Yom hashoah: Et tu raconteras à tes enfants…

 

Il y a sept ans, quelques amis s’étaient réunis chez l’un d’eux pour commémorer le souvenir de la Shoah. Ils avaient invité des rescapés pour les écouter, discuter avec eux, partager des souvenirs, poser des questions, chanter, mélanger larmes et émotion…
A la fin de la soirée, il fut évident pour eux que d’autres personnes devaient partager ce moment, appelé זיכרון בסלון (zikaron bassalon) , mot à mot souvenir au salon*.


Depuis, près d’un millions de personnes ont marqué le jour de la Shoah de cette manière, que ce soit en tant qu’invité ou invitant dans des appartements, des cafés, des maisons de retraites, des maisons de la culture, des internats, à l’armée, dans des hôpitaux et même dans les prisons.

Ici dans un pub à Ashkelon: Le rav Shaï Piron, qui fut ministre de l’éducation en est un des initiateurs: l’important, dit-il, est que les gens discutent entre eux, créent ou re-créent des liens entre les rescapés de la Shoah et eux-mêmes mais aussi entre descendants de la deuxième, ou troisième  génération. Nous sommes tous des rescapés de la Shoah, que nous soyons des Juifs d’Europe, d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient, nous sommes tous des rescapés car si les nazis  avaient vaincu… En fait, de même que nous devons nous considérer comme étant nous-mêmes sortis d’Egypte,  nous devons nous considérer nous-mêmes comme des survivants, ajoute-t-il. Nous sommes en train de créer un Seder de la Shoah, d’une manière informelle et balbutiante pour que dans une centaine d’années, lorsque le souvenir direct aura complètement disparu, nos descendants racontent encore à leurs enfants… Le Seder de Pessah est un événement familial, que l’on soit croyant, pratiquant ou pas du tout. Certaines haggadot de kibboutzim ont mis résolument de côté Dieu et les miracles mais continuent à raconter ce qui s’est passé lors de la sortie d’Egypte en se souvenant de l’objurgation: Et tu raconteras à tes enfants, תְּסַפֵּר בְּאָזְנֵי בִנְךָ וּבֶן-בִּנְךָ…(Shemot, Exode, 10,2) C’est exactement ce qui est en train de se passer pour la Shoah. Le 21 mars de cette année, 600 rescapés de la Shoah et leur famille* se sont rassemblés au Centre Avi’haï à Jerusalem. Dans la vidéo ci-dessous, vous les entendez chanter ensemble le fameux chant de Ofra Haza*: Vivant, vivant, oui je suis encore vivant!

Vivant, vivant, oui je suis encore en vie! Ecoutez mes frères, je suis encore vivant et mes deux yeux se lèvent encore vers la lumière, de mes crevasses ont éclos des fleurs… Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
C’est un chant qui passe de génération en génération comme une source éternelle… Je vais tendre la main à mes amis de l’autre côté de la mer. Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour….
Mes jours sont remplis de vie et la colonne de feu est toujours dressée. Je vais chanter encore et encore, tendre la main à mes amis de l’autre côté de la mer.
Je questionne et prie, comme c’est bien que je n’ai pas encore perdu espoir!
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour… 
Ecoutez mes frères, je suis encore vivant.
Vivant, vivant, oui je suis encore en vie. Vivant, vivant, oui le peuple d’Israel est vivant!
C’est le chant que mon grand-père chantait hier à mon père et maintenant c’est mon tour…

A bientôt,
 
* Ces événements ont lieu pendant tout le mois d’avril et non pas seulement le soir de Yom Hashoah, ce jeudi 12 avril. Si vous êtes en Israel et vous voulez soit inviter ou être invité:
https://www.zikaronbasalon.org/
 
*Ofra Haza gagna l’Eurovision avec ce chant en 1983
*Leur chorale est dirigée par le fondateur de Koolulam, qui propose des chants en commun pour rapprocher toutes les composantes de la société israélienne:
Kravi vient de m’envoyer une autre vidéo de Koolulam. Cette fois il s’agit du personnel médical, des enfants malades et de leur familles qui chantent ensemble à l’hôpital pour enfants Schneider
 
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Choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité*

Vendredi, tout d’abord l’annonce des 2 récipiendaires du prix Israel: David Levy et Myriam Peretz :

Je n’avais pas l’intention d’écrire un article sur ce sujet mais j’ai lu un commentaire odieux d’une quelconque gauchiste expliquant qu’entre Myriam Peretz et la mère d’un shahid palestinien, il n’y avait pas de différence, chacune étant la mère d’un soldat mort au combat car, écrit-elle « les shahidim se considèrent comme des soldats« .
Je me fiche complètement de ce que pensent les shahidim. Mais comparer une mère endeuillée par la perte de ses deux fils morts pour nous protéger et la mère d’un terroriste psychopathe, c’est vraiment trop pour moi. D’autant que si la première a été honorée du prestigieux Prix Israel, ce n’est pas parce qu’elle a perdu ses fils au combat, c’est parce qu’elle a dédié toute sa vie à l’éducation. A chaque interview elle parle de son amour pour ce pays et pour son peuple: « Je suis heureuse de pouvoir vivre ici en Israel,  je suis remplie de joie et d’amour pour mon peuple et mon pays, je suis heureuse de pouvoir dire merci  quand je me lève le matin, merci de pouvoir vivre ici et faire partie d’un tel peuple. »
Elle n’a jamais une parole de haine contre nos ennemis. Elle a mieux à faire, elle a choisi la vie.


La deuxième, la mère du Shahid, est honorée, elle aussi, on l’appelle officiellement Em (mère) suivi du prénom de son tueur de fils. Elle reçoit un salaire très confortable chaque mois parce qu’elle a voué sa vie à faire de ses enfants des tueurs de Juifs.

Ces confusions intellectuelles me sont insupportables. Je ne supporte plus ces gens chez qui les convictions politiques l’emportent sur  l’incapacité de distinguer  entre des actes moraux et immoraux.

Et puis, juste avant shabbat, un nouvel attentat en Samarie: 2 soldats tués, Ziv Daos et Netanel Kahalani 

et deux blessés dont un dans un état critique, tous quatre attaqués par une voiture bélier. Et là, je lis un autre commentaire: c’est de notre faute si un attentat a eu lieu! C’est à cause du כיבוש (Kiboush) conquête*!
A bon, parce qu’avant le kiboush, il n’y avait pas d’attentats?
Je me souviens de Maya me disant comment les fedayins avaient tué son père à Rosh Ayin et aussi de Paola, un amie de ma fille, lui racontant comment ses parents et les voisins avaient construit une cachette pour les enfants, derrière la bibliothèque, où ils devaient se réfugier au cas où… Ne faire aucun bruit et se boucher très fort les oreilles… Ça sonne comme des histoires du temps de la Shoah. Mais non, c’était ici et pas dans les « territoires occupés » mais en plein Neguev  au début des années 60…
Je reçois une note me rappelant le massacre de מעלה עקרבים (Maale Akravim)*, les hauteurs des scorpions, il y a juste 64 ans, le 17 mars 1954, là aussi dans le Neguev:
Ephraim Furstenberg était un des deux chauffeurs du bus d’Egged qui travaillait ce jour là sur la ligne Tel Aviv-Eilat. Il en avait profité pour emmener avec lui sa femme Hanna et ses deux enfants, Haimke et Miri pour fêter avec eux l’anniversaire de la libération de la ville d’Eilat.

(Miri dans les bras de son père. A gauche, sa mère Hanna et son frère Haimke sur les épaules d’un oncle)

Au retour d’Eilat, le bus est conduit par l’un des chauffeurs, Kalman, tandis qu’ Ephraim, le père de Miri joue de l’harmonica. Parmi les passagers, quatre soldats ont rangé leurs armes avec les bagages. Tout le monde chante. Passé le col, ils arrivent dans une descente abrupte quand ils sont soudain attaqués par une bande de terroristes infiltrés de Jordanie mais guidés et commandés  par Said Abu Bandak, de la tribu des Azazma dans le Neguev.
Les terroristes veulent  tuer le conducteur pour faire tomber le bus dans l’abîme. Mais Kalman arrive à l’arrêter avant de succomber à ses blessures.

Miri: « Soudain j’entends des coups de feu, le soldat à côté de moi  me jette par terre et me dit de me taire… Il me protège de son corps, j’entends des cris, encore des coups de feu… le silence. » Son frère Haimke est lui aussi protégé par le corps d’un des soldats mais malheureusement il lève la tête en criant: Miri où es-tu? Et il reçoit une balle dans la tête. Haimke survivra pendant 32 ans dans un état végétatif.
Miri et les quelques survivants gravement blessés resteront plusieurs heures avant qu’on vienne les secourir. Ils raconteront que les fedayins ont violé et mutilé leurs victimes.

Miri est maintenant une grand-mère, elle aide les victimes du terrorisme et de supporte pas qu’on dise que c’est la faute au kiboush et à l’occupation: Ces dernières années, chaque fois que la gauche crie « Occupation, Occupation », cela m’exaspère! Tout cela s’est passé bien avant l’occupation, il n’y avait pas d’occupation! Il n’y avait pas de raison pour que cela se produise sauf une: la haine des arabes contre nous! »

(plaque commémorative de l’attentat)

Le 17 mars 1954 était la veille de Pourim.
Vous ne le savez peut-être pas mais un des chants les plus populaire שיר שמח (Shir samea’h), un chant joyeux, a été composé le lendemain du massacre. Le pays était sous le choc et personne n’avait envie de la joie de Pourim. Aucune chanson ne convenait. Dans la nuit furent écrits sur une mélodie ‘hasssidique, ces mots  exprimant notre force de résistance et notre amour de la vie:
Même lorsque notre tête est courbée et qu’autour de nous tout est tristesse, venez, puisons la joie du dedans de nous-mêmes »

 

A bientôt,

*Devarim (Deutéronome) 30,19

*la conquête et l’occupation font référence à la Judée et la Samarie qui étaient avant 1948 partie du Foyer National Juif, tombées dans les mains des Jordaniens pendant la guerre de 1948 et récupérés après celle de 1967. Les mots conquête et occupation sont les mantra des belles âmes.

« J’en atteste sur vous, en ce jour, le ciel et la terre: j’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et
la calamité; choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité. »

*Les Hauteurs des scorpions est une route  qui relie la vallée de la Arava au centre du Neguev. Elle est déjà mentionnée dans le Tanakh sous ce nom

 

Non, nous n’oublions pas les Justes des nations

Nous n’oublions pas les Justes des nations, ceux qui nous ont aidés pendant la Shoah, souvent au péril de leur vie. Ils sont honorés à Yad Vashem, leur histoire est enseignée dans les écoles. Nous savons que sans eux, nous n’aurions pas survécu.
A Yad Vashem, on peut lire leurs noms. Certainement beaucoup plus n’ont pas pu être répertoriés car ils ont été assassinés par les nazis en même temps que les Juifs qu’ils protégeaient.
Mais en cette fin du mois de janvier où les nations commémorent l’extermination des Juifs pendant la Shoah, le parlement polonais vient d’approuver un projet de loi qui nie toute responsabilité de Varsovie dans l’extermination des Juifs sur son sol!
Cette loi veut punir de 3 ans de prison toute personne disant que le peuple polonais a pris part à la Shoah et non pas seulement ceux utilisant l’expression “camps d’extermination polonais” comme cela a été souvent rapporté*.

Les propos d’un parlementaire polonais interviewé à la télévision israélienne à ce sujet étaient très clairs: le peuple polonais n’a pas participé à l’extermination des Juifs, sauf quelques gangsters comme il y en a partout » a-t-il concédé.
Or, pour ne parler que de la période moderne, dès 1926, il y eu de violentes campagnes antisémites qui aboutirent aux pogroms de Grodno (1935), de Przytyk (1936), de Minsk, Mazowiecki (1936), et Brzesc (1937). Dans les années 30, les étudiants juifs furent soumis à des quotas dans les universités, et les fonctionnaires juifs perdirent leurs postes. Pendant la guerre, il y eu plusieurs massacres perpétrés par les Polonais eux-mêmes (comme à Jedwabne en 1941).
Avant la guerre, il y avait 3,3 millions de Juifs en Pologne, seulement environ 300 000 en 1945.
Après la guerre, entre 1945 et 1948,les pogroms perpétrés à Cracovie 1945, à Kielce 1946 ainsi que l’assassinat de nombreux de juifs isolés, nous donnent une idée de l’antisémitisme d’une grande part de la population polonaise. La plupart des survivants s’enfuirent.
Après 1948, le régime communiste fit des purges dans les rangs des fonctionnaires juifs restants: pour Gomulka, non seulement les Juifs mais aussi les descendants de Juifs (il suffisait d’avoir un arrière grand-père juif), devaient être limogés.
Et on voudrait nous faire croire que pendant la guerre, alors que l’extermination des Juifs était licite et même encouragée, seuls « quelques gangsters » auraient aidé les nazis? Les historiens estiment que 200 000 juifs ont été exterminés en Pologne du seul fait des bons citoyens polonais.

J’écris cet article le jour de טו בשבט (Tou Bishvat). Le sud est déjà recouvert de coquelicots*et les amandiers refleurissent autour de nous. Cela me fait penser à la vue sur les collines verdoyantes qui termine la visite éprouvante de Yad Vashem, le renouveau après le désespoir et la mort.

L’amande se dit en hébreu  שקד (Shaked) mais cette racine signifie aussi être assidu, appliqué à l’étude
Et si, nous tous nous envoyions des amandes aux Polonais pour qu’enfin ils étudient et regardent leur histoire en face?
Au lieu de faire par exemple des ennuis à l’écrivain polonais Jan Tomasz Gross  parce qu’il a parlé de la responsabilité des Polonais lors des massacres antisémites durant la Seconde Guerre mondiale* dans son livre Les voisins:
« Ce que virent les Juifs horrifiés et interdits, ce sont des visages familiers. Non pas des hommes anonymes en uniforme, les rouages anonymes d’une machine de guerre, des agents exécutant des ordres, mais leurs propres voisins. Des voisins qui choisirent de tuer et prirent part à un pogrom sanglant : des bourreaux volontaires…

Ils feraient bien mieux d’honorer les Justes polonais à qui ils doivent de ne pas être tombés entièrement dans la barbarie.

Bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

*camps d’extermination polonais: expression employée par Obama

*les coquelicots:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*Jan Tomasz Gross: Les voisins (ED Fayard, 2002)
*Les Justes polonais repertories:
http://www.yadvashem.org/yv/pdf-drupal/poland.pdf
lisez aussi:
http://www.yadvashem.org/fr/justes.html

 

Le chemin des Patriarches (4): Le Goush Etzion

Dans notre promenade le long du chemin des Patriarches en direction du nord sur la route 60, nous arrivons maintenant au Goush Etsion. Goush en hébreu veut dire bloc . Il s’agit d’une région des montagnes de Judée où furent édifiés plusieurs kibboutzim dans les années 20 et 30 qui protégeaient la partie sud de Jerusalem. Le mot Etsion vient du mot עץ (etz), un arbre et de ציון (tsion), Sion. Pourquoi un arbre? Parce que celui qui acheta une bonne partie des terres s’appelait Shmuel Tzvi Holzman (en allemand Holz signifie arbre).
Ces kibbutzim furent tous détruits pendant la guerre d’Indépendance. 
Tout le monde ici connait la fin du kibboutz Kfar Etsion, totalement détruit  le 14 mai 1948 et de ses défenseurs massacrés par la Légion arabe.

Pendant les 19 années de l’occupation jordanienne, les veuves et les enfants de ces défenseurs se retrouvaient chaque année sur une des collines de Jerusalem pour contempler au loin le chêne solitaire qui se trouve dans le Goush, à l’intersection des routes menant aux kibboutzim détruits.
Cet arbre, vieux de 700 ans a survécu à toutes les guerres et destructions. Il est devenu le symbole du Goush Etzion et de son renouveau.

En 1967, après la guerre des 6 jours, le kibboutz Kfar Etzion fut reconstruit et repeuplé par les descendants de ses fondateurs.


« Le monde converge vers l’odeur de la terre et des pins. La récolte et les hommes sont rentrés. L’odeur de la terre fouette les sommets, dans le ciel les nuages se battent avec un rayon de soleil. A côté des épines, la terre têtue, le cyclamen enfoui, la terre est saturée de pluie et de sang. La reine est tombée mais la reine s’est relevée, ses sujets applaudissent: elle a ôté sa robe de captive et a mis ses vêtements de splendeur* pour les nations. Elle regarde vers la mer, tournant le dos aux monts d’Edom. Ses fils ont appelé à la liberté, au retour à la maison. Revenez à votre héritage pour toujours. Elle marche comme une fiancée à la rencontre de son fiancé, une ketouba si ancienne… sur ce chemin sinueux sur les hauteurs qui la mènent du passé à demain. Et l’homme étendra ses mains, élèvera sa prière vers Dieu, et chantera le chant du cœur, un chant de louange, pour l’année du Jubilé « 

Actuellement la région compte 70 000 habitants et 22 bourgades parmi lesquelles Neve Daniel,

Tekoa à la limite du désert,

Efrat qui jouxte Bethlehem et dont j’ai déjà parlé plusieurs fois:

efrat
Mais la grande attraction du Goush Etzion c’est le Herodion.

Le Herodion, c’est cette drôle de colline nue, en forme de cône tronqué, qui se trouve entre Tekoa et Efrat:

(le Herodion depuis le Goush Etzion, au fond Jerusalem)

En cette année 40 (avant l’ère chrétienne), Hérode est  très heureux d’avoir défait les Parthes. Il décide de faire construire à sa gloire un palais et un tombeau qu’il appellera en toute simplicité le Herodion*.
Flavius Joseph nous en a laissé une description dans La guerre des Juifs I, 21, 10:
« …il n’oublia pas le souci de sa propre mémoire. C’est ainsi qu’il renouvela les fortifications d’une place située dans la montagne à côté de l’Arabie et l’appela de son propre nom, Hérodium. Une colline artificielle en forme de mamelon, à soixante stades de Jérusalem, reçut le même nom, mais fut embellie avec plus de recherche. Hérode entoura le sommet de la colline d’une couronne de tours rondes et accumula dans l’enceinte les palais les plus somptueux : non seulement l’aspect des constructions, à l’intérieur, était superbe, mais les richesses étaient répandues à profusion sur les murs extérieurs, les créneaux et les toits. Il fit venir à grands frais de loin des eaux abondantes et assura l’accès du palais par un escalier de deux cents degrés de marbre d’une blancheur éclatante, car la colline était assez haute et toute entière faite de main d’homme. Au pied du coteau, il bâtit un autre palais pouvant abriter un mobilier et recevoir ses amis. Par la plénitude des ressources, cette enceinte fortifiée paraissait être une ville par ses dimensions, c’était un simple palais. »

Ce palais se trouvait sur le bas de cette colline, entouré d’entrepôts, d’écuries et de nombreux jardins. C’est là que vivaient Hérode, sa famille et sa cour. Sur une des pentes, se tenait un théâtre de 470 places somptueusement décoré.

Mais Hérode fit aussi fait bâtir une sorte de coquille construite entre deux murs arrondis.

Dans cette coquille se trouvait toute une forteresse avec ses citernes, les entrepôts, son réseau d’alimentation en eau, des thermes et un second palais agrémenté d’un jardin où le roi et la cour vivaient en cas de guerre, le tout réparti sur plusieurs étages.

(Détail d’une mosaïque des thermes qui se trouve au Musée Israel)

Trois tours de garde semi-circulaires protégeaient cette colline artificielle. Elles aussi étaient divisées à l’intérieur en plusieurs étages.
En mai 2007 , l’archéologue Ehud Netzer annonça qu’il avait enfin trouvé la tombe d’Hérode qu’il cherchait depuis plus de 30 ans. Elle se situe sur la pente externe de la montagne, sous les restes de la muraille entourant le Hérodion et au-dessus du palais inférieur d’où partit le cortège funèbre d’Hérode. Dans un mausolée en pierres de tailles, Netzer a trouvé des fragments d’un sarcophage, similaire aux sarcophages découverts au « Tombeaux des rois »*.

C’est évidemment Flavius qui nous raconte les obsèques royales: »
« … on s’occupa des funérailles du roi. Archélaüs n’épargna rien pour qu’elles fussent magnifiques. Il étala tous les ornements royaux qui devaient accompagner le mort dans sa tombe. Sur un lit d’or massif, constellé de pierreries, était jeté un tapis de pourpre brodé de couleurs variées : le corps reposait sur cette couche, enveloppé d’une robe de pourpre, la tête ceinte du diadème, surmontée d’une couronne d’or, le sceptre  dans la main droite. Autour du lit marchaient les fils d’Hérode et la foule de ses parents, et après ceux-ci les gardes, les mercenaires thraces, germains et gaulois, tous dans leur équipement de guerre. Tout le reste de l’armée formait escorte ; elle s’avançait en armes, accompagnant en bon ordre les généraux et les commandants ; venaient, enfin, cinq cents serviteurs et affranchis, portant des aromates. Le corps fut ainsi transporté sur un parcours de 200 stades jusqu’à Hérodion où il fut enseveli comme le roi l’avait prescrit. Ainsi finit le règne d’Hérode. 

Plus tard le Herodion servit de forteresse aux troupes de Bar Kokhba*. Les révoltés construisirent des tunnels d’évasion, ajoutèrent une synagogue et deux mikve.

(tunnels d’évasion datant de la révolte juive des années 133-135)

Apres la fin de la grande révolte juive, le site resta désert jusqu’à l’époque byzantine, où fut construit un monastère. Le monastère et les quatres églises attenantes furent détruits au moment de la conquête arabe, les bédouins de la région utilisèrent ce lieu pour parquer leurs bêtes jusqu’à ce qu’il devint un site archéologique protégé.

A bientôt,

*J’ai déjà raconté l’histoire dramatique des 35 soldats, le groupe des ל »ה  (lamed he=35) qui se firent massacrer en portant secours aux habitants du Goush Etzion dans mon article La vallée du Terebinthe:
( https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/ ).

*Les vêtements de splendeur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Le tombeau des rois à Jerusalem:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tombeau_des_Rois

*La révolte de Bar Kokhba:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/

 

 

 

Le Chemin des Patriarches (2)

Nous avons donc quitté Beer Sheva et traversé la forêt de Yatir.


Nous continuons sur le Chemin des Patriarches en direction du Nord. Cette fois, nous nous arrêterons dans le הר חברון (Har ‘Hevron), les montagnes de ‘Hevron, en vert sur la carte:


Nous allons maintenant parcourir toute la Judée et la Samarie que certains s’obstinent à appeler la Cisjordanie. Je sais, certains pensent que peut-être j’exagère un peu et que les mots n’ont pas tant d’importance que ça, mais que diriez-vous si au lieu de l’Alsace on parlait de Cis-Allemagne ou de Cis-Rhénanie (pour la rime avec Jordanie)?

Bref, nous voici donc dans le sud de la Judée-Samarie:


Dans le הר חברון (Har ‘Hevron). montagnes de ‘Hevron 
on ne compte pas moins de 18 villages aux noms bibliques.

Ils rappellent qu’à l’époque du Tanakh et jusqu’à la conquête arabe (7 ème siècle), les Juifs vivaient ici, agriculteurs, viticulteurs et éleveurs. Comme par exemple, les villages de Maon et Carmel où Nabal avait sa ferme:
« Or, il y avait un homme à Maon, ayant son bien à Carmel; cet homme était très connu, possédait trois mille brebis et mille chèvres, et il assistait à la tonte de son bétail à Carmel.  Cet homme avait nom Nabal, et sa femme s’appelait Abigaïl. La femme était intelligente et belle, l’homme dur et de mauvaise conduite » (Samuel 25, 2-3)
וְאִישׁ בְּמָעוֹן וּמַעֲשֵׂהוּ בַכַּרְמֶל, וְהָאִישׁ גָּדוֹל מְאֹד, וְלוֹ צֹאן שְׁלֹשֶׁת-אֲלָפִים, וְאֶלֶף עִזִּים; וַיְהִי בִּגְזֹז אֶת-צֹאנוֹ, בַּכַּרְמֶל. ג וְשֵׁם הָאִישׁ נָבָל, וְשֵׁם אִשְׁתּוֹ אֲבִגָיִל; וְהָאִשָּׁה טוֹבַת-שֶׂכֶל וִיפַת תֹּאַר, וְהָאִישׁ קָשֶׁה וְרַע מַעֲלָלִים

Dans ce voyage, notre première étape sera Soussia.
Le village actuel de Soussia a été établi en 1983 par 10 familles. Le village compte maintenant un peu plus de 1000 habitants qui travaillent soit à Beer Sheva soit sur place dans l’agriculture: trois entreprises laitières transforment le lait de brebis et de chèvres qui viennent des quelques fermes aux alentours. L’une des plus connue est celle de Yaïr Har Sinaï.
Yaïr Har Sinaï était un utopiste écolo qui portait ce qu’il tissait et mangeait ce qu’il produisait. Il refusait de porter des armes car, disait-il, moi je suis seulement un paysan. Après son assassinat par des terroristes en 2001, la ferme a été pillée et les moutons volés. 

Son épouse Dalia raconte: »Une levée de fonds a été organisée pour la ferme. Notre histoire a été publiée, partout les gens ont donné, y compris des personnes d’extrême gauche.*
Du coup la ferme a réussi à repartir. Elle possède plus d’une centaine de moutons et de chèvres et est devenue une réussite commerciale.
L’ancienne Soussia se trouve tout près.
Jusqu’à il y a peu, on pensait que Soussia avait été fondée au début de l’ère chrétienne, après la destruction du 2 ème Temple. Or on a découvert récemment des vestiges de bains rituels et des pièces de monnaies de l’époque des ‘Hashmonaïm*. La ville est donc plus ancienne d’au moins 300 à 400 ans. Elle se développera sans doute beaucoup plus à la fin du 1 er siècle de l’ère chrétienne, avec la fuite d’une partie de la population de Jerusalem. A cette période, on estime sa population à 5000 personnes.
Les fouilles montrent que la vie de ses habitants était conforme aux prescriptions du judaïsme. Sur les linteaux des maisons d’habitation, se trouvent encore les fentes dans la pierre qui contenaient les מזוזות (mezouzot). Une מנורה (menora) était gravée au-dessus des portes. De plus,  on a trouvé plus de 30 מקוואות (mikvaot), bains rituels et enfin, ils priaient dans une grande et  belle synagogue:

au sol recouvert de mosaïques

avec des inscriptions en hébreu, à la mémoire de tel ou tel notable:

La ville était protégée par une haute muraille et on fermait la porte en roulant une énorme pierre:

La sécurité des habitants était aussi assurée par un tunnel d’évasion qui partait de la synagogue et arrivait en pleine campagne. C’est un large tunnel qui comporte aussi 12 salles permettant de s’y réfugier pendant une attaque. On y a même des jarres contenant des restes de nourriture, réserve suffisante pour soutenir un siège.
De quoi vivaient-ils dans une région presque désertique?

Ils étaient producteurs d’huile et de vin. Il étaient aussi tanneurs, ceci grâce aux nombreux puits creusés assez profond pour capter l’eau des sources souterraines et grâce à un réseau de conduits très sophistiqué  dans toute la ville.

Nul ne sait pourquoi la cité fut soudainement abandonnée au 9ème siècle. Comme on n’y a trouvé aucune trace d’incendie, d’armes ou de squelettes mutilés pouvant suggérer une attaque, il semble qu’une épidémie a décimé rapidement la population et que les survivants, trop peu nombreux, se sont réfugiés, sans doute à Hevron.


Nous continuerons le long du Chemin des Patriarches, vers le nord…
A bientôt,

*L’époque des ‘Hashmonaïm: celle  des Makabim

 

 

 

 

 

Le chemin des Patriarches (1)

Si nous ne nous étions pas suffisamment intéressés à ce territoire pour y construire un pays, la terre d’Israel, entre Jourdain et Méditerranée, n’aurait été qu’une terre de passage entre les empires assyriens et égyptiens, un ensemble de routes qu’il fallait contrôler militairement et politiquement.
Et elles étaient nombreuses toutes ces routes qui partaient du Croissant Fertile jusqu’au Nil.

Le Chemin des Patriarches est l’une d’elles.
C’est  l’ancienne route qui traversait le pays d’Israel du Jourdain à Beer Sheva. Elle porte ce nom parce que nos ancêtres Avraham, Yitshak et Yaakov l’empruntèrent de nombreuses fois lors de leurs pérégrinations à travers le pays, telles qu’elles nous sont racontées dans le livre de Bereshit (Genèse).

A l’heure actuelle, cette ancienne voie longe la route 60 en empruntant le chemin des collines et traverse ainsi toute la Judée et la Samarie.

(en trait bleu épais sur la carte)

Nous partons de Beer- Sheva en direction du Nord
Le nom de la ville est mentionné 33 fois dans le Tanakh. A partir de l’époque des Juges, le nom de Beer Sheva est synonyme de frontière sud du pays. L’expression « De Dan à Beer Sheva » pour dire du Nord au Sud est employée pour indiquer tout Israel. Le refrain de l’hymne du Palma’h emploie une expression parallèle « De Metulla au Neguev » ממטולה עד הנגב.

Dans le livre de Bereshit (Genèse), Beer Sheva est au centre de la vie des patriarches.
C’est de Beer Sheva qu’Avraham et Yitshak partent au mont Moriah lorsque Dieu demande à Avraham de sacrifier son fils. Et c’est à Beer Sheva qu’il reviennent chez eux.

C’est également à Beer Sheva qu’Avraham conclut une pacte de non-agression avec le roi Avimelekh, après une dispute entre leurs bergers respectifs au sujet d’un puits:
« Abimélec dit à Avraham: « Que signifient ces sept brebis que tu as mises à part? » Il répondit: « C’est que tu dois recevoir de ma main sept brebis, comme témoignage que j’ai creusé ce puits. « Aussi appela-t-on cet endroit Beer Sheva, car là ils jurèrent l’un et l’autre. » (Bereshit 21 23 31)
 וַיֹּאמֶר אֲבִימֶלֶךְ, אֶל-אַבְרָהָם: מָה הֵנָּה, שֶׁבַע כְּבָשֹׂת הָאֵלֶּה, אֲשֶׁר הִצַּבְתָּ, לְבַדָּנָה. ל וַיֹּאמֶר–כִּי אֶת-שֶׁבַע כְּבָשֹׂת, תִּקַּח מִיָּדִי: בַּעֲבוּר תִּהְיֶה-לִּי לְעֵדָה, כִּי חָפַרְתִּי אֶת-הַבְּאֵר הַזֹּאת. לא עַל-כֵּן, קָרָא לַמָּקוֹם הַהוּא–בְּאֵר שָׁבַע: כִּי שָׁם נִשְׁבְּעוּ, 
Pour les hébraïsants le mot שבע (sheva) est interessant car il signifie à la fois sept et aussi jurer.

(l’endroit dit le puits d’Avraham)

En fait, Beer Sheva est l’endroit où Avraham habite le plus souvent. Il s’y sent chez lui: il y plante un tamaris: « Abraham planta un tamaris à Beer Sheva et y proclama le Seigneur, Dieu éternel.« 
Pour Yitshak aussi cet endroit est central dans sa vie:
« II (Yitshak) monta de là à Beer Sheva. L’Éternel se révéla à lui cette même nuit, en disant: Je suis le Dieu d’Abraham ton père; sois sans crainte, car je suis avec toi, je te bénirai et je multiplierai ta descendance, pour l’amour d’Avraham mon serviteur. II érigea en ce lieu un autel et proclama le nom de l’Éternel. II y dressa sa tente et ses serviteurs y creusèrent un puits. »
C’est de là que Yaakov partira pour aller chez son oncle Lavan à ‘Haran  apres avoir été béni par son père Yitshak:

« Jacob sortit de Beer Sheva et se dirigea vers Haran. »
וַיֵּצֵא יַעֲקֹב, מִבְּאֵר שָׁבַע; וַיֵּלֶךְ, חָרָנָה
Israel (Yaakov) passera par Beer Sheva –« Israël partit avec tout ce qui lui appartenait et arriva à Beer Sheva » – lors de son voyage en Egypte pour rencontrer son fils Joseph qu’il croyait mort.
Aujourd’hui le site archéologique de Tel Beer Sheva est celui de la ville de l’époque du Tanakh. Ces ruines montrent en fait un ensemble de constructions extrêmement élaboré, avec des zones de stockage et deux systèmes d’eau: un puits d’une profondeur de 69 mètres à l’extérieur des remparts et un réservoir d’eau interne destiné à la ville en cas de siège. Le système d’eau a été construit grâce à un barrage sur la rivière Hébron pendant l’âge de fer, soit à l’époque de roi Salomon et donc, plus de 1500 ans après Avraham.

Ce site se trouve à l’est de la ville et à l’intersection de plusieurs routes, dont celle qui nous intéresse, le Chemin de Patriarches, qui nous emmènera vers le Nord.

La ville est restée un place forte pendant des siècles. Elle s’endormira pendant la période ottomane.
(Beer Sheva en 1909)

Elle tombera aux mains des Anglais en 1917 et une très belle commémoration a eu lieu le 31 octobre sur le lieu de la bataille:

Pendant la guerre d’Indépendance, la ville sera conquise au mois d’octobre 1948 lors de l’opération Moshé. Parmi les soldats du Palma’h se trouve le Commando Français, compose de jeunes juifs originaires de France ou d’Afrique du Nord, avec à leur tête Thaddée Diffre  surnommé Teddy Eytan*, non-juif, un ancien de la France Libre.

La ville est surnommée la capitale du Neguev: 4ème ville du pays, 50 pour cent de ses habitants ont moins de 50 ans:

 

L’université Ben Gourion:

Son parc High Tech:פארק ההייטק
Voisin avec les vieux quartiers rénovés, ici la grande mosquée:
Sans oublier le marché bédouin:

Au nord de la ville nous traversons la foret de Yatir, somptueuse tache verte dans le désert, début du territoire de Judée d’où nous entrerons dans les monts de ‘Hevron:

A bientôt,

*Thaddée Diffre (1912-1971):
– un excellent article d’Olivier:
http://zakhor-online.com/?p=973
https://tsahal.fr/2011/07/14/lincroyable-saga-de-thadee-diffre-compagnon-de-la-liberation-catholique-et-officier-de-tsahal-publie-sur-liberation-fr/

*La foret de Yatir a une superficie de 30000 dunam soit 30 km2. Les plantations ont commencé en 1964. On y trouve une grande variété d’arbres: beaucoup de conifères, pins et cyprès mais aussi des feuillus, tamaris, pistachier, oliviers, eucalyptus, acacia…
De nombreux animaux: des chacals, des loups, des sangliers, des hyènes… et de nombreux oiseaux dont plusieurs espèces d’aigles

 

Le 29 novembre 1947

J’avais écrit cet article en 2013. Je le reposte aujourd’hui, car demain, il y aura 70 ans que les Nations Unies ont voté en faveur du partage de la Palestine britannique en deux états, l’un juif et l’autre arabe.

« Pas très loin de la rue Nili * dans le quartier de Katamon, il y a une rue nommée כ »ט בנובמבר   (Kaf Tet beNovember) ou 29 Novembre:

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Cette date du 29 Novembre ne vous dit sans doute pas grand chose mais un certain nombre d’entre vous a sans doute vu cette vidéo :

Il s’agit du jour où l’ONU a approuvé le plan de partage de la Palestine en deux états, l’un Juif et l’autre Arabe.Mais qu’est ce donc que la Palestine? Quel est donc ce territoire sur lequel nous sommes accusés d’occupation et parfois de nettoyage ethnique?

Regardons quelques cartes en remontant le temps:
La Palestine romaine comprend le territoire de l’état d’Israël amputée du Néguev, mais débordant largement sur la Jordanie et la partie oriental du Liban.

palestine romaine01

A l’époque byzantine, son territoire s’étend  jusqu’à l’actuelle frontière nord d’Israel, à l’Est il déborde toujours largement sur la Jordanie actuelle et est toujours amputé du Néguev au Sud:
empire byzantin Palestine (fin du 4 ème siècle)

L’empire arabe l’englobera dans ses conquêtes sans en changer les limites administratives. Ce n’est qu’à l’époque des Croisés que son territoire s’enrichit  du  Liban et de la partie occidentale de la Syrie et cette fois descend au Sud jusqu’à Eilat:

Royaume chrétien au 12 ème siècle

A l’époque ottomane, c’est une des nombreuses provinces de l’empire, divisée en un certain nombre de districts.

Palestine ottomane

Lorsque les Turcs perdent la Première Guerre Mondiale, le prince Fayçal* d’Arabie et Hayim Weizman, chef de l’exécutif sioniste, signent un accord en janvier 1919. les termes de cet accord sont extrêmement intéressants: Il s’agit à la fois de la reconnaissance par Fayçal de la déclaration Balfour et de l’établissement de deux états, l’un arabe, à l’est du Jourdain que gouvernera le prince Fayçal d’Arabie et l’autre, à l’ouest du Jourdain, qui sera l’état de Palestine dirigé par l’exécutif sioniste.
Fayçal ajoute cependant une clause restrictive: cet accord ne vaut que si les Anglais tiennent les promesses d’indépendance faites aux Arabes pendant la guerre.
Les Anglais ne les tiendront pas et cet accord restera lettre morte.

En 1920, les Français et les Anglais se partagent le Moyen-Orient. La Palestine, en vert sur la carte, sera sous mandat britannique.

Palestine 1920

En 1923, la Palestine, nommée alors Syrie-Palestine se voit à nouveau amputée de toute sa région orientale.
Pourquoi?
-Les Français prennent le contrôle du plateau du Golan et l’incluent dans la Syrie (en rose hachuré sur la carte)
– De plus, les Britanniques, qui n’ont pas l’intention de tenir leurs promesses quant à un grand royaume arabe que gouvernerait la famille hachémite, essayent de se racheter en leur offrant un cadeau, la partie orientale de la Palestine: ils créent pour le frère du prince Fayçal, Abdallah, l’émirat de Transjordanie (en rose sur la carte) qui deviendra le royaume de Jordanie en 1946. Il ne reste donc pour le Foyer National Juif que la partie occidentale de  la Palestine britannique (en vert sur la carte).

palestinz 1922.jpg 2
C’est cette petite partie de la Palestine qui est soumise au  partage en 1947. Les Juifs sont inquiets. Si les opinions publiques occidentales leur sont favorables, ainsi que le gouvernements américain et russe (tous les deux espérant ainsi mettre un pied au moyen-Orient au détriment des Français et des Britanniques), les gouvernements occidentaux européens sont eux hésitants. La France par exemple, tergiversera longtemps et se décidera pour le oui juste avant le vote.

29 novembre 1947 2(dessin d’Arieh Navon: Israel, grand-père juif fatigué, attend patiemment devant la salle d’accouchement de l’ONU)

De plus, les Juifs de Palestine savent bien que les Arabes ne veulent en fait rien leur concéder: en 1946, une conférence s’était tenue à Bloudan, en Syrie avec 400 délégués des pays arabes. Présidée par le Premier Ministre irakien, elle avait proclamé que « la Palestine était de manière irréductible une terre arabe et que jamais les Arabes ne consentiraient à en aliéner la moindre parcelle« . En cela, les délégués avaient suivi les avis les plus extrémistes: ceux de l’Irak et celui du Grand Mufti de Jerusalem Hadj Amin Al Husseini*.

Finalement la décision de partition est prise par 33 vois pour contre 13 contre et 11 abstentions.
Ce 29 novembre est un jour de joie pour les Juifs. On leur accorde enfin la possibilité d’avoir un état. Cet état est minuscule (en rouge sur la carte: environ 23 %  du territoire de la Palestine mandataire, en vert le futur état arabe) mais c’est mieux que rien.

 

Palestine 1947(En rouge le futur état juif)

La décision de l’ONU déchaîne un enthousiasme délirant dans toutes les communautés juives à travers le monde. Tout le Yishouv danse cette nuit là tout en sachant que la guerre, déjà larvée depuis des années, éclatera dès le lendemain.

29 novembre 1947

Les Juifs espèrent encore que le nouveau roi de Jordanie, Abdallah, ne rentrera pas en guerre contre le nouvel état mais en vain. Abdallah a peur que le grand Mufti de Jerusalem, réfugié en Egypte*, ne réalise son rêve: devenir le  leader du monde arabe. Il se laisse donc entraîner dans ce déferlement de violences.

Israel sera alors attaqué par l’Egypte, la Jordanie, l’Irak, la Syrie. La guerre sera longue, un an et demi  jusqu’aux accords d’armistice de Rhodes en juillet 1949. Le siège de Jerusalem sera très dur, les Juifs de la Vieille Ville seront massacrés ou s’enfuiront.

quartier juif jerusalem 1948

(1948, le quartier juif de la Vieille Ville de  Jerusalem vidé de ses habitants)

Finalement au moment de l’armistice, Israel, le nouvel état juif, récupérera plus de terres que prévu par le plan de partage (en rouge sur la carte si-dessous).

palestine 1948 

Apres la guerre de 1948, la Jordanie (en rose sur la carte) occupera la Cisjordanie, c’est à dire la partie occidentale du Jourdain et l’Egypte (en jaune sur la carte) occupera Gaza.
La reconnaissance de l’état d’Israel par les puissances européennes ne se fera pas sans difficultés. La France est l’une des dernières.  Comme elle veut ménager les populations musulmanes d’Afrique du Nord, elle ne reconnaîtra l’Etat d’Israël de facto qu’en janvier 1949 et de jure qu’en avril de la même année.

La décision de l’ONU avait prévu que «… Les Arabes, citoyens de l’État arabe, et les Juifs, citoyens de l’État juif auront le droit de vote dans l’État arabe et dans l’État juif, respectivement. » Ce sera la cas pour les Arabes en Israel, mais pas pour les Juifs en Jordanie car…il n’y en aura pas. La Jordanie sera un état Judenrein, exactement comme les territoires actuels sous autonomie palestinienne.

Tant que la partie orientale de la ville est restée sous contrôle jordanien c’est à dire de 1948 à 1967, peut importait au monde occidental qu’aucun Juif ne puisse prier au Kotel ou qu’aucun musulman ou chrétien de nationalité israélienne ne puisse prier à El Aksa, au Saint Sépulcre ou aller à Bethlehem. Mais quand les Israéliens en ont pris le contrôle, le monde des bien-pensants occidentaux s’est réveillé et a parlé d’occupation illégitime.

En 1967, Israel gagna la guerre des 6 jours et conquit les territoires de Cisjordanie et de Gaza. La Jordanie et l’Egypte ne voudront jamais reprendre les territoires conquis par Israel en 1967 (sauf le Sinaï pour l’Egypte), sachant trop bien que l’abcès de fixation qu’ils avaient crée se retournerait contre eux.  Les Arabes, réunis à Khartoum après leur défaite, concluent leur réunion par les fameux trois « non »:
– Non à la paix avec Israel
– Non aux négociations avec Israel
– Non à la reconnaissance d’Israel

On entend toujours qu’Israel doit retourner aux frontières de 67 mais en 1967, il n’y a eu aucune délimitation de frontières * (comme il n’y en n’avait d’ailleurs pas eu en 1949) ce ne sont que des lignes d’armistices. Donc, selon le droit international, Israel n’occupe aucun territoire national étranger!

A aucun moment, pendant toutes ces années, y compris au 19 ème et 20 ème siècles qui voient la montée des nationalismes et des états nations, les Arabes n’auront revendiqué un état ou une identité palestinienne. Aucun texte officiel ne les nommera Palestiniens. Les accords Fayçal-Weizman parleront de la création d’un état arabe et non pas palestinien.  Pendant toutes ces années, ils s’identifieront eux-mêmes comme Arabes de telle ville ou de tel clan. La mention du district de Palestine ne fera pas partie de leur identité. Ceux qui sont appelés Palestiniens par les Turcs ou les Anglais, et aussi par dérision par les Arabes, sont les Juifs de Palestine. 
De plus, même s’ils nomment en hébreu leur pays Eretz Israel, les Juifs utilisent le mot Palestine pour le designer comme le font les autre nations. C’est ainsi qu’on parle officiellement de la  Banque Anglo-Palestinienne, du journal le Palestine Post etc. C’est bien parce que, pour  le monde non-juif, le mot Palestinien est clairement synonyme de Juif, que le traité entre Fayçal et Hayim Weizman mentionnait l’état de Palestine comme le futur état juif!

Le nom de Palestinien, accordé aux Arabes de la région sera une magnifique substitution d’identité, opération de la diplomatie soviétique qui, un peu avant la guerre des 6 jours créera une nation, là où il n’y en a jamais eu.
Pourquoi cette opération de propagande ? En substituant le mot Palestinien au mot Arabe, non seulement ils créaient un peuple de toutes pièces (sous influence soviétique), distinct des autres peuples dont la plupart était sous influence occidentale, mais en plus ils utilisaient le langage en vogue de la décolonisation pour toucher l’imaginaire arabe et occidental.
Les soviétiques contribuaient à sortir ainsi les Juifs et Israel de leur histoire en en faisant des usurpateurs et cela, avec l’assentiment tacite du monde occidental.

L’OLP utilisera pour la première fois les mots peuple palestinien et Palestine en 1964. Il est intéressant de constater que les minorités non-juives et non arabes comme les Tcherkesses et les Druzes (y compris ceux qui habitent le Golan) ne se sont jamais définis comme Palestiniens. Les Arabes chrétiens suivent aveuglement jusqu’à présent les directives des mouvements palestiniens perpétuant leur statut de dhimmis!
Quand ils ne s’adressent pas au monde extérieur, les Arabes reconnaissent ces faits.
Je me souviens d’une émission à la télévision israélienne à l’occasion de Yom Haatsmaout: un journaliste juif interrogeait les notables arabes israéliens d’un village de Galilée qui clamaient haut et fort leur « Palestinité ». Il leur passa alors un film des anneées 50 où les mêmes personnes avaient été filmées participant à la fête de Yom Haatsmaout.
– Vous vous définissiez bien à l’époque comme Israéliens! leur rappela-t-il. Pourquoi pas comme Palestiniens?
– A l’époque, on ne savait pas qu’on était Palestiniens! fut leur réponse.

Ils le reconnaissent parfois même en public:
Walid Shoebat, ancien membre de l’OLP, terroriste repenti et converti au christianisme: « Pourquoi le soir du 4 juin 1967 j’étais Jordanien et le lendemain matin j’étais Palestinien ? …Nous nous sommes considérés « Jordaniens » jusqu’à ce que les Juifs soient revenus à Jérusalem. Alors soudainement nous étions des « Palestiniens »

Ou plus cyniquement comme Zahir Muhsin, membre de l’OLP: « Il n’y a aucune différence entre les Jordaniens, les « Palestiniens », les Syriens et les Libanais. Nous faisons tous  partie de la même nation. C’est seulement pour des raisons politiques que nous soulignons soigneusement notre identité « palestinienne ». L’existence d’une identité « palestinienne » distincte sert seulement un objectif tactique. La création d’un état « palestinien » est un nouvel outil dans la bataille continue contre l’Israël. »
Et il y en a bien d’autres et dites parfois par les dirigeants arabes eux-mêmes!*

Malheureusement. l’Occident ne les prend pas en compte car elle ne rentrent pas dans la doxa officielle

 A bientôt, 

*La rue Nili: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

*Le prince Fayçal est l’un des fils de Hussein Ben Ali, chérif de la Mecque, de la famille des Hachémites, ennemis des Ibn Saoud. Sa famille ayant aidé les Anglais dans leur lutte contre les Turcs pendant la Première Guerre Mondiale, il sera autorisé à être le seul représentant des Arabes à la conférence de Paris en 1919. Les Anglais lui offriront plus tard le royaume d’Irak.

*Le texte des  accords Weizman Fayçal: http://www.akadem.org/medias/documents/accords-weizmann-faysal.pdf.

*Sur l’attitude de certains groupes arabes de la Palestine mandataire, favorables à une coopération entre un état juif et une fédération d’états arabes, la lettre que Ben Gourion envoya au General de Gaule en décembre 1967: http://victor-perez.blogspot.fr/2013/11/lettre-de-david-ben-gourion-au-general.html#more, trouvée sur l’excellent blog de Victor Perez

* Sur l’attitude ambiguë de la France à la fin des années 40, un ouvrage très documenté: Un siècle de trahison, la diplomatie française et les Juifs., 1894-2007 de David Price-Jones, ed. Denoel.

*En 1937, le grand Mufti Amin Hadj El Husseini s’enfuit  à Beyrouth (sous Mandat Français) pour échapper à un mandat d’arrêt britannique. Il fuit en Allemagne en 1942 pour rejoindre les forces nazies et encourager depuis Berlin les Arabes à massacrer les Juifs. Arrêté pour crime de guerre en 1945, il est placé en résidence surveillée dans la banlieue parisienne. Il s’arrange pour gagner l’Egypte, refuge d’un grand nombre de nazis.
http://www.akadem.org/medias/documents/–1-grand-mufti-de-jerusalem.pdf
Contrairement à la légende qu’il s’était créée, Arafat n’est nullement de sa famille. C’est un Égyptien, ancien membre des frères musulmans. Mais Leila Shahid, s’appelle en fait Husseini. Elle est très fière de son grand-père et fait significatif de ses sentiments, elle a pris le nom de Shahid (martyr), bien qu’elle préfère plutôt envoyer les autres se faire tuer a sa place!

*Israel a actuellement une frontière avec l’Egypte et une avec la Jordanie, deux pays qui ont signé un traité de paix avec Israel. La frontière avec l’Egypte court le long du Sinaï mais ne comprend pas Gaza. La frontière avec la Jordanie se trouve sur la vallée du Jourdain et ce n’est pas la ligne verte. La ligne d’armistice avec le Liban n’a pas bougé depuis 1949, celle avec la Syrie se trouve maintenant sur le plateau du Golan.

*article interessant:http://jssnews.com/2011/05/27/le-mythe-palestinien/