Notre Jerusalem

En 2013, je publiais un article Jerusalem d’or*. Il est toujours d’actualité car Jerusalem est notre capitale depuis 3000 ans.
Le transfert de l’ambassade américaine à Jerusalem est certes une décision importante mais elle ne signifie pas que pour la première fois, Jerusalem est déclarée capitale de l’état d’Israel: elle l’est en fait depuis la création de l’état en 1948 même si aucun état jusqu’à présent l’avait reconnue comme telle.
Ceux qui nous la dénient ou qui nous la disputent ne le font pas par souci humaniste ou par équité mais simplement parce qu’il leur est impensable qu’elle le soit. Il est même impensable pour certains qu’elle se trouve en Israel*!
Pourquoi? Je pense sincèrement que nombres de nations nous ont concédé un état-refuge du bout des lèvres à condition que nous nous montrions reconnaissant en restant sous leur tutelle. Elles n’ont jamais pu accepter que cette ville si importante dans l’histoire de l’humanité soit en fait notre héritage ancestral.
Mais personne ne s’est vraiment rendu compte que pour nous Israel n’était pas qu’un refuge. Pourtant, les paroles de l’Hatikva sont très claires:
Tant qu’au fond du cœur l’âme juive vibre, et notre regard est tourné vers Sion,  vers les confins de l’Orient, notre espoir n’est pas encore perdu. Un espoir de 2000 ans, être un peuple libre sur notre terre, la terre de Sion et de Jerusalem.
Nous le chantions même avant la création de l’état d’Israel:

(Élèves d »une école juive à Munkacs,Tchécoslovaquie, en 1930)

Vous me direz que je confonds deux choses: Israel et Jerusalem. Non, je ne les confonds pas mais pour les Juifs au cours des âges les deux se confondaient. L’alyia de nombreux Juifs s’est faite en pensant à Jerusalem et non pas à Tel Aviv, Beer Sheva, ou aux kibboutzim. Le nom de Sion (l’une des collines de la ville) signifiait pour eux Jerusalem et Jerusalem englobait tout le pays. Dans le chant המסע לארץ ישראל (hamassa leeretz Israel), qui raconte odyssée dramatique des Juifs d’Ethiopie à travers le Soudan, une mère encourage ses enfants fatigués:
« Encore un peu, encore un peu, soulevez vos jambes, un dernier effort avant Jerusalem » et ensuite « encore un peu encore un peu, notre rêve se réalise, on arrive en Eretz Israel »

Nous ne sommes pas animés par un esprit guerrier, nous ne voulons pas dominer le monde. Mais nous sommes liés à notre héritage par un lien, celui qui nous relie à nos ancêtres et à cette terre. Il passe de génération en génération. C’est ainsi que le sionisme c’est le retour à Sion et que Jerusalem est au sommet de notre joie comme disait le prophète Jérémie…
Pour les uns, ce lien a une composante religieuse forte, parfois mystique, pour d’autres non.
Hier soir, à la télévision, l’interview d’un vieux monsieur qui fit partie du Groupe clandestin des sonneurs de Shofar*à l’âge de 13 ans. Ce groupe sonnait du shofar le jour de Kippour à la barbe des soldats anglais en faction au Kotel. Le  gouvernement britannique de l’époque  interdisait aux Juifs de sonner du Shofar et d’apporter des rouleaux de la Thora pour ne pas gêner les susceptibilités des musulmans. Ce jeune garçon ne l’avait pas fait par mysticisme religieux mais, dit-il, par « fierté nationale« .
Je me souviens d’un chant nostalgique que ma mère aimait beaucoup. Nous le fredonnions en canon: וִיהוּדָה, לְעוֹלָם תֵּשֵׁב; וִירוּשָׁלִַם, לְדוֹר וָדוֹר (Yehuda leolam teshev vyerushalayim ledor vador)
Yehouda sera toujours habité ainsi que Jerusalem de génération en génération:

Nous sommes revenus à la maison, nous sommes rentrés chez nous. Le shofar ne sonne pas sur le Mont du Temple mais déjà au Kotel et nous parcourons les rues de notre capitale, librement comme vous pouvez le faire chez vous, où que ce soit.
Dans notre capitale, dans notre pays, chacun peut ne pas croire ou croire et croire en ce qu’il veut. Si vous venez, vous entendrez les cloches et l’appel du muezzin. La réalité n’est pas toujours simple, elle est même souvent très compliquée, mais c’est la nôtre et nous nous faisons avec*.
Souvenez-vous: nous sommes simplement rentrés chez nous.

Dans la vidéo ci-dessous, Yehoram Gaon interprète pour les festivités du Jour de Jerusalem, ce chant dont voici le refrain:
« J’ai vue une ville drapée de lumière, elle monte dans les couleurs de l’arc en ciel et joue en moi comme une harpe »*

Comme le disait David Ben Gourion qui fut notre premier Premier Ministre: Si un pays a une âme, les montagnes de Jerusalem sont l’âme du pays d’Israel

 

A bientôt,

 

*  Jerusalem d’or:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*  Le groupe clandestin des souffleurs de Shofar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

*  Notre réalité :
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

* Jerusalem au sommet de notre joie: Psaume 137

* Pour le Consulat de France a Jerusalem, Jerusalem ne se trouve pas en Israel. Sur les cartes d’identité françaises établies par le Consulat, le nom de la rue est exact, le nom de la ville est bien Jerusalem mais le nom du pays…est aussi Jerusalem. Jerusalem se trouve donc hors territoire israélien. Et je précise pour les chipoteurs que c’est le cas même pour les quartiers se trouvant en deçà de la ligne d’armistice de 1949 et officiellement reconnus comme étant israéliens par la communauté internationale. Ah le vieux fantasme de l’internationalisation de Jerusalem!

* Chant écrit par Yossi Sarig, jeune compositeur du kibboutz Beit Hashita, tué pendant la guerre de Kippour

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Ne vous inquiétez pas

Cet article  du mois de novembre 2012, écrit alors que des missiles du Hamas tombaient sur Israël  a disparu du blog à la suite d’un problème technique. Je le remets en ligne, un peu décalé dans le temps.

Chers amis,

Depuis quelques jours, j’ai reçu nombre de coup de téléphone, beaucoup d’e-mail (ici au pluriel on dit e-mailim). Vous vous inquiétez pour nous et pour Israël.

Ici la vie continue. Si un nouvel immigrant arrive ces jours, l’un des premiers mots qu’il apprendra sera miklat, un abri, ou mamad, la pièce protégée, mais aussi  shigra,  routine. A la télé, à la radio, les responsables de la Sécurité Civile nous demandent  autant que possible de retourner à notre shigra habituelle. Bien sûr, c’est autant que possible, et dans les régions très touchées par les bombardements, la shigra a changé. Dans ce cas, la shigra c’est d’aller le plus vite possible rejoindre l’abri le plus proche. Mais sachez que les habitants du Sud n’ont pas perdu leur dynamisme et leur courage. Ils manifestaient hier soir contre un cessez le feu éventuel qui les feraient retourner à la situation précédente: des tirs de missiles de temps en temps qui leur pourrissent la vie depuis des années

Il est vrai qu’on est collé aux infos et qu’on se téléphone beaucoup plus qu’avant, comme ça pour prendre des nouvelles et échanger des blagues, mais je vous le répète, les gens ici continuent a vivre le plus normalement possible.

Ce matin j’ai été privée de ma visite hebdomadaire à Rishon leTsion qui a été durement touchée hier soir par un missile. Les enfants ne veulent pas que je prenne de risque sur la route. Alors j’ai décidé de vous parler de cette ville que les touristes ne connaissent pas beaucoup.

C’est une charmante ville, fondée il y a 130 ans cette année par un groupe des Hoveivei Tsion, les amants de Sion, qui avaient quitté leur Ukraine natale pour s’installer en Eretz Israël. Maintenant, on localise Rishon comme une ville au Sud de Tel Aviv mais à l’époque, Tel Aviv n’existait pas et Rishon était au centre de nulle part. Terre sableuse, pas d’eau, des moustiques porteurs de malaria, pas d’expérience en agriculture…Ce fut très dur. Heureusement, peu après, ils sont rejoints par une nouvelle vague d’immigrants du mouvement Bilou et après avoir réussi a creuser un puits profond, surnommé encore maintenant le Grand Puits, ils commencent à faire pousser quelques légumes. Arrive le baron Edmond de Rothschild qui non seulement leur apporte une aide financière mais fait aussi venir quelques techniciens et les haloutsim (pionniers) se lancent avec succès dans la culture des citrons et surtout celle de la vigne dont les premiers plants viennent des vignes du Baron dans le région de Bordeaux. Et c’est ainsi que commence l’histoire des vin du Carmel.

Voici une vidéo qui vous raconte l’histoire de la ville: C’est en hébreu, laissez-vous porter par les images:

Ce nom de Rishon leTsion, premier à Sion, est un peu long et souvent raccourci en Rishon. Il vient de la Bible, du prophète Isaie (chap 41,27): » C’est moi le premier qui ai dit à Sion : Les voici, les voici ! Et à Jérusalem : J’envoie un messager de bonnes nouvelles !

La première école hébraïque du pays fut fondée à Rishon en 1898, elle débuta dans le sous sol de la synagogue. C’est à Rishon que Naphtali Imber fit entendre pour la première fois l’Hatikva et qu’on créa le drapeau d’Israel. C’est à Rishon que fut fondé le premier orchestre . En temps que première implantation en Israël, Rishon a reçu la visite de Théodore Herzl, d’Albert Einstein, Haim Weizman et Winston Churchill. Ce n’est donc pas étonnant si les habitants de Rishon le Tsion se nomment eux même Harishonim (les premiers) comme vous l’entendez dans cette vidéo réalisée cette année pour les 130 ans de la ville  (merci à Viviane Lesselbaum):

 

« Nous étions un petit village et toutes ces années nous avons marché vers l’avenir . Devant notre puits nous chantons cette chanson ensemble, les sables sont devenus des routes et des maisons séparées par des jardins qui se bonifient avec le temps comme le vin. On allume des bougies pour notre grande ville qui a maintenant 130 ans, avec beaucoup d’amour. Nous sommes Rishon, Rishon leTsion, toujours les premiers. Ensemble, nous parcourons ses rues. Notre ville, il n’y a rien de mieux, Rishon leTsion est la première et ce n’est pas un prodige avec des habitants tels que ceux-ci. La vie est merveilleuse et nous chantons. Nous sommes Rishon, Rishon leTsion, toujours les premiers! »

A bientôt,