Sandalim, sandalim!

Il y a quelques années, je publiais un article sur les couvre-chefs et un autre sur le costume juif »* . Je vois qu’ils sont encore régulièrement lus.
Pourquoi cette fois ne pas parler des chaussures ou plutôt des premières chaussures connues, les sandales.

Moshe en portait certainement puisque Dieu lui demande de les ôter lorsqu’il se tient devant le buisson ardent au mont Sinaï .
De même il est certain que c’est ce que portaient les habitants de Gabaon lorsqu’ils trompèrent Yeoshua bin Noun.*
On ne trouve pas le mot sandale dans le texte du Tanakh, où il n’est question que de נעליים (naalaim), souliers*, mais ce mot de נעליים (naalaim) nous renvoie pourtant à cette forme primitive de la sandale puisqu’il vient de la racine נעל  (naal), nouer. Certains pensent cependant que le mot vient de נע +על (na+al): bouger sur (les chemins).


Et puis, les siècles passant, les sandales ne furent plus en vogue. Petit à petit, les orteils furent cachés même dans les pays chauds.
Dans son excellent article sur l’histoire de la chaussure, Véronique Chemla écrit que « durant l’Antiquité, l’utilisation des sandales avec une variété de formes et de modèles reste majoritaire. Un changement se dessine vers la fin du 4e siècle, tout d’abord sur le territoire d’influence byzantine et ensuite à Rome, avec l’ascendant croissant des souliers fermés et des chaussons en cuir simple marron ou noir, mais aussi parfois en cuir pourpre richement décoré ».*
La sandale restera en Europe la chaussure « biblique » des moines.
Lorsque les premiers haloutzim arrivèrent, ils gardèrent l’habitude des grosses chaussures malgré la chaleur. Il s’agissait en fait de protéger les pieds des pierres, épines et serpents et puis, dans l’esprit juif, montrer ses orteils, ce n’était pas convenable. Les Arabes eux mêmes, n’en portaient pas. Soit ils étaient pieds nus, soit, et c’était un signe de richesse, ils chaussaient des babouches.
Mais dans les années 20, des immigrants d’origine tchèque et allemande se dirent que les sandales étaient très pratiques. Ils en fabriquèrent alors de confortables et assez larges pour être portées avec ou sans chaussettes.

En fait ce modèle venait des premières sandales de randonnées qu’on appelait en Allemagne les sandales de Jesus. Joseph ben Artsi, fondateur de la société Nimrod, décida de créer les sandales Babta* du nom de cette jeune femme qui vivait il y a 2000 ans et réclamait la pleine propriété de ses palmeraies devant la cour de justice à Ein Guedi. Comme cela est décrit dans ce parchemin:

(Titre de propriété  concernant les 4 palmeraies, parchemin retrouvé par Yigal Yadin dans les grottes près de la mer morte)

Les sandales sont devenues un des symboles de l’esprit pionnier. Lorsque Dosh voulut caricaturer le tsabar israélien, Sroulik (diminutif d’Israel), il le revêtit du kova tembel (chapeau d’imbécile)*, d’un long short kaki et de sandales.
Les années passent, les kibboutzim s’embourgeoisent: plus de long short kaki, plus de kova tembel et beaucoup moins de sandales…
En fait, les sandales bibliques auraient dû elles aussi tomber dans l’oubli si le sionisme religieux ne les avait pas remises à l’honneur:  la sandale biblique confortable est celle de l’homme qui a un lien très fort avec sa terre et qui se bat pour elle. Ce n’est pas un hasard si l’une des grandes marques de sandales biblique s’appelle שורש (shoresh), racine.

Et si vous voulez vraiment avoir les pieds découverts, vous porterez les כפכפים (kafkafim)*. Mais, votre démarche traînante et paresseuse  ne vous désignera pas pour autant comme pionnier!

Mais d’où vient donc le mot sandale, qu’on trouve aussi bien en hébreu que dans les langues européennes, y compris en russe (сандал)? Il est arrivé sans doute dans les chariots d’Alexandre le Grand qui l’avait rapporté de Perse et s’est diffusé ensuite dans tout le bassin méditerranéen et même au delà.
סנדל (sandal) est aussi le nom d’un poisson très plat qu’on appelle aussi le poisson de משה רבנו (Moshe Rabbenou) ou Moise notre maître. Il parait que lorsque Dieu a divisé la mer rouge en deux, il n’a pas fait très attention et a coupé ce poisson en deux! En français on l’appelle la sole. Ce qui est amusant c’est que le mot sole vient du latin solea qui vient lui-même de l’hébreu סוליה (soulia), une semelle.

Il y a de moins en moins de סנדלרים (sandlerim), cordonniers, en Israel. L’un deux Malkiel Atsilov est né dans la ville de Samarkand. Il a réussi à immigrer en Israel en 1964 et s’est depuis installé comme cordonnier dans le quartier de Na’halat Shiva*.
Au dessus de la porte, une inscription en russe, сапожник, et en hébreu סנדלר (sandlar), cordonnier.

Cela me fait penser à la chanson על כפיו יביא (al kapav yavi), il lui apportera de ses mains, dans laquelle, Yoram Taharlev parle de trois artisans qui tous rêvent d’Eliahou Hanavi*: le menuisier rêve de fabriquer sa chaise, le  cordonnier ses chaussures  et le maçon rêve qu’à ce moment là, il pourra reconstruire le Temple.

Mais que vous soyez pieds nus ou chaussés de sandales, qu’Eliahou Hanavi arrive ou pas, souvenez vous de ce que nous disait le prophète Ishayahou:
Qu’ils sont gracieux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, qui annonce la délivrance, qui dit à Sion: Ton Dieu est roi!
מַה-נָּאווּ עַל-הֶהָרִים רַגְלֵי מְבַשֵּׂר, מַשְׁמִיעַ שָׁלוֹם מְבַשֵּׂר טוֹב–מַשְׁמִיעַ יְשׁוּעָה; אֹמֵר לְצִיּוֹן, מָלַךְ אֱלֹהָיִךְ. (Ishayahou 52, 7)

En ce moment se tient au musée Eretz Israel à Tel Aviv une exposition sur les sandales. Si cela vous dit:
http://www.eretzmuseum.org.il/e/388/

A bientôt,

 

Articles sur les couvre-chefs et sur le costume juif:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Kova tembel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*En argot, le mot נעל (naal) soulier signifie stupide. Ne dit-on pas en francais, bête comme ses pieds?

*Gabaonites: Lors de la conquête du pays de Canaan,les Gabaonites avaient eu recours a un stratagème pour éviter la guerre contre les Hebreux: Mais les habitants de Gabaon, en apprenant comment Josué avait traité Jéricho et Aï,  eurent recours, de leur côté, à un stratagème. Ils se mirent en route, munis de provisions, chargèrent leurs ânes de vieux sacs, d’outres à vin usées, crevées et recousues;  se chaussèrent de vieux souliers rapiécés, endossèrent des vêtements hors d’usage, et n’emportèrent comme provision que du pain dur et tout moisi.  lls s’en allèrent ainsi trouver Josué, au campement de Ghilgal, et lui dirent, à lui et aux Israélites: « Nous venons d’un pays lointain, et vous prions de conclure une alliance avec nous. » 

*De kaf qui signifie cuiller mais aussi paume de la main (kaf yad) ou plante du pied (kaf reguel)
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Léger, si léger?

Tisha beAv vient de se terminer.
Lors d’un jour de jeûne, on a l’habitude de souhaiter: צום קל (Tsom Kal), jeune facile, léger.
Le mot קל (kal) vient de la racine קלל KLL qui a plusieurs significations.
Commençons par les plus évidentes.
Il est logique que si Kal signifie léger, la forme de conjugaison des verbes la plus facile à apprendre, la plus légère à l’élève, se nomme Kal, ou forme simple.
De la même manière, lorsqu’on avance des arguments allant du plus simple au plus complexe, on utilise un des principes de l’herméneutique appelé קל וחומר (kal va’homer) du léger au « dense » , c’est à dire un raisonnement à fortiori*.
Dans le Tanakh, lorsque Noa’h est enfermé dans l’arche et scrute impatiemment la mer, il remarque qu’enfin כי קלו המיים que les eaux se sont « allégées », réduites, il commence alors à entrevoir la fin de sa réclusion.
Lorsque David se lamente sur la mort de Jonathan et de son père, le roi Shaoul, il les décrits comme plus « légers » que les aigles מנשרים קלו, sans doute plus rapides*
Ci-dessus le mont Guilboa où moururent le roi Shaoul et son fils Jonathan lors d’une bataille contre les Philistins.

Dans le livre des Proverbes, בִּקֶּשׁ לֵץ חָכְמָה וָאָיִן וְדַעַת לְנָבוֹן נָקָל (Bikesh letz ‘hochma veein vedaat lenavon nakel), le sot demande en vain la sagesse, alors que la compréhension vient légèrement (aisément) à l’homme sage.

Et l’homme sage est souvent décrit comme indulgent. C’est ainsi qu’à l’époque de la Mishna, Hillel était appelé מקל, celui qui allège les sentences*.
                                                                            (Grotte où furent enterrés Hillel et ses élèves)

Mais la légèreté peut conduire quelqu’un à sa perte.
Dans le livre de Samuel, il est question d’Ashael ben Tsouria, fils d’une de soeurs du roi David. Lors de la guerre civile qui oppose David au roi Shaoul, Ashael poursuit Avner, général de l’armée du roi Shaoul. Or « Ashael avait les pieds légers comme un chevreuil dans un champ, וַעֲשָׂהאֵל קַל בְּרַגְלָיו כְּאַחַד הַצְּבָיִם אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה »
Avner qui le connaît bien lui dit: Écarte-toi, cesse de me poursuivre ! Pourquoi faudrait-il que je t’abatte ? Comment pourrais-je alors regarder en face ton frère Yoav ? » mais Ashael continue et Avner le tue. Ashael a agit par fidélité à son oncle David mais certains commentateurs relient ses pieds légers à une certaine légèreté, une certaine insouciance du danger.
Dans la langue moderne on parle de אשה קלה (Isha Kala), une femme légère, ce qui me fâche car des hommes légers il y a en à foison.

La racine KLL ne joue pas seulement sur les deux aspects positifs ou négatifs de la légèreté. Elle a aussi donne  קילל (killel), maudire, et des mots comme קללה (klala) malédiction,  קלון (kalon) dégradation, קלקל (kilkel) abimer.

On retrouve le mot קללה (Klala) malédiction, dans le refrain d’un célèbre piyout de Rosh Hashana: תכלה שנה וקללותיה. Que s’en aille l’année avec ses malédictions!
Le voici interpreté par Rakefet Amsalem:

Dans la littérature rabbinique, il est écrit que parmi la foule d’esclaves juifs envoyés à Rome par Vespasien,  nombre d’entre eux furent destinés aux maisons de disgrâce, בתי קלון, (batei Kalon) ou bordels…

9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de Titus(Début décembre 1947, après la proclamation du partage de la Palestine par l’ONU, les Juifs de Rome organisèrent une marche sous l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel. (Journal Davar)

Alors, faut-il prendre la vie comme elle vient? לקחת את החיים בקלות?
Nous ne sommes pas très doués pour ça. Il est vrai que notre histoire ne nous aide pas, ni notre grande mémoire.
La situation actuelle ne nous aide pas non plus: après avoir vécu depuis 3 mois, sous la menace des ballons incendiaires envoyés quotidiennement par le ‘Hamas, après avoir vu les champs brûler,

(résultats des incendies, journal Makor Rishon)

après les tirs d’obus, des roquettes qui ont blessé une famille à Sderot,

Vendredi, un soldat a été tué par le tir d’un tireur d’élite du ‘Hamas*.

Il s’appelait Aviv Levy et avait 21 ans. Il commandait un groupe de soldats originaires de la tribu de Menashe, et arrivés du Mizoram (état indien situé à la frontière birmane).

Son enterrement a eu lieu aujourd’hui.
On se trouve dans une situation de soi-disant cessez le feu, bien que le ‘Hamas ait déclaré que cette trêve ne valait pas pour les ballons incendiaires. En fait, on est tributaire des décisions du ‘Hamas et ceci pour ne pas déplaire aux Russes qui nous donnent une petite (toute petite) latitude pour nous défendre dans le Nord. Beaucoup de gens, y compris des journalistes à la télévision (!) demandent que nous reprenions les éliminations ciblées des responsables du ‘Hamas (dans le passé ceci avait apporté un peu de répit). Si comme je le lis ici ou là, seule une petite partie des gazaouis, soutient, les exactions du ‘Hamas, ce pourrait être une solution. Supprimons les assassins!
Ceci dit, les assassins ne se trouvent pas qu’à Gaza. Mahmoud a piqué une colère, il a trépigné sur son fauteuil en exigeant que ses troupes aussi participent à la fête anti-juive et ceci pour faire la pige au ‘Hamas qui prend de l’importance à Ramallah.
Et donc, un ballon incendiaire est tombé avant hier dans la cour d’une maison dans le quartier de Gilo, à côté de chez moi. Heureusement, le système de mise à feu n’a pas fonctionné. C’est un cadeau de nos voisins de Bethlehem.

 

(La police examine l’engin. (photo rotter.net)

Au moment de publier cet article, ce matin à nouveau des ballons incendiaires dans le sud: Lors d’une réunion avec la sécurité civile,les paysans et le pompiers ont enregistré ce chant qui rappelle l’époque de la guerre des 6 jours: 

et dans le Nord, les sirènes de Tseva Adom (couleur rouge) retentissent en ce moment.

Et dans le même temps, on sauve les casques blancs syriens et leur famille:

A bientôt,

* L’hermeneutique juive:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Treize_principes_de_Rabbi_Ishma%C3%ABl

*Dans sa lamentation sur la mort de Shaoul et de Jonathan, David compare les deux héros au roi des oiseaux et au roi des animaux: ils étaient plus légers que les aigles et plus forts que les lions.

*Le ‘Hamas est armé par l’Iran: le tireur a utilisé un fusil sniper Sayad-2 fabriqué en Iran, arme standard des Gardiens de la Révolution. Cette arme a une portée de 1,5 km. Elle peut percer un gilet pare-balle en céramique.

 

Le chemin des Patriarches (7): toujours en Binyamin!

Nous reprenons notre sac et notre bâton* de randonneur pour entrer cette fois dans la région de Binyamin sur la route 60 et voici un panneau souhaitant bonne fête de l’Aid el Fitr aux musulmans de la région. En second plan, vous voyez un village juif, une colonie comme disent les Européens, et au premier plan un taxi aux plaques vertes, ce qui signifie qu’il vient d’un territoire sous contrôle de l’Autorité Palestinienne.

(Makor Rishon, photo de Myriam Tsahi)

La région de Binyamin s’étend sur plus d’un million de dounams, de Jerusalem au désert de Yehuda et jusqu’à la Samarie. Les paysages y sont très variés puisqu’on passe d’une zone boisée montagneuse verte à l’ouest, véritable balcon au dessus de la plaine côtière, à une région désertique à l’est où le ruisseau Prat descend de ses magnifiques sources et ses eaux fraîches jusqu’à la Mer Morte:


et alors qu’au centre, on se croirait parfois presque en Toscane.

Savez vous que Mark Twain visita Israel en 1869?
Malheureusement, Mark Rwain ne fut pas impressionné parce qu’il découvrit, c’est le moins qu’on puisse dire. Il  parcourut le pays dans son entier et  fit part de sa déception:
« Il me semble que de tous les pays ayant un sombre paysage, la terre d’Israel détient la palme. Les collines sont chauves, les couleurs sont fanées, et ses formes sont loin d’attirer l’attention. Les vallées sont désertiques, laides et décorées d’une nature pauvre dont la vue inspire tristesse et désespoir… Chaque ligne est vulgaire, coupante et sans perspective, les distances ici n’inspirent aucune magie. C’est un pays morne, sans espoir, un pays qui brise le coeur. »
Je ne peux pas lui donner tort, c’est ainsi que se présentait la Palestine aux yeux des voyageurs et même à ceux des pionniers sionistes. Comme disait une parente: ici, avant nous, il n’y avaient que deserts de cailloux et marais.

Eh bien, disons que maintenant tout a changé et pas seulement parce que nous avons des photos en couleur alors qu’elles etaient en noir et blanc.
Lorsque Mark Twain arrive en Binyamin, il s’arrête à Beth El, lieu où Yaakov s’est reposé, alors qu’il fuyait son frère, et a eu un rêve pour le moins singulier: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle. Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: « Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis. »Jacob, s’étant réveillé, s’écria: « Assurément, l’Éternel est présent en ce lieu et moi je l’ignorais. » Et, saisi de crainte, il ajouta: « Que ce lieu est redoutable! ceci n’est autre que la maison du Seigneur et c’est ici la porte du ciel. » Jacob se leva de grand matin; il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, l’érigea en monument et répandit de l’huile à son faîte. Il appela cet endroit Beth El (maison de Dieu).

Mark Twain cherche quelque monument. Il a entendu parler de la mosquée es-Sekineh où étaient remémorées les mémoires de Jacob et de Joseph*. Elle est mentionnée dans des sources arabes médiévales. Mais au 19 ème siècle, Mark Twain n’y voit qu’une ruine au milieu d’un désert de pierres.

(Beth El aujourd’hui)

S’il venait maintenant, il ne pourrait plus parler de désert.


Mark Twain continue vers Shiloh qui est le plus grand site historique de la région et là, rien non plus! La région est désertique et inhospitalière.

Et pourtant!
Shiloh est connu depuis le livre de Yoshua (chap18 ).
Nous sommes 500 ans avant que le roi David conquiert Jerusalem pour en faire notre capitale. Yoshua procède alors  au dernier partage des terres entre les tribus: « Les délégués se disposant à partir pour lever le plan du pays, Yoshua leur donna cet ordre: « Allez, parcourez le pays, faites-en le plan et revenez auprès de moi, afin qu’ici, à Shiloh, je vous le répartisse au sort, en présence de l’Eternel. »
A partir de ce moment, Siloh devient le centre religieux des tribus qui y installent la tente d’assignation (le Tabernacle) contenant l’Arche d’Alliance*: « Toute la communauté des enfants d’Israël s’assembla à Shiloh et y installa la Tente d’assignation; le pays conquis se trouvait à leurs pieds. »
Le tabernacle connaitra bien des péripéties* et Shiloh restera longtemps le seul sanctuaire jusqu’à ce que David le fasse venir à Kiriat Yearim et qu’ensuite, il soit enfin installé dans le Temple par son fils Salomon.

C’est à Shiloh que ‘Hanna, venue en pélerinage avec sa famille, pleurera et priera pour enfin être mère et c’est à Shiloh que Eli instruira le jeune et futur prophête Shmuel (Samuel), amené au sanctuaire par sa mère ‘Hanna selon son vœu:
Hanna… dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai, et il paraîtra en présence du Seigneur, et il y restera toujours. » Elkana, son époux, lui répondit: « Fais comme il te plaît, attends que tu l’aies sevré; veuille seulement le Seigneur accomplir sa parole! » La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. Quand elle l’eut sevré, elle l’emmena avec trois taureaux, une êpha de farine et une outre de vin et le conduisit à la maison du Seigneur, à Shiloh; l’enfant était encore tout jeune… »

En fait, le site de Shilo a été habité depuis l’âge du bronze. Il le sera sans discontinuer jusqu’au Moyen Age.
Basée sur une carte militaire romaine du 4 ème siècle, la célèbre carte de l’époque médiévale, la Tabula Peutingeriana*, reprend le réseau routier romain avec indication des différentes cités et les points d’intérêt comme les rivières, sommets etc…

(Sur la carte, Shiloh est indiqué par un petit carré rouge)

Les fouilles archéologiques du site de Shiloh commencent dans les années 1920. Elles sont conduites par un danois, Hans Anderson Kjær. L’expédition commence par découvrir un mur d’enceinte cananéen, des entrepôts et de la vaisselle datant de l’époque des Juges. Malheureusement Hans Anderson Kjær tombe malade et ne peut s’opposer au vol de ses trouvailles par ses ouvriers arabes.
Les Israeliens reprennent les fouilles dans les annees 1980* et découvrent une ville importante aux murailles plusieurs fois reconstuites, les ruines d’entrepots et surtout ce qui caractérise un habitat juif, des ossements exclusivement de bovins et caprins.
Pour ce qui est de l’arche, nul ne sait où elle est aujourd’hui. 

(Arc de triomphe de Titus montrant le déplacement de l’Arche et de la Ménorah à Rome)

Mais en ce qui concerne son emplacement à Shiloh, un texte intéressant se trouve dans Ia Bible (livre I Samuel 4):
Un Benjamite s’échappa du champ de bataille et arriva à Silo ce même jour, ayant ses vêtements déchirés et la tête couverte de poussière.Comme il arrivait, Héli était assis sur son siège, au bord du chemin, dans une attente pleine d’anxiété, à cause de l’arche du Seigneur; l’homme vint répandre la nouvelle dans la ville, qui éclata tout entière en lamentations. En entendant ces cris, Héli demanda: « Qu’est-ce que cette clameur de la foule? » Et l’homme s’empressa d’approcher et de lui apprendre (la nouvelle). Celui-ci avait alors quatre-vingt-dix-huit ans; ses yeux étaient immobiles, il ne pouvait plus voir. » C’est moi, dit l’homme à Héli, qui viens du champ de bataille, je m’en suis échappé aujourd’hui. Quelle a donc été l’issue, mon fils? » demanda Heli. Le messager répondit: « Israël a pris la fuite devant les Philistins, et le peuple a essuyé de grandes pertes; de plus, tes deux fils Hophni et Phinéas sont morts, et l’arche du Seigneur est prise. » En l’entendant mentionner l’arche du Seigneur, Héli tomba de son siège à la renverse, du côté de la porte, se brisa la nuque et mourut, car cet homme était vieux et appesanti par l’âge. Il avait gouverné Israël quarante années.
Pour les archéologues, si le cri des habitants de la ville fut entendu par Héli avant que le rescapé de la bataille arrive jusqu’à lui, cela signifie que le tabernacle se trouvait à l’opposé de la porte de la ville située au Sud. Ils situent donc l’emplacement du Tabernacle au Nord de la ville, ce qui était d’ailleurs par sa position l’endroit le mieux défendu.
Or, une couche archéologique a été fouillée dans cette zone nord. Elle date de l’époque des juges. Les restes de 2 bâtiments y ont été retrouvés: l’un correspond au plan d’une maison à 4 zones* (architecture classique des maisons juives) et l’autre sans plan architectural bien défini mais d’une grande taille (environ 30/30m) qui comprend des restes de murailles et 17 grands monolithes qui peuvent être la base de piliers, ordonnés en 3 rangées. L’archéologue Ze’ev Yavin estime que les espaces entre les monolithes délimitaient l’entrée de la zone sanctifiée. Pour le moment nous n’en savons pas plus. Existe-t-il d’autres monolithes similaires? Espérons que les fouilles reprennent.

D’autres ruines ont été mises à  jour: une grande et belle église byzantine a été découverte il y a seulement quelques années. Son sol en mosaïque est impressionnant.

Avec curieusement un Maguen David:

Elle a probablement été construite à la fin du 4 ème siècle. Plusieurs inscriptions grecques de cette époque ont été retrouvées, dont une une faisant mention explicite du village de Shiloh.
A partir de l’occupation ottomane, la région se dépeuple: seuls les restes d’une petite mosquée y ont été retrouvés jusqu’à ce jour:

(photo de David Rabkin)

Un centre d’accueil pour touristes domine le site de fouilles de Shiloh:

Si nous ne voulez pas gratter la terre, vous pourrez entrer dans la tour où vous attendent des salles d’exposition:

et un film qui vous fera revivre le passé biblique de Shiloh:

Juste à côté de l’ancien Shiloh se trouve le yishuv de Shilo: 250 familles y vivent  de la vigne mais surtout du tourisme. Alors, si les vieilles pierres vous indiffèrent, si les récits du passé vous font bailler, vous pourrez faire des randonnées, vous baigner, et si vous aimez déguster les produits locaux, le vin est aussi bon que celui du Golan,

*la prière de ‘Hanna:
http://akadem.org/medias/documents/Hanna-Doc1.pdf

*Une maison à 4 zones: c’est à dire une maison avec quatre parties  bien définies: l’habitation proprement dite, l’étable, le hangar à grains et le mikvé. Selon nos informations, seuls les Juifs organisaient ainsi leur maison. Ces 4 zones en plus de l’absence de statuettes sacrées et la présence uniquement d’ossements d’animaux cacher , confirment qu’il s’agit bien là d’une habitation juive.

 

 

Nous n’avons pas d’autre pays

Lors de notre sortie d’Egypte, nous avons traversé la mer rouge, et à Shavouot ce sont les champs de blé.

Shavouot c’est le don de la Thora, c’est aussi l’histoire de Ruth et Naomi. Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire différente mais qui me rappelle celle de Ruth.
Comme vous le savez, environ 20% de la population israélienne n’est pas juive. Pour la plupart, les non-Juifs d’Israel sont des Arabes musulmans, des chrétiens,des Druzes et des Tcherkesses.
Si les Druzes ont choisi ce qu’ils appellent l’alliance de sang dès 1948 avec Israel, il n’en a pas été de même pour les musulmans ou les chrétiens. Au cours de ces dernières années, et à l’instigation de Gabriel Nadaf, prêtre à Nazareth, les chrétiens israéliens ont commencé à revendiquer leur identité araméenne et non pas arabe comme ils le faisaient depuis environ 150 ans*. Ils ont été rejoints par les Israéliens d’origine libanaise, refugiés de Tsadal*.
L’enrôlement dans l’armée est un marqueur du processus d’intégration dans la société israélienne. Il est vrai que le service militaire est un bon ticket d’entrée dans la société: les soldats deviennent hébréophones, ils peuvent accéder à tous les postes de la fonction publique etc… Mais il n’y a pas que cela: ils sont désormais à la pointe de la diplomatie publique, de la lutte contre l’antisémitisme et la délégitimation, en participant par exemple à  l’organisation מילוימניקים בחזית (milouimnikim bahazit) ou Réservistes au front, qui organise des activités à l’étranger, en particulier sur les campus des universités américaines où règne un ostracisme virulent contre Israel.

Il y a eu la semaine dernière une cérémonie particulière pour les 70 ans de l’état d’Israel dans une synagogue du quartier d’Arnona à Jerusalem. En dehors des cérémonies officielles*, le rabbin Kirmayer de l’organisation Yakir a voulu faire plus. Lui, qui avait déjà organisé un shabbat de remerciements aux familles des policiers druzes assassinés par les terroristes*, a invité cette fois des représentants sionistes des differentes communautés non-juives.

(Mida.org,il)

Le premier à parler fut Shakib Shanan, druze, ancien membre de la Knesset,

qui a perdu son fils, Kamil, lors d’une attaque terroriste sur le Mont du Temple l’été dernier:

רס"מ כמיל שנאן. נרצח בפיגוע ()

« Jérusalem était mon coeur et maintenant c’est mon âme », a déclaré Shanan. « Pour rencontrer des gens qui sont prêts à respecter et aimer l’Etat d’Israël, je courrais au bout du monde. Le sang des policiers dans cette attaque n’a pas été répandu en vain … Je veux créer l’amour, la paix et rapprocher les gens autour de cet événement », a-t-il dit à propos de ce qu’il a vécu personnellement et des leçons qu’il en tiré  malgré son chagrin. Nous voulons tout faire pour qu’il n’y ait plus de parents endeuillés comme moi. Nous sommes tous des êtres humains et devons vivre ensemble, et nous respecter les uns les autres. Les meurtriers  qui ont assassiné mon fils et son ami avaient l’intention de détruire notre société. Nous devons le dire à ceux qui les ont envoyés et financés: Vous ne gagnerez pas. L’Etat d’Israël est beaucoup plus fort et beaucoup plus humain, et vous n’arriverez pas à le detruire ».

Ce fut ensuite le tour de Nur Mazarib, un bédouin de Galilee qui a fondé un programme de préparation militaire pour les bédouins. Il est aussi le neveu d’Amos Yarkoni, fondateur de la legendaire Sayeret Shaked*, et dont le nom d’origine était Abd al-Majid Almzarib.

ירקוני. מפקד אגדי
(Amos Yarkoni)

Nur Mazarib reprend l’expression de son oncle quand on lui demandait pourquoi il avait rejoint l’armée: « j’ai toujours pensé que j’avais droit au libre-arbitre et que je n’etais pas un mouton dans un troupeau ».
« Nous sommes tous des sionistes! Nous avons des religions différentes mais nous avons le même but », commença-t-il. « La communauté bédouine n’est pas obligee de servir, mais pour certains, nous servons volontairement depuis avant la création de l’Etat. J’espère beaucoup que nous continuerons, et je me tourne vers les autorités pour leur demander de nous soutenir. Voici mon message: Aux Juifs, je dirais: Soyez fidèles à l’État parce que vous n’avez pas d’autre pays, aux non-Juifs: servez l’état d’Israel, soyez loyaux et éduquez vos enfants dans ce sens. Nous n’avons pas d’autre pays! »

Le troisième orateur fut Fares al-Haji, ancien de l’Armée du Liban-Sud qui a fuit au moment du retrait de l’armée israélienne du sud du Liban. « Il y a déjà une troisième génération de membres de d’armée du Sud Liban en Israël. Nous nous sentons chez nous ici, et l’Etat libanais nous a trahis« , a-t-il dit.
« Pendant des années, nous avons servi à préserver la paix entre le Liban et Israël, et Israel nous a acceptés avec amour. Nous avons pas d’autre maison, nous ne retournerons pas au Liban, en dépit de nos familles restées là-bas Nos enfants veulent servir dans l’armée. Nous étions, nous sommes et serons fidèles à l’État d’Israël et loyaux envers lui. Nous n’avons pas d’autre foyer.« 

L’orateur suivant fut Suleiman Salama, du quartier chrétien de Jérusalem. Il y a très peu de non-Juifs de Jerusalem servant dans l’armée.  Suleiman, a été libéré récemment du service militaire et son frère sert actuellement comme combattant. Il a décidé de parler ouvertement, malgré le danger.
« Je viens de Jérusalem, j’ai grandi ici dans ce pays et j’en suis fier. Après le lycée j’ai commencé à étudier au collège, mais je me sentais mal à l’aise et j’ai finalement décidé de m’enrôler. J’ai attendu deux ans avant de recevoir l’aval des services de securité. Certains pensent que, puisque je n’étais pas obligé, j’ai perdu deux ans de ma vie, mais moi non. Je veux que ma conduite soit en accord avec mes convictions. Je ne l’ai pas fait pour obtenir quelque chose de l’état. J’étais infirmier combattant, j’ai recu la distinction d’excellence, j’ai réalisé mon rêve et servi mon pays. Je veux dire aux jeunes de mon âge que nous n’avons pas d’autre pays. »

Le dernier intervenant fut le plus surprenant de tous. A… est un Arabe Musulman de l’un des quartiers de Jérusalem, connu pour être un repaire de terroristes. Il a choisi de faire l’incroyable, et de s’engager volontairement comme combattant. Sa famille élargie, les amis et les voisins ne le savent pas et il ne retourne pas dans son quartier pour ne pas les mettre en danger.
Il a demandé de ne pas monter sur scène lors de cette cérémonie pour ne pas se faire remarquer, mais il a accepté de parler: « Nous sommes nés sous le drapeau bleu et blanc et nous le protègerons pour qu’il continue à se déployer à jamais », at-il dit. Il a raconté les difficultés qui ont accompagné sa décision courageuse: « Je ne peux plus retourner dans mon quartier car j’ai choisi  une voie differente en espérant que les autres me suivront. J’ai grandi dans un environnement hostile (aux Juifs), mais je me suis engagé dans l’armée pour que les gens comprennent que l’état d’Israel n’est pas un corps étranger mais notre maison. »
La cérémonie s’est terminée par la prière pour l’état et la prière pour Tsahal en hébreu et en arabe.

Cet événement  n’a pas été relaté dans les médias traditionnellement de gauche en Israël. Ce n’est pas une surprise. La plupart des décisions positives concernant les minorités sont initiées par les organisations affiliées à droite. Les organisations de gauche se conduisent comme des dames patronnesses et préfèrent les utiliser comme outils politiques. Les belles âmes de gauche (en hébreu יפי נפש=yefe nefesh) se contentent de pleurer sur les fréquents crimes d’honneur, soupirent sur le manque d’instruction et l’incompréhension du bien commun qui caractérisent la culture de nombreux musulmans, et poussent des cris effarouchés quand on leur parle de ceux qui s’engagent dans l’armée. Ils les encouragent à se sentir palestiniens alors qu’ils sont israéliens et les maintiennent sur le bas côté de la route pour pouvoir leur faire la charité.

Je sais bien que ces cinq פורצי דרך (portzei derekh), ces défricheurs, ne reflètent pas la réalité de la population non-juive en Israel, en particulier la population musulmane: si une minorité montre du courage et de l’ambition, une grande partie se contente de profiter des charmes de notre démocratie et enfin, certains nous haïssent.

Depuis quelque temps, on parle enfin de terreur agricole à la télévision. Ce n’est pas trop tôt. La terreur agricole, ce sont des attentats perpétrés contre les récoltes et les biens des paysans juifs. Il y a une vingtaine d’année, le fils d’un de ces paysans, Yoel Silverman a créé le mouvement « Le nouveau gardien«  pour venir en aide* aux paysans. Ces jeunes non armés aident aux récoltes comme ce fut le cas ces jours derniers tout près de la bande de Gaza, pour éviter qu’elles partent en fumée, surveillent le bétail qui est volé ou même parfois tué gratuitement.

Mes articles sur ce mouvement, le Nouveau Gardien, sont malheureusement toujours d’actualité. Les organisations de gauche ne veulent pas en entendre parler. Ce sont pourtant eux qui protègent les paysans et éleveurs juifs.
Malgré tout il était important pour moi de rendre hommage à ces non-juifs courageux sans me faire d’illusion sur leur influence dans leur environnement d’origine.
Il est aussi important de noter que ce sont des mouvements résolument sionistes comme אם תרצו (Im Tirtzou), השומר החדש (Hashomer ha’hadash) ou מילוימניקים בחזית (Milouimnikim bahazit) qui font avancer les choses.

Dans le livre de Ruth que nous avons lu à Shavouot, Ruth dit à Naomi sa belle-mère: « ton peuple sera mon peuple ». Aujourd’hui, eux, ces פורצי דרך, ces défricheurs, nous disent en prenant des risques réels: « Nous sommes sionistes, nous sommes fiers de notre etat et nous le servons avec fierté ».

 

A bientôt,

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/12/yitro-et-nous/

 

*  Après les massacres de chrétiens qui commencèrent déjà en 1860 au Liban, les chrétiens du Moyen-Orient rejoignirent le nationalisme arabe, expliquant qu’ils étaient certes chrétiens mais d’origine arabe, ceci dans l’espoir d’etre acceptés dans le Ouma transfrontalière. De plus, il leur fallait aussi se démarquer des autres dhimmis, les Juifs de Palestine qui construisaient leur émancipation à travers le sionisme.
Les chrétiens du monde musulman peuvent être d’origine arabe à condition de parler de l’époque pre-islamique car ensuite toute conversion d’un musulman au christianisme fut punie de mort. Ils sont en général les descendants des populations araméennes, phéniciennes etc…

* Tsadal: Armée du Sud Liban, composée essentiellement de chrétiens libanais et alliée d’Israel. De nombreux soldats de Tsadal se sont refugiés en Israel au moment du retrait des Israeliens du sud Liban et de l’occupation du territoire par le Hezbollah.

* Amos Yarkoni (1920-1991). Né à côté du village de Nahalal.
https://en.wikipedia.org/wiki/Amos_Yarkoni
Quand on demandait à Abd al-Majid Almzarib pourquoi il avait pris le nom de Amos Yarkoni, il répondait que c’etait pour des raisons de sécurité mais aussi parce que son nom en arabe etait trop difficile à prononcer pour les Juifs ashkenazes.

* Sayeret Shaked: Unité de contre-terrorisme opérant surtout dans le Neguev. Son nom est l’acronyme de שומרי קו הדרום (Shomerei Kav haDarom) les gardiens de la frontiere Sud. Mais en plus שקד (shaked) l’amande signifie aussi diligent, perséverant. 

* 2 articles sur la terreur agricole et comment lutte l’organisation Le jeune gardien:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

* Im Tirtzou:
https://imti.org.il/en/

* Reservistes au front:
https://www.onduty.org.il/about-us/

* Hashomer ha’hadash:
https://eng.hashomer.org.il/

 

70 ans et si jeune! Bon anniversaire Israel!

 

Il est difficile de sortir directement du Yom Hazikaron pour entrer dans la liesse du Yom Haasmaout. De plus en plus de gens terminent cette journée de deuil en lisant des psaumes et  organisant une Havdala, cérémonie  de séparation inspirée de la Havdala de la fin de Shabbat.
Celle-ci ne nous fait pas entrer dans la semaine mais nous fait passer du deuil à la joie.

Et nous entrons alors dans la fête d’Indépendance de l’état d’Israel, 70 ans aujourd’hui!

Parmi ceux qui allumeront cette année les torches lors des cérémonies de Yom Haastmaout  ce soir, je voudrais vous présenter Marcelle Makhlouf.


Comme tous les autres, elle a un CV impressionnant:
Après avoir terminé son service militaire, et après avoir été recalée au concours d’entrée à l’école de médecine, elle a décidé d’étudier la biologie à l’Université hébraïque. Apres un doctorat en génie biotechnologique, elle a effectué sa recherche postdoctorale en tant que boursière à la Harvard Medical School, et s’est concentrée sur la thérapie génique, l’ingénierie tissulaire et le contrôle de l’administration de médicaments dans le traitement du cancer.

Actuellement, Marcelle Makhlouf est professeur titulaire et doyen de la faculté de biotechnologie et de génie alimentaire du Technion en Israël, ainsi que directeur du laboratoire de fourniture de médicaments contre le cancer et de technologies cellulaires, où le nanoghost, une cellule souche modifiée pour traiter le mélanome métastatique et le mésothéliome, a été développé conjointement avec le centre médical Langone de l’Université de New York.
Ses recherches actuelles portent sur:
– Le développement des nanoparticules pour la transmission de médicaments anticancéreux au cerveau et à d’autres organes;
– Le développement d’un système de nano-délivrance pour la vaccination par ADN
– L’ingénierie tissulaire du cœur et de ses vaisseaux sanguins utilisant du tissu cardiaque de porc,
Tout cela sous les auspices du Russell Berrie Nanotechnology Institute (RBNI) du Technion.

J’ai choisi Marcelle Makhlouf car elle est le symbole de ceux qui sont arrivés en Israel totalement démunis et ont réussi, participant ainsi à la réussite du pays tout entier. Née au Maroc, elle est arrivée en Israel à l’age d’un an avec sa mère et sa grand-mère. Sa mère, qui subvenait seule à leurs besoins, était femme de ménage. Bien sûr, ce n’était plus l’époque où les nouveaux immigrants s’entassaient dans des maabarot* mais les débuts de la famille furent difficiles. Ashdod, où elle grandit n’était pas la belle ville que vous connaissez actuellement.

Mais celle-ci, une ville ouvrière et pauvre avec peu de moyens éducatifs.
Une ville dont on disait: Ah Ashdod, baperiferia!*
En fait, la ville elle même est un symbole de la réussite de ce pays: elle fut une des 6 villes qui remporta le prix de l’éducation en 2012.

Notre vie ici est faite d’amertume et de douceur, d’épines et de miel comme l’écrivait si bien Naomi Shemer. Voici encore une fois Koolulam, qui cette fois fait chanter Shlomi Shabbat et 12000 participants , y compris le président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin. Ce chant qui résume si bien notre vie ici, notre amour pour ce pays, un amour qui ne se transforme jamais en haine à l’encontre de ceux qui veulent nous annihiler, nous n’avons pas de temps pour ça, mais au contraire nous amène à persévérer dans la qualité de l’éducation que nous donnons à nos enfants.

Protège mon Dieu, le miel et le dard, l’amertume et la douceur, protège notre petite fille, protège les bien, protège le feu qui brûle, l’eau limpide, celui qui revient de loin à la maison.
Tout cela, protège le, mon Dieu, protège le bien. Ne déracine pas ce qui a été planté, n’oublie pas notre espoir, fais moi revenir et je reviendrai vers notre bon pays.
Protège ma maison, le jardin, la muraille, des chagrins, des peurs soudaines et des guerres. Garde le peu que j’ai, la lumière et les enfants, garde les fruits encore verts et qui ont été cueillis.
L’arbre murmure dans le vent, au loin scintille une étoile, j’inscris maintenant les souhaits de mon cœur dans l’obscurité.
Protège tout cela, protège ceux que j’aime, le silence, les pleurs et ce chant…

A bientôt,

*maabarot: baraques ou étaient logés les nouveaux arrivants:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/24/sharaliya/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/08/et-vous-quand-avez-vous-quitte/

 

Yom hazikaron 2018

Demain soir, ce sera Yom Hazikaron.
Nous commémorerons toute la journée de mercredi le souvenir de ceux qui sont tombés pour la défense de l’état d’Israel et les victimes du terrorisme.
On ne sait que peu de choses des défenseurs du quartier juif de la vieille ville de Jerusalem en 1948.
C’est pourquoi, j’ai voulu vous parler de l’un d’eux, une jeune fille nommée Esther Tseilingold.


Née à Londres en 1925 dans le quartier de Whitechapel, elle vit dans une famille où deux choses sont importantes:l’éducation et le sionisme*. C’est ainsi qu’Esther est diplômée de l’Université de Londres en 1946 et qu’elle fait partie du  mouvement de jeunesse Bnei Akiva qui prépare les jeunes réfugiés juifs à une future vie en kibboutz
Ses convictions sionistes juvéniles se  renforcent avec l’avènement du nazisme, la guerre et la découverte de l’extermination des Juifs. En 1946, elle peut entrer en Palestine mandataire  grâce à sa nationalité britannique et enseigne l’anglais à l’école Evelina de Rothschild à Jerusalem.
Elle est témoin de la violence arabe et de l’attitude de plus en plus dure des Anglais à l’égard des Juifs, les procès et pendaisons des combattants juifs, du refus des autorités de recevoir les réfugiés juifs…
En janvier 1948, la situation des Juifs est tellement critique qu’elle quitte son poste d’enseignante et s’engage dans la Haganah. Elle est chargée de la radiodiffusion en anglais de la Haganah, participe à la surveillance du quartier juif de la vieille ville, le plus vulnérable de tous les secteurs à Jerusalem et  s’occupe de fournir aux soldats de divers avant-postes ce qu’il leur faut (armes, munitions, nourriture…).
Les choses sont relativement calmes, mais tout le monde s’attend à une attaque de grande envergure dès le départ des troupes britanniques, prévu pour le 14 mai.
Le 16 mai, lors de la première attaque arabe soutenue contre le quartier, Esther est blessée, mais pas handicapée. Elle repart rapidement au combat, utilisant souvent les toits exposés comme moyen de communication entre les postes. Le 19 mai, une petite unité de Palma’h franchit la Porte de Sion et atteint la garnison assiégée mais les soldats sont épuisés et mal organisés. Ils battent en retraite, les défenseurs du quartier juif sont seuls. Le même jour, la légion arabe du roi Abdallah de Jordanie arrive au mont des Oliviers et commence à bombarder le quartier juif, tandis que les troupes terrestres arabes progressent de maison en maison. Esther ne peut plus servir en tant que soldat de liaison, elle rejoint un groupe de défense, armée d’un simple Sten.

Le 26 mai, elle est grièvement blessée. Elle est transportée dans un dispensaire du quartier, mais il n’y a que très peu de médecins et encore moins de médicaments.
« Il est difficile de parler des faits héroïques mais je veux  raconter qu’Esther qui se trouvait allongée au dispensaire, réussit à se traîner avec son Sten et à sortir pour continuer à tirer contre l’ennemi. Elle reçut alors une balle et c’est alors qu’elle mourut » (témoignage d’un de ses camarades)
En fait, elle survivra deux jours. Lors du bombardement du dispensaire le lendemain, Esther et les autres blessés sont transférés dans un endroit plus sûr. Elle est  consciente et capable de parler, de lire et de prier. Pendant ce temps, avec la destruction de la synagogue ‘Hurva, les 40 défenseurs encore vivants se rendent aux Jordaniens le 28 mai.
Esther et les autres blessés sont  déplacés, cette fois à l’école arménienne voisine, juste à l’extérieur du quartier juif. C’est jour de shabbat. Esther est allongée sur une paillasse par terre. Il n’y a pas de morphine pour la soulager. Quelqu’un lui propose une cigarette, elle refuse en murmurant » non, c’est shabbat« .
Ce seront ses derniers mots. Elle avait 22 ans.
Ses camarades trouveront une lettre sous son oreiller. Elle l’avait écrite quelques jours avant d’être mortellement blessée.
« Chers parents, chers tous,
 Si vous recevez cette lettre, sachez que je l’écris pour vous consoler. Essayez d’accepter tout ce qui m’est arrivé, comprenez que je n’ai aucun regret. Ici pour nous le combat est amer, c’est l’enfer mais il a un sens, j’en suis pleinement convaincue. Nous combattons pour réaliser notre rêve d’avoir enfin notre pays, un état juif. Je ne suis qu’une de tous ceux qui se sont sacrifiés. Je suis pressée d’écrire ceci car aujourd’hui a été tué quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi. Dans mon chagrin, je voudrais que vous considériez que nous étions tous des soldats, que nous avions un grand but et que nous avons combattu pour lui. Dieu nous soutient, j’en suis convaincue dans sa ville sainte, et je suis fière et accepte de payer ce prix. Ne pensez pas que j’ai pris des risques inconsidérés. On n’a pas le choix quand on est si peu nombreux. J’espère que vous pourrez rencontrer chacun des combattants qui survivront au combat et aussi que  vous serez heureux et non pas tristes quand ils vous parleront de moi. S’il vous plait, s’il vous plait, ne soyez pas triste, cela n’aide pas. J’ai vécu ma vie pleinement même si elle a été courte et je pense qu’elle fut douce et courte. Quelle douceur dans notre pays! J’espère que Mimi et Asher (sa sœur et son beau-frère) vous rendront heureux. Si vous n’avez pas de regrets, moi je serai heureuse. Je pense à vous tous, à chacun dans la famille. Je suis heureuse en pensant que vous viendrez un jour, bientôt j’espère, et que vous jouirez des fruits de notre combat. Beaucoup beaucoup d’amour, soyez heureux et joyeux,
Shalom, votre Esther »

Après la reddition de la garnison du quartier juif à la Légion arabe, le quartier juif fut pillé et totalement détruit.

Les survivants, ayant tout perdu, se réfugièrent de l’autre côté des lignes israéliennes.


En juin 1967, la vieille ville sera reprise à la Jordanie par Israel lors de la guerre des 6 jours et le quartier reconstruit.

Les défenseurs du quartier juif de Jerusalem ont été enrôlés à titre posthume dans Tsahal et leurs corps  transférés au cimetière militaire du Mont Herzl en septembre 1950
Voici la tombe d’Esther:

 

A bientôt,

 

*son père Moshe est un des fondateurs du mouvement sioniste religieux Misrahi en Pologne

*Sa famille s’installera à Jerusalem dans les années 50

Yom hashoah: Et tu raconteras à tes enfants…

 

Il y a sept ans, quelques amis s’étaient réunis chez l’un d’eux pour commémorer le souvenir de la Shoah. Ils avaient invité des rescapés pour les écouter, discuter avec eux, partager des souvenirs, poser des questions, chanter, mélanger larmes et émotion…
A la fin de la soirée, il fut évident pour eux que d’autres personnes devaient partager ce moment, appelé זיכרון בסלון (zikaron bassalon) , mot à mot souvenir au salon*.


Depuis, près d’un millions de personnes ont marqué le jour de la Shoah de cette manière, que ce soit en tant qu’invité ou invitant dans des appartements, des cafés, des maisons de retraites, des maisons de la culture, des internats, à l’armée, dans des hôpitaux et même dans les prisons.

Ici dans un pub à Ashkelon: Le rav Shaï Piron, qui fut ministre de l’éducation en est un des initiateurs: l’important, dit-il, est que les gens discutent entre eux, créent ou re-créent des liens entre les rescapés de la Shoah et eux-mêmes mais aussi entre descendants de la deuxième, ou troisième  génération. Nous sommes tous des rescapés de la Shoah, que nous soyons des Juifs d’Europe, d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, nous sommes tous des rescapés car si les nazis  avaient vaincu… En fait, de même que nous devons nous considérer comme étant nous-mêmes sortis d’Egypte,  nous devons nous considérer nous-mêmes comme des survivants, ajoute-t-il. Nous sommes en train de créer un Seder de la Shoah, d’une manière informelle et balbutiante pour que dans une centaine d’années, lorsque le souvenir direct aura complètement disparu, nos descendants racontent encore à leurs enfants… Le Seder de Pessah est un événement familial, que l’on soit croyant, pratiquant ou pas du tout. Certaines haggadot de kibboutzim ont mis résolument de côté Dieu et les miracles mais continuent à raconter ce qui s’est passé lors de la sortie d’Egypte en se souvenant de l’objurgation: Et tu raconteras à tes enfants, תְּסַפֵּר בְּאָזְנֵי בִנְךָ וּבֶן-בִּנְךָ…(Shemot, Exode, 10,2) C’est exactement ce qui est en train de se passer pour la Shoah. Le 21 mars de cette année, 600 rescapés de la Shoah et leur famille* se sont rassemblés au Centre Avi’haï à Jerusalem. Dans la vidéo ci-dessous, vous les entendez chanter ensemble le fameux chant de Ofra Haza*: Vivant, vivant, oui je suis encore vivant!

Vivant, vivant, oui je suis encore en vie! Ecoutez mes frères, je suis encore vivant et mes deux yeux se lèvent encore vers la lumière, de mes crevasses ont éclos des fleurs… Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
C’est un chant qui passe de génération en génération comme une source éternelle… Je vais tendre la main à mes amis de l’autre côté de la mer. Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour….
Mes jours sont remplis de vie et la colonne de feu est toujours dressée. Je vais chanter encore et encore, tendre la main à mes amis de l’autre côté de la mer.
Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour… 
Ecoutez mes frères, je suis encore vivant.
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour…

A bientôt,
 
* Ces événements ont lieu pendant tout le mois d’avril et non pas seulement le soir de Yom Hashoah, ce jeudi 12 avril. Si vous êtes en Israel et vous voulez soit inviter ou être invité:
https://www.zikaronbasalon.org/
 
*Ofra Haza gagna l’Eurovision avec ce chant en 1983
*Leur chorale est dirigée par le fondateur de Koolulam, qui propose des chants en commun pour rapprocher toutes les composantes de la société israélienne:
Kravi vient de m’envoyer une autre vidéo de Koolulam. Cette fois il s’agit du personnel médical, des enfants malades et de leur familles qui chantent ensemble à l’hôpital pour enfants Schneider