Prends ton sac et ton bâton…

Les cartables sont bientot vidés, les livres rendus. Les cahiers, eux, sont rangés dans une sorte de gheniza familiale où ils passeront l’été sans qu’on les ait ouverts, avant d’être définitivement jetés fin août.
-Mais connaissez-vous l’histoire des cartables et sacs, ai-je demande à mes petits enfants?

La chanson de la vidéo ci-dessus s’appelle  קח תרמיל קח מקל (Ka’h tarmil, ka’h makel) « Prends un sac, prends un bâton » et nous invite à partir en Galilée.

Le mot sac est תרמיל (tarmil), besace de berger, est un mot d’origine araméenne (en araméen on dit tarmila) et entre dans l’hébreu à l’époque de la Mishna. Comme le dit ce proverbe:  » אין הסומא יוצא במקלו ולא הרועה בתרמילו , aucun aveugle ne sort sans son bâton et aucun berger sans sa besace. On le connait aussi grâce à la traduction en arameen de la Thora de Yonathan Ben Ouziel.

(tombeau de Yonathan ben Ouziel à Tsfat)

Le premier sac dont on parle dans la Bible est aussi une besace, et une besace remplie de pierres pour l’occasion:
1 Samuel, 17 40: « Il (David) prit son bâton à la main, choisit dans le torrent cinq cailloux lisses, qu’il mit dans sa panetière de berger, et, muni de sa fronde, s’avança vers le Philistin. »
וַיִּקַּח מַקְלוֹ בְּיָדוֹ, וַיִּבְחַר-לוֹ חֲמִשָּׁה חַלֻּקֵי-אֲבָנִים מִן-הַנַּחַל וַיָּשֶׂם אֹתָם בִּכְלִי הָרֹעִים אֲשֶׁר -לוֹ וּבַיַּלְקוּט– וְקַלְעוֹ בְיָדוֹ; וַיִּגַּשׁ, אֶל-הַפְּלִשְׁתִּי
La traduction française parle joliment de la panetière de berger (l’hébreu est moins précis כלי רועה (kli roe), c’est un « contenant » de berger) mais « oublie » le mot suivant ובילקוט (ubyalkout) dans une besace: il a mis les pierres dans son « contenant » de berger (peut-être une petite bourse) et dans sa besace.
De nos jours, la besace du roi David, ילקוט (yalkout) est devenue un cartable tout en ayant aussi, depuis le Moyen-Age, le sens de fichiers reliés et donc de recueil  comme, par exemple, le célèbre recueil des  canulars de Palma’h*.

Tarmil, yalkout sont les mots les plus courants pour designer des sacs. Mais deux autres ont été également utilisés: Amta’hat et Tsiklon.

Le premier, d’origine akkadienne, אַמְתַּחַת (amta’hat), nous est parvenu grâce au récit où  Joseph accuse son frère Benjamin d’avoir volé une coupe en argent. Il s’agit sans doute d’un grand sac, comme un sac de voyage:
« Joseph donna cet ordre à l’intendant de sa maison: Remplis de vivres les sacs de ces hommes… Et ma coupe, la coupe d’argent, tu la mettras à l’entrée du sac du plus jeune… » (GenèseBereshit, 44, 1)
וַיְצַו אֶת-אֲשֶׁר עַל-בֵּיתוֹ, לֵאמֹר, מַלֵּא אֶת-אַמְתְּחֹת הָאֲנָשִׁים אֹכֶל…וְשִׂים כֶּסֶף-אִישׁ, בְּפִי אַמְתַּחְתּוֹ. ב וְאֶת-גְּבִיעִי גְּבִיעַ הַכֶּסֶף, תָּשִׂים בְּפִי אַמְתַּחַת הַקָּטֹן

Le second, ציקלון (tsiklon) se trouve dans le livre des Rois (2 Rois 24 42). Après que le prophète Elisha eut ramené à la vie le fils de la Sunamite, il est question d’un cadeau inattendu, du pain, alors que règne le famine:
Un homme, venant de Baal-Chalicha, apporta un jour à l’homme de Dieu, comme pain de prémices, vingt pains d’orge et du gruau dans sa panetière.
וְאִישׁ בָּא מִבַּעַל שָׁלִשָׁה, וַיָּבֵא לְאִישׁ הָאֱלֹהִים לֶחֶם בִּכּוּרִים עֶשְׂרִים-לֶחֶם שְׂעֹרִים, וְכַרְמֶל, בְּצִקְלֹנוֹ
Tsiklon est sans doute d’origine ugarit où le mot basaql veut dire culture ou gerbe.

De nos jours, à l’armée, les recrues ont toutes leur שק חפצים (sak ‘hafatsim) sac polochon.


On pourrait penser que le mot sac est un ajout récent à l’hébreu, et bien non. Lui aussi se trouve dans le Tanakh. Toujours dans la même histoire des retrouvailles entre Joseph et ses frères, il est écrit (Bereshit-Genèse 42,35):
« Or, comme ils vidaient leurs sacs, voici que chacun retrouva son argent serré dans son sac« 
וַיְהִי, הֵם מְרִיקִים שַׂקֵּיהֶם, וְהִנֵּה-אִישׁ צְרוֹר-כַּסְפּוֹ, בְּשַׂקּוֹ

Charger un sac sur son épaule pour partir est un des gestes plus plus anciens de l’humanité et en hébreu la racine sh-k-m a donné shekem, l’épaule, et  le verbe se lever tôt.
Gen 21 14: « Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre pleine d’eau, les remit à Agar en les lui posant sur l’épaule
וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיִּקַּח-לֶחֶם וְחֵמַת מַיִם וַיִּתֵּן אֶל-הָגָר שָׂם עַל-שִׁכְמָהּ

A cette époque, on l’attachait en enroulant une corde en lin des épaules a la taille. C’était une expression courante pour dire qu’on se préparait à un voyage. C’est ainsi que Dieu dit au prophète Jérémie:
 »
Va, achète-toi une ceinture de lin et attache-la sur tes reins… »Prends la ceinture que tu as achetée, et qui couvre tes reins, mets-toi en route pour gagner l’Euphrate…
Ce geste de charger son sac sur une épaule se retrouve dans la racine כתפ (k.t.f) qui signifie charger et aussi épaule. Ainsi,  Mendele Mokher Sefarim* écrira:
ובדרך היה פונה כה וכה ומביט כגנב נזהר לנפשו, מכתף את תרמילו המלא, פעם על כתף זו ופעם על כתף זו » .
En chemin, il se tournait ça et là et regardait comme un voleur prudent, soucieux de sa sécurité, chargeant (mekatef) son sac plein d’une épaule (katef) à l’autre. (Le livre des gueux 1909)

Aujourd’hui, pour le cartable, on emploie aussi souvent le terme général de תיק (tik) d’origine greque (θηκη, theke) et même תיק גב (tik gav), puisqu’il s’agit d’un sac à dos.

Et le bâton מקך (makel)? Le voici, compagnon du sac תרמיל (tarmil).
Dans le livre de Chemot (l’Exode) il est écrit au moment du premier Pessa’h: « Et voici comme vous le mangerez: la ceinture aux reins, la chaussure aux pieds, le bâton à la main
וְכָכָה, תֹּאכְלוּ אֹתוֹ–מָתְנֵיכֶם חֲגֻרִים, נַעֲלֵיכֶם בְּרַגְלֵיכֶם וּמַקֶּלְכֶם בְּיֶדְכֶם

Le mot makel est à relier au verbe lehakel alléger, car le bâton aide à marcher et allège ainsi les difficultés du voyage.

Mais les mots sac et bâton ont parfois aussi une connotation négative. Ils sont aussi synonymes de saleté, voire de violence. C’est pourquoi il est écrit dans le Talmud qu’il était interdit pour un homme d’entrer dans le Temple avec son sac et son bâton, וּבַיַּלְקוּטו ובמקלו, et avec de la poussière sur ses pieds. On dirait aujourd’hui avec armes et bagages. Et l’expression populaire   בא אליו במקלו ובתרמילו (ba elav bemaklo uvetarmilo) veut dire:  il l’a attaqué violemment.

De nos jours le tarmil et le makel sont signes de randonnées et les randonneurs sont les תרמילאים (tarmilayim) qui prennent parfois des chemins périlleux:


(vers la grotte de Keshet en Galilée)

 

A bientôt,

* Targoum Yonatan ou Targoum Yerushalmi: traduction de la Thora en araméen attribuée à Yonatan ben Ouziel qui  s’éloigne parfois du texte pour y inclure des midrashim

* Le canulars du Palma’h sont un recueil d’histoire humoristiques, absurdes et souvent critiques que se racontaient les soldats pendant la guerre d’Indépendance.

* Medele Mokher Sefarim: Mendele le vendeur de livres, ou Shalom Yaakov Abramowicz (1836-1917), auteur yiddish et hébraïque, originaire d’Odessa.

* Le mot תיק (tik) et tik veut aussi dire sac à main et dossier. Ouvrir un tik contre quelqu’un c’est le mettre en examen.

Gamla ou le dos du chameau

Nous continuons notre promenade sur le Golan:

Gamla est aussi appellée la Massada du Nord ou la Massada du Golan.
Il s’agit d’une histoire bien moins connue que celle de la forteresse de Massada dans le désert du Neguev.  Ce qui rapproche cette forteresse de cette ville de plusieurs milliers d’habitants c’est son importance dans la révolte juive contre Rome et la fin tragique de ses habitants.
Quand on parle de la révolte juive contre les Romains, on oublie trop souvent qu’elle n’a pas eu seulement lieu à Jerusalem ou à Massada mais qu’elle fut générale et que, même dans les coins les plus reculés du pays comme ces montagnes du Golan, les Juifs prirent les armes et luttèrent contre l’armée romaine.

Cette ville importante à l’époque romaine était déjà  connue pour être une cité prospère depuis l’époque de Yehoshua bien Nun*. Abandonnée après la chute du royaume d’Israel en 786 avant l’ère chrétienne, elle s’était vue repeuplée par les Juifs de retour d’exil de Babylone et avait pris une grande importance pendant la période hellénistique.

Pendant la période romaine, la région fut annexée à l’empire par l’empereur Auguste…
Sous le procurateur Coponius, les Juifs de Galilée commencent à se révolter. Ils sont dirigés par un certain Yehuda, homme très populaire. Toute sa famille est impliquée dans la révolte: son père ‘Hazekia et deux de ses fils Yaakov et Shimshon seront exécutés par les Romains tandis que son petit-fils Mena’hem se retrouvera à Massada. Pour la petite histoire Eleazar ben Yair commandant des révoltés de Massada est un cousin de Yehuda de Gamla.

Donc Gamla devient une épine dans le pied des Romains qui décident de la détruire. Pourquoi? Elle n’a  pourtant pas le prestige  de Jerusalem, et  se trouve sur ce sommet perdu  loin des grandes routes. Oui, mais justement, elle est bien située pour surveiller toute la Galilée et les routes qui mènent en Syrie.

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                                   (le site de Gamla sur le piton rocheux. Au fond, le Kinneret)

Donc… »Delenda est Gamla« !*
Inquiets, les habitants de Gamla, qui sont plus habitués à la guérilla qu’à la guerre classique, consolident donc les fortifications de leur ville. C’est bien la première fois car, vu la configuration du terrain, ils se sont toujours sentis protégés.

Voici un dessin de la ville fortifiée telle qu’elle exista à l’époque du siège (le dessin se trouve sur la couverture du livre de Crossan et Reed, Excavating Jesus).

gamla dessin couverture du livre de Crossan and Reed Excavating Jesus

La ville  peut ainsi résister à un premier siège soutenu par le roi Aggripa II* qui préfère renoncer au bout de 7 mois.
Mais les Romains ne vont pas comme ça laisser une ville rebelle sans la détruire! C’est donc Vespasien lui-même qui s’attaque à la ville avec l’aide de trois légions et des bataillons auxiliaires. Les habitants résistent autant qu’ils le peuvent  mais les Romains sont trop nombreux et surtout ils possèdent des armes très modernes et destructrices comme ces catapultes.

gamla catapulte

C’en est fait de Gamla en ce mois d’octobre 67!
9000 Juifs sont tués soit pendant les combats mais aussi en se suicidant pour ne pas tomber vivants aux mains des Romains et finir crucifiés. Flavius Josephe racontera que seules deux femmes parviendront à s’échapper de la ville.

Vespasien en a ainsi fini avec le soulèvement en Galilée ce qui permettra aux Romains de se concentrer sur la Judée et Jerusalem qui  tombera trois ans plus tard entre les mains de Titus, fils de Vespasien.

De Gamla, il reste des vestiges découverts à partir de 1976. Les archéologues ont mis à jour les murailles de la ville,

gamla muraille

des citernes, des canaux et une partie d’aqueduc ainsi que les restes d’une synagogue.

Gamla Photo Ilan Yael

(photo Ilan Yael)

Un mikve*

gamla mikve

Et bien sûr de nombreux témoins de la vie quotidienne: un pressoir à huile, des instruments aratoires ou domestiques et des milliers de pièces en bronze datant de la révolte, avec l’inscription en hébreu לגאולת ירושלים הקדושה (legueoulat yerushalayim hakedosha) « Pour la délivrance de Jerusalem, la sainte ».

Gamla_–_Ancient_Coin_model_(2)

ainsi que les restes d’au moins un camp romain en contrebas de la ville et de nombreuses armes.
Comme pour Banyas, l’habitat fut constant grâce à l’abondance des sources et c’est ainsi qu’on a découvert  les restes d’un monastère et d’une église du 6 ème siècle dans le village de Dir el Kruh situe tout près.

 

gamla eglise byzantine

Dans le patio Nord de l’église on peut lire une inscription en grec: « Dieu de Grégoire sauve et prend nous en pitié. Amen« 

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Plus étonnant, Gamla est aussi le site d’environ 700 dolmens. Ils semblent avoir été utilisés pendant la période du Bronze (il y a 4000 ans environ) comme pierres tombales.

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Si l’histoire et l’archéologie ne vous disent rien, Gamla est aussi une des plus belles réserves naturelles de toute le pays avec ses chutes d’eau,

gamla chutes d'eau

ses sentiers de randonnées… Comme au Hermon plus au Nord c’est un paradis pour la faune et la flore sauvage.

gamla aigle

Et puis,  Gamla c’est aussi le nom d’un excellent vin du Golan, mais nous en parlerons plus tard!
Au fait, pourquoi ai-je titré mon article « Gamla ou le dos du chameau »? Regardez bien la forme de la montagne. Cette ville se trouvait bien sur le dos pentu d’un גמל (Gamal) chameau!
gamla vue generale

 

 

 

A bientôt,

*Yehoshua Bin Noun ou Josué fut le successeur de Moise lors de la conquête de Canaan

* en référence à la phrase « Delenda est Carthago » ou « Carthage doit être détruite » prononcée par Caton l’Ancien au moment des guerres puniques et donnée comme exemple de grammaire à tous les malheureux habitués du Gaffiot comme moi

*Le roi Aggripa II:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/12/18/les-rivieres-du-mont-hermon/

*mikve: bain rituel

 

 

Les trois crimes de Damas

Vous savez tous ce qu’est Yom Kippour*.
Ce que vous ne savez peut être pas, c’est à quel point Yom Kippour est aussi pour nous ici le souvenir encore vivace d’une des plus meurtrières guerres de défense .

En hébreu, on l’appelle  la guerre de Kippour car Israel a été attaqué par surprise pendant le jeûne de Kippour 1973 par les armées égyptiennes et syriennes, alors que la majorité des Israéliens jeûnait et priait dans les synagogues.
Pour vous donner une idée de l’atmosphère du jour de Kippour ici, voici une vue de Tel Aviv, ville réputée pour ses bouchons, où, ce jour là, les enfants sont les rois du périphérique sur leur vélo.

kippour tel aviv ayalon
Le jour de Kippour 1973, les adultes quittèrent les synagogues dès que l’alerte fut donnée et montèrent dans des bus pour rejoindre le front, parfois encore enveloppés de leur talith.
Pour la petite histoire, Golda Meir, alors Premier Ministre, avait refusé de tenir compte des informations de guerre immédiate  qui lui avaient été communiquées par certains services de renseignement et refusa de lancer une attaque préventive, et même une mobilisation, pour ne pas paraître aux yeux de l’opinion internationale comme l’agresseur. Cette décision coûta de nombreuses vies humaines et in fine, Golda Meir dut démissionner. Elle se reprochera cette décision pendant le restant de ces jours.

Cette vidéo est en hébreu mais se passe de commentaires:

La chanson « Les trois crimes de Damas » a été  écrite au début des combats quand l’issue de la guerre était plus qu’incertaine et que les soldats se battaient dans des conditions épouvantables sur le Golan en sachant que dans notre si petit pays le front est déjà l’arrière, le Oref*…

Elle est  inspirée d’un verset du prophète Amos qui vivait au 8 ème siècle avant l’ère chrétienne dans une époque dramatique où les Assyriens voulaient nous envahir:

« כה אמר ה’ על שלשה פשעי דמשק ועל ארבעה לא אשיבנו »
Ainsi parle l’Eternel: « A cause du triple, du quadruple crime de Damas, je ne le révoquerai pas, [mon arrêt]: parce qu’ils ont foulé le pays de Galaad avec des herses de fer.

על שלושה פשעי דמשק על ארבעה לא אשיבה
על אבות בטלית וחגור על אחים בצריח של טנק

על רעי שאמרו אתם לא תעברו כאן גולני גולני לוחם
אתם לא תעברו אתם לא תעברו כאן גולני גולני לוחם

על מעוז שעמד מכותר על טילים בשדותיו של הכפר
על בני שאמרו אתם לא תעברו
כאן גולני גולני לוחם

על חיוך שהסתיר שתי דמעות בעיני לוחמים עייפות
שחזרו ואמרו אתם לא תעברו כאן גולני גולני לוחם

על שלושה הרביעית בשערכם
עוד יבוא יום שלום ללוחם
ועד אז תזכרו
כן זכור תזכרו
כאן גולני גולני הולם

ועד אז תזכרו כן זכור תזכרו
כאן גולני גולני הולם

אתם לא תעברו אתם לא תעברו
כאן גולני גולני הולם

« Pour les pères enveloppés d’un talith, pour mes frères dans la tourelle du tank, pour mes compagnons qui ont dit « vous ne passez pas »,
C’est pour eux que se battent les Golani*

Pour le fief assiégé, pour les missiles dans les champs du village, pour mes fils qui ont dit « vous ne passerez pas »,
C’est pour eux tous que se battent les Golani

Pour le sourire qui cache des larmes, pour les yeux des combattants fatigués, qui répètent « vous ne passerez pas »,
C’est pour eux que se battent les Golani 

Trois fois déjà, la quatrième ce sera à vos portes, un jour viendra la paix pour les combattants mais jusque là,  souvenez vous, ici les Golani se battent,
Vous ne passerez pas, vous ne passerez pas car les Golani sont là
« 

Damas avait commis un premier crime en 1948 en se joignant déjà à une coalition de la quasi totalité des pays arabes qui s’étaient unis pour détruire l’état d’Israel à peine né. Elle en commis un second en 1967 au moment de la guerre des 6 jours. Le troisième commença en ce 6 octobre 1973, jour de Kippour, 10 du mois de Tichri.
Les tanks syriens avaient franchi la frontière et  étaient descendus vers le Kinneret. Tous les Israéliens, aussi bien civils que militaires, savaient bien que l’intention des Syriens était de les exterminer. Les soldats savaient qu’ils se battaient pour leur pays mais aussi et surtout pour eux-même et pour leur famille. Damas avait commis trois crimes et les Golani* n’en voulaient pas d’un quatrième.

Au צומת גולני (Tsomet Golani) ou carrefour Golani, en Galilée, se trouve un musée-mémorial pour tous ceux qui sont tombés afin que Damas ne réussisse pas à nous anéantir.
Un grand terrain ombragé, planté de pins et parsemé de cactus,
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des murs où sont inscrites des listes de noms,

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et surtout un musée. Dans une des pièces, les murs sont recouverts d’albums contenant pour chaque soldat, tué lors des guerres qu’Israel a subies depuis 1948, un résumé biographique, des photos ou autres documents donnés par les familles: un album par soldat.

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un album comme celui-ci:

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Et maintenant, après 42 ans?
Bien qu’actuellement l’état Syrien n’existe plus beaucoup, les composantes de sa population ne nous veulent pas de bien. Les Syriens ont été éduqués depuis toujours dans la haine d’Israel* et aussi dans la haine du Juif. Comme dans beaucoup de pays arabo-musulmans, les nazis en déroute ont pu trouver refuge en Syrie. Ainsi, par exemple, Alois Brunner a pu offrir ses services pour moderniser la police secrète syrienne.
Cette influence nazie explique la diffusion des Protocoles des Sages de Sion et les caricatures actuelles qui ont toutes l’air de sortir du Stürmer. A la fin de la deuxième guerre mondiale, la dénazification des adolescents allemands, éduqués dans la haine des Juifs dès leur plus jeune âge, a été longue et compliquée. Mais ici, pour les Syriens, le processus de réflexion n’a même pas commencé.
Cela me rappelle une rencontre à Madrid, il y a environ 30 ans. Nous étions installés avec un ami à la terrasse d’un café et nous bavardions en hébreu. Pas très loin de nous, dans le même café, une famille arabe du Moyen-Orient. Un des fils, un adolescent curieux, nous entendit et nous demanda en anglais:
– Quelle langue parlez vous?
– Hébreu...La langue d’Israel
– La langue d’Israel?
Il recula, l’air dégoûté et effrayé.
Notre ami lui dit: Nous ne mordons pas, nous ne sommes pas contagieux.
Mais il retourna vers ses parents en nous jetant de temps en temps des coups d’œil haineux…

Une organisation israélienne, IsrAid,  est partie sur les rives de la Grèce pour aider les migrants. Elle intervient à leur débarquement sur les plages, distribue eau et nourriture et donne les premiers soins médicaux.

IsrAid soins aux Syriens Grece
J’ai entendu l’interview d’un des volontaires de cette organisation: « Pour notre sécurité, il vaut mieux qu’ils ne sachent pas quelle est notre nationalité« .
Paroles corroborées par un journaliste israélien interviewant un jeune syrien dans une centre d’accueil à Milan: « Le jeune homme voulait savoir d’où je venais. Je luis dis que j’étais israélien car il avait l’air sympathique.
– Israel? Pourquoi Israel s’intéresserait à nou
s? demanda-t-il méfiant. Il m’examina intéressé et ajouta « Cachez votre identité, certains d’entre nous pourraient vous attaquer ».

Presque 2000 Syriens ont été jusqu’à maintenant soignés dans nos hôpitaux à la frontière syrienne mais les blessés ainsi soignés restent silencieux de peur de représailles car malgré le désordre et la sauvagerie de certains groupuscules syriens à leur encontre, nous restons l’Ennemi.

syriens aide medicale en Israel

Nous ne pouvons pas nous permettre un quelconque angélisme. Damas ne doit pas pouvoir récidiver.

A bientôt,

*Yom Kippour:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/24/yom-kippour-et-le-gros-poisson/

*Guerre de Kippour:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/25/ne-les-oubliez-pas/

*le ‘Oref:  https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

*Les Golani sont les soldats qui se battent sur le front syrien meme s’ils peuvent etre appeles ailleurs:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/02/le-nord/

*http://www.veroniquechemla.info/2015/05/exil-nazi-la-promesse-de-lorient-de.html

*representation des Juifs dans la monde arabe et en particulier en Syrie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/category/histoire/20-eme-siecle/guerre-de-kippour/

*http://alyaexpress-news.com/2015/09/le-role-discret-disrael-dans-la-crise-des-refugies-syriens/

Les Tcherkessim

Nous sommes partis à nouveau en טיול (tiyoul=excursion) dans le Nord. Il faisait vraiment très chaud mais le paysage vert et fleuri de la vallée de Yezreel nous réjouissait…
Un panneau sur la route: Kfar Kama, village tcherkesse!

D’où viennent les Tcherkessim? En français, on les appelle les Circassiens. Ce sont des musulmans originaires des montagnes du Caucase, d’une région connue sous le nom d »Adyga au Nord de la Georgie.

tcherkesses carte

Vaincus après une longue guerre contre l’empire du Tsar, ils ont été expulsés, à partir de 1864, par le gouvernement russe et se sont installés dans la Palestine ottomane vers 1880 en profitant des avantages de la loi turque de 1872*. Ils se sont tout de suite bien entendus avec les ‘haloutsim* des premières alyiot avec qui ils avaient une langue commune: le russe.
Ils se mirent vite à l’hébreu tout en restant fidèles à leur langue l’adigue, toujours enseignée dans leurs écoles en même temps que l’hébreu et l’arabe*. Leur nom « tcherkesse n’est pas d’origine tcherkesse  mais russe. Eux-même se nomment le peuple adyga.
L’adigue est une des nombreuses langues du Caucase, proche du tatar et s’écrit avec l’alphabet russe d’avant la révolution, et légèrement adaptée.

tcherkesse alphabet

Dans leur villages en Israel,  les panneaux sont écrits en trois langues: l’hébreu, l’adygue et l’arabe.

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 (panneau à Kfar Kama: rue Nashe)

tcherkesses panneau a l'entree du village

(panneau à l’entrée de Ri’hanie, le texte en anglais est pour les touristes)

Ils sont environ 5000 en Israel, repartis surtout dans des villages de Galilée dont les plus importants sont Kfar Kama dans la vallée de Yezreel et Ri’hanie un peu au Nord de Tsfat.

tcherkesses mosquee de Ri'hania

(Mosquée de Ri’hanie, elle me fait penser aux anciennes mosquées de la campagne bosniaque)

Ce sont des paysans prospères qui ont ajouté le tourisme à leur économie.
Contrairement aux villages arabes israéliens, les villages tcherkesses sont très bien aménagés et fleuris. A Kfar Kama où certaines pentes sont raides, le vélo a été remplacé par de petites voiturettes semblables à celles qu’on voit dans les kibboutzim. 

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Les rues sont pavoisées des deux drapeaux:
le drapeau israélien et le drapeau tcherkesse vert et or: Il parait que les 12 étoiles représentent les 12 tribus tcherkesses et les 3 flèches représentent les 3 directions du vent, Nord, Est, Ouest (le vent du Sud ne souffle pas dans le Caucase) mais évidemment bien d’autres interprétations sont possibles.

tcherkesses drapeau

 

Les touristes visitent leurs musées traditionnels comme celui de Kar Kama où ils organisent régulièrement des conférences et spectacles pour présenter la culture tcherkesse,

tcherkesses enfants

en particulier la musique et la danse, souvent accompagnées par un accordéon.

DSCF0639(accordéon incrusté de nacre au Musée de Kfar Kama)

Comme vous le voyez,  les femmes tcherkesses ne sont pas voilées, elles  chantent et dansent avec les hommes.

Nous n’avons malheureusement pas pu assister aux  concerts. Lorsque nous sommes arrivés à Kfar Kama, le village sommeillait sous un soleil brûlant, nous étions les seuls dans la rue! Mais le musée était heureusement ouvert:

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(cour du Musée de Kfar Kama, comme vous pouvez le voir, la chaleur avait chassé tous les touristes)

Dans les salles,  les objets de la vie quotidienne des montagnards du Caucase.

Leurs vêtements: celui de berger à droite n’est pas conseillé pour le climat d’Israel!
tcherkesses costumes

et leurs armes

DSCF0640(de belles pétoires qui me font penser à celles des  O’Hara et aux O’Timmins)

Si vous voulez manger tcherkesse, vous devez aimer le fromage à la folie (je n’ai trouvé aucune recette de plat de viande ou de poissons)

Voici le menu du restaurant tcherkesse de Kfar Kama: soupe de lentilles, salades, mataz (pâte farcie au fromage tcherkesse, d’oignons verts et épicée au paprika),

tcherkesses mataz cuisine

 (mataz)

‘hloj (pâte  farcie au fromage tcherkesse et frite),

tcherkesses 'hloj cuisine

(‘hloj)

fromage fumé, fromage « courant »

tcherkesses fromage demi dur

Le fromage tcherkesse ressemble au fromage bulgare ou au Tsfati (fromage de Tsfat). Il est aussi couramment fabriqué dans les kibboutzim, résultats des bonnes relations avec les pionniers de la première alyia.

et en dessert un  kanafe*, pâte sucrée, recouverte de vermicelles de pâte et farcie au … fromage!

tcherkesses knafe

Nous avons quitte la Galilée pour le plateau du Golan. Des deux côtés de la route, les eucalyptus cuisaient doucement au soleil et nous embaumaient à travers les fenêtres fermées de la voiture… Mais ceci est une autre histoire.

A bientôt,

PS les photos du village de Kfar Kama ont été prises par mon mari, bravant les 40 degrés à l’ombre, pendant que je restais au musée!

*’haloutsim: pionniers

*loi turque de 1972: pour lutter contre la « judaisation » de la Palestine, avant même la Première Alya de 1881, les Turcs avaient promulgué une loi permettant à tout musulman de venir s’installer en Palestine et lui offrant une exemption de 10 ans de service militaire et d’impôts. La plupart des musulmans d’Israel sont arrivés à ce moment là, de nombreux autres ont suivi dans les années 20 et 30 pendant le mandat britannique

* Les deux langues officielles d’Israel sont l’hébreu et l’arabe

* le kanafe: vous le connaissez sans doute sous le nom de kadaif. Quant au mataz et au ‘hloj, ils ressemblent beaucoup aux bourekas

Shabbat shalom

 Depuis quelques temps, il neige sur le ‘Hermon et et le Golan:

Neige sur le golan 2(Stand With Us facebook)

et ici avec le Kinneret dans la vallée:
Neige au Kinneret

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dans les montagnes de Galilée:

neige a Tsfat 2015

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dans les ruelles de Tsfat:
neige a Tsfat 2015 2

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J’ai trouvé ce petit film sur Metula, à la frontière libanaise:

Il a aussi neigé hier dans le Neguev à Beer Sheva, Dimona,

neige 2015 Dimona

Mitzpe Ramon et les hauteurs de la Arava:

neige dans le neguev 2015

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Et bien sûr à  Jerusalem:

neige Jerusalem 2015 3

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Cette nuit, sur  le campus universitaire  de Har Hatsofim (le Mont Scopus) avec cette inscription sur la neige: עם ישראל חי (Am Israel Hai), Le peuple d’Israel est vivant.

Neige Universite Jerusalem 2015

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Le tramway sous la neige hier soir,

neige Jerusalem 2015

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Et cette photo prise par ma fille ce matin depuis son petit jardin à Guivat Massoua* donnant sur la Vallée Blanche, qui porte bien son nom aujourd’hui:

neige 2015 vallée blanche

Et comme nous sommes en plein hiver, nous nous régalons de fraises qui nous viennent des kibbutzim de la vallée du Jourdain! 

Shabbat shalom et à bientôt,

*Guivat Massoua:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/01/guivat-massoua/

Le sionisme politique avant 1914

En ce début du 20 ème siècle, le sionisme politique est déjà bien organisé. La premiere aliya (1882-1903) qui a vu arriver en 21 ans 70 000 immigrants, a fixé les premiers jalons d’un établissement juif moderne dans la Palestine ottomane. Malgré des débuts décourageants (famine, maladie, exactions de Turcs, restrictions à l’achat des terres),  les Juifs ont créé 50 exploitations agricoles et acheté plus de 50 000 hectares de terres. Le nombre des habitants juifs a doublé en deux décennies , la langue hébraïque revit à nouveau* et en  1903 la nouvelle Fédération des Enseignants Juifs à Zikhron Yaakov s’est donnée comme mission d’intensifier l’éducation et surtout l’éducation en hébreu.

Dans l’empire russe, la situation des Juifs est de plus en plus difficile. Ils ont été déportés dans la « zone de résidence », ballottés de ça et là par le pouvoir tsariste, et victimes d’une vague de pogroms sans précédent au début des années 1880 et de « lois scélérates ».  C’est dans ce contexte terrible qu’en 1903, éclate à Kichinev un pogrom qui restera dans les mémoires juives comme un des plus terribles.

pogrom Mauricy Minkovsky(Mauricy Minkovsky: Apres le pogrom)

Cet épouvantable pogrom marquera durablement les consciences juives. Le poème « Dans la ville du massacre », que Bialik écrira, est un refus de la résignation  traditionnelle et un appel à la résistance juive*.
Ce pogrom aura comme conséquence un afflux de l’émigration juive russe, en particulier vers le continent américain mais aussi vers la Palestine.
L’année 1903 marquera  le début de ce qu’on appelle la deuxième aliya. Ceux qui arrivent en Palestine,   les pionniers de la deuxième aliya n’arrivent pas aussi démunis que leurs prédécesseurs. Ils sont mieux organisés, ont pour la plupart  préparé leur aliya dans des fermes-coopératives en Russie et ont une vision beaucoup plus pragmatique du Retour à Sion.
Cela dit, ils vont se heurter à d’énormes difficultés et le problème crucial de la seconde aliya sera celui de la conquête du travail, כיבוש עבודה (kibush avoda):  les paysans juifs déjà établis les trouvent moins efficaces et moins durs à la tache que les fellahs semi nomades, prêts à se faire embaucher pour presque rien, avant de retourner dans leurs migrations saisonnières. Le salaire que donnent les Juifs aux fellahs leur suffit car ils vivent essentiellement de leurs troupeaux alors que les nouveaux venus n’ont pas d’autre moyens de subsistance que leur travail et demandent donc un salaire plus élevé. De plus, ils travaillent moins bien car ils sont rapidement victimes d’épuisement et de fièvres.

Parmi ces nouveaux venus un jeune homme, David Grin: il est petit et fluet et personne ne veut l’embaucher. Il meurt littéralement de faim. Pour épargner au mieux ses maigres ressources, il réfléchit à ce qui lui permettra de subsister et décide de se nourrir de ‘halva et de poisson séché. Pourquoi? Il pense que les matières grasses et le sucre de la ‘halva et les protéines contenues dans le poisson le maintiendront en vie. Il survivra en effet. De nombreuses années plus tard, il deviendra le premier Premier Ministre d’Israel sous le nom de David ben Gourion.

Deuxieme aliya ben gourion

(David Ben Gourion est au milieu du deuxième rang)

Peu à peu. les infrastructures nécessaires à un habitat juif se développent. En 1908 est créé à Yaffo le Bureau d’Eretz Israel chargé des colonies sionistes que dirigera l’économiste Arthur Ruppin*. Par l’intermédiaire de la Banque anglo-palestinienne, ce bureau obtiendra des prêts à long terme ainsi que de l’outillage pour les pionniers désireux de fonder des coopératives agricoles, et améliorera le réseau routier du pays ainsi que l’irrigation.

Déjà en Russie, en Europe occidentale et même en Amérique, de nombreux jeunes juifs sionistes, influencés par les idées sociales de Tolstoï et celles du socialisme, se sont regroupés dans un mouvement d’inspiration socialiste: les ouvriers de Sion, פועלי ציון (Poalei Tsion).
La branche palestinienne, nommée le Jeune Ouvrier, הפועל הצעיר (Hapoel Hatsair), est bien moins marxiste que celle des Poalei Tsion de la diaspora et s’adresse  non pas aux ouvriers d’usine mais aux travailleurs agricoles.
Et c’est ainsi que dans cet esprit, sera créé le premier kibboutz, Degania, en 1909.

Degania 1910 première maison 1910(première maison du kibboutz Degania en 1910)

Degania aujourd'hui

(Degania de nos jours)

Cette création sera suivie rapidement par d’autres autour du lac Kinneret et dans la vallée de Yezreel.
Au même moment Mikve Israel* créera une ferme-école à Sejera en Galilée où le jeune David Ben Gourion fera son véritable apprentissage du travail de la terre.

Tous ces pionniers bénéficient aussi des connaissances de Aharon Aharonson* en matière d’agronomie. Ils ne se lancent plus au hasard mais étudient les meilleures possibilités de chaque terrain.

Pour l’essentiel, les nouveaux venus sont originaires de Russie. Mais il ne faut pas oublier une autre aliya, celle des Juifs yéménites. Ça et là, des Juifs du bassin méditerranéen ou du Moyen-Orient ont continué eux aussi s’installer en Palestine comme ce fut le cas au cours des siècles passés. Cependant, ils ne l’ont fait qu’à titre individuel. Les Yéménites sont eux très réceptifs aux envoyés de Sion et l’écho des réalisations sionistes pousse une partie d’entre eux à se joindre au nouveau yishuv. Ils deviendront ouvriers agricoles et, beaucoup moins romantiques que les Juifs russes, fonderont un syndicat dès leur arrivée et obtiendront ainsi un salaire décent.

Yemen famille juive

(famille juive du Yemen en 1908, l’habit traditionnel fait peu à peu place aux vêtements européens)

Nathan Alteman a écrit un célèbre poème sur ces pionniers « Ceux de la deuxième aliya » Aliya 2eme

« Filles ou garçons, ils étaient tous jeunes! Des jeunes gens montés au Pays avec des poignées de graines…
Partis pour la Judée et  la vallée du Kinneret, montés au pays, il y a 50 années, pour être les premiers pionniers…
Et ceux qui les voyaient disaient: Quelle sorte d’homme est ce là? Venir dans un pays désolé.
Et oui! Ils étaient vraiment différents!

Ils disaient: Ne parlons pas de Sion et du pays de nos ancêtres! Il faut dépierrer et creuser un puits et labourer et planter, il faut travailler!
Ils le dirent et le firent malgré les moqueurs et les ennemis.
Et ceux qui les voyaient disaient: Quelle sorte d’homme est ce là? Ils ont  dit et ont fait, sont partis travailler. Ils sont vraiment différents!

Ils disaient: Nous édifierons une commune et vivrons comme des frères et nous partagerons tout d’un cœur joyeux du lacet de nos chaussures à notre chemise…
Ils s’installèrent au Kinneret et à Degania et tous ceux qui les voyaient disaient:
Ils ne se nourrissent  pas d’
illusions mais de rêves… Ils étaient vraiment différents! »

deuxieme aliya

(Ceux de la seconde aliya, livre de Yaakiv Sharet et Nahman Tamir)

Mais malgré l’enthousiasme et le travail acharné, les obstacles sont nombreux. En particulier, celui de l’achat des terres. Dès 1872, voyant que l’arrivée des Juifs prenait une proportion telle qu’il ne pouvait plus le combattre, le gouvernement turc a choisi de faire venir le plus possible de musulmans de tout l’empire ottoman en leur promettant une exemption de service militaire et d’impôts pendant 10 ans. On assiste donc à une immigration musulmane hostile aux Juifs.

De plus, dès l’année 1900, un certain nombre de responsables arabes se sont réunis à Jerusalem pour reconquérir cette partie du  Dar el Islam* selon leur expression et ceux qui vendent des terres aux Juifs sont souvent menacés de mort.
Bien qu’elle appartienne à des propriétaires musulmans qui souvent résident à Beyrouth, Alep ou Damas, la majeure partie des terres n’est pas cultivée. Pourquoi? Tout d’abord, la population arabe est souvent nomade. Cela veut dire que l’élevage est son gagne-pain et qu’une fois une terre épuisée, les familles s’en vont à la recherche d’autres pâturages.
Pendant les quelques mois de leur séjour, elle cultive quelque peu, mais se contente souvent de récolter les fruits d’arbres sauvages et donc non entretenus, à tel point que les Juifs importeront des plants d’olivier et de palmiers dattiers pour obtenir des récoltes suffisantes.
Mais les propriétaires arabes font monter les enchères et les terres sont payées à prix d’or, souvent deux fois, une fois pour le propriétaire, une fois pour le chef du village ou de la tribu. Dans quelques cas, comme à Metulla, les terres sont payées trois fois!

L’achat des terres est essentiellement le travail du KKL qui met au point des techniques pour dépierrer, irriguer et planter. La plantation de nombreux arbres permettra d’assainir l’air et de retenir la terre. De nombreux eucalyptus seront plantés dans les régions marécageuses de Galilée ce qui supprimera la malaria.

Une fois les terres achetées, il faut les mettre en valeur et les protéger des pillards arabes.
Les pionniers de la première aliya avait déjà connu ce problème récurrent dans une région delaissée par un pouvoir central et laissée aux mains des chefs de guerre et de brigands.

C’est pourquoi, des 1909 est créée l’organisation les שומרים (Shomerim), les gardiens*, qui reçoivent un entraînement spécial pour protéger les fermes et villages juifs isolés. Les shomerim ont une mission très difficile car s’ils doivent défendre les terres des Juifs, ils doivent éviter le plus possible les affrontements violents avec les pillards arabes pour qui toute mort dans leur rangs entraîne une vendetta sans fin.

Shomerim 3

(Shomerim vêtus d’une manière hétéroclite:l’un deux a des bottes russes et un tarbouche turc et les autres des keffieh. Les shomerim portaient souvent les keffieh arabes pour ne pas se faire repérer et aussi pour se protéger des vents de sable)

Le travail des shomerim sera nécessaire pendant des décennies et même de nos jours ils ont du reprendre du service*. L’un des shomerim les plus célèbres de cette deuxième aliya sera Alexandre Zaid, assassiné en 1938 par des bédouins.

Alexandre Zaid statue

La Forêt des Shomerim a été plantée à l’endroit où il fut tué dans la vallée de Yezreel

Shomerim foret      

«  Depuis la tour j’observe les alentours, mes yeux avalent les lointains, le pays est tranquille et la nuit est calme.
Oh gardien, qu’en est-il de la nuit?
La flûte des bergers jubile, les troupeaux de chèvres dévalent les collines, qu’ai je donc et qui encore est à mes côtés, Canaan?
Le vent du lac agité s’est levé entre les herbes, qu’ai je donc et qui encore est à mes côtés, Canaan?
La lune s’est levée d’entre les montagnes, La vallée s’est enveloppée de brume, La bas, le chacal aboie tristement…
Oh gardien, qu’en est-il de la nuit?« 

A bientôt,

* https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

* Bialik: http://www.akadem.org/medias/documents/3663_9_pogrom_poeme.pdf

* Aharon Aharonsohn: a fondé la station agricole expérimentale d’Atlit (a cote de Zikhron Yaakov) où ses recherches lui font découvrir une espèce de blé résistant aux diverses maladies et pouvant pousser dans des terres arides. https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

* Arthur Ruppin (1876-1942), économiste et sociologue, dirigera l’Office Palestinien, sera déporté par les Turcs pendant la première guerre mondiale. En 1921, il sera nommé (en 1921) directeur du Département d’Exploitation Agricole de l’Organisation Sioniste et deviendra en 1926 professeur de sociologie à l’Université Hébraïque de Jerusalem.

* Dar El Islam (maison de l’islam): tout territoire ayant été sous domination musulmane doit le redevenir, il est impensable que des dhimmi puissent le posséder et le gouverner. Ce qui n’est pas Dar el Islam est Dar el ‘Harb, ou maison de l’épée, et doit être islamisé.

* Les shomerim : https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/ https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

I am singing in the rain!…

Il y a quelques jours en descendant à Ness Tsiona, j’ai eu droit à quelques minutes de pluie, de la vraie pluie et j’ai même dû utiliser les essuie-glaces!
L’épicier m’a dit: C’est une bénédiction! Juste avant la fête de Soukkot! Tu as eu droit à une bénédiction!
Le patron du pressing qui est musulman m’a dit: C’est une bénédiction! Juste avant la fête de l’Aïd al-Adha! Une vraie bénédiction!
Bref, chacun y trouve son compte et si vous pensez que nous sommes est un peu obsédés par la pluie, c’est vrai!
Je sais bien qu’en France l’été a été plutôt pourri mais ici, c’est chaque fois la même attente après 5 mois sans pluie.

En Israel la pluie, c’est une bénédiction!
Après Soukot, nous dirons chaque jour dans nos prières:

« משיב הרוח ומוריד הגשםת  fais souffler le vent et tomber la pluie!« 

Les pluies ont des noms différents selon leur intensité mais aussi selon leur époque: la première de l’automne s’appelle יורה (Yore) et la dernière à la fin du printemps מלקוש (Malkosh) . Chacune des deux doit venir « en son temps » comme nous le dit la Thora:

« Je donnerai à ton pays la pluie en son temps, pluie d’automne et pluie de printemps, et tu récolteras ton blé, ton vin et ton huile. »
ונתתי מטר ארצכם בעתו יורה ומלקוש ואספת דגנך ןתירושך ויצהרך

yore_umalkosh.ill(manuscrit médiéval,  Jewish Heritage on line)

N’oublions pas que le peuple d’Israel est un peuple de paysans pour qui il est indispensable que ces deux pluies, יורה ומלקוש (Yore et Malkosh) qui encadrent la saison des pluies, arrivent « en leur temps »  » pluie de l’automne et du printemps en temps voulu, qui nous réserve régulièrement les semaines déterminées pour la moisson. » (Jeremie, 5,24)

Mais si les choses ne se passent pas bien, on entame alors des prières spéciales pour éviter la sécheresse.
A ce propos, le Talmud raconte une histoire peu banale:
« Au temps de la dynastie des ‘Hashmonaim, vivait un sage capable de faire des miracles. Un peu comme le prophète Elie ou son disciple Elisha. Cet homme s’appelait ‘Honi et chaque fois qu’il y avait une gros souci dans le pays, on lui demandait de prier Dieu pour que les choses s’arrangent…
Une année de sécheresse, une année où les prières classiques n’avait eu aucun effet sur la décision divine, le peuple demanda à ‘Honi d’intervenir.
‘Honi traça alors un cercle, se mit à l’intérieur de ce cercle et dit à Dieu: « Je ne sortirai pas du cercle avant qu’il pleuve! »*

honi hameaguel mihal gamlieli

(‘Honi hameaguel, Mikhal Gamlieli)

Il se mit à pleuvoir, mais une petite pluie de rien du tout.
‘Honi dit alors: « Cette pluie ne pourra pas abreuver la terre, il nous faut une pluie plus importante »
Dieu fit alors tomber une pluie torrentielle
‘Honi dit alors: « Une pluie torrentielle pour raviner la terre et déraciner les arbres? Non, tu sais ce qu’il nous faut:une pluie calme qui s’insinue dans les mottes de terre desséchées et les gorge d’eau, lentement ».

Dieu fit alors tomber une bonne pluie d’automne, tranquille et continue. La terre n’eut plus soif et le pays reverdit…

 ‘Honi était un homme sage, il n’était pas l’homme vain et vantard que le roi Salomon décrit dans le livre des Proverbes:

נְשִׂיאִים וְרוּחַ, וְגֶשֶׁם אָיִן– אִישׁ מִתְהַלֵּל, בְּמַתַּת-שָׁקֶר Des nuages et du vent, mais de pluie point! Tel est l’homme qui fait grand bruit de ses dons illusoires. (proverbes 25 14)*

Mais sa sagesse lui valut un sort funeste
La renommée de ‘Honi était si grande que chacune des deux factions, qui se déchiraient alors pour le pouvoir, lui intima de la rejoindre, voulant utiliser les pouvoirs de ‘Honi pour détruire l’adversaire. Homme intègre, ‘Honi refusa de faire des miracles pour complaire à des assassins…Et c’est lui qu’on assassina!  *

On peut voir sa tombe à ‘Hatzor en Galilée.

honi hameaguel tombe

שם בוא-Gueshem bo- Que vienne la pluie! interprété par les chœurs de l’armée)

Mais la pluie n’est-elle que de la pluie?
Comme toujours, il faut creuser du côté des racines des mots. La racine du mot גשם (gueshem) pluie, signifie aussi concrétiser, réaliser. De nombreux groupes sionistes se sont appelés les מגשימים (Magshimim) ceux qui concrétisent leur rêve en s’installant en Eretz Israel.
Mais le vent n’est-il que du vent?
Le mot vent, רוח  (roua’h), veut dire aussi esprit et a donné le mot  spiritualité, וחניות (Ruhaniout).
Et si la phrase que nous répétons quotidiennement dans nos prières,  משיב הרוח ומריד הגשם (mashiv haruah ou morid hagueshem) « Fais revenir le vent et tomber la pluie » voulait aussi dire « Permets nous de réaliser nos aspirations »?


(Le célèbre Barkhenou, interprété par Shimi Tavori: Bénis l’oeuvre de nos mains et donne pluie et rosée sur la surface de la terre)

ברכנו השם אלוקינו
בכל, בכל מעשה ידינו
ברכנו השם אלוקינו
וברך, וברך את שנתנו
ותן תן תן, תן טל ומטר
על פני האדמה, על פני האדמה

 

Et pour vous souhaiter un bel automne, ce poème de Shlomo ibn Gvirol:

Pluie d'automne Shlomo Ibn Gvirol
« A l’encre de ses pluies, à celle de ses ondées,

De sa plume d’éclairs, de sa main de nuées,
L’automne a écrit une page du jardin, de bleu ciel et de pourpre
Nul n’avait conçu un tableau aussi riche,
En ce temps de délice pour la terre et le ciel
Et brodé des  rameaux sur des parterres d’étoiles »

A bientôt,

 *Depuis lors ‘Honi fut connu sous le nom de ‘Honi Hamaguel, ‘Honi le traceur de cercles.

*Oserais-je dire que c’est l’équivalent hébraïque du shakespearien « Beaucoup de bruit pour rien »?

*Il semblerait que ‘Honi fut le protégé de Shimon Ben Shetah, président du Sanhedrin sous le règne d’Alexandre Jannée au 2 ème siècle avant l’ère chrétienne. Sa sœur, ShlomTsion, devint reine en succédant à Alexandre Jannée. Il s’agit des descendants des ‘Hashmonaim que nous fêtons à ‘Hanouka. Autant les premiers ‘Hashmonaim furent des gens de valeur, autant leurs descendants pratiquèrent les assassinats fratricides comme moyen de conserver le pouvoir.