Bonne fête de Hanouka

חנוכה שמח

 

Soleil et nuage sur la vallée du Jourdain.
Le photographe Idan Zeidel a intitulé ainsi sa photo:
Première bougie de Hanouka!

A bientôt,

Publicités

Parlez-vous le Yerushalmi?

 A la fin du livre d’Esther, il est écrit:
…Eh bien! écrivez vous-mêmes, au nom du roi, en faveur des juifs, comme vous le jugerez bon, et signez avec l’anneau royal, car un ordre écrit au nom du roi et muni du sceau royal ne peut être rapporté. »
 Sur l’heure même, on convoqua les secrétaires du roi, c’était dans le troisième mois, qui est le mois de Sivan, le vingt-troisième jour du mois et on écrivit, tout comme Mordekhaï l’ordonna, aux juifs, aux satrapes, aux gouverneurs et aux préfets des provinces qui s’étendaient de l’Inde à l’Ethiopie cent-vingt-sept provinces en s’adressant à chaque province suivant son système d’écriture et à chaque peuple suivant son idiome, de même aux juifs selon leur écriture et selon leur langue. (Esther 8 8,9)
וְאַתֶּם כִּתְבוּ עַל-הַיְּהוּדִים כַּטּוֹב בְּעֵינֵיכֶם, בְּשֵׁם הַמֶּלֶךְ, וְחִתְמוּ, בְּטַבַּעַת הַמֶּלֶךְ: כִּי-כְתָב אֲשֶׁר-נִכְתָּב בְּשֵׁם-הַמֶּלֶךְ, וְנַחְתּוֹם בְּטַבַּעַת הַמֶּלֶךְ–אֵין לְהָשִׁיב. ט וַיִּקָּרְאוּ סֹפְרֵי-הַמֶּלֶךְ בָּעֵת-הַהִיא בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי הוּא-חֹדֶשׁ סִיוָן, בִּשְׁלוֹשָׁה וְעֶשְׂרִים בּוֹ, וַיִּכָּתֵב כְּכָל-אֲשֶׁר-צִוָּה מָרְדֳּכַי אֶל-הַיְּהוּדִים וְאֶל הָאֲחַשְׁדַּרְפְּנִים-וְהַפַּחוֹת וְשָׂרֵי הַמְּדִינוֹת אֲשֶׁר מֵהֹדּוּ וְעַד-כּוּשׁ שֶׁבַע וְעֶשְׂרִים וּמֵאָה מְדִינָה, מְדִינָה וּמְדִינָה כִּכְתָבָהּ וְעַם וָעָם כִּלְשֹׁנוֹ; וְאֶל-הַיְּהוּדִים–כִּכְתָבָם, וְכִלְשׁוֹנָם

A ce moment la, quelle était la langue des Juifs? L’hébreu évidemment! Mais déjà chaque région, chaque ville devait avoir son propre vocabulaire et son propre accent correspondants à un style de vie, à des figures locales ou imaginaires selon aussi les groupes sociaux: pensez au Guignol de Lyon ou au Bekhor el bovo (l’aîné, le baveux) des Juifs de Turquie et des Balkans, au J’e’ha d’Afrique du Nord ou au  Shlimazel, le « pas-de-chance » des régions ashkenazes.

(Quand danse le shlimazel, les cordes des instruments se cassent)

Eh bien ici, à Yerushalayim, nous parlons le Yerushalmi!
Sans doute que dans les kibboutzim, ils ont leur propre jargon, de même qu’à Tel Aviv, l’accent diffère selon qu’on appartienne à la elita (élite auto-proclamée) ou aux quartiers populaires, mais chez nous à Jerusalem, c’est le yerushalmi.
Vous n’entendrez pas le yerushalmi dans les oulpanim (c’est déjà assez difficile de se débrouiller en hébreu!) ou dans les quartiers d’affaires.
Mais si vous vous promenez à Ma’hane Yehuda* ou à Na’hlaot*, écoutez, écoutez attentivement car vous aurez du mal à comprendre ce qui se dit.
On raconte qu’à Ma’hane Yehuda, un marchand de pistaches s’était trouvé une épouse éduquée à l’occidentale: belle, bien habillée, délicate. Les hommes l’admiraient, les femmes l’enviaient… Mais lorsque les habitants de Ma’hane Yehouda l’entendirent, ils s’exclamèrent: Quelle langue parle-t-elle? La pauvre! Elle ne sait pas un mot de yerushalmi!
C’est vrai qu’il est difficile de s’y retrouver dans ce mélange d’hébreu, d’arabe, de judéo-espagnol* et de yiddish particulièrement riche. C’est aussi ça le מעורב ירושלמי (meorav yerushalmi) le Mélange de Jerusalem*.
Voici un guide fort utile pour survivre dans ces quartiers:

Tout d’abord, même si vous avez l’accent français, pour parler yerushalmi vous devez allonger la syllabe a. On ne dit pas מתאיים (mataim – deux cents), mais mataaaaim. Et de même pour אופניים (ofanaaaim – le vélo), מגפיים (magafaaim – les bottes), ainsi que pour מהנדס (meaaaandes – l’ingénieur), (Appelez meaandes tout technicien, cela lui fera plaisir) et jaaket, une veste (mot qui ne vient bien sûr pas de la Thora).
Si vous voulez acheter une serpillière, ne demandez pas une spongia mais dites shpongia et si le marchand vous indique nonchalamment où elle se trouve: mi’houtsh, comprenez מחוץ (mi’houtz), dehors, et allez la chercher, car il n’a nulle envie de se bouger pour vous tendre une simple serpillière!

Maintenant, passons au vocabulaire. Les expressions en yerushalmi ont toutes trait à la vie quotidienne:
Munis de votre serpillière, vous avez brusquement faim. Vous trouverez toujours un אש תנור (esh tanour) brûlant pour vous sustenter. Non, il ne s’agit pas du feu du four (אש תנור=esh tanour) mais d’une lafa, appelée aussi פיתה עירקית (pita irakit) pita irakienne, que vous tremperez dans toutes les sauces ou qui enveloppera votre sandwish sabi’h* contrairement à la pita classique, sorte de petit sac qui se troue toujours au mauvais moment:

Si le vendeur tarde à vous servir, il se fera tancer d’un bard (froid en arabe et paresseux en hébreu yerushalmi).
Dans un magasin de délicatessen, ne dites pas דג מלוח (dag maloua’h), un poisson salé. Entoure des saumons fumés et autres harengs, le vendeur se sentira offensé.
Moi? un poisson salé?
Vous l’aurez traité de Juif allemand! Ah les pauvres Juifs d’origine allemande que n’ont-ils pas entendu à leur arrivée: dag maloua’h, poisson salé, parce qu’ils ne braillaient pas à tout va et faisait preuve de retenues quelles en toute circonstance et yeke, à cause de la Jacke, la veste, qu’ils s’obstinaient à porter en plein été!

(Le poisson froid est aussi un jeu: un deux trois, dag maloua’h! C’est l’équivalent du un, deux, trois soleil français)

Si vous vous endimanchez, quoi qu’ici on parlera plutôt du shabess kleid (vêtement de shabbat), vous vous ferez traiter de franji, français, l’élégant, le gandin, celui qui sort, comme disait Pagnol, avec le chapeau et la canne.
La vie du yerushalmi traditionnel se passe autant chez lui que dans la cour, en compagnie des voisins.

Dans son émission du vendredi matin, Haparlament hayerushalmi (le Parlement de Jerusalem), Shouki ben Ami se souvient de sa grand-mère. Elle chassait avec vigueur tous les chats quémandeurs, qui pour les yerushalmim ne sont que des חתולות (‘hatoulot – chattes) et non pas des חתולים (‘hatoulim – chats), avant d’inviter  tous les shnorrer* du quartier pour la קבלת שבת (kabalat shabbat )*. Elle installait des grandes tables sur des tréteaux qu’on appelle חמורים (‘hamorim – ânes) partout sauf à Jerusalem où ils se nomment j’hashim et elle y empilait des montagnes de nourritures pour qu’ils s’emplissent le ventre au moins une fois par semaine.
Et chacun chantait Tsur mishelo avec ferveur:
Nous te remercions pour ce repas, notre Père, nous avons mangé et nous sommes rassasiés… Nous te remercions pour ce magnifique pays que tu nous a donné. Yehoram Gaon l’interprète ici en judeo-espagnol et en hébreu:

A Jerusalem on descend toujours vers le centre ville qui se trouve plutôt en haut d’une des nombreuse collines. Et comme les rues sont toujours embouteillées, mieux vaut prendre son deux roues motorisé, le טוסטוס (toustous). Je ne suis pas plus précise car toustous s’emploie pour les mobylettes parfois pour les vieilles motos mais pas pour les modernes vélos électriques qui eux ne toussent pas.


La première fois que mes petites filles m’ont expliqué que leur copine habitait pas loin du monstre (mifletset=מיפלצת), j’ai été quelque peu étonnée. Mais non, nous avons un monstre à Jerusalem!

(Le monstre est une statue-toboggan de Niki de Saint Phalle dans le quartier de Kiriat Yovel)

Les enfants l’apprécient et ça nous change d’abou yo yo, qui dans le reste du pays s’appelle שק קמח (sak kema’h) sac de farine:

Maintenant, je suis une vraie yerushalmit et quand mes petites filles me demandent de les coiffer et de leur faire un קוקו שקר (koukou sheker – un coucou menteur), je sais qu’il ne s’agit que d’ une demi-queue de cheval!

 

 

A bientôt,

* Ma’hane Yehuda:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/11/28/mahane-yehouda/

* Na’hlaot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/15/ballade-en-hiver-dans-nahlaot/

* Le Mélange de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/30/le-melange-de-jerusalem/

*Le sandwich sabi’h:
Servi dans une pita, contient traditionnellement  des aubergines sautées, des œufs durs, de la sauce tahina, du jus de citron et de l’ail, on peut aussi y rajouter du ‘houmous, de la salade israélienne (cubes de tomates et de concombres, du persil et de l’amba, un chutney de mangue.  Traditionnellement, il est le brunch du shabbat des juifs d’origine irakienne qui y rajoutent les œufs bruns, cuits toute la nuit dans le ‘hamin. Certains y rajoutent du s’hug (condiment vert yéménite qu’il faut manier avec prudence).
Et c’est la que la pita se troue!

* J’emploie le mot judéo-espagnol et non pas ladino, suivant ainsi les directives de Hayim Vidal Sephiha. Un très bon article sur les langues juives:
https://www.jforum.fr/de-lhebreu-aux-langues-juives.html

* Schnorrer: certains pensent que c’est un mendiant. Pas du tout! C’est un bon Juif qui nous permet de nous montrer généreux. Si vous ne me croyez pas lisez Le roi des schnorrers d’Israel Zangwill

* Kaballat Shabbat: l’accueil du shabbat

 

 

 

 

Bleu azur, sionisme et margarine

 

En ce moment se tient au Musée des Pays de la Bible une exposition sur les couleurs de prestige dans les civilisations du Moyen-Orient antique et en particulier sur la couleur bleu, תכלת (tekhelet)*.

La couleur bleue a toujours eu une signification particulière dans la vie des Juifs. Selon la Guemara, le bleu fait penser à la mer et au ciel, donc aux eaux d’en haut (le ciel) et les eaux d’en bas (la mer)* et nous donne une petite idée de ce qu’est la grandeur de Dieu. Et c’est ainsi qu’il fut ordonné aux Juifs de placer un fil bleu, תכלת (tekhelet), dans les tsitsit* aux 4 coins de leur châle de prière le talith:
Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges (tsitsit) aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. (Nombres- Bamidbar 15,38)
דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת.
Le תכלת (tekhelet) est une couleur bleu/indigo extraite d’un mollusque appelé חילזון (‘hilazon) qu’on ne trouve dans la Mer Méditerranée qu’entre ‘Haifa et la ville de Tyr au Liban.

Cette espèce étant inconnue en dehors de cette région, les Juifs dispersés en Galout ne purent que supputer sa couleur véritable. Rashi* estimait qu’il s’agissait d’une nuance foncée, raison pour laquelle les taliths des Ashkenazes sont traditionnellement rayés de noir, tandis que le Rambam (Maimonide) penchait pour un bleu clair, raison pour laquelle les taliths sépharades sont rayés de  bleu.

A la fin du 19 ème siècle il fut question de choisir un drapeau, qui exprimerait l’identité du peuple juif et son aspiration nationale. Mais nous n’avions jamais eu de drapeau! Il est vrai qu’à plusieurs reprises entre le 14 et 17 siècles, les Juifs d’Ofen (Budapest) et de Prague,  avaient reçu le droit de hisser une bannière à fond rouge avec un motif juif, une étoile à 6 branches. Cette bannière reprenait un motif juif courant, qu’on trouve déjà gravé sur des pierres bien avant l’ère chrétienne, et appelée מגן דוד (Maguen David) ou Bouclier de David, ancêtre du Mashia’h selon la tradition.
Les 6 branches du bouclier représentent les qualités du Mashia’h: 1-l’esprit de sagesse, 2-d’intelligence, 3-l’esprit de conseil, 4- et de force, 5-l’esprit de science et 6-de crainte de Dieu.
Comme l’écrivait le prophète Ishayahou.

וְיָצָא חֹטֶר, מִגֵּזַע יִשָׁי; וְנֵצֶר, מִשָּׁרָשָׁיו יִפְרֶה. ב וְנָחָה עָלָיו, רוּחַ יְהוָה–רוּחַ חָכְמָה וּבִינָה, רוּחַ עֵצָה וּגְבוּרָה, רוּחַ דַּעַת, וְיִרְאַת יְהוָה.
Or, un rameau sortira de la souche de Ishaï (le père de David), un rejeton poussera de ses racines.  Et sur lui reposera l’esprit du Seigneur:-esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu.

Donc, nous avions déjà le motif! Mais pour les couleurs?
Théodore Herzl voulait qu’un drapeau représentant les aspirations du peuple juif soit présenté au premier congrès sioniste en 1897. Il confia le travail à son assistant David Wolfsohn. Celui-ci déclara:

J’eus soudain une illumination. Nous avions déjà un drapeau, bleu et blanc, le talith, dont nous nous drapons pendant la prière. Ce serait notre emblème ; de châle de prière nous le transformerions en drapeau que nous hisserions devant Israël et les Nations. C’est ainsi que je commandais un drapeau bleu et blanc, avec un bouclier de David en son centre.
Et il en fut ainsi…

Cette semaine à la fête du Sighd* à Jerusalem, les drapeaux  brandis côtoient les larges parasols de Kessim*:

(Im Tirtsou: Bonne fête du Sighd à nos frères de la communauté des Juifs éthiopiens)

Au huitième Congrès sioniste, qui se tint à Prague en 1933, une résolution officielle fut adoptée concernant le drapeau : Le drapeau bleu et blanc est celui de l’Organisation sioniste et du peuple juif, conformément à une tradition ancestrale.

Et la margarine dans tout ça?
En 1935, parmi les Juifs allemands nouvellement arrivés se trouve un ingénieur, le Dr Arnold Hidelsheimer. En Allemagne, il travaillait pour la firme Unilever, fabriquant de la margarine Blue Band. Il décide de monter une usine de margarine à ‘Haifa et garde le nom Blue Band, la bande bleue (sur un papier blanc), qui devient pour les Juifs un nom sioniste . Sa margarine connait tout de suite un franc succès, car elle est beaucoup moins chère que le beurre.

(la fierté de chaque mère: des enfants en bonne sante)

Mais pour les Juifs de Palestine, Blue Band est bien plus qu’une margarine. Arnold Hidelsheimer a décidé que les familles recevraient gratuitement un journal bi-mensuel, pour l’achat d’un paquet de margarine.

On y trouve de quoi contenter tout le monde histoires, blagues, jeux, nouvelles du monde, recettes de cuisine et bien sur fierté sioniste:
Dans notre pays, nous produisons la plus célèbre margarine du monde, la margarine Ruban Bleu!
Nous devions l’importer d’Angleterre mais une usine de production de margarine en Israël a maintenant ouvert ses portes à Haïfa. La margarine est aussi savoureuse, nutritive que le beurre et elle coûte bien moins cher. Elle présente un autre avantage par rapport au beurre: vous pouvez la manger avec des plats de viande! Et l’essentiel est que, en ces temps difficiles pour notre patrie, il est très important de créer une usine qui ajoutera du travail aux travailleurs de notre pays et des centaines et des milliers de livres sterling acheminées à l’étranger pour l’achat de margarine.

Et depuis, même si nous mangeons aussi du beurre (ou si nous nous en passons), l’expression acheter bleu-blanc, signifie acheter israélien.
C’est bien ce que je vous disais! Le bleu azur, le sionisme et la margarine!

Dans les années 1970, ce chant כחול ולבן (Kakhol velavan) Bleu et blanc, fut  l’hymne des Juifs du Silence* et en particulier celui des Prisonniers de Sion*. Le poème et sa mélodie ont été écrits  par Israel Rashel, un Juif de Minsk, alors âgé de 21 ans, qui se battait contre les autorités pour avoir le droit d’immigrer en Israel, ce qu’il fit en 1971: Bleu et blanc, c’est ma couleur, bleu et blanc, ce sont les couleurs de ma terre, ce sont mes couleurs pour toujours, couleurs de l’espoir et de la paix, bleu et blanc c’est le ‘Hermon et le Kinneret, mon cœur chante en bleu et blanc, bleu et blanc c’est le ciel et la neige, il n’y a pas d’autre couleur, je vais revenir...

A bientôt,

* Les eaux d’en haut et les eaux d’en bas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

* En 1354, Charles IV, empereur germanique et roi de Bohème, octroya aux juifs de Prague une bannière de couleur rouge portant une étoile à six branches qui fut appelée plus tard Maguen David (Bouclier de David). En 1592, Mordekhaï Maizel, notable juif de la ville, fut autorisé à hisser sur sa synagogue une bannière du roi David semblable à celle qui se trouvait sur la Grande Synagogue. En 1648, les juifs de Prague obtiennent de nouveau une bannière, en reconnaissance de leur contribution à la défense de la ville contre les envahisseurs suédois : un bouclier de David jaune sur fond rouge avec, en son centre, l’étoile de Suède. En Hongrie, les juifs dOfen (Budapest) avaient déjà en 1460 reçu le roi Mathias Corvin avec un drapeau rouge où figuraient deux boucliers de David et deux étoiles.

* La fête du Sighd:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/21/le-mois-de-heshvan/

*Les Kessim: les rabbins des Juifs d’Ethiopie

* Les Juifs du silence: témoignage d’Elie Wiesel sur les Juifs soviétiques, Ed du Seuil, 1966

* Les prisonniers de Sion:
http://www.noemiegrynberg.com/pages/politique/les-prisonniers-de-sion-40-ans-de-lutte-et-d-amour.html
Parmi les plus célèbres: Anatoly Shtsharansky ancien directeur de l’Agence Juive et Yuli Edelstein, president de la Knesset

A nice cup of tea?

Le mandat britannique ne dura que 30 ans mais son influence transforma la société juive de Palestine.
En 1918, après les affres de la première guerre mondiale qui fut longue et meurtrière* pour les populations civiles, enfin un pouvoir britannique « civilisé » remplace celui des Turcs qui occupaient la Palestine depuis cinq siècles. La déclaration Balfour* vient de doter les Juifs d’un Foyer National. L’ambiance est à la fête même si Churchill a fait publier le premier Livre Blanc où il déclare: il faut restreindre l’arrivée des Juifs, on ne peut  faire entrer un chat  de plus dans ce pays!
Les Anglais sont des gens éduqués, ils sont polis, tiennent la porte aux dames, boivent le thé avec distinction et s’ils ne mangent pas des kremschnitt ou du strudel, ils introduisent les scones, muffins et cakes au raisin. Bref, la bourgeoisie juive, qui ne veut pas qu’on la confonde avec ces ploucs de pionniers des kibboutzim, se pâme  pour les nouveaux occupants. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est que sa persistance à parler allemand ou russe, ou pire, son accent mitteleuropa en anglais, la rend un peu ridicule.

Je me moque mais il est vrai qu’après la cruauté des Turcs, et malgré toutes les difficultés et privations de l’époque,  l’arrivée des Britanniques les remplissait d’espoir.
Tout cela se fissurera après 1929, et surtout 1936 lorsque les Anglais prendront de plus en plus cause pour les Arabes. Mais entre temps…

Ces jours, se tient au musée de מגדל דויד (migdal David) la Tour de David  une exposition qui reconstitue ce que fut la vie d’une partie de la population de Jerusalem entre les deux guerres mondiales. Comme à chaque fois, il ne s’agit pas seulement de regarder de vieilles photos ou documents jaunis par le temps, mais d’utiliser aussi de grands écrans fenêtres qui présentent le développement culturel de la ville, de voir de petits films grâce aux nombreux I pad et même d’entrer dans une salle de cinéma, reconstituée avec ses vieux fauteuils en bois, pour revoir de vieux films comme le Magicien d’Oz. La ville comptait alors 10 cinémas. Ils ont bien sûr tous disparu sauf un, le Smadar, dans le quartier de Emek Refayim. Il se trouve dans la rue Loyd George.

La radio émettait en hébreu, en anglais et en arabe. L’une des émissions les plus prisées en hébreu commençait par: Allo, on vous parle depuis Jerusalem.
Bref, la modernité avait enfin atteint la ville que les Ottomans avaient négligée pendant des siècles:

(la célèbre actrice Hanna Rovina en 1940 à radio Jerusalem)

On pouvait assister à des concerts en plein air:

Et  les élégantes buvaient le thé en famille dans les jardins de l’église écossaise.


Tout cela est bel et bon, mais où allaient donc les soldats anglais pour siroter une bière? 
Chez Fink!
Vous trouvez ce menu sans doute très banal. Mais pour l’époque et pour une ville aussi peu cosmopolite que Jerusalem, c’était extrêmement nouveau.
Vous remarquerez que s’il y avait de quoi satisfaire les soldats britanniques ou autres étrangers, la vodka, le sliwowitz et ke Kirchenwasser étaient là pour nous rappeler que nous n’étions pas en Grande Bretagne.
Le premier propriétaire, Moshe Fink était d’ailleurs d’origine hongroise et j’ai toujours pensé que l’ambiance du bar était plus celle d’un Weinstube  que celle d’un pub.

                                                                                      (Dave Rothschild, le successeur de Moshe Fink)

Les Britanniques partirent et furent remplacés par des célébrités du monde politique et artistique. Dave Rothschild succéda à Moshe Fink, et enfin Mouli Azrieli à Dave, son beau-père.
Les amis de Mouli pouvaient venir avec leurs  enfants, qui bénéficiaient d’une protektsia  spéciale. Les enfants se tenaient très sages en dégustant le célèbre goulash  et le foi haché que leur servait Itsik, le serveur centenaire (selon mon fils) et tremblotant. Lorsque Mouli avait du temps, il leur montrait ses albums garnis de photos, autographes ou dessins collectés pendant toutes ces années. Je les ai revus avec nostalgie, lors de cette exposition.
La deuxième intifada causa la fin de Fink. Le bar  se trouvait dans le centre ville, entre les rues Ben Yehuda, King George et Yaffo qui furent la cible de nombreux attentats.
Mouli et son épouse ont prêté au musée de Migdal David tout ce qu’ils avaient gardé. Ainsi a pu être reconstitué le légendaire bar Fink.
La reconstitution est visuelle et sonore. On peut entendre le brouhaha des conversations, le tintement des verres, de vieilles chansons…

 

Mais ce n’est plus Fink, le vrai Fink hélas…

Il nous restera de ces quelques années où Jerusalem et le yishouv furent presque britanniques, le nom de la monnaie israélienne, la livre, jusqu’en 1980, l’utilisation de la langue anglaise comme langue internationale (d’autant qu’il y eu un consensus évident pour bannir l’allemand, chers aux universitaires du début du 20 ème siècle) la rue George Hamelekh (le roi George) que tout le monde appelle encore rue King George  le fromage cottage dont la recette est d’origine indienne et aussi cet ancien poste de guet aux croisement des rues ‘Aza et Tchernikhovsky, décoré il y a peu de horse-guards…

A bientôt,

*La première guerre mondiale:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/27/le-yishouv-en-guerre/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

*La déclaration Balfour:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/08/lord-balfour-ecrit-une-lettre/

*Dans les albums de Mouli, on peut voir les autographes ou dessins de Marc Chagall, Leonard Bernstein, Isaac Stern, Kirk Douglas, Michael Douglas, Arthur Rubinstein,  Romy Schneider, Vittorio De Sica, Danny Kaye, John Steinbeck, Martha Graham, Claude Lanzmann, Harold Pinter, Zubin Mehta,  Shirley MacLaine…sans compter  Teddy Kollek, Golda Meir, Yitzhak Rabin, Shimon Peres, Ariel Sharon et Bibi.

 

 

Les drones

Les incendies dans le sud, les infos les mentionnent en passant, comme elles le faisaient quand les roquettes tombaient sur Sderot quotidiennement avant Tsuk Eitan*. Tous les jours des ballons incendiaires brûlent ou rebrûlent les champs dans la régions de Otef Aza*. Certains sont mêmes plus élaborés: ce ne sont plus de simples ballons incendiaires, ils sont lestés de jouets dans lesquels ont été dissimulés des explosifs. Heureusement, nos enfants savent depuis longtemps que les ballons gazaouis ne sont pas destinés à une fête d’anniversaire.
Depuis le mois d’avril,  l’unité de recherche et développement de l’armée de terre israélienne utilise de nouvelles techniques pour lutter contre ces ballons dévastateurs, et pour ce faire, a embauché un certain nombre de réservistes, passionnés par les drones. Ces drones savent non seulement reconnaître, poursuivre ballons ou cerfs-volants enflammés mais aussi les embrochent grâce à leurs ailes acérées et à une pointe en métal, qui se trouve à l’avant.
Mais ce n’est pas encore suffisant. Donc, depuis peu, les habitants se sont cotisés pour en acquérir eux aussi.



Il nous en faut un par kibboutz a déclaré Ron Alsheikh du kibboutz Nir Am et nous formons maintenant ceux qui en auront la charge.

.(le kibboutz Nir Am à côte de Sderot)

A l’heure actuelle, il y a eu plus de 1000 incendies qui ont brûlé 2600 hectares causant des dégâts de plusieurs millions de shekels, hier encore au kibboutz Guevim et deux ballons sont tombés  à Kiriat Malakhi et à Netivot. C’est une vrai catastrophe écologique. La région mettra des décennies à s’en remettre.
Ces jours derniers, un ballon incendiaire a été trouvé à Bat Yam, Rishon leTsion dans la banlieue sud de Tel Aviv, et trois à Jerusalem: l’un deux à Givat Zeev dans la banlieue nord, sans doute un cadeau de Ramallah, un dans un jardin d’enfants dans le quartier Emek Refaim et le deuxième dans la vallée du monastère de la Croix. Ces deux là viennent  sans doute de Bethlehem.

(le monastère de la Croix appartient à l’église orthodoxe géorgienne et  date du 11 ème siècle: Il se trouve en contrebas du Musée Israel et de la Knesset)

Ce matin au supermarché, les employés arabes se montraient désagréables avec les clients: regards hostiles, paroles agressives. Ils ne voulaient visiblement pas les servir. Un client s’en est inquiété gentiment: Que se passe-t-il אחי (a’hi) mon frère. Des problèmes au travail?  Pour toute réponse, le boucher a jeté son paquet de viande brutalement sur le comptoir et lui a tourné le dos. Un vieux monsieur m’a dit en confidence androlomoussia, androlomoussia*, c’est le chaos! J’ai été touchée par la réserve de cet homme âgé qui employait un mot si littéraire pour exprimer son désarroi.
Mal à l’aise, j’ai  pensé que peut-être la chasse à l’homme et les nombreuses arrestations en Judée-Samarie à la suite de l’attentat de Barkan avaient touché des membres de leur tribu.
J’ai préféré ne pas m’attarder. De toute manière et à mon grand regret, je ne comprends pas l’arabe.

(Les deux victimes de l’attenta de Barkan: Kim Yehezkel-Levengrond, 28 ans de Rosh Ayin, mère d’un enfant d’un an, et Ziv Hajbi, 35 ans de Rishon le Tsion, père de trois enfants.)

Ma petite fille Yael a 14 ans. Elle a commence à l’apprendre cette année. Elle avait pensé au français mais comme elle m’a dit: דע את האויב (Da et haoyev) connais l’ennemi. Hier un soldat de l’unité des renseignement Modiin est venu parler aux élèves de sa classe de la situation au Moyen-Orient, de celle d’Israel et a conclu: Dans les unités du Renseignement, nous avons besoin de soldats parlant, lisant et écrivant couramment l’arabe et sans les Renseignements, il n’y a pas de défense possible. Travaillez bien, on compte sur vous dans 4 ans!

 

Un peu de réconfort après un énième article sur le terrorisme,  hier dans le centre ville…

A bientôt,

*L’opération Rocher inébranlable ou Tsouk Eytan s’est déroulée pendant l’été 2014. Elle n’était pas la première opération,  loin de là, contre les agissements du ‘Hamas mais a permis à Sderot de vivre sans menace pendant 3 ans.

*Otef Aza: la bordure de Gaza

*Androlomoussia: désordre, chaos. Amdrolomoussia vient du mot grec androloimosso (ανδρολοιμωσσω). A l’époque de la Mishna, il désignait les victimes d’une épidémie. 

*L’attentat a eu lieu dimanche dernier dans les bureaux d’une entreprise de Barkan, à côté d’Ariel. Les deux victimes, Kim et Ziv, ont été menottées et exécutées d’une balle dans la tête par un palestinien qui avait travaillé dans l’entreprise. Une troisième employée a réussi à se cacher et n’a été que blessée. Le ‘Hamas et le Djihad ont tous les deux revendiqué l’attentat, ce qui ne fait pas l’affaire de Ma’hmoud Abbas qui craint que le ‘Fata’h ne se fasse supplanter. Officiellement, ses sbires nous aident pour rechercher le meurtrier mais pour le moment pas de résultats.
Ariel se trouve a quelques kilomètres de Rosh Ayin:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/08/17/le-sentier-des-patriarches-8-au-coeur-de-la-samarie/

Une guerre d’usure…

Vous n’avez peut-être pas entendu parler de ce qui se passe à la limite de la bande de Gaza depuis bientot 6 mois.
Les émeutes le long de la frontière se multiplient. Contrairement à ce que nous raconte la presse occidentale, ce sont tout sauf des manifestations pacifiques: Des tentatives de pénétration, des jets de pierres et de grenades, des cocktails Molotov et des ballons incendiaires ou armés d’explosifs et cela tous les jours… Tous les jours aussi les incendies qui détruisent les récoltes et les réserves naturelles. Dans ces réserves depuis plus de 70 ans, Israel essaye de réimplanter la faune et la flore chassées par la désertification. Mais ce n’est pas tout: la fumée des incendies et celle des centaines de pneus qui sont brûlés tous les jours du côté gazaoui causent des problèmes respiratoires aux habitants des kibboutzim et moshavim frontaliers.

Voici un extrait d’un reportage de la télé sur la chaîne 20 d’avant-hier, mardi:
Elie Ben David du kibboutz Kerem Shalom,  nous parle d’une journée « ordinaire », où on entend les hurlements, ponctués de Allah ou Akbar des dizaines de milliers de Gazaouis qui essayent de pénétrer sur le territoire israélien:
– A certains moments, on ne voit presque plus le soleil derrière la fumée. Maintenant nous sommes recouverts de gaz lacrymogène, nous portons des masques.
A ses côtés, Roni Kizin, elle-aussi habitante du kibboutz:
– Ces temps, ils se déchaînent, surtout la nuit

Ils hurlent à côté de nous, nous envoient des engins explosifs, nous entendons des insultes, ils menacent de nous égorger.
Nous avons des difficultés pour respirer. Tous les vendredis après-midi (après les prières à la mosquée) cela empire. On ne peut pas sortir et nous recevons d’ailleurs des informations nous demandant de rester enfermés chez nous, de glisser des serpillières mouillées le long des portes et de calfeutrer les fenêtres comme au temps de la guerre du Golfe. De toute manière, dehors il est si difficile de respirer; le nez brûle, notre gorge brûle, nos yeux pleurent. Mais même dans les maisons il est très difficile de respirer. L’air est tellement épais et dégoûtant et ces gaz sont nocifs. J’ai du recevoir des soins à l’hôpital car je me trouvais en grande difficulté respiratoire. 

Ces émeutes sont devenues le cauchemar des habitants du sud et en particulier de ceux des kibboutzim frontaliers.
Pendant longtemps, ces gens se sont tus. Ils ne voulaient pas que le ‘Hamas se sentent pousser des ailes en entendant leurs difficultés, mais maintenant, ils n’en peuvent plus: le volume des fumées toxiques représente chaque jour l’équivalent de deux mois de pollution dans la ville de ‘Haifa où se trouvent des raffineries.
– Nous avons fait preuve de patience mais finalement nous nous sommes tournés vers les autorités, on nous a fait la promesse que cela sera traité. Mais quand?
Nous sommes sur la ligne de front…
Tous les jours plusieurs incendies font rage, les pompiers, les volontaires se relaient sans fin
Ces jours-ci on peut parler d’une escalade dans la violence chez les Gazaouis. Ceci pour plusieurs raisons.
– Le ‘Hamas se débat dans de grandes difficultés financières même s’il utilise la manne étrangère à des fins terroristes. Il est pressé par l’Egypte qui voudrait obtenir une réconciliation avec le Fata’h dont Ma’hmoud Abbas ne veut pas. Ce dernier ne paye plus aucune facture, ni aucun salaire à Gaza. Ma’hmoud Abbas est d’ailleurs intéressé à ce que nous entrions dans une confrontation armée avec le ‘Hamas pour l’en débarrasser.
– Le ‘Hamas est aussi pressé  par le Djihad Islamique qui veut prendre sa place. Il est donc forcé de montrer ses muscles pour combattre l’influence du Djihad sur ses troupes et se laisse entraîner dans une surenchère sans fin.
Demain, vendredi après-midi, le ‘Hamas et le Djihad continueront leur compétition le long de la barrière: à qui enverra le plus d’émeutiers? Qui sera le plus violent?

Pour le moment qui paye en fin de compte les combats internes entre le ‘Hamas, le Djihad et l’Autorité Palestinienne de Ramallah?
C’est Israel et en particulier les habitants de Otef Aza (bordure de Gaza) et les soldats stationnés le long de la barrière qui sont obligés eux aussi de respirer cette horreur.
PS Ce soir, c’est le tour du kibboutz Saad:

A bientôt

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue*

 

 

J’ai souvent entendu dire: Ah mais vous les Juifs, vous êtes doués pour les langues!
Non, nous ne le sommes pas particulièrement, mais la plupart d’entre nous ont grandi dans des familles dont les membres n’avaient pas tous la même langue maternelle. En utiliser au moins deux, même imparfaitement, faisait partie du quotidien, et il en a toujours été ainsi pour des raisons historiques. C’est certainement un avantage car nous avons surmonté ainsi une barrière psychologique qui semble empêcher de nombreux Français d’utiliser les langues étrangères qu’ils ont pourtant apprises.
Ici en Israel, bien que plus des deux tiers des gens soient nés dans le pays, cette facilité à passer d’une langue à l’autre, même pour quelques mots, est toujours présente:
A la מכולת (makolet) épicerie, je ne suis pas surprise que Mahmoud me souhaite sba’h el’her (Bonjour en arabe), que Roni s’adresse à un petit garçon en russe: Саша, мой дгуг! (Sacha mon ami) pour repasser tout de suite à l’hébreu et qu’Ytsik me gratifie de son « Kommensava » habituel suivit d’un « aurévouar » sonore.
Certains diraient à tort « c’est la Tour de Babel« !
A tort pour deux raisons: Nous avons une langue en commun, l’hébreu, support de notre culture, les autres ne servent qu’à colorer notre langage. Et de plus, les constructeurs de la Tour de Babel parlaient justement tous la même langue.

(notre makolet)

Cette semaine, discussion entre amis dans notre  souka, décorée par Naama.


Ils me donnent quelques nouvelles de la vieille Europe qui corroborent l’excellent article de Liliane Messika « En Europe il y a les méchants et les gentils »*.
Je lis aussi l’en-tête d’un article sur Causeur*:
le sociologue Pierre Rosanvallon et chantre de la gauche universitaire refuse tout dialogue avec son adversaire idéologique Alain Finkielkraut.  À moins que ce dernier n’abjure ses convictions… Je ne connais pas cet homme ni désire le connaître. Mais ce qui m’épate c’est l’idée qu’on dialogue mieux tout seul…
Toujours dans la souka, nous en arrivons aux bienfaits de la confrontation positive des idées. Mon mari nous rappelle l’épisode de la tour de Babel: à
 ce moment là, l’humanité toute entière ne pratiquait qu’une seule  et même langue et, se sentant ainsi puissante, aspirait à bâtir une tour pour maîtriser les cieux…
« Toute la terre avait une même langue et des paroles semblables
וַיְהִי כָל-הָאָרֶץ, שָׂפָה אֶחָת, וּדְבָרִים, אֲחָדִים
Ça a l’air bien, une seule langue et un travail en commun pour le bien de tous! Beaucoup y verraient un signe de solidarité entre les peuples, d’égalité, de fraternité…
Pourtant cela ne plait pas du tout à Dieu: il les punit en dotant chaque groupe d’une langue différente et dispersant tout ce beau monde sur toute la surface de la terre .

« Et, ici même, confondons leur langage*, de sorte que l’un n’entende pas le langage de l’autre. Le Seigneur les dispersa donc de ce lieu sur toute la face de la terre »
הָבָה, נֵרְדָה, וְנָבְלָה שָׁם, שְׂפָתָם–אֲשֶׁר לֹא יִשְׁמְעוּ, אִישׁ שְׂפַת רֵעֵהוּ. ח וַיָּפֶץ יְהוָה אֹתָם מִשָּׁם, עַל-פְּנֵי כָל-הָאָרֶץ

 

(La tour de Babel. Un des ivoires de Salerno*. Le grand personnage à gauche est Dieu, pas vraiment content de l’humanité)

Quand on y pense, c’est quand même une punition bien légère. Le récit biblique nous a habitué à bien pire. Il suffit d’évoquer le déluge.
En fait, il ne s’agit pas d’une punition mais d’une thérapie. A ce moment là, l’humanité est en quête de puissance et de pouvoir.  Sa langue commune est celle du totalitarisme. Plutôt qu’un châtiment, la multiplication des langues est en fait une chance pour l’humanité.
La multiplication des langues et donc celle des cultures et des idées nous oblige chaque fois à échanger, à accepter les différences et à nous enrichir de celles-ci.

FullSizeRender (17)

 

Lorsque la langue et la gestuelle -langue du corps- s’unifient, la pensée elle-même devient celle du groupe. La langue commune fait le lit des dictatures.
Il  y a quelques années, j’avais lu « Une petite ville nazie« *:
Dans les années 60, l’historien américain William S.Allen séjourne plusieurs mois dans la petite ville allemande de Thalburg. Une
 double enquête, sociologique et historique, lui permet de publier l’étonnant récit de la montée du parti nazi de 1930 à 1935:
Il démontre que d’autres motivations que les évidents motifs socio-économiques permirent la nazification en douceur de cette petite ville allemande.  Les explications classiques de chômage, voire d’hostilité face à une communauté juive importante, n’étaient pas justifiées: la ville était prospère, résistait bien mieux que d’autres à la crise économique et n’avait qu’une toute petite communauté juive.
L’explication de William S. Allen est celle de l’acceptation passive de la doxa nazie par simple conformisme. Il a suffit de quelques nazis actifs et déterminés dans chaque association, culturelle, religieuse, sportive, depuis la chorale de l’église jusqu’aux associations d’anciens combattants pour donner le ton, pour décider avec qui pratiquer le vivre-ensemble.

Dans la petite ville nazie dont parle William S. Allen, tout est noyauté peu à peu par une minorité. En groupe, les habitants approuvent la doxa nazie bien que, séparément, ils soient peut-être de braves gens.

Aujourd’hui, l’Occident est face à une minorité islamique, adepte de la stratégie du « Jihad Silencieux » parallèlement à celle des « Milles entailles »*, mais peu de gens réfléchissent réellement à ce que provoquera la montée de ce fascisme islamique. 

(réunion du Labour Party cette semaine)

En hébreu, nous avons deux mots qui proviennent de la même racine: אחדות (a’hdut) la solidarité et אחידות (a’hidut) l’homogénéité. Le י(i) fait toute la différence. Il n’y a rien de pire que les sociétés homogènes où tout le monde parle d’une même langue. 

C’était quand même une discussion bien sérieuse pour cette semaine de Soukot!
Heureusement, le rire des enfants montait de souka en souka…

A bientôt,
PS:
Seul le docteur Zamenhof(1859-1919) était naïvement persuadé qu’une langue commune serait un vecteur de compréhension entre les peuples. Épouvanté par les nombreux pogroms de la fin du 19 ème siècle, il avait décidé de créer une langue facile à apprendre, l’Esperanto (j’espère). Son intention allait à l’encontre de celle des bâtisseurs de la tour de Babel. Il ne voulait pas imposer un pouvoir unique. Il avait seulement l’intention de supprimer les guerres grâce à une meilleure compréhension entre les peuples. Il avait oublié qu’une langue n’est pas qu’un ensemble de sons et l’écriture un ensemble de signes mais qu’elles sont l’expression d’une culture. Il eut de nombreux adeptes, de doux rêveurs qui furent balayés par la déferlante nazie et communiste.
Lisez l’excellent article d’Ada Shlaen sur Zamenhof:
A la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859 – 1917)
Et puis lisez tous les articles d’Ada Shlaen. Ce sont tous des merveilles:
https://mabatim.info/author/ada2132/

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, livre des proverbes, 18,21

*article de Liliane Messika
https://mabatim.info/2018/09/21/en-europe-il-y-a-des-mechants-et-des-gentils/

*L’article sur Causeur, si vous avez le courage de le lire:
https://www.causeur.fr/pierre-rosanvallon-alain-finkielkraut-2-154401

*Le djihad silencieux: une fatwa lancée dans les années 1990 par l’un des principaux dignitaires musulmans qui avait dit: “La conquête de l’Occident se fera sans guerre mais en silence, par une infiltration et une prise de contrôle”.
C’est aussi le nom d’une série de reportages réalisés par le journaliste israélien Tsvika Ye’hezkeli en Europe, en Turquie et aux USA. Pour ce faire, et aidé par le Mossad, il a pris l’identité d’un cheikh jordanien, adepte des Frères Musulmans.
En voici deux extraits qui concernent la France:

https://gloria.tv/video/onXEk91Rce4N4YxPU1EdEpsah
https://gloria.tv/video/1CFtMKHVZ1MSCzbrM2TP314z9

*Stratégie des 1000 entailles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/16/djihad-en-solo/

*La paracha de la tour de Babel: Bereshit (Genèse) 11,1-9

*Confondons leur langage. Le mot Babel fait bien référence à la Babylonie (Bavel en hébreu) mais la racine  signifie confondre

*Les ivoires de Salerno: ce sont des scènes bibliques, gravées sur plus de 60 plaques en ivoire et datant du 11 ème et 12 ème siècles. Elles combinent l’art byzantin,islamique, copte et chrétien occidental.  Elles constituent le trésor de la cathédrale de Salerno