Bonne fête de Pessa’h חג פסח שמח

 

 

 

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La Haggadah et nos soucis en Egypte!

Et voila, une fois de plus les préparatifs pour Pessa’h!
Comme chaque année, nous lirons le texte de la Haggadah*.
Il y a plusieurs années, je vous avais présenté un certain nombre de ‘Haggadot très différentes les unes des autres. Mais quand est-il du texte? Quand a-t-il été écrit?
Dans sa forme actuelle, on peut dire qu’il a été entièrement structuré il y a environ mille ans même s’il est truffé de textes bibliques ou talmudiques. La version classique ce ce texte est utilisée par les Juifs du monde entier ce qui nous permet de fêter Pessa’h où que ce soit dans le monde et de participer à sa lecture. La Haggadah est donc devenue depuis longtemps le support pour exprimer les aspirations nationales des Juifs et ceci bien avant Herzl*.

Mais… vous connaissez les Juifs! Ils aiment bien donner leur vision du monde surtout lors d’événements aussi importants que le souvenir de notre libération de l’esclavage égyptien. Certains ont donc ajouté des messages politiques parfois amusants. Par exemple dans cette Haggadah de 1923, l’un des fondateurs de Tel Aviv, Kaddish Leib Silman (1880-1937) présente ainsi les 4 fils dont parle la Haggadah*:
Le sage est le Haut Commissaire britannique, le mal est le Comité arabe, l’innocent est le vieux Yishuv, quant au  jeune qui ne sait quoi demander, il ne parlera pas beaucoup, mais fera beaucoup, grandira et prospérera en Israël. »


Pendant la lecture de la Haggadah, nous énumérons les 10 plaies dont ont souffert les Égyptiens: le sang (dans l’eau du Nil), les grenouilles ,les poux, les bêtes sauvages, la mort des troupeaux, les furoncles, l’obscurité, la grêle, les sauterelles, et la plus terrible, la mort des premiers-nés.

Une coutume veut qu’en les énumérant, nous vidions à chaque plaie un peu de vin, suivi d’un peu d’eau dans un récipient. En théorie, il s’agit d’enlever un peu de notre joie par compassion envers les Égyptiens! En pratique, dans toutes les familles cela se fait avec jubilation puisque le mélange est ensuite vidé dans l’évier.
Notre ajout familial:
A chaque plaie nous ajoutons le noms des organisations terroristes, le nom de leurs dirigeants et cette formule « et tout ceux qui veulent nous tuer« !
Une bien-pensante me dit un jour que nous avions tort et m’avait rappelé la bonté de nos Sages (!)
Nos Sages, lui avais-je rétorqué, vivaient sous la domination de Rome et les exactions égyptiennes contre nous n’étaient plus vraiment d’actualité pour eux. Par contre, ils ne devaient certainement  pas oublier de nommer les généraux, gouverneurs et autres oppresseurs de leur époque!
De plus, avais-je rajouté, il est dit dans la Guemara: il faut dire au voleur qu’il est un voleur et le juger comme tel (tout en lui trouvant éventuellement des circonstances atténuantes). Pourquoi? Pour que lui, le voleur ne puisse plus se cacher derrière une fausse bonté qui n’est que de la faiblesse voire indifférence envers la victime. Nous devons affirmer à haute voix que les terroristes sont des terroristes et les envoyer symboliquement dans l’évier!!

Il est sûr que la plupart des ajouts ou des décorations particulières ont comme thème la guerre d’Indépendance ou la deuxième guerre mondiale. Ce fut le cas de la Haggadah de la Brigade Juive stationnée en Egypte à Pessa’h 1942. Ce fut aussi le cas d’une Haggadah écrite par les Juifs de Libye. Fin décembre 1942 la ville de Bengazi est libérée de l’occupation allemande par cette même brigade. Sont aussi libérés les Juifs de la ville qui avaient été envoyés dans des camps à Tripoli. Ils écriront une Haggadah spécialement pour ce Seder de Pessa’h 1943 en l’honneur de leurs libérateurs mais le papier manque! Comment copier un nombre suffisant de Haggadot? Ils les taperont à la machine au verso de documents confisqués au gouverneur d’Italie.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, la plupart des Juifs d’Europe sont regroupés dans des camps de réfugiés. Ils sont devenus des DP (Displaced Persons). Pour la fête de Pessa’h 1946, les Juifs d’un camp de DP à côté de Munich écrivirent alors leur propre Haggadah. Le texte reste traditionnel mais les dessins décrivent la vie dans les camps d’extermination et comparent Pharaon à Hitler.

Mais qu’en est-il de ce pays où nous avons été esclave: l’Egypte, מצריים (Mitzraim)? Le mot Mitzraim, se trouve sous des formes diverses dans plusieurs langues sémitiques mais pas en ancien égyptien*. Les linguistes pensent qu’il peut venir du mot צר (Tsar) étroit. Il est vrai que l’Egypte traditionnelle est une étroite bande de terre le long du Nil et le double pluriel du mot צר peut faire référence aux Deux Terres (la Basse et la Haute Egypte).
Mais traditionnellement, on nous enseigne qu’il vient du mot מצור (Matzor), siège, car nous étions assiégés, prisonniers, mais aussi d’une expression faisant référence à Pessa’h*: מ+צר+יים qui voudrait dire en provenance de notre grande détresse. Le mot צרה, tsara, signifiant détresse, est employé ici dans un pluriel double pour en indiquer l’intensité.
Bref, le mot מצריים,Egypte, lui-même ferait référence à notre sortie vers la liberté.
Tandis que je transcris tsar en lettres latines, je m’aperçois que tsar, c’est aussi le Tsar et même si il n’y a aucune parenté étymologique, me permettrais-je d’ajouter que pendant des siècles, les tsars de Russie nous ont cause des צרות (tsarot) à la pelle?
Il est vrai que le tsar actuel, Wladimir, vient de nous faire un cadeau: il a permis le retour du corps du sergent Zekharia Baumel, capturé lors de la bataille de Sultan Yaakoub* en 1982 contre la première division syrienne. Le corps a été rapatrié jusqu’à Moscou où lui ont été rendus des honneurs  officiels,

et transporté ensuite jusqu’au cimetière du Mont Herzl à Jerusalem:

(Yediot Aharonot)

Un geste généreux?
On le saura plus tard. On attend toujours les corps de ses compagnons Yehuda Katz et de Tsvi Feldman.


Dans une dernière lettre à ses parents, il écrivait: Ne soyez pas inquiets, tout va bien mais je ne rentrerai sans doute pas avant longtemps à la maison

A bientôt,

*Haggadah:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/21/et-vous-raconterez-a-vos-enfants-3/

* Le mot Egypte:
La Racine MS (TS) R qui a donné Mitzraim en hebreu se trouve dans la plupart des langues sémitiques y compris en arabe Misr. Mais les Égyptiens (d’avant l’islam) ne parlaient pas l’arabe et nommaient leur pays soit les deux terres, soit KeMeT c’est à dire le pays de la terre noire. Ce nom est resté en langue copte Kem ou Kemi.

* La bataille de Sultan Yaakoub a eu lieu pendant l’opération Paix en Galilée ou la première guerre du Liban (1982):
Après la guerre entre les organisations palestiniennes et le roi de Jordanie en 1970 dans ce qui fut Septembre Noir (https://en.wikipedia.org/wiki/Black_September), les organisations terroristes palestiniennes s’installeront dans le Sud du Liban et mèneront des attaques terroristes pendant 12 ans (entre autres à Maalot en 1974) dans le nord d’Israël.
https://www.europe-israel.org/2014/05/israel-il-y-a-40-ans-lattentat-de-maalot/
Ces mêmes organisations prennent également part à la guerre civile libanaise qui éclate en 1975. La Syrie, dont l’économie avait besoin d’un libre accès aux banques et à un port sur la méditerranée, envahit alors le Liban pour faire cesser les combats. Les forces syriennes agissent principalement contre les Palestiniens, considérés comme ceux qui menacent la stabilité du régime libanais, mais plus tard, pour consolider leur emprise sur le territoire libanais, elles se retourneront contre les chrétiens.
À l’été 1981, les tirs de roquettes sur Israël ont atteint leur point culminant: 10 230 roquettes et obus ont été tirés du Liban, qu’Israël ne réussit pas à arrêter même avec des bombardements. Les cessez-le-feu avec L »OLP ne tiennent pas. L’état-major planifie alors une action, dénommée Paix en Galilée. Cette première guerre du Liban se déroulera essentiellement entre Israël, la Syrie et les organisations palestiniennes sur le sol libanais du 6 juin au 29 septembre 1982.

Voici le témoignage de Brigitte Gabriel, chrétienne libanaise sur la situation des Chrétiens au Liban et sur l’intervention israélienne:
http://www1.alliancefr.com/actualites/contre-la-desinformation/temoignage-de-brigitte-gabriel-du-liban-501896

 

 

Pourim Samea’h פורים שמח

Si quelqu’un vous dit: ça s’est passé en Allemagne en 1929… Vous associez tout de suite à cette phrase des images de récession économique, d’émeutes, de batailles rangées entre des groupes armés de gauche comme de droite, et bien sur les nazis lorgnant sur le pouvoir et de là, vous voyez défiler la suite…
Mais imaginez-vous en 1929: Vous vivez peut-être dans une petite ville prospère* où la communauté juive se porte bien, et surtout vous n’avez aucune idée de la suite, et voilà que cette année-là, le gouvernement lui-même envoie le fleuron de la compagnie allemande du Graf Zeppelin en tournée promotionnelle depuis l’Allemagne au Moyen-Orient. Le Graf Zeppelin passera par l’Egypte certes, mais surtout  par la Palestine mandataire! Et avec à son bord, la fille du Comte Zeppelin lui-même et plusieurs officiels dont deux Juifs! Tout va bien pour vous, le ciel est bleu!
Le ciel ne s’assombrira qu’un an plus tard, lorsque les nazis, qui ne faisaient jusqu’alors que 2,6 % des voix, bondiront jusqu’à 18,3 %. Et encore-la, Hitler se voudra rassurant: «Un antisémitisme qui provoquerait des pogroms (…) n’a pas sa place dans notre programme politique», dit-il  à un journaliste du New York Times.*
Mais ça, vous ne le savez pas. Vous vivez en 1929…

Revenons au voyage promotionnel du Graf Zeppelin et à la joie qu’il procure:

(Les routes du voyage de 1929. L’étape en Egypte n’a pas eu lieu, tant les Anglais étaient inquiets du nationalisme égyptien)

En Palestine, tout le monde les attend dans l’effervescence: Préparez-vous pour le Zeppelin, titre le journal Doar Hayom.
Le Graf Zeppelin vole suffisamment bas pour que les foules puissent l’admirer et elles l’admirent! Il est le symbole de la modernité.
« Un grand enthousiasme s’est manifesté alors que les habitants regardaient en l’air l’énorme et imposant avion. Le Zeppelin était suffisamment bas pour permettre aux foules gaies et enthousiastes, dont la plupart portaient des costumes magnifiquement décorés, de lire clairement le nom du dirigeable », rapporte l’Agence télégraphique juive.
Les gens sont d’autant plus joyeux que c’est la fête de Pourim et tout Tel Aviv défile pour l’Adloyada*. Le zeppelin ne peut atterrir mais le représentant de la compagnie, le Dr Hugo Eckener* envoie un message officiel en allemand et en hébreu au maire de Tel Aviv, Meir Dizengoff :


« Nous sommes désolés de ne pouvoir atterrir »,, qui a été affiché dans la ville côtière en hébreu et en allemand. « Je vous souhaite un bon Pourim, Eckener. »
Dans le Zeppelin,  les passagers, entraînés par deux d’entre eux, Wolfgang Von Weisl et Herman Badt, vident  quelques bouteilles de vin Carmel Mizrahi  tout en lançant 15 kg de confettis sur le défilé de l’Adloyada*.  Puis, Von Weisl et Badt sortent alors le livre d’Esther et lisent la Meguila* comme il se doit le jour de Pourim.

Qui sont donc les deux lecteurs de la Meguila?
Le premier, Herman (Avraham Yitshak Tzvi) Badt (1887-1946) est un Juif pratiquant originaire de Wroclaw, juriste de formation et député du land de Prusse.

Il est aussi membre du Grand Conseil des Institutions juives de Prusse et du Comité pro-Palestinien (ce qui voulait dire sioniste à l’époque!). Au retour de son voyage en Zeppelin, il sera traduit en justice, convoqué devant la Diète du Land de Prusse, dénoncé par les Nazis comme un « profiteur » alors que c’est Eckener  lui-même qui l’a invité officiellement en tant que membre du gouvernement. Il ne sera pas condamné, les Nazis n’ont pas encore pris le pouvoir et le système judiciaire fonctionne encore normalement*.
En 1933, il quittera l’Allemagne pour la Palestine et participera au plan d’aide à l’immigration des Juifs par le biais de transfert de marchandises*. Il est mort à Tel Aviv en 1946.

Quant au second, Wolfgang (Benjamin Zeev) Von Weisl (1896-1974), c’est un des fondateurs du mouvement révisionniste*.

A la fois écrivain, journaliste et médecin, c’est un Juif autrichien dont le père a été anobli par l’empereur François-Joseph. Il est un sioniste convaincu depuis l’enfance. A l’âge de 11 ans, il publie dans un journal viennois son premier article politique où il appelle à l’alyia des Juifs yéménites .  En 1914, alors qu’il est officier d’artillerie dans l’armée austro-hongroise et reçoit la médaille de la Croix de fer, il distribue les couleurs nationales juives, bleues et blanches, aux officiers juifs et crée un Corps de Défense  Juif. Son travail avec le Fond National Juif, le met en contact avec Jabotinsky* à qui il propose de créer la nouvelle armée juive. Devenu médecin en 1922, il immigre en Palestine mais se lance alors dans une autre carrière, celle de journaliste. Il représente la célèbre maison d’édition Ullstein et parcoure le Moyen-Orient, rencontrant la plupart des dirigeants arabes*.
Il se battra toute sa vie pour que les Juifs immigrent en Israel, survivra à un attentat au poignard pendant les émeutes de 1929, sera arrêté par les Anglais et emprisonné à Latrun en 1946. Il écrira alors au Haut-Commissaire britannique: « … J’ai l’honneur de vous informer que je jeunerai pendant ces 28 jours. Je suis bien conscient du fait que ni mon jeûne ni celui de qui que ce soit d’autre n’influenceront l’attitude ou les décisions des hommes qui règnent aujourd’hui sur la Palestine et qui, apparemment, considèrent qu’il est de leur devoir d’empêcher par tous les moyens le retour d’Israël dans son foyer.
Il mourra à Guedera en 1974.
Pour la petite histoire, longtemps plus tard, quand l’ambassadeur d’Autriche en Israël lui demandera pourquoi il n’était pas retourné dans la « Vienne bien-aimée » après la guerre, Weisl lui répondit:
« Quand j’étais étudiant en médecine à Vienne, le lisais  « Les Juifs dehors! » sur les murs et les portes des toilettes. Et j’ai toujours pris au sérieux la littérature des toilettes. »

Mais revenons encore une fois au Graf Zeppelin, ce jour de Pourim 1929. Ayant dépassé Tel Aviv, il survolera alors Jerusalem, là aussi accueilli avec enthousiasme. 

Il plongera dans la Mer Morte, comme l’écrira un journal de l’époque.

Chez nous, à Jerusalem, nous fêterons le שושן פורים (Shoushan Pourim), le Pourim de Shoushan*. Comme tous les ans nous lirons la Meguila et nous nous réjouirons de notre délivrance et de la chute d’Haman, descendant d’Amalek et de tous ceux qui l’ont suivi!

La rose de Jacob exulta de joie lorsque tous virent Mordekhaï revêtu de bleu royal.
Tu fus toujours leur salut et leur espoir en chaque génération,  ceux qui espèrent en Toi ne seront pas livrés à la honte, et que ceux qui ont confiance en Toi ne seront jamais déshonorés.
Maudit soit Haman qui a projeté de me détruire ; béni soit Morde‘haï le Juif ; maudite soit Zerech, (l’épouse de Haman) qui m’a terrifié ; bénie soit Esther qui a intercédé en ma faveur ; maudits soient tous les méchants  et bénis soient tous les justes!

Bonne fête de Pourim פורים שמח

Malheureusement, comme souvent ici, la tristesse et la colère se mêlent à la joie. Nous festoierons cette année en pensant à ceux qui n’auront pas vu la chute d’Amalek: le rav A’hiad Ettinger et le sergent Gal Keidan, tués cette semaine dans un attentat à Ariel.
La famille du rav Ettinger, décédé à la suite de ses blessures à l’hôpital, a pu sauver plusieurs personnes en acceptant de donner ses organes à la médecine.
Gal Keidan avait 19 ans. Le voici en répétition il y a quelques mois au conservatoire de Beer Sheva:

 

A bientôt,

Le L7-27 Graf Zeppelin:
https://en.wikipedia.org/wiki/LZ_127_Graf_Zeppelin

* Simon Epstein: 1930, une année dans l’histoire du peuple juif
https://www3.yggtorrent.so/torrent/ebook/livres/240430-epstein+simon+-+1930+une+annee+dans+lhistoire+du+peuple+juif+pdf

* Défilé de l’Adloyada:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/02/22/adloyada/

* Meguila d’Esther: le livre d’Esther qu’on lit le jour de Pourim

* Mouvement révisionniste
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/:

* En 1925, avec Yaakov et Abraham Weinschel, Rozof et plusieurs autres, Weisl fonda le parti révisionniste en Eretz Israel. Il aurait pu faire une grande différence dans ce qui allait devenir le conflit israélo-palestinien: il a offert à Feisal, roi d’Irak, un transfert des Arabes palestiniens pour cultiver ses vastes terres non peuplées, a reçu la bénédiction du roi mais a rencontré les objections britanniques. En Egypte, il se lie d’amitié avec Zaglul Pasha, qui espérait que les sionistes s’assoiraient sur la rive orientale du canal de Suez, comprenant ce que les Britanniques refusaient de comprendre… Le Sinaï n’appartenait pas à l’Égypte à l’époque.

* Le Dr Hugo Eckener (1868-1954) dirigeait la compagnie et commanda le zeppelin dans la plupart de ses vols-records. Mais anti-nazis, il fut mis a la retraite anticipée pendant le Troisième Reich

* Shoushan Pourim: Pourim tombe le 14 du mois d’Adar. Dans certaines villes fortifiées comme Jérusalem, « Shoushan Pourim » est célébré le lendemain, le 15 Adar.

Nos racines, leurs ailes…

Il est écrit dans la Thora que כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה l’homme est un arbre des champs (דברים, Deutéronome 21,19).
Si nous voyons et admirons les branches et le tronc des arbres, nous savons que les racines souterraines sont indispensables à sa survie. Les racines, שורשים (shorashim), ce sont aussi les nôtres, notre lien avec notre passé et en particulier notre passé familial. C’est sans doute pourquoi, les enfants qui plantent tous les ans des arbres à Tu Bishvat, préparent aussi, à cette même époque, un עבודת שורשים (avodat shorashim), un travail de recherche sur leurs propres racines. A l’âge de 7 ans, il s’agit surtout de dessiner un arbre généalogique simplifié, d’y noter les nom des parents et grands parents, leur lieu de naissance. Et les grands-parents se retrouvent enrôlés pour participer à de nombreux ateliers avec leurs petits enfants.

C’est ainsi que Iddo, notre petit-fils de 7 ans, fut très fier de présenter son grand-père à sa classe en précisant: Il parle français!

Mais quand les enfants terminent le collège, leur travail est bien plus conséquent.
Il s’agit alors d’une véritable enquête, non seulement sur la famille elle-même , mais aussi sur la communauté d’origine. Le tout agrémenté d’anecdotes, de recettes de cuisine, de photos et surtout d’un travail de recherche sur un sujet spécifique qui lie le passé familial et le plonge dans l’Histoire.
C’est la qu’on se rend compte que l’Histoire, celle qu’on apprend dans les livres, manque de chair quand on ne l’entremêle pas avec la petite histoire, celle des gens, celle de nos ancêtres. Comme je le disais dans un article précédent*, le mot Historia est un ajout moderne à l’hébreu. La conscience juive traditionnelle conçoit l’histoire comme une succession d’engendrements, engendrements de personnes ou de situations. Soudain tout s’éclaire quand on la relie aux photos de savta (grand-mère) et aux anecdotes de  saba (grand-père).

Nous sommes Juifs et Israéliens mais cependant très différents les uns des autres.
J’expliquais, il y a quelque temps que Manitou* disait un jour qu’ Israel est comme un immeuble dont chaque appartement est occupé par une famille aux modes de vie et aux origines différents. Et qu’est donc ce ciment qui fait que tout se monde cohabite parfaitement et que l’immeuble n’implose pas? Le fait que tous les locataires sont Juifs et attachés à leur pays!
Pour ceux que cela inquiéterait, je leur rappellerai que même à l’époque de la Thora où on ne parlait pas encore de la différence entre ashkenazes et sepharades, religieux et laïcs, les 12 tribus avaient chacune leur particularité, leur drapeau; et marchaient selon un ordre déterminé dans le désert du Sinaï.

(mosaïque dans la synagogue Or Thora à Akko, blog de Daniel Ventura)

La semaine dernière, nous fûmes invités à l’école de notre petite-fille Yael, où se déroulait une fête familiale en l’honneur de l’Avodat Shorashim.
Nous étions environ 200, parents et grand-parents. Et bien là bas, ce rapport charnel à l’histoire a été un des plus émouvants qu’il m’ait été donné d’éprouver.
En dehors de leur recherche personnelle, les élèves avaient préparé une exposition de lettres et de photos.
Pourquoi veux-tu une lettre de ma mère? avais-je demandé.
Mais tout est important, Savta,  le papier, le timbre, les alphabets différents etc…
Et c’est vrai que tout était important. Toutes sortes de lettres étaient exposées. Des lettres du bout du monde, des lettres fatiguées, des lettres qui avaient franchi des murs de haine pour donner des nouvelles, des lettres comme celle-ci, écrite à Cracovie, timbrée dans le grand Reich nazi et distribuée à Saint Etienne, en France…

Des photos, certaines en couleur mais beaucoup en noir et blanc:

{Photo prise à Sana’a Au Yemen, peu de temps avant l’alyia de la famille:
Tsvia, la petite fille aux joues rondes, à gauche sur la photo, fit toute sa carrière à la Commission des Lois de la Knesset
)

Ce fut une soirée de שירה בציבור (shira betsibour),  chants et poésies en public. La chanson שיר ניגונים (shir nigounim) poésie musicale, m’a rappelé de lointains souvenirs.


(La chanteuse Yehudit Ravitz et son père Yaakov)

Vous avez planté en moi, mon père et ma mère, des mélodies, des mélodies et refrains oubliés qui éclosent maintenant et fleurissent… Leurs racines s’emmêlent dans mon cœur…

Nous lûmes deux poèmes de Yehuda Ami’haï* qu’il a dédiés à ses parents:

Mon père était Dieu et ne le savait pas.
Il m’a donné les Dix Paroles, non pas dans un bruit du tonnerre, non pas avec colère ou feu ou nuée, mais avec tendresse et amour.
Au son des tambourins et des paroles agréables, en rajoutant « je t’en prie » et »s’il te plait ».
Il m’a chanté Zakhor Veshamor, en une seule mélodie*.
II  implorait et  pleurait en silence entre diber et ledaber. Tu n’élèveras pas le nom de ton Dieu en vain, non tu ne le feras pas. De grâce ne réponds pas à ton prochain par un témoin mensonger.

Il m’embrassait fort et murmurait à mes oreilles: ne vole pas, ne sois pas adultère, ni meurtrier,
Il déployait les paumes de ses mains sur ma tête le jour de Yom Kippour, Honore, aime pour que tes jours s’allongent sur cette terre.
La voix de mon père, blanche comme ses cheveux.
Alors, le jour où il mourut dans mes bras, il tourna une dernière fois sa tête vers moi et dit: Je veux en ajouter deux aux 10 Paroles. La onzième: Ne change pas! La douzième: Change, change!
Ainsi parla mon père, se détourna et s’en fut dans d’étranges lointains…

Ma mère était prophétesse et ne le savait pas. Pas comme Myriam dansant au son des tambourins et des cymbales,
Pas comme Dvora, assise sous son palmier et qui jugeait le peuple,
Pas comme Hulda qui prophétisait l’avenir,
Mais ma prophétesse. silencieuse et têtue, je dois en convenir alors que défilent mes années. Ma mère prophétisait lorsqu’elle me parlait des choses de la vie quotidienne. Des versets à usage unique: Tu vas le regretter, ça va te fatiguer, ça te fera du bien, tu te sentiras comme un homme neuf, tu aimeras ça, tu ne pourras pas, tu ne réussiras pas à terminer cela, je savais que tu ne t’en souviendrais pas, n’oublies pas, prends, repose toi, tu peux, tu peux… Quand ma mère mourut, toutes ces petites prophéties se rejoignirent en une grand prophétie  qui subsistera jusqu’à la fin des temps–

Ce fut une soirée familiale, sans prétention, les élèves chantèrent elles aussi: une chanson en judéo-arabe composée en souvenir de sa mère par le paytan David Bouzaglo, et une chanson du Théâtre Yiddish du ghetto de Vilno et intitulée « Nous vivrons pour toujours » et qui se termine par la dernière phrase du chant des partisans du ghetto: Nous vivrons pour toujours car nous sommes là!

L’arrière grand-père d’une des élèves a raconté comment il avait pu survivre pendant la Shoah alors que ses parents étaient envoyés à la mort:
J’avais 13 ans, j’étais costaud et les Allemands avaient besoin de main d’oeuvre pour construire des routes… Quand je suis arrivé à Beer Sheva en 1951, on m’a demandé: que sais-tu faire? Je n’étais pas allé à l’école alors j’ai répondu, je sais construire des routes! Si quelqu’un, pendant la guerre en Roumanie,  m’avait dit que je construirais des routes en Eretz Israel et que je raconterais tout ça devant vous, devant mon arrière petite-fille, j’aurais pensé: il est complètement fou!

(Si tu as gagné, grand-père, où est ton trophée? C’est toi, mon trophée)

– Mais pourquoi l’éducation israélienne donne-t-elle une telle importance à nos racines  familiales et diasporiques ai-je demandé à ma fille?
– En creusant dans nos racines nous mettons à jour le triple lien qui fait de nous un peuple: le lien avec notre terre, le lien avec notre tradition et le lien avec nos origines si variées et si proches:
Le lien à notre terre: Nous en avons été éloigné pendant des centaines d’années mais il est resté présent dans notre cœur.
Le lien avec notre tradition (même non respectée), qui fait que nous sommes un seul peuple malgré nos différences dues à notre éloignement géographique.
Le lien familial qui nous a permis de survivre et de transmettre.

L’homme nouveau* si cher aux Juifs de la troisième alyia qui voulait se couper de son passe galoutique et douloureux, s’est enrichi maintenant des multiples nuances. Sroulik* existe toujours, mais Sroulik ne se réfère plus seulement aux héros du Tanakh en sautant allègrement par dessus 2000 ans de diaspora, il s’enrichit maintenant de toutes les racines de son arbre.

Ou comme dit si joliment ma fille: Nos racines, leurs ailes….

 

A bientôt,

*Citation de Manitou (rav Léon Ashkenazi):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/07/10/un-garcon-semblable-a-un-cedre/

*L’histoire et les engendrements:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/04/23/yom-hashoah-2017/

*Tiré du piyout de Shlomo Alkabetz; chanté le vendredi soir:
http://www.zemirotdatabase.org/view_song.php?id=68

*Dans les ghettos, les gens ne mouraient pas seulement de faim, de maladie ou tués par les Allemands et leurs sbires. La vie culturelle était aussi un rempart contre la détresse qui les usait peu à peu. Comme l’écrivait Hermann Kruk (https://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Kruk),  dans son journal:
Et pourtant la vie est plus forte que tout. La vie continue à pulser dans le ghetto. A l’ombre de Ponary (la forêt où les Juifs étaient massacrés par les Einsatzgruppen) la vie continue et nous avons toujours l’espoir d’un meilleur matin. Au début de la guerre, les concerts étaient boycottes par le public, mais maintenant les salles sont pleines tous les soirs et ne peuvent même pas contenir tous ceux qui veulent venir.

*Yehuda Ami’haï
Yehuda Amichaï ( יהודה עמיחי), né Ludwig Pfeuffer le  à Wurzbourg en Allemagne et mort le 22 septembre 2000 à Jerusalem.  Son nom de famille, Amihaï, signifie: mon peuple est vivant.

*Le concept de l’homme nouveau:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/20/yossef-trumpeldor-lhomme-nouveau/

*Sroulik, diminutif du prénom Israel. C’est un petit personnage dessiné par Dosh et symbole du Sabra.

 

 

 

 

Le chemin des Patriarches (9)

Je m’aperçois que j’ai laissé les Patriarches en Samarie*. Il est temps qu’ils reprennent leur route.
Cette fois, ils sortent de Samarie  et vont droit vers le nord à travers la Galilée,  dans leur pérégrinations vers les oasis de Syrie.

(le chemin des Patriarches est en bleu foncé sur la carte)

Ils descendent les sentiers escarpés des monts de Samarie et grimpent certainement sur le Tel Megiddo pour admirer la vue; une très large vallée s’étend à leurs pieds: la vallée de Yezreel.


Megiddo est une bonne étape pour les Patriarches.
Ce n’est pas alors  un site archéologique mais un bourg fortifié. Situé sur une colline et entre deux sources d’eau, son emplacement est idéal. C’est un point stratégique important qui domine le carrefour principal de deux des plus importantes routes commerciales de l’époque: la route sud-nord qui aboutit en Phénicie et la route sud-est qui se poursuit sur les hauteurs du Golan et mène à Damas et en Mésopotamie.
La ville est mentionnée de nombreuses fois dans le Tanakh, elle se trouve sur le territoire de la tribu de Menashe bien que celle-ci n’ait jamais vraiment pris le contrôle de son territoire:
Pour Menashe, il ne déposséda point les gens de Beth-Shean et de ses dépendances, ceux de Taanakh et de ses dépendances, ni les habitants de Dor et de ses dépendances, ni ceux de Yivleâm avec les siennes, ni ceux de Megiddo avec les siennes, le Cananéen persistant à demeurer dans ce pays. (Juges 1 27)

Mais n’anticipons pas. Nous ne sommes pas encore à la période des Juges.
Il y a donc déjà à l’époque des Patriarches une ville prospère et organisée. Megiddo est un site extraordinaire pour les archéologues: on n’y compte pas moins de 30 couches archéologiques, donc 30 villes empilées les unes sur les autres. On passe des Cananéens, aux Hébreux, on découvre que le roi Salomon y fit construire un palais somptueux* et de célèbres écuries dont les archéologues pensent qu’elles pouvaient contenir de 400 à 500 chevaux. On découvre ensuite des ruines datant de la dynastie des Omrides et aussi des signes d’une présence militaire égyptienne (c’est loin de chez eux mais les Égyptiens avaient un peu partout des avant-postes fortifiés qui contrôlaient le commerce de Moyen- Orient).
La taille des murailles , la porte dite à triple tenaille,

(Une photo de la porte à triple tenaille de ‘Hatzor en Galilée. Elle est en meilleur état que celle de Megiddo. Site bible.archeologie.free.fr)

le système hydraulique très complexe, construit sous le roi d’Israel Yeroboam II. La galerie souterraine se trouve à 25 m de profondeur et débouche sur une grotte

(site antikforever.com)

ainsi que l’importance du palais et des écuries nous montrent que Megiddo fut, pendant plus de deux millénaires avant l’ère chrétienne, une ville d’une grande importance stratégique, militaire et commerciale.

Puis la ville décline. Il n’y a plus de traces ensuite d’un quelconque habitat suivi. Megiddo n’intéresse pas vraiment les Grecs ni même les Romains. Ils préféreront rejoindre leurs décapoles* en longeant la côte vers le nord.
Ensuite, les Arabes la laisseront de côté: ce sont des nomades et non des cultivateurs. La vallée si fertile sera abandonnée et deviendra une zone plus ou moins marécageuse.
Pourtant, les restes d’une église byzantine ont été découverts.

Ce qui s’explique car Har Megiddo (הר מגידו ), montagne de Megiddo, bien que ce ne soit qu’une petite colline, est mentionnée dans le livre de l’Apocalypse (Nouveau Testament) sous le nom de Armageddon.
« ... Ce sont des esprits de démons, qui font des prodiges, et qui vont vers les rois de toute la terre, afin de les rassembler pour le combat du grand jour du Dieu tout-puissant.
Voici, je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille, et qui garde ses vêtements, afin qu’il ne marche pas nu et qu’on ne voie pas sa honte !
Ils les rassemblèrent dans le lieu appelé en hébreu Harmaguédon… Et la grande ville fut divisée en trois parties, et les villes des nations tombèrent. »
Le site verra même la visite du pape Paul VI en 1964.

En bas du Tel Megiddo, tout à côté, se trouve un charmant kibboutz nommé lui aussi Meggido.

Mais nous sommes déjà dans la vallée de Yizreel, si fertile que son nom יזרע-אל signifie Dieu a semé.
Les Patriarches vont traverser des hameaux et des champs cultivés. Ils ne le savent pas encore, mais environ 1000 ans après leur passage, c’est là que Dvora combattra Sisera, le Madianite:
Or Dvora, une prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque… Alors Dvora dit à Barak: « En avant! car c’est aujourd’hui que le Seigneur livre en tes mains Sisera; n’est-ce pas Dieu même qui marche devant toi? » … Debout, debout, Dvora! Eveille-toi, éveille-toi, et chante!… (livre des Juges chap 4 et 5)

Ici, Esther Rada chante le chant de Dvora lors des festivités du Yom Haatsmaout (fête de l’indépendance de l’état) en 2014.

Ce n’est qu’au 19 siècle que les premiers pionniers s’y installeront en achetant des terres à la famille libanaise des Sursuk,  l’un des plus gros propriétaires  fonciers de la vallée.
Dans les années 1870*, le gouvernement turc vendit des terres en Palestine* mais limita l’achat à des ressortissants ottomans non Juifs. C’est ainsi qu’une famille chrétienne de Beyrouth, les Sursuk, devint l’un des plus gros propriétaires fonciers de la région.
Bien que la vente de terres à des Juifs fut interdite par la loi, la famille Sursuk  ainsi que le gouvernement des Jeunes Turcs, toujours à court d’argent, étaient intéressés à ces transactions. En effet, le prix des terres était très élevé, bien plus élevé que leur valeur réelle d’autant que les organisations juives  indemnisaient aussi les familles des paysans arabes qui y vivaient… Après une interruption due à la première guerre mondiale, les transactions reprendront  jusque dans les années 30. Les dirigeants britanniques ne s’en mêlèrent pas jusqu’à ce que le mukhtar de Nazareth (qui pourtant ne se trouve pas dans la vallée de Yezreel) lance à plusieurs reprises des émeutiers contre les kibboutzim nouvellement créés et les anglais les interdirent à nouveau.

Dans la vidéo ci-dessous on voit le travail d’assèchement de la vallée en 1938, par les kibboutznikim de Ein ‘Harod Tel Yosef* et de Ein Dor:

Comme la plupart des noms des lieux que nous traversons, les noms de Ein ‘Harod et Ein Dor sont mentionnés dans le Tanakh.
Ein ‘Harod, la source de ‘Harod, est présentée dans le livre des Juges (chapitre 3) comme le lieu d’une des batailles de Gideon contre les Madianites. Il semble même que ‘Harod provienne de la  racine חרד (‘harad) qui signifie trembler. Ce serait en fait la source du tremblement (ou de ceux qui tremblent) ainsi qu’il est écrit:
Dès le matin, Yérubaal autrement dit Gédéon alla se camper avec tout son monde près d’Ein ‘Harod, ayant ainsi au nord le camp de Madian, qui commençait à la colline de Moré et s’étendait dans la vallée… et Dieu lui dit: … porte aux oreilles du peuple cet avis: Que ceux qui ont peur et qui tremblent (מִי-יָרֵא וְחָרֵד) rebroussent chemin et tournent du côté de la montagne de Guilaad…


Quant à Ein Dor, c’est là que le roi Shaoul, épuisé et désespéré fit invoquer l’esprit du prophète Samuel par une sorcière et l’entendit lui annoncer:
... Et il (Dieu) livrera également Israël, avec toi, au pouvoir des Philistins: demain, toi et tes fils vous serez où je suis, et l’armée d’Israël sera livrée par le Seigneur aux Philistins.

(le kibboutz Ein Dor aujourd’hui)

 

A bientôt,

*Ceci est le 9 ème article intitulé le chemin des Patriarches

* Le palais: En fait; il y en a deux: Le premier est attribué au roi Salomon par Yigal Yadin et le second a sans doute été construit bien plus tard par la dynastie des Omrides qui gouverna le royaume d’Israel, donc après le schisme qui suivit la mort du roi Salomon.

*La porte à triple tenaille: On en a trouvé sur les sites archéologiques de Megiddo, ‘Hatzor, Ashdod et Guézer

*Les décapoles:
https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9capole_(Proche-Orient)

*Le kibboutz de Tel Yosef a été fondé par des immigrants de la troisième alyia appartenant au bataillon du travail:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/07/10/un-garcon-semblable-a-un-cedre/

 

 

La loi de la nation ou la vertu du nationalisme

Il y a quelques semaines, le politologue Yoram Hazoni était interviewé dans le Figaro. Voici ce qu’il déclara au sujet du nationalisme et des états-nation:
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler ne l’était pas le moins du monde.Je ne pourrai pas vous rendre compte du reste de l’interview n’étant pas abonnée au Figaro, mais voici un extrait de son livre* The virtue of nationalism:
Mes amis libéraux (là encore, au sens américain, c’est-à-dire des intellectuels de gauche) semblent ne pas comprendre que la construction libérale qu’ils soutiennent est une forme d’impérialisme… Tout comme les Pharaons et les rois de Babylone, les empereurs romains et l’église catholique romaine, jusqu’à récemment, ainsi que les marxistes au siècle dernier, les “progressistes” ont aux aussi leur grande théorie sur la manière d’apporter la paix et la prospérité au monde entier, en abolissant les frontières et en unissant l’humanité sous leur propre domination universelle. Infatués de la clarté intellectuelle de cette vision, ils dédaignent le processus laborieux de consulter la multitude des peuples qui doivent, selon eux, embrasser leur vision de ce qui est bon. Et comme tous les impérialistes, ils sont prompts à exprimer leur dégoût, leur mépris et leur colère lorsque leur vision de la paix rencontre l’opposition de ceux dont ils sont certains qu’ils retireront un immense bénéfice en se soumettant tout simplement”

Je peux rajouter à cela:
Hitler voulait un grand empire débarrassé de la vermine (nous les Juifs et aussi les Gitans) et avec de nombreux esclaves (les Russes et Polonais particulièrement) au service d’une supposée race pure. Il ne proposait pas que chacun vive selon sa langue, ses lois et sous son figuier pour  paraphraser la Bible. Staline voulait un empire soviétique dans lequel les particularismes culturels n’étaient concédés que du bout des lèvres, quant à Mao, foin des aspirations de toutes les minorités qui s’opposaient au diktat chinois, les Tibétains en savent quelque chose.
En ce qui concerne le monde islamique, nous savons que pour lui, le monde est partagé entre Dar el Islam (monde de l’Islam) où tous doivent obéir à l’islam (y compris les dhimmis) et Dar el ‘Harb (le monde de l’épée) c’est à dire le monde qui sera soumis à l’islam par la force.

Pourtant, actuellement l’idée que la nation est facteur de discrimination pouvant mener à la guerre est très à la mode. Une des raisons qui font que notre petit état fait horreur au monde occidental, c’est que c’est un état-nation et que nous y tenons.
Depuis quelque mois, une loi, la loi de la Nation, fait couler beaucoup d’encre, y compris ici dans la presse et les milieux gauchistes qui la décrivent comme une loi raciste s’opposant aux droits de l’homme. Aussi j’ai voulu mettre en parallèle le texte de la Déclaration de l’Indépendance, prononcé le 14 mais 1948 par David Ben Gourion, les lois fondamentales et le texte de la loi de la Nation.

Si je reprends le contenu de la Loi de la Nation promulguée le 19 juillet 2018, je retrouve les mêmes principes dans la Déclaration d’Indépendance et les Lois Fondamentales. Ainsi:

– 3 grands principes y sont inscrits en préambule:
1) La Terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif sur laquelle s’est constitué l’État d’Israël.
2) L’État d’Israël est l’État national du Peuple Juif par lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination.
3) L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est spécifique au Peuple Juif.

Ces trois principes se trouvent déjà dans la Déclaration d’Indépendance:

La loi de la Nation  détaille ensuite les symboles de l’état:

– Le nom de l’état:
Le nom de l’état est Israel.

Dans la Déclaration de l’Indépendance figure cette phrase:
Nous, membres du Conseil National représentants le peuple juif du pays d’Israel et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd’hui, jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’état juif dans le pays d’Israel, qui portera le nom d’état d’Israel.

– Le drapeau de l’État:
Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des marges, et un maguen David (bouclier de David) bleu ciel au milieu.

Lois fondamentales (extrait):
Le drapeau d’Israël s’inspire du châle de prière juif (Talith) orné d’un Bouclier de David (Maguen David) bleu (Loi de drapeau et des symboles de l’État, mai 1949).

Les armoiries de l’Etat:
Le symbole  de l’État est un chandelier  à sept branches, des feuilles de vigne sur chaque côté, et le mot: « Israel » à sa base.

Lois fondamentales (extrait):
Les armoiries d’Israël représentent une Menorah (chandelier), symbole juif depuis plus de 3000 ans. L’emblème de l’état, la Menorah sera la même que celle qu’on trouve sur l’arc de Titus*. Elle sera entourée de deux branches d’olivier et à sa base portera le nom d’Israel en souvenir de la prophétie de Zakharia (14, 2) qui prophétise le renouveau d’Israel:
« Je vois un chandelier tout en or son récipient sur son sommet, ses sept lampes alignées et sept conduits pour les lampes qui en couronnent le sommet.  Puis, deux oliviers à ses côtés, l’un à droite du récipient, l’autre à gauche ». 

L’Hymne de l’État:
L’hymne de l’état est la « Hatikvah ».

Lois fondamentales (extrait):
Hatikvah est officiellement l’hymne national de l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Composé par Naphtali Imber en 1878 et choisi pour être l’hymne du premier Congres Sioniste.
Le mot  Hatikva veut dire l’espoir et son texte a tout de suite parlé aux juifs du monde entier, et ceci avant la création de l’état.

Tant qu’au fond du cœur
Vivre notre âme juive,
Et, tend son regard vers les confins de l’Orient

Notre espoir n’est pas encore perdu,
Un espoir de deux mille ans:
Etre un peuple libre sur notre terre,
La terre de Sion et de Jérusalem


(chorale d’enfants à Munkacs dans les Carpates au début des années 30)

Dans la Palestine mandataire, l’hymne de la Hatikva a été interdit par les autorités britanniques dès 1919 pour ne pas déplaire aux Arabes (comme ils avaient par ailleurs interdit le son du shofar au Kotel*).

– La capitale de l’état:
Jerusalem, entière et réunifiée est la capitale de l’Etat.

Lois fondamentales:
1) Le 5 décembre 1949, le Premier Ministre David Ben Gourion  a proclamé que Jerusalem était la capitale d’Israel , en suivant ainsi les décisions du gouvernement. Il a aussi rappelé  le fait que, capitale à l’époque biblique,  Jerusalem  avait toujours eu une population juive sans discontinuer jusqu’à nos jours. Il a souligné son propos en répétant cette phrase:  ירושלים היא בירת ישראל לנצח, Jerusalem est la capitale d’Israel pour l’éternité.
2) De plus, le 14 du même mois de décembre 1949, il a rejeté la résolution 303 de l’UNGA (Assemblée générale de l’ONU), qui avait décidé que Jerusalem serait une ville internationale placée sous l’autorité de l’ONU,  et a réaffirmé la position des membres de la Knesset sur le sujet.
3) La loi fondamentale, votée le 

– La langue officielle de l’état:
L’hébreu est la langue de l’état. La langue Arabe jouit d’un statut spécial dans l’État; la réglementation de l’usage de la langue Arabe dans les institutions officielles ou devant celles-ci, fera l’objet d’une loi. Aucune disposition du présent article ne portera atteinte au statut effectif de la langue Arabe avant l’entrée en vigueur de la présente loi fondamentale.

Loi fondamentale du 19 mais 1948: L’hébreu est la seule langue officielle d’Israel, l’arabe ayant un statut spécial.

Alors que le nouvel état a maintenu un certain nombre de lois britanniques dans son nouveau code de lois, le gouvernement a expressément précisé que seul l’hébreu était la langue officielle!

Cependant, les panneaux d’utilité publique

ainsi que tous les documents officiels sont rédigés en hébreu et en arabe.

J’ai lu dans plusieurs revues d’histoire que l’ONU avait exigé pourtant d’Israel la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle avant de l’admettre comme membre. C’est faux mais qui ira vérifier le texte de la résolution 273 admettant Israel au sein de l’ONU en 1949:
https://ecf.org.il/media_items/469)

– Le rassemblement des exilés et les liens avec le peuple juif en Diaspora:
L’État sera ouvert à l’immigration des Juifs et au Rassemblement des Exilés. L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté. L’État agira sur les communautés de Diaspora pour la conservation du lien entre l’Etat et les membres du Peuple Juif. L’État agira en vue de la conservation de la Tradition culturelle, historique et religieuse du Peuple Juif au sein du Judaïsme de Diaspora.

Déclaration de l’Indépendance:
Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat… Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.
En 1897, inspiré par la vision de l’Etat juif qu’avait eue Théodore Herzl, le premier congrès sioniste proclama le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays. Ce droit fut reconnu par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et réaffirmé par le mandat de la Société des nations qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

(Voici cet extrait repris et décoré qui se trouve dans les archives de l’état)

– *Développement urbain et agricole des Juifs:
L’État considère le développement urbain et agricole des Juifs comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement.

Déclaration de l’Indépendance:
..
.Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat. Tout au long des dernières décennies, ils s’y rendirent en masse : pionniers, maapilim* et défenseurs. Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle. Ils n’aspiraient qu’à la paix encore qu’ils aient toujours été prêts à se défendre. Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays. Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.

Lois fondamentales:
Le concept de développement urbain et agricole de la population juive est déjà inscrit dans la Déclaration du 4 octobre 1949. Le gouvernement de l’époque  constitue en plus un comité dont le but est d’inciter à la réhabilitation des noms juifs des différentes localités dont le nom a été changé au cours des siècles et à retrouver celles qui ont disparu en se fondant sur des bases historiques et archéologiques précises . Ce comité travaillera surtout dans la région du Neguev, en parallèle avec le « Comité des noms des localités du Fonds National Juif » qui lui s’est attelé à ce travail dès l’année 1922!
Pour comprendre cela, il faut intégrer le fait qu’ici, les groupes ethniques et religieux sont ne sont pas effacés au profit d’une nationalité commune à tous. Situation très différente de ce qui existe par exemple en France. Ne dites surtout pas à un Israélien arabe, druze, tcherkesse ou araméen, qu’il n’est qu’israélien. Il est fidèle non seulement à sa nationalité mais aussi à son groupe dont il défend bec et ongles les particularités. Il donc est logique pour tous que si l’état est la patrie de la nation juive, comme cela est inscrit dans la Déclaration de l’Indépendance, le développement urbain et agricole des Juifs soit son objectif premier. Ceci dit, les non-Juifs habitent où ils veulent (y compris parfois dans les « colonies ») dans la mesure où ils respectent les lois d’urbanisation valables pour tous.
Point de place ici pour  les villages construits sans aucune autorisation, essentiellement dans le Neguev mais parfois aussi en Galilée et pour le dire en passant, souvent avec l’aide active de puissances étrangères comme l’Union Européenne qui plantent des cabanes en tôle, sans donner aux habitants la possibilité de se connecter à l’eau, à l’électricité ou même à des routes carrossées et en les gardant ainsi dans un état de pauvreté et de dépendance tout en leur répétant que leurs malheurs viennent des sionistes.

– Le Calendrier:
Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel de l’Etat et à ses côtés le calendrier grégorien servira aussi de calendrier officiel. L’emploi du calendrier hébraïque et du calendrier grégorien sera fixé par la loi. Le jour de l’Indépendance est le jour de la fête nationale de l’État.
Le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et le Jour du Souvenir de la Shoah et du Courage sont des jours du souvenir officiels de l’État.
Le Shabbat (Samedi) et les fêtes juives sont des jours de repos fixes dans l’État. 
Les personnes non-juives ont le droit de fixer leurs jours de congé, leur jour de repos hebdomadaire et lors de leurs fêtes; les détails concernant ces points seront fixés par la loi.

Lois fondamentales:
La première loi à être promulguée dans l’État d’Israël a été l’ordonnance du shabbat et du repos des jours selon le calendrier juif en raison de l’importance de la tradition juive. Et il a été décidé que la date hébraïque serait indiquée dans chaque lettre officielle du gouvernement
De plus, pendant le premier gouvernement de Mena’hem Begin, il a été décidé que les banques et les institutions publiques se devaient d’honorer les chèques et factures comportant uniquement la date hébraïque.
Enfin en 2014, a été votée une loi selon laquelle le permis de conduire comporterait également la date en hébreu.

En conclusion que dire? Que tout ce qui se trouve dans la Loi de la Nation (que les journaliste appellent la si-controversée loi de la Nation) a été déjà écrit et proclamé depuis la création de l’état.
Etait-il donc nécessaire de voter une nouvelle loi?
Pour moi, oui, vraiment, et toutes les accusations véhémentes de ceux opposés à la loi me le prouvent. Ce texte est nécessaire pour lutter contre les adeptes du post-sionisme qui voudrait suivre le courant actuel: plus de nation, plus de particularités culturelles et nationales sans se rendre compte que cet abandon revient à donner les rênes du pays à  ceux qui veulent le détruire. Ce faisant, ils ôtent aux Juifs tout espoir de trouver un refuge dans le pays de leurs ancêtres. Si certaines populations décident de fondre leur culture et leurs particularismes dans un magma indéfinissable, c’est bien leur droit. C’est là un luxe que nous, Juifs, nous ne pouvons pas nous payer. Combien d’entre nous en Diaspora sont encore des victimes toutes désignées y compris dans les pays dits développés?
Même ici, dans ce pays en constitution depuis seulement 70 ans, nous ne devons jamais baisser les bras et veiller à ce que les principes fondateurs demeurent.
Certains crient à la discrimination en répétant comme un mantra que la Loi de Nation est raciste, mais sans jamais expliquer en quoi elle l’est.

Pour moi, par deux fois nous avons perdu notre souveraineté nationale*.
Nous avons survécu en développant et renouvelant notre conception particulière du monde et du rapport à l’autre, tout en conservant nos structures fondamentales: monothéisme et éthique, rappel de l’alliance et universalisme. Nous avons été capables de maintenir notre identité pendant ces siècles d’exil, tout cela en attendant de restaurer notre état*.
Nous avons le devoir de maintenir nos valeurs et notre héritage que nos ancêtres ont réussi, dans les conditions difficiles que nous connaissons, à nous transmettre et nous refusons de nous couler dans un moule créé par d’autres même s’ils prétendent nous vouloir du bien.

A bientôt,

* Il y a longtemps: la première fois 5 siècles avant l’ère chrétienne et la deuxième fois au deuxième siècle de l’ère chrétienne, après la chute de Bar Kokhba.

*Extrait tire de l’excellent article (une fois de plus!) de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/02/europe-les-elites-contre-les-peuples-la-nouvel-imperialisme-europeen-face-au-reveil-des-etats-nations-pierre-lurcat.html

* Parmi les nombreuses interdictions du gouvernement britannique: chanter l’hymne Hatikva et souffler dans un shofar au kotel
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

* Maapilim: Les immigrants illégaux entre 1934 et 1948.

*Je vous renvoie au texte de la déclaration d’Indépendance, prononce par David Ben Gourion, premier Premier Ministre d’Israel, le 5 Iyar 5708 ou 14 mai 1948:
https://mfa.gov.il/MFA/MFAFR/MFA-Archive/Pages/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel.aspx

 

Les fruits du 15 shevat

Cette semaine, nous avons vu brièvement quelques flocons sur Jerusalem et même s’il a beaucoup plus neigé sur les hauteurs de Galilée, du Golan et heureusement sur le mont ‘Hermon, il semble que ce sera tout pour cette année.


(le mont Meiron en Galilée il y a quelques jours)

 

Nous sommes  à la veille de טו בשבט, Tou Bishvat, le Nouvel An des Arbres, fête où nous célébrons le renouveau de le la floraison,

(plantations pour Tou Bishvat dans le quartier de Ir Ganim à Jerusalem)

et dégustons 15 fruits en son honneur*.

Il y a quelques décennies, Naomi Shemer écrivit cette chanson, devenue très célèbre*: פרות חמישה עשר (Perot ‘hamisha assar), les fruits du 15 shevat, plus connue sous le titre שלג על עירי (sheleg al iri) Neige sur ma ville.

(photo Bibliothèque Nationale)

La neige sur ma ville s’est posée toute la nuit, mon amour est parti vers les pays chauds.
La neige est sur ma ville et la nuit est froide,
Des pays chauds il me rapportera une datte.
Miel de figue,  douceur du caroube, caravanes de chameaux chargés de bonnes choses…
Le voici il revient, le soleil de mon cœur.
De la bas, il me rapportera une orange.
La neige repose comme un talith sur la ville…
Des pays chauds que m’as-tu apporté? 
La neige sur ma ville, elle est  sur mon visage et dans le fruit toute ma mélancolie.

Une amante attend son amant dans une ville enneigée. Il lui apportera des cadeaux des pays chauds: dattes, figues et même une orange.
Beaucoup ont pensé que la ville était Jerusalem, souvent enneigée à l’époque de Tou Bishvat.
Bien que Naomi ait grandit sur les bords du Kinneret, elle pouvait rêver de la Ville, parfois recouverte de neige, Jerusalem. Elle pouvait l’imaginer attendant son amant, Tou Bishvat,  dans une réminiscence du שיר השירים (Shir hashirim,) le Cantique des Cantiques où les amants séparés s’attendent et s’espèrent…
Mais là, pas de dialogue, l’amant est au loin et l’amante est passive. Elle espère et attend…
C’est qu’il ne s’
agit pas de Jerusalem.
La ville enneigée c’
est Vilna (Vilnius), celle qu’on appelait la Jerusalem de Lituanie*.

Naomi Shemer y passa un an en 1935 dans la famille de son père:

(photo: La Bibliothèque Nationale)

Elle s’est toujours souvenu que là bas, ses cousins l’appelaient affectueusement en yiddish אַ מייעדלע פון ארץ-ישראל », la petite fille d’Eretz Israel », elle qui leur racontait des histoires de pays chauds, d’une terre où poussent les palmiers, les figuiers et les faisait rêver…


(Tou Bishvat au lycée hébraïque de Ukmerge en Lituanie)

 

L’amante, la Jerusalem de Lituanie, attendit son amour jusqu’au 1er septembre 1939. A ce moment là le contact fut coupé. La tante Bertha et sa famille firent partie des 100 000 victimes assassinées dans la foret de Ponar.
Au coeur même de la joie, du renouveau de la nature, au milieu même des fruits d’Israel, se mêlent les regrets nostalgiques de Naomi quant à sa famille disparue.
La Jerusalem de Lituanie n’est plus mais les collines tout autour de Jerusalem en Judée sont couvertes d’amandiers en fleurs:


Les photos de la vidéo sont prises depuis le centre d’information du Mont des Oliviers.
https://mountofolives.co.il/en/

Bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

* La fête et les coutumes de Tou Bishvat:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/16/le-mois-de-shvat/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/04/tout-refleurit/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/02/12/un-homme-des-arbres-et-des-conseils/

* Cette chanson est une des 13 chansons de la comédie musicale « Les voyages du 3 eme Benjamin », basée sur une oeuvre satirique de l’ecrivain Mendele Mokher Sefarim (Sholem Yankel Abramowicz): Apres les deux grands voyageurs juifs, Benjamain de Tudela et de Israel Joseph Benjamin, juif de Moldavie, Mendele Mokher Sefarim imagine un troisième grand voyageur juif,  venant d’une ville imaginaire Batalon et qui veut rencontrer les Juifs rouges d’au delà du fleuve Sambatyon*

* Naomi Shemer:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Naomi_Shemer

* La Jerusalem de Lituanie:
http://www.bibliomonde.com/livre/vilna-wilno-vilnius-j%C3%A9rusalem-lituanie-4489.html