Qui connait le UN? אחד מי יודע

L’un des chants les plus populaires du Seder est le E’had mi yodea. Il se présente comme une simple comptine mais réaffirme les principes fondateurs de nos traditions:

Qui connait le (nombre) UN?
Moi je le connais, UN c’est notre Dieu qui est dans les cieux et sur la terre
Qui connait le DEUX?
Je connais le DEUX. Deux, ce sont les tables de l’alliance (tables de la Loi)
Qui connait le TROIS?
Je connais le TROIS. Trois, ce sont nos patriarches
Qui connait le QUATRE?
LE Connait le Quatre. Quatre, ce sont nos Matriarches
Qui connait le CINQ?
JE connais le CINQ. Cinq, ce sont les livres de la Thora
Qui connait le SIX?
Je connais le SIX. SIX, ce sont les traites de la Mishna
Qui connait le SEPT?
Je connais le SEPT: Sept, ce sont les jours de la semaines
Qui connait le HUIT?
Je connais le HUIT. Huit, ce sont les 8 jours jusqu’à la Mila
Qui connait le NEUF?
JE connais le NEUF. Neuf, se sont les neufs mois de la grossesse
Qui connait le DIX?
Je connais le DIX: Dix, ce sont les dix Paroles
Qui connait le ONZE?
Je connais le ONZE. Onze, ce sont les étoiles (du rêve de Yossef)
Qui connait le DOUZE?
Je connais le DOUZE. Douze, c’est le nombre des tribus
Qui connais le TREIZE?
Je connais le TREIZE. Treize ce sont les treize Attributs* de Dieu

(tableau de David Baruk Wolk: E’had mi yodea)

Mais que signifient ces nombres dans notre tradition? Tout d’abord, il faut comprendre que les mots utilisés dans le cadre du Tanakh s’analysent d’une façon complexe: on doit étudier vers quoi nous renvoient leur racine, leur graphie, leur place dans le texte et chaque découverte nous emmène vers une autre…
J’essayerai ici de vous en donner un petit aperçu pour chacun des nombre de ce chant: chacun d’entre eux, par sa représentation graphique, sa place dans l’alphabet et sa racine, est beaucoup plus qu’un simple numéro.

Un: אחד (E’had), notre Dieu

UN, e’had,  est représenté par un א (alef), la première lettre de l’alphabet. Le nom de cette lettre provient de la racine א -ל -פ (A L F). Alef signifie  enseignement ainsi qu’on peut le lire dans le livre de Yov (Job, 33,33)  :
« Si non, c’est à toi à m’écouter; tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse »
אִם-אַיִן, אַתָּה שְׁמַע-לִי; הַחֲרֵשׁ, וַאֲאַלֶּפְךָ חָכְמָה.
De plus, א
Alef, c’est aussi la première lettre du mot אלהים (Elohim), Dieu, et qui serait un plus grand enseignant que lui? C’est aussi par cet א, première lettre d’אלהים Elohim et donc lettre créatrice, qu’Adam, אדם, est un être vivant et non plus une simple substance matérielle terrestre, דם, dam, le sang et issu de  אדמה, adama, la terre.
Enfin et surtout, c’est le א qui  qui indique l’unicité du créateur, ce qui pour nous ne peut pas être relativisée. Comme l’écrivait le Rambam (Maimonide):
Dieu est Un. Il Est non pas Un et Unique, mais l’Un et l’Unique – fondement du monothéisme, pour lequel non seulement il n’y a qu’Un Créateur du monde, mais en outre, Il ne fait qu’Un avec le Dieu providentiel garant de la morale, et du libre arbitre de l’homme. S’Il Est nommé par différents Noms, c’est que les hommes sont incapables de Le comprendre, de Le cerner car Il les transcende complètement. Ils ne peuvent que qualifier par un nom différent chacune de Ses qualités ou de Ses modes d’intervention dans le monde.
Quand on veut compter on utilise le mot אחד  e’had plus souvent que א alef mais quand on rajoute אחד, e’had, un, après un nom cela veut dire un seul. Alors dire que Dieu est Un, signifie pour nous qu’il n’y en a pas d’autre. C’est tellement sérieux qu’un Juif athée dira: pour nous, il n’y a qu’un Dieu et moi je n’y crois pas!

Deux: שניים (
Shnayim), les Tables de l’alliance


Le nombre deux est représenté par la lettre ב, qu’on prononce Beit, comme le mot Bayit ou Beit, qui signifie maison, monde et parfois famille ou peuple. On voit d’ailleurs que la graphie de la lettre est celle d’une maison stylisée.
Si elle n’est qu’à la deuxième place dans l’alphabet, c’est pourtant par elle que débute le premier mot de la Thora, ברשית (Bereshit), au commencement de… ou par le principe de…*
L’ouverture vers la gauche de la lettre ב nous indique le sens de la lecture (de droite à gauche). La lecture, c’est l’étude et celle-ci doit se faire dans notre maison-monde. Nous devons toujours y être reliés, en suivant les enseignements de nos pères et en recoupant sans cesse nos sources. Il est significatif qu’en hébreu, les mots père, אב,  et mère, אם, commence par un א (alef) et que les mots בן, fils et בת, fille par un ב, beit. Ce sont les enfants qui reçoivent l’enseignement par transmission. La transmission a lieu au niveau des familles et au niveau du peuple, comme il est écrit dans le Traité des Pères, פירקי אבות (Pirkei Avot): Moshe reçut la Torah au Sinaï et la transmit à Yoshua ; Yoshua la transmit aux Anciens, les Anciens aux Prophètes et les Prophètes la transmirent aux Hommes de la Grande Assemblée.
Le nombre deux, se prononce שניים  (shnaim). Ce mot vient de la racine שנה (SH, N, H) qui signifie répéter et qui a donné le mot שנה (Shana), l’année (les mois et les saisons qui se répètent), et le mot משנה, Mishna, répétition (par écrit) de la loi orale.
Or la transmission se fait par la répétition depuis le premier enseignement, celui donné aux Hébreux au Sinaï. A ce moment là, Moshe reçoit les deux tables de l’alliance où est gravé le résumé pédagogique de nos lois fondamentales et qui  commence par le mot אנוכי (anokhi).
Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage
אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים
On voit là combien sont liés l’enseignant א et celui qui étudie dans la maison ב

Trois: שלוש (Shalosh):

Voici nos trois patriarches, Avraham, Yits’hak et Yaakov.
Trois est représenté par la lettre ג, guimel, lettre composée de deux pieds tenant fermement la ligne. Trois se prononce שלש (shalosh), mot composé de deux consonnes reliées symétriquement par une troisième. Selon nos commentateurs, la graphie du ג et la symétrie de ces trois consonnes représentent tout à fait nos trois patriarches: Le grand-père Avraham, le père Yits’hak sont les fondateurs de la lignée, tandis que le fils, le troisième, Yaakov deviendra Israel et sera le père des 12 tribus.
Vous connaissez tous le mot gamal, le chameau, animal de bât, indispensable aux échanges entre les hommes du Moyen-Orient: son nom s’écrit comme le mot guimel גמל. Pour nos Sages,  le chameau n’est pas un simple animal, car la racine גמל signifie aussi bonté et même sauvetage.  Il se référent ainsi à l’histoire de Rivka puisant de l’eau pour les chameaux d’Eliezer (Bereshit 24-19):
Après
lui avoir donné à boire, elle dit: « Pour tes chameaux aussi je veux puiser de l’eau, jusqu’à ce qu’ils aient tous bu ».
וַתְּכַל, לְהַשְׁקֹתוֹ; וַתֹּאמֶר, גַּם לִגְמַלֶּיךָ אֶשְׁאָב, עַד אִם-כִּלּוּ, לִשְׁתֹּת
Par ce acte de bonté, Rivka sera jugée digne d’épouser Yits’hak et de devenir ainsi l’une de nos matriarches. C’est ce qui fait dire à nos commentateurs que si la lettre ג vient juste avant le ד (dalet) c’est pour venir au secours du pauvre דל (dal).

Quatre: ארבע

Voici nos 4 matriarches, Sarah, Rivka, Ra’hel et Lea, elles aussi fondatrices du peuple.
La racine du mot quatre, ארבע (arba) est  רבע, elle a donné les mots quart, carré et elle représente aussi la maison-ferme des Bnei Israel, telle qu’on en a retrouvé la trace lors de fouilles archéologiques*. Une maison avec quatre parties bien définies: l’habitation proprement dite, l’étable, le hangar à grains et le mikvé*.
Le nombre 4 est représenté par la lettre ד, (dalet), qui signifie porte, ouverture et dont la graphie est celle d’un coin de tente relevé. Il s’agit bien sur de l’ouverture vers les autres mais aussi vers la connaissance ultime que permet le ב (Beit). En s’engouffrant par l’ouverture du ד, on entre dans l’intimité de la tente c’est à dire de la Thora, première étape qui mènera  au פרדס Pardes (qui a donné en français le mot paradis) mot lui-même formé des 4 lettres פרדס, indiquant les 4 étapes nécessaires pour arriver à la connaissance ultime*.

Cinq: חמש

Les cinq livres de la Thora.
La racine du mot  חמש (‘hamesh) peut signifier armer et rassembler. Les  linguistes pensent que c’est parce que les armées se divisaient traditionnellement en 5 corps: les 2 ailes, le corps principal, les fourgons, et l’arrière.
Mais pour nous, ce sont les cinq livres de la Thora. Pourquoi? parce que la lettre ה (He), qui représente le nombre 5, se prononce dans un souffle et symbolise l’esprit divin. Le ה (He), nous renvoie au cinquième jour de la création, la vie animale commence à se développer ainsi qu’il est écrit dans le livre de Bereshit:
Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés. Le texte en français n’apporte rien de particulier mais en hébreu c’est bien sûr autre chose:
אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִם.
Le groupe de mots « quand ils furent crées », בְּהִבָּרְאָם, comporte un ה (he) apparemment superflu mais qui indique que Dieu a crée le monde avec le ה (He). On retrouve aussi l’idée de l’implication divine dans le nom dAvraham qui passera de  אברם Avram à אברהם (Avraham) lors de son alliance avec Dieu, concrétisée par la circoncision

Six: שש

Les 6 traités de la Mishna
Le nombre 6, שש, se prononce shesh et est représenté symboliquement par la lettre ו (vav) qui signifie crochet. Comme la lettre ג (gimel), sa forme en crochet permet de relier les maillons de la chaîne humaine mais elle fait plus que cela: elle relie entre elles les six étapes de la création, elle relie l’humain au divin, sorte d’échelle de Yaakov, comme il est écrit dans Bereshit 28,12):
Il (Yaakov) eut un songe que voici: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle וַיַּחֲלֹם, וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה, וְרֹאשׁוֹ, מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה; וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים, עֹלִים וְיֹרְדִים בּוֹ.

Sept: שבע

Les sept jours de la semaine
Le nombre 7, שבע, se prononce sheva. שבע (sheva) signifie 7 mais aussi serment. Ainsi, il est écrit dans Bereshit 21,31:
עַל-כֵּן, קָרָא לַמָּקוֹם הַהוּא–בְּאֵר שָׁבַע: כִּי שָׁם נִשְׁבְּעוּ, שְׁנֵיהֶם
Aussi appela-t-on cet endroit Beer Sheva , car là ils jurèrent l’un et l’autre.
Il s’agit d’un serment entre Avraham et le roi Avimelekh au sujet de la propriété d’un puits.
Ce nombre est représenté symboliquement par un ז (Zayin) une épée, comme l’indiquent son nom et sa graphie.
Le 7 renvoie aux sept jours de la semaine. Pendant les six premiers, l’homme se bat (d’où l’épée) pour survivre mais le septième jour, il se repose. Comme Dieu a crée le monde pendant 6 jours et a ensuite laisse le septième pour le repos humain, en contrepartie chaque septième jour, l’homme laisse une place à Dieu en respectant le shabbat. Mais le shabbat est également porteur d’espérance, celle de déboucher sur une totale harmonie entre l’homme, la création et Dieu, ce qui sera l’ère messianique. Dans cette perspective, au lieu de recommencer une semaine de 7 jours à la fin de chaque shabbat, nous pourrions entrer dans un huitième jour d’harmonie totale.

Huit: שמונה


Les huit jours jusqu’à la circoncision.
Ce nombre 8 se prononce comme le mot péché חאת! De plus il est représenté symboliquement par la lettre, ח (‘het) dont la graphie, ouverte seulement vers le bas est signe de négativité. Heureusement pour elle, elle est aussi l’initiale du mot חיים, (hayim) la vie!
De plus, sa huitième place dans l’alphabet est très particulière. Autant le nombre sept représente l’ordre naturel, autant le huit représente un dépassement de cet ordre ainsi qu’on vient de le voir. Selon le judaïsme, l’ordre naturel du monde n’est pas suffisant, le monde n’étant pas parfait. Il faut le dépasser et arriver à cette totale harmonie entre la création et le créateur, qui ne sera possible que lors de l’avènement messianique. On retrouve cette idée dans le choix du huitième jour, choisi pour la circoncision, concrétisation physique de l’alliance avec le créateur.

Neuf:טשע

Les 9 mois de gestation.
Là encore, il s’agit de création, celle de l’être humain: le nombre 9 est représenté symboliquement par la lettre ט dont la forme est un petit yod-créateur en haut que protège un réceptacle, l’utérus humain. On la trouve pour la première fois dans le livre de Bereshit (1,4) sous le mot טוב tov, bon:
Dieu considéra que la lumière était bonne
וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת-הָאוֹר, כִּי-טוֹב
Certains avancent que le mot rosée טל, tal, métaphore traditionnelle de la Thora est l’association du ט, la bonté créatrice, au ל, L, lettre initiale de l’étude לימוד (limoud).

Dix:עשר
Les dix Paroles (10 Commandements).
Le nombre 10 est représenté par la lettre י, yod, la plus petite lettre de l’alphabet, à peine plus grande qu’un point et qui pourtant peut-être la main, יד ,yad, c’est à dire l’action de Dieu dans le processus de la création. Sa petitesse nous rappelle que ce point est le résultat du retrait divin,  צמצום, tsimtsoum*, pour faire place à ses créatures.
On retrouve le י, yod, dans la graphie du א, aleph, compose de deux yod, י,  et d’un vav, ו, en son centre.
Comme ce nombre dix, qui se prononce Esser, s’écrit avec la racine עשר qui veut dire s’enrichir, accumuler, le traite Taanit de la Mishna fait un parallèle éducatif entre ce mot dix et la signification de la racine עשר et nous enjoint d’être généreux: Tu donneras la dîme pour t’enrichir.
Les 10 paroles divines, écrites sur les tables de l’alliance,  présentent non seulement les lois fondamentales de la Thora, mais également « la carte de visite » de Dieu libérateur du peuple d’Israel: « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage ». Jusqu’à présent, ont été évoques les trois patriarches et les quatre matriarches, fondateurs biologiques du peuple d’Israel, mais maintenant, il s’agit du texte des 10 paroles, fondateur de la  de la nation.
De plus, nos Sages nous rappellent que si 10 hommes, le minyian, sont  nécessaires à la prière publique, c’est en souvenir des 10 justes qui auraient pu justifier le sauvetage de la ville de Sodome.

Dans cette rapide analyse des lettres et de leur signification, j’ai emprunté les interprétations mystiques de nos Sages qui usent de symboles. La mystique est ce qui me donne à penser, en cherchant au delà du texte son sens caché, tout en restant dans les limites fixées par le ב. Comme disait Abraham Heshel: L’étude juive ne se finit jamais. Le texte contient une dimension infinie et se prête à un renouvellement de l’interprétation jamais abouti. Un sens n’en exclu jamais un autre.

Je ne vous ai pas donné toutes les interprétations que je connaissais (et j’en ignore encore beaucoup), je n’ai pas non plus utilisé la guematria* (dont la caricature est la numérologie), car mon article aurait été vraiment trop long! Mais comme le disait Rabbi Akiva: Dans la Tora, rien n’est superflu, on n’y trouve pas un mot, pas une syllabe, pas une lettre, pas un signe qui n’ait sa raison d’être.
C’est pourquoi, je vous propose de continuer et de trouver vos propres interprétations avec les nombres suivants qu’on retrouve dans ce chant: onze (les 11 étoiles du rêve de Yaakov), douze (les 12 tribus) et treize (les 13 articles de foi de Maimonide). Le  onze יא est représenté par la combinaison des lettres י yod et א aleph., le douze יב par celle des lettres י yod et ב beit et le treize, יג par celle des lettres י yod et ג guimel.

Et si cela vous semble trop sérieux ou ennuyeux pour cette fin de Pessa’h, écoutez simplement ces différentes versions du chant E’had mi yodea:

La version classique, en hébreu

La version en judeo-espagnol

Celle-ci est en judeo-italien

 

En judeo-arabe

Et en yiddish

 

A bientôt

* Le chant de E’had mi Yodea: Pendant longtemps, il a été considéré comme un emprunt à une ritournelle allemande du Moyen-Age, mais on a découvert depuis une version bien plus ancienne et orientale dans la gheniza de la synagogue Ibn Ezra de Fostat, au Caire. Elle a sans doute été intégrée aux chants de la Haggadah ultérieurement. La version orientale ne comporte que douze strophes. Pour le professeur Sharvit de l’université Bar Ilan, la treizième a été ajoutée pour la distinguer des comptines chrétiennes qui n’en comptaient que douze (comme chacun sait, le 13 porte malheur en Occident).

* Bereshit ne signifie pas au commencement mais selon de nombreux commentateurs il s’agit d’une forme grammaticale, l’état-construit. On appelle état-construit un ensemble de deux noms, dont le second détermine ou précise le premier. Littéralement on pourrait traduire Bereshit par En tête de... Dans ce cas, le deuxième mot manque et l’analyse de cet état construit incomplet fait l’objet de plusieurs commentaires qui enrichissent la compréhension du texte de Bereshit.

* La maison en 4 parties:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

* Les lettres enluminées de Jen Taylor Friedman , http://www.hasoferet.com/about/index.shtml)

* Pardes:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pard%C3%A8s_(Kabbale)

* Les treize attributs de Dieu ou articles de foi rédigés par Maimonide (le Rambam):
http://letalmud.blogspot.com/2010/01/les-13-articles-de-foi-de-maimonide.html

* Le tsimtsoum: Cette thèse, développée par Louria, Na’hmanide et de nos jours par Guershom Sholem,  part de l’idée que la transcendance divine, le Ein sof, par définition Infini, ne peut laisser une place à la création, que s’Il opère une « contraction » sur Lui même. La création n’a été possible que par « le retrait de Dieu en Lui-même », ce qui est désigné par le mot tsimtsoum. De là nos commentateurs déduisent que la principale attitude morale est celle qui consiste à ménager une place pour l’autre…

* Guematria: La gematria est une forme d’exégèse propre au Tanakh dans laquelle on combine la valeur numérique des lettres et des phrases afin de trouver des voies supplémentaires d’interprétation. Gematria, Temura et Notarikon sont les trois procédés de la combinatoire des lettres (hokmat ha-tseruf), pour déchiffrer la Torah. La littérature talmudique reconnaît l’intérêt de la gematria mais met en garde les profanes contre son usage abusif à l’encontre des règles qui le codifie et par voie de conséquence contre le risque de superstition.

 

 

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Tant qu’il y a de l’eau il y a de l’espoir!

Cette année, nous nous sommes étonnés d’avoir de la pluie au milieu du mois de juin. Bien sûr, il ne s’agit pas de pluies hivernales européennes. Non, chez nous quelques gouttes ou un bon orage, c’est déjà surprenant à l’arrivée de l’été. Comme vous le savez nous prions pour la pluie de la fin de Soukkot à Pessah mais ensuite seulement pour une bonne rosée matinale.
Mais, comme le manque d’eau est endémique dans la région, nous sommes depuis longtemps des pionniers dans le recyclage des eaux usées, l’irrigation par goutte à goutte et la désalinisation de l’eau de mer.  De nombreux pays, en particulier en Afrique, s’intéressent à notre technologie.
Depuis déjà plusieurs années l’Iran souffre d’une terrible sécheresse et elle va en s’aggravant. Parmi les manifestations contre le régime, la dernière a eu lieu il y a quelques jours à Khoramshar dans le sud du pays: la population réclamait simplement de l’eau potable et évidemment le régime a répondu par la force*.
Il y a quelques semaines, notre Premier Ministre a proposé aux Iraniens de leur apporter notre aide dans le traitement de l’eau pour prévenir une catastrophe due à la sécheresse: en Iran, la majorité des Iraniens  souffre de la sécheresse  et si cela continue des millions d’entre eux seront obligés de quitter leur maison à cause de dommages environnementaux. Vu l’hostilité du régime iranien à notre égard, Israel, utilisant les réseaux internet, a conçu un site en langue perse qui explique de manière détaillée aux Iraniens  comment recycler les eaux usées.

Vous me direz que notre Premier Ministre a une arrière pensée politique. Et oui et vous aurez raison. Comme le disait sur une radio juive, un exilé iranien: si les Iraniens renversent le pouvoir des mollahs ce sera bon Israel mais aussi pour nous, Iraniens.
Nous rêvons de retrouver les relations avec l’Iran telles qu’elles étaient à l’époque du Shah. Espérons que les choses changent car, pour le moment, nous sommes même accusés par un général iranien, Gholam Reza Jalali  d’être la cause de la sécheresse en Iran: nous volons leurs nuages!*

(Qui a volé le nuage iranien? dessin d’Andrew Ryblako)

Mais comment, grâce à l’hébreu, la pensée juive exprime-t-elle ce que l’eau signifie pour nous?

Le mot mayim, l’eau, est formé de deux מ, m,  qui enserrent deux י, youd, (ou un seul en hébreu vocalisé). Quand on lit le mot מיים, mayim, on se dit tout d’abord qu’il est au pluriel et que ce pluriel indique l’abondance. Et tout de suite on pense au mot שמיים, shamayim, le ciel

On lit alors dans le livre de Bereshit (Genèse) que: 
Dieu créa l’espace, et opéra une séparation entre les eaux qui sont au-dessous et les eaux qui sont au-dessus, et cela demeura ainsi. Dieu nomma cet espace le Ciel.
וַיַּעַשׂ אֱלֹהִים, אֶת-הָרָקִיעַ, וַיַּבְדֵּל בֵּין הַמַּיִם אֲשֶׁר מִתַּחַת לָרָקִיעַ, וּבֵין הַמַּיִם אֲשֶׁר מֵעַל לָרָקִיעַ; וַיְהִי-כֵן. ח וַיִּקְרָא אֱלֹהִים לָרָקִיעַ, שָׁמָיִם; וַיְהִי-עֶרֶב
Le mot ciel שמים, shamayim,  signifie en fait שם מים,sham mayim: les eaux de là bas (d’en haut)

Dans le Tanakh, la plupart des mots* qui expriment l’espoir, le renouveau ou au contraire le désespoir, sont liés à l’eau ou au manque d’eau.

Examinons les mots liés à l’eau:


L’eau vient toujours de quelque part: elle vient des eaux d’en haut (la pluie) et des eaux d’en bas, les sources. La source se dit עין, ayin, ou מעין, maayan.

Allons un peu plus loin. עין, Ayin, veut dire aussi l’oeil. L’eau de l’oeil, la larme, se dit דמעה, dim’a, c’est à dire דם עין, dam ayin, ou sang de l’oeil: דמ+עה=  (dam le sang+ lettre ayin ע se prononçant comme ayin l’oeil). Quand nous sommes blessés nous saignons et nous pleurons du « sang de l’oeil ».

Une expression courante pour dire il n’y a plus d’espoir, que tout est fini, est כלו עיניו, Kalou einav, ses yeux se sont détruits. Je me souviens d’une interview de Batia, la mère de Ron Arad*: Je l’ai attendu si longtemps mais maintenant, כלו עיני, kalou einay, je n’ai plus d’espoir.

Le prophète Jérémie employait cette expression (14, 6) dans les temps terribles de la guerre contre les Babyloniens:
Les onagres s’arrêtent sur les hauteurs dénudées, aspirant l’air comme les crocodiles*: leurs yeux sont consumés (détruits), car il n’y a pas d’herbe.
וּפְרָאִים עָמְדוּ עַל-שְׁפָיִם, שָׁאֲפוּ רוּחַ כַּתַּנִּים; כָּלוּ עֵינֵיהֶם, כִּי-אֵין עֵשֶׂב.

D’autres mots lient les malheurs des hommes avec le malheur de la terre.

Le mot sec יבש, yavesh, sans eau, sec, a comme racine les lettres בוש, Beit-Vav-Shin, qui signifie être honteux mais aussi être désespéré. Comme il est écrit dans les Tehilim-Psaumes (119,116):

Soutiens-moi selon ta promesse pour que je vive, et ne me laisse pas me désespérer.
סָמְכֵנִי כְאִמְרָתְךָ וְאֶחְיֶה; וְאַל-תְּבִישֵׁנִי*

Le lit aride d’un oued, qui désespère les nomades en recherche d’eau, est appelé en bel hébreu, un fleuve de déception, אכזבה, akhzava
En vérité, tu es à mon égard comme un fleuve de déception, comme des eaux sur lesquelles on ne peut compter (Jeremie 15,18).
הָיוֹ תִהְיֶה לִי כְּמוֹ אַכְזָב, מַיִם לֹא נֶאֱמָנוּ

(Le vadi Makoukh dans le desert de Judée)

Il est intéressant de noter que la racine de deception כזב, KZV, signifie aussi parfois mensonge*.

Plus couramment employé, le mot יאוש, yeoush, désespoir, vient du mot אש, esh, le feu, lui aussi élément destructeur. Les paysans qui se trouvent aux alentours de la bande de Gaza en savent quelque chose: leurs champs brûlent jour après jour à cause des ballons incendiaires envoyés par les terroristes depuis Gaza et ceci malgré l’aide de l’armée et celle de nombreux volontaires.
Et aujourd’hui, les ballons incendiaires sont arrivés jusqu’a Lakhish et Beit Shemesh, soit 30 km de Jerusalem.

Quand au mot sécheresse, בצורת, batsoret, il peut peut se lire aussi בצרות, batsarot, dans les soucis!
Mais retrouvons l’espoir:  l’eau et les sources ne font qu’un avec l’espoir et relient la survie de l’homme avec celle de la terre.
Dans Bereshit-Genese 1 (6 7), lorsqu’Hagar est répudiée par Avraham, son sort est pour le moins incertain. Heureusement pour elle, il y a des sources dans le désert:
Un envoyé du Seigneur la trouva près d’une source d’eau, dans le désert, près de la source sur le chemin de Chour.
וַיִּמְצָאָהּ מַלְאַךְ יְהוָה, עַל-עֵין הַמַּיִם–בַּמִּדְבָּר: עַל-הָעַיִן, בְּדֶרֶךְ שׁוּר
Le texte répète deux fois le mot עין, ayin, source. L’eau c’est la vie, sans source elle aurait perdu l’espoir de survivre.

Or תקווה (Tikva), l’espoir, a la même racine que מקווה, mikve, un réservoir d’eau.
Lors de la création: Dieu nomma le sol la Terre (l’endroit sec), et le réservoir des eaux, il la nomma mer.
וַיִּקְרָא אֱלֹהִים לַיַּבָּשָׁה אֶרֶץ, וּלְמִקְוֵה הַמַּיִם קָרָא יַמִּים
Le mot מיקווה (Mikve), s’emploie parfois à la place du mot תקווה,Tikva, l’espoir.
Lorsque David remet à son fils, le futur roi Salomon, le plan du Temple qu’il devra construire, il loue Dieu en disant: Tout vient de toi…Comme tous nos ancêtres, nous sommes devant toi des étrangers, de simples hôtes; nos jours, sur la terre, ne sont qu’une ombre, sans nul espoir [de durée] (1Chroniques 29,15).
כִּי-מִמְּךָ הַכֹּל…כִּי-גֵרִים אֲנַחְנוּ לְפָנֶיךָ וְתוֹשָׁבִים, כְּכָל-אֲבֹתֵינוּ: כַּצֵּל יָמֵינוּ עַל-הָאָרֶץ, וְאֵין מִקְוֶה.

(Maquette du Temple construite par un immigrant ukrainien, Mikhail Osnis, journal Kolhazman)

Pour le prophète Jérémie (17 13)  Dieu lui-meme peut être appelé par ce nom: Espérance d’Israël, Eternel, מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל

(Ecole de Mikve Israel: http://www.clfi-mikveisrael.org/our-firm/)

Plus curieusement dans le livre de Yoshua, le mot תקווה, tikva, espoir, est  employé pour désigner un cordon. Mais ce n’est pas n’importe quel cordon: il s’agit du cordon écarlate que Rahab devra accrocher à sa fenêtre lors de l’entrée des troupes de Yoshua Bin Noun à Jericho:
Quand nous entrerons dans la contrée, tu attacheras ce cordon de fil écarlate à la fenêtre par laquelle tu nous as fait descendre, et tu réuniras dans ta maison ton père, ta mère, tes frères et toute ta famille.
הִנֵּה אֲנַחְנוּ בָאִים, בָּאָרֶץ; אֶת-תִּקְוַת חוּט הַשָּׁנִי הַזֶּה תִּקְשְׁרִי, בַּחַלּוֹן אֲשֶׁר הוֹרַדְתֵּנוּ בוֹ, וְאֶת-אָבִיךְ וְאֶת-אִמֵּךְ וְאֶת-אַחַיִךְ וְאֵת כָּל-בֵּית אָבִיךְ, תַּאַסְפִי אֵלַיִךְ הַבָּיְתָה.
En fait, ce cordon est le seul espoir pour Rahab de sauver sa vie et celle de sa famille lors de la prise de la ville.                                     (Travail de Ovadia Agassi et d’Avi Gartner, lycée de Kfar Hayarok)

La grande peur des peuples du Moyen-Orient est la sécheresse, responsable de nombreux maux. L’eau est espoir de vie. Ce n’est pas étonnant si concrétiser un espoir se dit להגשים, lehagshim, de la racine ג+ש+מ (G+Sh+M) comme גשם, gueshem, la pluie tant attendue et par qui tout reverdit.

(La rivière Amal dans la vallée de Beit Shean)

A bientôt,

* Il faut noter aussi que dans ces manifestations, les Iraniens crient: pas d’argent pour Gaza, pas d’argent pour la Palestine, et même mort à la Palestine.

*Même les Algériens s’en amusent:
http://www.lematindalgerie.com/flagrant-delit-israel-vole-ses-nuages-liran

*Ron Arad:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ron_Arad_(pilote)

*Les crocodiles: on ne sait pas exactement de quel espèce parle le Tanakh, sinon qu’il s’agit de sauriens

*La racine B,Vav, Shin peut devenir B, Youd, Shin selon les conjugaisons

*Bar Kokhba, le fils de l’étoile, était appelé par ses détracteurs, Bar Koziba, le fils du mensonge

*Hashomer ha’hadash: lisez l’excellent article de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/07/reportage-a-la-frontiere-de-gaza-avec-les-nouveaux-gardiens-d-israel-par-pierre-lurcat.html

Voici deux articles que j’avais écrits il y a 4 ans, rien ne change.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chemin des Patriarches (1)

Si nous ne nous étions pas suffisamment intéressés à ce territoire pour y construire un pays, la terre d’Israel, entre Jourdain et Méditerranée, n’aurait été qu’une terre de passage entre les empires assyriens et égyptiens, un ensemble de routes qu’il fallait contrôler militairement et politiquement.
Et elles étaient nombreuses toutes ces routes qui partaient du Croissant Fertile jusqu’au Nil.

Le Chemin des Patriarches est l’une d’elles.
C’est  l’ancienne route qui traversait le pays d’Israel du Jourdain à Beer Sheva. Elle porte ce nom parce que nos ancêtres Avraham, Yitshak et Yaakov l’empruntèrent de nombreuses fois lors de leurs pérégrinations à travers le pays, telles qu’elles nous sont racontées dans le livre de Bereshit (Genèse).

A l’heure actuelle, cette ancienne voie longe la route 60 en empruntant le chemin des collines et traverse ainsi toute la Judée et la Samarie.

(en trait bleu épais sur la carte)

Nous partons de Beer- Sheva en direction du Nord
Le nom de la ville est mentionné 33 fois dans le Tanakh. A partir de l’époque des Juges, le nom de Beer Sheva est synonyme de frontière sud du pays. L’expression « De Dan à Beer Sheva » pour dire du Nord au Sud est employée pour indiquer tout Israel. Le refrain de l’hymne du Palma’h emploie une expression parallèle « De Metulla au Neguev » ממטולה עד הנגב.

Dans le livre de Bereshit (Genèse), Beer Sheva est au centre de la vie des patriarches.
C’est de Beer Sheva qu’Avraham et Yitshak partent au mont Moriah lorsque Dieu demande à Avraham de sacrifier son fils. Et c’est à Beer Sheva qu’il reviennent chez eux.

C’est également à Beer Sheva qu’Avraham conclut une pacte de non-agression avec le roi Avimelekh, après une dispute entre leurs bergers respectifs au sujet d’un puits:
« Abimélec dit à Avraham: « Que signifient ces sept brebis que tu as mises à part? » Il répondit: « C’est que tu dois recevoir de ma main sept brebis, comme témoignage que j’ai creusé ce puits. « Aussi appela-t-on cet endroit Beer Sheva, car là ils jurèrent l’un et l’autre. » (Bereshit 21 23 31)
 וַיֹּאמֶר אֲבִימֶלֶךְ, אֶל-אַבְרָהָם: מָה הֵנָּה, שֶׁבַע כְּבָשֹׂת הָאֵלֶּה, אֲשֶׁר הִצַּבְתָּ, לְבַדָּנָה. ל וַיֹּאמֶר–כִּי אֶת-שֶׁבַע כְּבָשֹׂת, תִּקַּח מִיָּדִי: בַּעֲבוּר תִּהְיֶה-לִּי לְעֵדָה, כִּי חָפַרְתִּי אֶת-הַבְּאֵר הַזֹּאת. לא עַל-כֵּן, קָרָא לַמָּקוֹם הַהוּא–בְּאֵר שָׁבַע: כִּי שָׁם נִשְׁבְּעוּ, 
Pour les hébraïsants le mot שבע (sheva) est interessant car il signifie à la fois sept et aussi jurer.

(l’endroit dit le puits d’Avraham)

En fait, Beer Sheva est l’endroit où Avraham habite le plus souvent. Il s’y sent chez lui: il y plante un tamaris: « Abraham planta un tamaris à Beer Sheva et y proclama le Seigneur, Dieu éternel.« 
Pour Yitshak aussi cet endroit est central dans sa vie:
« II (Yitshak) monta de là à Beer Sheva. L’Éternel se révéla à lui cette même nuit, en disant: Je suis le Dieu d’Abraham ton père; sois sans crainte, car je suis avec toi, je te bénirai et je multiplierai ta descendance, pour l’amour d’Avraham mon serviteur. II érigea en ce lieu un autel et proclama le nom de l’Éternel. II y dressa sa tente et ses serviteurs y creusèrent un puits. »
C’est de là que Yaakov partira pour aller chez son oncle Lavan à ‘Haran  apres avoir été béni par son père Yitshak:

« Jacob sortit de Beer Sheva et se dirigea vers Haran. »
וַיֵּצֵא יַעֲקֹב, מִבְּאֵר שָׁבַע; וַיֵּלֶךְ, חָרָנָה
Israel (Yaakov) passera par Beer Sheva –« Israël partit avec tout ce qui lui appartenait et arriva à Beer Sheva » – lors de son voyage en Egypte pour rencontrer son fils Joseph qu’il croyait mort.
Aujourd’hui le site archéologique de Tel Beer Sheva est celui de la ville de l’époque du Tanakh. Ces ruines montrent en fait un ensemble de constructions extrêmement élaboré, avec des zones de stockage et deux systèmes d’eau: un puits d’une profondeur de 69 mètres à l’extérieur des remparts et un réservoir d’eau interne destiné à la ville en cas de siège. Le système d’eau a été construit grâce à un barrage sur la rivière Hébron pendant l’âge de fer, soit à l’époque de roi Salomon et donc, plus de 1500 ans après Avraham.

Ce site se trouve à l’est de la ville et à l’intersection de plusieurs routes, dont celle qui nous intéresse, le Chemin de Patriarches, qui nous emmènera vers le Nord.

La ville est restée un place forte pendant des siècles. Elle s’endormira pendant la période ottomane.
(Beer Sheva en 1909)

Elle tombera aux mains des Anglais en 1917 et une très belle commémoration a eu lieu le 31 octobre sur le lieu de la bataille:

Pendant la guerre d’Indépendance, la ville sera conquise au mois d’octobre 1948 lors de l’opération Moshé. Parmi les soldats du Palma’h se trouve le Commando Français, compose de jeunes juifs originaires de France ou d’Afrique du Nord, avec à leur tête Thaddée Diffre  surnommé Teddy Eytan*, non-juif, un ancien de la France Libre.

La ville est surnommée la capitale du Neguev: 4ème ville du pays, 50 pour cent de ses habitants ont moins de 50 ans:

 

L’université Ben Gourion:

Son parc High Tech:פארק ההייטק
Voisin avec les vieux quartiers rénovés, ici la grande mosquée:
Sans oublier le marché bédouin:

Au nord de la ville nous traversons la foret de Yatir, somptueuse tache verte dans le désert, début du territoire de Judée d’où nous entrerons dans les monts de ‘Hevron:

A bientôt,

*Thaddée Diffre (1912-1971):
– un excellent article d’Olivier:
http://zakhor-online.com/?p=973
https://tsahal.fr/2011/07/14/lincroyable-saga-de-thadee-diffre-compagnon-de-la-liberation-catholique-et-officier-de-tsahal-publie-sur-liberation-fr/

*La foret de Yatir a une superficie de 30000 dunam soit 30 km2. Les plantations ont commencé en 1964. On y trouve une grande variété d’arbres: beaucoup de conifères, pins et cyprès mais aussi des feuillus, tamaris, pistachier, oliviers, eucalyptus, acacia…
De nombreux animaux: des chacals, des loups, des sangliers, des hyènes… et de nombreux oiseaux dont plusieurs espèces d’aigles

 

Prends ton sac et ton bâton…

Les cartables sont bientot vidés, les livres rendus. Les cahiers, eux, sont rangés dans une sorte de gheniza familiale où ils passeront l’été sans qu’on les ait ouverts, avant d’être définitivement jetés fin août.
-Mais connaissez-vous l’histoire des cartables et sacs, ai-je demande à mes petits enfants?

La chanson de la vidéo ci-dessus s’appelle  קח תרמיל קח מקל (Ka’h tarmil, ka’h makel) « Prends un sac, prends un bâton » et nous invite à partir en Galilée.

Le mot sac est תרמיל (tarmil), besace de berger, est un mot d’origine araméenne (en araméen on dit tarmila) et entre dans l’hébreu à l’époque de la Mishna. Comme le dit ce proverbe:  » אין הסומא יוצא במקלו ולא הרועה בתרמילו , aucun aveugle ne sort sans son bâton et aucun berger sans sa besace. On le connait aussi grâce à la traduction en arameen de la Thora de Yonathan Ben Ouziel.

(tombeau de Yonathan ben Ouziel à Tsfat)

Le premier sac dont on parle dans la Bible est aussi une besace, et une besace remplie de pierres pour l’occasion:
1 Samuel, 17 40: « Il (David) prit son bâton à la main, choisit dans le torrent cinq cailloux lisses, qu’il mit dans sa panetière de berger, et, muni de sa fronde, s’avança vers le Philistin. »
וַיִּקַּח מַקְלוֹ בְּיָדוֹ, וַיִּבְחַר-לוֹ חֲמִשָּׁה חַלֻּקֵי-אֲבָנִים מִן-הַנַּחַל וַיָּשֶׂם אֹתָם בִּכְלִי הָרֹעִים אֲשֶׁר -לוֹ וּבַיַּלְקוּט– וְקַלְעוֹ בְיָדוֹ; וַיִּגַּשׁ, אֶל-הַפְּלִשְׁתִּי
La traduction française parle joliment de la panetière de berger (l’hébreu est moins précis כלי רועה (kli roe), c’est un « contenant » de berger) mais « oublie » le mot suivant ובילקוט (ubyalkout) dans une besace: il a mis les pierres dans son « contenant » de berger (peut-être une petite bourse) et dans sa besace.
De nos jours, la besace du roi David, ילקוט (yalkout) est devenue un cartable tout en ayant aussi, depuis le Moyen-Age, le sens de fichiers reliés et donc de recueil  comme, par exemple, le célèbre recueil des  canulars de Palma’h*.

Tarmil, yalkout sont les mots les plus courants pour designer des sacs. Mais deux autres ont été également utilisés: Amta’hat et Tsiklon.

Le premier, d’origine akkadienne, אַמְתַּחַת (amta’hat), nous est parvenu grâce au récit où  Joseph accuse son frère Benjamin d’avoir volé une coupe en argent. Il s’agit sans doute d’un grand sac, comme un sac de voyage:
« Joseph donna cet ordre à l’intendant de sa maison: Remplis de vivres les sacs de ces hommes… Et ma coupe, la coupe d’argent, tu la mettras à l’entrée du sac du plus jeune… » (GenèseBereshit, 44, 1)
וַיְצַו אֶת-אֲשֶׁר עַל-בֵּיתוֹ, לֵאמֹר, מַלֵּא אֶת-אַמְתְּחֹת הָאֲנָשִׁים אֹכֶל…וְשִׂים כֶּסֶף-אִישׁ, בְּפִי אַמְתַּחְתּוֹ. ב וְאֶת-גְּבִיעִי גְּבִיעַ הַכֶּסֶף, תָּשִׂים בְּפִי אַמְתַּחַת הַקָּטֹן

Le second, ציקלון (tsiklon) se trouve dans le livre des Rois (2 Rois 24 42). Après que le prophète Elisha eut ramené à la vie le fils de la Sunamite, il est question d’un cadeau inattendu, du pain, alors que règne le famine:
Un homme, venant de Baal-Chalicha, apporta un jour à l’homme de Dieu, comme pain de prémices, vingt pains d’orge et du gruau dans sa panetière.
וְאִישׁ בָּא מִבַּעַל שָׁלִשָׁה, וַיָּבֵא לְאִישׁ הָאֱלֹהִים לֶחֶם בִּכּוּרִים עֶשְׂרִים-לֶחֶם שְׂעֹרִים, וְכַרְמֶל, בְּצִקְלֹנוֹ
Tsiklon est sans doute d’origine ugarit où le mot basaql veut dire culture ou gerbe.

De nos jours, à l’armée, les recrues ont toutes leur שק חפצים (sak ‘hafatsim) sac polochon.


On pourrait penser que le mot sac est un ajout récent à l’hébreu, et bien non. Lui aussi se trouve dans le Tanakh. Toujours dans la même histoire des retrouvailles entre Joseph et ses frères, il est écrit (Bereshit-Genèse 42,35):
« Or, comme ils vidaient leurs sacs, voici que chacun retrouva son argent serré dans son sac« 
וַיְהִי, הֵם מְרִיקִים שַׂקֵּיהֶם, וְהִנֵּה-אִישׁ צְרוֹר-כַּסְפּוֹ, בְּשַׂקּוֹ

Charger un sac sur son épaule pour partir est un des gestes plus plus anciens de l’humanité et en hébreu la racine sh-k-m a donné shekem, l’épaule, et  le verbe se lever tôt.
Gen 21 14: « Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre pleine d’eau, les remit à Agar en les lui posant sur l’épaule
וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיִּקַּח-לֶחֶם וְחֵמַת מַיִם וַיִּתֵּן אֶל-הָגָר שָׂם עַל-שִׁכְמָהּ

A cette époque, on l’attachait en enroulant une corde en lin des épaules a la taille. C’était une expression courante pour dire qu’on se préparait à un voyage. C’est ainsi que Dieu dit au prophète Jérémie:
 »
Va, achète-toi une ceinture de lin et attache-la sur tes reins… »Prends la ceinture que tu as achetée, et qui couvre tes reins, mets-toi en route pour gagner l’Euphrate…
Ce geste de charger son sac sur une épaule se retrouve dans la racine כתפ (k.t.f) qui signifie charger et aussi épaule. Ainsi,  Mendele Mokher Sefarim* écrira:
ובדרך היה פונה כה וכה ומביט כגנב נזהר לנפשו, מכתף את תרמילו המלא, פעם על כתף זו ופעם על כתף זו » .
En chemin, il se tournait ça et là et regardait comme un voleur prudent, soucieux de sa sécurité, chargeant (mekatef) son sac plein d’une épaule (katef) à l’autre. (Le livre des gueux 1909)

Aujourd’hui, pour le cartable, on emploie aussi souvent le terme général de תיק (tik) d’origine greque (θηκη, theke) et même תיק גב (tik gav), puisqu’il s’agit d’un sac à dos.

Et le bâton מקך (makel)? Le voici, compagnon du sac תרמיל (tarmil).
Dans le livre de Chemot (l’Exode) il est écrit au moment du premier Pessa’h: « Et voici comme vous le mangerez: la ceinture aux reins, la chaussure aux pieds, le bâton à la main
וְכָכָה, תֹּאכְלוּ אֹתוֹ–מָתְנֵיכֶם חֲגֻרִים, נַעֲלֵיכֶם בְּרַגְלֵיכֶם וּמַקֶּלְכֶם בְּיֶדְכֶם

Le mot makel est à relier au verbe lehakel alléger, car le bâton aide à marcher et allège ainsi les difficultés du voyage.

Mais les mots sac et bâton ont parfois aussi une connotation négative. Ils sont aussi synonymes de saleté, voire de violence. C’est pourquoi il est écrit dans le Talmud qu’il était interdit pour un homme d’entrer dans le Temple avec son sac et son bâton, וּבַיַּלְקוּטו ובמקלו, et avec de la poussière sur ses pieds. On dirait aujourd’hui avec armes et bagages. Et l’expression populaire   בא אליו במקלו ובתרמילו (ba elav bemaklo uvetarmilo) veut dire:  il l’a attaqué violemment.

De nos jours le tarmil et le makel sont signes de randonnées et les randonneurs sont les תרמילאים (tarmilayim) qui prennent parfois des chemins périlleux:


(vers la grotte de Keshet en Galilée)

 

A bientôt,

* Targoum Yonatan ou Targoum Yerushalmi: traduction de la Thora en araméen attribuée à Yonatan ben Ouziel qui  s’éloigne parfois du texte pour y inclure des midrashim

* Le canulars du Palma’h sont un recueil d’histoire humoristiques, absurdes et souvent critiques que se racontaient les soldats pendant la guerre d’Indépendance.

* Medele Mokher Sefarim: Mendele le vendeur de livres, ou Shalom Yaakov Abramowicz (1836-1917), auteur yiddish et hébraïque, originaire d’Odessa.

* Le mot תיק (tik) et tik veut aussi dire sac à main et dossier. Ouvrir un tik contre quelqu’un c’est le mettre en examen.

Le’haim, לחיים

Avant le vin il y a la vigne et la vigne fait partie des 7 espèces dont je vous ai déjà parlé dans un article intitulé « les 7 plantes »*. Elles sont les plantes nourricières qui poussaient dans le Moyen Orient antique. 

Dans le Tanakh, la vigne est signe de bonheur, de stabilité et de paix. De nombreux versets sont là pour en témoigner et certains d’entre eux ont été repris dans des expressions courantes.
Dire par exemple, איש תחת גפנו ותחת תאנתו, chacun sous sa vigne et son figuier, c’est se rappeler ce verset du premier livre des Rois:
וַיֵּשֶׁב יְהוּדָה וְיִשְׂרָאֵל לָבֶטַח, אִישׁ תַּחַת גַּפְנוֹ וְתַחַת תְּאֵנָתוֹ, מִדָּן, וְעַד-בְּאֵר שָׁבַע–כֹּל, יְמֵי שְׁלֹמֹה – Juda et Israël, pendant toute la vie de Salomon, demeurèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu’à Beer Sheva. (
1 Rois 5,5).
Le livre de שיר השירים  (shir hashirim) ou Cantique des Cantiques est truffé de références à la vigne: « Le figuier embaume par ses jeunes pousses, les vignes en fleurs répandent leur parfum: debout, mon amie, ma toute belle et viens-t’en! »
ou même au vin et a ses effets« Qu’il me prodigue les baisers de sa bouche! Car tes caresses sont plus délicieuses que le vin. יִשָּׁקֵנִי מִנְּשִׁיקוֹת פִּיהוּ, כִּי-טוֹבִים דֹּדֶיךָ מִיָּיִן


(Boaz Sharabi interprète ces premiers versets de Shir Hashirim)

A l’inverse notre mauvaise conduite nous prive des bienfaits de la vigne. Comme il est  dit dans le livre du prophète Ishayaou: « Mon ami avait une vigne sur un coteau au sol gras. Et il la bêcha, il en ôta les pierres, il y planta des ceps de choix, il bâtit une tour au milieu, il y tailla aussi une cuve, et il compta qu’elle produirait des raisins; or, elle produisit du verjus.
כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי, בְּקֶרֶן בֶּן-שָׁמֶן.
ב וַיְעַזְּקֵהוּ וַיְסַקְּלֵהוּ, וַיִּטָּעֵהוּ שֹׂרֵק, וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ, וְגַם-יֶקֶב חָצֵב בּוֹ; וַיְקַו לַעֲשׂוֹת עֲנָבִים, וַיַּעַשׂ בְּאֻשִׁים. (Isaie 5, 1 et 2)
Et comme vous les savez déjà*, dans la langue populaire un fils dégénéré est appelé « Vinaigre, fils de vin« .

En fait, la culture juive est ambivalente au sujet du vin car si « le vin réjouit le cœur de l’homme, וְיַיִן, יְשַׂמַּח לְבַב-אֱנוֹשׁ (Tehilim 104. 15), les effets du vin peuvent être catastrophiques. Vous vous souvenez de Noa’h qui ayant planté la première vigne, se saoule ensuite et ne sait plus ce qu’il fait. Vous vous souvenez également des filles de Loth qui couchent avec leur père après l’avoir saoulé! (Gen 19,32): 
« Eh bien! enivrons de vin notre père, partageons sa couche et par notre père nous obtiendrons une postérité. »
לב לְכָה נַשְׁקֶה אֶת-אָבִינוּ יַיִן, וְנִשְׁכְּבָה עִמּוֹ; וּנְחַיֶּה מֵאָבִינוּ, זָרַע.

Même la guematria s’en mêle.
Elle peut-être positive: la valeur du mot vin יין (yayin) 70 est la même que le nombre des nations ou les facettes de la Thora. Mais elle peut être aussi négative: celle du mot secret סוד (Sod) est aussi 70. Ce qui permet de dire: נכנס יין יצא סוד, le vin est entré, sortira le secret!

Dès l’époque biblique, certains désirent donc mener une vie ascétique et se rapprocher ainsi de Dieu: ce sont les נזירים (nazirim). Le livre de Bamidbar (Nombres) codifie leurs interdits*. On verra même, à une époque particulièrement troublée, tout un groupe refusant de boire du vin pour des raisons morales: les Rekhabim. 
Le prophète Jérémie tente (sous l’ordre de Dieu lui même!) les Rekhavim* avec du vin mais ils répondent sagement: Nous ne buvons pas de vin! car notre père Yonadab, fils de Rêkhav, nous l’a défendu en disant: Vous ne boirez jamais de vin, ni vous ni vos enfants.
Kol hakavod, bravo, leur répond Jérémie qui en profite pour admonester les habitants de Yehouda qui eux ne se conduisent pas bien du tout.

Qui sont ces Rekhabim, parangons de vertu? Ils font partie du peuple mais sont d’origine madianite car descendants de Yithro, le beau-père de Moshe. Leur « père », Yonadav Ben Rekhav, a fondé ce qu’on pourrait presque appeler une secte qui repose sur deux principes essentiels: le refus du sédentarisme et la proscription du vin. Ce retour au nomadisme est censé protéger les Hébreux de la société de consommation et le refus de l’alcool est un désir d’élévation morale comme celui qui meut le Nazir.

En fait, pour les Juifs, il faut apprivoiser le vin et donc le sacraliser (en hébreu, la racine קדש -K D SH signifie mettre à part- la traduction en français sacraliser ne rend plus compte de cette signification). Il faut l’encadrer en l’utilisant dans le cadre religieux, le kiddoush, la bénédiction sur le vin les jours de shabbat et de fêtes (les 4 coupes de Pessah et celles de Tou Bishvat*), les fêtes familiales comme le mariage ou la brit mila,  mais surtout en le rendant apte à être bu, apte c’est à dire casher.

Pourquoi tout ce tracas de la casherout? Quelques raisons sont avancées par nos sages.
D’abord parce que manger c’est non seulement un acte de survie mais c’est aussi l’acte social de base qui fonde le groupe et le détermine. Or pour le judaïsme, tout est subordonné au fait que Dieu préside la table. La Guemara compare la table de chaque Juif a un petit temple familial. D’une certaine manière, le repas garde le souvenir de ce que fut le culte dans le Temple de Jerusalem où les sacrifices et libations  sacralisaient  la viande et le vin.
Ensuite les lois de la cacherout sont compréhensibles si on les examine d’un point de vue sociologique: elles empêchaient les juifs de manger, donc de socialiser avec les idolâtres et d’adopter leurs rites païens beaucoup moins austères que ceux de la Thora.
Enfin comment attendre d’individus qu’ils adoptent un comportement éthique s’ils ne sont même pas capables de s’imposer des règles quand à ce qu’ils ingurgitent.
Alors la casherout du vin, c’est quoi?
Les lois de la casherout du vin s’intéressent aux produits introduits pendant le processus de  vinification, par exemple certaines protéines utilisées pour la clarification et la stabilisation du vin. Elles s’intéressent aussi au comportement de ceux qui le fabriquent: traditionnellement dans l’Europe chrétienne, les vignes sont (étaient?) bénies et, pour nous, utiliser le vin produit par ces vignerons était comme accepter la christianisation du produit.

Pour notre fête de Pourim, nous avons une coutume très particulière: En signe de joie, il nous est demandé de boire au point de ne plus pouvoir faire la différence entre ארור המן וברוך מודכי (Arour Haman et Baroukh Mordekhai), maudit soit Haman et bénit soit Mordekhai. Ne plus faire la différence entre l’ennemi  et le juste? Je n’ai jamais été d’accord, même pour quelques heures. Le meurtre cette semaine de Dafna Meir et les blessures de Mikhal bat Esther Fruman* m’incitent à rester sur mes gardes: un ennemi reste un ennemi jusqu’à preuve du contraire.

En Israel, comme vous le savez, c’est la baron de Rothschild qui a importé les premiers plants de vignes depuis ses vignobles du Bordelais. C’est à Rishon leTsion*  que les premiers essais furent significatifs.

etiquette en francais in rishon letsion
Dans ce film sur les débuts de la vigne à Rishon leTsion*, vous reconnaîtrez sans peine la chanson même si elle est adaptée en hébreu et avec cette variante « Quand nous mourrons enterrez nous dans les caves de Rishon leTsion »!

Mais que buvait on à l’époque biblique?
Du blanc, du rouge? Etait-ce un vin de qualité ou bien un tord boyaux?
Il ne subsistait plus rien en Israel qui pouvait nous faire retrouver le gout du vin biblique*. L’islam était passé par là et la plupart des variétés de raisins avaient disparu…
Cependant, un couvent à côté de Bethlehem produit du vin depuis les croisades avec des espèces de la région. Le biologiste Eliashiv Drori engagea un archéo-botaniste et une spécialiste des analyses d’ADN pour comparer le raisin  utilisé par le couvent avec les restes de vin, trouvés dans des amphores et datant du 2 ème Temple. Le séquençage du génome montra qu’il s’agissait bien de la même espèce.

elyashiv-drori(Eliashiv Drori dans son laboratoire de l’Universite d’Ariel, Jewish Telegraphic Agency)

Eliahsiv Drori a planté un petit vignoble à Ariel. Nous pourrons un jour goûter le même vin que celui du roi David. Et comme il sera bon, j’en suis sûre, les amis de BDS en seront bien privés, car Ariel se trouve dans les « territoires-conquis-par-l’entité-sioniste », ou pour faire plus simple Ariel se trouve en Samarie.

vignoble d'Ariel

(Jewish Telegraphic Agency)

Le vin pousse partout en Israel: sur le Golan, en Judée-Samarie, et même dans le Neguev. Sur cette carte vous pouvez voir où se trouvent les principaux vignobles mais il y en a de nombreux familiaux que vous devez découvrir au gré de vos promenades.

carte des vins 2

 

Assez parlé, לחיים lekhaim, à la vie!
Ce n’est pas parce que le vin est tiré qu’il faut le boire mais parce qu’il est bon et malgré toute la haine qui nous entoure, il faut profiter de la vie!

A bientôt, bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

*Les 7 plantes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/01/16/sept-plantes/

*Le nazir:
http://www.akadem.org/medias/documents/–1_nombres_6-1.pdf
Dans la langue actuelle le mot nazir signifie moine

*Les Rekhabim: pour Rabbi David Kimhi (1160-1235)  ils sont descendants de Hovav (Yitro, le beau-père de Moïse)

*La casherout:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/01/shemita-shehita/

*Tu bishvat et Pessa’h:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/tou-bishvat/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/16/le-mois-de-shvat/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/04/11/une-delicieuse-argile/

*Rishon leTsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/27/ne-vous-inquietez-pas/

*vin biblique: On vient de retrouver à Tel Kabri dans le nord du pays, une cave à vin d’environ 4000 ans.

*- Dafna Meir a été assassinée dimanche chez elle a Othniel: elle avait 38 ans et était mère de 6 enfants (dont deux adoptés). Elle s’est battue avec le terroriste et a pu ainsi les sauver. Infirmière à l’hôpital Soroka de Beer Sheva et avait appris l’arabe pour être plus proche de ses patients arabes:
http://frblogs.timesofisrael.com/le-silence-retentissant-des-medias/
– Mikhal Bat Esther Fruman, 30 ans, de Tekoa, est la belle-fille du Rav Fruman, connu pour son désir de coexistence pacifique avec les Arabes.  Elle est à l’hôpital: le terroriste n’as pas réussi à la tuer. Elle est enceinte

 

 

 

 

Le ‘Hermon et la forteresse du roi Nimrod

Comme je vous l’avais promis la semaine dernière*, nous partons découvrir les fameux territoires qui sont la cause de tous nos tourments comme nous le répètent nos amis qui nous veulent du bien…
Nous commencerons par le הר חרמון, le mont ‘Hermon, tout au nord d’Israel:

Hermon


Le ‘Hermon est la partie sud du massif de l’anti-Liban dont le sommet (2814m) ne se trouve pas chez nous mais à la frontière entre le Liban et la Syrie.
Israel se contente d’un sommet plus modeste qui ne culmine qu’à 2210 m, c’est le מצפה שלגים (Mitzpe Shlaguim) ou la « tour d’observation des neiges ».

Si vous interrogez un Israélien sur le ‘Hermon, il vous répondra Ski! Mais le ‘Hermon n’est pas qu’un ensemble de piste de skis et de chemins de randonnées. Le ‘Hermon est surtout un poste stratégique entre Israel, le Liban et la Syrie. Par temps clair, on a une vue imprenable sur le plateau du Golan, la région de la Galilée, du Kinneret et de l’autre côté jusqu’à Damas ! C’est pour cela  que le sommet du Mitzpe Shlaguim est  un terrain militaire et un poste d’observation:

mitzpe shlagim

(Le Mitzpe Shalguim en plein été)

Plus bas vous pouvez séjourner au village de Neve Ativ qui est le point de départ des 14 pistes de ski:

View of the village of Neve Ativ, in Golan Heights. January 07, 2012. Photo by Moshe Shai/FLASH90 **MAARIV OUT** *** Local Caption *** ðåä àèéá øîú äâåìï

                                           (Neve Ativ en été, village fondé en 1971, photo de Moshe Shay )

Pendant la guerre de Kippour, le ‘Hermon, comme le plateau du Golan, fut le théâtre de terribles batailles entre Tsahal et l’armée syrienne. La Syrie avait conquis et occupé la région à la suite de la guerre de 1948, alors qu’elle était dévolue au territoire de Palestine et n’avait jamais été incluse dans le territoire syrien.

Carte-de-la-Palestine-Mandataire

Chassée en 1967, l’armée syrienne comptait bien la reprendre en 1973*.
La Syrie attaqua avec une armée bien plus puissante que Tsahal,  composée de soldats  non seulement syriens, mais aussi  égyptiens, irakiens, jordaniens et même marocains*.
Les Israéliens réussirent  pourtant à les repousser et à reprendre une grande partie du ‘Hermon dont certains massifs furent ensuite rendus au Syriens lors des accords de « séparation des forces en présence ».

Le ‘Hermon est mentionné dans le Tanakh comme un territoire pris sur le roi Amoréen Si’hon et le roi Og de Bassan au moment de la conquête du pays par les Hébreux sous la conduite de Josué. Il est écrit dans le livre de Devarim (Deutéronome 4-48) que les Hébreux prirent possession du pays« depuis Aroer, qui est au bord du torrent d’Arnon, jusqu’à la montagne de Ciôn, autrement dit le Hermon et toute la Plaine du côté oriental du Jourdain jusqu’à la mer de la Plaine, sous le versant du Pisga. »
ח מֵעֲרֹעֵר אֲשֶׁר עַל-שְׂפַת-נַחַל אַרְנֹן, וְעַד-הַר שִׂיאֹן–הוּא חֶרְמוֹן. מט וְכָל-הָעֲרָבָה עֵבֶר הַיַּרְדֵּן, מִזְרָחָה, וְעַד, יָם הָעֲרָבָה–תַּחַת, אַשְׁדֹּת הַפִּסְגָּ

Cette région riche en eau est tellement importante que la Bible nous indique même comment les populations locales la nomment. Toujours dans le livre de Devarim (3,9):
« Les Sidoniens nomment le Hermon Sinon, et les Amorréens l’appellent Senir« 
צִידֹנִים יִקְרְאוּ לְחֶרְמוֹן, שִׂרְיֹן; וְהָאֱמֹרִי, יִקְרְאוּ-לוֹ שְׂנִיר

Comme beaucoup de montagnes, c’est un lieu sacré. On lit dans le livre des Juges (3 3)
« les cinq principautés des Philistins, tous les Cananéens, Sidoniens et Hévéens qui habitaient le mont Liban, depuis la montagne de Baal-Hermon jusqu’à Hamath« .
חֲמֵשֶׁת סַרְנֵי פְלִשְׁתִּים, וְכָל-הַכְּנַעֲנִי וְהַצִּידֹנִי, וְהַחִוִּי, יֹשֵׁב הַר הַלְּבָנוֹן–מֵהַר בַּעַל חֶרְמוֹן, עַד לְבוֹא חֲמָת
C’était donc un lieu où était révéré le dieu Baal.
Est ce à cause de cela que le mot 
 ‘Hermon vient de la racine חרמ,’HRM, qui a donné le mot חרם,’herem, anathème, exclusion? Nous aurions appelé cette région si riche et si belle, anathème à cause de l’idolâtrie qui y régnait (et a continué à régner malgré la conquête des Hébreux!)?

C’est l’explication la plus simple mais aucun texte biblique ne mentionne cela. En fait, la seule mention d’un anathème se trouve dans un texte post-biblique, retrouvé à Qumran et appelé texte de Henokh l’éthiopien. Pour lui, 200 anges déchus seraient descendus sur cette montagne pour  se vouer mutuellement à l’anathème!
C’est oublier que la racine ‘HRM peut signifier tout simplement « mis à part ».
Certains pensent même qu’il faut, comme toujours, s’amuser avec les consonnes de la racine. On obtient ainsi en les permutant רחמ, R’HM, racine du mot miséricorde. Il est vrai que cette montagne est comme une mère généreuse des rivières qui formeront entre autre le Jourdain. חרמ,’HRM, permuté en רחמ, R’HM, serait alors à rapprocher du mont montagne הר, HR, dont la racine signifie aussi être enceinte!

En tout cas, aucun texte juif ne mentionne le ‘Hermon négativement. Le roi David s’exclame dans son tout petit psaume 133:
« Ah! qu’il est bon, qu’il est doux à des frères de vivre dans une étroite union! C’est comme l’huile parfumée sur la tête, qui découle sur la barbe, la barbe d’Aaron, et humecte le bord de sa tunique;  comme la rosée du Hermon qui descend sur les monts de Sion; car c’est là que Dieu a placé la bénédiction, la vie heureuse pour l’éternité.« 
הִנֵּה מַה-טּוֹב, וּמַה-נָּעִים– שֶׁבֶת אַחִים גַּם-יָחַד. ב כַּשֶּׁמֶן הַטּוֹב, עַל-הָרֹאשׁ–יֹרֵד, עַל-הַזָּקָן זְקַן-אַהֲרֹן:שֶׁיֹּרֵד, עַל-פִּי מִדּוֹתָיו. ג כְּטַל-חֶרְמוֹן– שֶׁיֹּרֵד, עַל-הַרְרֵי צִיּוֹן:כִּי שָׁם צִוָּה יְהוָה, אֶת-הַבְּרָכָה–חַיִּים, עַד-הָעוֹלָם.

Pour le roi Salomon et ses contemporains, cette verdure et ce ruissellement d’eau sont synonymes de beauté et de majesté ainsi qu’il est écrit dans le שיר השירים, Shir hashirim, ou Cantique des Cantiques (4, 8)
« Avec moi, viens, ma fiancée, du Liban; du Liban viens avec moi; regarde du haut de l’Amana, du sommet du Senir et du Hermon, des antres des lions, des monts que fréquentent les léopards« 
אִתִּי מִלְּבָנוֹן כַּלָּה, אִתִּי מִלְּבָנוֹן תָּבוֹאִי; תָּשׁוּרִי מֵרֹאשׁ אֲמָנָה, מֵרֹאשׁ שְׂנִיר וְחֶרְמוֹן, מִמְּעֹנוֹת אֲרָיוֹת, מֵהַרְרֵי נְמֵרִים.

La région du ‘Hermon restera ainsi riche en flore et en faune jusqu’au déboisement qui commence à la conquête arabe et se continue sous les Ottomans. De nos jours, il n’y a plus ni léopards ni lions* mais y vivent toujours des loups et des ours. Le massif montagneux est un ensemble de parcs naturels.
Le héros d’une chanson populaire célèbre à la fois la majesté du ‘Hermon et l’amour pour sa belle:

..אִלּוּ הָיִית כָּאן אִתִּי
הָיִיתִי נוֹתֵן לָךְ מַזְכֶּרֶת
אֶת כָּל הָאוֹרוֹת, חֶמְדָּתִי,
מֶהַבַּנְיָאס וְעַד הַכִּנֶּרֶת.

הָיִיתִי מָגִישׁ לָךְ מַלְכוּת
טוֹבֶלֶת בְּיָם שֶׁל זָהָב.
מִשֶּׁלֶג הָיִיתִי תּוֹפֵר לָךְ
שִׂמְלָה לְבָנָה כְּשֶׁנְהָב. »

« Si tu étais ici avec moi, je te donnerais en souvenir, ma charmante, toutes les lumières depuis Banyas jusqu’au Kinneret.
Je t’apporterais la majesté (du ‘Hermon), baignant dans une mer dorée, je te coudrais une robe de neige, blanche comme l’ivoire »

Sur les contreforts du ‘Hermon se trouve la forteresse de Nimrod. Elle doit son nom à une tradition biblique selon laquelle le roi Nimrod* aurait vécu dans ces montagnes, tradition partagée par les Druzes qui s’installèrent dans cette région, fuyant  la guerre qui les opposaient aux Chrétiens maronites libanais en 1860*.

GOL_Nimrod_Fortress2

Ce fut à l’origine une forteresse croisée , défense de la ville de Banyas, un peu plus au Sud.  Elle fut restaurée au 13 ème siècle par le sultan Baybar* qui y laissa sa marque ,un lion, comme il le fit sur l’une des portes de Jerusalem, la Porte des Lions*.

תבליט אריה שנמצא במבצר נמרוד - צילם דורון ניסים

(photo Doron Nissim)

La forteresse de Nimrod est un monument impressionnant qui regarde vers l’Ouest,
1500px-Nimrod_Fortress_Looking_West

construite avec des citernes auxquelles on pouvait accéder par des escaliers protégés, ce qui permettait aux soldats de survivre à de longs sièges,

Nimrodpool

elle perdit peu à peu de son importance au profit d’Akko qui contrôlait la Méditerranée orientale.
Au 16 ème siècle, les Turcs en firent une luxueuse (!) prison pour leurs ennemis VIP, puis l’abandonnèrent complètement. Détruite pendant un tremblement de terre au 18 ème siècle elle fut redécouverte dans les années 40.

A bientôt,

*mon précédent article:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/20/etiquetez-etiquetez-il-en-restera-toujours-quelque-chose/

*la guerre de Kippour en octobre 1973:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/18/les-trois-crimes-de-damas/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/09/10/shofar/

 

*les lions ne sont pas rares dans l’Israel de l’époque biblique. Le roi David, originaire de Bethlehem en Judée, soit dans la banlieue de Jerusalem, en a tué un tandis qu’il gardait les troupeaux de son père

*le roi Nimrod: le grand chasseur Nimrod est le premier roi après le déluge. Il est mentionné dans le livre de Bereshit. Son nom signifie se rebeller, 

*le sultan Baybar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/11/11/la-porte-des-lions/

*le conflit druze-chretiens maronites:
http://www.herodote.net/26_mai_1860-evenement-18600526.php

Le groupe clandestin des souffleurs de shofar

Comme vous le savez déjà, le shofar n’est pas pour nous qu’une trompette primitive*.
Ce fut même notre arme secrète à l’époque du Tanakh: souvenez-vous que le son du shofar fut la bande sonore au moment du don de la Thora au Sinaï (Exode 19), souvenez-vous de Yehoshua et son armée soufflant dans les shofar tout autour des murailles de Jericho (Josué chap 6):

trompettes de Jericho Jean Fouquet 1452

(Tableau de Jean Fouquet 1452)

ou bien de Gideon se battant contre les Madianites (livre des Juges, chap 7):

800px-Poussin_La_Victoire_de_Gédéon_contre_les_Madianite(Tableau de Poussin: La victoire de Gidéon contre les Madianites)

A l’époque du mandat britannique, les Anglais, soucieux de se concilier les potentats arabes, qui ne supportaient que l’appel des muezzin*, déclarèrent le shofar hors la loi.
Voici quelle était la situation:
Dans les années 30, les Juifs qui priaient au Kotel s’entassaient dans un boyau étroit,  se protégeant tant bien que mal des pierres que les Arabes leur lançaient (déjà!) depuis l’esplanade du Temple où se trouve la mosquée d’El Aksa.

kotel
Ils avaient le droit de prier au Kotel  mais sous étroite surveillance. Bref, entassés et se protégeant comme ils le pouvaient, les Juifs priaient… Apres tout, cela avait toujours été comme ça, et ils en avaient l’habitude…
Ce qui changea, dès le début du Mandat britannique, ce fut l’attitude de plus en plus conciliante des british envers les exigences du Grand Mufti de Jerusalem, Had Amin Al ‘Husseini. Celui-ci décréta que les prières des Juifs gênaient les musulmans.
Les Anglais décidèrent donc d’interdire les tables pour le kidoush* et des arches pour abriter la Thora*. Même sa lecture fut interdite. Pour lire la Thora,  il fallait aller dans une des synagogues du quartier juif mais surtout pas au Kotel.
Finalement, le son du shofar fut même interdit pendant les célébrations du nouvel an juif à Rosh Hashana et aussi le jour de Kippour.

Un groupe clandestin des souffleurs de shofar se forma naturellement aussitôt*. Le premier qui défia la police anglaise fut Moshe Segal en 1930. Il avait caché son shofar sous son talith et le sorti pour la prière de la Neila* de Kippour. Il fut aussitôt arrêté. Le Rav Abraham Ytz’hak Kook* décida de poursuivre le jeune de Kippour et resta donc sans manger ni boire jusqu’à la libération de Moshe Segal. Les Anglais ne voulant pas risquer la vie du Rav Kook, trop célèbre dans le monde juif, libérèrent Moshe Segal au bout de quelques heures.
moshesegal

Pendant 17 ans, jusqu’à la création de l’état d’Israel en 1948, de jeunes Juifs se relayèrent chaque année pour souffler dans le shofar. Ils étaient recrutés secrètement. Les volontaires s’entraînaient clandestinement pendant toute l’année et les souffleurs étaient désignés au dernier moment.

Six d’entre eux se sont retrouvés ces jours au Kotel:

Ils racontent:
– Nous avions juré de donner nos vie pour que revive le peuple juif

– Une jeune femme accompagnée d’une petite fille est venue vers moi et m’a dit: on t’emmène au Kotel.
– Où est le shofar?
– C’est la petite fille qui l’a
« 

La situation s’aggrava pour Rosh Hashana 1946 quand les Anglais fermèrent les entrées du quartier juif menant au Kotel.
Dans la vidéo ci-dessous, les volontaires racontent qu’ils sautèrent de balcon en balcon dans le quartier juif, passèrent de jardin en jardin et arrivèrent ainsi au Kotel…
Là, un poste de police britannique et une flopée de policiers…
Les policiers britanniques ne parlaient pas hébreu et les messages secrets étaient délivrés en hébreu en psalmodiant les phrases comme celles des prières…
Le shofar introduit clandestinement passait de mains en mains. Les Juifs gardaient leur tête baissée sous le talith pour que le récipiendaire ne voit pas leur visage et puisse les dénoncer au cas où il serait torturé… Les volontaires opéraient par trois. Dès que sur un des côtés du Kotel, l’un d’eux  avait soufflé dans le shofar, les policiers accouraient vers lui, mais plus de shofar! Un autre volontaire sonnait de l’autre côté et enfin le shofar se faisait entendre au milieu du Mur…

Certains volontaires furent arrêtés et envoyés en prison pour plusieurs mois, d’autres s’échappèrent comme Mordekhai She’hori en 1942 qui, une fois arrêté, entendit la foule psalmodier : « N’aie pas peur nous te libérerons, nous les pousserons et tu essayeras de t’échapper »
Soudain quelqu’un cria « Vas-y » et des centaines de gens poussèrent les policiers… Mordekhai parvint jusqu’au au centre ville où l’attendait Moshe Segal, le premier souffleur de shofar.

L’histoire des souffleurs de shofar se termine à Kippour 1947. De 1948 à 1967 le Kotel se retrouvera aux mains des Jordaniens et pendant cette période aucun Israelien ou Juif ne put prier au Kotel…

Nous pouvons y prier maintenant même si la situation n’est pas facile. Les Arabes entassent toujours des pierres dans la mosquée d’El Aksa qu’ils ont transformée en dépôt de munitions*. Comme ça ils ont tout sous la main…

Pierres a El Aksa

Oubliez l’indulgence de certains pour les « lanceurs de pierre ». C’est vrai, ca fait travail d’amateur, un peu comme les missiles du ‘Hamas qualifiés d’artisanaux. Mais malheureusement les pierres tuent.

La dernière victime s’appelle Alexandre Levlovitch, il a été assassiné le soir de Rosh Hashana dans le quartier de Armon Hanatsiv, pas très loin de chez moi:

Alexandre Levlovitch

Quant au scandale de la situation qui prévaut sur le Mont du Temple (que vous connaissez mieux sous le nom d’Esplanade des Mosquées), je vous en parlerai plus tard dans un prochain article.

A bientôt,

*Le shofar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/09/10/shofar/

*L’appel du muezzin: hier encore il s’est déchaîné dans son minaret!
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/22/vendredi/

*les tables de kidoush: petites tables sur lesquelles on pose bouteille et verres pour la bénédiction sur le vin
les arches pour la Thora sont des petits coffres de rangement pour les rouleaux de la Thora

*Ils étaient tous membres du Beitar, on les  voit en uniforme sur la vidéo. Merci à Pierre Lurcat!

*Neila: derniere partie de la priere de Kippour qui se termine par le son du shofar

*Le rav Abraham Yitz’hak Kook: https://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham_Isaac_Kook
*La mosquée d’El Aksa devenu un entrepot d’armes:
http://www.israel-flash.com/2014/11/jerusalemvideo-les-femmes-musulmanes-font-de-la-contrebande-darmes-a-laide-de-leurs-vetements-sur-le-mont-du-temple/