La ville de David עיר דוד

A tous nos ancêtres qui, fidèlement, obstinément, ont pleuré la destruction de Jerusalem et n’ont pas pu la voir revivre.

Au sud du Kotel et du mont du Temple se trouve un grand site archéologique, עיר דויד (ir David) ou ville de David. Il fait partie du parc national Les murailles de Jerusalem qui sont une large bande de verdure qui contourne les murailles de la ville.


Le site se trouve sur la colline de l’Ophel qui est le nom d’une forteresse gardant la ville au sud-est*.  Il est question de la muraille de l’Ophel sur la stèle de Mesha* trouvée en bordure du site et du village de Silwan.

(La stèle de Mesha se trouve actuellement au Musée du Louvre,
elle raconte les guerres entre les rois du royaume d’Israel et les Moabites)

Le village de Silwan a ceci de particulier qu’il était habité par de nombreux Juifs originaires du Yemen ainsi que des Juifs Karaïtes qui en ont été chasses en 1948  et s’y sont réinstallés après la guerre des 6 jours en 1967. Bien que la population musulmane y soit souvent violente à leur égard, 62 familles juives y sont retournées à ce jour,  dont la famille Meyuhas qui a reconstruit sa maison datant de 1875.

Mais retournons à la période biblique. Silwan autrefois s’appelait Shiloa’h, célèbre pour sa piscine, le grand réservoir d’eau de la ville dans l’antiquité.

C’est là qu’avaient lieu les festivités de שמחת בית השואבה (sim’hat beit hashoeva). Ça devait être hollywoodien me disait mon ami Yossi Cohen*.
Il est écrit dans la Mishna מִי שֶׁלֹּא רָאָה שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה – לֹא רָאָה שִׂמְחָה מִיָּמָיו. Celui qui n’a pas vu la joie de sim’hat beit hashoeva, n’a jamais vu de joie de sa vie .
 Des milliers des personnes  y participaient en chantant et en dansant au son des lyres et des tambourins, des trompettes et des shofars, pendant que les Cohanim, ayant offert un sacrifice,  puisaient de l’eau et la versaient depuis une soucoupe en or dans une tasse en argent,  percée par le fond, pour la laisser s’écouler en libation. Ils priaient ainsi pour que l’année soit pluvieuse.


(dessin Dafna Levanon)

Voici une video qui présente le chemin allant de la piscine de Shiloa’h au Kotel.

Le Roi David avait conquis cette forteresse יבוס-Yebus (Jebus).
David et tous les Israélites marchèrent sur Jérusalem, qui s’appelait Jébus. Là étaient les Jébuséens, qui occupaient le pays.  Mais ceux-ci dirent à David: « Tu n’entreras pas ici. » Toutefois, David s’empara de la forteresse de Sion, qui est la Cité de David. David avait dit: « Celui qui battra les Jébuséens en premier deviendra chef et prince. » Ce fut Yoav, fils de Cerouya, qui monta le premier, et il devint chef.  David s’établit dans la forteresse, qu’on nomma pour cette raison Cité de David.  Il ajouta des constructions à la ronde. Quant à Yoav, il restaura le reste de la ville...(2 livre de Samuel, 5)

David l’avait conquise pour des raisons à la fois
– Militaires: Le site se trouve à environ 800 m d’altitude et est donc facile à défendre

– Mais aussi politiques: Elle se trouve à la limite entre la Judée, territoire de la tribu de David (tribu de Yehuda) et celui de la tribu du roi déchu Shaoul (tribu de Binyamin)
– Et enfin, religieuses: Une des collines, le mont Moriah, celle qui accueillera plus tard le temple, est déjà considérée comme l’endroit ou Yits’hak aurait du être sacrifié par son père Avraham.

De nombreuses sources donnent de l’eau à la ville chaque printemps. La plus importante est le Gi’hon.


Bien plus tard, le roi Hizkiyahou entreprendra des travaux d’importance pour ravitailler plus facilement la ville :
Ce fut Ezéchias qui boucha l’issue supérieure des eaux du Ghihôn et les dirigea par en bas du côté occidental vers la cité de David, et Ezéchias réussit dans toutes ses entreprises. (2 Livre des Chroniques 33 30)
וְהוּא יְחִזְקִיָּהוּ, סָתַם אֶת-מוֹצָא מֵימֵי גִיחוֹן הָעֶלְיוֹן, וַיַּישְּׁרֵם לְמַטָּה-מַּעְרָבָה, לְעִיר דָּוִיד; וַיַּצְלַח יְחִזְקִיָּהוּ, בְּכָל-מַעֲשֵׂהוּ.
Le tunnel a une longueur de 533 m sur un dénivelé de 2,27 m.
Pourquoi ces grands travaux?  Ce grand tunnel et la construction de murailles plus conséquentes* sont généralement expliqués par le besoin de nourrir une population grossie de nombreux réfugiés lors de la chute du royaume d’Israel et de sa capitale Shomron.

A quelques mètres de la sortie du tunnel a été découverte en 1860 une pierre portant l’inscription suivante en hébreu:
Le creusement. Voici l’histoire du creusement. Pendant que les tailleurs de la roche brandissaient leurs outils chacun en face de ses compagnons, un moment où manquaient trois coudée (1,50 m) pour la perforation, la voix d’un homme fut entendue, demandant à son compagnon pourquoi il y avait une crevasse. À la droite… Le jour de la perforation, les mineurs frappèrent chacun pour rencontrer son compagnon… et les eaux s’écoulèrent de la source jusqu’à la piscine, environ 1200 coudées (533 m). La roche était à 100 coudées (50 m) au-dessus de la tête des tailleurs de la roche. 

(Cette pierre se trouve au musée des Œuvres de l’Orient Ancien à Istambul)

En 2005, l’archéologue Eilat Mazar annonce qu’elle a découvert les restes d’un grand bâtiment, pour elle il s’agit du palais du roi David. Elle se base sur le texte biblique, corroboré par les trouvailles de poteries datant du 10 ème siècle avant l’ère chrétienne et aussi sur le fait qu’une construction aussi élaborée avec de pareilles dimensions ne pouvait pas appartenir à l’ancienne forteresse militaire jebuséene.

De nombreux artefacts ont été retrouvés depuis. La plupart témoignent de la vie quotidienne aux périodes du premier et du deuxième Temple* et quelques uns de la période hellénistique. Il y a peu, les archéologues ont mit à jour des habitations, des restes calcinés d’arbres, des poteries et même de la nourriture (grains de raisons, arêtes de poissons) datant de la destruction du premier Temple par les Babyloniens en 586 avant l’ère chrétienne.

Ce sont les mêmes trouvailles que celles extraites des tonnes de terres rejetées par les bulldozers du Waqf*qui s’affairent sur le Mont du Temple pour détruire toute trace d’une présence juive.
Des découvertes fascinantes ont été faites, comme des tessons de récipients en pierre, des bijoux, des perles, des figurines en terre cuite, des pointes de flèches et autres armes, des poids de balances, des accessoires de mode, des dés à jouer, des incrustations d’os et de coquillages, des décorations de meubles, des objets en os et en ivoire et des fragments d’inscriptions sur pierre ou sur poterie.

Ce qui a bien amusé les volontaires à ces fouilles, ce sont tous ces dés, en os et en ivoire, datant de la période romaine. Il faut dire que dans la Mishna, les joueurs de dés étaient récusés comme témoins!
Ce sceau de la période du roi David  a fait les gros titres:

(photo Zeev Radovan Zachi Dvira)

Il a été découvert par Matvei Tcepliaev, un jeune volontaire de 10 ans qui participait aux fouilles pendant ses vacances.
En fait, dans toute cette zone, chaque seau de terre  contient des artefacts de toutes les périodes depuis la prise de Jebus par David, il y a presque 3,000 ans. 

Ce jour de Tisha Be’Av*, nous commémorons la destruction du Temple. J’ai eu envie de vous faire part de ces découvertes. Elles montrent  à quel point notre enracinement dans ce pays et dans cette ville est profond et ancien.
La chanteuse Etty Ankry raconte qu’un jour, prise dans un embouteillage sur la route, elle leva les yeux vers un panneau  qui indiquait la direction de Jerusalem. Elle pensa soudain que si Yehouda Halevy était là, à côté d’elle, il n’en croirait pas ses yeux.
Lui qui écrivait il y a déjà 1000 ans:
Mon cœur est en Orient et moi je suis aux confins de l’Occident.
ליבי במזרח ואני בסוף מערב
Lui qui avait été assassiné par la lance d’un cavalier arabe alors qu’enfin arrivé à Jerusalem, il se tenait appuyé aux pierres du Kotel…
Voici un poème de Yehuda Halavy, Yefe Nof, qui célèbre la beauté de Jerusalem. Il est interprété par Etty Ankri

A bientôt,

*Les Juifs karaïtes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/07/rencontre-avec-un-karaite/

*Joseph Cohen: L’histoire de l’écriture hébraïque, son origine, son évolution et ses secrets, ed Cosmogone, 1999

*Ophel en Samarie (Shomron):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/08/10/la-samarie-et-les-samaritains/
Dans le Tanakh, il est mentionné que le prophète Elisha et son disciple habitaient à l’Ophel (partie fortifiée) de Shomron

*Histoire des murailles de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/05/23/dans-tes-murs-dans-tes-portes-jerusalem/

*stèle de Mesha:
https://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A8le_de_Mesha

*Trouvailles archéologiques sur le mont du Temple:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/11/25/bonnes-et-mauvaise-nouvelles/

*Tisha beAv:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/07/26/hadrien-si-tu-savais/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/07/4980/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/15/tisha-beav/

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Hadrien, si tu savais!

On raconte que l’archéologue Israel Eldad avait l’habitude d’aller au Musée Israel le jour de Tisha Beav*. Il se plantait devant le buste de  l’empereur Hadrien et lui disait: « L‘empire romain n’existe plus. De toute ta puissance que reste-t-il? Rien que des statues. Et voici qu’à nouveau existe un état juif indépendant, Hadrien, Hadrien! C’est toi qui a appelé cet endroit Aelia Capitolina et ce pays Palestine. Ouvre les yeux et regarde où tu te trouves: au Musée Israel, à Jerusalem! »

Empereur Hadrien Musee Israel Jerusalem
Je ne sais pas ce que pense Hadrien sous sa cloche de verre dans l’aile Archéologie du Musée Israel.

Le 29 novembre 1947*, les Juifs de Rome organisèrent une marche  jusqu’à l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel.
9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de TitusCette photo parut dans les journaux israéliens et pour la fête de Hannouka 1947, le peintre Arieh Navon dessina une caricature où l’on voit David Ben Gourion rapportant la Menorah  et l’Arche d’alliance en Israel,

9 Av Caricature  arc de triomphe de Titus

rappelant le bas-relief de l’Arc de Titus où l’on voit les romains transporter la Menorah et l’Arche jusqu’à Rome après la destruction du Temple….
9 Av arc de triomphe de Titus 2
Enfin le groupe Tshizbatron fondé par des soldats du Palma’h a rendu célèbre la chanson: « Tous les chemins mènent à Rome. »

« Tous les chemins mènent à Rome, ne désespère pas mon enfant. Tous les chemins mènent à Rome, nous nous rencontrerons là bas. Là bas, nous nous promènerons à l’ombre de la cathédrale, sur la place Saint Pierre, au Vatican. Le pape et tous les cardinaux ne pensent même plus que nous puissions être la.
Un couple amoureux, des sabras de Canaan, Ruth et Amnon d’Emek Israel!  Une promenade qu’ils n’ont jamais faite auparavant, à l’Arc de Titus en pleine nuit, à minuit.
Sous l’ Arc de Titus à l’ombre des ruines, nous nous embrasserons, qu’y a t il encore à attendre?
Oh Titus, Titus, tu n’as pas vu pour qui était le triomphe et pour qui les chants de louange.
A côté de l’Arc que tu a construit, un couple amoureux d’Eretz Israel,  à côté de l’Arc que tu construisis pour ton triomphe d’empereur, un couple de soldats,  justement d’Eretz Israel!

Le chant évoque aussi une éventuelle promenade à Berlin sur le Unten den Linden mais le couple préfère rentrer à la maison: « J‘ai la nostalgie de notre maison, des voix des enfants, des sonneries des troupeaux, des parfums des vergers, des verres de jus d’orange… le Jourdain, la rivière Kishon… viens rentrons à la maison, chanter des berceuses aux enfants au bord du Kinneret »
 
Pour nous, l’exil fut long et douloureux et nous pleurons toujours, chaque année le 9 Av, la destruction du Temple, de Jerusalem et la perte de notre liberté. C’est pour nous un jour de jeune et de prière et surtout de réflexion,  y compris pour ceux qui ne jeûnent pas.

Nous lisons un texte terrible, איכה  (Eikha), Les lamentations du prophète Jérémie.
9Av Jeremie rembrandt

(Le prophète Jérémie, par Rembrandt)
Certains se demandent pourquoi nous nous tournons toujours vers le passé et pourquoi nous pleurons encore la destruction de Jerusalem d’il y a 2000 ans alors que nous avons vécu bien d’autres catastrophes.
Il y a de nombreuses raisons à cela mais je me pose simplement la question: si pendant tous ces siècles, depuis les exilés à Babylone après la destruction du premier Temple jusqu’à nos jours, les Juifs n’avaient pas continué à pleurer leur liberté passée et à mettre Jerusalem au  dessus de toutes leurs espérances, n’aurions nous pas disparu comme d’autres civilisations?
C’est grâce à ces Juifs obscurs,  à nos ancêtres dispersés aux 4 coins du monde, obstinés et entêtés dans leurs prières que les autres nations considéraient comme stériles, c’est grâce à eux que nous avons pu rentrer à la maison.
Israel revit aujourd’hui même si les difficultés et les craintes sont toujours présentes. Il y a un an, nous étions en guerre, nous vivions au rythme des sirènes: 70 soldats ont été tués, nombreux sont les blessés qui ne se remettront jamais, le Dôme de Fer n’a pas pu protéger toute la population et en particulier Daniel Tregerman…
Daniel Tregerman

Daniel Tregerman

Mais l’envie de vivre a pris le dessus. Ce printemps, nous avons eu une explosion des naissances! C’est ainsi après chaque guerre et cette fois de nombreux bébés se sont appelés Eytan*.
A bientôt,
PS: j’ai trouvé une partie de ces informations sur l’excellent blog (en hébreu) http://onegshabbat.blogspot.co.il/
*Le prénom איתן Eytan veut dire fort. L’opération militaire contre le ‘Hamas a Gaza s’etait appelée צוק איתן,Tzouk Eytan: Rocher solide (ou bordure protectrice comme cela a été traduit)

Nous sommes Juifs

Mardi dernier, c’était Tisha beAv*.
Chaque année, nous entendons que le Temple de Jerusalem n’a pas été détruit par les Babyloniens une première fois, puis une deuxième par les Romains. Non, le Temple a été détruit par nous-mêmes car nous nous haïssions les uns les autres, gratuitement!

Ah, la haine gratuite! Que n’ai-je pas entendu sur la haine gratuite pendant des années!
Aussi, en cette période de guerre, j’aimerais mettre un bémol, un gros bémol à toute cette flagellation annuelle.
C’est vrai, nous ne sommes pas parfaits, loin de là. Nous ne nous épargnons pas au quotidien, mais quand l’ennemi est à nos portes et nous attaque, alors nous savons faire front commun. Pas seulement un front commun militaire,ça c’est du ressort de Tsahal, non je parle d’un front commun de solidarité et d’amitié entre nous, un front commun qui cimente cet Oref dont je parlais précédemment dans mon article La nuque raide*.
Des histoires émouvantes, nous en entendons tous les jours. Je ne vous raconterai que la plus cocasse:
un cambrioleur est ressorti d’une maison sans avoir rien volé car, dans la maison de ses victimes, il avait vu les photos de leur fils mort au combat. Il a même laissé une lettre d’excuse aux parents!
Rassurez-vous, il n’est certainement pas rentré dans le droit chemin pour autant mais, pendant un moment…

Bien sûr, cette unité ne va pas durer éternellement.
Des que le danger sera passé, nous recommencerons à nous quereller, à nous diviser…
Les esprits chagrins diront, disent déjà:
« Ah! C’est chaque fois pareil! Quand il y a une guerre, nous nous serrons les uns contre les autres mais dès que c’est fini… »

Et alors? Voudriez-vous que nous soyons tous des tsadikim?

Nous sommes des êtres humains, nous essayons simplement de vivre au mieux sur notre terre, et ça, ce n’est pas si facile!

Pour connaitre vraiment un peuple, rien ne vaut la littérature populaire et particulièrement les chansons
Chez nous, pas de claquement de talons, pas de récits épiques à la gloire des armes, pas de chants guerriers…Qui aime tuer? Pas nous!

Plus la situation est difficile, plus les mélodies sont belles, nostalgiques… prières, consolations, étreintes, espoir.

Quand aurons- nous un matin plein de charme, un matin qui réjouira nos visages, un simple matin souriant…sans communiqué?
Une joie soudaine incroyable remplira nos cœurs quand ce matin viendra
Jusqu’à quand le vent nous apportera des nuages et des soucis.
Quand viendra donc ce jour délicieux sans tristesse et sans peur.  
Le pays tout entier est en pleurs comme une enfant qui gémit:
laissez moi grandir tranquille!

Les gens ne jouent pas aux héros, ne bombent pas le torse comme des outres remplies de vent, ne se délectent pas de discours agressifs. Les soldats font leur travail et le notre c’est de les soutenir eux et leurs familles, soutenir aussi les familles endeuillées, les blessés et leurs familles.

Le frère aîné d’Ariel est un invalide de Tsahal, handicapé physique et mental depuis 10 ans à la suite d’une action terroriste.
« Quand j’entends, m’a confié Ariel hier soir, quand j’entends toutes ces familles qui se disent: Ça y est, il a ouvert les yeux, il me serre la main. ce n’est qu’une question de semaines ou de mois et tout reviendra comme avant, mon cœur se serre car je sais que ce ne sera plus jamais comme avant. Comme dit ma mère: On ne peut que dire, merci mon Dieu car il est vivant, sans plus« 

Nous avons vu à la télévision la rencontre entre les parents du lieutenant Hadar Goldin et du soldat Eytan*.
Quand le terroriste a fait irruption d’un puits et s’est fait exploser tuant trois soldats, ceux qui le suivaient ont kidnappé le corps d’Hadar pour le monnayer. Eytan, qui se trouvait à proximité, a foncé dans le tunnel et les a poursuivis pendant 800 mètres en espérant sauver Hadar.
Hadar 
était mort et son corps en morceaux. Le soldat Eytan a eu la force de rapporter avec lui, ce qui restait d’Hadar pour apporter la preuve de sa mort.
Grâce à son courage, les parents ont pu enterrer leur fils et commencer la semaine de deuil.

Eytan a refusé toute décoration.

gaza Eytan et le pere et le frere jumeau d'Hadar Goldin

(photo Yediot Aharonot)

Je crois que cette chanson nous décrit tel que nous sommes:

אני יהודי

Je suis Juif (ani yehoudi)

« Quand je me demande qui je suis, je suis un peu sepharade, ashkenaze, israélien, un tout petit peu diasporique, parfois pratiquant, parfois non, mais entre moi et moi…je suis Juif  et c’est particulier.
Je ne suis pas mieux que les autres, pas pire non plus, simplement Juif

Parfois soldat et parfois étudiant, j’ai un long passé et je crois en l’avenir. Parfois opposant* et parfois ‘hassid, peut-être matérialiste et peut-être mystique, mais toujours, toujours, je suis Juif et c’est particulier.
Ni meilleur, ni pire qu’un autre, un peu différent, simplement Juif.

Je suis soudain revenu de loin afin qu’on puisse être ensemble ici, pour qu’on soit en sécurité, qu’on recommence à rire, qu’on puisse vivre tranquillement, sans peur. Car je suis Juif, et c’est particulier.
Ni meilleur ni pire qu’un autre, simplement Juif

Mon frère, rien ne réussira à me briser, mon âme est une partie de la lumière divine. Réparer le monde, c’est mon présent.
Je suis né comme ça, je suis Juif, simplement Juif

Comme tout le monde, je célèbre des fêtes, des shabbat, j’observe des coutumes et des mitsvot. 
Bien que chacun de nous soit sûr d’avoir raison, finalement nous sommes tous Juifs devant le trône de Sa Gloire.
 

J’ai très peur de la haine gratuite, j’aime mon pays et j’aime mon peuple.
J’ai vécu ici et là dans le monde entier.
Si tu m’interroges, j’ai toujours deux opinions et même une troisième,
 
Car je suis Juif, et c’est particulier, pas pire que les autres, pas mieux non plus, simplement Juif
« 

A bientôt,

*Tisha BeAv:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/15/tisha-beav/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/

*La nuque raide:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

* La rencontre entre Eytan et la famille de Hadar Goldin
http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/183807#.U-Npn_mSx8E

*Mitnagued veut dire opposant. Mais c’est aussi le nom des opposants au ‘Hassidisme, a l’époque du Gaon de Vilno (1720-1797)

.

Jerusalem d’or

A tous ceux qui l’ont aimée et en ont rêvé…

A ceux qui rêvent d’y habiter.

A ceux qui y habitent et en rêvent…

Boker Tov Yerushalayim, c’est ce que je dis tous les matins en ouvrant ma fenêtre.

Jérusalem n’est pas une ville sainte. Jérusalem est notre capitale depuis 3000 ans, depuis que le roi David en a décidé ainsi. Une capitale jamais oubliée même au plus fort de l’exil. On a rêvé de Jérusalem, on l’a chantée, on l’a pleurée. Bref, elle était là, avec nous, faisait partie de nous… Rien que ce nom, Jérusalem, illuminait le regard de nos parents, mouillait leurs yeux…Connaissez-vous d’autres villes qui restent vivantes dans le cœur de ceux qui n’y habitent plus et ceci pendant des siècles ?

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Je ne vais pas vous relater toute l’histoire biblique et post-biblique de Jérusalem mais sachez simplement que la ville est citée 349 fois dans la Thora sous le nom de Jérusalem, sans compter les textes où on la désigne sous le nom de Moriah, en référence à l’endroit où Yitshak a été ligoté, où Jacob a rêvé, où le Temple a été construit, mais aussi sous d’autres noms, le plus fréquent étant Tsion (108 fois).

Dans les prières journalières, Jérusalem est mentionnée maintes fois, le Seder de Pessah se termine par « l’an prochain à Jérusalem ». C’est également la phrase qui conclut l’office de Yom Kippour.L'an prochain  Jerusalem

(Haggadah de Barcelone: « l’année prochaine à Jérusalem).

Depuis des milliers d’années, le peuple juif a toujours considéré le Mont Moriah, le mont du Temple, comme le lieu où la présence de Dieu se fait sentir de manière plus intense qu’en tout autre lieu. Et ce lien, que les Juifs entretiennent avec lui, est toujours actuel.

Voici l’entrée des tunnels qui se trouvent sous le Kotel et qui nous ramènent à l’époque du premier Temple.

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Trois fois par jour, pendant la prière, les Juifs se tournent vers Jérusalem, et ceux qui se trouvent à Jérusalem se tournent vers le Mont du Temple.

mizrah en bois marquete d'ivoire(Mizrah: tableau en bois marqueté d’ivoire, se place sur le mur du cote est de la maison)

Chaque année à Ticha BéAv on commémore la destruction du premier et du second Temple (https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/)

Le souvenir de cette destruction est une permanence de la vie juive. Ainsi même au cours d’un mariage, moment de grande joie, le marié rappelle cette catastrophe en brisant un verre en signe de deuil. Il récite ensuite un extrait du psaume 137 : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie, que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens pas de toi, si je ne place pas Jérusalem au sommet de ma joie« .

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Nombreux aussi sont les Juifs qui laissent dans leur maison une petite surface de mur brut et sans peinture en souvenir de la destruction du Temple.

Alors à ceux qui nous parlent d’internationalisation, nous répondons que nous ne voulons plus dépendre de nations étrangères. A ceux qui nous demande de la diviser, nous répondons qu’elle l’a déjà été et quelle était la situation quand elle était jordanienne? Après l’expulsion des Juifs de leur quartier ancestral dans les murailles de la vieille ville, plus personne de nationalité israélienne, juifs ou non juifs, ne pouvait y pénétrer. Quant aux touristes occidentaux, ils devaient présenter un certificat de baptême. Maintenant, tout le monde vit ici comme bon lui semble, peut se déplacer sans contrainte et prier comme il en a envie. N’en déplaise à certains journalistes, les Arabes vivent avec nous, travaillent avec nous. Certains vont même habiter dans les « colonies juives »  comme c’est le cas à Pisgat Zeev, mais chut… ce n’est pas politiquement correct donc personne ne l’écrit.

Vous avez sans doute entendu dire que le nom de Yerushalayim est un mot composé de עיר, Ir, la ville, et שלום, Shalom, la paix et qui veut donc dire la ville de la paix. C’est une possibilité d’autant qu’à l’époque d’Avraham c’est la ville de Melkitsedek, le roi de justice, mais ce sera la paix avec la justice pour chacun. Nous ne serons plus alors les « victimes (ou sacrifiés) de la paix *» (korban hashalom). Expression favorite de la gauche bien-pensante qui juge les attentats comme inévitables dans le processus de paix. La racine, שלם, du mot Shalom, שלום, est aussi celle du mot shalem, שלם, entier, et certains pensent que Yerushalaim veut dire la ville entière, complète, ירושלם Yerushalem,  à qui on a rajouté le yod י qui symbolise Dieu.

En 1967, la ville a été libérée du joug jordanien. Je me souviens de ce mois de mai 1967 où  les pays arabes menaçaient Israël de destruction…Ce même mois avait lieu dans la ville le festival de la chanson pour lequel le maire,Teddy Kollek, avait demande à Naomi Shemer une chanson sur Jérusalem. C’est ainsi que naquit Yerusahalaim shel zahav, Jerusalem d’or. L’interprétation de Shuli Nathan conquit tout Israël qui vivait dans l’angoisse de la guerre. Le chef d’Etat-Major, Yitshak Rabin, était présent au festival lorsqu’il reçu un message lui indiquant que Nasser venait de fermer le détroit de Tiran. Quelques jours plus tard, l’armée commença a mobiliser les réservistes et cette chanson devint celle des soldats. La guerre des 6 jours éclata le 5 juin 1967, le vieille ville fut conquise le 7 juin. Les soldats chantèrent Yerushalaim shel Zahav au Kotel avec Shlomo Goren, le rabbin de Tsahal. Le journaliste Yossi Ronen raconte que, ému, il se joignit se joignit à eux et en oublia de filmer.

guerre des 6 jours soldats au kotel

Pour ceux qui se souviennent de cette année 1967, voici la couverture du premier disque que possédait chaque famille:

jerusalem d'or disque

La voici interprétée par Ofra Haza:

En voici les paroles en français :

L’air des montagnes est enivrant comme le vin et l’odeur des pins monte dans le vent du soir avec la voix des cloches. Et dans le sommeil de l’arbre et de la pierre emprisonnée dans son rêve, la ville se tient solitaire, un  mur dans son cœur.
Yerushalayim d’or, de cuivre et de lumière, pour tous tes chants, je serai le violon

Combien  les points d’eau sont asséchés! La place du marche est vide, personne ne fréquente le Mont du Temple dans la Vieille Ville. Dans les grottes des rochers hurlent les vents et personne ne descend par le chemin de Jéricho.
Cependant, je viens te chanter  te tresser des couronnes, moi,  le plus petit de tes fils et le dernier de tes poètes car ton nom brûle les lèvres du baiser d’un séraphin…Si je t’oublie Jérusalem qui est toute en or…
Yerushalayim d’or, de cuivre et de lumière, pour tous tes chants, je serai le violon.

Enfin, cette dernière strophe a été rajoutée par Naomi Shemer après la guerre des six jours (juin 1967)

Nous sommes revenus vers les puits d’eau au marche sur la place, le shofar appelle sur le mont du temple dans la vieille ville et dans les grottes du rocher des milliers de soleils brillent, nous reviendrons par le chemin de Jéricho…
Yerushalayim d’or, de cuivre et de lumière, pour tous tes chants, je serai le violon.

Yerushalayim shel Zahav  devint comme un second hymne national, joué lors de nombreuses cérémonies officielles et dépassa les frontières du pays. On l’entend maintenant non seulement en hébreu mais dans de nombreuses langues, dont le chinois. En France, il devint populaire grâce aux Compagnons de la chanson et à Rika Zarai. On l’entend aussi à la fin du film de Steven Spielberg: La liste de Schindler.

Le titre de la chanson nous ramène à l’époque de la Mishna. En ce temps la, la Jérusalem d’or était un bijou, diadème porté par les femmes de Jérusalem et en particulier par les jeunes mariées. Dans la Guémara, on mentionne ce diadème qui devait être si beau et si cher que certains sages n’autorisaient pas les femmes à le porter en dehors de leur maison. Il est surtout célèbre grâce à cet épisode de la vie de Rabbi Akiva: La femme de Rabbi Akiva l’avait épousé contre la volonté de son père et avait été déshéritée pour cela. Elle avait accepté de vivre dans la plus grande pauvreté pour que son mari puisse étudier. Devenu le fameux Rabbi Akiva, il lui avait alors offert ce diadème. Bien sur, cette histoire avait provoqué la jalousie de quelques-unes et en particulier celle de la femme du Nassi* lui-même, Rabban Gamliel, qui avait reproché à son mari de ne pas lui avoir fait le même cadeau. Celui-ci lui aurait rétorqué: « Tu n’aurais jamais fait pour moi ce qu’elle a fait pour lui, elle a vendu jusqu’à ses tresses pour qu’il puisse étudier ! »

Tout le texte de la chanson est truffe de références bibliques, par exemple « la cité qui se tient solitaire » vient du livre des Lamentations et « si je t’oublie Jerusalem » vient du psaume 137, mais aussi d’emprunts à des poèmes de Yehuda Halevy*.

Tous les ans, nous fêtons le Jour de Jérusalem. Cette année, c’est mercredi, le 8 mai.

yom yerushalayim

A bientôt,

*Après les accords d’Oslo et la vague de terrorisme qui a suivi, la gauche parlait des inévitables victimes, les victimes de la paix, pour que se poursuivent les concessions aux Palestiniens
*Nassi: actuellement le president de l’Etat. A l’époque de la Mishna, le Nassi était le président du Sanhédrin
*Yehuda Halevy: né à Tudela dans l émirat de Saragosse en 1075, mort à Jérusalem en 1141. Il fut un des plus grands poètes juifs du Moyen-Age

Le mois de AV


On est déjà dans le mois de Av, le 5 mois de l’année civile qui commence à Rosh Hashana et le 11 ème de l’année religieuse qui commence à Pessah. Nous avons 4 nouvel-ans. Les juifs sont des gens compliqués. On y reviendra.

Vous savez que dans la Bible les mois n’ont pas de nom ? Quand on a été exilés à Babylone (et ça ne nous rajeunit pas), on a tout simplement piqué les noms des mois aux Babyloniens, qui les avaient nommés d’après leurs dieux. Et dire que certains pensent que l’assimilation c’est une chose moderne, que nenni!

C’est un mois triste comme le mois de Tammouz qui vient de se terminer. Ces deux mois-là ont vu la destruction du temple de Jérusalem par deux fois, la première par les Babyloniens et la deuxième par les Romains : On jeûne le 9 de ce mois en souvenir de cette destruction mais… le Messie naîtra ce jour-là et alors viendra la consolation, espérons le!

On lit des textes tristes comme le Psaume 137 :

 « Près des fleuves de Babylone, là-bas, nous étions assis  et nous pleurions en nous souvenant de Sion.
Aux saules de la contrée nous avions suspendu nos lyres.
Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants ; nos bourreaux, de la joie :
«Chantez-nous des chants de Sion !»
Comment chanterions-nous le chant du Seigneur
sur une terre étrangère ?…
Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite oublie !
Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens pas de toi, si je ne mets pas Jérusalem au-dessus de toute autre joie.

Le voilà interprété avec la musique de Salomone Rossi, compositeur juif italien du 17 ème siècle :

http://www.youtube.com/watch?v=-oTpljAtJr8&feature=related

Et plus moderne:

http://www.youtube.com/watch?v=mEav7RM0KO8

En fait, aujourd’hui nous sommes le jour de Tisha Beav : depuis hier soir des milliers de gens jeunent et prient. Certains ont prié et étudié toute la nuit, entre autre le livre des Lamentations du prophète Jérémie.

Et chez ceux qui ne prient pas et ne jeûnent pas, un phénomène nouveau est apparu depuis quelques années : Consacrer la nuit de Tisha Beav a des réflexions sur notre comportement moral, puisqu’on dit que si le Temple a  bien été détruit par des envahisseurs, ce fut  en raison de la haine gratuite qui existait entre les Juifs

La radio et la télévision donnent de programmes lies au Temple, à Jérusalem, a l’éthique, bref de quoi réfléchir.

Mais ne restons pas sur une note triste.

Comme disait le Roi Salomon il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire : le 9 du mois on jeune et on pleure sur la destruction du Temple  soit, mais le 15 on fait la fête !

C’est la fête de l’Amour !

On raconte qu’autrefois, les jeunes filles allaient, vêtues de blanc, danser dans les vignobles ou les attendaient… les garçons !!!

De nos jours, comme ce n’est pas pratique de danser dans les vignobles et que les vignerons  furieux parleraient de cultures endommagées, de compensations etc…Et comme en plus on rencontre  souvent son amoureux (ou -reuse) sur internet, Tou BeAv est devenu la fête des amoureux et donc le jour où il faut se marier (si on y arrive !).

Pourquoi si on y arrive ? Parce qu’en général les réservations pour le 15 Av sont pleine un an à l’avance et si on a tant soit peu hésité sur la robe ou le conjoint… on trouve une autre date !

Et puis, si franchement le mariage ne vous convient pas, ne vous sentez pas obligés.

Vous pourrez toujours rompre en chantant sans vergogne :

« Avec ces mains, je n’ai pas encore bâti de village, je n’ai pas encore trouve de l’eau au milieu du désert, je n’ai pas encore peint de fleur ni découvert  où et  comment ce chemin m’emmènera.

Je n’ai pas encore assez aimé, le vent et le soleil sur mon visage, ni assez parlé, et si ce n’est pas maintenant alors quand ?

Je n’ai pas encore planté de pelouse ni bâti de ville, je n’ai pas encore planté de vigne sur chaque colline, je n’ai pas encore tout terminé, vraiment de mes mains, je n’ai pas encore tout essayé et je n’ai pas encore assez aimé :

Je n’ai pas encore fondé de tribu, ni composé de poème, je n’ai pas vu tomber la neige au moment des récoltes, ni écrit mes mémoires, ni même bâti la maison de mes rêves.

Et bien que tu sois là et bien que tu sois belle, je m’enfuis comme devant une épidémie.

Il y a encore trop de choses que je veux faire et je suis sûr que tu me pardonneras encore  cette année. »

Dire que c’est une des plus célèbres chansons en Israël ! Y aurait-il des misogynes dans le coin ?

Écoutez-la :

http://www.dailymotion.com/video/xn89ih_noah-honik-od-lo-ahavti-day-yyyy-yyyyy-yyy-yy-yyyyy-yy_music.