Les résultats du bac au djihadland

Hier, shabbat à 7h30 : Je prends mon petit déjeuner dans la cour.
L’air est encore légèrement humide et frais mais le soleil tape déjà sur la cime des cyprès, le parfum du romarin se mêle à celui du café…  Les oiseaux pépient dans les branches, quelques abeilles butines les dernières fleurs tardives du citronnier…

Tout a coup des roulements sonores dans le lointain, qui se rapprochent et qui déchirent la sérénité de ce matin. Je ne comprends pas: les éclats secs de ce qui ressemble à des feux d’artifices. Un mariage arabe? Le matin?
Les claquements sont de plus en plus forts et se répercutent sur les collines entourant mon quartier, Malha.

 

Maintenant je distingue bien des salves d’armes automatiques.
Les oiseaux se sont tus. Inquiète, je sors sur mon balcon, aucun mouvement dans les rues.
Je me rassure: nous n’avons pas entendu de sirène donc tout va bien (à peu près?)
Quelques minutes de silence et puis, pendant une heure et demie, le fracas des armes, des explosifs et plus rien…
A 9 heures et demie, les armes se taisent, les oiseaux se remettent à chanter… Shabbat revient dans la ville
Le soir, l’explication nous est donnée au journal télévisé:
Les lycéens arabes ont célébré par des explosions de toutes sortes et des tirs à l’arme automatique les résultats du bac non seulement dans les territoires contrôlés par l’Autorité Palestinienne. Ceux qui n’avaient pas d’armes ont lancé en l’air des tables et des chaises. L’union européenne n’est pas prête d’arrêter d’augmenter ses subventions….

Voici la photo d’une lycéenne bachelière à Naplouse. Parmi les commentaires élogieux qu’elle a reçus, nombreux la félicitaient et l’incitaient à utiliser cette mitraillette contre les ennemis, nous les sionistes, Bientôt Ô ma sœur tu pourras libérer notre terre de la rivière à la mer*!

(Photographer Omar Al-Djani fro, Jordan
Taking a photo of the fireworks in Palestine)

Et donc, les habitants de Jerusalem, d’Efrat, de Maale Adoumim de Modiin ainsi que les habitants de Otef Aza* et du Sharon* en ont subi les conséquences sonores. Comme, cette tradition (!) s’est propagée cette année dans la partie orientale de la ville*, la police de Jerusalem a arrêté 38 de ces  jeunes et saisi 185 ruches de feux d’artifices et autres explosifs.

 

Au dernières nouvelles, ces tirs et explosions auraient causé des dégâts et fait plusieurs dizaines de blessés.

 

Entre les Arabes et nous, je crains qu’il y ait un fossé culturel infranchissable. Qui d’entre vous a célébré ce passage à l’âge adulte en  tirant à la mitraillette?
La société arabe souffre d’une violence interne, contre les faibles, les femmes, les autres, ceux qui ne sont pas de leur ‘hamoula*etc…
Tant qu’elle n’aura pas changé, un futur état palestinien ne serait qu’une menace permanente.
Ce ne sont pas des terroristes que vous avez vu sur ces vidéos, seulement les futurs cadres de ce que serait le futur état palestinien, djihadland falastin, en fait, un état aussi violent que nos voisins.

Non merci!

A bientôt,

Shavoua Tov שבוע טוב

 

*De la rivière (le Jourdain) à la mer (méditerranée), : من النهر إلى البحر‎, min al-nahr ila al-bahr le slogan répétitif des Palestiniens qui montre bien, s’il fallait encore l’expliquer, que leur but n’est pas d’arriver à la solution à deux états, un juif et un arabe, mais bien un seul, arabo-musulman, ceci après avoir jeté les Juifs à la mer:

*Otef Aza: la région qui borde la bande Gaza,
Le Sharon: région située au nord de Tel Aviv et qui est coincée  entre des villes comme Kalkiliya et Tulkarem (dirigées par Mahmoud Abbas) et  la côte méditerranéenne. A certains endroit,  la largeur du territoire israélien ne fait que 14 km de large.

*Des centaines de douilles ont été retrouvées dans le parc du quartier Hagiva Hatsarfatit, et les habitants de Pisgat Zeev ont du passer trois heures derrière leurs volets fermes par crainte de balles perdues.

*’Hamoula: partie d’un clan
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/02/16/une-nation-palestinienne/

Rentrer à la maison (2/2)

Quand il est question du départ des Juifs, en particulier vers Israel, beaucoup s’étonnent : Les Juifs sont des citoyens comme les autres, pourquoi partent-ils? Il est de notre devoir de les protéger.

Cette phrase est terrible. Elle résume à elle seule le fait que la communauté juive est définitivement un corps particulier distinct de la nation. Pourquoi les protéger eux plus que les autres? Si ce n’est que parce que dans l’inconscient collectif ils ne sont ou n’ont jamais été une partie des autres.

On entend aussi des phrases grandiloquentes comme celle-ci: La France sans les Juifs ne sera plus la France
Pourtant, du 15 ème siècle au 19 ème la France fut presque complètement* judenrein. De nombreux villages ou villes de France ont une rue aux Juifs, rue de la Juiverie, d’où les Juifs ont été chassés au Moyen Age. La France a bien survécu. Il en est de même dans beaucoup de pays européens. Notamment l’Espagne, c’est justement après 1492, date de l’expulsion des Juifs, qu’y commence une période de grande vitalité littéraire et artistique, le Siècle d’Or (et en fait, ce siècle durera 200 ans!). Les Juifs n’ont jamais été indispensables.

Notre mémoire familiale nous a transmis ce fait:  pendant les périodes de crises, on assiste toujours à une montée de l’antisémitisme. En Europe, cela a commencé doucement il y a une trentaine d’années et puis plus agressivement il y a déjà vingt ans. Or l’Europe est dans une crise à multiples facettes: crise économique et politique, crise identitaire et crise sanitaire. Et donc, comme vous le savez déjà, la situation des Juifs s’aggrave de jour en jour: attaques de personnes, manifestations et émeutes qui dégénèrent en manifestations antisémites… Cependant, si vous ne lisez pas la presse juive, vous n’êtes sans doute pas vraiment au courant. Les journalistes mainstream pratiquent l’auto-censure et la cosmétisation du vocabulaire avec brio.
Peu importe si cet antisémitisme vient des musulmans, de l’extrême gauche, de l’extrême droite ou s’il est un mélange des trois. Pour les Juifs, le résultat est le même!

Que peuvent faire alors les Juifs de la Diaspora?
– Chercher des cieux plus cléments en dehors d’Israel comme l’ont fait nos ancêtres au cours des siècles, mais où? Pendant longtemps les Etats Unis le Canada étaient des havres de paix mais maintenant? Il suffit pour cela de se tenir informé de ce qui se dit et s’écrit dans les universités américaines…
– Commencer un tour de France? J’ai lu il y a quelque temps que des communautés juives se développent dans des petites villes agréables et calmes. Un article dans la presse juive a fait polémique il y a quelques mois: certains se sont émus de l’emploi du mot aliya pour un déménagement à Metz et à Colmar. Sans vouloir chipoter sur le terme, je comprends ces familles: c’est plus simple et plus sûr à court terme que de tenter un grand saut dans un presque inconnu. Mais pour combien de temps, quelques années, une génération?
– Attendre comme certains croyants le pensent que le Mashiah les ramène à la maison? Je ne sais pas ce que le Mashiah a en tête. Tout ce que je sais c’est ce que disait ma grand mère: les attentifs survivent, les attentistes rarement. Par ailleurs le Mashiah n’a t-il pas déjà commencé son travail, plus de la moitié des juifs du monde ayant déjà fait leur émigration?

Tous ceux qui sont rentrés à la maison ont été confrontés à ces discours tranquillisants et pourtant un jour…

Aussi, dans cet article, et parce que je pense qu’il y a urgence, voici quelques information pratiques pour ceux qui veulent sérieusement rentrer à la maison.
Cette année est particulière à cause du Corona mais les programmes de l’Agence Juive ne sont pas supprimés. Tout se passe par internet. Les candidats sont invités à participer par Zoom aux réunions qui les intéressent: par exemple comment constituer un dossier d’émigration, qu’en est-il des études des enfants, comment trouver un emploi…
L’alya ne se prépare jamais en un jour. De plus, cette année, il est possible que les départs soient différés de quelques mois à cause de l’épidémie, aussi, les Juifs désireux de vivre en Israel devraient profiter de cette période d’attente pour se préparer au mieux et notamment engranger le plus possible d’hébreu.

Comme je l’ai déjà écrit*, même si l’hébreu est notre langue ancestrale, cela ne veut pas dire que nous la connaissons d’office! Loin de là! Ici vous devrez maîtriser la langue pour trouver du travail, faire des études, pour toutes vos démarches administratives etc… Bien que les oulpanim sont prévus à l’accueil des émigrants, il vaut mieux commencer au plus tôt à maîtriser les rudiments de l’hébreu, car dès l’arrivée en Israel vous en aurez besoin. Il est vrai que de plus en plus vous pourrez trouver de l’aide, les israeliens ont beaucoup de patience et aident généralement les olim qui ont du mal à s’exprimer. Mais pour ne pas rester des assistés, il faut mieux entamer le plus tôt l’étude de la langue. Ce n’est pas une montagne à gravir ou plutôt elle se gravit peu à peu. Profitez des quelques semaines ou mois que vous avez devant vous!
S’il n’y a pas d’oulpan dans votre communauté, il y a les oulpanim en ligne.
Voici ce que j’ai trouvé en tapant simplement oulpan en ligne sur google:

http://archive.jewishagency.org/fr/aliyah/program/9041
https://www.acoursdhebreu.com/
https://www.beivrit.fr/
https://rosenhebrewschool.com/fr/ (cours de l’Universite Hebraique de Jerusalem)
Et il y en a bien d’autres….

Si vous avez peur de partir dans l’inconnu et si personne ne vous attend en Israel, vous pouvez partir avec l’alya de groupe. Vous êtes pris en main par l’équipe de Chalom Wach*, l’initiateur de ce projet qui, jusqu’à l’arrivée du corona, sillonnait la France pour permettre à des Juifs isolés, de participer à des réunions d’information. Maintenant là aussi, les réunions se font par Zoom. L’équipe de l’Alya de groupe vous aidera dans vos démarches et vous conseillera pendant votre première année en Israel.

 

Chaque année, l’équipe de l’Alya de groupe propose trois destinations différentes:
Cette année c’est Jerusalem, Nahariya et Revava en Samarie (à 5km d’Ariel, ville universitaire).

Voici le yishuv de Revava:

La petite ville cotiere de Nahariya:

 

Et Jerusalem:

Si la chèreté de la vie vous inquiète, si vous avez peur que les loyers soient trop élevés dans les grandes villes, écoutez l’interview de Patricia Hassoun qui est à l’origine d’une initiative tout nouvelle. Son association Dor ‘Hadash (nouvelle génération) propose elle aussi une alya de groupe mais dans des régions en expansion, où les loyers sont bas mais où il y a beaucoup de possibilités de travail.

Elle propose un programme à Yeru’ham, à 30 km au sud de Beer Sheva.
Yeru’ham n’est plus la petite ville de maabarot*.

(Yeru’ham 1951, Dovrot Yeru’ham)

C’est maintenant une petite ville de 9000 habitants, qui propose une éducation de qualité,

(Photo Anat Raskin)

où se sont installées de nombreuses sociétés high tech ainsi que l’entreprise pharmaceutique américaine Perrigo.

Yeru’ham se trouve en plein Neguev mais bordée par un grand parc

(Parc de Yeru’ham, photo Anat Raskin)

où se trouve un lac artificiel


L’association Dor ‘Hadash est aussi en pourparlers avec la ville de Dimona  (35 000 habitants, à une quinzaine de km de Yeru’ham)


qui elle aussi possède un lac artificiel

D’autres pourparlers sont en train avec la ville de Karmiel en Galilée (46 000 habitants)

(Karmiel arutz 7)

Si vous étés intéressés par ce projet de cette association Dor ‘Hadash: dorhadash5780@gmail.com

C’est vrai l’alya est parfois difficile, c’est un total changement de vie et l’atterrissage est parfois brutal mais où se trouve donc le gan eden?
En résumé pour ceux qui ont ce projet d’aliya en tète:
Ne soyez pas des rêveurs, renseignez-vous, vérifiez, ne vous contentez pas de remplir quelques formulaires. Préparez la!

Sachez que l’épidémie de corona et celle de l’antisémitisme qui se développent en parallèle préoccupent beaucoup de Juifs. Il semble que les demandes explosent d’un peu partout: USA, Canada, Europe de l’Ouest, Russie et Ukraine …

Dans un article précédent, Yom Yerushalayim 2020*, du 24 mai, j’avais inclus l’interview de Claire Lévy, 92 ans, qui racontait comment elle avait vécu la guerre des six jours. Mais c’est la fin de cette interview qui m’a le plus frappée. Le journaliste lui demande ce qu’elle souhaite à Jerusalem. Elle ne répond pas directement, Elle explique simplement sans vœux pieux et belles phrases:
Ecoutez, moi ce que je suis venue chercher dans ce pays je l’ai reçu. Je ne voulais plus être un citoyen de seconde zone et mon mari non plus. C’est mon pays. Je voulais élever des enfants juifs et j’ai des enfants juifs et des petits enfants et des arrière petits enfants.
Ce que je suis venue chercher je l’ai 
reçu…

Celui qui se souvient, qui connait le chemin de ma maison,
Celui qui m’entend, qu’il vienne à la maison avec moi,

Nuage de plumes dans le ciel et le chaume sous mes pieds, le ding dong d’une cloche merveilleuse,
Je me sens protégé,

Hé, de là bas, le chemin et la cloche chantent pour lui son retour à la maison, juste au bon moment.
Si j’ai oublié le chemin connu depuis longtemps, ici et là sur les bords de la route sont restés des indices pour moi
Voici une flèche t’es envoyée, dessinée à la craie blanche,
Va pour toi, suis le vent c’est à deux pas d’ici,

Des pierres sur le côté du chemin, au dessus l’ombre d’un arbre, une chèvre noire comme la nuit broute les buissons,
Les sentiers sont ouverts pour les meilleur marcheurs.

Je ne suis pas toute seule en chemin pour retourner chez moi,
J’ai un ami ou deux qui marchent à mes côtés, Sous le soleil brûlant, le le ding donc de la cloche
Ils sauront déchiffrer pour moi tous les signes.

A bientôt,

* En dehors de quelques dizaines de familles enfermées dans un ghetto dans 4 villes du Comtat Venaissin (https://fr.wikipedia.org/wiki/Juifs_du_pape), les Juifs d’Alsace qui furent rattachés à la France en même temps que cette province a la fin du 17 eme siecle ( https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_l%E2%80%99Alsace_est_devenue_fran%C3%A7aise) et les Juifs de Lorraine
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_Juifs_en_Lorraine)

* La langue hébraïque:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/28/parlez-vous-hebreu
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/04/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-1/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/17/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-2/

* Programmes d’aliya
http://archive.jewishagency.org/fr/aliyah/program/9031

* Maabarot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/24/sharaliya/

* Aliya de groupe:
Chalom Wach, Responsable du Programme – Téléphone en France : 01 77 50 01 30 –  Bureau en Israël : + 972 (0) 2 940 00 29
Email :  alyahdegroupe@gmail.com

* Préparation à la aliya par l’association Qualita:
https://www.preparation-alyah.com/?fbclid=IwAR2vWNyZFNV71z4Lyy-TEvJPh20eUkbLknCiR1YPO3Fv-o0hbW31QuhOHKo

 

La naissance d’une nation: De Yom Hazikaron à Yom Haatsmaout 2020

Ce soir la sirène retentira à huit heures pour le début du Yom Hazikaron, ou jour du Souvenir.

yom-zikaron

Ce jour n’est pas un jour de deuil à proprement parler. Comme le dit Myriam Peretz qui a perdu deux de ses fils au combat: Mon deuil est quotidien, le jour de Yom Hazikaron est pour nous un moment où le peuple tout entier me dit qu’il n’a pas oublié ceux qui lui ont permis de vivre librement et de célébrer son indépendance.

Chaque fois que j’y pense, je me dis que logiquement nous n’aurions pas du gagner cette guerre d’indépendance qui nous a redonné notre patrie.
Cette guerre couvait déjà depuis plus de vingt ans, vingt ans d’attaques terroristes et de guérillas menées par les Arabes dont certains deviendront israéliens ! Elle a été menée dans des conditions extrêmes, presque sans moyens matériels et peu de soldats expérimentés.
Mais elle débuta dès la reconnaissance de l’état d’Israel par l’ONU*, le 29 novembre 1947. Israël fut immédiatement attaqué par un certain nombre d’armées arabes régulières dont celle de la Jaysh al Jihad al Muqqaddas, armée de la Guerre Sainte, fondée par le Grand Mufti de Jerusalem et grosse de 4000 hommes, terroristes locaux ou mercenaires européens (anciens SS bosniaques, anciens de la Wehmarcht et des Einzatsgruppen, déserteurs britanniques et de nombreux Frères Musulmans).

(L’un des plus jeunes soldats ELisha Ben David (fils d’Esther et de Tsvi), tombé à 12 ans pendant le siège de Jerusalem)

La communauté juive semble perdue et sans espoir. L’évaluation réelle faite par les pays occidentaux était qu’Israël, qui venait juste d’être établi, serait vaincu en quelques semaines. Comme l’a dit le secrétaire d’État américain George Marshall à Moses Sharett*, sur la base des estimations de la CIA et des renseignements américains: « Vous vous trouvez sur la bande côtière, les Arabes contrôlent les crêtes. Je sais que vous avez des armes et la défense, mais les Arabes ont des armées régulières, bien entraînées et des armes lourdes. Comment pouvez-vous espérer durer? « 

Et bien nous avons gagné, et nous avons gagné les suivantes grâce à tous ces soldats que l’on honore en ce jour…
la guerre d’indépendance, nous l’avons aussi gagnée grâce à la lucidité de David ben Gourion qui avait prévu bien avant 1948 ce qui allait se passer. Il savait que nos forces seraient faibles et mal équipées.  Lors d’une réunion avec l’exécutif sioniste il avait en effet déclaré, dès 1947:
« Face à une attaque armée des Arabes, il ne peut y avoir qu’une décision de force, une décision militaire juive »… Nous nous trouvons devant les successeurs et héritiers d’Hitler qui ne connaissent qu’une seule manière pour résoudre le problème juif: l’extermination! L’anéantissement total! Et c’est à cela que nous devons nous préparer! »

Dix ans plus tard, en 1958, il écrira:
« La guerre qui a permis l’indépendance d’Israel, n’est pas le chapitre final de notre histoire: la guerre pour l’indépendance est un tournant dans l’histoire d’Israel autant que la guerre de Yoshua bin Noun* ou la guerre des Makabim* – C’est un premier chapitre d’une nouvelle ère dans l’histoire de notre patrie et de nation nation. צבא הגנה לישראל (Tsva Haganah leIsrael), Tsahal, n’est pas la continuité de la Hagana* (defense) mais elle est le renouveau de la souveraineté du pouvoir hébraïque et ceci depuis l’époque ou régnaient nos rois… »
C’est pour cela, c’est pour lier intimement le deuil à la joie et le sacrifice de nos soldats à notre indépendance,  qu’en 1951, Ben Gourion  décréta que seraient honorés tous ceux qui sont tombés pour le pays, le 4 du mois de Iyar, la veille du jour de l’Indépendance.

Mais nous ne restons pas figés dans le passé et l’héroïsme. Nous savons aussi quelle souffrance cette lutte permanente a causé et cause encore. C’est pourquoi, nous nous tournons aussi vers les familles endeuillées, les familles des soldats morts au combat mais aussi celles des victimes de terroristes dignes héritiers des nazis.
Certains soldats sont morts au combat, d’autres quelques années plus tard dans un hôpital. Certains survivent difficilement et leurs blessures ne sont pas toujours visibles. Ces soldats souffrent du syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Leurs familles sont également touchées. Voici ce qu’écrit une épouse:
« Etre la femme d’un combattant brisé c’est le savoir réveillé la nuit, toujours prêt, empêchant son corps de s’assoupir pour ne pas s’écrouler.

Etre la femme d’un combattant brisé, c’est le voir agir à l’extérieur mais se désagréger à la maison et toi, tu es à la maison… C’est aussi s’endormir avec ses clés de voitures sous l’oreiller pour être plus sûre… Et paniquer quand il ne répond pas au téléphone parce que tu as peur qu’il cède cette fois… C’est éviter les endroits bruyants et surpeuplés, rester à l’écart et se taire, se rétrécir. Faire constamment attention à lui, et si tu sors avec lui, s’assurer qu’il est toujours assis le dos au mur, qu’il se sent contrôler  la situation, qui a déjà prévu une possibilité d »attaque et d’évasion au cas où… Et savoir que seulement lorsque tu t’assiéras avec lui, il pourra se détendre un peu…

Être la femme d’un combattant brisé, c’est savoir vivre seule, aller dormir seule, se lever seule, se réjouir ou être triste seule, élever des enfants seules, organiser des événements seule  parce qu’il vient de disparaître. Peur de faire partie, peur de ressentir quelque chose. Ressentir qu’il n’est pas là, même s’il est présent techniquement..

Être une femme de combattant brisé, c’est marcher sur des œufs toute la journée parce que tu ne sais pas ce qui déclenchera à nouveau son traumatisme. L’odeur brûlée du grille-pain, les cris des enfants, la maison du voisin, les bruits d’entraînement de la base à côté …
Car c’est ainsi, il est toujours au cœur du combat, attaqué en permanence, s’il s’arrête, il mourra… Et toi, tu dois l’arrêter, le calmer, lécher ses blessures et réparer le chaos…
Tu dois supporter le regard des gens qui ne comprennent pas que tu restes et que tu choisisses d’avoir un autre enfant car ils ne savent pas qu’il n’a toujours été comme ça, et que nous nous accrochons à la vie…
Tu dois expliquer aux enfants encore et encore que c’est lui et pas eux, qu’ils sont magnifiques et qu’il deviendront des adultes forts, sensibles et capables de faire face…


Etre femme d’un combattant brisé c’est aussi partager un moment de bonheur avec lui, partager la nuit où il a réussi à éviter une crise incontrôlable: un moment de victoire, lui dis-tu, en écoutant,  pleurant et tellement fière.

Être une femme d’un combattant brisé, c’est se rendre compte que vous ne vous aimerez, ne vous étreindrez ou ne vous caresserez probablement jamais parce que vous vivez avec un handicapé qui n’est plus capable d’aimer: son regard reste indifférent et creux même lorsque tu t’effondres ou que tu rêves  de lui. Alors tu écoutes en boucle le chant de Yishai Ribboh, Mon cœur est brisé, et tu es persuadée qu’il l’a écrit pour toi, parce que ton cœur est brisé…



Parfois, la personne la plus proche de toi est l’infirmière qui demande comment s’est passée la semaine, ou ta voisine à l’instant fugace où tu passes du sucre par dessus la barrière…

Tu l’as perdu sur le champ de bataille et tu le perds encore et encore  chaque fois que tu espères qu’il ira mieux et qu’il se brise à nouveau. Tu te demandes s’il faut pleurer ce qu’il était alors qu’il se tient devant toi…
Certes il n’est pas mort sur le champ de bataille mais il a été condamné à mourir à petit feu dans la misère et l’angoisse… » (d’après
Revital Witelsohn- Yaakobs)

(Makor Rishon, dessin de Noa Kellner)


De nombreuses familles vivent ainsi: 4600 invalides de Tsahal souffrent de troubles de stress post-traumatique ainsi que de nombreux civils victimes d’attentats. Pensez que lorsque vous entendez aux informations- il n’y a pas de blessés, seulement quelques personnes en état de choc- cela signifie en fait qu’il y a des blessés qui doivent être traités à l’hôpital et parfois pendant des années. Le trouble de post-traumatique souvent banalisé en « état de choc » est une vraie blessure et il est parfois très difficile d’en guérir.
Alors maintenant, alors que nous entrons dans ces jours de tant de fierté nationale, de souvenirs et de retrouvailles, souvenons-nous également des victimes transparentes*. Ce sont elles aussi elles qui portent le drapeau.

 

Ce soir, nous allumerons une bougie en mémoire de Tsvi Sharon:

tzvi sharon

 

A bientôt,

*Yom Hazikaron: Le nom complet est יום הזיכרון לחללי מערכות ישראל  (yom hazikaron le’halalei maarakhot Israel)
Quelques articles sur Yom Hazikaron:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/05/07/yom-hazikaron-%d7%99%d7%95%d7%9d-%d7%94%d7%96%d7%99%d7%9b%d7%a8%d7%95%d7%9f-2019/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/04/16/yom-hazikaron-2018/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/

Moshe Sharett:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mosh%C3%A9_Sharett

 

*La Jaysh al-Jihad al-Muqaddas est active principalement dans le siège de Jérusalem en attaquant les convois de ravitaillement en provenance de Tel-Aviv ainsi que dans le siège des implantations juives du Néguev.

*Les victimes de desordre post traumatique (post-trauma disorder ou PTSD):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/04/15/nos-soldats-ne-prennent-pas-de-vacances/
https://www.natal.org.il/en/about-us/

La Mimouna

Couvre-feu sur Jerusalem jusqu’à ce soir, ceci pour éviter notre transhumance habituelle des jours de fête ainsi que les traditionnels pique-niques de la Mimouna.

La Mimouna est une coutume des Juifs du Maroc qui clôture la fin de la semaine de Pessah par un festin de gâteaux et de crêpes. Mais ce n’est pas qu’un festin. Sur la table sont présents un certain nombre de mets symbolisant la fertilité et l’abondance: un bol de farine blanche et de gousses de fèves, un cône de sucre, des tiges de blé et d’autres plantes vertes, du yaourt, un poisson, du lait et du beurre et parfois même des bijoux ou des pièces d’or.


Ici, c’est devenu une fête quasiment nationale et les personnalités politiques ou autres passent d’un gâteau à une crêpe tout en se faisant photographier.

(ici Ofer Akounis, le ministre des Sciences)

J’écris crêpe mais en fait, ce ne sont pas des crêpes classiques mais des mofletas ou territes comme on dit dans la zone espagnole du Maroc. Elles sont préparées simplement avec de la farine, un peu de sel et de l’eau, sans ajout de lait. En voici la recette dans cette vidéo:

Sur la photo ci-dessous, des plateaux de mofletot pour les soldats stationnés au kibboutz Na’hal Oz.

Personne ne sait vraiment d’ou vient le mot Mimouna. Pour certains, il s’agit d’une coutume honorant le père de Moshe ben Maimon (Maimonide), mort à Fez le dernier jour de Pessa’h.
Pour d’autres, le mot viendrait de Mouna, pain parfumé à l’eau de fleur d’oranger que les chrétiens espagnols  dégustaient le jour de Pâques et les Juifs, tout aussi gourmands, le lendemain de Pessa’h.
Les Juifs l’auraient tellement apprécié qu’ils en auraient emporté la recette au Maroc après l’expulsion de l’année 1492.
Pour d’autres encore, Mimouna viendrait du mot mimoun qui en judeo-arabe veut dire chance et qui était d’ailleurs devenu un prénom assez courant.
Enfin certains parlent de la déesse Lalla Mimouna, vénérée par la tribu des Gnawa malgré l’islamisation forcée des berbères marocains…
Un reste de superstition païenne chez nous? J’espère que je ne choque personne mais lisez le Tanakh et vous verrez combien nous avons souvent lorgné chez nos voisins!
Quoi qu’il en soit, le soir de la Mimouna, chacun souhaite une bonne chance à ses amis en judeo-arabe: Terba’h, en hébreu תרוויח (tarvia’h), que tu gagnes!

Cette année, vu la situation, la Mimouna est très modeste, sans invités, mais beaucoup préparent  les traditionnels gâteaux et les célèbres  mofletas pour les offrir à leurs voisins de palier, déposant sagement le plateau devant leur porte et dès hier soir, les concerts de rue se sont multipliées un peu partout comme ici, à Yokneam, près de ‘Haifa) certains sont même sortis sans masque… Ah les Juifs!:

Portez-vous bien,

A bientôt

Shabbat shalom

Le printemps montre son nez après un hiver long et pluvieux, ce qui pour nous est une bénédiction.
Mais les nouvelles sont sinistres, comment lutter?

Voici quelques photos d’Israel en ce début de printemps encore timide cette année:

Le Mont ‘Hermon:

 

(Photo prise cette semaine par Avi Ebert) 

La Galilée verdoyante:

Là aussi:

Et encore:

J’ai trouvé ces deux photos du même yishuv dans la vallée du Jourdain, au crépuscule et au lever du soleil:

(photo Avi Zaidel)

Le désert du Neguev en fleurs:


(photos Tsur Mutzeri)

 

 

Ces jours, des volontaires partent aider les agriculteurs. Ici la récolte des clémentines:

 

Les tourterelles sont revenues comme tous les printemps nicher sur la lanterne de notre porche…

Nous sommes tous loin de ceux que nous aimons. Heureusement le téléphone, internet, les nouvelles applications comme Zoom nous aident à surmonter, nous y arriverons, nous nous en sortirons…
Cette semaine, grâce à Zoom, nous avons pu suivre virtuellement la Brit Mila émouvante d’Ari ben Andreï et Auria*: les jeunes parents étaient tous seuls avec le rav mais nous avons pu leur crier de loin Mazal Tov

Mazal Tov Ari, mazal tov à ses parents et grands parents

 

Ma fille vient de m’envoyer une chanson d’Idan Reichel:

 

יום אחד זה יקרה
בלי שנרגיש, משהו ישתנה
משהו ירגע בנו, משהו יגע בנו
ולא יהיה ממה לחשוש.

Un jour, ça arrivera…
Sans que nous le sentions, quelque chose va changer
Quelque chose nous calmera, quelque chose nous touchera
Et il n’y aura rien à craindre.

שבת שלוםת

Et je rajoute une photo qui ne passe pas dans son commentaire:

pensees 2020

Un nouveau pied de pensées dans son jardin!

Passez un bon shabbat, et portez-vous bien,
A bientôt,

 

*Andreï et Auria:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/08/25/le-devoir-avant-tout/

 

Au temps du Corona…

J’espère que vous allez tous bien, chers amis,

En tout cas, bravo, bravissimo aux Italiens qui chantent à leur balcon.

Les murailles de Jerusalem se sont illuminées en leur honneur

Nous chantons aussi à  Peta’h Tikva:

et à Jerusalem:

Bashana haba’a, neshev al hamirpeset venispor tziporim nodedot.
L’année prochaine nous serons assis sous le porche en comptant les oiseaux migrateurs

Yeladim, bekhoufsha, yesakhakhu tofeset beyn habayit, oulebeyn hasadot.
Les enfants en vacances joueront à cache-cache entre la maison et les champs

Od tire, od tire, kama tov yihye, bashana, bashana haba’a
Vous verrez, vous verrez combien tout ira bien l’année prochaine

Anavim adumim, yavshilu ad ha’erev veyugshu tzonenim lashulkhan.
Les raisins rouges mûriront jusqu’au soir et seront servis frais à table

Verukhot redumim, yis’u el em haderekh itonim yeshanim ve’anan.
Une brise agréable soufflera aux carrefours, soulevant de vieux journaux et les nuages

Od tire, od tire, kama tov yihye, bashana, bashana haba’a
Vous verrez, vous verrez comme tout ira bien l’année prochaine

Bashana haba’a, nifros kapot yadayim, mul ha’or hanigar halavan.
L’année prochaine nous élèverons nos mains face à la lumière blanche et brillante

Anafa levana, tifros ba’or knafayim vehashemesh tizrakh betokhan.
Un héron blanc déploiera ses ailes dans la lumière et le soleil y brillera

Od tire, od tire, kama tov yihye, bashana, bashana haba’a
Vous verrez, vous verrez combien tout ira bien l’année prochaine

Et quelques mariages fleurissent dans des supermarchés, les seuls lieux ouverts en dehors des hôpitaux et pharmacies: Mazal Tov!

Comme on dit ici:

עברנו את פרועת נעבור גם את זה (Avarnou et Paro, naavor gam et ze),
Nous avons survécu à Pharaon, nous dépasserons cela aussi

Prenez soin de vous et à bientot,

Les actes comptent, et non pas le verbiage… des discours sans dents!

Je ne sais plus si je vous ai déjà parlé du projet 929 ou התנ’ך ביחד  (Hatanakh beya’had), le Tanakh ensemble. Nommé ainsi d’après les 929 chapitres de la Bible, c’est un projet unique en Israël qui propose au grand public une nouvelle coutume judéo-israélienne : lire chaque jour un chapitre du Tanakh, sauf le vendredi et le shabbat, soit 5 chapitres par semaine. Chaque jour, un nouveau texte biblique apparaît sur le site 929.org.il, accompagné d’informations intéressantes, d’explications, de vidéos et d’images qui apportent toutes un éventail de points de vue et des perspectives, parfois très différentes les unes des autres.
Un peu partout dans le pays, des petits groupes d’étude hebdomadaire permettent aux participants de discuter ensemble sur ce qu’ils ont étudié pendant la semaine. Les participants se réunissent chez des particuliers, dans des Centres culturels, des cafés,

(dans un café à Ashdod, site Ashdod.net)

ou de manière plus formelle dans la maison du président de l’état Reuven Rivlin:

Tous les dimanches soir, je m’en vais donc dans le quartier de Gilo, à Jerusalem, pour échanger avec une dizaine de personnes sur les chapitres de la semaine. Dans mon groupe aucun des participants n’est considéré comme vraiment pratiquant mais comme le dit Akiva, l’un de mes amis: la Thora a été donnée à tout le peuple et pas seulement aux religieux!
La semaine dernière, nous avons terminé le livre du prophète ישעיהו (Yishayaou), ou Isaïe, dont les derniers chapitres nous parlent de גאולה (gueoula)*. On y trouve entre autres cet verset qui m’a particulièrement frappée cette semaine:
Et ils viendront à toi, tête, basse, les fils de tes persécuteurs, et tous tes insulteurs se prosterneront jusqu’à la plante de tes pieds; ils t’appelleront Cité de l’Eternel, la Sion du Saint d’Israël. (Yshayahou-Isaïe 60,14)
וְהָלְכוּ אֵלַיִךְ שְׁחוֹחַ בְּנֵי מְעַנַּיִךְ, וְהִשְׁתַּחֲווּ עַל-כַּפּוֹת רַגְלַיִךְ כָּל-מְנַאֲצָיִךְ; וְקָרְאוּ לָךְ עִיר יְהוָה, צִיּוֹן קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל. טו תַּחַת הֱיוֹתֵךְ עֲזוּבָה וּשְׂנוּאָה, וְאֵין עוֹבֵר; וְשַׂמְתִּיךְ לִגְאוֹן עוֹלָם, מְשׂוֹשׂ דּוֹר וָדוֹר

Le journaliste Amit Segal, a lui aussi été frappé par ces paroles prophétiques, lues la semaine dernière, alors que se tenait à Jerusalem le 5 ème Forum International sur la Shoah*, en présence d’une cinquantaine de chefs d’état et de têtes couronnées.

L’allocution du président allemand lors de la cérémonie fut pleine de contrition:
Chaque fois qu’un dirigeant allemand vient à Yad Vashem, écrit Amit Segal, et qu’on lui rappelle par cette visite de quoi son pays fut responsable il y a quelques années, je me souviens de ces versets…

Il a aussi évoqué les paroles de son oncle le Rav Israel Meir Lau, lors de cet même forum.

Le rav Lau a rappelé à ces dirigeants qui se tenaient devant lui l’histoire de l’arche de Noa’h:
Comment se fait-il que des animaux très différents les uns des autres et parfois agressifs les uns envers les autres aient pu tenir ensemble 150 jours dans cet espace clos qu’était l’arche? Tout simplement parce qu’ils avaient un ennemi commun. Le déluge leur faisait suffisamment peur… Et aujourd’hui? N’avons nous pas des ennemis communs qui nous menacent tous au delà de nos différences et de nos dissensions? La  violence, la terreur! Comment pouvons-nous nous permettre de tolérer cette cruauté? Quand serons-nous aussi intelligents que les animaux de l’arche? Quand la réalité est tellement dangereuse, nous n’avons pas d’autre choix que de vivre en bonne intelligence.
Le rav Lau a préféré s’éloigner de cette vision idéale d’un futur radieux pour Israel et les nations, quand enfin le loup vivra avec l’agneau,  et a choisi de s’ancrer dans la réalité.
Pour moi,
ajoute Amit Segal, le choix de mon oncle fut surprenant: c’est un homme d’étude, de foi, qui a refusé de surfer sur la description merveilleuse de la geoula et s’est concentré sur la responsabilité humaine.  Lui, qui a vécu le premier chapitre de sa vie dans le camp de Buchenwald, chemine dans ce monde les yeux ouverts mais prudents dans son rapport avec l’humanité.

(Loulek (Israel Meir) Lau, en compagnie de soldats américains qui lui ont retaillé
des vêtements de la Hitlerjugend quelques temps après la libération de Buchenwald
)

Ça m’a pris quelque moment, continue Amit Segal, pour comprendre dans quelle direction le rav Lau voulait aller. Mais après avoir réfléchi je me suis aperçu qu’il était le seul qui n’avait pas parlé de commémoration. Il a entendu la demande de pardon du président allemand mais il l’a repoussée en expliquant qu’il n’avait pas l’autorité pour pardonner au nom de toutes les victimes. Il a regardé droit dans les yeux tous les dirigeants et leur a assuré que nous n’oublierons pas. Ce fut le discours d’un Juif droit et fier et qui se souvient du mal dans sa pire noirceur et nous demande de ne pas nous laisser actuellement tenter par cette prophétie où des agneaux vivront sans crainte au côté des loups, mais en fait d’agir pour le bien.

Un jour, sans doute, le loup habitera avec la brebis, et le tigre reposera avec le chevreau; veaux, lionceaux et béliers vivront ensemble. Mais nous en sommes bien loin. Pleurer sur des Juifs morts et dédouaner en même temps les assassins d’aujourd’hui ne fait pas avancer ni la justice ni la paix et ça le Rav Lau le sait bien: à un journaliste qui lui demandait son impression sur la cérémonie et sur l’intention affirmée par tous de lutter contre l’antisémitisme , il a répondu avec clairvoyance: Les discours de tous ces dirigeants étaient très bien tournés mais ils étaient sans dents…

A bientôt,

 

*Le projet 929 a été lancé en 2014 à l’initiative du vice-ministre de l’Education, Avi Wurzman, et du rav Benny Lau (neveu du Rav Israel Meir Lau).
Si vous comprenez l’hébreu ou l’anglais voici de quoi étudier:
https://www.929.org.il/p/home
https://www.929.org.il/lang/en/today

*La gueoula: ce mot est traduit en français par rédemption, c’est à dire le fait de racheter ses péchés. Mais ceci est une notion chrétienne qui a peu à voir avec la gueoula telle que la tradition juive la pense. Pour nous il s’agit de notre libération finale à l’époque du Mashi’ah. Pour le sionisme, la renaissance de l’État d’Israël n’est pas considérée comme un but, mais plutôt comme le début d’un processus, dans lequel de nombreuses étapes se produiront encore.

*5 ème Forum International sur la Shoah, le 23 janvier 2020:
https://www.yadvashem.org/fr/forum-shoah-2020/about.html

*Le rav Israel Meir (Loulek) Lau: déporté à Buchenwald à l’age de 7 ans avec son frère aîné. Il a survécu grâce à un médecin tchèque, lui-même déporté, qui a déclaré aux SS que l’enfant n’était pas juif et qu’il avait été raflé alors qu’il jouait chez un de ses camarades juif. Les SS l’ont alors amené dans la partie du camp réservée aux prisonniers de guerre russes. Les conditions y étaient catastrophiques mais ce subterfuge lui a évité d’être envoyé dans une chambre à gaz. Les soldats russes l’ont protégé autant qu’ils ont pu, lui donnant une partie de leur nourriture. L’un deux, Fiodor, voulait même l’adopter à la fin de la guerre. Mais Loulek, s’est souvenu des paroles de Naphtali son frère: Eretz Israel. Encore une fois. Répète encore. Eretz Israel, c’est la maison des Juifs et c’est là que nous devons retourner. C’est le seul endroit au monde où les Juifs ne sont pas tués. Alors si tu restes en vie, il y a certainement des gens qui voudront te prendre avec eux et te conduire ailleurs… mais rappelle-toi ce que je te dis: seulement en Eretz Israel.
Loulek, histoire d’un enfant de Buchenwald qui devient grand-rabbin d’Israel, Jerusalem Publications, 2009
http://collectifhistoirememoire.org/Pages/107_Israel-Meir-Lau.html

Justice, vous avez-dit justice?

Le procureur de la Cour Pénale Internationale qui siège à La Haye, Fatou Bensouda*, a conclu son examen préliminaire – étape préalable à l’ouverture d’une enquête- et décidé que des crimes relevant de la C.P.I. avaient été commis dans les territoires palestiniens occupés. Fatou Bensouda se dit convaincue que des crimes de guerre ont été commis en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est* et dans la bande de Gaza, bien qu’il n’y ait plus un seul israélien à Gaza depuis 2005, mais elle n’est sans doute pas au courant*.
Bref, puisqu’elle enquête sur nous, pourquoi ne pas lui rendre la pareille?
Le C.V. de Fatou Bensouda est vraiment impressionnant. Née en 1961 à Banjul, capitale de la Gambie, un des pays les plus pauvres de la planète, elle vient d’une famille nombreuse de 15 enfants et polygame. Elle perd son père très jeune et malgré tous ces handicaps, elle entreprend des études de droit grâce à une bourse, et devient avocate. Bravo!
Elle ne s’arrête pas là!
Peu de temps après avoir obtenu son diplôme, elle devient procureur, puis conseiller juridique du nouveau président gambien et ensuite ministre de la justice jusqu’en 2000, puis conseillère juridique et substitut du procureur au Tribunal pénal pour le Rwanda en Tanzanie. Ce qui la propulse en 2004 à la Haye, comme procureur du C.P.I. Si vous lisez sa biographie sur Wikipedia*, vous aurez tous les détails de ses nombreux diplômes et postes dans les instances internationales.


Mais la donnerais-je en exemple à mes petits enfants pour son parcours sans faute? Non!
Ce que Wikipedia ne dit pas c’est qu’en 1994, le nouveau président de la Gambie n’a pas été élu. Yahya Jamneh est arrivé à son poste par un coup d’état. Il est connu pour être un des pires dictateurs islamiques africains. Fatou Bensouda a été le témoin de toutes les turpitudes du régime et les a cautionnées, ne serait-ce qu’en montant tous les échelons: conseillère juridique, procureur général puis ministre de la justice.


Même si elle n’est restée que 6 ans auprès du dictateur, il n’est pas possible qu’elle n’ait pas su. Elle a approuvé ces ignominies qui ont été finalement dévoilées lorsque le tyran local a été destitué après 22 ans de pouvoir absolu. Yahya Jamneh a fait arrêter, emprisonner, exécuter parfois sans procès des milliers de Gambiens. Son gouvernement était tellement corrompu que les organisations humanitaires internationales essayaient autant qu’elles le pouvaient de contourner les officiels gambiens en espérant qu’ainsi l’aide arriverait réellement à la population affamée. Yahia Jamneh considérait Ahmedinedjad comme son mentor et l’application de la charia valait celle du régime iranien ou celle de Daesh…
Et Fatou Bensouda, ministre de la justice de ce brave homme, n’aurait rien su?
Enfin, quand en 2017, le pays, débarrassé de ce tyran, a pu mettre sur pied la commission Vérité et Réconciliation, de nombreux témoignages d’opposants, arrêtés et torturés, l’ont impliquée très clairement: elle siégeait au tribunal, empêchait les victimes de parler et sortait de la salle en leur disant: tu est jugé pour traîtrise, tu n’as rien à dire.
Les survivants aimeraient bien qu’elle vienne témoigner, mais elle ne viendra pas, elle tellement occupée à La Haye…
Mais s’il n’y avait que cela!
Si les Gambiens sont très en colère contre elle, ils ne sont pas les seuls.
En Amérique du Sud la C.P.I. traîne les pieds dans l’enquête sur la privation des droits de l’homme pendant les années Hugo Chavez et Nicolas Maduro. En septembre 2016, pendant l’assemblée générale de l’ONU, plusieurs pays, l’Argentine, le Canada, le Chili, la Colombie, le Paraguay et le Pérou s’étaient pourtant adressés à la C.P.I. exigeant une enquête pour crimes contre l’humanité au Venezuela: emprisonnements illégaux, tortures et meurtres de manifestants par des bandes armées proches du régime, les collectivos*… Une enquête préliminaire a été enfin ouverte au C.P.I en 2017 mais curieusement n’a toujours pas abouti… Les journaux sud américains, surnomment Fatou Bensouda par dérision, le bunker du Chavisme.

Mais quel lien a donc Fatou Bensouda avec un régime dictatorial si loin de sa Gambie natale ou de La Haye?
C’est qu’elle y a des amis et pas n’importe lesquels! On la voit photographiée avec Maikel Moreno*, président de la Cour Suprême du Venezuela en compagnie de Haifa Al Aissami , ambassadrice du Venezuela au C.P.I.

(Maikel Moreno serre la main de Fatou Bensouda, Haifa Al Aissami se trouve à droite sur la photo)

Elle est photographiée avec deux collègues me direz-vous, ce n’est pas si grave!
Ça le devient lorsque Walter Marquez Rondon, ancien ambassadeur du Venezuela en Inde, demande au C.P.I d’ouvrir une instruction sur Fatou Bensouda pour négligence et retard dans l’enquête sur le pouvoir vénézuélien actuel.

(Walter Marquez Rondon)

Il exige que Fatou Bensouda soit dessaisie de l’enquête en affirmant qu’elle est l’obligée de Nicolas Maduro et est liée personnellement avec Haifa Al Aissami, l’ambassadrice du Venezuela au C.P.I. Cette dernière est la sœur de Tarik Al Aissami.
Tarik Al Aissami, ministre de l’industrie dans le gouvernement de Maduro, mais aussi ancien ministre de l’Intérieur, est recherché aux USA: il y est suspecté de trafic de drogues et de blanchiment d’argent. Il est d’ailleurs surnommé El narco Tarek!
Dans le passé, le nom de Tarek Al Aissami est apparu dans une affaire de vente de passeports vénézuéliens à des membres du Hezbollah et d’autres organisations terroristes. Walter Marquez Rondon affirme aussi que Fatou Bensouda et Haifa Aissami sont de grandes amies.
L’été dernier, il a été question au C.P.I de  licencier Fatou Bensouda pour faute lourde après la plainte déposée par Walter Marquez Rondon, mais cela n’a pas été suivi d’effet. Elle a finalement publié il y a quelques semaines un rapport sur l’enquête préliminaire concernant le Venezuela, rapport si peu professionnel qu’il n’a suscité que critiques et moqueries. Et cette fois,dans les journaux sud américains, elle a été surnommée la petite copine de la famille Al Aissami.
Et dire que pour le Times, Fatou Bensouda est un modèle, l’une des femmes africaines les plus influentes du monde. C’est sans doute malheureusement vrai et c’est bien triste. Quant au  Guardian, ce journal doit avoir le sens du l’humour: Fatou Bensouda y est appelée la femme qui chasse des tyrans. Ça dépend lesquels.

Israel s’intéresse de près à la famille Al Aissami:
Il y a quelques mois, Tarek Aissami est venu en visite en Turquie pour y monter une usine de raffinement d’or. Israel soupçonne le Venezuela, pays particulièrement riche en or, de l’envoyer en Turquie officiellement pour le faire raffiner mais en réalité pour contourner les sanctions contre l’Iran via la Turquie… Belle coopération entre trois dictatures, Venezuela, Turquie et Iran!

Enfin, en ce qui nous concerne, Fatou Bensouda affirme que les résultats de l’enquête préliminaire  contre Israel, ouverte à la demande de l’Autorité Palestinienne, remplissent tous les critères permettant l’investigation pour crimes de guerre, déportation et apartheid en Judée-Samarie ainsi qu’à Jerusalem. Nous ne nous laisserons pas faire. Personne n’est pas intouchable.

Toutefois, il serait bon de s’interroger sur les critères qui prévalent à la C.P.I pour l’embauche de leurs employés. Et on dira que les organismes internationaux sont neutres!

(Caricature de Shay Tsharka parue dans Makor Rishon)

Je ne suis pas journaliste. Tout le crédit de ces recherches revient à Pazit Rabina, journaliste à Makor Rishon*.

A bientôt,

 

 

*Fatou Bensouda est mariée a un homme d’affaires d’origine marocaine, Philip Bensouda. Contrairement à ce qu’affirment certains journaux, il n’est ni juif ni israélien. Il se nomme en fait Philip Faycal Bensouda. Sa famille fait partie des familles les plus proches du pouvoir.
Il y a quelques années, Georges Bensouda (fils de Fatou Bensouda et connu comme trafiquant de drogue) s’est fait tuer par un concurrent, Karim Ase dans les rues de Saint Paul, Minnesota.

*Pour moi dire Cis-jordanie est comme dire Cis-allemagne à propos de l’Alsace. La Judée et la Samarie n’ont été jordaniennes que pendant seulement 19 ans, de 1948 à 1967 et se trouvent, ainsi que Gaza, sur le territoire du Foyer National Juif.

*Jerusalem-est? Comme je l’ai déjà écrit dans un de mes articles, après avoir crié sa joie en voyant Berlin réunifiée et redevenir la capitale de l’Allemagne, une certaine bien-pensance veut nous imposer ce qu’elle a jugé catastrophique pour les Berlinois mais tout à fait acceptable, voire recommandé pour nous! Et le sinistre Berlin-Est, Berlin-Ouest devient le tout à fait raisonnable Jerusalem-Est, Jerusalem-Ouest.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*La bande de Gaza:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/29/les-juifs-de-gaza/

*Biographie édulcorée de Fatou Bensouda:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fatou_Bensouda

*Les collectivos:
Les «colectivos» sont apparus sous l’administration de Hugo Chávez dans le but de défendre la révolution bolivarienne et ont depuis été soutenus par le gouvernement. Armés et voyageant en motocyclette, les «colectivos» sont utilisés par le régime pour restreindre les manifestations contre le gouvernement ainsi que pour ramener violemment «l’ordre» par des raids, comme ceux que l’on voit de plus en plus au Venezuela ces derniers temps.

*Maikel Moreno: Moreno est reconnu coupable de l’assassinat de Rubén Gil Márquez, en 1989 mais lisez  aussi la suite… et il a été nommé Président de la Cour Suprême au Venezuela?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maikel_Moreno

*Haifa Al Assaimi:
https://es.wikipedia.org/wiki/Haifa_El_Aissami

*Tarek Al Aissami:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tareck_El_Aissami

*Makor rishon:
https://www.makorrishon.co.il/news/yoman/192837/

Un téléphérique à Jerusalem

Depuis longtemps la mairie de Jerusalem envisage de construire un téléphérique entre le Mont Tsion* et le Mont des Oliviers.
Evidemment l’Union Européenne, comme à l’accoutumée, a décidé de se mêler de nos affaires et bien sûr, de s’opposer formellement au projet. Déjà en 2015, des entreprises françaises, sur les conseils du Quai d’Orsay*, avaient du renoncer à participer à l’appel d’offre lancé par la municipalité de Jérusalem.
Mais maintenant, le projet est en marche: une commission colonialiste et sioniste a donné son feu vert le 4 novembre dernier: ce téléphérique pourra transporter jusqu’à 3 000 personnes par heure dans 72 cabines accueillant chacune 10 personnes.
Sur un parcours de 1,5 km, il reliera le mont Tsion jusqu’au mont des Oliviers, à l’est de la ville, en passant par la Porte des Ordures*, porte la plus proche du Kotel, puis par la cité de David et Silwan (Shilo’h). 3000 personnes par heure, cela fait beaucoup de cars de tourisme en moins, et donc moins d’embouteillages, moins de pollution, quand on sait que Jerusalem reçoit près de 5 000 000* de visiteurs chaque année.
Mais selon les Européens un tel téléphérique porterait atteinte au patrimoine et aux droits des Arabes!
A la différence des Européens et tout particulièrement de la France, Israël ne se préoccupera pas et ne se prononcera pas sur les conséquences de la prochaine construction du téléphérique urbain prévu à Toulouse. Nous n’avons pas cette arrogance…
Les Européens ne changeront pas…
Ils ne voulaient déjà pas du tramway qui traverse la ville et permet à de nombreux Yerushalmim (sans distinction de croyance ou d’origine, contrairement à ce que beaucoup écrivent) de se déplacer plus facilement sous prétexte qu’il dessert aussi les fameux territoires occupés*.
En fait pour eux un Arabe est un pauvre type qui ne doit se déplacer qu’à pied ou à la rigueur à dos d’âne. Les Européens sont des dames patronnesses qui surveillent leurs pauvres de très près au cas ou ils voudraient s’émanciper et profiter du niveau de vie des sionistes!

Mais les ignorants contempteurs et autres calomniateurs systématiques d’Israël ne savaient pas que Jérusalem a déjà eu un téléphérique…

Le 18 mai 1948, nous sommes en pleine guerre de l’Indépendance. Le Palma’h essaye en vain de libérer le quartier juif assiégé et le 28 mai, le quartier tombe au mains de la Légion Arabe. La zone du mont Tsion se trouve à l’extérieur des murailles sur la colline d’en face. Elle est toujours aux mains des Juifs et elle est en première ligne. Une étroite tranchée, partiellement couverte, permet l’acheminement de la nourriture et des blessés mais le passage est difficile et dangereux sous le feu des snipers jordaniens.

Aussi, en décembre 1948, un ancien de l’Irgoun* Uriel Heifetz* a une idée géniale: construire un téléphérique rudimentaire en remplacement de la tranchée. Jeune homme plein d’imagination, il aime trouver des solutions créatives à tous les problèmes.
Evidemment, cette idée de construire un téléphérique en pleine guerre et sous le feu des Jordaniens ne pouvait venir que de lui!…

C’est ainsi que fut tendu un câble en acier, long de 200 mètres depuis l’hôpital Saint John, maintenant hôtel du Mont Tsion, jusqu’à un second poste de l’armée.

Actionné par trois soldats à chaque extrémité, il pouvait transporter 250 kg dans la cabine et ne fonctionnait que pendant la nuit.

Pendant la journée, il était descendu au fond du ravin, caché aux yeux des soldats jordaniens postés sur les murailles de la Vieille Ville.

Le téléphérique a été utilisé régulièrement pendant environ six mois, jusqu’à la signature des accords d’armistice en juillet 1949. Il restera en place sans fonctionner jusqu’à la réunification de Jerusalem après la guerre des 6 jours.

 

Une rue de Jerusalem a été nommée נתיב הרכבל, Netiv HaRakevel, le chemin du téléphérique en l’honneur d’Uriel Heifetz et de son projet.

 

Un musée du téléphérique se trouve actuellement dans l’hôtel du Mont Tzion:

(Hotel du Mont Tsion, face au murailles)

Ni Uriel Heifetz ni les soldats en poste ne pouvaient alors imaginer que leur téléphérique surplombait la future piscine de l’hôtel.

A bientôt,

*La Porte des Ordures:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/13/la-porte-des-fleurs-ou-la-porte-des-ordures/

 

* Irgoun, en hébreu ארגון, organisation, de son nom complet Irgoun Tsvaï Leoumi, ארגון צבאי לאומי,  Organisation Militaire Nationale, parfois abrégé en I.Z.L., (acronyme lui-même lexicalisé en Etzel, אצ״ל), est une organisation armée sioniste née en 1931 en Palestine mandataire, à la suite d’une scission de la Haganah, et dirigée à partir de 1943 par Mena’hem Begin.

* https://www.europe-israel.org/2015/03/les-entreprises-francaises-sont-contraintes-dabandonner-le-projet-de-la-construction-du-telepherique-a-jerusalem/

* Je ne me suis pas trompée dans le nombre de zéros. Les six villes les plus visitées au monde en 2019 ont été Hong Kong (26,7 millions de touristes malgré les manifestations), Bangkok (25,8 millions), Macao (20,6 millions), Singapour (19,8 millions), Londres (19,6 millions), et Paris (19,1 millions).

* Uriel Heifetz:
Né à  Vienne en 1922, il a pu rejoindre la Palestine à temps avec ses parents. Membre du Betar et de l’Irgoun. En 1944, il attaque le Haut Commandement militaire britannique à Jerusalem. Arrêté et déporté dans un camp d‘internement britannique en Erythrée jusqu’en 1948, il s’arrangera pour faciliter l’évasion de nombre de ses compagnons par des tunnels qu’il aura construit à la barbe des britanniques.
A son retour, il est nomme officier de la brigade Etzion et continuera a trouver des solutions créatives pour le bien et la sécurité de l’état d’Israel.
Après la guerre d’indépendance, il continuera son travail en temps qu’officier mécanicien: Douze de ses inventions ont remporté le prix de la sécurité d’Israël pour « ses nombreuses années de dévouement et de bénévolat afin de résoudre des problèmes techniques opérationnels« . Je rajouterai et de sauver des vies car en 1974, il a réussi à sauver 17 enfants, lors du massacre de Maalot* perpétré par les terroristes du FPLP qui ont attaqué une école après avoir décimé les personnes rencontrées sur leur chemin. 22 enfants ont été tués et 68 ont été blessés. Ce faisant, Uriel Heifetz fut grièvement blessé par un des terroristes.
Paralysé, il réussit à survivre pendant 4 ans et mourut le 18 décembre 1978 a l’age de 56 ans.

Pour mémoire, le chef du commando terroriste de Maalot, Khaled Nizal, fut honoré en présence de Ma’hmoud Abbas par une stèle à Jénine que le général Yoav Mordekhai fit détruire en 2017.

Si vous lisez l’hébreu:
https://www.izkor.gov.il/%D7%90%D7%95%D7%A8%D7%99%D7%90%D7%9C%20%D7%97%D7%A4%D7%A5/en_c5dedc68195381ce75778f368fd7bd

* Le mot רככל, rakevel, qui signifie téléphérique, a été formé à partir des mots רקבת, train et כבל, câble. Lors de la construction du funiculaire de ‘Haifa en 1959, il fut officiellement validé par l’Académie de la Langue Hébraïque. Les deux mots train et câble sont eux-mêmes d’origine biblique. A l’époque du Tanakh, la racine Resh Kaf Beit, רכב, rekhev, veut dire chevaucher (Elle signifie aussi maintenant un véhicule).
Quant à כבל, Kavel, le câble, on le trouve dans le Psaume 149,8:
לֶאְסֹר מַלְכֵיהֶם בְּזִקִּים; וְנִכְבְּדֵיהֶם, בְּכַבְלֵי בַרְזֶל
Ils attacheront leurs rois par des chaînes, et leurs nobles par des câbles de fer.
Certains membres de l’Académie chipotent encore: faut-il dire Rakhebal ou Rakevel?

 

Le sentier du Sanhedrin (1)

Les missiles sont tombés en continu dans toute une partie du pays pendant deux jours: plus de 400! Une attaque du Djihad Islamique, en provenance de Gaza.

(le dernier tube du ‘Hamas qui cette fois ne participe pas aux réjouissances mais encourage le Djihad Islamique)

Il parait que nous avons droit à un cessez-le-feu en ce moment, mais comme le rapportent les parents d’Hadar Goldin: c’est précisément pendant un cessez-le-feu que notre fils a été kidnappé*. Un cessez-le-feu jusqu’à quand? Jusqu’au prochain round?
Aussi pour nous changer les idées, je vous propose un petit tour en Galilée. Empruntons le sentier du Sanhedrin…

Retrouvons nous au début de l’ère chrétienne*.
Comme vous le savez, en l’an 70, Titus détruit le Temple et une partie de la ville de Jerusalem*. Les membres du Sandedrin* peuvent heureusement se réfugier sur la côte, dans la ville de Yavne. C’est là que commencera la rédaction de la Mishna*.
Malheureusement, en 135, après la défaite de Bar Kochba, une terrible répression s’abat sur les Juifs. Jerusalem, rasée et renommée Aelia Capitolina est devenue une zone interdite aux Juifs, judenrein.
La ville de Yavne devient elle aussi trop dangereuse. Les Sages du Sanhedrin  se réfugient alors plus au nord pour pouvoir continuer leur travail. Ce n’est que le début d’un long périple. Pour survivre, ils devront se déplacer de ville en ville en Galilée.
Commençons, nous aussi, ce périple.
Tout au début, ils s’arrêtent à אושה ,Usha, en Galilée occidentale. Son nom, Usha, vient sans doute du mot אשיה, ashiya, un créneau, employé par le prophète Jérémie qui tonne contre Babel en Chaldée (Jérémie 50,15):
הָרִיעוּ עָלֶיהָ סָבִיב, נָתְנָה יָדָהּ, נָפְלוּ אשויתיה (אָשְׁיוֹתֶיהָ), נֶהֶרְסוּ חוֹמוֹתֶיהָ: כִּי נִקְמַת יְהוָה הִיא הִנָּקְמוּ בָהּ, כַּאֲשֶׁר עָשְׂתָה עֲשׂוּ-לָהּ.
Poussez le cri de guerre contre elle de toutes parts: elle tend les mains, ses créneaux tombent, ses murs s’écroulent, car ce sont les représailles de l’Eternel. Vengez-vous sur elle, faites-lui ce qu’elle a fait elle-même.
De Usha, il ne reste que quelques ruines mais si son nom veut dire créneau, c’était certainement une place fortifiée. Ce qu’on connait du Usha de cette période  nous est transmis par quelques textes de la Mishna: ils nous racontent que le président du Sanhedrin, alors Yehuda Ben Baba, avait voulu ignorer l’interdiction romaine d’ordonner des sages, ce qui lui valu d’être exécuté par le pouvoir romain.

(tombe de Yehouda ben Baba. La tombe elle-même se trouve dans une grotte)

Usha tombera ensuite dans l’oubli mais des fouilles archéologiques décrivent un habitat juif jusqu’au 17 ème siècle.

Au début du 20 siècle, sera fondé le kibboutz Usha par des immigrants venus de Pologne,

et ceci juste après que l’ancien village de Usha lui-même et le village voisin de Kassair aient été colonisés par des Arabes venus…. d’Algérie dans les années 20 pour travailler dans les usines de ‘Haifa!

Si le développement économique de la Galilée à cette époque nous semble actuellement bien peu attrayant, il est sûr que dans les années 20, le niveau de vie des pionniers, bien que très bas, attisait l’envie d’un monde arabe qui végétait dans la misère! Pendant la guerre d’Indépendance, le kibboutz Usha et le kibboutz voisin Ramat Yohanan furent attaqués par le bataillon druze de l’Armée de Libération Arabe* auquel s’étaient joints les villageois musulmans de Usha et de Kassair.
Mais en vain. Les habitants du village arabe de Usha et de Kassair s’enfuirent au Liban. Il est sûr que leurs descendants se revendiquent maintenant réfugiés palestiniens!

Mais revenons au Sanhedrin:
Fuyant Usha en l’année 140, les sages se réfugient à Shfar’am,  quelques kilomètres plus à l’est.
Shfaram est maintenant une ville arabe mais on y trouve des vestiges byzantins ainsi qu’une ancienne synagogue bâtie au 17 ème siècle, sur les ruines de synagogues précédentes.

En 165, le Sanhédrin doit fuir à nouveau et s’installe à בית שערים, Beit Shearim, sur la route « Haifa-Nazareth.
Beit Shearim: son nom signifie la maison des portes, c’est dire si la ville était déjà importante. Un peu comme celle de Shaarayim, la ville aux deux portes, dont je vous ai déjà parlé*. Beit Shearim est une ville relativement récente puisque fondée par Hérode. Apres avoir été une place forte pour l’armée romaine, l’arrivée du Sanhedrin en fait une place forte pour la culture juive car, paradoxalement, cette époque d’intense persécutions est aussi une époque d’intense activité intellectuelle.
C’est dans cette ville que sera enterré rabbi Yehouda Hanassi.
La vidéo ci-dessous raconte comment fut découverte l’antique Beit Shearim par Alexander Zaid*.

La ville se situe maintenant dans le magnifique Parc National de Beit Shearim.
Beit Shearim est particulièrement célèbre pour ses catacombes. Rabbi Yehouda Hanassi s’y étant fait enterrer, de nombreux Juifs voulurent y installer leur caveau, considérant que c’était un honneur d’être enterré auprès d’un sage qui avait dirigé la compilation des six traités de la Mishna, basés sur la tradition orale et fondatrice du judaïsme rabbinique.


Mais la ville est encore plus célèbre maintenant par la découverte d’une dalle de verre pesant une tonne!
En 1956, l’autorité des Antiquités avait prévu de convertir une des grottes en un petit musée. Or, en nettoyant les gravats, un bulldozer était tombé sur quelque chose de grand et si lourd qu’on ne pouvait le déplacer. Les ouvriers du chantier pensaient qu’il s’agissait d’une dalle rectangulaire en pierre. En fait, après analyse, la dalle s’est avérée être en verre. Des restes de poterie, trouvés également sur le site, indiquèrent que la dalle de verre était en place depuis la fin du 4 ème siècle environ.
Que faisait donc dans cette grotte une dalle de verre d’une tonne?
La réponse fut bientôt trouvée. Cette dalle était une réserve de verre en tant que matériau, ce matériau étant destiné à être utilisé et transformé en objet quelque part ailleurs. Mais pourquoi cet énorme morceau de verre a-t-il été abandonné là où il avait été fabriqué? Nul ne le sait pour le moment…

Les Romains ne désarmant pas, les sages du Sanhédrin fuiront ensuite à Tsippori puis à Tibériade en 193, mais ceci, je vous le raconterai dans un prochain article.

A bientôt,

PS: Comme je le craignais, le cessez-le-feu a tenu 5 heures et une pluie de missiles s’est abattue sur le Sud.

Hadar Goldin:
https://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/271660

* Rabbi Yehouda Hanassi:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/

*La ville de Shaarayim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/26/goliath-ou-est-tu/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Hillel hazaken:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/16/on-marche-au-pas-enfin-presque/

*L’armée de libération arabe était composée de volontaires musulmans étrangers à la région et venus prêter main-forte aux pays arabes des alentours. Il y avait environ 6000 combattants venus des régions limitrophes d’Israël mais aussi des Irakiens, Bosniaques, Circassiens, des Frères Musulmans originaires d’Egypte, des Turcs, et même des Allemands ainsi que des déserteurs anglais. Tous sous le commandement de Fawsi Al Qawuqji, originaire du nord Liban et allié des Nazis pendant la deuxième guerre mondiale.

*Alexander Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/13/le-sionisme-politique-avant-1914/
Les successeurs d’Alexander Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/