Bonne fête de Shavouot

Dimanche ce sera Shavouot, fête du don de la Thora* et des moissons. C’est dans les kibboutzim que les festivités sont les plus gaies:

défilés de tracteurs,

shavouot tracteurs 2

chants et danses,

shavouot dances kibboutz Dorot

 

mais aussi présentation des meilleurs produits du kibboutz  et en premier, les enfants. Ceux qui sont nés dans l’année seront les premiers à défiler.
Voici la cérémonie de Shavouot au kibboutz Dan, à la frontière libanaise:

Bonne fête de Shavouot

חג שבועות שמח

A bientôt,

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https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/12/la-thora-un-gateau-au-fromage-et-une-princesse/

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Des feux de joie, des arcs et des flèches

Que s’est-il donc passé pour que le 33 ème jour de l’Omer*  devienne un jour de liesse populaire?

Les origines du ל »ג בעומר (Lag BaOmer) sont obscures. Vous pourrez trouver toutes sortes d’explications qui conforteront telle ou telle tendance du judaïsme.
La plus couramment donnée est celle de la fin d’une épidémie de peste qui sévissait dans les rangs des disciples de Rabbi Akiva. Comme nous cherchons toujours une explication morale à nos problèmes, certains ont dit qu’ils ne savaient pas retenir leur mauvaise langue, d’autres que leur position face au pouvoir romain en place était  divisée et que leurs querelles s’entendaient ans tout l’empire romain…

Nous sommes dans la première moitié du deuxième siècle de l’ère chrétienne. Les habitants juifs de ce pays sont effectivement divisés: les uns pensent à une révolte qui bouterait Rome hors du pays, d’autres, regardant les dégâts déjà accomplis par les Romains, se disent qu’il vaut mieux composer et courber la tête devant un empire aussi puissant, sans doute le plus puissant au monde à ce moment-là. Bref, c’est toujours la même question: se battre ou composer avec l’ennemi?

Rabbi Akiva est de ceux qui prônent le combat. Les Romains ont déjà détruit le Temple et le peuple a suffisamment souffert, il faut arrêter la machine de guerre romaine.

arc de triomphe de titus a Rome

Son champion s’appelle Shimon Bar Kokhba. On sait peu de chose sur lui. Il est mentionné dans le Talmud et le Midrash mais qui est-il en réalité? Son nom lui-même n’est pas toujours écrit de la même manière. Pour ses partisans, il est Bar Kokhba*, le fils de l’étoile et pour ses adversaires Bar Kosiba, le fils du mensonge. Tous s’accordent sur le fait qu’il s’appelle Shimon, de la dynastie de David et habite en Judée. Des chercheurs ont trouvé dernièrement le site d’un village juif nommé Koseva. Etait-il originaire de l’endroit, aurait-il changé son nom en Kokhba pour mieux frapper les esprits?
Voici une vidéo sur un village mieux conservé que Koseva, datant de la même époque et se trouvant aussi en Judée:

 

Bar Kokhba est un héros guerrier, on dit qu’il peut dompter un lion. Ses soldats racontent que pour être accepté dans son armée, il faut pouvoir déraciner un cèdre de ses mains. Exagération orientale ou s’agit-il peut-être de tout petits cèdres?

Comme dans toutes les armées, le budget est difficile à boucler. Dans les années 50, on a retrouvé certaines de ces lettres dans le désert de Yehouda dans lesquelles Bar Kokhba se plaint des difficultés d’approvisionnement en nourriture pour tous ses soldats.

bar-kokhva.jpg lettres

Quoi qu’il en soit, c’est certainement un homme doté d’un grand charisme car il réussit à fédérer autour de lui une armée suffisamment forte de 100 000 soldats pour tenir tête aux Romains pendant au moins trois ans, régner sur toute la Judée et la région de Beit Guvrin, en bas de Emek Haela* avec le titre de Nassi et battre monnaie…

Bar Kokhba pieces (ynet)

Alors pourquoi fut-il battu? Il est sûr que le rouleau compresseur de l’armée romaine ne pouvait être détruit aussi facilement mais nos Sages avancent là encore une raison morale: Bar Kokhba était devenu arrogant. Sentant le gout de la victoire et adoubé par le célèbre Rabbi Akiva comme le Mashia’h, il se pensait invincible. En hébreu, les arrogants sont ceux qui proclament:

כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי, עָשָׂה לִי אֶת-הַחַיִל הַזֶּה
« C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse. »(Deuteronome 8,17)

La dernière bataille des troupes de Bar Kokhba, qui scella leur défaite, eut lieu dans la ville fortifiée de Beitar et fut due à un malentendu.
Le Talmud raconte qu’ « à Beitar, on avait l’habitude de planter un cèdre à la naissance d’un garçon et un pin à la naissance d’une fille. Lorsqu’ils se mariaient, on coupait les branches de ces deux arbres pour leur dais nuptial. Un jour que la fille de César se promenait dans la région, les montants de sa litière se cassèrent. Ses serviteurs partirent dans la forêt de Beitar pour couper les branches d’un cèdre. Les Juifs de Beitar les poursuivirent et les attaquèrent. Il fut dit alors à César que les Juifs de Beitar se rebellaient. Les Romains marchèrent sur la ville, tuèrent toute la population jusqu’à ce que le sang coule en Méditerranéen (à 40km). On raconte que pendant 7 ans, les païens qui avaient prix possession des vignes des Juifs de Beitar cultivèrent la terre sans effort grâce au sang de ses habitants ».

La ville de Beitar tomba en 135, le 9 du mois de Av, jour funeste, anniversaire de la fin du Premier et du Second Temple.
Ce fut la fin de la dernière des grandes révoltes juives contre les Romains même si sporadiquement, Les Juifs continuèrent à se soulever jusqu’au 5 ème siècle*.

Mais Lag Baomer et le 9 Av sont deux dates différentes. Au 33ème jour de l’Omer, Beitar n’est pas encore tombée et Rabbi Akiva n’a pas été encore torturé et mis à mort par les Romains. On se réjouit de la fin de cette épidémie de peste (ou de mauvaise langue)  et on s’entraine au tir à l’arc comme Bar Kokhba dont on a oublié l’arrogance et qui reste un héros populaire.

lag baomer petah tikva

(Carte postale de la fin du 19ème siècle qui illustre la fête de Lag Baomer à Petah Tikva mais qui est curieusement destinée à la fête de Rosh Hashana! site tapuz.co.il)

איש היה בישראל,
בר כוכבא שמו.
איש צעיר גבה קומה,
עיני זוהר לו.
הוא היה גיבור,
הוא קרא לדרור,
כל העם אהב אותו,
הוא היה גיבור!
גיבור!

Il y eut un homme en Israel, nommé Bar Kokhba, un homme jeune de haute taille et aux yeux brillants. Ce fut un héros, il appelait à la liberté, le peuple l’aimait, ce fut un héros, un héros!

On allume aussi des feux de joie! On en profite aussi pour y faire cuire des pommes de terres et rôtir des marshmallows.

Lag baomer  medura(site.google.com)

Pour certains, ils rappellent les feux qui servaient de signaux pour les soldats. Pour d’autres, ils commémorent ainsi la mort de Shimon Bar Yohai, grand pourfendeur de Rome qui avait du se cacher dans une grotte en Galilée pour sauver sa vie. Les feux sont là pour rappeler la révélation de la lumière divine à celui qui fut aussi un des grands kabbalistes de son époque.
Chaque année, il y a foule autour de son tombeau au Mont Meron en Galilée.

mont meiron

(le mont Meron en Galilee, site mako.co.il)
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A bientôt,
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*Le Omer: le עומר (Omer)  était la mesure d’orge que les Juifs apportaient au Temple lors de la fête de Pessah. De nos jours, on comprend le mot Omer comme la période de 7 semaines entre Pessah et Shavouot. Il est d’usage de compter à haute voix chaque jour du Omer. Le mot Lag est forme des lettres לet ג (lamed et guimel)qui ont comme valeur numérique 30 et 3,  formant le mot 33: ל »ג (Lag). Lag Baomer signifie donc le 33 ème jour du Omer.
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*    Emek Haela ou la vallée du térébinthe:
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La Thora, un gâteau au fromage et une princesse…

Ça y est les producteurs de lait et de fromages sont contents! Comme tous les ans, il vont faire une bonne partie de leur chiffre d’affaire ces jours-ci. Pourquoi ? Parce que mercredi prochain, nous fêtons Shavouot, le don de la Thora au Sinaï, 50 jours après notre sortie d’Egypte !

Vous ne voyez pas le lien entre la Thora et les produits laitiers ? Comptez sur nos sages pour vous l’expliquer :
– Le lait, חלב (halav), a comme Guematria 40, exactement le nombre de jours que Moshé resta dans la montagne au Sinaï avant de nous rapporter les Tables de la Loi,
– La Thora est aussi comparée au lait, comme le dit le verset : « Comme le miel et le lait, [la Torah] coule sous ta langue » (Cantique des Cantiques 4:11),
– Le mot fromage en hébreu, גבינה (gvina), s’apparente sur le plan étymologique à Har Gavnounim, l’un des noms du Mont Sinaï et enfin parce que la Guematria du mot gvina est 70 comme les 70 facettes de la Thora.
Qui a dit que nos sages manquaient d’imagination ?

 

Cette fête de Shavouot fait plaisir a tout le monde : ici en Israël, Shavouot, fête des moissons, est au moins autant fêtée dans les écoles,

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

dans les kibbutzim,

shavouot 2

et même en ville-ici un défilé a Haïfa en 1934:

que Shavouot, fête du don de la Thora, où on lit les 10 Paroles:

(cette vidéo est tirée d’un ensemble qui raconte avec humour les histoires de la Bible. Ici Moshé transmet les dix Paroles et les enfants répondent par  cette phrase célèbre:  Naasse venishma, נעשה ונשמה, nous ferons et nous entendrons de toute notre cœur et de toute notre âme)

A Shavouot.  on raconte aussi une histoire de princesse qui ne fut à priori qu’un fait divers.
Dans le livre de Ruth, on apprend qu’une famille de Bethlehem quitte la ville à cause de la famine qui règne en Judée et part pour Moav. La bas, le chef de famille, Elimelekh, et ses deux fils succombent, la mère, Naomi, se retrouve seule avec ses deux belles filles moabites. Elle décide de retourner chez elle à Bethlehem, l’une de ses belles filles rentre chez ses parents et l’autre, Ruth, la suit.

shavouot 1795-William-Blake-Naomi-entreating-Ruth-Orpah

A Bethlehem, Ruth  va devoir glaner dans les champs de Boaz, l’homme le plus riche de la ville,

shavouot Ruth et Boaz Medievel

Elle l’épouse, a un fils et deviendra ainsi l’arrière-grand-mère du roi David. Happy end !
Imaginez les titres de l’époque dans la presse moabite : « Une grande preuve d’amour ! Notre princesse aux yeux tristes (elle est veuve) quitte sa vie confortable pour suivre sa belle-mère dans les monts de Judée » et quelque temps après : « Les rumeurs qui nous étaient parvenues sont maintenant confirmées: la princesse Ruth a épousé le magnat de l’agro-alimentaire Boaz et lui a donne un fils. Est ce le début d’une nouvelle ère politique qui verra le rétablissement des relations politiques entre le royaume de Moav et les tribus montagnardes de Judée ? »

Mais comme toujours dans le Tanakh, l’histoire n’est pas tout à fait ce qu’elle parait être.

Tout d’abord intéressons-nous aux noms des protagonistes. Le mari de Naomi s’appelle Elimelekh. Ce nom peut se traduire de deux manières: Soit “Dieu est roi”, soit « Que je sois roi » (en lisant Alay). Les deux sont possibles d’autant qu’Elimelekh vient de la tribu de Yéhuda, la tribu des rois. C’est un nom ronflant pour un homme important. En effet, le texte précise que c’était un איש (Ish), homme, ce qui signifie homme important. Le nom de sa femme Naomi signifie simplement « l’agréable ». Mais il ne faut pas oublier que dans le nom de Naomi se trouve inséré le עם (Am), peuple. Naomi n’organise pas le mariage de Ruth avec Boaz pour faire à nouveau partie de la bonne société de Bethlehem. Non, elle le fait car elle a vu dans cette belle-fille, étrangère à son peuple, celle par qui commencera la lignée du roi David et donc celle du Mashiah (le messie).
Des deux fils de Naomi et de Elimelekh on ne sait rien mais leur nom parle pour eux: Mahlon, « maladie » et Kilyon « effacement ». Qui aurait l’idée de donner à ses enfants de pareils noms? C’est qu’il s’agit là aussi  de surnoms révélateurs!

Quant aux belles filles, elles s’appellent l’une Orpa du mot עורף (oref), la nuque, et tourner la nuque en hébreu est l’équivalent de tourner le dos en français.  C’est elle qui dira au revoir,  en pleurant, à sa belle mère. Rien de négatif chez Orpa, rien de positif non plus. Pour Ruth l’intrépide, on remarquera que la Guématria de «Dieu récompensera ton action » est celle de Ruth.

Non seulement les noms des personnages sont révélateurs mais l’histoire est très claire pour les Juifs de cette époque. Au début de l’histoire, Elimelekh a emmené sa famille loin de Bethlehem-Efrata à cause de la famine.
Quand on sait que Bethlehem signifie la Maison du Pain, les deux mots Beth et Lehem sautaient aux yeux des lecteurs.

efrat
Voici Efrata aujourd’hui dans le Gush Etsion. Bethlehem se trouvant dans un territoire sous autorité palestinienne, c’est une ville « judenrein » dans laquelle je n’ai pas le droit de pénétrer.

La famille quitte donc sa maison privée qui se trouve dans la « Maison du Pain » (un endroit fermé, censé la protéger et dédié au pain) pour…les champs de Moav,  environnement ouvert et sans protection. Dans le Tanakh, un champ vide, sans maison, est toujours le symbole d’une tragédie. Les Juifs ne sont pas des nomades. Même dans leur imaginaire ils n’aiment pas les grands espaces.

 

Où se trouvaient ces champs ? Dans la riche plaine de la Shefela ou celle de Yisreel ? Pas du tout! A Moav qui a très mauvaise réputation et représente l’antithèse de l’hospitalité. Beaucoup plus tard d’ailleurs, lors de la guerre qui l’opposa au roi Shaoul, le roi David, persuadé qu’il pouvait compter sur la protection du roi de Moav, son cousin, enverra en fait ses parents à la mort car ce dernier les fera assassiner.

moav
De plus, le texte ne mentionne aucune autre famille fuyant la famine…En fait, les commentateurs nous expliquent qu’il y a bien eu une crise économique à Bethlehem mais qu’Elimelekh, l’homme important, ne voulait tout simplement pas nourrir les pauvres !

Elimelekh et ses fils meurent pendant leur séjour à Moav.
Naomi prend son courage à deux mains pour retourner à Bethlehem où pourtant, elle sait ne pas être la bienvenue: son mari ayant fui au lieu de secourir les pauvres. Elle a en plus le désavantage de revenir avec une jeune femme étrangère, descendante des filles de Loth, ce qui n’est pas une très bonne carte de visite.
Orpa retourne dans sa famille mais après avoir pleuré et embrassé Naomi.
Quant à Ruth, elle quitte tout: son pays, sa famille, sa position sociale pour suivre sa belle-mère.

Les deux derniers personnages masculins sont Boaz, le futur mari de Ruth, et son cousin. De ce cousin, on ne sait pas grand chose sauf qu’il renonce à épouser Ruth pour une question de patrimoine familial. Boaz est quand même imposant : son nom signifie « La force est en lui », c’est un notable et l’un des derniers juges. Mais il se laisse cependant bien manœuvrer par Naomi…

Autant dans cette histoire les hommes sont des éléments négatifs ou pour le moins en retrait autant les femmes sont des personnages sympathiques et dynamiques.

Mais pourquoi raconter cette histoire au moment de la fête de Shavouot ?

Sans doute parce qu’à Shavouot nous commémorons le don de la Thora et Ruth est devenue le symbole de l’étrangère qui a eu le courage de devenir juive.
Sans doute aussi parce que Shavouot est aussi la fête des moissons et que nous la voyons glaner dans les champs.

 

A bientôt,

PS : C’est le prophète Samuel qui a écrit le livre de Ruth. Il aurait eu l’histoire de première main en interviewant l’intéressée elle-même à la fin de sa vie. C’est tout à fait plausible car l’histoire de Ruth se situe à la fin de la période des Juges, Samuel étant souvent considéré comme le dernier d’entre eux. Ruth pouvait donc être encore en vie, lorsque Samuel oignit le jeune David, son arrière-petit-fils.