Monter à Jerusalem

Le nom de chaque fête nous renvoie à des images, des odeurs, des chants particuliers: pour Rosh Hashana c’est la pomme dans le miel, Soukot, les repas pris dans la souka, Hanouka, les 8 bougies de la Hanoukia et les beignets, Pourim les déguisement, la Meguila d’Esther et les oreilles d’Haman, Pessah, la Haggadah et les matzot et pour Shavouot, la nuit d’étude, la Meguila de Ruth et les les gâteaux au fromage. Mais on ne pense pas souvent que Shavouot fait partie des trois fêtes de pèlerinage et nous oubions la עליה לרגל (aliya lareguel) , montée à pied ou pèlerinage jusqu’au temple de Jerusalem. Et pourtant, c’est ce que faisaient nos ancêtres trois fois par an, pour Pessa’h, Shavouot et Soukot!
Alors imaginons:
Voici une famille vivant à l’époque du deuxième Temple qui n’habite pas à Jerusalem:


(Photo prise du site Live the Bible: https://livethebible.co.il/en/)

Trois fois par an, les membres de cette famille sont censés monter à Jerusalem, pour les trois fêtes de pèlerinage*. Ce n’est pas une mince affaire: Ils doivent laisser leurs troupeaux, leurs champs, fermer la maison. Sans doute ne partent-ils pas tous à chaque fois car les bêtes ont besoin d’être soignées et le travail des champs ne connait pas de répit. Et que faire des enfants, des malades et des personnes âgées?

Dans le livre de Samuel il nous est raconté une histoire familiale qui se passe pendant un de ces pèlerinages. Celui-ci a lieu à Shilo* et non pas à Jerusalem car l’histoire se passe une centaine d’années avant le retour de l’arche d’alliance* à Jerusalem et la construction du Temple, mais la route n’en est pas plus facile pour une famille qui vient des montagnes d’Ephraim…
Ainsi Elkana (le père de famille) partait de sa ville, chaque année, pour se prosterner et sacrifier à l’Eternel dans Shilo… Il s’agit de l’histoire bien connue de ‘Hanna, la femme stérile d’Elkana, qui pleure et prie à Shilo, pendant ce pèlerinage, pour avoir un enfant qu’elle promet de consacrer à Dieu. Le prophète Shmuel sera cet enfant…
Mais que se passe-t-il après sa naissance?  Le mari, Elkana, étant parti (à nouveau) avec toute sa maison pour faire au Seigneur son sacrifice annuel et ses offrandes votives,  Hanna ne l’accompagna point, car elle dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai… La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. 2 Quand elle l’eut sevré… elle le conduisit à la maison du Seigneur, à Shilo. (I Samuel, 1)

Il est évident que beaucoup restaient chez eux et s’impliquaient indirectement en payant une taxe d’un demi shekel, la taxe annuelle que tout le monde devait donner au Temple.
Le mot shekel, vient de la racine שקל (SH K L) qui veut dire peser. Le shekel est mentionné de nombreuses fois dans le Tanakh. Par exemple, c’est en shekel qu »Avraham achète la grotte de la Ma’hpela à Hevron* pour y enterrer sa femme…
A l’époque du deuxième Temple, le shekel représentait environ 2 % du salaire mensuel moyen. Il servait à l’achat des animaux pour les sacrifices. Après la destruction du Temple, ce don d’un demi-shekel continua comme don aux pauvres. Comme la valeur des pièces d’argent était fluctuante, on se basait sur le shekel en argent frappé à Tyr. On a découvert des pièces d’un demi shekel dans tout le pays.

Ceux qui partaient en pèlerinage arrivaient souvent à Jerusalem au terme d’une route difficile. Il faut se souvenir que Jerusalem se trouve à environ 800 m d’altitude.
On sait d’après la Mishna que le Sanhedrin était chargé de réparer les routes pour les voyageurs, et d’indiquer l’emplacement des tombes. Il faut dire que lorsque quelqu’un mourait en chemin, il fallait l’enterrer sur place, quitte à rassembler ses ossements l’année suivante pour les enterrer correctement dans l’ossuaire familial. Les nombreuses lois de pureté, parfois difficiles à comprendre de nos jours, exigeaient que les voyageurs ne se reposent pas par mégarde  sur des tombes pendant leur voyage mais si cela se produisait, ils trouvaient sur leur chemin des מקוואות (mikvaot), réservoirs d’eau pour se purifier, eux aussi signalés et entretenus par le Sanhedrin. On en a trouvé un certain nombre, dans le Goush Etsion*,  sur la route menant à Jerusalem, . Comme le Gush Etsion est la dernière étape en venant de Beer Sheva avant l’entrée à Jerusalem, les archéologues pensent qu’il s’agit des mikvaot destinés aux pèlerins.

                                                     (http://etziontour.org.il)

La famille de pèlerins arrive maintenant à Jerusalem. Elle s’arrête sans doute tout d’abord à Shiloa’h, ce grand bassin étant alimenté par la source Gui’hon. 

(Carte datant de 1730: dans le quart inférieur droit, on peut voir un rectangle rouge indiquant la piscine de Shiloa’h à l’extérieur des murailles.
Pour rejoindre le Temple, une portion de route -non indiquée sur la carte car elle n’avait pas été encore découverte- fait suite à  la route venant du Sud. Geographicus rare antique maps, auteur inconnu
)

Bien que de nombreuses sources alimentent la ville de Jerusalem, celle du Gui’hon a toujours eu un statut spécial. Son eau était en effet la seule à être utilisée dans le Temple: elle servait par exemple pour la cérémonie de purification de l’eau, ניסוך מיים (Nissoukh mayim) lors de la fête de Soukot:

(dessin de Dafna Levanon)

En 1995, les archéologues Ronny Reich et Eli Shukron commencèrent à fouiller aux alentours de la source Gui’hon et ont découvert les restes de la piscine de Shiloa’h. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, elle est beaucoup étroite et ressemble à un canal alors que les textes nous la décrivent grande et proche d’un carré. Ceci parce que le reste du terrain sous lequel la piscine originelle se trouve appartient à l’Eglise orthodoxe grecque qui refuse toute recherche archéologique. 

Mais si la famille s’arrête au Shiloa’h, ce n’est pas seulement pour se purifier, c’est aussi pour remplir ses outres, se délasser, écouter les dernières nouvelles, les potins, trouver une chambre en ville et peut-être un conjoint pour les enfants…
Il était difficile de trouver une chambre en ville pendant les trois fêtes de pèlerinage. La ville était pleine à craquer. Les Yerushalmim* devaient accueillir gratuitement les pèlerins mais la coutume voulait qu’il reçoivent des cadeaux en retour. Cependant, il  est sûr que tout le monde ne pouvait pas loger à l’intérieur des murailles et les pèlerins campaient sur les collines avoisinantes.


Une fois reposés, ils entrent dans la ville et sont aussitôt happés par la foule qui déambule dans des rues  étroites et bordées de magasins.
Les archéologues ont découvert ici des poids et des tasses en pierre pouvant avoir servi de tasses à mesurer. Ils ont également découvert des tablettes en terre où étaient gravées les lettres ק ר ב ן (Kuf Resh Bet Nun) formant le mot Korban, sacrifice et en dessous du mot Korban, le dessin de deux oiseaux morts. C’étaient des écriteaux indiquant que le commerçant vendait tout ce qui était nécessaire pour les sacrifices. Il est logique de penser que la plupart des gens achetaient les animaux à sacrifier tout près du Temple à Jérusalem, plutôt que de s’embarrasser pendant le voyage d’animaux  qui risquaient de tomber malades voire de mourir.

Cette fois, la famille est prête à entrer dans la principale cour du Temple et traverse les portes de ‘Hulda, un ensemble de deux portes sur la partie ouest et d’une porte triple sur la partie est. 

On ne peut plus entrer dans les sous-sols du Temple. Ces portes sont  murées depuis l’occupation arabe et la construction de la mosquée d’El Aqsa. Cependant, même si le Waqf interdit de les ouvrir, on est sûr qu’elles menaient au Temple.
Elles sont d’ailleurs mentionnées dans la Mishna: Tous ceux qui entrent dans le Mont du Temple (par les portes de « Hulda) entrent à droite [est], se promènent et sortent à gauche [ouest]. . . (Mishna Midot 2: 2). Pourquoi des directives aussi précises?
C’est que le Sanhedrin avait décrété des sens de circulation pour réglementer les entrées et les sorties.
Une seule exception: Celui qui a connu un malheur, entre le mont du Temple par la gauche. (Quand on lui demande) Pourquoi entres-tu par la gauche? (Il répond) « parce que je suis en deuil« . [Ils répondent:] ‘Que Celui qui habite dans cette maison vous réconforte. (Ibid, 2: 2)

Le périple de la famille est achevé. Ils vont pouvoir apporter leurs sacrifices au Temple. Ils repartiront chez eux sans doute fourbus, attendus avec impatience dans leurs village, racontant leurs aventures et les enjolivant sans doute quelque peu, après tout que serait la vie sans quelques broderies…

 

A bientôt,

 

 

*Les trois fêtes de pèlerinage ou shalosh regalim: ce sont les fêtes de Pessa’h, Shavouot et Soukot. Le mot רגלים (regalim) vient de la racine ר ג ל (R G L) qui a donne le mot pied רגל (Reguel) et habitude הרגל(Herguel).
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/16/on-marche-au-pas-enfin-presque/

*L’arche d’alliance et Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/arche-dalliance/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

*Le goush Etsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/01/23/le-chemin-des-patriarches-4-le-goush-etzion/

*Mikve:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

*Dans la  Parachat Shkalim » (Shemot-Exode 30:11-16):
 L’Éternel parla à Moshe en ces termes:  « Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement… Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-shekel… Quiconque fera partie du dénombrement depuis l’âge de vingt ans et au-delà doit acquitter l’impôt de l’Éternel. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du shekel,

*Le shekel est le nom de la monnaie israelienne depuis 1980. Avant, nous avions garde les livres (d’origine britanniques). Déjà en 1902, dans son roman l »Altneuland, Herzl parlait du shekel:
David se tourna vers la vendeuse: « Quel est le prix des gants des deux messieurs? »
« Six Shekels »
Kingskort ouvrit grand les yeux:
« Qu’est-ce que c’est que ça? »
David sourit: « C’est notre monnaie. Nous avons réintroduit notre ancienne monnaie.

*Les Yerushalmim: les habitants de Jerusalem. C’est quand même plus joli que les Hyerosolomitains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Fouilles sur le Mont du Temple: Ce site se trouve depuis 1.300 ans sous la responsabilité des autorités musulmanes. En raison des sensibilités politiques et religieuses, aucune fouille archéologique méthodique n’a été permise sur le site. En 1967, après la guerre des six jours, Israël a malheureusement cédé le contrôle du Mont du Temple à l’administration du Waqf, organisation  en charge des sites musulmans.
La loi israélienne exige qu’avant  toute construction sur un site archéologique, des fouilles de sauvetage soient entreprises. Mais en 1999, dans le cadre de la construction de l’entrée d’une nouvelle mosquée, l’administration du Waqf a illicitement creusé une grande fosse sur le Mont du Temple, ignorant la loi. A peu près 400 camions ont déversé 9000 tonnes de terre et de gravats remplis d’artéfacts dans la vallée du Kidron, à quelques kilomètres de là. Les archéologues israéliens les ont aussitôt récupérés et y ont trouve des trésors.

 

 

 

 

 

 

Bonne fête de Shavouot

Dimanche ce sera Shavouot, fête du don de la Thora* et des moissons. C’est dans les kibboutzim que les festivités sont les plus gaies:

défilés de tracteurs,

shavouot tracteurs 2

chants et danses,

shavouot dances kibboutz Dorot

 

mais aussi présentation des meilleurs produits du kibboutz  et en premier, les enfants. Ceux qui sont nés dans l’année seront les premiers à défiler.
Voici la cérémonie de Shavouot au kibboutz Dan, à la frontière libanaise:

Bonne fête de Shavouot

חג שבועות שמח

A bientôt,

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/12/la-thora-un-gateau-au-fromage-et-une-princesse/

Des feux de joie, des arcs et des flèches

Que s’est-il donc passé pour que le 33 ème jour de l’Omer*  devienne un jour de liesse populaire?

Les origines du ל »ג בעומר (Lag BaOmer) sont obscures. Vous pourrez trouver toutes sortes d’explications qui conforteront telle ou telle tendance du judaïsme.
La plus couramment donnée est celle de la fin d’une épidémie de peste qui sévissait dans les rangs des disciples de Rabbi Akiva. Comme nous cherchons toujours une explication morale à nos problèmes, certains ont dit qu’ils ne savaient pas retenir leur mauvaise langue, d’autres que leur position face au pouvoir romain en place était  divisée et que leurs querelles s’entendaient ans tout l’empire romain…

Nous sommes dans la première moitié du deuxième siècle de l’ère chrétienne. Les habitants juifs de ce pays sont effectivement divisés: les uns pensent à une révolte qui bouterait Rome hors du pays, d’autres, regardant les dégâts déjà accomplis par les Romains, se disent qu’il vaut mieux composer et courber la tête devant un empire aussi puissant, sans doute le plus puissant au monde à ce moment-là. Bref, c’est toujours la même question: se battre ou composer avec l’ennemi?

Rabbi Akiva est de ceux qui prônent le combat. Les Romains ont déjà détruit le Temple et le peuple a suffisamment souffert, il faut arrêter la machine de guerre romaine.

arc de triomphe de titus a Rome

Son champion s’appelle Shimon Bar Kokhba. On sait peu de chose sur lui. Il est mentionné dans le Talmud et le Midrash mais qui est-il en réalité? Son nom lui-même n’est pas toujours écrit de la même manière. Pour ses partisans, il est Bar Kokhba*, le fils de l’étoile et pour ses adversaires Bar Kosiba, le fils du mensonge. Tous s’accordent sur le fait qu’il s’appelle Shimon, de la dynastie de David et habite en Judée. Des chercheurs ont trouvé dernièrement le site d’un village juif nommé Koseva. Etait-il originaire de l’endroit, aurait-il changé son nom en Kokhba pour mieux frapper les esprits?
Voici une vidéo sur un village mieux conservé que Koseva, datant de la même époque et se trouvant aussi en Judée:

 

Bar Kokhba est un héros guerrier, on dit qu’il peut dompter un lion. Ses soldats racontent que pour être accepté dans son armée, il faut pouvoir déraciner un cèdre de ses mains. Exagération orientale ou s’agit-il peut-être de tout petits cèdres?

Comme dans toutes les armées, le budget est difficile à boucler. Dans les années 50, on a retrouvé certaines de ces lettres dans le désert de Yehouda dans lesquelles Bar Kokhba se plaint des difficultés d’approvisionnement en nourriture pour tous ses soldats.

bar-kokhva.jpg lettres

Quoi qu’il en soit, c’est certainement un homme doté d’un grand charisme car il réussit à fédérer autour de lui une armée suffisamment forte de 100 000 soldats pour tenir tête aux Romains pendant au moins trois ans, régner sur toute la Judée et la région de Beit Guvrin, en bas de Emek Haela* avec le titre de Nassi et battre monnaie…

Bar Kokhba pieces (ynet)

Alors pourquoi fut-il battu? Il est sûr que le rouleau compresseur de l’armée romaine ne pouvait être détruit aussi facilement mais nos Sages avancent là encore une raison morale: Bar Kokhba était devenu arrogant. Sentant le gout de la victoire et adoubé par le célèbre Rabbi Akiva comme le Mashia’h, il se pensait invincible. En hébreu, les arrogants sont ceux qui proclament:

כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי, עָשָׂה לִי אֶת-הַחַיִל הַזֶּה
« C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse. »(Deuteronome 8,17)

La dernière bataille des troupes de Bar Kokhba, qui scella leur défaite, eut lieu dans la ville fortifiée de Beitar et fut due à un malentendu.
Le Talmud raconte qu’ « à Beitar, on avait l’habitude de planter un cèdre à la naissance d’un garçon et un pin à la naissance d’une fille. Lorsqu’ils se mariaient, on coupait les branches de ces deux arbres pour leur dais nuptial. Un jour que la fille de César se promenait dans la région, les montants de sa litière se cassèrent. Ses serviteurs partirent dans la forêt de Beitar pour couper les branches d’un cèdre. Les Juifs de Beitar les poursuivirent et les attaquèrent. Il fut dit alors à César que les Juifs de Beitar se rebellaient. Les Romains marchèrent sur la ville, tuèrent toute la population jusqu’à ce que le sang coule en Méditerranéen (à 40km). On raconte que pendant 7 ans, les païens qui avaient prix possession des vignes des Juifs de Beitar cultivèrent la terre sans effort grâce au sang de ses habitants ».

La ville de Beitar tomba en 135, le 9 du mois de Av, jour funeste, anniversaire de la fin du Premier et du Second Temple.
Ce fut la fin de la dernière des grandes révoltes juives contre les Romains même si sporadiquement, Les Juifs continuèrent à se soulever jusqu’au 5 ème siècle*.

Mais Lag Baomer et le 9 Av sont deux dates différentes. Au 33ème jour de l’Omer, Beitar n’est pas encore tombée et Rabbi Akiva n’a pas été encore torturé et mis à mort par les Romains. On se réjouit de la fin de cette épidémie de peste (ou de mauvaise langue)  et on s’entraine au tir à l’arc comme Bar Kokhba dont on a oublié l’arrogance et qui reste un héros populaire.

lag baomer petah tikva

(Carte postale de la fin du 19ème siècle qui illustre la fête de Lag Baomer à Petah Tikva mais qui est curieusement destinée à la fête de Rosh Hashana! site tapuz.co.il)

איש היה בישראל,
בר כוכבא שמו.
איש צעיר גבה קומה,
עיני זוהר לו.
הוא היה גיבור,
הוא קרא לדרור,
כל העם אהב אותו,
הוא היה גיבור!
גיבור!

Il y eut un homme en Israel, nommé Bar Kokhba, un homme jeune de haute taille et aux yeux brillants. Ce fut un héros, il appelait à la liberté, le peuple l’aimait, ce fut un héros, un héros!

On allume aussi des feux de joie! On en profite aussi pour y faire cuire des pommes de terres et rôtir des marshmallows.

Lag baomer  medura(site.google.com)

Pour certains, ils rappellent les feux qui servaient de signaux pour les soldats. Pour d’autres, ils commémorent ainsi la mort de Shimon Bar Yohai, grand pourfendeur de Rome qui avait du se cacher dans une grotte en Galilée pour sauver sa vie. Les feux sont là pour rappeler la révélation de la lumière divine à celui qui fut aussi un des grands kabbalistes de son époque.
Chaque année, il y a foule autour de son tombeau au Mont Meron en Galilée.

mont meiron

(le mont Meron en Galilee, site mako.co.il)
.
.
A bientôt,
.
*Le Omer: le עומר (Omer)  était la mesure d’orge que les Juifs apportaient au Temple lors de la fête de Pessah. De nos jours, on comprend le mot Omer comme la période de 7 semaines entre Pessah et Shavouot. Il est d’usage de compter à haute voix chaque jour du Omer. Le mot Lag est forme des lettres לet ג (lamed et guimel)qui ont comme valeur numérique 30 et 3,  formant le mot 33: ל »ג (Lag). Lag Baomer signifie donc le 33 ème jour du Omer.
.
*    Emek Haela ou la vallée du térébinthe:
.

La Thora, un gâteau au fromage et une princesse…

Ça y est les producteurs de lait et de fromages sont contents! Comme tous les ans, il vont faire une bonne partie de leur chiffre d’affaire ces jours-ci. Pourquoi ? Parce que mercredi prochain, nous fêtons Shavouot, le don de la Thora au Sinaï, 50 jours après notre sortie d’Egypte !

Vous ne voyez pas le lien entre la Thora et les produits laitiers ? Comptez sur nos sages pour vous l’expliquer :
– Le lait, חלב (halav), a comme Guematria 40, exactement le nombre de jours que Moshé resta dans la montagne au Sinaï avant de nous rapporter les Tables de la Loi,
– La Thora est aussi comparée au lait, comme le dit le verset : « Comme le miel et le lait, [la Torah] coule sous ta langue » (Cantique des Cantiques 4:11),
– Le mot fromage en hébreu, גבינה (gvina), s’apparente sur le plan étymologique à Har Gavnounim, l’un des noms du Mont Sinaï et enfin parce que la Guematria du mot gvina est 70 comme les 70 facettes de la Thora.
Qui a dit que nos sages manquaient d’imagination ?

 

Cette fête de Shavouot fait plaisir a tout le monde : ici en Israël, Shavouot, fête des moissons, est au moins autant fêtée dans les écoles,

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

dans les kibbutzim,

shavouot 2

et même en ville-ici un défilé a Haïfa en 1934:

que Shavouot, fête du don de la Thora, où on lit les 10 Paroles:

(cette vidéo est tirée d’un ensemble qui raconte avec humour les histoires de la Bible. Ici Moshé transmet les dix Paroles et les enfants répondent par  cette phrase célèbre:  Naasse venishma, נעשה ונשמה, nous ferons et nous entendrons de toute notre cœur et de toute notre âme)

A Shavouot.  on raconte aussi une histoire de princesse qui ne fut à priori qu’un fait divers.
Dans le livre de Ruth, on apprend qu’une famille de Bethlehem quitte la ville à cause de la famine qui règne en Judée et part pour Moav. La bas, le chef de famille, Elimelekh, et ses deux fils succombent, la mère, Naomi, se retrouve seule avec ses deux belles filles moabites. Elle décide de retourner chez elle à Bethlehem, l’une de ses belles filles rentre chez ses parents et l’autre, Ruth, la suit.

shavouot 1795-William-Blake-Naomi-entreating-Ruth-Orpah

A Bethlehem, Ruth  va devoir glaner dans les champs de Boaz, l’homme le plus riche de la ville,

shavouot Ruth et Boaz Medievel

Elle l’épouse, a un fils et deviendra ainsi l’arrière-grand-mère du roi David. Happy end !
Imaginez les titres de l’époque dans la presse moabite : « Une grande preuve d’amour ! Notre princesse aux yeux tristes (elle est veuve) quitte sa vie confortable pour suivre sa belle-mère dans les monts de Judée » et quelque temps après : « Les rumeurs qui nous étaient parvenues sont maintenant confirmées: la princesse Ruth a épousé le magnat de l’agro-alimentaire Boaz et lui a donne un fils. Est ce le début d’une nouvelle ère politique qui verra le rétablissement des relations politiques entre le royaume de Moav et les tribus montagnardes de Judée ? »

Mais comme toujours dans le Tanakh, l’histoire n’est pas tout à fait ce qu’elle parait être.

Tout d’abord intéressons-nous aux noms des protagonistes. Le mari de Naomi s’appelle Elimelekh. Ce nom peut se traduire de deux manières: Soit “Dieu est roi”, soit « Que je sois roi » (en lisant Alay). Les deux sont possibles d’autant qu’Elimelekh vient de la tribu de Yéhuda, la tribu des rois. C’est un nom ronflant pour un homme important. En effet, le texte précise que c’était un איש (Ish), homme, ce qui signifie homme important. Le nom de sa femme Naomi signifie simplement « l’agréable ». Mais il ne faut pas oublier que dans le nom de Naomi se trouve inséré le עם (Am), peuple. Naomi n’organise pas le mariage de Ruth avec Boaz pour faire à nouveau partie de la bonne société de Bethlehem. Non, elle le fait car elle a vu dans cette belle-fille, étrangère à son peuple, celle par qui commencera la lignée du roi David et donc celle du Mashiah (le messie).
Des deux fils de Naomi et de Elimelekh on ne sait rien mais leur nom parle pour eux: Mahlon, « maladie » et Kilyon « effacement ». Qui aurait l’idée de donner à ses enfants de pareils noms? C’est qu’il s’agit là aussi  de surnoms révélateurs!

Quant aux belles filles, elles s’appellent l’une Orpa du mot עורף (oref), la nuque, et tourner la nuque en hébreu est l’équivalent de tourner le dos en français.  C’est elle qui dira au revoir,  en pleurant, à sa belle mère. Rien de négatif chez Orpa, rien de positif non plus. Pour Ruth l’intrépide, on remarquera que la Guématria de «Dieu récompensera ton action » est celle de Ruth.

Non seulement les noms des personnages sont révélateurs mais l’histoire est très claire pour les Juifs de cette époque. Au début de l’histoire, Elimelekh a emmené sa famille loin de Bethlehem-Efrata à cause de la famine.
Quand on sait que Bethlehem signifie la Maison du Pain, les deux mots Beth et Lehem sautaient aux yeux des lecteurs.

efrat
Voici Efrata aujourd’hui dans le Gush Etsion. Bethlehem se trouvant dans un territoire sous autorité palestinienne, c’est une ville « judenrein » dans laquelle je n’ai pas le droit de pénétrer.

La famille quitte donc sa maison privée qui se trouve dans la « Maison du Pain » (un endroit fermé, censé la protéger et dédié au pain) pour…les champs de Moav,  environnement ouvert et sans protection. Dans le Tanakh, un champ vide, sans maison, est toujours le symbole d’une tragédie. Les Juifs ne sont pas des nomades. Même dans leur imaginaire ils n’aiment pas les grands espaces.

 

Où se trouvaient ces champs ? Dans la riche plaine de la Shefela ou celle de Yisreel ? Pas du tout! A Moav qui a très mauvaise réputation et représente l’antithèse de l’hospitalité. Beaucoup plus tard d’ailleurs, lors de la guerre qui l’opposa au roi Shaoul, le roi David, persuadé qu’il pouvait compter sur la protection du roi de Moav, son cousin, enverra en fait ses parents à la mort car ce dernier les fera assassiner.

moav
De plus, le texte ne mentionne aucune autre famille fuyant la famine…En fait, les commentateurs nous expliquent qu’il y a bien eu une crise économique à Bethlehem mais qu’Elimelekh, l’homme important, ne voulait tout simplement pas nourrir les pauvres !

Elimelekh et ses fils meurent pendant leur séjour à Moav.
Naomi prend son courage à deux mains pour retourner à Bethlehem où pourtant, elle sait ne pas être la bienvenue: son mari ayant fui au lieu de secourir les pauvres. Elle a en plus le désavantage de revenir avec une jeune femme étrangère, descendante des filles de Loth, ce qui n’est pas une très bonne carte de visite.
Orpa retourne dans sa famille mais après avoir pleuré et embrassé Naomi.
Quant à Ruth, elle quitte tout: son pays, sa famille, sa position sociale pour suivre sa belle-mère.

Les deux derniers personnages masculins sont Boaz, le futur mari de Ruth, et son cousin. De ce cousin, on ne sait pas grand chose sauf qu’il renonce à épouser Ruth pour une question de patrimoine familial. Boaz est quand même imposant : son nom signifie « La force est en lui », c’est un notable et l’un des derniers juges. Mais il se laisse cependant bien manœuvrer par Naomi…

Autant dans cette histoire les hommes sont des éléments négatifs ou pour le moins en retrait autant les femmes sont des personnages sympathiques et dynamiques.

Mais pourquoi raconter cette histoire au moment de la fête de Shavouot ?

Sans doute parce qu’à Shavouot nous commémorons le don de la Thora et Ruth est devenue le symbole de l’étrangère qui a eu le courage de devenir juive.
Sans doute aussi parce que Shavouot est aussi la fête des moissons et que nous la voyons glaner dans les champs.

 

A bientôt,

PS : C’est le prophète Samuel qui a écrit le livre de Ruth. Il aurait eu l’histoire de première main en interviewant l’intéressée elle-même à la fin de sa vie. C’est tout à fait plausible car l’histoire de Ruth se situe à la fin de la période des Juges, Samuel étant souvent considéré comme le dernier d’entre eux. Ruth pouvait donc être encore en vie, lorsque Samuel oignit le jeune David, son arrière-petit-fils.