Yom Yerushalayim 2020

 

Nous sommes toujours émus de voir de vieux films d’actualité montrant les troupes israéliennes entrant dans la vieille ville, chantant Yerushalayim shel zahav* et priant au Kotel.

C’est vrai que Jerusalem est au sommet de notre joie comme le disait déjà le roi David.
Lorsque le peuple juif revendique Yerushalayim pour capitale, il ne revendique pas un lopin de terre seulement. Il demande que soit reconnu ce qui en Yerushalayim fait sens pour lui face aux nations.
Les nations ne s’y s’ont pas trompées. Lorsqu’elles nous dénient Jerusalem comme capitale, ce n’est pas une question de mètres carrés, c’est une question de principe: ce faisant, elle dénient au peuple juif le droit d’exister en tant que tel, lui rappelle qu’il a été exproprié, chassé et que cette terre ne lui appartiendra plus jamais. Leur disqualification théologique, comme  disait Raphael Draï, est à la source de la dégradation des sentiments d’humanité face à nous en tant que peuple mais aussi souvent face à nous en tant que personnes.
Raphael Draï avait trouvé cette citation très significative de Pierre Loti, voyant la misère des Juifs qui priaient agglutinés dans le petit boyau le long du Kotel: Nous pleurerions avec eux s’ils n’étaient pas des Juifs
Nous le ressentons profondément chaque fois que nous nous heurtons à des réflexions comme celle-ci: Mais pourquoi ne voulez-vous pas que Jerusalem soit une ville internationale? Oubliez-vous qu’elle est la capitale des trois religions? …
C’est un peu comme si Jerusalem, redevenue capitale d’Israel, empêchait le monde de tourner rond, comme si le fait que si nous existons en tant que peuple nous dénions par cela le droit à qui que ce soit de considérer Jerusalem selon ses propres croyances. Et surtout comme si personne ne voulait comprendre qu’à minima, la victoire de Tsahal en juin 1967 et la réunification de la ville nous avait apporté une sécurité inconnue auparavant.

Aussi, avant de vous parler de la réunification, je vais vous parler du partage de la ville.

Et souvenez-vous: chaque fois que vous entendez parler de frontières: des frontières, il n’y en avait pas!*
A l’origine, le tracé du partage, ne partageait rien. Ce n’était qu’un brouillon de quelques lignes, dessinées sans précision aux bâtons de cire rouge et verte, dans une maison abandonnée, lors d’une rencontre pour un cessez le feu temporaire entre Moshe Dayan et Abdullah Tell (le commandant de la Légion Arabe), le 30 novembre 1948.



Le tracé à la cire n’était évidemment pas précis et souvent épais. Il passait parfois au milieu même des maisons. De plus, dessiner sur le sol était inconfortable et le papier bougeait… Ce n’était pas trop grave car les deux protagonistes savaient bien que la guerre n’était pas finie et et que les combats reprendraient. Mais en avril 1949, lors des accords d’armistice, ce fut ce dessin ridicule et en partie estompé qui fut validé par les Nations Unies pour indiquer la ligne de partage.
Et c’est ainsi que certains quartiers, certaines rues et parfois maisons se sont trouvés coupés en deux. Je vous en ai déjà parlé dans mon article Nous les Yerushalmim*.

(aujourd’ui c’est la ligne du tramway mais certaines compagnies s’étaient retirées du projet car cela entérinait, selon elles, l’occupation de la Palestine!)

Mais plus que cela, plus que des murs changeant de nationalité, ce furent des milliers de Juifs qui souffrirent de la situation car ils étaient à portée de tir de l’armée jordanienne. Et les tirs, l’armée jordanienne ne s’en privait pas. Les Jordaniens auraient du faire breveter l’expression le soldat déséquilibré: pour eux, et ceci officiellement, chaque soldat jordanien qui tuait un israélien, avait été pris de démence passagère. Déséquilibré, cela ne vous rappelle rien?
Pendant 19 ans, des quartiers comme Talpiot, Armon Hanatsiv, Abu Tor, Musrara, Shmuel Hanavi, Yamin Moshe, Mea Sharim ont vécu dans l’angoisse du tir ou des jets de pierres du soldat déséquilibré jordanien. Les victimes: des passants, une mère de famille étendant son linge à Musrara, en 1953 un enfant jouant devant chez lui, en 1956 quatre archéologues au Kibboutz Ramat Rahel depuis le monastère saint Elias qui servait de poste avancé à l’armée jordanienne du haut d’une colline,

un officier, le capitaine Avshalom Sela, en 1958 des soldats qui patrouillaient dans le jardin botanique de Har Hatsofim ainsi que George Flint, le directeur canadien du comité de cessez-le-feu jordano-israélien*, assassiné alors q’il brandissait un drapeau blanc et se dirigeait vers les blessés…
Je ne vais pas tous les détailler, mais les attentats (autant les appeler par leur nom) étaient commis non pas par des terroristes mais par des soldats-terroristes de l’armée régulière jordanienne. Un cinquantaine d’attentats*, perpétrés par les déséquilibrés de l’armée jordanienne en 19 ans…

L’écrivain Meir Shalev n’habitait pas dans ces quartiers dangereux mais plus à l’ouest, à Kiriat Moshe, quartier réputé plus sûr. Mais lorsqu’il partait régulièrement en train chez ses grands parents lors des vacances scolaires, il passait lui aussi le long de la ligne de démarcation. Il raconte:
Le train franchit d’abord la vallée de Refa’im… puis celle de Sorek … En ce temps la, Refayim bordait l’ancienne frontière israelo-jordanienne…Chaque matin des démineurs parcouraient la voie ferrée à bord d’un wagonnet le long de la frontière à la recherche de mines ou de bombes et des gardes armés nous escortaient dans le premier et le dernier wagon du train…
La vallée de Refayim se trouve à 500 mètres de chez moi, au sud ouest de la ville. Pendant 19 ans il était dangereux de prendre le train et il en serait de même aujourd’hui pour moi si la ville n’avait pas été réunifiée.


La haine des Jordaniens à notre égard leur faisait parfois oublier tout sens du ridicule.
Dans le quartier d’Abou Tor, rue Assael, s’est passe un incident tragi-comique. Je vous ai parlé du manque de précision du tracé de cette fameuse ligne de démarcation. La ligne passait ainsi dans la  cour d’une maison: la maison se trouvait du coté israélien et les toilettes dans le no man’s land à 5m d’un poste de la légion jordanienne. Les membres de la famille risquaient leur vie en terrain découvert chaque fois qu’ils allaient aux toilettes. Ils décidèrent donc d’agrandir leur maison en construisant une salle de bain adjacente. Mal leur en pris! Les quelques mètres carrés de la salle de bain se trouvaient eux aussi dans le no man’s land!
Les Jordaniens, furieux contre cette occupation sioniste, firent alors appel à la Commission d’Armistice et exigèrent une réunion avec les Israéliens le jour de Kippour, menaçant les habitants de la maison de représailles lors de leur prochain tour aux toilettes dans la cour! Israel fut obligé d’accepter la date. Il y eu 4 réunions, pas moins, et les minutes de la discussion s’étalèrent sur 36 pages!
Evidemment Israel fut condamné pour avoir violé l’accord d’armistice. Mais curieusement, jugeant sans doute du ridicule de l’affaire, la Commission autorisa la famille à garder sa salle de bain toute neuve et protégée des tireurs jordaniens.

Pendant ces 19 années, les Yerushalmim montaient parfois sur le toit du couvent Notre Dame pour voir au loin la ville dont ils étaient privés.

(Vue sur la vieille ville depuis le monastère Notre Dame de France)

Parmi eux, le père de Meir Shalev, Ytshak Shalev qui écrivit ce poème ירושלים דהשתא  (yerushalayim dehashta), Jerusalem de nos jours. Il ne peut ni aller au Kotel, ni dans la vallée du Hinnom, ni non plus au cimetière du Mont des Oliviers, ou au  tombeau du roi David… Il termine la dernière strophe par ces mots: L’année prochaine dans Tsion réunifiée, l’année prochaine dans le Beit Hamikdash

לשנה הבאה בציון השלמה
לשנה הבאה – במקדש!

 

Ce fut ainsi pendant 19 ans…Alors, tous ceux qui nous expliquent que la guerre des 6 jours a apporté le terrorisme en Israel, et en particulier à Jerusalem font preuve d’une redoutable cécité. Il n’y a jamais eu de répit pendant ces 19 ans mais au contraire des dizaines d’attentats.

Pour terminer cet article, je voudrais vous faire écouter l’interview de Claire Lévy, 92 ans, qui raconte simplement et clairement comment elle vécut la guerre des 6 jours


(interview conduite et enregistrée par le studio Qualita de Jerusalem)

Claire Levy mentionne la chanson )Nעל פיסגת הר הצופים (Meal Pisgat Har Hatsofim) qui la fit pleurer. La voici interprétée par un Eliran Landau:

A bientôt,

*Yerushalayim shel zahav:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*Nous les Yerushalmim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Les frontières avec la Jordanie datent du traité de paix signé en 1994. Dans ce traite, la Jordanie refuse la Judée et la Samarie que les Israéliens étaient malheureusement prêts à lui rendre

*Har Hatsofim ou Mont Scopus était une enclave israélienne constamment attaquée par l’armée jordanienne

*Les attentats commis par l’armée jordanienne depuis 1967: une cinquantaine de tirs, 74 morts et 500 blessés. Et c’est sans compter tous ceux que cette même armée a commis le long de la frontière

La naissance d’une nation: De Yom Hazikaron à Yom Haatsmaout 2020

Ce soir la sirène retentira à huit heures pour le début du Yom Hazikaron, ou jour du Souvenir.

yom-zikaron

Ce jour n’est pas un jour de deuil à proprement parler. Comme le dit Myriam Peretz qui a perdu deux de ses fils au combat: Mon deuil est quotidien, le jour de Yom Hazikaron est pour nous un moment où le peuple tout entier me dit qu’il n’a pas oublié ceux qui lui ont permis de vivre librement et de célébrer son indépendance.

Chaque fois que j’y pense, je me dis que logiquement nous n’aurions pas du gagner cette guerre d’indépendance qui nous a redonné notre patrie.
Cette guerre couvait déjà depuis plus de vingt ans, vingt ans d’attaques terroristes et de guérillas menées par les Arabes dont certains deviendront israéliens ! Elle a été menée dans des conditions extrêmes, presque sans moyens matériels et peu de soldats expérimentés.
Mais elle débuta dès la reconnaissance de l’état d’Israel par l’ONU*, le 29 novembre 1947. Israël fut immédiatement attaqué par un certain nombre d’armées arabes régulières dont celle de la Jaysh al Jihad al Muqqaddas, armée de la Guerre Sainte, fondée par le Grand Mufti de Jerusalem et grosse de 4000 hommes, terroristes locaux ou mercenaires européens (anciens SS bosniaques, anciens de la Wehmarcht et des Einzatsgruppen, déserteurs britanniques et de nombreux Frères Musulmans).

(L’un des plus jeunes soldats ELisha Ben David (fils d’Esther et de Tsvi), tombé à 12 ans pendant le siège de Jerusalem)

La communauté juive semble perdue et sans espoir. L’évaluation réelle faite par les pays occidentaux était qu’Israël, qui venait juste d’être établi, serait vaincu en quelques semaines. Comme l’a dit le secrétaire d’État américain George Marshall à Moses Sharett*, sur la base des estimations de la CIA et des renseignements américains: « Vous vous trouvez sur la bande côtière, les Arabes contrôlent les crêtes. Je sais que vous avez des armes et la défense, mais les Arabes ont des armées régulières, bien entraînées et des armes lourdes. Comment pouvez-vous espérer durer? « 

Et bien nous avons gagné, et nous avons gagné les suivantes grâce à tous ces soldats que l’on honore en ce jour…
la guerre d’indépendance, nous l’avons aussi gagnée grâce à la lucidité de David ben Gourion qui avait prévu bien avant 1948 ce qui allait se passer. Il savait que nos forces seraient faibles et mal équipées.  Lors d’une réunion avec l’exécutif sioniste il avait en effet déclaré, dès 1947:
« Face à une attaque armée des Arabes, il ne peut y avoir qu’une décision de force, une décision militaire juive »… Nous nous trouvons devant les successeurs et héritiers d’Hitler qui ne connaissent qu’une seule manière pour résoudre le problème juif: l’extermination! L’anéantissement total! Et c’est à cela que nous devons nous préparer! »

Dix ans plus tard, en 1958, il écrira:
« La guerre qui a permis l’indépendance d’Israel, n’est pas le chapitre final de notre histoire: la guerre pour l’indépendance est un tournant dans l’histoire d’Israel autant que la guerre de Yoshua bin Noun* ou la guerre des Makabim* – C’est un premier chapitre d’une nouvelle ère dans l’histoire de notre patrie et de nation nation. צבא הגנה לישראל (Tsva Haganah leIsrael), Tsahal, n’est pas la continuité de la Hagana* (defense) mais elle est le renouveau de la souveraineté du pouvoir hébraïque et ceci depuis l’époque ou régnaient nos rois… »
C’est pour cela, c’est pour lier intimement le deuil à la joie et le sacrifice de nos soldats à notre indépendance,  qu’en 1951, Ben Gourion  décréta que seraient honorés tous ceux qui sont tombés pour le pays, le 4 du mois de Iyar, la veille du jour de l’Indépendance.

Mais nous ne restons pas figés dans le passé et l’héroïsme. Nous savons aussi quelle souffrance cette lutte permanente a causé et cause encore. C’est pourquoi, nous nous tournons aussi vers les familles endeuillées, les familles des soldats morts au combat mais aussi celles des victimes de terroristes dignes héritiers des nazis.
Certains soldats sont morts au combat, d’autres quelques années plus tard dans un hôpital. Certains survivent difficilement et leurs blessures ne sont pas toujours visibles. Ces soldats souffrent du syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Leurs familles sont également touchées. Voici ce qu’écrit une épouse:
« Etre la femme d’un combattant brisé c’est le savoir réveillé la nuit, toujours prêt, empêchant son corps de s’assoupir pour ne pas s’écrouler.

Etre la femme d’un combattant brisé, c’est le voir agir à l’extérieur mais se désagréger à la maison et toi, tu es à la maison… C’est aussi s’endormir avec ses clés de voitures sous l’oreiller pour être plus sûre… Et paniquer quand il ne répond pas au téléphone parce que tu as peur qu’il cède cette fois… C’est éviter les endroits bruyants et surpeuplés, rester à l’écart et se taire, se rétrécir. Faire constamment attention à lui, et si tu sors avec lui, s’assurer qu’il est toujours assis le dos au mur, qu’il se sent contrôler  la situation, qui a déjà prévu une possibilité d »attaque et d’évasion au cas où… Et savoir que seulement lorsque tu t’assiéras avec lui, il pourra se détendre un peu…

Être la femme d’un combattant brisé, c’est savoir vivre seule, aller dormir seule, se lever seule, se réjouir ou être triste seule, élever des enfants seules, organiser des événements seule  parce qu’il vient de disparaître. Peur de faire partie, peur de ressentir quelque chose. Ressentir qu’il n’est pas là, même s’il est présent techniquement..

Être une femme de combattant brisé, c’est marcher sur des œufs toute la journée parce que tu ne sais pas ce qui déclenchera à nouveau son traumatisme. L’odeur brûlée du grille-pain, les cris des enfants, la maison du voisin, les bruits d’entraînement de la base à côté …
Car c’est ainsi, il est toujours au cœur du combat, attaqué en permanence, s’il s’arrête, il mourra… Et toi, tu dois l’arrêter, le calmer, lécher ses blessures et réparer le chaos…
Tu dois supporter le regard des gens qui ne comprennent pas que tu restes et que tu choisisses d’avoir un autre enfant car ils ne savent pas qu’il n’a toujours été comme ça, et que nous nous accrochons à la vie…
Tu dois expliquer aux enfants encore et encore que c’est lui et pas eux, qu’ils sont magnifiques et qu’il deviendront des adultes forts, sensibles et capables de faire face…


Etre femme d’un combattant brisé c’est aussi partager un moment de bonheur avec lui, partager la nuit où il a réussi à éviter une crise incontrôlable: un moment de victoire, lui dis-tu, en écoutant,  pleurant et tellement fière.

Être une femme d’un combattant brisé, c’est se rendre compte que vous ne vous aimerez, ne vous étreindrez ou ne vous caresserez probablement jamais parce que vous vivez avec un handicapé qui n’est plus capable d’aimer: son regard reste indifférent et creux même lorsque tu t’effondres ou que tu rêves  de lui. Alors tu écoutes en boucle le chant de Yishai Ribboh, Mon cœur est brisé, et tu es persuadée qu’il l’a écrit pour toi, parce que ton cœur est brisé…



Parfois, la personne la plus proche de toi est l’infirmière qui demande comment s’est passée la semaine, ou ta voisine à l’instant fugace où tu passes du sucre par dessus la barrière…

Tu l’as perdu sur le champ de bataille et tu le perds encore et encore  chaque fois que tu espères qu’il ira mieux et qu’il se brise à nouveau. Tu te demandes s’il faut pleurer ce qu’il était alors qu’il se tient devant toi…
Certes il n’est pas mort sur le champ de bataille mais il a été condamné à mourir à petit feu dans la misère et l’angoisse… » (d’après
Revital Witelsohn- Yaakobs)

(Makor Rishon, dessin de Noa Kellner)


De nombreuses familles vivent ainsi: 4600 invalides de Tsahal souffrent de troubles de stress post-traumatique ainsi que de nombreux civils victimes d’attentats. Pensez que lorsque vous entendez aux informations- il n’y a pas de blessés, seulement quelques personnes en état de choc- cela signifie en fait qu’il y a des blessés qui doivent être traités à l’hôpital et parfois pendant des années. Le trouble de post-traumatique souvent banalisé en « état de choc » est une vraie blessure et il est parfois très difficile d’en guérir.
Alors maintenant, alors que nous entrons dans ces jours de tant de fierté nationale, de souvenirs et de retrouvailles, souvenons-nous également des victimes transparentes*. Ce sont elles aussi elles qui portent le drapeau.

 

Ce soir, nous allumerons une bougie en mémoire de Tsvi Sharon:

tzvi sharon

 

A bientôt,

*Yom Hazikaron: Le nom complet est יום הזיכרון לחללי מערכות ישראל  (yom hazikaron le’halalei maarakhot Israel)
Quelques articles sur Yom Hazikaron:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/05/07/yom-hazikaron-%d7%99%d7%95%d7%9d-%d7%94%d7%96%d7%99%d7%9b%d7%a8%d7%95%d7%9f-2019/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/04/16/yom-hazikaron-2018/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/

Moshe Sharett:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mosh%C3%A9_Sharett

 

*La Jaysh al-Jihad al-Muqaddas est active principalement dans le siège de Jérusalem en attaquant les convois de ravitaillement en provenance de Tel-Aviv ainsi que dans le siège des implantations juives du Néguev.

*Les victimes de desordre post traumatique (post-trauma disorder ou PTSD):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/04/15/nos-soldats-ne-prennent-pas-de-vacances/
https://www.natal.org.il/en/about-us/

Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse

Il y a quelques temps, j’avais écrit un article sur les nazis en Palestine* mais il me semble important de revenir sur la diffusion du nazisme dans le monde musulman.
Dans les années 30, le nazisme se présente comme un champion de l’anti-impérialisme laïc, en particulier contre la Grande-Bretagne*, mais dans le même temps, il adapte des thèmes de propagande générale visant le public européen aux traditions religieuses de l’islam et aux réalités politiques régionales et locales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Tout cela, grâce un travail très élaboré entre responsables de la propagande du Reich et des exilés arabes pro-nazis séjournant a Berlin: des émissions de radio et des articles imprimés distribués par millions ciblent les populations musulmanes.
L
a propagande en langue arabe de l’Allemagne nazie a franchi les barrières apparemment insurmontables créées par sa propre idéologie de supériorité raciale aryenne. La soi-disant race aryenne est en fait à géométrie variable: censée être celle d’un peuple mythique indo-européen et vécue en Europe comme étant celle des populations nord-européennes, elle englobe, en fait selon les besoins, des groupes humains très différents dans la mesure où ceux-ci désirent aussi éliminer les Juifs*.
Dans les faits, les émeutes antisémites qui se développent au Moyen Orient sont financées par le gouvernement allemand.
Dans un télégramme envoyé à Berlin le 3 mars 1933, le consul d’Allemagne à Jerusalem écrit:
Le Mufti m’a expliqué aujourd’hui longuement que les musulmans de Palestine  et d’Irak accueillent favorablement le nouveau régime en Allemagne et espèrent la propagation de formes fascistes et anti-démocratiques de gouvernement dans d’autres pays. L’influence économique et politique juive actuelle est nuisible partout et doit être combattue. Afin de pouvoir atteindre le niveau de vie des Juifs, les musulmans espèrent que l’Allemagne déclarera un boycott [des biens «juifs»], qui sera accueilli avec enthousiasme dans tout le monde musulman.
Et de fait, depuis la fin des années 20, les Juifs de Palestine vivent au rythme des pogroms de plus en plus violents*. Mais, en juin 1942, la situation s’aggrave et les Juifs se trouvent confrontés à une grave menace existentielle.
De quoi s’agit-il?
Au nord, les blindés allemands ont pénétré la profondeur du front russe, ouvrant la voie à une invasion à travers les états du Caucase. Au sud, les forces du mythique renard du désert, Erwin Rommel, ont capturé la forteresse de Tobrouk stratégiquement importante et ont écrasé la défense britannique à la frontière égyptienne.
En fait, pour les Juifs, si Rommel envahit le Moyen-Orient, ils seront anéantis à la fois par les Einzatzgruppen, déjà basés à Athènes sous le commandement de Walter Rauff en attendant l’ordre de se déployer en Palestine, et par un déferlement arabe, allié de ces mêmes nazis.
Et si les Russes  perdent le Caucase, les Allemands envahiront la Palestine mandataire par le nord, retrouvant ainsi leurs alliés arabes.
Les deux options sont également catastrophiques: la population juive du Yishouv sera anéantie.
Que peuvent-ils faire? Comme toujours, certains espèrent que des liens familiaux et des visas achetés à prix d’or leur permettront de fuir, d’autres vendent leur maison aux voisins arabes pour les amadouer et rester en vie, d’autres prennent contact avec des monastères pour y cacher leurs enfants, certains prient d’autres non, certains demandent aux Anglais de les prendre avec eux dans leur retraite, d’autres veulent se battre jusqu’au bout…
L’Irgoun propose de se barricader dans la vieille ville de Jérusalem et d’y mener la bataille finale. La vieille ville a été choisie dans l’espoir que les nazis hésiteraient à bombarder les lieux saints du christianisme et de l’islam et permettront ainsi aux combattants juifs de se battre plus longtemps: on a trouvé des restes de ces préparatifs en 2010, lors de la rénovation d’une ancienne synagogue à Jérusalem: une cache de l’Irgoun contenant des armes stockées en vue de cette dernière bataille…
Ben Gourion veut évacuer les non-combattants, mais où? Deux dirigeants du Palma’h, Jonathan Ratner et Yits’hak Sadeh pensent que les monts du Carmel seront parfais pour une guerre de harcèlement, d’autant que les troupes de Rommel sont des unités de tanks. Selon leur plan, il faut concentrer la population juive (environ 600 000 personnes!) dans la large vallée de Yizreel,  protégée par les contreforts du Mont Carmel.

(sentiers de randonnée dans les monts du Carmel)

Des unités de guérilla seront formées avec tous ceux qui peuvent combattre. Les combattants juifs sortiront régulièrement des nombreuses grottes des monts du Carmel,

de bunkers,

et de tranchées construites par l’armée britannique


pour harceler et retarder la progression de l’armée allemande… Jusqu’à quand? Et qui viendra alors à leur aide?
Moshe Shertok s’adresse ainsi au général britannique Claude Okilinek:
Il ne fait aucun doute que si les nazis occupent la terre d’Israël, tous les Juifs de cette terre seront assassinés. L’extermination des juifs est un élément fondamental de la doctrine nazie. Les rapports de presse, récemment publiés indiquent que cette politique est brutalement mise en œuvre sans le dire. Des centaines de milliers de Juifs ont péri en Pologne, dans les Balkans, en Roumanie et dans les provinces où les Allemands ont envahi l’Union soviétique, à la suite d’exécutions massives, de déportations forcées et de la propagation de la famine et de la maladie dans les ghettos et les camps de concentration. Dans le cas d’une invasion nazie, nous savons que nous serons anéantis…

Il est clair que pour les responsables de ce projet, il ne s’agit plus de survivre mais de causer le plus de dommages à l’armée allemande. Le nom même du projet Massada sur le Carmel indique qu’ils sont sans illusion sur l’issue d’une telle bataille.

Mais, le  premier juillet 1942, le général britannique Montgomery réussit à stopper l’avance de Rommel qui avait déjà pénétré de 200 kilomètres en Egypte, et le 3 novembre, les troupes britanniques vainquent enfin Rommel lors de la bataille l’El Alamein… Les Soviétiques tiennent le coup dans le Caucase et repoussent les troupes allemandes. La population du Yishouv ne sera pas anéantie…

Aujourd’hui, on visite les fortifications du Carmel, établies par les Anglais et les Juifs en vue de résister aux Allemands…
Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse, est un aussi un épisode de la résistance juive face au nazisme

Aussi, j’ai raconté cette histoire à ma petite-fille Naama hier, jour du 10 Tevet, où nous commémorions le début du siège de Jerusalem par les troupes romaines mais où nous avons aussi récité le Kaddish pour tous les nôtres, exterminés sans qu’on sache ni quand ni où.

A bientôt,

* Les nazis en Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

*A propos des pogroms des années 30, lisez cet article de Klod Frydman:
C’était la pleine période de la « grande révolte arabe de 1936 à 1939 » fomentée par le Grand Mufti de Jérusalem nommé par les Anglais, Amine el Husseini et son groupe paramilitaire al Futuwwah appelés officiellement « les scouts nazis ». Ils semaient la terreur, assassinant et torturant les soldats anglais, les civils juifs et les démocrates arabes.
Pourquoi ne serais-je pas moi aussi un réfugié palestinien ?

* Ceux qui veulent se débarrasser des Anglais et ne rechignent pas à s’allier aux nazis comme  l’Indien, Subhas Chandra Bose, qui ira à Berlin faire allégeance à Hitler. Heureusement, Hitler le trouvera peu fiable, trop agite et inefficace.
Ceci dit, cette alliance brun-vert n’est que conjoncturelle. Comme l’avait dit Speer: « Hitler a déclaré que les Arabes sont des conquérants, mais en raison de leur infériorité raciale, ils ne pourront pas faire face a long terme 

*Un importante étude d’un historien allemand Klaus Gensicke sur les liens tres etroits entre le Mufti et le nazisme: Der Mufti von Jerusalem und die NationalsozialistenWissenschaftliche Buchgesellschaft.:
Citant des documents des procès de Nuremberg, Gensicke note également qu’au milieu de 1942, des membres des entourages respectifs de Husseini et de Gailani ont visité le camp de concentration de Sachsenhausen à Oranienburg, près de Berlin… Les détenus juifs de Sachsenhausen étaient censés avoir «particulièrement intéressé» les visiteurs, qui sont repartis de leur visite avec «une impression très positive». Gensicke, 206, note 55.

Un téléphérique à Jerusalem

Depuis longtemps la mairie de Jerusalem envisage de construire un téléphérique entre le Mont Tsion* et le Mont des Oliviers.
Evidemment l’Union Européenne, comme à l’accoutumée, a décidé de se mêler de nos affaires et bien sûr, de s’opposer formellement au projet. Déjà en 2015, des entreprises françaises, sur les conseils du Quai d’Orsay*, avaient du renoncer à participer à l’appel d’offre lancé par la municipalité de Jérusalem.
Mais maintenant, le projet est en marche: une commission colonialiste et sioniste a donné son feu vert le 4 novembre dernier: ce téléphérique pourra transporter jusqu’à 3 000 personnes par heure dans 72 cabines accueillant chacune 10 personnes.
Sur un parcours de 1,5 km, il reliera le mont Tsion jusqu’au mont des Oliviers, à l’est de la ville, en passant par la Porte des Ordures*, porte la plus proche du Kotel, puis par la cité de David et Silwan (Shilo’h). 3000 personnes par heure, cela fait beaucoup de cars de tourisme en moins, et donc moins d’embouteillages, moins de pollution, quand on sait que Jerusalem reçoit près de 5 000 000* de visiteurs chaque année.
Mais selon les Européens un tel téléphérique porterait atteinte au patrimoine et aux droits des Arabes!
A la différence des Européens et tout particulièrement de la France, Israël ne se préoccupera pas et ne se prononcera pas sur les conséquences de la prochaine construction du téléphérique urbain prévu à Toulouse. Nous n’avons pas cette arrogance…
Les Européens ne changeront pas…
Ils ne voulaient déjà pas du tramway qui traverse la ville et permet à de nombreux Yerushalmim (sans distinction de croyance ou d’origine, contrairement à ce que beaucoup écrivent) de se déplacer plus facilement sous prétexte qu’il dessert aussi les fameux territoires occupés*.
En fait pour eux un Arabe est un pauvre type qui ne doit se déplacer qu’à pied ou à la rigueur à dos d’âne. Les Européens sont des dames patronnesses qui surveillent leurs pauvres de très près au cas ou ils voudraient s’émanciper et profiter du niveau de vie des sionistes!

Mais les ignorants contempteurs et autres calomniateurs systématiques d’Israël ne savaient pas que Jérusalem a déjà eu un téléphérique…

Le 18 mai 1948, nous sommes en pleine guerre de l’Indépendance. Le Palma’h essaye en vain de libérer le quartier juif assiégé et le 28 mai, le quartier tombe au mains de la Légion Arabe. La zone du mont Tsion se trouve à l’extérieur des murailles sur la colline d’en face. Elle est toujours aux mains des Juifs et elle est en première ligne. Une étroite tranchée, partiellement couverte, permet l’acheminement de la nourriture et des blessés mais le passage est difficile et dangereux sous le feu des snipers jordaniens.

Aussi, en décembre 1948, un ancien de l’Irgoun* Uriel Heifetz* a une idée géniale: construire un téléphérique rudimentaire en remplacement de la tranchée. Jeune homme plein d’imagination, il aime trouver des solutions créatives à tous les problèmes.
Evidemment, cette idée de construire un téléphérique en pleine guerre et sous le feu des Jordaniens ne pouvait venir que de lui!…

C’est ainsi que fut tendu un câble en acier, long de 200 mètres depuis l’hôpital Saint John, maintenant hôtel du Mont Tsion, jusqu’à un second poste de l’armée.

Actionné par trois soldats à chaque extrémité, il pouvait transporter 250 kg dans la cabine et ne fonctionnait que pendant la nuit.

Pendant la journée, il était descendu au fond du ravin, caché aux yeux des soldats jordaniens postés sur les murailles de la Vieille Ville.

Le téléphérique a été utilisé régulièrement pendant environ six mois, jusqu’à la signature des accords d’armistice en juillet 1949. Il restera en place sans fonctionner jusqu’à la réunification de Jerusalem après la guerre des 6 jours.

 

Une rue de Jerusalem a été nommée נתיב הרכבל, Netiv HaRakevel, le chemin du téléphérique en l’honneur d’Uriel Heifetz et de son projet.

 

Un musée du téléphérique se trouve actuellement dans l’hôtel du Mont Tzion:

(Hotel du Mont Tsion, face au murailles)

Ni Uriel Heifetz ni les soldats en poste ne pouvaient alors imaginer que leur téléphérique surplombait la future piscine de l’hôtel.

A bientôt,

*La Porte des Ordures:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/13/la-porte-des-fleurs-ou-la-porte-des-ordures/

 

* Irgoun, en hébreu ארגון, organisation, de son nom complet Irgoun Tsvaï Leoumi, ארגון צבאי לאומי,  Organisation Militaire Nationale, parfois abrégé en I.Z.L., (acronyme lui-même lexicalisé en Etzel, אצ״ל), est une organisation armée sioniste née en 1931 en Palestine mandataire, à la suite d’une scission de la Haganah, et dirigée à partir de 1943 par Mena’hem Begin.

* https://www.europe-israel.org/2015/03/les-entreprises-francaises-sont-contraintes-dabandonner-le-projet-de-la-construction-du-telepherique-a-jerusalem/

* Je ne me suis pas trompée dans le nombre de zéros. Les six villes les plus visitées au monde en 2019 ont été Hong Kong (26,7 millions de touristes malgré les manifestations), Bangkok (25,8 millions), Macao (20,6 millions), Singapour (19,8 millions), Londres (19,6 millions), et Paris (19,1 millions).

* Uriel Heifetz:
Né à  Vienne en 1922, il a pu rejoindre la Palestine à temps avec ses parents. Membre du Betar et de l’Irgoun. En 1944, il attaque le Haut Commandement militaire britannique à Jerusalem. Arrêté et déporté dans un camp d‘internement britannique en Erythrée jusqu’en 1948, il s’arrangera pour faciliter l’évasion de nombre de ses compagnons par des tunnels qu’il aura construit à la barbe des britanniques.
A son retour, il est nomme officier de la brigade Etzion et continuera a trouver des solutions créatives pour le bien et la sécurité de l’état d’Israel.
Après la guerre d’indépendance, il continuera son travail en temps qu’officier mécanicien: Douze de ses inventions ont remporté le prix de la sécurité d’Israël pour « ses nombreuses années de dévouement et de bénévolat afin de résoudre des problèmes techniques opérationnels« . Je rajouterai et de sauver des vies car en 1974, il a réussi à sauver 17 enfants, lors du massacre de Maalot* perpétré par les terroristes du FPLP qui ont attaqué une école après avoir décimé les personnes rencontrées sur leur chemin. 22 enfants ont été tués et 68 ont été blessés. Ce faisant, Uriel Heifetz fut grièvement blessé par un des terroristes.
Paralysé, il réussit à survivre pendant 4 ans et mourut le 18 décembre 1978 a l’age de 56 ans.

Pour mémoire, le chef du commando terroriste de Maalot, Khaled Nizal, fut honoré en présence de Ma’hmoud Abbas par une stèle à Jénine que le général Yoav Mordekhai fit détruire en 2017.

Si vous lisez l’hébreu:
https://www.izkor.gov.il/%D7%90%D7%95%D7%A8%D7%99%D7%90%D7%9C%20%D7%97%D7%A4%D7%A5/en_c5dedc68195381ce75778f368fd7bd

* Le mot רככל, rakevel, qui signifie téléphérique, a été formé à partir des mots רקבת, train et כבל, câble. Lors de la construction du funiculaire de ‘Haifa en 1959, il fut officiellement validé par l’Académie de la Langue Hébraïque. Les deux mots train et câble sont eux-mêmes d’origine biblique. A l’époque du Tanakh, la racine Resh Kaf Beit, רכב, rekhev, veut dire chevaucher (Elle signifie aussi maintenant un véhicule).
Quant à כבל, Kavel, le câble, on le trouve dans le Psaume 149,8:
לֶאְסֹר מַלְכֵיהֶם בְּזִקִּים; וְנִכְבְּדֵיהֶם, בְּכַבְלֵי בַרְזֶל
Ils attacheront leurs rois par des chaînes, et leurs nobles par des câbles de fer.
Certains membres de l’Académie chipotent encore: faut-il dire Rakhebal ou Rakevel?

 

יום העצמאות שמח Bonne fête de l’Indépendance 2019

Je vous ai déjà parlé de nos Yom Haatsmaout, des porteurs de torches, du barbecue et des drapeaux flottants au vent. J’aimerais cette fois vous raconter une histoire peu connue: comment  les Juifs de Libye célébrèrent le premier anniversaire de l’état d’Israel, en 1949.

Les Juifs de Libye n’ont jamais été nombreux. Ils sont environ 35.000 en 1939. Pendant des siècles, ils vivent comme tous les autres Juifs dans le pays musulmans: ce sont des dhimmis qui doivent se soumettre aux lois discriminatoires datant du calife Omar*.
Lorsque les Italiens fascistes arrivent en Libye dans les années 20, les Juifs sentent  souffler un vent de liberté qui leur vient d’Europe, car l’idéologie fasciste italienne dans ses débuts n’a pas de composante antisémite comme le nazisme.
Mais dès 1932, les choses se dégradent. Le nouveau gouverneur Italo Balbo est partisan du modernisme et de des lumières de l’Occident. Il fait donc fouetter en place publique les commerçants juifs refusant d’ouvrir leurs magasins le shabbat, prétextant que cela n’est pas bon pour l’économie et entrave la marche du progrès. En 1938, il leur fait appliquer les lois raciales promulguées en Italie* lors d’une visite de Goering avec qui il entretient des liens d’amitié depuis longtemps.
Pendant la deuxième guerre mondiale,  la communauté des Juifs de Libye est  la plus sévèrement touchée par la répression antisémite dans toute l’Afrique du Nord: les lois raciales sont appliquées avec la plus grande sévérité et de nombreux Juifs sont déportés dans des camps de travail très durs ou beaucoup meurent de mauvais traitements. Ceux qui restent à Tripoli ne sont pas tellement mieux lotis car en plus des bombardements, ils n’ont pas droit au même rationnement que les non-Juifs et doivent en plus nourrir des réfugiés juifs de Cyrénaïque. Ceux de Benghazi se retrouvent dans un camp d’internement où les conditions de vie sont si mauvaises que plus de 500 d’entre eux mourront en moins d’une année…
Quant à ceux qui ne sont pas de nationalité libyenne, ils seront envoyés dans les camps d’extermination du Reich.

(Mémorial en souvenir des déportés originaires de Libye, dans la foret de Ben Shemen)

Les Arabes libyens se tiennent tranquilles pendant toute la guerre mais dès 1945 un pogrom éclate à Tripoli et dans toute la région, à l’instigation du mouvement nationaliste le Hizb al-Watani, pogrom qui fera 130 morts. D’autres pogroms se succéderont régulièrement pendant trois ans, dès l’annonce du plan de partage de la Palestine par l’ONU*, le début de la guerre d’Indépendance qui commence aussitôt et la proclamation de la création de l’état d’Israel. En 1949, l’Agence juive organise les départs qui se poursuivront jusqu’en 1951*.

On pourrait donc se dire que les Juifs de Libye font profil bas, mais non! Et en ce mois de mai 1949, la communauté de Tripoli décide de célébrer ouvertement Yom Haatsmout.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

Drapeau et banderoles sont hissés sur la synagogue.

(Ce drapeau, cousu en Libye, se trouve au Centre de l’Héritage libyen. Yediot A’haronot, photo Ido Erez)

Les rabbins composent des prières spéciales pour la paix de l’état d’Israel et décident aussi que les enfants nés cette semaine là devront s’appeler Israel pour les garçons et Siona pour les filles.
D’autres drapeaux faits maison sont déployés dans le quartier juif et un repas de fête communautaire est organisé.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

J’ai retrouvé une chanson en judeo-arabe, composée pour l’occasion: Pourquoi cette fête?
Le 5 du mois de Iyar, nous nous sommes réjouis petits et grands, à côté de la synagogue, le 5 du mois de Iyar notre joie est grande. Il flotte notre drapeau bien-aimé… L’ennemi nous a attaqué mais s’est envolé comme un oiseau.


(interprétée par le paytan Klimo Dos)

Il n’y a plus de Juifs en Libye. Certains sont partis en Europe, d’autres en Amérique mais la plupart sont ici et font partie de notre mosaïque israélienne.

 

 

(dessin de Shay Charka)

A bientôt,

PS: L’essentiel de la population juive partira entre 1949 et 1951. Pour ceux qui restent, leur vie deviendra de plus en plus difficile. Ils sont sans cesse harcelés par les autorités, leurs droits leurs sont peu à peu déniés, les écoles juives sont fermées, ils n’on plus le droit de vote… Au moment de la guerre des six jours, une série de pogroms fera fuir les deniers en quelques jours.

*Le calife Omar et la dhimmitude:

La dhimmitude, ou le sort des non musulmans en terre islamique

*Les lois fasciste antisémites en Italie:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_raciales_fascistes

*Le plan de partage de la Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*

 

 

A nice cup of tea?

Le mandat britannique ne dura que 30 ans mais son influence transforma la société juive de Palestine.
En 1918, après les affres de la première guerre mondiale qui fut longue et meurtrière* pour les populations civiles, enfin un pouvoir britannique « civilisé » remplace celui des Turcs qui occupaient la Palestine depuis cinq siècles. La déclaration Balfour* vient de doter les Juifs d’un Foyer National. L’ambiance est à la fête même si Churchill a fait publier le premier Livre Blanc où il déclare: il faut restreindre l’arrivée des Juifs, on ne peut  faire entrer un chat  de plus dans ce pays!
Les Anglais sont des gens éduqués, ils sont polis, tiennent la porte aux dames, boivent le thé avec distinction et s’ils ne mangent pas des kremschnitt ou du strudel, ils introduisent les scones, muffins et cakes au raisin. Bref, la bourgeoisie juive, qui ne veut pas qu’on la confonde avec ces ploucs de pionniers des kibboutzim, se pâme  pour les nouveaux occupants. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est que sa persistance à parler allemand ou russe, ou pire, son accent mitteleuropa en anglais, la rend un peu ridicule.

Je me moque mais il est vrai qu’après la cruauté des Turcs, et malgré toutes les difficultés et privations de l’époque,  l’arrivée des Britanniques les remplissait d’espoir.
Tout cela se fissurera après 1929, et surtout 1936 lorsque les Anglais prendront de plus en plus cause pour les Arabes. Mais entre temps…

Ces jours, se tient au musée de מגדל דויד (migdal David) la Tour de David  une exposition qui reconstitue ce que fut la vie d’une partie de la population de Jerusalem entre les deux guerres mondiales. Comme à chaque fois, il ne s’agit pas seulement de regarder de vieilles photos ou documents jaunis par le temps, mais d’utiliser aussi de grands écrans fenêtres qui présentent le développement culturel de la ville, de voir de petits films grâce aux nombreux I pad et même d’entrer dans une salle de cinéma, reconstituée avec ses vieux fauteuils en bois, pour revoir de vieux films comme le Magicien d’Oz. La ville comptait alors 10 cinémas. Ils ont bien sûr tous disparu sauf un, le Smadar, dans le quartier de Emek Refayim. Il se trouve dans la rue Loyd George.

La radio émettait en hébreu, en anglais et en arabe. L’une des émissions les plus prisées en hébreu commençait par: Allo, on vous parle depuis Jerusalem.
Bref, la modernité avait enfin atteint la ville que les Ottomans avaient négligée pendant des siècles:

(la célèbre actrice Hanna Rovina en 1940 à radio Jerusalem)

On pouvait assister à des concerts en plein air:

Et  les élégantes buvaient le thé en famille dans les jardins de l’église écossaise.


Tout cela est bel et bon, mais où allaient donc les soldats anglais pour siroter une bière? 
Chez Fink!
Vous trouvez ce menu sans doute très banal. Mais pour l’époque et pour une ville aussi peu cosmopolite que Jerusalem, c’était extrêmement nouveau.
Vous remarquerez que s’il y avait de quoi satisfaire les soldats britanniques ou autres étrangers, la vodka, le sliwowitz et ke Kirchenwasser étaient là pour nous rappeler que nous n’étions pas en Grande Bretagne.
Le premier propriétaire, Moshe Fink était d’ailleurs d’origine hongroise et j’ai toujours pensé que l’ambiance du bar était plus celle d’un Weinstube  que celle d’un pub.

                                                                                      (Dave Rothschild, le successeur de Moshe Fink)

Les Britanniques partirent et furent remplacés par des célébrités du monde politique et artistique. Dave Rothschild succéda à Moshe Fink, et enfin Mouli Azrieli à Dave, son beau-père.
Les amis de Mouli pouvaient venir avec leurs  enfants, qui bénéficiaient d’une protektsia  spéciale. Les enfants se tenaient très sages en dégustant le célèbre goulash  et le foi haché que leur servait Itsik, le serveur centenaire (selon mon fils) et tremblotant. Lorsque Mouli avait du temps, il leur montrait ses albums garnis de photos, autographes ou dessins collectés pendant toutes ces années. Je les ai revus avec nostalgie, lors de cette exposition.
La deuxième intifada causa la fin de Fink. Le bar  se trouvait dans le centre ville, entre les rues Ben Yehuda, King George et Yaffo qui furent la cible de nombreux attentats.
Mouli et son épouse ont prêté au musée de Migdal David tout ce qu’ils avaient gardé. Ainsi a pu être reconstitué le légendaire bar Fink.
La reconstitution est visuelle et sonore. On peut entendre le brouhaha des conversations, le tintement des verres, de vieilles chansons…

 

Mais ce n’est plus Fink, le vrai Fink hélas…

Il nous restera de ces quelques années où Jerusalem et le yishouv furent presque britanniques, le nom de la monnaie israélienne, la livre, jusqu’en 1980, l’utilisation de la langue anglaise comme langue internationale (d’autant qu’il y eu un consensus évident pour bannir l’allemand, chers aux universitaires du début du 20 ème siècle) la rue George Hamelekh (le roi George) que tout le monde appelle encore rue King George  le fromage cottage dont la recette est d’origine indienne et aussi cet ancien poste de guet aux croisement des rues ‘Aza et Tchernikhovsky, décoré il y a peu de horse-guards…

A bientôt,

*La première guerre mondiale:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/27/le-yishouv-en-guerre/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

*La déclaration Balfour:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/08/lord-balfour-ecrit-une-lettre/

*Dans les albums de Mouli, on peut voir les autographes ou dessins de Marc Chagall, Leonard Bernstein, Isaac Stern, Kirk Douglas, Michael Douglas, Arthur Rubinstein,  Romy Schneider, Vittorio De Sica, Danny Kaye, John Steinbeck, Martha Graham, Claude Lanzmann, Harold Pinter, Zubin Mehta,  Shirley MacLaine…sans compter  Teddy Kollek, Golda Meir, Yitzhak Rabin, Shimon Peres, Ariel Sharon et Bibi.

 

 

Une guerre d’usure…

Vous n’avez peut-être pas entendu parler de ce qui se passe à la limite de la bande de Gaza depuis bientot 6 mois.
Les émeutes le long de la frontière se multiplient. Contrairement à ce que nous raconte la presse occidentale, ce sont tout sauf des manifestations pacifiques: Des tentatives de pénétration, des jets de pierres et de grenades, des cocktails Molotov et des ballons incendiaires ou armés d’explosifs et cela tous les jours… Tous les jours aussi les incendies qui détruisent les récoltes et les réserves naturelles. Dans ces réserves depuis plus de 70 ans, Israel essaye de réimplanter la faune et la flore chassées par la désertification. Mais ce n’est pas tout: la fumée des incendies et celle des centaines de pneus qui sont brûlés tous les jours du côté gazaoui causent des problèmes respiratoires aux habitants des kibboutzim et moshavim frontaliers.

Voici un extrait d’un reportage de la télé sur la chaîne 20 d’avant-hier, mardi:
Elie Ben David du kibboutz Kerem Shalom,  nous parle d’une journée « ordinaire », où on entend les hurlements, ponctués de Allah ou Akbar des dizaines de milliers de Gazaouis qui essayent de pénétrer sur le territoire israélien:
– A certains moments, on ne voit presque plus le soleil derrière la fumée. Maintenant nous sommes recouverts de gaz lacrymogène, nous portons des masques.
A ses côtés, Roni Kizin, elle-aussi habitante du kibboutz:
– Ces temps, ils se déchaînent, surtout la nuit

Ils hurlent à côté de nous, nous envoient des engins explosifs, nous entendons des insultes, ils menacent de nous égorger.
Nous avons des difficultés pour respirer. Tous les vendredis après-midi (après les prières à la mosquée) cela empire. On ne peut pas sortir et nous recevons d’ailleurs des informations nous demandant de rester enfermés chez nous, de glisser des serpillières mouillées le long des portes et de calfeutrer les fenêtres comme au temps de la guerre du Golfe. De toute manière, dehors il est si difficile de respirer; le nez brûle, notre gorge brûle, nos yeux pleurent. Mais même dans les maisons il est très difficile de respirer. L’air est tellement épais et dégoûtant et ces gaz sont nocifs. J’ai du recevoir des soins à l’hôpital car je me trouvais en grande difficulté respiratoire. 

Ces émeutes sont devenues le cauchemar des habitants du sud et en particulier de ceux des kibboutzim frontaliers.
Pendant longtemps, ces gens se sont tus. Ils ne voulaient pas que le ‘Hamas se sentent pousser des ailes en entendant leurs difficultés, mais maintenant, ils n’en peuvent plus: le volume des fumées toxiques représente chaque jour l’équivalent de deux mois de pollution dans la ville de ‘Haifa où se trouvent des raffineries.
– Nous avons fait preuve de patience mais finalement nous nous sommes tournés vers les autorités, on nous a fait la promesse que cela sera traité. Mais quand?
Nous sommes sur la ligne de front…
Tous les jours plusieurs incendies font rage, les pompiers, les volontaires se relaient sans fin
Ces jours-ci on peut parler d’une escalade dans la violence chez les Gazaouis. Ceci pour plusieurs raisons.
– Le ‘Hamas se débat dans de grandes difficultés financières même s’il utilise la manne étrangère à des fins terroristes. Il est pressé par l’Egypte qui voudrait obtenir une réconciliation avec le Fata’h dont Ma’hmoud Abbas ne veut pas. Ce dernier ne paye plus aucune facture, ni aucun salaire à Gaza. Ma’hmoud Abbas est d’ailleurs intéressé à ce que nous entrions dans une confrontation armée avec le ‘Hamas pour l’en débarrasser.
– Le ‘Hamas est aussi pressé  par le Djihad Islamique qui veut prendre sa place. Il est donc forcé de montrer ses muscles pour combattre l’influence du Djihad sur ses troupes et se laisse entraîner dans une surenchère sans fin.
Demain, vendredi après-midi, le ‘Hamas et le Djihad continueront leur compétition le long de la barrière: à qui enverra le plus d’émeutiers? Qui sera le plus violent?

Pour le moment qui paye en fin de compte les combats internes entre le ‘Hamas, le Djihad et l’Autorité Palestinienne de Ramallah?
C’est Israel et en particulier les habitants de Otef Aza (bordure de Gaza) et les soldats stationnés le long de la barrière qui sont obligés eux aussi de respirer cette horreur.
PS Ce soir, c’est le tour du kibboutz Saad:

A bientôt