Tisha BeAv תשע באב

תשע באב – Tisha BeAv*:
La destruction du Temple, une première fois et une deuxième fois, la destruction de la ville et le massacre de sa population par Godefroy de Bouillon et ses croisés et bien d’autres catastrophes encore…

Comme tous les ans, nous jeûnerons en souvenir des nos malheurs anciens , nous ferons notre examen de conscience, persuadés que c’est à cause de nos manques et en particulier de notre désunion que ces catastrophes se sont produites.
Mais avez-vous entendu un seul juif beugler sa haine contre les peuples qui nous ont maltraités (et c’est un euphémisme). Comme disait ma mère: il faudrait haïr trop de monde!
Je relie quelques phrases postées sur la page facebook de Nations pour Israel:
Question classique d’un antisémite : « Si un jour il m arrivait d’être victime de la colonisation j’essayerais de ne pas être haineux , mais j’avoue que j’aurais du mal , pas vous ? »
Et l’excellente réponse de Pug:
Non, regardez les Israéliens… Leur Judée ancestrale a été colonisée par des arabes d’Egypte, de Jordanie, de Syrie, d’Arabie et du Liban et ils le vivent très bien. 1,5 million d’Israéliens sont des arabes. Leur Judée ancestrale est aussi colonisée par beaucoup de missions étrangères qui conservent des trésors de l’archéologie et de l’histoire juive et ça se passerait bien si ces pays, comme la France, ne les interdisaient pas d’accès à ces sites. Leur pays est colonisé par une religion musulmane qui n’a pas d’attache en Israël mais occupe le lieu le plus saint du Judaïsme. Leur capitale est colonisée par une religion chrétienne qui s’est largement compromise dans l’antisémitisme pendant 20 siècles. Et leur plus grande ville portuaire (Haifa) est même le sanctuaire de la religion Bahaï*. Et tout ça, les Israéliens le vivent très bien et en sont fiers. »
Ah, heureusement que nous avons des amis sûrs, tels que ces Goys là!

Pour moi, Tisha BeAv est un rappel de l’horreur dans lequel on ne doit pas s’engluer, rien de comparable aux jours mémoriels de la Shoah que je vivais en France et  dont je sortais avec une sensation d’inachevé, un gout amer dans la bouche.

Tisha BeAv me renvoie à la racine du verbe ישב (YaSHAV= être assis ou s’asseoir) sans doute tout d’abord parce ce jour-là, nous prions traditionnellement assis par terre comme des endeuillés pendant la shiva.

Ensuite parce que lorsque  nous nous lamentons sur Jerusalem détruite et dépeuplée, nous l’appelons la ville assise solitaire, יָשְׁבָה‭ ‬בָדָד (Yashva Badad): Elle est assise et sans force, car elle a été témoin, impuissante de la destruction du Temple et de son peuple…
אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם–הָיְתָה
Comme elle est assise solitaire, la cité naguère si peuplée…(Eikha, Les Lamentations* 1,1)


(Détail de la colonne trajane à Rome: les soldats romains lors du siège de Jerusalem)

Mais la racine de ce verbe a de nombreuses autres significations, elle apparaît 800 fois dans le Tanakh. C’est dire combien elle est importante.

Par exemple, lorsqu’Avraham attend ses visiteurs, assis à l’entrée de sa tente…:
L’Eternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, étant assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה, בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא; וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל, כְּחֹם הַיּוֹם
Le verbe assis traduit selon les commentateurs une attitude dynamique: Avraham se prépare à accueillir comme il se doit tous ceux qui se présenteront. Et c’est ce qui se passera avec les trois envoyés qui lui annonceront sa future paternité.

A l’opposé, il peut au contraire avoir une connotation négative:
Avraham monte seul avec son fils Yits’hak au mont Moriah. Il laisse ses serviteurs assis avec l’âne: שְׁבוּ‭ ‬לָכֶם‭ ‬פֹּה‭ ‬עִם‭ ‬הַחֲמר (shevu lakhem po im ha-hamor), restez assis pour vous avec l’âne.
Les serviteurs, pourtant dévoués, ne prennent pas part à l’expérience, réservée à Avraham et à son fils Yits’hak, ils ne peuvent qu’adopter une attitude passive et ne pourront pas participer à l’épreuve d’Avraham.

Dans le texte du livre des Juges, on nous dit que Dvora était assise sous son palmier:
Or Dvora (Debora), une prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque.  Elle siégeait au pied du « Palmier de Dvora », entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Ephraïm; et c’est à elle que les enfants d’Israel s’adressaient pour obtenir justice:
וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה, אֵשֶׁת לַפִּידוֹת–הִיא שֹׁפְטָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, בָּעֵת הַהִיא. וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תַּחַת-תֹּמֶר דְּבוֹרָה,בֵּין הָרָמָה וּבֵין בֵּית-אֵל–בְּהַר אֶפְרָיִם; וַיַּעֲלוּ אֵלֶיהָ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לַמִּשְׁפָּט
On l’imagine bien, traitant des affaires de l’état à l’ombre d’un palmier mais Rachi ne se contente pas de cette image. Pour lui, elle étudiait le texte de la Thora pour donner une assise solide à ses jugements.

La racine ישב (YSHV) peut signifier aussi prendre le temps de réfléchir:
Un de mes amis dont la langue maternelle était l’hébreu, utilisait toujours le verbe s’asseoir pour dire réfléchir. Viens asseyons-nous, me disait-il.
D’un indécis, on dit qu’il est assis sur la barrière ישֵׁב‭ ‬עַל‭ ‬הַגָּדֵר . C’est aussi le titre d’une chanson composée par Arik Einstein.
L’indécis est souvent un angoissé qui ne sait pas où asseoir ses pensées, sinon sur une barrière, sans grand équilibre, au contraire de celui qui possède un bon ישוב דעת (yishuv daat), la tranquillité d’esprit. Un état de stabilité mentale et émotionnelle permet en effet de maintenir son équilibre et d’avoir une vision claire des moments présents, en particulier dans des situations difficiles.*

Cette même racine peut signifier aussi être enraciné, habiter durablement, sédentairement:
Ici, dans notre pays et je m’adresse en particulier à nos faux-amis, à nos vrais ennemis, nous nous sommes « assis » pour y rester. יושבים (yoshevim)!
Nous habitons un pays assis ארץ נושבת (Eretz Noshevet) et non pas un camp de transit. Ce n’est pas du temporaire.
Elle indique en même temps l’adhésion à un groupe. Comme le disait le roi David:
Je ne prends point place avec des gens faux, je ne fraye point avec des hypocrites.
לֹא-יָשַׁבְתִּי, עִם-מְתֵי-שָׁוְא; וְעִם נַעֲלָמִים, לֹא אָבוֹא (Psaume-Tehilim 26,4)
De nos jours,  les soldats du Palmach ont utilisé un autre psaume alors qu’ils étaient assis autour du feu de camp en chantant:
«Ah! qu’il est bon, qu’il est doux à des frères d’être assis ensemble
הִנֵּה מַה-טּוֹב, וּמַה-נָּעִים– שֶׁבֶת אַחִים גַּם-יָחַד (Psaume 133,1)


Enfin, la racine nous parle de discussions, donc d’échanges*. Le mot יְשִׁיבָה (yeshivah) fait allusion à la position assise, à une réunion de travail ou politique ou à une école talmudique par exemple.

 

Depuis hier, une famille est assise en shiva pour la mort de leur fils. Dvir Sorek, 19 ans, a été assassiné ce mercredi alors qu’il arrivait à la porte du kibboutz Migdal Oz où il étudiait. Il s’est défendu comme il a pu, mais il n’était pas armé. Ses seules armes étaient les livres qu’ils venait d’acheter pour remercier ses enseignants de la yeshiva.

A l’enterrement, son père a parlé de la lumière qu’il voyait dans les yeux de son fils. Il n’y a aucune lumière dans les yeux des terroristes, seulement la haine et l’envie de meurtre. Ses assassins sont toujours recherchés. J’espère qu’ils résisteront à leur arrestation et qu’ainsi l’armée les éliminera*.

A bientôt,

 

* אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם- Comme elle est assise solitaire la ville si peuplee (Eikha chap 1, verset 1): Le premier mot Eikha ne veut pas dire lamentation mais comment ou combien. Il est curieux que les traductions aient préféré le mot lamentation. Il est vrai que notre mur de l’ouest, le kotel hamaaravi, est traduit par Mur des lamentations!

*Les Bahaï:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/28/un-jardin-persan/

* L’importance du Yishuv Daat a été longuement traitée dans les commentaires juifs. Je cite seulement l’un deux:
3 choses peuvent faire que l’homme se conduise mal: la superstition, le mauvais esprit et la futilité.

* Celui qui est muet, qui ne peut plus échanger אילם, devient אלים, violent

* Le salaire des terroristes que paye l’autorité palestinienne
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/02/14/terroriste-ca-paye-bien/

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On creuse, on creuse!

Je l’avoue, j’ai toujours eu un faible pour Goliath*.
Je sais, c’est un méchant philistin mais il m’a toujours semblé surtout très bête,  incapable de penser plus loin que ses biceps et de se méfier du petit rouquin* teigneux que les Juifs avaient choisi comme champion.

Les Philistins nous ont causé des problèmes pendant des siècles. Ces envahisseurs d’origine grecque, crétoise peut-être, avaient établi des comptoirs sur la côte (Ashdod, Ashkelon) et essayaient de grignoter peu à peu le territoire en y établissant des villes comme Gat ( actuellement Kiriat Gat) et Ekron. Mais où  se cachait donc la ville de Tsiklag que les archéologues situent tout près de Kiriat Gat (au nord de Beer Sheva) en se référant aux textes bibliques?…
La nouvelle est finalement tombée il y a quelques semaines:
Nous avons retrouvé Tsiklag!
Effectivement, tout près de Kiriat Gat!

(arutz 7)

Le nom de Tziklag est mentionné à plusieurs reprises dans les  livres du prophète  Samuel.
Selon l’histoire biblique, Akhish, roi de Gat, permit à David de se réfugier à Tsiklag lorsqu’il fuyait devant le roi Shaoul, obtenant son allégeance en contrepartie:
David dit à Akhish: « Si j’ai trouvé faveur à tes yeux, fais-moi accorder une résidence dans quelque bourg de la campagne, pour que j’y demeure: pourquoi ton serviteur résiderait-il dans la ville royale, à tes côtés? Et Akhish, le même jour, lui fit don de Tsiklag; aussi Tsiklag a-t-il appartenu aux rois de Yehuda jusqu’aujourd’hui… Et Akhish comptait sur David, disant: « Certes, il s’est mis en mauvaise odeur auprès d’Israël, son peuple, et il restera mon sujet à jamais. »(I Samuel, chap 26)
Le roi David faisant allégeance aux Philistins! Et pourtant oui, et en toute honnêteté. Lorsque le roi Akhish décide d’attaquer Shaoul à Afek, les troupes de David sont prêtes à l’aider. Mais les généraux philistins se méfient de lui:
Qu’est-ce que ces Hébreux? Akhish leur répondit: « Mais c’est David, le serviteur de Shaoul, roi d’Israël, qui a été auprès de moi bien des jours et même des années, et chez qui je n’ai rien trouvé à reprendre depuis son arrivée jusqu’à ce jour. »
Finalement, Akhish est obligé de céder à ses officiers
et David s’en retourne. C’est ainsi qu’ils ne participera pas à la bataille qui verra la mort du roi Shaoul et de Yonathan son fils, mais découvrira à son retour chez lui, la ville de Tsiklag complètement détruite:
Or, lorsque David et ses hommes arrivèrent à Tsiklag le troisième jour, les Amalékites avaient envahi le Neguev et cette ville, l’avaient saccagée et livrée aux flammes… David et ses hommes, en arrivant dans la ville, la trouvèrent incendiée, leurs femmes et leurs enfants emmenés captifs… Mais: David reprit tout ce qu’avaient enlevé les Amalékites, y compris ses deux femmes. Rien n’y manqua, depuis la moindre capture jusqu’à la plus grande, jusqu’aux garçons et aux filles, rien du butin dont ils s’étaient emparés; tout fut ramené par David…

Mais ne nous laissons pas captiver par le texte du Tanakh qui est un merveilleux livre d’aventures, et revenons aux fouilles:
Comment être sûr qu’il s’agit de la ville de Tsiklag et non pas d’une autre bourgade? Tout d’abord, la localisation géographique correspond au texte du Tanakh.
Ensuite, les artefacts sont caractéristiques de la civilisation philistine, que ce soient des bols, des lampes, placés sous les planchers des bâtiments (en signe de porte-bonheur), des vases en pierres ou en métal. Ils sont tous similaires à ceux déjà découverts dans les cités philistines d’Ashdod, Ashqelon, Ekron et Gat.

(Israel Hayom)

De plus. il n’y a pas trace d’un habitat juif*.
Mais un fait aussi très intéressant: on a trouvé par contre des traces d’un habitat juif rural, en bordure de la ville et datant de l’époque du roi David: là aussi une grande variété de bols, pichets, pots, utilisés pour stocker l’huile et le vin, mais ceux-ci décorés de rouge selon les coutumes des Judéens. Comme le texte du Tanakh lui-même nous indique que Tsiklag fut ensuite la propriété des rois de Yehuda jusqu’aujourd’hui (dit le texte), la bourgade juive, en bordure de la ville, fut certainement utilisée pendant des siècles pour surveiller la plaine jusqu’à la mer.

 

 

 

Enfin, cette description géographique de Tziklag fait écho à l’élégie de David, dans laquelle il pleure la mort de Shaoul et de Yonathan, morts au combat contre les Philistins (lors de la bataille à laquelle il n’a pas participé):
Oh! L’orgueil d’Israël! Le voilà gisant sur les hauteurs! Comme ils sont tombés, les vaillants!  Ne l’allez pas dire à Gath, ne le publiez pas dans les rues d’Ashkelon; elles pourraient s’en réjouir, les filles des Philistins, elles en triompheraient, les filles des impurs! (2 Samuel 19 et 20)

(Chœur du New College Oxford. Les lamentations de David de William Boyce, 1744)

Et puisque nous creusons, creusons encore!

Trouver Tsiklag c’est bien, mais découvrir une ville préhistorique, datant de 9000 ans, c’est incroyable!  Et pourtant, l’une d’elle a été mise au jour à Motsa, à quelques kilomètres de Jerusalem, et tout près de l’autoroute qui conduit à Tel Aviv.

Quand on imagine la préhistoire, on pense aux fameux chasseurs-cueilleurs habitant dans des grottes et vêtus de peaux de bêtes. Il est vrai qu’il y a 9000 ans, avec l’apparition de l’agriculture, les hommes se sédentarisent et l’habitat humain se concentre naturellement en villages.
Mais là, à Motsa,  ce qui est surprenant c’est la taille de la ville. On estime sa population à environ 30 000 habitants!
De plus, tous ces gens vivent non pas dans des huttes mais dans des bâtiments, séparés par des rues et organisés en quartiers. D’après leur taille, certains de ces bâtiments sont des maisons privées mais pour d’autres, il s’agit certainement de bâtiments publics. Des sépultures où se trouvent des offrandes votives sont regroupées dans certaines zones de la ville. ce qui suppose une organisation sociale déjà très élaborée.
On a évidemment trouvé des milliers de pointes de flèches, des outils, des couteaux, des haches en silex, des bijoux en grand nombre et des figurines, comme celle-ci qui ressemble beaucoup à une autre du même âge, trouvée à côté de ‘Hevron

(mapah.co.il, photo Clara Amit)

 

Mais le plus surprenant, ce sont les coquillages provenant de la mer Méditerranée ou de la mer Rouge, ou des objets en obsidienne, en albâtre ou décorés de nacre. Tout cela suppose un artisanat de haut niveau et des circuits commerciaux déjà bien établis.
Enfin, la quantité de grains et de légumineuses dans les entrepôts montre aussi que les habitants de cette ville ne se contentaient pas d’une agriculture seulement vivrière et, vu le nombre important d’os de mouton, que la domestication était déjà bien implantée.

 

(mapah.co.il, photo Yaniv Berman)

Continuons à creuser,
Tandis que nos voisins, avec la complicité des Occidentaux, essayent d’islamiser tous les lieux saints ou sites archéologiques juifs, nous, nous continuons à creuser pour mettre cette fois au jour les restes d’une mosquée datant du 7 ème siècle, découverte dans le Neguev, tout près de la ville de Rahat.

(mapah.co.il, photo Anat Rasiuk)

Que voulez vous! Le catéchisme en vogue répète que nous sommes un pays d’apartheid, c’est donc pour cela que nous ne pouvons pas laisser cette pauvre mosquée en paix!
C’est pour la même raison que de pauvres femmes arabes de Jerusalem, ou des touristes musulmanes venues faire un tour chez l’occupant sioniste, se font photographier aux côtés d’une soldate haineuse.

 

Un journaliste et blogger saoudien venu nous rendre visite (mais si, mais si) aurait dû demander à cette soldate de l’accompagner. Il pensait qu’en tant qu’Arabe, musulman, saoudien en costume local, traverser le quartier musulman de la vieille ville serait une promenade de santé et qu’il pourrait prier sans crainte à la mosquée d’Al Aqsa…
Que nenni! Il a dû se frayer un chemin sous les injures lancées par des musulmans, kafer ibn kafer (infidèle fils d’infidèle), des crachats, tous les palestiniens te crachent dessus, les menaces et les jets de projectiles en tous genre.

(à la fin du reportage, il est fait mention des maisons arabes détruites car construites sans permis. Evidemment, l’Union Européenne a condamné fermement cette décision d’autant qu’elle a financé leur construction!)

Notre police barbare a arrêté quelques suspects, non pardon, trois héros bien endoctrinés par l’association des journalistes palestiniens, organe du Fata’h, sous le patronage de Mahmoud Abbas!

Et si nous creusions en famille?…

 

 

A bientôt,

*Goliath, mon philistin préféré:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/26/goliath-ou-est-tu/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Rouquin le roi David? Il est appelé אדמוני (admoni) de Adom rouge. Certains traduisent par roux, d’autres par rougeaud, aux joues vermeilles:
« On le (David) fit donc venir. Or, il avait le teint vermeil, avec cela de beaux yeux et bonne mine… Et Dieu dit à Samuel: « Va, oins-le, c’est lui! (1Samuel, 16,12)
וַיִּשְׁלַח וַיְבִיאֵהוּ וְהוּא אַדְמוֹנִי, עִם-יְפֵה עֵינַיִם וְטוֹב רֹאִי;  וַיֹּאמֶר יְהוָה קוּם מְשָׁחֵהוּ, כִּי-זֶה הוּא.

*L’habitat juif: habitat « à quatre espaces », c’est à dire une maison avec quatre parties bien définies: l’habitation proprement dite, l’étable, le hangar à grains et le mikvé. Selon nos informations, seuls les Hébreux organisaient ainsi leur maison. L’absence de statuettes sacrées et la seule présence d’ossements d’animaux cacher confirme qu’il s’agit bien là d’une habitation juive.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

And the winner is…Shalva!

L’Eurovision ne m’a jamais passionnée et cette semaine fut particulièrement agaçante pour moi: impossible d’ouvrir un journal ou de regarder un programme de télévision sans tomber sur l’omniprésente Eurovision… Jusqu’à ce que jeudi dernier, se produise le Shalva Band, le groupe musical du Centre Shalva, association pour les soins et intégration sociale des personnes handicapées.

L’histoire de Shalva commence en 1990. Les fondateurs, Malki et  Kalman Samuels, sont les parents de Yossi, aveugle, sourd et hyper actif. Etant épuisés et isolés, les soignants leur conseillèrent de placer leur fils dans une institution. Ils rencontrèrent alors Shoshana Winstock, spécialisée dans l’enseignement pour enfants sourds. Elle réussit par le toucher à communiquer avec Yossi, créant ainsi une relation analogue à celle d’Annie Sullivan et Helen Keller*.

Malki et Kalman décidèrent de consacrer leur vie à d’autres enfants atteints de divers handicaps. C’est ainsi qu’ils fondent l’association שלווה , Shalva, Sérénité.
Ce qui commença comme un programme d’après-midi pour huit enfants dans un appartement est devenu un centre national prenant en charge le développement et l’intégration sociale des personnes handicapées.
Shalva aide les parents à élever leurs enfants handicapés le plus possible à la maison dans le cadre familial. Une équipe de travailleurs sociaux et de professionnels du handicap fournit des conseils personnels et anime des groupes de soutien permanents pour les parents, les grands-parents, les frères et sœurs et les aidants naturels. L’association permet ainsi aux parents de retrouver espoir, tout en gardant une cohésion familiale.  L’association propose toute une gamme de programmes différents à des personnes souffrant de toutes sortes de handicaps depuis l’âge de 18 mois jusqu’à l’âge adulte et même au-delà.

Shalva continue à soutenir les adultes handicapés en leur apprenant à vivre de manière autonome. Ils bénéficient de diverses formations à l’emploi: ils peuvent ainsi travailler en tant qu’assistants dans les écoles maternelles ou comme personnel de cuisine et d’entretien.
A Jerusalem, tout le monde connait le café Shalva, dans le quartier  de Bayit Vegan où travaillent ensemble un restaurateur connu* et des personnes handicapées.

(Yair, le serveur musicien)

L’un des serveurs, Yair, est devenu le porte-parole de l’association. Il est aussi percussionniste vedette dans l’orchestre du Shalva Band, composé de Yair Pomburg (rap et percussions),  Yossef Ovadia (tambour), Tal Kima (percussions), Guy Maman (piano) et de Sarah Samuels (guitare). Les deux chanteuses sont Dina Samteh et Anael Khalifa. Shay Ben Shoushan dirige le groupe depuis 12 ans. Il est arrivé au Centre Shalva après avoir été très gravement blessé à l’armée.

Le Shalva Band s’est produit pendant la demi-finale de l’Eurovision , en tant que groupe invité et non pas participant: les membres du Shalva Band voulaient  respecter le shabbat (et donc ne pas participer aux répétitions) ce qui le leur fut interdit par l’équipe internationale de l’Eurovision (European Broadcasting Union) malgré les demandes d’Israel.

Certains vont peut-être me trouver snob de ne pas aimer l’Eurovision. Mais je suis en bonne compagnie. Voici une interview de Golda Meir à ce sujet: Golda raconte a une journaliste que cete annee la, elle a regarde le concours de l’Eurovision remporte par Yitshar Cohen (avec l;a chanson Aba Nibi) et ajoute d’un ton désabusé: Bravo!
Le journaliste lui demande pourquoi elle ne montre aucun enthousiasme et elle déclare: Ecoute, ce n’était qu’une imitation américaine, mais pas seulement nous, tout ont chante dans le même style, imitation américaine…
Le journaliste:
Est-tu contente au moins que nous ayons remporte ce concours
?
Elle soupire: Pourquoi gâcherai-je le bonheur des autres?

En tout cas, ce fut une soirée plus paisible que chez nos voisins qui ont pourtant oublié de bombarder Tel-Aviv comme ils nous l’avaient promis!

A bientôt,

*Shalva:
https://en.wikipedia.org/wiki/SHALVA

*Helen Keller:
https://en.wikipedia.org/wiki/Helen_Keller

*Le chef du restaurant, Derekh haguefen, à Beit Zayit, se charge de leur formation

*https://rakbeisrael.buzz/juste-incroyable-quest-ce-que-golda-meir-pensait-de-leurovision/

Yom hazikaron יום הזיכרון 2019

La veille du Jour de l’Indépendance est un jour de deuil. Nous commémorons le souvenir de ceux qui sont tombés au combat  et celui des victimes civiles des attentats.

Jusqu’à présent, on compte 23 741 soldats tombés pour la défense du pays et 3150 civils* ont payé de leur vie la barbarie antisémite de nos ennemis. Cette semaine, 4 nouvelles victimes civiles:


S’il n’y en a pas plus c’est grâce au système antimissile, Kipat Barzel, le Dôme de Fer,  grâce  aux directives du Pikoud Haoref* mais aussi grâce à la bravoure de civils qui protègent non seulement leurs enfants mais aussi des inconnus.
Cette photo a fait le tour d’Israel:
A Sderot, Itay Knafo protège de son corps Avigail Aroush, 6 ans.
Itay est un jeune homme de 18 ans qui a choisi de retarder d’un an son service militaire pour intégrer ce qui s’appelle la שנת שרות (Shnat Sherut), année de service civil. Il le fait en tant que personnel encadrant chez les scouts, d’autres le font dans les hôpitaux ou protègent les récoltes et le bétail des vols et destructions perpétrés par les Arabes*

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Je me souviens de cette photo datant de l’été 2014 où un inconnu s’est précipité pour protéger un jeune père et son bébé.

protectiondelenfant

 

Je me souviens aussi d’Ella Aboukris tuée à Sderot en janvier 2005 en protégeant son frère. Elle avait 17 ans.

 

 

Le politologue Mordekhaï Kedar a déclaré hier:  Je recommande à tous, aussi bien en Israel qu’en dehors, de ne plus utiliser les mots ‘Hamas et Jihad mais l’expression Daesh (ou ISIS) palestinien. Apres tout, l’idéologie de ces organisations est absolument la même. Je veux dire qu’elles sont identiques et ont le même but, même si les organisations palestiniennes tentent de cacher ce fait.

Et c’est vrai. Ils éduquent leurs enfants à la haine du Juif de la même manière,


(Kol ‘HaÏ)

 

les utilisent comme esclaves pour creuser des tunnels terroristes

(Yediot Aharonot 2014: enfants travaillant dans des tunnels)

Et s’en servent comme boucliers humains: cette horrible photo qui montre deux enfants accrochés à la grille de la maison d’un terroriste pendant la guerre de l’été 2014 est toujours d’actualité:

(Site jewishisrael)

Une de mes amies m’a envoyé ces phrases de la journaliste Sivan Rahav Meir: Nous nous trouvons à nouveau de nos jours face à une industrie de la mort. Les terroristes en face de nous sanctifient la mort de leurs enfants, les transformant en shahid, martyrs, et considèrent l’assassinat d’innocents comme une obligation religieuse.
Dieu nous a demandé il y a longtemps de choisir entre la vie et la mort, nous avons choisi la vie.

A bientôt,

*Le nom complet de cette journée de deuil est Yom Hazikaron pour les soldats et victimes du terrorisme

*Le compte part de l’année 1860, c’est a dire du début de l’organisation politique et moderne du sionisme.

*L’année de service civil. Elle se fait en retardant d’un an le service militaire ou après celui-ci. Il s’agit d’un volontariat et non pas d’une obligation.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

*Pikoud Haoref ou le Front Intérieur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

*L’exploitation des enfants palestiniens par leur propre peuple
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/05/les-enfants-de-gaza/

Ca recommence!

 

J’ai parfois l’impression que je radote: j’ai déjà tellement écrit sur les frappes du ‘Hamas*, mais non, c’est simplement l’histoire qui se répète.
Depuis shabbat matin à 10h, plus de 450 missiles et obus sont tombés sur le sud d’Israel*, causant de nombreux dégâts matériels. Mais surtout nous avons environ 80 blessés, la plupart légers (quoique je ne qualifierai pas de léger l’état d’une personne en état de choc) mais aussi trois blessés graves, parmi eux une dame de 80 ans qui n’a pas couru assez vite pour se mettre à l’abri, et un mort.
Moshe Aggadi avait 58 ans, Le missile est tombé dans sa cour. Toute la famille se trouvait dans l’abri à ce moment là, mais lui a voulu respirer un peu dehors…

 

Les kibboutzim et moshavim du pourtour de la bande de  Gaza sont bien sûr les plus touchés, mais, le plus souvent leurs maisons individuelles sont équipées d’abris modernes, tandis que dans les villes avoisinantes comme Sderot et Ashkelon, les immeubles des vieux quartiers ne sont pas protégés. Les habitants descendent dans l’abri collectif ou parfois doivent rejoindre l’abri public le plus proche. Il restent donc souvent dans la cage d’escalier.

protection contre les missiles

(cette photo du Yediyot Ha’haronot date de l’été 2014, rien n’a changé depuis)

Quand plus de 450 missiles tombent sur vous en 24 heures, il n’est pas possible de retourner se coucher et de fuir à nouveau en pyjama, en portant les enfants…

La jeune femme, interrogée dans la vidéo ci-dessous, est une nouvelle immigrante arrivée de Hollande il y a trois mois. Elle vit dans un des kibboutzim du pourtour de la bande de Gaza. Dans un mélange d’anglais et d’un peu d’hébreu, elle explique ce qu’elle a vécu et sa détermination à rester sur place bien que sa maison ait été détruite. A la fin de l’interview, on entend à nouveau l’annonce: Tseva Adom, Tseva Adom (couleur rouge) qui signale une nouvelle attaque

 

 

Sur cette carte du פיקוד העורף (Pikoud Haoref) le Front Intérieur, vous pouvez voir combien de secondes (ou de minutes pour les plus chanceux) ont les habitants des différentes régions d’Israel pour se mettre à l’abri:

Pendant que j’écris ces lignes, les attaques continuent: 2 blessés dans un état critique et un grave à Ashkelon où l’hopital Barzilaï a été attaqué.

A Sderot, d’autres blessés dont un dans un état critique. J’arrête là cette énumération, les attaques sont continuelles ainsi que les mauvaises nouvelles. Le cabinet de sécurité s’est réuni à la Kirya à Tel Aviv. Espérons qu’il en sortira quelque chose. Nous apprenons que le ‘Hamas et le Jihad Islamique utilisent maintenant des drones contre les soldats massés à la frontière. On parle aussi d’une possible offensive terrestre de Tsahal, mais pour le moment seuls l’aviation et les tanks sont utilisés …En fait, les commentateurs ne savent pas grand chose de plus que nous, ils se contentent d’extrapoler.
Tout le monde se demande comment se passera le jour de Yom Hazikaron: après demain, les cimetières seront remplis de familles en deuil de leurs enfants tombés au combat ou de leurs proches, victimes des terroristes… Et et comment se passera la Fête du Yom Haatsmaout, jeudi, célébrée en organisant des piques-niques et barbecues. Certains journalistes s’inquiètent pour l’Eurovision qui aura lieu dans une quinzaine de jours, mais les gens ici s’en fichent de l’Eurovision.

La journée n’est pas finie et déjà:

Tandis que je termine cet article, le ‘Hamas et le Jihad islamique nous ont envoyé 600 missiles, nous avons 131 blessés et 4 morts, et sur l’écran de la télévision s’allume régulièrement un petit bandeau orange me signalant une nouvelle attaque…

A bientôt,

*Une large région est concernée: de Sderot à Beer Sheva en passant par Ofakim et Netivot et Dimona, et sur la côte Ashkelon, Ashdod. Les sirènes ont aussi retenti à Yavne, Rehovot, Lakhish et Beit Shemesh et la ville de Rishon leTsion a ouvert les abris publics. Le ‘Hamas et le Jihad Islamique menacent d’attaquer le centre du pays

Si vous ne savez pas ce qu’est le ‘Hamas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/16/4795/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/14/les-grandes-vacances/

 

שארית הפליטה Les survivants

Un jour, un étudiant m’avait demandé pourquoi j’évoquais les grandes difficultés à survivre des rescapés de la Shoah.
C’est vrai
m’avait-il dit, après tout la guerre était finie! J’avoue être restée interloquée!

En fait si en 1945, si de nombreux européens doivent reconstruire leurs pays et sont confrontés aux séquelles de la guerre, pour les Juifs, la situation est vraiment épouvantable. Bien sûr, les nazis ne les pourchassent plus, mais certaines populations locales le font. C’est un euphémisme de dire qu’ils ne sont pas  toujours les bienvenus.

En Europe de l’Ouest, cela se passe poliment. L’administration fait parfois la sourde oreille lorsqu’il s’agit de rendre à un fonctionnaire son poste, un appartement, un magasin ou une entreprise à ses propriétaires. On leur assènent qu’ils ne sont pas les seuls malheureux et qu’expulser une famille avec des enfants en bas âge pour qu’y vive un seul occupant… Personne ne relève cette simple évidence: si une seule personne réclame cet appartement, c’est qu’un seul membre de la famille a survécu.
En Europe orientale, la situation est bien pire. Non seulement les habitants font violemment front commun contre eux,  mais les assassinats de Juifs isolés sont monnaie courante. La Pologne en particulier, mais pas seulement, est le théâtre de nombreux actes de violences contre les Juifs survivants, rescapés des camps ou cachés dans les forêts. Alors qu’ils reviennent dans leurs villages, ils sont accueillis aux cris de : « Quoi, ils ne sont pas tous morts ? ». Des Juifs disparaissent, d’’autres sont retrouvés morts. Qui les attaquent? Ceux qui ont volé leurs maison et pillé leurs biens, ceux qui les ont dénoncés … Ici ou là, les gens retrouvaient leurs meubles, un objet ayant appartenu aux parents, une voiture d’enfant… chez le voisin d’à côté ou d’en face qui avait dénoncé leur famille*.
En un an, on dénombrera un millier de Juifs assassinés par les populations locales rien qu’en Pologne, Républiques Baltes et Biélorussie et ce après la guerre! Je cite de mémoire le pogrom de Rzeszow (juin 1945), de Cracovie (août 1945), de Kielce (juillet 1946), celui de Velke Topolcany en Slovaquie (septembre 1945), et celui de Kunmadaras en Hongrie (1946) mais il y en a beaucoup d’autres …

A Kielce en 1946, un garçon polonais, Henryk Błaszczyk, fait une fugue. A son retour, il raconte à ses parents qu’il a été séquestré dans une cave par des Juifs qui voulaient le tuer. Il désigne une maison habitée par des réfugiés juifs.  Cette maison n’a pas de cave mais personne ne relève ce fait, d’autant que son récit reprend les traditionnelles accusations de meurtre rituel*.
La situation des Juifs est alors tellement critique en Pologne, que les autorités soviétiques leur permettent de garder des armes de poing chez eux. Mais, en ce début du mois de juillet à Kielce, la police polonaise les désarme et les livre ainsi à la foule qui se déchaînera contre tous les Juifs de la ville le 4 et le 5 juillet. Il y aura 42 morts et quatre-vingt blessés, hommes, femmes, enfants, parmi eux un bébé de trois semaines, y compris à l’hôpital où seront achevés des blessés, mais aussi dans les trains aux alentours..
Un historienne polonaise* raconte que:
« Jusqu’au 4 juillet 1946, les Juifs polonais indiquaient que les événements du passé [ principalement la Shoah] leur fournissaient leur principale raison d’émigrer… Après le pogrom de Kielce, la situation changea radicalement. Les rapports tant juifs que polonais parlaient d’une atmosphère de panique parmi la société juive dans l’été 1946. Les Juifs ne croyaient plus qu’ils pourraient être en sécurité en Pologne. En dépit d’une milice importante et d’une présence militaire dans la ville de Kielce, des Juifs y avaient été assassinés de sang-froid, en public, et pendant plus de cinq heures. On chuchotait que la milice et l’armée avaient pris part au pogrom. De juillet 1945 à juin 1946, environ cinquante mille Juifs passèrent la frontière polonaise illégalement. En juillet 1946, presque vingt mille décidèrent de quitter la Pologne. En août 1946, le nombre crut à trente mille. En septembre 1946, douze mille Juifs quittèrent la Pologne. »
Leur nombre passera rapidement à 100 000.

A la fin de la guerre, tous les Juifs qui le peuvent fuient à l’Ouest, se retrouvent en Allemagne et en Autriche dans des camps de D.P, Displaced Persons, à côté ou dans les mêmes camps qu’ils viennent de quitter* Ils y côtoient parfois des nazis!
Fin 1946, ces camps abritent environ 250 000 Juifs, désireux de partir soit pour l’Amérique, soit pour la Palestine britannique dont les frontières leurs sont fermées.
Heureusement, ils rencontrent aussi des soldats de la Brigade Juive, basés dans le Nord de l’Italie et en Autriche. Ces survivants sont  bouleversés par l’apparition de jeunes Juifs de Palestine portant les symboles nationaux juifs sur leur uniforme et parlant parlant hébreu ainsi que le yiddish. Le lien entre un grand nombre de Juifs rescapés avec Eretz Israel, est non seulement un lien idéologique , mais aussi parfois familial et la Brigade juive les aide aussi, autant que faire ce peut, à retrouver des parents déjà installés en Palestine.
En attendant leur départ, les survivants apprennent soit l’anglais, soit l’hébreu.

(école du camp de Wegscheid, Allemagne, 1948)

Pour aider ces derniers, les Juifs de Palestine leur envoient des alphabets, des dictionnaires hébreu-yiddish, des livres pour enfants et aussi des machines à imprimer. Parmi ces livres, une version du Petit Chaperon Rouge, légèrement modifiée, où le dialogue entre la petite fille et le loup rappelle un texte biblique: cette peau (celle du loup) est celle d’un ours mais cette voix est celle d’un agneau*.
D’autres livres sont plus axés sur ce qu’a vécu le peuple juif depuis le début de la Shoah et donnent au enfants l’espoir de vivre libres, ainsi une comptine qui se termine par Montons à Jerusalem!

 

ou bien celui-ci qui s’appelle Eden dont la couverture est très parlante:

En allant de droite à gauche dans le sens des aiguilles d’une montre, chaque image décrit ce qu’ont vécu ces enfants et vers quoi ils aspirent. Ce qui est émouvant, c’est que ces illustrations sont celles d’un auteur pour enfants, Raphael Gutman, qui ne put jamais monter en Israel: originaire de Varsovie, il fut assassiné dans le ghetto de Byalistok en 1943.
Je me rends compte qu’en fait, comme les Haggadot, la plupart des livres pour enfants d’après guerre reprennent cette idée: depuis la Shoah, jusqu’à la terre promise*.

Il n’y a pas que l’apprentissage de l’hébreu! Les survivants étudient, apprennent des métiers manuels,

 

(source; Yad Vashem)

et s’expriment grâce au sport, à la musique et au théâtre. Peu à peu, ils reprennent gout à la vie, certains se marient, des bébés naissent…


(Mariage de Dolly Fraenkel et de Mordekhai Baron, tous deux originaires de Lodz, dans le « kibboutz » Habonim Dror » au camp de Cesarea, Italie, Yad Vashem)

Les candidats au départ pour la Palestine sont pris en main par le mouvement הבריחה (Habri’ha), déjà fondé en Pologne pendant la guerre par les résistants juifs et repris par les membres de la Brigade juive et la Hagannah. Son activité se concentre sur  les zones d’occupation américaine où ils sont souvent aidés par les soldats, et la Brigade juive y transfère donc le plus possible de Juifs. Pour cela, il leur faut éviter les contrôles de l’armée britannique qui veut empêcher les Juifs de rejoindre la Palestine.
De là, les convois partent soit vers l’Autriche et l’Italie ou vers la France en vue de prendre la mer.

Le passage de la frontière française est difficile, il nécessite un visa d’entrée et la promesse que les passagers des camions ne restent pas sur le territoire français…
Et quand les navires arrivent à prendre la mer, les ennuis ne sont pas finis. La plupart du temps, ils sont arraisonnés par la marine britannique et leurs occupants transférés, entre autre, vers de nouveaux camps à Chypre. La plupart de survivants y resteront jusqu’en 1948.

 


Cette accusation de meurtre rituel qui a mené au pogrom de Kielce ne devrait surprendre personne. Tout d’abord, elle est le résultat d’un enseignement, au mieux, du mépris (comme disait Jules Isaac) mais aussi souvent de haine à l’encontre des Juifs et ceci pendant 2000 ans.
Mon père m’avait un jour acheté deux livres de catéchisme, datant de la fin du 19 ème siècle qu’il avait trouvé chez un bouquiniste, l’un protestant et l’autre catholique. Comme je lui demandais le pourquoi d’un tel achat, il m’avait répondu: lis les pages qui concernent les Juifs et du comprendras! Toutes les personnes adultes pendant la Shoah ont étudié dans des livres comme ceux-ci!
Je pensais que depuis 1945, beaucoup de choses avaient changé en bien en Europe. En fait, je n’en suis plus si sûre! L’accusation de meurtre rituel se poursuit en remplaçant le mot juif par Israel*.
Dernièrement dans un village polonais, a été remise à l’honneur la coutume ancestrale de brûler une poupée censée représenter Judas et quant on regarde sa tête, on voit que ce Judas a toutes les caractéristiques d’une caricature d’un Juif: chapeau noir, nez crochu et longues peot*.


(https://www.dreuz.info/2019/04/23/leurope-sacharne-sur-les-juifs-depuis-2000-ans/)

Ce soir à 20h commencera la longue journée de Yom Hashoah,

Vous pourrez voir la cérémonie de Yom Hashoah en direct depuis cette vidéo:

 

A bientôt,

*Sheerit Haplita est une expression qu’on trouve dans le Tanakh pour évoquer ceux qui ont survécu à la destruction du premier et du deuxième Temple de Jerusalem

* Accusation de meurtre rituel:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Accusation_de_meurtre_rituel_contre_les_Juifs
Elle perdura jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale dans de nombreux pays européens
Elle a repris du service en remplaçant le mot Juif par Israel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/05/29/lere-de-la-calomnie/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/14/reflexions-tristes-le-jour-de-yom-hashoah/

* Le massacre des survivants:
Le Massacre des survivants en Pologne, 1945-1947, Marc Hillel, Plon, 1985
Jan T. Gross « Fear » Anti-semitism in Poland after Auschwitz », 2006)

*  Témoignage de Bożena Szaynok, historienne à l’université de Wroclaw.

* À Kaupering, un camp satellite de de Dachau, une organisation publique et politique dirigée par les vétérans sionistes de Kovno. Leur groupe prend le nom de kibboutz Buchenwald.

*Haggada pour les enfants du rabbin Schwartz:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/21/et-vous-raconterez-a-vos-enfants-3/

 

Nos racines, leurs ailes…

Il est écrit dans la Thora que כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה l’homme est un arbre des champs (דברים, Deutéronome 21,19).
Si nous voyons et admirons les branches et le tronc des arbres, nous savons que les racines souterraines sont indispensables à sa survie. Les racines, שורשים (shorashim), ce sont aussi les nôtres, notre lien avec notre passé et en particulier notre passé familial. C’est sans doute pourquoi, les enfants qui plantent tous les ans des arbres à Tu Bishvat, préparent aussi, à cette même époque, un עבודת שורשים (avodat shorashim), un travail de recherche sur leurs propres racines. A l’âge de 7 ans, il s’agit surtout de dessiner un arbre généalogique simplifié, d’y noter les nom des parents et grands parents, leur lieu de naissance. Et les grands-parents se retrouvent enrôlés pour participer à de nombreux ateliers avec leurs petits enfants.

C’est ainsi que Iddo, notre petit-fils de 7 ans, fut très fier de présenter son grand-père à sa classe en précisant: Il parle français!

Mais quand les enfants terminent le collège, leur travail est bien plus conséquent.
Il s’agit alors d’une véritable enquête, non seulement sur la famille elle-même , mais aussi sur la communauté d’origine. Le tout agrémenté d’anecdotes, de recettes de cuisine, de photos et surtout d’un travail de recherche sur un sujet spécifique qui lie le passé familial et le plonge dans l’Histoire.
C’est la qu’on se rend compte que l’Histoire, celle qu’on apprend dans les livres, manque de chair quand on ne l’entremêle pas avec la petite histoire, celle des gens, celle de nos ancêtres. Comme je le disais dans un article précédent*, le mot Historia est un ajout moderne à l’hébreu. La conscience juive traditionnelle conçoit l’histoire comme une succession d’engendrements, engendrements de personnes ou de situations. Soudain tout s’éclaire quand on la relie aux photos de savta (grand-mère) et aux anecdotes de  saba (grand-père).

Nous sommes Juifs et Israéliens mais cependant très différents les uns des autres.
J’expliquais, il y a quelque temps que Manitou* disait un jour qu’ Israel est comme un immeuble dont chaque appartement est occupé par une famille aux modes de vie et aux origines différents. Et qu’est donc ce ciment qui fait que tout se monde cohabite parfaitement et que l’immeuble n’implose pas? Le fait que tous les locataires sont Juifs et attachés à leur pays!
Pour ceux que cela inquiéterait, je leur rappellerai que même à l’époque de la Thora où on ne parlait pas encore de la différence entre ashkenazes et sepharades, religieux et laïcs, les 12 tribus avaient chacune leur particularité, leur drapeau; et marchaient selon un ordre déterminé dans le désert du Sinaï.

(mosaïque dans la synagogue Or Thora à Akko, blog de Daniel Ventura)

La semaine dernière, nous fûmes invités à l’école de notre petite-fille Yael, où se déroulait une fête familiale en l’honneur de l’Avodat Shorashim.
Nous étions environ 200, parents et grand-parents. Et bien là bas, ce rapport charnel à l’histoire a été un des plus émouvants qu’il m’ait été donné d’éprouver.
En dehors de leur recherche personnelle, les élèves avaient préparé une exposition de lettres et de photos.
Pourquoi veux-tu une lettre de ma mère? avais-je demandé.
Mais tout est important, Savta,  le papier, le timbre, les alphabets différents etc…
Et c’est vrai que tout était important. Toutes sortes de lettres étaient exposées. Des lettres du bout du monde, des lettres fatiguées, des lettres qui avaient franchi des murs de haine pour donner des nouvelles, des lettres comme celle-ci, écrite à Cracovie, timbrée dans le grand Reich nazi et distribuée à Saint Etienne, en France…

Des photos, certaines en couleur mais beaucoup en noir et blanc:

{Photo prise à Sana’a Au Yemen, peu de temps avant l’alyia de la famille:
Tsvia, la petite fille aux joues rondes, à gauche sur la photo, fit toute sa carrière à la Commission des Lois de la Knesset
)

Ce fut une soirée de שירה בציבור (shira betsibour),  chants et poésies en public. La chanson שיר ניגונים (shir nigounim) poésie musicale, m’a rappelé de lointains souvenirs.


(La chanteuse Yehudit Ravitz et son père Yaakov)

Vous avez planté en moi, mon père et ma mère, des mélodies, des mélodies et refrains oubliés qui éclosent maintenant et fleurissent… Leurs racines s’emmêlent dans mon cœur…

Nous lûmes deux poèmes de Yehuda Ami’haï* qu’il a dédiés à ses parents:

Mon père était Dieu et ne le savait pas.
Il m’a donné les Dix Paroles, non pas dans un bruit du tonnerre, non pas avec colère ou feu ou nuée, mais avec tendresse et amour.
Au son des tambourins et des paroles agréables, en rajoutant « je t’en prie » et »s’il te plait ».
Il m’a chanté Zakhor Veshamor, en une seule mélodie*.
II  implorait et  pleurait en silence entre diber et ledaber. Tu n’élèveras pas le nom de ton Dieu en vain, non tu ne le feras pas. De grâce ne réponds pas à ton prochain par un témoin mensonger.

Il m’embrassait fort et murmurait à mes oreilles: ne vole pas, ne sois pas adultère, ni meurtrier,
Il déployait les paumes de ses mains sur ma tête le jour de Yom Kippour, Honore, aime pour que tes jours s’allongent sur cette terre.
La voix de mon père, blanche comme ses cheveux.
Alors, le jour où il mourut dans mes bras, il tourna une dernière fois sa tête vers moi et dit: Je veux en ajouter deux aux 10 Paroles. La onzième: Ne change pas! La douzième: Change, change!
Ainsi parla mon père, se détourna et s’en fut dans d’étranges lointains…

Ma mère était prophétesse et ne le savait pas. Pas comme Myriam dansant au son des tambourins et des cymbales,
Pas comme Dvora, assise sous son palmier et qui jugeait le peuple,
Pas comme Hulda qui prophétisait l’avenir,
Mais ma prophétesse. silencieuse et têtue, je dois en convenir alors que défilent mes années. Ma mère prophétisait lorsqu’elle me parlait des choses de la vie quotidienne. Des versets à usage unique: Tu vas le regretter, ça va te fatiguer, ça te fera du bien, tu te sentiras comme un homme neuf, tu aimeras ça, tu ne pourras pas, tu ne réussiras pas à terminer cela, je savais que tu ne t’en souviendrais pas, n’oublies pas, prends, repose toi, tu peux, tu peux… Quand ma mère mourut, toutes ces petites prophéties se rejoignirent en une grand prophétie  qui subsistera jusqu’à la fin des temps–

Ce fut une soirée familiale, sans prétention, les élèves chantèrent elles aussi: une chanson en judéo-arabe composée en souvenir de sa mère par le paytan David Bouzaglo, et une chanson du Théâtre Yiddish du ghetto de Vilno et intitulée « Nous vivrons pour toujours » et qui se termine par la dernière phrase du chant des partisans du ghetto: Nous vivrons pour toujours car nous sommes là!

L’arrière grand-père d’une des élèves a raconté comment il avait pu survivre pendant la Shoah alors que ses parents étaient envoyés à la mort:
J’avais 13 ans, j’étais costaud et les Allemands avaient besoin de main d’oeuvre pour construire des routes… Quand je suis arrivé à Beer Sheva en 1951, on m’a demandé: que sais-tu faire? Je n’étais pas allé à l’école alors j’ai répondu, je sais construire des routes! Si quelqu’un, pendant la guerre en Roumanie,  m’avait dit que je construirais des routes en Eretz Israel et que je raconterais tout ça devant vous, devant mon arrière petite-fille, j’aurais pensé: il est complètement fou!

(Si tu as gagné, grand-père, où est ton trophée? C’est toi, mon trophée)

– Mais pourquoi l’éducation israélienne donne-t-elle une telle importance à nos racines  familiales et diasporiques ai-je demandé à ma fille?
– En creusant dans nos racines nous mettons à jour le triple lien qui fait de nous un peuple: le lien avec notre terre, le lien avec notre tradition et le lien avec nos origines si variées et si proches:
Le lien à notre terre: Nous en avons été éloigné pendant des centaines d’années mais il est resté présent dans notre cœur.
Le lien avec notre tradition (même non respectée), qui fait que nous sommes un seul peuple malgré nos différences dues à notre éloignement géographique.
Le lien familial qui nous a permis de survivre et de transmettre.

L’homme nouveau* si cher aux Juifs de la troisième alyia qui voulait se couper de son passe galoutique et douloureux, s’est enrichi maintenant des multiples nuances. Sroulik* existe toujours, mais Sroulik ne se réfère plus seulement aux héros du Tanakh en sautant allègrement par dessus 2000 ans de diaspora, il s’enrichit maintenant de toutes les racines de son arbre.

Ou comme dit si joliment ma fille: Nos racines, leurs ailes….

 

A bientôt,

*Citation de Manitou (rav Léon Ashkenazi):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/07/10/un-garcon-semblable-a-un-cedre/

*L’histoire et les engendrements:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/04/23/yom-hashoah-2017/

*Tiré du piyout de Shlomo Alkabetz; chanté le vendredi soir:
http://www.zemirotdatabase.org/view_song.php?id=68

*Dans les ghettos, les gens ne mouraient pas seulement de faim, de maladie ou tués par les Allemands et leurs sbires. La vie culturelle était aussi un rempart contre la détresse qui les usait peu à peu. Comme l’écrivait Hermann Kruk (https://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Kruk),  dans son journal:
Et pourtant la vie est plus forte que tout. La vie continue à pulser dans le ghetto. A l’ombre de Ponary (la forêt où les Juifs étaient massacrés par les Einsatzgruppen) la vie continue et nous avons toujours l’espoir d’un meilleur matin. Au début de la guerre, les concerts étaient boycottes par le public, mais maintenant les salles sont pleines tous les soirs et ne peuvent même pas contenir tous ceux qui veulent venir.

*Yehuda Ami’haï
Yehuda Amichaï ( יהודה עמיחי), né Ludwig Pfeuffer le  à Wurzbourg en Allemagne et mort le 22 septembre 2000 à Jerusalem.  Son nom de famille, Amihaï, signifie: mon peuple est vivant.

*Le concept de l’homme nouveau:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/20/yossef-trumpeldor-lhomme-nouveau/

*Sroulik, diminutif du prénom Israel. C’est un petit personnage dessiné par Dosh et symbole du Sabra.