La loi de la nation ou la vertu du nationalisme

Il y a quelques semaines, le politologue Yoram Hazoni était interviewé dans le Figaro. Voici ce qu’il déclara au sujet du nationalisme et des états-nation:
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler ne l’était pas le moins du monde.Je ne pourrai pas vous rendre compte du reste de l’interview n’étant pas abonnée au Figaro, mais voici un extrait de son livre* The virtue of nationalism:
Mes amis libéraux (là encore, au sens américain, c’est-à-dire des intellectuels de gauche) semblent ne pas comprendre que la construction libérale qu’ils soutiennent est une forme d’impérialisme… Tout comme les Pharaons et les rois de Babylone, les empereurs romains et l’église catholique romaine, jusqu’à récemment, ainsi que les marxistes au siècle dernier, les “progressistes” ont aux aussi leur grande théorie sur la manière d’apporter la paix et la prospérité au monde entier, en abolissant les frontières et en unissant l’humanité sous leur propre domination universelle. Infatués de la clarté intellectuelle de cette vision, ils dédaignent le processus laborieux de consulter la multitude des peuples qui doivent, selon eux, embrasser leur vision de ce qui est bon. Et comme tous les impérialistes, ils sont prompts à exprimer leur dégoût, leur mépris et leur colère lorsque leur vision de la paix rencontre l’opposition de ceux dont ils sont certains qu’ils retireront un immense bénéfice en se soumettant tout simplement”

Je peux rajouter à cela:
Hitler voulait un grand empire débarrassé de la vermine (nous les Juifs et aussi les Gitans) et avec de nombreux esclaves (les Russes et Polonais particulièrement) au service d’une supposée race pure. Il ne proposait pas que chacun vive selon sa langue, ses lois et sous son figuier pour  paraphraser la Bible. Staline voulait un empire soviétique dans lequel les particularismes culturels n’étaient concédés que du bout des lèvres, quant à Mao, foin des aspirations de toutes les minorités qui s’opposaient au diktat chinois, les Tibétains en savent quelque chose.
En ce qui concerne le monde islamique, nous savons que pour lui, le monde est partagé entre Dar el Islam (monde de l’Islam) où tous doivent obéir à l’islam (y compris les dhimmis) et Dar el ‘Harb (le monde de l’épée) c’est à dire le monde qui sera soumis à l’islam par la force.

Pourtant, actuellement l’idée que la nation est facteur de discrimination pouvant mener à la guerre est très à la mode. Une des raisons qui font que notre petit état fait horreur au monde occidental, c’est que c’est un état-nation et que nous y tenons.
Depuis quelque mois, une loi, la loi de la Nation, fait couler beaucoup d’encre, y compris ici dans la presse et les milieux gauchistes qui la décrivent comme une loi raciste s’opposant aux droits de l’homme. Aussi j’ai voulu mettre en parallèle le texte de la Déclaration de l’Indépendance, prononcé le 14 mais 1948 par David Ben Gourion, les lois fondamentales et le texte de la loi de la Nation.

Si je reprends le contenu de la Loi de la Nation promulguée le 19 juillet 2018, je retrouve les mêmes principes dans la Déclaration d’Indépendance et les Lois Fondamentales. Ainsi:

– 3 grands principes y sont inscrits en préambule:
1) La Terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif sur laquelle s’est constitué l’État d’Israël.
2) L’État d’Israël est l’État national du Peuple Juif par lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination.
3) L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est spécifique au Peuple Juif.

Ces trois principes se trouvent déjà dans la Déclaration d’Indépendance:

La loi de la Nation  détaille ensuite les symboles de l’état:

– Le nom de l’état:
Le nom de l’état est Israel.

Dans la Déclaration de l’Indépendance figure cette phrase:
Nous, membres du Conseil National représentants le peuple juif du pays d’Israel et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd’hui, jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’état juif dans le pays d’Israel, qui portera le nom d’état d’Israel.

– Le drapeau de l’État:
Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des marges, et un maguen David (bouclier de David) bleu ciel au milieu.

Lois fondamentales (extrait):
Le drapeau d’Israël s’inspire du châle de prière juif (Talith) orné d’un Bouclier de David (Maguen David) bleu (Loi de drapeau et des symboles de l’État, mai 1949).

Les armoiries de l’Etat:
Le symbole  de l’État est un chandelier  à sept branches, des feuilles de vigne sur chaque côté, et le mot: « Israel » à sa base.

Lois fondamentales (extrait):
Les armoiries d’Israël représentent une Menorah (chandelier), symbole juif depuis plus de 3000 ans. L’emblème de l’état, la Menorah sera la même que celle qu’on trouve sur l’arc de Titus*. Elle sera entourée de deux branches d’olivier et à sa base portera le nom d’Israel en souvenir de la prophétie de Zakharia (14, 2) qui prophétise le renouveau d’Israel:
« Je vois un chandelier tout en or son récipient sur son sommet, ses sept lampes alignées et sept conduits pour les lampes qui en couronnent le sommet.  Puis, deux oliviers à ses côtés, l’un à droite du récipient, l’autre à gauche ». 

L’Hymne de l’État:
L’hymne de l’état est la « Hatikvah ».

Lois fondamentales (extrait):
Hatikvah est officiellement l’hymne national de l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Composé par Naphtali Imber en 1878 et choisi pour être l’hymne du premier Congres Sioniste.
Le mot  Hatikva veut dire l’espoir et son texte a tout de suite parlé aux juifs du monde entier, et ceci avant la création de l’état.

Tant qu’au fond du cœur
Vivre notre âme juive,
Et, tend son regard vers les confins de l’Orient

Notre espoir n’est pas encore perdu,
Un espoir de deux mille ans:
Etre un peuple libre sur notre terre,
La terre de Sion et de Jérusalem


(chorale d’enfants à Munkacs dans les Carpates au début des années 30)

Dans la Palestine mandataire, l’hymne de la Hatikva a été interdit par les autorités britanniques dès 1919 pour ne pas déplaire aux Arabes (comme ils avaient par ailleurs interdit le son du shofar au Kotel*).

– La capitale de l’état:
Jerusalem, entière et réunifiée est la capitale de l’Etat.

Lois fondamentales:
1) Le 5 décembre 1949, le Premier Ministre David Ben Gourion  a proclamé que Jerusalem était la capitale d’Israel , en suivant ainsi les décisions du gouvernement. Il a aussi rappelé  le fait que, capitale à l’époque biblique,  Jerusalem  avait toujours eu une population juive sans discontinuer jusqu’à nos jours. Il a souligné son propos en répétant cette phrase:  ירושלים היא בירת ישראל לנצח, Jerusalem est la capitale d’Israel pour l’éternité.
2) De plus, le 14 du même mois de décembre 1949, il a rejeté la résolution 303 de l’UNGA (Assemblée générale de l’ONU), qui avait décidé que Jerusalem serait une ville internationale placée sous l’autorité de l’ONU,  et a réaffirmé la position des membres de la Knesset sur le sujet.
3) La loi fondamentale, votée le 

– La langue officielle de l’état:
L’hébreu est la langue de l’état. La langue Arabe jouit d’un statut spécial dans l’État; la réglementation de l’usage de la langue Arabe dans les institutions officielles ou devant celles-ci, fera l’objet d’une loi. Aucune disposition du présent article ne portera atteinte au statut effectif de la langue Arabe avant l’entrée en vigueur de la présente loi fondamentale.

Loi fondamentale du 19 mais 1948: L’hébreu est la seule langue officielle d’Israel, l’arabe ayant un statut spécial.

Alors que le nouvel état a maintenu un certain nombre de lois britanniques dans son nouveau code de lois, le gouvernement a expressément précisé que seul l’hébreu était la langue officielle!

Cependant, les panneaux d’utilité publique

ainsi que tous les documents officiels sont rédigés en hébreu et en arabe.

J’ai lu dans plusieurs revues d’histoire que l’ONU avait exigé pourtant d’Israel la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle avant de l’admettre comme membre. C’est faux mais qui ira vérifier le texte de la résolution 273 admettant Israel au sein de l’ONU en 1949:
https://ecf.org.il/media_items/469)

– Le rassemblement des exilés et les liens avec le peuple juif en Diaspora:
L’État sera ouvert à l’immigration des Juifs et au Rassemblement des Exilés. L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté. L’État agira sur les communautés de Diaspora pour la conservation du lien entre l’Etat et les membres du Peuple Juif. L’État agira en vue de la conservation de la Tradition culturelle, historique et religieuse du Peuple Juif au sein du Judaïsme de Diaspora.

Déclaration de l’Indépendance:
Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat… Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.
En 1897, inspiré par la vision de l’Etat juif qu’avait eue Théodore Herzl, le premier congrès sioniste proclama le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays. Ce droit fut reconnu par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et réaffirmé par le mandat de la Société des nations qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

(Voici cet extrait repris et décoré qui se trouve dans les archives de l’état)

– *Développement urbain et agricole des Juifs:
L’État considère le développement urbain et agricole des Juifs comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement.

Bien avant la création de l’état d’Israel en 1920, l’article 6 des Accords de San Remo stipulait que:
L’Administration de Palestine, tout en veillant à ce que les droits et la situation des autres catégories de la population ne soient pas lésés, facilitera l’immigration juive dans des conditions appropriées et encouragera, en coopération avec l’Agence Juive visée à l’article 4, l’implantation des Juifs sur les terres, y compris les terres domaniales et les friches non nécessaires à des fins publiques. »

Déclaration de l’Indépendance:
..
.Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat. Tout au long des dernières décennies, ils s’y rendirent en masse : pionniers, maapilim* et défenseurs. Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle. Ils n’aspiraient qu’à la paix encore qu’ils aient toujours été prêts à se défendre. Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays. Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.

Lois fondamentales:
Le concept de développement urbain et agricole de la population juive est déjà inscrit dans la Déclaration du 4 octobre 1949. Le gouvernement de l’époque  constitue en plus un comité dont le but est d’inciter à la réhabilitation des noms juifs des différentes localités dont le nom a été changé au cours des siècles et à retrouver celles qui ont disparu en se fondant sur des bases historiques et archéologiques précises . Ce comité travaillera surtout dans la région du Neguev, en parallèle avec le « Comité des noms des localités du Fonds National Juif » qui lui s’est attelé à ce travail dès l’année 1922!
Pour comprendre cela, il faut intégrer le fait qu’ici, les groupes ethniques et religieux sont ne sont pas effacés au profit d’une nationalité commune à tous. Situation très différente de ce qui existe par exemple en France. Ne dites surtout pas à un Israélien arabe, druze, tcherkesse ou araméen, qu’il n’est qu’israélien. Il est fidèle non seulement à sa nationalité mais aussi à son groupe dont il défend bec et ongles les particularités. Il donc est logique pour tous que si l’état est la patrie de la nation juive, comme cela est inscrit dans la Déclaration de l’Indépendance, le développement urbain et agricole des Juifs soit son objectif premier. Ceci dit, les non-Juifs habitent où ils veulent (y compris parfois dans les « colonies ») dans la mesure où ils respectent les lois d’urbanisation valables pour tous.
Point de place ici pour  les villages construits sans aucune autorisation, essentiellement dans le Neguev mais parfois aussi en Galilée et pour le dire en passant, souvent avec l’aide active de puissances étrangères comme l’Union Européenne qui plantent des cabanes en tôle, sans donner aux habitants la possibilité de se connecter à l’eau, à l’électricité ou même à des routes carrossées et en les gardant ainsi dans un état de pauvreté et de dépendance tout en leur répétant que leurs malheurs viennent des sionistes.

– Le Calendrier:
Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel de l’Etat et à ses côtés le calendrier grégorien servira aussi de calendrier officiel. L’emploi du calendrier hébraïque et du calendrier grégorien sera fixé par la loi. Le jour de l’Indépendance est le jour de la fête nationale de l’État.
Le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et le Jour du Souvenir de la Shoah et du Courage sont des jours du souvenir officiels de l’État.
Le Shabbat (Samedi) et les fêtes juives sont des jours de repos fixes dans l’État. 
Les personnes non-juives ont le droit de fixer leurs jours de congé, leur jour de repos hebdomadaire et lors de leurs fêtes; les détails concernant ces points seront fixés par la loi.

Lois fondamentales:
La première loi à être promulguée dans l’État d’Israël a été l’ordonnance du shabbat et du repos des jours selon le calendrier juif en raison de l’importance de la tradition juive. Et il a été décidé que la date hébraïque serait indiquée dans chaque lettre officielle du gouvernement
De plus, pendant le premier gouvernement de Mena’hem Begin, il a été décidé que les banques et les institutions publiques se devaient d’honorer les chèques et factures comportant uniquement la date hébraïque.
Enfin en 2014, a été votée une loi selon laquelle le permis de conduire comporterait également la date en hébreu.

En conclusion que dire? Que tout ce qui se trouve dans la Loi de la Nation (que les journaliste appellent la si-controversée loi de la Nation) a été déjà écrit et proclamé depuis la création de l’état.
Etait-il donc nécessaire de voter une nouvelle loi?
Pour moi, oui, vraiment, et toutes les accusations véhémentes de ceux opposés à la loi me le prouvent. Ce texte est nécessaire pour lutter contre les adeptes du post-sionisme qui voudrait suivre le courant actuel: plus de nation, plus de particularités culturelles et nationales sans se rendre compte que cet abandon revient à donner les rênes du pays à  ceux qui veulent le détruire. Ce faisant, ils ôtent aux Juifs tout espoir de trouver un refuge dans le pays de leurs ancêtres. Si certaines populations décident de fondre leur culture et leurs particularismes dans un magma indéfinissable, c’est bien leur droit. C’est là un luxe que nous, Juifs, nous ne pouvons pas nous payer. Combien d’entre nous en Diaspora sont encore des victimes toutes désignées y compris dans les pays dits développés?
Même ici, dans ce pays en constitution depuis seulement 70 ans, nous ne devons jamais baisser les bras et veiller à ce que les principes fondateurs demeurent.
Certains crient à la discrimination en répétant comme un mantra que la Loi de Nation est raciste, mais sans jamais expliquer en quoi elle l’est.

Pour moi, par deux fois nous avons perdu notre souveraineté nationale*.
Nous avons survécu en développant et renouvelant notre conception particulière du monde et du rapport à l’autre, tout en conservant nos structures fondamentales: monothéisme et éthique, rappel de l’alliance et universalisme. Nous avons été capables de maintenir notre identité pendant ces siècles d’exil, tout cela en attendant de restaurer notre état*.
Nous avons le devoir de maintenir nos valeurs et notre héritage que nos ancêtres ont réussi, dans les conditions difficiles que nous connaissons, à nous transmettre et nous refusons de nous couler dans un moule créé par d’autres même s’ils prétendent nous vouloir du bien.

A bientôt,

* Il y a longtemps: la première fois 5 siècles avant l’ère chrétienne et la deuxième fois au deuxième siècle de l’ère chrétienne, après la chute de Bar Kokhba.

*Extrait tire de l’excellent article (une fois de plus!) de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/02/europe-les-elites-contre-les-peuples-la-nouvel-imperialisme-europeen-face-au-reveil-des-etats-nations-pierre-lurcat.html

* Parmi les nombreuses interdictions du gouvernement britannique: chanter l’hymne Hatikva et souffler dans un shofar au kotel
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

* Maapilim: Les immigrants illégaux entre 1934 et 1948.

*Je vous renvoie au texte de la déclaration d’Indépendance, prononce par David Ben Gourion, premier Premier Ministre d’Israel, le 5 Iyar 5708 ou 14 mai 1948:
https://mfa.gov.il/MFA/MFAFR/MFA-Archive/Pages/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel.aspx

 

Bleu azur, sionisme et margarine

 

En ce moment se tient au Musée des Pays de la Bible une exposition sur les couleurs de prestige dans les civilisations du Moyen-Orient antique et en particulier sur la couleur bleu, תכלת (tekhelet)*.

La couleur bleue a toujours eu une signification particulière dans la vie des Juifs. Selon la Guemara, le bleu fait penser à la mer et au ciel, donc aux eaux d’en haut (le ciel) et les eaux d’en bas (la mer)* et nous donne une petite idée de ce qu’est la grandeur de Dieu. Et c’est ainsi qu’il fut ordonné aux Juifs de placer un fil bleu, תכלת (tekhelet), dans les tsitsit* aux 4 coins de leur châle de prière le talith:
Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges (tsitsit) aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. (Nombres- Bamidbar 15,38)
דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת.
Le תכלת (tekhelet) est une couleur bleu/indigo extraite d’un mollusque appelé חילזון (‘hilazon) qu’on ne trouve dans la Mer Méditerranée qu’entre ‘Haifa et la ville de Tyr au Liban.

Cette espèce étant inconnue en dehors de cette région, les Juifs dispersés en Galout ne purent que supputer sa couleur véritable. Rashi* estimait qu’il s’agissait d’une nuance foncée, raison pour laquelle les taliths des Ashkenazes sont traditionnellement rayés de noir, tandis que le Rambam (Maimonide) penchait pour un bleu clair, raison pour laquelle les taliths sépharades sont rayés de  bleu.

A la fin du 19 ème siècle il fut question de choisir un drapeau, qui exprimerait l’identité du peuple juif et son aspiration nationale. Mais nous n’avions jamais eu de drapeau! Il est vrai qu’à plusieurs reprises entre le 14 et 17 siècles, les Juifs d’Ofen (Budapest) et de Prague,  avaient reçu le droit de hisser une bannière à fond rouge avec un motif juif, une étoile à 6 branches. Cette bannière reprenait un motif juif courant, qu’on trouve déjà gravé sur des pierres bien avant l’ère chrétienne, et appelée מגן דוד (Maguen David) ou Bouclier de David, ancêtre du Mashia’h selon la tradition.
Les 6 branches du bouclier représentent les qualités du Mashia’h: 1-l’esprit de sagesse, 2-d’intelligence, 3-l’esprit de conseil, 4- et de force, 5-l’esprit de science et 6-de crainte de Dieu.
Comme l’écrivait le prophète Ishayahou.

וְיָצָא חֹטֶר, מִגֵּזַע יִשָׁי; וְנֵצֶר, מִשָּׁרָשָׁיו יִפְרֶה. ב וְנָחָה עָלָיו, רוּחַ יְהוָה–רוּחַ חָכְמָה וּבִינָה, רוּחַ עֵצָה וּגְבוּרָה, רוּחַ דַּעַת, וְיִרְאַת יְהוָה.
Or, un rameau sortira de la souche de Ishaï (le père de David), un rejeton poussera de ses racines.  Et sur lui reposera l’esprit du Seigneur:-esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu.

Donc, nous avions déjà le motif! Mais pour les couleurs?
Théodore Herzl voulait qu’un drapeau représentant les aspirations du peuple juif soit présenté au premier congrès sioniste en 1897. Il confia le travail à son assistant David Wolfsohn. Celui-ci déclara:

J’eus soudain une illumination. Nous avions déjà un drapeau, bleu et blanc, le talith, dont nous nous drapons pendant la prière. Ce serait notre emblème ; de châle de prière nous le transformerions en drapeau que nous hisserions devant Israël et les Nations. C’est ainsi que je commandais un drapeau bleu et blanc, avec un bouclier de David en son centre.
Et il en fut ainsi…

Cette semaine à la fête du Sighd* à Jerusalem, les drapeaux  brandis côtoient les larges parasols de Kessim*:

(Im Tirtsou: Bonne fête du Sighd à nos frères de la communauté des Juifs éthiopiens)

Au huitième Congrès sioniste, qui se tint à Prague en 1933, une résolution officielle fut adoptée concernant le drapeau : Le drapeau bleu et blanc est celui de l’Organisation sioniste et du peuple juif, conformément à une tradition ancestrale.

Et la margarine dans tout ça?
En 1935, parmi les Juifs allemands nouvellement arrivés se trouve un ingénieur, le Dr Arnold Hidelsheimer. En Allemagne, il travaillait pour la firme Unilever, fabriquant de la margarine Blue Band. Il décide de monter une usine de margarine à ‘Haifa et garde le nom Blue Band, la bande bleue (sur un papier blanc), qui devient pour les Juifs un nom sioniste . Sa margarine connait tout de suite un franc succès, car elle est beaucoup moins chère que le beurre.

(la fierté de chaque mère: des enfants en bonne sante)

Mais pour les Juifs de Palestine, Blue Band est bien plus qu’une margarine. Arnold Hidelsheimer a décidé que les familles recevraient gratuitement un journal bi-mensuel, pour l’achat d’un paquet de margarine.

On y trouve de quoi contenter tout le monde histoires, blagues, jeux, nouvelles du monde, recettes de cuisine et bien sur fierté sioniste:
Dans notre pays, nous produisons la plus célèbre margarine du monde, la margarine Ruban Bleu!
Nous devions l’importer d’Angleterre mais une usine de production de margarine en Israël a maintenant ouvert ses portes à Haïfa. La margarine est aussi savoureuse, nutritive que le beurre et elle coûte bien moins cher. Elle présente un autre avantage par rapport au beurre: vous pouvez la manger avec des plats de viande! Et l’essentiel est que, en ces temps difficiles pour notre patrie, il est très important de créer une usine qui ajoutera du travail aux travailleurs de notre pays et des centaines et des milliers de livres sterling acheminées à l’étranger pour l’achat de margarine.

Et depuis, même si nous mangeons aussi du beurre (ou si nous nous en passons), l’expression acheter bleu-blanc, signifie acheter israélien.
C’est bien ce que je vous disais! Le bleu azur, le sionisme et la margarine!

Dans les années 1970, ce chant כחול ולבן (Kakhol velavan) Bleu et blanc, fut  l’hymne des Juifs du Silence* et en particulier celui des Prisonniers de Sion*. Le poème et sa mélodie ont été écrits  par Israel Rashel, un Juif de Minsk, alors âgé de 21 ans, qui se battait contre les autorités pour avoir le droit d’immigrer en Israel, ce qu’il fit en 1971: Bleu et blanc, c’est ma couleur, bleu et blanc, ce sont les couleurs de ma terre, ce sont mes couleurs pour toujours, couleurs de l’espoir et de la paix, bleu et blanc c’est le ‘Hermon et le Kinneret, mon cœur chante en bleu et blanc, bleu et blanc c’est le ciel et la neige, il n’y a pas d’autre couleur, je vais revenir...

A bientôt,

* Les eaux d’en haut et les eaux d’en bas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

* En 1354, Charles IV, empereur germanique et roi de Bohème, octroya aux juifs de Prague une bannière de couleur rouge portant une étoile à six branches qui fut appelée plus tard Maguen David (Bouclier de David). En 1592, Mordekhaï Maizel, notable juif de la ville, fut autorisé à hisser sur sa synagogue une bannière du roi David semblable à celle qui se trouvait sur la Grande Synagogue. En 1648, les juifs de Prague obtiennent de nouveau une bannière, en reconnaissance de leur contribution à la défense de la ville contre les envahisseurs suédois : un bouclier de David jaune sur fond rouge avec, en son centre, l’étoile de Suède. En Hongrie, les juifs dOfen (Budapest) avaient déjà en 1460 reçu le roi Mathias Corvin avec un drapeau rouge où figuraient deux boucliers de David et deux étoiles.

* La fête du Sighd:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/21/le-mois-de-heshvan/

*Les Kessim: les rabbins des Juifs d’Ethiopie

* Les Juifs du silence: témoignage d’Elie Wiesel sur les Juifs soviétiques, Ed du Seuil, 1966

* Les prisonniers de Sion:
http://www.noemiegrynberg.com/pages/politique/les-prisonniers-de-sion-40-ans-de-lutte-et-d-amour.html
Parmi les plus célèbres: Anatoly Shtsharansky ancien directeur de l’Agence Juive et Yuli Edelstein, president de la Knesset

Revêts, mon peuple, tes vêtements de splendeur

En cette veille de shabbat, pluvieux, venteux et froid, j’ai choisi de vous parler chiffons pour aborder un sujet plus agréable que l’actualité qui ne s’arrange pas: comme tous les jours, il y a encore eu un attentat au couteau en ce début d’après-midi.

Il y a quelques mois, je visitais  au Musée Israel de Jerusalem une grande exposition sur le vêtement juif à travers les תפוצות (tefoutsot) ou dispersions.
Les costumes présentés dataient pour la plupart de la fin du 19 ème siècle ou de la première moitié du 20 ème.

Les Juifs ont toujours porté des vêtements semblables  à ceux de leur voisins non-Juifs, comme par exemple, ce vêtement de femme juive éthiopienne:

costume ethiopie

ou ces costumes de mariage géorgiens qui rappellent ceux des Tcherkessim*.

costume de mariage georgien

(mariage géorgien au kibboutz Ein Hashofet)

La bonne Hausfrau (ou balbouste=maîtresse de maison) ashkenaze ne se distinguait pas des maîtresses de maison chrétiennes:

costume Allemagne

(Robe du Sud de l’Allemagne)

et une Juive du Moyen-Orient était obligée de couvrir son visage comme les musulmanes si elle voulait sortir sans danger dans la rue,

costume baghdad femme voilee                                                 (vêtement de juive irakienne à la fin du 19 ème siècle)

même si chez elle, elle adoptait une mode beaucoup plus occidentale et moderne, comme cette mariée égyptienne dans les années 20:

robe Alexandrie

A partir du 20 ème siècle, l’influence de la mode occidentale fait qu’on voit peu de différence entre une robe de Salonique, au nord de la Grèce,

costume saloniquede Tlemcen en Algérie,
robe Tlemcen
et celle d’une Juive baghdadi* de Calcutta, se voulant à la pointe de la mode moderne contrairement aux femmes Bnei Israel* encore vêtues d’un sari:

robe Calcutta Juifs baghdadi

De nos jours, le costume de mariée yéménite,

costume femme yemen
la « Grande Robe » du nord du Maroc, réplique des robes castillanes du 16 ème siècle:

costume Marocou la curieuse robe tunisienne avec son pantalon,

119 - Tunisia bride 002

sont encore portés lors des cérémonies de ‘Hena*.

hena yemenite(‘Hena yéménite)

En fait, en quoi un vêtement juif était-il différent d’un vêtement non-juif?
Parfois, certaines broderies ou certains procédés de fabrication étaient particuliers. Par exemple, à Boukhara, on reconnaissait un costume juif au fait qu’il était teint selon un procédé appelé Ikat dont les Juifs étaient les spécialistes:

562 - Entry 078a - Kalltshak Lorna 002 Woman’s Coat with a richly decorated lining Bukhara, Uzbekistan, late 19th century Brocaded silk, lining: silk and cotton, ikat-dyed B64.12.4226 מעיל אישה עם בטנת פאר בוכארה, אוזבכיסתאן, סוף המאה ה-19 משי מדוגם, בטנה: כותנה ומשי בצביעת איקט

                               (Manteau de Boukhara teint selon le procédé Ikat)

Mais, pour l’essentiel, les Juifs et les non-Juifs étaient vêtus de la même façon. Il en était de même pour leur coiffure. Les hommes et les femmes mariées, Juifs ou non, avaient la tête couverte*. Bien que cela semble curieux et désuet aujourd’hui, il était malséant pour une femme de sortir »en cheveux » et cela jusqu’aux années 50.
Quant aux ‘Hassidim amateurs de Streimel*, ils portaient et portent encore le costume des bourgeois polonais du 18 ème siècle dont ils sont persuadés qu’il est le garant de leur identité!
En fait, il y avait des différences: celles imposées par les pouvoirs en place comme l’obligation d’un signe distinctif sur les vêtements: par exemple la rouelle jaune pour les Juifs en Europe occidentale à partir du Concile du Latran en 1215.

Jewish_man_-_worms_-_16th_century(Aquarelle du 16 ème siècle représentant un Juif portant la rouelle sur sa cape.
Elle est associée à un sac de pièces, rappelant les 30 deniers de Judas)

et dans le monde musulman par l’interdiction de certaines couleurs ou, là encore, un signe distinctif visible depuis le pacte d’Omar.

Y a t-il alors un seul vêtement juif?
Uniquement le talith*, le châle de prière, vêtement bordé de franges, les ציצית (tsitsit),  comme le prescrit la Thora:


« Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. Cela formera pour vous des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel, « 
 דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת. לט וְהָיָה לָכֶם, לְצִיצִת, וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת-כָּל-מִצְו‍ֹת יְהוָה,

Juifs en priere ghetto de varsovie Yad Vashem

(Juifs en prière dans le ghetto de Varsovie, coll. Yad Vashem)

Et aussi le kittel, vêtement blanc rappelant pour certains le linceul, pour d’autres, plus optimistes, que nos péchés deviendront blancs comme la neige, une fois pardonnés. Il était porté autrefois par les hommes le jour de Kippour. Cette coutume est tombée en désuétude mais l’habitude de se vêtir en blanc ce jour là est restée, en particulier à Jerusalem.

Man's ritual robe (Kittle) Romania, early 20th c. Linen (?), open-work embroidery, machin made L114 W82 cm Gift of Anna Lang , Kfar Saba B87.0067

(kittel de Roumanie, du début du 20 ème siècle, Musée Israel)

 

La racine ב-ג-ד (bgd) a donné le mot בגד (Begued = le vêtement) mais aussi בגידה (beguida = la trahison). Le mot malversation se dit מעילה (meila)  à rapprocher du mot מעיל (Meil =  le manteau), ce qu’on met par dessus מ על (Me-Al).

Dans le Tanakh, nombreuses sont les histoires où les vêtements jouent un rôle important. En voici quelques unes:
Après avoir croqué « la pomme », Adam et ‘Hava accèdent à la connaissance. Leur nouvelle humanité leur fait prendre conscience de leur désobéissance et du fait qu’ils sont nus dans tous les sens du terme. La feuille de figuier est une dérisoire tentative de protection pour ceux qui étaient auparavant, selon le Midrash, recouverts de אור (Or = lumière), mot qui commence avec le א de אלוהים, (Elohim). Dieu leur confectionne donc les premiers vêtements en peau, עור (or) dont la première lettre ע est le symbole de la matérialité dans laquelle ils doivent vivre.
Le vêtement biblique est aussi un signe de pouvoir:
David coupa un pan du manteau du roi Shaoul à Ein Guedi (I Samuel, 24,4)  sans lui enlever complètement ce signe de royauté par respect:

« Et David alla couper sans bruit le bord du manteau de Saül.  Mais ensuite le cœur lui battit d’avoir coupé le vêtement de Saül,« 
וַיָּקָם דָּוִד, וַיִּכְרֹת אֶת-כְּנַף-הַמְּעִיל אֲשֶׁר-לְשָׁאוּל–בַּלָּט. ה וַיְהִי, אַחֲרֵי-כֵן, וַיַּךְ לֵב-דָּוִד, אֹתוֹ–עַל אֲשֶׁר כָּרַת, אֶת-כָּנָף אֲשֶׁר לְשָׁאוּל

Revêtir quelqu’un du manteau du roi est un signe d’honneur suprême: dans le livre d’Esther, A’hashverush, roi de Perse, revêt Mordekhai de son manteau car ce dernier lui a sauvé la vie en déjouant un complot. Dans ce texte c’est la racine לבש, habiller qui est utilisée pour le mot לבוש (levoush), vêtement: « S’il est un homme que le roi ait à cœur d’honorer, qu’on fasse venir un vêtement royal qu’a porté le roi… »

 

521 - Entry 093 - Ottoman Rabbi 003 Clothes of Rabbi Hayyim Moshe Bejerano Efendi, chief rabbi of Turkey (1920–1931) Turkey, early 20th century Broadcloth, gilt metal thread couched embroidery Gift of Diamant Baratz Béjarano and Arnaldo Béjarano, Courbevoie, France B77.1140 גלימת השרד של הרב חיים משה בז'ראנו אפנדי, רבה הראשי של תורכיה (1920–1931) תורכיה, ראשית המאה ה-20 צמר לבוד, רקמה בחוטי מתכת מאוחזים מתנת דיאמנט באראץ בז'רנו, פריז, וארנולד בז'ראנו, קורבוואה, צרפת

(manteau d’apparat du Grand Rabbin de Turquie, Rabbi Hayim Moshe Barajano, début 20 ème siècle donné au Musée Israel par Diamant Baratz  et Alfonson Barajano de Courbevoie)

Le rôle du vêtement est très ambivalent: il révèle qui nous sommes mais il nous permet aussi de nous masquer. En hébreu, le verbe utilisé pour désigner le fait de se déguiser est  להתחפש (lehithapes),  de la racine חפש dont le sens premier est « se chercher« . Du travail en perspective pour les psy!… 


Pendant la deuxième guerre mondiale, le gouvernement britannique, qui voulait recruter des auxiliaires féminines juives en Palestine, avait eu soin d’ajouter cette phrase sur ses affiches: « Revêts les vêtements de splendeur« . Elle parlait au cœur de chaque Juif car elle provenait du livre du prophète Isaie (52.1) et se comprenait comme le sursaut nécessaire dans lutte contre le nazisme.

costume poster_british-army_women

 Réveille-toi, réveille-toi! Pare-toi de ta force, ô Sion! Revêts tes habits de fête, ô Jérusalem, Cité sainte!
עוּרִי עוּרִי לִבְשִׁי עֻזֵּךְ, צִיּוֹן: לִבְשִׁי בִּגְדֵי תִפְאַרְתֵּךְ, יְרוּשָׁלִַם עִיר הַקֹּדֶשׁ

Le prophète Isaïe inspira Shlomo Alkabetz lorsqu’il écrivit le לך דודי (Lekha Dodi), « Viens mon bien-aimé », que tout le monde connait et chante le vendredi soir.
Le chant ci-dessous « Revêts tes vêtements de splendeur » reprend les strophes  du Lekha Dodi qui parlent  de la reconstruction d’Israel:

 
(images d’archives des différentes alyiot)

« Réveille-toi, relève-toi de la poussière, revêts tes vêtements de splendeur mon peuple, grâce au fils de Yishai (le roi David) de Bethlehem, la délivrance s’approche de notre âme »
התנערי, מעפר קומי,
לבשי בגדי תפארתך עמי,
על יד בן ישי בית הלחמי,
קרבה אל נפשי גאלה.

 

A bientôt,

*les vêtements des Tcherkessim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/22/les-tcherkessim/

*Les Juifs baghdadi en Inde: Juifs arrivés d’Irak au début du 19 ème siècle.

*la cérémonie de la ‘Hena se tient avant le mariage proprement dit. Le henné, dont sont colorées les paumes des mains des fiancés, symbolise leur futur bonheur. Elle n’est pas une coutume juive mais est commune à tous les peuples se trouvant au sud de la Méditerranée jusqu’en Inde

*Les couvres-chefs; le Streimel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*Shlomo Alkabetz auteur du celebre « Lekha Dodi »:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/21/les-generations-oubliees-6/

Les trois crimes de Damas

Vous savez tous ce qu’est Yom Kippour*.
Ce que vous ne savez peut être pas, c’est à quel point Yom Kippour est aussi pour nous ici le souvenir encore vivace d’une des plus meurtrières guerres de défense .

En hébreu, on l’appelle  la guerre de Kippour car Israel a été attaqué par surprise pendant le jeûne de Kippour 1973 par les armées égyptiennes et syriennes, alors que la majorité des Israéliens jeûnait et priait dans les synagogues.
Pour vous donner une idée de l’atmosphère du jour de Kippour ici, voici une vue de Tel Aviv, ville réputée pour ses bouchons, où, ce jour là, les enfants sont les rois du périphérique sur leur vélo.

kippour tel aviv ayalon
Le jour de Kippour 1973, les adultes quittèrent les synagogues dès que l’alerte fut donnée et montèrent dans des bus pour rejoindre le front, parfois encore enveloppés de leur talith.
Pour la petite histoire, Golda Meir, alors Premier Ministre, avait refusé de tenir compte des informations de guerre immédiate  qui lui avaient été communiquées par certains services de renseignement et refusa de lancer une attaque préventive, et même une mobilisation, pour ne pas paraître aux yeux de l’opinion internationale comme l’agresseur. Cette décision coûta de nombreuses vies humaines et in fine, Golda Meir dut démissionner. Elle se reprochera cette décision pendant le restant de ces jours.

Cette vidéo est en hébreu mais se passe de commentaires:

La chanson « Les trois crimes de Damas » a été  écrite au début des combats quand l’issue de la guerre était plus qu’incertaine et que les soldats se battaient dans des conditions épouvantables sur le Golan en sachant que dans notre si petit pays le front est déjà l’arrière, le Oref*…

Elle est  inspirée d’un verset du prophète Amos qui vivait au 8 ème siècle avant l’ère chrétienne dans une époque dramatique où les Assyriens voulaient nous envahir:

« כה אמר ה’ על שלשה פשעי דמשק ועל ארבעה לא אשיבנו »
Ainsi parle l’Eternel: « A cause du triple, du quadruple crime de Damas, je ne le révoquerai pas, [mon arrêt]: parce qu’ils ont foulé le pays de Galaad avec des herses de fer.

על שלושה פשעי דמשק על ארבעה לא אשיבה
על אבות בטלית וחגור על אחים בצריח של טנק

על רעי שאמרו אתם לא תעברו כאן גולני גולני לוחם
אתם לא תעברו אתם לא תעברו כאן גולני גולני לוחם

על מעוז שעמד מכותר על טילים בשדותיו של הכפר
על בני שאמרו אתם לא תעברו
כאן גולני גולני לוחם

על חיוך שהסתיר שתי דמעות בעיני לוחמים עייפות
שחזרו ואמרו אתם לא תעברו כאן גולני גולני לוחם

על שלושה הרביעית בשערכם
עוד יבוא יום שלום ללוחם
ועד אז תזכרו
כן זכור תזכרו
כאן גולני גולני הולם

ועד אז תזכרו כן זכור תזכרו
כאן גולני גולני הולם

אתם לא תעברו אתם לא תעברו
כאן גולני גולני הולם

« Pour les pères enveloppés d’un talith, pour mes frères dans la tourelle du tank, pour mes compagnons qui ont dit « vous ne passez pas »,
C’est pour eux que se battent les Golani*

Pour le fief assiégé, pour les missiles dans les champs du village, pour mes fils qui ont dit « vous ne passerez pas »,
C’est pour eux tous que se battent les Golani

Pour le sourire qui cache des larmes, pour les yeux des combattants fatigués, qui répètent « vous ne passerez pas »,
C’est pour eux que se battent les Golani 

Trois fois déjà, la quatrième ce sera à vos portes, un jour viendra la paix pour les combattants mais jusque là,  souvenez vous, ici les Golani se battent,
Vous ne passerez pas, vous ne passerez pas car les Golani sont là
« 

Damas avait commis un premier crime en 1948 en se joignant déjà à une coalition de la quasi totalité des pays arabes qui s’étaient unis pour détruire l’état d’Israel à peine né. Elle en commis un second en 1967 au moment de la guerre des 6 jours. Le troisième commença en ce 6 octobre 1973, jour de Kippour, 10 du mois de Tichri.
Les tanks syriens avaient franchi la frontière et  étaient descendus vers le Kinneret. Tous les Israéliens, aussi bien civils que militaires, savaient bien que l’intention des Syriens était de les exterminer. Les soldats savaient qu’ils se battaient pour leur pays mais aussi et surtout pour eux-même et pour leur famille. Damas avait commis trois crimes et les Golani* n’en voulaient pas d’un quatrième.

Au צומת גולני (Tsomet Golani) ou carrefour Golani, en Galilée, se trouve un musée-mémorial pour tous ceux qui sont tombés afin que Damas ne réussisse pas à nous anéantir.
Un grand terrain ombragé, planté de pins et parsemé de cactus,
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des murs où sont inscrites des listes de noms,

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et surtout un musée. Dans une des pièces, les murs sont recouverts d’albums contenant pour chaque soldat, tué lors des guerres qu’Israel a subies depuis 1948, un résumé biographique, des photos ou autres documents donnés par les familles: un album par soldat.

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un album comme celui-ci:

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Et maintenant, après 42 ans?
Bien qu’actuellement l’état Syrien n’existe plus beaucoup, les composantes de sa population ne nous veulent pas de bien. Les Syriens ont été éduqués depuis toujours dans la haine d’Israel* et aussi dans la haine du Juif. Comme dans beaucoup de pays arabo-musulmans, les nazis en déroute ont pu trouver refuge en Syrie. Ainsi, par exemple, Alois Brunner a pu offrir ses services pour moderniser la police secrète syrienne.
Cette influence nazie explique la diffusion des Protocoles des Sages de Sion et les caricatures actuelles qui ont toutes l’air de sortir du Stürmer. A la fin de la deuxième guerre mondiale, la dénazification des adolescents allemands, éduqués dans la haine des Juifs dès leur plus jeune âge, a été longue et compliquée. Mais ici, pour les Syriens, le processus de réflexion n’a même pas commencé.
Cela me rappelle une rencontre à Madrid, il y a environ 30 ans. Nous étions installés avec un ami à la terrasse d’un café et nous bavardions en hébreu. Pas très loin de nous, dans le même café, une famille arabe du Moyen-Orient. Un des fils, un adolescent curieux, nous entendit et nous demanda en anglais:
– Quelle langue parlez vous?
– Hébreu...La langue d’Israel
– La langue d’Israel?
Il recula, l’air dégoûté et effrayé.
Notre ami lui dit: Nous ne mordons pas, nous ne sommes pas contagieux.
Mais il retourna vers ses parents en nous jetant de temps en temps des coups d’œil haineux…

Une organisation israélienne, IsrAid,  est partie sur les rives de la Grèce pour aider les migrants. Elle intervient à leur débarquement sur les plages, distribue eau et nourriture et donne les premiers soins médicaux.

IsrAid soins aux Syriens Grece
J’ai entendu l’interview d’un des volontaires de cette organisation: « Pour notre sécurité, il vaut mieux qu’ils ne sachent pas quelle est notre nationalité« .
Paroles corroborées par un journaliste israélien interviewant un jeune syrien dans une centre d’accueil à Milan: « Le jeune homme voulait savoir d’où je venais. Je luis dis que j’étais israélien car il avait l’air sympathique.
– Israel? Pourquoi Israel s’intéresserait à nou
s? demanda-t-il méfiant. Il m’examina intéressé et ajouta « Cachez votre identité, certains d’entre nous pourraient vous attaquer ».

Presque 2000 Syriens ont été jusqu’à maintenant soignés dans nos hôpitaux à la frontière syrienne mais les blessés ainsi soignés restent silencieux de peur de représailles car malgré le désordre et la sauvagerie de certains groupuscules syriens à leur encontre, nous restons l’Ennemi.

syriens aide medicale en Israel

Nous ne pouvons pas nous permettre un quelconque angélisme. Damas ne doit pas pouvoir récidiver.

A bientôt,

*Yom Kippour:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/24/yom-kippour-et-le-gros-poisson/

*Guerre de Kippour:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/25/ne-les-oubliez-pas/

*le ‘Oref:  https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

*Les Golani sont les soldats qui se battent sur le front syrien meme s’ils peuvent etre appeles ailleurs:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/02/le-nord/

*http://www.veroniquechemla.info/2015/05/exil-nazi-la-promesse-de-lorient-de.html

*representation des Juifs dans la monde arabe et en particulier en Syrie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/category/histoire/20-eme-siecle/guerre-de-kippour/

*http://alyaexpress-news.com/2015/09/le-role-discret-disrael-dans-la-crise-des-refugies-syriens/