Yom hazikaron 2018

Demain soir, ce sera Yom Hazikaron.
Nous commémorerons toute la journée de mercredi le souvenir de ceux qui sont tombés pour la défense de l’état d’Israel et les victimes du terrorisme.
On ne sait que peu de choses des défenseurs du quartier juif de la vieille ville de Jerusalem en 1948.
C’est pourquoi, j’ai voulu vous parler de l’un d’eux, une jeune fille nommée Esther Tseilingold.


Née à Londres en 1925 dans le quartier de Whitechapel, elle vit dans une famille où deux choses sont importantes:l’éducation et le sionisme*. C’est ainsi qu’Esther est diplômée de l’Université de Londres en 1946 et qu’elle fait partie du  mouvement de jeunesse Bnei Akiva qui prépare les jeunes réfugiés juifs à une future vie en kibboutz
Ses convictions sionistes juvéniles se  renforcent avec l’avènement du nazisme, la guerre et la découverte de l’extermination des Juifs. En 1946, elle peut entrer en Palestine mandataire  grâce à sa nationalité britannique et enseigne l’anglais à l’école Evelina de Rothschild à Jerusalem.
Elle est témoin de la violence arabe et de l’attitude de plus en plus dure des Anglais à l’égard des Juifs, les procès et pendaisons des combattants juifs, du refus des autorités de recevoir les réfugiés juifs…
En janvier 1948, la situation des Juifs est tellement critique qu’elle quitte son poste d’enseignante et s’engage dans la Haganah. Elle est chargée de la radiodiffusion en anglais de la Haganah, participe à la surveillance du quartier juif de la vieille ville, le plus vulnérable de tous les secteurs à Jerusalem et  s’occupe de fournir aux soldats de divers avant-postes ce qu’il leur faut (armes, munitions, nourriture…).
Les choses sont relativement calmes, mais tout le monde s’attend à une attaque de grande envergure dès le départ des troupes britanniques, prévu pour le 14 mai.
Le 16 mai, lors de la première attaque arabe soutenue contre le quartier, Esther est blessée, mais pas handicapée. Elle repart rapidement au combat, utilisant souvent les toits exposés comme moyen de communication entre les postes. Le 19 mai, une petite unité de Palma’h franchit la Porte de Sion et atteint la garnison assiégée mais les soldats sont épuisés et mal organisés. Ils battent en retraite, les défenseurs du quartier juif sont seuls. Le même jour, la légion arabe du roi Abdallah de Jordanie arrive au mont des Oliviers et commence à bombarder le quartier juif, tandis que les troupes terrestres arabes progressent de maison en maison. Esther ne peut plus servir en tant que soldat de liaison, elle rejoint un groupe de défense, armée d’un simple Sten.

Le 26 mai, elle est grièvement blessée. Elle est transportée dans un dispensaire du quartier, mais il n’y a que très peu de médecins et encore moins de médicaments.
« Il est difficile de parler des faits héroïques mais je veux  raconter qu’Esther qui se trouvait allongée au dispensaire, réussit à se traîner avec son Sten et à sortir pour continuer à tirer contre l’ennemi. Elle reçut alors une balle et c’est alors qu’elle mourut » (témoignage d’un de ses camarades)
En fait, elle survivra deux jours. Lors du bombardement du dispensaire le lendemain, Esther et les autres blessés sont transférés dans un endroit plus sûr. Elle est  consciente et capable de parler, de lire et de prier. Pendant ce temps, avec la destruction de la synagogue ‘Hurva, les 40 défenseurs encore vivants se rendent aux Jordaniens le 28 mai.
Esther et les autres blessés sont  déplacés, cette fois à l’école arménienne voisine, juste à l’extérieur du quartier juif. C’est jour de shabbat. Esther est allongée sur une paillasse par terre. Il n’y a pas de morphine pour la soulager. Quelqu’un lui propose une cigarette, elle refuse en murmurant » non, c’est shabbat« .
Ce seront ses derniers mots. Elle avait 22 ans.
Ses camarades trouveront une lettre sous son oreiller. Elle l’avait écrite quelques jours avant d’être mortellement blessée.
« Chers parents, chers tous,
 Si vous recevez cette lettre, sachez que je l’écris pour vous consoler. Essayez d’accepter tout ce qui m’est arrivé, comprenez que je n’ai aucun regret. Ici pour nous le combat est amer, c’est l’enfer mais il a un sens, j’en suis pleinement convaincue. Nous combattons pour réaliser notre rêve d’avoir enfin notre pays, un état juif. Je ne suis qu’une de tous ceux qui se sont sacrifiés. Je suis pressée d’écrire ceci car aujourd’hui a été tué quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi. Dans mon chagrin, je voudrais que vous considériez que nous étions tous des soldats, que nous avions un grand but et que nous avons combattu pour lui. Dieu nous soutient, j’en suis convaincue dans sa ville sainte, et je suis fière et accepte de payer ce prix. Ne pensez pas que j’ai pris des risques inconsidérés. On n’a pas le choix quand on est si peu nombreux. J’espère que vous pourrez rencontrer chacun des combattants qui survivront au combat et aussi que  vous serez heureux et non pas tristes quand ils vous parleront de moi. S’il vous plait, s’il vous plait, ne soyez pas triste, cela n’aide pas. J’ai vécu ma vie pleinement même si elle a été courte et je pense qu’elle fut douce et courte. Quelle douceur dans notre pays! J’espère que Mimi et Asher (sa sœur et son beau-frère) vous rendront heureux. Si vous n’avez pas de regrets, moi je serai heureuse. Je pense à vous tous, à chacun dans la famille. Je suis heureuse en pensant que vous viendrez un jour, bientôt j’espère, et que vous jouirez des fruits de notre combat. Beaucoup beaucoup d’amour, soyez heureux et joyeux,
Shalom, votre Esther »

Après la reddition de la garnison du quartier juif à la Légion arabe, le quartier juif fut pillé et totalement détruit.

Les survivants, ayant tout perdu, se réfugièrent de l’autre côté des lignes israéliennes.


En juin 1967, la vieille ville sera reprise à la Jordanie par Israel lors de la guerre des 6 jours et le quartier reconstruit.

Les défenseurs du quartier juif de Jerusalem ont été enrôlés à titre posthume dans Tsahal et leurs corps  transférés au cimetière militaire du Mont Herzl en septembre 1950
Voici la tombe d’Esther:

 

A bientôt,

 

*son père Moshe est un des fondateurs du mouvement sioniste religieux Misrahi en Pologne

*Sa famille s’installera à Jerusalem dans les années 50

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