Le chemin des Patriarches (7): toujours en Binyamin!

Nous reprenons notre sac et notre bâton* de randonneur pour entrer cette fois dans la région de Binyamin sur la route 60 et voici un panneau souhaitant bonne fête de l’Aid el Fitr aux musulmans de la région. En second plan, vous voyez un village juif, une colonie comme disent les Européens, et au premier plan un taxi aux plaques vertes, ce qui signifie qu’il vient d’un territoire sous contrôle de l’Autorité Palestinienne.

(Makor Rishon, photo de Myriam Tsahi)

La région de Binyamin s’étend sur plus d’un million de dounams, de Jerusalem au désert de Yehuda et jusqu’à la Samarie. Les paysages y sont très variés puisqu’on passe d’une zone boisée montagneuse verte à l’ouest, véritable balcon au dessus de la plaine côtière, à une région désertique à l’est où le ruisseau Prat descend de ses magnifiques sources et ses eaux fraîches jusqu’à la Mer Morte:


et alors qu’au centre, on se croirait parfois presque en Toscane.

Savez vous que Mark Twain visita Israel en 1869?
Malheureusement, Mark Rwain ne fut pas impressionné parce qu’il découvrit, c’est le moins qu’on puisse dire. Il  parcourut le pays dans son entier et  fit part de sa déception:
« Il me semble que de tous les pays ayant un sombre paysage, la terre d’Israel détient la palme. Les collines sont chauves, les couleurs sont fanées, et ses formes sont loin d’attirer l’attention. Les vallées sont désertiques, laides et décorées d’une nature pauvre dont la vue inspire tristesse et désespoir… Chaque ligne est vulgaire, coupante et sans perspective, les distances ici n’inspirent aucune magie. C’est un pays morne, sans espoir, un pays qui brise le coeur. »
Je ne peux pas lui donner tort, c’est ainsi que se présentait la Palestine aux yeux des voyageurs et même à ceux des pionniers sionistes. Comme disait une parente: ici, avant nous, il n’y avaient que deserts de cailloux et marais.

Eh bien, disons que maintenant tout a changé et pas seulement parce que nous avons des photos en couleur alors qu’elles etaient en noir et blanc.
Lorsque Mark Twain arrive en Binyamin, il s’arrête à Beth El, lieu où Yaakov s’est reposé, alors qu’il fuyait son frère, et a eu un rêve pour le moins singulier: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle. Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: « Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis. »Jacob, s’étant réveillé, s’écria: « Assurément, l’Éternel est présent en ce lieu et moi je l’ignorais. » Et, saisi de crainte, il ajouta: « Que ce lieu est redoutable! ceci n’est autre que la maison du Seigneur et c’est ici la porte du ciel. » Jacob se leva de grand matin; il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, l’érigea en monument et répandit de l’huile à son faîte. Il appela cet endroit Beth El (maison de Dieu).

Mark Twain cherche quelque monument. Il a entendu parler de la mosquée es-Sekineh où étaient remémorées les mémoires de Jacob et de Joseph*. Elle est mentionnée dans des sources arabes médiévales. Mais au 19 ème siècle, Mark Twain n’y voit qu’une ruine au milieu d’un désert de pierres.

(Beth El aujourd’hui)

S’il venait maintenant, il ne pourrait plus parler de désert.


Mark Twain continue vers Shiloh qui est le plus grand site historique de la région et là, rien non plus! La région est désertique et inhospitalière.

Et pourtant!
Shiloh est connu depuis le livre de Yoshua (chap18 ).
Nous sommes 500 ans avant que le roi David conquiert Jerusalem pour en faire notre capitale. Yoshua procède alors  au dernier partage des terres entre les tribus: « Les délégués se disposant à partir pour lever le plan du pays, Yoshua leur donna cet ordre: « Allez, parcourez le pays, faites-en le plan et revenez auprès de moi, afin qu’ici, à Shiloh, je vous le répartisse au sort, en présence de l’Eternel. »
A partir de ce moment, Siloh devient le centre religieux des tribus qui y installent la tente d’assignation (le Tabernacle) contenant l’Arche d’Alliance*: « Toute la communauté des enfants d’Israël s’assembla à Shiloh et y installa la Tente d’assignation; le pays conquis se trouvait à leurs pieds. »
Le tabernacle connaitra bien des péripéties* et Shiloh restera longtemps le seul sanctuaire jusqu’à ce que David le fasse venir à Kiriat Yearim et qu’ensuite, il soit enfin installé dans le Temple par son fils Salomon.

C’est à Shiloh que ‘Hanna, venue en pélerinage avec sa famille, pleurera et priera pour enfin être mère et c’est à Shiloh que Eli instruira le jeune et futur prophête Shmuel (Samuel), amené au sanctuaire par sa mère ‘Hanna selon son vœu:
Hanna… dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai, et il paraîtra en présence du Seigneur, et il y restera toujours. » Elkana, son époux, lui répondit: « Fais comme il te plaît, attends que tu l’aies sevré; veuille seulement le Seigneur accomplir sa parole! » La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. Quand elle l’eut sevré, elle l’emmena avec trois taureaux, une êpha de farine et une outre de vin et le conduisit à la maison du Seigneur, à Shiloh; l’enfant était encore tout jeune… »

En fait, le site de Shilo a été habité depuis l’âge du bronze. Il le sera sans discontinuer jusqu’au Moyen Age.
Basée sur une carte militaire romaine du 4 ème siècle, la célèbre carte de l’époque médiévale, la Tabula Peutingeriana*, reprend le réseau routier romain avec indication des différentes cités et les points d’intérêt comme les rivières, sommets etc…

(Sur la carte, Shiloh est indiqué par un petit carré rouge)

Les fouilles archéologiques du site de Shiloh commencent dans les années 1920. Elles sont conduites par un danois, Hans Anderson Kjær. L’expédition commence par découvrir un mur d’enceinte cananéen, des entrepôts et de la vaisselle datant de l’époque des Juges. Malheureusement Hans Anderson Kjær tombe malade et ne peut s’opposer au vol de ses trouvailles par ses ouvriers arabes.
Les Israeliens reprennent les fouilles dans les annees 1980* et découvrent une ville importante aux murailles plusieurs fois reconstuites, les ruines d’entrepots et surtout ce qui caractérise un habitat juif, des ossements exclusivement de bovins et caprins.
Pour ce qui est de l’arche, nul ne sait où elle est aujourd’hui. 

(Arc de triomphe de Titus montrant le déplacement de l’Arche et de la Ménorah à Rome)

Mais en ce qui concerne son emplacement à Shiloh, un texte intéressant se trouve dans Ia Bible (livre I Samuel 4):
Un Benjamite s’échappa du champ de bataille et arriva à Silo ce même jour, ayant ses vêtements déchirés et la tête couverte de poussière.Comme il arrivait, Héli était assis sur son siège, au bord du chemin, dans une attente pleine d’anxiété, à cause de l’arche du Seigneur; l’homme vint répandre la nouvelle dans la ville, qui éclata tout entière en lamentations. En entendant ces cris, Héli demanda: « Qu’est-ce que cette clameur de la foule? » Et l’homme s’empressa d’approcher et de lui apprendre (la nouvelle). Celui-ci avait alors quatre-vingt-dix-huit ans; ses yeux étaient immobiles, il ne pouvait plus voir. » C’est moi, dit l’homme à Héli, qui viens du champ de bataille, je m’en suis échappé aujourd’hui. Quelle a donc été l’issue, mon fils? » demanda Heli. Le messager répondit: « Israël a pris la fuite devant les Philistins, et le peuple a essuyé de grandes pertes; de plus, tes deux fils Hophni et Phinéas sont morts, et l’arche du Seigneur est prise. » En l’entendant mentionner l’arche du Seigneur, Héli tomba de son siège à la renverse, du côté de la porte, se brisa la nuque et mourut, car cet homme était vieux et appesanti par l’âge. Il avait gouverné Israël quarante années.
Pour les archéologues, si le cri des habitants de la ville fut entendu par Héli avant que le rescapé de la bataille arrive jusqu’à lui, cela signifie que le tabernacle se trouvait à l’opposé de la porte de la ville située au Sud. Ils situent donc l’emplacement du Tabernacle au Nord de la ville, ce qui était d’ailleurs par sa position l’endroit le mieux défendu.
Or, une couche archéologique a été fouillée dans cette zone nord. Elle date de l’époque des juges. Les restes de 2 bâtiments y ont été retrouvés: l’un correspond au plan d’une maison à 4 zones* (architecture classique des maisons juives) et l’autre sans plan architectural bien défini mais d’une grande taille (environ 30/30m) qui comprend des restes de murailles et 17 grands monolithes qui peuvent être la base de piliers, ordonnés en 3 rangées. L’archéologue Ze’ev Yavin estime que les espaces entre les monolithes délimitaient l’entrée de la zone sanctifiée. Pour le moment nous n’en savons pas plus. Existe-t-il d’autres monolithes similaires? Espérons que les fouilles reprennent.

D’autres ruines ont été mises à  jour: une grande et belle église byzantine a été découverte il y a seulement quelques années. Son sol en mosaïque est impressionnant.

Avec curieusement un Maguen David:

Elle a probablement été construite à la fin du 4 ème siècle. Plusieurs inscriptions grecques de cette époque ont été retrouvées, dont une une faisant mention explicite du village de Shiloh.
A partir de l’occupation ottomane, la région se dépeuple: seuls les restes d’une petite mosquée y ont été retrouvés jusqu’à ce jour:

(photo de David Rabkin)

Un centre d’accueil pour touristes domine le site de fouilles de Shiloh:

Si nous ne voulez pas gratter la terre, vous pourrez entrer dans la tour où vous attendent des salles d’exposition:

et un film qui vous fera revivre le passé biblique de Shiloh:

Juste à côté de l’ancien Shiloh se trouve le yishuv de Shilo: 250 familles y vivent  de la vigne mais surtout du tourisme. Alors, si les vieilles pierres vous indiffèrent, si les récits du passé vous font bailler, vous pourrez faire des randonnées, vous baigner, et si vous aimez déguster les produits locaux, le vin est aussi bon que celui du Golan,

*la prière de ‘Hanna:
http://akadem.org/medias/documents/Hanna-Doc1.pdf

*Une maison à 4 zones: c’est à dire une maison avec quatre parties  bien définies: l’habitation proprement dite, l’étable, le hangar à grains et le mikvé. Selon nos informations, seuls les Juifs organisaient ainsi leur maison. Ces 4 zones en plus de l’absence de statuettes sacrées et la présence uniquement d’ossements d’animaux cacher , confirment qu’il s’agit bien là d’une habitation juive.

 

 

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A la recherche des artistes disparus….

Il y a quelques jours, je suis allée au Musée Israel voir l’exposition « La nuit tombe sur Berlin », nommée ainsi d’après le tableau de Horst Strempel « Nuit sur l’Allemagne ».

La nuit sur l'Allemagne

Elle rassemble un certain nombre d’œuvres d’artistes « dégénérés » ou considérés comme tels par les nazis. Le gouvernement nazi leur avait même consacré une exposition en 1937 pour les soumettre à la vindicte publique et magnifier en contre partie l’oeuvre d’artistes hitlériens. Au début, appliquée aux arts plastiques, cette conception d’Art dégénéré fut étendue à la musique, la littérature et au cinéma.
En peinture, étaient condamnés les expressionnistes et les peintres non figuratifs*, en architecture le Bauhaus, en musique Schoenberg, pour le cinema Max Ophuls et Fritz Lang… Tous ces artistes n’étaient pas Juifs mais tous les Juifs étaient dégénérés. De nombreux tableaux furent détruits et d’autre récupérés en douce par Goebbels qui attendait de les revendre à des collectionneurs hors d’Allemagne.


caricature de Michel Kishka(caricature de Michel Kishka)

Un jour, quelqu’un m’a doctement expliqué, qu’au cours des siècles, les Juifs n’avaient vraiment pas été productifs en ces domaines. J’ai eu beaucoup de mal à faire accepter à mon interlocuteur qu’il y avaient toujours eu des artistes juifs mais qu’ils n’avaient pas pu accéder à la célébrité étant donné que l’entrée dans la société non-juive leur avait été interdite jusqu’au milieu du 19 ème siècle*.
En fait, le peuple juif a toujours mis l’art à l’honneur. Le Tanakh lui-même contient un certains nombres de textes poétiques comme les תהילים (Tehilim) ou Psaumes et le שיר השירים (shir hashirim).
« Que tes pas sont ravissants dans tes sandales, fille de noble famille! Les contours de tes hanches sont comme des colliers, œuvre d’une main d’artiste*« .
מַה-יָּפוּ פְעָמַיִךְ בַּנְּעָלִים, בַּת-נָדִיב; חַמּוּקֵי יְרֵכַיִךְ–כְּמוֹ חֲלָאִים, מַעֲשֵׂה יְדֵי אָמָּן.

Quant à la construction du premier bâtiment officiel, le משכן (mishkan) ou tabernacle, toutes les exigences divines nous sont répétées sept fois dans trois parashiot différentes avec de multiples détails.
mishkan coupe

(Le tabernacle en coupe)

Bien que les Hébreux se trouvent en plein désert et pérégrinent vers Eretz Israel, ce n’est pas une raison pour le bâcler. Il faut donc trouver des artistes. Mais y en a t-il encore après 400 ans d’esclavage en Egypte? Certains ont-ils pu garder un sens artistique malgré toutes leurs souffrances?
Qu’à cela ne tienne:
« L’Éternel parla à Moïse en ces termes:  Vois, j’ai désigné expressément Betsalel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda, et je l’ai rempli d’une inspiration divine, d’habileté, de jugement, de science et d’aptitude pour tous les arts.
וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר. רְאֵה, קָרָאתִי בְשֵׁם, בְּצַלְאֵל בֶּן-אוּרִי בֶן-חוּר, לְמַטֵּה יְהוּדָה. וָאֲמַלֵּא אֹתוֹ, רוּחַ אֱלֹהִים, בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת, וּבְכָל-מְלָאכָה
De plus, je lui ai adjoint Oholiab, fils d’Ahisamakh, de la tribu de Dan ainsi que d’autres esprits industrieux que j’ai doués d’habileté. »

וַאֲנִי הִנֵּה נָתַתִּי אִתּוֹ, אֵת אָהֳלִיאָב בֶּן-אֲחִיסָמָךְ לְמַטֵּה-דָן, וּבְלֵב כָּל-חֲכַם-לֵב, נָתַתִּי חָכְמָה

Dieu se charge donc de leur attribuer inspiration (divine), habileté, jugement, science et aptitude pour tous les arts. Le nom même de בצלל (Betsalel) signifie à l’ombre de Dieu et indique cette proximité divine. 
Mais pourquoi  Dieu s’adressant à Moshé mentionne t-il le nom du grand-père de Betsalel? 
Annoncer ouvertement la généalogie de Betsalel, c’est rappeler au peuple qu’il s’agit bien du neveu de Moshe (fils de sa sœur Efrat-Myriam). Mais c’est préciser en même temps que c’est Dieu qui en a décidé ainsi ce qui permet à Moshe d’échapper à toute accusation de népotisme.
De plus pour que tout le peuple se sente concerné par ces nominations, le premier nommé, Betsalel, est choisi dans l’importante tribu de Yehuda, alors que le deuxième artiste,  אהליאב (Oholiav) n’a lui aucun lien avec le pouvoir. Son père אחיסמך (Ahimasakh) vient de la tribu de Dan, tribu bien moins importante.

Dieu nomme aussi les esprits industrieux dont on ne connait pas les noms.
La tradition les désigne comme des קנים (Kenim), synonyme de forgeron. Les Kenim sont des experts dans le travail des métaux et en particulier des métaux nobles comme le cuivre, l’argent et l’or. Ils connaissent aussi les alliages comme l’airain. Dans le parc de Timna (entre Eilat et Arad), on trouve encore des vestiges de la production de cuivre.


On les appelle aussi צורף (tsoref), forgeron et orfèvre. Yithro, beau-père de Moshe* est désigne comme Keni. 

« Les descendants de Kéni, beau-père de Moïse, montèrent avec ceux de Juda de la ville des Palmiers au désert de Juda, qui est au midi d’Arad; et ils s’y établirent parmi le peuple ».
וַתֹּאמֶר לוֹ הָבָה-לִּי בְרָכָה, כִּי אֶרֶץ הַנֶּגֶב נְתַתָּנִי, וְנָתַתָּה לִי, גֻּלֹּת מָיִם; וַיִּתֶּן-לָהּ כָּלֵב, אֵת גֻּלֹּת עִלִּית, וְאֵת, גֻּלֹּת תַּחְתִּית.
Il semblerait donc que Yithro ait enseigné bien d’autres choses au peuple juif que son organisation juridique. Sa famille a également participé à la construction du Mishkan. 
Ces industrieux forgerons et orfèvres sont restés proches du peuple juif pendant toute la période biblique. Le roi Shaoul les protège lorsqu’il va combattre Amalek, le roi David leur distribue une partie de son butin. Plus tard, une de leurs famille va fonder le groupe des Rekhabites*.
Leur sens moral élevé les sauvera de tous les malheurs qui s’abattront sur les Juifs au moment de la chute de Jerusalem en 586 avant l’ère chrétienne:
« …Le Dieu d’Israël, parle ainsi: Voici, je vais faire fondre sur Juda et sur tous les habitants de Jérusalem tous les maux que j’ai décrétés contre eux, puisque je leur ai parlé et qu’ils n’ont point écouté, puisque je les ai appelés et qu’ils n’ont pas répondu! «   Mais à la famille des Rekhabites (il est dit):…Puisque vous avez obéi à l’ordre de Yehonadav, votre père, observé toutes ses prescriptions et exécuté tout ce qu’il vous a recommandé… en aucun temps, il ne manquera à Yehonadav, fils de Rekhab, des hommes pour se tenir en ma présence. » (Prophète Jérémie 35)
A l’époque du Talmud, on  parle encore des Kenim avec respect. De nos jours, leurs descendants, les Druzes, dont je parlais dans un précédent article*, se réclament encore de Yithro. Certains disent que parmi les multiples couleurs du drapeau druze actuel, les couleurs rouges et jaunes sont le souvenir des teintures dont était aussi spécialiste la famille de Yithro:

drapeaux druse et juif
La nuit est tombée sur Berlin et nombre des artistes juifs de cette époque ont été assassinés mais les noms de Betsalel et d’Oholiav sont toujours vivants. Ce sont des prénoms encore actuels et des rues ont été nommées en leur honneur.
La célèbre école des Beaux Arts de Jerusalem s’appelle Ecole Betsalel. 

Ecole Betzalel(bâtiment historique de l’Ecole des Beaux Arts, Betsalel, dans le centre de Jerusalem)

Oholiav, plus modestement se contente d’une petite synagogue dans le quartier de Na’halat Tsion:
synagogue oholiav

A bientôt, 

*L’art dégénéré: les styles incriminés étaient très nombreux: le dadaïsme, le cubisme, l’expressionnisme, le fauvisme, le surréalisme, l’abstraction et le futurisme.

*Si on excepte le cas de Salomone de Rossi (1770-1630) qui fut musicien à la cour du prince de Mantoue:


Adon Olam: prière de shabbat

 

*Les mots artistes et artisans, Oman et Ouman, s’écrivent de la même manière et viennent tous deux de la même racine אמן qui a aussi donnée les mots foi et entrainement. Il y aurait beaucoup à raconter…

*Oholiav ne venait pas d’une famille célèbre mais  un des ses descendants fut  Hiram de Tyr, un artiste de la tribu d’Ephraim qui participa à la construction du Temple de Salomon:
« Le roi Salomon fit venir Hiram de Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, et son père était un Tyrien, ouvrier en cuivre; lui-même était plein de talent et d’industrie, habile à tous les travaux du cuivre. Il se rendit auprès du roi Salomon et exécuta tous ses ouvrages » ( 1 Rois 7 13)
וַיִּשְׁלַח הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה, וַיִּקַּח אֶת-חִירָם מִצֹּר. יד בֶּן-אִשָּׁה אַלְמָנָה הוּא מִמַּטֵּה נַפְתָּלִי, וְאָבִיו אִישׁ-צֹרִי חֹרֵשׁ נְחֹשֶׁת, וַיִּמָּלֵא אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת, לַעֲשׂוֹת כָּל-מְלָאכָה בַּנְּחֹשֶׁת; וַיָּבוֹא אֶל-הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה, וַיַּעַשׂ אֶת-כָּל-מְלַאכְתּוֹ.
Selon les sages du Talmud, les arbres se prosternaient devant lui!
Une tradition raconte qu’on retrouve le souvenir  d’Hiram dans le nom d’un village du Sud Liban, Soudjoud, qui signifie « se prosterner »en araméen.

*Les Rekabites: Ce sont les descendants de Yehonadav ben Rekhab, de la famille des Kenim donc de Yithro. Leur ancêtre Yehonadav leur enjoignit de ne pas boire du vin.

*Yithro et les Druzes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/12/yitro-et-nous/

*Ecole Betsalel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/15/ballade-en-hiver-dans-nahlaot/

 

 

 

Des fleurs en Nissan

Nous sommes entrés dans le mois de Nissan. Tout fleurit autour de nous:

prunier en fleurs

(prunier en fleurs dans les jardins de l’université à  Guivat Ram)

Le mois de Nissan est le premier mois du calendrier religieux et le septième du calendrier civil. Dans la Bible, le mois s’appelle Aviv, le printemps ou germination:

 « Prends garde au mois de la germination, pour célébrer la Pâque en l’honneur de l’Éternel, ton Dieu; car c’est dans le mois de la germination que l’Éternel, ton Dieu, t’a fait sortir d’Egypte, la nuit.

(Deut 16,1)

Selon la tradition, Nissan est le mois où sont nés  les patriarches:

bible timbre les patriarches

où nous sommes sortis  d’Egypte:

bible dessin d'enfant la mer rouge

où nous avons construit le Tabernacle :

 » L‘Eternel parla à Moïse en ces termes: « Invite les enfants d’Israël à me préparer une offrande de la part de quiconque y sera porté par son cœur, vous recevrez mon offrande. Et voici l’offrande que vous recevrez d’eux: or, argent et cuivre, étoffes d’azur, de pourpre, d’écarlate, de fin lin et de poil de chèvre, peaux de bélier teintes en rouge, peaux de tahach et bois de chittîm, huile pour le luminaire, aromates pour l’huile d’onction et pour la combustion des parfums,  pierres de choham et pierres à enchâsser, pour l’éphod et pour le pectoral. Et ils me construiront un sanctuaire, pour que je réside au milieu d’eux,  semblable en tout à ce que je t’indiquerai, c’est-à-dire au plan du tabernacle et de toutes ses pièces et vous l’exécuterez ainsi.  On fera une arche en bois de chittîm, ayant deux coudées et demie de long, une coudée et demie de large, une coudée et demie de hauteur. Tu la revêtiras d’or pur, intérieurement et extérieurement; et tu l’entoureras d’une corniche d’or. » Exode:25,1 a 8

Dans le parc de Timna, à environ 30 km au nord d’Eilat, vous trouverez la réplique du Tabernacle, tel que Dieu nous l’avait commandé dans ce temps là.

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Les Hébreux le démontaient et le reconstruisaient à chaque pause dans le désert (42 en tout!). Elle faisait environ 50m de long, 25 de large, et 2.50 de haut. A l’intérieur du Tabernacle, vous pouvez voir la table des pains de proposition

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le chandelier

timna menorah

l’autel aux encens

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et le Saint des Saints où se trouvaient l’Arche et les deux chérubins.

Timna model-Ark-of-the-Covenant-in-Holy-of-Holies,-tb022804706-bibleplaces(photos prises sur le site bibleplaces.org)

Et si vous plonger dans la Bible et les traditions,  vous semble trop sérieux, vous pourrez toujours rêver devant les piliers du Roi Salomon, gardiens des mines d’où étaient extraits le cuivre,  la malachite et la turquoise:

timna King-Solomons-Pillars-Custom

faire des randonnées à pied ou à bicyclette,  rencontrer quelques égyptiens

timna statues et passer une soirée au bord du lac à boire du café bédouin, cuit comme le café turc avec un soupçon de cardamome.

timna lac

En plus, le mois de Nissan est  celui de la rédemption  geoula . גאולה

En français, le mot rédemption a une coloration très chrétienne qu’il n’a bien sûr pas en hébreu. Pour nous, le mot gueoula est simplement le mot gola, גולה (exil) dans lequel on a inséré un aleph א (Dieu) qui nous aide à nous échapper.

Le dernier jour de Pessah s’appelle le jour de Geoula: on raconte que  ce jour là le peuple terrifié, coincé entre  la mer Rouge et  l’armée de Pharaon qui le poursuivait (vous vous souvenez des Dix Commandements avec Charlton Heston?), accepta de rentrer dans l’eau, encouragé par  Na’hshon Ben Aminadav qui y  avait  mit les pieds  le premier.

D’où l’expression « se mouiller »? En tout cas  depuis, on appelle Na’hshonim les gens décidés  et courageux.

Selon notre tradition, chaque jour de Pessah est le pendant d’une autre fête.  Cependant, il se trouve que  le jour de Geoula, le dernier jour de Pessah, ne correspondait à aucune fête, rien qu’à un jour banal, un 5 du mois de Iyar,  jusqu’à ce que David Ben Gourion, grand lecteur du Gaon de Vilna* se souvienne que celui-ci avait écrit environ 200 ans auparavant que  « un 5 Iyar une lucarne s’ouvrira sur notre liberté ». Ben Gourion  a donc promulgué la naissance de l’Etat d’Israel le 5 du mois de Iyar 5708!

Ne vous enflammez pas: n’en déplaise à certains, il a toujours été interdit de faire des calculs qui donneraient une date précise pour la Geoula. le Gaon, lui-même, n’avait pas donne l’année!

Nissan est aussi le mois où on commençait à compter les années de règne des Rois. On en a eu beaucoup, des bons et des moins bons…

Plus tristement et plus près de nous c’est le mois où on commémore le  Yom Hashoah veHagvura*, le 27 Nissan, jour du soulèvement du Ghetto de Varsovie en avril 1943. Mais nous en parlerons plus tard…

A bientôt,

*peaux de tahach: tahach, mot inconnu que certaines versions traduisent par dauphin

*bois de chittîm: bois d’acacia

*Eliyahou ben Shlomo Zalman (1720-1797)plus connu comme le Gaon de Vilna (le génie de Vilna) et simplement par son acronyme hébraïque HaGRA (HaGaon Rabbénou Eliyahu – Notre Maître Élie, le genie), est l’un des représentants les plus éminents de la diaspora ashkenaze des temps modernes. Doué dans l’ensemble des savoirs juifs traditionnels, Bible, Talmud, Kabbale,  et dans les sciences profanes dès son plus jeune âge, il devient le chef de file des Mitnagdim (opposants) au hassidisme. Il a aussi beaucoup écrit sur les mathématiques et encouragé un de ses disciple à traduire en hébreu les œuvres d’Euclide.

Il exhorta ses élèves à partir en Palestine car le retour en Eretz Israel était pour lui une condition sine qua non de la gueoula.  A partir de 1808, plusieurs centaines d’entre eux partirent donc en trois vagues successives, s’installèrent tout d’abord à Tiberiade puis à Tsfat. Pourquoi pas à Jerusalem? C’est que depuis 1720, les autorités turques en avaient chassé de la ville tous les Juifs arrivant d’Europe. Ce n’est qu’en 1816 que les ashkenazes pourront s’y installer à nouveau, grâce à l’influence grandissante des puissances européennes.