Tango démocratique

 

Les premières élections israéliennes en 1949, furent pour de nombreux Juifs, le début de l’apprentissage de la démocratie.
En effet, la plupart d’entre eux venaient  de pays où ce seul  mot était dangereux à prononcer. Pendant des siècles, les Juifs n’ont été que des dhimmis en terre musulmane, et en terre chrétienne, bien que certains avaient obtenu avec le temps le statut de Juifs utiles, ensuite de juifs tolérés, ils n’en étaient pas pour autant considérés comme faisant partie de  la société, qui de toute manière ignorait le mot de démocratie.
Pourtant, que se passait-il à l’intérieur des communautés juives? Des élections! Et parfois, vraiment bien organisées et réglementées comme ce fut le cas dans le royaume de Pologne.
Dans les grandes communautés comme celles de Lvov, Poznan, Cracovie, les consultations électorales étaient organisées tous les ans, le premier jour de ‘hol hamoed Pessah*. Les membres du Grand Conseil élisaient  le « Comité de réglementation », lui même chargé d’élire des représentants du public.
Le premier vote concernait l’élection du ראש הקהילה (Rosh haKehila) ou פרנס (parnas) le chef de la communauté. Ce nom de famille Parnas (ou parfois Parness) existe encore en particulier chez les Juifs des Balkans ou de Turquie, exilés d’Espagne.
Le Parnas devait décider de l’exigibilité à résidence; en conformation avec les lois émises par le gouverneur non-juif de la ville ou de la province qui ne tolérait qu’un nombre limite de Juifs dans la ville, il percevait les impôts dus au même gouverneur et fournissait une garantie pour les prêts entre les membres de la communauté.
De plus, le comité devait aussi élire les טובים (Tovim) qu’on pourrait traduire par les Bons, suppléants du Parnas. Le mot bon au pluriel טובים (Tovim) a donné lieu à deux expressions בני טובים (Bnei Tovim), littéralement les enfants des Bons en fait, les gens de bonne famille et שם טוב (Shem Tov), le bon nom, c’est à dire celui qui a une bonne réputation*. Shem Tov est d’ailleurs une nom de famille assez répandu.
Ensuite, avait lieu l’élection des גבאיים (gabbaim), Ces gabbaim avaient un rôle équivalent aux comités de la Knesset actuelle*. Ils étaient chargés des institutions caritatives, de la חברה קדישה (‘hevra kadisha), la société funéraire, de la synagogue, du מקווה (mikve)*, le bain rituel, de l’hôpital, de la vérification des poids et balances au marché ainsi que du ramassage des ordures. Les gabbaim organisaient aussi la surveillance nocturne des rues, étaient responsables des écoles, de l’alerte incendie, sans compter du fonds pour le rachat des captifs*, du fonds pour Eretz Israel etc…
Et j’allais oublier, il étaient aussi chargés de l’enregistrement des actes d’état-civil!  Gabbay est d’ailleurs aussi devenu un nom de famille…

Pour chapeauter toutes ces activités , un grand conseil, le Conseil des Quatre Pays avait été créé en 1550. Les 4 pays étant les 4 grandes provinces de la Pologne.

(Recueil du Conseil des 4 pays, ce document a appartenu à l’historien Simon Doubnov, assassiné en 1941 par les nazis à Riga)

Ce comité coordonnait tout un réseau de fonctionnaires envoyés dans les petites villes où villages où il y avait une communauté juive. Ce fut la plus haute institution centrale du judaïsme devant les autorités polonaises. Ce Conseil des 4 pays fonctionna jusqu’en 1764. A cette date, il fut interdit par le Parlement polonais et s’effondra totalement lors de la partition de la Pologne.

(Réunion à Lublin des chefs des 4 pays, musée de la Diaspora à Tel Aviv)

On a beaucoup entendu ces derniers temps des pères-la-morale fustiger la dégradation de la vie politique en Israel, en proie à la violence verbale. L’un d’eux a même parlé de guerre civile virtuelle. Je ne vais pas revenir sur les messages lus sur les réseaux sociaux, que je ne fréquente que très peu et qui servent d’exutoire à tous les frustrés du monde, fébriles et bien protégés derrière leur clavier, mais j’avoue qu’autour de moi, je n’ai rien entendu de violent même si s’exprimaient des idées radicalement opposées. Ou alors, c’est  que je n’ai que de bonnes fréquentations…
Plus sérieusement, un journaliste s’est quand même exclamé: Vous parlez de violence, mais relisez, réécoutez ce qui se disait au début de la création de l’état. Par comparaison, ce qui se passe maintenant, c’est Disneyland!

Il y a une trentaine d’années, Ehud Manor écrivait cette ode à la fragilité démocratique et à ses limites, intitulée Tango démocratique:

Je te connais mieux que tu te connais
C’est pourquoi je ne te fais pas confiance
Dans de situations qui changent continuellement
Tu peux être encore une proie
Je sais te diriger vers les chaines importantes
Je sais te sauver quand tu te trompes ou bafouilles
Tu es fragile et te brise facilement
Entre ce qu’on veut et la réalité du monde
Quand on n’a pas le choix alors même le gris peut être bleu azur
Car les bonnes intentions n’ont pas apporte un jour meilleur
Et sur la route pour le paradis il y a des bouchons s’il n’y a pas de police
Voici l’horizon rougit et bientôt nous  nous endormirons
Demain nous nous lèverons et progresserons au delà*…

Le poème n’a jamais achevé ni donc mis en musique mais on peut le fredonner sur un air de tango, j’ai essayé…

אני מכיר אותך יותר טוב ממך,
לכן עליך עוד אינני סומך,
במצבים המשתנים בלי הרף,
את עלולה עוד להיות לטרף,
אני יודע לכוון אותך לערוצים המועילים,
אני מציל אותך כשאת טועה ומתבלבלת במילים.

את עדינה ואת נשברת בקלות,
ושנינו הן מאמינים בתלות,
שבין רצוי ומצוי בחלד,
כשאין ברירה- אז גם אפור הוא תכלת,
כי כוונות טובות עוד לא הביאו יום יפה יותר,
וגם בדרך לגן עדן יש פקקי תנועה אם אין שוטר

(הנה האופק מתאדם (וקרטיה
(ועוד מעט שוב נרדם (וקרטיה
(מחר נקום ונתקדם (קרטיה
לעבר… ».

Vous connaissez certainement mieux une autre chanson d’Ehud Manor, qui est a été souvent interprétée par les partisans des partis de droite comme de gauche אין לי ארץ  אחרת (ein li eretzz a’heret) Je n’ai pas d’autre pays

אין לי ארץ אחרת
גם אם אדמתי בוערת
רק מילה בעברית חודרת
אל עורקיי, אל נשמתי
בגוף כואב, בלב רעב
כאן הוא ביתי


Je n’ai pas d’autre pays, et si ma terre brûle, un seul mot en hébreu pénètre dans mes artères, dans mon âme, dans mon corps douloureux et mon cœur affamé, ici est ma maison.

J’ai toujours aimé cette phrase pleine d’humour de Churchill: « La démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont été essayées! J’aimerais rajouter celle que prononça Mena’hem Begin:  » L’anarchie sera rejetée par tout homme sage, une dictature guérira tout homme libre, la raison et la liberté, en tant que telles, nécessitent généralement la décision de la majorité, à condition que la majorité respecte les droits de la minorité.
Nous verrons bien ce qui sortira de ces réunions où s’empoignent les plus grands ego du pays. J’aimerais rajouter une autre phrase de David Ben Gourion que je relis sur un post de Kravi*: « Celui qui ne croit pas aux miracles en Israel n’est pas réaliste »*.

 

A bientôt,

*mikve:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/06/07/monter-a-jerusalem/

*Shem Tov, comme le Baal Shem Tov bien sûr!

*Conseil des 4 pays
http://akadem.org/medias/documents/8_Conseil-4-pays.pdf

8Le rachat des captifs:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/08/28/le-rachat-des-captifs/

*Knesset Israel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/20/knesset-israel/

*L’article posté par Kravi:
https://dovkravi.blogspot.com/2019/09/elections-le-compromis-nest-pas-une.html

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La loi de la nation ou la vertu du nationalisme

Il y a quelques semaines, le politologue Yoram Hazoni était interviewé dans le Figaro. Voici ce qu’il déclara au sujet du nationalisme et des états-nation:
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler ne l’était pas le moins du monde.Je ne pourrai pas vous rendre compte du reste de l’interview n’étant pas abonnée au Figaro, mais voici un extrait de son livre* The virtue of nationalism:
Mes amis libéraux (là encore, au sens américain, c’est-à-dire des intellectuels de gauche) semblent ne pas comprendre que la construction libérale qu’ils soutiennent est une forme d’impérialisme… Tout comme les Pharaons et les rois de Babylone, les empereurs romains et l’église catholique romaine, jusqu’à récemment, ainsi que les marxistes au siècle dernier, les “progressistes” ont aux aussi leur grande théorie sur la manière d’apporter la paix et la prospérité au monde entier, en abolissant les frontières et en unissant l’humanité sous leur propre domination universelle. Infatués de la clarté intellectuelle de cette vision, ils dédaignent le processus laborieux de consulter la multitude des peuples qui doivent, selon eux, embrasser leur vision de ce qui est bon. Et comme tous les impérialistes, ils sont prompts à exprimer leur dégoût, leur mépris et leur colère lorsque leur vision de la paix rencontre l’opposition de ceux dont ils sont certains qu’ils retireront un immense bénéfice en se soumettant tout simplement”

Je peux rajouter à cela:
Hitler voulait un grand empire débarrassé de la vermine (nous les Juifs et aussi les Gitans) et avec de nombreux esclaves (les Russes et Polonais particulièrement) au service d’une supposée race pure. Il ne proposait pas que chacun vive selon sa langue, ses lois et sous son figuier pour  paraphraser la Bible. Staline voulait un empire soviétique dans lequel les particularismes culturels n’étaient concédés que du bout des lèvres, quant à Mao, foin des aspirations de toutes les minorités qui s’opposaient au diktat chinois, les Tibétains en savent quelque chose.
En ce qui concerne le monde islamique, nous savons que pour lui, le monde est partagé entre Dar el Islam (monde de l’Islam) où tous doivent obéir à l’islam (y compris les dhimmis) et Dar el ‘Harb (le monde de l’épée) c’est à dire le monde qui sera soumis à l’islam par la force.

Pourtant, actuellement l’idée que la nation est facteur de discrimination pouvant mener à la guerre est très à la mode. Une des raisons qui font que notre petit état fait horreur au monde occidental, c’est que c’est un état-nation et que nous y tenons.
Depuis quelque mois, une loi, la loi de la Nation, fait couler beaucoup d’encre, y compris ici dans la presse et les milieux gauchistes qui la décrivent comme une loi raciste s’opposant aux droits de l’homme. Aussi j’ai voulu mettre en parallèle le texte de la Déclaration de l’Indépendance, prononcé le 14 mais 1948 par David Ben Gourion, les lois fondamentales et le texte de la loi de la Nation.

Si je reprends le contenu de la Loi de la Nation promulguée le 19 juillet 2018, je retrouve les mêmes principes dans la Déclaration d’Indépendance et les Lois Fondamentales. Ainsi:

– 3 grands principes y sont inscrits en préambule:
1) La Terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif sur laquelle s’est constitué l’État d’Israël.
2) L’État d’Israël est l’État national du Peuple Juif par lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination.
3) L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est spécifique au Peuple Juif.

Ces trois principes se trouvent déjà dans la Déclaration d’Indépendance:

La loi de la Nation  détaille ensuite les symboles de l’état:

– Le nom de l’état:
Le nom de l’état est Israel.

Dans la Déclaration de l’Indépendance figure cette phrase:
Nous, membres du Conseil National représentants le peuple juif du pays d’Israel et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd’hui, jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’état juif dans le pays d’Israel, qui portera le nom d’état d’Israel.

– Le drapeau de l’État:
Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des marges, et un maguen David (bouclier de David) bleu ciel au milieu.

Lois fondamentales (extrait):
Le drapeau d’Israël s’inspire du châle de prière juif (Talith) orné d’un Bouclier de David (Maguen David) bleu (Loi de drapeau et des symboles de l’État, mai 1949).

Les armoiries de l’Etat:
Le symbole  de l’État est un chandelier  à sept branches, des feuilles de vigne sur chaque côté, et le mot: « Israel » à sa base.

Lois fondamentales (extrait):
Les armoiries d’Israël représentent une Menorah (chandelier), symbole juif depuis plus de 3000 ans. L’emblème de l’état, la Menorah sera la même que celle qu’on trouve sur l’arc de Titus*. Elle sera entourée de deux branches d’olivier et à sa base portera le nom d’Israel en souvenir de la prophétie de Zakharia (14, 2) qui prophétise le renouveau d’Israel:
« Je vois un chandelier tout en or son récipient sur son sommet, ses sept lampes alignées et sept conduits pour les lampes qui en couronnent le sommet.  Puis, deux oliviers à ses côtés, l’un à droite du récipient, l’autre à gauche ». 

L’Hymne de l’État:
L’hymne de l’état est la « Hatikvah ».

Lois fondamentales (extrait):
Hatikvah est officiellement l’hymne national de l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Composé par Naphtali Imber en 1878 et choisi pour être l’hymne du premier Congres Sioniste.
Le mot  Hatikva veut dire l’espoir et son texte a tout de suite parlé aux juifs du monde entier, et ceci avant la création de l’état.

Tant qu’au fond du cœur
Vivre notre âme juive,
Et, tend son regard vers les confins de l’Orient

Notre espoir n’est pas encore perdu,
Un espoir de deux mille ans:
Etre un peuple libre sur notre terre,
La terre de Sion et de Jérusalem


(chorale d’enfants à Munkacs dans les Carpates au début des années 30)

Dans la Palestine mandataire, l’hymne de la Hatikva a été interdit par les autorités britanniques dès 1919 pour ne pas déplaire aux Arabes (comme ils avaient par ailleurs interdit le son du shofar au Kotel*).

– La capitale de l’état:
Jerusalem, entière et réunifiée est la capitale de l’Etat.

Lois fondamentales:
1) Le 5 décembre 1949, le Premier Ministre David Ben Gourion  a proclamé que Jerusalem était la capitale d’Israel , en suivant ainsi les décisions du gouvernement. Il a aussi rappelé  le fait que, capitale à l’époque biblique,  Jerusalem  avait toujours eu une population juive sans discontinuer jusqu’à nos jours. Il a souligné son propos en répétant cette phrase:  ירושלים היא בירת ישראל לנצח, Jerusalem est la capitale d’Israel pour l’éternité.
2) De plus, le 14 du même mois de décembre 1949, il a rejeté la résolution 303 de l’UNGA (Assemblée générale de l’ONU), qui avait décidé que Jerusalem serait une ville internationale placée sous l’autorité de l’ONU,  et a réaffirmé la position des membres de la Knesset sur le sujet.
3) La loi fondamentale, votée le 

– La langue officielle de l’état:
L’hébreu est la langue de l’état. La langue Arabe jouit d’un statut spécial dans l’État; la réglementation de l’usage de la langue Arabe dans les institutions officielles ou devant celles-ci, fera l’objet d’une loi. Aucune disposition du présent article ne portera atteinte au statut effectif de la langue Arabe avant l’entrée en vigueur de la présente loi fondamentale.

Loi fondamentale du 19 mais 1948: L’hébreu est la seule langue officielle d’Israel, l’arabe ayant un statut spécial.

Alors que le nouvel état a maintenu un certain nombre de lois britanniques dans son nouveau code de lois, le gouvernement a expressément précisé que seul l’hébreu était la langue officielle!

Cependant, les panneaux d’utilité publique

ainsi que tous les documents officiels sont rédigés en hébreu et en arabe.

J’ai lu dans plusieurs revues d’histoire que l’ONU avait exigé pourtant d’Israel la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle avant de l’admettre comme membre. C’est faux mais qui ira vérifier le texte de la résolution 273 admettant Israel au sein de l’ONU en 1949:
https://ecf.org.il/media_items/469)

– Le rassemblement des exilés et les liens avec le peuple juif en Diaspora:
L’État sera ouvert à l’immigration des Juifs et au Rassemblement des Exilés. L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté. L’État agira sur les communautés de Diaspora pour la conservation du lien entre l’Etat et les membres du Peuple Juif. L’État agira en vue de la conservation de la Tradition culturelle, historique et religieuse du Peuple Juif au sein du Judaïsme de Diaspora.

Déclaration de l’Indépendance:
Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat… Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.
En 1897, inspiré par la vision de l’Etat juif qu’avait eue Théodore Herzl, le premier congrès sioniste proclama le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays. Ce droit fut reconnu par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et réaffirmé par le mandat de la Société des nations qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

(Voici cet extrait repris et décoré qui se trouve dans les archives de l’état)

– *Développement urbain et agricole des Juifs:
L’État considère le développement urbain et agricole des Juifs comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement.

Déclaration de l’Indépendance:
..
.Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat. Tout au long des dernières décennies, ils s’y rendirent en masse : pionniers, maapilim* et défenseurs. Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle. Ils n’aspiraient qu’à la paix encore qu’ils aient toujours été prêts à se défendre. Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays. Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.

Lois fondamentales:
Le concept de développement urbain et agricole de la population juive est déjà inscrit dans la Déclaration du 4 octobre 1949. Le gouvernement de l’époque  constitue en plus un comité dont le but est d’inciter à la réhabilitation des noms juifs des différentes localités dont le nom a été changé au cours des siècles et à retrouver celles qui ont disparu en se fondant sur des bases historiques et archéologiques précises . Ce comité travaillera surtout dans la région du Neguev, en parallèle avec le « Comité des noms des localités du Fonds National Juif » qui lui s’est attelé à ce travail dès l’année 1922!
Pour comprendre cela, il faut intégrer le fait qu’ici, les groupes ethniques et religieux sont ne sont pas effacés au profit d’une nationalité commune à tous. Situation très différente de ce qui existe par exemple en France. Ne dites surtout pas à un Israélien arabe, druze, tcherkesse ou araméen, qu’il n’est qu’israélien. Il est fidèle non seulement à sa nationalité mais aussi à son groupe dont il défend bec et ongles les particularités. Il donc est logique pour tous que si l’état est la patrie de la nation juive, comme cela est inscrit dans la Déclaration de l’Indépendance, le développement urbain et agricole des Juifs soit son objectif premier. Ceci dit, les non-Juifs habitent où ils veulent (y compris parfois dans les « colonies ») dans la mesure où ils respectent les lois d’urbanisation valables pour tous.
Point de place ici pour  les villages construits sans aucune autorisation, essentiellement dans le Neguev mais parfois aussi en Galilée et pour le dire en passant, souvent avec l’aide active de puissances étrangères comme l’Union Européenne qui plantent des cabanes en tôle, sans donner aux habitants la possibilité de se connecter à l’eau, à l’électricité ou même à des routes carrossées et en les gardant ainsi dans un état de pauvreté et de dépendance tout en leur répétant que leurs malheurs viennent des sionistes.

– Le Calendrier:
Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel de l’Etat et à ses côtés le calendrier grégorien servira aussi de calendrier officiel. L’emploi du calendrier hébraïque et du calendrier grégorien sera fixé par la loi. Le jour de l’Indépendance est le jour de la fête nationale de l’État.
Le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et le Jour du Souvenir de la Shoah et du Courage sont des jours du souvenir officiels de l’État.
Le Shabbat (Samedi) et les fêtes juives sont des jours de repos fixes dans l’État. 
Les personnes non-juives ont le droit de fixer leurs jours de congé, leur jour de repos hebdomadaire et lors de leurs fêtes; les détails concernant ces points seront fixés par la loi.

Lois fondamentales:
La première loi à être promulguée dans l’État d’Israël a été l’ordonnance du shabbat et du repos des jours selon le calendrier juif en raison de l’importance de la tradition juive. Et il a été décidé que la date hébraïque serait indiquée dans chaque lettre officielle du gouvernement
De plus, pendant le premier gouvernement de Mena’hem Begin, il a été décidé que les banques et les institutions publiques se devaient d’honorer les chèques et factures comportant uniquement la date hébraïque.
Enfin en 2014, a été votée une loi selon laquelle le permis de conduire comporterait également la date en hébreu.

En conclusion que dire? Que tout ce qui se trouve dans la Loi de la Nation (que les journaliste appellent la si-controversée loi de la Nation) a été déjà écrit et proclamé depuis la création de l’état.
Etait-il donc nécessaire de voter une nouvelle loi?
Pour moi, oui, vraiment, et toutes les accusations véhémentes de ceux opposés à la loi me le prouvent. Ce texte est nécessaire pour lutter contre les adeptes du post-sionisme qui voudrait suivre le courant actuel: plus de nation, plus de particularités culturelles et nationales sans se rendre compte que cet abandon revient à donner les rênes du pays à  ceux qui veulent le détruire. Ce faisant, ils ôtent aux Juifs tout espoir de trouver un refuge dans le pays de leurs ancêtres. Si certaines populations décident de fondre leur culture et leurs particularismes dans un magma indéfinissable, c’est bien leur droit. C’est là un luxe que nous, Juifs, nous ne pouvons pas nous payer. Combien d’entre nous en Diaspora sont encore des victimes toutes désignées y compris dans les pays dits développés?
Même ici, dans ce pays en constitution depuis seulement 70 ans, nous ne devons jamais baisser les bras et veiller à ce que les principes fondateurs demeurent.
Certains crient à la discrimination en répétant comme un mantra que la Loi de Nation est raciste, mais sans jamais expliquer en quoi elle l’est.

Pour moi, par deux fois nous avons perdu notre souveraineté nationale*.
Nous avons survécu en développant et renouvelant notre conception particulière du monde et du rapport à l’autre, tout en conservant nos structures fondamentales: monothéisme et éthique, rappel de l’alliance et universalisme. Nous avons été capables de maintenir notre identité pendant ces siècles d’exil, tout cela en attendant de restaurer notre état*.
Nous avons le devoir de maintenir nos valeurs et notre héritage que nos ancêtres ont réussi, dans les conditions difficiles que nous connaissons, à nous transmettre et nous refusons de nous couler dans un moule créé par d’autres même s’ils prétendent nous vouloir du bien.

A bientôt,

* Il y a longtemps: la première fois 5 siècles avant l’ère chrétienne et la deuxième fois au deuxième siècle de l’ère chrétienne, après la chute de Bar Kokhba.

*Extrait tire de l’excellent article (une fois de plus!) de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/02/europe-les-elites-contre-les-peuples-la-nouvel-imperialisme-europeen-face-au-reveil-des-etats-nations-pierre-lurcat.html

* Parmi les nombreuses interdictions du gouvernement britannique: chanter l’hymne Hatikva et souffler dans un shofar au kotel
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

* Maapilim: Les immigrants illégaux entre 1934 et 1948.

*Je vous renvoie au texte de la déclaration d’Indépendance, prononce par David Ben Gourion, premier Premier Ministre d’Israel, le 5 Iyar 5708 ou 14 mai 1948:
https://mfa.gov.il/MFA/MFAFR/MFA-Archive/Pages/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel.aspx

 

Notre Jerusalem

En 2013, je publiais un article Jerusalem d’or*. Il est toujours d’actualité car Jerusalem est notre capitale depuis 3000 ans.
Le transfert de l’ambassade américaine à Jerusalem est certes une décision importante mais elle ne signifie pas que pour la première fois, Jerusalem est déclarée capitale de l’état d’Israel: elle l’est en fait depuis la création de l’état en 1948 même si aucun état jusqu’à présent l’avait reconnue comme telle.
Ceux qui nous la dénient ou qui nous la disputent ne le font pas par souci humaniste ou par équité mais simplement parce qu’il leur est impensable qu’elle le soit. Il est même impensable pour certains qu’elle se trouve en Israel*!
Pourquoi? Je pense sincèrement que nombres de nations nous ont concédé un état-refuge du bout des lèvres à condition que nous nous montrions reconnaissant en restant sous leur tutelle. Elles n’ont jamais pu accepter que cette ville si importante dans l’histoire de l’humanité soit en fait notre héritage ancestral.
Mais personne ne s’est vraiment rendu compte que pour nous Israel n’était pas qu’un refuge. Pourtant, les paroles de l’Hatikva sont très claires:
Tant qu’au fond du cœur l’âme juive vibre, et notre regard est tourné vers Sion,  vers les confins de l’Orient, notre espoir n’est pas encore perdu. Un espoir de 2000 ans, être un peuple libre sur notre terre, la terre de Sion et de Jerusalem.
Nous le chantions même avant la création de l’état d’Israel:

(Élèves d »une école juive à Munkacs,Tchécoslovaquie, en 1930)

Vous me direz que je confonds deux choses: Israel et Jerusalem. Non, je ne les confonds pas mais pour les Juifs au cours des âges les deux se confondaient. L’alyia de nombreux Juifs s’est faite en pensant à Jerusalem et non pas à Tel Aviv, Beer Sheva, ou aux kibboutzim. Le nom de Sion (l’une des collines de la ville) signifiait pour eux Jerusalem et Jerusalem englobait tout le pays. Dans le chant המסע לארץ ישראל (hamassa leeretz Israel), qui raconte odyssée dramatique des Juifs d’Ethiopie à travers le Soudan, une mère encourage ses enfants fatigués:
« Encore un peu, encore un peu, soulevez vos jambes, un dernier effort avant Jerusalem » et ensuite « encore un peu encore un peu, notre rêve se réalise, on arrive en Eretz Israel »

Nous ne sommes pas animés par un esprit guerrier, nous ne voulons pas dominer le monde. Mais nous sommes liés à notre héritage par un lien, celui qui nous relie à nos ancêtres et à cette terre. Il passe de génération en génération. C’est ainsi que le sionisme c’est le retour à Sion et que Jerusalem est au sommet de notre joie comme disait le prophète Jérémie…
Pour les uns, ce lien a une composante religieuse forte, parfois mystique, pour d’autres non.
Hier soir, à la télévision, l’interview d’un vieux monsieur qui fit partie du Groupe clandestin des sonneurs de Shofar*à l’âge de 13 ans. Ce groupe sonnait du shofar le jour de Kippour à la barbe des soldats anglais en faction au Kotel. Le  gouvernement britannique de l’époque  interdisait aux Juifs de sonner du Shofar et d’apporter des rouleaux de la Thora pour ne pas gêner les susceptibilités des musulmans. Ce jeune garçon ne l’avait pas fait par mysticisme religieux mais, dit-il, par « fierté nationale« .
Je me souviens d’un chant nostalgique que ma mère aimait beaucoup. Nous le fredonnions en canon: וִיהוּדָה, לְעוֹלָם תֵּשֵׁב; וִירוּשָׁלִַם, לְדוֹר וָדוֹר (Yehuda leolam teshev vyerushalayim ledor vador)
Yehouda sera toujours habité ainsi que Jerusalem de génération en génération:

Nous sommes revenus à la maison, nous sommes rentrés chez nous. Le shofar ne sonne pas sur le Mont du Temple mais déjà au Kotel et nous parcourons les rues de notre capitale, librement comme vous pouvez le faire chez vous, où que ce soit.
Dans notre capitale, dans notre pays, chacun peut ne pas croire ou croire et croire en ce qu’il veut. Si vous venez, vous entendrez les cloches et l’appel du muezzin. La réalité n’est pas toujours simple, elle est même souvent très compliquée, mais c’est la nôtre et nous nous faisons avec*.
Souvenez-vous: nous sommes simplement rentrés chez nous.

Dans la vidéo ci-dessous, Yehoram Gaon interprète pour les festivités du Jour de Jerusalem, ce chant dont voici le refrain:
« J’ai vue une ville drapée de lumière, elle monte dans les couleurs de l’arc en ciel et joue en moi comme une harpe »*

Comme le disait David Ben Gourion qui fut notre premier Premier Ministre: Si un pays a une âme, les montagnes de Jerusalem sont l’âme du pays d’Israel

 

A bientôt,

 

*  Jerusalem d’or:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*  Le groupe clandestin des souffleurs de Shofar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

*  Notre réalité :
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

* Jerusalem au sommet de notre joie: Psaume 137

* Pour le Consulat de France a Jerusalem, Jerusalem ne se trouve pas en Israel. Sur les cartes d’identité françaises établies par le Consulat, le nom de la rue est exact, le nom de la ville est bien Jerusalem mais le nom du pays…est aussi Jerusalem. Jerusalem se trouve donc hors territoire israélien. Et je précise pour les chipoteurs que c’est le cas même pour les quartiers se trouvant en deçà de la ligne d’armistice de 1949 et officiellement reconnus comme étant israéliens par la communauté internationale. Ah le vieux fantasme de l’internationalisation de Jerusalem!

* Chant écrit par Yossi Sarig, jeune compositeur du kibboutz Beit Hashita, tué pendant la guerre de Kippour

Un homme, des arbres et des conseils.

J’ai souvent entendu parler  du magnifique verger de saba Avraham par Ariel. Il en rapportait des avocats et des mangues magnifiques.
Mais qui est donc ce saba? demandais-je souvent
La réponse etait laconique, il s’agissait du grand-père de sa fiancée Sapir, et il avait le plus beau verger de Pardess ‘Hanna… Et il connaissait Ben Gourion!
Alors, j’ai cherché, curieuse… et voici:
Avraham ben Yaakov est né à Pardes ‘Hanna en 1930. A l’époque Pardess ‘Hanna n’était rien qu’un petit village.

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(groupe d’agriculteurs de Pardes ‘Hanna dans les années 30)

Venu de la République tchèque, son père s’y était installé comme fermier. A ce moment là, l’agriculture dite moderne commençait à peine à voir le jour et les agrumes étaient ce qui convenaient le mieux au milieu naturel. Cependant les attaques incessantes des bandes arabes rendaient le travail des paysans très difficile. Il était en effet dangereux de s’occuper des vergers, même armé.
De plus, le déclenchement de la seconde guerre mondiale empêcha les exportations vers l’Europe et la famille fut ruinée. Comme beaucoup, le père d’Avraham s’engagea dans l’armée britannique. Malgré leur pauvreté, la mère d’Avraham envoya son fils étudier l’agriculture à Mikve Israel où se trouvaient à l’époque tous les experts en agriculture.
En 1948, Avraham est lui aussi mobilisé. Gravement blessé, il passe un an à l’hôpital où il continue à étudier comme il le peut tous les traités sur l’agriculture. Il part ensuite dans la vallée du Jourdain, travailler au kibbutz Avuka*, à côté de Beit Shean  où il se lance dans la vigne puis à l’Institut Ruppin où Yshayahou Leibowitz lui enseigne la génétique. 
En 1952, il est appelé comme expert par David Ben Gourion et fait partie des fondateurs de l’école d’agriculture de Sde Boker. Les deux hommes ont chacun un caractère rude et s’opposent souvent mais Ben Gourion le garde auprès de lui tant il apprécie ses conseils.

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(Abraham Ben Yaakov et Ben Gourion à Sde Boker)

Apres avoir passé quelques années dans le désert, il se spécialise dans la culture des plantes en milieu sub-tropical et en particulier à celle des avocats et des mangues. Il pense qu’ils s’adapteront très bien dans les zones humides d’Israel d’autant que deux plants de mangues apportés par deux soldats de la brigade juive prospéraient déjà à Beit Dagan*.
En 1962 , il rejoint le département des plantations subtropicales de l’Institut Volcani*en tant que chercheur. Et se lance dans la recherche sur l’avocat.
Son étude sur l’avocat va durer 30 ans pendant lesquels il travaillera avec 60 équipes sur 200.000 arbres. Pour ce faire il partira au Mexique et en Amérique du Sud pour collecter les échantillons génétiques en sélectionnant les arbres les plus fertiles et les plus robustes, résistant le mieux au moisissures car Avraham est partisan d’une culture organique sans pesticides.

Surnommé familièrement le père de l’avocat, Abraham a reçu de nombreux prix et une reconnaissance internationale pour son travail.

Dans le même temps, aidé par son épouse Tami, Abraham a continué à cultiver son propre verger biologique à Pardes ‘Hanna. Il a nommé les espèces de mangues et d’avocats qu’il avait sélectionnées d’après les noms de ses petit-enfants.

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(Avraham et Tami ben Yaakov)

Avraham ben Yaakov est mort le premier Tichri, Rosh Hashanah,  alors qu’on soufflait dans le shofar.
Dans la Thora, il est dit que l’homme est un עץ (etz) arbre des champs*. Le mot עץ (etz) et le mot עצה  (etza) (conseil)  viennent de la même racine. Ben Gourion le savait. Les עצות (etzot) conseils de celui qui cultive des עצים  (etzim) arbres ne peuvent être que bons.

Ce shabbat, c’etait Tou Bisvat*, le nouvel an des arbres.
Cette semaine, les écoles ont organisé des excursions dans tout le pays.

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Yael est ainsi partie avec sa classe découvrir l’agriculture biologique au kibboutz Sde Eliahou* dans la vallée du Jourdain.

A une vingtaine de km de chez moi se trouve l’école d’agriculture du kibboutz Kfar Etsion*.
Voici quelques photos prises cette semaine dans les champs de Judée:

les coquelicots*,
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les amandiers en fleur:
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des fleurs d’amandier,
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que butine une abeille:
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(Photos de Yaron Rosenthal pour l’école d’agriculture de Kfar Etzion)

Bonne fête de Tou Bishvat, bonne année aux arbres!

A bientôt, 

*Pardes ‘Hanna (le verger de ‘Hanna):
https://en.wikipedia.org/wiki/Pardes_Hanna-Karkur

*Fondé en 1941, le kibbutz Avuka n’existe plus. Des dissensions entre ses membres et des difficultés propres à la rudesse de la région et des sabotages perpétrés par les Jordaniens ont fait qu’il a été abandonné en 1958.

*Beit Dagan: petite ville du centre du pays où se trouve l’Institut Volcani:
https://en.wikipedia.org/wiki/Agricultural_Research_Organization,_Volcani_Center

*Tu Bishvat:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/04/tout-refleurit/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/16/le-mois-de-shvat/

*Le kibboutz Sde Elihaou:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/28/sde-eliahou/

*Les coquelicots:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*Le kibbutz Kfar Etsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

 

 

 

 

 

http://www.gfn.co.il/inner.asp?item=711

http://www.agri.gov.il/he/pages/849.aspx

A bientot

Institut volcani ou ARO:
http://www.agri.gov.il/en/pages/1023.aspx

Désarrois juifs dans l’entre deux guerres

Le titre de l’article décrit la situation des Juifs de Palestine entre les deux guerres mondiales: ils viennent de traverser des années terribles, dont on a presque pas le souvenir de nos jours.
Pour eux, la première guerre mondiale  fut une période de grande détresse face à un pouvoir turc extrémiste et sanguinaire et ils accueillent des nouveaux venus qui eux aussi ont vécu des années terribles, victimes non seulement de la guerre et de la révolution bolchevique mais aussi des pogroms qui les accompagnent.

Sur place en Palestine, tout est récession économique et angoisse. Les Arabes sont furieux de la déclaration Balfour et Faycal a lâché Hayim Weizman. De plus au quotidien, les Juifs font face aux brutalités des Arabes qui n’admettent aucune présence juive à leurs côtés.
C’est alors que Vladimir Zeev Jabotinsky crée le Mouvement Révisionniste en 1925. Né à Odessa en 1880, Jabotinsky n’est pas un inconnu. Yossef Trumpeldor et lui ont fondé le corps des Muletiers de Sion et la Légion Juive qui furent très utiles aux Anglais contre les Turcs. Décoré de l’ordre de l’Empire Britannique pour services rendus, il n’en n’est pas moins mis en prison (ensuite relâché) pour avoir défendu les Juifs pendant les émeutes de 1920.

Jabotinsky, son epouse Yoanna et son fils Eri(Jabotinsky, son epouse Yoanna et leur fils Eri en 1937)

Jabotinsky n’a jamais cru à la coexistence pacifique entre Juifs et Arabes en Palestine. De plus, il n’a aucune confiance envers les Anglais qui font preuve d’une neutralité malveillante à l’égard des Juifs et qui ont décidé de restreindre l’immigration juive. Pour lui, la seule solution est de créer un état juif sur la terre d’Israel avec une forte majorité juive.
Il réclame les deux rives du Jourdain. Je sais, cela peut choquer certains d’entre vous mais souvenez-vous que nous sommes dans les années 1920 et que la déclaration Balfour parle d’un Foyer National Juif en Palestine. Or la Palestine mandataire comprend les deux rives du Jourdain.

palestine_british_mandate_1920
Ce qui est intéressant, c’est que, contrairement à la gauche d’aujourd’hui qui s’offusque du moindre km « pris » aux Arabes, les sionistes de gauche de cette époque ne sont pas choqués par les mots « les deux rives du Jourdain« , mais par l’expression « état juif ». A ce moment là on ne parle que d’un Foyer National Juif et ils ne veulent contrarier personne, ni les Arabes ni les Anglais, et ont du mal à accepter la dimension nationaliste du refus arabe.

Beaucoup sont dans cette culture du progrès qui leur fait penser qu’on peut changer l’autre, lui apporter les « bienfaits de la civilisation occidentale« , sans se demander si l’autre a envie de changer. Pour eux, la personnalité de l’autre est en creux, un vide qui ne demande qu’à se remplir. Il est impossible pour ces hommes qui appréhendent le monde en termes moraux et sociaux économiques de penser qu’il existe une autre réalité. Ils sont toujours plus ou moins dans la vision romantique du bon sauvage.
De plus, beaucoup ont peur et sont abasourdis par l’archaïsme et la brutalité de la société arabe. Pour eux, l’Arabe est l’équivalent du cosaque! Ils retrouvent les réactions du ghetto et préfèrent leur  silence apeuré, plutôt que de se confronter à la réalité.
C’est ainsi que pense l’écrivain Yossef Brenner*. Il vivra dans l’angoisse ses quelques années en Palestine avant de se faire assassiner pendant les émeutes de 1921: pour lui, le silence et la conduite furtive des Juifs face aux Arabes sont les seules garanties de survie comme le sont celles des Juifs face aux moujiks et aux cosaques. Brenner ne se fait aucune illusion, il est profondément lucide quant à la situation, mais reste emmuré dans son angoisse. Pour lui les Juifs doivent survivre en Palestine comme ils survivent en Russie.
Ce n’est malheureusement pas le seul à penser ainsi. Si l’on excepte les utopistes du Brit Shalom*, de nombreux Juifs  de Palestine analysent correctement ce qui se passe mais ne prennent aucune décision, car ils sont découragés et effrayés. 

Jabotinsky sait que son parcours sera très difficile. Déjà, pendant la première guerre mondiale, de nombreux leader juifs l’avaient désavoué pour l’aide qu’il apportait aux Anglais car il craignaient une victoire turque. Mais Jabotinsky est un Juif très particulier, un Juif qui se considère comme l’égal des non-juifs ce qui rare à l’époque. Riche de son expérience d’une jeunesse passée à Odessa, où les non-Juifs  le considéraient comme un étranger dans le meilleur des cas, et traumatisé par les horreurs du pogrom de Kishinev, il avait déjà mis en place les premières organisations d’auto-défense en Russie.

Il écrit dans un de ses poèmes :
« Un jour dans cette ville sous un morceau d’ordures,
J’ai remarqué un bout de parchemin, un fragment de Thora
Je l’ai ramassé et soigneusement
J’ai enlevé la boue.

Deux mots sont apparus: בארץ נכריה , « beeretz nochria », en terre étrangère…
Ce bout de parchemin,  je l’ai cloué au fronton de ma porte.
Car ces deux mots du livre de la Genèse* racontaient toute l’histoire du pogrom »

De même il écrit dans une de ses nouvelles ce dialogue étonnant entre deux adolescents, l’un Russe et l’autre Juif:
« Si vous autres Juifs étaient une nation, dit le Russe, tu serais capable de jurer dans ta langue. Et il pousse une série d’abominables jurons. Deuxièmement, si vous étiez une nation, tu serais capable de te défendre. Et il assène un grand coup de poing au Juif*.
Donc, conclut le héros de Jabotinsky, un bon élève juif doit étudier ces deux branches essentielles du savoir: l’hébreu et la boxe! ».
Lui-même sera l’un des champions de la diffusion de l’hébreu et de l’établissement de l’Université Hébraïque de Jerusalem en 1925.

Bien qu’il soit son rival en politique, David Ben Gourion apprécie cette totale liberté intérieure qui caractérise Jabotinsky. Il n’a rien du Juif de l’exil. Il n’est jamais gêné en présence d’un non-Juif. Il appréhende  l’antisémitisme d’où qu’il vienne de la même façon. Il n’a aucun mépris pour les Arabes mais il voit la réalité d’une manière très pragmatique. Il est à l’opposé de Menahem Ussishkin qui répète à l’envie que « les Arabes vivent avec les Juifs en paix et dans une fraternité jamais vue, ils reconnaissent pleinement le droit des Juifs sur la terre d’Israel » et cela après l’attaque de Tel Haï (où est tué Trumpledor) dont Ussishkin rapporte l’information en dissimulant l’identité arabe des attaquants!

Dans son célèbre texte על הקיר הברזל (Al hakir habarzel) ou le Mur d’Acier*, il refuse  « l’agréable statut de minorité que les Juifs connaissent depuis des siècles ». Il écrit: « Les sionistes ne veulent qu’une chose, la liberté de l’immigration que les Arabes ne veulent pas« . A l’opposé du Brit Shalom, il a compris que le nationalisme arabe ne cédera pas aux « bienfaits de la civilisation« *.

Face à lui, les leaders travaillistes nuancent leur pensée au fur et à mesure que les émeutes anti-juives prennent de l’ampleur, mais beaucoup sont déconcertés: faut-il désespérer de vivre en bon termes avec les Arabes?
Ytshak Katznelson par exemple refuse de céder à la « haine populacière » et continue à prêcher l’apaisement. Il faudra la fin des années 30 pour qu’il découvre enfin l’hitlérisme des Arabes.
Le mouvement révisionniste de Jabotinsky se sépare peu à peu du Congres sioniste et fonde son propre parti… Son organisation de jeunesse, le Beitar, s’étend dans toute l’Europe, particulièrement en Pologne. On y enseigne l’importance des vertus dites du הדר (hadar) qui signifie splendeur. Il s’agit de la splendeur morale, celle de la loyauté, de l’honneur, celle d’une nouvelle « chevalerie juive ». Les jeunes du Beitar portent un uniforme, défilent au pas, ce qui les fait souvent traiter de fascistes*.

Jabotinsky et le Betar a Vilno en 1927. B Brudner

(Jabotinsky et les membres du Beitar de Vilno en 1927)

Jabotinsky écrit pourtant: « Je suis tout le contraire d’un fasciste. Je hais par instinct toute sorte d’état policier. Je suis absolument sceptique quand à la valeur de la discipline, de la force et du châtiment, et ainsi de suite jusqu’à l’économie planifiée »

En 1933 commence une vraie guerre avec l’exécutif sioniste. Pourquoi? Parce que le mouvement révisionniste s’oppose de plein front aux Anglais alors que les sionistes de gauche essayent de composer avec eux. 
En juin 1933 éclate ce qu’on appellera l’affaire Arlozoroff:
Hayim Arlozoroff est un économiste, chef du département politique de l’Agence Juive. A ce titre, il vient de participer en avril 1933 avec l’exécutif britannique à des négociations avec le nouveau pouvoir allemand. Il s’agit d’un accord de transfert permettant aux Juifs résidents en Allemagne de vendre leurs biens immobiliers (ceux-ci n’ont pas été encore confisqués par les nazis) et de transférer les sommes en Palestine. Cet accord intéresse le gouvernement britannique qui prélèvera à chaque fois un tiers de la somme transférée en Palestine et accordera un visa aux Juifs concernés. Cet accord est très controversé: alors qu’il permet à un certain nombre de Juifs allemands de se réfugier en Palestine, il contribue de facto à réduire l’impact du  boycott anti-allemand exercé par des compagnies juives américaines.
Or, Hayim Arlozoroff est assassiné en juin 1933 sur une plage de Tel Aviv. Le Beitar est aussitôt accusé et trois de ses membres sont arrêtés. Ils seront relâchés peu après. Un voyou arabe de Jaffa avoue puis se rétracte. Après la guerre des 6 jours, deux Arabes de Judée avoueront le crime. Il faudra attendre 1988 pour que les révisionnistes soient blanchis officiellement.

Le Mouvement Révisionniste sort affaibli de cette affaire. Cependant, Jabotinsky continue à parler ouvertement d’un état juif. « Pourquoi hésiter »? dit-il, « la commission Peel elle-même a employé cette formule ».
Bien que Ben Gourion le rejoigne finalement sur ce sujet en 1936, les révisionnistes s’éloignent de plus en plus des travaillistes d’autant que, Shaoul Avigour, commandant de la Haganah*, exige de Ben Gourion qu’il interdise tout autre groupe juif d’auto-défense.
Jabotinsky crée donc, en 1937, ארגון צבאי לטומי (Irgoun Tsvai Leumi), la branche militaire de son mouvement. Le Mouvement Revisioniste, l’Irgoun et le Beitar uniront leurs efforts pour faire venir des milliers d’immigrants illégaux dans ce qui s’appellera le אף על פי  (Af Al Pi ) ou (l’Aliya) Malgré Tout. Sur une cinquantaine de bateaux, environ 25 000 Juifs arriveront à immigrer malgré le blocus britannique. L’un d’eux, sous pavillon turc, le Sakariya, part de Roumanie en février 1940 avec à son bord 2385 immigrants, commandé par le fils de Vladimir Jabotinsky, Eri. Les immigrants sont autorisés à entrer en Eretz Israel mais aussitôt internés dans le camp d’Atlit.

Sakaria(En arrivant dans la baie de ‘Haifa, les immigrants abaissent le drapeau turc sous lequel le bateau naviguait, http://www.jabotinsky.org/)

En août 1940, alors que la Pologne est envahie par les Allemands, Jabotinsky fait une série de conférences aux USA. Il est victime d’une crise cardiaque et meurt le 4 août. En 1964, ses restes et ceux de sa femme seront inhumés à Jerusalem au Mont Herzl.

Jabotinsky microcalligraphie Ako

(portrait de Jabotinsky en micro-calligraphie, fait à Akko en l’année 5700, 1939-1940; http://www.jabotinsky.org/)

Certains ont accusé Jabotinsky d’avoir été trop autoritaire, de n’avoir pas compris les réalités du terrain. Pourtant, dans les années 1930, l’aggravation de la situation en Palestine et les émeutes sanglantes de 1936  ont semblé lui donner raison. Apres la création de l’état d’Israel en 1948, le Mouvement Révisionniste deviendra le parti Herout, puis le Likoud, mais les travaillistes resteront au pouvoir de 1948 à 1977. A cette date, le chef du Likoud Mena’hem Begin deviendra Premier Ministre. Il est l’héritier direct de Jabotinsky, ancien membre du Beitar polonais, et signataire des accords de paix avec l’Egypte en septembre 1978 à Camp David.

A bientôt,

*Yossef Brenner: écrivain juif né en Ukraine, qui sera assassiné pendant les émeutes de 1921 à Yafo

 

*Fasciste: Il faut prendre le terme fasciste dans son sens premier, c’est a dire: admirateur du régime de Mussolini. Il est souvent reproché à Jabotinsky d’avoir vécu en Italie et d’avoir admiré ce pays. Il y a là un anachronisme voulu car il y vécut avant la première guerre mondiale et son Italie est celle de Mazzini et de Garibaldi. 
Je vous recommande la lecture de ces deux articles de Pierre Lurçat sur  Jabotinsky:
http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/jabotinsky/ainsi que sa post-face à l’Autobiographie de Jabotinsky: Ma vie

*Sur l’émigration des Juifs allemands:
http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=216

*La Haganah: La Haganah qui a commencé modestement en 1920 devient la première force juive d’auto-défense même si elle est soumise au diktats des Anglais.

*le Brit Shalom:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/07/devons-nous-etre-de-bons-enfants/

*Le Mur de fer: traduction du texte en français, envoyée par Oliver que je remercie:
http://uia95.com/Cours%20UIA/Israel%20Palestine/Flash%20OK%202/Muraille%20acier%20integral.htm

La Garde Juive

Pour cette semaine, j’avais commencé un article sur Vladimir Zeev Jabotinsky et le sionisme révisionniste et  puis, considérant l’approche trop étroite, je lui avais donné une autre direction, illustrée par ce titre « Désarrois juifs dans l’entre deux guerres »…
Et  puis, je me suis dit que je devais tout d’abord repartir au début du 19 ème siècle et vous raconter l’histoire de הגווארדיה היהודית (haguardia hayehoudit) ou la Garde Juive dont presque plus personne se souvient…

A Jerusalem comme ailleurs au Moyen-Orient, les Juifs à ce moment là ont un statut inférieur à celui des musulmans. Ils ne sont défendus ni par le pouvoir en place ni par la société civile. Ils sont donc des proies faciles que l’on peut attaquer, rançonner, tuer même, sans craindre quoi que ce soit.
Aussi, à la fin du 18 ème siècle, est crée une organisation de défense juive, organisée et financée par les habitants de la ville, dont on peut encore consulter les carnets d’enrôlement et les livres de comptes. Pour autant qu’on le sache, il s’agit de la première organisation de défense composée de volontaires qui se recrutent dans les différentes communautés, toutes, ashkenazes et séfarades faisant front commun devant l’adversité.

Cette organisation, connue plus tard sous le nom de הגווארדיה היהודית (Guardia Hayehoudit) ou Garde Juive, est en fait fondée sous le nom de שערי צדק *(shaarei tsedek) ou porte de justice, ici acronyme des mots שמירה (shemira) garde, עבודה (avoda) travail, רפואה (refoua) médecine, ישועה (yeshoua) sauvetage, צורכי ציבור (tsorkhey tsibour) utilité publique, et דברי קודש (divrei Kodesh) paroles de Thora.

Ce dessin humoristique de Michel Kishka, paru dans le magazine Segoula, illustre bien la situation: Jerusalem est une proie pour les brigands. Heureusement que veillent les membres de la Guarda Hayhoudit, peot* au vent. Leur bureau se trouve au premier étage de la maison à droite, juste en dessus de celui de la ‘Hevra Kadisha* et du portrait d’un bandit arabe surmonté du mot « wanted », écrit en lettres hébraïques.

La garde juive dessin de Michel Kishka paru dans le magazine Segula

Au début, cette organisation de défense est seulement chargée de protéger les oliveraies et les plantations d’amandiers appartenant à des Juifs, près de la tombe de Shimon HaTsadik*, là ou plus tard sera fondé le quartier de Sheikh Jarra.

tombe de shimon hatsadik

(Inscription au tombeau de Shimon Hatsdik ou Simon le Juste. Il est écrit qu’il était membre de la Grande Assemblée*.
Une de ses phrases les plus célèbres est: « Le monde subsiste grâce à trois choses: la Thora, le travail et les bonnes actions »)

Dans les archives, il est mentionné que la Garde Juive est aussi régulièrement chargée de protéger charrettes et convois qui arrivent à Jérusalem à la tombée de la nuit, en provenance de Yafo et qui restent en dehors des murailles, sans protection jusqu’au matin. Mais surtout, compte tenu du harcèlement continuel des Juifs, en particulier des nouveaux venus, par des bandes de voyous arabes qui les rançonnent et les molestent,  la Garde Juive est chargée de protéger les personnes autant que les biens, du brigandage et même des מעשי סדום (maassei sdom), viols sodomites qui étaient souvent pratiqués comme l’écrit Eleazar Horowitz dans un de ses livres.

Certaines opérations sont restées dans la mémoire juive de Jerusalem. Par exemple, celle que décrit Abraham Rivlin  dans son livre « Histoire du yishouv de Jerusalem au 19 ème siècle ».
En 1820, un convoi de Juifs, qui avaient débarqués au port de Yafo, tombe au mains d’une bande arabe. Un bédouin apporte une lettre au rav Hillel Rivlin, qui est alors à la tête de la communauté ashkénaze de Jerusalem. Cette lettre est signée de Yossef Luria et de Zalman Zeitlin qui font partie de ce groupe pris en otage dans la région de Bnei Brak*. Dans cette lettre il est écrit que  les Arabes accepteront de les libérer contre une rançon de 1000 napoléons. Non seulement la somme exigée est colossale mais payer c’est aussi inciter les Arabes à recommencer. Aussi, le rav Rivlin met sur pied un plan avec les membres de la Garde Juive: il est décidé que deux d’entre eux accompagneront le  bédouin, porteur de la missive, et annonceront aux ravisseurs que la somme sera remise seulement quand ils pourront rencontrer les prisonniers!  Les deux membres de la Garde arrivent à l’endroit où se trouvent les prisonniers et en fait les libèrent en tuant leurs gardiens stupéfaits
.

dessin debut 19 eme bandits arabes(dessin début 19 ème siècle: bandits de grand chemin)

Parmi les héros de la Garde Juive se trouve le rav Gedalia Beker qui dirige les opérations avec succès. On raconte qu’une fois, il réussit à enfermer des bandits arabes dans un mikve et les fouette!…
La Garde Juive ne se contente pas seulement de protéger. Elle attaque aussi parfois. Elle paye des espions arabes qui la préviennent quand se prépare une émeute anti-juive.
C’est ainsi, racontent les chroniques, qu’en 1820 la Garde Juive entend qu’un pogrom va avoir lieu et décide d’attaquer préventivement. Dans la nuit, les gardiens sortent par une petite porte de la muraille et foncent sur le camp arabe, armés de poignards et de pistolets. Les bédouins sont mis en déroute mais malheureusement les rangs des gardiens comptent un mort.
En 1822, un chef de bande renommé, Ahmad Shukri al-Fahmi dit « le casseur de Juifs », fait régner la peur du côté de Har Hatsofim*.
Les membres de la Garde Juive iront le chercher dans la grotte où il se cache et lui couperont la tête comme témoignage lorsqu’il tomberont sur le reste de la bande qui fuira terrifiée.
Dans les années 1830, les fella’h se révoltent contre Muhammad Ali, le nouvel homme fort de la Palestine en rébellion contre les Turcs. Comme à chaque fois que la situation politique est instable, les autorités détournent la colère des fella’h contre les Juifs. Les émeutes ne concerneront pas que Jerusalem mais s’étendront à Tsfat, Hebron et Tiberiade, où les Juifs ne sont pas protégés, et tourneront au massacre.
A Jerusalem, les membres de la Garde Juive savent que cette fois, ils ne seront pas de taille. Ils décident donc de trouver pour les femmes et les enfants des cachettes dans les nombreuses grottes aux alentours de la ville et dressent des barricades dans le quartier juif où ne resteront que des combattants. Les révoltés arabes font irruption dans la ville, et arrivent à détruire les barricades. Heureusement, la révolte s’épuise et une forte rançon permet le retour des Juifs dans leur quartier. Un massacre semblable à ceux de Tsfat, de Tiberiade et Hebron a été évité mais il y a quand même de nombreux morts et blessés sans compter des femmes violées et enlevées qu’il faudra racheter.
Au milieu du 19 ème siècle, Montefiore* décide d’agir en faveur des Juifs de Jerusalem. Il fait construire plusieurs moulins* en dehors de la Vieille Ville pour que les Juifs puissent moudre eux même leur grain, sans être en butte aux menaces et à la violence des Arabes. Il leur construit aussi des quartiers modernes dans un environnement bien plus salubre que celui du quartier juif surpeuplé. Cependant, il faudra beaucoup de persuasion pour que les Juifs acceptent d’y vivre à cause de l’insécurité. La Garde Juive redouble donc d’effort pour garder cette fois les Juifs habitants en dehors des murailles. Les gardes sont admirés par la population qui décrit leurs actions comme « des choses audacieuses ».
La Garde Juive se dispersera peu à peu dans la deuxième moitié du 19 ème siècle. La ville devient plus sûre et les nouveaux quartiers sont surveillés par leurs habitants. De plus, situés au delà des murailles, ces nouveaux quartiers sécurisent aussi les routes de ce qui était auparavant une terre inculte, propice aux embuscades.
Cependant, la Garde Juive fera parler d’elle encore quelques fois, comme au printemps 1873.
Le quartier juif de la Vieille Ville est à nouveau terrorisé par un gang de bédouins. La police turque ne bouge pas et le gouverneur insiste sur le fait qu’il est impossible de surveiller chaque ruelle et chaque toit. Le 18 du mois de Sivan, les membres de la Garde décident d’en finir: ils organisent une nuit de prières dans toutes les maisons et synagogues tandis qu’ils attaquent le camp bédouin et lui infligent de lourdes pertes. Pendant longtemps  la « nuit du sauvetage » sera célébrée chaque année par les Juifs de la Vieille Ville…

Avec la multiplication des nouveaux villages juifs, une nouvelle organisation voit le jour au tout début du 20 ème siècle: c’est le groupe Bar Giora*qui sécurisera les campagnes et les petites bourgades jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.
Sous le Mandat Britannique naîtra alors la Haganah, parfois acceptée et parfois déclarée hors la loi par les Anglais.
les shomerim 2
(les shomerim d’Alexandre Zeid, ils portent le keffie arabe pour passer inaperçus)
Avec le temps, l’histoire de la Garde Juive sera peu à peu oubliée et ses réels exploits relégués dans les archives…
Et pourtant!
Elle fut présente alors qu’il n’y avait ni état ni même embryon d’état, à une époque où, comme disaient ses membres, le תוהו ובוהו  (tohu vavohu)* régnait à Jerusalem.

David Ben Gourion a écrit: « Je ne sais pas qui fut le père de l’armée d’Israel mais ses grand-pères furent les gardiens (les shomerim d’Alexandre Zaid) ». On peut rajouter que ses arrières grand-pères furent les membres de la Garde Juive.
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A bientôt,

 

*L’organisation Bar Giora est une organisation de défense fondée en 1907 à Yaffo. Nommée d’après le nom de Bar Giora, l’un des organisateurs de la grande révolte juive avec Bar Kokhba en 133. Cette organisation fut ensuite absorbée dans celle des Shomerim (gardiens) d’Alexandre Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/13/le-sionisme-politique-avant-1914/
et aujourd’hui ce sont les shinshinim qui luttent aux côtés de la police: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/

*שערי צדק (Shaarei Tsedek) les portes de la justices. En référence au Psaume 118, 19: »Ouvrez-moi les portes de justice, je veux les franchir, rendre hommage au Seigneur. פִּתְחוּ-לִי שַׁעֲרֵי-צֶדֶק; אָבֹא-בָם, אוֹדֶה יָהּ » 

*’Hevra Kadisha: société chargée des défunts et de leur enterrement.

*פאות, peot. coins en hébreu: ce sont les boucles de cheveux que certains Juifs laissent pousser des deux côtés de leur visages en référence à l’injonction: « Vous ne couperez point en rond les coins de votre chevelure et tu ne raseras point les coins de ta barbe » (Vaykra ou Levitique 19,27)

*Les moulins de Montefiore:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/

*Tohou vavohou: a perdu tout son sens en devenant tohu-bohu en français. Il s’agit en fait du chaos absolu. L’espression est tirée du livre de Bereshit: והארץ, הייתה תוהו ובוהו, וחושך, על-פני תהום la terre n’était que chaos et l’obscurité au-dessus de l’abîme.

*La Grande Assemblée:
http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=21

*Bnei Brak se trouve à côté de Tel Aviv et donc à environ 60 km de Jerusalem

*Har Hatsofim ou Mont Scopus

*L’organisation Bar Giora est une organisation de défense fondée en 1907 à Yaffo. Nommée d’après le nom de Bar Giora, l’un des organisateurs de la grande révolte juive avec Bar Kokhba en 133. Cette organisation fut ensuite absorbée dans celle des Shomerim (gardiens) d’Alexandre Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/13/le-sionisme-politique-avant-1914/
et aujourd’hui ce sont les shinshinim qui luttent aux côtés de la police: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/

 

 
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Hadrien, si tu savais!

On raconte que l’archéologue Israel Eldad avait l’habitude d’aller au Musée Israel le jour de Tisha Beav*. Il se plantait devant le buste de  l’empereur Hadrien et lui disait: « L‘empire romain n’existe plus. De toute ta puissance que reste-t-il? Rien que des statues. Et voici qu’à nouveau existe un état juif indépendant, Hadrien, Hadrien! C’est toi qui a appelé cet endroit Aelia Capitolina et ce pays Palestine. Ouvre les yeux et regarde où tu te trouves: au Musée Israel, à Jerusalem! »

Empereur Hadrien Musee Israel Jerusalem
Je ne sais pas ce que pense Hadrien sous sa cloche de verre dans l’aile Archéologie du Musée Israel.

Le 29 novembre 1947*, les Juifs de Rome organisèrent une marche  jusqu’à l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel.
9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de TitusCette photo parut dans les journaux israéliens et pour la fête de Hannouka 1947, le peintre Arieh Navon dessina une caricature où l’on voit David Ben Gourion rapportant la Menorah  et l’Arche d’alliance en Israel,

9 Av Caricature  arc de triomphe de Titus

rappelant le bas-relief de l’Arc de Titus où l’on voit les romains transporter la Menorah et l’Arche jusqu’à Rome après la destruction du Temple….
9 Av arc de triomphe de Titus 2
Enfin le groupe Tshizbatron fondé par des soldats du Palma’h a rendu célèbre la chanson: « Tous les chemins mènent à Rome. »

« Tous les chemins mènent à Rome, ne désespère pas mon enfant. Tous les chemins mènent à Rome, nous nous rencontrerons là bas. Là bas, nous nous promènerons à l’ombre de la cathédrale, sur la place Saint Pierre, au Vatican. Le pape et tous les cardinaux ne pensent même plus que nous puissions être la.
Un couple amoureux, des sabras de Canaan, Ruth et Amnon d’Emek Israel!  Une promenade qu’ils n’ont jamais faite auparavant, à l’Arc de Titus en pleine nuit, à minuit.
Sous l’ Arc de Titus à l’ombre des ruines, nous nous embrasserons, qu’y a t il encore à attendre?
Oh Titus, Titus, tu n’as pas vu pour qui était le triomphe et pour qui les chants de louange.
A côté de l’Arc que tu as construit, un couple amoureux d’Eretz Israel,  à côté de l’Arc que tu construisis pour ton triomphe d’empereur, un couple de soldats,  justement d’Eretz Israel!

Le chant évoque aussi une éventuelle promenade à Berlin sur le Unten den Linden mais le couple préfère rentrer à la maison: « J‘ai la nostalgie de notre maison, des voix des enfants, des sonneries des troupeaux, des parfums des vergers, des verres de jus d’orange… le Jourdain, la rivière Kishon… viens rentrons à la maison, chanter des berceuses aux enfants au bord du Kinneret »
 
Pour nous, l’exil fut long et douloureux et nous pleurons toujours, chaque année le 9 Av, la destruction du Temple, de Jerusalem et la perte de notre liberté. C’est pour nous un jour de jeune et de prière et surtout de réflexion,  y compris pour ceux qui ne jeûnent pas.

Nous lisons un texte terrible, איכה  (Eikha), Les lamentations du prophète Jérémie.
9Av Jeremie rembrandt

(Le prophète Jérémie, par Rembrandt)
Certains se demandent pourquoi nous nous tournons toujours vers le passé et pourquoi nous pleurons encore la destruction de Jerusalem d’il y a 2000 ans alors que nous avons vécu bien d’autres catastrophes.
Il y a de nombreuses raisons à cela mais je me pose simplement la question: si pendant tous ces siècles, depuis les exilés à Babylone après la destruction du premier Temple jusqu’à nos jours, les Juifs n’avaient pas continué à pleurer leur liberté passée et à mettre Jerusalem au  dessus de toutes leurs espérances, n’aurions nous pas disparu comme d’autres civilisations?
C’est grâce à ces Juifs obscurs,  à nos ancêtres dispersés aux 4 coins du monde, obstinés et entêtés dans leurs prières que les autres nations considéraient comme stériles, c’est grâce à eux que nous avons pu rentrer à la maison.
Israel revit aujourd’hui même si les difficultés et les craintes sont toujours présentes. Il y a un an, nous étions en guerre, nous vivions au rythme des sirènes: 70 soldats ont été tués, nombreux sont les blessés qui ne se remettront jamais, le Dôme de Fer n’a pas pu protéger toute la population et en particulier Daniel Tregerman…
Daniel Tregerman

Daniel Tregerman

Mais l’envie de vivre a pris le dessus. Ce printemps, nous avons eu une explosion des naissances! C’est ainsi après chaque guerre et cette fois de nombreux bébés se sont appelés Eytan*.
A bientôt,
PS: j’ai trouvé une partie de ces informations sur l’excellent blog (en hébreu) http://onegshabbat.blogspot.co.il/
*Le prénom איתן Eytan veut dire fort. L’opération militaire contre le ‘Hamas a Gaza s’etait appelée צוק איתן,Tzouk Eytan: Rocher solide (ou bordure protectrice comme cela a été traduit)