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Si vous demandez à quelqu’un de vous expliquer ce qu’est Yom Kippour, il vous dira généralement qu’il s’agit de « faire techouva » ou en meilleur français de se repentir.
A partir de la, chacun se repent (ou pas) selon ses convictions: pour certains, il s’agit de devenir plus pratiquants, d’observer toutes les mitsvot, d’autres font leur חשבון נפש (‘heshbon nefesh), examen de conscience uniquement moral,  essayent de comprendre ce qui est brisé et ce qui est intact en eux-mêmes afin d’améliorer la situation, mais peu de Juifs pensent que la racine du mot תשובה (teshouva) est ש ו ב (Sh Vav Beit), revenir, concrètement revenir.
Il y a déjà deux siècle, un des penseurs du sionisme malheureusement mal connu, le rabbin Yehuda Alkalay* évoquait cette idée de retour.
Voici ce qu’il écrivait: la racine shouv a deux significations, la première est d’ordre privé, c’est le ‘heshbon nefesh, retour sur soi, bon pour toute personne, juive ou non. Mais la deuxième, trop souvent oubliée et générale est le retour שוב (shouv) en Eretz Israel.
Pour lui,  Israel a toujours été au centre de l’histoire du peuple juif, y compris lorsque nous n’y étions que quelques milliers*. En cela, il reprend cette idée des sages du Talmud pour qui l’observance des  mitsvot en galout (exil) n’a qu’une valeur d’exercice pour que nous ne les oublions pas jusqu’au jour du retour.
Environ 60 ans avant le premier congrès juif à Bâle, le rav Yehuda Alkalay pensait déjà que nos jours en galout étaient épuisés et qu’il était temps de revenir.
Pour les 70 ans d’Israel, Idan Raichel a composé cette chanson devenu très populaire: Une tribu de frères et sœurs.



70 ans, je roule en voiture et  regarde ce qui fut et ce qui sera. Comme mon âme est encore émue!
De Massada à l’aube, de Jerusalem en Seli’hot*, des plages du Kinneret, depuis Akhziv, et les fêtes de Tel Aviv

Mon père a rêvé et prié pour vivre en Israel, aujourd’hui mon enfant me demande: Quelle est l’histoire d’Israel?
Ici est notre maison, notre cœur, je n’abandonne pas nos ancêtres, nos racines, dont nous sommes les fleurs multicolores
Une tribu de frères et sœurs

Un même quartier, une même rue, les treize enfants* de Yaakov, recueillent ensemble les errances d’un sac de nostalgie
L’homme est le paysage de sa patrie, grave les lignes des paumes de ses mains, entre les prières et les vœux, les parfums des agrumes dans les vergers
Dans les yeux de ma mère, je trouverai toujours ma place, sur ma guitare, je jouerai une ancienne mélodie
Depuis le début, tout est cousu, toutes les pièces de l’histoire sont reliées par le fil d’or du poète
Je suis d’ci, je fais corps  et tout ami est pour moi un frère, les battements de mon cœur, je suis Orient et Occident
Ici est notre maison, notre cœur, je n’abandonne pas nos ancêtres, nos racines, dont nous sommes les fleurs multicolores
Une tribu de frères et sœurs

J’espère que cette année, verra le retour des 4 captifs du ‘Hamas: Hadar Goldin et Oron Shaoul, tués pendant Tzuk Eytan et dont les corps n’ont jamais été rendus à leur famille, et Avera Mengistu et   Hisham al-Sayed, dont on espère qu’ils sont encore vivants,

 

 

Je vous souhaite d’être inscrits dans le Livre de la Vie
גמר חתימה טובה

 

A bientôt,

*Rav Alkalay:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Yehouda_Hay_Alkalay

*Il y a toujours eu des Juifs en Israel: voir tous mes articles intitulés: Les générations oubliées

*Les seli’hot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/

*Les treize enfants de Yaakov: pourquoi oublions-nous toujours Dina?

* Les captifs du ‘Hamas:
https://www.hrw.org/fr/news/2017/05/03/deux-israeliens-detenus-au-secret-gaza

 

Eloul, le début d’un automne juif…

Nous sommes arrivés à la moitié du mois de Eloul. La lune est toute ronde et dans quinze jours, ce sera Rosh Hashana. Nous ne sentons pas encore l’automne mais les vacances se terminent. Comme chaque année à ce moment ci, nous achetons les cahiers, les TShirts au logo de l’école. Les soirées sont plus courtes, il fait déjà nuit à huit heures, et aussi un peu plus fraîches. Si ce n’est pas encore l’automne, c’est la fin de l’été.
Le poète Avraham ‘Halfi a écrit ce poème, Automne juif, il est interprété par Arik Einstein:

Un automne juif au pays de mes ancêtres me fait penser au mois d’Eloul,
En moi se déchaînent un peu les petits oiseaux qui sifflent la tristesse de Yom Kipour,
Alors on entendra sonner les shofar ouvrant les portes du ciel,
Et les visages juifs de l’exil flotteront dans la grisaille devant le trône du Maître du monde,
Leurs yeux étincelants de nombreuses demandes et  suppliques.

C’est surtout un mois où nous nous préparons à la nouvelle année, où les voeux de Shana Tova sont déjà prêts dans nos têtes et où nous espérons que tout ira bien, qu’il n’y aura ni missiles, ni ballons incendiaires, ni ‘Hamas, ni ‘Hezbollah ou Fata’h terroristes, bref, nous rêvons, un peu….
C’est un mois où comme chaque année, je me souviens des athlètes juifs assassinés pendant les jeux olympiques à Munich par des terroristes palestiniens.
Les jeux olympiques avaient continué comme si rien ou presque n’avait eu lieu. Comme l’écrit Giulio Meotti*:
Aucun délégué arabe n’a offert ses condoléances à Israël. Personne.
Le jour de l’arrivée des corps à l’aéroport de Lod, il n’y avait pas de fanfare pour les accueillir. Seul le silence et une énorme douleur. Après avoir récité le kaddish hébreu sur les tombes, les « Gens du Livre » sont rentrés chez eux. Le lendemain, c’était le nouvel an juif, mais il n’y avait pas de place pour la joie.*

(Cérémonie à Nazareth Illit en 2012)

Et l’indécent Monsieur Corbyn me fait vomir!

Image result for jeremy corbyn honore terroristes(Il participe à une cérémonie en l’honneur des terroristes de Munich dans un cimetière de Tunis en 2014. C’était il y a 4 ans mais depuis il persiste et signe: http://www.jforum.fr/lantisemite-corbyn-honore-les-tombes-des-tueurs-de-munich.html)

C’est en pensant à eux, à leurs familles, que je découvre ce poème écrit, en Eloul, par Ra’heli Fraenkel, la mère de Naftali Frankel z »l, assassiné avec deux de ses camarades il y a 4 ans* par des terroristes.

Automne juif:
A mes frères et soeurs, à tous ceux de la fraternité de la douleur et des regrets…
Je propose de pardonner les propos acides, les accolades restées au bout des doigts, les mots non prononcés et ceux qui l’ont été, quand nous pensions avoir des années infinies pour réparer. Je le propose à qui le demande, pour tous les « si seulement j’avais été, si j’avais interdit, si j’avais gardé, si moi ou si lui ».
Se libérer de la douleur sangsue,qui boit la sève du coeur, qui nous fait fait tournailler sans repos.

Etendez un pardon miséricordieux sur les fragments de joie, d’un rire que se faufile jusqu’à la porte, sur un moment de distraction, sur des pleurs en embuscade non voulus. Il vous est permis d’être tourmenté et brisé, nous en avons la permission. Nous pouvons pardonner, simplement respirer, il est nous est permis peu à peu de vivre.

On est bien loin de la nostalgie de Yaakov Yehoshua qui rêvait des selihot* d’antan dans le quartier juif de Jerusalem, avant que les Juifs en soient expulsés:
« Depuis le début du mois d’Eloul, le quartier juif de Jérusalem est différent… A partir de 2h00, tout le monde  commence à se réveiller… Les gardiens secouent les endormis… Ils se tiennent aux coins des ruelles de la vieille ville et crient à haute voix: « Se-Li-‘Hot! »
… Des nombreuses synagogues nous parviennent les voix des  chantres qui psalmodient la douce mélodie des seli’hot Elle réveille nos cœurs des Juifs… Nos voisins musulmans qui connaissaient nos fêtes juives comme les leurs considèrent le mois d’Eloul comme leur mois de Ramadan. Parfois même, le mois de Ramadan tombe pendant le mois d’Eloul, alors les Juifs et les Musulmans se réunissent après minuit dans les ruelles sombres de Jérusalem. Les Juifs se rendent dans les synagogues pour réciter le Seli’hot et les musulmans vont prier dans les mosquées. A ce moment là, il semble que l‘honneur et la fraternité triomphent entre deux communautés, qui, ensemble, prient leur créateur .
Nos leçons à l’école ont pris fin le 15 Eloul, et de ce jour nous sommes libres jusqu’à la fin de Soukot …
Celui qui ne se lève pas pour Seli’hot est un enfant immature… 
Bien que la prière de Selichot soit longue, nous ne nous ennuyons pas, les piyutim ont un goût étonnant…

Nous approchons de la fin de Seli’hot. L’aube se lève… A travers les fenêtres de la petite synagogue, nous voyons les visages des paysans arabes. Ils sont venus pieds nus en ville, leurs paniers sur la tête…

Nous sommes les premiers à nous plaindre tous les jours et les médias enregistrent ceci. Il est vrai que tout n’est pas toujours rose. Mais nous sommes aussi des kvetshim, des râleurs. Pourquoi? Parce que nous râlons tout en sachant que nous sommes entourés d’assassins et de leurs complices, nous restons cependant heureux et fiers de vivre ici, en Israel. Le World Happiness Report, rapport qui classe les pays selon le bonheur de ses habitants, nous a classé depuis la cinquième année consécutive à la onzième place, 
Il est vrai que notre économie est excellente et que le chômage est inexistant. Et que notre espérance de vie est maintenant de 84,2 ans pour les femmes et de 80,7 ans pour les hommes.
Mais il semble surtout que nous ayons une plus grande capacité de résilience:
D’après une étude de Zehava Salomon, de l’université de Tel Aviv, il y a eu autant proportionnellement de troubles post-traumatiques après les attentats du 11 sept que pendant toute l’intifada de 2000-2005. Mais nous avons fait preuve d’une faculté de récupération beaucoup plus rapide. Son étude a été confirmée par les recherches effectuées par Reuven Gal, ancien chef du service de sciences comportementales de Tsahal.
Nous aimons étudier: 85 % des 25-64 ans sont allés au bout du lycée, soit plus que la moyenne de 75 % de l’OCDE et de plus, la plupart des gens ici étudient toute leur vie, même d’une manière informelle et ont au moins une passion.
Nous travaillons plus: c’est sûr que c’est fatiguant mais bien moins que de tenir les murs, car le travail nous permet d’avoir une vie sociale.
Et surtout, nous sommes optimistes.
Les Israéliens sont des croyants: ils croient ou ne croient pas en Dieu, mais surtout en un meilleur futur pour eux et leurs enfants, s’ils se retroussent les manches.

A bientôt,

 

*Avraham Halfi: né à Lodz en 1904 et mort à Tel Aviv en 1980. Agriculteur à son arrivée en 1924, il rejoint le monde du théâtre par la suite et participe entre autre a la célèbre comédie musicale pour enfants, Otz li gotz li, écrite par Avraham Shlonsky et basée sur une légende de Grimm

*Article de Giulio Moetti sur l’excellent blog de Danilette:
http://www.danilette.com/

*Naftali Fraenkel et ses camarades:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/16/eyal-gilad-et-yaakov-naftali/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/10/la-routine/

*Jeremy Corbyn:
http://www.jforum.fr/comment-definir-les-mefaits-de-corbyn-envers-les-juifs-et-israel.html
http://www.danilette.com/2018/08/monsieur-corbyn-rendez-hommage-aux-victimes-israeliennes-de-munich-giulio-meotti.html

*les Seli’hot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/

* »Les nuits de Seli’hot et de Rosh Hashana », chapitre tiré du livre de Jacob Yehoshua, Enfance dans la vieille Jérusalem  Reuven Mass Publishing, Jérusalem 1965

*http://worldhappiness.report/ed/2018/

Le rachat des captifs

Ce matin à la radio, une émission sur les Selihot*…
Nous sommes à la fin du mois de Eloul*, les grosses chaleurs sont passées, les familles  achètent les fournitures scolaires et commencent à penser à Rosh Hashana…
Et soudain, j’entends ce poème de Rabbi Yehuda Halevy:

Sion! Que ne t’enquiers-tu du sort de tes captifs,
Ceux qui poursuivent la paix, les meilleurs de ton troupeau…

ציון הלא תשאלי לשלום הסיריך
דורשי שלומך והם יתר עדריך

Les captifs juifs: ce fut une constante dans l’histoire juive. A tel point qu’une des obligations codifiées par la Halakha s’appelle פידיון השבוים (pidyon hachevouyim) ou rachat des captifs. C’est une obligation à laquelle on ne peut jamais se soustraire. Les communautés ont toujours eu un fonds spécial pour le rachat des captifs. Selon Maimonide: « On ira jusqu’à vendre une synagogue pour financer ce rachat et on doit toujours faire libérer une femme avant un homme ».

Cela m’a rappelle cette anecdote que raconte le chanteur Gaï Zo-Aretz:
« Il y a environ 5 siècles, un de mes ancêtres nomme Suarès arriva à s’échapper du Portugal où il vivait sous une identité marrane et gagna Amsterdam.
En Hollande, il put reprendre son identité de Juif et ses descendants prospérèrent jusqu’à ce l’un d’eux soit capturé en Méditerranée par des pirates « barbaresques »  alors qu’il était parti en voyage pour ses affaires. Le marchand d’esclaves qui l’acheta se rendit compte de sa valeur: un homme bien portant, instruit mais surtout un Juif! Les Juifs étaient de bonnes prises pour les marchands d’esclaves. Ils pouvaient les revendre très cher aux communautés juives qui avaient toutes un fond pour le rachat des captifs. C’est ainsi qu’il revendit son esclave aux Juifs de Tripolitaine.
Mon ancêtre, descendant du marrane Suarez qui avait pu se réfugier à Amsterdam se retrouva donc à Tripoli en Lybie. Ma famille y vécut jusqu’en 1931, date à laquelle mes grands parents décidèrent de partir pour Eretz Israel. Certainement impatient d’arriver, mon grand père se trouvait sur le pont du bateau, scrutant l’horizon. Il s’écria en voyant la terre: Zo HaAretz: C’est la terre!
Et ainsi notre nom, Suarès, devint Zo Aretz. »

(les frères Zo Aretz interprètent un autre poème de Yehuda Halevy שמע אביוניך (Shema Evioneikha) Prête l’oreille à ceux qui sont dans la détresse)

Aujourd’hui, dans les territoires conquis par l’Etat Islamique, les Chrétiens d’Orient et les Yazidis sont massacrés ou retenus en esclavage. Un Juif canadien,  Steve Maman a créé cette année une organisation « The liberation of Christian and Yazidi children of Iraq » ou CYCI*, dont le but est de négocier la libération d’enfants chrétiens et yazidis, otages et esclaves sexuels des musulmans de l’Etat Islamique.

Pour lui, détourner les yeux, n’était pas une option. Il explique que son engagement vient de son éducation juive qui lui permet de ressentir une proximité viscérale avec les Chrétiens et Yazidis d’Irak. Les sauver est pour lui une obligation de la Thora même si les captifs ne sont pas Juifs.
Plus de 9.000 Yézidis ont déjà été exécutés. Selon le Bureau du Haut Commissaire pour les droits de l’homme des Nations Unies, 7000 Yézidis ont été réduits à l’esclavage: les garçons ont été convertis de force à l’islam et forcés de rejoindre l’Etat Islamique. Quant aux femmes et aux jeunes filles, elles sont devenues les esclaves sexuelles des combattants islamiques dont la cruauté est dédouanée par une fatwa les autorisant à tous les abus et perversions, puisqu’elles ne sont pas musulmanes. Ils ont aussi développé un marché aux esclaves fort lucratif puisqu’il faut débourser entre 2000 et 3000 dollars pour les libérer.
Ce sont ces jeunes filles que Steve Maman rachète peu à peu avec le concours d’un pasteur Cannon White Archer qui les réinstalle dans des zones non contrôlées par l’Etat Islamique.
En plus d’acheter leur liberté,l’organisation CYCI les aide également financièrement pour les aider à recommencer leur vie le mieux possible. Steve Maman a commencé avec ses propres fonds et ceux de la communauté juive de Montréal. Jusqu’à présent il a libéré environ 130 jeunes filles. Maintenant, les fonds commencent à arriver de diverses organisations canadiennes grâce au soutien du Premier Ministre Steve Harper.

Dans un récent post sur Facebook, Maman a essayé d’expliquer ce qui le motive: « Beaucoup de gens me demandent pourquoi je n’implique tellement dans la libération d’enfants chrétiens et yazidis irakiens. Chaque fois, je leur montre cette photo, celle de ma famille ».

Steve Maman
« Pour moi,  chaque enfant Yazidi ou chrétien, innocent, pris en otage en Irak a droit à une telle photo de famille ».
Pour ceux qui le critiquent de payer pour libérer les esclaves, Maman souligne que chaque fois que les gens remplissent le réservoir de leur voiture, ils donnent de l’argent à des régimes qui encouragent le terrorisme.

Steve Maman n’est pas le seul Juif à mobiliser sa communauté pour aider les Chrétiens irakiens. En 2015, Sir Georges Weidenfeld, un éditeur britannique qui avait pu fuir à temps l’Autriche en 1938 grâce à une organisation chrétienne, a créé le « Fonds Safe Havens » pour aider au sauvetage et à la réinstallation de familles chrétiennes fuyant l’Etat Islamique. Il a affrété un avion privé pour transporter le premier groupe – 150 chrétiens de Syrie – jusqu’en Pologne en Juillet 2015. Aidé par d’autres donateurs juifs et par le Fonds National Juif, Weidenfeld a promis de sauver plus de 2.000 familles chrétiennes.*

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Dans le Traité des Pères* il est écrit: « Là ou il n’y a pas d’homme, tâche d’en être un ».
Etre un homme, un Mensch, est le seul titre de noblesse des Juifs et Steve Maman et Sir Georges Weidenfeld sont des Mensch.

En Israel, la question du rachat des captifs est malheureusement toujours d’actualité. Nous avons perdu un certains nombres de soldats et de civils*, et les organisations terroristes comme le ‘Hezbollah ou le ‘Hamas refusent jusqu’à présent de nous donner le moindre renseignement sur leur destin ou de nous rendre leurs corps.
Le captif le plus célèbre est Guilad Shalit. Je me souviens du jour ou nous l’avons vu à sa libération, maigre comme un déporté.

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Tout le monde était ému mais beaucoup étaient d’accord avec l’organisation Almagor* qui s’opposait au prix obtenu par le ‘Hamas: contre un seul soldat, 1000 terroristes libérés dont certains ont depuis été impliqués dans de nouveaux attentats*.

Rav Meshulam Zusha avait l’habitude de dire : « Lorsque je mourrai et que je me présenterai devant mon Créateur, s’il me demande : Zusha, pourquoi n’as-tu pas été aussi grand qu’Abraham? Je n’aurai pas peur. Je dirai que je n’avais pas les capacités d’Abraham. Et s’il me demande : Zusha, pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? Je répondrai que je n’avais pas son charisme. Mais quand il me demandera : Zusha, pourquoi n’as-tu pas été Zusha ? A cette question, je n’aurai pas de réponse. »
Cette dernière question ne sera sans doute pas posée à Steve Maman et à Sir Georges Weidenfeld.

A bientôt,

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/https://

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/30/le-mois-de-eloul-2/

* http://www.facebook.com/CYCIFoundation
https://liberationiraq.com/

* http://alyaexpress-news.com/2015/07/un-juif-britannique-de-94-ans-a-cree-un-fond-pour-sauver-les-chretiens-de-syrie-et-dirak/

*Al Magor: http://al-magor.com/en/

* http://fr.timesofisrael.com/les-cinq-echanges-de-prisonniers-les-plus-disproportionnes-de-lhistoire-disrael/

*Le Traité des Pères ou Pirkei Avot (פירקי אבות) est un traité de la Mishna

*Le dernier en date est Avraham Mengisto, un jeune homme d’origine éthiopienne, handicapé mental qui se trouverait à Gaza

Les Seli’hot



Les Seli’hot ont commencé dès le début du mois de Eloul. Comme je l’écrivais dans un de mes premiers articles*, le mot Eloul est interprété par les kabbalistes  comme l’acronyme d’une phrase tirée du Cantique des Cantiques:

אני לדודי ודודי לי
 » Ani ledodi  vedodi li,  je suis à mon bien aimé et mon bien aimé est à moi « 

qui, disent-ils, exprime l’amour de Dieu envers Israël. Ils l’appellent le mois bien-aimé, parce qu’étant le dernier mois de l’année avant Rosh Hashana, c’est un mois qui invite à l’introspection et à la repentance.

ELUL

Qui dit introspection dit selihot, סליחות. Seli’ha (seli’hot au singulier), סליחה, veut dire pardon.  Dans la Thora, le mot seli’ha est employé pour le pardon des péchés, alors que de nos jours, il signifie « excuse-moi » dans le langage courant.
Ce mot est mentionné de nombreuses fois dans la Thora. Les linguistes lui ont trouvé une origine akkadienne. En Akkadien le mot salahou veut dire veut dire arroser, asperger. En hébreu, le verbe asperger se dit זלח zala’h. Le son s de l’akkadien est devenu z en hébreu et reste s pour le verbe סלח, sala’h, pardonner. Quel rapport entre pardon et aspersion? L’eau, symbole universel de pureté. L’aspersion d’eau était souvent utilisée dans les rites de purification.

Les Seli’hot que l’on va chanter pendant plus d’un mois jusqu’au Yom Kipour, sont des prières rappelant la petitesse de l’homme et implorant la clémence divine. Elles sont inspirées des Tehilim ou Psaumes et ont été composées au cours des siècles, principalement au Moyen-Age.

En voici quelques unes:

Avec ce poème anonyme du début de Moyen-Age « Homme, pourquoi es-tu endormi? » בן אדם למה לך נרדם commencent vraiment les Seli’hot:

« Homme pourquoi dors-tu?
Égrène les supplications
répands tes paroles
demande pardon au Seigneur des Seigneurs
Lave-toi, purifie-toi, ne tarde pas…
A toi, ô Dieu, la justice et pour nous un visage honteux ».


(selon le rite des Juifs du Maroc, interprété par Lior Elmaliah)

Dans cet autre poème « Les portes de la bienveillance« , שערי רצון, Gaï Zo Aretz raconte avec émotion les tourments d’Avraham devant sacrifier son fils Ytshak selon la tradition des Juifs de Tripolitaine en Lybie. Le refrain martèle sans cesse: Le ligoteur, le ligoté et l’autel העוקד הנעקד והמזבח.


Le mot Seli’ha, pardon, a un synonyme Me’hila, racine מחל, qui ne se trouve pas dans la Thora mais apparaît seulement à l’époque talmudique avec le sens de remettre une dette. Il n’est pratiquement pas employé de nos jours sauf dans le langage religieux.

On trouve les deux, Seli’ha et Me’hila, dans cette prière de Seli’hot, אבינו מלכנו, Avinou  Malkenou, que vous pouvez entendre dans cette interprétation de Barbara Streisand sur une mélodie hassidique.

אבינו מלכנו אתה אין לנו מלך אלה אתה
אבינו מלכנו רחם עלינו
« Notre Père, notre Roi, tu es notre Père, O notre Père notre Roi, nous n’avons que toi. O notre Père notre Roi, aie pitié de nous, exauce nous car nous n’avons pas de bonnes actions. Accomplis en notre faveur justice et bienfait, en faveur de ton grand nom et délivre nous »

Mais peut-être le plus célèbre des poèmes de Seli’hot est  Adon Haseli’hot, le Maître du Pardon, ici chanté par Esther Rada. Elle rappelle le souvenir de son grand-père qui le chantait habillé tout de blanc. Il l’avait appris par cœur de la bouche de son père qui lui même le tenait de son grand-père, de génération en génération,  sans connaitre le texte écrit car les Juifs d’Ethiopie étaient souvent trop pauvres pour posséder des livres de prières.

אדון הסליחות
בוחן לבבות
גולה עמוקות
דובר צדקות
« Maître du Pardon, examine nos cœurs, toi qui révèle les profondeurs, toi qui parle avec justice

et le refrain:
Nous avons péché contre toi, prends pitié de nous!
חטאנו לפניךרחם עלינו

Mais ne pensez pas que ces moments soient tristes, ils sont parfois solennels mais donnent aussi lieu à des démonstrations de joie, surtout ici en Israel. Du premier Eloul à Yom Kippour, les concerts, ballades musicales sont foison, en particulier à Jerusalem ou à Tsfat. Les gens chantent, parfois dansent, persuadés que toutes les portes du ciel s’ouvriront encore cette année. C’est ça l’optimisme juif*.

« Nous avons péché, Prends pitié de nous, Adon haseli’hot »…: des groupes sont arrivés de Beer Sheva et d’Ashkelon pour ecouter des histoires, chanter et danser sur les paroles du « Kotel oriental  » heureux de participer à cet happening, et entendre le son du shofar.

Dans la vidéo suivante, les promeneurs entonnent des chansons populaires comme « Le prince Montefiore« * devant le moulin, puis Avinou Malkenou, une vieille chanson en judeo espagnol, et encore Adon Haseli’hot au Tombeau de David…

A bientôt,

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/30/le-mois-de-eloul-2/

*le sacrifice d’Isaac s’appelle en hébreu la ligature d’Isaac, עקדת יצחק, car Ytshak n’a pas été sacrifié, seulement attaché

*L’optimisme juif: On raconte que malgré la punition du déluge, l’humanité avait recommencé à se conduire si mal que Dieu décida que c’en était trop. Il allait noyer le genre humain dans un nouveau déluge et cette fois, pas de Noah, pas d’arche, pas de pardon! Il allait noyer  toute cette humanité scélérate sous 5 mètres d’eau, pas moins!
Il décida d’en informer les représentants des différentes nations et leur répéta: Cette fois pas de pardon!
Tous partirent en pleurant sauf un Juif qui restait là à grommeler
Eh toi, lui dit Dieu, ne pense pas que je vais faire une exception pour les Juifs, pas de pardon!
Je sais bien, répondit le Juif, mais quand même tu exagères! Quelle vie de chien ça va être sous 5 mètres d’eau
Dieu considéra ce peuple qui ne renonce jamais et décida de donner une autre chance à l’humanité.
Et c’est ainsi qu’on a reçu la Thora!

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/