Yom Hazikaron 2017

Lundi nous célébrons à nouveau à une triste commémoration: le Yom Hazikaron (jour du souvenir) consacré aux soldats et civils victimes des guerres et du terrorisme.

Le ministère de la Défense publie comme chaque année les chiffres officiels et ces chiffres augmentent chaque année: le nombre de soldats, policiers et gardes tombés en service est de 23 544 depuis l’année 1860. Ce décompte a commencé au moment où les Juifs de Jerusalem ont pris leur sécurité en main*. Cette année, six nouvelles victimes sont à rajouter et de plus, 37 blessés sont morts de leurs blessures reçues au combat. Pour chaque mort, une famille, une veuve, des orphelins… Les parents isolés et âgés sont escortés et aidés lors de leur visite au cimetière le jour de Yom Hazikaron par les jeunes des mouvements de jeunesse.

La semaine dernière, a été inauguré sur le Mont Herzl a Jerusalem, le Hall du Souvenir pour les soldats tombés au combat. Sur le mur extérieur, cette citation du prophète Jérémie:
« Ephraïm est-il donc pour moi un fils chéri, un enfant choyé, puisque, plus j’en parle, plus je veux me souvenir de lui? Oh! oui, mes entrailles se sont émues en sa faveur, il faut que je le prenne en pitié, dit l’Eternel. »
הֲבֵן יַקִּיר לִי אֶפְרַיִם, אִם יֶלֶד שַׁעֲשֻׁעִים–כִּי-מִדֵּי דַבְּרִי בּוֹ, זָכֹר אֶזְכְּרֶנּוּ עוֹד; עַל-כֵּן, הָמוּ מֵעַי לוֹ–רַחֵם אֲרַחֲמֶנּוּ, נְאֻם-יְהוָה

A l’intérieur du monument, un chemin serpente vers le haut en spirale. Les noms des soldats tombés aux combats et les dates de leur décès sont inscrits sur les briques qui bordent le mur du chemin de 260 mètres. Chaque jour, sont affichées des photos et des informations sur les soldats qui ont été tués ce jour-là de l’année et une bougie est allumée à leur mémoire .
Les visiteurs peuvent localiser la pierre qui concerne leur proche grâce aux ordinateurs placés le long du chemin et obtenir ainsi des informations à son sujet.
Le directeur du Mémorial, Arieh Muallem, a déclaré: « Nous devons nous souvenir de chacun d’eux, et nous nous souviendrons d’eux personnellement en allumant une bougie le jour anniversaire de leur décès. C’est important pour les parents qui vieillissent de savoir que leurs fils ne seront jamais oubliés« . 

La plupart des soldats tombés au combat sont Juifs mais pas tous: certains sont druzes, chrétiens ou musulmans.

(Yom hazikarone au village druze de Julis)

L’un des soldats mort pendant la guerre d’Indépendance a eu un destin très particulier. Sur sa tombe au cimetière militaire de Netanya, on peut lire: Barukh Mizra’hi né à Tzfat en 1926, tombé au combat en 1948.

Il est aussi écrit qu’il était le fils d’Avraham et de Sarah.
En fait, il s’agit d’Avraham avinou  et de Sara’h imenou *: c’est  la tombe d’un גר צדק (guer tsedek) ou jeune homme converti au judaïsme.
Barukh Mizra’hi est né Hamuda Abu al-Einein , fils de Mahmoud et Fatima.

La famille Abu al-Einein est une riche famille de Tsfat, connue pour son combat en faveur du pan-arabisme*. Ses parents l’envoient cependant étudier à l’école de l’Alliance Israélite de Tsfat, considérée comme la meilleure école de la ville. Ses amis sont tous Juifs et ‘Hamouda change d’opinion au sujet des Juifs et du sionisme. Les relations avec son père alors deviennent très difficiles. Les menaces et les coups n’y changent rien. Il quitte la maison alors qu’il n’est qu’un adolescent, part à ‘Haifa et décide de se convertir au judaïsme. Les rabbins du tribunal rabbinique hésitent: il est certes sincère mais il est mineur. Ceci dit, s’ils le renvoient dans son milieu d’origine, il se fera assassiner par sa famille pour apostasie. ‘Hamouda obtient finalement gain de cause et est converti en prenant le prénom de Barukh. Le tribunal rabbinique de ‘Haifa l’inscrit aussi sous le nom de famille assez courant de Mizra’hi* pour sa sécurité.

Vivant cependant dans une certaine clandestinité, il s’engage auprès de l’Etzel* dont les membres sont pourchassés par les Anglais.
Son groupe est arrêté après une action contre l’armée britannique. Il est déporté en Érythrée. Là, la sécurité du camp est confiée à des gardes soudanais musulmans qui aiment faire des cartons sur les prisonniers. Barukh est gravement blessé. Persuadé de sa mort prochaine, il fait jurer à ses camarades de l’enterrer en Israel, le jour où ce sera possible. Il survit et peut enfin rejoindre en Israel en 1948.
Malheureusement  le pays est en pleine guerre. Comme il parle arabe,  il est envoyé comme agent de renseignements en Samarie et est tué à Sa Nur* à l’âge de 22 ans.

En 1968, Mena’hem Begin fera rechercher sa dépouille qui est enterrée au cimetière militaire de Netanya.
Le conseil de Judée-Samarie a décidé cette année d’honorer particulièrement sa mémoire.

 

A bientôt,

* La garde juive de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/19/la-garde-juive/

* Avraham Avinou et Sarah Imanou (Avraham notre père et Sarah notre mère): il s’agit du couple biblique Avraham et Sarah, considérés comme les parents des convertis.

* Le clan Abu al-Einein était lié aux Frères Musulmans. En 1938, un de ses membres avaient appelé à expulser tous les Juifs de Palestine y compris les médecins (Certains palestiniens minoritaires envisageaient de permettre aux seuls médecins juifs, réputés efficaces, de vivre en Israel pour le bien de la population musulmane!!!).  Actuellement, l’un des conseillers de Mahmoud Abbas s’appelle Sultan Abu al-Einein.
http://palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=8934
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=18259
http://palwatch.org/main.aspx?fi=90&doc_id=9101


* Etzel: organisation de défense juive pendant le Mandat britannique, plus ancienne que la Haganah et acquise aux idées de Jabotinsky. L’Etzel fut incorporée à la nouvelle armée juive au début de la guerre d’Indépendance.

* Le nom de Mizra’hi est en effet assez courant mais en plus, il signifie oriental, ce qui convenait à ce jeune homme.

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/
http://eng.shimur.org/etzel-tashach/

* Sa Nur: Village de Cisjordanie proche de Jenin en Samarie. Les accords d’armistice de Rhodes en 1949, concédèrent la Judée et la Samarie à la Jordanie.
En 1978, les Israéliens construisirent une implantation du même nom, שא נור (Sa Nur), lève la flamme, mais elle fut démolie en 2005 dans le cadre du désengagement de la bande de Gaza.

 

On se souviendra de tous…

En hébreu, on utilise le mot שכול, shakoul, pour traduire le deuil des parents ayant perdu un de leurs enfants. Cette racine signifie écrasé. Il y a malheureusement de nombreuses familles dans ce cas. De même que pour Yom HaShoah  on se souvient des victimes de la Shoah, au Yom Hazikarone*, on se souvient des soldats tués au combat et des victimes du terrorisme:

ונזכור את כולם
את יפי הבלורית והתואר
כי רעות שכזאת לעולם
לא תיתן את ליבנו לשכוח
אהבה מקודשת בדם
את תשובי בינינו לפרו

« On se souviendra de tous, des beaux garçons aux cheveux bouclés, car cette amitié durera toujours. Nous ne permettrons pas à nos cœurs d’oublier un amour scellé par le sang. Tu reviendras t’épanouir parmi nous. »*

En cette veille de Yom Hazikarone, je pourrai reprendre une grande partie de ce que j’écrivais la semaine dernière, presque les mêmes mots, presque les mêmes phrases…Deux journées qui se ressemblent: sirène,  cérémonies, deuil, douleur des familles. La dernière victime des terroristes est depuis un mois dans un coma profond  à l’hôpital Hadassah. Elle  ne sait pas qu’elle est un bébé colon comme disent certains journalistes. Elle s’appelle Adèle Bitton et elle a deux ans.

Adele-Bitton

On se souvient des morts et les survivants ont besoin de notre aide.  J’ai choisi de vous montrer comment une organisation, parmi d’autres, prend soin des blessés et des familles endeuillées pour les aider à vivre. Il ne s’agit pas de soins médicaux ou de rééducation mais de chaleur humaine:

Dans la vidéo que vous venez de voir, l’un des enfants, nommé Oren Almog, raconte comment il a perdu son père, ses grands parents, son frère et son cousin dans l’attentat du restaurant Maxim à Haifa en octobre 2002. Cet  attentat l’a gravement blessé  et rendu  aveugle. Onze ans ont passé depuis et malgré son handicap, il s’est porté volontaire pour servir dans Tsahal. Il a prêté serment comme ses camarades, il y a un an en 2012.

« Je veux que mon père et mon grand-père soient fiers de moi », a-t-il affirmé. « J’aurais eu l’impression de passer à côté d’une grande expérience  si je ne m’étais pas engagé à l’armée. Je suis fier d’avoir accepté de porter cette responsabilité, et d’apporter une contribution à mon pays. »

yom hazikarone oren alomog blog tsahal

 (photo blog tsahal.fr)

Dans cette deuxième  vidéo, vous entendrez un chœur d’hommes: treize pères qui ont tous perdu un fils au front.

J’ai traduit un article paru sur Arutz 7:
« Il y a 8 ans, Moshe Har Melekh a perdu son fils Shuli. Le lendemain du Yahrzeit* de son fils, il a décidé de rejoindre le chœur des pères endeuillés.
-Je pense que mon fils me donne la force de chanter. C’était un homme heureux. Il croyait en la vie, il pensait que nous devons surmonter. Il croyait dans le pays d’Israël et dans la Thora. Je pense que ce que nous faisons aujourd’hui est exactement ce qu’il aurait voulu. »
Moshe Har Melekh explique que malgré leur terrible deuil et la perte immense ressentie par tous, leurs chants ne sont pas tristes: Nos chants sont joyeux, dit-il. Nous chantons pour l’avenir, pour nos autres enfants, pour nos petits-enfants. Chanter ensemble nous donne de l’espoir. »
Le chœur a déjà sorti un album et est sur le point d’en sortir un autre. Dans cette vidéo  ils chantent avec le Lt.Col. Shai Abramson, le hazan de l’armée:  Nous chantons avec Tsahal pour dire que nous sommes présents malgré ce qui nous est arrivé. Nous espérons que notre perte n’a pas été vaine.
Un autre membre du chœur  Moshe Keinan est lui même hazan. En souvenir de son fils Avihu, il chante la célèbre chanson de Leonard Cohen « Halleluyah », sur laquelle il a écrit ses propres paroles reflétant son deuil personnel. (Arutz 7)

On se souvient de tous.
Des cérémonies ont lieu dans tous les lieux publics y compris dans les écoles. Ne pensez pas que c’est une habitude morbide. Les enfants savent déjà ce que signifie la sirène ou des mots comme guerre, abri, terroriste, attentat,  colis suspect …
Toutes les familles ou presque sont concernées de près.  L’école ne leur apprend rien de nouveau. Les enfants parlent de leurs proches et les maîtres  leur parlent de solidarité, de dévouement, d’héroïsme.

Cette année à l’école Reshit*, on parlera de Tsvika. Il est mort de ses blessures il y a déjà 30 ans. Il est enterré au cimetière du Mont des Oliviers et sa tombe, comme bien d’autres, est régulièrement profanée par des Arabes  pour des motifs nationalistes, disent-ils.

tombe de tsvika

Pour aller voir Tsvika, il vaut mieux prendre une escorte armée.

Quand on parle de Tsvika dans la famille, on l’appelle Saba* Tsvika car il a a maintenant quatre petites-filles: Yael (8 ans), Naama (6 ans), Avigail (3 ans) à Jérusalem et Ayala (4 mois) au kibboutz Ein Zivan sur le Golan.

A bientôt,

*Yom Hazikarone: le jour du souvenir
*Refrain d’un chant de la guerre d’Indépendance: https://www.youtube.com/watch?v=tw8-CVakruA
*Jahrzeit: anniversaire de deuil (du yiddish le mot est passé en hébreu)

*Ecole Reshit: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/03/shalom-kita-aleph/
*Saba: grand-père.

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