La loi de la nation ou la vertu du nationalisme

Il y a quelques semaines, le politologue Yoram Hazoni était interviewé dans le Figaro. Voici ce qu’il déclara au sujet du nationalisme et des états-nation:
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler ne l’était pas le moins du monde.Je ne pourrai pas vous rendre compte du reste de l’interview n’étant pas abonnée au Figaro, mais voici un extrait de son livre* The virtue of nationalism:
Mes amis libéraux (là encore, au sens américain, c’est-à-dire des intellectuels de gauche) semblent ne pas comprendre que la construction libérale qu’ils soutiennent est une forme d’impérialisme… Tout comme les Pharaons et les rois de Babylone, les empereurs romains et l’église catholique romaine, jusqu’à récemment, ainsi que les marxistes au siècle dernier, les “progressistes” ont aux aussi leur grande théorie sur la manière d’apporter la paix et la prospérité au monde entier, en abolissant les frontières et en unissant l’humanité sous leur propre domination universelle. Infatués de la clarté intellectuelle de cette vision, ils dédaignent le processus laborieux de consulter la multitude des peuples qui doivent, selon eux, embrasser leur vision de ce qui est bon. Et comme tous les impérialistes, ils sont prompts à exprimer leur dégoût, leur mépris et leur colère lorsque leur vision de la paix rencontre l’opposition de ceux dont ils sont certains qu’ils retireront un immense bénéfice en se soumettant tout simplement”

Je peux rajouter à cela:
Hitler voulait un grand empire débarrassé de la vermine (nous les Juifs et aussi les Gitans) et avec de nombreux esclaves (les Russes et Polonais particulièrement) au service d’une supposée race pure. Il ne proposait pas que chacun vive selon sa langue, ses lois et sous son figuier pour  paraphraser la Bible. Staline voulait un empire soviétique dans lequel les particularismes culturels n’étaient concédés que du bout des lèvres, quant à Mao, foin des aspirations de toutes les minorités qui s’opposaient au diktat chinois, les Tibétains en savent quelque chose.
En ce qui concerne le monde islamique, nous savons que pour lui, le monde est partagé entre Dar el Islam (monde de l’Islam) où tous doivent obéir à l’islam (y compris les dhimmis) et Dar el ‘Harb (le monde de l’épée) c’est à dire le monde qui sera soumis à l’islam par la force.

Pourtant, actuellement l’idée que la nation est facteur de discrimination pouvant mener à la guerre est très à la mode. Une des raisons qui font que notre petit état fait horreur au monde occidental, c’est que c’est un état-nation et que nous y tenons.
Depuis quelque mois, une loi, la loi de la Nation, fait couler beaucoup d’encre, y compris ici dans la presse et les milieux gauchistes qui la décrivent comme une loi raciste s’opposant aux droits de l’homme. Aussi j’ai voulu mettre en parallèle le texte de la Déclaration de l’Indépendance, prononcé le 14 mais 1948 par David Ben Gourion, les lois fondamentales et le texte de la loi de la Nation.

Si je reprends le contenu de la Loi de la Nation promulguée le 19 juillet 2018, je retrouve les mêmes principes dans la Déclaration d’Indépendance et les Lois Fondamentales. Ainsi:

– 3 grands principes y sont inscrits en préambule:
1) La Terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif sur laquelle s’est constitué l’État d’Israël.
2) L’État d’Israël est l’État national du Peuple Juif par lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination.
3) L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est spécifique au Peuple Juif.

Ces trois principes se trouvent déjà dans la Déclaration d’Indépendance:

La loi de la Nation  détaille ensuite les symboles de l’état:

– Le nom de l’état:
Le nom de l’état est Israel.

Dans la Déclaration de l’Indépendance figure cette phrase:
Nous, membres du Conseil National représentants le peuple juif du pays d’Israel et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd’hui, jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’état juif dans le pays d’Israel, qui portera le nom d’état d’Israel.

– Le drapeau de l’État:
Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des marges, et un maguen David (bouclier de David) bleu ciel au milieu.

Lois fondamentales (extrait):
Le drapeau d’Israël s’inspire du châle de prière juif (Talith) orné d’un Bouclier de David (Maguen David) bleu (Loi de drapeau et des symboles de l’État, mai 1949).

Les armoiries de l’Etat:
Le symbole  de l’État est un chandelier  à sept branches, des feuilles de vigne sur chaque côté, et le mot: « Israel » à sa base.

Lois fondamentales (extrait):
Les armoiries d’Israël représentent une Menorah (chandelier), symbole juif depuis plus de 3000 ans. L’emblème de l’état, la Menorah sera la même que celle qu’on trouve sur l’arc de Titus*. Elle sera entourée de deux branches d’olivier et à sa base portera le nom d’Israel en souvenir de la prophétie de Zakharia (14, 2) qui prophétise le renouveau d’Israel:
« Je vois un chandelier tout en or son récipient sur son sommet, ses sept lampes alignées et sept conduits pour les lampes qui en couronnent le sommet.  Puis, deux oliviers à ses côtés, l’un à droite du récipient, l’autre à gauche ». 

L’Hymne de l’État:
L’hymne de l’état est la « Hatikvah ».

Lois fondamentales (extrait):
Hatikvah est officiellement l’hymne national de l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Composé par Naphtali Imber en 1878 et choisi pour être l’hymne du premier Congres Sioniste.
Le mot  Hatikva veut dire l’espoir et son texte a tout de suite parlé aux juifs du monde entier, et ceci avant la création de l’état.

Tant qu’au fond du cœur
Vivre notre âme juive,
Et, tend son regard vers les confins de l’Orient

Notre espoir n’est pas encore perdu,
Un espoir de deux mille ans:
Etre un peuple libre sur notre terre,
La terre de Sion et de Jérusalem


(chorale d’enfants à Munkacs dans les Carpates au début des années 30)

Dans la Palestine mandataire, l’hymne de la Hatikva a été interdit par les autorités britanniques dès 1919 pour ne pas déplaire aux Arabes (comme ils avaient par ailleurs interdit le son du shofar au Kotel*).

– La capitale de l’état:
Jerusalem, entière et réunifiée est la capitale de l’Etat.

Lois fondamentales:
1) Le 5 décembre 1949, le Premier Ministre David Ben Gourion  a proclamé que Jerusalem était la capitale d’Israel , en suivant ainsi les décisions du gouvernement. Il a aussi rappelé  le fait que, capitale à l’époque biblique,  Jerusalem  avait toujours eu une population juive sans discontinuer jusqu’à nos jours. Il a souligné son propos en répétant cette phrase:  ירושלים היא בירת ישראל לנצח, Jerusalem est la capitale d’Israel pour l’éternité.
2) De plus, le 14 du même mois de décembre 1949, il a rejeté la résolution 303 de l’UNGA (Assemblée générale de l’ONU), qui avait décidé que Jerusalem serait une ville internationale placée sous l’autorité de l’ONU,  et a réaffirmé la position des membres de la Knesset sur le sujet.
3) La loi fondamentale, votée le 

– La langue officielle de l’état:
L’hébreu est la langue de l’état. La langue Arabe jouit d’un statut spécial dans l’État; la réglementation de l’usage de la langue Arabe dans les institutions officielles ou devant celles-ci, fera l’objet d’une loi. Aucune disposition du présent article ne portera atteinte au statut effectif de la langue Arabe avant l’entrée en vigueur de la présente loi fondamentale.

Loi fondamentale du 19 mais 1948: L’hébreu est la seule langue officielle d’Israel, l’arabe ayant un statut spécial.

Alors que le nouvel état a maintenu un certain nombre de lois britanniques dans son nouveau code de lois, le gouvernement a expressément précisé que seul l’hébreu était la langue officielle!

Cependant, les panneaux d’utilité publique

ainsi que tous les documents officiels sont rédigés en hébreu et en arabe.

J’ai lu dans plusieurs revues d’histoire que l’ONU avait exigé pourtant d’Israel la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle avant de l’admettre comme membre. C’est faux mais qui ira vérifier le texte de la résolution 273 admettant Israel au sein de l’ONU en 1949:
https://ecf.org.il/media_items/469)

– Le rassemblement des exilés et les liens avec le peuple juif en Diaspora:
L’État sera ouvert à l’immigration des Juifs et au Rassemblement des Exilés. L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté. L’État agira sur les communautés de Diaspora pour la conservation du lien entre l’Etat et les membres du Peuple Juif. L’État agira en vue de la conservation de la Tradition culturelle, historique et religieuse du Peuple Juif au sein du Judaïsme de Diaspora.

Déclaration de l’Indépendance:
Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat… Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.
En 1897, inspiré par la vision de l’Etat juif qu’avait eue Théodore Herzl, le premier congrès sioniste proclama le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays. Ce droit fut reconnu par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et réaffirmé par le mandat de la Société des nations qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

(Voici cet extrait repris et décoré qui se trouve dans les archives de l’état)

– *Développement urbain et agricole des Juifs:
L’État considère le développement urbain et agricole des Juifs comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement.

Déclaration de l’Indépendance:
..
.Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat. Tout au long des dernières décennies, ils s’y rendirent en masse : pionniers, maapilim* et défenseurs. Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle. Ils n’aspiraient qu’à la paix encore qu’ils aient toujours été prêts à se défendre. Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays. Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.

Lois fondamentales:
Le concept de développement urbain et agricole de la population juive est déjà inscrit dans la Déclaration du 4 octobre 1949. Le gouvernement de l’époque  constitue en plus un comité dont le but est d’inciter à la réhabilitation des noms juifs des différentes localités dont le nom a été changé au cours des siècles et à retrouver celles qui ont disparu en se fondant sur des bases historiques et archéologiques précises . Ce comité travaillera surtout dans la région du Neguev, en parallèle avec le « Comité des noms des localités du Fonds National Juif » qui lui s’est attelé à ce travail dès l’année 1922!
Pour comprendre cela, il faut intégrer le fait qu’ici, les groupes ethniques et religieux sont ne sont pas effacés au profit d’une nationalité commune à tous. Situation très différente de ce qui existe par exemple en France. Ne dites surtout pas à un Israélien arabe, druze, tcherkesse ou araméen, qu’il n’est qu’israélien. Il est fidèle non seulement à sa nationalité mais aussi à son groupe dont il défend bec et ongles les particularités. Il donc est logique pour tous que si l’état est la patrie de la nation juive, comme cela est inscrit dans la Déclaration de l’Indépendance, le développement urbain et agricole des Juifs soit son objectif premier. Ceci dit, les non-Juifs habitent où ils veulent (y compris parfois dans les « colonies ») dans la mesure où ils respectent les lois d’urbanisation valables pour tous.
Point de place ici pour  les villages construits sans aucune autorisation, essentiellement dans le Neguev mais parfois aussi en Galilée et pour le dire en passant, souvent avec l’aide active de puissances étrangères comme l’Union Européenne qui plantent des cabanes en tôle, sans donner aux habitants la possibilité de se connecter à l’eau, à l’électricité ou même à des routes carrossées et en les gardant ainsi dans un état de pauvreté et de dépendance tout en leur répétant que leurs malheurs viennent des sionistes.

– Le Calendrier:
Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel de l’Etat et à ses côtés le calendrier grégorien servira aussi de calendrier officiel. L’emploi du calendrier hébraïque et du calendrier grégorien sera fixé par la loi. Le jour de l’Indépendance est le jour de la fête nationale de l’État.
Le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et le Jour du Souvenir de la Shoah et du Courage sont des jours du souvenir officiels de l’État.
Le Shabbat (Samedi) et les fêtes juives sont des jours de repos fixes dans l’État. 
Les personnes non-juives ont le droit de fixer leurs jours de congé, leur jour de repos hebdomadaire et lors de leurs fêtes; les détails concernant ces points seront fixés par la loi.

Lois fondamentales:
La première loi à être promulguée dans l’État d’Israël a été l’ordonnance du shabbat et du repos des jours selon le calendrier juif en raison de l’importance de la tradition juive. Et il a été décidé que la date hébraïque serait indiquée dans chaque lettre officielle du gouvernement
De plus, pendant le premier gouvernement de Mena’hem Begin, il a été décidé que les banques et les institutions publiques se devaient d’honorer les chèques et factures comportant uniquement la date hébraïque.
Enfin en 2014, a été votée une loi selon laquelle le permis de conduire comporterait également la date en hébreu.

En conclusion que dire? Que tout ce qui se trouve dans la Loi de la Nation (que les journaliste appellent la si-controversée loi de la Nation) a été déjà écrit et proclamé depuis la création de l’état.
Etait-il donc nécessaire de voter une nouvelle loi?
Pour moi, oui, vraiment, et toutes les accusations véhémentes de ceux opposés à la loi me le prouvent. Ce texte est nécessaire pour lutter contre les adeptes du post-sionisme qui voudrait suivre le courant actuel: plus de nation, plus de particularités culturelles et nationales sans se rendre compte que cet abandon revient à donner les rênes du pays à  ceux qui veulent le détruire. Ce faisant, ils ôtent aux Juifs tout espoir de trouver un refuge dans le pays de leurs ancêtres. Si certaines populations décident de fondre leur culture et leurs particularismes dans un magma indéfinissable, c’est bien leur droit. C’est là un luxe que nous, Juifs, nous ne pouvons pas nous payer. Combien d’entre nous en Diaspora sont encore des victimes toutes désignées y compris dans les pays dits développés?
Même ici, dans ce pays en constitution depuis seulement 70 ans, nous ne devons jamais baisser les bras et veiller à ce que les principes fondateurs demeurent.
Certains crient à la discrimination en répétant comme un mantra que la Loi de Nation est raciste, mais sans jamais expliquer en quoi elle l’est.

Pour moi, par deux fois nous avons perdu notre souveraineté nationale*.
Nous avons survécu en développant et renouvelant notre conception particulière du monde et du rapport à l’autre, tout en conservant nos structures fondamentales: monothéisme et éthique, rappel de l’alliance et universalisme. Nous avons été capables de maintenir notre identité pendant ces siècles d’exil, tout cela en attendant de restaurer notre état*.
Nous avons le devoir de maintenir nos valeurs et notre héritage que nos ancêtres ont réussi, dans les conditions difficiles que nous connaissons, à nous transmettre et nous refusons de nous couler dans un moule créé par d’autres même s’ils prétendent nous vouloir du bien.

A bientôt,

* Il y a longtemps: la première fois 5 siècles avant l’ère chrétienne et la deuxième fois au deuxième siècle de l’ère chrétienne, après la chute de Bar Kokhba.

*Extrait tire de l’excellent article (une fois de plus!) de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/02/europe-les-elites-contre-les-peuples-la-nouvel-imperialisme-europeen-face-au-reveil-des-etats-nations-pierre-lurcat.html

* Parmi les nombreuses interdictions du gouvernement britannique: chanter l’hymne Hatikva et souffler dans un shofar au kotel
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

* Maapilim: Les immigrants illégaux entre 1934 et 1948.

*Je vous renvoie au texte de la déclaration d’Indépendance, prononce par David Ben Gourion, premier Premier Ministre d’Israel, le 5 Iyar 5708 ou 14 mai 1948:
https://mfa.gov.il/MFA/MFAFR/MFA-Archive/Pages/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel.aspx

 

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Devons-nous être de bons enfants?

ילד טוב ירושלים (Yeled Tov Yerushalayim), un bon enfant de Jerusalem.
Connaissiez-vous cette expression?

Depuis toujours Jerusalem est vue  comme la ville des gens calmes qui étudient et qui prient.
Comme on dit: » תל אביב רוקדת, חיפה עובדת וירושלים לומדת (Tel Aviv rokedet, Haifa ovedet, Yerushalayim lomedet) Tel Aviv danse, Haïfa travaille et Jerusalem étudie! Mais rien n’est plus trompeur que cette division arbitraire!
Cette réputation est-elle à l’origine de cette expression qui décrit quelqu’un de sérieux, droit et un peu naïf et dont on dit:
« Sois sans crainte, il ne te créera pas de problèmes, c’est un bon enfant de Jerusalem ».
אל תדאג! הוא לא יעשה לך צרות – הוא ילד טוב ירושלים.

Je le pensais jusqu’à une émission de télévision sur les יקים (Yekim), les Juifs d’origine allemande.
Encore un mot nouveau à expliquer: Un יקה ( Yeke), est un Juif originaire d’Allemagne et par extension quelqu’un de droit, travailleur, honnête mais souvent tatillon! Les Juifs originaires d’Allemagne ont fait sensation dans le monde moyen-oriental quand ils sont arrivés en masse dans les années 30*. Ils ont beaucoup surpris les חלוצים (‘haloutzim), pionniers, par leur courtoisie et leur attachement à leur Jacke, leur veste, d’où le mot yeke.
D’une façon générale les yekim ont fait progresser le yishouv grâce à leur haut degré de qualification. On leur doit l’architecture Bauhaus et aussi les magasins « modernes ». Ils se sont principalement installés en ville en essayant de recréer la vie la plus « gemütlich » possible, mais certains se sont dirigés vers les kibboutzim.
Dans cette vidéo, tirée d’un film pour enfants, Hans le pionnier yeke (Hans he’haloutz), complètement désorienté mais toujours volontaire, s’intègre peu à peu à la vie du kibboutz

Je me souviens, il y a plus de 40 ans, avoir travaillé à la cuisine du kibboutz avec un ‘haloutz yeke qui donnait des cours de philosophie en épluchant les légumes…
Et dans les salons de thé Kapulsky de Nahariya ou de Haïfa sur le Carmel, de charmantes vieilles dames yekiot prenaient leur café avec un onctueux Cremeschnitte*…

?????????????

Certains prétendent que Yeke est un acronyme de יהודי קשה הבנה (Yehoudi Kshe Havana) un Juif un peu lent, qui a du mal à comprendre les subtilités, mais ce ne sont que des médisants!
Quoi qu’il en soit, les Yekim ont tellement influencé le pays qu’on mange maintenant des saucisses de Francfort dans une pita (on peut aussi trouver un wiener Schnitzel dans une pita).

Mais je m’égare: où est donc passé le « Bon enfant de Jerusalem« ?
Lors de cette émission sur les yekim, j’ai entendu un des participants, le Rav Yo’hanan Fried, raconter qu’enfant il avait décidé de ne pas porter de kippa: stupeur et tremblements dans cette honorable famille de yekim! Un révolté de 4 ans! Il avait alors expliqué à ses parents que sur une photographie prise à Francfort, son grand père avait la tête nue! Grand talmudiste et maskil*, il ne mettait la kippa que pour prier!

Finalement sa mère avait eu recours à une ruse pour le faire rentrer dans le rang: elle avait brodé « Yo’hanan, bon enfant de Jerusalem » sur le tissu de la kippa. Les adultes sont malheureusement si conformistes. Et voilà, plus personne ne sait que la révolte du rav Yo’hanan Fried etait à l’origine de cette expression…
ילד טוב ירושלים (Yeled Tov Yerushalayim)  a pris son envol et nous a conféré à nous, les Yerushalmim*,  une réputation de sagesse et de modération parfois  usurpée…

Malheureusement, notre actualité ne change pas: chaque jour nous apporte son lot de souffrances et d’inquiétude*: il y a quelques jours, une jeune soldate de 19 ans, Hadar Cohen, a été assassinée à la Porte de Damas et ses deux camarades blessés. Grâce à son courage, elle a pu éviter un attentat bien plus meurtrier
Hadar Cohen

Et pourtant, le monde nous demande toujours d’être le « bon enfant », celui qui doit comprendre, faire des concessions, s’excuser d’exister, celui  qui sagement obéit aux diktats des nations. Certains Juifs sont eux-mêmes contaminés par cette conception du monde et cela depuis bien avant la création de l’état d’Israel

En effet en 1925, dans le Yishouv, quelques intellectuels juifs* fondent le ברית שלום (Brit Shalom), l’Alliance pour la Paix. Ce sont des Juifs d’Allemagne ou d’Europe Centrale, pur produits de la Haskala et des pogroms. L’Europe a connu sa première grande boucherie pendant la première guerre mondiale* et, dans les années 20 et 30, de nombreux Européens, traumatisés, aspirent alors à la paix entre les hommes.

brit shalom logo

(logo du Brit Shalom)

Pour les Juifs du Brit Shalom, l’édification d’un état juif pose problème: un état-nation ne va-t-il pas sombrer dans le nationalisme sectaire comme cela se profile en Europe? Mais dans le même temps, ils conviennent de la nécessité d’un état qui serait le refuge de tous les Juifs persécutés. Leur vision est celle d’un état conforme à l’idéal de justice des prophètes. On ne peut que les approuver sauf qu’ils n’en retiennent que les paroles de paix universelle en oubliant que les prophètes eux mêmes n’étaient pas des naïfs et savaient aussi  parler durement, non seulement aux Juifs mais aussi aux nations.
Pour se faire, les membres du Brit Shalom, sont prêts à restreindre les droits des Juifs dans un état qu’ils veulent bi-national, tant ils sont soucieux de ne pas heurter la population arabe. L’un d’eux, Hugo Bergman va même très loin, il écrit: « le sionisme est responsable de la haine qu’il suscite« . Les membres du Brit Shalom défendent le bi-nationalisme en prenant pour exemple la Suisse ou la Finlande. Ils sont persuadés que les Arabes de Palestine constateront les bienfaits des Lumières et accepteront in fine de vivre avec les Juifs sur un pied d’égalité.
En cela, ils sont dans le droit fil des penseurs socialistes européens qui, dès le début du 20 ème siècle, vont lutter contre le sionisme. C’est ainsi que Romain Rolland regrette qu' »il (le sionisme) se contente de fonder un nouveau nationalisme en tournant le dos à la vocation du judaïsme ».
Leur arrogance naïve persuade les fondateurs du Brit Shalom qu’ils apportent la Lumière à la Oumma, la nation arabe. L’un d’eux Ernst Simon écrit: »Les Juifs ont atteint un très haut degré de civilisation et d’organisation et…. ils aideraient (les Arabes) en leur offrant l’exemple vivant d’une nation qui renonce volontairement à la souveraineté étatique« . Rien de moins! Ils sont tellement déconnectés de la réalité qu’après les massacres de 1929*, ils demanderont aux Juifs de se montrer encore plus conciliants qu’auparavant…
Mais si en Occident, après les tueries de la première guerre mondiale, les pacifistes des années 20 et 30 rejettent le concept de l’état-nation et surfent sur l’idée de paix universelle sans voir ce que prépare Hitler, la majorité des Juifs du Yishouv refuse de se suicider et rêve d’une patrie enfin  protectrice et refuge pour le peuple juif. Eux qui se font massacrer régulièrement par des bandes arabes, de mieux en mieux armées et organisées, condamnent les idées utopiques et dangereuses du Brit Shalom

Toujours murés dans leur conception du monde socialiste et européenne, les membres du Brit Shalom ne comprennent pas que cette égalité dans un état bi-national idéalisé, ces droits de l’homme auxquels ils aspirent sont pour la Oumma arabe une totale catastrophe. La société arabe n’en veut pas. Elle peut pas survivre sans dominant, les musulmans, et dominé, les dhimmis. Pour eux l’égalité avec les non-musulmans n’a pas de sens et la révolte du dhimmi est insupportable. D’ailleurs, aucune voix arabe ne se fait l’écho des idées du Brit Shalom. Pour les Arabes, une chose est claire: les Juifs n’ont aucune légitimité nationale sur la terre de Palestine et toutes les tentatives de coopérative agricole, de recherches dans la lutte contre la malaria, de projet éducatif commun et encore moins de syndicat, ne peuvent aboutir.
Pour la nation arabe, les Juifs doivent partir ou, à la rigueur, vivre sous domination dans un état musulman.
Peu à peu, de nombreux naïfs, dont Arthur Ruppin, ouvrent les yeux et prennent leurs distances avec l’association du Brit Shalom qui sera dissoute faute d’argent en 1933. Toutefois quelques militants espèrent encore. Ce sera seulement après les émeutes sanglantes de 1936 que les derniers seront ébranlés, en particulier ceux qui vivent dans les zones de peuplement mixte juif-arabe comme Yaffo car c’est là que les exactions contre les Juifs seront les plus nombreuses.
Cela dit, cette utopie dangereuse  continuera à regrouper des pacifistes et militants de gauche internationalistes dans divers groupements tous plus éphémères les uns que les autres qui se dissoudront officiellement en 1948 tout en resurgissant régulièrement comme l’actuel Shalom Akhshav ou JCall*.
Encore aujourd’hui, les Européens ont du mal à intégrer ce besoin du Juif de vivre dans un état-nation indépendant, où les Juifs vivraient libérés du bon vouloir d’autrui. Ce concept est en effet à l’opposé du mouvement de dissolution des identités nationales généré par la formation de l’Europe et de la mondialisation.
Encore aujourd’hui, la population musulmane du territoire palestinien, et plus généralement du Moyen-Orient, refuse l’existence d’un état juif.

En fait, il est vrai que les Arabes ont vécu une Nakba* lors de la création de l’état d’Israel: Israel leur a proposé de vivre selon un système de valeurs à l’opposé du leur. Des hommes égaux en droits et en devoirs quelque soit leur origine, leur sexe ou leur religion? Quelle horreur!
Chateaubriand écrivait à propos du monde musulman: »Qu’en sortira-t-il ? Recevrons-nous le châtiment mérité d’avoir appris l’art moderne des armes à des peuples dont l’état social est fondé sur l’esclavage et la polygamie ? Avons-nous porté la civilisation au dehors ou avons-nous amené la barbarie dans l’intérieur de la Chrétienté ?… Je ne me laisse pas éblouir par des bateaux à vapeur et des chemins de fer, par la vente du produit des manufactures… tout cela n’est pas de la civilisation…*
La Chrétienté d’aujourd’hui devrait bien se réveiller…

A bientôt,

*Il s’agit de la 5 ème aliya (1929-1939) qui verra débarquer en Palestine environ 300 000 Juifs malgré les restrictions de plus en plus sévères du gouvernement britannique

*Le Cremeschnitte: sorte de mille-feuille, certains le disent d’origine viennoise

*Maskil: tenant de la Haskala (les Lumières juives) pour qui d’une judaïsme devait s’ouvrir sur le monde

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Parmi eux:Martin Buber, Hugo Bergmann,  Gershom Scholem, Henrietta Szold, le premier Haut Commissaire Herbert Samuel, Arthur Ruppin…

*Lisez l’Europe, une passion génocidaire, de Georges Bensoussan

*les massacres de 1929:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/grand-mufti-de-jerusalem/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

*Avant-hier à Ramle, hier à Rahat, ahjourd’hui à Ashkelon, 

*Shalom Akhshav et J Call doivent leur survie au financememt de l’Union Européenne (ainsi que d’autres) et ont beaucoup plus d’audience à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays

*Nakba ou catastrophe, est la défaite  arabe à la fin de la guerre de 1948. Les Arabes essayent de la comparer à la Shoah:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/28/quand-eichmann-demandait-grace/

*J’ai trouvé cette citation tirée des Mémoires d’Outre-Tombe dans l’ article de Metula News Agency du 3 février 2016″Le délit d’antisionisme. crime contre l’humanité? »

 

Vendredi

Ah le temps bénit ou les hauts parleurs n’existaient pas!

Le muezzin de Beit Safafa  a encore piqué sa crise : tous les vendredis c’est pareil, il empoigne (j’imagine) son haut-parleur et se met à hurler.  J’ai presque envie de lui dire que rien ne sert de s’échauffer de la sorte et que:
 -ses ouailles ne sont pas sourdes, peut-être ne veulent-elles pas l’écouter.
– avec les élèves qui n’écoutent pas, il vaut parfois mieux parler doucement calmement, en général ça les étonnent et ils prêtent attention au perturbateur, l’enseignant (30 ans de pratique).
– et si c’est pour nous embêter,  nous les vilains,  il faut qu’il s’y fasse, on s’en fout, on est là et on y restera.

Pendant ce temps, moi je peins dans ma cour, tout en écoutant de la musique baroque.

La nuit  (mais la nuit ce n’est pas le muezzin en « live » c’est un enregistrement. Je suis sûre que lui, il  reste au dodo),  quand  j’entends donc que Dieu est grand et que Mahomet est son prophète, ça ne tire pas à conséquence  car j’ai un bon sommeil et je me rendors très vite.

J’ai seulement  l’impression d’être une de ces citadines du Moyen Age, régulièrement réveillée par un de ces veilleurs aux tendances perverses lui criant de se rendormir  « il est deux heures, dormez bonnes gens !!! ».
Enfin bref, quand c’est vendredi, on le sait non seulement parce qu’on sent partout la bonne odeur des nombreux « hamin » mais aussi parce que l’autre excité s’agite dans son minaret.

Mais ne croyez pas que le vendredi, ce ne soit que ça : l’énervement passager contre le petit frère d’Iznogoud !  C’est aussi le jour de la flânerie gourmande  du côté de Mahane Yehouda où on peut écouter des concerts de rue tout en prenant un petit déjeuner israélien, le jour de la flânerie gourmande-bobo dans la Moshava (plus chère) ou la flânerie-gourmande  au gan botani (le parc du jardin botanique)  ou Avigail va parler aux canards et aux cygnes, ou celle qui nous mène vers Tsur Hadassa sur la route de Beit Shemesh …

C’est aussi le jour ou dès le début de l’après-midi une douce torpeur envahit la ville. Les magasins ferment leurs portes, et la sieste est de rigueur.

Bon, je sais, les mères de familles nombreuses me rétorqueront que préparer shabbat n’est pas une mince affaire, mais quand on est retraitée…

Et vous allez me dire, c’est quoi Mahane Yehouda etc… ?

Tout est prévu, ne craignez rien : des photos ; des commentaires…

Prêts pour la ballade ?

Voici Mahane Yehouda:

 Mahane Yehouda,  le camps de Juda (la tribu) est  un quartier du centre ville, surtout connu par son marché, le plus grand marché couvert et découvert de Jérusalem

 On y trouve tout et le reste et depuis quelques années, le quartier est devenu très « in » . S’y sont ouverts des petits bistrots où l’on peut « lénashnesh » (grignoter) en écoutant de la musique. Si vous avez de l’appétit, vous pouvez même aller chez Hatshapouria, le fast food géorgien, on vous y servira une grosse part de Hatsharouli, à base de fromage, œuf et pâte feuilletée. Trop lourd pour moi!

Voilà la Moshava ou moshava guermanit  (le village allemand):

 

C’est un quartier bobo, construit au 19ème siècle (à l’époque, ce n’était pas bobo)  par des Allemands protestants luthériens qui voulaient s’installer en Terre Sainte pour être sur place lors de la venue du Messie. Pourquoi pas ?

Ils ont fondé des villages non seulement à Jérusalem mais aussi à Haïfa, à Yafo, à Nazareth et à Bethlehem en Galilée.  Ils étaient paysans, ou artisans. Et cela était tout à fait  charmant !
Mais… comme ils éprouvaient aussi une sympathie fervente pour Hitler, ils ont commencé à s’en prendre aux Juifs qu’ils attaquaient régulièrement quand ceux –ci passaient dans le coin… Mais aussi aux Anglais, ce qui leur fut fatal.  Les Anglais se moquaient bien de ce qui arrivait aux Juifs mais pas à leurs soldats. Ils les ont donc expulsés vers leur mère patrie dans les années 30:

 (propres sur eux mais Nazis!)

 

Et voici Tsur Hadassa : Le rocher de la myrte), banlieue sud de Jérusalem, sur la route de Beit Shemesh,  verdoyante et tranquille  et surtout habitée par des jeunes couples dont beaucoup travaillent à l’hôpital Hadassa:

 

 

 Et enfin, Beit Shemesh : la ville du soleil en hébreu:

 

Déjà mentionnée dans la Bible au livre de Josué. Située a 30 km au sud-ouest de Jérusalem, sans grand intérêt, mais la route qui y conduit est de toute beauté.

http://www.youtube.com/watch?v=Dd3HJOwrouU&feature=related

(faites un copié- collé sur google pour voir la vidéo)

En passant par Ness Harim, Bar Guiora et la vallée du Nahal Sorek,  et sur la route, peu après Tsur Hadassa, il y a un petit café, rendez-vous des cyclistes,  ou on prend des petits déjeuners, miam…

A bientôt!