Shana Tova 5779 שנה טובה

Comme vous le savez, Rosh Hashana n’est que l’un des 4 débuts de l’année juive*. Comme ce début du 1er Tishri est la date anniversaire de la création de l’homme, s’est imposée, à l’époque de la Mishna, l’idée que ce serait à ce moment là que Dieu déciderait de nous donner une bonne ou une mauvaise année!
Nos ancêtres se souhaitaient certainement une bonne année, mais ils le faisaient oralement. La poste n’existait pas et les quelques coursiers n’emportaient que des lettres officielles.
La première mention d’un Shana Tova date du 14 ème siècle. Elle se trouve dans une lettre écrite par Yaakov ben Moshe Moelin*, célèbre פוסק (possek) de Mayence en Allemagne. Mais ceci resta aussi exceptionnel que pouvaient l’être les lettres personnelles.*
Et puis la famille et les amis, tous habitaient dans le même village alors pourquoi envoyer des voeux? Quant à ceux qui partaient au loin, ils donnaient si rarement de leurs nouvelles*…


(Peinture d’Itzik Beller, tirée de son livre La vie au shtetl)

Mais, tout change avec l’apparition des premières cartes postales à la fin du 19 ème siècle.
En 1880 sont imprimées les premières cartes postales pour Rosh Hashana et pendant un siècle, la majorité des cartes envoyées par des Juifs le seront à cette occasion.
Elle sont écrites principalement en yiddish et en hébreu décorées de 
motifs traditionnels: shofar, maguen david, murailles de Jerusalem, pomme dans le miel…
Elles sont aussi souvent liées à l’actualité du moment, comme celle-ci avec le portrait d’Alfred Dreyfus. Il ne faut pas oublier que la condamnation d’Alfred Dreyfus a plongé dans le désespoir les communautés d’Europe de l’est, persuadées qu’en France rien de mauvais ne pouvait arriver aux Juifs*:


Elles  décrivent l’espoir des populations juives qui fuient les pogroms en Europe pour le Nouveau Monde: sur celle-ci, face à l’aigle impérial russe menaçant, 
l’aigle américain porte une banderole où est écrit cette phrase tirée du livre de Tehilim (17,8): Garde-moi comme la prunelle des yeux, abrite-moi à l’ombre de tes ailes.


Celle-ci date de 1934. Elle est particulièrement tragique:  une jeune fille, représentant la nouvelle année (naye jor en yiddish) désigne avec espoir un Hitler en train de se noyer:

Related image

Dans tout le yishouv et le monde juif sioniste, de nombreuses cartes postales sont dédiées à l’édification du futur état d’Israel.
Sur celle-ci datant de la fin du 19 ème siècle, on voit Théodore Herzl et le sultan ottoman, alors en pourparlers:


Elles expriment aussi l’espoir que notre retour sur notre terre, donnera des idées au Mashiah:

המשיח מגיע (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית) (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית)

Comme le dit le refrain de ce chant populaire: s’il vient à cheval, ce sera une bonne année, s’il vient en voiture, nous aurons de bons moments, et s’il vient à pied, ah! alors tous les Juifs reviendront en Eretz Israel.


Que les hébraïsants me pardonnent, pour une fois, la vidéo est en yiddish et non pas en hébreu!

Celle-ci imite le passeport d’un état pas encore né, et, dans les 2 pages intérieures, décrit d’une manière humoristique le titulaire fictif: c’est un Juif avec toutes les fêtes (sic!), dont l’âge va jusqu’à 120 ans, dont le métier est d’attendre le Mashiah, qui est riche de paquets de soucis, et des douleurs du Mashiah etc…

Les années passant, l’édification du futur état fait la part belle au travail de la terre et des ‘haloutzim:

הזורעים בדמעה... (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית) (צילום: באדיבות הספרייה הלאומית)Il est écrit: Ceux qui ont semé dans les larmes, recolteront dans la joie!  הַזֹּרְעִים בְּדִמְעָה– בְּרִנָּה יִקְצֹרוּ, (Psaumes=Tehilim 125,5)

Ci dessous, la famille de Tsvi Weiss souhaite: une bonne et fructueuse année à notre pays:


Après 1948, et surtout 1967, on voit beaucoup l’image du soldat juif qui sert dans une armée juive, comme disait ma mère, admirative de son petit-fils:

Mais au long de ce siècle, ce qui domine, c’est l’amour, bien sûr:

et toujours…

 

Et quand on n’a pas de cartes postales, une carriole suffit pour exprimer son espoir d’une bonne année:

(En 1925, en Lituanie, le conducteur fait le tour du village avec les prières des selihot et des voeux de bonne année)

 

שנה טובה ומתוקה
שנת אושר
שנת בריאות
שנת שלווה

Bonne année 5779

 

A bientôt,

 

*Nos 4 débuts d’année: il est écrit dans la Mishna
-Le 15 du mois de Shevat (Tou Bishvat): le nouvel an des arbres et donc le décompte de leurs années
-Le 1er du mois de Nissan: décompte des années de règne des rois
-Le 1er du mois de Eloul, le décompte du maasser, la dîme (bien que Rabbi Elazar et Rabbi Shimon préfèrent le 1 er tishri) .
-Le 1 er du mois de Tishri: date de la création de l’homme et donc le début du décompte des années humaines

*Un possek est un rav ayant autorité pour prendre des décisions selon la Halakha https://en.wikipedia.org/wiki/Yaakov_ben_Moshe_Levi_Moelin

*On écrivait pour les grandes occasions et non pas pour un simple bonne année d’autant que la taxe de transport coûtait cher et incombait au receveur. Une héroïne de Jane Austen n’ose pas écrire à son frère de crainte qu’il n’ait pas encore reçu sa solde de marin* et qu’il ne puisse payer la taxe postale et recevoir sa lettre. Il s’agit de personnage de Fanny dans Mansfield Park .
Pour la petite histoire, en 1840 Sir Rowland Hill, Directeur des Postes de Grande Bretagne, fut témoin d’une scène curieuse: une servante avait refusé une lettre que le facteur venait de lui apporter. Elle avait alors avoué à Sir Rowland que son fiancé et elle avaient imaginé un stratagème pour se donner de leurs nouvelles selon un code sur l’enveloppe, sans payer la taxe. Sir Rowland décida alors que la taxe serait payée par l’expéditeur de la lettre.

*Dreyfus à Kasrilevke: une nouvelle de Sholem Aleichem sur l’affaire Dreyfus (malheureusement je n’ai pas trouvé de traduction en français:
http://sholemaleichem.org/dreyfus-in-kasrilevke/
Un excellent article d’Ada Shlaen sur l’affaire Dreyfus, la reliant à l’affaire Beilis (plus tardive) et mentionnant une lettre de Sholem Aleichem à Menahem Mendel Beilis:
https://mabatim.info/2018/01/10/de-laffaire-dreyfus-a-laffaire-beilis/

 

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Sandalim, sandalim!

Il y a quelques années, je publiais un article sur les couvre-chefs et un autre sur le costume juif »* . Je vois qu’ils sont encore régulièrement lus.
Pourquoi cette fois ne pas parler des chaussures ou plutôt des premières chaussures connues, les sandales.

Moshe en portait certainement puisque Dieu lui demande de les ôter lorsqu’il se tient devant le buisson ardent au mont Sinaï .
De même il est certain que c’est ce que portaient les habitants de Gabaon lorsqu’ils trompèrent Yeoshua bin Noun.*
On ne trouve pas le mot sandale dans le texte du Tanakh, où il n’est question que de נעליים (naalaim), souliers*, mais ce mot de נעליים (naalaim) nous renvoie pourtant à cette forme primitive de la sandale puisqu’il vient de la racine נעל  (naal), nouer. Certains pensent cependant que le mot vient de נע +על (na+al): bouger sur (les chemins).


Et puis, les siècles passant, les sandales ne furent plus en vogue. Petit à petit, les orteils furent cachés même dans les pays chauds.
Dans son excellent article sur l’histoire de la chaussure, Véronique Chemla écrit que « durant l’Antiquité, l’utilisation des sandales avec une variété de formes et de modèles reste majoritaire. Un changement se dessine vers la fin du 4e siècle, tout d’abord sur le territoire d’influence byzantine et ensuite à Rome, avec l’ascendant croissant des souliers fermés et des chaussons en cuir simple marron ou noir, mais aussi parfois en cuir pourpre richement décoré ».*
La sandale restera en Europe la chaussure « biblique » des moines.
Lorsque les premiers haloutzim arrivèrent, ils gardèrent l’habitude des grosses chaussures malgré la chaleur. Il s’agissait en fait de protéger les pieds des pierres, épines et serpents et puis, dans l’esprit juif, montrer ses orteils, ce n’était pas convenable. Les Arabes eux mêmes, n’en portaient pas. Soit ils étaient pieds nus, soit, et c’était un signe de richesse, ils chaussaient des babouches.
Mais dans les années 20, des immigrants d’origine tchèque et allemande se dirent que les sandales étaient très pratiques. Ils en fabriquèrent alors de confortables et assez larges pour être portées avec ou sans chaussettes.

En fait ce modèle venait des premières sandales de randonnées qu’on appelait en Allemagne les sandales de Jesus. Joseph ben Artsi, fondateur de la société Nimrod, décida de créer les sandales Babta* du nom de cette jeune femme qui vivait il y a 2000 ans et réclamait la pleine propriété de ses palmeraies devant la cour de justice à Ein Guedi. Comme cela est décrit dans ce parchemin:

(Titre de propriété  concernant les 4 palmeraies, parchemin retrouvé par Yigal Yadin dans les grottes près de la mer morte)

Les sandales sont devenues un des symboles de l’esprit pionnier. Lorsque Dosh voulut caricaturer le tsabar israélien, Sroulik (diminutif d’Israel), il le revêtit du kova tembel (chapeau d’imbécile)*, d’un long short kaki et de sandales.
Les années passent, les kibboutzim s’embourgeoisent: plus de long short kaki, plus de kova tembel et beaucoup moins de sandales…
En fait, les sandales bibliques auraient dû elles aussi tomber dans l’oubli si le sionisme religieux ne les avait pas remises à l’honneur:  la sandale biblique confortable est celle de l’homme qui a un lien très fort avec sa terre et qui se bat pour elle. Ce n’est pas un hasard si l’une des grandes marques de sandales biblique s’appelle שורש (shoresh), racine.

Et si vous voulez vraiment avoir les pieds découverts, vous porterez les כפכפים (kafkafim)*. Mais, votre démarche traînante et paresseuse  ne vous désignera pas pour autant comme pionnier!

Mais d’où vient donc le mot sandale, qu’on trouve aussi bien en hébreu que dans les langues européennes, y compris en russe (сандал)? Il est arrivé sans doute dans les chariots d’Alexandre le Grand qui l’avait rapporté de Perse et s’est diffusé ensuite dans tout le bassin méditerranéen et même au delà.
סנדל (sandal) est aussi le nom d’un poisson très plat qu’on appelle aussi le poisson de משה רבנו (Moshe Rabbenou) ou Moise notre maître. Il parait que lorsque Dieu a divisé la mer rouge en deux, il n’a pas fait très attention et a coupé ce poisson en deux! En français on l’appelle la sole. Ce qui est amusant c’est que le mot sole vient du latin solea qui vient lui-même de l’hébreu סוליה (soulia), une semelle.

Il y a de moins en moins de סנדלרים (sandlerim), cordonniers, en Israel. L’un deux Malkiel Atsilov est né dans la ville de Samarkand. Il a réussi à immigrer en Israel en 1964 et s’est depuis installé comme cordonnier dans le quartier de Na’halat Shiva*.
Au dessus de la porte, une inscription en russe, сапожник, et en hébreu סנדלר (sandlar), cordonnier.

Cela me fait penser à la chanson על כפיו יביא (al kapav yavi), il lui apportera de ses mains, dans laquelle, Yoram Taharlev parle de trois artisans qui tous rêvent d’Eliahou Hanavi*: le menuisier rêve de fabriquer sa chaise, le  cordonnier ses chaussures  et le maçon rêve qu’à ce moment là, il pourra reconstruire le Temple.

Mais que vous soyez pieds nus ou chaussés de sandales, qu’Eliahou Hanavi arrive ou pas, souvenez vous de ce que nous disait le prophète Ishayahou:
Qu’ils sont gracieux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, qui annonce la délivrance, qui dit à Sion: Ton Dieu est roi!
מַה-נָּאווּ עַל-הֶהָרִים רַגְלֵי מְבַשֵּׂר, מַשְׁמִיעַ שָׁלוֹם מְבַשֵּׂר טוֹב–מַשְׁמִיעַ יְשׁוּעָה; אֹמֵר לְצִיּוֹן, מָלַךְ אֱלֹהָיִךְ. (Ishayahou 52, 7)

En ce moment se tient au musée Eretz Israel à Tel Aviv une exposition sur les sandales. Si cela vous dit:
http://www.eretzmuseum.org.il/e/388/

A bientôt,

 

Articles sur les couvre-chefs et sur le costume juif:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Kova tembel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*En argot, le mot נעל (naal) soulier signifie stupide. Ne dit-on pas en francais, bête comme ses pieds?

*Gabaonites: Lors de la conquête du pays de Canaan,les Gabaonites avaient eu recours a un stratagème pour éviter la guerre contre les Hebreux: Mais les habitants de Gabaon, en apprenant comment Josué avait traité Jéricho et Aï,  eurent recours, de leur côté, à un stratagème. Ils se mirent en route, munis de provisions, chargèrent leurs ânes de vieux sacs, d’outres à vin usées, crevées et recousues;  se chaussèrent de vieux souliers rapiécés, endossèrent des vêtements hors d’usage, et n’emportèrent comme provision que du pain dur et tout moisi.  lls s’en allèrent ainsi trouver Josué, au campement de Ghilgal, et lui dirent, à lui et aux Israélites: « Nous venons d’un pays lointain, et vous prions de conclure une alliance avec nous. » 

*De kaf qui signifie cuiller mais aussi paume de la main (kaf yad) ou plante du pied (kaf reguel)

Léger, si léger?

Tisha beAv vient de se terminer.
Lors d’un jour de jeûne, on a l’habitude de souhaiter: צום קל (Tsom Kal), jeune facile, léger.
Le mot קל (kal) vient de la racine קלל KLL qui a plusieurs significations.
Commençons par les plus évidentes.
Il est logique que si Kal signifie léger, la forme de conjugaison des verbes la plus facile à apprendre, la plus légère à l’élève, se nomme Kal, ou forme simple.
De la même manière, lorsqu’on avance des arguments allant du plus simple au plus complexe, on utilise un des principes de l’herméneutique appelé קל וחומר (kal va’homer) du léger au « dense » , c’est à dire un raisonnement à fortiori*.
Dans le Tanakh, lorsque Noa’h est enfermé dans l’arche et scrute impatiemment la mer, il remarque qu’enfin כי קלו המיים que les eaux se sont « allégées », réduites, il commence alors à entrevoir la fin de sa réclusion.
Lorsque David se lamente sur la mort de Jonathan et de son père, le roi Shaoul, il les décrits comme plus « légers » que les aigles מנשרים קלו, sans doute plus rapides*
Ci-dessus le mont Guilboa où moururent le roi Shaoul et son fils Jonathan lors d’une bataille contre les Philistins.

Dans le livre des Proverbes, בִּקֶּשׁ לֵץ חָכְמָה וָאָיִן וְדַעַת לְנָבוֹן נָקָל (Bikesh letz ‘hochma veein vedaat lenavon nakel), le sot demande en vain la sagesse, alors que la compréhension vient légèrement (aisément) à l’homme sage.

Et l’homme sage est souvent décrit comme indulgent. C’est ainsi qu’à l’époque de la Mishna, Hillel était appelé מקל, celui qui allège les sentences*.
                                                                            (Grotte où furent enterrés Hillel et ses élèves)

Mais la légèreté peut conduire quelqu’un à sa perte.
Dans le livre de Samuel, il est question d’Ashael ben Tsouria, fils d’une de soeurs du roi David. Lors de la guerre civile qui oppose David au roi Shaoul, Ashael poursuit Avner, général de l’armée du roi Shaoul. Or « Ashael avait les pieds légers comme un chevreuil dans un champ, וַעֲשָׂהאֵל קַל בְּרַגְלָיו כְּאַחַד הַצְּבָיִם אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה »
Avner qui le connaît bien lui dit: Écarte-toi, cesse de me poursuivre ! Pourquoi faudrait-il que je t’abatte ? Comment pourrais-je alors regarder en face ton frère Yoav ? » mais Ashael continue et Avner le tue. Ashael a agit par fidélité à son oncle David mais certains commentateurs relient ses pieds légers à une certaine légèreté, une certaine insouciance du danger.
Dans la langue moderne on parle de אשה קלה (Isha Kala), une femme légère, ce qui me fâche car des hommes légers il y a en à foison.

La racine KLL ne joue pas seulement sur les deux aspects positifs ou négatifs de la légèreté. Elle a aussi donne  קילל (killel), maudire, et des mots comme קללה (klala) malédiction,  קלון (kalon) dégradation, קלקל (kilkel) abimer.

On retrouve le mot קללה (Klala) malédiction, dans le refrain d’un célèbre piyout de Rosh Hashana: תכלה שנה וקללותיה. Que s’en aille l’année avec ses malédictions!
Le voici interpreté par Rakefet Amsalem:

Dans la littérature rabbinique, il est écrit que parmi la foule d’esclaves juifs envoyés à Rome par Vespasien,  nombre d’entre eux furent destinés aux maisons de disgrâce, בתי קלון, (batei Kalon) ou bordels…

9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de Titus(Début décembre 1947, après la proclamation du partage de la Palestine par l’ONU, les Juifs de Rome organisèrent une marche sous l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel. (Journal Davar)

Alors, faut-il prendre la vie comme elle vient? לקחת את החיים בקלות?
Nous ne sommes pas très doués pour ça. Il est vrai que notre histoire ne nous aide pas, ni notre grande mémoire.
La situation actuelle ne nous aide pas non plus: après avoir vécu depuis 3 mois, sous la menace des ballons incendiaires envoyés quotidiennement par le ‘Hamas, après avoir vu les champs brûler,

(résultats des incendies, journal Makor Rishon)

après les tirs d’obus, des roquettes qui ont blessé une famille à Sderot,

Vendredi, un soldat a été tué par le tir d’un tireur d’élite du ‘Hamas*.

Il s’appelait Aviv Levy et avait 21 ans. Il commandait un groupe de soldats originaires de la tribu de Menashe, et arrivés du Mizoram (état indien situé à la frontière birmane).

Son enterrement a eu lieu aujourd’hui.
On se trouve dans une situation de soi-disant cessez le feu, bien que le ‘Hamas ait déclaré que cette trêve ne valait pas pour les ballons incendiaires. En fait, on est tributaire des décisions du ‘Hamas et ceci pour ne pas déplaire aux Russes qui nous donnent une petite (toute petite) latitude pour nous défendre dans le Nord. Beaucoup de gens, y compris des journalistes à la télévision (!) demandent que nous reprenions les éliminations ciblées des responsables du ‘Hamas (dans le passé ceci avait apporté un peu de répit). Si comme je le lis ici ou là, seule une petite partie des gazaouis, soutient, les exactions du ‘Hamas, ce pourrait être une solution. Supprimons les assassins!
Ceci dit, les assassins ne se trouvent pas qu’à Gaza. Mahmoud a piqué une colère, il a trépigné sur son fauteuil en exigeant que ses troupes aussi participent à la fête anti-juive et ceci pour faire la pige au ‘Hamas qui prend de l’importance à Ramallah.
Et donc, un ballon incendiaire est tombé avant hier dans la cour d’une maison dans le quartier de Gilo, à côté de chez moi. Heureusement, le système de mise à feu n’a pas fonctionné. C’est un cadeau de nos voisins de Bethlehem.

 

(La police examine l’engin. (photo rotter.net)

Au moment de publier cet article, ce matin à nouveau des ballons incendiaires dans le sud: Lors d’une réunion avec la sécurité civile,les paysans et le pompiers ont enregistré ce chant qui rappelle l’époque de la guerre des 6 jours: 

et dans le Nord, les sirènes de Tseva Adom (couleur rouge) retentissent en ce moment.

Et dans le même temps, on sauve les casques blancs syriens et leur famille:

A bientôt,

* L’hermeneutique juive:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Treize_principes_de_Rabbi_Ishma%C3%ABl

*Dans sa lamentation sur la mort de Shaoul et de Jonathan, David compare les deux héros au roi des oiseaux et au roi des animaux: ils étaient plus légers que les aigles et plus forts que les lions.

*Le ‘Hamas est armé par l’Iran: le tireur a utilisé un fusil sniper Sayad-2 fabriqué en Iran, arme standard des Gardiens de la Révolution. Cette arme a une portée de 1,5 km. Elle peut percer un gilet pare-balle en céramique.

 

Yom hashoah: Et tu raconteras à tes enfants…

 

Il y a sept ans, quelques amis s’étaient réunis chez l’un d’eux pour commémorer le souvenir de la Shoah. Ils avaient invité des rescapés pour les écouter, discuter avec eux, partager des souvenirs, poser des questions, chanter, mélanger larmes et émotion…
A la fin de la soirée, il fut évident pour eux que d’autres personnes devaient partager ce moment, appelé זיכרון בסלון (zikaron bassalon) , mot à mot souvenir au salon*.


Depuis, près d’un millions de personnes ont marqué le jour de la Shoah de cette manière, que ce soit en tant qu’invité ou invitant dans des appartements, des cafés, des maisons de retraites, des maisons de la culture, des internats, à l’armée, dans des hôpitaux et même dans les prisons.

Ici dans un pub à Ashkelon: Le rav Shaï Piron, qui fut ministre de l’éducation en est un des initiateurs: l’important, dit-il, est que les gens discutent entre eux, créent ou re-créent des liens entre les rescapés de la Shoah et eux-mêmes mais aussi entre descendants de la deuxième, ou troisième  génération. Nous sommes tous des rescapés de la Shoah, que nous soyons des Juifs d’Europe, d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, nous sommes tous des rescapés car si les nazis  avaient vaincu… En fait, de même que nous devons nous considérer comme étant nous-mêmes sortis d’Egypte,  nous devons nous considérer nous-mêmes comme des survivants, ajoute-t-il. Nous sommes en train de créer un Seder de la Shoah, d’une manière informelle et balbutiante pour que dans une centaine d’années, lorsque le souvenir direct aura complètement disparu, nos descendants racontent encore à leurs enfants… Le Seder de Pessah est un événement familial, que l’on soit croyant, pratiquant ou pas du tout. Certaines haggadot de kibboutzim ont mis résolument de côté Dieu et les miracles mais continuent à raconter ce qui s’est passé lors de la sortie d’Egypte en se souvenant de l’objurgation: Et tu raconteras à tes enfants, תְּסַפֵּר בְּאָזְנֵי בִנְךָ וּבֶן-בִּנְךָ…(Shemot, Exode, 10,2) C’est exactement ce qui est en train de se passer pour la Shoah. Le 21 mars de cette année, 600 rescapés de la Shoah et leur famille* se sont rassemblés au Centre Avi’haï à Jerusalem. Dans la vidéo ci-dessous, vous les entendez chanter ensemble le fameux chant de Ofra Haza*: Vivant, vivant, oui je suis encore vivant!

Vivant, vivant, oui je suis encore en vie! Ecoutez mes frères, je suis encore vivant et mes deux yeux se lèvent encore vers la lumière, de mes crevasses ont éclos des fleurs… Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
C’est un chant qui passe de génération en génération comme une source éternelle… Je vais tendre la main à mes amis de l’autre côté de la mer. Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour….
Mes jours sont remplis de vie et la colonne de feu est toujours dressée. Je vais chanter encore et encore, tendre la main à mes amis de l’autre côté de la mer.
Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour… 
Ecoutez mes frères, je suis encore vivant.
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour…

A bientôt,
 
* Ces événements ont lieu pendant tout le mois d’avril et non pas seulement le soir de Yom Hashoah, ce jeudi 12 avril. Si vous êtes en Israel et vous voulez soit inviter ou être invité:
https://www.zikaronbasalon.org/
 
*Ofra Haza gagna l’Eurovision avec ce chant en 1983
*Leur chorale est dirigée par le fondateur de Koolulam, qui propose des chants en commun pour rapprocher toutes les composantes de la société israélienne:
Kravi vient de m’envoyer une autre vidéo de Koolulam. Cette fois il s’agit du personnel médical, des enfants malades et de leur familles qui chantent ensemble à l’hôpital pour enfants Schneider
 

Choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité*

Vendredi, tout d’abord l’annonce des 2 récipiendaires du prix Israel: David Levy et Myriam Peretz :

Je n’avais pas l’intention d’écrire un article sur ce sujet mais j’ai lu un commentaire odieux d’une quelconque gauchiste expliquant qu’entre Myriam Peretz et la mère d’un shahid palestinien, il n’y avait pas de différence, chacune étant la mère d’un soldat mort au combat car, écrit-elle « les shahidim se considèrent comme des soldats« .
Je me fiche complètement de ce que pensent les shahidim. Mais comparer une mère endeuillée par la perte de ses deux fils morts pour nous protéger et la mère d’un terroriste psychopathe, c’est vraiment trop pour moi. D’autant que si la première a été honorée du prestigieux Prix Israel, ce n’est pas parce qu’elle a perdu ses fils au combat, c’est parce qu’elle a dédié toute sa vie à l’éducation. A chaque interview elle parle de son amour pour ce pays et pour son peuple: « Je suis heureuse de pouvoir vivre ici en Israel,  je suis remplie de joie et d’amour pour mon peuple et mon pays, je suis heureuse de pouvoir dire merci  quand je me lève le matin, merci de pouvoir vivre ici et faire partie d’un tel peuple. »
Elle n’a jamais une parole de haine contre nos ennemis. Elle a mieux à faire, elle a choisi la vie.


La deuxième, la mère du Shahid, est honorée, elle aussi, on l’appelle officiellement Em (mère) suivi du prénom de son tueur de fils. Elle reçoit un salaire très confortable chaque mois parce qu’elle a voué sa vie à faire de ses enfants des tueurs de Juifs.

Ces confusions intellectuelles me sont insupportables. Je ne supporte plus ces gens chez qui les convictions politiques l’emportent sur  l’incapacité de distinguer  entre des actes moraux et immoraux.

Et puis, juste avant shabbat, un nouvel attentat en Samarie: 2 soldats tués, Ziv Daos et Netanel Kahalani 

et deux blessés dont un dans un état critique, tous quatre attaqués par une voiture bélier. Et là, je lis un autre commentaire: c’est de notre faute si un attentat a eu lieu! C’est à cause du כיבוש (Kiboush) conquête*!
A bon, parce qu’avant le kiboush, il n’y avait pas d’attentats?
Je me souviens de Maya me disant comment les fedayins avaient tué son père à Rosh Ayin et aussi de Paola, un amie de ma fille, lui racontant comment ses parents et les voisins avaient construit une cachette pour les enfants, derrière la bibliothèque, où ils devaient se réfugier au cas où… Ne faire aucun bruit et se boucher très fort les oreilles… Ça sonne comme des histoires du temps de la Shoah. Mais non, c’était ici et pas dans les « territoires occupés » mais en plein Neguev  au début des années 60…
Je reçois une note me rappelant le massacre de מעלה עקרבים (Maale Akravim)*, les hauteurs des scorpions, il y a juste 64 ans, le 17 mars 1954, là aussi dans le Neguev:
Ephraim Furstenberg était un des deux chauffeurs du bus d’Egged qui travaillait ce jour là sur la ligne Tel Aviv-Eilat. Il en avait profité pour emmener avec lui sa femme Hanna et ses deux enfants, Haimke et Miri pour fêter avec eux l’anniversaire de la libération de la ville d’Eilat.

(Miri dans les bras de son père. A gauche, sa mère Hanna et son frère Haimke sur les épaules d’un oncle)

Au retour d’Eilat, le bus est conduit par l’un des chauffeurs, Kalman, tandis qu’ Ephraim, le père de Miri joue de l’harmonica. Parmi les passagers, quatre soldats ont rangé leurs armes avec les bagages. Tout le monde chante. Passé le col, ils arrivent dans une descente abrupte quand ils sont soudain attaqués par une bande de terroristes infiltrés de Jordanie mais guidés et commandés  par Said Abu Bandak, de la tribu des Azazma dans le Neguev.
Les terroristes veulent  tuer le conducteur pour faire tomber le bus dans l’abîme. Mais Kalman arrive à l’arrêter avant de succomber à ses blessures.

Miri: « Soudain j’entends des coups de feu, le soldat à côté de moi  me jette par terre et me dit de me taire… Il me protège de son corps, j’entends des cris, encore des coups de feu… le silence. » Son frère Haimke est lui aussi protégé par le corps d’un des soldats mais malheureusement il lève la tête en criant: Miri où es-tu? Et il reçoit une balle dans la tête. Haimke survivra pendant 32 ans dans un état végétatif.
Miri et les quelques survivants gravement blessés resteront plusieurs heures avant qu’on vienne les secourir. Ils raconteront que les fedayins ont violé et mutilé leurs victimes.

Miri est maintenant une grand-mère, elle aide les victimes du terrorisme et de supporte pas qu’on dise que c’est la faute au kiboush et à l’occupation: Ces dernières années, chaque fois que la gauche crie « Occupation, Occupation », cela m’exaspère! Tout cela s’est passé bien avant l’occupation, il n’y avait pas d’occupation! Il n’y avait pas de raison pour que cela se produise sauf une: la haine des arabes contre nous! »

(plaque commémorative de l’attentat)

Le 17 mars 1954 était la veille de Pourim.
Vous ne le savez peut-être pas mais un des chants les plus populaire שיר שמח (Shir samea’h), un chant joyeux, a été composé le lendemain du massacre. Le pays était sous le choc et personne n’avait envie de la joie de Pourim. Aucune chanson ne convenait. Dans la nuit furent écrits sur une mélodie ‘hasssidique, ces mots  exprimant notre force de résistance et notre amour de la vie:
Même lorsque notre tête est courbée et qu’autour de nous tout est tristesse, venez, puisons la joie du dedans de nous-mêmes »

 

A bientôt,

*Devarim (Deutéronome) 30,19

*la conquête et l’occupation font référence à la Judée et la Samarie qui étaient avant 1948 partie du Foyer National Juif, tombées dans les mains des Jordaniens pendant la guerre de 1948 et récupérés après celle de 1967. Les mots conquête et occupation sont les mantra des belles âmes.

« J’en atteste sur vous, en ce jour, le ciel et la terre: j’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et
la calamité; choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité. »

*Les Hauteurs des scorpions est une route  qui relie la vallée de la Arava au centre du Neguev. Elle est déjà mentionnée dans le Tanakh sous ce nom

 

Non, nous n’oublions pas les Justes des nations

Nous n’oublions pas les Justes des nations, ceux qui nous ont aidés pendant la Shoah, souvent au péril de leur vie. Ils sont honorés à Yad Vashem, leur histoire est enseignée dans les écoles. Nous savons que sans eux, nous n’aurions pas survécu.
A Yad Vashem, on peut lire leurs noms. Certainement beaucoup plus n’ont pas pu être répertoriés car ils ont été assassinés par les nazis en même temps que les Juifs qu’ils protégeaient.
Mais en cette fin du mois de janvier où les nations commémorent l’extermination des Juifs pendant la Shoah, le parlement polonais vient d’approuver un projet de loi qui nie toute responsabilité de Varsovie dans l’extermination des Juifs sur son sol!
Cette loi veut punir de 3 ans de prison toute personne disant que le peuple polonais a pris part à la Shoah et non pas seulement ceux utilisant l’expression “camps d’extermination polonais” comme cela a été souvent rapporté*.

Les propos d’un parlementaire polonais interviewé à la télévision israélienne à ce sujet étaient très clairs: le peuple polonais n’a pas participé à l’extermination des Juifs, sauf quelques gangsters comme il y en a partout » a-t-il concédé.
Or, pour ne parler que de la période moderne, dès 1926, il y eu de violentes campagnes antisémites qui aboutirent aux pogroms de Grodno (1935), de Przytyk (1936), de Minsk, Mazowiecki (1936), et Brzesc (1937). Dans les années 30, les étudiants juifs furent soumis à des quotas dans les universités, et les fonctionnaires juifs perdirent leurs postes. Pendant la guerre, il y eu plusieurs massacres perpétrés par les Polonais eux-mêmes (comme à Jedwabne en 1941).
Avant la guerre, il y avait 3,3 millions de Juifs en Pologne, seulement environ 300 000 en 1945.
Après la guerre, entre 1945 et 1948,les pogroms perpétrés à Cracovie 1945, à Kielce 1946 ainsi que l’assassinat de nombreux de juifs isolés, nous donnent une idée de l’antisémitisme d’une grande part de la population polonaise. La plupart des survivants s’enfuirent.
Après 1948, le régime communiste fit des purges dans les rangs des fonctionnaires juifs restants: pour Gomulka, non seulement les Juifs mais aussi les descendants de Juifs (il suffisait d’avoir un arrière grand-père juif), devaient être limogés.
Et on voudrait nous faire croire que pendant la guerre, alors que l’extermination des Juifs était licite et même encouragée, seuls « quelques gangsters » auraient aidé les nazis? Les historiens estiment que 200 000 juifs ont été exterminés en Pologne du seul fait des bons citoyens polonais.

J’écris cet article le jour de טו בשבט (Tou Bishvat). Le sud est déjà recouvert de coquelicots*et les amandiers refleurissent autour de nous. Cela me fait penser à la vue sur les collines verdoyantes qui termine la visite éprouvante de Yad Vashem, le renouveau après le désespoir et la mort.

L’amande se dit en hébreu  שקד (Shaked) mais cette racine signifie aussi être assidu, appliqué à l’étude
Et si, nous tous nous envoyions des amandes aux Polonais pour qu’enfin ils étudient et regardent leur histoire en face?
Au lieu de faire par exemple des ennuis à l’écrivain polonais Jan Tomasz Gross  parce qu’il a parlé de la responsabilité des Polonais lors des massacres antisémites durant la Seconde Guerre mondiale* dans son livre Les voisins:
« Ce que virent les Juifs horrifiés et interdits, ce sont des visages familiers. Non pas des hommes anonymes en uniforme, les rouages anonymes d’une machine de guerre, des agents exécutant des ordres, mais leurs propres voisins. Des voisins qui choisirent de tuer et prirent part à un pogrom sanglant : des bourreaux volontaires…

Ils feraient bien mieux d’honorer les Justes polonais à qui ils doivent de ne pas être tombés entièrement dans la barbarie.

Bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

*camps d’extermination polonais: expression employée par Obama

*les coquelicots:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*Jan Tomasz Gross: Les voisins (ED Fayard, 2002)
*Les Justes polonais repertories:
http://www.yadvashem.org/yv/pdf-drupal/poland.pdf
lisez aussi:
http://www.yadvashem.org/fr/justes.html

 

Le chemin des Patriarches (4): Le Goush Etzion

Dans notre promenade le long du chemin des Patriarches en direction du nord sur la route 60, nous arrivons maintenant au Goush Etsion. Goush en hébreu veut dire bloc . Il s’agit d’une région des montagnes de Judée où furent édifiés plusieurs kibboutzim dans les années 20 et 30 qui protégeaient la partie sud de Jerusalem. Le mot Etsion vient du mot עץ (etz), un arbre et de ציון (tsion), Sion. Pourquoi un arbre? Parce que celui qui acheta une bonne partie des terres s’appelait Shmuel Tzvi Holzman (en allemand Holz signifie arbre).
Ces kibbutzim furent tous détruits pendant la guerre d’Indépendance. 
Tout le monde ici connait la fin du kibboutz Kfar Etsion, totalement détruit  le 14 mai 1948 et de ses défenseurs massacrés par la Légion arabe.

Pendant les 19 années de l’occupation jordanienne, les veuves et les enfants de ces défenseurs se retrouvaient chaque année sur une des collines de Jerusalem pour contempler au loin le chêne solitaire qui se trouve dans le Goush, à l’intersection des routes menant aux kibboutzim détruits.
Cet arbre, vieux de 700 ans a survécu à toutes les guerres et destructions. Il est devenu le symbole du Goush Etzion et de son renouveau.

En 1967, après la guerre des 6 jours, le kibboutz Kfar Etzion fut reconstruit et repeuplé par les descendants de ses fondateurs.


« Le monde converge vers l’odeur de la terre et des pins. La récolte et les hommes sont rentrés. L’odeur de la terre fouette les sommets, dans le ciel les nuages se battent avec un rayon de soleil. A côté des épines, la terre têtue, le cyclamen enfoui, la terre est saturée de pluie et de sang. La reine est tombée mais la reine s’est relevée, ses sujets applaudissent: elle a ôté sa robe de captive et a mis ses vêtements de splendeur* pour les nations. Elle regarde vers la mer, tournant le dos aux monts d’Edom. Ses fils ont appelé à la liberté, au retour à la maison. Revenez à votre héritage pour toujours. Elle marche comme une fiancée à la rencontre de son fiancé, une ketouba si ancienne… sur ce chemin sinueux sur les hauteurs qui la mènent du passé à demain. Et l’homme étendra ses mains, élèvera sa prière vers Dieu, et chantera le chant du cœur, un chant de louange, pour l’année du Jubilé « 

Actuellement la région compte 70 000 habitants et 22 bourgades parmi lesquelles Neve Daniel,

Tekoa à la limite du désert,

Efrat qui jouxte Bethlehem et dont j’ai déjà parlé plusieurs fois:

efrat
Mais la grande attraction du Goush Etzion c’est le Herodion.

Le Herodion, c’est cette drôle de colline nue, en forme de cône tronqué, qui se trouve entre Tekoa et Efrat:

(le Herodion depuis le Goush Etzion, au fond Jerusalem)

En cette année 40 (avant l’ère chrétienne), Hérode est  très heureux d’avoir défait les Parthes. Il décide de faire construire à sa gloire un palais et un tombeau qu’il appellera en toute simplicité le Herodion*.
Flavius Joseph nous en a laissé une description dans La guerre des Juifs I, 21, 10:
« …il n’oublia pas le souci de sa propre mémoire. C’est ainsi qu’il renouvela les fortifications d’une place située dans la montagne à côté de l’Arabie et l’appela de son propre nom, Hérodium. Une colline artificielle en forme de mamelon, à soixante stades de Jérusalem, reçut le même nom, mais fut embellie avec plus de recherche. Hérode entoura le sommet de la colline d’une couronne de tours rondes et accumula dans l’enceinte les palais les plus somptueux : non seulement l’aspect des constructions, à l’intérieur, était superbe, mais les richesses étaient répandues à profusion sur les murs extérieurs, les créneaux et les toits. Il fit venir à grands frais de loin des eaux abondantes et assura l’accès du palais par un escalier de deux cents degrés de marbre d’une blancheur éclatante, car la colline était assez haute et toute entière faite de main d’homme. Au pied du coteau, il bâtit un autre palais pouvant abriter un mobilier et recevoir ses amis. Par la plénitude des ressources, cette enceinte fortifiée paraissait être une ville par ses dimensions, c’était un simple palais. »

Ce palais se trouvait sur le bas de cette colline, entouré d’entrepôts, d’écuries et de nombreux jardins. C’est là que vivaient Hérode, sa famille et sa cour. Sur une des pentes, se tenait un théâtre de 470 places somptueusement décoré.

Mais Hérode fit aussi fait bâtir une sorte de coquille construite entre deux murs arrondis.

Dans cette coquille se trouvait toute une forteresse avec ses citernes, les entrepôts, son réseau d’alimentation en eau, des thermes et un second palais agrémenté d’un jardin où le roi et la cour vivaient en cas de guerre, le tout réparti sur plusieurs étages.

(Détail d’une mosaïque des thermes qui se trouve au Musée Israel)

Trois tours de garde semi-circulaires protégeaient cette colline artificielle. Elles aussi étaient divisées à l’intérieur en plusieurs étages.
En mai 2007 , l’archéologue Ehud Netzer annonça qu’il avait enfin trouvé la tombe d’Hérode qu’il cherchait depuis plus de 30 ans. Elle se situe sur la pente externe de la montagne, sous les restes de la muraille entourant le Hérodion et au-dessus du palais inférieur d’où partit le cortège funèbre d’Hérode. Dans un mausolée en pierres de tailles, Netzer a trouvé des fragments d’un sarcophage, similaire aux sarcophages découverts au « Tombeaux des rois »*.

C’est évidemment Flavius qui nous raconte les obsèques royales: »
« … on s’occupa des funérailles du roi. Archélaüs n’épargna rien pour qu’elles fussent magnifiques. Il étala tous les ornements royaux qui devaient accompagner le mort dans sa tombe. Sur un lit d’or massif, constellé de pierreries, était jeté un tapis de pourpre brodé de couleurs variées : le corps reposait sur cette couche, enveloppé d’une robe de pourpre, la tête ceinte du diadème, surmontée d’une couronne d’or, le sceptre  dans la main droite. Autour du lit marchaient les fils d’Hérode et la foule de ses parents, et après ceux-ci les gardes, les mercenaires thraces, germains et gaulois, tous dans leur équipement de guerre. Tout le reste de l’armée formait escorte ; elle s’avançait en armes, accompagnant en bon ordre les généraux et les commandants ; venaient, enfin, cinq cents serviteurs et affranchis, portant des aromates. Le corps fut ainsi transporté sur un parcours de 200 stades jusqu’à Hérodion où il fut enseveli comme le roi l’avait prescrit. Ainsi finit le règne d’Hérode. 

Plus tard le Herodion servit de forteresse aux troupes de Bar Kokhba*. Les révoltés construisirent des tunnels d’évasion, ajoutèrent une synagogue et deux mikve.

(tunnels d’évasion datant de la révolte juive des années 133-135)

Apres la fin de la grande révolte juive, le site resta désert jusqu’à l’époque byzantine, où fut construit un monastère. Le monastère et les quatres églises attenantes furent détruits au moment de la conquête arabe, les bédouins de la région utilisèrent ce lieu pour parquer leurs bêtes jusqu’à ce qu’il devint un site archéologique protégé.

A bientôt,

*J’ai déjà raconté l’histoire dramatique des 35 soldats, le groupe des ל »ה  (lamed he=35) qui se firent massacrer en portant secours aux habitants du Goush Etzion dans mon article La vallée du Terebinthe:
( https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/ ).

*Les vêtements de splendeur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Le tombeau des rois à Jerusalem:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tombeau_des_Rois

*La révolte de Bar Kokhba:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/