Etre chrétien au Moyen Orient

Ici au Moyen-Orient, la composante religieuse est une partie intégrante de l’identité au même titre que la nationalité ou l’ethnicité. Il n’est pas nécessaire de croire en quelque chose pour se déclarer  musulman, chrétien ou juif.
Mais comme vous le savez, l’identité musulmane essaye de s’imposer par la force depuis déjà un bon nombre d’année et bien avant l’apparition de Daesh et les révolutions arabes.
En effet, dès que l’empire ottoman commença à se désagréger de tous cotés et que des populations non musulmanes ou même non turques commencèrent à se rebeller, la répression fut féroce. Le nouveau sultan Erdogan a d’ailleurs la nostalgie de cette époque.
Dans le monde arabe en devenir de cette fin du 19 ème siècle, le même scénario se joua contre les chrétiens qui, pour survivre, se déclarèrent plus arabes que les arabes, furent souvent les fers de lance du nationalisme arabe, demandant simplement qu’on les laisse vivre dans leur dhimmitude chrétienne. Les juifs eux choisirent le retour sur leur terre et leur indépendance grâce au sionisme politique.
Les chrétiens eurent droit à un siècle de répit mais comme vous le savez, ce répit n’est plus de mise.
Non seulement persécutés,mais aussi parfois massacrés, les chrétiens fuient le Moyen Orient:

– En Irak, sous le régime de Saddam Hussein, il y avait entre 800 000 et un million de Chrétiens. Leur nombre est aujourd’hui estimé à 300 000. Depuis 2014, des centaines ont été tués rien qu’à Mossul par Daesh. Ceux qui le peuvent s’enfuient, la plupart vers le Kurdistan. Le patriarche chaldéen, Louis Raphael Sako  a donné une interview à l’AFP expliquant que dans les villages, non seulement les maisons ont été touchées et détruites mais aussi les infrastructures et que les populations déboussolés ne savent plus comment se protéger. Il les exhorte à s’engager dans l’armée (pourtant chiite) ou dans les groupes de combattants peshmerga kurdes car les milices, dit-il, c’est l’anarchie.
Le problème de ces gens explique Wadia Abu Nasser, conseiller de l’église catholique irakienne, est de savoir où et comment fuir, s’il faut laisser tout ce qu’il possèdent derrière eux ou se fier à un mince espoir que peut-être la vague passera au-dessus de leur tête sans les toucher.
C’est un dilemme que toutes les familles juives ont connu*.

– En Syrie, avant  le début de la guerre civile, il y avait 600 000 à 700 000 chrétiens. Aujourd’hui, il n’en reste qu’environ 200 000 à 300 000. Ils ont été tués dans les combats, ou bombardement sans rapport avec leur foi mais ils l’ont été aussi dans de nombreux cas parce qu’ils étaient chrétiens.
Je me souviens avoir rencontré, il y a 20 ans environ, une jeune femme araméenne de Syrie, réfugiée en France, qui venait d’un village arabisé et islamisé de force par Hafez el Assad alors qu’officiellement il n’y avait pas de persécutions anti-chrétiennes à ce moment là en Syrie. Les chrétiens syriens ont entre leurs mains les mêmes options que les chrétiens irakiens: soit s’enfuir vers les territoires kurdes, soit quitter le Moyen-Orient s’ils obtiennent un visa.

– En Egypte, le dernier attentat contre les coptes a été le plus sanglant mais la persécution n’est pas nouvelle. Depuis toujours, les coptes vivent dans la soumission totale, ce qui n’empêche ni les assassinats, les viols, enlèvements et les conversions forcées. Ils sont un peu moins de 10 pour cent de la population égyptienne. Même si le régime actuel combat les Frères Musulmans, il n’en reste pas moins que dans la population un sentiment anti-copte est vivace et que les conversions forcées étant reconnues par la loi islamique, les familles ne retrouvent jamais celui ou celle qu’elles ont perdu.

– Au Liban la situation a l’air plus calme et le pays plus serein. Tout d’abord, un quart de la population est chrétienne. Les chrétiens libanais semblent vivre normalement ces dernières années mais le pays est divisé en 4 factions (pour le moins!) qui s’observent: les chrétiens , les musulmans sunnites, les musulmans chiites et les druzes. L’un des hommes forts de ce pays est le patriarche maronite Bishara al-Ra’is, qui, comme le patriarche copte égyptien, est venu en visite en Israel. Le problème au Liban, explique le conseiller de l’Eglise catholique à Jérusalem, ce sont les politiciens eux-mêmes chrétiens… qui n’ont pas de respect pour le patriarche maronite… Aujourd’hui, il y a déjà plus de chrétiens vivant à l’extérieur du Liban qu’au Liban», dit Wadia Abu Nasser. Il souligne également que, bien que nombre de chrétiens sont à des postes clés dans la politique, tout le monde sait qui en fait gouverne le pays: le ‘Hezbollah… S’il y avait aujourd’hui des élections démocratiques les chrétiens seraient en mauvaise posture.
Il ne fait que souligner une réalité que l’Occident ne veut pas voir: si les postes de Président, de Ministre de la Défense sont toujours réservés aux chrétiens, l’armée est en grande partie aux mains des chiites et le président Michel Aoun, pourtant chrétien, a choisit le camp chiite et donc le ‘Hezbollah. Que sera le futur des Chrétiens libanais? Le député chrétien Salim Sahlab est quant à lui très pessimiste: si en Irak, l’armée américaine qui était là bas depuis 2003 n’a pas pu protéger les chrétiens irakiens alors…

– En Jordanie, le nombre de chrétiens a augmenté depuis les guerres en Irak et en Syrie. Ils sont maintenant environ 500 000. Le gouvernement les laisse tranquilles. Le roi Abdallah a même envoyé un message de condoléances à la famille du journaliste chrétien Christian Nahed assassiné en septembre dernier. Cela dit, la vie des réfugiés chrétiens est un cauchemar dans les camps de réfugiés établis sur la frontière syrienne où la majorité est musulmane sunnite et est en partie inféodée à un islam radical.

– Et les Palestiniens?
Ceux qui vient dans la bande de Gaza sont la proie des islamistes du ‘Hamas. Raymond Ibrahim, observateur des médias en langue arabe témoigne ainsi : Parfois, nous entendons qu’une librairie a été bombardée ou qu’il y a eu des agressions sur les chrétiens ou les églises. D’autres fois, nous entendons parler de l’enlèvement de chrétiens et des contraintes exercées sur eux pour embrasser la religion de Mahomet. Ceci a été confirmé par le patriarche Monseigneur Alexios qui a présenté une pétition au gouverneur de la régions Ismail Haniye, mais en vain. De 5000 en 2006, leur nombre est tombé à environ un millier.
Ceux qui vivent en Judée ou en Samarie sous le  contrôle de l’Autorité Palestinienne ne sont pas non plus à la fête: Bethlehem et les villages environnants étaient à 90 % chrétiens. En 1995 à la suite des accords d’Oslo, la ville passa aux mains de l’Autorité Palestinienne, les chrétiens ne représentent plus maintenant que 12% de la population.
Des milliers de visiteurs insouciants venus du monde entier prennent des selfies sur la place de la mangeoire, se précipitent dans la basilique avec leurs caméras et  assaillent les boutiques de souvenirs le jour de Noel.

noel-bethlehem-2

(le soir de Noel à Bethlehem)

Malgré les efforts de l’Autorité palestinienne pour présenter un visage acceptable dans son entreprise de séduction de la gauche occidentale, la réalité quotidienne des chrétiens est bien plus amère. Si on ne parle pas de conversions forcées, les chrétiens sont souvent écartés des postes à responsabilité et donc de la manne distribuée par Ramallah à ses sbires. La nouvelle maire de Bethlehem Vera Baboun est une exception: c’est une femme, chrétienne, issue d’une famille de notables inféodée au Fata’h*.
Qusmieh de Beth Sahour, dont toute la famille a émigré aux USA, reçoit régulièrement des menaces de mort et a été la cible d’un cocktail Molotov parce qu’il veut parler franchement
: Officiellement, les lois sont les mêmes pour les chrétiens et les musulmans mais nous souffrons d’un racisme endémiqueIl commence dans les familles mais est officialisé dans les écoles et  les prêches des imam du vendredi,  la mention ‘chrétien » sur un curriculum vitae est négative… 

noel-bethlehem

(Noel à Bethlehem: les passantes ne sont pas chrétiennes)

Pour le moment, étant en général assez éduqués, les chrétiens préfèrent partir vers des cieux plus cléments comme le font ceux de Beit Jala à côté de chez moi. Il faut dire qu’à Beth Jala, les chrétiens ont été utilisés comme boucliers humains pendant l’intifada par le Fatah, leurs appartements ont été occupés de force et c’est ainsi que Beth Jala est devenue non pas judenrein mais pratiquement christianrein.

Et chez nous en Israel? Eh bien, c’est le seul endroit au Moyen Orient où la population chrétienne reste stable et même grandit par accroissement naturel.
En Israel, comme dans le reste du Moyen-Orient, les chrétiens ont généralement un haut niveau d’éducation. Ils envoient leurs enfants soit dans des écoles chrétiennes  soit dans les écoles laïques . La plupart habite à Jerusalem, à Yafo, à Haifa 

noel-haifa

(Noel à ‘Haifa)

ou Nazareth.

noel-a-nazareth(Noel à Nazareth)

Bien que dispensés comme les israéliens musulmans du service militaire obligatoire, ils sont de plus en plus nombreux à s’enrôler volontairement comme Elinor Joseph.

caporale-elinor-josef

ou comme Mona Lisa de ‘Haifa*.

De plus, sous l’égide du père Gabriel Naddaf*,  ils commencent à refuser leur appellation arabes chrétiens pour reprendre leur identité d’origine, celle d’araméens chrétiens.
Le père Gabriel Naddaf, qui a allumé une torche lors de la cérémonie de Yom Haatsmaout a dû supporter les calomnies de sa hiérarchie qui demandait son remplacement car il n’était pas politiquement correct. Il a heureusement gardé son poste et est un fervent supporter d’Israel dont il considère simplement qu’il est un des citoyens:

page-facebook-pere-gabriel-naddaf

Il est bien plus sioniste que la gauche de ce pays: pour lui Israel est un havre de paix pour les chrétiens. Un tel compliment me semble presque excessif. Regardez la vidéo ci-dessous: personne ne prend garde à la croix de ce jeune homme, les chrétiens comme les musulmans ou les druzes et nous les juifs, nous sommes tous israeliens.

Il a partagé sur sa page facebook un article de Bassan Tawill, du Gatestone Institut, déclarant que  les vraies colonies illégales, n’en déplaise à l’ONU, étaient les constructions sans permis que les Palestiniens ou certains arabes israéliens se permettent de faire en Israel*.

A bientôt,

*Et vous, quand avez-vous quitté…?
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/08/et-vous-quand-avez-vous-quitte/

*Les Frères Musulmans:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/16/4795/

*Vera Baboun:
https://en.wikipedia.org/wiki/Vera_Baboun

*https://www.gatestoneinstitute.org/9634/palestinian-christians

*Père Gabriel Naddaf:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/27/deux-ou-trois-hirondelles/
*https://fr.gatestoneinstitute.org/9511/colonies-illegales

http://www.lemondejuif.info/2016/01/pere-gabriel-naddaf-sous-abbas-bethleem-est-devenue-un-sanctuaire-pour-les-terroristes/

 

 

 

Publicités

Le 30 novembre

En juin 2014, l’état d’Israel a promulgué une loi désignant le 30 novembre comme jour commémoratif de l’exode volontaire ou non de la majorité des Juifs vivants dans les pays arabes, soit un peu moins d’un million de personnes*.

Les exactions contre les Juifs en tant que dhimmi sont une constante dans le monde arabo-musulman. Elles s’intensifient cependant à partir du 20 ème siècle, au moment où l’empire ottoman se délite et où les populations locales rêvent d’une indépendance pour la Oumma.
J’ai déjà  rendu compte dans plusieurs de mes articles* de l’atmosphère de terreur orchestrée dès les années 30 par les nationalistes arabes et dans certains cas leurs amis nazis ainsi que des pogroms et autres exactions. Ces dirigeants arabes rêvaient d’independance sans cependant accepter que leurs dhimmis juifs soient citoyens de plein droit  mais surtout, ils ne pouvaient accepter que ce même dhimmi soit souverain dans son propre pays, fusse -t- il sur le tout petit territoire prévu  pour le Foyer National Juif.

Voici une sélection de faits et chiffres concernant les persécutions, exactions et pour finir expulsions des Juifs vivant en terre d’Islam:

En Egypte: L’Egypte est indépendante depuis 1922 mais restée sous tutelle britannique. Dès 1945, les Juifs sont victimes de mesures discriminatoires, telles que l’exclusion de la fonction publique ou la mise sous tutelle des écoles juives. Dès 1947, une loi exige que 75 % des employés soient de « vrais égyptiens », de nombreux Juifs se retrouvent donc sans ressources. Des émeutes, pillages et assassinats ont lieu dans de nombreuses villes et, en mai 1948, un millier de Juifs est interné pour sionisme. En février 1949, leurs biens sont mis sous séquestre. En 1950, les Juifs sont déclarés « sionistes et ennemis de l’état ». Les 40 000 Juifs autochtones deviennent alors apatrides. Ils peuvent quitter le pays  en signant qu’ils acceptent la confiscation de leur biens. Un petit répit est accordé à ceux qui bénéficient d’une nationalité étrangère mais eux aussi seront expulsés en 1956. Quant à ceux qui restent encore dans le pays, ils seront arrêtés au moment de la guerre des 6 jours en 1967, internés dans des camps et torturés pendant plus de trois ans. Les mêmes exactions se reproduiront en 1973 pour les quelques centaines, en général des gens âgés, qui vivent encore dans le pays.
La communauté juive égyptienne a complètement disparu.

Egyptian_Alexandria_Jewish_girls_during_BatMitzva

(cérémonie de Bat Mitsva à Alexandrie. Les robes de petites filles sont celles des premières communiantes d’autrefois en France!)

En Irak: Dès les années 20, le nationalisme arabe y est déjà fortement antisémite. Dès 1934, les Juifs irakiens ne peuvent plus être fonctionnaires, puis les dirigeants communautaires juifs sont obligés de publier des déclarations antisionistes. Cela ne suffit pas et de nombreux juifs sont assassinés. Dès 1937, l’influence nazie devient prépondérante et les persécutions redoublent. Elles verront leur apogée avec le grand « Farhoud » (pogrom) de Bagdad en 1941* où de nombreux Juifs seront assassinés, violés, mutilés. Dès 1948 les Juifs irakiens n’ont plus le droit de quitter le pays et leurs comptes sont bloqués. En mars 1950, une loi de dénaturalisation est promulguée permettant aux Juifs d’émigrer mais un an plus tard, ceux qui ont été « dénaturalisés » et se sont retrouvés sans papiers et sans pouvoir partir, sont spoliés de tous leurs biens. Pour les sauver, Israel organise alors une opération complexe d’exfiltration, l’Opération Ezra et Néhémie. En 1958, pour les quelques milliers qui y restent encore, les mesures se durcissent à nouveau: des cartes d’identités spéciales de couleur jaune leur sont attribuées. En janvier 1969 , ont lieu les fameuses pendaisons de Bagdad: quatorze Irakiens – dont neuf Juifs – sont pendus en public à Bagdad, place de la Libération, pour « complot sioniste » en présence d’une foule surexcitée de 200 000 personnes. Il est interdit de décrocher leurs cadavres pendant plusieurs jours.
La communauté juive d’Irak a complètement disparu.

    • 1280px-Memorial_to_Iraqis_in_Or_Yehuda

(A Or Yehuda, stèle commémorative pour les neuf Juifs pendus à Bagdad)

En Iran: Les Juifs d’Iran sont les descendants de ceux qui ne sont pas retournés en Eretz Israel après la promulgation du décret de Cyrus en 516 avant l’ère chrétienne. Là encore, la communauté juive a été victime de mauvais traitements tout au long de son histoire. Très occidentalisés depuis le début du 20 ème siècle, les Juifs d’Iran ont pourtant beaucoup apporté au pays. Depuis la révolution islamique, ils sont tenus en laisse. Officiellement, ils sont une minorité reconnue et ont comme telle un représentant au Parlement, mais dans leur vie quotidienne ils doivent se montrer très discrets et surtout hurler plus fort que les loups quand il s’agit d’Israel. En fait, il n’y a que sous la dynastie des Pahlavi* qu’ils ont pu, comme les autres minorités, mener une vie normale: l’Iran était même à ce moment là un lieu de transit pour les Juifs du sud de l’Irak en partance pour Israel. Des 100 000 Juifs iraniens de la fin des années 40, il n’en reste que 8756.

Brit Mila Shiraz

(Brit Mila à Shiraz dans les années 20)

En Libye: Dans les années 20 et 30 les Juifs de Libye sont très concernés par le sionisme: de nombreux cours d’hébreu s’ouvrent à Tripoli. Malheureusement, il ne partent pas à temps et doivent subir l’occupation allemande jusqu’en 1943. A ce moment là, arrivés avec les troupes britanniques, les soldats de la Brigade Juive de Palestine multiplient les aides aux juifs libyens. Mais les Anglais y mettent vite un frein de peur de mécontenter les Arabes. En 1945 éclate le pogrom de Tripoli qui se propage dans toute la région. Si ce pogrom  est l’élément déclencheur de l’alya, il n’en est pas le seul. Il faut aussi mentionner les émeutes qui suivent en particulier à Benghazi et dans toute la Cyrénaïque.
Entre 1945 et 1952, 90% des Juifs quitteront la Libye pour Israel. Les 10% qui restent devront vivre sous des mesures discriminatoires: fermeture des écoles, boycott, droit de vote retiré aux Juifs, saisie des biens fonciers etc.. Et bien sûr, les pogroms recommenceront au moment de la guerre des 6 jours et la guerre de Kippour… Quand Kadafi arrive au pouvoir, la Libye ne compte plus que 600 Juifs. Pour lui, c’est 600 de trop! Il s’acharnera  à effacer toute trace de présence juive dans son pays: destruction des cimetières, transformation de synagogues en mosquées… Un véritable défoulement de haine antisémite dans un pays sans Juifs aujourd’hui.Juifs de Lybie et le drapeau sioniste

 

En Syrie: les Juifs de Syrie sont eux aussi victimes de pogroms et d’exactions des les années 30 sous l’influence des islamo-nazis irakiens. Dès 1946, les fonctionnaires juifs sont licenciés et en 1947, après la déclaration de l’ONU sur le partage de la Palestine du 29 novembre, éclatent les pogrom d’Alep , puis ceux  de Damas en 1949.

ruines de la synagogue d'Alep en 1947

(Ce qui est reste de la synagogue de Damas après l’attentat à la bombe en 1949)

Et puis, c’est toujours le même scénario: confiscation des biens, exactions en tous genre, interdiction de sortir du pays. Une bonne partie des Juifs a déjà fui clandestinement en 1947. Pour ceux qui ne sont pas partis la situation devient intenable, surtout à partir de la guerre des 6 jours. Ceux qui fuient sont souvent repris, torturés et tués comme ces 4 jeunes filles, les sœurs Zeibak et leur cousine dont les corps furent retrouvés dans une grotte.

Les 4 jeunes filles assassinees

En 2014, il ne restait que 22 juifs en Syrie sur les 30 000 que comptait cette communauté en 1948. Ils viennent d’être exfiltrés en Israel.

Au Liban: le Liban a toujours eu une toute petite communauté juive qui vivait comme les autres son état de dhimmitude. Dans les années 40, elle voit arriver un afflux de réfugiés en provenance de Syrie et d’Irak. Là encore,  la décision de l’ONU puis la proclamation de l’état d’Israel obligent les Juifs libanais à faire profil bas et à se refermer sur eux-mêmes pour ne pas se mettre en danger. Angoisse, insécurité et pessimisme deviennent le quotidien des Juifs libanais même s’ils ne vivent pas de pogroms. Certains sont très sionistes comme Shulamit Kishik Cohen, qui avait grandi à Jerusalem et avait suivi son mari à Beyrouth. Elle espionnera pour le compte d’Israel. Arrêtée, torturée et mise en prison, elle sera finalement libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers. Les Juifs libanais partiront surtout après le début de la guerre civile en 1975. Là encore, il n’y a plus de communauté juive libanaise.

Shulamit Kishik Cohen

                                                                                                     (Shulamit Kishik-Cohen)

Au Yemen: Les Juifs yéménites sont déjà pour partie arrivés en Palestine à la fin du 19 ème siècle. On raconte même qu’ils s’organisent en syndicat ouvrier avant les Russes! Au Yemen, leur situation est catastrophique. En plus d’être soumis aux lois classiques de dhimitude comme dans les autres pays musulmans, ils le sont à deux lois supplémentaires. La première est essentiellement une humiliation: il leur est interdit de se coiffer! La deuxième, bien plus grave, veut que si un enfant perd un de ces parents, il soit tout de suite soustrait à sa famille naturelle pour être converti à l’islam. La seule solution est de procéder à des « mariages » de tous petits-enfants mais en cas de veuvage si le survivant est encore mineur, le danger reste le même. Là encore, la violence antisémite accompagne la déclaration de l’ONU et provoque le pogrom d’Aden en 1947. Comme en Irak, il faudra racheter la communauté juive restante (50 000 personnes) qui partira en 1949 pour Israel lors d’un pont aérien, appelé  » Sur les ailes des aigles » en souvenir du verset biblique:

« Je vous ai porté sur les aigles des aigles et vous reviendrez à moi ».
וָאֶשָּׂא אֶתְכֶם עַל-כַּנְפֵי נְשָׁרִים, וָאָבִא אֶתְכֶם אֵלָי..

Les quelques dizaines qui étaient restés ont été exfiltrés il y a quelques mois.

Op_Magic_Carpet_(Yemenites)

(Opération « Sur les aigles des aigles appelée aussi Opération Tapis Volant)

En Afrique du Nord, la situation des Juifs est un petit peu moins dramatique. Comme au Moyen-Orient, la colonisation leur permet d’échapper à leur statut de dhimmi même si les autorités coloniales ferment les yeux lors des pogroms qui éclatent sporadiquement, ça et là, en particulier à Tunis, Constantine, Meknès… S’ils échappent à la déportation, les Juifs vivent pendant la deuxième guerre mondiale sous le régime d’exclusion du gouvernent de Vichy*, avec en plus l’envoi dans des camps de travail particulièrement féroces.
En Tunisie, les Juifs auront droit à un petit répit jusqu’à l’indépendance de ce pays mais un  bon nombre partira cependant par idéal sioniste dès 1948.  Ceux qui restent vivront à peu près bien jusqu’à l’affaire de Bizerte en 1961 et la brusque flambée d’antisémitisme qui suivra et aboutira au pogrom de Tunis en 1967.

SEFER THORA_1.jpg synagogue de Tunis 1967

(Sefer Thora déchiré après l’incendie de la synagogue de Tunis le 5 juin 1967)

Les Juifs d’Algérie sont citoyens français* depuis 1870. Bien qu’ils aient été victimes de nombreuses exactions pendant l’époque de la colonisation, ils resteront donc dans ce pays jusqu’au moment de l’indépendance , en 1962, après avoir vécu les flambées de violence antisémites qui accompagnèrent la guerre d’Algérie entre 1954 à 1962.

l-exode-de-masse. des Juifs d'Algerie jpg
Au Maroc, des pogroms éclatent dès 1948 à Oujda et Jerada. En 1949, l’Agence juive ouvre alors un camp de transit près de Mazagan  pour y regrouper les Juifs avant leur départ pour Israel (plusieurs milliers de personnes par an), via le camp d’Arenas à Marseille, tandis que le Mossad organise des groupes d’auto-défense pour les Juifs de moins en moins en sécurité dans certaines villes.
En 1956, le gouvernement marocain interdit l’immigration et ne délivre plus de passeports aux Juifs. L’immigration deviendra alors clandestine  par bateau d’abord, jusqu’au naufrage le 10 janvier 1961 du bateau Egoz, où perirent 43 refugiés*.

tragédie-les-morts-du-egoz

Devant la colère du gouvernement marocain qui découvre cette immigration clandestine, un nouveau projet est lancé: faire sortir au moins les enfants sous couvert d’une organisation humanitaire suisse censée leur offrir des vacances en Suisse. Un jeune couple David Littman et son épouse Gisele (plus connue actuellement sous le nom de Bat Yeor), se porte volontaire. Ils feront sortir ainsi 530 enfants.

DavidGisele_ Littman 2-300x227

(Gisele et David Littman au moment de l’Opération Mural)

A la mort de Mohamed V, les émissaires israéliens obtiennent du roi Hassan II un accord officieux qui permet le départ des Juifs en leur établissant des passeports collectifs. Là encore, les partants seront rachetés au gouvernement marocain par Israel moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Ce sera l’Opération Yakhin.

Aliyah du Maroc

 

 

Pays 1948 1972 2010 Période de départ
Algérie 140 000 1000 ≈0 1962
Egypte 75 000 500 100 1956
Irak 135 000 500 5 1948-1951
Iran 65 000 ~60 000 10 000 1948-1980
Liban 5 000 2000 20-40 1962 – 1980
Libye 38 000 50 ≈0 1949 – 1951
Maroc 265 000 31 000 2500 1948 – 1970
Syrie 30 000 4000 100 1948 – 1956
Tunisie 105 000 8 000 900-1000 1948 – 1956
Yemen et Aden 55 000 500 330-350 1948 – 1956
Total 818 000 110 750 32 100

 

La date du 30 novembre a été choisie pour rappeler que le jour qui suivit la décision de l’ONU concernant la partition de la Palestine (le 29 nov 1947), les violences contre les Juifs explosèrent dans tous les pays musulmans. Dans tous les pays musulmans le scénario fut toujours le même: mise à l’écart de la société, discriminations légales ,violences… Ces exactions provoquèrent un massif exode de la population juive, la confiscation de leurs biens et la destruction de leurs communautés.  Ces réfugiés juifs n’ont pas quitté leur pays parce qu’il  était en guerre ou pour des raisons économiques, ils l’ont quitté à cause de la violence antisémite.
Les Arabo-musulmans n’acceptent pas que ceux qui sont différents puissent vivre normalement en terre d’Islam. La persécution des Chrétiens en terre d’Islam est aujourd’hui la suite logique de cette posture.

Si aujourd’hui il est beaucoup question des réfugiés syriens, les réfugiés palestiniens ont tenu le devant de la scène pendant près de 70 ans. Une division de l’ONU leur est consacrée: l’UNRWA. L’UNRWA emploie plus de 27 500 personnes et fonctionne avec un budget de 1 122 millions de dollars (chiffre 2013). Contrairement aux règles du HCR sont identifiés comme réfugiés non seulement les personnes qui vivaient en Palestine entre 1946 et 1948 mais aussi leurs descendants!!!!! Une histoire sans fin…..

Bien qu’il y eut plus de réfugiés juifs en provenance des pays arabes que de réfugiés dits palestiniens, l’ONU n’a commémoré que cette semaine, pour la première fois, l’expulsion de 850000 réfugiés juifs des pays arabes. Cela nécessita une  âpre bataille menée par la Mission Israélienne auprès de l’ONU et le Congres Juif Mondial.

Une de nos ministres, Gila Gamliel,  fut l’invitée d’honneur de ces commémorations:

Gila Gamlile-Damari

(Gila Gamliel-Damari est née dans la petite ville de Guedera d’un père yéménite et d’une mère libyenne)

L’ambassadeur d’Israel à l’ONU Dany Danon, dont le père était un réfugié d’origine égyptienne, a expliqué que  l’histoire non dite, cachée pendant des années a finalement été reconnue. Une injustice a été réparée. Toutefois aucun service de l’ONU ne s’en occupera ou leur versera une quelconque compensation.
Dans un de mes articles* écrit à la suite d’une conversation avec un ami originaire d’Egypte, je livrais quelques témoignages familiaux et aussi une interview de Bat Yeor* que l’on retrouve dans cette video:

Les Juifs originaires des pays arabes, essentiellement séfarades, ont considéré que somme toute, face à l’ampleur du massacre des Juifs d’Europe,  ils ne s’en étaient pas trop mal tirés et sont restés relativement discrets. Le peu qui a parlé n’a d’ailleurs pas été entendu.

En Israel, environ 200 000 des Juifs originaires d’Irak, viennent en fait des montagnes du Kurdistan. Cette année, et pour la première fois,  la ville d’Erbil a marqué le souvenir de l’expulsion des Juifs d’Irak. Serait-ce le début d’une nouvelle ère? Les Kurdes de cette région indépendante ont même voté en mai dernier une loi en faveur d’un représentant juif au Ministère des Cultes, bien qu’il n’y ait plus aucune synagogue et qu’on ne parle que de quelques familles d’origine juive inscrites par ailleurs comme musulmanes. Vont-elles pouvoir redevenir juives si elles le désirent?

Lorsque nous nous sommes installés en Israel, nous avons fait la connaissance de Netanel qui m’a parlé du départ de son grand-père de la ville de Zakho dans les montagnes du Kurdistan. Dans cette ville, il n’y avait à l’époque que peu de musulmans. La majorité des habitants était chrétienne mais la population  juive était si importante et si ancienne que la ville avait été nommée d’après le nom d’une famille de notables juifs: les Zakho. Les Chrétiens et les Juifs de Zakho ne parlaient pas l’arabe mais l’araméen…  Son grand-père et tous les Juifs de Zakho prirent la route ensemble à pied, sans avoir le droit d’emporter quoi que ce soit hormis les Sifrei Thora et les Tephilin. Comme ce fut souvent le cas, les ballots furent ouverts et les vêtements déchirés pour y trouver des bijoux ou de l’argent.

Il est vrai que les Arabes n’ont pas industrialisé la mort et construit de camp d’extermination mais leur acharnement contre les Juifs vivant dans leur pays est bien réel. S’il est impossible de modifier le passé, il est temps qu’à minima les choses soient dites. L’histoire de ces réfugiés du silence doit être entendue et  enfin, le mythe de l’accueil tolérant fait aux Juifs dans les pays arabes doit être définitivement démenti. 

A bientôt,

* Le chiffre de réfugiés juifs en provenance des pays musulmans varie entre 800 000 à 1 million

*Mes articles sur la situation des Juifs au Moyen-Orient au début du 20 ème siècle:

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/12/hayim-et-faycal/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/22/le-mufti/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/08/et-vous-quand-avez-vous-quitte/

et sur la déclaration de l’ONU le 29 novembre 1947:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/29/le-29-novembre-1947/

*la dynastie précédent celle des Pahlavi, celle turcophone des Kadjar (de 1786 à 1925)  fut renommée pour sa férocité envers les minorités, en particulier envers les Bahaïs qu’elle massacra

*les lois de Vichy en Afrique du Nord: ce sont les mêmes qu’en France mais en plus les enfants sont interdit d’école alors qu’en France, il leur était possible d’étudier jusqu’au bac.

*la citoyenneté française  est accordée par le décret Crémieux en 1870 à tous les Juifs d’Algérie à l’exception de ceux d’une partie du sud du pays. Cette citoyenneté leur sera enlevée le 8 octobre 1940.
Lisez l’excellent document d’Akadem à ce sujet:
http://www.akadem.org/medias/documents/Doc3_juifs_algerie_petain_dg.pdf

*http://www.controverses.fr/pdf/Fin_judaisme_terre_d_islam_Shmuel%20Trigano.pdf

*le roi du Maroc Mohamed V:
http://www.cclj.be/actu/politique-societe/georges-bensoussan-sultan-maroc-jamais-protege-juifs

*les camps d’internement pour les Juifs en Afrique du Nord:
http://www.tribunejuive.info/international/lhistoire-oubliee-des-camps-marocains-par-jean-paul-fhima

*le bateau Egoz:
http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1814

*Giselle et David Littman:
http://www.danilette.com/article-david-gerald-littman-105639656.html

 

Les trésors du Neguev: Nevatim

Peu de touristes pensent que la longue route qui va du centre du pays jusqu’à Eilat est parsemée de petits trésors à visiter.

C’est le cas du moshav Nevatim qui se trouve à environ 8 km au sud de Beer Sheva, fondé dans les années 60 par des Juifs originaires de Cochin*,

nevatim
région de l’état du Kerala,  au Sud-Ouest de l’Inde.

CochinOnMap
Les Juifs  se sont établis en Inde il y a fort longtemps.
Selon leur tradition, ils sont les descendants de marchands envoyés par le roi Salomon pour établir des comptoirs le long de la côte occidentale de l’Inde. Vers l’an 1000 de l’ère chrétienne, ils ont été rejoint par des Juifs de Babylonie*, puis par des Juifs expulsés d’Espagne en 1492 (ayant en général transité par l’Irak et la Syrie) et enfin  par un autre groupe de Juifs d’Irak* beaucoup plus récemment, au 19 ème siècle.

Les Juifs arrivés de Babylonie* vers l’an 1000 leur ont fait connaître le judaïsme rabbinique et se sont fondus dans la communauté, ce qui n’a pas été le cas des Juifs d’origine espagnole qui s’estimaient bien supérieurs et ont construits leurs propres synagogues. Mais ça c’est l’histoire juive habituelle. Vous connaissez tous la blague du Juif qui se retrouve tout seul sur une île déserte après un naufrage. Quand on vient le secourir quelques années après, il a déjà construit deux synagogues.
– Pourquoi deux? lui demandent ses sauveteurs
– Eh bien, il y a la synagogue où je vais et celle où je ne vais pas!

L’aliya des Juifs de Cochin fut exemplaire, uniquement motivée par le désir de vivre en Israel car ils n’ont jamais souffert de l’antisémitisme au Kerala et ils ont échangé une situation économique prospère contre une aventure sioniste beaucoup plus difficile.
Non seulement, ils ont vendu leurs biens sans attendre pour partir mais comme le raconte Nehemia dans une des vidéos ci-dessous,  ils se sont installés dans des endroits difficiles comme Nevatim, en plein désert, pour le faire refleurir!

Voici deux vidéos qui retracent la vie des Juifs de Cochin et leur installation en Israel:

 

 

Ils sont maintenant dispersés dans tout le pays, mais au moshav Nevatim vous pouvez visiter le musée des traditions des Juifs de Cochin:

cochin nevatim musee

Vous pouvez également participer à des ateliers culinaires et déguster des plats traditionnels comme ceux qu’à sans doute connus un voyageur juif du 19 ème siècle, David D’Beith Hillel:

 » Je n’avais jamais goûté à tous ces fruits comme les mangues, les goyaves, les noix de coco… Les Juifs de cette région boivent le lait de coco, mangent la chair de ce fruit mais ils en tirent aussi de l’huile. Pour cela ils le mettent à sécher au soleil et lorsqu’il devient dur comme de la pierre, ils en extraient l’huile dans une meule. Cet huile leur sert à cuisiner, comme combustible d’éclairage et comme lotion pour leurs cheveux. Ils sont d’ailleurs surnommés « Les presseurs d’huile respectant le shabbat! »

Cochin cuisine

Il est certains que la cuisine des Juifs de Cochin ressemble beaucoup à celle des populations non-juives de l’Ouest de l’Inde mais elle s’est aussi enrichie de la cuisine, dite baghdadi, des Juifs irakiens et syriens.
Voici la recette du poulet aux carottes parfumées à la menthe, elle est très simple et délicieuse.
Il vous faut:

-un poulet coupé en morceaux
– 3 gros oignons émincés fin,
– 1 gousse d’ail écrasée (facultatif),
– un peu de jus de gingembre écrasé, 2 poivrons non piquants coupés en petits morceaux (certains les remplacent par des piments!),
– 1 cuillerée à café de curcuma, sel, poivre,
– 500 g de carottes coupées en bâtonnets,
– quelques cuillerées de menthe fraîche.
Faites revenir les oignons dans un peu d’huile. Réservez les dans une assiette. Faites ensuite dorer le poulet. Lorsqu’il est doré, incorporer les oignons, l’ail, les poivrons et le gingembre  avec un peu d’eau et faites cuire à feu moyen pendant 10 minutes. Réservez le poulet dans une assiette et incorporez les carottes en rajoutant de l’eau si besoin. Lorsqu’elles sont cuites (environ 15 minutes), remettez alors le poulet dans la casserole et laisser cuire à nouveau.
On doit rajouter la menthe quelques minutes avant la fin de la cuisson. Pour ma part, je préfère la hacher et la parsemer fraîche au moment de servir.

Ce poulet se sert traditionnellement avec du riz blanc ou jaune parfumé au safran ou au curcuma.

Bien qu’ayant vécu dans des régions où la femme est traditionnellement reléguée à des taches subalternes et laissée souvent sans éducation, les femmes juives de Cochin ont toujours participé à la vie religieuse de la synagogue. Elles connaissaient l’hébreu* et la Thora, participaient aux offices, chantaient en public et arrivées en Israel, elles ont transmis leurs chants à leurs petits-enfants.

Ecoutez les grands mères dans la synagogue du moshav Nevatim.

 

A bientôt,

*Les Juifs de Babylonie: dans l’histoire juive, la communauté juive de Babylonie (nom ancien de l’Irak actuel) connaîtra quelques siècles de prospérité aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Elle sera célèbre grâce à ses deux grandes universités, celle de Sura et celle de Poumbedita où sera écrit le Talmud de Babylone. Au 10 ème et 11 ème siècles, la région connaîtra de nombreuses catastrophes économiques et politiques et de  nombreux Juifs iront s’installer ailleurs, dans le bassin méditerranéen ou partiront jusqu’en Inde.

*Une nouvelle migration des Juifs d’Irak a eu lieu au 19 ème siècle. Certains se sont installés en Inde, d’autres à Hong Kong alors possession britannique.

*Dans leur vie quotidienne, les Juifs de Cochin parlaient le ‘judeo-malayalam’, langue hybride construite comme toutes les langues juives (yiddish, judeo-arable, judeo-espagnol et bien d’autres) à partir de la langue locale, ici le mayalayam, enrichie de mots en hébreu.

* David D’Beth Hillel: The travels from Jerusalem,  through Arabia, Kurdistan, part of Persia, India and Madras (1824-1832).
On ne sait rien de lui sinon qu’il est né en Europe et habitait à Tsafet(?) près de Jerusalem.

 

Et vous, quand avez-vous quitté…?

Pour André,

Et vous, quand avez-vous quitté…?

C’est la question récurrente dans toute conversation entre amis.

Quitté quoi? Nous nous sommes enfuis. D’où? Peu importe! L’important c’est d’être parti avant….

Avant quoi? Peu importe!  Un pogrom, la shoah, un internement… Que sais-je? L’important c’est d’avoir pu s’enfuir à temps.

D’ailleurs, si ce n’avait pas été le cas, nous ne serions pas là pour poser cette question :

– Et vous,  quand êtes-vous partis?

– Nous sommes partis en 1966. Nous avons pu tenir encore 10 ans en Égypte après la grande expulsion de 1956. Mais nous sommes partis sans rien, uniquement nos valises.

– Ah juste avant !

Avant quoi ? Avant les pogroms et internements des quelques familles juives vivant encore en Égypte lors de la Guerre des 6 Jours. Mais entre temps, que d’angoisses et de drames à peine évoqués en famille…

Voici quelques extraits d’une interview de Bat Yeor faite par Veronique Chemla en 2010*:

 « Je me sentais très proche du combat des Juifs palestiniens. On en parlait entre nous avec de grandes précautions de crainte des dénonciations et arrestations. En effet, durant la Seconde Guerre mondiale, les partis fascistes, pro nazis et les Frères Musulmans  faisaient régner un climat de peur et d’insécurité. On savait que les masses arabes étaient favorables aux forces de l’Axe…
 Dès 1945 le combat des nationalistes égyptiens et des Frères Musulmans contre le sionisme et l’Angleterre (4) provoqua des manifestations de foules dans les rues. Ces foules hurlaient des slogans anti-juifs, saccageaient les magasins, attaquaient les quartiers juifs où vivait une population indigente, pillaient, violaient et incendiaient les écoles et les biens communautaires…
 La situation empira avec la guerre d’Indépendance d’Israël ou 1ère guerre israélo-arabe en 1948. Une vague de violences se déclencha, accompagnée de meurtres, d’expulsions, d’arrestations et de mises sous séquestre, dont celles de biens de mon père… En 1955, mon passeport égyptien ne fut pas renouvelé. ..Les violences, les expulsions, les emprisonnements, les meurtres et la confiscation des biens s’amplifièrent avec la guerre de Suez en 1956… …Ma mère en tant qu’ex-française fut mise en résidence surveillée et ne put sortir de l’appartement durant un certain temps. Il en fut de même de mon beau-frère anglais qui fut ensuite expulsé….Des règlements humiliants furent proclamés interdisant aux Juifs certaines professions, la fréquentation des lieux publics, des clubs et des cinémas…Puis, en 1957, ce fut notre tour de partir en cachette avec un laissez-passer d’apatrides ; les deux valises autorisées pour chacun furent à plusieurs reprises vidées sur le sol par des policiers égyptiens tandis que l’on nous abreuvait d’insultes. Nous fumes fouillés minutieusement, le plâtre qui enveloppait la jambe de ma mère fut cassé et on me confisqua les 50 livres égyptiennes permises. ..« juifs irakiens arrivant en Israel

(Juifs arrivant au camp d’Atlit en 1949)

– Mais mon grand-père n’était pas égyptien. Il était de Salonique. Il s’était installé au Caire au début du 20ème siècle

– L’important, c’est qu’il soit parti avant !

Avant quoi ?

« Avant la Seconde guerre mondiale,  Salonique constituait la plus grande communauté juive de Grèce. Au début de l’occupation, la population juive s’élevait à environ 50 000 âmes, soit la moitié de la population. Dans la première semaine de l’occupation, les Allemands arrêtèrent les dirigeants de la communauté, expulsèrent des centaines de familles juives, saisirent leurs appartements, réquisitionnèrent l’hôpital juif qui désormais, servirait à l’armée allemande…A la mi-juillet 1942, les Allemands obligèrent 9 000 Juifs de citoyenneté grecque, âgés de 18 à 45 ans, à se rassembler Place de la Liberté , où ils durent s’inscrire aux travaux forcés.

saloniki juifs 1942(le chabbat noir des Juifs de Salonique le 11 juillet 1942)

Durant toute cette journée, les Allemands humilièrent et battirent ces hommes…En février 1943, les autorités allemandes concentrèrent les Juifs de Salonique dans deux ghettos, l’un à l’est de la ville et l’autre dans le quartier du Baron de Hirsch, à l’ouest. Les Juifs étaient concentrés dans le quartier ouest, non loin de la gare, en prévision des déportations imminentes. De mars à août 1943, les Allemands déportèrent plus de 45 000 Juifs de Salonique au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Ils furent pour la plupart gazés dès leur arrivée à Auschwitz….Après la guerre, il restait moins de 2 000 Juifs à Salonique. Entre 1941 et 1943, l’ancienne et florissante communauté juive de Salonique avait été anéantie. » (extrait du site  http://www.ushmm.org/)

– Et tes parents, quand sont-ils partis?
– Oh par chance, ils sont partis juste quelques heures avant le pogrom de Bassora en 1951 . Oh, ce ne fut pas le pire, ce fut un petit pogrom!

Pendants les années 40, les « Farhoud » (équivalent en arabe de pogrom qui est un mot russe) avaient succédé aux Farhoud:

 » En 1941, on comptait approximativement 150 000 Juifs irakiens…Le mécontentement populaire des Irakiens contre la présence britannique des la fin de la Première guerre mondiale est entretenu et cultivé par l’Allemagne. qui invite des officiers et des intellectuels irakiens en tant qu’hôtes d’honneur du parti nazi… Outre le soutien aux mouvements antisémites et fascistes locaux des textes antisémites sont publiés en arabe dans les journaux. L’ambassade d’Allemagne achète le journal Al Alim Al Arabi (Le monde arabe) qui publiera une traduction en arabe de Mein Kampf et des Protocoles des Sages de Sion… Elle soutient aussi la formation de Al Futuwwa, un mouvement de jeunesse basé sur le modèle des Jeunesses hitlériennes qui envoie un délégué au Congres du parti nazi en 1939. En 193, Al-Futuwwa compte près de 63 000 membres… Le Farhoud de 1941 a lieu pendant la fête  de Chavouot, fête du don de la Thora, mais  la propagande antisémite accuse immédiatement les Juifs de célébrer la victoire des Britanniques sur les troupes irakiennes. » Bernard Lewis parle de 600 morts… Un millier de Juifs fuient alors l’Irak, la plupart pour l’Inde (la Palestine mandataire leur est fermée et par les autorités irakiennes et par les Anglais). Suite à cet événement, ils seront sujets à de multiples violences, leurs bien seront saisis. Les plus chanceux seront expulsés en 1951, les autres seront arrêtés, torturés, pendus en place publique,beaucoup disparaîtront »*

– Comment ça quelques heures avant?

– Ce jour-là, mes grands parents étaient allés à une bar mitsva en dehors de la ville. Au retour, en entendant le bruit des émeutes et des pillages, le chauffeur de taxi a pris tous les bijoux de ma grand mère comme payement pour les emmener à la frontiere iranienne la plus proche sans les dénoncer. Ils ont  pu s’enfuir en passant par l’Iran. Par chance, l’Iran était alors gouverné par le Shah! Par chance, ma grand-mère  avait mis ses plus beaux bijoux pour aller à cette bar mitsva!

expulsion des juifs d'Orient

(célèbre photo de Robert Capa prise en Israël dans un camp de tentes en 1949)

– Et toi quand es-tu parti?

– Assez tard, mais même au Maroc, nous commencions à avoir peur : je me souviens d’avoir été cloîtré a la maison, les volets fermés, pendant la guerre des 6 jours, je me souviens de la femme de ménage qui disait que, comme elle avait travaillé 20 ans chez mes parents, elle avait bien le droit d’être la première à piller dès que le signal serait donné. Le signal ne  fut pas donné parce que le Roi Hassan II se méfiait des débordements populaires. Déjà à cette époque, il ne restaient pas beaucoup de Juifs au Maroc, la plupart étaient  partis. Israël avait payé 250 dollars par personne pour les faire sortir:

bateau yehuda halevy

(le Yehuda Halevy qui transporta les Juifs du Maroc en 1947, photo trouvée sur le site dafina.net)

Autrefois, j’interrogeais ma grand-mère: et avant, où habitiez-vous?
Quand elle voulait bien me répondre, j’entendais parler des Croates, des Oustachis disait-elle, des Italiens, des Allemands aussi mais elle ne s’appesantissait pas: chaque fois, ils étaient partis à temps, c’était le principal. Et je me souviens comme je me sentais protégée par une famille qui savait partir…

Ça me rappelle le très beau livre de Daniel Mendelsohn « Les disparus ». Le seul survivant de la famille juive polonaise de l’auteur est un grand oncle  qui avait émigré en Israël dans les années 30 car il avait été accusé de vendre de la viande non-cachère dans son shtetel. Il était parti juste avant…

Cela me rappelle aussi le grand gerush (l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492):

« Ainsi fut-il fait… Et ils partirent, se soutenant mutuellement, les uns tombant, les autres se relevant, s’entraînant à marcher à travers les villages désolés où portes et fenêtres se fermaient à leur passage. L’ Espagne toute entière se murait dans une terreur silencieuse et tournait la tête… Certains ne purent aller plus loin que la côte, d’autres périrent noyés. D’autres encore furent emmenés en esclavage..

O Juifs, pourquoi apprenez-vous le chant à vos enfants?

Ils doivent pleurer toute leur vie durant..

Nous avons donné une maison pour le prix d’un âne,

Une vigne pour une pièce de tissu…

Mais la clef de notre maison est restée sur notre cœur » *

Expulsion des Juifs et migrations au Moyen Age(expulsions de Juifs et migrations pendant le Moyen Age- wikipedia)

Et vous, quand êtes-vous partis?

Cette année, comme tous les ans, nous allons fêter la sortie d’Égypte, celle qui a eu lieu il y a plus de 3000 ans.

« Lorsqu ‘Israël sortit d’Égypte et la Maison de Yaakov du milieu d’un peuple étranger, Yehouda devint Sa propriété, Israël Son domaine. »

(extrait de la Haggada)

Comme me disait Omer, ma petite fille : « Savta, nous vivions  en Égypte, le Pharaon était très méchant, alors nous sommes  partis et nous sommes arrivés  à Rishon leTsion en Israël et ici c’est le plus beau pays du monde ! ».

Plus de 3000 ans d’histoire résumés en une phrase

Cette fois nous sommes rentrés à la maison et je n’ai pas l’intention d’en bouger

A bientôt,

*http://www.veroniquechemla.info/2010/01/interview-de-bat-yeor-sur-la-dhimmitude.html

*http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=173

*Les fils du talith, Anne Benoualid