Nous n’avons pas d’autre pays

Lors de notre sortie d’Egypte, nous avons traversé la mer rouge, et à Shavouot ce sont les champs de blé.

Shavouot c’est le don de la Thora, c’est aussi l’histoire de Ruth et Naomi. Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire différente mais qui me rappelle celle de Ruth.
Comme vous le savez, environ 20% de la population israélienne n’est pas juive. Pour la plupart, les non-Juifs d’Israel sont des Arabes musulmans, des chrétiens,des Druzes et des Tcherkesses.
Si les Druzes ont choisi ce qu’ils appellent l’alliance de sang dès 1948 avec Israel, il n’en a pas été de même pour les musulmans ou les chrétiens. Au cours de ces dernières années, et à l’instigation de Gabriel Nadaf, prêtre à Nazareth, les chrétiens israéliens ont commencé à revendiquer leur identité araméenne et non pas arabe comme ils le faisaient depuis environ 150 ans*. Ils ont été rejoints par les Israéliens d’origine libanaise, refugiés de Tsadal*.
L’enrôlement dans l’armée est un marqueur du processus d’intégration dans la société israélienne. Il est vrai que le service militaire est un bon ticket d’entrée dans la société: les soldats deviennent hébréophones, ils peuvent accéder à tous les postes de la fonction publique etc… Mais il n’y a pas que cela: ils sont désormais à la pointe de la diplomatie publique, de la lutte contre l’antisémitisme et la délégitimation, en participant par exemple à  l’organisation מילוימניקים בחזית (milouimnikim bahazit) ou Réservistes au front, qui organise des activités à l’étranger, en particulier sur les campus des universités américaines où règne un ostracisme virulent contre Israel.

Il y a eu la semaine dernière une cérémonie particulière pour les 70 ans de l’état d’Israel dans une synagogue du quartier d’Arnona à Jerusalem. En dehors des cérémonies officielles*, le rabbin Kirmayer de l’organisation Yakir a voulu faire plus. Lui, qui avait déjà organisé un shabbat de remerciements aux familles des policiers druzes assassinés par les terroristes*, a invité cette fois des représentants sionistes des differentes communautés non-juives.

(Mida.org,il)

Le premier à parler fut Shakib Shanan, druze, ancien membre de la Knesset,

qui a perdu son fils, Kamil, lors d’une attaque terroriste sur le Mont du Temple l’été dernier:

רס"מ כמיל שנאן. נרצח בפיגוע ()

« Jérusalem était mon coeur et maintenant c’est mon âme », a déclaré Shanan. « Pour rencontrer des gens qui sont prêts à respecter et aimer l’Etat d’Israël, je courrais au bout du monde. Le sang des policiers dans cette attaque n’a pas été répandu en vain … Je veux créer l’amour, la paix et rapprocher les gens autour de cet événement », a-t-il dit à propos de ce qu’il a vécu personnellement et des leçons qu’il en tiré  malgré son chagrin. Nous voulons tout faire pour qu’il n’y ait plus de parents endeuillés comme moi. Nous sommes tous des êtres humains et devons vivre ensemble, et nous respecter les uns les autres. Les meurtriers  qui ont assassiné mon fils et son ami avaient l’intention de détruire notre société. Nous devons le dire à ceux qui les ont envoyés et financés: Vous ne gagnerez pas. L’Etat d’Israël est beaucoup plus fort et beaucoup plus humain, et vous n’arriverez pas à le detruire ».

Ce fut ensuite le tour de Nur Mazarib, un bédouin de Galilee qui a fondé un programme de préparation militaire pour les bédouins. Il est aussi le neveu d’Amos Yarkoni, fondateur de la legendaire Sayeret Shaked*, et dont le nom d’origine était Abd al-Majid Almzarib.

ירקוני. מפקד אגדי
(Amos Yarkoni)

Nur Mazarib reprend l’expression de son oncle quand on lui demandait pourquoi il avait rejoint l’armée: « j’ai toujours pensé que j’avais droit au libre-arbitre et que je n’etais pas un mouton dans un troupeau ».
« Nous sommes tous des sionistes! Nous avons des religions différentes mais nous avons le même but », commença-t-il. « La communauté bédouine n’est pas obligee de servir, mais pour certains, nous servons volontairement depuis avant la création de l’Etat. J’espère beaucoup que nous continuerons, et je me tourne vers les autorités pour leur demander de nous soutenir. Voici mon message: Aux Juifs, je dirais: Soyez fidèles à l’État parce que vous n’avez pas d’autre pays, aux non-Juifs: servez l’état d’Israel, soyez loyaux et éduquez vos enfants dans ce sens. Nous n’avons pas d’autre pays! »

Le troisième orateur fut Fares al-Haji, ancien de l’Armée du Liban-Sud qui a fuit au moment du retrait de l’armée israélienne du sud du Liban. « Il y a déjà une troisième génération de membres de d’armée du Sud Liban en Israël. Nous nous sentons chez nous ici, et l’Etat libanais nous a trahis« , a-t-il dit.
« Pendant des années, nous avons servi à préserver la paix entre le Liban et Israël, et Israel nous a acceptés avec amour. Nous avons pas d’autre maison, nous ne retournerons pas au Liban, en dépit de nos familles restées là-bas Nos enfants veulent servir dans l’armée. Nous étions, nous sommes et serons fidèles à l’État d’Israël et loyaux envers lui. Nous n’avons pas d’autre foyer.« 

L’orateur suivant fut Suleiman Salama, du quartier chrétien de Jérusalem. Il y a très peu de non-Juifs de Jerusalem servant dans l’armée.  Suleiman, a été libéré récemment du service militaire et son frère sert actuellement comme combattant. Il a décidé de parler ouvertement, malgré le danger.
« Je viens de Jérusalem, j’ai grandi ici dans ce pays et j’en suis fier. Après le lycée j’ai commencé à étudier au collège, mais je me sentais mal à l’aise et j’ai finalement décidé de m’enrôler. J’ai attendu deux ans avant de recevoir l’aval des services de securité. Certains pensent que, puisque je n’étais pas obligé, j’ai perdu deux ans de ma vie, mais moi non. Je veux que ma conduite soit en accord avec mes convictions. Je ne l’ai pas fait pour obtenir quelque chose de l’état. J’étais infirmier combattant, j’ai recu la distinction d’excellence, j’ai réalisé mon rêve et servi mon pays. Je veux dire aux jeunes de mon âge que nous n’avons pas d’autre pays. »

Le dernier intervenant fut le plus surprenant de tous. A… est un Arabe Musulman de l’un des quartiers de Jérusalem, connu pour être un repaire de terroristes. Il a choisi de faire l’incroyable, et de s’engager volontairement comme combattant. Sa famille élargie, les amis et les voisins ne le savent pas et il ne retourne pas dans son quartier pour ne pas les mettre en danger.
Il a demandé de ne pas monter sur scène lors de cette cérémonie pour ne pas se faire remarquer, mais il a accepté de parler: « Nous sommes nés sous le drapeau bleu et blanc et nous le protègerons pour qu’il continue à se déployer à jamais », at-il dit. Il a raconté les difficultés qui ont accompagné sa décision courageuse: « Je ne peux plus retourner dans mon quartier car j’ai choisi  une voie differente en espérant que les autres me suivront. J’ai grandi dans un environnement hostile (aux Juifs), mais je me suis engagé dans l’armée pour que les gens comprennent que l’état d’Israel n’est pas un corps étranger mais notre maison. »
La cérémonie s’est terminée par la prière pour l’état et la prière pour Tsahal en hébreu et en arabe.

Cet événement  n’a pas été relaté dans les médias traditionnellement de gauche en Israël. Ce n’est pas une surprise. La plupart des décisions positives concernant les minorités sont initiées par les organisations affiliées à droite. Les organisations de gauche se conduisent comme des dames patronnesses et préfèrent les utiliser comme outils politiques. Les belles âmes de gauche (en hébreu יפי נפש=yefe nefesh) se contentent de pleurer sur les fréquents crimes d’honneur, soupirent sur le manque d’instruction et l’incompréhension du bien commun qui caractérisent la culture de nombreux musulmans, et poussent des cris effarouchés quand on leur parle de ceux qui s’engagent dans l’armée. Ils les encouragent à se sentir palestiniens alors qu’ils sont israéliens et les maintiennent sur le bas côté de la route pour pouvoir leur faire la charité.

Je sais bien que ces cinq פורצי דרך (portzei derekh), ces défricheurs, ne reflètent pas la réalité de la population non-juive en Israel, en particulier la population musulmane: si une minorité montre du courage et de l’ambition, une grande partie se contente de profiter des charmes de notre démocratie et enfin, certains nous haïssent.

Depuis quelque temps, on parle enfin de terreur agricole à la télévision. Ce n’est pas trop tôt. La terreur agricole, ce sont des attentats perpétrés contre les récoltes et les biens des paysans juifs. Il y a une vingtaine d’année, le fils d’un de ces paysans, Yoel Silverman a créé le mouvement « Le nouveau gardien«  pour venir en aide* aux paysans. Ces jeunes non armés aident aux récoltes comme ce fut le cas ces jours derniers tout près de la bande de Gaza, pour éviter qu’elles partent en fumée, surveillent le bétail qui est volé ou même parfois tué gratuitement.

Mes articles sur ce mouvement, le Nouveau Gardien, sont malheureusement toujours d’actualité. Les organisations de gauche ne veulent pas en entendre parler. Ce sont pourtant eux qui protègent les paysans et éleveurs juifs.
Malgré tout il était important pour moi de rendre hommage à ces non-juifs courageux sans me faire d’illusion sur leur influence dans leur environnement d’origine.
Il est aussi important de noter que ce sont des mouvements résolument sionistes comme אם תרצו (Im Tirtzou), השומר החדש (Hashomer ha’hadash) ou מילוימניקים בחזית (Milouimnikim bahazit) qui font avancer les choses.

Dans le livre de Ruth que nous avons lu à Shavouot, Ruth dit à Naomi sa belle-mère: « ton peuple sera mon peuple ». Aujourd’hui, eux, ces פורצי דרך, ces défricheurs, nous disent en prenant des risques réels: « Nous sommes sionistes, nous sommes fiers de notre etat et nous le servons avec fierté ».

 

A bientôt,

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/12/yitro-et-nous/

 

*  Après les massacres de chrétiens qui commencèrent déjà en 1860 au Liban, les chrétiens du Moyen-Orient rejoignirent le nationalisme arabe, expliquant qu’ils étaient certes chrétiens mais d’origine arabe, ceci dans l’espoir d’etre acceptés dans le Ouma transfrontalière. De plus, il leur fallait aussi se démarquer des autres dhimmis, les Juifs de Palestine qui construisaient leur émancipation à travers le sionisme.
Les chrétiens du monde musulman peuvent être d’origine arabe à condition de parler de l’époque pre-islamique car ensuite toute conversion d’un musulman au christianisme fut punie de mort. Ils sont en général les descendants des populations araméennes, phéniciennes etc…

* Tsadal: Armée du Sud Liban, composée essentiellement de chrétiens libanais et alliée d’Israel. De nombreux soldats de Tsadal se sont refugiés en Israel au moment du retrait des Israeliens du sud Liban et de l’occupation du territoire par le Hezbollah.

* Amos Yarkoni (1920-1991). Né à côté du village de Nahalal.
https://en.wikipedia.org/wiki/Amos_Yarkoni
Quand on demandait à Abd al-Majid Almzarib pourquoi il avait pris le nom de Amos Yarkoni, il répondait que c’etait pour des raisons de sécurité mais aussi parce que son nom en arabe etait trop difficile à prononcer pour les Juifs ashkenazes.

* Sayeret Shaked: Unité de contre-terrorisme opérant surtout dans le Neguev. Son nom est l’acronyme de שומרי קו הדרום (Shomerei Kav haDarom) les gardiens de la frontiere Sud. Mais en plus שקד (shaked) l’amande signifie aussi diligent, perséverant. 

* 2 articles sur la terreur agricole et comment lutte l’organisation Le jeune gardien:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

* Im Tirtzou:
https://imti.org.il/en/

* Reservistes au front:
https://www.onduty.org.il/about-us/

* Hashomer ha’hadash:
https://eng.hashomer.org.il/

 

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La Thora, un gâteau au fromage et une princesse…

Ça y est les producteurs de lait et de fromages sont contents! Comme tous les ans, il vont faire une bonne partie de leur chiffre d’affaire ces jours-ci. Pourquoi ? Parce que mercredi prochain, nous fêtons Shavouot, le don de la Thora au Sinaï, 50 jours après notre sortie d’Egypte !

Vous ne voyez pas le lien entre la Thora et les produits laitiers ? Comptez sur nos sages pour vous l’expliquer :
– Le lait, חלב (halav), a comme Guematria 40, exactement le nombre de jours que Moshé resta dans la montagne au Sinaï avant de nous rapporter les Tables de la Loi,
– La Thora est aussi comparée au lait, comme le dit le verset : « Comme le miel et le lait, [la Torah] coule sous ta langue » (Cantique des Cantiques 4:11),
– Le mot fromage en hébreu, גבינה (gvina), s’apparente sur le plan étymologique à Har Gavnounim, l’un des noms du Mont Sinaï et enfin parce que la Guematria du mot gvina est 70 comme les 70 facettes de la Thora.
Qui a dit que nos sages manquaient d’imagination ?

 

Cette fête de Shavouot fait plaisir a tout le monde : ici en Israël, Shavouot, fête des moissons, est au moins autant fêtée dans les écoles,

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dans les kibbutzim,

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et même en ville-ici un défilé a Haïfa en 1934:

que Shavouot, fête du don de la Thora, où on lit les 10 Paroles:

(cette vidéo est tirée d’un ensemble qui raconte avec humour les histoires de la Bible. Ici Moshé transmet les dix Paroles et les enfants répondent par  cette phrase célèbre:  Naasse venishma, נעשה ונשמה, nous ferons et nous entendrons de toute notre cœur et de toute notre âme)

A Shavouot.  on raconte aussi une histoire de princesse qui ne fut à priori qu’un fait divers.
Dans le livre de Ruth, on apprend qu’une famille de Bethlehem quitte la ville à cause de la famine qui règne en Judée et part pour Moav. La bas, le chef de famille, Elimelekh, et ses deux fils succombent, la mère, Naomi, se retrouve seule avec ses deux belles filles moabites. Elle décide de retourner chez elle à Bethlehem, l’une de ses belles filles rentre chez ses parents et l’autre, Ruth, la suit.

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A Bethlehem, Ruth  va devoir glaner dans les champs de Boaz, l’homme le plus riche de la ville,

shavouot Ruth et Boaz Medievel

Elle l’épouse, a un fils et deviendra ainsi l’arrière-grand-mère du roi David. Happy end !
Imaginez les titres de l’époque dans la presse moabite : « Une grande preuve d’amour ! Notre princesse aux yeux tristes (elle est veuve) quitte sa vie confortable pour suivre sa belle-mère dans les monts de Judée » et quelque temps après : « Les rumeurs qui nous étaient parvenues sont maintenant confirmées: la princesse Ruth a épousé le magnat de l’agro-alimentaire Boaz et lui a donne un fils. Est ce le début d’une nouvelle ère politique qui verra le rétablissement des relations politiques entre le royaume de Moav et les tribus montagnardes de Judée ? »

Mais comme toujours dans le Tanakh, l’histoire n’est pas tout à fait ce qu’elle parait être.

Tout d’abord intéressons-nous aux noms des protagonistes. Le mari de Naomi s’appelle Elimelekh. Ce nom peut se traduire de deux manières: Soit “Dieu est roi”, soit « Que je sois roi » (en lisant Alay). Les deux sont possibles d’autant qu’Elimelekh vient de la tribu de Yéhuda, la tribu des rois. C’est un nom ronflant pour un homme important. En effet, le texte précise que c’était un איש (Ish), homme, ce qui signifie homme important. Le nom de sa femme Naomi signifie simplement « l’agréable ». Mais il ne faut pas oublier que dans le nom de Naomi se trouve inséré le עם (Am), peuple. Naomi n’organise pas le mariage de Ruth avec Boaz pour faire à nouveau partie de la bonne société de Bethlehem. Non, elle le fait car elle a vu dans cette belle-fille, étrangère à son peuple, celle par qui commencera la lignée du roi David et donc celle du Mashiah (le messie).
Des deux fils de Naomi et de Elimelekh on ne sait rien mais leur nom parle pour eux: Mahlon, « maladie » et Kilyon « effacement ». Qui aurait l’idée de donner à ses enfants de pareils noms? C’est qu’il s’agit là aussi  de surnoms révélateurs!

Quant aux belles filles, elles s’appellent l’une Orpa du mot עורף (oref), la nuque, et tourner la nuque en hébreu est l’équivalent de tourner le dos en français.  C’est elle qui dira au revoir,  en pleurant, à sa belle mère. Rien de négatif chez Orpa, rien de positif non plus. Pour Ruth l’intrépide, on remarquera que la Guématria de «Dieu récompensera ton action » est celle de Ruth.

Non seulement les noms des personnages sont révélateurs mais l’histoire est très claire pour les Juifs de cette époque. Au début de l’histoire, Elimelekh a emmené sa famille loin de Bethlehem-Efrata à cause de la famine.
Quand on sait que Bethlehem signifie la Maison du Pain, les deux mots Beth et Lehem sautaient aux yeux des lecteurs.

efrat
Voici Efrata aujourd’hui dans le Gush Etsion. Bethlehem se trouvant dans un territoire sous autorité palestinienne, c’est une ville « judenrein » dans laquelle je n’ai pas le droit de pénétrer.

La famille quitte donc sa maison privée qui se trouve dans la « Maison du Pain » (un endroit fermé, censé la protéger et dédié au pain) pour…les champs de Moav,  environnement ouvert et sans protection. Dans le Tanakh, un champ vide, sans maison, est toujours le symbole d’une tragédie. Les Juifs ne sont pas des nomades. Même dans leur imaginaire ils n’aiment pas les grands espaces.

 

Où se trouvaient ces champs ? Dans la riche plaine de la Shefela ou celle de Yisreel ? Pas du tout! A Moav qui a très mauvaise réputation et représente l’antithèse de l’hospitalité. Beaucoup plus tard d’ailleurs, lors de la guerre qui l’opposa au roi Shaoul, le roi David, persuadé qu’il pouvait compter sur la protection du roi de Moav, son cousin, enverra en fait ses parents à la mort car ce dernier les fera assassiner.

moav
De plus, le texte ne mentionne aucune autre famille fuyant la famine…En fait, les commentateurs nous expliquent qu’il y a bien eu une crise économique à Bethlehem mais qu’Elimelekh, l’homme important, ne voulait tout simplement pas nourrir les pauvres !

Elimelekh et ses fils meurent pendant leur séjour à Moav.
Naomi prend son courage à deux mains pour retourner à Bethlehem où pourtant, elle sait ne pas être la bienvenue: son mari ayant fui au lieu de secourir les pauvres. Elle a en plus le désavantage de revenir avec une jeune femme étrangère, descendante des filles de Loth, ce qui n’est pas une très bonne carte de visite.
Orpa retourne dans sa famille mais après avoir pleuré et embrassé Naomi.
Quant à Ruth, elle quitte tout: son pays, sa famille, sa position sociale pour suivre sa belle-mère.

Les deux derniers personnages masculins sont Boaz, le futur mari de Ruth, et son cousin. De ce cousin, on ne sait pas grand chose sauf qu’il renonce à épouser Ruth pour une question de patrimoine familial. Boaz est quand même imposant : son nom signifie « La force est en lui », c’est un notable et l’un des derniers juges. Mais il se laisse cependant bien manœuvrer par Naomi…

Autant dans cette histoire les hommes sont des éléments négatifs ou pour le moins en retrait autant les femmes sont des personnages sympathiques et dynamiques.

Mais pourquoi raconter cette histoire au moment de la fête de Shavouot ?

Sans doute parce qu’à Shavouot nous commémorons le don de la Thora et Ruth est devenue le symbole de l’étrangère qui a eu le courage de devenir juive.
Sans doute aussi parce que Shavouot est aussi la fête des moissons et que nous la voyons glaner dans les champs.

 

A bientôt,

PS : C’est le prophète Samuel qui a écrit le livre de Ruth. Il aurait eu l’histoire de première main en interviewant l’intéressée elle-même à la fin de sa vie. C’est tout à fait plausible car l’histoire de Ruth se situe à la fin de la période des Juges, Samuel étant souvent considéré comme le dernier d’entre eux. Ruth pouvait donc être encore en vie, lorsque Samuel oignit le jeune David, son arrière-petit-fils.