Monter à Jerusalem

Le nom de chaque fête nous renvoie à des images, des odeurs, des chants particuliers: pour Rosh Hashana c’est la pomme dans le miel, Soukot, les repas pris dans la souka, Hanouka, les 8 bougies de la Hanoukia et les beignets, Pourim les déguisement, la Meguila d’Esther et les oreilles d’Haman, Pessah, la Haggadah et les matzot et pour Shavouot, la nuit d’étude, la Meguila de Ruth et les les gâteaux au fromage. Mais on ne pense pas souvent que Shavouot fait partie des trois fêtes de pèlerinage et nous oubions la עליה לרגל (aliya lareguel) , montée à pied ou pèlerinage jusqu’au temple de Jerusalem. Et pourtant, c’est ce que faisaient nos ancêtres trois fois par an, pour Pessa’h, Shavouot et Soukot!
Alors imaginons:
Voici une famille vivant à l’époque du deuxième Temple qui n’habite pas à Jerusalem:


(Photo prise du site Live the Bible: https://livethebible.co.il/en/)

Trois fois par an, les membres de cette famille sont censés monter à Jerusalem, pour les trois fêtes de pèlerinage*. Ce n’est pas une mince affaire: Ils doivent laisser leurs troupeaux, leurs champs, fermer la maison. Sans doute ne partent-ils pas tous à chaque fois car les bêtes ont besoin d’être soignées et le travail des champs ne connait pas de répit. Et que faire des enfants, des malades et des personnes âgées?

Dans le livre de Samuel il nous est raconté une histoire familiale qui se passe pendant un de ces pèlerinages. Celui-ci a lieu à Shilo* et non pas à Jerusalem car l’histoire se passe une centaine d’années avant le retour de l’arche d’alliance* à Jerusalem et la construction du Temple, mais la route n’en est pas plus facile pour une famille qui vient des montagnes d’Ephraim…
Ainsi Elkana (le père de famille) partait de sa ville, chaque année, pour se prosterner et sacrifier à l’Eternel dans Shilo… Il s’agit de l’histoire bien connue de ‘Hanna, la femme stérile d’Elkana, qui pleure et prie à Shilo, pendant ce pèlerinage, pour avoir un enfant qu’elle promet de consacrer à Dieu. Le prophète Shmuel sera cet enfant…
Mais que se passe-t-il après sa naissance?  Le mari, Elkana, étant parti (à nouveau) avec toute sa maison pour faire au Seigneur son sacrifice annuel et ses offrandes votives,  Hanna ne l’accompagna point, car elle dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai… La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. 2 Quand elle l’eut sevré… elle le conduisit à la maison du Seigneur, à Shilo. (I Samuel, 1)

Il est évident que beaucoup restaient chez eux et s’impliquaient indirectement en payant une taxe d’un demi shekel, la taxe annuelle que tout le monde devait donner au Temple.
Le mot shekel, vient de la racine שקל (SH K L) qui veut dire peser. Le shekel est mentionné de nombreuses fois dans le Tanakh. Par exemple, c’est en shekel qu »Avraham achète la grotte de la Ma’hpela à Hevron* pour y enterrer sa femme…
A l’époque du deuxième Temple, le shekel représentait environ 2 % du salaire mensuel moyen. Il servait à l’achat des animaux pour les sacrifices. Après la destruction du Temple, ce don d’un demi-shekel continua comme don aux pauvres. Comme la valeur des pièces d’argent était fluctuante, on se basait sur le shekel en argent frappé à Tyr. On a découvert des pièces d’un demi shekel dans tout le pays.

Ceux qui partaient en pèlerinage arrivaient souvent à Jerusalem au terme d’une route difficile. Il faut se souvenir que Jerusalem se trouve à environ 800 m d’altitude.
On sait d’après la Mishna que le Sanhedrin était chargé de réparer les routes pour les voyageurs, et d’indiquer l’emplacement des tombes. Il faut dire que lorsque quelqu’un mourait en chemin, il fallait l’enterrer sur place, quitte à rassembler ses ossements l’année suivante pour les enterrer correctement dans l’ossuaire familial. Les nombreuses lois de pureté, parfois difficiles à comprendre de nos jours, exigeaient que les voyageurs ne se reposent pas par mégarde  sur des tombes pendant leur voyage mais si cela se produisait, ils trouvaient sur leur chemin des מקוואות (mikvaot), réservoirs d’eau pour se purifier, eux aussi signalés et entretenus par le Sanhedrin. On en a trouvé un certain nombre, dans le Goush Etsion*,  sur la route menant à Jerusalem, . Comme le Gush Etsion est la dernière étape en venant de Beer Sheva avant l’entrée à Jerusalem, les archéologues pensent qu’il s’agit des mikvaot destinés aux pèlerins.

                                                     (http://etziontour.org.il)

La famille de pèlerins arrive maintenant à Jerusalem. Elle s’arrête sans doute tout d’abord à Shiloa’h, ce grand bassin étant alimenté par la source Gui’hon. 

(Carte datant de 1730: dans le quart inférieur droit, on peut voir un rectangle rouge indiquant la piscine de Shiloa’h à l’extérieur des murailles.
Pour rejoindre le Temple, une portion de route -non indiquée sur la carte car elle n’avait pas été encore découverte- fait suite à  la route venant du Sud. Geographicus rare antique maps, auteur inconnu
)

Bien que de nombreuses sources alimentent la ville de Jerusalem, celle du Gui’hon a toujours eu un statut spécial. Son eau était en effet la seule à être utilisée dans le Temple: elle servait par exemple pour la cérémonie de purification de l’eau, ניסוך מיים (Nissoukh mayim) lors de la fête de Soukot:

(dessin de Dafna Levanon)

En 1995, les archéologues Ronny Reich et Eli Shukron commencèrent à fouiller aux alentours de la source Gui’hon et ont découvert les restes de la piscine de Shiloa’h. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, elle est beaucoup étroite et ressemble à un canal alors que les textes nous la décrivent grande et proche d’un carré. Ceci parce que le reste du terrain sous lequel la piscine originelle se trouve appartient à l’Eglise orthodoxe grecque qui refuse toute recherche archéologique. 

Mais si la famille s’arrête au Shiloa’h, ce n’est pas seulement pour se purifier, c’est aussi pour remplir ses outres, se délasser, écouter les dernières nouvelles, les potins, trouver une chambre en ville et peut-être un conjoint pour les enfants…
Il était difficile de trouver une chambre en ville pendant les trois fêtes de pèlerinage. La ville était pleine à craquer. Les Yerushalmim* devaient accueillir gratuitement les pèlerins mais la coutume voulait qu’il reçoivent des cadeaux en retour. Cependant, il  est sûr que tout le monde ne pouvait pas loger à l’intérieur des murailles et les pèlerins campaient sur les collines avoisinantes.


Une fois reposés, ils entrent dans la ville et sont aussitôt happés par la foule qui déambule dans des rues  étroites et bordées de magasins.
Les archéologues ont découvert ici des poids et des tasses en pierre pouvant avoir servi de tasses à mesurer. Ils ont également découvert des tablettes en terre où étaient gravées les lettres ק ר ב ן (Kuf Resh Bet Nun) formant le mot Korban, sacrifice et en dessous du mot Korban, le dessin de deux oiseaux morts. C’étaient des écriteaux indiquant que le commerçant vendait tout ce qui était nécessaire pour les sacrifices. Il est logique de penser que la plupart des gens achetaient les animaux à sacrifier tout près du Temple à Jérusalem, plutôt que de s’embarrasser pendant le voyage d’animaux  qui risquaient de tomber malades voire de mourir.

Cette fois, la famille est prête à entrer dans la principale cour du Temple et traverse les portes de ‘Hulda, un ensemble de deux portes sur la partie ouest et d’une porte triple sur la partie est. 

On ne peut plus entrer dans les sous-sols du Temple. Ces portes sont  murées depuis l’occupation arabe et la construction de la mosquée d’El Aqsa. Cependant, même si le Waqf interdit de les ouvrir, on est sûr qu’elles menaient au Temple.
Elles sont d’ailleurs mentionnées dans la Mishna: Tous ceux qui entrent dans le Mont du Temple (par les portes de « Hulda) entrent à droite [est], se promènent et sortent à gauche [ouest]. . . (Mishna Midot 2: 2). Pourquoi des directives aussi précises?
C’est que le Sanhedrin avait décrété des sens de circulation pour réglementer les entrées et les sorties.
Une seule exception: Celui qui a connu un malheur, entre le mont du Temple par la gauche. (Quand on lui demande) Pourquoi entres-tu par la gauche? (Il répond) « parce que je suis en deuil« . [Ils répondent:] ‘Que Celui qui habite dans cette maison vous réconforte. (Ibid, 2: 2)

Le périple de la famille est achevé. Ils vont pouvoir apporter leurs sacrifices au Temple. Ils repartiront chez eux sans doute fourbus, attendus avec impatience dans leurs village, racontant leurs aventures et les enjolivant sans doute quelque peu, après tout que serait la vie sans quelques broderies…

 

A bientôt,

 

 

*Les trois fêtes de pèlerinage ou shalosh regalim: ce sont les fêtes de Pessa’h, Shavouot et Soukot. Le mot רגלים (regalim) vient de la racine ר ג ל (R G L) qui a donne le mot pied רגל (Reguel) et habitude הרגל(Herguel).
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/16/on-marche-au-pas-enfin-presque/

*L’arche d’alliance et Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/arche-dalliance/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

*Le goush Etsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/01/23/le-chemin-des-patriarches-4-le-goush-etzion/

*Mikve:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

*Dans la  Parachat Shkalim » (Shemot-Exode 30:11-16):
 L’Éternel parla à Moshe en ces termes:  « Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement… Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-shekel… Quiconque fera partie du dénombrement depuis l’âge de vingt ans et au-delà doit acquitter l’impôt de l’Éternel. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du shekel,

*Le shekel est le nom de la monnaie israelienne depuis 1980. Avant, nous avions garde les livres (d’origine britanniques). Déjà en 1902, dans son roman l »Altneuland, Herzl parlait du shekel:
David se tourna vers la vendeuse: « Quel est le prix des gants des deux messieurs? »
« Six Shekels »
Kingskort ouvrit grand les yeux:
« Qu’est-ce que c’est que ça? »
David sourit: « C’est notre monnaie. Nous avons réintroduit notre ancienne monnaie.

*Les Yerushalmim: les habitants de Jerusalem. C’est quand même plus joli que les Hyerosolomitains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Fouilles sur le Mont du Temple: Ce site se trouve depuis 1.300 ans sous la responsabilité des autorités musulmanes. En raison des sensibilités politiques et religieuses, aucune fouille archéologique méthodique n’a été permise sur le site. En 1967, après la guerre des six jours, Israël a malheureusement cédé le contrôle du Mont du Temple à l’administration du Waqf, organisation  en charge des sites musulmans.
La loi israélienne exige qu’avant  toute construction sur un site archéologique, des fouilles de sauvetage soient entreprises. Mais en 1999, dans le cadre de la construction de l’entrée d’une nouvelle mosquée, l’administration du Waqf a illicitement creusé une grande fosse sur le Mont du Temple, ignorant la loi. A peu près 400 camions ont déversé 9000 tonnes de terre et de gravats remplis d’artéfacts dans la vallée du Kidron, à quelques kilomètres de là. Les archéologues israéliens les ont aussitôt récupérés et y ont trouve des trésors.

 

 

 

 

 

 

Pourim, si on ôte les masques

Ce soir et demain*, nous nous réjouirons tous en lisant la meguila d’Esther,

(Cette meguila d’Esther, Italie du Nord, 18 ème siècle, se trouve au Musée Israel)

Nous agiterons nos  רעשנים (raashanim), crécelles:

et taperons des pieds en entendant le nom du méchant Haman et nous mangerons ses oreilles*, ce n’est que justice !

Mais pourquoi un texte aussi burlesque qui ressemble à un conte pour enfants se trouve-il inclus dans le corpus du Tanakh?
Le texte lui-même nous en donne la raison : ce texte raille les Juifs restés en exil !
L’histoire de Pourim se situe après le retour des Juifs à Jerusalem, retour permis par le grand roi Cyrus, selon son édit:
Ainsi parle Cyrus, roi de Perse: L’Eternel, Dieu du ciel, m’a mis entre les mains tous les royaumes de la terre, et c’est lui qui m’a donné mission de lui bâtir un temple à Jérusalem, qui est en Judée. S’il est parmi vous quelqu’un qui appartienne à son peuple, que son Dieu soit avec lui, pour qu’il monte à Jérusalem, qui est en Judée, et bâtisse le temple de l’Eternel, Dieu d’Israël, de ce Dieu qui réside à Jérusalem! Tous ceux qui restent [de ce peuple], quelle que soit leur résidence, leurs compatriotes devront les gratifier d’argent, d’or, d’objets de valeur et de bêtes de somme, en même temps que d’offrandes volontaires destinées au temple de Dieu à Jérusalem. »(Ezra 1,2-4)

Mais qui est revenu ?
Seulement environ 40 000  personnes et les commentaires nous disent que c’étaient surtout des marginaux.

Pourquoi ? Apres 70 ans seulement les Juifs avait-ils oublié leur patrie ? Certainement non, mais vous connaissez les raisons habituelles : finalement ces Perses ne sont pas si mal que ça, on arrive à bien vivre* et puis là bas, il n’y a plus que des scorpions et des serpents, les champs sont en friche, les villes sont en ruines , c’est dangereux etc…


« Sur les rives de Babylone, nous étions assis et nous pleurions en nous souvenons de Sion… Ah Yerushalayim, Yerushalayim… Pourquoi mon Dieu, pourquoi?.. Il n’y a rien que je n’aurais fait pour y revenir… Revenir dans notre ville. Permets moi juste une fois, juste une fois de marcher dans les ruelles… (ils évoquent leurs souvenirs). Moi j’y retournerai comme ça, sans rien, sans rien, même sans une pita… Et le shabbat, le shabbat… Ils chantent
Les amis, vous avez entendu? Le roi Cyrus nous permet de rentrer, l’exil est terminé!… Quoi? Quelle merveille! C’est formidable… Alors vous venez? Bien sûr, bien sur… Quoi, tu t’en vas Moshe? Bien sûr, mais maintenant, en ce moment c’est une peu problématique, tu comprends les enfants sont au milieu de l’année scolaire… Mais après je viens tout de suite… Et vous, alors vous venez? J’en meurs d’envie mais tu comprends, on construit en ce moment un deuxième étage au dessus de la piscine, et tu sais comment c’est difficile pour obtenir un permis… Mais des qu’on a terminé, on vend la maison et on vient… Alors Aviva et toi?
– Moi? Tu sais je viens de m’inscrire au club de gym et je ne veux pas perdre l’inscription. Zut alors comme j’aimerais venir, mais je te souhaite de réussir… Si tu savais comme je t’envie… On viendra, bien sur qu’on viendra, simplement pas maintenant, la nostalgie nous déchire… Et toi? Moi? Si seulement…  Je suis au milieu d’un poème alors… Tu écris un poème, quelle merveille! Mais il n’est pas fini…
Il récite:
Sur les bord du fleuve de Babylone j’étais assis et j’écrivais un poème sur Yerushalayim, soudain fut détruit le Temple et ce fut la fin du royaume de Juda… Pas mal, ça ne rime pas mais, pas mal… »

Et oui, et c’est exactement ce qui s’est passé!

Et la Meguila nous raconte la suite: « A Shoushan la capitale, vivait Mordekhai, homme juif, fils de Yair, fils de Shimi, fils de Kish, de la tribu de Benjamin ». (Esther 2,5)
Mordekhaï?
Mais Mordekhaï est un nom qui n’a rien de Juif (à l’époque). Il vient du nom du dieu Mardouk, c’est un nom tres provocateur, comme si un Juif s’appelait Jésus ou Mohamed ! Un nom tellement improbable que le texte doit préciser: איש יהודי (Ish Yehoudi), un homme juif.
L’expression איש יהודי (Ish yehoudi) ne se trouve qu’une autre fois dans le Tanakh, dans le livre du prophète Zacharie: « Ainsi parle l’Eternel: en ces jours-là, dix hommes de toute langue, de toute nation, saisiront le pan de l’habit d’un seul individu Yehoudi (juif) en disant: Nous voulons aller avec vous, car nous avons entendu dire que Dieu est avec vous ! »(Zacharie 8 23)
Dans ce texte du prophète Zacharie, ce n’est pas la dimension historique et politique que recherchent les nations, elles ne veulent qu’un vecteur qui les mènera à la connaissance de Dieu.
Mardouk est donc seulement Yehoudi, un Juif. Bien sur, il est aussi Yehoudi car originaire de Judée mais seulement originaire. Il n’a plus de lien concret avec son pays d’origine même s’il connait encore son arbre généalogique : ben Yair, ben Shim’i, ben Kish.
Quand à sa nièce Esther, elle porte bien le nom d’Hadassah, la myrte, mais pour le monde perse, elle est Esther, Astarté, elle porte le nom d’une déesse!
De plus, son nom nous rappelle aussi la racine סתר (STR) se cacher. Esther se cache. Elle cache d’ailleurs son identité en rentrant au palais – « Esther n’avait fait connaître ni son peuple, ni son origine, Mordekhaï lui ayant recommandé de n’en rien faire » – et continue à la cacher lorsqu’elle devient reine et pourtant nous dit le texte « Esther s’attira les sympathies de tous ceux qui la voyaient« .
On a donc la une population juive dont les figures emblématiques sont des Juifs qui souhaitent vivre transparents dans la société perse: Mordekhai et Esther. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas pratiquants, ne confondons pas les deux, Mais il ne leur reste plus que leur identité religieuse.
Alors que nous raconte  donc cette meguila?
Qu’on est déjà bien loin de l’époque de Cyrus,  même si l
‘immense empire perse  existe toujours.

Cet empire libéral compte 127 provinces plus ou moins autonomes où tous vivent selon leurs lois, du moment qu’ils payent leurs impôts à l’empereur. Les Juifs de Jerusalem, ceux qui sont revenus, sont dans ce cas.
Mais dans le même temps, cet empire est sur son déclin. Il est gouverné par un roi fantoche, ridicule et instable, A’hashveroush (Assuerus), symbole d’une décadence qui commence, en opposition au personnage de Vashti, sa femme. Elle, en digne petite- fille du conquérant Naboukhanetsar (Nabuchodonosor), refusera d’être traitée comme une prostituée à la fin du banquet officiel, ce qui lui vaudra une sentence de mort.

(le grand-père de Vashti. le roi Naboukhanetsar)

L’empire perse ne va pas bien et quand une empire est malade, alors apparaît toujours le méchant.
Ici, le méchant c’est Haman. Haman qui d’ailleurs n’est pas perse. Il est Hagagite, descendant de cet Hagag, que le roi Shaoul n’a pas tué alors qu’il en avait le devoir*. Mais surtout, il descend d’Amalek qui personnifie le mal absolu*.
Les premiers mots d’Haman sont un classique de la parole antisémite. Il a un différent avec un Juif: dans cette histoire c’est Mordekhai qui soudain en a assez des compromissions et refuse de s’agenouiller devant lui. Il va donc accuser tous les Juifs :
Haman dit au roi Assuérus: « Il est une nation répandue, disséminée parmi les autres nations dans toutes les provinces de ton royaume; ces gens ont des lois qui diffèrent de celles de toute autre nation; quant aux lois du roi, ils ne les observent point: il n’est donc pas de l’intérêt du roi de les conserver… Si tel est le bon plaisir du roi, qu’il soit rendu un ordre écrit de les faire périr, et moi, je mettrai dix mille kikkars d’argent à la disposition des agents [royaux] pour être versés dans les trésors du roi.
C’est tellement habituel d’utiliser les Juifs comme bouc émissaire et les gouvernements adorent en plus quand on leur graisse la patte !
Mais revenons à la meguila:
Non seulement les noms des personnages sont significatifs mais aussi les noms des lieux.
Où habite-t-il ce bon Mordekhaï-Mardouk, homme juif ? Il est écrit à Soushan, la capitale. Dans le Tanakh, chaque mot compte. Or, à l’époque du Tanakh (et contrairement à aujourd’hui) le mot בירה (bira) ne signifie pas capitale* mais ville fortifiée*. Mais pourquoi préciser que Shoushan était une ville fortifiée? Il semble en fait que ce mot בירה (bira) soit un rappel du Temple de Jerusalem. C’est ainsi qu’on lit dans le livre des Chroniques :
« Puis, le roi David dit à toute l’assemblée: « Mon fils Salomon, qui a été seul choisi par Dieu, est jeune et faible; or, grande est l’entreprise, car ce n’est pas à un homme, c’est à l’Eternel-Dieu qu’est destiné le Palais -Bira – c’est a dire le Temple – (Chroniques 1 29, 1)
De plus, le premier livre des Rois nous raconte que dans le Temple « le sommet des colonnes était travaillé en forme de Shoushan (lis) ainsi que  le rebord du grand bassin, «  travaillé en forme de calices de fleurs de lis« .

Revenons à la meguila. Qu’en est-il du palais royal? Le texte nous décrit:
– La salle intime du Roi où il est interdit d’entrer sans avoir été appelé sous peine de mort: « Tous les serviteurs du roi et la population des provinces du roi savent que toute personne, homme ou femme, qui pénètre chez le roi, dans la cour intérieure, sans avoir été convoquée, une loi égale pour tous la rend passible de la peine de mort; celui-là seul à qui le roi tend son sceptre d’or a la vie sauve. Or, moi, je n’ai pas été invitée à venir chez le roi voilà trente jours. »
Cela nous rappelle le kodech hakodachim, le Saint des saints du Temple.
– La cour extérieure du palais où seuls les ministres comme Haman peuvent se tenir, nous rappelle la partie du Temple réservée aux Cohanim.
– Enfin, la porte du palais où se tient Mordekhaï est semblable aux portes extérieures du Temple où le peuple pouvait se tenir.

Non seulement l’architecture mais aussi le vocabulaire nous rappelle le Temple.
Lorsque le roi convie tous les peuples de son empire à son festin, le texte dit qu’il « étale la richesse de son faste royal et la rare magnificence תפארת (tiferet)de sa grandeur… Ce n’étaient que tentures blanches… fixées par des cordons de byssus et de pourpre  ארגמן (argaman) sur des cylindres d’argent et des colonnes de marbre…
Ces mots nous rappellent la construction du tabernacle, ils sont toujours associés au Temple ou au כהן הגדול (Cohen hagadol), le grand-prêtre: La porte du parvis sera un rideau de vingt coudées, étoffe d’azur, de pourpre, d’écarlate et de lin retors, artistement brodés; elle aura quatre piliers avec quatre socles. Tous les piliers formant le pourtour du parvis seront unis par des tringles d’argent; leurs crochets seront d’argent et leurs socles de cuivre. (Chemot, Exode)
Comme vous le voyez, les masques tombent à Pourim: le masque de l’antisémitisme mais aussi le masque de cette double identité galoutique. Et les Juifs l’ont si bien compris que souvent dans leur histoire, lorsqu’ils échappaient de peu à un massacre, il célébraient un « Pourim » comme le Pourim de Saragosse, celui d’Oran, celui de Fossano etc*…
Mais alors une question se pose: s’il ne s’agit qu’une des nombreuses fois ou nous avons du sauver notre peau et si le texte ne nous demande qu’une chose, rentrer à la maison, alors pourquoi Pourim ici, en Israel?
Parce que la meguila a encore d’autres masques à enlever, elle a encore beaucoup à nous apprendre, mais ceci est une autre histoire!

A bientôt,

 

חג פורים שמח

*A Jerusalem, nous fêtons Pourim, un jour plus tard, soit le 15 Adar. Notre date est celle du Shoushan Pourim ou Pourim des villes fortifiées comme la ville fortifiée Shoushan

* Oreilles d’Haman: pâtisserie de Pourim. Les plus courantes sont celles photographiées ci-dessus et fourrées à la confiture ou au pavot. Je prépare les Orecchie di Haman d’après une recette du nord de l’Italie, qui ressemble aux merveilles provençales ou aux bugnes lyonnaises.

* L’exil à Babylone:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/05/au-bord-des-fleuves-de-babylonie/

* Hagag: roi d’Amalek, I Samuel, 15

* Amalek: le petit-fis d’Esav (Esaü) à la tête d’une bande de pillards qui attaquaient les plus faibles des Hébreux pendant la traversée du Sinaï. Dans la tradition juive, Amalek est devenu le symbole du mal.

* Shoushan n’est qu’une des grandes villes fortifiées de l’empire. Elle sera la résidence de l’empereur Darius, bien après l’affaire de Pourim (si Ahashveroush est, comme on le pense souvent, Artaxerxes longue main).

* Le mot Tiferet, magnificence ou gloire est employé par les allumeurs de torches lors de la cérémonie de Yom Haatsmaout. Ils allument לתפארת מדינת ישראל (letiferet medinat Israel) pour la magnificence de l’État d’Israel.

* Les alyiot au cours des siècles: tous mes articles sur les générations oubliées.

* Les « Pourim »:
http://www.pourim.com/

Nous sommes tous concernés!

L’UNESCO a encore frappé et a voté une 2 ème résolution niant tout lien entre le peuple juif, le Mont du Temple et même le Kotel (mur des lamentations) et ceci, après celle du 15 avril, rédigées toutes les deux par les experts de l’Autorité Palestinienne et  parrainée par le Liban,  l’Algérie,  l’Égypte, le sultanat d’Oman, le Soudan et le Qatar…
Une journaliste de la Metula News Agency vous l’explique très clairement:


Dans la résolution de L’UNESCO, il est dit que Jerusalem est sainte pour les 3 religions monothéistes mais ajoute ensuite que le Mont du Temple est déclaré sacré uniquement pour les musulmans, et mentionné seulement sous le nom d’esplanade des mosquées. Le Kotel est lui aussi déclaré « Judenrein » et appelé place Al Burak, du nom du cheval de Mahomet.
Mais vous parler politique encore une fois et vous dire à quel point je suis écœurée? Non, j’en ai fini avec tout cela. Pour une fois je ne vais pas prêcher pour ma paroisse, si vous me permettez cette expression, je vais m’adresser à vous, mes lecteurs chrétiens et prêcher pour la votre.
Cette résolution n’a bien sûr pas fait la une des journaux mais bien plus grave pour vous, elle n’a donné lieu à aucun commentaire officiel de la part des dignitaires religieux, théologiens et journalistes* chrétiens.
Et pourtant, si nous les Juifs nous n’avons pas de liens avec ce pays, Israel, avec notre capitale, Jerusalem, avec le Kotel et le Mont du Temple sans oublier les vestiges de ce dernier* et bien… ce que vous croyez, ce qui fait le fondement de votre foi n’est que faribole et billevesée.
Aussi, j’ai décidé de vous écrire, à vous qui vivez encore dans des démocraties où vous pouvez vous exprimer sans risquer votre vie, ce qui n’est pas le cas de la majorité des chrétiens vivant en terre d’Islam.

Je ne vais pas vous parler de Thora ou d’Ancien Testament, ou de judaïsme mais de vos sources qui sont celles du Nouveau Testament. Selon le Nouveau Testament, Jésus était juif, et il allait prier au Temple. Les évangiles décrivent des scènes se passant à Bethlehem en Judée, et bien sûr à Jerusalem. A Jerusalem ont lieu plusieurs épisodes comme:
– La vision de Zacharie dans le Temple (Luc 1,5-23),
– La venue des Mages auprès d’Hérode (Matthieu 2,1-12)
– La présentation de Jésus au Temple à 40 jours (Luc 2,22-38).
– Douze ans plus tard, c’est la rencontre de Jésus avec les docteurs de la Loi (Luc 2,41-52).

A mon grand regret, je suis donc obligée de vous annoncer que les évangiles seront réécrits comme ceci, une fois que la censure des béni-oui-oui de l’islam et des majorités automatiques à l’ONU et à l’UNESCO sera passée par là.
Quelques exemples dans l’évangile de Matthieu, chap 2, 1..5,6…20…
« Jésus Issa (devenu un prophète musulman mineur bien qu’antérieur à Mahomet, mais pourquoi ne pas se permettre un léger anachronisme?) étant né à Bethléhem en Judée  Cisjordanie, Palestine occupée par les Romains, au temps du roi sultan Hérode, voici des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem Al Qouds,
Ils lui dirent: A Bethléhem en Judée Cisjordanie, Palestine (toujours occupée et ceci pendant tout le récit)
Et toi, Bethléhem, terre de Juda Cisjordanie, Palestine, Tu n’es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda, Cisjordanie, Palestine, Car de toi sortira un chef qui paîtra Israël , mon peuple (là se pose un problème, on ne peut pas remplacer Israel par entité sioniste, car cela indiquerait encore que Jésus fait partie du complot sioniste)
2,20: Il dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va dans le pays d’Israël (?), car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts.
12,1-4: Les pharisiens  (Les pharisiens ont mauvaise presse dans le christianisme mais que faire? Ce nom indique qu’ils sont Juifs,  Comment donc nommer les méchants?), voyant cela, lui dirent: Voici, tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat (comment remplacer le mot sabbat?)… Mais Jésus Issa leur répondit: N’avez-vous pas lu ce que fit David Daoud, lorsqu’il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui, comment il entra dans la maison de Dieu mosquee d’El Aqsa*, et mangea les pains de proposition (encore un problème insoluble s’il n’y a pas eu de Temple)…
12,5: Ou, n’avez-vous pas lu dans la loi que, les jours de sabbat (?), les sacrificateurs violent le sabbat (?)  dans le Temple  la mosquee d’El Aqsa…
12,9: Étant parti de là, Jésus Issa entra dans la synagogue  mosquée (pas de synagogue à Al Qouds puisqu’il n’y a jamais eu de Juifs)
26,2: Vous savez que la Pâque (le Ramadan?) a lieu dans deux jours,
27,11: Jesus Issa comparut devant le gouverneur. Le gouverneur l’interrogea, en ces termes: Es-tu le roi des Juifs  (Oy Ve! Trouvez autre chose)?
27,51: Et voici, le voile du Temple de la mosquee d’El Aqsa se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas… »

Je ne vais pas vous en donnez plus. Si vous lisez le Nouveau Testament, vous pouvez continuer vous-mêmes.
Comme l’a dit notre Premier Ministre: »
Même si les membres de l’UNESCO ne lisent pas la Bible, je leur suggère d’aller voir l’Arc de Titus, à Rome. Sur celui-ci, on découvre ce que les Romains ont rapporté à Rome après avoir détruit et pillé le second Temple sur le Mont du Temple il y a 2 000 ans.
Là, gravé sur l’Arc de Titus, se trouve le chandelier à sept branches, qui est le symbole du peuple juif, et qui, au passage, est également le symbole de l’État juif d’aujourd’hui.
Mais bientôt, l’UNESCO dira que l’empereur Titus s’était embarqué dans la propagande sioniste. »*

 

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(Dreuz)

Cette photo trouvée sur la page facebook de Kravi est pour moi la réponse juive à l’UNESCO:

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Que les hommes politiques occidentaux se conduisent aussi servilement, cela ne m’étonne pas mais que pas un responsable, théologien, journaliste chrétien n’ait eu une réaction d’indignation me laisse pantoise.

Car en fait, je le répète: cette déclaration de l’UNESCO nie les fondements théologiques du christianisme! Et personne n’a réagit?

Ma grand-mère disait parfois: « Quand on te crache dessus, ne pense pas qu’il pleut« .
Ne sortez pas vos parapluies, ce n’est pas une bourrasque. Bien pire qu’un pogrom, c’est la négation de ce en quoi vous croyez, de ce qui fait votre foi, de ce que vous êtes. C’est l’hiver islamique qui s’installe, à vous de voir pour combien de temps!

Lors de la fête de Soukot, les Juifs offraient en sacrifice 70 taureaux pour la prospérité des 70 nations. Ils faisaient ces sacrifices dans le Temple qui n’a jamais existé… Je vous souhaite une bonne fête de Soukot.

A bientôt, 

PS:  En Israel, le père Gabriel Nadaf a réagi fortement. Voici ce qu’il a écrit sur sa page facebook:
« À la lumière de la fâcheuse décision politique de l’UNESCO, en ce dimanche je vais prier pour Jérusalem. Aussi, j’invite toutes les églises, tous les pasteurs et tous les prêtres à prier pour Jerusalem. Couper le lien entre le Mont du Temple, le Mur Occidental et le peuple juif constitue une violation des racines du christianisme et est en contradiction avec les deux religions. Chaque chrétien qui croit vraiment en la Bible ne peut pas rester silencieux. En ce dimanche, joignez-vous à moi dans la prière pour Jérusalem. »
pere-gabriel-nadaf

*Sur la première résolution de l’UNESCO, j’ai trouvé ce commentaire de Gérard Prasquier (Président d’honneur du CRIF)dans le journal La Croix:
http://www.la-croix.com/Debats/Courrier/Decision-de-l-Unesco-2016-05-25-1200762703

*Ce qui n’est pas le cas de ceux qui vivent au Moyen-Orient, à Gaza, à Bethlehem ou Ramallah ou dans certains pays d’Afrique.

*Lors de notre mariage, comme la tradition le veut, mon mari a cassé un verre en souvenir de la destruction du Temple de Jerusalem et non pas de la mosquée d’El Aqsa!

*http://www.dreuz.info/2016/10/14/le-moment-dhumour-de-netanyahu-apres-que-lunesco-ait-declare-que-le-peuple-juif-na-aucun-lien-avec-le-mont-du-temple/

*Des vestiges du Temple sont régulièrement découverts par les archéologues israéliens malgré les tentatives du Waqf jordanien de détruire toute trace juive.

*Israel a retiré sa participation à l’UNESCO.