Parlez-vous le Yerushalmi?

 A la fin du livre d’Esther, il est écrit:
…Eh bien! écrivez vous-mêmes, au nom du roi, en faveur des juifs, comme vous le jugerez bon, et signez avec l’anneau royal, car un ordre écrit au nom du roi et muni du sceau royal ne peut être rapporté. »
 Sur l’heure même, on convoqua les secrétaires du roi, c’était dans le troisième mois, qui est le mois de Sivan, le vingt-troisième jour du mois et on écrivit, tout comme Mordekhaï l’ordonna, aux juifs, aux satrapes, aux gouverneurs et aux préfets des provinces qui s’étendaient de l’Inde à l’Ethiopie cent-vingt-sept provinces en s’adressant à chaque province suivant son système d’écriture et à chaque peuple suivant son idiome, de même aux juifs selon leur écriture et selon leur langue. (Esther 8 8,9)
וְאַתֶּם כִּתְבוּ עַל-הַיְּהוּדִים כַּטּוֹב בְּעֵינֵיכֶם, בְּשֵׁם הַמֶּלֶךְ, וְחִתְמוּ, בְּטַבַּעַת הַמֶּלֶךְ: כִּי-כְתָב אֲשֶׁר-נִכְתָּב בְּשֵׁם-הַמֶּלֶךְ, וְנַחְתּוֹם בְּטַבַּעַת הַמֶּלֶךְ–אֵין לְהָשִׁיב. ט וַיִּקָּרְאוּ סֹפְרֵי-הַמֶּלֶךְ בָּעֵת-הַהִיא בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי הוּא-חֹדֶשׁ סִיוָן, בִּשְׁלוֹשָׁה וְעֶשְׂרִים בּוֹ, וַיִּכָּתֵב כְּכָל-אֲשֶׁר-צִוָּה מָרְדֳּכַי אֶל-הַיְּהוּדִים וְאֶל הָאֲחַשְׁדַּרְפְּנִים-וְהַפַּחוֹת וְשָׂרֵי הַמְּדִינוֹת אֲשֶׁר מֵהֹדּוּ וְעַד-כּוּשׁ שֶׁבַע וְעֶשְׂרִים וּמֵאָה מְדִינָה, מְדִינָה וּמְדִינָה כִּכְתָבָהּ וְעַם וָעָם כִּלְשֹׁנוֹ; וְאֶל-הַיְּהוּדִים–כִּכְתָבָם, וְכִלְשׁוֹנָם

A ce moment la, quelle était la langue des Juifs? L’hébreu évidemment! Mais déjà chaque région, chaque ville devait avoir son propre vocabulaire et son propre accent correspondants à un style de vie, à des figures locales ou imaginaires selon aussi les groupes sociaux: pensez au Guignol de Lyon ou au Bekhor el bovo (l’aîné, le baveux) des Juifs de Turquie et des Balkans, au J’e’ha d’Afrique du Nord ou au  Shlimazel, le « pas-de-chance » des régions ashkenazes.

(Quand danse le shlimazel, les cordes des instruments se cassent)

Eh bien ici, à Yerushalayim, nous parlons le Yerushalmi!
Sans doute que dans les kibboutzim, ils ont leur propre jargon, de même qu’à Tel Aviv, l’accent diffère selon qu’on appartienne à la elita (élite auto-proclamée) ou aux quartiers populaires, mais chez nous à Jerusalem, c’est le yerushalmi.
Vous n’entendrez pas le yerushalmi dans les oulpanim (c’est déjà assez difficile de se débrouiller en hébreu!) ou dans les quartiers d’affaires.
Mais si vous vous promenez à Ma’hane Yehuda* ou à Na’hlaot*, écoutez, écoutez attentivement car vous aurez du mal à comprendre ce qui se dit.
On raconte qu’à Ma’hane Yehuda, un marchand de pistaches s’était trouvé une épouse éduquée à l’occidentale: belle, bien habillée, délicate. Les hommes l’admiraient, les femmes l’enviaient… Mais lorsque les habitants de Ma’hane Yehouda l’entendirent, ils s’exclamèrent: Quelle langue parle-t-elle? La pauvre! Elle ne sait pas un mot de yerushalmi!
C’est vrai qu’il est difficile de s’y retrouver dans ce mélange d’hébreu, d’arabe, de judéo-espagnol* et de yiddish particulièrement riche. C’est aussi ça le מעורב ירושלמי (meorav yerushalmi) le Mélange de Jerusalem*.
Voici un guide fort utile pour survivre dans ces quartiers:

Tout d’abord, même si vous avez l’accent français, pour parler yerushalmi vous devez allonger la syllabe a. On ne dit pas מתאיים (mataim – deux cents), mais mataaaaim. Et de même pour אופניים (ofanaaaim – le vélo), מגפיים (magafaaim – les bottes), ainsi que pour מהנדס (meaaaandes – l’ingénieur), (Appelez meaandes tout technicien, cela lui fera plaisir) et jaaket, une veste (mot qui ne vient bien sûr pas de la Thora).
Si vous voulez acheter une serpillière, ne demandez pas une spongia mais dites shpongia et si le marchand vous indique nonchalamment où elle se trouve: mi’houtsh, comprenez מחוץ (mi’houtz), dehors, et allez la chercher, car il n’a nulle envie de se bouger pour vous tendre une simple serpillière!

Maintenant, passons au vocabulaire. Les expressions en yerushalmi ont toutes trait à la vie quotidienne:
Munis de votre serpillière, vous avez brusquement faim. Vous trouverez toujours un אש תנור (esh tanour) brûlant pour vous sustenter. Non, il ne s’agit pas du feu du four (אש תנור=esh tanour) mais d’une lafa, appelée aussi פיתה עירקית (pita irakit) pita irakienne, que vous tremperez dans toutes les sauces ou qui enveloppera votre sandwish sabi’h* contrairement à la pita classique, sorte de petit sac qui se troue toujours au mauvais moment:

Si le vendeur tarde à vous servir, il se fera tancer d’un bard (froid en arabe et paresseux en hébreu yerushalmi).
Dans un magasin de délicatessen, ne dites pas דג מלוח (dag maloua’h), un poisson salé. Entoure des saumons fumés et autres harengs, le vendeur se sentira offensé.
Moi? un poisson salé?
Vous l’aurez traité de Juif allemand! Ah les pauvres Juifs d’origine allemande que n’ont-ils pas entendu à leur arrivée: dag maloua’h, poisson salé, parce qu’ils ne braillaient pas à tout va et faisait preuve de retenues quelles en toute circonstance et yeke, à cause de la Jacke, la veste, qu’ils s’obstinaient à porter en plein été!

(Le poisson froid est aussi un jeu: un deux trois, dag maloua’h! C’est l’équivalent du un, deux, trois soleil français)

Si vous vous endimanchez, quoi qu’ici on parlera plutôt du shabess kleid (vêtement de shabbat), vous vous ferez traiter de franji, français, l’élégant, le gandin, celui qui sort, comme disait Pagnol, avec le chapeau et la canne.
La vie du yerushalmi traditionnel se passe autant chez lui que dans la cour, en compagnie des voisins.

Dans son émission du vendredi matin, Haparlament hayerushalmi (le Parlement de Jerusalem), Shouki ben Ami se souvient de sa grand-mère. Elle chassait avec vigueur tous les chats quémandeurs, qui pour les yerushalmim ne sont que des חתולות (‘hatoulot – chattes) et non pas des חתולים (‘hatoulim – chats), avant d’inviter  tous les shnorrer* du quartier pour la קבלת שבת (kabalat shabbat )*. Elle installait des grandes tables sur des tréteaux qu’on appelle חמורים (‘hamorim – ânes) partout sauf à Jerusalem où ils se nomment j’hashim et elle y empilait des montagnes de nourritures pour qu’ils s’emplissent le ventre au moins une fois par semaine.
Et chacun chantait Tsur mishelo avec ferveur:
Nous te remercions pour ce repas, notre Père, nous avons mangé et nous sommes rassasiés… Nous te remercions pour ce magnifique pays que tu nous a donné. Yehoram Gaon l’interprète ici en judeo-espagnol et en hébreu:

A Jerusalem on descend toujours vers le centre ville qui se trouve plutôt en haut d’une des nombreuse collines. Et comme les rues sont toujours embouteillées, mieux vaut prendre son deux roues motorisé, le טוסטוס (toustous). Je ne suis pas plus précise car toustous s’emploie pour les mobylettes parfois pour les vieilles motos mais pas pour les modernes vélos électriques qui eux ne toussent pas.


La première fois que mes petites filles m’ont expliqué que leur copine habitait pas loin du monstre (mifletset=מיפלצת), j’ai été quelque peu étonnée. Mais non, nous avons un monstre à Jerusalem!

(Le monstre est une statue-toboggan de Niki de Saint Phalle dans le quartier de Kiriat Yovel)

Les enfants l’apprécient et ça nous change d’abou yo yo, qui dans le reste du pays s’appelle שק קמח (sak kema’h) sac de farine:

Maintenant, je suis une vraie yerushalmit et quand mes petites filles me demandent de les coiffer et de leur faire un קוקו שקר (koukou sheker – un coucou menteur), je sais qu’il ne s’agit que d’ une demi-queue de cheval!

 

 

A bientôt,

* Ma’hane Yehuda:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/11/28/mahane-yehouda/

* Na’hlaot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/15/ballade-en-hiver-dans-nahlaot/

* Le Mélange de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/30/le-melange-de-jerusalem/

*Le sandwich sabi’h:
Servi dans une pita, contient traditionnellement  des aubergines sautées, des œufs durs, de la sauce tahina, du jus de citron et de l’ail, on peut aussi y rajouter du ‘houmous, de la salade israélienne (cubes de tomates et de concombres, du persil et de l’amba, un chutney de mangue.  Traditionnellement, il est le brunch du shabbat des juifs d’origine irakienne qui y rajoutent les œufs bruns, cuits toute la nuit dans le ‘hamin. Certains y rajoutent du s’hug (condiment vert yéménite qu’il faut manier avec prudence).
Et c’est la que la pita se troue!

* J’emploie le mot judéo-espagnol et non pas ladino, suivant ainsi les directives de Hayim Vidal Sephiha. Un très bon article sur les langues juives:
https://www.jforum.fr/de-lhebreu-aux-langues-juives.html

* Schnorrer: certains pensent que c’est un mendiant. Pas du tout! C’est un bon Juif qui nous permet de nous montrer généreux. Si vous ne me croyez pas lisez Le roi des schnorrers d’Israel Zangwill

* Kaballat Shabbat: l’accueil du shabbat

 

 

 

 

Eliezer Ben Yehuda

En Israël, chaque ville a une rue Ben Yehuda. A Tel Aviv c’est une des artères les plus bruyantes de la ville et ici a Jérusalem , c’est une charmante rue piétonne, rendez vous des touristes et bordée de cafés.

Mais savez vous qui était Eliezer Ben Yehuda?

 
Avant de le découvrir, nous allons faire un petit tour au 19ème siècle. Les communautés juives au 19ème siècle ont vu de grands changements qui ont complètement bouleversé leur manière de vivre et de comprendre leur destin.

Tout d’abord elles sont émancipées petit à petit: Les premiers à l’être, les Juifs de France se sont vu acceptés (s0us c0nditions*) en tant que citoyens français, puis refusés et finalement acceptés à nouveau  en 1818. Dans d’autres pays, les Juifs ont du attendre la deuxième moitié du 19ème siècle et enfin les Juifs de Rome verront  leur ghetto s’ouvrir en 1870 seulement.
Quant aux Juifs de l’empire russe, ils devront attendre encore un peu plus longtemps.

Et les Juifs des pays musulmans?   Eh bien pour eux aussi les choses changent au fur et à mesure que la France et l’Angleterre colonisent l’Afrique du Nord et le Moyen Orient.

Mais là aussi comme ailleurs, alors qu’on a l’ impression en partie vraie que les Juifs vivent de mieux en mieux, il y a beaucoup d’accrocs** à cette émancipation et surtout beaucoup de questions nouvelles qui se posent aux Juifs eux mêmes. Et en particulier, celles- ci:

Qu’est ce que cette émancipation? Devons nous être des citoyens comme les autres ou garder notre vision particulière du monde? Faut-il s’assimiler quitte a disparaître ou…retourner chez nous?
Les réponses sont nombreuses et toutes de bonne foi. Ne croyez pas que les Juifs de cette époque tombent dans la facilité. Certains décident de disparaître en tant que membres d’un peuple particulier et de garder le judaïsme comme une religion, d’autres veulent s’organiser en entités séparées vassales du pouvoir mais autonomes, d’autres sont persuadés que l’Argentine ou l’Amérique du Nord seront un nouveau monde et enfin d’autres pensent qu’ils ne sont pas obligés d’attendre le Messie pour rentrer chez eux.

Parmi ces derniers de trouve Eliezer Perlman qui deviendra Eliezer Ben Yehuda (le fils de Yehuda) et  qui naît en Lituanie en 1858.

Dans l’empire russe, on ne parle pas d’émancipation c’est même dangereux d’en parler mais Eliezer a comme maître dans sa yeshiva un rabbin maskil, c’est à dire tenant de la Haskala* **qui lui fait lire des livres interdits dans la yeshiva et le relie aux préoccupations des Juifs du monde moderne. Pendant un temps, il flirte même avec le nihilisme, rompt presque entièrement ses attaches avec la communauté juive mais ce qui le retiendra, c’est son amour de l’hébreu. Il lit en hébreu tout ce qui lui tombe sous la main et il a de quoi lire car grâce aux maskilim (gens de la Haskala) la production littéraire en hébreu est devenue très importante depuis la fin du 18eme siècle. On peut tout lire en hébreu même Robinson Crusoé! Et il acquiert peu à peu la conviction que les retour à Sion se fera grâce à l’hébreu redevenue langue de tous les jours.

Il commence à écrire alors qu’il se trouve à Paris (en Russie c’est trop risqué) et annonce par ses articles le sionisme politique:

« -Pourquoi en êtes-vous arrivés à la conclusion que l’hébreu est une langue morte, qu’elle est inutilisable pour les arts et les sciences, qu’elle n’est valable que pour les « sujets qui touchent à l’existence d’Israël ? Si je ne croyais dans la rédemption du peuple juif, j’aurais écarté l’hébreu comme une inutile entrave. J’aurais admis que les maskilim de Berlin avaient raison de dire que l’hébreu n’avait d’intérêt que comme un pont vers les Lumières. Ayant perdu l’espoir dans la rédemption, ils ne peuvent voir d’autre utilité à cette langue. Car, Monsieur, permettez-moi de vous demander ce que peut bien signifier l’hébreu pour un homme qui cesse d’être hébreu. Que représente-t-il de plus pour lui que le latin ou le grec? Pourquoi apprendrait-il l’hébreu, ou pourquoi lirait-il sa littérature renaissante?

Il est insensé de clamer à grands cris : « Conservons l’hébreu, de peur que nous ne périssions! » L’hébreu ne peut être que si nous faisons revivre la nation et la ramenons au pays de ses ancêtres. C’est la seule voie pour réaliser cette rédemption qui rien finit pas. Sans cette solution nous sommes perdus, perdus pour toujours.

…Il ne fait guère de doute que la religion juive sera capable de survivre, même en terre étrangère. Elle changera son visage selon l’esprit du moment et du lieu, et son destin sera celui des autres religions. Mais la nation? La nation ne pourra vivre que sur son sol, et c’est sur cette terre qu’elle renouvellera sa jeunesse et qu’elle produira de magnifiques fruits, comme dans le passé. »

Par ces mots, il s’oppose à la fois aux maskilim pour qui le judaïsme et l’hébreu ne sont qu’un pont vers la lumière de l’intégration dans les pays européens et aussi à beaucoup de dirigeants religieux pour qui l’hébreu doit être conservé presque comme une relique pour des choses saintes et non pas utilisé trivialement pour parler de choses quotidiennes.

Je dis « beaucoup de dirigeants religieux » car déjà à cette époque un certains nombres de rabbins comme le Rav Kalischer et le Rav Alkalay ont déjà travaillé en faveur du retour du peuple juif sur la terre d’Israel et du renouveau de l’hébreu.

Quelle est en effet la situation de l’hébreu à cette époque?Les Juifs parlent- ils encore l’ hébreu?

 Il est vrai que depuis des siècles les Juifs parlaient entre eux ce qu’on appelle les langues juives, essentiellement le yiddish, le judeo -espagnol****, le judeo- arabe mais encore bien d’autres judeo-… .

Mais qu’est ce donc  qu’une langue juive? Pour faire une langue juive vous prenez 70% du vocabulaire d’une quelconque langue, 30 % d’hébreu et vous saupoudrez de différentes petites langues annexes. Par exemple: le judeo espagnol c’est 70% de castillan (d’avant l’Expulsion), 30 % d’hébreu et un saupoudrage de turc, de bulgare, de grec, d’arabe etc…

Et alors  l’hébreu dans tout ça? L’hébreu était familier à tous car il servait non seulement pour les prières,  en ce temps là on priait et on étudiait à temps plein, mais aussi pour la correspondance et était aussi  parfois utilisé dans certaines familles pour le shabbat. Ce n’était donc pas une langue morte ou une langue étrangère.

Bref, Eliezer, entre temps, avait épousé Déborah Jonas. Le couple s’est installé a Jérusalem avec leur  fils, Itamar, né  en 1882. Et c’est là qu’on s’aperçoit qu’Eliezer ne fait pas qu’écrire, il met en pratique ce qu’il écrit: A la maison tous  ne parlent qu’hébreu , toute autre langue est bannie, et comme Itamar ne peut pas jouer avec les enfants du voisinage, il lui rapporte une chatte et un chien comme compagnons.

Déborah meurt malheureusement très jeune de la tuberculose et c’est sa jeune sœur Hemda qui devient la deuxième femme d’Eliezer. L’hostilité de certains voisins fait qu’ils se moquent de cette famille pour le moins bizarre et le tout petit Itamar est leur cible privilégiée car c’est un enfant qui sera très lent à parler. Mais soudain, à l’âge de 4 ans, Itamar parle d’une manière bien distincte et cela fait taire les détracteurs qui  voyaient une punition divine dans son bégaiement.

Pendant ce temps les yishouvim se multiplient malgré les persécutions des Turcs et  des brigades d’instituteurs partent dans tout le pays pour enseigner l’hébreu tandis qu’Eliezer travaille d’arrache pied à son énorme dictionnaire: il a décidé  de faire un inventaire exhaustif  des ressources existantes dans les textes traditionnels mais aussi de créer des néologismes à partir des racines bibliques. C’est ainsi que naîtront des mots que vous connaissez certainement comme Glida (une glace), ‘havita (une omelette), ofanaim(un vélo) etc…

Son travail sera achevé en 1959 par son épouse et un de ses fils. Eliezer, lui, meurt en 1922. Dans ses dernières phrases il plaide encore pour l’hébreu:

« L’hébreu, parlez l’hébreu, comment peut -on se reposer quand nos oreilles sont agitées et dérangées par une Babel de langues? Seul l ‘hébreu pourra nous donner le repos »!

Et voila, on peut dire qu’il a réussi!

Tout Israël parle hébreu même si l’arabe est reconnu comme deuxième langue officielle. En 1925, certains, encore réticents, avaient déclaré que les sciences exactes ne pourraient être enseignées qu’en allemand. L’Université de Jérusalem, fraîchement inaugurée, a refusé tout net  et ces dignes professeurs en redingote et chapeau melon ont du maugréer quelque peu mais en vain!

Une affiche pour la promotion de l’hébreu dans les années 40

Eliezer est devenu une figure extrêmement populaire ici.

Dans une comédie musicale pour enfants qui s’appelle « Sipoura chel Hamedina »(l’histoire du pays), on voit Eliezer Ben Yehuda en train d’écrire son fameux dictionnaire. En voici un extrait (en hébreu bien sur!):

Le refrain de la chanson: « Eliezer, viens à notre aide, Eliezer, trouve- nous un mot en hébreu »

L’un des petits enfant, d’Eliezer Ben Yehuda,  le rav Eliezer ben Yehuda, était venu encourager les étudiants des classes d’oulpan ou étudiait mon mari. Il leur a confié que pour lui le plus difficile  était  de parler sans jamais faire de faute car il y avait toujours quelqu’un qui l’attendait au tournant. Quand on s’appelle Ben Yehuda!!!

A bientôt,

*Parmi les conditions nécessaires à leur acceptation  comme citoyens français les Juifs devaient renoncer à la notion de peuple juif et à l’utilisation de l’hébreu.

** au sujet de ces accrocs vous pouvez lire l’excellent livre de Pierre Pierrard « Juifs et catholiques français au 19ème siècle » et aussi le tome « de Voltaire a Wagner » dans « l’Histoire de l’antisémitisme » de Léon Poliakov.

***La haskala: ce mot a été construit à partir de la racine s-kh-l, intelligence,  et désigne un mouvement essentiellement littéraire inspiré du Mouvement des Lumières européen. La haskala aura une très grande influence sur le judaïsme européen pendant le 19ème et le 20ème siècle.

**** Hayim Vidal Sephiha refuse l’emploi du mot ladino pour la langue populaire, il préfère les mots  judeo espagnol ou judezmo pour les Balkans et Haketiya pour le Maroc