Yom Hazikaron 2017

Lundi nous célébrons à nouveau à une triste commémoration: le Yom Hazikaron (jour du souvenir) consacré aux soldats et civils victimes des guerres et du terrorisme.

Le ministère de la Défense publie comme chaque année les chiffres officiels et ces chiffres augmentent chaque année: le nombre de soldats, policiers et gardes tombés en service est de 23 544 depuis l’année 1860. Ce décompte a commencé au moment où les Juifs de Jerusalem ont pris leur sécurité en main*. Cette année, six nouvelles victimes sont à rajouter et de plus, 37 blessés sont morts de leurs blessures reçues au combat. Pour chaque mort, une famille, une veuve, des orphelins… Les parents isolés et âgés sont escortés et aidés lors de leur visite au cimetière le jour de Yom Hazikaron par les jeunes des mouvements de jeunesse.

La semaine dernière, a été inauguré sur le Mont Herzl a Jerusalem, le Hall du Souvenir pour les soldats tombés au combat. Sur le mur extérieur, cette citation du prophète Jérémie:
« Ephraïm est-il donc pour moi un fils chéri, un enfant choyé, puisque, plus j’en parle, plus je veux me souvenir de lui? Oh! oui, mes entrailles se sont émues en sa faveur, il faut que je le prenne en pitié, dit l’Eternel. »
הֲבֵן יַקִּיר לִי אֶפְרַיִם, אִם יֶלֶד שַׁעֲשֻׁעִים–כִּי-מִדֵּי דַבְּרִי בּוֹ, זָכֹר אֶזְכְּרֶנּוּ עוֹד; עַל-כֵּן, הָמוּ מֵעַי לוֹ–רַחֵם אֲרַחֲמֶנּוּ, נְאֻם-יְהוָה

A l’intérieur du monument, un chemin serpente vers le haut en spirale. Les noms des soldats tombés aux combats et les dates de leur décès sont inscrits sur les briques qui bordent le mur du chemin de 260 mètres. Chaque jour, sont affichées des photos et des informations sur les soldats qui ont été tués ce jour-là de l’année et une bougie est allumée à leur mémoire .
Les visiteurs peuvent localiser la pierre qui concerne leur proche grâce aux ordinateurs placés le long du chemin et obtenir ainsi des informations à son sujet.
Le directeur du Mémorial, Arieh Muallem, a déclaré: « Nous devons nous souvenir de chacun d’eux, et nous nous souviendrons d’eux personnellement en allumant une bougie le jour anniversaire de leur décès. C’est important pour les parents qui vieillissent de savoir que leurs fils ne seront jamais oubliés« . 

La plupart des soldats tombés au combat sont Juifs mais pas tous: certains sont druzes, chrétiens ou musulmans.

(Yom hazikarone au village druze de Julis)

L’un des soldats mort pendant la guerre d’Indépendance a eu un destin très particulier. Sur sa tombe au cimetière militaire de Netanya, on peut lire: Barukh Mizra’hi né à Tzfat en 1926, tombé au combat en 1948.

Il est aussi écrit qu’il était le fils d’Avraham et de Sarah.
En fait, il s’agit d’Avraham avinou  et de Sara’h imenou *: c’est  la tombe d’un גר צדק (guer tsedek) ou jeune homme converti au judaïsme.
Barukh Mizra’hi est né Hamuda Abu al-Einein , fils de Mahmoud et Fatima.

La famille Abu al-Einein est une riche famille de Tsfat, connue pour son combat en faveur du pan-arabisme*. Ses parents l’envoient cependant étudier à l’école de l’Alliance Israélite de Tsfat, considérée comme la meilleure école de la ville. Ses amis sont tous Juifs et ‘Hamouda change d’opinion au sujet des Juifs et du sionisme. Les relations avec son père alors deviennent très difficiles. Les menaces et les coups n’y changent rien. Il quitte la maison alors qu’il n’est qu’un adolescent, part à ‘Haifa et décide de se convertir au judaïsme. Les rabbins du tribunal rabbinique hésitent: il est certes sincère mais il est mineur. Ceci dit, s’ils le renvoient dans son milieu d’origine, il se fera assassiner par sa famille pour apostasie. ‘Hamouda obtient finalement gain de cause et est converti en prenant le prénom de Barukh. Le tribunal rabbinique de ‘Haifa l’inscrit aussi sous le nom de famille assez courant de Mizra’hi* pour sa sécurité.

Vivant cependant dans une certaine clandestinité, il s’engage auprès de l’Etzel* dont les membres sont pourchassés par les Anglais.
Son groupe est arrêté après une action contre l’armée britannique. Il est déporté en Érythrée. Là, la sécurité du camp est confiée à des gardes soudanais musulmans qui aiment faire des cartons sur les prisonniers. Barukh est gravement blessé. Persuadé de sa mort prochaine, il fait jurer à ses camarades de l’enterrer en Israel, le jour où ce sera possible. Il survit et peut enfin rejoindre en Israel en 1948.
Malheureusement  le pays est en pleine guerre. Comme il parle arabe,  il est envoyé comme agent de renseignements en Samarie et est tué à Sa Nur* à l’âge de 22 ans.

En 1968, Mena’hem Begin fera rechercher sa dépouille qui est enterrée au cimetière militaire de Netanya.
Le conseil de Judée-Samarie a décidé cette année d’honorer particulièrement sa mémoire.

 

A bientôt,

* La garde juive de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/19/la-garde-juive/

* Avraham Avinou et Sarah Imanou (Avraham notre père et Sarah notre mère): il s’agit du couple biblique Avraham et Sarah, considérés comme les parents des convertis.

* Le clan Abu al-Einein était lié aux Frères Musulmans. En 1938, un de ses membres avaient appelé à expulser tous les Juifs de Palestine y compris les médecins (Certains palestiniens minoritaires envisageaient de permettre aux seuls médecins juifs, réputés efficaces, de vivre en Israel pour le bien de la population musulmane!!!).  Actuellement, l’un des conseillers de Mahmoud Abbas s’appelle Sultan Abu al-Einein.
http://palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=8934
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=18259
http://palwatch.org/main.aspx?fi=90&doc_id=9101


* Etzel: organisation de défense juive pendant le Mandat britannique, plus ancienne que la Haganah et acquise aux idées de Jabotinsky. L’Etzel fut incorporée à la nouvelle armée juive au début de la guerre d’Indépendance.

* Le nom de Mizra’hi est en effet assez courant mais en plus, il signifie oriental, ce qui convenait à ce jeune homme.

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/
http://eng.shimur.org/etzel-tashach/

* Sa Nur: Village de Cisjordanie proche de Jenin en Samarie. Les accords d’armistice de Rhodes en 1949, concédèrent la Judée et la Samarie à la Jordanie.
En 1978, les Israéliens construisirent une implantation du même nom, שא נור (Sa Nur), lève la flamme, mais elle fut démolie en 2005 dans le cadre du désengagement de la bande de Gaza.

 

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Etiquetez, étiquetez, il en restera toujours quelque chose…

Une fois de plus me voici en colère.

Pour l’ambassadeur de de l’Union Européenne Lars Faaborg Andersen, la décision d’étiqueter les produits fabriqués par Israel dans les « territoires occupés » n’est qu’une mesure administrative et temporaire mais ni punitive ni discriminatoire.

 

caricature israel entre un terroriste et l'UE


Nous prend-il pour des idiots? Cela n’a-t-il rien à voir avec les exigences du mouvement BDS*?

Je ne voudrais pas en rajouter mais pour moi cela ressemble beaucoup à ce qui fut demandé à nos parents, il y a 75 ans: « Présentez-vous à la mairie, tel jour, pour recevoir une nouvelle carte d’identité, décorée d’un J« .
Ça aussi c’était une mesure administrative et c’était demandé très poliment…

 

Je soutiens le pays des Juifs la Judée

Cet étiquetage est une mesure punitive et discriminatoire contre Israel. Le sort de nos frontières « sûres et reconnues » sera déterminé par des négociations le jour où il y aura vraiment quelqu’un qui sera prêt à négocier honnêtement et non pas à faire la promotion du terrorisme.

Il est vrai qu’en Europe, le terrorisme n’est condamnable que lorsqu’il arrive devant la porte. Je me souviens de la déclaration à RTL du Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, en août 2014 « prôner le Jihad ce n’est pas illégal« , alors qu’il refusait d’interdire les livres islamistes vendus à la FNAC et à Carrefour. Il avait aussi déclaré que s’il n’était pas tenu à un devoir de réserve de par sa fonction, il aurait participé lui-même aux manifestations où on brandissait pourtant des drapeaux du ‘Hamas, de Al Qaida et où on criait « Mort aux Juifs« …

 

boycott.jpg article de Guy Milliere Menapress(Caricature qui illustre l’article de Guy Millière sur Menapress du dimanche 15 nov 2015: http://www.menapress.org/)


Que l’Europe ne se soucie pas de nous, il n’y a longtemps que je ne me fais plus d’illusion mais qu’elle ait le culot de nous donner des leçons de morale alors que sur son propre territoire certains conflits frontaliers ne sont toujours pas réglés, comme celui de Chypre ou de Gibraltar!

L’étiquetage des produits de Judée-Samarie et du Golan est une mesure discriminatoire et punitive contre la seule démocratie du Moyen-Orient, car Israel est le seul pays où peuvent vivre ensemble, avec les mêmes droits et des mêmes devoirs, des gens de religions ou d’ethnies différentes. Le seul!
Ne me parlez pas du Liban qui n’existe plus que sur le papier et est partagé comme le reste du Moyen-Orient. Tous nos voisins ont un territoire divisé en zones sunnites, chiites, chrétiennes, druzes ou kurdes (il n’y a plus de Juifs depuis longtemps ni au Liban, ni en Syrie ou en Irak) où votre origine peut vous valoir une rafale de mitraillette à un contrôle routier…
Cette mesure est discriminatoire, punitive et reconnue comme telle par les organisations terroristo-politiques palestiniennes qui ne se donnent même pas la peine d’être hypocrites et démentent les momeries européennes: la plus ancienne ONG palestinienne Al Haq, loue cet étiquetage comme un premier pas vers le boycott total*.
De toutes les régions en conflit dans le monde (et il y en plus de 200) nous sommes les seuls à être soumis à cette mesure discriminatoire. Comme le dit le journaliste israélien Boaz Bismuth: « Le Sahara occidental, le Tibet et le Cachemire sont contestés et zones de conflit. L’industrie de la pêche au Sahara Occidental fournit à l’Europe la qualité de savoureux poissons, y compris le merveilleux mérou. Je vous prie, Monsieur l’Ambassadeur européen, quand sera planifié l’étiquetage de l’Union Européenne du premier mérou du Sahara occidental? »

En plus c’est tellement mesquin, petit et sans réel impact sur l’économie israélienne!
Savez-vous que les produits étiquetés sont essentiellement des produits agricoles?
Bien sûr, aucune des nombreuses inventions israéliennes présentes dans la vie moderne, de celles qui comptent dans une économie et sont utiles à l’humanité, n’en fait partie. Il faut bien que les Européens continuent à bénéficier de ces avancées technologiques. Savez-vous par exemple que l’application Facebook Safety Check qui a permis à des milliers de Parisiens de pouvoir rassurer leurs proches lors des attentats du week-end dernier à Paris est une invention israélienne?

anti boycott

Mais en fait, que sont donc ces  mystérieux territoires que nous occupons « illégalement » et où nous faisons « suer le burnous » selon une vieille expression coloniale française?
Il s’agit du Golan, de la Judee-Samarie que vous connaissez sous le nom de Cisjordanie ou de Westbank.

  • Les occupons nous illégalement?
    « Le Conseil de sécurité des Nations unies n’a jamais déclaré l’occupation israélienne illégale. L’occupation américaine en Irak survenue suite à la Seconde guerre du Golfe a été acceptée universellement comme un acte légal. Dans le cadre de la campagne anti-israélienne on présente souvent la « ligne verte *» comme si son statut était semblable à une frontière juridiquement contraignante. Rappelons qu’en signant un accord de paix, Israël et la Jordanie ont reconnu mutuellement l’abrogation de la convention d’armistice et sa ligne de démarcation. La validité d’une ligne d’armistice expire avec l’expiration de l’armistice. Par conséquent et officiellement, il ne peut donc y avoir de validité juridique quelconque sur la Ligne verte. »*
    De plus ces territoires n’ont jamais appartenu à un quelconque peuple palestinien. De 1948 à 1967, ses habitants furent syriens, jordaniens ou égyptiens, les Juifs en avaient été expulsés.
  • Faisons nous « suer le burnous »?
    Que cette expression reflète une réalité coloniale qu’on veut nous coller sur le dos est très révélateur.
    N’en déplaise à certains, nous ne sommes pas des colonialistes exploiteurs des populations autochtones qui ne sont d’ailleurs pas plus ou pas moins autochtones que nous. Je le répète tellement que vous allez penser que je radote: la plupart des musulmans vivant dans ce qui fut le territoire de la Palestine entre le Jourdain et la Mer Méditerranée sont arrivés grâce à la fameuse loi turque de 1872* et aussi pendant le Mandat britannique. Il faut noter que, pendant la gouvernance anglaise, aucun quota n’empêchait les musulmans de s’installer dans ce qui était pour eux un Eldorado contrairement à ce qui était imposé aux Juifs dont beaucoup fuyaient le nazisme.
    Les ouvriers arabes de Judée-Samarie reçoivent les mêmes salaires que les Israéliens (Juifs ou Arabes) qui vivent à l’intérieur de la ligne verte*. Il est vrai qu’ils coûtent moins cher à leur employeur israélien. En effet, selon un accord passé avec l’Autorité Palestinienne, ces mêmes employeurs payent des charges réduites et  ceci pour réduire le taux de chômage dans la population arabe des « territoires ».

Au lieu d’étiqueter les bouteilles de vin ou d’huile d’olive, l’Union Européenne ferait mieux d’étiqueter les terroristes, surtout ceux qui se promènent sur son territoire en cherchant qui tuer, au lieu de nous considérer comme des criminels de guerre*. 
Au lieu de défendre le Croissant Rouge palestinien qui a laissé des blessés sans assistance parce que Juifs lors de l’attentat d’Othniel*, la Croix Rouge Internationale ferait mieux de nous remercier de prendre soin de tout le monde sans distinction.
Bref, l’Union Européenne et les organismes internationaux devraient ouvrir les yeux et ne plus laisser ce poison de la haine du Juif leur brouiller l’esprit.

caricature ambulance croissant rouge

(Sur l’ambulance du Maguen David Adom: « nous ne voyons pas les races », sur celle du Croissant Rouge: « nous ne voyons pas les Juifs »)

La semaine prochaine je commencerai une série d’articles qui vous parlera des ballades sur le Golan, en Judée et en Samarie pour vous faire connaitre ces fameux territoires et vous les faire apprécier.

A bientôt,

Hier chez nous:
attentats vendredi 19 nov 2015

*http://www.alhaq.org/advocacy/targets/european-union/991-phroc-welcomes-eu-labeling-of-settlement-products-as-a-first-step-towards-a-ban

*Je cite l’article suivant repris sur le blog de Kravi:
http://jcpa-lecape.org/la-manipulation-du-droit-international-dans-la-campagne-juridique-contre-israel/

*la ligne verte: nom donné à l’ancienne ligne d’armistice entre Israel et ses voisins de 1948 à 1967

*loi turque de 1872:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/22/les-tcherkessim/

*criminels de guerre: mandat d’arrêt lancé par l’Espagne contre Benjamin Netanyahou et plusieurs ministres: http://www.europe-israel.org/2015/11/lespagne-a-lance-un-mandat-darret-contre-le-premier-ministre-israelien/

*L’attentat d’Othniel a eu lieu le vendredi 13 novembre, peu avant que les attentats ne frappent Paris. Des terroristes ont tiré sur la voiture de la famille Litman, tué le père et le fils ainé Netanel (18 ans) et blessé la mère, les petites filles et Dvir (16 ans) qui a eu la force l’appeler les secours du Maguen David Adom: Une ambulance du Croissant Rouge est passée alors qu’il était au téléphone, les secouristes sont descendus, ont vu que c’étaient des Juifs et sont repartis. Evidemment, la Croix Rouge, de qui dépend le Croissant Rouge, a soutenu les secouristes palestiniens qui ont agit »comme il le fallait ».

Revêts, mon peuple, tes vêtements de splendeur

En cette veille de shabbat, pluvieux, venteux et froid, j’ai choisi de vous parler chiffons pour aborder un sujet plus agréable que l’actualité qui ne s’arrange pas: comme tous les jours, il y a encore eu un attentat au couteau en ce début d’après-midi.

Il y a quelques mois, je visitais  au Musée Israel de Jerusalem une grande exposition sur le vêtement juif à travers les תפוצות (tefoutsot) ou dispersions.
Les costumes présentés dataient pour la plupart de la fin du 19 ème siècle ou de la première moitié du 20 ème.

Les Juifs ont toujours porté des vêtements semblables  à ceux de leur voisins non-Juifs, comme par exemple, ce vêtement de femme juive éthiopienne:

costume ethiopie

ou ces costumes de mariage géorgiens qui rappellent ceux des Tcherkessim*.

costume de mariage georgien

(mariage géorgien au kibboutz Ein Hashofet)

La bonne Hausfrau (ou balbouste=maîtresse de maison) ashkenaze ne se distinguait pas des maîtresses de maison chrétiennes:

costume Allemagne

(Robe du Sud de l’Allemagne)

et une Juive du Moyen-Orient était obligée de couvrir son visage comme les musulmanes si elle voulait sortir sans danger dans la rue,

costume baghdad femme voilee                                                 (vêtement de juive irakienne à la fin du 19 ème siècle)

même si chez elle, elle adoptait une mode beaucoup plus occidentale et moderne, comme cette mariée égyptienne dans les années 20:

robe Alexandrie

A partir du 20 ème siècle, l’influence de la mode occidentale fait qu’on voit peu de différence entre une robe de Salonique, au nord de la Grèce,

costume saloniquede Tlemcen en Algérie,
robe Tlemcen
et celle d’une Juive baghdadi* de Calcutta, se voulant à la pointe de la mode moderne contrairement aux femmes Bnei Israel* encore vêtues d’un sari:

robe Calcutta Juifs baghdadi

De nos jours, le costume de mariée yéménite,

costume femme yemen
la « Grande Robe » du nord du Maroc, réplique des robes castillanes du 16 ème siècle:

costume Marocou la curieuse robe tunisienne avec son pantalon,

119 - Tunisia bride 002

sont encore portés lors des cérémonies de ‘Hena*.

hena yemenite(‘Hena yéménite)

En fait, en quoi un vêtement juif était-il différent d’un vêtement non-juif?
Parfois, certaines broderies ou certains procédés de fabrication étaient particuliers. Par exemple, à Boukhara, on reconnaissait un costume juif au fait qu’il était teint selon un procédé appelé Ikat dont les Juifs étaient les spécialistes:

562 - Entry 078a - Kalltshak Lorna 002 Woman’s Coat with a richly decorated lining Bukhara, Uzbekistan, late 19th century Brocaded silk, lining: silk and cotton, ikat-dyed B64.12.4226 מעיל אישה עם בטנת פאר בוכארה, אוזבכיסתאן, סוף המאה ה-19 משי מדוגם, בטנה: כותנה ומשי בצביעת איקט

                               (Manteau de Boukhara teint selon le procédé Ikat)

Mais, pour l’essentiel, les Juifs et les non-Juifs étaient vêtus de la même façon. Il en était de même pour leur coiffure. Les hommes et les femmes mariées, Juifs ou non, avaient la tête couverte*. Bien que cela semble curieux et désuet aujourd’hui, il était malséant pour une femme de sortir »en cheveux » et cela jusqu’aux années 50.
Quant aux ‘Hassidim amateurs de Streimel*, ils portaient et portent encore le costume des bourgeois polonais du 18 ème siècle dont ils sont persuadés qu’il est le garant de leur identité!
En fait, il y avait des différences: celles imposées par les pouvoirs en place comme l’obligation d’un signe distinctif sur les vêtements: par exemple la rouelle jaune pour les Juifs en Europe occidentale à partir du Concile du Latran en 1215.

Jewish_man_-_worms_-_16th_century(Aquarelle du 16 ème siècle représentant un Juif portant la rouelle sur sa cape.
Elle est associée à un sac de pièces, rappelant les 30 deniers de Judas)

et dans le monde musulman par l’interdiction de certaines couleurs ou, là encore, un signe distinctif visible depuis le pacte d’Omar.

Y a t-il alors un seul vêtement juif?
Uniquement le talith*, le châle de prière, vêtement bordé de franges, les ציצית (tsitsit),  comme le prescrit la Thora:


« Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. Cela formera pour vous des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel, « 
 דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת. לט וְהָיָה לָכֶם, לְצִיצִת, וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת-כָּל-מִצְו‍ֹת יְהוָה,

Juifs en priere ghetto de varsovie Yad Vashem

(Juifs en prière dans le ghetto de Varsovie, coll. Yad Vashem)

Et aussi le kittel, vêtement blanc rappelant pour certains le linceul, pour d’autres, plus optimistes, que nos péchés deviendront blancs comme la neige, une fois pardonnés. Il était porté autrefois par les hommes le jour de Kippour. Cette coutume est tombée en désuétude mais l’habitude de se vêtir en blanc ce jour là est restée, en particulier à Jerusalem.

Man's ritual robe (Kittle) Romania, early 20th c. Linen (?), open-work embroidery, machin made L114 W82 cm Gift of Anna Lang , Kfar Saba B87.0067

(kittel de Roumanie, du début du 20 ème siècle, Musée Israel)

 

La racine ב-ג-ד (bgd) a donné le mot בגד (Begued = le vêtement) mais aussi בגידה (beguida = la trahison). Le mot malversation se dit מעילה (meila)  à rapprocher du mot מעיל (Meil =  le manteau), ce qu’on met par dessus מ על (Me-Al).

Dans le Tanakh, nombreuses sont les histoires où les vêtements jouent un rôle important. En voici quelques unes:
Après avoir croqué « la pomme », Adam et ‘Hava accèdent à la connaissance. Leur nouvelle humanité leur fait prendre conscience de leur désobéissance et du fait qu’ils sont nus dans tous les sens du terme. La feuille de figuier est une dérisoire tentative de protection pour ceux qui étaient auparavant, selon le Midrash, recouverts de אור (Or = lumière), mot qui commence avec le א de אלוהים, (Elohim). Dieu leur confectionne donc les premiers vêtements en peau, עור (or) dont la première lettre ע est le symbole de la matérialité dans laquelle ils doivent vivre.
Le vêtement biblique est aussi un signe de pouvoir:
David coupa un pan du manteau du roi Shaoul à Ein Guedi (I Samuel, 24,4)  sans lui enlever complètement ce signe de royauté par respect:

« Et David alla couper sans bruit le bord du manteau de Saül.  Mais ensuite le cœur lui battit d’avoir coupé le vêtement de Saül,« 
וַיָּקָם דָּוִד, וַיִּכְרֹת אֶת-כְּנַף-הַמְּעִיל אֲשֶׁר-לְשָׁאוּל–בַּלָּט. ה וַיְהִי, אַחֲרֵי-כֵן, וַיַּךְ לֵב-דָּוִד, אֹתוֹ–עַל אֲשֶׁר כָּרַת, אֶת-כָּנָף אֲשֶׁר לְשָׁאוּל

Revêtir quelqu’un du manteau du roi est un signe d’honneur suprême: dans le livre d’Esther, A’hashverush, roi de Perse, revêt Mordekhai de son manteau car ce dernier lui a sauvé la vie en déjouant un complot. Dans ce texte c’est la racine לבש, habiller qui est utilisée pour le mot לבוש (levoush), vêtement: « S’il est un homme que le roi ait à cœur d’honorer, qu’on fasse venir un vêtement royal qu’a porté le roi… »

 

521 - Entry 093 - Ottoman Rabbi 003 Clothes of Rabbi Hayyim Moshe Bejerano Efendi, chief rabbi of Turkey (1920–1931) Turkey, early 20th century Broadcloth, gilt metal thread couched embroidery Gift of Diamant Baratz Béjarano and Arnaldo Béjarano, Courbevoie, France B77.1140 גלימת השרד של הרב חיים משה בז'ראנו אפנדי, רבה הראשי של תורכיה (1920–1931) תורכיה, ראשית המאה ה-20 צמר לבוד, רקמה בחוטי מתכת מאוחזים מתנת דיאמנט באראץ בז'רנו, פריז, וארנולד בז'ראנו, קורבוואה, צרפת

(manteau d’apparat du Grand Rabbin de Turquie, Rabbi Hayim Moshe Barajano, début 20 ème siècle donné au Musée Israel par Diamant Baratz  et Alfonson Barajano de Courbevoie)

Le rôle du vêtement est très ambivalent: il révèle qui nous sommes mais il nous permet aussi de nous masquer. En hébreu, le verbe utilisé pour désigner le fait de se déguiser est  להתחפש (lehithapes),  de la racine חפש dont le sens premier est « se chercher« . Du travail en perspective pour les psy!… 


Pendant la deuxième guerre mondiale, le gouvernement britannique, qui voulait recruter des auxiliaires féminines juives en Palestine, avait eu soin d’ajouter cette phrase sur ses affiches: « Revêts les vêtements de splendeur« . Elle parlait au cœur de chaque Juif car elle provenait du livre du prophète Isaie (52.1) et se comprenait comme le sursaut nécessaire dans lutte contre le nazisme.

costume poster_british-army_women

 Réveille-toi, réveille-toi! Pare-toi de ta force, ô Sion! Revêts tes habits de fête, ô Jérusalem, Cité sainte!
עוּרִי עוּרִי לִבְשִׁי עֻזֵּךְ, צִיּוֹן: לִבְשִׁי בִּגְדֵי תִפְאַרְתֵּךְ, יְרוּשָׁלִַם עִיר הַקֹּדֶשׁ

Le prophète Isaïe inspira Shlomo Alkabetz lorsqu’il écrivit le לך דודי (Lekha Dodi), « Viens mon bien-aimé », que tout le monde connait et chante le vendredi soir.
Le chant ci-dessous « Revêts tes vêtements de splendeur » reprend les strophes  du Lekha Dodi qui parlent  de la reconstruction d’Israel:

 
(images d’archives des différentes alyiot)

« Réveille-toi, relève-toi de la poussière, revêts tes vêtements de splendeur mon peuple, grâce au fils de Yishai (le roi David) de Bethlehem, la délivrance s’approche de notre âme »
התנערי, מעפר קומי,
לבשי בגדי תפארתך עמי,
על יד בן ישי בית הלחמי,
קרבה אל נפשי גאלה.

 

A bientôt,

*les vêtements des Tcherkessim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/22/les-tcherkessim/

*Les Juifs baghdadi en Inde: Juifs arrivés d’Irak au début du 19 ème siècle.

*la cérémonie de la ‘Hena se tient avant le mariage proprement dit. Le henné, dont sont colorées les paumes des mains des fiancés, symbolise leur futur bonheur. Elle n’est pas une coutume juive mais est commune à tous les peuples se trouvant au sud de la Méditerranée jusqu’en Inde

*Les couvres-chefs; le Streimel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*Shlomo Alkabetz auteur du celebre « Lekha Dodi »:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/21/les-generations-oubliees-6/

Le groupe clandestin des souffleurs de shofar

Comme vous le savez déjà, le shofar n’est pas pour nous qu’une trompette primitive*.
Ce fut même notre arme secrète à l’époque du Tanakh: souvenez-vous que le son du shofar fut la bande sonore au moment du don de la Thora au Sinaï (Exode 19), souvenez-vous de Yehoshua et son armée soufflant dans les shofar tout autour des murailles de Jericho (Josué chap 6):

trompettes de Jericho Jean Fouquet 1452

(Tableau de Jean Fouquet 1452)

ou bien de Gideon se battant contre les Madianites (livre des Juges, chap 7):

800px-Poussin_La_Victoire_de_Gédéon_contre_les_Madianite(Tableau de Poussin: La victoire de Gidéon contre les Madianites)

A l’époque du mandat britannique, les Anglais, soucieux de se concilier les potentats arabes, qui ne supportaient que l’appel des muezzin*, déclarèrent le shofar hors la loi.
Voici quelle était la situation:
Dans les années 30, les Juifs qui priaient au Kotel s’entassaient dans un boyau étroit,  se protégeant tant bien que mal des pierres que les Arabes leur lançaient (déjà!) depuis l’esplanade du Temple où se trouve la mosquée d’El Aksa.

kotel
Ils avaient le droit de prier au Kotel  mais sous étroite surveillance. Bref, entassés et se protégeant comme ils le pouvaient, les Juifs priaient… Apres tout, cela avait toujours été comme ça, et ils en avaient l’habitude…
Ce qui changea, dès le début du Mandat britannique, ce fut l’attitude de plus en plus conciliante des british envers les exigences du Grand Mufti de Jerusalem, Had Amin Al ‘Husseini. Celui-ci décréta que les prières des Juifs gênaient les musulmans.
Les Anglais décidèrent donc d’interdire les tables pour le kidoush* et des arches pour abriter la Thora*. Même sa lecture fut interdite. Pour lire la Thora,  il fallait aller dans une des synagogues du quartier juif mais surtout pas au Kotel.
Finalement, le son du shofar fut même interdit pendant les célébrations du nouvel an juif à Rosh Hashana et aussi le jour de Kippour.

Un groupe clandestin des souffleurs de shofar se forma naturellement aussitôt*. Le premier qui défia la police anglaise fut Moshe Segal en 1930. Il avait caché son shofar sous son talith et le sorti pour la prière de la Neila* de Kippour. Il fut aussitôt arrêté. Le Rav Abraham Ytz’hak Kook* décida de poursuivre le jeune de Kippour et resta donc sans manger ni boire jusqu’à la libération de Moshe Segal. Les Anglais ne voulant pas risquer la vie du Rav Kook, trop célèbre dans le monde juif, libérèrent Moshe Segal au bout de quelques heures.
moshesegal

Pendant 17 ans, jusqu’à la création de l’état d’Israel en 1948, de jeunes Juifs se relayèrent chaque année pour souffler dans le shofar. Ils étaient recrutés secrètement. Les volontaires s’entraînaient clandestinement pendant toute l’année et les souffleurs étaient désignés au dernier moment.

Six d’entre eux se sont retrouvés ces jours au Kotel:

Ils racontent:
– Nous avions juré de donner nos vie pour que revive le peuple juif

– Une jeune femme accompagnée d’une petite fille est venue vers moi et m’a dit: on t’emmène au Kotel.
– Où est le shofar?
– C’est la petite fille qui l’a
« 

La situation s’aggrava pour Rosh Hashana 1946 quand les Anglais fermèrent les entrées du quartier juif menant au Kotel.
Dans la vidéo ci-dessous, les volontaires racontent qu’ils sautèrent de balcon en balcon dans le quartier juif, passèrent de jardin en jardin et arrivèrent ainsi au Kotel…
Là, un poste de police britannique et une flopée de policiers…
Les policiers britanniques ne parlaient pas hébreu et les messages secrets étaient délivrés en hébreu en psalmodiant les phrases comme celles des prières…
Le shofar introduit clandestinement passait de mains en mains. Les Juifs gardaient leur tête baissée sous le talith pour que le récipiendaire ne voit pas leur visage et puisse les dénoncer au cas où il serait torturé… Les volontaires opéraient par trois. Dès que sur un des côtés du Kotel, l’un d’eux  avait soufflé dans le shofar, les policiers accouraient vers lui, mais plus de shofar! Un autre volontaire sonnait de l’autre côté et enfin le shofar se faisait entendre au milieu du Mur…

Certains volontaires furent arrêtés et envoyés en prison pour plusieurs mois, d’autres s’échappèrent comme Mordekhai She’hori en 1942 qui, une fois arrêté, entendit la foule psalmodier : « N’aie pas peur nous te libérerons, nous les pousserons et tu essayeras de t’échapper »
Soudain quelqu’un cria « Vas-y » et des centaines de gens poussèrent les policiers… Mordekhai parvint jusqu’au au centre ville où l’attendait Moshe Segal, le premier souffleur de shofar.

L’histoire des souffleurs de shofar se termine à Kippour 1947. De 1948 à 1967 le Kotel se retrouvera aux mains des Jordaniens et pendant cette période aucun Israelien ou Juif ne put prier au Kotel…

Nous pouvons y prier maintenant même si la situation n’est pas facile. Les Arabes entassent toujours des pierres dans la mosquée d’El Aksa qu’ils ont transformée en dépôt de munitions*. Comme ça ils ont tout sous la main…

Pierres a El Aksa

Oubliez l’indulgence de certains pour les « lanceurs de pierre ». C’est vrai, ca fait travail d’amateur, un peu comme les missiles du ‘Hamas qualifiés d’artisanaux. Mais malheureusement les pierres tuent.

La dernière victime s’appelle Alexandre Levlovitch, il a été assassiné le soir de Rosh Hashana dans le quartier de Armon Hanatsiv, pas très loin de chez moi:

Alexandre Levlovitch

Quant au scandale de la situation qui prévaut sur le Mont du Temple (que vous connaissez mieux sous le nom d’Esplanade des Mosquées), je vous en parlerai plus tard dans un prochain article.

A bientôt,

*Le shofar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/09/10/shofar/

*L’appel du muezzin: hier encore il s’est déchaîné dans son minaret!
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/22/vendredi/

*les tables de kidoush: petites tables sur lesquelles on pose bouteille et verres pour la bénédiction sur le vin
les arches pour la Thora sont des petits coffres de rangement pour les rouleaux de la Thora

*Ils étaient tous membres du Beitar, on les  voit en uniforme sur la vidéo. Merci à Pierre Lurcat!

*Neila: derniere partie de la priere de Kippour qui se termine par le son du shofar

*Le rav Abraham Yitz’hak Kook: https://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham_Isaac_Kook
*La mosquée d’El Aksa devenu un entrepot d’armes:
http://www.israel-flash.com/2014/11/jerusalemvideo-les-femmes-musulmanes-font-de-la-contrebande-darmes-a-laide-de-leurs-vetements-sur-le-mont-du-temple/

Le carnet de notes

En hébreu, on dit תעודת הציונים (Teoudat Tsiounim).
Fin juin, mes petites filles sont sorties toutes excitées de l’école. Le matin déjà, elles avaient choisi leurs vêtements avec soin car c’était le jour de la remise du carnet de notes. Il fallait fêter cet événement en allant manger une pizza:
« סבתא (Savta)*, on fête les carnets de note! »
Quand je pense à tous ceux qui comme moi en gardent un mauvais souvenir!

En hébreu on n’emploie pas le mot carnet פינקס (Pinkass) mais certificat תעודה (teouda) dont la racine תעד (T’AD) signifie témoigner. Eliezer ben Yehouda n’a pas eu besoin de construire ce mot, il était déjà utilisé dans le Tanakh avec le sens de témoignage écrit. Dans la prophétie d’Isaïe, il désigne la Thora elle-même:

 צוֹר תְּעוּדָה חֲתוֹם תּוֹרָה, בְּלִמֻּדָי. 

« Arrête le témoignage, scelle la Thora, mes enseignements ». 

Aujourd’hui, le mot תעודה (teouda) s’emploie pour désigner les carnets de notes, les attestations de toutes sortes, les diplômes en tout genre et bien sur la fameuse תעודת זהות (teoudat zehout), carte d’identité, ou aussi la תעודת עולה (teoudat ole) carte d’immigrant, que chacun reçoit à son arrivée en Israel.
teoudat ole
La carte d’immigrant est donnée à l’arrivée à l’aéroport. Elle est utilisée pendant les quelques jours qui précédent l’attribution de la carte d’identité délivrée par le Ministère de l’Intérieur ou bien pour faire valoir ses droits de nouvel immigrant.

Pendant la domination ottomane, les cartes d’identité n’existaient pas. Seuls existaient les attestations données par les autorités religieuses ainsi qu’un passeport très détaillé pour les voyageurs. Une grande tante, prénommée Amelia et née à Tiberiade, avait un passeport où étaient mentionnées les indications suivantes:
Sujet: ottoman, Peuple: juif, Pashalik (province): Palestine.

Le mandat britannique continua en ce sens. Sur les deux cartes d’identité ci-dessous, établies pendant le mandat britannique, est indiquée l’ethnie de ces deux Palestiniens sous l’intitulé Race: elle est juive  et vit à Afula, il est un  arabe chrétien qui vit à Jerusalem.

Identite mandat britannique

Race: Jew (juive)

Identite arabe chretien

Race: Arab Christian

Voici la carte d’identité de Hayim Weizman, premier Président de l’État d’Israel:

Identite Hayim Weizman

Apres la création de l’état, dès l’automne 1948, Israel fit un grand recensement de la population. Chaque citoyen de plus de 16 ans reçut un numéro d’enregistrement et une carte d’identité. Ce numéro suit chaque citoyen de ce pays tout au long de sa vie. Il sert pour tous les actes administratifs (y compris sécurité sociale, mutuelle…)

La mention לאום (Leom), peuple, ethnie, continua à être précisée sur la carte d’identité jusqu’en 2005. Elle fut supprimée par une décision de la Court Suprême qui jugea cette mention offensante. Mais si en Europe, mentionner l’origine ethnique ou la religion de quelqu’un est considéré comme un acte discriminant, ici les Israéliens revendiquent leur identité ethnique sans complexe et la décision de la Cour Suprême a mécontenté surtout les Arabes et les Druzes.
Depuis peu, des chrétiens israéliens* ont demandé à changer d’ethnie: ils ne voulaient plus être arabes chrétiens mais araméens. Cela leur a été accordé.
Cette demande peut sembler absurde: en effet, on ne peut pas changer ce que l’on est. Mais c’est que la dénomination « arabe chrétien » est très récente et n’a rien à voir avec l’origine de cette population. Elle date du tout début du 20 ème siècle, quand les chrétiens du Moyen-Orient, confrontés au réveil du nationalisme arabe et à de nombreux massacres*, ont cru qu’en soutenant les nationalistes arabes, ils seraient enfin acceptés par la Oumma* et seraient considérés comme des citoyens à part entière, délivrés de leur statut de dhimmis. Ce ne fut pas le cas, ou en tout cas pas très longtemps. Nous savons tous ce qui se passe en ce moment.

Donc, en Israel, un certain nombre de chrétiens orientaux, descendants des populations non-juives, en particulier araméennes*, commencent à revendiquer leur identité d’origine. Israel est le seul pays du Moyen-Orient où ils ont la liberté de le faire. Ce sont les mêmes qui s’enrôlent dans Tsahal alors que les chrétiens, comme les musulmans, sont dispensés de service militaire: ils sont 200 cette année, un nombre jamais égalé pour un enrôlement potentiel de 1400.

Et les notes, me direz vous, les notes inscrites sur le fameux carnet, étaient-elles bonnes? Evidemment, quelle question! 

teoudat tsionim dessin

Le  mot ציון (tsioun) note est lui aussi d’origine biblique et signifiait « marque, signe ». Dans le livre de Jérémie, il est écrit:

  « Aie soin de dresser des signaux, érige-toi des poteaux indicateurs; fais bien attention à la chaussée, au chemin que tu as suivi. Reviens, ô vierge d’Israël, reviens dans ces villes qui sont les tiennes. »
 הַצִּיבִי לָךְ צִיֻּנִים, שִׂמִי לָךְ תַּמְרוּרִים–שִׁתִי לִבֵּךְ, לַמְסִלָּה דֶּרֶךְ הלכתי (הָלָכְתְּ); שׁוּבִי בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל, שֻׁבִי אֶל-עָרַיִךְ אֵלֶּה

La même racine a donné les mots que vous connaissez déjà מצוין (metsouyan) excellent et le mot הצטיינות (hitstayenout), excellence.  Nos deux petites futées sont évidemment des מצטיינות (mitstayenot) excellentes élèves! Foi de Savta!

Un lien avec  Jerusalem-Tsion? Non, le mot Tsion, l’un des nombreux noms donnés à Jerusalem, ne veut pas dire « signe ou marque »  mais dire « terre aride, désert ». Pour l’Académie de la Langue Hébraïque, il s’agit d’un synonyme de ציה (Tsia). Elle le rapproche même du mot צי (Tsi) les bêtes sauvages! Même si nous vivons maintenant dans la verdure, la ville a été longtemps désignée comme מצודת ציון (Metsoudat Tsion) ou la forteresse de l’endroit désolé. Nous nous trouvons quand même en bordure du désert et aujourd’hui nous avons les joues rappées par la chaleur sèche et un vent piqué de grains de sable.
Et puis,  si c’est l’Académie de la Langue Hébraïque qui l’affirme…

A bientôt,

*Savta: grand-mère, bien sûr!

*Les massacres anti-chrétiens: 
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/12/hayim-et-faycal/

*Même si nous y sommes habitués, l’expression arabe chrétien ne veut rien dire: les Arabes sont un peuple qui a islamisé bien d’autres peuples dans des régions conquises, qui étaient alors essentiellement chrétiennes, et les a intégré dans la Oumma par le biais de l’islam. Les conversions se sont toujours faites dans le sens christianisme (ou judaïsme) vers l’islam et non pas le contraire, tout simplement parce qu’elles étaient punies de mort pour les convertis et les convertisseurs. La même situation prévalut d’ailleurs en Europe à partir du 4 ème siècle. La différence est que de nos jours en Occident, un musulman peut se convertir au christianisme ou au judaïsme sans risquer sa vie, alors qu’il ne le peut toujours pas dans les pays musulmans

*La Oumma, la Nation arabe au sens large du terme qui englobe tous les musulmans quelque soit leur nationalité.

Hayim et Fayçal

L’idée que la première guerre mondiale était la « der des der » et que la Société des Nations allait permettre les règlements de tous les conflits dans une bonne volonté universelle était très ancrée chez les Européens en 1918.
Les Juifs espéraient encore plus: la fin de l’antisémitisme. Cela vous parait naïf? Nous sommes toujours naïvement optimistes en ce qui concerne notre avenir, mais réfléchissez: la fin de la guerre, la déclaration Balfour, la révolution russe (la vraie, celle de février 1917 et non pas le coup d’état communiste d’octobre!). Toutes ces conférences de la paix, pour la paix, qui bourdonnent: on discute, on consulte des cartes, on peaufine des traités, on va prendre de graves décisions juridiques internationales…
Mais en fait, dès qu’on s’éloigne des chancelleries et qu’on se risque sur le terrain, la situation n’est pas du tout la même. Là, ni sérénité, ni d’optimisme: des Juifs se font tuer un peu partout en Europe Orientale*.

En Palestine, bien que des personnalités britanniques soient ouvertes au projet sioniste, la plupart des fonctionnaires ou soldats basés au Moyen-Orient sont profondément antisémites: ils sont des inconditionnels des Protocoles des Sages de Sion déjà bien diffusés en Occident.
Dans leurs manœuvres pour pousser en avant la dynastie hachémite* d’Arabie qui les avait aidés pendant la guerre, les Britanniques promettent des royaumes à tour de bras, en particulier au prince Fayçal d’Arabie qui avait pris la tête de la révolte arabe contre les Turcs. Ces  promesses laissent entendre à la famille de Faycal la reconnaissance de l’indépendance d’états arabes dans certaines zones tout en excluant la Palestine réservée aux Juifs.

Pour Fayçal ce n’est pas un problème. Il est persuadé  qu’avec le pétrole des Arabes et la technologie des Juifs, on peut faire du Moyen-Orient un véritable paradis. En juin 1918, il rencontre à Akaba le chef de l’exécutif sioniste, Hayim Weizman. Dans ses souvenirs, Weizman parle d’une véritable amitié entre eux deux:
« Il (Fayçal) me posa un grand nombre de questions sur le programme sioniste… A cette époque, il faut rappeler que la Palestine et la Transjordanie formaient un tout, et je mis l’accent sur le fait qu’il y avait assez de place dans le pays pour peu qu’on le développe d’une manière intensive et que la situation des Arabes serait beaucoup améliorée grâce à notre travail. Je le trouvais en complet accord avec tous ces points… »

Weizmann_and_feisal_1918

(La célèbre photo prise lors de l’accord.
Pour plaire au prince Faycal, Weizman, à gauche, a mis un keffié sur sa tête)

Voici ce qui sera signé entre Hayim Weizman et Fayçal d’Arabie le 3 janvier 1919. Il est intéressant de lire ce texte avec attention:
« – Pour tout ce qui concerne leurs relations mutuelles et à l’occasion des négociations qui pourraient avoir lieu, l’Etat Arabe et la Palestine s’inspireront d’un désir d’entente et d’une bonne volonté réciproque et, à cette fin, des représentants arabes et juifs, dûment accrédités, seront désignés et maintenus dans les territoires de l’autre état. (La Palestine désigne donc uniquement l’état juif).
– Dans l’établissement de la constitution et de l’administration de la Palestine, toutes mesures sont prises en vue de garantir pleinement l’exécution pratique de la déclaration du gouvernement anglais du 2 novembre 1917 (la déclaration Balfour).
– Toutes les mesures seront prises pour encourager et stimuler l’immigration des Juifs en Palestine sur une large échelle et pour établir dans le plus bref délai les immigrants juifs sur le territoire, grâce à une meilleure mise en valeur du sol et à une culture intensive. Il est convenu que dans l’exécution de ces mesures, la protection des droits des paysans  et des fermiers arabes sera assurée et que ces derniers seront aidés à l’avenir en ce qui concerne le développement économique ».

Pendant toute l’année 1919, Fayçal suivra l’évolution du projet sioniste avec intérêt: » Notre pays libre et indépendant aura beaucoup à gagner de la collaboration de deux peuples frères qu’une histoire commune unit si étroitement. L’évolution de la race juive sémite ne peut qu’être saluée avec sympathie par les Arabes sémites. L’Orient a une grande mission à remplir et c’est à nos deux peuple que cette tache incombe ».

A Jerusalem, les rumeurs parlent d’émeutes anti-juives. Hadj Amin El Husseini, déjà lui, fait partie des meneurs qui lancent des imprécations contre les Juifs et dans l’état-major britannique se trouvent quelques officiers, dont un certain colonel Waters-Taylor, pour qui les émeutes anti-juives persuaderaient le gouvernement britannique que le sionisme est impopulaire et doit être combattu.

emeutes pessah 1920

(Harangue du grand mufti contre les Juifs)

A Pessah 1920, une foule arabe surexcitée fait irruption dans le quartier juif de la ville, pille, viole et tue pendant 4 jours. Les Juifs se défendent comme ils le peuvent sans l’aide des troupes britanniques et même pire, on entendra les émeutiers crier « le gouvernement* est avec nous, le gouvernement est avec nous« . On dénombrera 6 morts et plus de 200 blessés parmi les Juifs. Parmi les émeutiers arabes, il y aura 5 morts et 25 blessés.

emeutes pessah 1920 2

Dans le groupe des défenseurs se trouvent Zeev-Vladimir Jabotinsky* et ses amis.
Ils se feront arrêter par les Anglais sous prétexte qu’il ont troublé l’ordre public, ont fait usage de leurs armes et tué 5 assaillants. Jabotinsky et ses amis sont incarcérés à la célèbre et sinistre prison d’Akko et sont condamnés à 15 ans de réclusion. L’arrivée du premier Haut-Commissaire, Herbert Samuel, permettra  leur libération. Mais les ovations de la foule qui les attend à leur sortie de prison déplaisent aux Anglais qui expulsent Jabotinsky du pays.

Jabotinsky,_wife_and_son

(Zeev-Vladimir Jabotinsky et sa famille)

Le monde musulman s’est embrasé car la défaite turque lui est insupportable.
L’empire turc s’est effondré. Ce, qui pour nous est une déroute militaire et politique des Turcs, est pour le monde musulman bien pire que cela. Les musulmans de Palestine, qu’ils soient Arabes, Turcs, Bosniaques ou autres, sont tout d’abord musulmans. Si un pouvoir musulman avait défait l’empire turc, ils auraient pu l’accepter mais c’est pour eux une victoire du monde chrétien. Or le Chrétien n’est accepté par l’Islam que comme dhimmi (soumis). De plus, ce nouveau monde donne une place politique à d’autres dhimmis, les Juifs, qui commencent à s’organiser pour construire leur état. Pour les musulmans, cette situation renverse l’ordre naturel du monde selon lequel tout territoire une fois conquis par les musulmans est Dar el Islam (maison de l’islam), le reste étant Dar el ‘Harb (la maison de l’épée), c’est à dire un territoire à conquérir pour l’islamiser. Les vainqueurs occidentaux sont perçus comme des « Croisés ».

Le 7 mars 1920, alors que  la déclaration anglo-française du 7 novembre 1918 leur donnait droit à une complète autodétermination, les nationalistes arabes réunis en congrès à Damas prennent la décision de couronner Fayçal, roi d’une grande Syrie-Palestine sans place pour un état juif. Ce même jour, Fayçal accepte cette charge et renie de fait son accord avec Weizman.
Contrairement à ce qui a été souvent écrit, l’abandon par Fayçal de l’accord avec Weizman n’est pas dû à une hypothétique trahison des occidentaux. Ce n’est en effet qu’un mois plus tard que les occidentaux feront valoir leurs droits sur le Moyen-Orient.

On peut s’interroger sur la volte-face du prince Fayçal. Il est vraisemblable qu’il souhaitait effectivement une coopération entre Juifs et Arabes. Car après tout, en échange d’un territoire exigu de la mer au Jourdain, une broutille par rapport aux immense étendues moyen-orientales, les Arabes auraient profité de la technologie des Juifs tout en conservant le pétrole! Mais son désir de régner l’a emporté. En abandonnant l’accord avec Weizman, Fayçal rentrait dans le rang et pouvait être accepté par cette grande nation arabe qui refuse de considérer le dhimmi comme son égal!

Fayçal a fait le mauvais choix. En juillet 1920, les troupes françaises rentrent dans Damas, prennent la ville et l’exilent. Finalement, il devra accepter un lot de consolation, le royaume d’Irak tandis que les Français et les Anglais se partageront le reste de l’empire turc au Moyen-Orient…pour quelques années!

A bientôt,

*Les massacres en Europe Orientale et particulièrement en Ukraine: Un recueil d’articles publié à Odessa en 1919, est consacré aux journées sanglantes d’Ukraine et fait le recensement des victimes des pogroms. Dans toute l’Ukraine et pas seulement à Kiev, les Juifs sont massacrés, parfois toute la population juive d’un village est assassinée. Les survivants fuient vers l’Europe occidentale, les USA et la Palestine.

*Le gouvernement est avec nous » phrase rapporté par un Arabe chrétien de Jerusalem, Khalil Sakakini (1878-1953), l’un des chantres du nationalisme arabe. Il s’agit bien entendu du gouvernement anglais.

*Zeev Vladimir Jabotinsky: né à Odessa en 1880, l’un des fondateurs de la Légion Juive, mort à New York en 1940. A lire, les articles très documentés d’Olivier Ypsilantis:
http://zakhor-online.com/?cat=1033

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