Yom Haatsmaout 2017: Toda!

Le projet עצמאות עם משמעות (Atsmaout im Mashmaout), ou comment donner un sens à notre indépendance, est devenu très populaire ces derniers temps.
De jeunes israéliens partent chaque année à la rencontre de gens simples qui ne seront pas honorés pendant les cérémonies officielles et qui sont pourtant, eux aussi, les bâtisseurs de ce pays.

La vidéo ci-dessous a été tournée par les membres de ce groupe,  au moshav Noga, dans le Neguev.

Esther et Avraham Daniel font partie des fondateurs du moshav. Arrivés d’Irak en 1951, ils expliquent à un journaliste ce que fut leur vie:
« Au début, il n’y avait rien ici, rien sauf des épineux. Nous habitions une baraque que nous partagions avec des souris… Quand je me suis mariée, je n’avais pas de verre pour boire un thé ou de l’eau… J’ai travaillé à Solel Boneh*, nous avons bâti ces maisons, personne ne nous a aidé… Après une journée de travail mes mains étaient en sang. Je nourrissais difficilement mes enfants… »
Leur sionisme est celui de tous les jours, sans ostentation, sans réflexion philosophique: « j’étais fier d’être soldat dans l’armée d’Israel… »
Ils sont âgés maintenant et un peu déphasés par rapport à la nouvelle génération qui « ne peut pas comprendre ce que nous avons souffert » mais peu leur importe: « Que vive l’état d’Israel. Tout ce qu’il y a ici, c’est incroyable. Il n’y a pas un autre peuple comme le notre, le jour de l’Indépendance pour moi, pour nous, c’est que nous sommes nés à nouveau. »
Ils ne se glorifient pas, eux qui ont sué sang et eau: Quel pays nous avons reçu! Que Dieu soit loué! Yom Haatsmaout, c’est une  fête, une grande fête…« 
Avraham ajoute: »Tiens, par exemple, on va dire qu’on tient une corde, si on se met à quatre pour la tenir, qui pourra la couper? Si tu la tiens tout seul? Tout de suite! Si nous tous, nous sommes liés les uns aux autres, le peuple d’Israel est uni,  et bien, même si le monde entier venait (pour nous attaquer) il ne pourrait rien contre nous!… »
Mais à la porte se tient une jeune fille. Elle porte un drapeau.
-Shalom!
Nous voulions vous dire merci, car c’est vous qui avez construit ce pays pour nous. C’est grâce à vous que nous sommes là aujourd’hui. Je suis très émue d’être ici et de vous dire merci!
Avraham embrasse le drapeau: Quel drapeau! Il l’embrasse encore: Il faut le lever très haut, très haut!
-D’autres gens veulent vous dire merci, venez avec moi, venez…
Ils sortent et d’autres jeunes leur crient:
-Merci de nous avoir bâti ce pays!

Enfin hier soir, la cérémonie d’allumage des 12 torches sur le Mont Herzl, symbole des 12 tribus, allumées par des personnalités publiques mais aussi par des inconnus qui se sont distingués cette année.

A bientôt,

*Solel Boneh: entreprise de travaux publics

 

 

 

 

 

Lettre d’amour d’Avshalom Feinberg

Nous voici à nouveau  à Tou BeAv*, la fête des amoureux:

lac en forme de coeur

(J’ai trouvé cette photo sur le site http://cafe.themarker.com/image/1692549/. Qui pourrait me dire où se trouve ce lac en forme de cœur?)

Il y a un siècle, Avshalom Feinberg* écrivait une longue lettre à son aimée qui commençait ainsi:

Mille baisers pour toi mon amour,
Ainsi se terminent toutes les lettres que s’envoient les amoureux, mille baisers pour toi mon amour
Ainsi commencent toutes mes lettres  et ainsi je t’embrasse mon amour…

De cette longue lettre d’amour, le compositeur Zvika Pick a tiré la chanson אלף נשיקות (Elef neshikot) »Mille baisers »:

« Un premier baiser sur ton front blanc, comme un lien d’ou sortiront avec abondance des baisers, des baisers pour tes cheveux. Je ferai pleuvoir une couronne de perles en baisers, sur tes boucles noires, toi plus belle qu’une princesse, plus parfaite que toutes les jeunes filles de la Ville*.
Mille baisers pour toi mon amour, mille et un baisers, mille baisers pour toi, ma charmante, ma belle, ma petite, ma douce, mille baisers pour toi mon amour… Mille et un baisers, mille baisers pour toi, ma charmante, ma belle, ma petite, ma douce.
Ton cou virginal et neigeux, souple comme le cou d’un cygne je le couvrirai de baisers en rafales, mon enfant si pure, ma petite. Je mettrai ma tète au creux de ton épaule  pour y trouver le battement de ton cœur, simplement des baisers sans  volupté ni force, comme des fleurs lancées sur une mariée,
Mille baisers..
Le ciel n’aime pas mes yeux pécheurs  et je ne bois pas en toi jusqu’à satiété. La lumière n’aime pas mes lèvres impures et ma poitrine est profondément brûlée. Le millième baiser n’est pas possible mon amour, il manque le dernier. Je n’en
ai que que neuf cent quatre-vingt dix neuf, tempétueux,  amoureux et doux…
Pourtant, je t’embrasserai de mille baisers… »

Avhsalom était donc amoureux, mais de qui? La rumeur l’a fiancé à Rivka Aharonson*:

Rivka Aharonson et Avshalom Feinberg

Certains disent que la sœur de Rivka, Sarah, ne lui était pas indifférente…

sarah.aaronsohn.avshalom.feinberg.1916

Mais une phrase me turlupine: Avshalon embrasse les boucles noires de sa bien-aimée, or Rivka avait les cheveux blonds roux et Sarah les cheveux châtains. Avshalom était-il volage ou bien s’agit-t-il d’une référence au texte de Shir Hashirim (le Cantique des Cantiques):

« Sa tête est comme l’or pur, les boucles de ses cheveux qui pendent sont noires comme le corbeau. »
 רֹאשׁוֹ, כֶּתֶם פָּז; קְוֻצּוֹתָיו, תַּלְתַּלִּים, שְׁחֹרוֹת, כָּעוֹרֵב

Non, Avshalom n’était sans doute pas volage. Cette lettre d’amour est datée du 18 octobre 1910 et destinée à une autre que Rivka ou Sarah: Avshalom ne rencontrera la famille Aharonson qu’en décembre 1915 à la ferme expérimentale d’Atlit qu’avait fondée Aharon Aharonson. C’est Avshalom qui lança l’idée d’une activité d’espionnage en faveur des Anglais et arriva à convaincre la famille Aharonson de former le fameux groupe NILI, anagramme des mots נצח ישראל לא ישקר, « la Providence d’Israel ne sera pas vaine » (I Samuel, 15,29). Et aussi Avshalom qui en 1915  voyagea une première fois en Egypte pour prendre contact avec l’Intelligence Service…
A ce moment là les Anglais ne prendront pas le groupe au sérieux et même Aharon Aharonson aura du mal à se faire entendre à Londres où il est arrivé après un périple rocambolesque depuis Berlin*…

Malheureusement, Avshalom n’aura que peu de temps pour être amoureux. En 1917,comme le groupe n’a aucune nouvelles d’Aharon, parti en Grande Bretagne pour obtenir la coopération du diplomate Sir Mark Sykes*, Avshalom et son ami Yossef Lishansky décideront de repartir en Egypte pour entrer en contact avec les troupes britanniques. Avshalom sera assassiné par des Bédouins à la solde des Turcs dans le Sinaï. Il avait 28 ans. Blessé, Yossef Lishansky parviendra à rejoindre Port Said et les troupes britanniques.Cependant, les Turcs l’arrêteront et l’exécuteront à Damas.
Le corps d’Avshalom ne sera retrouvé qu’en 1967, quand un Bédouin montrera aux soldats israéliens le « Palmier du Juif », palmier qui poussa à partir des dattes qu’Avhsalom avait dans ses poches. Il sera enterré à nouveau au Mont Herzl à Jerusalem,  le 29 novembre 1967.

Avshalom Feinberg decouverte de ses restes au SInai(Découverte du coprs d’Avshalom Fienberg au Sinai)

A Gedera, le mémorial qui porte son nom et le musée de la famille Feinberg ne sont pas très fréquentés mais tout le monde a un jour fredonné אלף נשיקותת « Mille Baisers ».

A bientôt,

*Tou Beav:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/17/lamour-et-la-guerre/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/

* Avshalom Feinberg est né à Gedera en 1889 dans une famille de la deuxième aliya et mort dans le Sinaï en 1917.

*Quand on parle de la Ville, il s’agit de Jerusalem, bien sûr! Encore une référence au Cantique des Cantiques

*Rivka, la petite soeur de Sarah Aharonson.

*L’histoire de la famille Aharonson et l’épopée du NILI sont racontées dans cet article
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

* Mark Sykes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/08/lord-balfour-ecrit-une-lettre/