Yom Hazikaron 2016

Il existe à Tsahal un service de liaison qui accompagne les familles à l’hôpital lorsqu’un soldat est blessé ou qui malheureusement leur annonce la mort de leur enfant.
Il est dirigé depuis 28 ans par une femme exceptionnelle, le colonel Yaffa Mor, qui prend la peine de rendre visite personnellement aux familles endeuillées.

Yaffa Mor

(Yaffa Mor, photo Elie Attias)

Pendant toutes ces années, elle a frappé plus de 200 fois à la porte de famille de soldats pour leur annoncer la terrible nouvelle.
Dans son bureau, se trouve la photo d’Oron Shaul* qui lui sourit: « Je le regarde dans ses profonds yeux bleus et c’est ainsi que je commence ma journée ».

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Elle se souvient de chaque famille, de chaque instant où les proches, tous les proches, feront à peu près les mêmes gestes: ils l’emmèneront dans la chambre de leur enfant, lui montreront les photos, lui liront la dernière lettre ou le dernier SMS…
Elle est présente à l’enterrement puis à la shiva, reste en contact avec eux, va les voir régulièrement, ré-ouvre avec eux l’armoire pleine de vêtements, elle est invitée aux bar mitsva, aux mariages…
« Certaines de mes visites, je les ai faites enceinte. Je rencontrais des familles au comble de la douleur et voilà qu’elles s’intéressaient à moi, me comblaient de bénédictions et téléphonaient pour savoir comment j’allais, m’envoyaient des fleurs ou des chocolats lors des naissances« .

Parfois, un lien particulier se crée entre elle et les endeuillés, comme avec Zehava, la mère d’Oron. Lors de l’enterrement le rabbin a procédé à la kriah* sur la chemise d’Herzl, son père,  mais c’est Yaffa qui a déchiré le haut du vêtement de Zehava.
« Oron est devenu une partie de ma vie, maintenant je prépare les boulettes de shabbat selon une recette de Zehava…
Nous travaillons très dur pour récupérer les corps d’Oron et de Hadar. Vous vous imaginez le jour où ils pourront être inhumés ici, où les parents auront enfin une tombe où se recueillir? »

Yaffa Mor et la famille Oron (ynet)(Yaffa Mor et la famille de Oron Shaul, photo Elad Gershgoren, Ynet)

En plus de la photo d’Oron, le colonel Yaffa Mor a dans son bureau celle d’autres soldats disparus:

Hadar Goldin,

Hadar Goldin

Yehuda Katz, Zachary Baumel et Zvi Feldman:

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Gaï Hever

Gai Hever

et Ron Arad

Ron-Arad

Un poème tout simple est apparu sur internet:

La paix viendra quand…
On dira « Shirion* et qu’on pensera à une tortue,
Quand on dira Magav* et que ce sera une serviette,
Quand un exercice se fera seulement en cours de maths,
Quand 03 ne sera qu’un préfixe téléphonique*,
Une ligne, celle des bus,
Et une batterie, celle des baladeurs,
Quand seuls les ordinateurs recevront des ordres,
Quand au Shekem* on n’achètera que des produits électriques,
Quand le mot grenade nous fera penser à Soukkot,
Quand cerise et caroube ne seront que des fruits délicieux,
Quand on n’ouvrira le feu que pour allumer une cigarette,
Quand les « bombes »  seront toutes blondes,
Quand « pagaz (obus) ne sera qu’un beau garçon,
Et « kadour » (balle, comprimé), un comprimé d’Acamol*,
Quand on discutera pour savoir si nous avons gagné ou perdu au foot,
Quand la ‘hativa* ne sera que le collège, entre l’école primaire et le lycée,
Quand le gdoud (bataillon) ce sera chez les scouts,
Quand la kita (classe) ne sera qu’à l’école,
Quand le Na’hal* ne sera sera qu’une chorale et le sous marin sera jaune,
Quand on jouera à la guerre avec un jeu de cartes,
Quand on dira ‘Hallal* en pensant à la NASA,

כשיגידו שיריון ויתכוונו לצב
כשיגידו גִזרה ויתכוונו לדיאטה
כשיגידו מגב – ויתכוונו לספונג’ה
כשתרגיל – יהיה בחשבון
03 תהיה רק קידומת
קו – יהיה באוטובוס
וסוללה תהיה בדיסקמן
כשפקודות – יקבלו רק מחשבים
וכשבשק »ם – נקנה מוצרי חשמל
רימון– יהיה בסוכות
ודובדבן וחרוב יהיו רק פירות טעימים
כשלפתוח אש יהיה בשביל להדליק סיגריה
כשיגידו פצצות וכולן יהיו בלונדיניות
כשפגז יהיה מישהו חתיך
כשכדור יהיה אקמול
וכשיתווכחו אם ניצחנו או הפסדנו – בכדורגל
כשחטיבה תהיה בין היסודי לתיכון
כשגדוד יהיה בצופים
כיתה תהיה בבית הספר
הנח »ל רק להקה והצוללת צהובה
ומלחמה תהיה רק בקלפים
כשיגידו חלל ויתכוונו לנאסא

Mais en attendant, nous avons eu 6 blessés dans deux attentats pour la seule journée d’hier: deux grand-mères de 80 ans ont été poignardées par des terroristes sur la promenade du quartier d’Armon Hanatsiv, et trois soldats blessés au nord de la ville par des engins piégés. Leur état est grave.
Heureusement quelques bonnes nouvelles: Orel, une jeune soldate qui, l’automne dernier, avait été poignardée et écrasée par un terroriste, a participé aux cérémonies, et les parents du soldat, Ben Vaanunu, tué pendant la guerre de l’été 2014, ont eu une petite fille:
Yom Hazikarone bebe Vaanunu

A bientôt,

*Oron Shaul et Hadar Goldin:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/
Yehuda Katz, Zachary Baumel, Zvi Feldman, Gaï Hever, Ron Arad sont des soldats portes disparus au Liban et en Syrie

 

*Shirion: tank ou carapace de tortue, Magav: acronyme de « Mishemeret haGvul » ou police des frontières, la racine MGV a donné le mot serviette,
Shekem: acronyme de sherut kantinot umisznonim, sorte de supermarché où les soldats achètent à bas prix, le Shekem Electrique est une chaîne de magasins de produits électriques;
L’Akamol est le paracétamol israélien,
Cerise et Caroube sont les noms de deux prestigieuses unités de l’armée,
Na’hal: acronyme de Jeunesse Pionnière Combattante, corps d’armée qui sert entre autre à la protection des kibbutzim frontaliers,
‘Hallal: espace mais la même racine signifie aussi tomber au combat. 

 

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Aucun peuple n’a jamais reçu son Etat sur un plateau d’argent

« Aucun peuple n’a jamais reçu son Etat sur un plateau d’argent » (Haïm Weizmann, premier président de l’Etat d’Israel)

 

Depuis hier soir, Yom Hazikarone, le jour du Souvenir pour les soldats et les victimes d’attentats…
Sur une des chaines de télévision sont égrenés les noms des soldats tués au combat. Les autres chaines retransmettent les cérémonies officielles et recueillent le témoignage des familles et des amis des victimes.

yom hazikarone nous nous souviendrons de tous

(Nous nous souviendrons de tous)

Parmi les morts de l’été dernier, deux soldats en particulier: Oron Shaul et Hadar Goldin.

yom hazikarone Hadar Goldin et Oron Shaul(Hadar Goldin et Oron Shaul)

Le corps du premier n’a jamais été retrouvé. Les experts de l’armée ont expliqué à sa famille que, selon leurs analyses, leur fils était mort et qu’elle devait se considérer en deuil*. Pour Yom Hazikarone, ses parents n’ont pas de tombe sur laquelle se recueillir.
Le deuxième est Hadar Goldin. Grace à l’héroïsme d’un de ses camarades*, la famille a pu procéder à un enterrement.
Le ‘Hamas s’est moqué ces jours  de ces deux familles qui n’ont pas pu récupérer le corps de leur enfant.

Nathan Alterman a écrit son célèbre poème « Le plateau d’argent » après la guerre de 1948.

yom hazikaron timbre
« Tout s’apaise sur cette terre, dans le soir rougeoyant
bordé de nuages.
Ici, se dresse la nation, au  cœur déchiré mais vivant,
Pour recevoir son miracle, son unique miracle!
Prête pour la cérémonie, dressée face à la lune, en vêtements de fête et d’effroi.
Au devant d’elle arrivent alors  un jeune homme, une jeune fille. Ils s’avancent, face à leur nation.
Habillés simplement, un ceinturon, de lourdes chaussures, ils grimpent le sentier.
Ils marchent silencieux.
Ils ne se sont pas changés.
Ils n’ont lavé ni les traces de leur  journée de travail ni celles d’une nuit passée au front.
 Épuisés au plus au point, n’ayant pris aucun repos
pleins de cette fraîcheur de la jeunesse juive,
Ils approchent en silence et tous deux se tiennent droit.
Nul ne sait s’ils sont vivants ou morts criblés de balles.
En larmes , la nation leur demande:
– Qui donc êtes-vous?
Et eux de répondre: – Nous sommes le plateau d’argent sur lequel la patrie juive t’est offerte.
Ainsi parlent-ils, écroulés à ses pieds, enveloppés de pénombre…
Et le reste sera conté dans les chroniques d’Israël. »

Le voici interprété par un des camarades de Hadar Goldin, Eli’hay Rafoua:

 

Yom Hazikaron est aussi le Jour du Souvenir pour les victimes d’attentats.
Il faut rajouter à leur longue liste Shalom Cherki, 26 ans, le fils du rav Ouri Cherki que vous connaissez peut-être par ses conférences sur Akadem

Chalom Cherki

Le jour de Yom Hashoah, il attendait le bus en compagnie d’une amie, Shira Klein. Un arabe de Jerusalem les a délibérément écrasés. Shira Klein est toujours dans le coma.

A bientot,

* être en deuil: La semaine de shiva est la première étape du deuil pour les proches)

* Hadar Goldin: l’un de ses camarades a poursuivi pendant 800 mètres les terroristes dans un des tunnels construits par le ‘Hamas. Il n’a pas pu les rejoindre mais a pu rapporter « certains des restes » de Hadar.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/07/4980/

 

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Nous sommes Juifs

Mardi dernier, c’était Tisha beAv*.
Chaque année, nous entendons que le Temple de Jerusalem n’a pas été détruit par les Babyloniens une première fois, puis une deuxième par les Romains. Non, le Temple a été détruit par nous-mêmes car nous nous haïssions les uns les autres, gratuitement!

Ah, la haine gratuite! Que n’ai-je pas entendu sur la haine gratuite pendant des années!
Aussi, en cette période de guerre, j’aimerais mettre un bémol, un gros bémol à toute cette flagellation annuelle.
C’est vrai, nous ne sommes pas parfaits, loin de là. Nous ne nous épargnons pas au quotidien, mais quand l’ennemi est à nos portes et nous attaque, alors nous savons faire front commun. Pas seulement un front commun militaire,ça c’est du ressort de Tsahal, non je parle d’un front commun de solidarité et d’amitié entre nous, un front commun qui cimente cet Oref dont je parlais précédemment dans mon article La nuque raide*.
Des histoires émouvantes, nous en entendons tous les jours. Je ne vous raconterai que la plus cocasse:
un cambrioleur est ressorti d’une maison sans avoir rien volé car, dans la maison de ses victimes, il avait vu les photos de leur fils mort au combat. Il a même laissé une lettre d’excuse aux parents!
Rassurez-vous, il n’est certainement pas rentré dans le droit chemin pour autant mais, pendant un moment…

Bien sûr, cette unité ne va pas durer éternellement.
Des que le danger sera passé, nous recommencerons à nous quereller, à nous diviser…
Les esprits chagrins diront, disent déjà:
« Ah! C’est chaque fois pareil! Quand il y a une guerre, nous nous serrons les uns contre les autres mais dès que c’est fini… »

Et alors? Voudriez-vous que nous soyons tous des tsadikim?

Nous sommes des êtres humains, nous essayons simplement de vivre au mieux sur notre terre, et ça, ce n’est pas si facile!

Pour connaitre vraiment un peuple, rien ne vaut la littérature populaire et particulièrement les chansons
Chez nous, pas de claquement de talons, pas de récits épiques à la gloire des armes, pas de chants guerriers…Qui aime tuer? Pas nous!

Plus la situation est difficile, plus les mélodies sont belles, nostalgiques… prières, consolations, étreintes, espoir.

Quand aurons- nous un matin plein de charme, un matin qui réjouira nos visages, un simple matin souriant…sans communiqué?
Une joie soudaine incroyable remplira nos cœurs quand ce matin viendra
Jusqu’à quand le vent nous apportera des nuages et des soucis.
Quand viendra donc ce jour délicieux sans tristesse et sans peur.  
Le pays tout entier est en pleurs comme une enfant qui gémit:
laissez moi grandir tranquille!

Les gens ne jouent pas aux héros, ne bombent pas le torse comme des outres remplies de vent, ne se délectent pas de discours agressifs. Les soldats font leur travail et le notre c’est de les soutenir eux et leurs familles, soutenir aussi les familles endeuillées, les blessés et leurs familles.

Le frère aîné d’Ariel est un invalide de Tsahal, handicapé physique et mental depuis 10 ans à la suite d’une action terroriste.
« Quand j’entends, m’a confié Ariel hier soir, quand j’entends toutes ces familles qui se disent: Ça y est, il a ouvert les yeux, il me serre la main. ce n’est qu’une question de semaines ou de mois et tout reviendra comme avant, mon cœur se serre car je sais que ce ne sera plus jamais comme avant. Comme dit ma mère: On ne peut que dire, merci mon Dieu car il est vivant, sans plus« 

Nous avons vu à la télévision la rencontre entre les parents du lieutenant Hadar Goldin et du soldat Eytan*.
Quand le terroriste a fait irruption d’un puits et s’est fait exploser tuant trois soldats, ceux qui le suivaient ont kidnappé le corps d’Hadar pour le monnayer. Eytan, qui se trouvait à proximité, a foncé dans le tunnel et les a poursuivis pendant 800 mètres en espérant sauver Hadar.
Hadar 
était mort et son corps en morceaux. Le soldat Eytan a eu la force de rapporter avec lui, ce qui restait d’Hadar pour apporter la preuve de sa mort.
Grâce à son courage, les parents ont pu enterrer leur fils et commencer la semaine de deuil.

Eytan a refusé toute décoration.

gaza Eytan et le pere et le frere jumeau d'Hadar Goldin

(photo Yediot Aharonot)

Je crois que cette chanson nous décrit tel que nous sommes:

אני יהודי

Je suis Juif (ani yehoudi)

« Quand je me demande qui je suis, je suis un peu sepharade, ashkenaze, israélien, un tout petit peu diasporique, parfois pratiquant, parfois non, mais entre moi et moi…je suis Juif  et c’est particulier.
Je ne suis pas mieux que les autres, pas pire non plus, simplement Juif

Parfois soldat et parfois étudiant, j’ai un long passé et je crois en l’avenir. Parfois opposant* et parfois ‘hassid, peut-être matérialiste et peut-être mystique, mais toujours, toujours, je suis Juif et c’est particulier.
Ni meilleur, ni pire qu’un autre, un peu différent, simplement Juif.

Je suis soudain revenu de loin afin qu’on puisse être ensemble ici, pour qu’on soit en sécurité, qu’on recommence à rire, qu’on puisse vivre tranquillement, sans peur. Car je suis Juif, et c’est particulier.
Ni meilleur ni pire qu’un autre, simplement Juif

Mon frère, rien ne réussira à me briser, mon âme est une partie de la lumière divine. Réparer le monde, c’est mon présent.
Je suis né comme ça, je suis Juif, simplement Juif

Comme tout le monde, je célèbre des fêtes, des shabbat, j’observe des coutumes et des mitsvot. 
Bien que chacun de nous soit sûr d’avoir raison, finalement nous sommes tous Juifs devant le trône de Sa Gloire.
 

J’ai très peur de la haine gratuite, j’aime mon pays et j’aime mon peuple.
J’ai vécu ici et là dans le monde entier.
Si tu m’interroges, j’ai toujours deux opinions et même une troisième,
 
Car je suis Juif, et c’est particulier, pas pire que les autres, pas mieux non plus, simplement Juif
« 

A bientôt,

*Tisha BeAv:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/15/tisha-beav/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/

*La nuque raide:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

* La rencontre entre Eytan et la famille de Hadar Goldin
http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/183807#.U-Npn_mSx8E

*Mitnagued veut dire opposant. Mais c’est aussi le nom des opposants au ‘Hassidisme, a l’époque du Gaon de Vilno (1720-1797)

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