Les résultats du bac au djihadland

Hier, shabbat à 7h30 : Je prends mon petit déjeuner dans la cour.
L’air est encore légèrement humide et frais mais le soleil tape déjà sur la cime des cyprès, le parfum du romarin se mêle à celui du café…  Les oiseaux pépient dans les branches, quelques abeilles butines les dernières fleurs tardives du citronnier…

Tout a coup des roulements sonores dans le lointain, qui se rapprochent et qui déchirent la sérénité de ce matin. Je ne comprends pas: les éclats secs de ce qui ressemble à des feux d’artifices. Un mariage arabe? Le matin?
Les claquements sont de plus en plus forts et se répercutent sur les collines entourant mon quartier, Malha.

 

Maintenant je distingue bien des salves d’armes automatiques.
Les oiseaux se sont tus. Inquiète, je sors sur mon balcon, aucun mouvement dans les rues.
Je me rassure: nous n’avons pas entendu de sirène donc tout va bien (à peu près?)
Quelques minutes de silence et puis, pendant une heure et demie, le fracas des armes, des explosifs et plus rien…
A 9 heures et demie, les armes se taisent, les oiseaux se remettent à chanter… Shabbat revient dans la ville
Le soir, l’explication nous est donnée au journal télévisé:
Les lycéens arabes ont célébré par des explosions de toutes sortes et des tirs à l’arme automatique les résultats du bac non seulement dans les territoires contrôlés par l’Autorité Palestinienne. Ceux qui n’avaient pas d’armes ont lancé en l’air des tables et des chaises. L’union européenne n’est pas prête d’arrêter d’augmenter ses subventions….

Voici la photo d’une lycéenne bachelière à Naplouse. Parmi les commentaires élogieux qu’elle a reçus, nombreux la félicitaient et l’incitaient à utiliser cette mitraillette contre les ennemis, nous les sionistes, Bientôt Ô ma sœur tu pourras libérer notre terre de la rivière à la mer*!

(Photographer Omar Al-Djani fro, Jordan
Taking a photo of the fireworks in Palestine)

Et donc, les habitants de Jerusalem, d’Efrat, de Maale Adoumim de Modiin ainsi que les habitants de Otef Aza* et du Sharon* en ont subi les conséquences sonores. Comme, cette tradition (!) s’est propagée cette année dans la partie orientale de la ville*, la police de Jerusalem a arrêté 38 de ces  jeunes et saisi 185 ruches de feux d’artifices et autres explosifs.

 

Au dernières nouvelles, ces tirs et explosions auraient causé des dégâts et fait plusieurs dizaines de blessés.

 

Entre les Arabes et nous, je crains qu’il y ait un fossé culturel infranchissable. Qui d’entre vous a célébré ce passage à l’âge adulte en  tirant à la mitraillette?
La société arabe souffre d’une violence interne, contre les faibles, les femmes, les autres, ceux qui ne sont pas de leur ‘hamoula*etc…
Tant qu’elle n’aura pas changé, un futur état palestinien ne serait qu’une menace permanente.
Ce ne sont pas des terroristes que vous avez vu sur ces vidéos, seulement les futurs cadres de ce que serait le futur état palestinien, djihadland falastin, en fait, un état aussi violent que nos voisins.

Non merci!

A bientôt,

Shavoua Tov שבוע טוב

 

*De la rivière (le Jourdain) à la mer (méditerranée), : من النهر إلى البحر‎, min al-nahr ila al-bahr le slogan répétitif des Palestiniens qui montre bien, s’il fallait encore l’expliquer, que leur but n’est pas d’arriver à la solution à deux états, un juif et un arabe, mais bien un seul, arabo-musulman, ceci après avoir jeté les Juifs à la mer:

*Otef Aza: la région qui borde la bande Gaza,
Le Sharon: région située au nord de Tel Aviv et qui est coincée  entre des villes comme Kalkiliya et Tulkarem (dirigées par Mahmoud Abbas) et  la côte méditerranéenne. A certains endroit,  la largeur du territoire israélien ne fait que 14 km de large.

*Des centaines de douilles ont été retrouvées dans le parc du quartier Hagiva Hatsarfatit, et les habitants de Pisgat Zeev ont du passer trois heures derrière leurs volets fermes par crainte de balles perdues.

*’Hamoula: partie d’un clan
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/02/16/une-nation-palestinienne/

Rentrer à la maison (2/2)

Quand il est question du départ des Juifs, en particulier vers Israel, beaucoup s’étonnent : Les Juifs sont des citoyens comme les autres, pourquoi partent-ils? Il est de notre devoir de les protéger.

Cette phrase est terrible. Elle résume à elle seule le fait que la communauté juive est définitivement un corps particulier distinct de la nation. Pourquoi les protéger eux plus que les autres? Si ce n’est que parce que dans l’inconscient collectif ils ne sont ou n’ont jamais été une partie des autres.

On entend aussi des phrases grandiloquentes comme celle-ci: La France sans les Juifs ne sera plus la France
Pourtant, du 15 ème siècle au 19 ème la France fut presque complètement* judenrein. De nombreux villages ou villes de France ont une rue aux Juifs, rue de la Juiverie, d’où les Juifs ont été chassés au Moyen Age. La France a bien survécu. Il en est de même dans beaucoup de pays européens. Notamment l’Espagne, c’est justement après 1492, date de l’expulsion des Juifs, qu’y commence une période de grande vitalité littéraire et artistique, le Siècle d’Or (et en fait, ce siècle durera 200 ans!). Les Juifs n’ont jamais été indispensables.

Notre mémoire familiale nous a transmis ce fait:  pendant les périodes de crises, on assiste toujours à une montée de l’antisémitisme. En Europe, cela a commencé doucement il y a une trentaine d’années et puis plus agressivement il y a déjà vingt ans. Or l’Europe est dans une crise à multiples facettes: crise économique et politique, crise identitaire et crise sanitaire. Et donc, comme vous le savez déjà, la situation des Juifs s’aggrave de jour en jour: attaques de personnes, manifestations et émeutes qui dégénèrent en manifestations antisémites… Cependant, si vous ne lisez pas la presse juive, vous n’êtes sans doute pas vraiment au courant. Les journalistes mainstream pratiquent l’auto-censure et la cosmétisation du vocabulaire avec brio.
Peu importe si cet antisémitisme vient des musulmans, de l’extrême gauche, de l’extrême droite ou s’il est un mélange des trois. Pour les Juifs, le résultat est le même!

Que peuvent faire alors les Juifs de la Diaspora?
– Chercher des cieux plus cléments en dehors d’Israel comme l’ont fait nos ancêtres au cours des siècles, mais où? Pendant longtemps les Etats Unis le Canada étaient des havres de paix mais maintenant? Il suffit pour cela de se tenir informé de ce qui se dit et s’écrit dans les universités américaines…
– Commencer un tour de France? J’ai lu il y a quelque temps que des communautés juives se développent dans des petites villes agréables et calmes. Un article dans la presse juive a fait polémique il y a quelques mois: certains se sont émus de l’emploi du mot aliya pour un déménagement à Metz et à Colmar. Sans vouloir chipoter sur le terme, je comprends ces familles: c’est plus simple et plus sûr à court terme que de tenter un grand saut dans un presque inconnu. Mais pour combien de temps, quelques années, une génération?
– Attendre comme certains croyants le pensent que le Mashiah les ramène à la maison? Je ne sais pas ce que le Mashiah a en tête. Tout ce que je sais c’est ce que disait ma grand mère: les attentifs survivent, les attentistes rarement. Par ailleurs le Mashiah n’a t-il pas déjà commencé son travail, plus de la moitié des juifs du monde ayant déjà fait leur émigration?

Tous ceux qui sont rentrés à la maison ont été confrontés à ces discours tranquillisants et pourtant un jour…

Aussi, dans cet article, et parce que je pense qu’il y a urgence, voici quelques information pratiques pour ceux qui veulent sérieusement rentrer à la maison.
Cette année est particulière à cause du Corona mais les programmes de l’Agence Juive ne sont pas supprimés. Tout se passe par internet. Les candidats sont invités à participer par Zoom aux réunions qui les intéressent: par exemple comment constituer un dossier d’émigration, qu’en est-il des études des enfants, comment trouver un emploi…
L’alya ne se prépare jamais en un jour. De plus, cette année, il est possible que les départs soient différés de quelques mois à cause de l’épidémie, aussi, les Juifs désireux de vivre en Israel devraient profiter de cette période d’attente pour se préparer au mieux et notamment engranger le plus possible d’hébreu.

Comme je l’ai déjà écrit*, même si l’hébreu est notre langue ancestrale, cela ne veut pas dire que nous la connaissons d’office! Loin de là! Ici vous devrez maîtriser la langue pour trouver du travail, faire des études, pour toutes vos démarches administratives etc… Bien que les oulpanim sont prévus à l’accueil des émigrants, il vaut mieux commencer au plus tôt à maîtriser les rudiments de l’hébreu, car dès l’arrivée en Israel vous en aurez besoin. Il est vrai que de plus en plus vous pourrez trouver de l’aide, les israeliens ont beaucoup de patience et aident généralement les olim qui ont du mal à s’exprimer. Mais pour ne pas rester des assistés, il faut mieux entamer le plus tôt l’étude de la langue. Ce n’est pas une montagne à gravir ou plutôt elle se gravit peu à peu. Profitez des quelques semaines ou mois que vous avez devant vous!
S’il n’y a pas d’oulpan dans votre communauté, il y a les oulpanim en ligne.
Voici ce que j’ai trouvé en tapant simplement oulpan en ligne sur google:

http://archive.jewishagency.org/fr/aliyah/program/9041
https://www.acoursdhebreu.com/
https://www.beivrit.fr/
https://rosenhebrewschool.com/fr/ (cours de l’Universite Hebraique de Jerusalem)
Et il y en a bien d’autres….

Si vous avez peur de partir dans l’inconnu et si personne ne vous attend en Israel, vous pouvez partir avec l’alya de groupe. Vous êtes pris en main par l’équipe de Chalom Wach*, l’initiateur de ce projet qui, jusqu’à l’arrivée du corona, sillonnait la France pour permettre à des Juifs isolés, de participer à des réunions d’information. Maintenant là aussi, les réunions se font par Zoom. L’équipe de l’Alya de groupe vous aidera dans vos démarches et vous conseillera pendant votre première année en Israel.

 

Chaque année, l’équipe de l’Alya de groupe propose trois destinations différentes:
Cette année c’est Jerusalem, Nahariya et Revava en Samarie (à 5km d’Ariel, ville universitaire).

Voici le yishuv de Revava:

La petite ville cotiere de Nahariya:

 

Et Jerusalem:

Si la chèreté de la vie vous inquiète, si vous avez peur que les loyers soient trop élevés dans les grandes villes, écoutez l’interview de Patricia Hassoun qui est à l’origine d’une initiative tout nouvelle. Son association Dor ‘Hadash (nouvelle génération) propose elle aussi une alya de groupe mais dans des régions en expansion, où les loyers sont bas mais où il y a beaucoup de possibilités de travail.

Elle propose un programme à Yeru’ham, à 30 km au sud de Beer Sheva.
Yeru’ham n’est plus la petite ville de maabarot*.

(Yeru’ham 1951, Dovrot Yeru’ham)

C’est maintenant une petite ville de 9000 habitants, qui propose une éducation de qualité,

(Photo Anat Raskin)

où se sont installées de nombreuses sociétés high tech ainsi que l’entreprise pharmaceutique américaine Perrigo.

Yeru’ham se trouve en plein Neguev mais bordée par un grand parc

(Parc de Yeru’ham, photo Anat Raskin)

où se trouve un lac artificiel


L’association Dor ‘Hadash est aussi en pourparlers avec la ville de Dimona  (35 000 habitants, à une quinzaine de km de Yeru’ham)


qui elle aussi possède un lac artificiel

D’autres pourparlers sont en train avec la ville de Karmiel en Galilée (46 000 habitants)

(Karmiel arutz 7)

Si vous étés intéressés par ce projet de cette association Dor ‘Hadash: dorhadash5780@gmail.com

C’est vrai l’alya est parfois difficile, c’est un total changement de vie et l’atterrissage est parfois brutal mais où se trouve donc le gan eden?
En résumé pour ceux qui ont ce projet d’aliya en tète:
Ne soyez pas des rêveurs, renseignez-vous, vérifiez, ne vous contentez pas de remplir quelques formulaires. Préparez la!

Sachez que l’épidémie de corona et celle de l’antisémitisme qui se développent en parallèle préoccupent beaucoup de Juifs. Il semble que les demandes explosent d’un peu partout: USA, Canada, Europe de l’Ouest, Russie et Ukraine …

Dans un article précédent, Yom Yerushalayim 2020*, du 24 mai, j’avais inclus l’interview de Claire Lévy, 92 ans, qui racontait comment elle avait vécu la guerre des six jours. Mais c’est la fin de cette interview qui m’a le plus frappée. Le journaliste lui demande ce qu’elle souhaite à Jerusalem. Elle ne répond pas directement, Elle explique simplement sans vœux pieux et belles phrases:
Ecoutez, moi ce que je suis venue chercher dans ce pays je l’ai reçu. Je ne voulais plus être un citoyen de seconde zone et mon mari non plus. C’est mon pays. Je voulais élever des enfants juifs et j’ai des enfants juifs et des petits enfants et des arrière petits enfants.
Ce que je suis venue chercher je l’ai 
reçu…

Celui qui se souvient, qui connait le chemin de ma maison,
Celui qui m’entend, qu’il vienne à la maison avec moi,

Nuage de plumes dans le ciel et le chaume sous mes pieds, le ding dong d’une cloche merveilleuse,
Je me sens protégé,

Hé, de là bas, le chemin et la cloche chantent pour lui son retour à la maison, juste au bon moment.
Si j’ai oublié le chemin connu depuis longtemps, ici et là sur les bords de la route sont restés des indices pour moi
Voici une flèche t’es envoyée, dessinée à la craie blanche,
Va pour toi, suis le vent c’est à deux pas d’ici,

Des pierres sur le côté du chemin, au dessus l’ombre d’un arbre, une chèvre noire comme la nuit broute les buissons,
Les sentiers sont ouverts pour les meilleur marcheurs.

Je ne suis pas toute seule en chemin pour retourner chez moi,
J’ai un ami ou deux qui marchent à mes côtés, Sous le soleil brûlant, le le ding donc de la cloche
Ils sauront déchiffrer pour moi tous les signes.

A bientôt,

* En dehors de quelques dizaines de familles enfermées dans un ghetto dans 4 villes du Comtat Venaissin (https://fr.wikipedia.org/wiki/Juifs_du_pape), les Juifs d’Alsace qui furent rattachés à la France en même temps que cette province a la fin du 17 eme siecle ( https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_l%E2%80%99Alsace_est_devenue_fran%C3%A7aise) et les Juifs de Lorraine
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_Juifs_en_Lorraine)

* La langue hébraïque:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/28/parlez-vous-hebreu
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/04/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-1/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/17/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-2/

* Programmes d’aliya
http://archive.jewishagency.org/fr/aliyah/program/9031

* Maabarot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/24/sharaliya/

* Aliya de groupe:
Chalom Wach, Responsable du Programme – Téléphone en France : 01 77 50 01 30 –  Bureau en Israël : + 972 (0) 2 940 00 29
Email :  alyahdegroupe@gmail.com

* Préparation à la aliya par l’association Qualita:
https://www.preparation-alyah.com/?fbclid=IwAR2vWNyZFNV71z4Lyy-TEvJPh20eUkbLknCiR1YPO3Fv-o0hbW31QuhOHKo

 

Rentrer à la maison (1/2)

Déjà en lisant le Tanakh, vous pouvez constater combien nos lointains ancêtres avaient des caractères différents les uns des autres. Si vous continuez dans vos lectures, passant de siècle en siècle, vous vous apercevrez que non seulement nous n’avons jamais été un groupe homogène mais que nous avons acquis au cours du temps bien des traits des populations parmi lesquelles nous avons séjourné.
Malgré tout, nous avons toujours gardé une conception du monde et du divin particulière et le sentiment profond de notre appartenance à un même peuple et à une même terre, la terre d’Israel, d’où nous avions été chassés.
Je ne vais pas ici refaire les nombreux articles que j’ai déjà écrit sur les générations oubliées* mais vous remémorerez un point important: tout au long de la chaîne des générations, le rêve d’un jour – nous retournerons à Sion – était prégnant.
Pour nuancer mon propos je dirais qu’il en était ainsi jusqu’aux diverses émancipations du 19 ème siècle.
A partir de là, nombreux révèrent d’une vie douillette en reléguant au grenier le vœu pieux :  לשנה הבאה בירושלים (leshana habaa biroushalayim), l’année prochaine à Jerusalem.

Beaucoup partirent en Amérique, די גולדענע מדינה (die goldene medine), le pays en or, comme on disait en yiddish…

(Juifs arrivant à Ellis Island en 1910)

D’autres devinrent des territorialistes, persuadés qu’être de bons citoyens leur permettrait enfin d’être acceptés par leurs voisins qui les jugeaient comme des traîtres à la patrie:

(Carte postale autrichienne 1919. https://antisemitism.adl.org/)

et ne rêvaient que de les voir partir au plus vite.

(Juifs en Palestine! caricature allemande de la fin du 19 eme siecle)

 

D’autres deviendront marxistes, persuadés que les autres damnés de la terre les reconnaîtraient comme frères.

(New Orleans Time Picayune, article sur le complot des blouses blanches en URSS 1952 1953, des centaines de médecins arrêtés, beaucoup seront exécutés.  https://antisemitism.adl.org/)

 

Puis ce fut la curée et beaucoup d’entre nous périrent…

Aujourd’hui, certains  préfèrent oublier leur identité dans le post marxisme, le post-trotskysme, le post…
Et pourtant, l’état d’Israel a été créé il y a 72 ans et offre aux Juifs du monde entier la possibilité de rentrer à la maison.

(Images d’archives des différentes alyiot)

« Réveille-toi, relève-toi de la poussière, revêts tes vêtements de splendeur mon peuple, grâce au fils de Yishai (le roi David) de Bethlehem, la délivrance s’approche de notre âme »
התנערי, מעפר קומי,
לבשי בגדי תפארתך עמי,
על יד בן ישי בית הלחמי,
קרבה אל נפשי גאלה.

Pour ceux qui n’ont pas oublié, voici ce que dit la loi du Retour, l’une des premières lois de l’état d’Israel:

1. Tout Juif a le droit d’immigrer en Israël.

2. a) L’immigration se fera avec un visa d’immigrant.
2. b) Un visa d’immigrant sera délivré à tout Juif qui aura exprimé le désir de s’établir en Israël, à moins que le ministre de l’Intérieur soit convaincu que le candidat :
mène des activités dirigées contre le peuple juif ; ou risque de porter atteinte à la salubrité publique ou à la sécurité de l’État ; ou a un passé criminel susceptible de mettre en danger le bien-être public.

3. a) Un Juif qui vient en Israël et manifeste ensuite le désir de s’établir peut, alors qu’il se trouve encore en Israël, recevoir un certificat d’immigrant.
3. b) Les exceptions précisées au paragraphe 2. b) s’appliqueront également à la délivrance d’un certificat d’immigrant, mais une personne ne sera pas considérée comme mettant en danger la santé publique du fait d’une maladie contractée après son arrivée en Israël.

4.a Tout Juif qui a immigré dans ce pays avant l’entrée en vigueur de cette loi, et tout Juif né dans ce pays que ce soit avant ou après l’entrée en vigueur de cette loi, sera considérée être une personne venue dans ce pays au terme de cette loi.
De plus:
-Les droits d’un Juif aux termes de cette loi, les droits d’un immigrant selon la loi sur la nationalité de 1952, et les droits d’un immigrant aux termes de toute autre loi sont aussi accordés aux enfants et petits-enfants d’un Juif, à son conjoint et au conjoint d’un enfant ou d’un petit-enfant d’un Juif — à l’exception d’une personne qui était juive et a, de sa propre volonté, changé de religion.
-Il sera sans importance que le Juif par l’intermédiaire duquel un droit est invoqué aux termes du sous-paragraphe a) soit toujours ou ne soit plus en vie, ou qu’il ait ou non immigré en Israël.
-Les exceptions et les conditions appliquées à un Juif ou à un immigrant aux termes ou en vertu de cette loi ou de la législation mentionnée dans le sous-paragraphe a) s’appliqueront également à une personne demandant à bénéficier de l’un des droits mentionnés au sous-paragraphe a).

4.b Pour les besoins de cette loi, « un Juif » désigne une personne née d’une mère juive ou convertie au judaïsme et qui n’est pas membre d’une autre religion.

5. Le ministre de l’Intérieur est chargé de l’application de cette loi et pourra prendre toute ordonnance pour son application et pour l’octroi de visas et de certificats d’immigration aux mineurs jusqu’à l’âge de 18 ans. Les règlements pour l’application des sections 4A et 4B exigent l’approbation du comité sur la constitution, la législation et les affaires juridiques de la Knesset. »

(Texte de la Loi du Retour, du 5 juillet 1950)

Donc, en résumé, si vous êtes juif ou avez un parent ou même un conjoint juif, vous pouvez immigrer en Israel. La seule réserve étant que vous ne représentiez pas un danger pour le pays. C’est ainsi que Meyer Lansky, comptable de la mafia américaine et associé de Lucky Luciano, n’a jamais pu prendre sa retraite en Israel et a fini sa vie à Miami.

Mais qu’en est-il pour les délinquants moins connus que Meyer Lansky?
Quand vous préparez votre dossier, vous devez présenter un extrait de casier judiciaire. S’il n’est pas vide, la décision de votre acceptation reviendra à la Cour Suprême qui décidera si vous êtes dangereux ou pas. Comme il est écrit: Le danger peut être prouvé en fonction des circonstances qui ont entouré l’infraction, ou toute autre preuve d’actes indignes du demandeur d’immigrer en Israël. En second lieu, la Cour suprême a laissé entendre que des critères supplémentaires doivent être demandés pour examiner la dangerosité pour le public de l’individu.
La gravité de l’infraction n’est pas le seul critère à examiner concernant l’examen de la demande. La Cour suprême a statué que sur la question de la personne qui souhaite immigrer en Israël avec un casier judiciaire, les responsables du ministère de l’Intérieur pourrons examiner également des données supplémentaires, y compris celles qui indiquent le niveau de danger du délinquant, les chances de réadaptation et l’incidence du comportement criminel du demandeur d’immigrer en Israël, avec un casier judiciaire … Le Ministère de l’Intérieur a déclaré dans sa procédure que les fonctionnaires du ministère doivent examiner la gravité de l’infraction et la date de l’infraction. Plus le crime est grave et plus l’infraction est récente, plus l’indicateur de danger est élevé.
Notez que même si la date de l’infraction est ancienne, et que le demandeur au droit du retour en Israël est sortit de prison il y a longtemps, nombreuses sont les chances de voir rejeter sa demande d’immigration vers Israël.* (lawoffice.org.il)

Le petit nombre d’infractions commises et une indication positive pour la réhabilitation du délinquant, sera au profit de tous ceux qui souhaitent immigrer en Israël avec un casier judiciaire.

Israel n’est pas le seul pays qui possède une loi du retour parmi ses Lois fondamentales: L’Arménie a aussi une telle loi au bénéfice des Arméniens de la diaspora. La Grèce  aussi permet le retour des Grecs de l’ex empire ottoman. L’Allemagne permet celle des minorités allemandes d’Europe Orientale et de la Russie. La France en fit autant autant au 18 ème siècle, permettant aux Acadiens et Canadiens de bénéficier de la nationalité française après les traités d’Utrecht et plus récemment en 1967 pour les Québécois mais ce projet fut finalement abandonné…
De nos jours, les gouvernements espagnols et portugais proposent une sorte de loi du retour aux descendants des מגורשים (megorashim), les exilés de la péninsule ibérique… Je ne sais pas combien d’entre eux s’y sont intéressés.

En fait, les premiers mots du חוק השבות (hok hashvout) ou Loi du Retour, adoptée en 1950 par la Knesset – Chaque juif a le droit d’immigrer en Israel – définissent bien le but du sionisme qui est de rassembler les exilés juifs sur leur terre.
David Ben Gourion l’expliquait d’ailleurs très clairement:
Les projets de loi du Retour et de loi de la Nationalité sont intimement liés. Ils puisent tous deux aux mêmes sources d’inspiration découlant du particularisme historique de notre Etat, dans le passé aussi bien que dans l’avenir. Ces deux lois établissent le caractère et la fonction particulière de l’Etat d’Israël.
En tant qu’Etat, Israël est un Etat comme les autres.
Tous les traits qui déterminent les autres Etats existent aussi chez lui. Il s’est établi dans une contrée délimitée et se fonde sur la population qui y vit. Son pouvoir ne s’étend pas au-delà des frontières du pays : l’Etat d’Israël n’exerce de pouvoir que sur ses ressortissants.
Les Juifs de la Diaspora, citoyens des pays où ils résident et qui veulent y rester, n’ont aucun lien juridique ou de nationalité avec l’Etat d’Israël. Celui-ci ne saurait les représenter légalement en aucune manière.
Mais notre Etat se distingue des autres par les facteurs qui ont présidé à sa fondation et par les perspectives d’avenir qu’il s’est fixé. Il a été fondé il y a quelques années à peine, mais ses racines sont ancrées dans le plus lointain passé.
Son autorité se limite aux frontières de son territoire, mais ses portes sont grandes ouvertes à tout Juif, quel que soit l’endroit où il vit. Il n’est pas un Etat juif du simple fait que les Juifs forment la majorité de sa population, mais du fait qu’il est un Etat pour chaque Juif qui désire s’y établir.(Le peuple et l’état d’Israel, 1959)

Voici une excellente vidéo d’Eliana Gurfinkel et Daniel Haïk sur ce sujet:

(à suivre)

A bientôt,

* La Loi du Retour:

Cliquer pour accéder à 1-Loi-retour.pdf

* Mon premier article sur les générations oubliées. Il y en a 9 en tout qui traitent de la pérennité des Juifs en Eretz Israel et des différentes aliyot jusqu’au milieu du 19 ème siècle:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/

 

 

 

Yom Yerushalayim 2020

 

Nous sommes toujours émus de voir de vieux films d’actualité montrant les troupes israéliennes entrant dans la vieille ville, chantant Yerushalayim shel zahav* et priant au Kotel.

C’est vrai que Jerusalem est au sommet de notre joie comme le disait déjà le roi David.
Lorsque le peuple juif revendique Yerushalayim pour capitale, il ne revendique pas un lopin de terre seulement. Il demande que soit reconnu ce qui en Yerushalayim fait sens pour lui face aux nations.
Les nations ne s’y s’ont pas trompées. Lorsqu’elles nous dénient Jerusalem comme capitale, ce n’est pas une question de mètres carrés, c’est une question de principe: ce faisant, elle dénient au peuple juif le droit d’exister en tant que tel, lui rappelle qu’il a été exproprié, chassé et que cette terre ne lui appartiendra plus jamais. Leur disqualification théologique, comme  disait Raphael Draï, est à la source de la dégradation des sentiments d’humanité face à nous en tant que peuple mais aussi souvent face à nous en tant que personnes.
Raphael Draï avait trouvé cette citation très significative de Pierre Loti, voyant la misère des Juifs qui priaient agglutinés dans le petit boyau le long du Kotel: Nous pleurerions avec eux s’ils n’étaient pas des Juifs
Nous le ressentons profondément chaque fois que nous nous heurtons à des réflexions comme celle-ci: Mais pourquoi ne voulez-vous pas que Jerusalem soit une ville internationale? Oubliez-vous qu’elle est la capitale des trois religions? …
C’est un peu comme si Jerusalem, redevenue capitale d’Israel, empêchait le monde de tourner rond, comme si le fait que si nous existons en tant que peuple nous dénions par cela le droit à qui que ce soit de considérer Jerusalem selon ses propres croyances. Et surtout comme si personne ne voulait comprendre qu’à minima, la victoire de Tsahal en juin 1967 et la réunification de la ville nous avait apporté une sécurité inconnue auparavant.

Aussi, avant de vous parler de la réunification, je vais vous parler du partage de la ville.

Et souvenez-vous: chaque fois que vous entendez parler de frontières: des frontières, il n’y en avait pas!*
A l’origine, le tracé du partage, ne partageait rien. Ce n’était qu’un brouillon de quelques lignes, dessinées sans précision aux bâtons de cire rouge et verte, dans une maison abandonnée, lors d’une rencontre pour un cessez le feu temporaire entre Moshe Dayan et Abdullah Tell (le commandant de la Légion Arabe), le 30 novembre 1948.



Le tracé à la cire n’était évidemment pas précis et souvent épais. Il passait parfois au milieu même des maisons. De plus, dessiner sur le sol était inconfortable et le papier bougeait… Ce n’était pas trop grave car les deux protagonistes savaient bien que la guerre n’était pas finie et et que les combats reprendraient. Mais en avril 1949, lors des accords d’armistice, ce fut ce dessin ridicule et en partie estompé qui fut validé par les Nations Unies pour indiquer la ligne de partage.
Et c’est ainsi que certains quartiers, certaines rues et parfois maisons se sont trouvés coupés en deux. Je vous en ai déjà parlé dans mon article Nous les Yerushalmim*.

(aujourd’ui c’est la ligne du tramway mais certaines compagnies s’étaient retirées du projet car cela entérinait, selon elles, l’occupation de la Palestine!)

Mais plus que cela, plus que des murs changeant de nationalité, ce furent des milliers de Juifs qui souffrirent de la situation car ils étaient à portée de tir de l’armée jordanienne. Et les tirs, l’armée jordanienne ne s’en privait pas. Les Jordaniens auraient du faire breveter l’expression le soldat déséquilibré: pour eux, et ceci officiellement, chaque soldat jordanien qui tuait un israélien, avait été pris de démence passagère. Déséquilibré, cela ne vous rappelle rien?
Pendant 19 ans, des quartiers comme Talpiot, Armon Hanatsiv, Abu Tor, Musrara, Shmuel Hanavi, Yamin Moshe, Mea Sharim ont vécu dans l’angoisse du tir ou des jets de pierres du soldat déséquilibré jordanien. Les victimes: des passants, une mère de famille étendant son linge à Musrara, en 1953 un enfant jouant devant chez lui, en 1956 quatre archéologues au Kibboutz Ramat Rahel depuis le monastère saint Elias qui servait de poste avancé à l’armée jordanienne du haut d’une colline,

un officier, le capitaine Avshalom Sela, en 1958 des soldats qui patrouillaient dans le jardin botanique de Har Hatsofim ainsi que George Flint, le directeur canadien du comité de cessez-le-feu jordano-israélien*, assassiné alors q’il brandissait un drapeau blanc et se dirigeait vers les blessés…
Je ne vais pas tous les détailler, mais les attentats (autant les appeler par leur nom) étaient commis non pas par des terroristes mais par des soldats-terroristes de l’armée régulière jordanienne. Un cinquantaine d’attentats*, perpétrés par les déséquilibrés de l’armée jordanienne en 19 ans…

L’écrivain Meir Shalev n’habitait pas dans ces quartiers dangereux mais plus à l’ouest, à Kiriat Moshe, quartier réputé plus sûr. Mais lorsqu’il partait régulièrement en train chez ses grands parents lors des vacances scolaires, il passait lui aussi le long de la ligne de démarcation. Il raconte:
Le train franchit d’abord la vallée de Refa’im… puis celle de Sorek … En ce temps la, Refayim bordait l’ancienne frontière israelo-jordanienne…Chaque matin des démineurs parcouraient la voie ferrée à bord d’un wagonnet le long de la frontière à la recherche de mines ou de bombes et des gardes armés nous escortaient dans le premier et le dernier wagon du train…
La vallée de Refayim se trouve à 500 mètres de chez moi, au sud ouest de la ville. Pendant 19 ans il était dangereux de prendre le train et il en serait de même aujourd’hui pour moi si la ville n’avait pas été réunifiée.


La haine des Jordaniens à notre égard leur faisait parfois oublier tout sens du ridicule.
Dans le quartier d’Abou Tor, rue Assael, s’est passe un incident tragi-comique. Je vous ai parlé du manque de précision du tracé de cette fameuse ligne de démarcation. La ligne passait ainsi dans la  cour d’une maison: la maison se trouvait du coté israélien et les toilettes dans le no man’s land à 5m d’un poste de la légion jordanienne. Les membres de la famille risquaient leur vie en terrain découvert chaque fois qu’ils allaient aux toilettes. Ils décidèrent donc d’agrandir leur maison en construisant une salle de bain adjacente. Mal leur en pris! Les quelques mètres carrés de la salle de bain se trouvaient eux aussi dans le no man’s land!
Les Jordaniens, furieux contre cette occupation sioniste, firent alors appel à la Commission d’Armistice et exigèrent une réunion avec les Israéliens le jour de Kippour, menaçant les habitants de la maison de représailles lors de leur prochain tour aux toilettes dans la cour! Israel fut obligé d’accepter la date. Il y eu 4 réunions, pas moins, et les minutes de la discussion s’étalèrent sur 36 pages!
Evidemment Israel fut condamné pour avoir violé l’accord d’armistice. Mais curieusement, jugeant sans doute du ridicule de l’affaire, la Commission autorisa la famille à garder sa salle de bain toute neuve et protégée des tireurs jordaniens.

Pendant ces 19 années, les Yerushalmim montaient parfois sur le toit du couvent Notre Dame pour voir au loin la ville dont ils étaient privés.

(Vue sur la vieille ville depuis le monastère Notre Dame de France)

Parmi eux, le père de Meir Shalev, Ytshak Shalev qui écrivit ce poème ירושלים דהשתא  (yerushalayim dehashta), Jerusalem de nos jours. Il ne peut ni aller au Kotel, ni dans la vallée du Hinnom, ni non plus au cimetière du Mont des Oliviers, ou au  tombeau du roi David… Il termine la dernière strophe par ces mots: L’année prochaine dans Tsion réunifiée, l’année prochaine dans le Beit Hamikdash

לשנה הבאה בציון השלמה
לשנה הבאה – במקדש!

 

Ce fut ainsi pendant 19 ans…Alors, tous ceux qui nous expliquent que la guerre des 6 jours a apporté le terrorisme en Israel, et en particulier à Jerusalem font preuve d’une redoutable cécité. Il n’y a jamais eu de répit pendant ces 19 ans mais au contraire des dizaines d’attentats.

Pour terminer cet article, je voudrais vous faire écouter l’interview de Claire Lévy, 92 ans, qui raconte simplement et clairement comment elle vécut la guerre des 6 jours


(interview conduite et enregistrée par le studio Qualita de Jerusalem)

Claire Levy mentionne la chanson )Nעל פיסגת הר הצופים (Meal Pisgat Har Hatsofim) qui la fit pleurer. La voici interprétée par un Eliran Landau:

A bientôt,

*Yerushalayim shel zahav:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*Nous les Yerushalmim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Les frontières avec la Jordanie datent du traité de paix signé en 1994. Dans ce traite, la Jordanie refuse la Judée et la Samarie que les Israéliens étaient malheureusement prêts à lui rendre

*Har Hatsofim ou Mont Scopus était une enclave israélienne constamment attaquée par l’armée jordanienne

*Les attentats commis par l’armée jordanienne depuis 1967: une cinquantaine de tirs, 74 morts et 500 blessés. Et c’est sans compter tous ceux que cette même armée a commis le long de la frontière

Les vétérans

 

Le 9 mai, la Russie fête officiellement sa victoire contre l’Allemagne nazie.
Depuis longtemps, cette date est devenue de plus en plus importante pour de nombreux israéliens et chaque année, de nombreux vétérans de la deuxième guerre mondiale défilent, accompagnés de leur famille.

(A ‘Haifa, grand-père et petite fille – Photo Davar 1)

Cette année, aucun n’a pu défiler. Leurs témoignages personnels ont été transmis par le logiciel Zoom, comme cela s’est passé il y a un mois pour le Yom Hashoah*.

(Rivka Zantchinko, originaire d’Ukraine, pose avec ses nombreuses médailles dans son
appartement à Ashkelon. Elle a immigré en Israel en 1991: « J’ai reçu ces médailles en tant
qu’infirmière militaire combattante, moi une fille de 16 ans avec des tresses. » (Photo Davar1)

Comme le raconte la vidéo ci-dessous:

« Quand on enseigne la deuxième guerre mondiale en Israel, on parle essentiellement de la Shoah. Ce vétéran explique:
On a trop souvent présenté les Juifs comme des gens faibles, sans moyen de défense et on a relégué à l’arrière plan les combattants. Ce musée- le musée du combattant juif pendant la deuxième guerre mondiale– a été édifié en 2006 pour montrer au monde que dans toutes les armées combattant le nazisme, les Juifs étaient présents* et souvent en première ligne: 1 500 000 Juifs ont combattu, pas seulement comme soldats de leurs pays respectifs mais aussi pour dire: nous sommes là!* Vous voulez nous exterminer? Pas question. Ce musée est là pour faire ressortir cette âme juive combattante, au delà de tous les uniformes.
Dans les années 1990, il  y avait 30 000 vétérans en Israel, il en reste 5000. La plupart viennent de l’ex union soviétique. Ils sont âgés de plus de 90 ans. Ce musée présente l’histoire personnelle de tous les soldats qui y sont inscrits. C’est le centre mondial de l’héroïsme des soldats juifs. Ce musée n’est pas pour nous mais pour nos petits enfants. Chaque enfant israélien visite ce musée comme il visite Yad Vashem, il entend les histoires personnelles de ses grands-parents. Nous sommes maintenant à la quatrième voire cinquième génération après la 2 ème guerre mondiale. Nous devons transmettre absolument à nos descendants ce que nous avons vécu. »

Le musée du soldat juif* concerne tous les soldats juifs qui ont combattu pendant la 2 ème guerre mondiale. Il présente non seulement des films, des interviews, la possibilité de rechercher le nom d’un soldat ou d’en rajouter un par une feuille de témoignage comme à Yad Vashem, mais aussi d’écouter les chansons d’espoir ou de tristesse qui nous font toucher au mieux ce que fut leur vie. De nombreux chants ont été traduit en hébreu et font déjà partie du répertoire populaire comme Katioucha

ou celui-ci, Le bleu du foulard, qu’a repris Arik Einstein:

Mais comme cette année, le sujet de toutes les conversation est le corona, je dois vous raconter comment les Juifs des Montagnes ont utilisé la peur des épidémies qui terrifiaient l’armée allemande.

En juillet 1942, l’armée allemande conquiert des territoires dans le Caucase du Nord et comme partout, assassinent les Juifs dans de nombreux villages qui se vident entièrement de leur population juive.
Dans la ville de Naltchik, le commandement SS enjoint les Juifs de se déclarer auprès du commandement nazi. Comment refuser? Sur les cartes d’identité soviétiques, le point 5* indique le groupe ethnique. Les dirigeants communautaires conduits par Merkel Shaviev, la famille Shaulov et la famille Iperaimov déclarent alors au Commandant SS avec une vraie חוצפה (‘houtzpa ou audace)* juive:
« Nous n’avons rien en commun avec les Juifs. C’est vrai nous judaïsons un peu(!) mais racialement, nous sommes complètements différents, nous sommes caucasiens, nous appartenons au groupe Tat (groupe d’origine iranienne),apparentés aux Tcherkesses* musulmans: nous avons  le même mode de vie, les mêmes vêtements traditionnels, la même cuisine etc… »
Et ils retirent de leurs maison tout ce qui pourrait être compromettant.


Les SS sont perplexes. Les dirigeants nazis sont alliés au grand mufti de Jerusalem et l’armée a reçu l’ordre de ménager les populations musulmanes alors si ces Tat ne sont pas de race juive…
Les SS demandent alors à Berlin d’étudier ce groupe très sérieusement ce qui se fait dans un institut dirigé par le département des affaires raciales du parti nazi. Tout sera examiné: la langue, les vêtements, les coutumes, les symboles religieux des montagnards…

Pour plus de sûreté, les Juifs regroupent alors les objets de cultes, les livres de prière dans des cercueils où ils ont déjà déposé les rouleaux de la Thora. Le grand rabbin Nakhmiel Amirov les enterre alors en grande cérémonie, un par un, en passant en procession tout près du quartier général nazi. Officiellement, dans les cercueils se trouvent les corps de malades d’une épidémie qui s’étend de plus en plus dans la communauté Tat.
Par peur d’être contaminés les SS se retirent de la ville de Naltchik..

(La ville de Naltchik aujourd’hui)

Heureusement, la défaite allemande à Stalingrad quelques mois plus tard obligera les Allemands à retirer leurs troupes du Caucase.


(Les Juifs des montagnes habitaient le plus souvent dans les montagnes de plusieurs républiques du Caucase en particulier au Daghestan et en Azerbaidjan.)

La première fois que j’ai entendu cette histoire elle me fut contée par  Henryk Maschler, médecin ophtalmologue à Tel Aviv. Il avait séjourné parmi les Juifs tat lors d’un long périple qui l’avait mené de sa Pologne natale jusqu’au Caucase en fuyant devant l’avance nazie. Apres avoir grandi en yiddish, polonais et allemand, il avait dû, dans sa fuite vers l’est, apprendre le russe, l’ukrainien et le tat, ne devant souvent son salut qu’au fait qu’il était médecin. En 1945, réfugié à Göteborg, il avait même appris le suédois et puis, entendant quelque Suédois le traiter de sale juif, il avait décidé que ça suffisait et avait rejoint Israel où il avait appris l’hébreu!

Et comme on ne peut pas oublier l’épidémie présente, voici une vidéo filmée à l’hôpital Shaarei Tsedek de Jerusalem il y a quelques jours. Les soignants de l’hôpital dansent de joie: ils viennent d’apprendre que le département destiné à recevoir les malade atteints par le covid 19 va fermer… Faute de patients!
C’est le troisième hôpital israélien dans ce cas:

 

A bientôt,

*Yom Hashoah:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/zikaron-basalon/

*Les combattants juifs contre le nazisme:
https://www.ami-universite-telaviv.com/index.php/2013-05-26-08-41-51/conseil-des-gouverneurs/584-honorer-les-heros-juifs-les-combattants-juifs-de-la-seconde-guerre-mondiale-a-l-universite-de-tel-aviv

*Nous sommes là: wir seinen do, termine le chant du partisans du ghetto de Vilno, Ne dit jamais c’est ton dernier chemin…

*Musée du soldat juif:
http://www.jwmww2.org/en

*Les Tcherkesses:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/22/les-tcherkessim/

*Le point 5: toutes les cartes d’identité de l’Union Soviétique comportaient un point (ou ligne) 5 indiquant l’ethnie. Les Soviétiques étaient indiqués comme provenant des ethnies russes, ukrainiens, géorgiens, arméniens, tchétchènes, juifs…Il était impossible de changer son ethnie sauf en payant parfois un bon bakchich

*’Houtzpa: très mal traduit par culot. C’est l’étincelle qui jaillit quand tu dois prendre la décision qui te permettra de rester en vie.

*Juifs des montagnes en Israel:
https://en.wikipedia.org/wiki/Mountain_Jews_in_Israel

*

La naissance d’une nation: De Yom Hazikaron à Yom Haatsmaout 2020

Ce soir la sirène retentira à huit heures pour le début du Yom Hazikaron, ou jour du Souvenir.

yom-zikaron

Ce jour n’est pas un jour de deuil à proprement parler. Comme le dit Myriam Peretz qui a perdu deux de ses fils au combat: Mon deuil est quotidien, le jour de Yom Hazikaron est pour nous un moment où le peuple tout entier me dit qu’il n’a pas oublié ceux qui lui ont permis de vivre librement et de célébrer son indépendance.

Chaque fois que j’y pense, je me dis que logiquement nous n’aurions pas du gagner cette guerre d’indépendance qui nous a redonné notre patrie.
Cette guerre couvait déjà depuis plus de vingt ans, vingt ans d’attaques terroristes et de guérillas menées par les Arabes dont certains deviendront israéliens ! Elle a été menée dans des conditions extrêmes, presque sans moyens matériels et peu de soldats expérimentés.
Mais elle débuta dès la reconnaissance de l’état d’Israel par l’ONU*, le 29 novembre 1947. Israël fut immédiatement attaqué par un certain nombre d’armées arabes régulières dont celle de la Jaysh al Jihad al Muqqaddas, armée de la Guerre Sainte, fondée par le Grand Mufti de Jerusalem et grosse de 4000 hommes, terroristes locaux ou mercenaires européens (anciens SS bosniaques, anciens de la Wehmarcht et des Einzatsgruppen, déserteurs britanniques et de nombreux Frères Musulmans).

(L’un des plus jeunes soldats ELisha Ben David (fils d’Esther et de Tsvi), tombé à 12 ans pendant le siège de Jerusalem)

La communauté juive semble perdue et sans espoir. L’évaluation réelle faite par les pays occidentaux était qu’Israël, qui venait juste d’être établi, serait vaincu en quelques semaines. Comme l’a dit le secrétaire d’État américain George Marshall à Moses Sharett*, sur la base des estimations de la CIA et des renseignements américains: « Vous vous trouvez sur la bande côtière, les Arabes contrôlent les crêtes. Je sais que vous avez des armes et la défense, mais les Arabes ont des armées régulières, bien entraînées et des armes lourdes. Comment pouvez-vous espérer durer? « 

Et bien nous avons gagné, et nous avons gagné les suivantes grâce à tous ces soldats que l’on honore en ce jour…
la guerre d’indépendance, nous l’avons aussi gagnée grâce à la lucidité de David ben Gourion qui avait prévu bien avant 1948 ce qui allait se passer. Il savait que nos forces seraient faibles et mal équipées.  Lors d’une réunion avec l’exécutif sioniste il avait en effet déclaré, dès 1947:
« Face à une attaque armée des Arabes, il ne peut y avoir qu’une décision de force, une décision militaire juive »… Nous nous trouvons devant les successeurs et héritiers d’Hitler qui ne connaissent qu’une seule manière pour résoudre le problème juif: l’extermination! L’anéantissement total! Et c’est à cela que nous devons nous préparer! »

Dix ans plus tard, en 1958, il écrira:
« La guerre qui a permis l’indépendance d’Israel, n’est pas le chapitre final de notre histoire: la guerre pour l’indépendance est un tournant dans l’histoire d’Israel autant que la guerre de Yoshua bin Noun* ou la guerre des Makabim* – C’est un premier chapitre d’une nouvelle ère dans l’histoire de notre patrie et de nation nation. צבא הגנה לישראל (Tsva Haganah leIsrael), Tsahal, n’est pas la continuité de la Hagana* (defense) mais elle est le renouveau de la souveraineté du pouvoir hébraïque et ceci depuis l’époque ou régnaient nos rois… »
C’est pour cela, c’est pour lier intimement le deuil à la joie et le sacrifice de nos soldats à notre indépendance,  qu’en 1951, Ben Gourion  décréta que seraient honorés tous ceux qui sont tombés pour le pays, le 4 du mois de Iyar, la veille du jour de l’Indépendance.

Mais nous ne restons pas figés dans le passé et l’héroïsme. Nous savons aussi quelle souffrance cette lutte permanente a causé et cause encore. C’est pourquoi, nous nous tournons aussi vers les familles endeuillées, les familles des soldats morts au combat mais aussi celles des victimes de terroristes dignes héritiers des nazis.
Certains soldats sont morts au combat, d’autres quelques années plus tard dans un hôpital. Certains survivent difficilement et leurs blessures ne sont pas toujours visibles. Ces soldats souffrent du syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Leurs familles sont également touchées. Voici ce qu’écrit une épouse:
« Etre la femme d’un combattant brisé c’est le savoir réveillé la nuit, toujours prêt, empêchant son corps de s’assoupir pour ne pas s’écrouler.

Etre la femme d’un combattant brisé, c’est le voir agir à l’extérieur mais se désagréger à la maison et toi, tu es à la maison… C’est aussi s’endormir avec ses clés de voitures sous l’oreiller pour être plus sûre… Et paniquer quand il ne répond pas au téléphone parce que tu as peur qu’il cède cette fois… C’est éviter les endroits bruyants et surpeuplés, rester à l’écart et se taire, se rétrécir. Faire constamment attention à lui, et si tu sors avec lui, s’assurer qu’il est toujours assis le dos au mur, qu’il se sent contrôler  la situation, qui a déjà prévu une possibilité d »attaque et d’évasion au cas où… Et savoir que seulement lorsque tu t’assiéras avec lui, il pourra se détendre un peu…

Être la femme d’un combattant brisé, c’est savoir vivre seule, aller dormir seule, se lever seule, se réjouir ou être triste seule, élever des enfants seules, organiser des événements seule  parce qu’il vient de disparaître. Peur de faire partie, peur de ressentir quelque chose. Ressentir qu’il n’est pas là, même s’il est présent techniquement..

Être une femme de combattant brisé, c’est marcher sur des œufs toute la journée parce que tu ne sais pas ce qui déclenchera à nouveau son traumatisme. L’odeur brûlée du grille-pain, les cris des enfants, la maison du voisin, les bruits d’entraînement de la base à côté …
Car c’est ainsi, il est toujours au cœur du combat, attaqué en permanence, s’il s’arrête, il mourra… Et toi, tu dois l’arrêter, le calmer, lécher ses blessures et réparer le chaos…
Tu dois supporter le regard des gens qui ne comprennent pas que tu restes et que tu choisisses d’avoir un autre enfant car ils ne savent pas qu’il n’a toujours été comme ça, et que nous nous accrochons à la vie…
Tu dois expliquer aux enfants encore et encore que c’est lui et pas eux, qu’ils sont magnifiques et qu’il deviendront des adultes forts, sensibles et capables de faire face…


Etre femme d’un combattant brisé c’est aussi partager un moment de bonheur avec lui, partager la nuit où il a réussi à éviter une crise incontrôlable: un moment de victoire, lui dis-tu, en écoutant,  pleurant et tellement fière.

Être une femme d’un combattant brisé, c’est se rendre compte que vous ne vous aimerez, ne vous étreindrez ou ne vous caresserez probablement jamais parce que vous vivez avec un handicapé qui n’est plus capable d’aimer: son regard reste indifférent et creux même lorsque tu t’effondres ou que tu rêves  de lui. Alors tu écoutes en boucle le chant de Yishai Ribboh, Mon cœur est brisé, et tu es persuadée qu’il l’a écrit pour toi, parce que ton cœur est brisé…



Parfois, la personne la plus proche de toi est l’infirmière qui demande comment s’est passée la semaine, ou ta voisine à l’instant fugace où tu passes du sucre par dessus la barrière…

Tu l’as perdu sur le champ de bataille et tu le perds encore et encore  chaque fois que tu espères qu’il ira mieux et qu’il se brise à nouveau. Tu te demandes s’il faut pleurer ce qu’il était alors qu’il se tient devant toi…
Certes il n’est pas mort sur le champ de bataille mais il a été condamné à mourir à petit feu dans la misère et l’angoisse… » (d’après
Revital Witelsohn- Yaakobs)

(Makor Rishon, dessin de Noa Kellner)


De nombreuses familles vivent ainsi: 4600 invalides de Tsahal souffrent de troubles de stress post-traumatique ainsi que de nombreux civils victimes d’attentats. Pensez que lorsque vous entendez aux informations- il n’y a pas de blessés, seulement quelques personnes en état de choc- cela signifie en fait qu’il y a des blessés qui doivent être traités à l’hôpital et parfois pendant des années. Le trouble de post-traumatique souvent banalisé en « état de choc » est une vraie blessure et il est parfois très difficile d’en guérir.
Alors maintenant, alors que nous entrons dans ces jours de tant de fierté nationale, de souvenirs et de retrouvailles, souvenons-nous également des victimes transparentes*. Ce sont elles aussi elles qui portent le drapeau.

 

Ce soir, nous allumerons une bougie en mémoire de Tsvi Sharon:

tzvi sharon

 

A bientôt,

*Yom Hazikaron: Le nom complet est יום הזיכרון לחללי מערכות ישראל  (yom hazikaron le’halalei maarakhot Israel)
Quelques articles sur Yom Hazikaron:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/05/07/yom-hazikaron-%d7%99%d7%95%d7%9d-%d7%94%d7%96%d7%99%d7%9b%d7%a8%d7%95%d7%9f-2019/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/04/16/yom-hazikaron-2018/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/

Moshe Sharett:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mosh%C3%A9_Sharett

 

*La Jaysh al-Jihad al-Muqaddas est active principalement dans le siège de Jérusalem en attaquant les convois de ravitaillement en provenance de Tel-Aviv ainsi que dans le siège des implantations juives du Néguev.

*Les victimes de desordre post traumatique (post-trauma disorder ou PTSD):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/04/15/nos-soldats-ne-prennent-pas-de-vacances/
https://www.natal.org.il/en/about-us/

La Mimouna

Couvre-feu sur Jerusalem jusqu’à ce soir, ceci pour éviter notre transhumance habituelle des jours de fête ainsi que les traditionnels pique-niques de la Mimouna.

La Mimouna est une coutume des Juifs du Maroc qui clôture la fin de la semaine de Pessah par un festin de gâteaux et de crêpes. Mais ce n’est pas qu’un festin. Sur la table sont présents un certain nombre de mets symbolisant la fertilité et l’abondance: un bol de farine blanche et de gousses de fèves, un cône de sucre, des tiges de blé et d’autres plantes vertes, du yaourt, un poisson, du lait et du beurre et parfois même des bijoux ou des pièces d’or.


Ici, c’est devenu une fête quasiment nationale et les personnalités politiques ou autres passent d’un gâteau à une crêpe tout en se faisant photographier.

(ici Ofer Akounis, le ministre des Sciences)

J’écris crêpe mais en fait, ce ne sont pas des crêpes classiques mais des mofletas ou territes comme on dit dans la zone espagnole du Maroc. Elles sont préparées simplement avec de la farine, un peu de sel et de l’eau, sans ajout de lait. En voici la recette dans cette vidéo:

Sur la photo ci-dessous, des plateaux de mofletot pour les soldats stationnés au kibboutz Na’hal Oz.

Personne ne sait vraiment d’ou vient le mot Mimouna. Pour certains, il s’agit d’une coutume honorant le père de Moshe ben Maimon (Maimonide), mort à Fez le dernier jour de Pessa’h.
Pour d’autres, le mot viendrait de Mouna, pain parfumé à l’eau de fleur d’oranger que les chrétiens espagnols  dégustaient le jour de Pâques et les Juifs, tout aussi gourmands, le lendemain de Pessa’h.
Les Juifs l’auraient tellement apprécié qu’ils en auraient emporté la recette au Maroc après l’expulsion de l’année 1492.
Pour d’autres encore, Mimouna viendrait du mot mimoun qui en judeo-arabe veut dire chance et qui était d’ailleurs devenu un prénom assez courant.
Enfin certains parlent de la déesse Lalla Mimouna, vénérée par la tribu des Gnawa malgré l’islamisation forcée des berbères marocains…
Un reste de superstition païenne chez nous? J’espère que je ne choque personne mais lisez le Tanakh et vous verrez combien nous avons souvent lorgné chez nos voisins!
Quoi qu’il en soit, le soir de la Mimouna, chacun souhaite une bonne chance à ses amis en judeo-arabe: Terba’h, en hébreu תרוויח (tarvia’h), que tu gagnes!

Cette année, vu la situation, la Mimouna est très modeste, sans invités, mais beaucoup préparent  les traditionnels gâteaux et les célèbres  mofletas pour les offrir à leurs voisins de palier, déposant sagement le plateau devant leur porte et dès hier soir, les concerts de rue se sont multipliées un peu partout comme ici, à Yokneam, près de ‘Haifa) certains sont même sortis sans masque… Ah les Juifs!:

Portez-vous bien,

A bientôt

La nuit du seder

 

Cette fois ça y est: nous sommes cloîtrés chez nous jusqu’à vendredi matin.
Depuis hier, tous les journalistes reprennent cette phrase: cette année ליל הסדר (leil haseder) sera  ליל הסגר (leil haseguer): La nuit du seder sera la nuit de l’enfermement.
Comme nos ancêtres, il y a 3500 ans, nous resterons chez nous, laissant l’ange de la mort roder à l’extérieur. La famille, les amis avec qui nous fêtons notre libération de l’esclavage égyptien, seront absents de notre table…
Mais prenez courage! Je voudrais vous faire lire ce qu’écrivait l’historien Ben Tsion Netanyahou* en 1941, en une période autrement plus tragique pour nous  où sévissait un ennemi autrement plus terrifiant:
« Depuis des siècles et des générations, nous nous sommes réunis dans nos maisons les première et deuxième soirées de la Pâque pour commémorer la libération de nos ancêtres de l’esclavage en Égypte. Des milliers d’années se sont écoulées depuis. L’esclavage, les haines et les persécutions nouvelles nous ont suivi jusqu’au du monde. Nous avons été déracinés de la Judée libre et indépendante pour être des esclaves à l’ombre de l’Arc de Titus à Rome. Nous avons été brûlés sur les bûchers de l’Inquisition espagnole, les cosaques de Bogdan Chmelnitzky nous ont massacrés en Ukraine. Les antisémites prussiens se sont moqués de nous dans les ghettos allemands. Les pogromistes russes ont versé notre sang. Les effendis arabes  ont proclamé une guerre sainte contre nous. Hitler et Mussolini ont décidé de notre extermination.
Pourtant, à travers les océans de sang, notre sang, à travers les océans de larmes; détestés, persécutés, battus, errants et sans-abri, nous nous réunissons au Seder de Pâque pour remercier Dieu pour notre libération d’Egypte, et pour exprimer une fois de plus l’espoir: הָשַׁתָּא עַבְדֵי, לְשָׁנָה הַבָּאָה בְּנֵי חוֹרִין (Hashata avdei, leshana habaah bnei-chorin), cette année, nous sommes encore des esclaves – l’année prochaine, nous serons des hommes libres. »
Nous gardons espoir. Nous sommes une grande nation. Seule une nation de notre force spirituelle a pu traverser des siècles de souffrances sans précédent, en gardant son âme toujours vivante, toujours en train de lutter pour la liberté. L’année prochaine, nous serons des hommes libres.  »

Quand on lit le texte ci dessus, on remet les choses en proportion. Nous sommes, pour la plupart, seulement enfermés chez nous.
En attendant, voici de multiples propositions pour passer un seder presque en famille. Tout d’abord utiliser le logiciel Zoom. Et dire qu’il y a peu je ne connaissais pas Zoom!
Ensuite, ouvrez simplement la porte de votre appartement, ouvrez les fenêtres et sortez sur le balcon, vos voisins feront de même, vous pourrez lire la Haggadah et chanter ensemble. Ça marche déjà bien pour les prières et les chants de Shabbat alors pourquoi pas pour le seder?

Si ce n’est pas possible, l’orchestre philharmonique d’Israel vous a préparé un pot-pourri des chants de la Haggadah:

Et si le seder ne vous tente pas, voici une vidéo humoristique des solistes de l’opéra d’Israel

A la maison je chante seule, sans ténor, sans orchestre sans personne, rien ne me manque, ni  scène, ni piano, ni public, dehors le soleil brille, je peux chanter sous la douche… a la maison je chante en duo avec le frigo…cette fois j’ai déjà bu les 4 verres et lu les questions, ne me demandez pas ce qui a change cette année,

Cette fois, il s’agit d’un ennemi qui s’attaque à la planète entière. Il sera vaincu comme bien d’autres l’ont été avant lui. Il a au moins un mérite, celui de créer une solidarité extraordinaire, nous nous rapprochons virtuellement les uns des autres, nous nous entraidons. Je ne sais combien de volontaires sillonnent le pays pour aider les personnes isolées, faire leurs courses, leur cuisiner des repas pour la fête, leur apporter des médicaments. Nous avons reçu de nombreux coups de téléphone de la mairie, d’associations que nous ne connaissions pas pour savoir si nous allons bien, si nous gardons le moral, une jeune femme m’a été envoyée par la pharmacie pour que je reçoive les médicaments dont j’ai besoin…
Ce soir, nous retrouverons les voisins, chaque famille sur son toit, pour nous souhaiter לחיים (le’haim), a la vie…


(comme vous le voyez, les toits de notre quartier sont plats)

Portez vous bien,

חג פסח שמח

A bientôt,

 

*Ben Tsion Netanyahou est le père de Bibi

 

Si vous avez envie d’écouter des piyutim trditionnels:
https://web.nli.org.il/sites/nlis/he/song/Pages/passover.aspx?utm_source=facebook_content_he&utm_medium=cpc&utm_campaign=passover_2020&fbclid=IwAR3YtPRHxZSEN9Z5E2SvZAl7ElynNAYpn5bzZJWdMCR_WtyhoFCiqjQJWDg

Shabbat shalom

Le printemps montre son nez après un hiver long et pluvieux, ce qui pour nous est une bénédiction.
Mais les nouvelles sont sinistres, comment lutter?

Voici quelques photos d’Israel en ce début de printemps encore timide cette année:

Le Mont ‘Hermon:

 

(Photo prise cette semaine par Avi Ebert) 

La Galilée verdoyante:

Là aussi:

Et encore:

J’ai trouvé ces deux photos du même yishuv dans la vallée du Jourdain, au crépuscule et au lever du soleil:

(photo Avi Zaidel)

Le désert du Neguev en fleurs:


(photos Tsur Mutzeri)

 

 

Ces jours, des volontaires partent aider les agriculteurs. Ici la récolte des clémentines:

 

Les tourterelles sont revenues comme tous les printemps nicher sur la lanterne de notre porche…

Nous sommes tous loin de ceux que nous aimons. Heureusement le téléphone, internet, les nouvelles applications comme Zoom nous aident à surmonter, nous y arriverons, nous nous en sortirons…
Cette semaine, grâce à Zoom, nous avons pu suivre virtuellement la Brit Mila émouvante d’Ari ben Andreï et Auria*: les jeunes parents étaient tous seuls avec le rav mais nous avons pu leur crier de loin Mazal Tov

Mazal Tov Ari, mazal tov à ses parents et grands parents

 

Ma fille vient de m’envoyer une chanson d’Idan Reichel:

 

יום אחד זה יקרה
בלי שנרגיש, משהו ישתנה
משהו ירגע בנו, משהו יגע בנו
ולא יהיה ממה לחשוש.

Un jour, ça arrivera…
Sans que nous le sentions, quelque chose va changer
Quelque chose nous calmera, quelque chose nous touchera
Et il n’y aura rien à craindre.

שבת שלוםת

Et je rajoute une photo qui ne passe pas dans son commentaire:

pensees 2020

Un nouveau pied de pensées dans son jardin!

Passez un bon shabbat, et portez-vous bien,
A bientôt,

 

*Andreï et Auria:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/08/25/le-devoir-avant-tout/