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כִּי הִנֵּה כַּחֹמֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר בִּרְצוֹתוֹ מַרְחִיב וּבִרְצוֹתוֹ מְקַצֵּר כֵּן אֲנַחְנוּ בְיָדְךָ חֶסֶד נוֹצֵר לַבְּרִית הַבֵּט וְאַל תֵּפֶן לַיֵּצֶר
Comme l’argile dans la main du potier qui l’étale ou le raccourcit, oui nous sommes dans ta main…

Ce piyout* est l’un des points culminant de l’office de Yom Kippour. Il se chante en ouvrant  les portes de l’arche sainte.
Dans chaque strophe, le poète anonyme, qui s’inspire d’un texte du prophète Jérémie*, nous compare à un matériau dans la main du Créateur: une pierre dans la main du tailleur de pierres, un couteau dans la main de l’artisan, le gouvernail dans la main d’un marin…
Israel est le matériau du Créateur, il est fait de matière comme l’argile mais n’est pas que ça. Il doit choisir à tout instant entre le bien et le mal.

La mélodie la plus célèbre de ce  piyyout fut composée par le rav Shalom Haritunov qui vivait au 19 ème siècle en Ukraine. Mais elle a souvent pris le pas sur le piyut lui-même, elle se chante en nigun, une mélodie sans paroles. Le nigoun est une prière en soi. Les nigounim nous accompagnent de génération en génération. Toujours en mode mineur*, et à l’opposé des chants choraux occidentaux bien calibrés, ils sont l’expression d’une notre inquiétude face à l’adversité, d’un trop plein de douleur mais aussi d’espoir en dépit de tout. Ils s’expriment dans un rythme lent, presque hypnotique où se balancent l’âme et le corps. Rien de religieux au sens classique du terme. Le nigoun concerne chacun d’entre nous quand notre âme déborde.

Dans la vidéo ci-dessous, le soliste a annoncé le titre du piyut Comme l’argile dans la main du potier, il est évident que le public le connait mais il ne chante pas les paroles. Il se laisse bercer par la mélodie*.

Cette mélodie est devenue un nigoun des Juifs de Palestine, pendant les pogroms des années 30 sur lequel Emanuel  Novogarbelski a écrit une berceuse, pour la naissance de son fils Avner.
La situation est grave – la grange brûle à Tel Yossef et on voit la fumée sur Beit Alfa – mais les enfants doivent dormir, leurs parents montent la garde. Demain, ils iront avec eux travailler et reconstruiront leur moshav.

Dors mon fils, repose-toi, ne pleure pas, Ta mère est assise à côté de toi et te protège de tout mal. Dehors les hyènes hurlent et le vent souffle mais toi, mon petit garçon, endors-toi. Le matin viendra très vite, il ne faut pas paresser, demain, il faudra travailler.
Demain ton père sortira labourer, il tracera des sillons. Quand tu grandiras, la tète droite, vous sortirez dans les champs. Tu grandis en Eretz Israel, dans la joie et dans l’effort, tu travailleras comme ton père. Tu planteras dans les larmes et récolteras dans la joie*. Alors, pour le moment, écoute ta mère et endors-toi. La nuit est froide, les renards aiguisent leurs dents mais ton père monte la garde, il ne dort pas. Le jour il travaille, la nuit il garde la grange, tu grandiras et seras fort et tu garderas avec lui.  Couche-toi mon fils, n’aie pas peur, tout le moshav est en alerte. Ta mère aussi monte la garde, elle te protège, Avner. La grange brûle à Tel Yossef et de Beit Alfa monte une fumée, ne pleure pas, endors-toi. Cette nuit, le feu dévore la ferme et la paille. Il est interdit de désespérer, demain nous recommencerons à nouveau. Demain, il faudra poser les fondations, ton père construira  une maison pour son fils. Tu grandiras, tu l’aideras et vous la construirez ensemble.

Si, dans le piyyut original, l’homme est considéré comme un matériau dans les mains du Créateur, dans ce deuxième texte, c’est de lui qui est responsable de la sécurité du bébé et de celle du moshav et c’est lui qui doit travailler pour le construire et le reconstruire.

Alors que j’écris cet article, j’apprends qu’un attentat a eu lieu à Har Hadar, une localité dans les collines, sur la route qui mène à Tel Aviv. Trois Israéliens ont été assassinés: Solomon Gavriyah, 20 ans, garde-frontière, Youssef Ottman, 25 ans, d’Abu Ghosh, et Or Arish, 25 ans, de Har Adar.
Youssef Ottman et Or Arish étaient des gardes de sécurité civils. ה’ ינקום דמם

 

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Gmar Hatima Tova
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A bientôt,

*Piyout:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/piyout/
Pour ceux qui veulent le texte de ce piyout:
http://old.piyut.org.il/textual/168.html

* Texte de Jérémie 18,6
« Ne pourrais-je pas agir à votre égard, Maison d’Israel, à la façon de ce potier? Certes vous êtes sous ma main comme l’argile sous la main du potier »

*Les nigunim sont en mode mineur: on raconte que les Juifs polonais et russes furent impressionnés par les chants de l’armée napoléonienne. Ils les adoptèrent mais les firent passer du mode majeur au mineur qui nous convient mieux. 

*Chez nous, quand on fredonne on ne dit pas la la la mais daï di di daï

* Le poète Emanuel  Novogarbelski (1903-1979) né à Nikolayev, en Russie, écrivait sous le nom de Emmanuel Harussi (Emmanuel le Russe)

* D’après les Tehilim (126,5) « Eternel, ramène nos captifs, Comme (tu ramènes)  les ruisseaux dans le midi! Ceux qui sèment avec larmes moissonneront dans la joie. Celui qui marche en pleurant, quand il porte les grains. récolte dans l’allégresse ».

 

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Yom Hazikaron 2017

Lundi nous célébrons à nouveau à une triste commémoration: le Yom Hazikaron (jour du souvenir) consacré aux soldats et civils victimes des guerres et du terrorisme.

Le ministère de la Défense publie comme chaque année les chiffres officiels et ces chiffres augmentent chaque année: le nombre de soldats, policiers et gardes tombés en service est de 23 544 depuis l’année 1860. Ce décompte a commencé au moment où les Juifs de Jerusalem ont pris leur sécurité en main*. Cette année, six nouvelles victimes sont à rajouter et de plus, 37 blessés sont morts de leurs blessures reçues au combat. Pour chaque mort, une famille, une veuve, des orphelins… Les parents isolés et âgés sont escortés et aidés lors de leur visite au cimetière le jour de Yom Hazikaron par les jeunes des mouvements de jeunesse.

La semaine dernière, a été inauguré sur le Mont Herzl a Jerusalem, le Hall du Souvenir pour les soldats tombés au combat. Sur le mur extérieur, cette citation du prophète Jérémie:
« Ephraïm est-il donc pour moi un fils chéri, un enfant choyé, puisque, plus j’en parle, plus je veux me souvenir de lui? Oh! oui, mes entrailles se sont émues en sa faveur, il faut que je le prenne en pitié, dit l’Eternel. »
הֲבֵן יַקִּיר לִי אֶפְרַיִם, אִם יֶלֶד שַׁעֲשֻׁעִים–כִּי-מִדֵּי דַבְּרִי בּוֹ, זָכֹר אֶזְכְּרֶנּוּ עוֹד; עַל-כֵּן, הָמוּ מֵעַי לוֹ–רַחֵם אֲרַחֲמֶנּוּ, נְאֻם-יְהוָה

A l’intérieur du monument, un chemin serpente vers le haut en spirale. Les noms des soldats tombés aux combats et les dates de leur décès sont inscrits sur les briques qui bordent le mur du chemin de 260 mètres. Chaque jour, sont affichées des photos et des informations sur les soldats qui ont été tués ce jour-là de l’année et une bougie est allumée à leur mémoire .
Les visiteurs peuvent localiser la pierre qui concerne leur proche grâce aux ordinateurs placés le long du chemin et obtenir ainsi des informations à son sujet.
Le directeur du Mémorial, Arieh Muallem, a déclaré: « Nous devons nous souvenir de chacun d’eux, et nous nous souviendrons d’eux personnellement en allumant une bougie le jour anniversaire de leur décès. C’est important pour les parents qui vieillissent de savoir que leurs fils ne seront jamais oubliés« . 

La plupart des soldats tombés au combat sont Juifs mais pas tous: certains sont druzes, chrétiens ou musulmans.

(Yom hazikarone au village druze de Julis)

L’un des soldats mort pendant la guerre d’Indépendance a eu un destin très particulier. Sur sa tombe au cimetière militaire de Netanya, on peut lire: Barukh Mizra’hi né à Tzfat en 1926, tombé au combat en 1948.

Il est aussi écrit qu’il était le fils d’Avraham et de Sarah.
En fait, il s’agit d’Avraham avinou  et de Sara’h imenou *: c’est  la tombe d’un גר צדק (guer tsedek) ou jeune homme converti au judaïsme.
Barukh Mizra’hi est né Hamuda Abu al-Einein , fils de Mahmoud et Fatima.

La famille Abu al-Einein est une riche famille de Tsfat, connue pour son combat en faveur du pan-arabisme*. Ses parents l’envoient cependant étudier à l’école de l’Alliance Israélite de Tsfat, considérée comme la meilleure école de la ville. Ses amis sont tous Juifs et ‘Hamouda change d’opinion au sujet des Juifs et du sionisme. Les relations avec son père alors deviennent très difficiles. Les menaces et les coups n’y changent rien. Il quitte la maison alors qu’il n’est qu’un adolescent, part à ‘Haifa et décide de se convertir au judaïsme. Les rabbins du tribunal rabbinique hésitent: il est certes sincère mais il est mineur. Ceci dit, s’ils le renvoient dans son milieu d’origine, il se fera assassiner par sa famille pour apostasie. ‘Hamouda obtient finalement gain de cause et est converti en prenant le prénom de Barukh. Le tribunal rabbinique de ‘Haifa l’inscrit aussi sous le nom de famille assez courant de Mizra’hi* pour sa sécurité.

Vivant cependant dans une certaine clandestinité, il s’engage auprès de l’Etzel* dont les membres sont pourchassés par les Anglais.
Son groupe est arrêté après une action contre l’armée britannique. Il est déporté en Érythrée. Là, la sécurité du camp est confiée à des gardes soudanais musulmans qui aiment faire des cartons sur les prisonniers. Barukh est gravement blessé. Persuadé de sa mort prochaine, il fait jurer à ses camarades de l’enterrer en Israel, le jour où ce sera possible. Il survit et peut enfin rejoindre en Israel en 1948.
Malheureusement  le pays est en pleine guerre. Comme il parle arabe,  il est envoyé comme agent de renseignements en Samarie et est tué à Sa Nur* à l’âge de 22 ans.

En 1968, Mena’hem Begin fera rechercher sa dépouille qui est enterrée au cimetière militaire de Netanya.
Le conseil de Judée-Samarie a décidé cette année d’honorer particulièrement sa mémoire.

 

A bientôt,

* La garde juive de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/19/la-garde-juive/

* Avraham Avinou et Sarah Imanou (Avraham notre père et Sarah notre mère): il s’agit du couple biblique Avraham et Sarah, considérés comme les parents des convertis.

* Le clan Abu al-Einein était lié aux Frères Musulmans. En 1938, un de ses membres avaient appelé à expulser tous les Juifs de Palestine y compris les médecins (Certains palestiniens minoritaires envisageaient de permettre aux seuls médecins juifs, réputés efficaces, de vivre en Israel pour le bien de la population musulmane!!!).  Actuellement, l’un des conseillers de Mahmoud Abbas s’appelle Sultan Abu al-Einein.
http://palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=8934
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=18259
http://palwatch.org/main.aspx?fi=90&doc_id=9101


* Etzel: organisation de défense juive pendant le Mandat britannique, plus ancienne que la Haganah et acquise aux idées de Jabotinsky. L’Etzel fut incorporée à la nouvelle armée juive au début de la guerre d’Indépendance.

* Le nom de Mizra’hi est en effet assez courant mais en plus, il signifie oriental, ce qui convenait à ce jeune homme.

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/
http://eng.shimur.org/etzel-tashach/

* Sa Nur: Village de Cisjordanie proche de Jenin en Samarie. Les accords d’armistice de Rhodes en 1949, concédèrent la Judée et la Samarie à la Jordanie.
En 1978, les Israéliens construisirent une implantation du même nom, שא נור (Sa Nur), lève la flamme, mais elle fut démolie en 2005 dans le cadre du désengagement de la bande de Gaza.

 

Des « Livres Blancs » mais pas très propres

J’avais intitulé mon article du 29 février: « Désarrois juifs dans l’entre deux guerres »*.
Dans les années 30, les Juifs du Yishuv* voient leurs conditions de vie et leur liberté être restreintes chaque jour un peu plus. Les Anglais les empêchent de s’installer et de se défendre alors que les Arabes sont de plus en plus agressifs et violents.
Comme vous les savez, la guerre éclate à la fin de l’été 1939. Les juifs du Yishuv sont alors totalement séparés de leur famille restée en Europe ou en Afrique du Nord.
Or, quelques mois avant le début de la guerre, les Anglais ont publié leur troisième Livre Blanc.

British White Paper of 1939

Dès l’année 1922, un premier Livre Blanc avait déjà:
-restreint le territoire destiné au Foyer Juif, en donnant à l’émir Abdallah* le contrôle des terres situées à l’est du Jourdain, qu’ils nommeront Transjordanie.
-restreint l’immigration juive en posant comme condition première à l’immigration que les candidats aient des moyens d’existence suffisamment élevés.
-décidé que la Palestine ne pouvait être conçue comme une entité politique exclusivement juive.

Palestine_et_Transjordanie_(1922_-_1948)

Le deuxième Livre Blanc avait été publie le 21 octobre 1930 après les émeutes sanglantes de 1929 et le pogrom d’Hebron.
Celui-ci allait encore plus loin, car le gouvernement britannique y remettait en cause le principe même de l’immigration juive tout en  favorisant celle des Arabes et leur priorité à l’emploi, y compris dans les institutions juives. A un moment où les Juifs allemands cherchaient désespérément à fuir leur pays, le nombre de certificats d’immigration accordés était inférieur au nombre de demandes.

Quant au troisième Livre Blanc, promulgué de 17 mai 1939:
-Il limite la vente de terres  aux Juifs. Dans certains endroits, elle est complètement interdite comme en Samarie, à Gaza ou dans la région de Beer Sheva. Dans le reste du Neguev et la vallée du Jourdain elle est autorisée au compte-goutte et reste libre à Tel Aviv ou Haïfa.
-Il interdit presque entièrement l’immigration juive: seuls 75 000 Juifs pourront s’installer en Palestine de façon à ce que le nombre de Juifs ne représente que le tiers de la population locale. Alors que, dans le même temps,  celle-ci augmente grâce à un afflux de musulmans favorisés par les lois britanniques et attirés par des perspectives économiques bien meilleures que dans leur pays d’origine.
-Déclare enfin que l’immigration juive devra ensuite être soumise au consentement des Arabes et du gouvernement arabe en devenir.
Les Anglais confirment donc ce qu’ils avaient écrit dans le premier Livre Blanc et y disent très clairement qu’ils ne veulent pas d’un état juif en Palestine.

Ce troisième Livre Blanc est promulgué sans état d’âme par le gouvernement britannique alors que:
-Les émeutes anti-juives battent leur plein en Palestine depuis déjà trois ans sous l’impulsion du Grand Mufti de Jerusalem, Hadj Amin Al Husseini, qui suit les directives nazies contre les Juifs dans tout le Moyen-Orient.
-En Europe, les Juifs allemands sont victime des lois raciales et ceux qui sont d’origine polonaise ont été déjà expulsés à l’est. Les Juifs autrichiens sont pris dans la nasse à cause de l’Anschluss. Les Juifs polonais, roumains, hongrois vivent sous des régimes dictatoriaux et antisémites. Tous ceux qui ont pu fuir en Europe occidentale se retrouvent apatrides du fait que ces pays là, ainsi que l’Italie fasciste, ne renouvellent pas les passeports de leurs ressortissants juifs réfugiés à l’étranger, appliquant ainsi leurs lois raciales.

Les Juifs de Palestine regardent alors les Britanniques comme leurs ennemis. Cependant tous ne le sont pas.
En 1936, un officier anglais, le Major Orde Wingate, considéré comme profondément excentrique, est sioniste: Il parle non seulement l’arabe mais aussi l’hébreu! Il fonde les Special Night Squads ou SNS : 4 sections totalisant 200 hommes dont 150 servent déjà dans la police juive: Les Notrim*. Ils effectuent des missions de nuit – d’où leur nom – pour protéger les kibboutzim isolés, principalement en Galilée, mais aussi l’oléoduc de l’Irak Petroleum Company qui alimente le port de ‘Haifa.
Wingate est un représentant du sionisme chrétien pour qui les Juifs doivent retourner sur leur terre afin de hâter la venue du Messie. Considéré comme un héros par les Juifs de Palestine, il les entraîne à se battre comme une armée moderne et les encourage aussi moralement. Les Juifs du Yishuv le désignent par son surnom הידיד (Hayedid) l’Ami. Certains disent que le cri de ralliement des officiers israéliens au combat « אחרי (a’haraï), après moi, était celui de Wingate.

orde wingate

Tout cela provoque la colère de ses supérieurs qui le mutent en 1939. Sur son passeport sera inscrit: »“The holder of this passport is not allowed to enter Palestine or Trans-Jordan”, le titulaire de ce passeport n’est pas autorisé à entrer en Palestine ou en Transjordanie »*
Son souvenir est resté vivace en Israel. Le Centre National Israélien pour l’Education physique et le Sport a été nomme le Wingate Institut en souvenir de l’Ami, le Major Orde Wingate.

Wingate Institut

Mais en fait, malgré quelques amis comme Orde Wingate, les Juifs de Palestine se sentent impuissants, à la merci d’un pouvoir britannique de plus en plus en faveur des Arabes .Que peuvent-ils faire?
Ils manifestent! Pour ce que cela vaut!
Je me souviens de toutes les manifestations auxquelles j’ai participé en France pour les refuznik, pour Israel… Elles ne servaient qu’à nous donner un sentiment curieux: d’un côté nous étions là, entre nous, et c’était chaleureux. D’un autre côté, nous étions là, seulement entre nous, et c’était effrayant de solitude.

manifestation a Jerusalem contre le Livre Blanc de 1939(Manisfestation à Jerusalem)

Heureusement, les Juifs du Yishuv ne font pas que manifester. Ils s’engagent de diverses manières, luttant et espérant échapper au sort des Juifs prisonniers en Europe et obtenir un jour un état juif.


Dans la vidéo ci-dessus, Fred Dunkel a filmé les troupes juives, habillées de bric et de broc: Dans le camion ouvert se trouve un jeune soldat, Moshe Dayan*.
Le chant est un poème de Nathan Alterman: זמר הפלוגות, le Chant de plougot (bataillons)

Nombreux sont ceux qui rejoignent la Haganah, d’autres s’enrôlent dans l’Irgoun. Certains vont s’engager dans l’armée britannique. A contre-cœur les Anglais acceptent de créer 15 bataillons palestiniens qui seront incorporés à l’armée britannique en septembre 1940 et seront chargés de participer à la défense stratégique du Moyen-Orient*.

En parallèle, le Yishouv organise depuis 1934  l’alyia clandestine, עליה ב (Alyia Bet), pour contrer les quota d’immigration.

affiche haapala

Sur cette affiche, il est écrit la première phrase du poème de Yehuda Halevy: Sion ne te soucieras-tu pas du sort de tes captifs?

Les Juifs du Yishuv refusent le qualificatif d’immigration illégale. Ils préfèrent celui de clandestine ou mieux celui de  העפלה (Haapala) l’ascension. Les nouveaux arrivants ne sont pas considérés comme des réfugiés mais comme des מעפילים (maapilim) des grimpeurs, avec toujours et encore cette idée de עליה (aliya) montée en Eretz Israel,  mais en même temps, de  renforcement de la population du yishuv. La racine עפל signifie autant fortifier, renforcer que grimper.

A bientôt,

* Désarrois juifs dans l’entre-deux guerres:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/

*Yishuv: établissement des Juifs en Palestine avant 1948

*l’emir Abdallah: Abdallah bin al Hussein, né à la Mecque en 1882, émir de Transjordanie de 1921 à 1946, puis roi de Transjordanie de 1946 à 1949 sous le nom d’Abdallah Ier puis roi de Jordanie jusqu’en 1948, arrière grand-père du roi Abdallah II de Jordanie

* Lois raciales en Allemagne: 1935, en Italie:1938, en Autriche: 1938, en Slovaquie et en Hongrie: 1939…
« By 1938, Germany and Austria did not stand alone in Europe in terms of the enactment of anti-Semitic laws. Anti-Semitic laws found a home in Bulgaria, Hungary, Poland, Romania, and Slovakia. Finzi6 notes that in Poland, which contained one of Europe’s largest Jewish communities, the 1930s ushered in a systematic economic boycott of many Jewish producers and a series of prohibitions excluding Polish Jews from several occupations and educational opportunities. In Romania, the formation of the Goga-Cuzist government following the December 1937 national elections produced Europe’s second anti-Semitic regime. »Cambridge University Press 0521773083 – Roots of Hate: Anti-Semitism in Europe before the Holocaust William I. Brustein

* Les Notrim נוטרים,  gardes, était une force de police juive qui fut fondée par les Britanniques. Ses membres faisaient pour la plupart également partie de la Haganah et contrevenaient souvent aux directives britanniques

* Orde Wingate sera envoyé en Afrique. Il créera la « force Gédéon » en souvenir du héros biblique qui réussit avec une toute petite armée à défaire les troupes plus nombreuses des Madianites: Avec seulement 1700 hommes, il capturera en Ethiopie plus de 20 000 Italiens. Il sera envoyé ensuite en Asie où il créera les Chindit, qui combattront les Japonais derrière les lignes ennemies. Il mourra dans un accident d’avion en 1944 en Inde.

* Les unités juives combattent aux cötés des Alliés en Grèce en 1941 : 100 Juifs palestiniens sont tués et 1 700 faits prisonniers par les Allemands. Le 6 août 1942, l’armée britannique constitue un régiment palestinien à partir de trois bataillons juifs et d’un bataillon arabe. Ce régiment combat en Egypte et en Afrique du Nord.

*Moshe Dayan (1915-1981) engagé dans la Hagana en 1938 à l’âge de 14 ans, il perdra son œil dans un accrochage avec les troupes de Vichy le 7 juin 1941

Le 30 novembre

En juin 2014, l’état d’Israel a promulgué une loi désignant le 30 novembre comme jour commémoratif de l’exode volontaire ou non de la majorité des Juifs vivants dans les pays arabes, soit un peu moins d’un million de personnes*.

Les exactions contre les Juifs en tant que dhimmi sont une constante dans le monde arabo-musulman. Elles s’intensifient cependant à partir du 20 ème siècle, au moment où l’empire ottoman se délite et où les populations locales rêvent d’une indépendance pour la Oumma.
J’ai déjà  rendu compte dans plusieurs de mes articles* de l’atmosphère de terreur orchestrée dès les années 30 par les nationalistes arabes et dans certains cas leurs amis nazis ainsi que des pogroms et autres exactions. Ces dirigeants arabes rêvaient d’independance sans cependant accepter que leurs dhimmis juifs soient citoyens de plein droit  mais surtout, ils ne pouvaient accepter que ce même dhimmi soit souverain dans son propre pays, fusse -t- il sur le tout petit territoire prévu  pour le Foyer National Juif.

Voici une sélection de faits et chiffres concernant les persécutions, exactions et pour finir expulsions des Juifs vivant en terre d’Islam:

En Egypte: L’Egypte est indépendante depuis 1922 mais restée sous tutelle britannique. Dès 1945, les Juifs sont victimes de mesures discriminatoires, telles que l’exclusion de la fonction publique ou la mise sous tutelle des écoles juives. Dès 1947, une loi exige que 75 % des employés soient de « vrais égyptiens », de nombreux Juifs se retrouvent donc sans ressources. Des émeutes, pillages et assassinats ont lieu dans de nombreuses villes et, en mai 1948, un millier de Juifs est interné pour sionisme. En février 1949, leurs biens sont mis sous séquestre. En 1950, les Juifs sont déclarés « sionistes et ennemis de l’état ». Les 40 000 Juifs autochtones deviennent alors apatrides. Ils peuvent quitter le pays  en signant qu’ils acceptent la confiscation de leur biens. Un petit répit est accordé à ceux qui bénéficient d’une nationalité étrangère mais eux aussi seront expulsés en 1956. Quant à ceux qui restent encore dans le pays, ils seront arrêtés au moment de la guerre des 6 jours en 1967, internés dans des camps et torturés pendant plus de trois ans. Les mêmes exactions se reproduiront en 1973 pour les quelques centaines, en général des gens âgés, qui vivent encore dans le pays.
La communauté juive égyptienne a complètement disparu.

Egyptian_Alexandria_Jewish_girls_during_BatMitzva

(cérémonie de Bat Mitsva à Alexandrie. Les robes de petites filles sont celles des premières communiantes d’autrefois en France!)

En Irak: Dès les années 20, le nationalisme arabe y est déjà fortement antisémite. Dès 1934, les Juifs irakiens ne peuvent plus être fonctionnaires, puis les dirigeants communautaires juifs sont obligés de publier des déclarations antisionistes. Cela ne suffit pas et de nombreux juifs sont assassinés. Dès 1937, l’influence nazie devient prépondérante et les persécutions redoublent. Elles verront leur apogée avec le grand « Farhoud » (pogrom) de Bagdad en 1941* où de nombreux Juifs seront assassinés, violés, mutilés. Dès 1948 les Juifs irakiens n’ont plus le droit de quitter le pays et leurs comptes sont bloqués. En mars 1950, une loi de dénaturalisation est promulguée permettant aux Juifs d’émigrer mais un an plus tard, ceux qui ont été « dénaturalisés » et se sont retrouvés sans papiers et sans pouvoir partir, sont spoliés de tous leurs biens. Pour les sauver, Israel organise alors une opération complexe d’exfiltration, l’Opération Ezra et Néhémie. En 1958, pour les quelques milliers qui y restent encore, les mesures se durcissent à nouveau: des cartes d’identités spéciales de couleur jaune leur sont attribuées. En janvier 1969 , ont lieu les fameuses pendaisons de Bagdad: quatorze Irakiens – dont neuf Juifs – sont pendus en public à Bagdad, place de la Libération, pour « complot sioniste » en présence d’une foule surexcitée de 200 000 personnes. Il est interdit de décrocher leurs cadavres pendant plusieurs jours.
La communauté juive d’Irak a complètement disparu.

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(A Or Yehuda, stèle commémorative pour les neuf Juifs pendus à Bagdad)

En Iran: Les Juifs d’Iran sont les descendants de ceux qui ne sont pas retournés en Eretz Israel après la promulgation du décret de Cyrus en 516 avant l’ère chrétienne. Là encore, la communauté juive a été victime de mauvais traitements tout au long de son histoire. Très occidentalisés depuis le début du 20 ème siècle, les Juifs d’Iran ont pourtant beaucoup apporté au pays. Depuis la révolution islamique, ils sont tenus en laisse. Officiellement, ils sont une minorité reconnue et ont comme telle un représentant au Parlement, mais dans leur vie quotidienne ils doivent se montrer très discrets et surtout hurler plus fort que les loups quand il s’agit d’Israel. En fait, il n’y a que sous la dynastie des Pahlavi* qu’ils ont pu, comme les autres minorités, mener une vie normale: l’Iran était même à ce moment là un lieu de transit pour les Juifs du sud de l’Irak en partance pour Israel. Des 100 000 Juifs iraniens de la fin des années 40, il n’en reste que 8756.

Brit Mila Shiraz

(Brit Mila à Shiraz dans les années 20)

En Libye: Dans les années 20 et 30 les Juifs de Libye sont très concernés par le sionisme: de nombreux cours d’hébreu s’ouvrent à Tripoli. Malheureusement, il ne partent pas à temps et doivent subir l’occupation allemande jusqu’en 1943. A ce moment là, arrivés avec les troupes britanniques, les soldats de la Brigade Juive de Palestine multiplient les aides aux juifs libyens. Mais les Anglais y mettent vite un frein de peur de mécontenter les Arabes. En 1945 éclate le pogrom de Tripoli qui se propage dans toute la région. Si ce pogrom  est l’élément déclencheur de l’alya, il n’en est pas le seul. Il faut aussi mentionner les émeutes qui suivent en particulier à Benghazi et dans toute la Cyrénaïque.
Entre 1945 et 1952, 90% des Juifs quitteront la Libye pour Israel. Les 10% qui restent devront vivre sous des mesures discriminatoires: fermeture des écoles, boycott, droit de vote retiré aux Juifs, saisie des biens fonciers etc.. Et bien sûr, les pogroms recommenceront au moment de la guerre des 6 jours et la guerre de Kippour… Quand Kadafi arrive au pouvoir, la Libye ne compte plus que 600 Juifs. Pour lui, c’est 600 de trop! Il s’acharnera  à effacer toute trace de présence juive dans son pays: destruction des cimetières, transformation de synagogues en mosquées… Un véritable défoulement de haine antisémite dans un pays sans Juifs aujourd’hui.Juifs de Lybie et le drapeau sioniste

 

En Syrie: les Juifs de Syrie sont eux aussi victimes de pogroms et d’exactions des les années 30 sous l’influence des islamo-nazis irakiens. Dès 1946, les fonctionnaires juifs sont licenciés et en 1947, après la déclaration de l’ONU sur le partage de la Palestine du 29 novembre, éclatent les pogrom d’Alep , puis ceux  de Damas en 1949.

ruines de la synagogue d'Alep en 1947

(Ce qui est reste de la synagogue de Damas après l’attentat à la bombe en 1949)

Et puis, c’est toujours le même scénario: confiscation des biens, exactions en tous genre, interdiction de sortir du pays. Une bonne partie des Juifs a déjà fui clandestinement en 1947. Pour ceux qui ne sont pas partis la situation devient intenable, surtout à partir de la guerre des 6 jours. Ceux qui fuient sont souvent repris, torturés et tués comme ces 4 jeunes filles, les sœurs Zeibak et leur cousine dont les corps furent retrouvés dans une grotte.

Les 4 jeunes filles assassinees

En 2014, il ne restait que 22 juifs en Syrie sur les 30 000 que comptait cette communauté en 1948. Ils viennent d’être exfiltrés en Israel.

Au Liban: le Liban a toujours eu une toute petite communauté juive qui vivait comme les autres son état de dhimmitude. Dans les années 40, elle voit arriver un afflux de réfugiés en provenance de Syrie et d’Irak. Là encore,  la décision de l’ONU puis la proclamation de l’état d’Israel obligent les Juifs libanais à faire profil bas et à se refermer sur eux-mêmes pour ne pas se mettre en danger. Angoisse, insécurité et pessimisme deviennent le quotidien des Juifs libanais même s’ils ne vivent pas de pogroms. Certains sont très sionistes comme Shulamit Kishik Cohen, qui avait grandi à Jerusalem et avait suivi son mari à Beyrouth. Elle espionnera pour le compte d’Israel. Arrêtée, torturée et mise en prison, elle sera finalement libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers. Les Juifs libanais partiront surtout après le début de la guerre civile en 1975. Là encore, il n’y a plus de communauté juive libanaise.

Shulamit Kishik Cohen

                                                                                                     (Shulamit Kishik-Cohen)

Au Yemen: Les Juifs yéménites sont déjà pour partie arrivés en Palestine à la fin du 19 ème siècle. On raconte même qu’ils s’organisent en syndicat ouvrier avant les Russes! Au Yemen, leur situation est catastrophique. En plus d’être soumis aux lois classiques de dhimitude comme dans les autres pays musulmans, ils le sont à deux lois supplémentaires. La première est essentiellement une humiliation: il leur est interdit de se coiffer! La deuxième, bien plus grave, veut que si un enfant perd un de ces parents, il soit tout de suite soustrait à sa famille naturelle pour être converti à l’islam. La seule solution est de procéder à des « mariages » de tous petits-enfants mais en cas de veuvage si le survivant est encore mineur, le danger reste le même. Là encore, la violence antisémite accompagne la déclaration de l’ONU et provoque le pogrom d’Aden en 1947. Comme en Irak, il faudra racheter la communauté juive restante (50 000 personnes) qui partira en 1949 pour Israel lors d’un pont aérien, appelé  » Sur les ailes des aigles » en souvenir du verset biblique:

« Je vous ai porté sur les aigles des aigles et vous reviendrez à moi ».
וָאֶשָּׂא אֶתְכֶם עַל-כַּנְפֵי נְשָׁרִים, וָאָבִא אֶתְכֶם אֵלָי..

Les quelques dizaines qui étaient restés ont été exfiltrés il y a quelques mois.

Op_Magic_Carpet_(Yemenites)

(Opération « Sur les aigles des aigles appelée aussi Opération Tapis Volant)

En Afrique du Nord, la situation des Juifs est un petit peu moins dramatique. Comme au Moyen-Orient, la colonisation leur permet d’échapper à leur statut de dhimmi même si les autorités coloniales ferment les yeux lors des pogroms qui éclatent sporadiquement, ça et là, en particulier à Tunis, Constantine, Meknès… S’ils échappent à la déportation, les Juifs vivent pendant la deuxième guerre mondiale sous le régime d’exclusion du gouvernent de Vichy*, avec en plus l’envoi dans des camps de travail particulièrement féroces.
En Tunisie, les Juifs auront droit à un petit répit jusqu’à l’indépendance de ce pays mais un  bon nombre partira cependant par idéal sioniste dès 1948.  Ceux qui restent vivront à peu près bien jusqu’à l’affaire de Bizerte en 1961 et la brusque flambée d’antisémitisme qui suivra et aboutira au pogrom de Tunis en 1967.

SEFER THORA_1.jpg synagogue de Tunis 1967

(Sefer Thora déchiré après l’incendie de la synagogue de Tunis le 5 juin 1967)

Les Juifs d’Algérie sont citoyens français* depuis 1870. Bien qu’ils aient été victimes de nombreuses exactions pendant l’époque de la colonisation, ils resteront donc dans ce pays jusqu’au moment de l’indépendance , en 1962, après avoir vécu les flambées de violence antisémites qui accompagnèrent la guerre d’Algérie entre 1954 à 1962.

l-exode-de-masse. des Juifs d'Algerie jpg
Au Maroc, des pogroms éclatent dès 1948 à Oujda et Jerada. En 1949, l’Agence juive ouvre alors un camp de transit près de Mazagan  pour y regrouper les Juifs avant leur départ pour Israel (plusieurs milliers de personnes par an), via le camp d’Arenas à Marseille, tandis que le Mossad organise des groupes d’auto-défense pour les Juifs de moins en moins en sécurité dans certaines villes.
En 1956, le gouvernement marocain interdit l’immigration et ne délivre plus de passeports aux Juifs. L’immigration deviendra alors clandestine  par bateau d’abord, jusqu’au naufrage le 10 janvier 1961 du bateau Egoz, où perirent 43 refugiés*.

tragédie-les-morts-du-egoz

Devant la colère du gouvernement marocain qui découvre cette immigration clandestine, un nouveau projet est lancé: faire sortir au moins les enfants sous couvert d’une organisation humanitaire suisse censée leur offrir des vacances en Suisse. Un jeune couple David Littman et son épouse Gisele (plus connue actuellement sous le nom de Bat Yeor), se porte volontaire. Ils feront sortir ainsi 530 enfants.

DavidGisele_ Littman 2-300x227

(Gisele et David Littman au moment de l’Opération Mural)

A la mort de Mohamed V, les émissaires israéliens obtiennent du roi Hassan II un accord officieux qui permet le départ des Juifs en leur établissant des passeports collectifs. Là encore, les partants seront rachetés au gouvernement marocain par Israel moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Ce sera l’Opération Yakhin.

Aliyah du Maroc

 

 

Pays 1948 1972 2010 Période de départ
Algérie 140 000 1000 ≈0 1962
Egypte 75 000 500 100 1956
Irak 135 000 500 5 1948-1951
Iran 65 000 ~60 000 10 000 1948-1980
Liban 5 000 2000 20-40 1962 – 1980
Libye 38 000 50 ≈0 1949 – 1951
Maroc 265 000 31 000 2500 1948 – 1970
Syrie 30 000 4000 100 1948 – 1956
Tunisie 105 000 8 000 900-1000 1948 – 1956
Yemen et Aden 55 000 500 330-350 1948 – 1956
Total 818 000 110 750 32 100

 

La date du 30 novembre a été choisie pour rappeler que le jour qui suivit la décision de l’ONU concernant la partition de la Palestine (le 29 nov 1947), les violences contre les Juifs explosèrent dans tous les pays musulmans. Dans tous les pays musulmans le scénario fut toujours le même: mise à l’écart de la société, discriminations légales ,violences… Ces exactions provoquèrent un massif exode de la population juive, la confiscation de leurs biens et la destruction de leurs communautés.  Ces réfugiés juifs n’ont pas quitté leur pays parce qu’il  était en guerre ou pour des raisons économiques, ils l’ont quitté à cause de la violence antisémite.
Les Arabo-musulmans n’acceptent pas que ceux qui sont différents puissent vivre normalement en terre d’Islam. La persécution des Chrétiens en terre d’Islam est aujourd’hui la suite logique de cette posture.

Si aujourd’hui il est beaucoup question des réfugiés syriens, les réfugiés palestiniens ont tenu le devant de la scène pendant près de 70 ans. Une division de l’ONU leur est consacrée: l’UNRWA. L’UNRWA emploie plus de 27 500 personnes et fonctionne avec un budget de 1 122 millions de dollars (chiffre 2013). Contrairement aux règles du HCR sont identifiés comme réfugiés non seulement les personnes qui vivaient en Palestine entre 1946 et 1948 mais aussi leurs descendants!!!!! Une histoire sans fin…..

Bien qu’il y eut plus de réfugiés juifs en provenance des pays arabes que de réfugiés dits palestiniens, l’ONU n’a commémoré que cette semaine, pour la première fois, l’expulsion de 850000 réfugiés juifs des pays arabes. Cela nécessita une  âpre bataille menée par la Mission Israélienne auprès de l’ONU et le Congres Juif Mondial.

Une de nos ministres, Gila Gamliel,  fut l’invitée d’honneur de ces commémorations:

Gila Gamlile-Damari

(Gila Gamliel-Damari est née dans la petite ville de Guedera d’un père yéménite et d’une mère libyenne)

L’ambassadeur d’Israel à l’ONU Dany Danon, dont le père était un réfugié d’origine égyptienne, a expliqué que  l’histoire non dite, cachée pendant des années a finalement été reconnue. Une injustice a été réparée. Toutefois aucun service de l’ONU ne s’en occupera ou leur versera une quelconque compensation.
Dans un de mes articles* écrit à la suite d’une conversation avec un ami originaire d’Egypte, je livrais quelques témoignages familiaux et aussi une interview de Bat Yeor* que l’on retrouve dans cette video:

Les Juifs originaires des pays arabes, essentiellement séfarades, ont considéré que somme toute, face à l’ampleur du massacre des Juifs d’Europe,  ils ne s’en étaient pas trop mal tirés et sont restés relativement discrets. Le peu qui a parlé n’a d’ailleurs pas été entendu.

En Israel, environ 200 000 des Juifs originaires d’Irak, viennent en fait des montagnes du Kurdistan. Cette année, et pour la première fois,  la ville d’Erbil a marqué le souvenir de l’expulsion des Juifs d’Irak. Serait-ce le début d’une nouvelle ère? Les Kurdes de cette région indépendante ont même voté en mai dernier une loi en faveur d’un représentant juif au Ministère des Cultes, bien qu’il n’y ait plus aucune synagogue et qu’on ne parle que de quelques familles d’origine juive inscrites par ailleurs comme musulmanes. Vont-elles pouvoir redevenir juives si elles le désirent?

Lorsque nous nous sommes installés en Israel, nous avons fait la connaissance de Netanel qui m’a parlé du départ de son grand-père de la ville de Zakho dans les montagnes du Kurdistan. Dans cette ville, il n’y avait à l’époque que peu de musulmans. La majorité des habitants était chrétienne mais la population  juive était si importante et si ancienne que la ville avait été nommée d’après le nom d’une famille de notables juifs: les Zakho. Les Chrétiens et les Juifs de Zakho ne parlaient pas l’arabe mais l’araméen…  Son grand-père et tous les Juifs de Zakho prirent la route ensemble à pied, sans avoir le droit d’emporter quoi que ce soit hormis les Sifrei Thora et les Tephilin. Comme ce fut souvent le cas, les ballots furent ouverts et les vêtements déchirés pour y trouver des bijoux ou de l’argent.

Il est vrai que les Arabes n’ont pas industrialisé la mort et construit de camp d’extermination mais leur acharnement contre les Juifs vivant dans leur pays est bien réel. S’il est impossible de modifier le passé, il est temps qu’à minima les choses soient dites. L’histoire de ces réfugiés du silence doit être entendue et  enfin, le mythe de l’accueil tolérant fait aux Juifs dans les pays arabes doit être définitivement démenti. 

A bientôt,

* Le chiffre de réfugiés juifs en provenance des pays musulmans varie entre 800 000 à 1 million

*Mes articles sur la situation des Juifs au Moyen-Orient au début du 20 ème siècle:

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/12/hayim-et-faycal/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/22/le-mufti/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/08/et-vous-quand-avez-vous-quitte/

et sur la déclaration de l’ONU le 29 novembre 1947:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/29/le-29-novembre-1947/

*la dynastie précédent celle des Pahlavi, celle turcophone des Kadjar (de 1786 à 1925)  fut renommée pour sa férocité envers les minorités, en particulier envers les Bahaïs qu’elle massacra

*les lois de Vichy en Afrique du Nord: ce sont les mêmes qu’en France mais en plus les enfants sont interdit d’école alors qu’en France, il leur était possible d’étudier jusqu’au bac.

*la citoyenneté française  est accordée par le décret Crémieux en 1870 à tous les Juifs d’Algérie à l’exception de ceux d’une partie du sud du pays. Cette citoyenneté leur sera enlevée le 8 octobre 1940.
Lisez l’excellent document d’Akadem à ce sujet:
http://www.akadem.org/medias/documents/Doc3_juifs_algerie_petain_dg.pdf

*http://www.controverses.fr/pdf/Fin_judaisme_terre_d_islam_Shmuel%20Trigano.pdf

*le roi du Maroc Mohamed V:
http://www.cclj.be/actu/politique-societe/georges-bensoussan-sultan-maroc-jamais-protege-juifs

*les camps d’internement pour les Juifs en Afrique du Nord:
http://www.tribunejuive.info/international/lhistoire-oubliee-des-camps-marocains-par-jean-paul-fhima

*le bateau Egoz:
http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1814

*Giselle et David Littman:
http://www.danilette.com/article-david-gerald-littman-105639656.html

 

Les Nazis en Palestine dans les années 30

Que se passe-t-il en Palestine pour les Juifs au début des années 30?
Les ennuis s’amoncellent sur leur tête: la crise économique qui a débuté à la fin des années 20 touche durement la Palestine. Certains n’en peuvent plus et repartent malheureusement en Europe où, seulement quelques années plus tard*, la plupart seront assassinés par les nazis.
Les Juifs qui sont restés sur place sont eux ulcérés par les relaxes ou peines de prison bénignes envers les meurtriers arabes arrêtés après les massacres de 1929.
De plus, les Anglais publient deux documents officiels qui sont ouvertement en faveur des thèses arabes:
– Un certain Hope-Simpson* publie un rapport officiel selon lequel il y a déjà trop de Juifs en Palestine, et donc  un afflux supplémentaire d’immigrants juifs et toute nouvelle vente de terre aux Juifs créerait un déséquilibre structurel nuisible aux Arabes.
– Les Anglais publient donc un nouveau Livre Blanc qui limite très sévèrement la vente de terres aux Juifs et restreint encore plus l’arrivée des Juifs car, comme le dit le texte « il faut prendre en compte le chômage arabe pour déterminer le nombre de certificats d’immigration accordés aux Juifs« ! Ceci à un moment où la majorité des nouveaux arrivants est composée de migrants arabes qui eux ne sont soumis à aucun quota.

Et enfin, les Templiers allemands Templiers installés déjà en Palestine depuis la fin du 20 ème siècle et qui s’étaient fait connaitre uniquement par leur esprit entreprenant, lorgnent maintenant vers le nouveau parti nazi qui promet un Reich de 1000 ans.

villages templiers en Palestine

(Carte des villages fondés par les Templiers en Palestine)

En 1932 Karl Ruff, Templier originaire de Haifa, fonde la branche palestinienne du parti nazi qui connait tout de suite un franc succès.  Dès le mois de mars 1933 se déroulent les premiers meetings politiques nazis à Tel aviv, Haifa et Jerusalem.

Ruff parti nazi
Les manifestations de Juifs à Tel Aviv n’y changent rien. A Jerusalem,le drapeau nazi est érigé sur le fronton de l’hotel Fast*, siège du Consulat Général d’Allemagne.

Swastika_flag_in_Jerusalem_g
Les Juifs répondront en hissant le drapeau bleu et blanc pendant la nuit et en écrivant des graffitis anti nazis. Le Consul Général d’Allemagne Heinrich Wolff n’est pas affilié au parti nazi. Il essaye de protester et d’œuvrer en faveur d’une immigration des Juifs allemands en Palestine car il se doute de ce qui les attend en Allemagne mais il est rapidement évincé à cause de ses idées politiques et parce que sa femme est juive. Il sera bien sûr remplacé par un Nazi convaincu.
Des le boycott des entreprises juives en Allemagne en 1933, les Juifs de Palestine répondent par un dérisoire boycott des biens en provenance d’Allemagne mais les forces en présences sont trop disparates pour qu’il soit autre que symbolique…
En effet, si le nombre des Allemands en Palestine est bien inférieur à celui des Juifs originaires d’Allemagne, ils sont bien plus actifs car fanatisés et surtout aidés par la mère-patrie: les écoles allemandes sont mises au pas ainsi que les mouvements de jeunesse et les organisations professionnelles:

certificat d'appartemance a la jeunesse hitlerienne signature de Baldur von Shirach

(Certificat d’appartenance aux jeunesses hitlériennes d’un jeune garçon de Sharona,
la signature en bas à gauche est celle de Baldur von Shirach)

Des agents de la Gestapo, entrés en Palestine avec un visa de tourisme, sont là pour éduquer les foules, coordonner les actions et mettre au pas les récalcitrants:

lettre de menace du parti nazi

(Lettre de menace envers un Allemand qui a loué sa salle de cinéma à un juif, sur l’excellent blog de Sacha Bergheim)

On entend le Horst Wessel Lied dans les défilés et les rencontres sportives. En fait, toute la vie sociale des Allemands de Palestine est  organisée par le parti nazi:

Palestine annees 30 nazis
Malgré le grand nombre d’universitaires de premier plan qui ont quitté l’Allemagne pour la Palestine, les échanges universitaires sont rompus.

Pour faire triompher le 3 ème Reich au Moyen-Orient mais surtout en Palestine où il y a le plus grand nombre de Juifs, les Nazis multiplient  les rencontres avec de jeunes Arabes éduqués et proches des mouvements nationalistes, comme par exemple avec un nommé Elias Haddad, Arabe chrétien de Jerusalem et directeur de l’orphelinat Schneller: « Elias Haddad aime l’Allemagne et ne veut pas subir le joug anglais« . Pour l’anecdote, ce sera dans l’orphelinat Schneller que seront cousus les drapeaux et fanions du parti nazi de Palestine. Dans les journaux des associations étudiantes arabes, chrétiennes ou musulmanes, on trouve des articles appelant à se débarrasser des Juifs.

Nazi_PalestinianAuthority_Logo (1)(Logo du parti nazi arabe-palestinien)

Le grand Mufti, Hadj Amin Al ‘Husseini, continue à fanatiser la population musulmane qu’il saura manœuvrer autant en Palestine qu’en dehors, usant de son influence en Syrie et en Irak pour fomenter des émeutes et des exactions contre les Juifs. En Palestine mandataire, dès l’année 1936, les émeutes et attentats se succéderont, j’en parlerai dans un prochain article.

Et aujourd’hui?
La bonne nouvelle est que les Templiers n’existent plus: המושבה הגרמנית (Hamoshava haguernmanit) le quartier allemand de Jerusalem est devenu un quartier résidentiel, très agréable:

moshava guermanit jerusalem
Ceux de Haifa, de Bethlehem Haglilit* sont des hauts lieux touristiques. Quant à Sharona, maintenant incluse dans Tel Aviv, c’est devenu un espace de promenade, cafés, restaurant, galeries d’art et boutiques de luxe et notamment un magasin Fauchon:

sharona
La mauvaise nouvelle est que les émules arabes des nazis n’ont pas changé:

drapeau nazi sur Beit Omar (Israel Today)(Drapeau nazi sur Beit Omar à côté de ‘Hebron, il y a quelques semaines)

et que la rhétorique de leurs dirigeants ne cache même plus l’origine de son inspiration.

Je cite Bassam Tawill*, l’un des rares arabes à les condamner:
« Au fil des années, nous avons appris à notre peuple à détester non seulement Israel, mais aussi les Juifs… En réalité, c’est nous qui sommes les nouveaux nazis. Cette affaire* montre que les membres du mouvement « anti-normalisation » BDS ne sont rien d’autre qu’un rassemblement de chemises brunes qui œuvrent à la destruction de toute velléité de paix et de coexistence entre Palestiniens et Israéliens. Leur réaction hystérique à l’interview de Yehezkel prouve que notre peuple continue à régresser, se rapprochant d’une forme d’extrémisme et de racisme qui rappelle le nazisme »

Quand on parle de la persécution et de l’assassinat des Juifs pendant la Shoah, on saute tout de suite aux camps d’extermination, mais c’est oublier que le processus fut tout d’abord économique et administratif. Tandis que je tape cette phrase, j’entends aux nouvelles que l’Union Européenne a décidé l’étiquetage des produits en provenance de Judée-Samarie, mesure uni-latérale appliquée seulement contre Israel et nul part ailleurs dans le monde,  bien qu’il y ait plus de 200 territoires disputés entre différents pays*. Que les consommateurs européens achètent des produits provenant de pays où l’esclavage existe de facto, cela ne gène personne, mais qu’ils puissent déguster un vin du Golan, quelle horreur!

Cette décision va sans doute provoquer la fermeture d’un certains nombre d’entreprises où travaillent majoritairement des Arabes palestiniens et causer du tort à leurs familles. Ces ouvriers sont employés dans des entreprises israéliennes à des conditions bien plus favorables que celles que leur donneraient des employeurs palestiniens.

Quant à BDS… Sodastream a dû quitter la Judée-Samarie à cause de BDS: plusieurs centaines d’ouvriers arabes palestiniens se sont retrouvés au chômage. Son installation à côté de Beer Sheva a donné du travail à autant de bédouins israéliens. Alors, L’organisation BDS ne veut pas que les Arabes palestiniens puissent avoir un niveau de vie convenable? Veux-t-elle en faire ses « Damnés de la terre » personnels?

Le boycott de BDS concerne non seulement les biens mais aussi les échanges universitaires. Tout cela me fait penser à un retour vers un sombre passé.
Caricature BDS shay tsharka

 

On ne naît ni nazi ni terroriste. Tout commence avec l’éducation, n’en déplaise à une lectrice de ma page facebook qui s’indignait quelque peu de la caricature de Shay Tsharka que j’avais placée dans mon article « Le mélange de Jerusalem »*, je la cite: » Dramatique, horrible ! mais pas une maman , tout de même ! »
Et bien, si! Après le terroriste de 13 ans, nous avons eu droit à deux terroristes de 14 et 11 ans. Cette haine du Juif leur est inculquée dès leur plus jeune âge. Je persiste donc avec ce dessin de Vladik Sandler:

caricature enfant ballon vladik sandler

 

A bientôt,

*Le philosophe Andre Glucksman naîtra en 1937 dans une de ces familles repartie vers l’Europe en 1933: « Quand il était petit, il aurait dû mourir, puisqu’il était juif, d’une famille ne parlant pas français dans la France occupée, a-t-il raconté. Il a même été mis dans les trains et sa mère a réussi à l’en sortir. Donc, il m’a dit que tout le reste, c’était du rab et que 70 ans de rab, c’était une chance incroyable et qu’il fallait la saisir pour en faire profiter d’autres qui avaient moins de chance que lui ».Interview de son fils Raphael sur France Inter.

*Hope-Simpson est un politicien anglais connu essentiellement pour son fameux rapport sur l’immigration.

*Simon Epstein: 1930 une année dans l’histoire du peuple juif (Stock).

*Hotel Fast: Hotel tenu par un Allemand templier.

*Beith Lehem Haglilit:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/01/02/une-autre-bethlehem/

*http://jcpa-lecape.org/union-europeenne-la-marque-de-lhypocrisie-et-de-la-discrimination/

*http://www.europe-israel.org/2015/10/palestiniens-nous-sommes-les-nouveaux-nazis-les-membres-de-bds-ne-sont-rien-dautre-quun-rassemblement-de-chemises-brunes-par-bassam-tawil/

*Caricature de Shay Tsharka:
shay tsharka education arabe

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/30/le-melange-de-jerusalem/

*

 

Le groupe clandestin des souffleurs de shofar

Comme vous le savez déjà, le shofar n’est pas pour nous qu’une trompette primitive*.
Ce fut même notre arme secrète à l’époque du Tanakh: souvenez-vous que le son du shofar fut la bande sonore au moment du don de la Thora au Sinaï (Exode 19), souvenez-vous de Yehoshua et son armée soufflant dans les shofar tout autour des murailles de Jericho (Josué chap 6):

trompettes de Jericho Jean Fouquet 1452

(Tableau de Jean Fouquet 1452)

ou bien de Gideon se battant contre les Madianites (livre des Juges, chap 7):

800px-Poussin_La_Victoire_de_Gédéon_contre_les_Madianite(Tableau de Poussin: La victoire de Gidéon contre les Madianites)

A l’époque du mandat britannique, les Anglais, soucieux de se concilier les potentats arabes, qui ne supportaient que l’appel des muezzin*, déclarèrent le shofar hors la loi.
Voici quelle était la situation:
Dans les années 30, les Juifs qui priaient au Kotel s’entassaient dans un boyau étroit,  se protégeant tant bien que mal des pierres que les Arabes leur lançaient (déjà!) depuis l’esplanade du Temple où se trouve la mosquée d’El Aksa.

kotel
Ils avaient le droit de prier au Kotel  mais sous étroite surveillance. Bref, entassés et se protégeant comme ils le pouvaient, les Juifs priaient… Apres tout, cela avait toujours été comme ça, et ils en avaient l’habitude…
Ce qui changea, dès le début du Mandat britannique, ce fut l’attitude de plus en plus conciliante des british envers les exigences du Grand Mufti de Jerusalem, Had Amin Al ‘Husseini. Celui-ci décréta que les prières des Juifs gênaient les musulmans.
Les Anglais décidèrent donc d’interdire les tables pour le kidoush* et des arches pour abriter la Thora*. Même sa lecture fut interdite. Pour lire la Thora,  il fallait aller dans une des synagogues du quartier juif mais surtout pas au Kotel.
Finalement, le son du shofar fut même interdit pendant les célébrations du nouvel an juif à Rosh Hashana et aussi le jour de Kippour.

Un groupe clandestin des souffleurs de shofar se forma naturellement aussitôt*. Le premier qui défia la police anglaise fut Moshe Segal en 1930. Il avait caché son shofar sous son talith et le sorti pour la prière de la Neila* de Kippour. Il fut aussitôt arrêté. Le Rav Abraham Ytz’hak Kook* décida de poursuivre le jeune de Kippour et resta donc sans manger ni boire jusqu’à la libération de Moshe Segal. Les Anglais ne voulant pas risquer la vie du Rav Kook, trop célèbre dans le monde juif, libérèrent Moshe Segal au bout de quelques heures.
moshesegal

Pendant 17 ans, jusqu’à la création de l’état d’Israel en 1948, de jeunes Juifs se relayèrent chaque année pour souffler dans le shofar. Ils étaient recrutés secrètement. Les volontaires s’entraînaient clandestinement pendant toute l’année et les souffleurs étaient désignés au dernier moment.

Six d’entre eux se sont retrouvés ces jours au Kotel:

Ils racontent:
– Nous avions juré de donner nos vie pour que revive le peuple juif

– Une jeune femme accompagnée d’une petite fille est venue vers moi et m’a dit: on t’emmène au Kotel.
– Où est le shofar?
– C’est la petite fille qui l’a
« 

La situation s’aggrava pour Rosh Hashana 1946 quand les Anglais fermèrent les entrées du quartier juif menant au Kotel.
Dans la vidéo ci-dessous, les volontaires racontent qu’ils sautèrent de balcon en balcon dans le quartier juif, passèrent de jardin en jardin et arrivèrent ainsi au Kotel…
Là, un poste de police britannique et une flopée de policiers…
Les policiers britanniques ne parlaient pas hébreu et les messages secrets étaient délivrés en hébreu en psalmodiant les phrases comme celles des prières…
Le shofar introduit clandestinement passait de mains en mains. Les Juifs gardaient leur tête baissée sous le talith pour que le récipiendaire ne voit pas leur visage et puisse les dénoncer au cas où il serait torturé… Les volontaires opéraient par trois. Dès que sur un des côtés du Kotel, l’un d’eux  avait soufflé dans le shofar, les policiers accouraient vers lui, mais plus de shofar! Un autre volontaire sonnait de l’autre côté et enfin le shofar se faisait entendre au milieu du Mur…

Certains volontaires furent arrêtés et envoyés en prison pour plusieurs mois, d’autres s’échappèrent comme Mordekhai She’hori en 1942 qui, une fois arrêté, entendit la foule psalmodier : « N’aie pas peur nous te libérerons, nous les pousserons et tu essayeras de t’échapper »
Soudain quelqu’un cria « Vas-y » et des centaines de gens poussèrent les policiers… Mordekhai parvint jusqu’au au centre ville où l’attendait Moshe Segal, le premier souffleur de shofar.

L’histoire des souffleurs de shofar se termine à Kippour 1947. De 1948 à 1967 le Kotel se retrouvera aux mains des Jordaniens et pendant cette période aucun Israelien ou Juif ne put prier au Kotel…

Nous pouvons y prier maintenant même si la situation n’est pas facile. Les Arabes entassent toujours des pierres dans la mosquée d’El Aksa qu’ils ont transformée en dépôt de munitions*. Comme ça ils ont tout sous la main…

Pierres a El Aksa

Oubliez l’indulgence de certains pour les « lanceurs de pierre ». C’est vrai, ca fait travail d’amateur, un peu comme les missiles du ‘Hamas qualifiés d’artisanaux. Mais malheureusement les pierres tuent.

La dernière victime s’appelle Alexandre Levlovitch, il a été assassiné le soir de Rosh Hashana dans le quartier de Armon Hanatsiv, pas très loin de chez moi:

Alexandre Levlovitch

Quant au scandale de la situation qui prévaut sur le Mont du Temple (que vous connaissez mieux sous le nom d’Esplanade des Mosquées), je vous en parlerai plus tard dans un prochain article.

A bientôt,

*Le shofar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/09/10/shofar/

*L’appel du muezzin: hier encore il s’est déchaîné dans son minaret!
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/22/vendredi/

*les tables de kidoush: petites tables sur lesquelles on pose bouteille et verres pour la bénédiction sur le vin
les arches pour la Thora sont des petits coffres de rangement pour les rouleaux de la Thora

*Ils étaient tous membres du Beitar, on les  voit en uniforme sur la vidéo. Merci à Pierre Lurcat!

*Neila: derniere partie de la priere de Kippour qui se termine par le son du shofar

*Le rav Abraham Yitz’hak Kook: https://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham_Isaac_Kook
*La mosquée d’El Aksa devenu un entrepot d’armes:
http://www.israel-flash.com/2014/11/jerusalemvideo-les-femmes-musulmanes-font-de-la-contrebande-darmes-a-laide-de-leurs-vetements-sur-le-mont-du-temple/

Le carnet de notes

En hébreu, on dit תעודת הציונים (Teoudat Tsiounim).
Fin juin, mes petites filles sont sorties toutes excitées de l’école. Le matin déjà, elles avaient choisi leurs vêtements avec soin car c’était le jour de la remise du carnet de notes. Il fallait fêter cet événement en allant manger une pizza:
« סבתא (Savta)*, on fête les carnets de note! »
Quand je pense à tous ceux qui comme moi en gardent un mauvais souvenir!

En hébreu on n’emploie pas le mot carnet פינקס (Pinkass) mais certificat תעודה (teouda) dont la racine תעד (T’AD) signifie témoigner. Eliezer ben Yehouda n’a pas eu besoin de construire ce mot, il était déjà utilisé dans le Tanakh avec le sens de témoignage écrit. Dans la prophétie d’Isaïe, il désigne la Thora elle-même:

 צוֹר תְּעוּדָה חֲתוֹם תּוֹרָה, בְּלִמֻּדָי. 

« Arrête le témoignage, scelle la Thora, mes enseignements ». 

Aujourd’hui, le mot תעודה (teouda) s’emploie pour désigner les carnets de notes, les attestations de toutes sortes, les diplômes en tout genre et bien sur la fameuse תעודת זהות (teoudat zehout), carte d’identité, ou aussi la תעודת עולה (teoudat ole) carte d’immigrant, que chacun reçoit à son arrivée en Israel.
teoudat ole
La carte d’immigrant est donnée à l’arrivée à l’aéroport. Elle est utilisée pendant les quelques jours qui précédent l’attribution de la carte d’identité délivrée par le Ministère de l’Intérieur ou bien pour faire valoir ses droits de nouvel immigrant.

Pendant la domination ottomane, les cartes d’identité n’existaient pas. Seuls existaient les attestations données par les autorités religieuses ainsi qu’un passeport très détaillé pour les voyageurs. Une grande tante, prénommée Amelia et née à Tiberiade, avait un passeport où étaient mentionnées les indications suivantes:
Sujet: ottoman, Peuple: juif, Pashalik (province): Palestine.

Le mandat britannique continua en ce sens. Sur les deux cartes d’identité ci-dessous, établies pendant le mandat britannique, est indiquée l’ethnie de ces deux Palestiniens sous l’intitulé Race: elle est juive  et vit à Afula, il est un  arabe chrétien qui vit à Jerusalem.

Identite mandat britannique

Race: Jew (juive)

Identite arabe chretien

Race: Arab Christian

Voici la carte d’identité de Hayim Weizman, premier Président de l’État d’Israel:

Identite Hayim Weizman

Apres la création de l’état, dès l’automne 1948, Israel fit un grand recensement de la population. Chaque citoyen de plus de 16 ans reçut un numéro d’enregistrement et une carte d’identité. Ce numéro suit chaque citoyen de ce pays tout au long de sa vie. Il sert pour tous les actes administratifs (y compris sécurité sociale, mutuelle…)

La mention לאום (Leom), peuple, ethnie, continua à être précisée sur la carte d’identité jusqu’en 2005. Elle fut supprimée par une décision de la Court Suprême qui jugea cette mention offensante. Mais si en Europe, mentionner l’origine ethnique ou la religion de quelqu’un est considéré comme un acte discriminant, ici les Israéliens revendiquent leur identité ethnique sans complexe et la décision de la Cour Suprême a mécontenté surtout les Arabes et les Druzes.
Depuis peu, des chrétiens israéliens* ont demandé à changer d’ethnie: ils ne voulaient plus être arabes chrétiens mais araméens. Cela leur a été accordé.
Cette demande peut sembler absurde: en effet, on ne peut pas changer ce que l’on est. Mais c’est que la dénomination « arabe chrétien » est très récente et n’a rien à voir avec l’origine de cette population. Elle date du tout début du 20 ème siècle, quand les chrétiens du Moyen-Orient, confrontés au réveil du nationalisme arabe et à de nombreux massacres*, ont cru qu’en soutenant les nationalistes arabes, ils seraient enfin acceptés par la Oumma* et seraient considérés comme des citoyens à part entière, délivrés de leur statut de dhimmis. Ce ne fut pas le cas, ou en tout cas pas très longtemps. Nous savons tous ce qui se passe en ce moment.

Donc, en Israel, un certain nombre de chrétiens orientaux, descendants des populations non-juives, en particulier araméennes*, commencent à revendiquer leur identité d’origine. Israel est le seul pays du Moyen-Orient où ils ont la liberté de le faire. Ce sont les mêmes qui s’enrôlent dans Tsahal alors que les chrétiens, comme les musulmans, sont dispensés de service militaire: ils sont 200 cette année, un nombre jamais égalé pour un enrôlement potentiel de 1400.

Et les notes, me direz vous, les notes inscrites sur le fameux carnet, étaient-elles bonnes? Evidemment, quelle question! 

teoudat tsionim dessin

Le  mot ציון (tsioun) note est lui aussi d’origine biblique et signifiait « marque, signe ». Dans le livre de Jérémie, il est écrit:

  « Aie soin de dresser des signaux, érige-toi des poteaux indicateurs; fais bien attention à la chaussée, au chemin que tu as suivi. Reviens, ô vierge d’Israël, reviens dans ces villes qui sont les tiennes. »
 הַצִּיבִי לָךְ צִיֻּנִים, שִׂמִי לָךְ תַּמְרוּרִים–שִׁתִי לִבֵּךְ, לַמְסִלָּה דֶּרֶךְ הלכתי (הָלָכְתְּ); שׁוּבִי בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל, שֻׁבִי אֶל-עָרַיִךְ אֵלֶּה

La même racine a donné les mots que vous connaissez déjà מצוין (metsouyan) excellent et le mot הצטיינות (hitstayenout), excellence.  Nos deux petites futées sont évidemment des מצטיינות (mitstayenot) excellentes élèves! Foi de Savta!

Un lien avec  Jerusalem-Tsion? Non, le mot Tsion, l’un des nombreux noms donnés à Jerusalem, ne veut pas dire « signe ou marque »  mais dire « terre aride, désert ». Pour l’Académie de la Langue Hébraïque, il s’agit d’un synonyme de ציה (Tsia). Elle le rapproche même du mot צי (Tsi) les bêtes sauvages! Même si nous vivons maintenant dans la verdure, la ville a été longtemps désignée comme מצודת ציון (Metsoudat Tsion) ou la forteresse de l’endroit désolé. Nous nous trouvons quand même en bordure du désert et aujourd’hui nous avons les joues rappées par la chaleur sèche et un vent piqué de grains de sable.
Et puis,  si c’est l’Académie de la Langue Hébraïque qui l’affirme…

A bientôt,

*Savta: grand-mère, bien sûr!

*Les massacres anti-chrétiens: 
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/12/hayim-et-faycal/

*Même si nous y sommes habitués, l’expression arabe chrétien ne veut rien dire: les Arabes sont un peuple qui a islamisé bien d’autres peuples dans des régions conquises, qui étaient alors essentiellement chrétiennes, et les a intégré dans la Oumma par le biais de l’islam. Les conversions se sont toujours faites dans le sens christianisme (ou judaïsme) vers l’islam et non pas le contraire, tout simplement parce qu’elles étaient punies de mort pour les convertis et les convertisseurs. La même situation prévalut d’ailleurs en Europe à partir du 4 ème siècle. La différence est que de nos jours en Occident, un musulman peut se convertir au christianisme ou au judaïsme sans risquer sa vie, alors qu’il ne le peut toujours pas dans les pays musulmans

*La Oumma, la Nation arabe au sens large du terme qui englobe tous les musulmans quelque soit leur nationalité.

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