus proche. Il restent donc souvent dans la cage d’escalier.

protection contre les missiles

(cette photo du Yediyot Ha’haronot date de l’été 2014, rien n’a changé depuis)

Quand plus de 450 missiles tombent sur vous en 24 heures, il n’est pas possible de retourner se coucher et de fuir à nouveau en pyjama, en portant les enfants…

La jeune femme, interrogée dans la vidéo ci-dessous, est une nouvelle immigrante arrivée de Hollande il y a trois mois. Elle vit dans un des kibboutzim du pourtour de la bande de Gaza. Dans un mélange d’anglais et d’un peu d’hébreu, elle explique ce qu’elle a vécu et sa détermination à rester sur place bien que sa maison ait été détruite. A la fin de l’interview, on entend à nouveau l’annonce: Tseva Adom, Tseva Adom (couleur rouge) qui signale une nouvelle attaque

 

 

Sur cette carte du פיקוד העורף (Pikoud Haoref) le Front Intérieur, vous pouvez voir combien de secondes (ou de minutes pour les plus chanceux) ont les habitants des différentes régions d’Israel pour se mettre à l’abri:

Pendant que j’écris ces lignes, les attaques continuent: 2 blessés dans un état critique et un grave à Ashkelon où l’hopital Barzilaï a été attaqué.

A Sderot, d’autres blessés dont un dans un état critique. J’arrête là cette énumération, les attaques sont continuelles ainsi que les mauvaises nouvelles. Le cabinet de sécurité s’est réuni à la Kirya à Tel Aviv. Espérons qu’il en sortira quelque chose. Nous apprenons que le ‘Hamas et le Jihad Islamique utilisent maintenant des drones contre les soldats massés à la frontière. On parle aussi d’une possible offensive terrestre de Tsahal, mais pour le moment seuls l’aviation et les tanks sont utilisés …En fait, les commentateurs ne savent pas grand chose de plus que nous, ils se contentent d’extrapoler.
Tout le monde se demande comment se passera le jour de Yom Hazikaron: après demain, les cimetières seront remplis de familles en deuil de leurs enfants tombés au combat ou de leurs proches, victimes des terroristes… Et et comment se passera la Fête du Yom Haatsmaout, jeudi, célébrée en organisant des piques-niques et barbecues. Certains journalistes s’inquiètent pour l’Eurovision qui aura lieu dans une quinzaine de jours, mais les gens ici s’en fichent de l’Eurovision.

La journée n’est pas finie et déjà:

Tandis que je termine cet article, le ‘Hamas et le Jihad islamique nous ont envoyé 600 missiles, nous avons 131 blessés et 4 morts, et sur l’écran de la télévision s’allume régulièrement un petit bandeau orange me signalant une nouvelle attaque…

A bientôt,

*Une large région est concernée: de Sderot à Beer Sheva en passant par Ofakim et Netivot et Dimona, et sur la côte Ashkelon, Ashdod. Les sirènes ont aussi retenti à Yavne, Rehovot, Lakhish et Beit Shemesh et la ville de Rishon leTsion a ouvert les abris publics. Le ‘Hamas et le Jihad Islamique menacent d’attaquer le centre du pays

Si vous ne savez pas ce qu’est le ‘Hamas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/16/4795/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/14/les-grandes-vacances/

 

שארית הפליטה Les survivants

Un jour, un étudiant m’avait demandé pourquoi j’évoquais les grandes difficultés à survivre des rescapés de la Shoah.
C’est vrai
m’avait-il dit, après tout la guerre était finie! J’avoue être restée interloquée!

En fait si en 1945, si de nombreux européens doivent reconstruire leurs pays et sont confrontés aux séquelles de la guerre, pour les Juifs, la situation est vraiment épouvantable. Bien sûr, les nazis ne les pourchassent plus, mais certaines populations locales le font. C’est un euphémisme de dire qu’ils ne sont pas  toujours les bienvenus.

En Europe de l’Ouest, cela se passe poliment. L’administration fait parfois la sourde oreille lorsqu’il s’agit de rendre à un fonctionnaire son poste, un appartement, un magasin ou une entreprise à ses propriétaires. On leur assènent qu’ils ne sont pas les seuls malheureux et qu’expulser une famille avec des enfants en bas âge pour qu’y vive un seul occupant… Personne ne relève cette simple évidence: si une seule personne réclame cet appartement, c’est qu’un seul membre de la famille a survécu.
En Europe orientale, la situation est bien pire. Non seulement les habitants font violemment front commun contre eux,  mais les assassinats de Juifs isolés sont monnaie courante. La Pologne en particulier, mais pas seulement, est le théâtre de nombreux actes de violences contre les Juifs survivants, rescapés des camps ou cachés dans les forêts. Alors qu’ils reviennent dans leurs villages, ils sont accueillis aux cris de : « Quoi, ils ne sont pas tous morts ? ». Des Juifs disparaissent, d’’autres sont retrouvés morts. Qui les attaquent? Ceux qui ont volé leurs maison et pillé leurs biens, ceux qui les ont dénoncés … Ici ou là, les gens retrouvaient leurs meubles, un objet ayant appartenu aux parents, une voiture d’enfant… chez le voisin d’à côté ou d’en face qui avait dénoncé leur famille*.
En un an, on dénombrera un millier de Juifs assassinés par les populations locales rien qu’en Pologne, Républiques Baltes et Biélorussie et ce après la guerre! Je cite de mémoire le pogrom de Rzeszow (juin 1945), de Cracovie (août 1945), de Kielce (juillet 1946), celui de Velke Topolcany en Slovaquie (septembre 1945), et celui de Kunmadaras en Hongrie (1946) mais il y en a beaucoup d’autres …

A Kielce en 1946, un garçon polonais, Henryk Błaszczyk, fait une fugue. A son retour, il raconte à ses parents qu’il a été séquestré dans une cave par des Juifs qui voulaient le tuer. Il désigne une maison habitée par des réfugiés juifs.  Cette maison n’a pas de cave mais personne ne relève ce fait, d’autant que son récit reprend les traditionnelles accusations de meurtre rituel*.
La situation des Juifs est alors tellement critique en Pologne, que les autorités soviétiques leur permettent de garder des armes de poing chez eux. Mais, en ce début du mois de juillet à Kielce, la police polonaise les désarme et les livre ainsi à la foule qui se déchaînera contre tous les Juifs de la ville le 4 et le 5 juillet. Il y aura 42 morts et quatre-vingt blessés, hommes, femmes, enfants, parmi eux un bébé de trois semaines, y compris à l’hôpital où seront achevés des blessés, mais aussi dans les trains aux alentours..
Un historienne polonaise* raconte que:
« Jusqu’au 4 juillet 1946, les Juifs polonais indiquaient que les événements du passé [ principalement la Shoah] leur fournissaient leur principale raison d’émigrer… Après le pogrom de Kielce, la situation changea radicalement. Les rapports tant juifs que polonais parlaient d’une atmosphère de panique parmi la société juive dans l’été 1946. Les Juifs ne croyaient plus qu’ils pourraient être en sécurité en Pologne. En dépit d’une milice importante et d’une présence militaire dans la ville de Kielce, des Juifs y avaient été assassinés de sang-froid, en public, et pendant plus de cinq heures. On chuchotait que la milice et l’armée avaient pris part au pogrom. De juillet 1945 à juin 1946, environ cinquante mille Juifs passèrent la frontière polonaise illégalement. En juillet 1946, presque vingt mille décidèrent de quitter la Pologne. En août 1946, le nombre crut à trente mille. En septembre 1946, douze mille Juifs quittèrent la Pologne. »
Leur nombre passera rapidement à 100 000.

A la fin de la guerre, tous les Juifs qui le peuvent fuient à l’Ouest, se retrouvent en Allemagne et en Autriche dans des camps de D.P, Displaced Persons, à côté ou dans les mêmes camps qu’ils viennent de quitter* Ils y côtoient parfois des nazis!
Fin 1946, ces camps abritent environ 250 000 Juifs, désireux de partir soit pour l’Amérique, soit pour la Palestine britannique dont les frontières leurs sont fermées.
Heureusement, ils rencontrent aussi des soldats de la Brigade Juive, basés dans le Nord de l’Italie et en Autriche. Ces survivants sont  bouleversés par l’apparition de jeunes Juifs de Palestine portant les symboles nationaux juifs sur leur uniforme et parlant parlant hébreu ainsi que le yiddish. Le lien entre un grand nombre de Juifs rescapés avec Eretz Israel, est non seulement un lien idéologique , mais aussi parfois familial et la Brigade juive les aide aussi, autant que faire ce peut, à retrouver des parents déjà installés en Palestine.
En attendant leur départ, les survivants apprennent soit l’anglais, soit l’hébreu.

(école du camp de Wegscheid, Allemagne, 1948)

Pour aider ces derniers, les Juifs de Palestine leur envoient des alphabets, des dictionnaires hébreu-yiddish, des livres pour enfants et aussi des machines à imprimer. Parmi ces livres, une version du Petit Chaperon Rouge, légèrement modifiée, où le dialogue entre la petite fille et le loup rappelle un texte biblique: cette peau (celle du loup) est celle d’un ours mais cette voix est celle d’un agneau*.
D’autres livres sont plus axés sur ce qu’a vécu le peuple juif depuis le début de la Shoah et donnent au enfants l’espoir de vivre libres, ainsi une comptine qui se termine par Montons à Jerusalem!

 

ou bien celui-ci qui s’appelle Eden dont la couverture est très parlante:

En allant de droite à gauche dans le sens des aiguilles d’une montre, chaque image décrit ce qu’ont vécu ces enfants et vers quoi ils aspirent. Ce qui est émouvant, c’est que ces illustrations sont celles d’un auteur pour enfants, Raphael Gutman, qui ne put jamais monter en Israel: originaire de Varsovie, il fut assassiné dans le ghetto de Byalistok en 1943.
Je me rends compte qu’en fait, comme les Haggadot, la plupart des livres pour enfants d’après guerre reprennent cette idée: depuis la Shoah, jusqu’à la terre promise*.

Il n’y a pas que l’apprentissage de l’hébreu! Les survivants étudient, apprennent des métiers manuels,

 

(source; Yad Vashem)

et s’expriment grâce au sport, à la musique et au théâtre. Peu à peu, ils reprennent gout à la vie, certains se marient, des bébés naissent…


(Mariage de Dolly Fraenkel et de Mordekhai Baron, tous deux originaires de Lodz, dans le « kibboutz » Habonim Dror » au camp de Cesarea, Italie, Yad Vashem)

Les candidats au départ pour la Palestine sont pris en main par le mouvement הבריחה (Habri’ha), déjà fondé en Pologne pendant la guerre par les résistants juifs et repris par les membres de la Brigade juive et la Hagannah. Son activité se concentre sur  les zones d’occupation américaine où ils sont souvent aidés par les soldats, et la Brigade juive y transfère donc le plus possible de Juifs. Pour cela, il leur faut éviter les contrôles de l’armée britannique qui veut empêcher les Juifs de rejoindre la Palestine.
De là, les convois partent soit vers l’Autriche et l’Italie ou vers la France en vue de prendre la mer.

Le passage de la frontière française est difficile, il nécessite un visa d’entrée et la promesse que les passagers des camions ne restent pas sur le territoire français…
Et quand les navires arrivent à prendre la mer, les ennuis ne sont pas finis. La plupart du temps, ils sont arraisonnés par la marine britannique et leurs occupants transférés, entre autre, vers de nouveaux camps à Chypre. La plupart de survivants y resteront jusqu’en 1948.

 


Cette accusation de meurtre rituel qui a mené au pogrom de Kielce ne devrait surprendre personne. Tout d’abord, elle est le résultat d’un enseignement, au mieux, du mépris (comme disait Jules Isaac) mais aussi souvent de haine à l’encontre des Juifs et ceci pendant 2000 ans.
Mon père m’avait un jour acheté deux livres de catéchisme, datant de la fin du 19 ème siècle qu’il avait trouvé chez un bouquiniste, l’un protestant et l’autre catholique. Comme je lui demandais le pourquoi d’un tel achat, il m’avait répondu: lis les pages qui concernent les Juifs et du comprendras! Toutes les personnes adultes pendant la Shoah ont étudié dans des livres comme ceux-ci!
Je pensais que depuis 1945, beaucoup de choses avaient changé en bien en Europe. En fait, je n’en suis plus si sûre! L’accusation de meurtre rituel se poursuit en remplaçant le mot juif par Israel*.
Dernièrement dans un village polonais, a été remise à l’honneur la coutume ancestrale de brûler une poupée censée représenter Judas et quant on regarde sa tête, on voit que ce Judas a toutes les caractéristiques d’une caricature d’un Juif: chapeau noir, nez crochu et longues peot*.


(https://www.dreuz.info/2019/04/23/leurope-sacharne-sur-les-juifs-depuis-2000-ans/)

Ce soir à 20h commencera la longue journée de Yom Hashoah,

Vous pourrez voir la cérémonie de Yom Hashoah en direct depuis cette vidéo:

 

A bientôt,

*Sheerit Haplita est une expression qu’on trouve dans le Tanakh pour évoquer ceux qui ont survécu à la destruction du premier et du deuxième Temple de Jerusalem

* Accusation de meurtre rituel:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Accusation_de_meurtre_rituel_contre_les_Juifs
Elle perdura jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale dans de nombreux pays européens
Elle a repris du service en remplaçant le mot Juif par Israel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/05/29/lere-de-la-calomnie/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/14/reflexions-tristes-le-jour-de-yom-hashoah/

* Le massacre des survivants:
Le Massacre des survivants en Pologne, 1945-1947, Marc Hillel, Plon, 1985
Jan T. Gross « Fear » Anti-semitism in Poland after Auschwitz », 2006)

*  Témoignage de Bożena Szaynok, historienne à l’université de Wroclaw.

* À Kaupering, un camp satellite de de Dachau, une organisation publique et politique dirigée par les vétérans sionistes de Kovno. Leur groupe prend le nom de kibboutz Buchenwald.

*Haggada pour les enfants du rabbin Schwartz:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/21/et-vous-raconterez-a-vos-enfants-3/