Yom hazikaron 2018

Demain soir, ce sera Yom Hazikaron.
Nous commémorerons toute la journée de mercredi le souvenir de ceux qui sont tombés pour la défense de l’état d’Israel et les victimes du terrorisme.
On ne sait que peu de choses des défenseurs du quartier juif de la vieille ville de Jerusalem en 1948.
C’est pourquoi, j’ai voulu vous parler de l’un d’eux, une jeune fille nommée Esther Tseilingold.


Née à Londres en 1925 dans le quartier de Whitechapel, elle vit dans une famille où deux choses sont importantes:l’éducation et le sionisme*. C’est ainsi qu’Esther est diplômée de l’Université de Londres en 1946 et qu’elle fait partie du  mouvement de jeunesse Bnei Akiva qui prépare les jeunes réfugiés juifs à une future vie en kibboutz
Ses convictions sionistes juvéniles se  renforcent avec l’avènement du nazisme, la guerre et la découverte de l’extermination des Juifs. En 1946, elle peut entrer en Palestine mandataire  grâce à sa nationalité britannique et enseigne l’anglais à l’école Evelina de Rothschild à Jerusalem.
Elle est témoin de la violence arabe et de l’attitude de plus en plus dure des Anglais à l’égard des Juifs, les procès et pendaisons des combattants juifs, du refus des autorités de recevoir les réfugiés juifs…
En janvier 1948, la situation des Juifs est tellement critique qu’elle quitte son poste d’enseignante et s’engage dans la Haganah. Elle est chargée de la radiodiffusion en anglais de la Haganah, participe à la surveillance du quartier juif de la vieille ville, le plus vulnérable de tous les secteurs à Jerusalem et  s’occupe de fournir aux soldats de divers avant-postes ce qu’il leur faut (armes, munitions, nourriture…).
Les choses sont relativement calmes, mais tout le monde s’attend à une attaque de grande envergure dès le départ des troupes britanniques, prévu pour le 14 mai.
Le 16 mai, lors de la première attaque arabe soutenue contre le quartier, Esther est blessée, mais pas handicapée. Elle repart rapidement au combat, utilisant souvent les toits exposés comme moyen de communication entre les postes. Le 19 mai, une petite unité de Palma’h franchit la Porte de Sion et atteint la garnison assiégée mais les soldats sont épuisés et mal organisés. Ils battent en retraite, les défenseurs du quartier juif sont seuls. Le même jour, la légion arabe du roi Abdallah de Jordanie arrive au mont des Oliviers et commence à bombarder le quartier juif, tandis que les troupes terrestres arabes progressent de maison en maison. Esther ne peut plus servir en tant que soldat de liaison, elle rejoint un groupe de défense, armée d’un simple Sten.

Le 26 mai, elle est grièvement blessée. Elle est transportée dans un dispensaire du quartier, mais il n’y a que très peu de médecins et encore moins de médicaments.
« Il est difficile de parler des faits héroïques mais je veux  raconter qu’Esther qui se trouvait allongée au dispensaire, réussit à se traîner avec son Sten et à sortir pour continuer à tirer contre l’ennemi. Elle reçut alors une balle et c’est alors qu’elle mourut » (témoignage d’un de ses camarades)
En fait, elle survivra deux jours. Lors du bombardement du dispensaire le lendemain, Esther et les autres blessés sont transférés dans un endroit plus sûr. Elle est  consciente et capable de parler, de lire et de prier. Pendant ce temps, avec la destruction de la synagogue ‘Hurva, les 40 défenseurs encore vivants se rendent aux Jordaniens le 28 mai.
Esther et les autres blessés sont  déplacés, cette fois à l’école arménienne voisine, juste à l’extérieur du quartier juif. C’est jour de shabbat. Esther est allongée sur une paillasse par terre. Il n’y a pas de morphine pour la soulager. Quelqu’un lui propose une cigarette, elle refuse en murmurant » non, c’est shabbat« .
Ce seront ses derniers mots. Elle avait 22 ans.
Ses camarades trouveront une lettre sous son oreiller. Elle l’avait écrite quelques jours avant d’être mortellement blessée.
« Chers parents, chers tous,
 Si vous recevez cette lettre, sachez que je l’écris pour vous consoler. Essayez d’accepter tout ce qui m’est arrivé, comprenez que je n’ai aucun regret. Ici pour nous le combat est amer, c’est l’enfer mais il a un sens, j’en suis pleinement convaincue. Nous combattons pour réaliser notre rêve d’avoir enfin notre pays, un état juif. Je ne suis qu’une de tous ceux qui se sont sacrifiés. Je suis pressée d’écrire ceci car aujourd’hui a été tué quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi. Dans mon chagrin, je voudrais que vous considériez que nous étions tous des soldats, que nous avions un grand but et que nous avons combattu pour lui. Dieu nous soutient, j’en suis convaincue dans sa ville sainte, et je suis fière et accepte de payer ce prix. Ne pensez pas que j’ai pris des risques inconsidérés. On n’a pas le choix quand on est si peu nombreux. J’espère que vous pourrez rencontrer chacun des combattants qui survivront au combat et aussi que  vous serez heureux et non pas tristes quand ils vous parleront de moi. S’il vous plait, s’il vous plait, ne soyez pas triste, cela n’aide pas. J’ai vécu ma vie pleinement même si elle a été courte et je pense qu’elle fut douce et courte. Quelle douceur dans notre pays! J’espère que Mimi et Asher (sa sœur et son beau-frère) vous rendront heureux. Si vous n’avez pas de regrets, moi je serai heureuse. Je pense à vous tous, à chacun dans la famille. Je suis heureuse en pensant que vous viendrez un jour, bientôt j’espère, et que vous jouirez des fruits de notre combat. Beaucoup beaucoup d’amour, soyez heureux et joyeux,
Shalom, votre Esther »

Après la reddition de la garnison du quartier juif à la Légion arabe, le quartier juif fut pillé et totalement détruit.

Les survivants, ayant tout perdu, se réfugièrent de l’autre côté des lignes israéliennes.


En juin 1967, la vieille ville sera reprise à la Jordanie par Israel lors de la guerre des 6 jours et le quartier reconstruit.

Les défenseurs du quartier juif de Jerusalem ont été enrôlés à titre posthume dans Tsahal et leurs corps  transférés au cimetière militaire du Mont Herzl en septembre 1950
Voici la tombe d’Esther:

 

A bientôt,

 

*son père Moshe est un des fondateurs du mouvement sioniste religieux Misrahi en Pologne

*Sa famille s’installera à Jerusalem dans les années 50

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Des « Livres Blancs » mais pas très propres

J’avais intitulé mon article du 29 février: « Désarrois juifs dans l’entre deux guerres »*.
Dans les années 30, les Juifs du Yishuv* voient leurs conditions de vie et leur liberté être restreintes chaque jour un peu plus. Les Anglais les empêchent de s’installer et de se défendre alors que les Arabes sont de plus en plus agressifs et violents.
Comme vous les savez, la guerre éclate à la fin de l’été 1939. Les juifs du Yishuv sont alors totalement séparés de leur famille restée en Europe ou en Afrique du Nord.
Or, quelques mois avant le début de la guerre, les Anglais ont publié leur troisième Livre Blanc.

British White Paper of 1939

Dès l’année 1922, un premier Livre Blanc avait déjà:
-restreint le territoire destiné au Foyer Juif, en donnant à l’émir Abdallah* le contrôle des terres situées à l’est du Jourdain, qu’ils nommeront Transjordanie.
-restreint l’immigration juive en posant comme condition première à l’immigration que les candidats aient des moyens d’existence suffisamment élevés.
-décidé que la Palestine ne pouvait être conçue comme une entité politique exclusivement juive.

Palestine_et_Transjordanie_(1922_-_1948)

Le deuxième Livre Blanc avait été publie le 21 octobre 1930 après les émeutes sanglantes de 1929 et le pogrom d’Hebron.
Celui-ci allait encore plus loin, car le gouvernement britannique y remettait en cause le principe même de l’immigration juive tout en  favorisant celle des Arabes et leur priorité à l’emploi, y compris dans les institutions juives. A un moment où les Juifs allemands cherchaient désespérément à fuir leur pays, le nombre de certificats d’immigration accordés était inférieur au nombre de demandes.

Quant au troisième Livre Blanc, promulgué de 17 mai 1939:
-Il limite la vente de terres  aux Juifs. Dans certains endroits, elle est complètement interdite comme en Samarie, à Gaza ou dans la région de Beer Sheva. Dans le reste du Neguev et la vallée du Jourdain elle est autorisée au compte-goutte et reste libre à Tel Aviv ou Haïfa.
-Il interdit presque entièrement l’immigration juive: seuls 75 000 Juifs pourront s’installer en Palestine de façon à ce que le nombre de Juifs ne représente que le tiers de la population locale. Alors que, dans le même temps,  celle-ci augmente grâce à un afflux de musulmans favorisés par les lois britanniques et attirés par des perspectives économiques bien meilleures que dans leur pays d’origine.
-Déclare enfin que l’immigration juive devra ensuite être soumise au consentement des Arabes et du gouvernement arabe en devenir.
Les Anglais confirment donc ce qu’ils avaient écrit dans le premier Livre Blanc et y disent très clairement qu’ils ne veulent pas d’un état juif en Palestine.

Ce troisième Livre Blanc est promulgué sans état d’âme par le gouvernement britannique alors que:
-Les émeutes anti-juives battent leur plein en Palestine depuis déjà trois ans sous l’impulsion du Grand Mufti de Jerusalem, Hadj Amin Al Husseini, qui suit les directives nazies contre les Juifs dans tout le Moyen-Orient.
-En Europe, les Juifs allemands sont victime des lois raciales et ceux qui sont d’origine polonaise ont été déjà expulsés à l’est. Les Juifs autrichiens sont pris dans la nasse à cause de l’Anschluss. Les Juifs polonais, roumains, hongrois vivent sous des régimes dictatoriaux et antisémites. Tous ceux qui ont pu fuir en Europe occidentale se retrouvent apatrides du fait que ces pays là, ainsi que l’Italie fasciste, ne renouvellent pas les passeports de leurs ressortissants juifs réfugiés à l’étranger, appliquant ainsi leurs lois raciales.

Les Juifs de Palestine regardent alors les Britanniques comme leurs ennemis. Cependant tous ne le sont pas.
En 1936, un officier anglais, le Major Orde Wingate, considéré comme profondément excentrique, est sioniste: Il parle non seulement l’arabe mais aussi l’hébreu! Il fonde les Special Night Squads ou SNS : 4 sections totalisant 200 hommes dont 150 servent déjà dans la police juive: Les Notrim*. Ils effectuent des missions de nuit – d’où leur nom – pour protéger les kibboutzim isolés, principalement en Galilée, mais aussi l’oléoduc de l’Irak Petroleum Company qui alimente le port de ‘Haifa.
Wingate est un représentant du sionisme chrétien pour qui les Juifs doivent retourner sur leur terre afin de hâter la venue du Messie. Considéré comme un héros par les Juifs de Palestine, il les entraîne à se battre comme une armée moderne et les encourage aussi moralement. Les Juifs du Yishuv le désignent par son surnom הידיד (Hayedid) l’Ami. Certains disent que le cri de ralliement des officiers israéliens au combat « אחרי (a’haraï), après moi, était celui de Wingate.

orde wingate

Tout cela provoque la colère de ses supérieurs qui le mutent en 1939. Sur son passeport sera inscrit: »“The holder of this passport is not allowed to enter Palestine or Trans-Jordan”, le titulaire de ce passeport n’est pas autorisé à entrer en Palestine ou en Transjordanie »*
Son souvenir est resté vivace en Israel. Le Centre National Israélien pour l’Education physique et le Sport a été nomme le Wingate Institut en souvenir de l’Ami, le Major Orde Wingate.

Wingate Institut

Mais en fait, malgré quelques amis comme Orde Wingate, les Juifs de Palestine se sentent impuissants, à la merci d’un pouvoir britannique de plus en plus en faveur des Arabes .Que peuvent-ils faire?
Ils manifestent! Pour ce que cela vaut!
Je me souviens de toutes les manifestations auxquelles j’ai participé en France pour les refuznik, pour Israel… Elles ne servaient qu’à nous donner un sentiment curieux: d’un côté nous étions là, entre nous, et c’était chaleureux. D’un autre côté, nous étions là, seulement entre nous, et c’était effrayant de solitude.

manifestation a Jerusalem contre le Livre Blanc de 1939(Manisfestation à Jerusalem)

Heureusement, les Juifs du Yishuv ne font pas que manifester. Ils s’engagent de diverses manières, luttant et espérant échapper au sort des Juifs prisonniers en Europe et obtenir un jour un état juif.


Dans la vidéo ci-dessus, Fred Dunkel a filmé les troupes juives, habillées de bric et de broc: Dans le camion ouvert se trouve un jeune soldat, Moshe Dayan*.
Le chant est un poème de Nathan Alterman: זמר הפלוגות, le Chant de plougot (bataillons)

Nombreux sont ceux qui rejoignent la Haganah, d’autres s’enrôlent dans l’Irgoun. Certains vont s’engager dans l’armée britannique. A contre-cœur les Anglais acceptent de créer 15 bataillons palestiniens qui seront incorporés à l’armée britannique en septembre 1940 et seront chargés de participer à la défense stratégique du Moyen-Orient*.

En parallèle, le Yishouv organise depuis 1934  l’alyia clandestine, עליה ב (Alyia Bet), pour contrer les quota d’immigration.

affiche haapala

Sur cette affiche, il est écrit la première phrase du poème de Yehuda Halevy: Sion ne te soucieras-tu pas du sort de tes captifs?

Les Juifs du Yishuv refusent le qualificatif d’immigration illégale. Ils préfèrent celui de clandestine ou mieux celui de  העפלה (Haapala) l’ascension. Les nouveaux arrivants ne sont pas considérés comme des réfugiés mais comme des מעפילים (maapilim) des grimpeurs, avec toujours et encore cette idée de עליה (aliya) montée en Eretz Israel,  mais en même temps, de  renforcement de la population du yishuv. La racine עפל signifie autant fortifier, renforcer que grimper.

A bientôt,

* Désarrois juifs dans l’entre-deux guerres:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/

*Yishuv: établissement des Juifs en Palestine avant 1948

*l’emir Abdallah: Abdallah bin al Hussein, né à la Mecque en 1882, émir de Transjordanie de 1921 à 1946, puis roi de Transjordanie de 1946 à 1949 sous le nom d’Abdallah Ier puis roi de Jordanie jusqu’en 1948, arrière grand-père du roi Abdallah II de Jordanie

* Lois raciales en Allemagne: 1935, en Italie:1938, en Autriche: 1938, en Slovaquie et en Hongrie: 1939…
« By 1938, Germany and Austria did not stand alone in Europe in terms of the enactment of anti-Semitic laws. Anti-Semitic laws found a home in Bulgaria, Hungary, Poland, Romania, and Slovakia. Finzi6 notes that in Poland, which contained one of Europe’s largest Jewish communities, the 1930s ushered in a systematic economic boycott of many Jewish producers and a series of prohibitions excluding Polish Jews from several occupations and educational opportunities. In Romania, the formation of the Goga-Cuzist government following the December 1937 national elections produced Europe’s second anti-Semitic regime. »Cambridge University Press 0521773083 – Roots of Hate: Anti-Semitism in Europe before the Holocaust William I. Brustein

* Les Notrim נוטרים,  gardes, était une force de police juive qui fut fondée par les Britanniques. Ses membres faisaient pour la plupart également partie de la Haganah et contrevenaient souvent aux directives britanniques

* Orde Wingate sera envoyé en Afrique. Il créera la « force Gédéon » en souvenir du héros biblique qui réussit avec une toute petite armée à défaire les troupes plus nombreuses des Madianites: Avec seulement 1700 hommes, il capturera en Ethiopie plus de 20 000 Italiens. Il sera envoyé ensuite en Asie où il créera les Chindit, qui combattront les Japonais derrière les lignes ennemies. Il mourra dans un accident d’avion en 1944 en Inde.

* Les unités juives combattent aux cötés des Alliés en Grèce en 1941 : 100 Juifs palestiniens sont tués et 1 700 faits prisonniers par les Allemands. Le 6 août 1942, l’armée britannique constitue un régiment palestinien à partir de trois bataillons juifs et d’un bataillon arabe. Ce régiment combat en Egypte et en Afrique du Nord.

*Moshe Dayan (1915-1981) engagé dans la Hagana en 1938 à l’âge de 14 ans, il perdra son œil dans un accrochage avec les troupes de Vichy le 7 juin 1941

Désarrois juifs dans l’entre deux guerres

Le titre de l’article décrit la situation des Juifs de Palestine entre les deux guerres mondiales: ils viennent de traverser des années terribles, dont on a presque pas le souvenir de nos jours.
Pour eux, la première guerre mondiale  fut une période de grande détresse face à un pouvoir turc extrémiste et sanguinaire et ils accueillent des nouveaux venus qui eux aussi ont vécu des années terribles, victimes non seulement de la guerre et de la révolution bolchevique mais aussi des pogroms qui les accompagnent.

Sur place en Palestine, tout est récession économique et angoisse. Les Arabes sont furieux de la déclaration Balfour et Faycal a lâché Hayim Weizman. De plus au quotidien, les Juifs font face aux brutalités des Arabes qui n’admettent aucune présence juive à leurs côtés.
C’est alors que Vladimir Zeev Jabotinsky crée le Mouvement Révisionniste en 1925. Né à Odessa en 1880, Jabotinsky n’est pas un inconnu. Yossef Trumpeldor et lui ont fondé le corps des Muletiers de Sion et la Légion Juive qui furent très utiles aux Anglais contre les Turcs. Décoré de l’ordre de l’Empire Britannique pour services rendus, il n’en n’est pas moins mis en prison (ensuite relâché) pour avoir défendu les Juifs pendant les émeutes de 1920.

Jabotinsky, son epouse Yoanna et son fils Eri(Jabotinsky, son epouse Yoanna et leur fils Eri en 1937)

Jabotinsky n’a jamais cru à la coexistence pacifique entre Juifs et Arabes en Palestine. De plus, il n’a aucune confiance envers les Anglais qui font preuve d’une neutralité malveillante à l’égard des Juifs et qui ont décidé de restreindre l’immigration juive. Pour lui, la seule solution est de créer un état juif sur la terre d’Israel avec une forte majorité juive.
Il réclame les deux rives du Jourdain. Je sais, cela peut choquer certains d’entre vous mais souvenez-vous que nous sommes dans les années 1920 et que la déclaration Balfour parle d’un Foyer National Juif en Palestine. Or la Palestine mandataire comprend les deux rives du Jourdain.

palestine_british_mandate_1920
Ce qui est intéressant, c’est que, contrairement à la gauche d’aujourd’hui qui s’offusque du moindre km « pris » aux Arabes, les sionistes de gauche de cette époque ne sont pas choqués par les mots « les deux rives du Jourdain« , mais par l’expression « état juif ». A ce moment là on ne parle que d’un Foyer National Juif et ils ne veulent contrarier personne, ni les Arabes ni les Anglais, et ont du mal à accepter la dimension nationaliste du refus arabe.

Beaucoup sont dans cette culture du progrès qui leur fait penser qu’on peut changer l’autre, lui apporter les « bienfaits de la civilisation occidentale« , sans se demander si l’autre a envie de changer. Pour eux, la personnalité de l’autre est en creux, un vide qui ne demande qu’à se remplir. Il est impossible pour ces hommes qui appréhendent le monde en termes moraux et sociaux économiques de penser qu’il existe une autre réalité. Ils sont toujours plus ou moins dans la vision romantique du bon sauvage.
De plus, beaucoup ont peur et sont abasourdis par l’archaïsme et la brutalité de la société arabe. Pour eux, l’Arabe est l’équivalent du cosaque! Ils retrouvent les réactions du ghetto et préfèrent leur  silence apeuré, plutôt que de se confronter à la réalité.
C’est ainsi que pense l’écrivain Yossef Brenner*. Il vivra dans l’angoisse ses quelques années en Palestine avant de se faire assassiner pendant les émeutes de 1921: pour lui, le silence et la conduite furtive des Juifs face aux Arabes sont les seules garanties de survie comme le sont celles des Juifs face aux moujiks et aux cosaques. Brenner ne se fait aucune illusion, il est profondément lucide quant à la situation, mais reste emmuré dans son angoisse. Pour lui les Juifs doivent survivre en Palestine comme ils survivent en Russie.
Ce n’est malheureusement pas le seul à penser ainsi. Si l’on excepte les utopistes du Brit Shalom*, de nombreux Juifs  de Palestine analysent correctement ce qui se passe mais ne prennent aucune décision, car ils sont découragés et effrayés. 

Jabotinsky sait que son parcours sera très difficile. Déjà, pendant la première guerre mondiale, de nombreux leader juifs l’avaient désavoué pour l’aide qu’il apportait aux Anglais car il craignaient une victoire turque. Mais Jabotinsky est un Juif très particulier, un Juif qui se considère comme l’égal des non-juifs ce qui rare à l’époque. Riche de son expérience d’une jeunesse passée à Odessa, où les non-Juifs  le considéraient comme un étranger dans le meilleur des cas, et traumatisé par les horreurs du pogrom de Kishinev, il avait déjà mis en place les premières organisations d’auto-défense en Russie.

Il écrit dans un de ses poèmes :
« Un jour dans cette ville sous un morceau d’ordures,
J’ai remarqué un bout de parchemin, un fragment de Thora
Je l’ai ramassé et soigneusement
J’ai enlevé la boue.

Deux mots sont apparus: בארץ נכריה , « beeretz nochria », en terre étrangère…
Ce bout de parchemin,  je l’ai cloué au fronton de ma porte.
Car ces deux mots du livre de la Genèse* racontaient toute l’histoire du pogrom »

De même il écrit dans une de ses nouvelles ce dialogue étonnant entre deux adolescents, l’un Russe et l’autre Juif:
« Si vous autres Juifs étaient une nation, dit le Russe, tu serais capable de jurer dans ta langue. Et il pousse une série d’abominables jurons. Deuxièmement, si vous étiez une nation, tu serais capable de te défendre. Et il assène un grand coup de poing au Juif*.
Donc, conclut le héros de Jabotinsky, un bon élève juif doit étudier ces deux branches essentielles du savoir: l’hébreu et la boxe! ».
Lui-même sera l’un des champions de la diffusion de l’hébreu et de l’établissement de l’Université Hébraïque de Jerusalem en 1925.

Bien qu’il soit son rival en politique, David Ben Gourion apprécie cette totale liberté intérieure qui caractérise Jabotinsky. Il n’a rien du Juif de l’exil. Il n’est jamais gêné en présence d’un non-Juif. Il appréhende  l’antisémitisme d’où qu’il vienne de la même façon. Il n’a aucun mépris pour les Arabes mais il voit la réalité d’une manière très pragmatique. Il est à l’opposé de Menahem Ussishkin qui répète à l’envie que « les Arabes vivent avec les Juifs en paix et dans une fraternité jamais vue, ils reconnaissent pleinement le droit des Juifs sur la terre d’Israel » et cela après l’attaque de Tel Haï (où est tué Trumpledor) dont Ussishkin rapporte l’information en dissimulant l’identité arabe des attaquants!

Dans son célèbre texte על הקיר הברזל (Al hakir habarzel) ou le Mur d’Acier*, il refuse  « l’agréable statut de minorité que les Juifs connaissent depuis des siècles ». Il écrit: « Les sionistes ne veulent qu’une chose, la liberté de l’immigration que les Arabes ne veulent pas« . A l’opposé du Brit Shalom, il a compris que le nationalisme arabe ne cédera pas aux « bienfaits de la civilisation« *.

Face à lui, les leaders travaillistes nuancent leur pensée au fur et à mesure que les émeutes anti-juives prennent de l’ampleur, mais beaucoup sont déconcertés: faut-il désespérer de vivre en bon termes avec les Arabes?
Ytshak Katznelson par exemple refuse de céder à la « haine populacière » et continue à prêcher l’apaisement. Il faudra la fin des années 30 pour qu’il découvre enfin l’hitlérisme des Arabes.
Le mouvement révisionniste de Jabotinsky se sépare peu à peu du Congres sioniste et fonde son propre parti… Son organisation de jeunesse, le Beitar, s’étend dans toute l’Europe, particulièrement en Pologne. On y enseigne l’importance des vertus dites du הדר (hadar) qui signifie splendeur. Il s’agit de la splendeur morale, celle de la loyauté, de l’honneur, celle d’une nouvelle « chevalerie juive ». Les jeunes du Beitar portent un uniforme, défilent au pas, ce qui les fait souvent traiter de fascistes*.

Jabotinsky et le Betar a Vilno en 1927. B Brudner

(Jabotinsky et les membres du Beitar de Vilno en 1927)

Jabotinsky écrit pourtant: « Je suis tout le contraire d’un fasciste. Je hais par instinct toute sorte d’état policier. Je suis absolument sceptique quand à la valeur de la discipline, de la force et du châtiment, et ainsi de suite jusqu’à l’économie planifiée »

En 1933 commence une vraie guerre avec l’exécutif sioniste. Pourquoi? Parce que le mouvement révisionniste s’oppose de plein front aux Anglais alors que les sionistes de gauche essayent de composer avec eux. 
En juin 1933 éclate ce qu’on appellera l’affaire Arlozoroff:
Hayim Arlozoroff est un économiste, chef du département politique de l’Agence Juive. A ce titre, il vient de participer en avril 1933 avec l’exécutif britannique à des négociations avec le nouveau pouvoir allemand. Il s’agit d’un accord de transfert permettant aux Juifs résidents en Allemagne de vendre leurs biens immobiliers (ceux-ci n’ont pas été encore confisqués par les nazis) et de transférer les sommes en Palestine. Cet accord intéresse le gouvernement britannique qui prélèvera à chaque fois un tiers de la somme transférée en Palestine et accordera un visa aux Juifs concernés. Cet accord est très controversé: alors qu’il permet à un certain nombre de Juifs allemands de se réfugier en Palestine, il contribue de facto à réduire l’impact du  boycott anti-allemand exercé par des compagnies juives américaines.
Or, Hayim Arlozoroff est assassiné en juin 1933 sur une plage de Tel Aviv. Le Beitar est aussitôt accusé et trois de ses membres sont arrêtés. Ils seront relâchés peu après. Un voyou arabe de Jaffa avoue puis se rétracte. Après la guerre des 6 jours, deux Arabes de Judée avoueront le crime. Il faudra attendre 1988 pour que les révisionnistes soient blanchis officiellement.

Le Mouvement Révisionniste sort affaibli de cette affaire. Cependant, Jabotinsky continue à parler ouvertement d’un état juif. « Pourquoi hésiter »? dit-il, « la commission Peel elle-même a employé cette formule ».
Bien que Ben Gourion le rejoigne finalement sur ce sujet en 1936, les révisionnistes s’éloignent de plus en plus des travaillistes d’autant que, Shaoul Avigour, commandant de la Haganah*, exige de Ben Gourion qu’il interdise tout autre groupe juif d’auto-défense.
Jabotinsky crée donc, en 1937, ארגון צבאי לטומי (Irgoun Tsvai Leumi), la branche militaire de son mouvement. Le Mouvement Revisioniste, l’Irgoun et le Beitar uniront leurs efforts pour faire venir des milliers d’immigrants illégaux dans ce qui s’appellera le אף על פי  (Af Al Pi ) ou (l’Aliya) Malgré Tout. Sur une cinquantaine de bateaux, environ 25 000 Juifs arriveront à immigrer malgré le blocus britannique. L’un d’eux, sous pavillon turc, le Sakariya, part de Roumanie en février 1940 avec à son bord 2385 immigrants, commandé par le fils de Vladimir Jabotinsky, Eri. Les immigrants sont autorisés à entrer en Eretz Israel mais aussitôt internés dans le camp d’Atlit.

Sakaria(En arrivant dans la baie de ‘Haifa, les immigrants abaissent le drapeau turc sous lequel le bateau naviguait, http://www.jabotinsky.org/)

En août 1940, alors que la Pologne est envahie par les Allemands, Jabotinsky fait une série de conférences aux USA. Il est victime d’une crise cardiaque et meurt le 4 août. En 1964, ses restes et ceux de sa femme seront inhumés à Jerusalem au Mont Herzl.

Jabotinsky microcalligraphie Ako

(portrait de Jabotinsky en micro-calligraphie, fait à Akko en l’année 5700, 1939-1940; http://www.jabotinsky.org/)

Certains ont accusé Jabotinsky d’avoir été trop autoritaire, de n’avoir pas compris les réalités du terrain. Pourtant, dans les années 1930, l’aggravation de la situation en Palestine et les émeutes sanglantes de 1936  ont semblé lui donner raison. Apres la création de l’état d’Israel en 1948, le Mouvement Révisionniste deviendra le parti Herout, puis le Likoud, mais les travaillistes resteront au pouvoir de 1948 à 1977. A cette date, le chef du Likoud Mena’hem Begin deviendra Premier Ministre. Il est l’héritier direct de Jabotinsky, ancien membre du Beitar polonais, et signataire des accords de paix avec l’Egypte en septembre 1978 à Camp David.

A bientôt,

*Yossef Brenner: écrivain juif né en Ukraine, qui sera assassiné pendant les émeutes de 1921 à Yafo

 

*Fasciste: Il faut prendre le terme fasciste dans son sens premier, c’est a dire: admirateur du régime de Mussolini. Il est souvent reproché à Jabotinsky d’avoir vécu en Italie et d’avoir admiré ce pays. Il y a là un anachronisme voulu car il y vécut avant la première guerre mondiale et son Italie est celle de Mazzini et de Garibaldi. 
Je vous recommande la lecture de ces deux articles de Pierre Lurçat sur  Jabotinsky:
http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/jabotinsky/ainsi que sa post-face à l’Autobiographie de Jabotinsky: Ma vie

*Sur l’émigration des Juifs allemands:
http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=216

*La Haganah: La Haganah qui a commencé modestement en 1920 devient la première force juive d’auto-défense même si elle est soumise au diktats des Anglais.

*le Brit Shalom:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/07/devons-nous-etre-de-bons-enfants/

*Le Mur de fer: traduction du texte en français, envoyée par Oliver que je remercie:
http://uia95.com/Cours%20UIA/Israel%20Palestine/Flash%20OK%202/Muraille%20acier%20integral.htm

La Garde Juive

Pour cette semaine, j’avais commencé un article sur Vladimir Zeev Jabotinsky et le sionisme révisionniste et  puis, considérant l’approche trop étroite, je lui avais donné une autre direction, illustrée par ce titre « Désarrois juifs dans l’entre deux guerres »…
Et  puis, je me suis dit que je devais tout d’abord repartir au début du 19 ème siècle et vous raconter l’histoire de הגווארדיה היהודית (haguardia hayehoudit) ou la Garde Juive dont presque plus personne se souvient…

A Jerusalem comme ailleurs au Moyen-Orient, les Juifs à ce moment là ont un statut inférieur à celui des musulmans. Ils ne sont défendus ni par le pouvoir en place ni par la société civile. Ils sont donc des proies faciles que l’on peut attaquer, rançonner, tuer même, sans craindre quoi que ce soit.
Aussi, à la fin du 18 ème siècle, est crée une organisation de défense juive, organisée et financée par les habitants de la ville, dont on peut encore consulter les carnets d’enrôlement et les livres de comptes. Pour autant qu’on le sache, il s’agit de la première organisation de défense composée de volontaires qui se recrutent dans les différentes communautés, toutes, ashkenazes et séfarades faisant front commun devant l’adversité.

Cette organisation, connue plus tard sous le nom de הגווארדיה היהודית (Guardia Hayehoudit) ou Garde Juive, est en fait fondée sous le nom de שערי צדק *(shaarei tsedek) ou porte de justice, ici acronyme des mots שמירה (shemira) garde, עבודה (avoda) travail, רפואה (refoua) médecine, ישועה (yeshoua) sauvetage, צורכי ציבור (tsorkhey tsibour) utilité publique, et דברי קודש (divrei Kodesh) paroles de Thora.

Ce dessin humoristique de Michel Kishka, paru dans le magazine Segoula, illustre bien la situation: Jerusalem est une proie pour les brigands. Heureusement que veillent les membres de la Guarda Hayhoudit, peot* au vent. Leur bureau se trouve au premier étage de la maison à droite, juste en dessus de celui de la ‘Hevra Kadisha* et du portrait d’un bandit arabe surmonté du mot « wanted », écrit en lettres hébraïques.

La garde juive dessin de Michel Kishka paru dans le magazine Segula

Au début, cette organisation de défense est seulement chargée de protéger les oliveraies et les plantations d’amandiers appartenant à des Juifs, près de la tombe de Shimon HaTsadik*, là ou plus tard sera fondé le quartier de Sheikh Jarra.

tombe de shimon hatsadik

(Inscription au tombeau de Shimon Hatsdik ou Simon le Juste. Il est écrit qu’il était membre de la Grande Assemblée*.
Une de ses phrases les plus célèbres est: « Le monde subsiste grâce à trois choses: la Thora, le travail et les bonnes actions »)

Dans les archives, il est mentionné que la Garde Juive est aussi régulièrement chargée de protéger charrettes et convois qui arrivent à Jérusalem à la tombée de la nuit, en provenance de Yafo et qui restent en dehors des murailles, sans protection jusqu’au matin. Mais surtout, compte tenu du harcèlement continuel des Juifs, en particulier des nouveaux venus, par des bandes de voyous arabes qui les rançonnent et les molestent,  la Garde Juive est chargée de protéger les personnes autant que les biens, du brigandage et même des מעשי סדום (maassei sdom), viols sodomites qui étaient souvent pratiqués comme l’écrit Eleazar Horowitz dans un de ses livres.

Certaines opérations sont restées dans la mémoire juive de Jerusalem. Par exemple, celle que décrit Abraham Rivlin  dans son livre « Histoire du yishouv de Jerusalem au 19 ème siècle ».
En 1820, un convoi de Juifs, qui avaient débarqués au port de Yafo, tombe au mains d’une bande arabe. Un bédouin apporte une lettre au rav Hillel Rivlin, qui est alors à la tête de la communauté ashkénaze de Jerusalem. Cette lettre est signée de Yossef Luria et de Zalman Zeitlin qui font partie de ce groupe pris en otage dans la région de Bnei Brak*. Dans cette lettre il est écrit que  les Arabes accepteront de les libérer contre une rançon de 1000 napoléons. Non seulement la somme exigée est colossale mais payer c’est aussi inciter les Arabes à recommencer. Aussi, le rav Rivlin met sur pied un plan avec les membres de la Garde Juive: il est décidé que deux d’entre eux accompagneront le  bédouin, porteur de la missive, et annonceront aux ravisseurs que la somme sera remise seulement quand ils pourront rencontrer les prisonniers!  Les deux membres de la Garde arrivent à l’endroit où se trouvent les prisonniers et en fait les libèrent en tuant leurs gardiens stupéfaits
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dessin debut 19 eme bandits arabes(dessin début 19 ème siècle: bandits de grand chemin)

Parmi les héros de la Garde Juive se trouve le rav Gedalia Beker qui dirige les opérations avec succès. On raconte qu’une fois, il réussit à enfermer des bandits arabes dans un mikve et les fouette!…
La Garde Juive ne se contente pas seulement de protéger. Elle attaque aussi parfois. Elle paye des espions arabes qui la préviennent quand se prépare une émeute anti-juive.
C’est ainsi, racontent les chroniques, qu’en 1820 la Garde Juive entend qu’un pogrom va avoir lieu et décide d’attaquer préventivement. Dans la nuit, les gardiens sortent par une petite porte de la muraille et foncent sur le camp arabe, armés de poignards et de pistolets. Les bédouins sont mis en déroute mais malheureusement les rangs des gardiens comptent un mort.
En 1822, un chef de bande renommé, Ahmad Shukri al-Fahmi dit « le casseur de Juifs », fait régner la peur du côté de Har Hatsofim*.
Les membres de la Garde Juive iront le chercher dans la grotte où il se cache et lui couperont la tête comme témoignage lorsqu’il tomberont sur le reste de la bande qui fuira terrifiée.
Dans les années 1830, les fella’h se révoltent contre Muhammad Ali, le nouvel homme fort de la Palestine en rébellion contre les Turcs. Comme à chaque fois que la situation politique est instable, les autorités détournent la colère des fella’h contre les Juifs. Les émeutes ne concerneront pas que Jerusalem mais s’étendront à Tsfat, Hebron et Tiberiade, où les Juifs ne sont pas protégés, et tourneront au massacre.
A Jerusalem, les membres de la Garde Juive savent que cette fois, ils ne seront pas de taille. Ils décident donc de trouver pour les femmes et les enfants des cachettes dans les nombreuses grottes aux alentours de la ville et dressent des barricades dans le quartier juif où ne resteront que des combattants. Les révoltés arabes font irruption dans la ville, et arrivent à détruire les barricades. Heureusement, la révolte s’épuise et une forte rançon permet le retour des Juifs dans leur quartier. Un massacre semblable à ceux de Tsfat, de Tiberiade et Hebron a été évité mais il y a quand même de nombreux morts et blessés sans compter des femmes violées et enlevées qu’il faudra racheter.
Au milieu du 19 ème siècle, Montefiore* décide d’agir en faveur des Juifs de Jerusalem. Il fait construire plusieurs moulins* en dehors de la Vieille Ville pour que les Juifs puissent moudre eux même leur grain, sans être en butte aux menaces et à la violence des Arabes. Il leur construit aussi des quartiers modernes dans un environnement bien plus salubre que celui du quartier juif surpeuplé. Cependant, il faudra beaucoup de persuasion pour que les Juifs acceptent d’y vivre à cause de l’insécurité. La Garde Juive redouble donc d’effort pour garder cette fois les Juifs habitants en dehors des murailles. Les gardes sont admirés par la population qui décrit leurs actions comme « des choses audacieuses ».
La Garde Juive se dispersera peu à peu dans la deuxième moitié du 19 ème siècle. La ville devient plus sûre et les nouveaux quartiers sont surveillés par leurs habitants. De plus, situés au delà des murailles, ces nouveaux quartiers sécurisent aussi les routes de ce qui était auparavant une terre inculte, propice aux embuscades.
Cependant, la Garde Juive fera parler d’elle encore quelques fois, comme au printemps 1873.
Le quartier juif de la Vieille Ville est à nouveau terrorisé par un gang de bédouins. La police turque ne bouge pas et le gouverneur insiste sur le fait qu’il est impossible de surveiller chaque ruelle et chaque toit. Le 18 du mois de Sivan, les membres de la Garde décident d’en finir: ils organisent une nuit de prières dans toutes les maisons et synagogues tandis qu’ils attaquent le camp bédouin et lui infligent de lourdes pertes. Pendant longtemps  la « nuit du sauvetage » sera célébrée chaque année par les Juifs de la Vieille Ville…

Avec la multiplication des nouveaux villages juifs, une nouvelle organisation voit le jour au tout début du 20 ème siècle: c’est le groupe Bar Giora*qui sécurisera les campagnes et les petites bourgades jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.
Sous le Mandat Britannique naîtra alors la Haganah, parfois acceptée et parfois déclarée hors la loi par les Anglais.
les shomerim 2
(les shomerim d’Alexandre Zeid, ils portent le keffie arabe pour passer inaperçus)
Avec le temps, l’histoire de la Garde Juive sera peu à peu oubliée et ses réels exploits relégués dans les archives…
Et pourtant!
Elle fut présente alors qu’il n’y avait ni état ni même embryon d’état, à une époque où, comme disaient ses membres, le תוהו ובוהו  (tohu vavohu)* régnait à Jerusalem.

David Ben Gourion a écrit: « Je ne sais pas qui fut le père de l’armée d’Israel mais ses grand-pères furent les gardiens (les shomerim d’Alexandre Zaid) ». On peut rajouter que ses arrières grand-pères furent les membres de la Garde Juive.
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A bientôt,

 

*L’organisation Bar Giora est une organisation de défense fondée en 1907 à Yaffo. Nommée d’après le nom de Bar Giora, l’un des organisateurs de la grande révolte juive avec Bar Kokhba en 133. Cette organisation fut ensuite absorbée dans celle des Shomerim (gardiens) d’Alexandre Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/13/le-sionisme-politique-avant-1914/
et aujourd’hui ce sont les shinshinim qui luttent aux côtés de la police: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/

*שערי צדק (Shaarei Tsedek) les portes de la justices. En référence au Psaume 118, 19: »Ouvrez-moi les portes de justice, je veux les franchir, rendre hommage au Seigneur. פִּתְחוּ-לִי שַׁעֲרֵי-צֶדֶק; אָבֹא-בָם, אוֹדֶה יָהּ » 

*’Hevra Kadisha: société chargée des défunts et de leur enterrement.

*פאות, peot. coins en hébreu: ce sont les boucles de cheveux que certains Juifs laissent pousser des deux côtés de leur visages en référence à l’injonction: « Vous ne couperez point en rond les coins de votre chevelure et tu ne raseras point les coins de ta barbe » (Vaykra ou Levitique 19,27)

*Les moulins de Montefiore:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/

*Tohou vavohou: a perdu tout son sens en devenant tohu-bohu en français. Il s’agit en fait du chaos absolu. L’espression est tirée du livre de Bereshit: והארץ, הייתה תוהו ובוהו, וחושך, על-פני תהום la terre n’était que chaos et l’obscurité au-dessus de l’abîme.

*La Grande Assemblée:
http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=21

*Bnei Brak se trouve à côté de Tel Aviv et donc à environ 60 km de Jerusalem

*Har Hatsofim ou Mont Scopus

*L’organisation Bar Giora est une organisation de défense fondée en 1907 à Yaffo. Nommée d’après le nom de Bar Giora, l’un des organisateurs de la grande révolte juive avec Bar Kokhba en 133. Cette organisation fut ensuite absorbée dans celle des Shomerim (gardiens) d’Alexandre Zaid:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/13/le-sionisme-politique-avant-1914/
et aujourd’hui ce sont les shinshinim qui luttent aux côtés de la police: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/

 

 
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La Porte Mandelbaum

Certains d’entre vous vont penser qu’étourdie comme je suis, j’ai oublié de compter une porte dans les murailles de la vieille ville.
Eh bien non, la Porte Mandelbaum n’a aucun lien avec les murailles et elle n’existe même plus. En fait, elle n’a jamais été une porte mais, de  l’armistice de 1949 à la guerre des 6 jours, elle fut le seul point de passage entre la Jerusalem israélienne et la partie jordanienne. Son emplacement se trouve au carrefour des rues שבטי ישראל 9Shivte Israel) et דרך בר לב (Derekh Bar Lev)

Avant de devenir une « porte », elle fut tout simplement une maison, celle de Simha Mandelbaum.

Simcha_Mandelbaum
Mandelbaum était un homme fort pieux, rabbin de son état. Mais ne l’imaginez pas uniquement perdu dans les textes. C’était aussi un homme très actif qui développa l’industrie et l’agriculture du pays et fonda de nouvelles villes comme celle de Kfar Saba,

Kfar Saba centre commercial(centre commercial à Kfar Saba)

ou de nouveau quartiers comme celui de Bayit Vegan « maison et jardin » à Jerusalem, tout un programme pour l’époque.

Bayit_VeGan JPG
En 1927, Simha Mandelbaum achète un grand terrain pour y construire un immeuble de 20 appartements destinés à sa propre famille.
Et à qui l’achète-t-il? Au Waqf*! Et oui! En 1927, le Waqf trouve naturel de vendre des terrains aux Juifs et ne prétend pas qu’ils souillent la terre musulmane comme c’est le cas actuellement.
Malheureusement, le temps des pogroms a déjà commencé: en 1928, Hassan El Banna fonde l’organisation des Frères Musulmans* à Ismailia et ses idées se répandent rapidement dans tout le monde arabe.
En 1929, toute la région est à feu et à sang. Les Juifs se font massacrer dans plusieurs localités et en particulier à Hebron. Le Waqf décide de suivre le mouvement et de changer de politique: les Juifs ne pourront plus acheter de terrain lui appartenant ou appartenant à un musulman. C’est la situation qui prévaut aujourd’hui: des Arabes se font tuer s’ils vendent une terre ou une maison à des Juifs…
La maison Mandelbaum comme on l’appelle alors  restera donc isolée, en bordure de la ville et adjacente aux villages arabes qui constituent maintenant la partie orientale de la ville.

Simha Mandelbaum meurt en 1930. Sa famille commence à se disperser et sa femme loue des appartements à des étudiants de la nouvelle Université Hébraïque qui vient d’être inaugurée sur le Har Hatsofim*. Elle en loue  aussi aux membres d’une nouvelle organisation paramilitaire, la Haganah. La Haganah, qui, après 1948, deviendra Tsahal, est constituée dès le début du mandat britannique par des anciens du Gdud Haivri*.
Les Anglais ne voient pas cela d’un bon œil. Mais vu l’insécurité grandissante pour la population juive et n’étant pas capables de freiner les émeutiers arabes, ils sont obligés de l’accepter du bout des lèvres. Certains diront qu’ils veulent surtout laisser les Juifs aller en première ligne et faire le travail à leur place. Bref, la maison Mandelbaum devient un poste d’observation avancé pour la Haganah.

Pendant la guerre d’Indépendance, la maison  est en partie détruite par la Légion Jordanienne.
A partir de l’armistice en 1949, ce qu’il en reste sera utilisée comme point de passage entre la Jordanie et Israel, essentiellement pour les diplomates et les touristes non israéliens.

porte mandelbaum(globes.co.il)

Les Israeliens ne pourront pas passer du côté jordanien. Les Juifs israéliens ne pourront pas prier au Kotel. Les chrétiens israéliens ne pourront pas participer au Chemin de Croix le Vendredi Saint, ou prier en l’église du Saint Sépulcre, quant aux musulmans israéliens, il seront interdits d’El Aksa!

En 1967 la ville est réunifiée et la porte Mandelbaum est détruite:

panneau commemorant la Porte Mandelbaum(attorneysdefendingisrael.blogspot.co.il)

La maison Mandelbaum est devenue un centre d’étude des ‘Hassidim de Brazlav, nommé חוט הצדק, « fil de bonté ».

maison mandelbaum 2
Un cadran solaire marque l’emplacement de l’ancien point de passage:

porte mandelbaum cadran solaire
Il se trouve sur la ligne du tramway où ont eu lieu dernièrement plusieurs attentats.

Sur une des בטונדות « betonadot » censée protéger les voyageurs d’éventuels attentats à la voiture bélier, on peut voir un petit graffiti sympathique.

tramway graffiti bratzlav

(blog oneg shabbat)

Le Smiley est un smiley Brazlav avec grande kippa et peot et il nous dit en souriant: »Israel, n’aie pas peur! »

En 1961, le compositeur Yoram Taharlev écrira une obscure chanson à la gloire de…Gagarine, le héros du moment. Elle se fera connaitre plus tard grâce à une interprétation très rock’n roll des années 60 de la chanteuse Edna Goren qui remplacera Gagarine par Mandelbaum!
Mais qui est ce Mandelbaum? Evidemment pas celui dont on vient de parler!
En tout cas, Edna Goren a préféré ce Mandelbaum inconnu à Gagarine pour l’emmener au 7 ème ciel.


« Mandelbaum prends moi vers le soleil dans une fusée rouge, Mandelbaum emmène-moi vers la lune dans l’espace, dans une montgolfière, peut m’importe, Mandelbaum emmène-moi vers la voie lactée,  emmène-moi en rêve, prends moi dans tes bras, prends moi pour toujours »


A bientôt,

*Waqf: donation et par extension organisme qui gère cette donation
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/11/11/la-porte-des-lions/

* Les Frères Musulmans:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/16/4795/

* Har Hatsofim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/05/06/66-ans-et-des-jardins/

8 Gdud Haivri: Legion Juive
http://www.zionism-israel.com/dic/Jewish_Legion.htm

 

Les boulettes de la victoire

Nous avons quitté le mois de Tevet depuis quelques jours. C’est un mois d’hiver, sans fête particulière sinon un jour de jeûne le 10 du mois, qui commémore le siège de Jerusalem par les Babyloniens avec à leur tête Nabukhanetsar*. Ce ne fut que le premier d’une longue série, la ville de Jerusalem sera assiégée tout au long de son histoire…
La dernière fois c’était en 1948.
Dès le 2 décembre 1947, les Arabes  harcèlent la population par de multiples actions terroristes.
En ce début de l’année 1948, la ville est déjà entourée par les bandes armées arabes au Nord et au Sud, quant à l’Est, inutile d’y songer, le désert arrive aux portes de Jerusalem.Les villages de Neve Yaakov, Atarot, Beit Arava et Kalia sont évacués, le Goush Etsion est tombé*, la Vieille Ville de Jerusalem est au mains des Jordaniens et les habitants survivants expulsés…
guerre d'Independance pillage du quartier juif
(Pillage du quartier juif de la Vieille Ville de Jerusalem après l’expulsion de ses habitants,  wikipedia)
Les armées arabes composées de Jordaniens, Syriens, Irakiens et Bosniaques,  veulent isoler les 100 000 habitants de Jerusalem du reste de la population juive du pays.
Déjà en décembre 1947, le Comité d’Urgence pour la ville de Jerusalem avait commencé à stocker de la nourriture et du fuel en estimant que 4500 tonnes de nourriture par mois étaient nécessaires. En janvier 1948,  les convois d’approvisionnement n’arrivaient plus à en fournir que 3000. Les convois passaient de plus en plus difficilement du fait des incessantes attaques arabes.
En février 1948, Abd El Kadir Al Hussayni, neveu du Grand Mufti,  bloque la route en prenant position au monastère de Latrun qui contrôle le passage de Bad el Wad à l’entrée de l’étroite vallée qui monte à Jerusalem. Ceci empêche tout ravitaillement de la ville.
Pour dégager Jerusalem les soldats de la Haganah* et du Palma’h* engagent des batailles meurtrières.
guerre d'independance operation Nahshon site du Palmach
Celle de Bab El Wad est restée célèbre.
guerre d'independance bab el Wad
(Bab el Wad en 1948)
Une ballade sera composée en l’honneur de ceux qui y sont tombés:
« Bab el Wad, souviens-toi de nos noms, des convois qui ont forcé le blocus, sur les bas côtés sont jetés nos morts, les squelettes de fer se taisent comme nos compagnons« 
Bab El Wad, actuellement Shaar Hagay, domine la route numéro 1 qui descend sur Tel Aviv:
guerre d'independance shaar hagay
Les carcasses des blindés le jour de Yom Haatsmaout:
guerre d'independance restes de blindes route de Birmanie
Pendant que se déroulent des combats meurtriers pour le contrôle de cette route, Jerusalem assiégée est la cible d’actions de terreur continuelles. Le 22 février, un terroriste formé par les nazis, et deux déserteurs de l’armée britannique arrivent à faire passer deux camions remplis d’explosifs dans la rue Ben Yehuda*. L’explosion fera  plus de 150 morts civils.

La ville est aussi régulièrement bombardée par les canons de la Légion Arabe. Les Juifs de Jerusalem n’ont qu’un petit canon, ni fiable ni précis, surnommé le Davidka (le petit David) qu’ils transportent d’un endroit à un autre pour faire croire qu’ils en ont plusieurs.

guerre d'independance le Davidka

En mars, un convoi de 78 médecins et infirmières qui voulaient rejoindre l’hôpital Hadassah* tombe dans une embuscade, ils sont tous assassinés.

Dans la ville assiégée, la nourriture devient un souci permanent.
Les rations sont réduites à minima. La ration de pain qui est l’essentiel de la nourriture est fixée à 200g par jour.

guerre d'independance distribution de farine daat.co.il

(distribution de farine, site daat.co.il)

A cette ration se rajoutent par semaine 50g de fruits déshydratés, 200 gr de poisson salé, 2 oeufs (poudre d’œuf), 200 gr de viande, 2kg de matzot pendant Pessah et 1kg de pommes de terre.

guerre d'Independance carte de rationnement

(carte de rationnement, Lettres de Jerusalem 1947-1948 de Zippora Porath)

L’eau aussi est rationnée*.

guerre d'independance distribution de l'eau

(distribution de l’eau, site education.gov.il)

Comme vous pouvez le voir sur cette image, en janvier 1948, avec 10 litres d’eau par jour et par personne on peut vivre « normalement », laver le linge et nettoyer la maison*:

guerre d'independance conseil pour l'utilisation de l'eau.jpg 2

Une jeune étudiante Zipporah Porath,  écrit: « Depuis 3 semaines j’espérais avoir un œuf. J’y avais droit selon ma carte de rationnement mais l’épicier n’en avait pas. Aujourd’hui enfin, il en avait! …
L’épicier avait tendrement enveloppé l’œuf d’un papier et l’avait placé doucement au fond de mon panier avec ma ration de margarine. Dans le bus, je protégeais mon œuf autant que possible, mais soudain, je manquais une marche en descendant et cassais non petit trésor! J’en sauvais quand même une partie, rajoutais un peu de lait en poudre et d’œuf en poudre et je réussis à préparer un bon petit plat…
J’ai aussi acheté  une jolie chemise en popeline dont je n’avais pas besoin, pour deux livres … au cas où le magasin serait bombardé!… »

A la radio, on diffuse des programmes pour aider les habitants de la ville à cuisiner tout ce qui est comestible, entre autres, les plants de mauve qui poussent à foison sur les talus et dans les cours. « Cueillez des plants de mauve, ils sont riches en vitamines et en fer…« 

guerre d'independance plants de mauve(plants de mauve)

Une nouvelle recette voit le jour:
« Hachez les feuilles de mauve, les plonger dans l’eau bouillante, les mélanger avec de la poudre d’œuf et des miettes de pain, former des boulettes que vous ferez cuire avec un peu d’eau ou un peu de matière grasse. »

guerre d'independance poudre d'oeuf


(la poudre d’œuf: pour obtenir un œuf, mélanger 1 cuillerée de poudre et 2 cuillerées d’eau)

En entendant cela, les Jordaniens se frottent les mains. Radio Aman déclare: « si les Juifs en sont à manger de la nourriture pour animaux, c’est signe qu’ils sont prêts à se rendre… »

Mais non,  le Palma’h* a envoyé des bulldozers pour aplanir le terrain et établir une nouvelle route d’accès à Jerusalem*.  Mais comme ceux-ci  ne peuvent pas franchir les premières pentes abruptes, 200 volontaires de la Garde Civile vont alors conduire des caravanes de mules lourdement chargées de nourriture, matériel médical et d’armes à travers la montagne. Ces hommes ne sont pas jeunes. Ils sont tous dans la cinquantaine et pourtant ils porteront eux-même près de 30 kg sur leur dos, installeront mètre après mètre des tuyaux de fuel et d’eau et feront deux trajets aller-retour chaque nuit, c’est à dire près de 100km! Et cela pendant 5 nuits!

guerre d'independance, route de Birmanie, tuyaux onegshabbat

La route est enfin ouverte!

Le journaliste Gil Hovav rapporte les souvenirs d’enfance de sa mère:
« Soudain, je vis une voiture noire entrer dans notre cour. Je reconnus le chauffeur, c’était un cousin de Tel Aviv! La ville était donc libérée? Il sortait de la voiture des cageots et des cageots pleins de boites de sardines. Je courus frapper aux portes des voisins: Nous avons de la nourriture, venez manger, nous avons de la nourriture!
Les vieux, les jeunes, les enfants, chacun descendit avec sa chaise. On organisa une grande table dans la cour. On se serait cru le soir du Seder. Chacun mangeait tout en répétant à son voisin « Ne mange pas trop, ne mange pas trop! » C’est que la Shoah était encore très présente dans nos mémoires et nous nous souvenions que des déportés étaient morts après avoir mangé la nourriture trop riche que leurs distribuaient les soldats alliés..
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Gil Hovav ajoute: Je demandais à ma mère: »Et toi maman, combien as-tu mangé de sardines?

Elle me répondit: Je n’en ai pas mangé une seule, tellement je pleurais!

Les boulettes de mauve sont restées célèbres sous le nom de Boulettes de la Victoire.
De nombreuses familles de Jerusalem servent les Boulettes de la Victoire le jour de Yom Haatsmaout (en plus du mangal!*). C’est même assez « tendance », on trouve la recette et ses nombreuses variantes sur les forum dédiés à la cuisine.
Il est trop  tôt dans la saison pour trouver des pousses de mauve au marché. J’ai donc essayé la recette avec des feuilles de blettes hachées, mélangées à du pain sec passé au mixer  et je les ai fait dorer dans un peu d’huile. Délicieux!
Ma reconstitution fut la plus fidèle possible sauf sur un point: j’ai utilisé des œufs frais!

A bientôt,

*Nebukhanetsar ou Nabuchdonosor, roi de Babylonie: il assiégea et conquis Jerusalem en l’année 586 avant l’ère chrétienne.

*La fin du Goush Etsion: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Le Palma’h: la force d’élite de la Haganah, créée en 1941, voici le site du musée du Palma’h: http://www.palmach.org.il/Web/English/Default.aspx

*la rue Ben Yehuda: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

* Le rationnement de l’eau; https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/18/quelle-chaleur/

*La route de Birmanie (Burma Road ou כביש בורמה): Ce nom lui fut donné en souvenir de la route stratégique entre la Chine et la Birmanie, construite par les Anglais dans des conditions très difficiles pendant la Seconde Guerre Mondiale.

* le mangal: barbecue https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/04/16/bon-anniversaire-israel/