Hannouka 2017: les secrets de la forêt de Ben Shemen

L’histoire contemporaine de Ben Shemen commence  en 1904,  lorsqu’un groupe de pionniers acheta les terres du lieu dit Beit Arif  pour  y planter des oliveraies.
Le moshav de Ben Shemen y fut fondé en 1905 et nommé d’après cette phrase du prophète Ishaï (chap5,1):
Je veux chanter à mon bien-aimé le cantique de mon ami sur sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau au sol fertile (gras).
א אָשִׁירָה נָּא לִידִידִי, שִׁירַת דּוֹדִי לְכַרְמוֹ: כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי, בְּקֶרֶן בֶּן-שָׁמֶן.

Les débuts furent très difficiles: la grande invasion de sauterelle de 1915* puis les combats de la première guerre mondiale détruisirent les premières oliveraies.
En 1927 fut construit le village des jeunes de Ben Shemen, pension et école d’agriculture.

 De nos jours, Ben Shemen est surtout connu pour sa forêt, une des plus grandes d’Israel, 21000 dunam (ou 21 km carrés), renommée pour ses sentiers de randonnée.
La foret se trouve tout proche de la ville de Modiin*.

Forêt de Ben Shemen Photo: Avi Hayoun. Courtoisie des archives du KKL-JNF(photo KKL)

Le nom de Modiin ne vous est pas inconnu. Eh oui, il s’agit de ce poste d’observation,  qui domine la plaine côtière à 300 m d’altitude et qui, il y a plus de 2000 ans donnait des מודעין (modiin), des renseignements sur les envahisseurs en route pour la capitale. Et Modiin, comme vous le savez aussi, est liée à l’histoire des Makabim, ces révoltés juifs qui se battirent contre l’armée grecque pour libérer le pays, surtout notre capitale Jerusalem et surtout notre Temple (n’en déplaise à l’UNESCO et à ses sbires). Ils réussirent à sauvegarder notre indépendance pendant 130 ans jusqu’à l’arrivée des Romains.

Partons donc pour la forêt de Ben Shemen:
A partir de Jerusalem, la route 443 vous mènera au carrefour dit des Makabim et à des panneaux « tombeaux des Makabim ».
Mais les Makabim sont-ils enterrés ici?
Il est vrai qu’on se trouve soudain face à 9 tombes de grande taille, identifiées par certains comme étant celles des Makabim. Elles sont creusées à 1m 50 dans le rocher, et chacune contient deux niches pour deux dépouilles. A leur côté, de larges pierres taillées qui servaient de pierre tombale à l’époque romaine et bien avant.

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La tradition les reconnait donc comme les tombeaux des Makabim.
Mais pourquoi? Parce qu’en 1907, des élèves du lycée Gymnasia Herzlyia de Tel Aviv, partis en excursion pour ‘Hanouka en direction de cette Modiin antique, furent interpellés par un berger arabe du village de Al-Midya, qui leur indiqua le lieu dit Koubour al yehud, le tombeau des Juifs, situé dans ces terres abandonnées, qui seront plus tard la forêt de Ben Shemen.
Mais bien sûr, tous les experts ne sont pas d’accord. 
Au nord de ce site se trouve une structure en pierre couverte par un dôme appelé Horbat ha-Gardi ou Ruine du Gardi. Il date de la période byzantine et en son centre une tombe musulmane, celle de Sheikh (Sheikh al-Gharbawi).
Or, en 1870, pour l’archéologue français, Victor Guerin, ce site était celui du fameux tombeau, édifié par Shimon pour les membres de sa famille, tel qu’il est décrit dans le premier livre des Macchabées (chap 13): «Shimon envoya recueillir les restes de son frère Yonathan pour les ensevelir à Modiin la ville de leurs pères… Sur le tombeau de son père et de ses frères Shimon fit construire un mausolée assez haut pour être vu de loin, en pierres polies par devant et derrière. Il fit dresser au dessus 7 pyramides se faisant face l’une a l’autre pour son père, sa mère et ses 4 frères… »
Et de plus, en 1874, l’archéologue français Charles Clermont-Ganneau fit correspondre cet édifice avec un site marquée dans la carte de Madeba* comme le lieu de sépulture des Macchabées.

Pourtant, il découvre aussi les traces d’une croix sur le sol en mosaïque colorée de l’époque byzantine et des vestiges du temps des Croisés. La question est: sur quoi les Byzantins et les Croises ont-ils construits et pourquoi une tombe musulmane?
Les fouilles doivent reprendre d’ici peu, on en saura peut-être plus bientôt…
Mais en tout cas, ce qui est intéressant sur ce deuxième site c’est son nom:  La ruine du Gardi, Gardi étant le surnom de Yonathan Ha’hashmonai, l’un des Makabim.

(photo Moshe Guilad)

Evidemment, l’histoire de la révolte des Makabim ne se limite pas à cette forêt de Ben Shemen. Ils ont guerroyé contre les Grecs dans toute la Judée. Voici une vidéo de l’Universite Bar Ilan qui explique ce que furent les combats dans la vallée de Ela (la vallée du térébinthe*).

Ici dans la région de Modiin,  s’est déroulée, du 8 au 18 mais 1948, l’opération Makabim pour ouvrir le chemin allant de la plaine côtière à Jerusalem. Elle fut une des nombreuses opérations militaires nécessaires pour libérer la ville assiégée. Une stèle à la mémoire des 23 soldats qui ont péri pendant ces combats se trouve à côté de »La Ruine de Gardi« :

Et un monument érigé en forme de pyramides les relie au souvenir des Makabim
Related image

Toujours à côté de la ville actuelle de Modiin, se trouve le Kfar Ha’hashmonaim où les enfants peuvent s’imaginer plus concrètement la vie quotidienne des Juifs d’il y a 2000 ans.

Si vous ne voulez pas vous plonger dans les détails de cette histoire, en voici un résumé illustré, succinct mais juste:

Les Makabim sont restés dans la mémoire juive comme un symbole de force et de vaillance. C’est pourquoi, les premiers clubs sportifs juifs ont tous pris et gardent le nom de Makabim*. Le premier fut établit à Constantinople en 1895 et très vite, se répandirent dans toute l’Europe.
Max Nordau écrivait en 1898: « L’histoire de notre peuple nous montre que nous avons été forts autrefois…mais maintenant ce n’est plus le cas. Nous devons nous développer physiquement pour montrer que nous pouvons nous défendre… Mais recouvrer une vie saine, ce n’est pas seulement avoir un corps sain, nous devons retrouver aussi l’esprit des Hébreux… »
Ce qu’écrit Max Nordau peut paraître un peu naïf et sans objet mais pour les Juifs de cette période qui n’étaient jamais sûrs de rentrer sains et saufs chez eux, cela sonnait comme une nécessité impérieuse. Les premières lois nazies bannirent les Juifs des clubs de sport allemands au nom de la race pure.

hanukkah

(https://ukmediawatch.org/2013/11/28/the-hanukiyah-and-the-swastika-the-story-behind-a-haunting-photo-from-1931/)

Une petite fille de 7 ans, Hadas Goldenberg, du kibboutz Beit Alpha vient de découvrir une lampe à huile, typique de la période des Makabim. C’est à cette période qu’on a commencé à fabriquer séparément les parties hautes et basses des lampes dans des moules.

(Yediot Aharonot, photo Nir Distelfeld de l’Autorité des Antiquités)

Ce ‘Hanouka, on peut dire que la saison des roquettes en provenance de Gaza est de nouveau ouverte: une quinzaine cette semaine sur Sderot et Ashkelon. Un attentat à Jerusalem*, des jets de pierres sur les voitures et les autobus un peu partout…


Merci à notre armée, aux gardes de sécurité, aux policiers qui risquent leurs vies tous les jours pour veiller sur notre sécurité.

A bientôt,

*L’invasion de sauterelles de 1915:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/27/le-yishouv-en-guerre/

*Modiin: ville à mi-chemin entre Tel Aviv et Jerusalem. Ce fut aussi la ville d’origine de la famille des Makabim.

*Les Makabim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/

*Carte de Madaba: mosaïque de l’église Saint-Georges de Madaba en Jordanie. Elle est connue pour être la plus vieille représentation cartographique qui nous soit parvenue d’Israel et de Jerusalem. Elle date de la fin du 6 ème siècle.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/31/la-porte-de-damas-et-la-porte-neuve/

*La vallée du térébinthe:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Un des gardes de la station des bus a été très grièvement blessé. Il s’appelle Asher Ben Saada

 

 

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La chanson française

Nous aimons bien sortir dans les nombreux cafés concerts qu’on trouve dans les ruelles de la ville.

Certains sont très organisés et envoient même par mail le programme de leurs concerts et c’est ainsi qu’on s’est retrouvé  à écouter des chansons françaises au Barbour dans le quartier de Nahalat Shiva « le patrimoine des sept » . Drôle de nom qui indique seulement que le quartier fut fondé par sept  familles en 1860.

Charmant petit entrelacs de ruelles piétonnes, de cours,  devenu un quartier  très touristique depuis quelques années.

Donc,

Coincés les uns contre les autres et débordant jusque dans la rue, nous avons eu droit à une rétrospective de la chanson française : Brassens, Brel (je sais, il était belge !), Édith Piaf, Serge Lama et encore et toujours Brassens…

Et le plus drôle pour nous : Brassens, Brel et Piaf en français bien sûr mais aussi en hébreu !

Très appréciées depuis toujours en Israël, les chansons françaises ont été traduites  par les grands de la scène israélienne comme Yossi Banai dont voici l’interprétation de la chanson « La non-demande en mariage » :

http://www.youtube.com/watch?v=YE-4kWIUqwU

Il interprète aussi ici  « Le gorille » :

http://www.youtube.com/watch?v=8FT5ui5oGC0

Toutes ces chansons sont aussi passées  aussi dans le répertoire des chorales (ici la chorale de Modiin)

http://www.youtube.com/watch?v=Ulrpno7hj5g : Brave Margot

http://www.youtube.com/watch?v=GpHcxalrJ_c : Une jolie fleur dans une peau de vache

Et sont chantées par les groupes de l’armée .Ici celui  du Nahal, les gardes-frontières dans les kibboutzim, donne une interprétation humoristique de « la femme d’Hector » :

http://www.youtube.com/watch?v=5IrvPPvJgQc

Au Taboo, la chanteuse, une brune pulpeuse dans une robe noire comme il se doit, a entraîné la salle toute la soirée. Elle avait une jolie voix et du métier.

Mais le plus incroyable était de voir et d’entendre la foule chanter avec elles, en général en hébreu, parfois en français ou en la la la.

Derrière le comptoir, les serveuses, de jeunes étudiantes,  essuyaient les verres tout en reprenant en chœur ces vieux airs jugés souvent démodés en France et dans la rue les passants  s’arrêtaient pour participer.

Quelle soirée !
Je ne sais pas si Brassens, Brel et Piaf  sont au courant mais ils ont un sacre fan club ici.

Et dire qu’en France, la plupart des gens ne savent pas qu’un petit pays toujours décrié et mis en accusation pour tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi) maintient vivante la culture française y compris chez des non francophones.

Et dire qu’Israël n’a toujours pas le droit d’entrer dans la Francophonie !

Et bien tant pis, les israéliens s’en fichent un peu de la Francophonie, ils préfèrent fredonner « les amoureux sur les bancs publics » :

http://www.youtube.com/watch?v=eGFced_L-y0&feature=fvsr

Avec un dessin de Peynet sur la vidéo.

Ou bien « Dans le port d’Amsterdam » :

http://www.youtube.com/watch?v=L-kqdgkwwH0&feature=related

Ou encore Édith Piaf en français interprétée par Miri Messika en concert a Césarée:

http://www.youtube.com/watch?v=oR5yMPBpgaA

Mais une question me taraude depuis longtemps: La plupart des gens en France ont des  idées très négatives sur Israël (pas vous, je sais bien…!) et ça, parce que depuis des décennies on leur explique dans les médias qui est le vilain. Le vilain c’est nous!  Mais  pourquoi? Qu’a donc fait Israël à la France ?

C’est vrai, quels sont nos torts ? Nous n’avons jamais déclaré la guerre a la France, jamais  fait exploser des bus ou des voitures, ni enlevé ou agressé des citoyens français, ni brûlé de voiture, ni occupé les rues pour nos prières.

Je ne vois vraiment pas.

Ou alors est-ce parce nous avons traduit Brassens en hébreu ? C’est ça?

A bientôt,