Yom Yerushalayim 2020

 

Nous sommes toujours émus de voir de vieux films d’actualité montrant les troupes israéliennes entrant dans la vieille ville, chantant Yerushalayim shel zahav* et priant au Kotel.

C’est vrai que Jerusalem est au sommet de notre joie comme le disait déjà le roi David.
Lorsque le peuple juif revendique Yerushalayim pour capitale, il ne revendique pas un lopin de terre seulement. Il demande que soit reconnu ce qui en Yerushalayim fait sens pour lui face aux nations.
Les nations ne s’y s’ont pas trompées. Lorsqu’elles nous dénient Jerusalem comme capitale, ce n’est pas une question de mètres carrés, c’est une question de principe: ce faisant, elle dénient au peuple juif le droit d’exister en tant que tel, lui rappelle qu’il a été exproprié, chassé et que cette terre ne lui appartiendra plus jamais. Leur disqualification théologique, comme  disait Raphael Draï, est à la source de la dégradation des sentiments d’humanité face à nous en tant que peuple mais aussi souvent face à nous en tant que personnes.
Raphael Draï avait trouvé cette citation très significative de Pierre Loti, voyant la misère des Juifs qui priaient agglutinés dans le petit boyau le long du Kotel: Nous pleurerions avec eux s’ils n’étaient pas des Juifs
Nous le ressentons profondément chaque fois que nous nous heurtons à des réflexions comme celle-ci: Mais pourquoi ne voulez-vous pas que Jerusalem soit une ville internationale? Oubliez-vous qu’elle est la capitale des trois religions? …
C’est un peu comme si Jerusalem, redevenue capitale d’Israel, empêchait le monde de tourner rond, comme si le fait que si nous existons en tant que peuple nous dénions par cela le droit à qui que ce soit de considérer Jerusalem selon ses propres croyances. Et surtout comme si personne ne voulait comprendre qu’à minima, la victoire de Tsahal en juin 1967 et la réunification de la ville nous avait apporté une sécurité inconnue auparavant.

Aussi, avant de vous parler de la réunification, je vais vous parler du partage de la ville.

Et souvenez-vous: chaque fois que vous entendez parler de frontières: des frontières, il n’y en avait pas!*
A l’origine, le tracé du partage, ne partageait rien. Ce n’était qu’un brouillon de quelques lignes, dessinées sans précision aux bâtons de cire rouge et verte, dans une maison abandonnée, lors d’une rencontre pour un cessez le feu temporaire entre Moshe Dayan et Abdullah Tell (le commandant de la Légion Arabe), le 30 novembre 1948.



Le tracé à la cire n’était évidemment pas précis et souvent épais. Il passait parfois au milieu même des maisons. De plus, dessiner sur le sol était inconfortable et le papier bougeait… Ce n’était pas trop grave car les deux protagonistes savaient bien que la guerre n’était pas finie et et que les combats reprendraient. Mais en avril 1949, lors des accords d’armistice, ce fut ce dessin ridicule et en partie estompé qui fut validé par les Nations Unies pour indiquer la ligne de partage.
Et c’est ainsi que certains quartiers, certaines rues et parfois maisons se sont trouvés coupés en deux. Je vous en ai déjà parlé dans mon article Nous les Yerushalmim*.

(aujourd’ui c’est la ligne du tramway mais certaines compagnies s’étaient retirées du projet car cela entérinait, selon elles, l’occupation de la Palestine!)

Mais plus que cela, plus que des murs changeant de nationalité, ce furent des milliers de Juifs qui souffrirent de la situation car ils étaient à portée de tir de l’armée jordanienne. Et les tirs, l’armée jordanienne ne s’en privait pas. Les Jordaniens auraient du faire breveter l’expression le soldat déséquilibré: pour eux, et ceci officiellement, chaque soldat jordanien qui tuait un israélien, avait été pris de démence passagère. Déséquilibré, cela ne vous rappelle rien?
Pendant 19 ans, des quartiers comme Talpiot, Armon Hanatsiv, Abu Tor, Musrara, Shmuel Hanavi, Yamin Moshe, Mea Sharim ont vécu dans l’angoisse du tir ou des jets de pierres du soldat déséquilibré jordanien. Les victimes: des passants, une mère de famille étendant son linge à Musrara, en 1953 un enfant jouant devant chez lui, en 1956 quatre archéologues au Kibboutz Ramat Rahel depuis le monastère saint Elias qui servait de poste avancé à l’armée jordanienne du haut d’une colline,

un officier, le capitaine Avshalom Sela, en 1958 des soldats qui patrouillaient dans le jardin botanique de Har Hatsofim ainsi que George Flint, le directeur canadien du comité de cessez-le-feu jordano-israélien*, assassiné alors q’il brandissait un drapeau blanc et se dirigeait vers les blessés…
Je ne vais pas tous les détailler, mais les attentats (autant les appeler par leur nom) étaient commis non pas par des terroristes mais par des soldats-terroristes de l’armée régulière jordanienne. Un cinquantaine d’attentats*, perpétrés par les déséquilibrés de l’armée jordanienne en 19 ans…

L’écrivain Meir Shalev n’habitait pas dans ces quartiers dangereux mais plus à l’ouest, à Kiriat Moshe, quartier réputé plus sûr. Mais lorsqu’il partait régulièrement en train chez ses grands parents lors des vacances scolaires, il passait lui aussi le long de la ligne de démarcation. Il raconte:
Le train franchit d’abord la vallée de Refa’im… puis celle de Sorek … En ce temps la, Refayim bordait l’ancienne frontière israelo-jordanienne…Chaque matin des démineurs parcouraient la voie ferrée à bord d’un wagonnet le long de la frontière à la recherche de mines ou de bombes et des gardes armés nous escortaient dans le premier et le dernier wagon du train…
La vallée de Refayim se trouve à 500 mètres de chez moi, au sud ouest de la ville. Pendant 19 ans il était dangereux de prendre le train et il en serait de même aujourd’hui pour moi si la ville n’avait pas été réunifiée.


La haine des Jordaniens à notre égard leur faisait parfois oublier tout sens du ridicule.
Dans le quartier d’Abou Tor, rue Assael, s’est passe un incident tragi-comique. Je vous ai parlé du manque de précision du tracé de cette fameuse ligne de démarcation. La ligne passait ainsi dans la  cour d’une maison: la maison se trouvait du coté israélien et les toilettes dans le no man’s land à 5m d’un poste de la légion jordanienne. Les membres de la famille risquaient leur vie en terrain découvert chaque fois qu’ils allaient aux toilettes. Ils décidèrent donc d’agrandir leur maison en construisant une salle de bain adjacente. Mal leur en pris! Les quelques mètres carrés de la salle de bain se trouvaient eux aussi dans le no man’s land!
Les Jordaniens, furieux contre cette occupation sioniste, firent alors appel à la Commission d’Armistice et exigèrent une réunion avec les Israéliens le jour de Kippour, menaçant les habitants de la maison de représailles lors de leur prochain tour aux toilettes dans la cour! Israel fut obligé d’accepter la date. Il y eu 4 réunions, pas moins, et les minutes de la discussion s’étalèrent sur 36 pages!
Evidemment Israel fut condamné pour avoir violé l’accord d’armistice. Mais curieusement, jugeant sans doute du ridicule de l’affaire, la Commission autorisa la famille à garder sa salle de bain toute neuve et protégée des tireurs jordaniens.

Pendant ces 19 années, les Yerushalmim montaient parfois sur le toit du couvent Notre Dame pour voir au loin la ville dont ils étaient privés.

(Vue sur la vieille ville depuis le monastère Notre Dame de France)

Parmi eux, le père de Meir Shalev, Ytshak Shalev qui écrivit ce poème ירושלים דהשתא  (yerushalayim dehashta), Jerusalem de nos jours. Il ne peut ni aller au Kotel, ni dans la vallée du Hinnom, ni non plus au cimetière du Mont des Oliviers, ou au  tombeau du roi David… Il termine la dernière strophe par ces mots: L’année prochaine dans Tsion réunifiée, l’année prochaine dans le Beit Hamikdash

לשנה הבאה בציון השלמה
לשנה הבאה – במקדש!

 

Ce fut ainsi pendant 19 ans…Alors, tous ceux qui nous expliquent que la guerre des 6 jours a apporté le terrorisme en Israel, et en particulier à Jerusalem font preuve d’une redoutable cécité. Il n’y a jamais eu de répit pendant ces 19 ans mais au contraire des dizaines d’attentats.

Pour terminer cet article, je voudrais vous faire écouter l’interview de Claire Lévy, 92 ans, qui raconte simplement et clairement comment elle vécut la guerre des 6 jours


(interview conduite et enregistrée par le studio Qualita de Jerusalem)

Claire Levy mentionne la chanson )Nעל פיסגת הר הצופים (Meal Pisgat Har Hatsofim) qui la fit pleurer. La voici interprétée par un Eliran Landau:

A bientôt,

*Yerushalayim shel zahav:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*Nous les Yerushalmim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Les frontières avec la Jordanie datent du traité de paix signé en 1994. Dans ce traite, la Jordanie refuse la Judée et la Samarie que les Israéliens étaient malheureusement prêts à lui rendre

*Har Hatsofim ou Mont Scopus était une enclave israélienne constamment attaquée par l’armée jordanienne

*Les attentats commis par l’armée jordanienne depuis 1967: une cinquantaine de tirs, 74 morts et 500 blessés. Et c’est sans compter tous ceux que cette même armée a commis le long de la frontière

Les vétérans

 

Le 9 mai, la Russie fête officiellement sa victoire contre l’Allemagne nazie.
Depuis longtemps, cette date est devenue de plus en plus importante pour de nombreux israéliens et chaque année, de nombreux vétérans de la deuxième guerre mondiale défilent, accompagnés de leur famille.

(A ‘Haifa, grand-père et petite fille – Photo Davar 1)

Cette année, aucun n’a pu défiler. Leurs témoignages personnels ont été transmis par le logiciel Zoom, comme cela s’est passé il y a un mois pour le Yom Hashoah*.

(Rivka Zantchinko, originaire d’Ukraine, pose avec ses nombreuses médailles dans son
appartement à Ashkelon. Elle a immigré en Israel en 1991: « J’ai reçu ces médailles en tant
qu’infirmière militaire combattante, moi une fille de 16 ans avec des tresses. » (Photo Davar1)

Comme le raconte la vidéo ci-dessous:

« Quand on enseigne la deuxième guerre mondiale en Israel, on parle essentiellement de la Shoah. Ce vétéran explique:
On a trop souvent présenté les Juifs comme des gens faibles, sans moyen de défense et on a relégué à l’arrière plan les combattants. Ce musée- le musée du combattant juif pendant la deuxième guerre mondiale– a été édifié en 2006 pour montrer au monde que dans toutes les armées combattant le nazisme, les Juifs étaient présents* et souvent en première ligne: 1 500 000 Juifs ont combattu, pas seulement comme soldats de leurs pays respectifs mais aussi pour dire: nous sommes là!* Vous voulez nous exterminer? Pas question. Ce musée est là pour faire ressortir cette âme juive combattante, au delà de tous les uniformes.
Dans les années 1990, il  y avait 30 000 vétérans en Israel, il en reste 5000. La plupart viennent de l’ex union soviétique. Ils sont âgés de plus de 90 ans. Ce musée présente l’histoire personnelle de tous les soldats qui y sont inscrits. C’est le centre mondial de l’héroïsme des soldats juifs. Ce musée n’est pas pour nous mais pour nos petits enfants. Chaque enfant israélien visite ce musée comme il visite Yad Vashem, il entend les histoires personnelles de ses grands-parents. Nous sommes maintenant à la quatrième voire cinquième génération après la 2 ème guerre mondiale. Nous devons transmettre absolument à nos descendants ce que nous avons vécu. »

Le musée du soldat juif* concerne tous les soldats juifs qui ont combattu pendant la 2 ème guerre mondiale. Il présente non seulement des films, des interviews, la possibilité de rechercher le nom d’un soldat ou d’en rajouter un par une feuille de témoignage comme à Yad Vashem, mais aussi d’écouter les chansons d’espoir ou de tristesse qui nous font toucher au mieux ce que fut leur vie. De nombreux chants ont été traduit en hébreu et font déjà partie du répertoire populaire comme Katioucha

ou celui-ci, Le bleu du foulard, qu’a repris Arik Einstein:

Mais comme cette année, le sujet de toutes les conversation est le corona, je dois vous raconter comment les Juifs des Montagnes ont utilisé la peur des épidémies qui terrifiaient l’armée allemande.

En juillet 1942, l’armée allemande conquiert des territoires dans le Caucase du Nord et comme partout, assassinent les Juifs dans de nombreux villages qui se vident entièrement de leur population juive.
Dans la ville de Naltchik, le commandement SS enjoint les Juifs de se déclarer auprès du commandement nazi. Comment refuser? Sur les cartes d’identité soviétiques, le point 5* indique le groupe ethnique. Les dirigeants communautaires conduits par Merkel Shaviev, la famille Shaulov et la famille Iperaimov déclarent alors au Commandant SS avec une vraie חוצפה (‘houtzpa ou audace)* juive:
« Nous n’avons rien en commun avec les Juifs. C’est vrai nous judaïsons un peu(!) mais racialement, nous sommes complètements différents, nous sommes caucasiens, nous appartenons au groupe Tat (groupe d’origine iranienne),apparentés aux Tcherkesses* musulmans: nous avons  le même mode de vie, les mêmes vêtements traditionnels, la même cuisine etc… »
Et ils retirent de leurs maison tout ce qui pourrait être compromettant.


Les SS sont perplexes. Les dirigeants nazis sont alliés au grand mufti de Jerusalem et l’armée a reçu l’ordre de ménager les populations musulmanes alors si ces Tat ne sont pas de race juive…
Les SS demandent alors à Berlin d’étudier ce groupe très sérieusement ce qui se fait dans un institut dirigé par le département des affaires raciales du parti nazi. Tout sera examiné: la langue, les vêtements, les coutumes, les symboles religieux des montagnards…

Pour plus de sûreté, les Juifs regroupent alors les objets de cultes, les livres de prière dans des cercueils où ils ont déjà déposé les rouleaux de la Thora. Le grand rabbin Nakhmiel Amirov les enterre alors en grande cérémonie, un par un, en passant en procession tout près du quartier général nazi. Officiellement, dans les cercueils se trouvent les corps de malades d’une épidémie qui s’étend de plus en plus dans la communauté Tat.
Par peur d’être contaminés les SS se retirent de la ville de Naltchik..

(La ville de Naltchik aujourd’hui)

Heureusement, la défaite allemande à Stalingrad quelques mois plus tard obligera les Allemands à retirer leurs troupes du Caucase.


(Les Juifs des montagnes habitaient le plus souvent dans les montagnes de plusieurs républiques du Caucase en particulier au Daghestan et en Azerbaidjan.)

La première fois que j’ai entendu cette histoire elle me fut contée par  Henryk Maschler, médecin ophtalmologue à Tel Aviv. Il avait séjourné parmi les Juifs tat lors d’un long périple qui l’avait mené de sa Pologne natale jusqu’au Caucase en fuyant devant l’avance nazie. Apres avoir grandi en yiddish, polonais et allemand, il avait dû, dans sa fuite vers l’est, apprendre le russe, l’ukrainien et le tat, ne devant souvent son salut qu’au fait qu’il était médecin. En 1945, réfugié à Göteborg, il avait même appris le suédois et puis, entendant quelque Suédois le traiter de sale juif, il avait décidé que ça suffisait et avait rejoint Israel où il avait appris l’hébreu!

Et comme on ne peut pas oublier l’épidémie présente, voici une vidéo filmée à l’hôpital Shaarei Tsedek de Jerusalem il y a quelques jours. Les soignants de l’hôpital dansent de joie: ils viennent d’apprendre que le département destiné à recevoir les malade atteints par le covid 19 va fermer… Faute de patients!
C’est le troisième hôpital israélien dans ce cas:

 

A bientôt,

*Yom Hashoah:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/zikaron-basalon/

*Les combattants juifs contre le nazisme:
https://www.ami-universite-telaviv.com/index.php/2013-05-26-08-41-51/conseil-des-gouverneurs/584-honorer-les-heros-juifs-les-combattants-juifs-de-la-seconde-guerre-mondiale-a-l-universite-de-tel-aviv

*Nous sommes là: wir seinen do, termine le chant du partisans du ghetto de Vilno, Ne dit jamais c’est ton dernier chemin…

*Musée du soldat juif:
http://www.jwmww2.org/en

*Les Tcherkesses:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/22/les-tcherkessim/

*Le point 5: toutes les cartes d’identité de l’Union Soviétique comportaient un point (ou ligne) 5 indiquant l’ethnie. Les Soviétiques étaient indiqués comme provenant des ethnies russes, ukrainiens, géorgiens, arméniens, tchétchènes, juifs…Il était impossible de changer son ethnie sauf en payant parfois un bon bakchich

*’Houtzpa: très mal traduit par culot. C’est l’étincelle qui jaillit quand tu dois prendre la décision qui te permettra de rester en vie.

*Juifs des montagnes en Israel:
https://en.wikipedia.org/wiki/Mountain_Jews_in_Israel

*

Austérité ?

Ce matin à la télévision: Non, nous ne sommes pas en récession, nous devons simplement apprendre à vivre simplement. Nous n’avons pas besoin de repas gourmets pour nous nourrir, de fêtes de mariage ou de bar-mitsva délirantes, de changer de vêtements à tout bout de champs. Vivons simplement comme faisaient nos parents…
Je ne sais pas si les conseilleurs vont suivre leurs propres recommandations mais toutes ces paroles sont dans l’air du temps. J’ai entendu plusieurs fois le mot צנע (tsena) l’austérité*. Nous ne rentrons pas dans une ère d’austérité mais…

L’austérité, Israel l’a connue pendant une longue période, de 1949 à 1959.

En 1948, le jeune état sort d’une longue guerre très meurtrière, la guerre d’Indépendance menée  contre une coalition de tous les pays du Moyen-Orient.
A peine indépendant, Israel a ouvert ses portes à l’immigration juive, jusque la bloquée par les Britanniques, et décidé de recevoir en quelques années cette grande masse d’immigrants venus d’Europe ou des pays musulmans, complètement démunis.*

Il s’agit donc de leur trouver rapidement logement et moyen de subsistance même au niveau minimum
Les besoins du pays sont réels et les difficultés financières auxquelles il est confronté, sont le résultat de sa situation particulière mais aussi  de la situation économique mondiale après la Seconde Guerre mondiale. Un régime de rationnement avait d’ailleurs également été appliqué en Palestine pendant la guerre, par les autorités britanniques, et la Grande-Bretagne d’après-guerre elle même était clairement en pénurie, ainsi que la plupart des pays d’Europe.
Les dirigeants politiques ont le désir de construire une société basée sur l’idéal du kibboutz à chacun selon ses moyens et à chacun selon ses besoins. C’était à l’époque leur fondement idéologique. 
Il leur faut mobiliser les citoyens pour un objectif commun: la doctrine socialiste promouvait un concept fondamental d’égalité, éloigné du matérialisme et des satisfactions personnelles et égoïstes.
Il y a la nécessité de l’heure et mais l’agenda socialiste joue aussi un rôle important dans l’élaboration du régime d’austérité et son application aussi tôt dans la vie de l’état…

C’est ainsi que sont fixés des quotas de nourriture par habitant, pour les adultes, pour les enfants et les bébés. Les quotas sont très bas. Les citoyens doivent s’enregistrer personnellement dans les magasins de leur ville et il leur faut des tickets de rationnement pour acheter toutes les denrées alimentaires et autres produits de première nécessité.

(carnets de tickets de rationnement)

Les vraies héroïnes de cette époque, ce sont les femmes qui font la queue souvent pendant des heures, qui essayent de composer des menus nourrissants pour leur famille avec des produits souvent aussi de mauvaise qualité.

De plus aucune maison n’a de réfrigérateur et le camion de bloc de glace passe irrégulièrement. Pas de viande ou presque. Elles utilisent de la poudre d’œuf car les œufs frais sont une denrée rare (2 œufs par semaine et par personne), de la margarine diluée au lieu du beurre.
Evidemment le marche noir se met à prospérer…
Maintenant on parle de tout cela avec le sourire et même un peu de nostalgie. C’est l’époque de la débrouillardise, des primus*, des recettes comme les aubergines au gout de foie ou celles de boulettes de la victoire qu’on avait déjà mangées pendant le siège de Jerusalem en 1948*…
La viande bœuf est introuvable et une famille de 5 personnes reçoit un poulet entier pour les fêtes, un repas de mariage grandiose comprend par personne 1/4 de poulet et du riz: רבע עוף ואורז (reva of veorez)*
Les enfants ont droit à 1/8 de poulet par semaine. C’est souvent une vieille poule en fin de vie, coriace, pas toujours fraîche et les gens reprennent le proverbe yiddish: Quand un Juif mange du poulet… C’est soit le Juif qui est malade, soit le poulet!

C’est l’époque des substituts, des erzatz comme disait ma mère.
Voici la recette des aubergine au gout de foie. Elle reprend une recette ashkénaze classique, le foie haché mais sans le foie!
Vous l’avez peut-être goûté en Israel, ce plat existe toujours:
Pour 750 gr d’aubergines, il vous faut 3 oignons hachés, 3 ou 4 œufs durs hachés, du sel et du poivre et de l’huile.
Couper les aubergines en tranches sans les peler, les mettre au four avec un peu d’huile pour les faire dorer, faire dorer les oignons dans une poêle, ajouter le sel et le poivre. Mélanger tous les ingrédients  et les hacher le plus fin possible (maintenant on utilise un robot!). Servir froid.
Si vous ne trouvez pas d’aubergines, vous pouvez utiliser des lentilles.
Si nous ne trouvez pas non plus de lentilles, alors préparez ce plat ainsi:
Il vous faut 50 gr de margarine ou 1/4 de tasse d’huile, un oignon haché, 100 gr de levure fraîche, 1/2 tasse de lait, 3 cuillerées à soupe de chapelure, du sel et du poivre. Une fois les oignons dorés dans la poêle vous rajoutez les reste des ingrédients, vous remuez jusqu’à l’obtention d’une sorte de crème et vous priez pour qu’enfin, vous arriviez à trouver des œufs et des aubergines pour une prochaine fois!

Au moins deux produits qui sont devenus incontournables dans  la cuisine familiale des israéliens:
– les שקדי מרק (shkidei marak) ou amandes pour la soupe, créés par Osem* en 1952. Ce sont des pâtes coupées en petits carrés et cuites au four. Dans une soupe, il y avait souvent bien plus de shkidei marak que de légumes (ne parlons pas de viande ou de crème!) mais c’était nourrissant et les enfants d’aujourd’hui ne sauraient s’en passer:


– Ce qu’on appelle maintenant les פתיתים (ptitim) ou flocons, on les appelait alors le riz de Ben Gourion car les premiers avaient la forme de grains de riz. En fait il s’agit là encore de minuscules pâtes destinées la aussi à rassasier à peu de frais dans une soupe ou mélangés à une salade comme du boulgour.

Evidemment, comme à chaque fois en période de crise alimentaire, le marche noir* s’est mis à prospérer malgré les menaces et parfois les sanctions.

(Élimine le marche noir avant qu’il ne t’élimine)

De cette époque, il reste au moins une chanson: le marche noir dont le refrain est:

 

בואו בואו, בואו, בואו הנה,
כאן איש אינו יודע מהו צבע
בלי נקודות, וגם בלי תור.

Venez, venez, ici personne ne sait ce que sont les restrictions, sans points, sans queue, voici le marche noir

L’austérité, le rationnement? Non, nous en sommes loin, heureusement.
En attendant la fin de cette crise, confinés comme nous le sommes, que pouvons nous faire?
Lire, écrire, prendre des nouvelles les uns des autres, écouter le président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin, qui a décidé de lire une histoire par semaine aux enfants. Cette semaine, c’est L’appartement à louer de Leah Goldberg:

 

Applaudir le corps médical qui se dévoue sans compter comme ce soir tout Israel l’a fait :

(dessin anonyme apparu sur facebook)

A bientôt,
*  Le mot tsena signifie aussi humilité, modestie. On le trouve dans le livre du prophète Mikha, chap.6, v.8
Homme, on t’a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi: rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu!
הִגִּיד לְךָ אָדָם, מַה-טּוֹב; וּמָה-יְהוָה דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ, כִּי אִם-עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד, וְהַצְנֵעַ לֶכֶת, עִם-אֱלֹהֶיךָ
* L’expression 1/4 de poulet et du riz a pris une signification très différente avec les années. Nous sommes si riches maintenant qu’elle signifie un repas plutôt miteux.
* Osem: une des plus grosses société d’agroalimentaire d’Israel. Elle a été créé en 1942. Un des oncles de mon mari y avait travaillé à ses débuts. Il se souvenait que parfois il rentrait à la maison non pas avec sa paye (journalière!) mais avec un carton rempli de pâtes en guise de salaire qu’il transportait dans un vieux landau couineur tout rouillé.
* En 1959, le ministre du Commerce et de l’Industrie Pinchas Sapir a annoncé l’annulation du régime d’austérité et de rationnement (hors sucre, confiture et café) et le marché noir a disparu. Mais je me souviens qu’à la fin des années 60, les repas étaient certes sains et nourrissants, mais nous étions encore bien loin des restaurants gastronomiques d’aujourd’hui. Quant aux boutiques de vêtements, elles ressemblaient beaucoup à celles de la Yougoslavie communiste: robes à fleurs, deux ou trois couleurs de tissus et les hommes portaient tous le même modèle de pantalon ou de shorts vaguement kakis.
*Discours du président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin aux Juifs de la Diaspora:

Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse

Il y a quelques temps, j’avais écrit un article sur les nazis en Palestine* mais il me semble important de revenir sur la diffusion du nazisme dans le monde musulman.
Dans les années 30, le nazisme se présente comme un champion de l’anti-impérialisme laïc, en particulier contre la Grande-Bretagne*, mais dans le même temps, il adapte des thèmes de propagande générale visant le public européen aux traditions religieuses de l’islam et aux réalités politiques régionales et locales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Tout cela, grâce un travail très élaboré entre responsables de la propagande du Reich et des exilés arabes pro-nazis séjournant a Berlin: des émissions de radio et des articles imprimés distribués par millions ciblent les populations musulmanes.
L
a propagande en langue arabe de l’Allemagne nazie a franchi les barrières apparemment insurmontables créées par sa propre idéologie de supériorité raciale aryenne. La soi-disant race aryenne est en fait à géométrie variable: censée être celle d’un peuple mythique indo-européen et vécue en Europe comme étant celle des populations nord-européennes, elle englobe, en fait selon les besoins, des groupes humains très différents dans la mesure où ceux-ci désirent aussi éliminer les Juifs*.
Dans les faits, les émeutes antisémites qui se développent au Moyen Orient sont financées par le gouvernement allemand.
Dans un télégramme envoyé à Berlin le 3 mars 1933, le consul d’Allemagne à Jerusalem écrit:
Le Mufti m’a expliqué aujourd’hui longuement que les musulmans de Palestine  et d’Irak accueillent favorablement le nouveau régime en Allemagne et espèrent la propagation de formes fascistes et anti-démocratiques de gouvernement dans d’autres pays. L’influence économique et politique juive actuelle est nuisible partout et doit être combattue. Afin de pouvoir atteindre le niveau de vie des Juifs, les musulmans espèrent que l’Allemagne déclarera un boycott [des biens «juifs»], qui sera accueilli avec enthousiasme dans tout le monde musulman.
Et de fait, depuis la fin des années 20, les Juifs de Palestine vivent au rythme des pogroms de plus en plus violents*. Mais, en juin 1942, la situation s’aggrave et les Juifs se trouvent confrontés à une grave menace existentielle.
De quoi s’agit-il?
Au nord, les blindés allemands ont pénétré la profondeur du front russe, ouvrant la voie à une invasion à travers les états du Caucase. Au sud, les forces du mythique renard du désert, Erwin Rommel, ont capturé la forteresse de Tobrouk stratégiquement importante et ont écrasé la défense britannique à la frontière égyptienne.
En fait, pour les Juifs, si Rommel envahit le Moyen-Orient, ils seront anéantis à la fois par les Einzatzgruppen, déjà basés à Athènes sous le commandement de Walter Rauff en attendant l’ordre de se déployer en Palestine, et par un déferlement arabe, allié de ces mêmes nazis.
Et si les Russes  perdent le Caucase, les Allemands envahiront la Palestine mandataire par le nord, retrouvant ainsi leurs alliés arabes.
Les deux options sont également catastrophiques: la population juive du Yishouv sera anéantie.
Que peuvent-ils faire? Comme toujours, certains espèrent que des liens familiaux et des visas achetés à prix d’or leur permettront de fuir, d’autres vendent leur maison aux voisins arabes pour les amadouer et rester en vie, d’autres prennent contact avec des monastères pour y cacher leurs enfants, certains prient d’autres non, certains demandent aux Anglais de les prendre avec eux dans leur retraite, d’autres veulent se battre jusqu’au bout…
L’Irgoun propose de se barricader dans la vieille ville de Jérusalem et d’y mener la bataille finale. La vieille ville a été choisie dans l’espoir que les nazis hésiteraient à bombarder les lieux saints du christianisme et de l’islam et permettront ainsi aux combattants juifs de se battre plus longtemps: on a trouvé des restes de ces préparatifs en 2010, lors de la rénovation d’une ancienne synagogue à Jérusalem: une cache de l’Irgoun contenant des armes stockées en vue de cette dernière bataille…
Ben Gourion veut évacuer les non-combattants, mais où? Deux dirigeants du Palma’h, Jonathan Ratner et Yits’hak Sadeh pensent que les monts du Carmel seront parfais pour une guerre de harcèlement, d’autant que les troupes de Rommel sont des unités de tanks. Selon leur plan, il faut concentrer la population juive (environ 600 000 personnes!) dans la large vallée de Yizreel,  protégée par les contreforts du Mont Carmel.

(sentiers de randonnée dans les monts du Carmel)

Des unités de guérilla seront formées avec tous ceux qui peuvent combattre. Les combattants juifs sortiront régulièrement des nombreuses grottes des monts du Carmel,

de bunkers,

et de tranchées construites par l’armée britannique


pour harceler et retarder la progression de l’armée allemande… Jusqu’à quand? Et qui viendra alors à leur aide?
Moshe Shertok s’adresse ainsi au général britannique Claude Okilinek:
Il ne fait aucun doute que si les nazis occupent la terre d’Israël, tous les Juifs de cette terre seront assassinés. L’extermination des juifs est un élément fondamental de la doctrine nazie. Les rapports de presse, récemment publiés indiquent que cette politique est brutalement mise en œuvre sans le dire. Des centaines de milliers de Juifs ont péri en Pologne, dans les Balkans, en Roumanie et dans les provinces où les Allemands ont envahi l’Union soviétique, à la suite d’exécutions massives, de déportations forcées et de la propagation de la famine et de la maladie dans les ghettos et les camps de concentration. Dans le cas d’une invasion nazie, nous savons que nous serons anéantis…

Il est clair que pour les responsables de ce projet, il ne s’agit plus de survivre mais de causer le plus de dommages à l’armée allemande. Le nom même du projet Massada sur le Carmel indique qu’ils sont sans illusion sur l’issue d’une telle bataille.

Mais, le  premier juillet 1942, le général britannique Montgomery réussit à stopper l’avance de Rommel qui avait déjà pénétré de 200 kilomètres en Egypte, et le 3 novembre, les troupes britanniques vainquent enfin Rommel lors de la bataille l’El Alamein… Les Soviétiques tiennent le coup dans le Caucase et repoussent les troupes allemandes. La population du Yishouv ne sera pas anéantie…

Aujourd’hui, on visite les fortifications du Carmel, établies par les Anglais et les Juifs en vue de résister aux Allemands…
Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse, est un aussi un épisode de la résistance juive face au nazisme

Aussi, j’ai raconté cette histoire à ma petite-fille Naama hier, jour du 10 Tevet, où nous commémorions le début du siège de Jerusalem par les troupes romaines mais où nous avons aussi récité le Kaddish pour tous les nôtres, exterminés sans qu’on sache ni quand ni où.

A bientôt,

* Les nazis en Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

*A propos des pogroms des années 30, lisez cet article de Klod Frydman:
C’était la pleine période de la « grande révolte arabe de 1936 à 1939 » fomentée par le Grand Mufti de Jérusalem nommé par les Anglais, Amine el Husseini et son groupe paramilitaire al Futuwwah appelés officiellement « les scouts nazis ». Ils semaient la terreur, assassinant et torturant les soldats anglais, les civils juifs et les démocrates arabes.
Pourquoi ne serais-je pas moi aussi un réfugié palestinien ?

* Ceux qui veulent se débarrasser des Anglais et ne rechignent pas à s’allier aux nazis comme  l’Indien, Subhas Chandra Bose, qui ira à Berlin faire allégeance à Hitler. Heureusement, Hitler le trouvera peu fiable, trop agite et inefficace.
Ceci dit, cette alliance brun-vert n’est que conjoncturelle. Comme l’avait dit Speer: « Hitler a déclaré que les Arabes sont des conquérants, mais en raison de leur infériorité raciale, ils ne pourront pas faire face a long terme 

*Un importante étude d’un historien allemand Klaus Gensicke sur les liens tres etroits entre le Mufti et le nazisme: Der Mufti von Jerusalem und die NationalsozialistenWissenschaftliche Buchgesellschaft.:
Citant des documents des procès de Nuremberg, Gensicke note également qu’au milieu de 1942, des membres des entourages respectifs de Husseini et de Gailani ont visité le camp de concentration de Sachsenhausen à Oranienburg, près de Berlin… Les détenus juifs de Sachsenhausen étaient censés avoir «particulièrement intéressé» les visiteurs, qui sont repartis de leur visite avec «une impression très positive». Gensicke, 206, note 55.

Tango démocratique

 

Les premières élections israéliennes en 1949, furent pour de nombreux Juifs, le début de l’apprentissage de la démocratie.
En effet, la plupart d’entre eux venaient  de pays où ce seul  mot était dangereux à prononcer. Pendant des siècles, les Juifs n’ont été que des dhimmis en terre musulmane, et en terre chrétienne, bien que certains avaient obtenu avec le temps le statut de Juifs utiles, ensuite de juifs tolérés, ils n’en étaient pas pour autant considérés comme faisant partie de  la société, qui de toute manière ignorait le mot de démocratie.
Pourtant, que se passait-il à l’intérieur des communautés juives? Des élections! Et parfois, vraiment bien organisées et réglementées comme ce fut le cas dans le royaume de Pologne.
Dans les grandes communautés comme celles de Lvov, Poznan, Cracovie, les consultations électorales étaient organisées tous les ans, le premier jour de ‘hol hamoed Pessah*. Les membres du Grand Conseil élisaient  le « Comité de réglementation », lui même chargé d’élire des représentants du public.
Le premier vote concernait l’élection du ראש הקהילה (Rosh haKehila) ou פרנס (parnas) le chef de la communauté. Ce nom de famille Parnas (ou parfois Parness) existe encore en particulier chez les Juifs des Balkans ou de Turquie, exilés d’Espagne.
Le Parnas devait décider de l’exigibilité à résidence; en conformation avec les lois émises par le gouverneur non-juif de la ville ou de la province qui ne tolérait qu’un nombre limite de Juifs dans la ville, il percevait les impôts dus au même gouverneur et fournissait une garantie pour les prêts entre les membres de la communauté.
De plus, le comité devait aussi élire les טובים (Tovim) qu’on pourrait traduire par les Bons, suppléants du Parnas. Le mot bon au pluriel טובים (Tovim) a donné lieu à deux expressions בני טובים (Bnei Tovim), littéralement les enfants des Bons en fait, les gens de bonne famille et שם טוב (Shem Tov), le bon nom, c’est à dire celui qui a une bonne réputation*. Shem Tov est d’ailleurs une nom de famille assez répandu.
Ensuite, avait lieu l’élection des גבאיים (gabbaim), Ces gabbaim avaient un rôle équivalent aux comités de la Knesset actuelle*. Ils étaient chargés des institutions caritatives, de la חברה קדישה (‘hevra kadisha), la société funéraire, de la synagogue, du מקווה (mikve)*, le bain rituel, de l’hôpital, de la vérification des poids et balances au marché ainsi que du ramassage des ordures. Les gabbaim organisaient aussi la surveillance nocturne des rues, étaient responsables des écoles, de l’alerte incendie, sans compter du fonds pour le rachat des captifs*, du fonds pour Eretz Israel etc…
Et j’allais oublier, il étaient aussi chargés de l’enregistrement des actes d’état-civil!  Gabbay est d’ailleurs aussi devenu un nom de famille…

Pour chapeauter toutes ces activités , un grand conseil, le Conseil des Quatre Pays avait été créé en 1550. Les 4 pays étant les 4 grandes provinces de la Pologne.

(Recueil du Conseil des 4 pays, ce document a appartenu à l’historien Simon Doubnov, assassiné en 1941 par les nazis à Riga)

Ce comité coordonnait tout un réseau de fonctionnaires envoyés dans les petites villes où villages où il y avait une communauté juive. Ce fut la plus haute institution centrale du judaïsme devant les autorités polonaises. Ce Conseil des 4 pays fonctionna jusqu’en 1764. A cette date, il fut interdit par le Parlement polonais et s’effondra totalement lors de la partition de la Pologne.

(Réunion à Lublin des chefs des 4 pays, musée de la Diaspora à Tel Aviv)

On a beaucoup entendu ces derniers temps des pères-la-morale fustiger la dégradation de la vie politique en Israel, en proie à la violence verbale. L’un d’eux a même parlé de guerre civile virtuelle. Je ne vais pas revenir sur les messages lus sur les réseaux sociaux, que je ne fréquente que très peu et qui servent d’exutoire à tous les frustrés du monde, fébriles et bien protégés derrière leur clavier, mais j’avoue qu’autour de moi, je n’ai rien entendu de violent même si s’exprimaient des idées radicalement opposées. Ou alors, c’est  que je n’ai que de bonnes fréquentations…
Plus sérieusement, un journaliste s’est quand même exclamé: Vous parlez de violence, mais relisez, réécoutez ce qui se disait au début de la création de l’état. Par comparaison, ce qui se passe maintenant, c’est Disneyland!

Il y a une trentaine d’années, Ehud Manor écrivait cette ode à la fragilité démocratique et à ses limites, intitulée Tango démocratique:

Je te connais mieux que tu te connais
C’est pourquoi je ne te fais pas confiance
Dans de situations qui changent continuellement
Tu peux être encore une proie
Je sais te diriger vers les chaines importantes
Je sais te sauver quand tu te trompes ou bafouilles
Tu es fragile et te brise facilement
Entre ce qu’on veut et la réalité du monde
Quand on n’a pas le choix alors même le gris peut être bleu azur
Car les bonnes intentions n’ont pas apporte un jour meilleur
Et sur la route pour le paradis il y a des bouchons s’il n’y a pas de police
Voici l’horizon rougit et bientôt nous  nous endormirons
Demain nous nous lèverons et progresserons au delà*…

Le poème n’a jamais achevé ni donc mis en musique mais on peut le fredonner sur un air de tango, j’ai essayé…

אני מכיר אותך יותר טוב ממך,
לכן עליך עוד אינני סומך,
במצבים המשתנים בלי הרף,
את עלולה עוד להיות לטרף,
אני יודע לכוון אותך לערוצים המועילים,
אני מציל אותך כשאת טועה ומתבלבלת במילים.

את עדינה ואת נשברת בקלות,
ושנינו הן מאמינים בתלות,
שבין רצוי ומצוי בחלד,
כשאין ברירה- אז גם אפור הוא תכלת,
כי כוונות טובות עוד לא הביאו יום יפה יותר,
וגם בדרך לגן עדן יש פקקי תנועה אם אין שוטר

(הנה האופק מתאדם (וקרטיה
(ועוד מעט שוב נרדם (וקרטיה
(מחר נקום ונתקדם (קרטיה
לעבר… ».

Vous connaissez certainement mieux une autre chanson d’Ehud Manor, qui est a été souvent interprétée par les partisans des partis de droite comme de gauche אין לי ארץ  אחרת (ein li eretzz a’heret) Je n’ai pas d’autre pays

אין לי ארץ אחרת
גם אם אדמתי בוערת
רק מילה בעברית חודרת
אל עורקיי, אל נשמתי
בגוף כואב, בלב רעב
כאן הוא ביתי


Je n’ai pas d’autre pays, et si ma terre brûle, un seul mot en hébreu pénètre dans mes artères, dans mon âme, dans mon corps douloureux et mon cœur affamé, ici est ma maison.

J’ai toujours aimé cette phrase pleine d’humour de Churchill: « La démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont été essayées! J’aimerais rajouter celle que prononça Mena’hem Begin:  » L’anarchie sera rejetée par tout homme sage, une dictature guérira tout homme libre, la raison et la liberté, en tant que telles, nécessitent généralement la décision de la majorité, à condition que la majorité respecte les droits de la minorité.
Nous verrons bien ce qui sortira de ces réunions où s’empoignent les plus grands ego du pays. J’aimerais rajouter une autre phrase de David Ben Gourion que je relis sur un post de Kravi*: « Celui qui ne croit pas aux miracles en Israel n’est pas réaliste »*.

 

A bientôt,

*mikve:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/06/07/monter-a-jerusalem/

*Shem Tov, comme le Baal Shem Tov bien sûr!

*Conseil des 4 pays

Cliquer pour accéder à 8_Conseil-4-pays.pdf

8Le rachat des captifs:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/08/28/le-rachat-des-captifs/

*Knesset Israel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/20/knesset-israel/

*L’article posté par Kravi:
https://dovkravi.blogspot.com/2019/09/elections-le-compromis-nest-pas-une.html

Pardon d’avoir gagné!

Le Yom Yerushalayim est le jour qui célèbre la réunification de la ville de Jerusalem après une parenthèse de 19 ans, de 1948 à 1967, lorsque la partie est de la ville fut occupée par la Jordanie.

Le titre de mon article est celui d’un d’un livre publié en 1967 par Ephraim Kishon et Dosh, le créateur de Sroulik, petit personnage, naïf, gouailleur et sioniste.

Ce livre סליחה שנצחנו (Sli’ha shenitsa’hnou), « Pardon d’avoir gagné », est un recueil des articles du premier et des caricatures du second publiés pendant la période de la guerre des six jours. Il ne s’agit pas d’un album qui crie victoire mais qui parle plutôt d’un peuple qui a vécu dans une angoisse existentielle pendant les mois précédents la guerre. Leurs dessins et articles humoristiques étaient selon leurs paroles les « munitions légères » qui ont permis aux Israéliens du עורף (Oref), le front intérieur* et aux soldats de tenir le coup émotionnellement.

(C’est la couverture de la réédition du livre pour commémorer les 50 ans de guerre des six jours. La libération de Jerusalem: le vilain sur la droite est bien sur Nasser qui a perdu une chaussure en s’enfuyant)

Dosh a accompagné les troupes de Tsahal au moment de l’offensive sur Jerusalem. Il se trouvait dans les convois qui arrivèrent par Ramallah dans le nord de la ville…
Dans son carnet de notes, il décrit en détail la ligne de front et dessine les convois ainsi que la vieille ville à Jérusalem:
Il entre dans la vieille ville de Jerusalem  par la Porte des Lions quelques heures après de la reddition des troupes jordaniennes. Son bloc est terminé, il manque de papier, il fera ses  esquisses sur  un bloc d’ordonnances abandonné par un médecin jordanien.

Il monte d’abord sur le Mont du Temple:


Il arrive au Kotel:

Le rav Shlomo Goren* sonne le shofar:

Je me souviens alors qu’en France, nous avions écouté à la radio , émus et heureux, le son du shofar depuis le Kotel. C’est un souvenir qui ne me quitte pas même après tant d’années.

Il esquisse ce dessin symbolique: Tsahal présente Jerusalem au peuple juif:

Pour ceux qui voudraient nous voir nous suicider en revenant aux lignes de cessez-le feu* d’avant 1967, voici une vidéo de Golda Meir, prise sur la page facebook de Miri Furstenberg*.

Golda: Des gens nous disent: revenez aux lignes de 67 et alors, il y aura la paix. Nous étions à l’intérieur de ces lignes en juin 67, en mai 67! Pourquoi alors y a t-il eu la guerre? Et immédiatement après la guerre nous avons dit aux Arabes: venez, commençons des négociations. Ils ont refusé.

Le journaliste: Y a-t-il eu un seul moment où vous avez pensé que les Arabes étaient prêts à discuter?

Golda: Non. Toute cette affaire avec les Arabes ce n’est pas une question de partage de la terre, de territoires. Ce n’est pour rien de concret. C’est juste parce qu’ils nous refusent le droit d’exister. Pourquoi sont-ils partis (en 1948)?

Le journaliste: La plupart sont des réfugiés de guerre qui n’aimaient pas une armée conquérante.

Golda: Mais qui a commencé la guerre? Que leur avons-nous pris quand nous sommes revenus (dans le pays)? Ne voulions nous pas vivre en paix avec eux? Leur avons nous demandé de partir? N’avons-nous pas accepté la partition (de la Palestine) de Churchill en 1922? et la partition de l’ONU en 1947*? N’avons-nous pas accepté? Quelle est la différence entre des Arabes habitant à l’est ou à l’ouest du Jourdain? Entre la rive ouest ou de la rive est (du fleuve)? D’où viennent les Palestiniens? Qu’était cette région avant la première guerre mondiale? Quand les Britanniques ont reçu le mandat sur la Palestine, de quelle région s’agissait-il? La Palestine allait de la mer méditerranée à la frontière irakienne.

Le journaliste: Vous voulez dire qu’il n’y avait pas ce concept de Palestinien?

Golda: Non. Les deux rives du Jourdain se trouvaient en Palestine. Je suis une Palestinienne. De 1921 jusqu’en 1948 j’ai eu un passeport palestinien. Il n’y avait pas dans cette région des Juifs, des Arabes et des Palestiniens. Il n’y avait que des Juifs et des Arabes. Je nie pas ce concept de palestinien mais il n’y a pas de peuple palestinien.
Pourquoi les Palestiniens de la rive ouest du Jourdain* (Judée et Samarie) sont-il devenus plus Palestiniens après juin 67 qu’ils ne l’étaient avant? Pourquoi n’ont-il pas créé pour eux-mêmes un état palestinien en plus de la Jordanie?
Ils devaient organiser un état palestinien libre sur la rive ouest (Judée Samarie) et nous combattre de la bas. Ils ne l’ont pas fait. Ils ont accepté le fait qu’ils étaient en Jordanie et qu’ils avaient la nationalité jordanienne. Ils sont d’ailleurs la majorité en Jordanie, on les trouve au Parlement, dans le gouvernement, que s’est-il passé ensuite (
entre 1948 et 1967)? Pourquoi sont-ils devenus plus Palestiniens depuis la guerre de 67?
Chacun a le droit à l’autodétermination sauf nous. Nous sommes les seuls dans le monde entier à qui on ne donne pas le droit à l’autodétermination. Quand je suis venue ici, quand je suis venue au kibboutz Merhavia*, il n’y avait rien. Ce pays était désert depuis des centaines d’années. Nous avons été expulsés de ce pays. Est ce ici que commence l’histoire? Deux fois nous en avons été expulsés. Il
(Israel) a été occupé par des puissances étrangères… Le peuple juif est le seul qui vit son indépendance dans la dignité sur ce bout de terre, le seul. Les Arabes… Ils ont des territoires immenses: ils ont 14 états indépendants.

Comme le dit Golda Meir, pourtant Premier Ministre de gauche, avant la guerre des 6 jours, les Arabes nous faisaient déjà la guerre. Miri Furstenberg qui a publié cette vidéo sur sa page facebook en est la preuve: l’autobus où elle se trouvait avec sa famille, traversait le Neguev le 17 mars 1954, à l’intérieur des lignes de cessez-le-feu de 1949. Cela n’a pas empêché une bande arabe armée de violer, mutiler, assassiner les passagers. Elle est la seule à avoir survécu.
Alors comme l’ont si bien dit Dosh et Kishon: Pardon d’avoir gagné, et ça ne va pas nous empêcher de nous réjouir dimanche, jour de Yom Yerushalayim!

(Concert pour Yom Yerushalayim dans l’enceinte de la Tour de David)

יום ירושלים שמח

A bientôt,

*Ephraïm Kishon (1924-2005) Originaire de Budapest, il fut déporté dans plusieurs camps d’extermination. Il n’y survécut que par miracle : si, dans l’un d’eux, c’est son habileté aux échecs qui lui valut les bonnes grâces du commandant, dans un autre, les Nazis alignaient les prisonniers, et les décimaient littéralement, tuant chaque dixième prisonnier. Il n’eut que la chance de ne pas être le dixième. Il écrirait plus tard dans son livre Le bouc émissaire : « Ils ont fait une erreur . Ils ont laissé un satiriste en vie. (Wikipedia). Il disait » Je ne suis pas un écrivain, seulement un humoriste, c’est seulement quand vous êtes mort que vous devenez écrivain« . En fait, il fut écrivain, dramaturge, journaliste, réalisateur, sculpteur et acteur. Vous connaissez sans doute certains de ses films: Sahah Shabati, le canal Blaumish et le policier Azoulay. Son humour élégant mettait toujours l’accent sur l’absurdité de ce monde.

Dosh ou Kariel Gardosh (1921-2000) originaire de Budapest, déporté dans des mines de cuivre et seul survivant de sa famille, il est le caricaturiste le plus connu d’Israel.
Kishon, Dosh, Lapid ainsi que Yaakov Farkash (Zeev) lui aussi caricaturiste étaient connu au journal Maariv comme le gang des Hongrois

*Ces dessins de Dosh se trouvent à la Bibliothèque Nationale d’Israel.

*Le Oref:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

* Le rav Shlomo Goren:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*La vidéo est prise sur la page facebook de Miri Furstenberg,
https://www.facebook.com/pg/Miri-Furstenberg-The-girl-from-scorpions-pass-341931306581865/about/?ref=page_internal

*Miri Furstenberg:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/03/18/choisis-la-vie-et-tu-vivras-alors-toi-et-ta-posterite/

*Lignes de cessez le feu et non frontières, telles qu’elles furent dessinées au moment des accords de Rhodes en été 1949.

*Les propositions de partitions de la Palestine:
Le « Livre blanc de Churchill » de 1922 restreint le territoire destiné au foyer juif, et donne le contrôle des terres situées à l’est du Jourdain à l’emir Abdallah.
Partition du 29 novembre 1947:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*La rive ouest du Jourdain est la Judée-Samarie. En anglais, on lui donne le nom assez neutre de rive ouest (west bank) et en français, celui de Cis-Jordanie, beaucoup moins neutre. C’est une peu comme si (et là, je cite Pug du site Nations pour Israel) On appelait l’Alsace la Cis-Allemagne

יום העצמאות שמח Bonne fête de l’Indépendance 2019

Je vous ai déjà parlé de nos Yom Haatsmaout, des porteurs de torches, du barbecue et des drapeaux flottants au vent. J’aimerais cette fois vous raconter une histoire peu connue: comment  les Juifs de Libye célébrèrent le premier anniversaire de l’état d’Israel, en 1949.

Les Juifs de Libye n’ont jamais été nombreux. Ils sont environ 35.000 en 1939. Pendant des siècles, ils vivent comme tous les autres Juifs dans le pays musulmans: ce sont des dhimmis qui doivent se soumettre aux lois discriminatoires datant du calife Omar*.
Lorsque les Italiens fascistes arrivent en Libye dans les années 20, les Juifs sentent  souffler un vent de liberté qui leur vient d’Europe, car l’idéologie fasciste italienne dans ses débuts n’a pas de composante antisémite comme le nazisme.
Mais dès 1932, les choses se dégradent. Le nouveau gouverneur Italo Balbo est partisan du modernisme et de des lumières de l’Occident. Il fait donc fouetter en place publique les commerçants juifs refusant d’ouvrir leurs magasins le shabbat, prétextant que cela n’est pas bon pour l’économie et entrave la marche du progrès. En 1938, il leur fait appliquer les lois raciales promulguées en Italie* lors d’une visite de Goering avec qui il entretient des liens d’amitié depuis longtemps.
Pendant la deuxième guerre mondiale,  la communauté des Juifs de Libye est  la plus sévèrement touchée par la répression antisémite dans toute l’Afrique du Nord: les lois raciales sont appliquées avec la plus grande sévérité et de nombreux Juifs sont déportés dans des camps de travail très durs ou beaucoup meurent de mauvais traitements. Ceux qui restent à Tripoli ne sont pas tellement mieux lotis car en plus des bombardements, ils n’ont pas droit au même rationnement que les non-Juifs et doivent en plus nourrir des réfugiés juifs de Cyrénaïque. Ceux de Benghazi se retrouvent dans un camp d’internement où les conditions de vie sont si mauvaises que plus de 500 d’entre eux mourront en moins d’une année…
Quant à ceux qui ne sont pas de nationalité libyenne, ils seront envoyés dans les camps d’extermination du Reich.

(Mémorial en souvenir des déportés originaires de Libye, dans la foret de Ben Shemen)

Les Arabes libyens se tiennent tranquilles pendant toute la guerre mais dès 1945 un pogrom éclate à Tripoli et dans toute la région, à l’instigation du mouvement nationaliste le Hizb al-Watani, pogrom qui fera 130 morts. D’autres pogroms se succéderont régulièrement pendant trois ans, dès l’annonce du plan de partage de la Palestine par l’ONU*, le début de la guerre d’Indépendance qui commence aussitôt et la proclamation de la création de l’état d’Israel. En 1949, l’Agence juive organise les départs qui se poursuivront jusqu’en 1951*.

On pourrait donc se dire que les Juifs de Libye font profil bas, mais non! Et en ce mois de mai 1949, la communauté de Tripoli décide de célébrer ouvertement Yom Haatsmout.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

Drapeau et banderoles sont hissés sur la synagogue.

(Ce drapeau, cousu en Libye, se trouve au Centre de l’Héritage libyen. Yediot A’haronot, photo Ido Erez)

Les rabbins composent des prières spéciales pour la paix de l’état d’Israel et décident aussi que les enfants nés cette semaine là devront s’appeler Israel pour les garçons et Siona pour les filles.
D’autres drapeaux faits maison sont déployés dans le quartier juif et un repas de fête communautaire est organisé.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

J’ai retrouvé une chanson en judeo-arabe, composée pour l’occasion: Pourquoi cette fête?
Le 5 du mois de Iyar, nous nous sommes réjouis petits et grands, à côté de la synagogue, le 5 du mois de Iyar notre joie est grande. Il flotte notre drapeau bien-aimé… L’ennemi nous a attaqué mais s’est envolé comme un oiseau.


(interprétée par le paytan Klimo Dos)

Il n’y a plus de Juifs en Libye. Certains sont partis en Europe, d’autres en Amérique mais la plupart sont ici et font partie de notre mosaïque israélienne.

 

 

(dessin de Shay Charka)

A bientôt,

PS: L’essentiel de la population juive partira entre 1949 et 1951. Pour ceux qui restent, leur vie deviendra de plus en plus difficile. Ils sont sans cesse harcelés par les autorités, leurs droits leurs sont peu à peu déniés, les écoles juives sont fermées, ils n’on plus le droit de vote… Au moment de la guerre des six jours, une série de pogroms fera fuir les deniers en quelques jours.

*Le calife Omar et la dhimmitude:

La dhimmitude, ou le sort des non musulmans en terre islamique

*Les lois fasciste antisémites en Italie:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_raciales_fascistes

*Le plan de partage de la Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*