Le chemin des Patriarches (4): Le Goush Etzion

Dans notre promenade le long du chemin des Patriarches en direction du nord sur la route 60, nous arrivons maintenant au Goush Etsion. Goush en hébreu veut dire bloc . Il s’agit d’une région des montagnes de Judée où furent édifiés plusieurs kibboutzim dans les années 20 et 30 qui protégeaient la partie sud de Jerusalem. Le mot Etsion vient du mot עץ (etz), un arbre et de ציון (tsion), Sion. Pourquoi un arbre? Parce que celui qui acheta une bonne partie des terres s’appelait Shmuel Tzvi Holzman (en allemand Holz signifie arbre).
Ces kibbutzim furent tous détruits pendant la guerre d’Indépendance. 
Tout le monde ici connait la fin du kibboutz Kfar Etsion, totalement détruit  le 14 mai 1948 et de ses défenseurs massacrés par la Légion arabe.

Pendant les 19 années de l’occupation jordanienne, les veuves et les enfants de ces défenseurs se retrouvaient chaque année sur une des collines de Jerusalem pour contempler au loin le chêne solitaire qui se trouve dans le Goush, à l’intersection des routes menant aux kibboutzim détruits.
Cet arbre, vieux de 700 ans a survécu à toutes les guerres et destructions. Il est devenu le symbole du Goush Etzion et de son renouveau.

En 1967, après la guerre des 6 jours, le kibboutz Kfar Etzion fut reconstruit et repeuplé par les descendants de ses fondateurs.


« Le monde converge vers l’odeur de la terre et des pins. La récolte et les hommes sont rentrés. L’odeur de la terre fouette les sommets, dans le ciel les nuages se battent avec un rayon de soleil. A côté des épines, la terre têtue, le cyclamen enfoui, la terre est saturée de pluie et de sang. La reine est tombée mais la reine s’est relevée, ses sujets applaudissent: elle a ôté sa robe de captive et a mis ses vêtements de splendeur* pour les nations. Elle regarde vers la mer, tournant le dos aux monts d’Edom. Ses fils ont appelé à la liberté, au retour à la maison. Revenez à votre héritage pour toujours. Elle marche comme une fiancée à la rencontre de son fiancé, une ketouba si ancienne… sur ce chemin sinueux sur les hauteurs qui la mènent du passé à demain. Et l’homme étendra ses mains, élèvera sa prière vers Dieu, et chantera le chant du cœur, un chant de louange, pour l’année du Jubilé « 

Actuellement la région compte 70 000 habitants et 22 bourgades parmi lesquelles Neve Daniel,

Tekoa à la limite du désert,

Efrat qui jouxte Bethlehem et dont j’ai déjà parlé plusieurs fois:

efrat
Mais la grande attraction du Goush Etzion c’est le Herodion.

Le Herodion, c’est cette drôle de colline nue, en forme de cône tronqué, qui se trouve entre Tekoa et Efrat:

(le Herodion depuis le Goush Etzion, au fond Jerusalem)

En cette année 40 (avant l’ère chrétienne), Hérode est  très heureux d’avoir défait les Parthes. Il décide de faire construire à sa gloire un palais et un tombeau qu’il appellera en toute simplicité le Herodion*.
Flavius Joseph nous en a laissé une description dans La guerre des Juifs I, 21, 10:
« …il n’oublia pas le souci de sa propre mémoire. C’est ainsi qu’il renouvela les fortifications d’une place située dans la montagne à côté de l’Arabie et l’appela de son propre nom, Hérodium. Une colline artificielle en forme de mamelon, à soixante stades de Jérusalem, reçut le même nom, mais fut embellie avec plus de recherche. Hérode entoura le sommet de la colline d’une couronne de tours rondes et accumula dans l’enceinte les palais les plus somptueux : non seulement l’aspect des constructions, à l’intérieur, était superbe, mais les richesses étaient répandues à profusion sur les murs extérieurs, les créneaux et les toits. Il fit venir à grands frais de loin des eaux abondantes et assura l’accès du palais par un escalier de deux cents degrés de marbre d’une blancheur éclatante, car la colline était assez haute et toute entière faite de main d’homme. Au pied du coteau, il bâtit un autre palais pouvant abriter un mobilier et recevoir ses amis. Par la plénitude des ressources, cette enceinte fortifiée paraissait être une ville par ses dimensions, c’était un simple palais. »

Ce palais se trouvait sur le bas de cette colline, entouré d’entrepôts, d’écuries et de nombreux jardins. C’est là que vivaient Hérode, sa famille et sa cour. Sur une des pentes, se tenait un théâtre de 470 places somptueusement décoré.

Mais Hérode fit aussi fait bâtir une sorte de coquille construite entre deux murs arrondis.

Dans cette coquille se trouvait toute une forteresse avec ses citernes, les entrepôts, son réseau d’alimentation en eau, des thermes et un second palais agrémenté d’un jardin où le roi et la cour vivaient en cas de guerre, le tout réparti sur plusieurs étages.

(Détail d’une mosaïque des thermes qui se trouve au Musée Israel)

Trois tours de garde semi-circulaires protégeaient cette colline artificielle. Elles aussi étaient divisées à l’intérieur en plusieurs étages.
En mai 2007 , l’archéologue Ehud Netzer annonça qu’il avait enfin trouvé la tombe d’Hérode qu’il cherchait depuis plus de 30 ans. Elle se situe sur la pente externe de la montagne, sous les restes de la muraille entourant le Hérodion et au-dessus du palais inférieur d’où partit le cortège funèbre d’Hérode. Dans un mausolée en pierres de tailles, Netzer a trouvé des fragments d’un sarcophage, similaire aux sarcophages découverts au « Tombeaux des rois »*.

C’est évidemment Flavius qui nous raconte les obsèques royales: »
« … on s’occupa des funérailles du roi. Archélaüs n’épargna rien pour qu’elles fussent magnifiques. Il étala tous les ornements royaux qui devaient accompagner le mort dans sa tombe. Sur un lit d’or massif, constellé de pierreries, était jeté un tapis de pourpre brodé de couleurs variées : le corps reposait sur cette couche, enveloppé d’une robe de pourpre, la tête ceinte du diadème, surmontée d’une couronne d’or, le sceptre  dans la main droite. Autour du lit marchaient les fils d’Hérode et la foule de ses parents, et après ceux-ci les gardes, les mercenaires thraces, germains et gaulois, tous dans leur équipement de guerre. Tout le reste de l’armée formait escorte ; elle s’avançait en armes, accompagnant en bon ordre les généraux et les commandants ; venaient, enfin, cinq cents serviteurs et affranchis, portant des aromates. Le corps fut ainsi transporté sur un parcours de 200 stades jusqu’à Hérodion où il fut enseveli comme le roi l’avait prescrit. Ainsi finit le règne d’Hérode. 

Plus tard le Herodion servit de forteresse aux troupes de Bar Kokhba*. Les révoltés construisirent des tunnels d’évasion, ajoutèrent une synagogue et deux mikve.

(tunnels d’évasion datant de la révolte juive des années 133-135)

Apres la fin de la grande révolte juive, le site resta désert jusqu’à l’époque byzantine, où fut construit un monastère. Le monastère et les quatres églises attenantes furent détruits au moment de la conquête arabe, les bédouins de la région utilisèrent ce lieu pour parquer leurs bêtes jusqu’à ce qu’il devint un site archéologique protégé.

A bientôt,

*J’ai déjà raconté l’histoire dramatique des 35 soldats, le groupe des ל »ה  (lamed he=35) qui se firent massacrer en portant secours aux habitants du Goush Etzion dans mon article La vallée du Terebinthe:
( https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/ ).

*Les vêtements de splendeur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Le tombeau des rois à Jerusalem:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tombeau_des_Rois

*La révolte de Bar Kokhba:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/

 

 

 

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Le chemin des Patriarches (3)

Hevron est une ville dont tout le monde connaît le nom.
Selon le livre de Bereshit(Genèse), c’est là que sont enterrés nos patriarches ainsi que leur famille (sauf Ra’hel, morte en chemin et enterrée entre Jerusalem et Bethlehem):
Le texte est un peu long mais mérite d’être lu en entier car il montre combien Avraham ne voulait pas que la propriété de ce caveau de famille lui soit contestée un jour.

« Avraham s’avança et se prosterna devant le peuple du pays, devant les enfants de Heth,  et il leur parla ainsi: « Si vous trouvez bon que j’ensevelisse ce mort qui est devant moi, écoutez-moi: priez en ma faveur Éfron, fils de Tsohar,  pour qu’il me cède le caveau de Ma’hpéla…pour argent comptant, comme propriété tumulaire au milieu de vous. » Éfron…répondit à Abraham en présence des enfants de Heth, de tous ceux qui étaient venus à la porte de sa ville et dit: « Non, seigneur, écoute-moi, le champ, je te le donne; le caveau qui s’y trouve, je te le donne également; à la face de mes concitoyens je t’en fais don, ensevelis ton mort. »  Avraham se prosterna devant le peuple du pays et parla ainsi à Éfron en présence du peuple du pays: « Ah! s’il te plaît, écoute-moi: j’offre le prix de ce champ, accepte-le, que j’y puisse enterrer mon mort. » Éfron répondit à Abraham en lui disant: « Seigneur, écoute-moi: une terre de quatre cents sicles d’argent, qu’est-ce que cela entre nous deux? Enterres-y ton mort. » Avraham écouta Éfron et lui compta le prix qu’il avait énoncé en présence des enfants de ‘Heth: quatre cents sicles d’argent, en monnaie courante. Ainsi fut dévolu le champ d’Éfron situé à Ma’hpéla, en face de Mamré; ce champ, avec son caveau, avec les arbres qui le couvraient dans toute son étendue à la ronde, à Avraham, comme acquisition, en présence des enfants de Heth, de tous ceux qui étaient venus à la porte de la ville. Alors Avraham ensevelit Sara, son épouse, dans le caveau du champ de Ma’hpéla, en face de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan. Le champ, avec le caveau qui s’y trouve, fut ainsi adjugé à Avraham, comme possession tumulaire, par les enfants de Heth. »(Bereshit 23, 8-20).
Lors de la mort d’Avraham, le texte de Bereshit insiste encore comme dans un document juridique pour que soit rappelé le souvenir de la transaction:
 Il (Avraham) fut inhumé par Isaac et Ismaël, ses fils, dans le caveau de Ma’hpéla, dans le domaine d’Efrôn, fils de Tsohar, ‘Héthéen, qui est en face de Mamré; ce domaine qu’Abraham avait acquis des enfants de ‘Heth. Là furent ensevelis Abraham et Sara son épouse. » (Bereshit 25, 9,10)

Depuis la grotte a été recouverte par un grand bâtiment construit par Hérode le Grand au premier siècle de l’ère chrétienne. Il sera transformé en mosquée au 12 ème siècle, la mosquée Ibrahim.


L’intérieur se divise en deux vastes salles, l’une aménagée en mosquée et l’autre en synagogue. Elles renferment plusieurs cénotaphes.
Les ossements véritables sont supposés se trouver dans la caverne de Mahpéla, c’est-à-dire au sous-sol.
Mais qu’y a t il exactement dans ce sous-sol?
Un document ancien rend compte d’une exploration faite en 1119, au temps où la Judée faisait partie du royaume croisé: des moines augustins avaient soulevé les pierres du dallage et trouvé une ouverture qui s’enfonçait profondément dans la roche. Là, ils découvrirent une petite pièce maçonnée mais vide. Mais à nouveau sous le dallage de cette pièce, une autre ouverture qui communiquait avec une grotte naturelle où se trouvaient 12 jarres contenant des ossements humains. Les moines les retirèrent et vendirent les ossements comme reliques des patriarches. En 1187, le pays retomba aux mains des musulmans et l’entrée de cette grotte fut fermée à nouveau.
En 1983,  Zeev Jevin, directeur du Service des Antiquités d’Israël, pénétra clandestinement dans la pièce maçonnée et arriva jusqu’à l’entrée des deux grottes en enfilade. Il n’y trouva que des tessons de poterie et quelques ossements abandonnés. L’analyse des tessons montra qu’ils dataient de l’age du fer, soit bien après l’époque d’Avraham. Les ossements furent laissés sur place et non analysés.

 

Les Juifs habitèrent ‘Hevron tout au long des siecles jusqu’en 1929, date à laquelle ils furent presque tous massacrés par les Arabes. Ce pogrom bien préparé fit 67 morts et 60 blessés.

Les maisons furent pillées, détruites, les synagogues rasées et les rouleaux de la Thora brûlés. Il faut noter qu’un musulman, nommé Haj Issa el-Kourdieh, qui vivait dans le quartier juif, cacha 33 Juifs dans sa cave. Les survivants du massacre se réfugièrent à Jerusalem. En 1931, 31 familles juives retournèrent à ‘Hevron mais en 1936, les Britanniques avertis d’un autre massacre, les expulsèrent.
Pendant la guerre d’indépendance, ‘Hevron fut conquise par l’armée jordanienne. Aucun Juif ne put y vivre, ni même venir y prier jusqu’en 1967 et ce alors que cette possibilité était incluse dans les accords d’armistice. Pendant 19 ans, les Jordaniens éliminèrent toute évidence d’une présence juive. Ils rasèrent le quartier juif, détruisirent le cimetière et établirent un enclos pour animaux dans les ruines de la synagogue Avraham Avinou.

Actuellement 700 juifs  vivent à ‘Hevron ainsi que 7000 dans le faubourg de Kiriat Arba.
Et pour ceux qui pensent toujours que nous oppressons les Arabes à ‘Hevron, voici un plan de la ville extrêmement parlant:


La partie en bleue est permise aux Juifs et la partie en vert leur est interdite.

Et comme dans les reportages sur ‘Hevron, la presse vous montre toujours  la même rue bouchée aux magasins fermés,  voici cette vidéo:

A bientôt,

 

 

 

Le Chemin des Patriarches (2)

Nous avons donc quitté Beer Sheva et traversé la forêt de Yatir.


Nous continuons sur le Chemin des Patriarches en direction du Nord. Cette fois, nous nous arrêterons dans le הר חברון (Har ‘Hevron), les montagnes de ‘Hevron, en vert sur la carte:


Nous allons maintenant parcourir toute la Judée et la Samarie que certains s’obstinent à appeler la Cisjordanie. Je sais, certains pensent que peut-être j’exagère un peu et que les mots n’ont pas tant d’importance que ça, mais que diriez-vous si au lieu de l’Alsace on parlait de Cis-Allemagne ou de Cis-Rhénanie (pour la rime avec Jordanie)?

Bref, nous voici donc dans le sud de la Judée-Samarie:


Dans le הר חברון (Har ‘Hevron). montagnes de ‘Hevron 
on ne compte pas moins de 18 villages aux noms bibliques.

Ils rappellent qu’à l’époque du Tanakh et jusqu’à la conquête arabe (7 ème siècle), les Juifs vivaient ici, agriculteurs, viticulteurs et éleveurs. Comme par exemple, les villages de Maon et Carmel où Nabal avait sa ferme:
« Or, il y avait un homme à Maon, ayant son bien à Carmel; cet homme était très connu, possédait trois mille brebis et mille chèvres, et il assistait à la tonte de son bétail à Carmel.  Cet homme avait nom Nabal, et sa femme s’appelait Abigaïl. La femme était intelligente et belle, l’homme dur et de mauvaise conduite » (Samuel 25, 2-3)
וְאִישׁ בְּמָעוֹן וּמַעֲשֵׂהוּ בַכַּרְמֶל, וְהָאִישׁ גָּדוֹל מְאֹד, וְלוֹ צֹאן שְׁלֹשֶׁת-אֲלָפִים, וְאֶלֶף עִזִּים; וַיְהִי בִּגְזֹז אֶת-צֹאנוֹ, בַּכַּרְמֶל. ג וְשֵׁם הָאִישׁ נָבָל, וְשֵׁם אִשְׁתּוֹ אֲבִגָיִל; וְהָאִשָּׁה טוֹבַת-שֶׂכֶל וִיפַת תֹּאַר, וְהָאִישׁ קָשֶׁה וְרַע מַעֲלָלִים

Dans ce voyage, notre première étape sera Soussia.
Le village actuel de Soussia a été établi en 1983 par 10 familles. Le village compte maintenant un peu plus de 1000 habitants qui travaillent soit à Beer Sheva soit sur place dans l’agriculture: trois entreprises laitières transforment le lait de brebis et de chèvres qui viennent des quelques fermes aux alentours. L’une des plus connue est celle de Yaïr Har Sinaï.
Yaïr Har Sinaï était un utopiste écolo qui portait ce qu’il tissait et mangeait ce qu’il produisait. Il refusait de porter des armes car, disait-il, moi je suis seulement un paysan. Après son assassinat par des terroristes en 2001, la ferme a été pillée et les moutons volés. 

Son épouse Dalia raconte: »Une levée de fonds a été organisée pour la ferme. Notre histoire a été publiée, partout les gens ont donné, y compris des personnes d’extrême gauche.*
Du coup la ferme a réussi à repartir. Elle possède plus d’une centaine de moutons et de chèvres et est devenue une réussite commerciale.
L’ancienne Soussia se trouve tout près.
Jusqu’à il y a peu, on pensait que Soussia avait été fondée au début de l’ère chrétienne, après la destruction du 2 ème Temple. Or on a découvert récemment des vestiges de bains rituels et des pièces de monnaies de l’époque des ‘Hashmonaïm*. La ville est donc plus ancienne d’au moins 300 à 400 ans. Elle se développera sans doute beaucoup plus à la fin du 1 er siècle de l’ère chrétienne, avec la fuite d’une partie de la population de Jerusalem. A cette période, on estime sa population à 5000 personnes.
Les fouilles montrent que la vie de ses habitants était conforme aux prescriptions du judaïsme. Sur les linteaux des maisons d’habitation, se trouvent encore les fentes dans la pierre qui contenaient les מזוזות (mezouzot). Une מנורה (menora) était gravée au-dessus des portes. De plus,  on a trouvé plus de 30 מקוואות (mikvaot), bains rituels et enfin, ils priaient dans une grande et  belle synagogue:

au sol recouvert de mosaïques

avec des inscriptions en hébreu, à la mémoire de tel ou tel notable:

La ville était protégée par une haute muraille et on fermait la porte en roulant une énorme pierre:

La sécurité des habitants était aussi assurée par un tunnel d’évasion qui partait de la synagogue et arrivait en pleine campagne. C’est un large tunnel qui comporte aussi 12 salles permettant de s’y réfugier pendant une attaque. On y a même des jarres contenant des restes de nourriture, réserve suffisante pour soutenir un siège.
De quoi vivaient-ils dans une région presque désertique?

Ils étaient producteurs d’huile et de vin. Il étaient aussi tanneurs, ceci grâce aux nombreux puits creusés assez profond pour capter l’eau des sources souterraines et grâce à un réseau de conduits très sophistiqué  dans toute la ville.

Nul ne sait pourquoi la cité fut soudainement abandonnée au 9ème siècle. Comme on n’y a trouvé aucune trace d’incendie, d’armes ou de squelettes mutilés pouvant suggérer une attaque, il semble qu’une épidémie a décimé rapidement la population et que les survivants, trop peu nombreux, se sont réfugiés, sans doute à Hevron.


Nous continuerons le long du Chemin des Patriarches, vers le nord…
A bientôt,

*L’époque des ‘Hashmonaïm: celle  des Makabim

 

 

 

 

 

Hannouka 2017: les secrets de la forêt de Ben Shemen

L’histoire contemporaine de Ben Shemen commence  en 1904,  lorsqu’un groupe de pionniers acheta les terres du lieu dit Beit Arif  pour  y planter des oliveraies.
Le moshav de Ben Shemen y fut fondé en 1905 et nommé d’après cette phrase du prophète Ishaï (chap5,1):
Je veux chanter à mon bien-aimé le cantique de mon ami sur sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau au sol fertile (gras).
א אָשִׁירָה נָּא לִידִידִי, שִׁירַת דּוֹדִי לְכַרְמוֹ: כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי, בְּקֶרֶן בֶּן-שָׁמֶן.

Les débuts furent très difficiles: la grande invasion de sauterelle de 1915* puis les combats de la première guerre mondiale détruisirent les premières oliveraies.
En 1927 fut construit le village des jeunes de Ben Shemen, pension et école d’agriculture.

 De nos jours, Ben Shemen est surtout connu pour sa forêt, une des plus grandes d’Israel, 21000 dunam (ou 21 km carrés), renommée pour ses sentiers de randonnée.
La foret se trouve tout proche de la ville de Modiin*.

Forêt de Ben Shemen Photo: Avi Hayoun. Courtoisie des archives du KKL-JNF(photo KKL)

Le nom de Modiin ne vous est pas inconnu. Eh oui, il s’agit de ce poste d’observation,  qui domine la plaine côtière à 300 m d’altitude et qui, il y a plus de 2000 ans donnait des מודעין (modiin), des renseignements sur les envahisseurs en route pour la capitale. Et Modiin, comme vous le savez aussi, est liée à l’histoire des Makabim, ces révoltés juifs qui se battirent contre l’armée grecque pour libérer le pays, surtout notre capitale Jerusalem et surtout notre Temple (n’en déplaise à l’UNESCO et à ses sbires). Ils réussirent à sauvegarder notre indépendance pendant 130 ans jusqu’à l’arrivée des Romains.

Partons donc pour la forêt de Ben Shemen:
A partir de Jerusalem, la route 443 vous mènera au carrefour dit des Makabim et à des panneaux « tombeaux des Makabim ».
Mais les Makabim sont-ils enterrés ici?
Il est vrai qu’on se trouve soudain face à 9 tombes de grande taille, identifiées par certains comme étant celles des Makabim. Elles sont creusées à 1m 50 dans le rocher, et chacune contient deux niches pour deux dépouilles. A leur côté, de larges pierres taillées qui servaient de pierre tombale à l’époque romaine et bien avant.

Related image

La tradition les reconnait donc comme les tombeaux des Makabim.
Mais pourquoi? Parce qu’en 1907, des élèves du lycée Gymnasia Herzlyia de Tel Aviv, partis en excursion pour ‘Hanouka en direction de cette Modiin antique, furent interpellés par un berger arabe du village de Al-Midya, qui leur indiqua le lieu dit Koubour al yehud, le tombeau des Juifs, situé dans ces terres abandonnées, qui seront plus tard la forêt de Ben Shemen.
Mais bien sûr, tous les experts ne sont pas d’accord. 
Au nord de ce site se trouve une structure en pierre couverte par un dôme appelé Horbat ha-Gardi ou Ruine du Gardi. Il date de la période byzantine et en son centre une tombe musulmane, celle de Sheikh (Sheikh al-Gharbawi).
Or, en 1870, pour l’archéologue français, Victor Guerin, ce site était celui du fameux tombeau, édifié par Shimon pour les membres de sa famille, tel qu’il est décrit dans le premier livre des Macchabées (chap 13): «Shimon envoya recueillir les restes de son frère Yonathan pour les ensevelir à Modiin la ville de leurs pères… Sur le tombeau de son père et de ses frères Shimon fit construire un mausolée assez haut pour être vu de loin, en pierres polies par devant et derrière. Il fit dresser au dessus 7 pyramides se faisant face l’une a l’autre pour son père, sa mère et ses 4 frères… »
Et de plus, en 1874, l’archéologue français Charles Clermont-Ganneau fit correspondre cet édifice avec un site marquée dans la carte de Madeba* comme le lieu de sépulture des Macchabées.

Pourtant, il découvre aussi les traces d’une croix sur le sol en mosaïque colorée de l’époque byzantine et des vestiges du temps des Croisés. La question est: sur quoi les Byzantins et les Croises ont-ils construits et pourquoi une tombe musulmane?
Les fouilles doivent reprendre d’ici peu, on en saura peut-être plus bientôt…
Mais en tout cas, ce qui est intéressant sur ce deuxième site c’est son nom:  La ruine du Gardi, Gardi étant le surnom de Yonathan Ha’hashmonai, l’un des Makabim.

(photo Moshe Guilad)

Evidemment, l’histoire de la révolte des Makabim ne se limite pas à cette forêt de Ben Shemen. Ils ont guerroyé contre les Grecs dans toute la Judée. Voici une vidéo de l’Universite Bar Ilan qui explique ce que furent les combats dans la vallée de Ela (la vallée du térébinthe*).

Ici dans la région de Modiin,  s’est déroulée, du 8 au 18 mais 1948, l’opération Makabim pour ouvrir le chemin allant de la plaine côtière à Jerusalem. Elle fut une des nombreuses opérations militaires nécessaires pour libérer la ville assiégée. Une stèle à la mémoire des 23 soldats qui ont péri pendant ces combats se trouve à côté de »La Ruine de Gardi« :

Et un monument érigé en forme de pyramides les relie au souvenir des Makabim
Related image

Toujours à côté de la ville actuelle de Modiin, se trouve le Kfar Ha’hashmonaim où les enfants peuvent s’imaginer plus concrètement la vie quotidienne des Juifs d’il y a 2000 ans.

Si vous ne voulez pas vous plonger dans les détails de cette histoire, en voici un résumé illustré, succinct mais juste:

Les Makabim sont restés dans la mémoire juive comme un symbole de force et de vaillance. C’est pourquoi, les premiers clubs sportifs juifs ont tous pris et gardent le nom de Makabim*. Le premier fut établit à Constantinople en 1895 et très vite, se répandirent dans toute l’Europe.
Max Nordau écrivait en 1898: « L’histoire de notre peuple nous montre que nous avons été forts autrefois…mais maintenant ce n’est plus le cas. Nous devons nous développer physiquement pour montrer que nous pouvons nous défendre… Mais recouvrer une vie saine, ce n’est pas seulement avoir un corps sain, nous devons retrouver aussi l’esprit des Hébreux… »
Ce qu’écrit Max Nordau peut paraître un peu naïf et sans objet mais pour les Juifs de cette période qui n’étaient jamais sûrs de rentrer sains et saufs chez eux, cela sonnait comme une nécessité impérieuse. Les premières lois nazies bannirent les Juifs des clubs de sport allemands au nom de la race pure.

hanukkah

(https://ukmediawatch.org/2013/11/28/the-hanukiyah-and-the-swastika-the-story-behind-a-haunting-photo-from-1931/)

Une petite fille de 7 ans, Hadas Goldenberg, du kibboutz Beit Alpha vient de découvrir une lampe à huile, typique de la période des Makabim. C’est à cette période qu’on a commencé à fabriquer séparément les parties hautes et basses des lampes dans des moules.

(Yediot Aharonot, photo Nir Distelfeld de l’Autorité des Antiquités)

Ce ‘Hanouka, on peut dire que la saison des roquettes en provenance de Gaza est de nouveau ouverte: une quinzaine cette semaine sur Sderot et Ashkelon. Un attentat à Jerusalem*, des jets de pierres sur les voitures et les autobus un peu partout…


Merci à notre armée, aux gardes de sécurité, aux policiers qui risquent leurs vies tous les jours pour veiller sur notre sécurité.

A bientôt,

*L’invasion de sauterelles de 1915:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/27/le-yishouv-en-guerre/

*Modiin: ville à mi-chemin entre Tel Aviv et Jerusalem. Ce fut aussi la ville d’origine de la famille des Makabim.

*Les Makabim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/

*Carte de Madaba: mosaïque de l’église Saint-Georges de Madaba en Jordanie. Elle est connue pour être la plus vieille représentation cartographique qui nous soit parvenue d’Israel et de Jerusalem. Elle date de la fin du 6 ème siècle.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/31/la-porte-de-damas-et-la-porte-neuve/

*La vallée du térébinthe:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Un des gardes de la station des bus a été très grièvement blessé. Il s’appelle Asher Ben Saada

 

 

Déclaration historique du Président Trump sur Jerusalem

Je traduis un article de Nir Muallem* de la chaîne de télévision 20.

« Ce soir, les murailles de la vieille ville ont été illuminées aux couleurs des USA et d’Israel:

(photo Kobi Richter)

A l’occasion de la déclaration historique du président américain Donald Trump, la municipalité de Jerusalem a illuminé les murailles de la vieille ville aux couleurs des U.S.A et d’Israel, depuis la porte de Yaffo jusqu’à la porte de Sion, pour montrer combien nous apprécions la décision américaine de reconnaître Jerusalem comme notre capitale et d’y envisager le transfert de son ambassade.
Des drapeaux américains ont aussi été déployés dans les principales rues de la ville (Agron, Shazar et Ruppin) et le pont à l’entrée de la ville a été lui aussi illuminé aux couleurs américaines.

(photo Yihiel Gurfein)


Le maire de Jérusalem Nir Barkat a noté que « l’annonce de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël est une déclaration historique qui envoie un message clair au monde entier: les Etats-Unis se tiennent aux côtés du peuple juif, de l’Etat d’Israel et de Jerusalem. Pour exprimer l’amitié courageuse entre le peuple américain et le peuple d’Israël, nous avons décidé d’illuminer les murs de la vieille ville avec les couleurs des drapeaux américains et israéliens, symbolisant la force du lien historique du peuple juif à Jérusalem depuis plus de 3000 ans. »

Pour nous Juifs, Jerusalem a toujours été notre capitale.
Lors de la création de l’état, David Ben Gourion s’y réfère aussi comme notre capitale et d’ailleurs toutes les institutions gouvernementales se trouvent à Jerusalem.
Pour officialiser les choses, la 9 ème Knesset a adopté la loi dite de Jerusalem qui déclare que:
Jerusalem, complète et unie, est la capitale d’Israel et le siège du Président, de la Knesset, du gouvernement et de la Cour Suprême.
Cette loi stipule aussi le devoir de maintenir les lieux saints de la ville pour toutes les religions et déclare que la ville recevra un budget spécial pour son développement et la préservation de son caractère. »

De plus, en 2001, ont été rajoutés ces trois points:
– Aucune autorité ne doit être transférée de la zone de Jerusalem à une entité étrangère, qu’elle soit politique ou gouvernementale,
– Que la zone de Jérusalem, selon la loi, est la zone établie le 28 juin 1967
– Et que ces deux clauses ne peuvent être modifiées qu’au moyen d’une loi fondamentale différente et d’une majorité de membres de la Knesset

 

(Loi fondamentale dite Loi de Jerusalem, 30 juillet 1980)

Cependant, aucun pays* n’a jamais accepté avant ce jour de reconnaître qu’Israel, comme tout pays souverain, avait le droit de choisir sa capitale. Aujourd’hui est donc un jour historique. 
Nous entendons de multiples menaces de la « rue arabe » qui nous promet une nouvelle intifada, nous verrons… De toute manière, c’est le discours habituel…

A bientôt,
PS: Un article important du jeudi 07/12 de Sami el Soudi sur le site de la Metula News Agency: « Il s’agit d’un plan »:http://www.menapress.org/

*Article de Nir Muallem:
https://www.20il.co.il/%D7%A6%D7%A4%D7%95-%D7%97%D7%95%D7%9E%D7%95%D7%AA-%D7%94%D7%A2%D7%99%D7%A8-%D7%94%D7%A2%D7%AA%D7%99%D7%A7%D7%94-%D7%94%D7%95%D7%90%D7%A8%D7%95-%D7%91%D7%93%D7%92%D7%9C%D7%99-%D7%90%D7%A8%D7%94%D7%91/

*quelques uns de mes articles sur Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/30/le-melange-de-jerusalem/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*Toutes les ambassades se trouvent actuellement à Tel Aviv.
De la trentaine de pays qui ont eu une ambassade à Jérusalem, comme l’Ethiopie, la Bolivie, le Chili, les Pays-Bas ou l’Uruguay, aucun depuis les années 80 n’a gardé sa représentation diplomatique à Jérusalem en raison de la condamnation internationale de l’annexion de l’est de la ville. En 2006, le Costa Rica et le Salvador ont été les derniers à suivre ce mouvement pour  « Violation du droit international » (résolution 478 du Conseil de sécurité de l’Onu). (source: https://www.coolamnews.com/nuit-du-5-au-6-decembre-2017-la-nuit-de-tous-les-possibles-pour-jerusalem/)

 

Le chemin des Patriarches (1)

Si nous ne nous étions pas suffisamment intéressés à ce territoire pour y construire un pays, la terre d’Israel, entre Jourdain et Méditerranée, n’aurait été qu’une terre de passage entre les empires assyriens et égyptiens, un ensemble de routes qu’il fallait contrôler militairement et politiquement.
Et elles étaient nombreuses toutes ces routes qui partaient du Croissant Fertile jusqu’au Nil.

Le Chemin des Patriarches est l’une d’elles.
C’est  l’ancienne route qui traversait le pays d’Israel du Jourdain à Beer Sheva. Elle porte ce nom parce que nos ancêtres Avraham, Yitshak et Yaakov l’empruntèrent de nombreuses fois lors de leurs pérégrinations à travers le pays, telles qu’elles nous sont racontées dans le livre de Bereshit (Genèse).

A l’heure actuelle, cette ancienne voie longe la route 60 en empruntant le chemin des collines et traverse ainsi toute la Judée et la Samarie.

(en trait bleu épais sur la carte)

Nous partons de Beer- Sheva en direction du Nord
Le nom de la ville est mentionné 33 fois dans le Tanakh. A partir de l’époque des Juges, le nom de Beer Sheva est synonyme de frontière sud du pays. L’expression « De Dan à Beer Sheva » pour dire du Nord au Sud est employée pour indiquer tout Israel. Le refrain de l’hymne du Palma’h emploie une expression parallèle « De Metulla au Neguev » ממטולה עד הנגב.

Dans le livre de Bereshit (Genèse), Beer Sheva est au centre de la vie des patriarches.
C’est de Beer Sheva qu’Avraham et Yitshak partent au mont Moriah lorsque Dieu demande à Avraham de sacrifier son fils. Et c’est à Beer Sheva qu’il reviennent chez eux.

C’est également à Beer Sheva qu’Avraham conclut une pacte de non-agression avec le roi Avimelekh, après une dispute entre leurs bergers respectifs au sujet d’un puits:
« Abimélec dit à Avraham: « Que signifient ces sept brebis que tu as mises à part? » Il répondit: « C’est que tu dois recevoir de ma main sept brebis, comme témoignage que j’ai creusé ce puits. « Aussi appela-t-on cet endroit Beer Sheva, car là ils jurèrent l’un et l’autre. » (Bereshit 21 23 31)
 וַיֹּאמֶר אֲבִימֶלֶךְ, אֶל-אַבְרָהָם: מָה הֵנָּה, שֶׁבַע כְּבָשֹׂת הָאֵלֶּה, אֲשֶׁר הִצַּבְתָּ, לְבַדָּנָה. ל וַיֹּאמֶר–כִּי אֶת-שֶׁבַע כְּבָשֹׂת, תִּקַּח מִיָּדִי: בַּעֲבוּר תִּהְיֶה-לִּי לְעֵדָה, כִּי חָפַרְתִּי אֶת-הַבְּאֵר הַזֹּאת. לא עַל-כֵּן, קָרָא לַמָּקוֹם הַהוּא–בְּאֵר שָׁבַע: כִּי שָׁם נִשְׁבְּעוּ, 
Pour les hébraïsants le mot שבע (sheva) est interessant car il signifie à la fois sept et aussi jurer.

(l’endroit dit le puits d’Avraham)

En fait, Beer Sheva est l’endroit où Avraham habite le plus souvent. Il s’y sent chez lui: il y plante un tamaris: « Abraham planta un tamaris à Beer Sheva et y proclama le Seigneur, Dieu éternel.« 
Pour Yitshak aussi cet endroit est central dans sa vie:
« II (Yitshak) monta de là à Beer Sheva. L’Éternel se révéla à lui cette même nuit, en disant: Je suis le Dieu d’Abraham ton père; sois sans crainte, car je suis avec toi, je te bénirai et je multiplierai ta descendance, pour l’amour d’Avraham mon serviteur. II érigea en ce lieu un autel et proclama le nom de l’Éternel. II y dressa sa tente et ses serviteurs y creusèrent un puits. »
C’est de là que Yaakov partira pour aller chez son oncle Lavan à ‘Haran  apres avoir été béni par son père Yitshak:

« Jacob sortit de Beer Sheva et se dirigea vers Haran. »
וַיֵּצֵא יַעֲקֹב, מִבְּאֵר שָׁבַע; וַיֵּלֶךְ, חָרָנָה
Israel (Yaakov) passera par Beer Sheva –« Israël partit avec tout ce qui lui appartenait et arriva à Beer Sheva » – lors de son voyage en Egypte pour rencontrer son fils Joseph qu’il croyait mort.
Aujourd’hui le site archéologique de Tel Beer Sheva est celui de la ville de l’époque du Tanakh. Ces ruines montrent en fait un ensemble de constructions extrêmement élaboré, avec des zones de stockage et deux systèmes d’eau: un puits d’une profondeur de 69 mètres à l’extérieur des remparts et un réservoir d’eau interne destiné à la ville en cas de siège. Le système d’eau a été construit grâce à un barrage sur la rivière Hébron pendant l’âge de fer, soit à l’époque de roi Salomon et donc, plus de 1500 ans après Avraham.

Ce site se trouve à l’est de la ville et à l’intersection de plusieurs routes, dont celle qui nous intéresse, le Chemin de Patriarches, qui nous emmènera vers le Nord.

La ville est restée un place forte pendant des siècles. Elle s’endormira pendant la période ottomane.
(Beer Sheva en 1909)

Elle tombera aux mains des Anglais en 1917 et une très belle commémoration a eu lieu le 31 octobre sur le lieu de la bataille:

Pendant la guerre d’Indépendance, la ville sera conquise au mois d’octobre 1948 lors de l’opération Moshé. Parmi les soldats du Palma’h se trouve le Commando Français, compose de jeunes juifs originaires de France ou d’Afrique du Nord, avec à leur tête Thaddée Diffre  surnommé Teddy Eytan*, non-juif, un ancien de la France Libre.

La ville est surnommée la capitale du Neguev: 4ème ville du pays, 50 pour cent de ses habitants ont moins de 50 ans:

 

L’université Ben Gourion:

Son parc High Tech:פארק ההייטק
Voisin avec les vieux quartiers rénovés, ici la grande mosquée:
Sans oublier le marché bédouin:

Au nord de la ville nous traversons la foret de Yatir, somptueuse tache verte dans le désert, début du territoire de Judée d’où nous entrerons dans les monts de ‘Hevron:

A bientôt,

*Thaddée Diffre (1912-1971):
– un excellent article d’Olivier:
http://zakhor-online.com/?p=973
https://tsahal.fr/2011/07/14/lincroyable-saga-de-thadee-diffre-compagnon-de-la-liberation-catholique-et-officier-de-tsahal-publie-sur-liberation-fr/

*La foret de Yatir a une superficie de 30000 dunam soit 30 km2. Les plantations ont commencé en 1964. On y trouve une grande variété d’arbres: beaucoup de conifères, pins et cyprès mais aussi des feuillus, tamaris, pistachier, oliviers, eucalyptus, acacia…
De nombreux animaux: des chacals, des loups, des sangliers, des hyènes… et de nombreux oiseaux dont plusieurs espèces d’aigles

 

Le 29 novembre 1947

J’avais écrit cet article en 2013. Je le reposte aujourd’hui, car demain, il y aura 70 ans que les Nations Unies ont voté en faveur du partage de la Palestine britannique en deux états, l’un juif et l’autre arabe.

« Pas très loin de la rue Nili * dans le quartier de Katamon, il y a une rue nommée כ »ט בנובמבר   (Kaf Tet beNovember) ou 29 Novembre:

DSCF0134
Cette date du 29 Novembre ne vous dit sans doute pas grand chose mais un certain nombre d’entre vous a sans doute vu cette vidéo :

Il s’agit du jour où l’ONU a approuvé le plan de partage de la Palestine en deux états, l’un Juif et l’autre Arabe.Mais qu’est ce donc que la Palestine? Quel est donc ce territoire sur lequel nous sommes accusés d’occupation et parfois de nettoyage ethnique?

Regardons quelques cartes en remontant le temps:
La Palestine romaine comprend le territoire de l’état d’Israël amputée du Néguev, mais débordant largement sur la Jordanie et la partie oriental du Liban.

palestine romaine01

A l’époque byzantine, son territoire s’étend  jusqu’à l’actuelle frontière nord d’Israel, à l’Est il déborde toujours largement sur la Jordanie actuelle et est toujours amputé du Néguev au Sud:
empire byzantin Palestine (fin du 4 ème siècle)

L’empire arabe l’englobera dans ses conquêtes sans en changer les limites administratives. Ce n’est qu’à l’époque des Croisés que son territoire s’enrichit  du  Liban et de la partie occidentale de la Syrie et cette fois descend au Sud jusqu’à Eilat:

Royaume chrétien au 12 ème siècle

A l’époque ottomane, c’est une des nombreuses provinces de l’empire, divisée en un certain nombre de districts.

Palestine ottomane

Lorsque les Turcs perdent la Première Guerre Mondiale, le prince Fayçal* d’Arabie et Hayim Weizman, chef de l’exécutif sioniste, signent un accord en janvier 1919. les termes de cet accord sont extrêmement intéressants: Il s’agit à la fois de la reconnaissance par Fayçal de la déclaration Balfour et de l’établissement de deux états, l’un arabe, à l’est du Jourdain que gouvernera le prince Fayçal d’Arabie et l’autre, à l’ouest du Jourdain, qui sera l’état de Palestine dirigé par l’exécutif sioniste.
Fayçal ajoute cependant une clause restrictive: cet accord ne vaut que si les Anglais tiennent les promesses d’indépendance faites aux Arabes pendant la guerre.
Les Anglais ne les tiendront pas et cet accord restera lettre morte.

En 1920, les Français et les Anglais se partagent le Moyen-Orient. La Palestine, en vert sur la carte, sera sous mandat britannique.

Palestine 1920

En 1923, la Palestine, nommée alors Syrie-Palestine se voit à nouveau amputée de toute sa région orientale.
Pourquoi?
-Les Français prennent le contrôle du plateau du Golan et l’incluent dans la Syrie (en rose hachuré sur la carte)
– De plus, les Britanniques, qui n’ont pas l’intention de tenir leurs promesses quant à un grand royaume arabe que gouvernerait la famille hachémite, essayent de se racheter en leur offrant un cadeau, la partie orientale de la Palestine: ils créent pour le frère du prince Fayçal, Abdallah, l’émirat de Transjordanie (en rose sur la carte) qui deviendra le royaume de Jordanie en 1946. Il ne reste donc pour le Foyer National Juif que la partie occidentale de  la Palestine britannique (en vert sur la carte).

palestinz 1922.jpg 2
C’est cette petite partie de la Palestine qui est soumise au  partage en 1947. Les Juifs sont inquiets. Si les opinions publiques occidentales leur sont favorables, ainsi que le gouvernements américain et russe (tous les deux espérant ainsi mettre un pied au moyen-Orient au détriment des Français et des Britanniques), les gouvernements occidentaux européens sont eux hésitants. La France par exemple, tergiversera longtemps et se décidera pour le oui juste avant le vote.

29 novembre 1947 2(dessin d’Arieh Navon: Israel, grand-père juif fatigué, attend patiemment devant la salle d’accouchement de l’ONU)

De plus, les Juifs de Palestine savent bien que les Arabes ne veulent en fait rien leur concéder: en 1946, une conférence s’était tenue à Bloudan, en Syrie avec 400 délégués des pays arabes. Présidée par le Premier Ministre irakien, elle avait proclamé que « la Palestine était de manière irréductible une terre arabe et que jamais les Arabes ne consentiraient à en aliéner la moindre parcelle« . En cela, les délégués avaient suivi les avis les plus extrémistes: ceux de l’Irak et celui du Grand Mufti de Jerusalem Hadj Amin Al Husseini*.

Finalement la décision de partition est prise par 33 vois pour contre 13 contre et 11 abstentions.
Ce 29 novembre est un jour de joie pour les Juifs. On leur accorde enfin la possibilité d’avoir un état. Cet état est minuscule (en rouge sur la carte: environ 23 %  du territoire de la Palestine mandataire, en vert le futur état arabe) mais c’est mieux que rien.

 

Palestine 1947(En rouge le futur état juif)

La décision de l’ONU déchaîne un enthousiasme délirant dans toutes les communautés juives à travers le monde. Tout le Yishouv danse cette nuit là tout en sachant que la guerre, déjà larvée depuis des années, éclatera dès le lendemain.

29 novembre 1947

Les Juifs espèrent encore que le nouveau roi de Jordanie, Abdallah, ne rentrera pas en guerre contre le nouvel état mais en vain. Abdallah a peur que le grand Mufti de Jerusalem, réfugié en Egypte*, ne réalise son rêve: devenir le  leader du monde arabe. Il se laisse donc entraîner dans ce déferlement de violences.

Israel sera alors attaqué par l’Egypte, la Jordanie, l’Irak, la Syrie. La guerre sera longue, un an et demi  jusqu’aux accords d’armistice de Rhodes en juillet 1949. Le siège de Jerusalem sera très dur, les Juifs de la Vieille Ville seront massacrés ou s’enfuiront.

quartier juif jerusalem 1948

(1948, le quartier juif de la Vieille Ville de  Jerusalem vidé de ses habitants)

Finalement au moment de l’armistice, Israel, le nouvel état juif, récupérera plus de terres que prévu par le plan de partage (en rouge sur la carte si-dessous).

palestine 1948 

Apres la guerre de 1948, la Jordanie (en rose sur la carte) occupera la Cisjordanie, c’est à dire la partie occidentale du Jourdain et l’Egypte (en jaune sur la carte) occupera Gaza.
La reconnaissance de l’état d’Israel par les puissances européennes ne se fera pas sans difficultés. La France est l’une des dernières.  Comme elle veut ménager les populations musulmanes d’Afrique du Nord, elle ne reconnaîtra l’Etat d’Israël de facto qu’en janvier 1949 et de jure qu’en avril de la même année.

La décision de l’ONU avait prévu que «… Les Arabes, citoyens de l’État arabe, et les Juifs, citoyens de l’État juif auront le droit de vote dans l’État arabe et dans l’État juif, respectivement. » Ce sera la cas pour les Arabes en Israel, mais pas pour les Juifs en Jordanie car…il n’y en aura pas. La Jordanie sera un état Judenrein, exactement comme les territoires actuels sous autonomie palestinienne.

Tant que la partie orientale de la ville est restée sous contrôle jordanien c’est à dire de 1948 à 1967, peut importait au monde occidental qu’aucun Juif ne puisse prier au Kotel ou qu’aucun musulman ou chrétien de nationalité israélienne ne puisse prier à El Aksa, au Saint Sépulcre ou aller à Bethlehem. Mais quand les Israéliens en ont pris le contrôle, le monde des bien-pensants occidentaux s’est réveillé et a parlé d’occupation illégitime.

En 1967, Israel gagna la guerre des 6 jours et conquit les territoires de Cisjordanie et de Gaza. La Jordanie et l’Egypte ne voudront jamais reprendre les territoires conquis par Israel en 1967 (sauf le Sinaï pour l’Egypte), sachant trop bien que l’abcès de fixation qu’ils avaient crée se retournerait contre eux.  Les Arabes, réunis à Khartoum après leur défaite, concluent leur réunion par les fameux trois « non »:
– Non à la paix avec Israel
– Non aux négociations avec Israel
– Non à la reconnaissance d’Israel

On entend toujours qu’Israel doit retourner aux frontières de 67 mais en 1967, il n’y a eu aucune délimitation de frontières * (comme il n’y en n’avait d’ailleurs pas eu en 1949) ce ne sont que des lignes d’armistices. Donc, selon le droit international, Israel n’occupe aucun territoire national étranger!

A aucun moment, pendant toutes ces années, y compris au 19 ème et 20 ème siècles qui voient la montée des nationalismes et des états nations, les Arabes n’auront revendiqué un état ou une identité palestinienne. Aucun texte officiel ne les nommera Palestiniens. Les accords Fayçal-Weizman parleront de la création d’un état arabe et non pas palestinien.  Pendant toutes ces années, ils s’identifieront eux-mêmes comme Arabes de telle ville ou de tel clan. La mention du district de Palestine ne fera pas partie de leur identité. Ceux qui sont appelés Palestiniens par les Turcs ou les Anglais, et aussi par dérision par les Arabes, sont les Juifs de Palestine. 
De plus, même s’ils nomment en hébreu leur pays Eretz Israel, les Juifs utilisent le mot Palestine pour le designer comme le font les autre nations. C’est ainsi qu’on parle officiellement de la  Banque Anglo-Palestinienne, du journal le Palestine Post etc. C’est bien parce que, pour  le monde non-juif, le mot Palestinien est clairement synonyme de Juif, que le traité entre Fayçal et Hayim Weizman mentionnait l’état de Palestine comme le futur état juif!

Le nom de Palestinien, accordé aux Arabes de la région sera une magnifique substitution d’identité, opération de la diplomatie soviétique qui, un peu avant la guerre des 6 jours créera une nation, là où il n’y en a jamais eu.
Pourquoi cette opération de propagande ? En substituant le mot Palestinien au mot Arabe, non seulement ils créaient un peuple de toutes pièces (sous influence soviétique), distinct des autres peuples dont la plupart était sous influence occidentale, mais en plus ils utilisaient le langage en vogue de la décolonisation pour toucher l’imaginaire arabe et occidental.
Les soviétiques contribuaient à sortir ainsi les Juifs et Israel de leur histoire en en faisant des usurpateurs et cela, avec l’assentiment tacite du monde occidental.

L’OLP utilisera pour la première fois les mots peuple palestinien et Palestine en 1964. Il est intéressant de constater que les minorités non-juives et non arabes comme les Tcherkesses et les Druzes (y compris ceux qui habitent le Golan) ne se sont jamais définis comme Palestiniens. Les Arabes chrétiens suivent aveuglement jusqu’à présent les directives des mouvements palestiniens perpétuant leur statut de dhimmis!
Quand ils ne s’adressent pas au monde extérieur, les Arabes reconnaissent ces faits.
Je me souviens d’une émission à la télévision israélienne à l’occasion de Yom Haatsmaout: un journaliste juif interrogeait les notables arabes israéliens d’un village de Galilée qui clamaient haut et fort leur « Palestinité ». Il leur passa alors un film des anneées 50 où les mêmes personnes avaient été filmées participant à la fête de Yom Haatsmaout.
– Vous vous définissiez bien à l’époque comme Israéliens! leur rappela-t-il. Pourquoi pas comme Palestiniens?
– A l’époque, on ne savait pas qu’on était Palestiniens! fut leur réponse.

Ils le reconnaissent parfois même en public:
Walid Shoebat, ancien membre de l’OLP, terroriste repenti et converti au christianisme: « Pourquoi le soir du 4 juin 1967 j’étais Jordanien et le lendemain matin j’étais Palestinien ? …Nous nous sommes considérés « Jordaniens » jusqu’à ce que les Juifs soient revenus à Jérusalem. Alors soudainement nous étions des « Palestiniens »

Ou plus cyniquement comme Zahir Muhsin, membre de l’OLP: « Il n’y a aucune différence entre les Jordaniens, les « Palestiniens », les Syriens et les Libanais. Nous faisons tous  partie de la même nation. C’est seulement pour des raisons politiques que nous soulignons soigneusement notre identité « palestinienne ». L’existence d’une identité « palestinienne » distincte sert seulement un objectif tactique. La création d’un état « palestinien » est un nouvel outil dans la bataille continue contre l’Israël. »
Et il y en a bien d’autres et dites parfois par les dirigeants arabes eux-mêmes!*

Malheureusement. l’Occident ne les prend pas en compte car elle ne rentrent pas dans la doxa officielle

 A bientôt, 

*La rue Nili: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

*Le prince Fayçal est l’un des fils de Hussein Ben Ali, chérif de la Mecque, de la famille des Hachémites, ennemis des Ibn Saoud. Sa famille ayant aidé les Anglais dans leur lutte contre les Turcs pendant la Première Guerre Mondiale, il sera autorisé à être le seul représentant des Arabes à la conférence de Paris en 1919. Les Anglais lui offriront plus tard le royaume d’Irak.

*Le texte des  accords Weizman Fayçal: http://www.akadem.org/medias/documents/accords-weizmann-faysal.pdf.

*Sur l’attitude de certains groupes arabes de la Palestine mandataire, favorables à une coopération entre un état juif et une fédération d’états arabes, la lettre que Ben Gourion envoya au General de Gaule en décembre 1967: http://victor-perez.blogspot.fr/2013/11/lettre-de-david-ben-gourion-au-general.html#more, trouvée sur l’excellent blog de Victor Perez

* Sur l’attitude ambiguë de la France à la fin des années 40, un ouvrage très documenté: Un siècle de trahison, la diplomatie française et les Juifs., 1894-2007 de David Price-Jones, ed. Denoel.

*En 1937, le grand Mufti Amin Hadj El Husseini s’enfuit  à Beyrouth (sous Mandat Français) pour échapper à un mandat d’arrêt britannique. Il fuit en Allemagne en 1942 pour rejoindre les forces nazies et encourager depuis Berlin les Arabes à massacrer les Juifs. Arrêté pour crime de guerre en 1945, il est placé en résidence surveillée dans la banlieue parisienne. Il s’arrange pour gagner l’Egypte, refuge d’un grand nombre de nazis.
http://www.akadem.org/medias/documents/–1-grand-mufti-de-jerusalem.pdf
Contrairement à la légende qu’il s’était créée, Arafat n’est nullement de sa famille. C’est un Égyptien, ancien membre des frères musulmans. Mais Leila Shahid, s’appelle en fait Husseini. Elle est très fière de son grand-père et fait significatif de ses sentiments, elle a pris le nom de Shahid (martyr), bien qu’elle préfère plutôt envoyer les autres se faire tuer a sa place!

*Israel a actuellement une frontière avec l’Egypte et une avec la Jordanie, deux pays qui ont signé un traité de paix avec Israel. La frontière avec l’Egypte court le long du Sinaï mais ne comprend pas Gaza. La frontière avec la Jordanie se trouve sur la vallée du Jourdain et ce n’est pas la ligne verte. La ligne d’armistice avec le Liban n’a pas bougé depuis 1949, celle avec la Syrie se trouve maintenant sur le plateau du Golan.

*article interessant:http://jssnews.com/2011/05/27/le-mythe-palestinien/