Notre Jerusalem

En 2013, je publiais un article Jerusalem d’or*. Il est toujours d’actualité car Jerusalem est notre capitale depuis 3000 ans.
Le transfert de l’ambassade américaine à Jerusalem est certes une décision importante mais elle ne signifie pas que pour la première fois, Jerusalem est déclarée capitale de l’état d’Israel: elle l’est en fait depuis la création de l’état en 1948 même si aucun état jusqu’à présent l’avait reconnue comme telle.
Ceux qui nous la dénient ou qui nous la disputent ne le font pas par souci humaniste ou par équité mais simplement parce qu’il leur est impensable qu’elle le soit. Il est même impensable pour certains qu’elle se trouve en Israel*!
Pourquoi? Je pense sincèrement que nombres de nations nous ont concédé un état-refuge du bout des lèvres à condition que nous nous montrions reconnaissant en restant sous leur tutelle. Elles n’ont jamais pu accepter que cette ville si importante dans l’histoire de l’humanité soit en fait notre héritage ancestral.
Mais personne ne s’est vraiment rendu compte que pour nous Israel n’était pas qu’un refuge. Pourtant, les paroles de l’Hatikva sont très claires:
Tant qu’au fond du cœur l’âme juive vibre, et notre regard est tourné vers Sion,  vers les confins de l’Orient, notre espoir n’est pas encore perdu. Un espoir de 2000 ans, être un peuple libre sur notre terre, la terre de Sion et de Jerusalem.
Nous le chantions même avant la création de l’état d’Israel:

(Élèves d »une école juive à Munkacs,Tchécoslovaquie, en 1930)

Vous me direz que je confonds deux choses: Israel et Jerusalem. Non, je ne les confonds pas mais pour les Juifs au cours des âges les deux se confondaient. L’alyia de nombreux Juifs s’est faite en pensant à Jerusalem et non pas à Tel Aviv, Beer Sheva, ou aux kibboutzim. Le nom de Sion (l’une des collines de la ville) signifiait pour eux Jerusalem et Jerusalem englobait tout le pays. Dans le chant המסע לארץ ישראל (hamassa leeretz Israel), qui raconte odyssée dramatique des Juifs d’Ethiopie à travers le Soudan, une mère encourage ses enfants fatigués:
« Encore un peu, encore un peu, soulevez vos jambes, un dernier effort avant Jerusalem » et ensuite « encore un peu encore un peu, notre rêve se réalise, on arrive en Eretz Israel »

Nous ne sommes pas animés par un esprit guerrier, nous ne voulons pas dominer le monde. Mais nous sommes liés à notre héritage par un lien, celui qui nous relie à nos ancêtres et à cette terre. Il passe de génération en génération. C’est ainsi que le sionisme c’est le retour à Sion et que Jerusalem est au sommet de notre joie comme disait le prophète Jérémie…
Pour les uns, ce lien a une composante religieuse forte, parfois mystique, pour d’autres non.
Hier soir, à la télévision, l’interview d’un vieux monsieur qui fit partie du Groupe clandestin des sonneurs de Shofar*à l’âge de 13 ans. Ce groupe sonnait du shofar le jour de Kippour à la barbe des soldats anglais en faction au Kotel. Le  gouvernement britannique de l’époque  interdisait aux Juifs de sonner du Shofar et d’apporter des rouleaux de la Thora pour ne pas gêner les susceptibilités des musulmans. Ce jeune garçon ne l’avait pas fait par mysticisme religieux mais, dit-il, par « fierté nationale« .
Je me souviens d’un chant nostalgique que ma mère aimait beaucoup. Nous le fredonnions en canon: וִיהוּדָה, לְעוֹלָם תֵּשֵׁב; וִירוּשָׁלִַם, לְדוֹר וָדוֹר (Yehuda leolam teshev vyerushalayim ledor vador)
Yehouda sera toujours habité ainsi que Jerusalem de génération en génération:

Nous sommes revenus à la maison, nous sommes rentrés chez nous. Le shofar ne sonne pas sur le Mont du Temple mais déjà au Kotel et nous parcourons les rues de notre capitale, librement comme vous pouvez le faire chez vous, où que ce soit.
Dans notre capitale, dans notre pays, chacun peut ne pas croire ou croire et croire en ce qu’il veut. Si vous venez, vous entendrez les cloches et l’appel du muezzin. La réalité n’est pas toujours simple, elle est même souvent très compliquée, mais c’est la nôtre et nous nous faisons avec*.
Souvenez-vous: nous sommes simplement rentrés chez nous.

Dans la vidéo ci-dessous, Yehoram Gaon interprète pour les festivités du Jour de Jerusalem, ce chant dont voici le refrain:
« J’ai vue une ville drapée de lumière, elle monte dans les couleurs de l’arc en ciel et joue en moi comme une harpe »*

Comme le disait David Ben Gourion qui fut notre premier Premier Ministre: Si un pays a une âme, les montagnes de Jerusalem sont l’âme du pays d’Israel

 

A bientôt,

 

*  Jerusalem d’or:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*  Le groupe clandestin des souffleurs de Shofar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

*  Notre réalité :
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

* Jerusalem au sommet de notre joie: Psaume 137

* Pour le Consulat de France a Jerusalem, Jerusalem ne se trouve pas en Israel. Sur les cartes d’identité françaises établies par le Consulat, le nom de la rue est exact, le nom de la ville est bien Jerusalem mais le nom du pays…est aussi Jerusalem. Jerusalem se trouve donc hors territoire israélien. Et je précise pour les chipoteurs que c’est le cas même pour les quartiers se trouvant en deçà de la ligne d’armistice de 1949 et officiellement reconnus comme étant israéliens par la communauté internationale. Ah le vieux fantasme de l’internationalisation de Jerusalem!

* Chant écrit par Yossi Sarig, jeune compositeur du kibboutz Beit Hashita, tué pendant la guerre de Kippour

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Des trésors de la Bibliothèque Nationale de Jerusalem

Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire d’Israel et à celle des communautés juives à travers le monde, הסיפריה הלאומת (hasifria haloumit), la Bibliothèque Nationale est une mine de merveilles.

The National Library of Israel, Jerusalem (photo, Asaf Pinchuk)(La Bibliothèque Nationale, photo Assaf Pinchus)

Dès le 19 ème siècle, les Juifs de Palestine établissent des bibliothèques dans les principales villes mais on considère que c’est la bibliothèque « Beit Midrash Hasfarim Abarbanel », ouverte à Jérusalem en 1892, qui sera le vrai prémisse de cette institution. Son fondateur, un médecin de Byalistok, Yossef ‘Hazanovitch, avait déjà en tète cette vision d’une Bibliothèque Nationale juive. Il avait écrit dans le journal Hatzfira:
« A Jérusalem, un grand, magnifique bâtiment sera construit où tous les fruits de l’esprit juif seront sauvegardés. Seront conservés tous les livres dans toutes les langues qui parlent des Juifs et de leur érudition … A ce bâtiment afflueront nos rabbins, nos hommes sages, tous les membres instruits de notre peuple et tous ceux qui ont un cœur, comprennent notre littérature et son désir spirituel en aspirant à la Torah, à la sagesse et à la connaissance… »

midrash abravanel

(le Beit haSefarim Abarbanel en 1902)

En fait, la mission de la Bibliothèque Nationale est bien plus vaste: elle regroupe tous les documents publiés (audio, vidéo, imprimés ou manuscrits) sur le sujet de la Terre d’Israel, des communautés juives à travers le monde, du judaïsme etc… Sans compter des collections très différentes comme des écrits théologiques ou scientifiques de Newton.

newton manuscrits

Il y a peu, trois événements importants y ont eu lieu.
Une délégation de Juifs originaires d’Ethiopie a offert à la B.N.  un manuscrit très ancien,  contenant non seulement les 5 livres de la Thora mais aussi les livres de Josué, des Juges et de Ruth. Les Juifs originaires d’Ethiopie nomment la Thora אורית (Orit), mot qui vient de אורייתא (Oraita), Thora en hébreu de la Mishna et dont la racine est אור (Or) lumière.
Ces textes du Tanakh ont été traduits de l’hébreu il y a des centaines d’années en ghez, la langue liturgique des Juifs d’Ethiopie.

thora en ghez 3

(Bibliotheque Nationale photo Polina Eisenberg)

La situation des Juifs en Ethiopie a toujours été difficile. Ils étaient considérés comme serfs par le pouvoir en place. Mais, vers la fin du 19 ème siècle, leur situation s’est dégradée encore plus et nombreux furent ceux qui durent fuir dans des régions particulièrement reculées pour ne pas être forcés de se convertir au christianisme.
Ce manuscrit, l’un des plus sacrés pour la communauté juive en Ethiopie, transmis de génération en génération dans la famille d’un Keiss (Cohen), fut alors caché jusqu’au moment où les Juifs purent venir s’installer en Israel. Pendant leur voyage, jusqu’aux lieux de regroupement, à pied et dans des conditions terribles, les Juifs furent souvent victimes de pillards. Ce livre lui-même tomba entre leurs mains mais finalement fut abandonné par les pillards pour qui il n’avait pas de valeur.
Apres toutes ces aventures, le manuscrit arriva en mauvais état en Israel et dû subir un long processus de restauration. Enfin, il fut offert à la B.N. lors d’une cérémonie à Jerusalem au milieu de danses, de chants et de distribution de bonbons…

thora en ghez 2

(Bibliothèque nationale: photo Polina Eisenberg)

Presqu’au même moment, les derniers juifs du Yemen* étaient exfiltrés vers Israel.

olim yemenites

Les voici à leur arrivée à l’aéroport de Tel Aviv: la jeune femme porte encore le niqab obligatoire au Yemen.*

Eux aussi ont apporté un trésor: un manuscrit de la Thora, datant de 800 ans*.

thora yemen Haaretz

 

Ce rouleau de la Thora a été également offert en cadeau à la Bibliothèque Nationale, il y a quelques semaines.

Et enfin, la Bibliothèque Nationale a pu réunir 29 manuscrits de près d’un millier d’années, découverts dans des grottes servant de גניזות (ghenizot)* en Afghanistan.
Ces manuscrits nous renseignent sur les conditions de vie de Juifs au 11 ème et 12 ème siècles et nous permettent ainsi de remonter avant la conquête mongole qui les avait chassés de la région. Leur histoire ancienne était alors difficile à reconstituer. Il s’agit d’un vrai trésor culturel qui nous permet de découvrir une communauté florissante de marchands et de scientifiques et apporte des témoignages sur les relations entre les Juifs de Khorassan et ceux de Babylonie plus à l’ouest.

Khurasan_and_Afghans
Dans les écrits du judaïsme rabbinique dont ceux de Saadia Gaon* mais aussi ceux des Karaïtes, les Juifs du Khorassan sont considérés comme descendants des fameuses 10 tribus perdues…
Parmi les 29 manuscrits qui ont rejoint la Bibliothèque Nationale, il y a un commentaire de Saadia Gaon sur le Tanakh en judéo arabe:

commentaire de Saadia Gaon en judeo arabe

des lettres écrites en judéo-perse et des extraits de la Mishna en hébreu…

Enfin, dans la synagogue du Ministère des Affaires Étrangères et non plus à la Bibliothèque Nationale, a été solennellement installé un rouleau de la Thora originaire d’Irak. Beaucoup plus récent que les manuscrits yéménites, éthiopiens ou afghans, il n’a que 200 ans environ. Mais lui aussi a vécu de nombreuses aventures avant de rentrer à la maison.
Il a été écrit dans le Kurdistan irakien, non pas à l’encre de Chine, mais à l’extrait de grenade. Volé par le pouvoir irakien lors des grands départs, au début des années 50, et rangé dans un entrepôt des services secrets, il a été racheté discrètement et envoyé par l’armée américaine avec de nombreux autres manuscrits à l’Ambassade d’Israel à Amman au moment de la seconde guerre du Golfe. Après l’attaque et l’incendie de l’ambassade du Caire, Israel a décidé de rapatrier tous les documents purement culturels de son ambassade en Jordanie.
A Jerusalem, un סופר (sofer) scribe,  Akiva Garber, a trouvé un moyen de le restaurer suffisamment pour qu’il ne soit plus פסול (passoul, non conforme) malgré les nombreuses déchirures et moisissures.

Vous le voyez ici restauré, avec sur l’envers,  le cachet des services secrets irakiens.

thora-restauree(Photo coolamnews)

Et le voici dans son étui,  tenu par le gardien de la synagogue, Amnon Israel, lui-même originaire d’Irak.

thora irakienne-635x330(photo, coolamnews)

 

A bientôt,

*Site en anglais de la Bibliothèque Nationale:
http://web.nli.org.il/sites/nli/English/library/Pages/default.aspx

*Dans les pays du Moyen-Orient, les femmes juives ont souvent été obligées de sortir voilées pour leur sécurité:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Les derniers Juifs duYemen:
http://www.jpost.com/Diaspora/Jews-Who-Refused-to-Leave-Yemen-Have-Second-Thoughts-450210

*Jusqu’à l’arrivée de cette Thora yéménite de 800 ans, le plus vieux manuscrit juif répertorié datait de 750 ans. Il se trouve à Bologne

*Gheniza (ghenizot au pluriel): pièce, entrepôt, grenier,  ici grotte, servant de « tombe » aux écrits contenant le nom de Dieu (les 4 consonnes). La gheniza du Caire est devenue célèbre grâce aux découvertes de Salomon Schechter à la fin du 19 ème siècle:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guenizah_du_Caire

*Saadia Gaon: ne en Egypte en 882 ou 892 et mort en Babylonie en 942, l’une des plus hautes autorités spirituelles de l’époque de Gueonim de Babylonie. Son livre les plus connu en français est « Les devoirs du cœur »
les differentes epoques des sages de la Thora

 

Knesset Israel

Ce mardi, nous avons voté pour renouveler les membres de la Knesset et pour avoir un nouveau Premier Ministre (qui sera certainement le même!)
Le mot כנסת (Knesset) est connu de tous. Le Parlement israélien s’appelle la Knesset. Même les journalistes le  savent, c’est dire!
Mais savent-ils pourquoi notre Parlement porte-t-il ce nom?
Il y a bien longtemps, après les 70 ans de notre  esclavage en Babylonie* et notre retour chez nous grâce à l’édit de l’empereur perse Cyrus, nous avons du trouver un système de gouvernement. Même si les descendants du roi David, de la tribu de Yehuda, étaient connus*, les  organisateurs de notre retour en Israel, Ezra et Nehemia, n’avaient pas jugé bon de leur demander de nous gouverner.

reconstruction de jerusalem a l'epoque de Ezra et Nehemia Lea Hayerushalmit

(La reconstruction de Jerusalem à l’époque de Ezra et Nehemia, tableau de Lea Hayerushalmit)

Ils choisirent un système de gouvernement différent, un gouvernement parlementaire. D’après les textes de la Mishna et la Guemara,  120 חכמים (‘Hakhamim) ou sages  furent choisis pour y siéger. La Grande Assemblée, comme on l’appelait alors , fut présidée à ses débuts par Ezra et Nehemia fils de Haccala (Nehemia 8,10). Parmi ces 120 sages se trouvaient plusieurs prophètes dont Haggaï, Zekharia et  Malakhi.
Combien de temps resta-t-elle en exercice? Certains pensent qu’elle cessa ses fonctions au moment de l’invasion grecque au 3 ème siècle avant l’ère chrétienne. Pour d’autres, elle reprit du service à l’époque des ‘Hasmonaim*. L’un d’entre eux, שמעון הצדיק  (Shimon Hatsadik) ou Simon le Juste, aurait été appelé « membre de la Grande Assemblée* ».
Bien qu’Ezra et Nehemia se soient beaucoup souciés des difficultés socio-économiques de leurs contemporains, cette première Knesset est surtout connue, par la tradition juive, pour ses profondes réformes dans le domaine religieux. D’après les textes rabbiniques, ses membres ont rédigé un certains nombre de livres bibliques comme celui du prophète Ezechiel , ceux des 12 petits prophètes* et aussi celui de Daniel et celui d’Esther. Ils ont également fixé le canon biblique et ajouté trois livres controversés attribués au roi Salomon: שיר השירים (Shir hashirim) ou Cantique des Cantiques qui devait sembler trop osé, משלי (Mishlei) les Proverbes et surtout קוהלת (Kohelet) l’Ecclesiaste trop désabusé…
L’importance de leur travail est reconnue jusqu’à présent. Ils sont mentionnés dans la Mishna dans l’introduction des פירקה אבות (Pirke Avot) ou Traité des Pères) comme l’ultime maillon direct depuis Moshe: « Moshe reçut la Loi au Sinaï, il l’a transmise à Yoshua, celui-ci l’a transmise aux prophètes et ces derniers la transmirent aux membres de la Grande Assemblée ».
Le peuple est souvent appelé כנסת ישראל (Knesset Israel), l’assemblée d’Israel et le mot synagogue, qui apparaît aussi à la cette même période, veut dire maison de l’assemblée ou maison de réunion, בית כנסת (Beit Knesset).

pirkeiavot sages de la thora

Donc, si aujourd’hui notre Parlement actuel compte 120 membres.  c’est en souvenir des 120 membres de cet ancien parlement.

Au tout début du Mandat britannique, le 19 avril 1920, fut élue pour la première fois une Assemblée des Représentants du Yishuv* mais elle n’avait qu’un pouvoir consultatif, les Britanniques étant les maîtres du pays.
L’état d’Israel est proclamé le 5 Iyar 5708 ou le 14 mais 1948. La guerre a commencé en décembre 1947 et durera jusqu’à l’armistice de Rhodes en été 1949.
Le jour de Tou Bishvat (14 Février 1949) se tient à Jérusalem la première réunion du Conseil d’Etat Temporaire. Pour l’occasion, le poète Natan Alterman publie son  poème « Avec la nouvelle Assemblée ».
Ce jour la, la plupart des participants sont arrives de la « plaine ». Ils s’arrêtent en chemin pour planter des arbres à Shaar Hagai, haut lieu* de la bataille pour Jerusalem.
Le président du Conseil d’Etat, Hayim Weizman, ouvre la cérémonie par ces mots: 
« C’est avec un sentiment de crainte et de tremblement devant la solennité de ce jour que j’ouvre cette première Knesset  dans la ville éternelle de Jerusalem. Notre peuple peut louer la bonté de Dieu. Nous avons pu voir après des générations de douleur et de souffrances, la rédemption les fondations de la Knesset. Elevez vos louanges pour vote premier colloque. Souvenez vous que les yeux du peuple juif sont tournés vers vous et que les désirs et les prières des générations accompagnent vos pas« 

Quelques jours plus tard, le 17 fevrier 1949, Hayim Weizman est nommé président de l’état d’Israel et le 8 mars David Ben Gourion forme le premier gouvernement

Apres avoir siégé dans le bâtiment de l’Agence Juive à Jerusalem et  ensuite à Tel Aviv  du fait de la guerre, la Knesset retourne à Jerusalem à la fin de l’année 1949. David Ben Gourion ne voulait pas attendre car avait-il déclaré: « Jerusalem est juive, et c’est une partie organique et impossible à séparer de l’état d’Israel, de la foi d’Israel et de l’âme d’Israel ».
La Knesset restera dans un bâtiment de la rue King Georges dans le centre ville, la maison Froumine jusqu’en 1965. Le nouveau bâtiment, celui que nous connqissons actuellement, sera inauguré le 30 août 1966.

knesset premier batiment de 1950 a 1965

(la maison Froumine en centre ville)

La Knesset est donc détentrice du pouvoir législatif mais dispose aussi d’un pouvoir de contrôle sur le pouvoir exécutif: elle vote les lois, le budget, contrôle le gouvernement, élit le président de l’état et le contrôleur de l’état. Elle peut aussi censurer le gouvernement. Ses 120 députés sont élus pour un mandat de 4 ans. Elle peut être dissoute par le président de l’État, à la demande du Premier ministre. C’est ce qui s’est passé il y a quelques mois et qui a conduit aux élections de cette semaine.

Le mode d’élection de la Knesset est un scrutin proportionnel plurinominal et il n’y a pas de circonscriptions. Les députés ne sont pas redevables aux électeurs de leur région, ce sont les élus des conseils régionaux qui le sont. Ce mode de scrutin, très différent du modèle français, donne aux électeurs la possibilité de voter pour un parti et non pas une personne. Puis les sièges sont attribués aux différents partis proportionnellement au nombre de voix qu’ils ont obtenues. Les candidats élus sont pris dans chacune des listes dans leur ordre d’apparition.
Pour qu’un parti puisse obtenir au moins un siège, il doit atteindre une proportion minimum de voix. En 2015 ce seuil est monté à 3,25%. Les voix restantes sont ensuite reparties selon une méthode mathématique, la méthode de Hondt*. Comme c’est bien trop compliqué pour moi, lisez la note en bas de page, j’espère que l’auteur de l’article ne s’est pas trompé!

Comme le seuil nécessaire est relativement bas 3,25%, sont représentés à la Knesset non seulement les partis classiques (droite et gauche traditionnelles) mais aussi de nombreux partis qui défendent des intérêts sectoriels ou plus spécifiques. Vous pouvez imaginer la multitude de partis!
Ici des soldats perplexes examinent  un document (rédigé en Hébreu, Arabe et Russe) mentionnant tous les partis en lice:

elections les nombreux partis

Les députés travaillent dur, c’est sûr. La chaîne de télévision de la Knesset diffuse d’ailleurs aussi bien les séances (pendant lesquelles deux ou trois députés peuvent somnoler), que les commissions très animées qui servent à la préparation les lois. A ces commissions sont invités non seulement des élus mais des personnes appartenant aux différents corps de l’état et à la société civile selon le sujet abordé.

knesset interieur
Toutefois en dehors de ces arides mais nécessaires occupations, les députés peuvent aussi participer au club de Tanakh où ils écoutent et discutent de textes avec de savants professeurs d’université et parfois en présence de lycéens. Un député arabe Massoud Ganaim est un habitué du club et ceci depuis que ses camarades de la Knesset, Tsipi Hotovely, Michael Ben Ari, Alieh Elad et le regretté Uri Orbach, l’ont invité car il est professeur d’histoire et se passionne pour la Bible..
Allons bon! Des députés juifs appartenant à la droite nationaliste (l’extrême droite raciste comme l’écrivent les journaux européens) invitant naturellement un député arabe de l’extrême-gauche, intéressé par le Tanakh! N’est-ce pas à l’opposé de ce que vous lisez habituellement sur Israel?  Certains journalistes n’ont pas pu ne pas noter la déclaration de Massoud Ganaim:  » la Bible est un livre de culture mondiale qui a beaucoup influencé l’histoire du monde« 

knesset massoud ganaim

(Massoud Ganaim)


Le bâtiment actuel a été construit et inauguré en 1966 sur la colline de Guivat Ram, non loin de l’Université Hébraïque et du Musée Israel.

x
La célèbre Menorah qui se trouve devant le bâtiment est l’oeuvre de Benno Elkan:

knesset menora
Le sculpteur David Palombo a créé les trois portes monumentales qui mènent à l’esplanade  

knesset porteset le monument aux morts de la guerre d’Indépendance nommé « le Buisson Ardent ».

knesset le buisson ardent

Trois portes monumentales en cuivre permettent d’accéder au  bâtiment. Ce sont les Portes des Tribus de l’artiste tchèque Shraga Weill: elles représentent respectivement l’exil, la création de l’état d’Israel et le rassemblement des exilés.

knesset porte des tribus(Porte symbolisant les rassemblement des éxilés)

Les réceptions sont en général données dans le salon Chagall, décoré de tapisseries de l’artiste:

knesset tapisserie chagall
ou de mosaïques représentant les 12 tribus:

knesset mosaique chagall

 

Une anecdote personnelle: lorsque mon mari étudiait à l’oulpan, sa classe avait eu droit à une visite de la Knesset commentée par quelques députés. Celui qui pris en charge le groupe de mon mari était un député d’origine éthiopienne, Shlomo Mulla.

Shlomo Mulla
Il leur raconta son histoire personnelle: âgé de 13 ans seulement, il quitta son village du Gondar, dans le sud de l’Ethiopie, en compagnie de 5 autres adolescents orphelins comme lui. Après un périple terrible, à pied, où seulement 3 d’entre eux survécurent, ils arrivèrent au Soudan, là où un avion de l’agence juive les attendait. Dès qu’ils montèrent dans l’avion, lui et ses compagnons eurent le sentiment d’être tombés dans un piège. Les membres de l’Agence juive étaient des blancs. Or les seuls juifs qu’ils connaissaient étaient noirs!! Ils crurent être entre les mains de marchands d’esclaves musulmans!
Heureusement, un homme noir les rassura. Oui, lui aussi était juif, et oui, ces blancs aussi étaient juifs. Ils étaient israéliens et les emmenaient en Eretz Israel!

Pour terminer mon article, voici quelques photos du jour des élections.

On peut se marier et aller voter:

elections mariee 2

 

On vote partout, ici dans un poste militaire avancé: 

elections urne improvisée dans un poste avancé

Et aussi à Rahat dans le Neguev:

elections bedouines

On vote à l’hôpital :

elections hopital

Le jour des élections, on élisait  aussi au zoo l’animal le plus populaire parmi les visiteurs!

zoo

 (J’ai chois cette photo du zoo de Jerusalem, surprenante,
non pas parce qu’elle reflète la réalité de notre vie ici,
mais parce qu’elle a été publiée dans le Saudi Gazette! Tous les espoirs sont permis)

Ceux-ci devaient choisir  une de ces cartes

elections zoo de jerusalem

et l’éléphant était chargé de les mettre dans l’urne:

elections zoo
Pour les 1000 votants, les lions se sont bien sûr taillé la part du lion avec 251 bulletins, suivis par les éléphants, les pingouins et les kangourous… et en laissant loin derrière les crocodiles et les vautours.

vautours
Comme le jour des élections est un jour férié, le bord de mer, les parcs étaient pleins. Les routes bouchonnaient et à la patinoire* de Jerusalem, Yael, Naama et  Avigail s’en sont données à cœur joie comme les deux enfants sur la photo:

patinoire pinguin

 

A bientôt,
*esclavage en Babylonie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/05/au-bord-des-fleuves-de-babylonie/

*la dynastie du roi David: ses descendants de la période post-biblique sont connus par la population juive qui les tient en grand honneur et ceci pendant des siècles: à l’époque des Geonim de Babylonie ( de la fin du 6 ème siècle au 11 ème siècle de l’ère chrétienne), c’est parmi eux que seront choisis les exilarques ou chefs de la communauté juive en exil. La communauté juive de Babylonie se dispersera au 11 eme siècle a la suite de guerres agitant ce qui est l’Irak actuel. Certains partiront en Inde, d’autres dans tout le pourtour méditerranéen. Certaines familles comme la famille Saltiel, connue à Gérone des le 13 ème siècle, ont toujours mentionné leur liens familiaux avec la dynastie du roi David

*Les ‘Hashmonai,: la dynastie des Makabim (voir les articles tagués  ‘Hanouka

* Les 12 petits prophètes: appelés ainsi à cause de la brièveté du livre qui porte leur nom. Il s’agit de Hoshea, Yoel, Amos, Ovadia, Yona, Mikha, Nahum, Habakuk, Tsephania, ‘Haggaï, Zekharia et Malakhi

*Shimon Hatsadik avait coutume de dire: Le monde subsiste par trois choses qui sont la loi, le culte et la charité. On lui connait comme disciples Antigonus de Sakha, Yoshua ben Yesher de Zereda et Yoshua ben Yohanan de Jerusalem et les Sages de la Mishna continuent cette lignée qui n’a plus aucun pouvoir politique à partir de l’invasion romaine

*le Yishuv: organisation de la communaute juive en Palestine avant la création de l’état d’Israel

*Shaar Hagai:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/01/09/les-boulettes-de-la-victoire/

*Le scrutin proportionnel plurinominal et la methode de Hondt:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scrutin_proportionnel_plurinominal

Le mois de Heshvan

Heshvan est le deuxième mois du calendrier religieux et le huitième du calendrier civil.

Avant l’exil à Babylone, le mois était connu sous le nom de Bul, et c’est ainsi qu’il apparaît dans la Bible, dans le premier livre des Rois, 6,38 : «   la onzième année, au mois de Bul, qui est le huitième mois, la maison fut achevée dans toutes ses parties et selon toute l’ordonnance à son égard. Et [Salomon] la bâtit en sept ans”
Le mois fut ensuite appelé Heshvan ou Marheshvan. Bien sûr, certains vous diront que ce mot de Marheshvan vient de l’assyrien Arahsammu « le huitième mois » mais vous savez bien maintenant que chez nous, on ne s’attache pas à ce genre de choses.
Et nos sages (selon l’expression consacrée qui me fait toujours penser à un aréopage aux barbes blanches), nos sages donc ont décidé que le mot Marheshvan voulait dire Mar (amer) Heshvan puisqu’il est le seul mois à ne pas avoir la moindre petite fête.

S’ils avaient consulté leurs épouses, ils auraient peut être entendu qu’un mois sans fête à préparer n’est pas amer pour tout le monde et qu’il était nécessaire de nous permettre de faire une petite  pause avant les beignets de Hannouka.
Certains disent aussi que son ancien nom de Bul fait référence au déluge (mabul) car, comme c’est écrit dans le livre de la Genèse, l’inondation a commencé  « au second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour-là, toutes les fontaines du grand abîme se rompirent et les écluses des cieux s’ouvrirent », mais comme c’était il y a très longtemps, nous prions sans crainte pour la pluie tout  en surveillant, comme vous le savez, le niveau du Kinnereth.

Plus près de nous, et ce serait une bonne  raison pour l’appeler Mar, amer, le  7 du mois de Heshvan, le 15 novembre 1938,  c’était la Nuit de Cristal…

Mais ce mois se termine joyeusement : Il comporte maintenant une nouvelle fête qui ne se trouvait pas dans le calendrier juif et qui n’est célébrée qu’en Israël :la fête du Sighd. C’est une fête particulière aux Juifs d’Éthiopie, son nom veut dire prosternation en amharique.

50 jours après Kippour, le 29 Heshvan, les Juifs originaires d’Éthiopie commémorent  le renouvellement de l’Alliance entre le peuple, Dieu et la Thora tel qu’il a été célébré en Israël par Ezra et Nehemia, il y a 2500 ans

«  Ezra ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple, car il était [élevé] au-dessus de tout le peuple ; et quand il l’ouvrit, tout le peuple se tint debout. Ezra bénit l’Éternel, le grand Dieu, et tout le peuple répondit : Amen, Amen ! en élevant les mains, et ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant l’Éternel, le visage contre terre. » (Nehemia chap. 8,5,6) et «  Et ils se levèrent à leurs places, et lurent dans le livre de la loi de l’Éternel, leur Dieu, pendant un quart de la journée,  et pendant un quart, ils firent confession et se prosternèrent devant l’Éternel, leur Dieu. »(Nehemia chap. 9,3)

En Éthiopie, la cérémonie avait lieu sur une montagne, censée ressembler au Sinaï. Les anciens grimpaient au sommet pour prier puis la communauté allait se purifier dans une rivière, les prêtres (Kessim =cohanim) lisaient des extraits de la Thora et les gens se prosternaient en signe de soumission. La fête se terminait par des chants et des danses.

Aujourd’hui en Israël, les Juifs éthiopiens jeûnent, vont prier  au kotel et ensuite se retrouvent sur la promenade d’Armon Hanatsiv (que vous connaissez certainement sous le nom de Tayelet), les Kessim leur lisent des extraits de la Thora, protégés par des ombrelles multicolores.

Tout se termine par un grand pique-nique, des chants et des danses dans l’après-midi:

La Tayelet offre une vue superbe sur toute la ville de Jérusalem et, au loin, sur le Mont  du Temple (Har habait)

Le Sighd est devenu une fête officielle en Israël et si elle est encore très nouvelle, elle prend de plus en plus d’importance, célébrée dans la maison du Président, par les municipalités, les mouvements de jeunesse:

et les écoles:

(école Reshit, Jérusalem)

Cette année, j’ai bien l’intention d’y participer.

A bientôt,