La loi de la nation ou la vertu du nationalisme

Il y a quelques semaines, le politologue Yoram Hazoni était interviewé dans le Figaro. Voici ce qu’il déclara au sujet du nationalisme et des états-nation:
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler ne l’était pas le moins du monde.Je ne pourrai pas vous rendre compte du reste de l’interview n’étant pas abonnée au Figaro, mais voici un extrait de son livre* The virtue of nationalism:
Mes amis libéraux (là encore, au sens américain, c’est-à-dire des intellectuels de gauche) semblent ne pas comprendre que la construction libérale qu’ils soutiennent est une forme d’impérialisme… Tout comme les Pharaons et les rois de Babylone, les empereurs romains et l’église catholique romaine, jusqu’à récemment, ainsi que les marxistes au siècle dernier, les “progressistes” ont aux aussi leur grande théorie sur la manière d’apporter la paix et la prospérité au monde entier, en abolissant les frontières et en unissant l’humanité sous leur propre domination universelle. Infatués de la clarté intellectuelle de cette vision, ils dédaignent le processus laborieux de consulter la multitude des peuples qui doivent, selon eux, embrasser leur vision de ce qui est bon. Et comme tous les impérialistes, ils sont prompts à exprimer leur dégoût, leur mépris et leur colère lorsque leur vision de la paix rencontre l’opposition de ceux dont ils sont certains qu’ils retireront un immense bénéfice en se soumettant tout simplement”

Je peux rajouter à cela:
Hitler voulait un grand empire débarrassé de la vermine (nous les Juifs et aussi les Gitans) et avec de nombreux esclaves (les Russes et Polonais particulièrement) au service d’une supposée race pure. Il ne proposait pas que chacun vive selon sa langue, ses lois et sous son figuier pour  paraphraser la Bible. Staline voulait un empire soviétique dans lequel les particularismes culturels n’étaient concédés que du bout des lèvres, quant à Mao, foin des aspirations de toutes les minorités qui s’opposaient au diktat chinois, les Tibétains en savent quelque chose.
En ce qui concerne le monde islamique, nous savons que pour lui, le monde est partagé entre Dar el Islam (monde de l’Islam) où tous doivent obéir à l’islam (y compris les dhimmis) et Dar el ‘Harb (le monde de l’épée) c’est à dire le monde qui sera soumis à l’islam par la force.

Pourtant, actuellement l’idée que la nation est facteur de discrimination pouvant mener à la guerre est très à la mode. Une des raisons qui font que notre petit état fait horreur au monde occidental, c’est que c’est un état-nation et que nous y tenons.
Depuis quelque mois, une loi, la loi de la Nation, fait couler beaucoup d’encre, y compris ici dans la presse et les milieux gauchistes qui la décrivent comme une loi raciste s’opposant aux droits de l’homme. Aussi j’ai voulu mettre en parallèle le texte de la Déclaration de l’Indépendance, prononcé le 14 mais 1948 par David Ben Gourion, les lois fondamentales et le texte de la loi de la Nation.

Si je reprends le contenu de la Loi de la Nation promulguée le 19 juillet 2018, je retrouve les mêmes principes dans la Déclaration d’Indépendance et les Lois Fondamentales. Ainsi:

– 3 grands principes y sont inscrits en préambule:
1) La Terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif sur laquelle s’est constitué l’État d’Israël.
2) L’État d’Israël est l’État national du Peuple Juif par lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination.
3) L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est spécifique au Peuple Juif.

Ces trois principes se trouvent déjà dans la Déclaration d’Indépendance:

La loi de la Nation  détaille ensuite les symboles de l’état:

– Le nom de l’état:
Le nom de l’état est Israel.

Dans la Déclaration de l’Indépendance figure cette phrase:
Nous, membres du Conseil National représentants le peuple juif du pays d’Israel et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd’hui, jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’état juif dans le pays d’Israel, qui portera le nom d’état d’Israel.

– Le drapeau de l’État:
Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des marges, et un maguen David (bouclier de David) bleu ciel au milieu.

Lois fondamentales (extrait):
Le drapeau d’Israël s’inspire du châle de prière juif (Talith) orné d’un Bouclier de David (Maguen David) bleu (Loi de drapeau et des symboles de l’État, mai 1949).

Les armoiries de l’Etat:
Le symbole  de l’État est un chandelier  à sept branches, des feuilles de vigne sur chaque côté, et le mot: « Israel » à sa base.

Lois fondamentales (extrait):
Les armoiries d’Israël représentent une Menorah (chandelier), symbole juif depuis plus de 3000 ans. L’emblème de l’état, la Menorah sera la même que celle qu’on trouve sur l’arc de Titus*. Elle sera entourée de deux branches d’olivier et à sa base portera le nom d’Israel en souvenir de la prophétie de Zakharia (14, 2) qui prophétise le renouveau d’Israel:
« Je vois un chandelier tout en or son récipient sur son sommet, ses sept lampes alignées et sept conduits pour les lampes qui en couronnent le sommet.  Puis, deux oliviers à ses côtés, l’un à droite du récipient, l’autre à gauche ». 

L’Hymne de l’État:
L’hymne de l’état est la « Hatikvah ».

Lois fondamentales (extrait):
Hatikvah est officiellement l’hymne national de l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Composé par Naphtali Imber en 1878 et choisi pour être l’hymne du premier Congres Sioniste.
Le mot  Hatikva veut dire l’espoir et son texte a tout de suite parlé aux juifs du monde entier, et ceci avant la création de l’état.

Tant qu’au fond du cœur
Vivre notre âme juive,
Et, tend son regard vers les confins de l’Orient

Notre espoir n’est pas encore perdu,
Un espoir de deux mille ans:
Etre un peuple libre sur notre terre,
La terre de Sion et de Jérusalem


(chorale d’enfants à Munkacs dans les Carpates au début des années 30)

Dans la Palestine mandataire, l’hymne de la Hatikva a été interdit par les autorités britanniques dès 1919 pour ne pas déplaire aux Arabes (comme ils avaient par ailleurs interdit le son du shofar au Kotel*).

– La capitale de l’état:
Jerusalem, entière et réunifiée est la capitale de l’Etat.

Lois fondamentales:
1) Le 5 décembre 1949, le Premier Ministre David Ben Gourion  a proclamé que Jerusalem était la capitale d’Israel , en suivant ainsi les décisions du gouvernement. Il a aussi rappelé  le fait que, capitale à l’époque biblique,  Jerusalem  avait toujours eu une population juive sans discontinuer jusqu’à nos jours. Il a souligné son propos en répétant cette phrase:  ירושלים היא בירת ישראל לנצח, Jerusalem est la capitale d’Israel pour l’éternité.
2) De plus, le 14 du même mois de décembre 1949, il a rejeté la résolution 303 de l’UNGA (Assemblée générale de l’ONU), qui avait décidé que Jerusalem serait une ville internationale placée sous l’autorité de l’ONU,  et a réaffirmé la position des membres de la Knesset sur le sujet.
3) La loi fondamentale, votée le 

– La langue officielle de l’état:
L’hébreu est la langue de l’état. La langue Arabe jouit d’un statut spécial dans l’État; la réglementation de l’usage de la langue Arabe dans les institutions officielles ou devant celles-ci, fera l’objet d’une loi. Aucune disposition du présent article ne portera atteinte au statut effectif de la langue Arabe avant l’entrée en vigueur de la présente loi fondamentale.

Loi fondamentale du 19 mais 1948: L’hébreu est la seule langue officielle d’Israel, l’arabe ayant un statut spécial.

Alors que le nouvel état a maintenu un certain nombre de lois britanniques dans son nouveau code de lois, le gouvernement a expressément précisé que seul l’hébreu était la langue officielle!

Cependant, les panneaux d’utilité publique

ainsi que tous les documents officiels sont rédigés en hébreu et en arabe.

J’ai lu dans plusieurs revues d’histoire que l’ONU avait exigé pourtant d’Israel la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle avant de l’admettre comme membre. C’est faux mais qui ira vérifier le texte de la résolution 273 admettant Israel au sein de l’ONU en 1949:
https://ecf.org.il/media_items/469)

– Le rassemblement des exilés et les liens avec le peuple juif en Diaspora:
L’État sera ouvert à l’immigration des Juifs et au Rassemblement des Exilés. L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté. L’État agira sur les communautés de Diaspora pour la conservation du lien entre l’Etat et les membres du Peuple Juif. L’État agira en vue de la conservation de la Tradition culturelle, historique et religieuse du Peuple Juif au sein du Judaïsme de Diaspora.

Déclaration de l’Indépendance:
Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat… Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.
En 1897, inspiré par la vision de l’Etat juif qu’avait eue Théodore Herzl, le premier congrès sioniste proclama le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays. Ce droit fut reconnu par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et réaffirmé par le mandat de la Société des nations qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

(Voici cet extrait repris et décoré qui se trouve dans les archives de l’état)

– *Développement urbain et agricole des Juifs:
L’État considère le développement urbain et agricole des Juifs comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement.

Déclaration de l’Indépendance:
..
.Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat. Tout au long des dernières décennies, ils s’y rendirent en masse : pionniers, maapilim* et défenseurs. Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle. Ils n’aspiraient qu’à la paix encore qu’ils aient toujours été prêts à se défendre. Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays. Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.

Lois fondamentales:
Le concept de développement urbain et agricole de la population juive est déjà inscrit dans la Déclaration du 4 octobre 1949. Le gouvernement de l’époque  constitue en plus un comité dont le but est d’inciter à la réhabilitation des noms juifs des différentes localités dont le nom a été changé au cours des siècles et à retrouver celles qui ont disparu en se fondant sur des bases historiques et archéologiques précises . Ce comité travaillera surtout dans la région du Neguev, en parallèle avec le « Comité des noms des localités du Fonds National Juif » qui lui s’est attelé à ce travail dès l’année 1922!
Pour comprendre cela, il faut intégrer le fait qu’ici, les groupes ethniques et religieux sont ne sont pas effacés au profit d’une nationalité commune à tous. Situation très différente de ce qui existe par exemple en France. Ne dites surtout pas à un Israélien arabe, druze, tcherkesse ou araméen, qu’il n’est qu’israélien. Il est fidèle non seulement à sa nationalité mais aussi à son groupe dont il défend bec et ongles les particularités. Il donc est logique pour tous que si l’état est la patrie de la nation juive, comme cela est inscrit dans la Déclaration de l’Indépendance, le développement urbain et agricole des Juifs soit son objectif premier. Ceci dit, les non-Juifs habitent où ils veulent (y compris parfois dans les « colonies ») dans la mesure où ils respectent les lois d’urbanisation valables pour tous.
Point de place ici pour  les villages construits sans aucune autorisation, essentiellement dans le Neguev mais parfois aussi en Galilée et pour le dire en passant, souvent avec l’aide active de puissances étrangères comme l’Union Européenne qui plantent des cabanes en tôle, sans donner aux habitants la possibilité de se connecter à l’eau, à l’électricité ou même à des routes carrossées et en les gardant ainsi dans un état de pauvreté et de dépendance tout en leur répétant que leurs malheurs viennent des sionistes.

– Le Calendrier:
Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel de l’Etat et à ses côtés le calendrier grégorien servira aussi de calendrier officiel. L’emploi du calendrier hébraïque et du calendrier grégorien sera fixé par la loi. Le jour de l’Indépendance est le jour de la fête nationale de l’État.
Le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et le Jour du Souvenir de la Shoah et du Courage sont des jours du souvenir officiels de l’État.
Le Shabbat (Samedi) et les fêtes juives sont des jours de repos fixes dans l’État. 
Les personnes non-juives ont le droit de fixer leurs jours de congé, leur jour de repos hebdomadaire et lors de leurs fêtes; les détails concernant ces points seront fixés par la loi.

Lois fondamentales:
La première loi à être promulguée dans l’État d’Israël a été l’ordonnance du shabbat et du repos des jours selon le calendrier juif en raison de l’importance de la tradition juive. Et il a été décidé que la date hébraïque serait indiquée dans chaque lettre officielle du gouvernement
De plus, pendant le premier gouvernement de Mena’hem Begin, il a été décidé que les banques et les institutions publiques se devaient d’honorer les chèques et factures comportant uniquement la date hébraïque.
Enfin en 2014, a été votée une loi selon laquelle le permis de conduire comporterait également la date en hébreu.

En conclusion que dire? Que tout ce qui se trouve dans la Loi de la Nation (que les journaliste appellent la si-controversée loi de la Nation) a été déjà écrit et proclamé depuis la création de l’état.
Etait-il donc nécessaire de voter une nouvelle loi?
Pour moi, oui, vraiment, et toutes les accusations véhémentes de ceux opposés à la loi me le prouvent. Ce texte est nécessaire pour lutter contre les adeptes du post-sionisme qui voudrait suivre le courant actuel: plus de nation, plus de particularités culturelles et nationales sans se rendre compte que cet abandon revient à donner les rênes du pays à  ceux qui veulent le détruire. Ce faisant, ils ôtent aux Juifs tout espoir de trouver un refuge dans le pays de leurs ancêtres. Si certaines populations décident de fondre leur culture et leurs particularismes dans un magma indéfinissable, c’est bien leur droit. C’est là un luxe que nous, Juifs, nous ne pouvons pas nous payer. Combien d’entre nous en Diaspora sont encore des victimes toutes désignées y compris dans les pays dits développés?
Même ici, dans ce pays en constitution depuis seulement 70 ans, nous ne devons jamais baisser les bras et veiller à ce que les principes fondateurs demeurent.
Certains crient à la discrimination en répétant comme un mantra que la Loi de Nation est raciste, mais sans jamais expliquer en quoi elle l’est.

Pour moi, par deux fois nous avons perdu notre souveraineté nationale*.
Nous avons survécu en développant et renouvelant notre conception particulière du monde et du rapport à l’autre, tout en conservant nos structures fondamentales: monothéisme et éthique, rappel de l’alliance et universalisme. Nous avons été capables de maintenir notre identité pendant ces siècles d’exil, tout cela en attendant de restaurer notre état*.
Nous avons le devoir de maintenir nos valeurs et notre héritage que nos ancêtres ont réussi, dans les conditions difficiles que nous connaissons, à nous transmettre et nous refusons de nous couler dans un moule créé par d’autres même s’ils prétendent nous vouloir du bien.

A bientôt,

* Il y a longtemps: la première fois 5 siècles avant l’ère chrétienne et la deuxième fois au deuxième siècle de l’ère chrétienne, après la chute de Bar Kokhba.

*Extrait tire de l’excellent article (une fois de plus!) de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/02/europe-les-elites-contre-les-peuples-la-nouvel-imperialisme-europeen-face-au-reveil-des-etats-nations-pierre-lurcat.html

* Parmi les nombreuses interdictions du gouvernement britannique: chanter l’hymne Hatikva et souffler dans un shofar au kotel
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

* Maapilim: Les immigrants illégaux entre 1934 et 1948.

*Je vous renvoie au texte de la déclaration d’Indépendance, prononce par David Ben Gourion, premier Premier Ministre d’Israel, le 5 Iyar 5708 ou 14 mai 1948:
https://mfa.gov.il/MFA/MFAFR/MFA-Archive/Pages/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel.aspx

 

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Notre Jerusalem

En 2013, je publiais un article Jerusalem d’or*. Il est toujours d’actualité car Jerusalem est notre capitale depuis 3000 ans.
Le transfert de l’ambassade américaine à Jerusalem est certes une décision importante mais elle ne signifie pas que pour la première fois, Jerusalem est déclarée capitale de l’état d’Israel: elle l’est en fait depuis la création de l’état en 1948 même si aucun état jusqu’à présent l’avait reconnue comme telle.
Ceux qui nous la dénient ou qui nous la disputent ne le font pas par souci humaniste ou par équité mais simplement parce qu’il leur est impensable qu’elle le soit. Il est même impensable pour certains qu’elle se trouve en Israel*!
Pourquoi? Je pense sincèrement que nombres de nations nous ont concédé un état-refuge du bout des lèvres à condition que nous nous montrions reconnaissant en restant sous leur tutelle. Elles n’ont jamais pu accepter que cette ville si importante dans l’histoire de l’humanité soit en fait notre héritage ancestral.
Mais personne ne s’est vraiment rendu compte que pour nous Israel n’était pas qu’un refuge. Pourtant, les paroles de l’Hatikva sont très claires:
Tant qu’au fond du cœur l’âme juive vibre, et notre regard est tourné vers Sion,  vers les confins de l’Orient, notre espoir n’est pas encore perdu. Un espoir de 2000 ans, être un peuple libre sur notre terre, la terre de Sion et de Jerusalem.
Nous le chantions même avant la création de l’état d’Israel:

(Élèves d »une école juive à Munkacs,Tchécoslovaquie, en 1930)

Vous me direz que je confonds deux choses: Israel et Jerusalem. Non, je ne les confonds pas mais pour les Juifs au cours des âges les deux se confondaient. L’alyia de nombreux Juifs s’est faite en pensant à Jerusalem et non pas à Tel Aviv, Beer Sheva, ou aux kibboutzim. Le nom de Sion (l’une des collines de la ville) signifiait pour eux Jerusalem et Jerusalem englobait tout le pays. Dans le chant המסע לארץ ישראל (hamassa leeretz Israel), qui raconte odyssée dramatique des Juifs d’Ethiopie à travers le Soudan, une mère encourage ses enfants fatigués:
« Encore un peu, encore un peu, soulevez vos jambes, un dernier effort avant Jerusalem » et ensuite « encore un peu encore un peu, notre rêve se réalise, on arrive en Eretz Israel »

Nous ne sommes pas animés par un esprit guerrier, nous ne voulons pas dominer le monde. Mais nous sommes liés à notre héritage par un lien, celui qui nous relie à nos ancêtres et à cette terre. Il passe de génération en génération. C’est ainsi que le sionisme c’est le retour à Sion et que Jerusalem est au sommet de notre joie comme disait le prophète Jérémie…
Pour les uns, ce lien a une composante religieuse forte, parfois mystique, pour d’autres non.
Hier soir, à la télévision, l’interview d’un vieux monsieur qui fit partie du Groupe clandestin des sonneurs de Shofar*à l’âge de 13 ans. Ce groupe sonnait du shofar le jour de Kippour à la barbe des soldats anglais en faction au Kotel. Le  gouvernement britannique de l’époque  interdisait aux Juifs de sonner du Shofar et d’apporter des rouleaux de la Thora pour ne pas gêner les susceptibilités des musulmans. Ce jeune garçon ne l’avait pas fait par mysticisme religieux mais, dit-il, par « fierté nationale« .
Je me souviens d’un chant nostalgique que ma mère aimait beaucoup. Nous le fredonnions en canon: וִיהוּדָה, לְעוֹלָם תֵּשֵׁב; וִירוּשָׁלִַם, לְדוֹר וָדוֹר (Yehuda leolam teshev vyerushalayim ledor vador)
Yehouda sera toujours habité ainsi que Jerusalem de génération en génération:

Nous sommes revenus à la maison, nous sommes rentrés chez nous. Le shofar ne sonne pas sur le Mont du Temple mais déjà au Kotel et nous parcourons les rues de notre capitale, librement comme vous pouvez le faire chez vous, où que ce soit.
Dans notre capitale, dans notre pays, chacun peut ne pas croire ou croire et croire en ce qu’il veut. Si vous venez, vous entendrez les cloches et l’appel du muezzin. La réalité n’est pas toujours simple, elle est même souvent très compliquée, mais c’est la nôtre et nous nous faisons avec*.
Souvenez-vous: nous sommes simplement rentrés chez nous.

Dans la vidéo ci-dessous, Yehoram Gaon interprète pour les festivités du Jour de Jerusalem, ce chant dont voici le refrain:
« J’ai vue une ville drapée de lumière, elle monte dans les couleurs de l’arc en ciel et joue en moi comme une harpe »*

Comme le disait David Ben Gourion qui fut notre premier Premier Ministre: Si un pays a une âme, les montagnes de Jerusalem sont l’âme du pays d’Israel

 

A bientôt,

 

*  Jerusalem d’or:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/

*  Le groupe clandestin des souffleurs de Shofar:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

*  Notre réalité :
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

* Jerusalem au sommet de notre joie: Psaume 137

* Pour le Consulat de France a Jerusalem, Jerusalem ne se trouve pas en Israel. Sur les cartes d’identité françaises établies par le Consulat, le nom de la rue est exact, le nom de la ville est bien Jerusalem mais le nom du pays…est aussi Jerusalem. Jerusalem se trouve donc hors territoire israélien. Et je précise pour les chipoteurs que c’est le cas même pour les quartiers se trouvant en deçà de la ligne d’armistice de 1949 et officiellement reconnus comme étant israéliens par la communauté internationale. Ah le vieux fantasme de l’internationalisation de Jerusalem!

* Chant écrit par Yossi Sarig, jeune compositeur du kibboutz Beit Hashita, tué pendant la guerre de Kippour

Ne vous inquiétez pas

Cet article  du mois de novembre 2012, écrit alors que des missiles du Hamas tombaient sur Israël  a disparu du blog à la suite d’un problème technique. Je le remets en ligne, un peu décalé dans le temps.

Chers amis,

Depuis quelques jours, j’ai reçu nombre de coup de téléphone, beaucoup d’e-mail (ici au pluriel on dit e-mailim). Vous vous inquiétez pour nous et pour Israël.

Ici la vie continue. Si un nouvel immigrant arrive ces jours, l’un des premiers mots qu’il apprendra sera miklat, un abri, ou mamad, la pièce protégée, mais aussi  shigra,  routine. A la télé, à la radio, les responsables de la Sécurité Civile nous demandent  autant que possible de retourner à notre shigra habituelle. Bien sûr, c’est autant que possible, et dans les régions très touchées par les bombardements, la shigra a changé. Dans ce cas, la shigra c’est d’aller le plus vite possible rejoindre l’abri le plus proche. Mais sachez que les habitants du Sud n’ont pas perdu leur dynamisme et leur courage. Ils manifestaient hier soir contre un cessez le feu éventuel qui les feraient retourner à la situation précédente: des tirs de missiles de temps en temps qui leur pourrissent la vie depuis des années

Il est vrai qu’on est collé aux infos et qu’on se téléphone beaucoup plus qu’avant, comme ça pour prendre des nouvelles et échanger des blagues, mais je vous le répète, les gens ici continuent a vivre le plus normalement possible.

Ce matin j’ai été privée de ma visite hebdomadaire à Rishon leTsion qui a été durement touchée hier soir par un missile. Les enfants ne veulent pas que je prenne de risque sur la route. Alors j’ai décidé de vous parler de cette ville que les touristes ne connaissent pas beaucoup.

C’est une charmante ville, fondée il y a 130 ans cette année par un groupe des Hoveivei Tsion, les amants de Sion, qui avaient quitté leur Ukraine natale pour s’installer en Eretz Israël. Maintenant, on localise Rishon comme une ville au Sud de Tel Aviv mais à l’époque, Tel Aviv n’existait pas et Rishon était au centre de nulle part. Terre sableuse, pas d’eau, des moustiques porteurs de malaria, pas d’expérience en agriculture…Ce fut très dur. Heureusement, peu après, ils sont rejoints par une nouvelle vague d’immigrants du mouvement Bilou et après avoir réussi a creuser un puits profond, surnommé encore maintenant le Grand Puits, ils commencent à faire pousser quelques légumes. Arrive le baron Edmond de Rothschild qui non seulement leur apporte une aide financière mais fait aussi venir quelques techniciens et les haloutsim (pionniers) se lancent avec succès dans la culture des citrons et surtout celle de la vigne dont les premiers plants viennent des vignes du Baron dans le région de Bordeaux. Et c’est ainsi que commence l’histoire des vin du Carmel.

Voici une vidéo qui vous raconte l’histoire de la ville: C’est en hébreu, laissez-vous porter par les images:

Ce nom de Rishon leTsion, premier à Sion, est un peu long et souvent raccourci en Rishon. Il vient de la Bible, du prophète Isaie (chap 41,27): » C’est moi le premier qui ai dit à Sion : Les voici, les voici ! Et à Jérusalem : J’envoie un messager de bonnes nouvelles !

La première école hébraïque du pays fut fondée à Rishon en 1898, elle débuta dans le sous sol de la synagogue. C’est à Rishon que Naphtali Imber fit entendre pour la première fois l’Hatikva et qu’on créa le drapeau d’Israel. C’est à Rishon que fut fondé le premier orchestre . En temps que première implantation en Israël, Rishon a reçu la visite de Théodore Herzl, d’Albert Einstein, Haim Weizman et Winston Churchill. Ce n’est donc pas étonnant si les habitants de Rishon le Tsion se nomment eux même Harishonim (les premiers) comme vous l’entendez dans cette vidéo réalisée cette année pour les 130 ans de la ville  (merci à Viviane Lesselbaum):

 

« Nous étions un petit village et toutes ces années nous avons marché vers l’avenir . Devant notre puits nous chantons cette chanson ensemble, les sables sont devenus des routes et des maisons séparées par des jardins qui se bonifient avec le temps comme le vin. On allume des bougies pour notre grande ville qui a maintenant 130 ans, avec beaucoup d’amour. Nous sommes Rishon, Rishon leTsion, toujours les premiers. Ensemble, nous parcourons ses rues. Notre ville, il n’y a rien de mieux, Rishon leTsion est la première et ce n’est pas un prodige avec des habitants tels que ceux-ci. La vie est merveilleuse et nous chantons. Nous sommes Rishon, Rishon leTsion, toujours les premiers! »

A bientôt,