Revêts, mon peuple, tes vêtements de splendeur

En cette veille de shabbat, pluvieux, venteux et froid, j’ai choisi de vous parler chiffons pour aborder un sujet plus agréable que l’actualité qui ne s’arrange pas: comme tous les jours, il y a encore eu un attentat au couteau en ce début d’après-midi.

Il y a quelques mois, je visitais  au Musée Israel de Jerusalem une grande exposition sur le vêtement juif à travers les תפוצות (tefoutsot) ou dispersions.
Les costumes présentés dataient pour la plupart de la fin du 19 ème siècle ou de la première moitié du 20 ème.

Les Juifs ont toujours porté des vêtements semblables  à ceux de leur voisins non-Juifs, comme par exemple, ce vêtement de femme juive éthiopienne:

costume ethiopie

ou ces costumes de mariage géorgiens qui rappellent ceux des Tcherkessim*.

costume de mariage georgien

(mariage géorgien au kibboutz Ein Hashofet)

La bonne Hausfrau (ou balbouste=maîtresse de maison) ashkenaze ne se distinguait pas des maîtresses de maison chrétiennes:

costume Allemagne

(Robe du Sud de l’Allemagne)

et une Juive du Moyen-Orient était obligée de couvrir son visage comme les musulmanes si elle voulait sortir sans danger dans la rue,

costume baghdad femme voilee                                                 (vêtement de juive irakienne à la fin du 19 ème siècle)

même si chez elle, elle adoptait une mode beaucoup plus occidentale et moderne, comme cette mariée égyptienne dans les années 20:

robe Alexandrie

A partir du 20 ème siècle, l’influence de la mode occidentale fait qu’on voit peu de différence entre une robe de Salonique, au nord de la Grèce,

costume saloniquede Tlemcen en Algérie,
robe Tlemcen
et celle d’une Juive baghdadi* de Calcutta, se voulant à la pointe de la mode moderne contrairement aux femmes Bnei Israel* encore vêtues d’un sari:

robe Calcutta Juifs baghdadi

De nos jours, le costume de mariée yéménite,

costume femme yemen
la « Grande Robe » du nord du Maroc, réplique des robes castillanes du 16 ème siècle:

costume Marocou la curieuse robe tunisienne avec son pantalon,

119 - Tunisia bride 002

sont encore portés lors des cérémonies de ‘Hena*.

hena yemenite(‘Hena yéménite)

En fait, en quoi un vêtement juif était-il différent d’un vêtement non-juif?
Parfois, certaines broderies ou certains procédés de fabrication étaient particuliers. Par exemple, à Boukhara, on reconnaissait un costume juif au fait qu’il était teint selon un procédé appelé Ikat dont les Juifs étaient les spécialistes:

562 - Entry 078a - Kalltshak Lorna 002 Woman’s Coat with a richly decorated lining Bukhara, Uzbekistan, late 19th century Brocaded silk, lining: silk and cotton, ikat-dyed B64.12.4226 מעיל אישה עם בטנת פאר בוכארה, אוזבכיסתאן, סוף המאה ה-19 משי מדוגם, בטנה: כותנה ומשי בצביעת איקט

                               (Manteau de Boukhara teint selon le procédé Ikat)

Mais, pour l’essentiel, les Juifs et les non-Juifs étaient vêtus de la même façon. Il en était de même pour leur coiffure. Les hommes et les femmes mariées, Juifs ou non, avaient la tête couverte*. Bien que cela semble curieux et désuet aujourd’hui, il était malséant pour une femme de sortir »en cheveux » et cela jusqu’aux années 50.
Quant aux ‘Hassidim amateurs de Streimel*, ils portaient et portent encore le costume des bourgeois polonais du 18 ème siècle dont ils sont persuadés qu’il est le garant de leur identité!
En fait, il y avait des différences: celles imposées par les pouvoirs en place comme l’obligation d’un signe distinctif sur les vêtements: par exemple la rouelle jaune pour les Juifs en Europe occidentale à partir du Concile du Latran en 1215.

Jewish_man_-_worms_-_16th_century(Aquarelle du 16 ème siècle représentant un Juif portant la rouelle sur sa cape.
Elle est associée à un sac de pièces, rappelant les 30 deniers de Judas)

et dans le monde musulman par l’interdiction de certaines couleurs ou, là encore, un signe distinctif visible depuis le pacte d’Omar.

Y a t-il alors un seul vêtement juif?
Uniquement le talith*, le châle de prière, vêtement bordé de franges, les ציצית (tsitsit),  comme le prescrit la Thora:


« Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. Cela formera pour vous des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel, « 
 דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת. לט וְהָיָה לָכֶם, לְצִיצִת, וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת-כָּל-מִצְו‍ֹת יְהוָה,

Juifs en priere ghetto de varsovie Yad Vashem

(Juifs en prière dans le ghetto de Varsovie, coll. Yad Vashem)

Et aussi le kittel, vêtement blanc rappelant pour certains le linceul, pour d’autres, plus optimistes, que nos péchés deviendront blancs comme la neige, une fois pardonnés. Il était porté autrefois par les hommes le jour de Kippour. Cette coutume est tombée en désuétude mais l’habitude de se vêtir en blanc ce jour là est restée, en particulier à Jerusalem.

Man's ritual robe (Kittle) Romania, early 20th c. Linen (?), open-work embroidery, machin made L114 W82 cm Gift of Anna Lang , Kfar Saba B87.0067

(kittel de Roumanie, du début du 20 ème siècle, Musée Israel)

 

La racine ב-ג-ד (bgd) a donné le mot בגד (Begued = le vêtement) mais aussi בגידה (beguida = la trahison). Le mot malversation se dit מעילה (meila)  à rapprocher du mot מעיל (Meil =  le manteau), ce qu’on met par dessus מ על (Me-Al).

Dans le Tanakh, nombreuses sont les histoires où les vêtements jouent un rôle important. En voici quelques unes:
Après avoir croqué « la pomme », Adam et ‘Hava accèdent à la connaissance. Leur nouvelle humanité leur fait prendre conscience de leur désobéissance et du fait qu’ils sont nus dans tous les sens du terme. La feuille de figuier est une dérisoire tentative de protection pour ceux qui étaient auparavant, selon le Midrash, recouverts de אור (Or = lumière), mot qui commence avec le א de אלוהים, (Elohim). Dieu leur confectionne donc les premiers vêtements en peau, עור (or) dont la première lettre ע est le symbole de la matérialité dans laquelle ils doivent vivre.
Le vêtement biblique est aussi un signe de pouvoir:
David coupa un pan du manteau du roi Shaoul à Ein Guedi (I Samuel, 24,4)  sans lui enlever complètement ce signe de royauté par respect:

« Et David alla couper sans bruit le bord du manteau de Saül.  Mais ensuite le cœur lui battit d’avoir coupé le vêtement de Saül,« 
וַיָּקָם דָּוִד, וַיִּכְרֹת אֶת-כְּנַף-הַמְּעִיל אֲשֶׁר-לְשָׁאוּל–בַּלָּט. ה וַיְהִי, אַחֲרֵי-כֵן, וַיַּךְ לֵב-דָּוִד, אֹתוֹ–עַל אֲשֶׁר כָּרַת, אֶת-כָּנָף אֲשֶׁר לְשָׁאוּל

Revêtir quelqu’un du manteau du roi est un signe d’honneur suprême: dans le livre d’Esther, A’hashverush, roi de Perse, revêt Mordekhai de son manteau car ce dernier lui a sauvé la vie en déjouant un complot. Dans ce texte c’est la racine לבש, habiller qui est utilisée pour le mot לבוש (levoush), vêtement: « S’il est un homme que le roi ait à cœur d’honorer, qu’on fasse venir un vêtement royal qu’a porté le roi… »

 

521 - Entry 093 - Ottoman Rabbi 003 Clothes of Rabbi Hayyim Moshe Bejerano Efendi, chief rabbi of Turkey (1920–1931) Turkey, early 20th century Broadcloth, gilt metal thread couched embroidery Gift of Diamant Baratz Béjarano and Arnaldo Béjarano, Courbevoie, France B77.1140 גלימת השרד של הרב חיים משה בז'ראנו אפנדי, רבה הראשי של תורכיה (1920–1931) תורכיה, ראשית המאה ה-20 צמר לבוד, רקמה בחוטי מתכת מאוחזים מתנת דיאמנט באראץ בז'רנו, פריז, וארנולד בז'ראנו, קורבוואה, צרפת

(manteau d’apparat du Grand Rabbin de Turquie, Rabbi Hayim Moshe Barajano, début 20 ème siècle donné au Musée Israel par Diamant Baratz  et Alfonson Barajano de Courbevoie)

Le rôle du vêtement est très ambivalent: il révèle qui nous sommes mais il nous permet aussi de nous masquer. En hébreu, le verbe utilisé pour désigner le fait de se déguiser est  להתחפש (lehithapes),  de la racine חפש dont le sens premier est « se chercher« . Du travail en perspective pour les psy!… 


Pendant la deuxième guerre mondiale, le gouvernement britannique, qui voulait recruter des auxiliaires féminines juives en Palestine, avait eu soin d’ajouter cette phrase sur ses affiches: « Revêts les vêtements de splendeur« . Elle parlait au cœur de chaque Juif car elle provenait du livre du prophète Isaie (52.1) et se comprenait comme le sursaut nécessaire dans lutte contre le nazisme.

costume poster_british-army_women

 Réveille-toi, réveille-toi! Pare-toi de ta force, ô Sion! Revêts tes habits de fête, ô Jérusalem, Cité sainte!
עוּרִי עוּרִי לִבְשִׁי עֻזֵּךְ, צִיּוֹן: לִבְשִׁי בִּגְדֵי תִפְאַרְתֵּךְ, יְרוּשָׁלִַם עִיר הַקֹּדֶשׁ

Le prophète Isaïe inspira Shlomo Alkabetz lorsqu’il écrivit le לך דודי (Lekha Dodi), « Viens mon bien-aimé », que tout le monde connait et chante le vendredi soir.
Le chant ci-dessous « Revêts tes vêtements de splendeur » reprend les strophes  du Lekha Dodi qui parlent  de la reconstruction d’Israel:

 
(images d’archives des différentes alyiot)

« Réveille-toi, relève-toi de la poussière, revêts tes vêtements de splendeur mon peuple, grâce au fils de Yishai (le roi David) de Bethlehem, la délivrance s’approche de notre âme »
התנערי, מעפר קומי,
לבשי בגדי תפארתך עמי,
על יד בן ישי בית הלחמי,
קרבה אל נפשי גאלה.

 

A bientôt,

*les vêtements des Tcherkessim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/22/les-tcherkessim/

*Les Juifs baghdadi en Inde: Juifs arrivés d’Irak au début du 19 ème siècle.

*la cérémonie de la ‘Hena se tient avant le mariage proprement dit. Le henné, dont sont colorées les paumes des mains des fiancés, symbolise leur futur bonheur. Elle n’est pas une coutume juive mais est commune à tous les peuples se trouvant au sud de la Méditerranée jusqu’en Inde

*Les couvres-chefs; le Streimel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*Shlomo Alkabetz auteur du celebre « Lekha Dodi »:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/21/les-generations-oubliees-6/

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Au bord des fleuves de Babylonie

En face du grand musée Israel, se trouve un autre musée, plus petit et souvent peu connu des touristes, le musée des Pays de la Bible. C’est le musée des civilisations non hébraïques dont parle la Bible: celles de Perse, du Moyen-Orient, de Grèce et de Rome.

Musee des Pays de la Bible

En ce moment, il abrite une  exposition nommée על נהרות בבל (Al nearot Bavel) – au bord des rivières de Babylonie. Le nom de l’exposition fait référence au Psaume 137:

Psaume  137   -2

 א עַל נַהֲרוֹת, בָּבֶל–שָׁם יָשַׁבְנוּ, גַּם-בָּכִינוּ: בְּזָכְרֵנוּ, אֶת-צִיּוֹן. ב עַל-עֲרָבִים בְּתוֹכָהּ– תָּלִינוּ, כִּנֹּרוֹתֵינוּ. ג כִּי שָׁם שְׁאֵלוּנוּ שׁוֹבֵינוּ, דִּבְרֵי-שִׁיר– וְתוֹלָלֵינוּ שִׂמְחָה:שִׁירוּ לָנוּ, מִשִּׁיר צִיּוֹן. ד אֵיךְ–נָשִׁיר אֶת-שִׁיר-יְהוָה: עַל, אַדְמַת נֵכָר. ה אִם-אֶשְׁכָּחֵךְ יְרוּשָׁלִָם– תִּשְׁכַּח יְמִינִי. ו תִּדְבַּק-לְשׁוֹנִי, לְחִכִּי– אִם-לֹא אֶזְכְּרֵכִי:אִם-לֹא אַעֲלֶה, אֶת-יְרוּשָׁלִַם– עַל, רֹאשׁ שִׂמְחָתִי. ז זְכֹר יְהוָה, לִבְנֵי אֱדוֹם– אֵת, יוֹם יְרוּשָׁלִָם:הָאֹמְרִים, עָרוּ עָרוּ– עַד, הַיְסוֹד בָּהּ. ח בַּת-בָּבֶל, הַשְּׁדוּדָה:אַשְׁרֵי שֶׁיְשַׁלֶּם-לָךְ– אֶת-גְּמוּלֵךְ, שֶׁגָּמַלְתְּ לָנוּ. ט אַשְׁרֵי, שֶׁיֹּאחֵז וְנִפֵּץ אֶת-עֹלָלַיִךְ– אֶל-הַסָּלַע.

« Au bord des rivières de Babylonie nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Tsion, nous avions suspendu nos harpes aux saules de ce pays. Nos vainqueurs nous demandaient de chanter et nos oppresseurs d’être heureux: Chantez nous quelques un des chants de Tsion! Comment chanterions nous sur une terre étrangère? Si je t’oublie Jerusalem, que ma droite m’oublie! Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens pas de toi, Jerusalem, si je ne fais de Jerusalem le principal sujet de ma joie! Dieu, souviens toi des enfants d’Edom qui dans la journée de Jerusalem disaient: Rasez, rasez jusqu’aux fondements! Fille de Babylone la dévastée, heureux qui te rend le mal que tu nous a fait, qui saisit des enfants et les brise contre le rocher ».

Cette exposition est exceptionnelle car grâce à la découverte de de plus de 200  tablettes gravées en lettres cunéiformes en Irak, nous avons pour la première fois des documents précis sur la vie quotidienne des Juifs déportés à Babylone.  L’un des archéologues qui a étudié ces tablettes, le professeur Horowitz, estime quant à lui  que c’est la plus importante découverte depuis celle des manuscrits de la Mer Morte.

Que s’était-il donc passé il y a 2500 ans?

Tout simplement, les Babyloniens étaient venus finir le travail commencé par les Assyriens et avaient conquis ce qui restait d’Israel pour agrandir leur empire. Des impérialistes comme on disait quand j’étais jeune!
Le siège de Jerusalem et sa chute en 586 avant l’ère chrétienne furent épouvantables. Ils sont relatés à plusieurs reprises dans le Tanakh et nous lisons les Lamentations de Jérémie chaque année pour le 9 du mois de Av*.
La campagne militaire du Roi Nabukhanetsar, sa victoire et surtout sa victoire sur Jerusalem sont mentionnées dans les chroniques babyloniennes.

Al Yahudu rations de nourriture

(Copie du texte d’une tablette babylonienne qui détaille les rations de nourriture accordées au roi prisonnier Yoyakim et à sa famille)

Déportés par Naboukhanetsar, les juifs survivants s’installent entre les fleuves, fondent des villages et deviennent agriculteurs. Ces tablettes sont essentiellement des textes administratifs dans lesquels on trouve les noms de ces villages et leur emplacement.

Comment le sait-on? Comme ce sont des tablettes administratives, sur chacune est consignée la date exacte, jour et mois, et l’année de règne du souverain. C’est d’ailleurs à ce moment-là que les Juifs commencent à nommer les mois de l’année, alors que dans le texte biblique, il ne sont différenciés que par un numéro. Habitants la Babylonie, ils leur donnent des noms babyloniens. Bien des siècles plus tard, quand les Juifs introduiront le calendrier occidental en hébreu en parallèle avec le calendrier juif, ils donneront aux mois des noms allemands, l’allemand (parfois dans sa forme yiddishisée) étant la langue vernaculaire des Juifs d’Europe Centrale d’où venaient les pionniers.

Ces tablettes sont écrites en trois langues: en akkadien qui est la langue officielle de l’empire, en araméen* qui est la langue de la région, et en hébreu avec les anciens caractères*.

Les villages sont localisés selon leur proximité grace aux Naru, mot akkadien qui signifie  canal. Au lieu de traduire על נהרות בבל (al nearot bavel), par « au bord des rivières de Babylone », on devrait peut-être dire « au bord des canaux ». L’empire babylonien et plus tard l’empire perse devaient leur prospérité aux canaux qui les sillonnaient.

Al YAhudu carte des villages

La région en orange est la région où s’installent la plupart des Juifs déportés. Ils y fondent de nombreux villages dont celui de Al Yahudu, la Judée, mentionné dès la 15 ème année qui suivit la déportation.

Voici une reconstitution de Al Yahudu:

Al yahudu

Certaines tablettes nous donnent des listes de noms de personnes. Certains noms sont directement tirés des textes du Tanakh comme Guedalia, Tisdkiahou, Yelhezkel. D’autres nous sembles étranges car ils se terminent par Yama. Ce sont des noms qui appartiennent à une langue hybride, comme le seront la plupart des noms juifs dans les différents exils. Ici, il s’agit de judéo-akkadien et de judéo-araméen et Yama est l’équivalent de Yahu qui termine de nombreux noms hébraïques et qui signifie Dieu (comme El), comme Netanyahou, équivalent de Netanel, en français « cadeau de Dieu ».

Al Yahudu liste de noms propres

On a pu reconstituer la généalogie de certaines familles sur 4 ou 5 générations:

AAl Yahudu nom de familles

L’un des habitants de Al Yahud se nomme Samakhyahu, (Dieu soutient). Un Samakhyahou est mentionné dans les ostraca trouvées à Lakhish*. Son fils se nomme Rapa Yama équivalent de Rafayahaou ou Raphael.

On a trouvé un certain nombre de contrats de location de maisons comme celui-ci: « Nir Yama fils de Ahikam a loué une maison à Al YAhudu pour 3 ans, pour 10 shekel par an en deux paiements annuels. Il s’engage à entretenir la plomberie et le toit et apportera à son propriétaire 3 paniers de légumes de son jardin par an ».
Mais égalements des contrats d’association: « Haggai et son frere Yahu Azar fils d’Ahikam s’associent avec Bulluta fils de Kussu Raha pour cultiver leurs champs respectifs ».

L’exil à Babylone dura jusqu’à ce que les Perses supplantent les Babyloniens.
En 516, le roi de Perse Cyrus permettra aux exilés de rentrer chez eux et de reconstruire le temple de Jerusalem. Certains repartiront en Judée. Ils seront confrontés aux difficultés du retour, racontées dans les livres d’Ezra et de Nehemia.

Cyrus le cylindre

(copie du cylindre de Cyrus, texte en écriture cunéiforme*
dans lequel Cyrus permet aux exilés de retourner chez eux,
voir aussi le texte du livre d’Eza 1.1-6)

D’autres resteront sous le joug léger des Perses… joug léger jusqu’à ce qu’arrivent au pouvoir Ahashverush* et son sinistre ministre Haman.

L’histoire de Pourim ne m’a jamais fait rire. De quoi est-il question? Du Juif Mordekhai qui refuse de jouer les carpettes devant un des grands de ce monde, du rapt et du viol officiels d’une jeune fille juive Esther qui ne voulait pas devenir reine, de son enfermement dans un palais et du projet d’extermination des Juifs de Perse par le ministre Haman… C’est vrai qu’ils furent sauvés grâce au courage d’Esther mais ils le furent non pas parce que le danger avait disparu et les assassins rentrés chez eux, non, ils le furent parce qu’ils purent se défendre.
Comme nous avons une grande capacité à encaisser et à surmonter les difficultés, nous avons su transformer le malheur en joie: la terre et la paille qui nous servait à faire les briques en Egypte est devenue une délicieuse argile* : le ‘Harosset de Pessa’h. Et ce drame de Pourim est devenu un jour de joie et de farces…

Mais le théâtre de l’absurde continue. Comme a dit l’ambassadeur d’Israel a l’ONU, Ron Prosor dernièrement: les instances internationales sont une vaste farce!

 

POurim Caricature arutz 7 Or Reichert

(caricature de Or Reichert, Arutz 7)

« Le roi prit son anneau de son doigt et le donna à Haman Ben Hamedata l’Agagit, le persécuteur
de Juifs. Et le Roi dit à Haman, je t’abandonne à la fois l’argent et cette nation
dont tu feras ce que bon te semblera »

י וַיָּסַר הַמֶּלֶךְ אֶת-טַבַּעְתּוֹ, מֵעַל יָדוֹ; וַיִּתְּנָהּ, לְהָמָן בֶּן-הַמְּדָתָא הָאֲגָגִי–צֹרֵר הַיְּהוּדִים. יא וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְהָמָן, הַכֶּסֶף נָתוּן לָךְ; וְהָעָם, לַעֲשׂוֹת בּוֹ כַּטּוֹב בְּעֵינֶיךָ. 

On en a vu d’autres!
En attendant, il fait beau, les enfants se déguisent déjà depuis quelques jours. Jeudi et vendredi*, Israel fêtera Pourim,

Pourim ben gourion

 (Personnel d’EL AL à l’aéroport Ben Gourion)

et une fois encore nous croquerons les oreilles du sinistre Haman avec nos petit-enfants déguisés en Indienne, Japonaise, princesses, et en pompier!

oreilles d'Haman 2
Si vous voulez en croquer, faites un tour sur le site de Piroulie, elle a toujours d’excellentes recettes:
http://piroulie.canalblog.com/

 

PPP1

 

A bientôt,

* Le 9 Av:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/

* Il n’exite pas une langue araméene mais plusieurs

*écriture hébraïque:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/04/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-1/

*Les ostraca de Lakhish:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/01/31/les-torches-de-lakhish-et-dazeka/

*Ahashverush: Assuerus en français

* Le ‘Harosset symbole de l’argile qui nous servait à faire ds briques lors de notre esclavage d’Egypte:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/04/11/une-delicieuse-argile/

*A Jerusalem, comme dans toutes les villes fortifiées, le texte d’Esther nous recommande de faire la fête le lendemain. Cela s’appelle Shoushan Pourim (Pourim de Suze)

Adloyada

Je ne vais pas vous raconter ici l’histoire d’Esther, vous la trouverez dans la Bible, dans le livre du même nom.

Le texte n’est pas si long! Vous serez emportés dans des intrigues de palais, un concours de beauté, des exemples de loyauté et d’héroïsme mais aussi de lâcheté, de noirceur d’âme et et des revers de situation ahurissants.
Lisez bien: le monde de Pourim est un monde à l’envers  dans lequel chacun avance masqué, où les identités, les rôles, sont brouillés. Les noms des personnages juifs sont eux-mêmes sujets à discussion.

Mordekhai (ici sur son cheval, admiré par la foule, tel que le voyait Rembrandt)

17 REMBRANDT LE TRIOPHE DE MARDOCHEE

et Esther (ici avec son mari, le roi Ahashverush et dans le coin le maudit Haman)

rembrandt_esther large

sont des Juifs de Perse qui vivent en exil, tout à fait assimilés à la culture perse, comme l’indiquent leurs prénoms. Comme la plupart des Juifs, ils en ont deux: le premier tout à fait acceptable par la société dans laquelle ils vivent et le deuxième, prénom juif, plus ou moins officiel. C’est ainsi qu’Esther s’appelle en réalité Hadassa, la myrte . Mais les voisins perses la connaissent sous le non d’Esther, c’est-à-dire Ishtar, comme la déesse. Quant à Mordekhai, son nom vient de Mardouk, le grand dieu perse. Comme le texte ne nous donne pas son nom juif, les commentateurs nous expliquent que Mordekhai est en fait Mor De Khai, la myrrhe de la vie (symbole de la vie). Pour Esther, ils diront que son nom vient de Nistar, caché, car elle a dû cacher son identité juive. Je veux bien, mais ce choix de prénoms, très ancrés dans la culture perse païenne, nous montre pour la première fois une réalité nouvelle, jusque là inconnue dans la Bible: des Juifs obligés de composer avec la majorité non juive en dissimulant ou atténuant leur judéité.
Et pour bien montrer qu’une page est tournée, Dieu n’apparaît pas une seule fois dans cette histoire. Il reste en coulisse : plus de ligne directe avec les hommes, plus de prophètes ! Débrouillez-vous les Juifs ! C’est une histoire très moderne ! On se débrouille, parfois mieux que d’autres…
La fin de l’histoire n’est pas un happy end aussi happy que ça, car si un nouvel édit du roi donne aux Juifs la possibilité de se défendre, le premier, celui qui autorisait leur pogrom, n’est pas abrogé. Les Juifs ne sont sauvés parce qu’ils se battent contre leurs ennemis, comme toujours ! Et c’est pour cela que je n’arrive jamais à me réjouir complètement à Pourim. Et vous savez ce que nous ordonnent nos sages ? De faire un festin et de boire jusqu’à ce qu’on ne sache plus faire la différence entre Baroukh Mordekhai et Arour Haman (bénit soit Mordekhai et maudit soit Haman). Ad loyada, nous disent-ils, jusqu’à ce qu’on ne sache plus!

De nos jours, Adloyada est le nom qui a été donné au défilé de Pourim.

pourim adloyada

Je laisse la parole à Rachel Samoun, qui sur son excellent site http://kefisrael.com/,  nous explique de quoi il retourne:
« Le premier Carnaval de Tel Aviv a eu lieu à Pourim en 1912 sous l’impulsion du professeur d’arts plastiques Avraham Aldema qui enseignait dans le premier lycée de Tel Aviv, la Gymnasia Herzleyia. Ce professeur prônait les vertus éducatives de l’optimisme et de la fête, un pionnier de la pensée positive! Le projet fut orchestré par Baruch Agadati, une personnalité de l’époque, danseur et chorégraphe.

En 1932, on organisa un concours pour donner à ces réjouissances un nom plus lié à la tradition juive et le nom d’Adloyada עד לא ידע fut choisi d’après une formule rabbinique:

מסכת מגילה, דף ז’ עמוד ב מיחייב איניש לבסומי בפוריא עד דלא ידע בין ארור המן לברוך מרדכי

On peut boire à Pourim ad lo yada, jusqu’à ne plus différencier entre Béni soit Mordechai et maudit soit Haman.

Lors des premières Adloyada, le maire de Tel Aviv, Meïr Dizengoff paradait à cheval en tête du défilé. »

pourim Meir dizengoff

Voici une video des premiers Adloyada de Tel Aviv:

Mais quoi, baisser notre garde ?

Bon, comme d’habitude je mangerai les oreilles d’Haman*

אוזני המן

et j’irai écouter la Méguila*.

N’est-elle pas magnifique la décoration « à la persane » de cette meguila, réalisée par ma talentueuse amie Sarah Lesselbaum?

(Vous pouvez découvrir son travail sur son blog http://minesara.canalblog.com/)

pourim megila sarah

A la synagogue chacun ira de sa crécelle et de ses battements de pieds en entendant le nom maudit d’Haman, de son horrible mégère de femme Zeresh et de leurs 10 patibulaires rejetons (on entendra aussi quelques noms honnis de nos divers voisins) et j’admirerai mes petits-enfants, déguisés comme il se doit. Cette année nous aurons un petit tigre, deux princesses et deux guerrières, chacune pourfendant de leur épée et de leur arc les ennemis qui veulent nous anéantir !

Pourim Sameah!

פורים שמח

A bientôt,

*La meguila (rouleau) d’Esther fait partie des 5 rouleaux ou חמש מגילות . Les 4 autres sont: le Cantique des Cantiques, le livre de Ruth, le livre des Lamentations, l’Ecclésiaste.

* Les Oznei Haman ou oreilles d’Haman sont des petits gâteaux en forme de triangle, fourrés aux graines de pavot ou à la confiture. En yiddish on les appelle Hamantasche, c’est alors le sac d’Haman que l’on déguste. Vous en trouverez la recette sur le blog de Piroulie:http://piroulie.canalblog.com/