Une nation palestinienne?

Le mot peuple en hébreu עם (Am) est intéressant car ces deux consonnes peuvent aussi se lire עם (Im) qui signifie avec. En lisant simplement ce mot, nous comprenons que, dans la conception hébraïque, le peuple est d’abord un groupe  d’individus solidaires, ayant des liens historiques, linguistiques, une mythologie commune et ayant conscience de partager un destin commun. Notre  mythologie, qui prend sa  source dans les textes bibliques, repose sur l’idée que les Juifs constituent un peuple déraciné de sa terre vers laquelle il retournera un jour. Nous n’avons ainsi jamais cessé de nous considérer comme les éléments d’un même un peuple, en attente de retourner dans notre patrie, tout aux long des siècles de notre exil.

Mais qu’en est-il des Palestiniens? 
Dans un certain nombre de mes articles précédents, j’ai expliqué que la plupart des musulmans, installés dans la partie ouest de la Palestine, arrivèrent de tout l’empire ottoman grâce à la loi turque de 1872, qui octroyait à tout musulman de l’empire une exemption d’impôts et de service militaire pendant 10 ans, s’il acceptait de s’y installer. Cela provoqua un afflux de musulmans pauvres aussi bien des régions limitrophes que du Caucase ou des Balkans. Plus tard dans les années 1920 et 1930, d’autres migrants musulmans arrivèrent, attirés par la relative prospérité économique due au développement agricole des premiers kibboutzim.
Ceci, alors que dans la même période, le gouvernement britannique restreignait l’arrivée des Juifs!

(La partie ouest de la Palestine se trouve entre le Jourdain et la mer. Selon les accords de 1920, le Foyer National Juif devait s’étendre aussi dans ce qui est la Jordanie actuelle, mais les Anglais en décidèrent autrement)

Quelles sont les caractéristiques sociales de la société palestinienne musulmane?
La société musulmane de Palestine* est construite différemment des sociétés occidentales. Elle est gouvernée par trois types de  structures sociales qui s’emboîtent un peu comme les poupées russes: tout d’abord les tribus, puis les clans et enfin les familles dominantes de ces mêmes clans.
Les trois ont en commun la même culture sociale, basée sur la gouvernance masculine, le rapport de force et les codes d’honneur et de honte.

A l’origine, cette société musulmane était un ensemble de tribus nomades.
Vers la fin du 19 ème siècle, la modernisation de l’empire ottoman fut à l’origine de la sédentarisation progressive de ces tribus, sédentarisation qui était déjà le fait des familles des fonctionnaires turcs,  disséminées dans toutes les villes de l’empire.
De plus, les nouveaux arrivants, musulmans mais étrangers au Moyen-Orient comme les Bosniaques ou les Tchétchènes, se regroupèrent entre eux, transformant le paysage social.
Tout cela provoqua une diminution notable du rôle des grandes tribus mais n’affecta pas les clans qui en sont les sous-groupes. Aujourd’hui, même dans un groupe très sédentarisé comme le groupe palestinien*, le clan ou ‘hamoula est encore le pivot central de la  vie sociale.

Le clan protège l’individu qui, en retour, lui doit une totale obéissance. Tout ou presque est décidé par le ou les chefs de clan. Ainsi, les mariages – qui sont la meilleure manière de mesurer la force de l’appartenance identitaire – se font toujours selon le modèle clanique et les quelques filles qui se marient en dehors de leur clan appartiennent alors au clan de leur mari.
Les membres de la ‘hamoula sont liés entre eux par le mithaq al-sharaf, ou code d’honneur: toute attaque extérieure, qu’elle soit physique ou non, est une attaque contre tous les membres du clan. Toute honte est celle de tout le clan et demande réparation, ce qui conduit aux assassinats, comme les crimes d’honneur, et à la vendetta. Ce code de l’honneur cimente totalement les relations entre les individus du clan et les relations entre le clan et le monde extérieur. De ce fait, aucune régulation juridique ou de sécurité publique extérieure n’est reconnue.

Depuis 1948, des Palestiniens ont été parqués dans des camps de réfugiés au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Egypte et traités d’une manière infamante comme des étrangers dépourvus de droit. Tous ces pays les ont, et les utilisent encore, dans un but propagandiste et en ont fait un abcès de fixation contre Israel.


Mais il y en a aussi dans  toute la Judée-Samarie et à Gaza: à côté de Naplouse, de Tulkarem, Qalqilya, à Jenin, à Ramallah, à côté de Bethlehem…
Pourquoi ces camps existent-ils encore dans les banlieues des villes gouvernées par l’Autorité Palestinienne? Et là aussi, pourquoi leurs habitants sont-ils traités par cette même Autorité comme des étrangers dépourvus de droits?
En fait, ces réfugiés se trouvent forcement sur le territoire d’un autre clan. Or dans cette société clanique, la patrie se trouve là où  se trouve le clan. Si le village voisin appartient à un autre clan, il s’agit d’une autre patrie. Celui qui s’y rend est considéré comme étranger et sans protection.
Vous avez certainement entendu parler du poète  Mahmoud Darwish*, chantre des exilés de Palestine. Il est né à côté d’Akko (Saint Jean d’Acre) dans un village nommé Al Birwa, détruit pendant la guerre d’Indépendance. Les habitants du village se sont regroupés de l’autre côté de la route dans un village  à 300 m du premier où ils n’ont pas été acceptés. Ils se considèrent donc comme exilés pour 300 m. Toute la poésie de Mahmoud Darwish est une poésie d’exil pour un déplacement de 300 m!


(Mahmoud Darwish)

A l’intérieur du clan lui-même, la hiérarchie entre les familles est primordiale.
L’individu doit obéissance au clan. Donc, dans le clan lui-même, il obéit à son chef de famille qui lui même obéit au chef de la famille dominante. Ces familles se font évidemment parfois la guerre entre elles. Toutefois il est nécessaire de comprendre que les chefs de clan disposent d’un pouvoir local important mais sans plus. Aucun clan n’arrive à dominer suffisamment les autres pour les fédérer. Les élections sont structurées par district, et forcement gagnées par le clan dominant, sans alternative possible comme c’est le cas en Occident.
Dans les villes, ce sont toujours les mêmes familles de notables dans lesquelles sont choisis les représentants politiques. Les plus connues sont à Jerusalem les Hashashibi et les Husseini, à ‘Hevron les Tamimi. Ils étaient déjà les référant naturels devant le pouvoir du sultan ottoman puis des Anglais et enfin du roi de Jordanie.
Dès la fin du 19 ème siècle, une des grandes familles de notables, les Husseini, chercha à fédérer les clans sous son autorité pour lutter contre les Juifs du yishouv*, mais en vain. Les Husseini passèrent donc du politique au religieux. C’est ainsi que le nouveau mufti de la mosquée d’El Aqsa, qui jusque là se contentait d’avoir un rôle de gestionnaire, devint un agitateur politico-religieux en la personne de Hadj Amin al Husseini. Celui-ci espéra que l’appel à la Oumma, la grande « nation » religieuse, et donc au jihad, lui permettrait in fine de devenir le leader incontesté de tous les clans. Il faut bien comprendre que ce ralliement n’avait pas pour but, l’amélioration des conditions de vie des musulmans mais la destruction du proto-état juif. Et pour ce faire, il s’est même allié avec les nazis*!
Apres la seconde guerre mondiale, et l’exil du grand mufti, le prestige de la famille Husseini ne cessa de décliner, jusqu’à ce qu’un des leurs, Arafat*, s’allie à la fois aux Frères Musulmans et au KGB pour reprendre le flambeau terroriste, avec des habits neufs
, c’est à dire le discours marxiste de ses amis du KGB. Tous les clans se soumirent alors à Arafat, qui possédait l’argent, le pouvoir de ses alliés soviétiques mais aussi l’aura de la famille Husseini. Tout le monde emmargea donc au Fata’h. Il n’y eu et il n’y a aucune possibilité de trouver un travail ou d’obtenir une quelconque autorisation sans l’aval du Fata’h (ou celui du ‘Hamas à Gaza).
Comme aucun leader n’émergeait de la famille Husseini en plein déclin, ce fut finalement un apparatchik, Mahmoud Abbas, formé à l’école du KGB, qui fut imposé à Arafat par les USA comme premier ministre et successeur!
Malgré tout, Mahmoud Abbas reste un étranger à Ramallah!

Dans un article paru il y a un mois dans Haaretz, le journaliste Salman Massalha, druze israélien, explique que Mahmoud Abbas, originaire de Tsfat en Galilée, ne va jamais en visite ni à ‘Hevron ni à Qalqiliya… car là bas il est un étranger : il n’est pas l’un des nôtres » comme ils disent. Les seules occasions où il sort de son palais, la Mukata, c’est pour rencontrer des dirigeants occidentaux en Europe ou ailleurs, qui eux ne comprennent pas cela, et s’obstinent à parler du peuple, de la nation  palestinienne.
On a donc actuellement une « fédération » de clans terroristes.
En Europe, on appellerait cela une mafia mais ici…
Cela semble incroyable mais il ne faut pas oublier qu’à l’intérieur de la société palestinienne, comme dans toute société clanique, les activités criminelles, assassinats, enlèvements, extorsions, trafics etc, sont protégées par la loi du clan car il n’y a ni régulation juridique ni politique indépendante. De plus, et pour compliquer la situation, certains clans s’allient parfois entre eux contre d’autres ou font de la surenchère auprès du pouvoir central pour devenir dominants. Il en résulte des guerres entre milices et pour nous, comme résultat de cette surenchère, un attentat ou deux en plus.
Un de mes cousins, qui fut un membre important du Shabak*, nous racontait que ses relations avec les chefs de clan étaient parfois plus importantes que celles avec les dirigeants du Fata’h mais que tout cela était extrêmement et constamment volatil.

 


Malheureusement, comme le montre la photo ci-dessus, certains Arabes israéliens sont encore tributaires de leur clan: ici soulha collective (amnistie, réconciliation) entre les deux clans Abou Sallouk et Abou Ghanem de Lod.

La situation est la même à Gaza. Il y a périodiquement de véritables  guerres entre les milices des familles pro-Fatah et celle du ‘Hamas.

Le ‘Hamas, c’est à dire les Frères Musulmans*, louvoie entre la réalité clanique et la loi islamique selon ses intérêts: masquer l’origine clanique d’une décision en l’habillant d’un nom islamique est courant. L’habillage islamique sert aussi des intérêts privés. Il permet par exemple à Ismail Hannye, originaire d’une famille de notable de Ramallah de pouvoir côtoyer Khaled Meshal, originaire de Gaza.

Heureusement pour nous, cette unité de façade à Gaza ou à Ramallah (autour de la personne de Mahmoud Abbas), est beaucoup plus fragile qu’il ne le paraît. J’ai parlé de la Oumma, la grande nation arabe musulmane et trans-frontière. Cette nation n’a pas de réalité tangible: comme à l’époque du grand mufti, elle n’existe que contre (nous les Juifs, les infidèles, les autres au sens large du terme) et non pas pour. Elle n’existe que pour nous éliminer de la carte.
Les Palestiniens ne parlent d’ailleurs de nation ou d’état de Palestine que lorsqu’ils s’adressent  aux Occidentaux.


Dans leurs discours en arabe, ils parlent libérer la Palestine « de la rivière à la mer » en utilisant Jerusalem comme levier religieux contre nous, mais ils n’évoquent jamais l’organisation future de cet état. Leur seul but est de libérer le terrain de la domination des dhimmis juifs mais pas de construire une nation*.

Le politologue Mordekhai Kedar est persuadé que la déclaration de Trump sur Jerusalem est le début de la fin de la « nation » palestinienne d’autant qu’un certain nombre de pays du Moyen-Orient ne leur donne plus qu’un soutien de façade. Il pense que pour les Arabes de Judée-Samarie mais aussi de Gaza, il faudrait créer des émirats basés sur les clans ou tribus. Il y aurait l’émirat de Ramallah, de ‘Hevron, de Jenin, de Jericho, avec lesquels nous aurions des accords sécuritaires et économiques. Il y a déjà des sociétés high-tech israéliennes qui préfèrent délocaliser à Gaza plutôt qu’en Inde…
Pour lui, les seuls états arabes du Moyen-Orient qui se développent bien sont les émirats, peuplés par une seule tribu (ou plusieurs ayant des liens familiaux entre elles), et dirigés par la famille dominante de cette tribu, qu’ils bénéficient de la manne pétrolière ou non. Il est persuadé que « tout Etat du Moyen-Orient basé sur des constructions politiques occidentales ou des paradigmes administratifs européens rejoindrait bientôt le sort de la Syrie, de l’Irak, du Yémen et de la Libye. »


Il n’est pas le seul a penser ainsi, Mustafa Tusa*, journaliste français d’origine tunisienne, considère lui-aussi que le modèle des Emirats Arabes Unis est le seul valable pour combattre les Frères Musulmans et assurer un système politique stable car il est basé sur le modèle socio-politique tribal.

A bientôt,

PS: – Nabil Shaat vient d’ailleurs de confirmer que leur but est de nous eliminer: « Celui qui fit partie de l’équipe de négociateurs avec Israël a déclaré que l’AP n’acceptera jamais la formule de « deux Etats pour deux peuples » car cela équivaudrait à reconnaître le droit à l’existence d’un Etat juif et à annuler le « droit du retour ». Il a présenté la « solution des deux Etats » dans la vision de l’Autorité Palestinienne: Israël deviendrait un Etat binational dans lequel tous les réfugiés de 1948 et 1967 pourraient revenir, et à côté, une « Palestine » dans laquelle ne pourront habiter que les Arabes qui y vivent aujourd’hui! En clair, une « Palestine judenrein » aux côtés d’un Etat d’Israël déjudaïsé qui aurait été submergé par plusieurs millions d’Arabes supplémentaires. » (http://www.lphinfo.com/nabil-chaath-revele-presque-monde-savait/)

 

* La Palestine en tant région administrative de l’empire ottoman puis de la Grande- Bretagne

* Cette fois, il s’agit de la population musulmane de Gaza et de Judée-Samarie

* La famille de Mahmoud Darwish est partie au Liban puis est revenue toujours en Galilée occidentale à Deir al Asad à environ 30 km de son village natal.

*le yishouv:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/04/04/de-lancien-au-nouveau-yishouv/

*le grand mufti Hadj Amin al Husseini:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/22/le-mufti/

*Yasser Arafat est né en 1929 en Egypte. Il prétend faire partie de la famille ‘Husseini. Personne en fait n’en sait rien mais il a pu imposer cette filiation, peut-être fictive, car cela servait les intérêts du KGB. Si non e vero…

*Le ‘Hamas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/16/4795/

*Shabak: Sécurité Intérieure

* Mustafa Tusa:
http://mordechaikedar.com/the-emirates-solution-embraced-by-arabs/

*  Les émirats palestiniens
http://www.palestinianemirates.com/articles.html

* Les frères musulmans et le ‘Hamas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/16/4795/

* Ce que pensait Golda Meir des Palestiniens:
https://www.israelnationalnews.com/Articles/Article.aspx/21666

 

 

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Non, nous n’oublions pas les Justes des nations

Nous n’oublions pas les Justes des nations, ceux qui nous ont aidés pendant la Shoah, souvent au péril de leur vie. Ils sont honorés à Yad Vashem, leur histoire est enseignée dans les écoles. Nous savons que sans eux, nous n’aurions pas survécu.
A Yad Vashem, on peut lire leurs noms. Certainement beaucoup plus n’ont pas pu être répertoriés car ils ont été assassinés par les nazis en même temps que les Juifs qu’ils protégeaient.
Mais en cette fin du mois de janvier où les nations commémorent l’extermination des Juifs pendant la Shoah, le parlement polonais vient d’approuver un projet de loi qui nie toute responsabilité de Varsovie dans l’extermination des Juifs sur son sol!
Cette loi veut punir de 3 ans de prison toute personne disant que le peuple polonais a pris part à la Shoah et non pas seulement ceux utilisant l’expression “camps d’extermination polonais” comme cela a été souvent rapporté*.

Les propos d’un parlementaire polonais interviewé à la télévision israélienne à ce sujet étaient très clairs: le peuple polonais n’a pas participé à l’extermination des Juifs, sauf quelques gangsters comme il y en a partout » a-t-il concédé.
Or, pour ne parler que de la période moderne, dès 1926, il y eu de violentes campagnes antisémites qui aboutirent aux pogroms de Grodno (1935), de Przytyk (1936), de Minsk, Mazowiecki (1936), et Brzesc (1937). Dans les années 30, les étudiants juifs furent soumis à des quotas dans les universités, et les fonctionnaires juifs perdirent leurs postes. Pendant la guerre, il y eu plusieurs massacres perpétrés par les Polonais eux-mêmes (comme à Jedwabne en 1941).
Avant la guerre, il y avait 3,3 millions de Juifs en Pologne, seulement environ 300 000 en 1945.
Après la guerre, entre 1945 et 1948,les pogroms perpétrés à Cracovie 1945, à Kielce 1946 ainsi que l’assassinat de nombreux de juifs isolés, nous donnent une idée de l’antisémitisme d’une grande part de la population polonaise. La plupart des survivants s’enfuirent.
Après 1948, le régime communiste fit des purges dans les rangs des fonctionnaires juifs restants: pour Gomulka, non seulement les Juifs mais aussi les descendants de Juifs (il suffisait d’avoir un arrière grand-père juif), devaient être limogés.
Et on voudrait nous faire croire que pendant la guerre, alors que l’extermination des Juifs était licite et même encouragée, seuls « quelques gangsters » auraient aidé les nazis? Les historiens estiment que 200 000 juifs ont été exterminés en Pologne du seul fait des bons citoyens polonais.

J’écris cet article le jour de טו בשבט (Tou Bishvat). Le sud est déjà recouvert de coquelicots*et les amandiers refleurissent autour de nous. Cela me fait penser à la vue sur les collines verdoyantes qui termine la visite éprouvante de Yad Vashem, le renouveau après le désespoir et la mort.

L’amande se dit en hébreu  שקד (Shaked) mais cette racine signifie aussi être assidu, appliqué à l’étude
Et si, nous tous nous envoyions des amandes aux Polonais pour qu’enfin ils étudient et regardent leur histoire en face?
Au lieu de faire par exemple des ennuis à l’écrivain polonais Jan Tomasz Gross  parce qu’il a parlé de la responsabilité des Polonais lors des massacres antisémites durant la Seconde Guerre mondiale* dans son livre Les voisins:
« Ce que virent les Juifs horrifiés et interdits, ce sont des visages familiers. Non pas des hommes anonymes en uniforme, les rouages anonymes d’une machine de guerre, des agents exécutant des ordres, mais leurs propres voisins. Des voisins qui choisirent de tuer et prirent part à un pogrom sanglant : des bourreaux volontaires…

Ils feraient bien mieux d’honorer les Justes polonais à qui ils doivent de ne pas être tombés entièrement dans la barbarie.

Bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

*camps d’extermination polonais: expression employée par Obama

*les coquelicots:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*Jan Tomasz Gross: Les voisins (ED Fayard, 2002)
*Les Justes polonais repertories:
http://www.yadvashem.org/yv/pdf-drupal/poland.pdf
lisez aussi:
http://www.yadvashem.org/fr/justes.html

 

Le chemin des Patriarches (4): Le Goush Etzion

Dans notre promenade le long du chemin des Patriarches en direction du nord sur la route 60, nous arrivons maintenant au Goush Etsion. Goush en hébreu veut dire bloc . Il s’agit d’une région des montagnes de Judée où furent édifiés plusieurs kibboutzim dans les années 20 et 30 qui protégeaient la partie sud de Jerusalem. Le mot Etsion vient du mot עץ (etz), un arbre et de ציון (tsion), Sion. Pourquoi un arbre? Parce que celui qui acheta une bonne partie des terres s’appelait Shmuel Tzvi Holzman (en allemand Holz signifie arbre).
Ces kibbutzim furent tous détruits pendant la guerre d’Indépendance. 
Tout le monde ici connait la fin du kibboutz Kfar Etsion, totalement détruit  le 14 mai 1948 et de ses défenseurs massacrés par la Légion arabe.

Pendant les 19 années de l’occupation jordanienne, les veuves et les enfants de ces défenseurs se retrouvaient chaque année sur une des collines de Jerusalem pour contempler au loin le chêne solitaire qui se trouve dans le Goush, à l’intersection des routes menant aux kibboutzim détruits.
Cet arbre, vieux de 700 ans a survécu à toutes les guerres et destructions. Il est devenu le symbole du Goush Etzion et de son renouveau.

En 1967, après la guerre des 6 jours, le kibboutz Kfar Etzion fut reconstruit et repeuplé par les descendants de ses fondateurs.


« Le monde converge vers l’odeur de la terre et des pins. La récolte et les hommes sont rentrés. L’odeur de la terre fouette les sommets, dans le ciel les nuages se battent avec un rayon de soleil. A côté des épines, la terre têtue, le cyclamen enfoui, la terre est saturée de pluie et de sang. La reine est tombée mais la reine s’est relevée, ses sujets applaudissent: elle a ôté sa robe de captive et a mis ses vêtements de splendeur* pour les nations. Elle regarde vers la mer, tournant le dos aux monts d’Edom. Ses fils ont appelé à la liberté, au retour à la maison. Revenez à votre héritage pour toujours. Elle marche comme une fiancée à la rencontre de son fiancé, une ketouba si ancienne… sur ce chemin sinueux sur les hauteurs qui la mènent du passé à demain. Et l’homme étendra ses mains, élèvera sa prière vers Dieu, et chantera le chant du cœur, un chant de louange, pour l’année du Jubilé « 

Actuellement la région compte 70 000 habitants et 22 bourgades parmi lesquelles Neve Daniel,

Tekoa à la limite du désert,

Efrat qui jouxte Bethlehem et dont j’ai déjà parlé plusieurs fois:

efrat
Mais la grande attraction du Goush Etzion c’est le Herodion.

Le Herodion, c’est cette drôle de colline nue, en forme de cône tronqué, qui se trouve entre Tekoa et Efrat:

(le Herodion depuis le Goush Etzion, au fond Jerusalem)

En cette année 40 (avant l’ère chrétienne), Hérode est  très heureux d’avoir défait les Parthes. Il décide de faire construire à sa gloire un palais et un tombeau qu’il appellera en toute simplicité le Herodion*.
Flavius Joseph nous en a laissé une description dans La guerre des Juifs I, 21, 10:
« …il n’oublia pas le souci de sa propre mémoire. C’est ainsi qu’il renouvela les fortifications d’une place située dans la montagne à côté de l’Arabie et l’appela de son propre nom, Hérodium. Une colline artificielle en forme de mamelon, à soixante stades de Jérusalem, reçut le même nom, mais fut embellie avec plus de recherche. Hérode entoura le sommet de la colline d’une couronne de tours rondes et accumula dans l’enceinte les palais les plus somptueux : non seulement l’aspect des constructions, à l’intérieur, était superbe, mais les richesses étaient répandues à profusion sur les murs extérieurs, les créneaux et les toits. Il fit venir à grands frais de loin des eaux abondantes et assura l’accès du palais par un escalier de deux cents degrés de marbre d’une blancheur éclatante, car la colline était assez haute et toute entière faite de main d’homme. Au pied du coteau, il bâtit un autre palais pouvant abriter un mobilier et recevoir ses amis. Par la plénitude des ressources, cette enceinte fortifiée paraissait être une ville par ses dimensions, c’était un simple palais. »

Ce palais se trouvait sur le bas de cette colline, entouré d’entrepôts, d’écuries et de nombreux jardins. C’est là que vivaient Hérode, sa famille et sa cour. Sur une des pentes, se tenait un théâtre de 470 places somptueusement décoré.

Mais Hérode fit aussi fait bâtir une sorte de coquille construite entre deux murs arrondis.

Dans cette coquille se trouvait toute une forteresse avec ses citernes, les entrepôts, son réseau d’alimentation en eau, des thermes et un second palais agrémenté d’un jardin où le roi et la cour vivaient en cas de guerre, le tout réparti sur plusieurs étages.

(Détail d’une mosaïque des thermes qui se trouve au Musée Israel)

Trois tours de garde semi-circulaires protégeaient cette colline artificielle. Elles aussi étaient divisées à l’intérieur en plusieurs étages.
En mai 2007 , l’archéologue Ehud Netzer annonça qu’il avait enfin trouvé la tombe d’Hérode qu’il cherchait depuis plus de 30 ans. Elle se situe sur la pente externe de la montagne, sous les restes de la muraille entourant le Hérodion et au-dessus du palais inférieur d’où partit le cortège funèbre d’Hérode. Dans un mausolée en pierres de tailles, Netzer a trouvé des fragments d’un sarcophage, similaire aux sarcophages découverts au « Tombeaux des rois »*.

C’est évidemment Flavius qui nous raconte les obsèques royales: »
« … on s’occupa des funérailles du roi. Archélaüs n’épargna rien pour qu’elles fussent magnifiques. Il étala tous les ornements royaux qui devaient accompagner le mort dans sa tombe. Sur un lit d’or massif, constellé de pierreries, était jeté un tapis de pourpre brodé de couleurs variées : le corps reposait sur cette couche, enveloppé d’une robe de pourpre, la tête ceinte du diadème, surmontée d’une couronne d’or, le sceptre  dans la main droite. Autour du lit marchaient les fils d’Hérode et la foule de ses parents, et après ceux-ci les gardes, les mercenaires thraces, germains et gaulois, tous dans leur équipement de guerre. Tout le reste de l’armée formait escorte ; elle s’avançait en armes, accompagnant en bon ordre les généraux et les commandants ; venaient, enfin, cinq cents serviteurs et affranchis, portant des aromates. Le corps fut ainsi transporté sur un parcours de 200 stades jusqu’à Hérodion où il fut enseveli comme le roi l’avait prescrit. Ainsi finit le règne d’Hérode. 

Plus tard le Herodion servit de forteresse aux troupes de Bar Kokhba*. Les révoltés construisirent des tunnels d’évasion, ajoutèrent une synagogue et deux mikve.

(tunnels d’évasion datant de la révolte juive des années 133-135)

Apres la fin de la grande révolte juive, le site resta désert jusqu’à l’époque byzantine, où fut construit un monastère. Le monastère et les quatres églises attenantes furent détruits au moment de la conquête arabe, les bédouins de la région utilisèrent ce lieu pour parquer leurs bêtes jusqu’à ce qu’il devint un site archéologique protégé.

A bientôt,

*J’ai déjà raconté l’histoire dramatique des 35 soldats, le groupe des ל »ה  (lamed he=35) qui se firent massacrer en portant secours aux habitants du Goush Etzion dans mon article La vallée du Terebinthe:
( https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/ ).

*Les vêtements de splendeur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Le tombeau des rois à Jerusalem:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tombeau_des_Rois

*La révolte de Bar Kokhba:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/

 

 

 

Le chemin des Patriarches (3)

Hevron est une ville dont tout le monde connaît le nom.
Selon le livre de Bereshit(Genèse), c’est là que sont enterrés nos patriarches ainsi que leur famille (sauf Ra’hel, morte en chemin et enterrée entre Jerusalem et Bethlehem):
Le texte est un peu long mais mérite d’être lu en entier car il montre combien Avraham ne voulait pas que la propriété de ce caveau de famille lui soit contestée un jour.

« Avraham s’avança et se prosterna devant le peuple du pays, devant les enfants de Heth,  et il leur parla ainsi: « Si vous trouvez bon que j’ensevelisse ce mort qui est devant moi, écoutez-moi: priez en ma faveur Éfron, fils de Tsohar,  pour qu’il me cède le caveau de Ma’hpéla…pour argent comptant, comme propriété tumulaire au milieu de vous. » Éfron…répondit à Abraham en présence des enfants de Heth, de tous ceux qui étaient venus à la porte de sa ville et dit: « Non, seigneur, écoute-moi, le champ, je te le donne; le caveau qui s’y trouve, je te le donne également; à la face de mes concitoyens je t’en fais don, ensevelis ton mort. »  Avraham se prosterna devant le peuple du pays et parla ainsi à Éfron en présence du peuple du pays: « Ah! s’il te plaît, écoute-moi: j’offre le prix de ce champ, accepte-le, que j’y puisse enterrer mon mort. » Éfron répondit à Abraham en lui disant: « Seigneur, écoute-moi: une terre de quatre cents sicles d’argent, qu’est-ce que cela entre nous deux? Enterres-y ton mort. » Avraham écouta Éfron et lui compta le prix qu’il avait énoncé en présence des enfants de ‘Heth: quatre cents sicles d’argent, en monnaie courante. Ainsi fut dévolu le champ d’Éfron situé à Ma’hpéla, en face de Mamré; ce champ, avec son caveau, avec les arbres qui le couvraient dans toute son étendue à la ronde, à Avraham, comme acquisition, en présence des enfants de Heth, de tous ceux qui étaient venus à la porte de la ville. Alors Avraham ensevelit Sara, son épouse, dans le caveau du champ de Ma’hpéla, en face de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan. Le champ, avec le caveau qui s’y trouve, fut ainsi adjugé à Avraham, comme possession tumulaire, par les enfants de Heth. »(Bereshit 23, 8-20).
Lors de la mort d’Avraham, le texte de Bereshit insiste encore comme dans un document juridique pour que soit rappelé le souvenir de la transaction:
 Il (Avraham) fut inhumé par Isaac et Ismaël, ses fils, dans le caveau de Ma’hpéla, dans le domaine d’Efrôn, fils de Tsohar, ‘Héthéen, qui est en face de Mamré; ce domaine qu’Abraham avait acquis des enfants de ‘Heth. Là furent ensevelis Abraham et Sara son épouse. » (Bereshit 25, 9,10)

Depuis la grotte a été recouverte par un grand bâtiment construit par Hérode le Grand au premier siècle de l’ère chrétienne. Il sera transformé en mosquée au 12 ème siècle, la mosquée Ibrahim.


L’intérieur se divise en deux vastes salles, l’une aménagée en mosquée et l’autre en synagogue. Elles renferment plusieurs cénotaphes.
Les ossements véritables sont supposés se trouver dans la caverne de Mahpéla, c’est-à-dire au sous-sol.
Mais qu’y a t il exactement dans ce sous-sol?
Un document ancien rend compte d’une exploration faite en 1119, au temps où la Judée faisait partie du royaume croisé: des moines augustins avaient soulevé les pierres du dallage et trouvé une ouverture qui s’enfonçait profondément dans la roche. Là, ils découvrirent une petite pièce maçonnée mais vide. Mais à nouveau sous le dallage de cette pièce, une autre ouverture qui communiquait avec une grotte naturelle où se trouvaient 12 jarres contenant des ossements humains. Les moines les retirèrent et vendirent les ossements comme reliques des patriarches. En 1187, le pays retomba aux mains des musulmans et l’entrée de cette grotte fut fermée à nouveau.
En 1983,  Zeev Jevin, directeur du Service des Antiquités d’Israël, pénétra clandestinement dans la pièce maçonnée et arriva jusqu’à l’entrée des deux grottes en enfilade. Il n’y trouva que des tessons de poterie et quelques ossements abandonnés. L’analyse des tessons montra qu’ils dataient de l’age du fer, soit bien après l’époque d’Avraham. Les ossements furent laissés sur place et non analysés.

 

Les Juifs habitèrent ‘Hevron tout au long des siecles jusqu’en 1929, date à laquelle ils furent presque tous massacrés par les Arabes. Ce pogrom bien préparé fit 67 morts et 60 blessés.

Les maisons furent pillées, détruites, les synagogues rasées et les rouleaux de la Thora brûlés. Il faut noter qu’un musulman, nommé Haj Issa el-Kourdieh, qui vivait dans le quartier juif, cacha 33 Juifs dans sa cave. Les survivants du massacre se réfugièrent à Jerusalem. En 1931, 31 familles juives retournèrent à ‘Hevron mais en 1936, les Britanniques avertis d’un autre massacre, les expulsèrent.
Pendant la guerre d’indépendance, ‘Hevron fut conquise par l’armée jordanienne. Aucun Juif ne put y vivre, ni même venir y prier jusqu’en 1967 et ce alors que cette possibilité était incluse dans les accords d’armistice. Pendant 19 ans, les Jordaniens éliminèrent toute évidence d’une présence juive. Ils rasèrent le quartier juif, détruisirent le cimetière et établirent un enclos pour animaux dans les ruines de la synagogue Avraham Avinou.

Actuellement 700 juifs  vivent à ‘Hevron ainsi que 7000 dans le faubourg de Kiriat Arba.
Et pour ceux qui pensent toujours que nous oppressons les Arabes à ‘Hevron, voici un plan de la ville extrêmement parlant:


La partie en bleue est permise aux Juifs et la partie en vert leur est interdite.

Et comme dans les reportages sur ‘Hevron, la presse vous montre toujours  la même rue bouchée aux magasins fermés,  voici cette vidéo:

A bientôt,

 

 

 

Le Chemin des Patriarches (2)

Nous avons donc quitté Beer Sheva et traversé la forêt de Yatir.


Nous continuons sur le Chemin des Patriarches en direction du Nord. Cette fois, nous nous arrêterons dans le הר חברון (Har ‘Hevron), les montagnes de ‘Hevron, en vert sur la carte:


Nous allons maintenant parcourir toute la Judée et la Samarie que certains s’obstinent à appeler la Cisjordanie. Je sais, certains pensent que peut-être j’exagère un peu et que les mots n’ont pas tant d’importance que ça, mais que diriez-vous si au lieu de l’Alsace on parlait de Cis-Allemagne ou de Cis-Rhénanie (pour la rime avec Jordanie)?

Bref, nous voici donc dans le sud de la Judée-Samarie:


Dans le הר חברון (Har ‘Hevron). montagnes de ‘Hevron 
on ne compte pas moins de 18 villages aux noms bibliques.

Ils rappellent qu’à l’époque du Tanakh et jusqu’à la conquête arabe (7 ème siècle), les Juifs vivaient ici, agriculteurs, viticulteurs et éleveurs. Comme par exemple, les villages de Maon et Carmel où Nabal avait sa ferme:
« Or, il y avait un homme à Maon, ayant son bien à Carmel; cet homme était très connu, possédait trois mille brebis et mille chèvres, et il assistait à la tonte de son bétail à Carmel.  Cet homme avait nom Nabal, et sa femme s’appelait Abigaïl. La femme était intelligente et belle, l’homme dur et de mauvaise conduite » (Samuel 25, 2-3)
וְאִישׁ בְּמָעוֹן וּמַעֲשֵׂהוּ בַכַּרְמֶל, וְהָאִישׁ גָּדוֹל מְאֹד, וְלוֹ צֹאן שְׁלֹשֶׁת-אֲלָפִים, וְאֶלֶף עִזִּים; וַיְהִי בִּגְזֹז אֶת-צֹאנוֹ, בַּכַּרְמֶל. ג וְשֵׁם הָאִישׁ נָבָל, וְשֵׁם אִשְׁתּוֹ אֲבִגָיִל; וְהָאִשָּׁה טוֹבַת-שֶׂכֶל וִיפַת תֹּאַר, וְהָאִישׁ קָשֶׁה וְרַע מַעֲלָלִים

Dans ce voyage, notre première étape sera Soussia.
Le village actuel de Soussia a été établi en 1983 par 10 familles. Le village compte maintenant un peu plus de 1000 habitants qui travaillent soit à Beer Sheva soit sur place dans l’agriculture: trois entreprises laitières transforment le lait de brebis et de chèvres qui viennent des quelques fermes aux alentours. L’une des plus connue est celle de Yaïr Har Sinaï.
Yaïr Har Sinaï était un utopiste écolo qui portait ce qu’il tissait et mangeait ce qu’il produisait. Il refusait de porter des armes car, disait-il, moi je suis seulement un paysan. Après son assassinat par des terroristes en 2001, la ferme a été pillée et les moutons volés. 

Son épouse Dalia raconte: »Une levée de fonds a été organisée pour la ferme. Notre histoire a été publiée, partout les gens ont donné, y compris des personnes d’extrême gauche.*
Du coup la ferme a réussi à repartir. Elle possède plus d’une centaine de moutons et de chèvres et est devenue une réussite commerciale.
L’ancienne Soussia se trouve tout près.
Jusqu’à il y a peu, on pensait que Soussia avait été fondée au début de l’ère chrétienne, après la destruction du 2 ème Temple. Or on a découvert récemment des vestiges de bains rituels et des pièces de monnaies de l’époque des ‘Hashmonaïm*. La ville est donc plus ancienne d’au moins 300 à 400 ans. Elle se développera sans doute beaucoup plus à la fin du 1 er siècle de l’ère chrétienne, avec la fuite d’une partie de la population de Jerusalem. A cette période, on estime sa population à 5000 personnes.
Les fouilles montrent que la vie de ses habitants était conforme aux prescriptions du judaïsme. Sur les linteaux des maisons d’habitation, se trouvent encore les fentes dans la pierre qui contenaient les מזוזות (mezouzot). Une מנורה (menora) était gravée au-dessus des portes. De plus,  on a trouvé plus de 30 מקוואות (mikvaot), bains rituels et enfin, ils priaient dans une grande et  belle synagogue:

au sol recouvert de mosaïques

avec des inscriptions en hébreu, à la mémoire de tel ou tel notable:

La ville était protégée par une haute muraille et on fermait la porte en roulant une énorme pierre:

La sécurité des habitants était aussi assurée par un tunnel d’évasion qui partait de la synagogue et arrivait en pleine campagne. C’est un large tunnel qui comporte aussi 12 salles permettant de s’y réfugier pendant une attaque. On y a même des jarres contenant des restes de nourriture, réserve suffisante pour soutenir un siège.
De quoi vivaient-ils dans une région presque désertique?

Ils étaient producteurs d’huile et de vin. Il étaient aussi tanneurs, ceci grâce aux nombreux puits creusés assez profond pour capter l’eau des sources souterraines et grâce à un réseau de conduits très sophistiqué  dans toute la ville.

Nul ne sait pourquoi la cité fut soudainement abandonnée au 9ème siècle. Comme on n’y a trouvé aucune trace d’incendie, d’armes ou de squelettes mutilés pouvant suggérer une attaque, il semble qu’une épidémie a décimé rapidement la population et que les survivants, trop peu nombreux, se sont réfugiés, sans doute à Hevron.


Nous continuerons le long du Chemin des Patriarches, vers le nord…
A bientôt,

*L’époque des ‘Hashmonaïm: celle  des Makabim

 

 

 

 

 

Hannouka 2017: les secrets de la forêt de Ben Shemen

L’histoire contemporaine de Ben Shemen commence  en 1904,  lorsqu’un groupe de pionniers acheta les terres du lieu dit Beit Arif  pour  y planter des oliveraies.
Le moshav de Ben Shemen y fut fondé en 1905 et nommé d’après cette phrase du prophète Ishaï (chap5,1):
Je veux chanter à mon bien-aimé le cantique de mon ami sur sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau au sol fertile (gras).
א אָשִׁירָה נָּא לִידִידִי, שִׁירַת דּוֹדִי לְכַרְמוֹ: כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי, בְּקֶרֶן בֶּן-שָׁמֶן.

Les débuts furent très difficiles: la grande invasion de sauterelle de 1915* puis les combats de la première guerre mondiale détruisirent les premières oliveraies.
En 1927 fut construit le village des jeunes de Ben Shemen, pension et école d’agriculture.

 De nos jours, Ben Shemen est surtout connu pour sa forêt, une des plus grandes d’Israel, 21000 dunam (ou 21 km carrés), renommée pour ses sentiers de randonnée.
La foret se trouve tout proche de la ville de Modiin*.

Forêt de Ben Shemen Photo: Avi Hayoun. Courtoisie des archives du KKL-JNF(photo KKL)

Le nom de Modiin ne vous est pas inconnu. Eh oui, il s’agit de ce poste d’observation,  qui domine la plaine côtière à 300 m d’altitude et qui, il y a plus de 2000 ans donnait des מודעין (modiin), des renseignements sur les envahisseurs en route pour la capitale. Et Modiin, comme vous le savez aussi, est liée à l’histoire des Makabim, ces révoltés juifs qui se battirent contre l’armée grecque pour libérer le pays, surtout notre capitale Jerusalem et surtout notre Temple (n’en déplaise à l’UNESCO et à ses sbires). Ils réussirent à sauvegarder notre indépendance pendant 130 ans jusqu’à l’arrivée des Romains.

Partons donc pour la forêt de Ben Shemen:
A partir de Jerusalem, la route 443 vous mènera au carrefour dit des Makabim et à des panneaux « tombeaux des Makabim ».
Mais les Makabim sont-ils enterrés ici?
Il est vrai qu’on se trouve soudain face à 9 tombes de grande taille, identifiées par certains comme étant celles des Makabim. Elles sont creusées à 1m 50 dans le rocher, et chacune contient deux niches pour deux dépouilles. A leur côté, de larges pierres taillées qui servaient de pierre tombale à l’époque romaine et bien avant.

Related image

La tradition les reconnait donc comme les tombeaux des Makabim.
Mais pourquoi? Parce qu’en 1907, des élèves du lycée Gymnasia Herzlyia de Tel Aviv, partis en excursion pour ‘Hanouka en direction de cette Modiin antique, furent interpellés par un berger arabe du village de Al-Midya, qui leur indiqua le lieu dit Koubour al yehud, le tombeau des Juifs, situé dans ces terres abandonnées, qui seront plus tard la forêt de Ben Shemen.
Mais bien sûr, tous les experts ne sont pas d’accord. 
Au nord de ce site se trouve une structure en pierre couverte par un dôme appelé Horbat ha-Gardi ou Ruine du Gardi. Il date de la période byzantine et en son centre une tombe musulmane, celle de Sheikh (Sheikh al-Gharbawi).
Or, en 1870, pour l’archéologue français, Victor Guerin, ce site était celui du fameux tombeau, édifié par Shimon pour les membres de sa famille, tel qu’il est décrit dans le premier livre des Macchabées (chap 13): «Shimon envoya recueillir les restes de son frère Yonathan pour les ensevelir à Modiin la ville de leurs pères… Sur le tombeau de son père et de ses frères Shimon fit construire un mausolée assez haut pour être vu de loin, en pierres polies par devant et derrière. Il fit dresser au dessus 7 pyramides se faisant face l’une a l’autre pour son père, sa mère et ses 4 frères… »
Et de plus, en 1874, l’archéologue français Charles Clermont-Ganneau fit correspondre cet édifice avec un site marquée dans la carte de Madeba* comme le lieu de sépulture des Macchabées.

Pourtant, il découvre aussi les traces d’une croix sur le sol en mosaïque colorée de l’époque byzantine et des vestiges du temps des Croisés. La question est: sur quoi les Byzantins et les Croises ont-ils construits et pourquoi une tombe musulmane?
Les fouilles doivent reprendre d’ici peu, on en saura peut-être plus bientôt…
Mais en tout cas, ce qui est intéressant sur ce deuxième site c’est son nom:  La ruine du Gardi, Gardi étant le surnom de Yonathan Ha’hashmonai, l’un des Makabim.

(photo Moshe Guilad)

Evidemment, l’histoire de la révolte des Makabim ne se limite pas à cette forêt de Ben Shemen. Ils ont guerroyé contre les Grecs dans toute la Judée. Voici une vidéo de l’Universite Bar Ilan qui explique ce que furent les combats dans la vallée de Ela (la vallée du térébinthe*).

Ici dans la région de Modiin,  s’est déroulée, du 8 au 18 mais 1948, l’opération Makabim pour ouvrir le chemin allant de la plaine côtière à Jerusalem. Elle fut une des nombreuses opérations militaires nécessaires pour libérer la ville assiégée. Une stèle à la mémoire des 23 soldats qui ont péri pendant ces combats se trouve à côté de »La Ruine de Gardi« :

Et un monument érigé en forme de pyramides les relie au souvenir des Makabim
Related image

Toujours à côté de la ville actuelle de Modiin, se trouve le Kfar Ha’hashmonaim où les enfants peuvent s’imaginer plus concrètement la vie quotidienne des Juifs d’il y a 2000 ans.

Si vous ne voulez pas vous plonger dans les détails de cette histoire, en voici un résumé illustré, succinct mais juste:

Les Makabim sont restés dans la mémoire juive comme un symbole de force et de vaillance. C’est pourquoi, les premiers clubs sportifs juifs ont tous pris et gardent le nom de Makabim*. Le premier fut établit à Constantinople en 1895 et très vite, se répandirent dans toute l’Europe.
Max Nordau écrivait en 1898: « L’histoire de notre peuple nous montre que nous avons été forts autrefois…mais maintenant ce n’est plus le cas. Nous devons nous développer physiquement pour montrer que nous pouvons nous défendre… Mais recouvrer une vie saine, ce n’est pas seulement avoir un corps sain, nous devons retrouver aussi l’esprit des Hébreux… »
Ce qu’écrit Max Nordau peut paraître un peu naïf et sans objet mais pour les Juifs de cette période qui n’étaient jamais sûrs de rentrer sains et saufs chez eux, cela sonnait comme une nécessité impérieuse. Les premières lois nazies bannirent les Juifs des clubs de sport allemands au nom de la race pure.

hanukkah

(https://ukmediawatch.org/2013/11/28/the-hanukiyah-and-the-swastika-the-story-behind-a-haunting-photo-from-1931/)

Une petite fille de 7 ans, Hadas Goldenberg, du kibboutz Beit Alpha vient de découvrir une lampe à huile, typique de la période des Makabim. C’est à cette période qu’on a commencé à fabriquer séparément les parties hautes et basses des lampes dans des moules.

(Yediot Aharonot, photo Nir Distelfeld de l’Autorité des Antiquités)

Ce ‘Hanouka, on peut dire que la saison des roquettes en provenance de Gaza est de nouveau ouverte: une quinzaine cette semaine sur Sderot et Ashkelon. Un attentat à Jerusalem*, des jets de pierres sur les voitures et les autobus un peu partout…


Merci à notre armée, aux gardes de sécurité, aux policiers qui risquent leurs vies tous les jours pour veiller sur notre sécurité.

A bientôt,

*L’invasion de sauterelles de 1915:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/27/le-yishouv-en-guerre/

*Modiin: ville à mi-chemin entre Tel Aviv et Jerusalem. Ce fut aussi la ville d’origine de la famille des Makabim.

*Les Makabim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/

*Carte de Madaba: mosaïque de l’église Saint-Georges de Madaba en Jordanie. Elle est connue pour être la plus vieille représentation cartographique qui nous soit parvenue d’Israel et de Jerusalem. Elle date de la fin du 6 ème siècle.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/31/la-porte-de-damas-et-la-porte-neuve/

*La vallée du térébinthe:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Un des gardes de la station des bus a été très grièvement blessé. Il s’appelle Asher Ben Saada

 

 

Déclaration historique du Président Trump sur Jerusalem

Je traduis un article de Nir Muallem* de la chaîne de télévision 20.

« Ce soir, les murailles de la vieille ville ont été illuminées aux couleurs des USA et d’Israel:

(photo Kobi Richter)

A l’occasion de la déclaration historique du président américain Donald Trump, la municipalité de Jerusalem a illuminé les murailles de la vieille ville aux couleurs des U.S.A et d’Israel, depuis la porte de Yaffo jusqu’à la porte de Sion, pour montrer combien nous apprécions la décision américaine de reconnaître Jerusalem comme notre capitale et d’y envisager le transfert de son ambassade.
Des drapeaux américains ont aussi été déployés dans les principales rues de la ville (Agron, Shazar et Ruppin) et le pont à l’entrée de la ville a été lui aussi illuminé aux couleurs américaines.

(photo Yihiel Gurfein)


Le maire de Jérusalem Nir Barkat a noté que « l’annonce de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël est une déclaration historique qui envoie un message clair au monde entier: les Etats-Unis se tiennent aux côtés du peuple juif, de l’Etat d’Israel et de Jerusalem. Pour exprimer l’amitié courageuse entre le peuple américain et le peuple d’Israël, nous avons décidé d’illuminer les murs de la vieille ville avec les couleurs des drapeaux américains et israéliens, symbolisant la force du lien historique du peuple juif à Jérusalem depuis plus de 3000 ans. »

Pour nous Juifs, Jerusalem a toujours été notre capitale.
Lors de la création de l’état, David Ben Gourion s’y réfère aussi comme notre capitale et d’ailleurs toutes les institutions gouvernementales se trouvent à Jerusalem.
Pour officialiser les choses, la 9 ème Knesset a adopté la loi dite de Jerusalem qui déclare que:
Jerusalem, complète et unie, est la capitale d’Israel et le siège du Président, de la Knesset, du gouvernement et de la Cour Suprême.
Cette loi stipule aussi le devoir de maintenir les lieux saints de la ville pour toutes les religions et déclare que la ville recevra un budget spécial pour son développement et la préservation de son caractère. »

De plus, en 2001, ont été rajoutés ces trois points:
– Aucune autorité ne doit être transférée de la zone de Jerusalem à une entité étrangère, qu’elle soit politique ou gouvernementale,
– Que la zone de Jérusalem, selon la loi, est la zone établie le 28 juin 1967
– Et que ces deux clauses ne peuvent être modifiées qu’au moyen d’une loi fondamentale différente et d’une majorité de membres de la Knesset

 

(Loi fondamentale dite Loi de Jerusalem, 30 juillet 1980)

Cependant, aucun pays* n’a jamais accepté avant ce jour de reconnaître qu’Israel, comme tout pays souverain, avait le droit de choisir sa capitale. Aujourd’hui est donc un jour historique. 
Nous entendons de multiples menaces de la « rue arabe » qui nous promet une nouvelle intifada, nous verrons… De toute manière, c’est le discours habituel…

A bientôt,
PS: Un article important du jeudi 07/12 de Sami el Soudi sur le site de la Metula News Agency: « Il s’agit d’un plan »:http://www.menapress.org/

*Article de Nir Muallem:
https://www.20il.co.il/%D7%A6%D7%A4%D7%95-%D7%97%D7%95%D7%9E%D7%95%D7%AA-%D7%94%D7%A2%D7%99%D7%A8-%D7%94%D7%A2%D7%AA%D7%99%D7%A7%D7%94-%D7%94%D7%95%D7%90%D7%A8%D7%95-%D7%91%D7%93%D7%92%D7%9C%D7%99-%D7%90%D7%A8%D7%94%D7%91/

*quelques uns de mes articles sur Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/30/le-melange-de-jerusalem/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*Toutes les ambassades se trouvent actuellement à Tel Aviv.
De la trentaine de pays qui ont eu une ambassade à Jérusalem, comme l’Ethiopie, la Bolivie, le Chili, les Pays-Bas ou l’Uruguay, aucun depuis les années 80 n’a gardé sa représentation diplomatique à Jérusalem en raison de la condamnation internationale de l’annexion de l’est de la ville. En 2006, le Costa Rica et le Salvador ont été les derniers à suivre ce mouvement pour  « Violation du droit international » (résolution 478 du Conseil de sécurité de l’Onu). (source: https://www.coolamnews.com/nuit-du-5-au-6-decembre-2017-la-nuit-de-tous-les-possibles-pour-jerusalem/)