Jerusalem, au sommet de notre joie

Tout le monde connaît ירושלים של זהב(Yerushalayim Shel Zahav)*, écrit par Naomi Shemer dans cette période si angoissante du mois de mai 1967. Mais savez-vous quel fut le premier chant composé en l’honneur de Jerusalem enfin libérée?
L’histoire se passe en 1917 juste après l’arrivée des Anglais en Palestine. Les Juifs sont fébriles et heureux. Les troupes troupes britanniques sont entrées dans Jerusalem le premier jour de ‘Hannouka et ils y voient une promesse de גאולה (geoula=délivrance) même s’ils devront déchanter par la suite. Eliezer Ben Yehuda* demande au compositeur de l’époque, Avraham Zvi Idelson,  d’écrire un chant en l’honneur de la libération de la ville, une mélodie  et une simple phrase qui peuvent parler au cœur de tous les Juifs: ce sera ‘Hava Nagila sur une mélodie ‘hassidique:

« Venez vous réjouir et soyez heureux. Venez dans l’allégresse. Levez vous frères d’un cœur joyeux »
הבה נגילה, הבה נגילה
הבה נגילה ונשמחה.
הבה נרננה, הבה נרננה,
הבה, הבה נרננה.
עורו אחים בלב שמח


Cette semaine, nous avons fêté non seulement le יום ירושלים Yom Yerushalayim (jour de Jerusalem) mais aussi les 50 ans de la libération de la ville à la fin de la guerre des 6 jours. Les cérémonies et spectacles se sont succédés dans la ville et dans tout le pays. 
Voici trois vidéos prises au pied des murailles.
ירושלים של זהב Yerushalayim shel zahav:

la danse des drapeaux:

Enfin l’Hatikva reprise par les spectateurs:

Alors n’en déplaise à l’ONU, à l’UNESCO,  nous continuerons à vivre et à fêter Jerusalem, notre capitale depuis le roi David,
Nous fêtons sa libération depuis ce mois de juin 1967 ou nous avons tant tremblé et nous nous sommes tant réjouis et nous mettrons « Jerusalem au sommet de notre joie. »*

Pour ceux qui voudraient comprendre non seulement pourquoi nous sommes si attachés à Jerusalem mais aussi pourquoi le monde arabo-musulman use de son influence pour nous en expulser symboliquement en espérant y arriver réellement la prochaine fois, voici ce film de Pierre Rehov qui explique les choses très clairement:

 

Les amis d’Israel sont déjà convaincus mais se sentent impuissants.
Ceux qui nous haïssent ne le regarderont même pas, Ceux qui sont indifférents hausseront les épaules « encore ces histoires de Juifs! » sans réaliser qu’il ne s’agit pas seulement de nous mais d’eux, que c’est toute leur culture qu’on met à la poubelle. Bientôt, ils assisteront à des autodafés, liront des livres expurgés, accepteront une pseudo-histoire ou une pseudo-science. Ce n’est pas si loin. Vous vous souvenez des autodafé des nazis, vous vous souvenez des théories de Lyssenko*?

L’Europe ne nous pardonne pas d’avoir survécu et surtout d’avoir gardé notre âme. Si l’Occident  persiste dans sa torpeur égoïste et passive, il mourra.  Il devrait se souvenir qu’ « après le samedi vient le dimanche« 

A bientôt,

*Eliezer ben Yehuda:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*Jerusalem,  au sommet de notre joie: psaume 137

*articles sur Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/05/23/dans-tes-murs-dans-tes-portes-jerusalem/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/10/17/nous-sommes-tous-concernes/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/06/06/notre-jerusalem/

*Lyssenko:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyssenkisme

 

Un garçon semblable à un cèdre

Un garçon semblable à un cèdre בחור כארז (Ba’hour keerez): l’expression est tirée du  שיר השירים (Shir haShirim), le Cantique des Cantiques (5,15)

שׁוֹקָיו עַמּוּדֵי שֵׁשׁ, מְיֻסָּדִים עַל-אַדְנֵי-פָז; מַרְאֵהוּ, כַּלְּבָנוֹן–בָּחוּר, כָּאֲרָזִים. « Ses jambes sont des colonnes de marbre fixées sur des socles d’or; son aspect est celui du Liban, superbe comme les cèdres ».

Le cèdre qui a servi à la construction du Temple de Jerusalem, est synonyme de courage physique et  de rectitude. On dirait en français que ce garçon est « sans peur et sans reproche ». Au début des années 20, un inconnu composa une ballade sur les amours d’Avinoam, semblable à un cèdre,  et  de la belle Ra’hel.

« Sur la colline  toute proche a lieu une triste affaire: le fils du paysan*, le fils du moukhtar* (le chef du village) est tombé amoureux d’une pionnière. En haut de la colline s’est installé le Bataillon du Travail, et là bas habite la belle Ra’hel, la fière ukrainienne. Le jeune Avinoam lui rend visite chaque soir, ensemble ils se promènent dans les bosquets et dans les champs. Avinoam, un garçon comme un cèdre, qui possède une vigne et un verger, et a une tante en Amérique qui lui envoie de l’argent de temps en temps!… Elle est belle comme la Shulamit*, aux boucles  noires, mais quelle tristesse, c’est une pionnière, une pionnière du Bataillon du Travail »!

על הגבעה הסמוכה קרה מקרה בלתי נעים בן האיכר הוא בן המוכתר התאהב בחלוצה.

על הגבעה הנעלה שם תגור פלוגת הגדוד שם תגור גם רחל היפה בת אוקראינה הגאה.

מדי ערב יבקרנה אבינועם הצעיר וביחד יטיילו גם בחוּרשה גם בניר.

אבינועם בחור כארז יש לו כרם וגם פרדס, יש לו דודה באמריקה – כסף תשלח כל עת ועת.

ומה יפה כשולמית – תלתליה שחורים משחור, אך הצרה שהיא חלוצה חלוצה מגדוד העבודה.

On croirait  entendre les vieux du village assis sur leur banc:

banc vieux portugais

Que se passe-t-il donc? Avinoam est fils d’un paysan de la première alyia. Le mot איכר (Ikar) veut dire paysan. Ici il est synonyme de paysans déjà bien installés. Avinoam est un בן טובים (Ben Tovim), le fils d’une famille aisée. Les vieux sur leur banc commentent en soulignant qu’il est  aussi בן המוכטר, (Ben Mukhtar) le fils du maire*. Il a en plus une tante en Amérique (!) qui lui envoie de l’argent, et il est propriétaire d’un vignoble et d’un verger! Comment a t-il pu tomber amoureux d’une pionnière sans le sou, de la belle Ra’hel, la fière ukrainienne du Bataillon du travail?

bataillon du travail 2

Cette ballade parle en fait des luttes nombreuses qui opposent les Juifs du yishouv en cette après première guerre mondiale. Ne croyez pas que l’édification de l’état d’Israel s’est faite sans heurts. Même en ces années considérées par tous comme l’époque des pionniers, les immigrants s’installent plus volontiers en ville, où ils peuvent reproduire le style de vie de leurs parents, que dans des villages où tout est à construire. La vie communautaire ne fait pas vraiment recette: un immigrant sur six seulement décide de s’installer dans une kvutza (une commune) ancêtre du kibboutz. De plus, même parmi ceux qui choisissent la vie des pionniers, beaucoup restent fidèles au mode de vie juif  traditionnel, bien loin de celui du Bataillon du travail fondé par Trumpeldor. La « modernité socialiste » des femmes du Bataillon fait peur à beaucoup: cheveux coupés, bras découverts, pantalons! De telles horreurs peuvent arriver en Europe mais pas ici dans une bonne famille juive! Enfin,  les immigrants de cette troisième alyia sont confrontés à des problèmes économiques criants et se retrouvent face à des paysans juifs bien installés qui ne se souviennent plus combien eux aussi ont souffert dans leurs débuts.

On a souvent parle des différences entre sepharades et ashkenazes mais pensez-vous qu’entre Polonais, Ukrainiens, Bielorusses* et autres, les relations étaient plus simples? Manitou* disait un jour qu’ Israel est comme un immeuble dont chaque appartement est occupé par une famille au mode de vie particulier. Et qu’est donc ce ciment qui fait que l’immeuble n’explose pas? Le fait que tous les locataires sont Juifs et attachés à leur pays! Pendant ces dernières 67 années, Israel a du intégrer avec succès plusieurs millions de personnes aux modes de vie extrêmement différents. De nos jours, la nouvelle génération est le plus souvent le fruit de ce קיבוץ גלויות (kibboutz galouyot ou rassemblement des exilés) si difficile à réaliser et encore en devenir.

Le creuset israélien a dû se forger avec difficulté dans tous les domaines. Prenons par exemple le cas de l’hébreu: Ne pensez pas qu’Eliezer Ben Yehuda* avait réussi à convaincre tout le monde et que tous les Juifs avaient adopté l’hébreu comme un seul homme. S’il est vrai que l’enseignement dans les écoles se faisait en hébreu, dans la vie quotidienne c’était plus compliqué: quand les gens rentraient d’une journée de travail épuisante, ils revenaient naturellement à leur langue maternelle. Les plaisanteries, les mots doux ou les injures sonnent toujours mieux lorsqu’ils sont donc exprimés dans la langue familiale.
Au cours des siècles, les Juifs, croyants et non assimilés, ont gardé l’hébreu comme langue religieuse présente dans tous les moments de la vie. Par contre ils ne l’utilisaient pas pour le trivial. Et donc nombreuses étaient les oppositions, quelles soient d’ordre religieux (on ne doit pas abîmer la langue de la Thora) ou culturelles (oui, à l’hébreu pour la poésie ou les romans, mais pas pour les sciences).
En 1913, se déclarera même la « guerre des langues ». Elle concernait essentiellement le Technion*. Cet Institut, nouvellement créé, était subventionné par une organisation juive allemande qui voulait imposer l’allemand dans l’éducation technologique et scientifique. Cette guerre ne dura que peu de temps. L’usage de l’allemand rencontra une opposition ferme de la part des dirigeants du yishouv.
De plus, dès 1914, le déclenchement de la première guerre mondiale et la défaite de l’Allemagne ruinèrent les efforts du judaïsme allemand pour imposer leur langue dans l’enseignement des sciences.
Ceci est un exemple qui montre bien à que point le processus du kiboutz galouyot fut compliqué.
Quand, en 1922, l’hébreu est adoptée officiellement comme la langue des Juifs du Yishouv, elle est déjà la langue quotidienne de la majorité des Juifs de Palestine.

Pour en revenir à Avinoam, nul ne sait s’il a épousé la belle Ra’hel et s’ils vécurent longtemps, heureux, entourés de nombreux enfants… Avinoam et Ra’hel sont restés les symboles d’une société en construction et de ce fameux kibboutz galouyiot qui mijote depuis  des années, mélange d’ ingrédients multiples et différents, pour donner l’identité israélienne.

A bientôt,

PS: si vous pensez faire votre alyia et vous dispenser d’apprendre l’hébreu, oubliez ça tout de suite, il y a belle lurette que l’hébreu a triomphé!

* Shulamit est le nom de la bien-aimée dans le Cantique des Cantiques.

* Mukhtar est le mot arabe pour désigner le chef ou le maire d’un village. C’est dire si cette famille s’est assimilée et n’a rien à voir avec les pionniers nouvellement arrivés.

*Manitou: est le totem scout du Rav Leon Ashkenazi qui comme son nom l’indique était séfarade. En effet, de nombreux séfarades porte le nom d’Ashkenazi, indiquant par là que leurs ancêtres avaient vécu en Europe avant une des nombreuses expulsions et avaient trouvé refuge du côté sud de la Méditerranée.

*Eliezer ben Yehuda; https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*Le Technion: Israel Institut of Technology. Il a été fondé en 1912 ce qui en fait la plus ancienne université israélienne. Connu dans le monde entier pour son excellence, il est jumelé avec le MIT à Boston et fournit aujourd’hui l’élite de l’intelligentsia scientifique en Israel.

Tourner comme une toupie

Le jeu traditionnel de ‘Hanouka est celui du סביבון (sevivon) la toupie.

Certains soutiennent que l’origine du jeu remonte à l’époque de l’occupation romaine. Les Romains étaient en général indifférents aux cultures et aux religions des peuples qu’ils soumettaient. Mais comme les Juifs refusaient de respecter les divinités romaines et surtout de reconnaître l’empereur comme d’essence divine, les Romains devinrent féroces et s’en prirent  aux coutumes juives, imitant ainsi les Grecs de l’époque d’Antiochus*. 
En jouant au jeu du sevivon, jeu populaire dans toutes les cultures et inoffensif à première vue pour les occupants, les Juifs se rappelaient ainsi l’histoire des Makabim,  leur victoire sur l’occupant et leur liberté passée…
נס גדול היה פה (
Ness Gadol Haya Po), disaient-ils en soupirant, « Oy, nous avons eu droit à un grand miracle ici même! »*

D’autre affirment que l’origine de ce jeu est beaucoup plus récente. Le jeu du sevivon serait la version juive d’un jeu de  toupie allemand. On a retrouvé des toupies allemandes datant du Moyen-Age sur les côtés desquelles étaient indiqués par une lettre les gains des joueurs: N pour Nicht, rien (le joueur ne gagne rien), G pour Ganz, tout (le joueur rafle la mise), H pour Halb, moitié (le joueur rafle la moitié de la mise) et Sch pour Schtil, tranquille, (le joueur doit passer son tour).
Comme les Sages de la Thora s’opposaient en vain aux jeux de hasard, ils voulurent donner à ce jeu une coloration spirituelle et déclarèrent que ces lettres, N, G, H et Sch, en hébreu נ- ג- ה -ש , étaient les initiales de נס (ness) miracle, de גדול (gadol) grand, de היה (haya) était, et de שם (sham) là-bas et signifiaient: « Ness Gadol Haya Sham« *, un grand miracle avait eu lieu la bas.

Je ne pense pas que le jeu du sevivon ait été populaire dans les communautés orientales avant  ces 50 dernières années. Aussi,  la deuxième explication me semble la plus plausible. Mais si certains d’entre vous avaient des souvenirs familiaux différents à ce sujet, je serais heureuse que vous les partagiez avec nous.

Mais d’ou vient ce mot sevivon? Est-il mentionné dans la Thora ou dans l’hébreu de la Mishna? Non, nulle part. Pour désigner la toupie de ‘Hanouka, les communautés ashkenazes parlaient de דריידל dreidel (en judeo-allemand et en yiddish) qui vient de l’allemand drehen (tourner).

C’est à la fin du 19 ème siècle que ce mot sevivon fut inventé par Itamar Ben Avi, le fils d’Eliezer ben Yehuda*. Il raconte dans ses souvenirs: «  Je devais avoir 5 ans et je jouais avec le dreidel de ‘Hanouka quand tout à coup j’appelais ma mère, je venais de trouver un nom hébraïque au dreidel, sevivon, de la racine סוב,! »
Imaginez le ravissement de sa mère, persuadée comme nous toutes, d’avoir mis au monde un génie!
Quoi qu’il en soit, le mot  sevivon est mentionné pour la première fois en 1897 dans le journal Hatsfira comme étant le mot hébraïque pour dreidel.
Sevivon s’est rapidement imposé malgré quelques concurrents sérieux comme גלגלן (galgalan) ou même קרקר (kirkar), mot  proposé par le poète Bialik dans son poème לכבוד חנוכה (Likhvod ha’Hanouka) en l’honneur de ‘Hanouka:

מוֹרִי הֵבִיא כִּרְכָּר לִי mon maître m’a donné une toupie (un kirkar)

Sevivon est quand même plus facile à prononcer que kirkar

Bialik sevivon

(fête de Hanouka dans la maison de Bialik à Tel Aviv)

(Mon père a allumé les bougies pour moi, mon maître m’a donné un sevivon, ma mère m’a donné une leviva* tout chaude, mon oncle m’a donné une petite pièce… Savez-vous en quel honneur? En l’honneur de ‘Hanouka)

 Le jeu du sevivon est  un jeu d’argent. Autrefois les enfants ne recevaient pas de cadeau à ‘Hanouka mais de l’argent, דמי חנוכה (dmei ‘Hanouka). Avec l’influence de Noel dans le monde occidental, les cadeaux ont peu à peu remplacé l’argent de Hanouca qui subsiste sous forme de pièces en chocolat.

sevivon pieces
L’argent de ‘Hanouka se dit דמי חנוכה (dmei ‘Hanouka). דמי (dmei) est le premier terme de l’expression « dmei ‘Hanouka« . S’il n’était pas employé sous forme composée, on dirait דמים (damim).
Ce mot  דמים (damim) n’est-il pas le pluriel de דם dam, le sang?
Le mot דם (dam) sang ne s’emploie généralement qu’au singulier mais on le trouve au pluriel dans le livre de l’Exode (22,2):

 « Si un voleur est pris sur le fait d’effraction, si on le frappe et qu’il meure, son sang ne sera point vengé« . 
אִם-בַּמַּחְתֶּרֶת יִמָּצֵא הַגַּנָּב וְהֻכָּה וָמֵת אֵין לוֹ דָּמִים.

Dans le livre de l’Exode il est question de sang, mais dès l’époque de la Michna, l’expression biblique אֵין לו דָּמִים, qui signifie  « son sang ne sera pas vengé » ( littéralement: il n’a pas de sang), a pris le sens de « il n’a pas de prix« .
« Il n’a pas de prix » peut se comprendre de deux manières: soit il s’agit d’un prix ridiculement bas et c’est sans doute comme ça qu’il faut comprendre l’expression דמי חנוכה (dmei ‘hanouka), les piécettes de ‘Hanouka*, soit il s’agit de quelque chose d’inestimable. Souvenez- vous qu’on parle du prix du sang dans de nombreuses cultures:

ביבון סוב סוב סוב חנוכה הוא חג טוב-Sevivon sov, sov, sov, ‘Hanouka hou ‘hag tov-toupie tourne, tourne, tourne, ‘Hanouka est une bonne fête)

On ne joue plus vraiment au sevivon à ‘Hanouka aujourd’hui mais il s’en vend pourtant énormément chaque année.
Les sevivon peuvent être
en bois

sevivon emmanuel bois peint

 

en plastique, en métal ou même en chocolat

sevivon chocolat

Certains sont de véritables oeuvres d’art.

sevivon gregori ruvinski

Et ils sont toujours l’un des symboles de Hanouka.

Que vous jouiez ou pas au Sevivon, je vous souhaite un

חנוכה שמח ‘Hanouka Sameah,

hanoukia avions

( photo: Israel Air Force)

A bientôt,

*Antiochus:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/

Et pour ceux qui se débrouillent en hébreu, deux vidéo de Latma (oui Latma revient!)

* Ness Gadol Haya Po: Il y eut un grand miracle ici, pour les sevivonim en Israel
Ness Gadol Haya Sham: il y eut un grand miracle la bas, pour les sevivonim en Galuth

* leviva ou latkess (yiddish):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*Itamar Ben Avi: fils d’Eliezer Ben Yehuda né en 1882, il a donc inventé le mot sevivon en 1887
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*L’expression argent de poche se traduit parדמי כיס (dmei kis) les piécettes de la poche

Les générations oubliées (9)

Dès sa première visite, Moses Montefiore* écrit dans son journal que les Juifs d’Eretz Israel désirent « s’affranchir de leur sujétion économique en se tournant vers l’agriculture. »
De nombreux chefs de communautés lui demandent de leur acheter des terres et du bétail. Il prépare donc un projet de financement de 200 villages juifs en Galilée et va soumettre son plan à Mohamad Ali, alors gouverneur d’Egypte et de Palestine. Mais comme le raconte Eliezer Halevy, secrétaire de Montefiore, la rencontre est très décevante…Mohamad Ali refuse poliment. Il a peur qu’ainsi les Juifs reconstruisent leur patrie ancestrale…

Mais les choses bougent. L’idée d’un retour massif des Juifs sur leur terre  commence à exercer un certain attrait sur nombre de penseurs et d’écrivains non-juifs, en particulier britanniques.
Deux d’entre eux vont seconder Rabbi Yehouda Bibas* de Corfou qui parcourt les communautés des Balkans en encourageant les Juifs à étudier les sciences et à apprendre l’art militaire pour arracher la Palestine aux Turcs, tout comme l’ont fait les Grecs. Ses idées enflamment de nombreux Juifs dont rabbi Yehuda Alkalay*.
Après leur rencontre en 1839, ce dernier fondera la Société pour la Colonisation de la Palestine. Grâce à Montefiore, Bibas et Alkalay, la voie est ouverte aux pionniers de cette deuxième moitié du 19 ème siècle.

Rav_Alkalai et son epouse Esther 1874

(Rabbi Yehuda Alkalay et son épouse Esther)

Bien que l’Hatikva ait été composée bien plus tard au 20 ème siècle,  ses paroles sont le reflet exact de ce qui se passe dans l’esprit de nombreux Juifs du 19 ème siècle.

« Aussi longtemps qu’en nos cœurs, l’âme juive vibrera tournée vers l’Orient, et aspirera à Sion, notre espoir n’est pas vain, espoir de deux mille ans, d’être un peuple libre sur notre terre, le Pays de Sion et Jérusalem. »

Jusque là, l’idée du retour à Sion reposait essentiellement sur une foi mystique et beaucoup venaient dans l’espoir de hâter la venue du Messie. Cette fois, les choses changent. Les Juifs s’installent en Eretz Israel pour reconquérir leur patrie.

Les grands mécènes investissent dans ce projet. En 1856, Montefiore a acquis une orangeraie près de Yaffo. Un alsacien nommé Charles Netter* fonde une école d’agriculture qu’il appellera Mikve Israel en 1870.

mikve israel 1870

(Mikve Israel en 1870)

Cette école existe toujours:

mikve israel actuellement

Le baron de Rothschild soutiendra financièrement un certain nombre d’implantations comme Rishon leTsion*, Ness Tsiona*, Zikhron Yaakov*…

Toute cette aide venue de l’étranger est évidemment nécessaire mais ce qui est nouveau, c’est que les Juifs, installés dans le pays, commencent à sortir des villes pour fonder eux aussi des colonies.
La fondation de Peta’h Tikva, la Porte de l’Espoir, se fera grâce à l’initiative de trois amis qui quittent Jerusalem à la recherche de terrains à un prix abordable.
Pour vérifier la salubrité de l’endroit qu’on leur propose à la vente, ils prennent avec eux un médecin grec de Jerusalem. Celui-ci  est très pessimiste et leur fait remarquer que la population arabe de la région est clairsemée, atteinte de malaria et qu’il n’y a pas d’oiseaux: « S’il n’y a pas d’oiseaux cela veut dire que la terre n’est pas bonne «  leur dit-il.
Les trois amis passeront outre ses recommandations et fonderont la bourgade de Petah Tikva qui, par la suite, deviendra une des villes satellite de Tel Aviv.

petah tikva

(Petah Tikva en 1912, http://www.zionism-israel.com/)

Jerusalem aussi se transforme. L’hôpital Rothschild a été fondé en 1854.
Cette même année, la ville compte déjà sa première école moderne, l’école Lämel qui dispense un enseignement traditionnel et scientifique aux garçons,  et est également un pensionnat pour les orphelins de la ville:

jerusalem ecole lemel(Fronton de l’école Lämel, l’inscription sur le fronton est en allemand et en hébreu)

Et en 1860 est fondée la première école pour filles, l’école Evelina de Rothschild.

Jerusalem Ecole Evelina de Rothschild(Ecole Evelina de Rothschild)

Cette école existe toujours dans d’autres locaux, dans le quartier de Rehavia:

ecole Evelina de Rothschild

Le dix-neuvième siècle est aussi le siècle de la Renaissance de la langue hébraïque
Contrairement aux idées reçues, l’hébreu n’avait jamais cessé d’être la langue des Juifs, même si dans la Diaspora, les Juifs utilisaient les « langues juives » (comme le yiddish, le judeo-espagnol ou le judeo-arabe) pour ne pas la désacraliser. La littérature hébraïque avait été souvent cantonnée au religieux bien que de nombreux poètes se soient exprimés sur des sujets profanes et l’hébreu rabbinique était un mélange d’hébreu biblique, mishnaïque et d’araméen.

Au 18 ème siècle, la Haskalah*, sorte de pendant juif du mouvement des Lumières, apparaît chez les Juifs d’Europe centrale et orientale. Les Juifs de la Haskalah commencent à s’ouvrir à la culture occidentale. Certains, comme Mendelsohn, prôneront l’usage de l’allemand mais d’autres, essentiellement en Russie, voudront faire rentrer l’hébreu dans la modernité.
On va assister à l’explosion de toute une littérature populaire en hébreu aussi bien en Russie qu’en Eretz Israël. Les premiers  romans hébraïques écrits par l’écrivain Abraham Mapu* sont très influencés par le romantisme français bien que leurs thèmes soient purement bibliques. Ils rencontreront tout de suite un grand succès.
Une autre  figure de la littérature,  Mendele Mokher Sefarim*, choisira d’écrire dans une langue moins apprêtée que celle de Mapu. Son hébreu plus populaire est rapidement accepté et Hayim Nahman Bialik* le considérera comme son maître.

hebreu mendele mokher sefarim

(de droite à gauche: Hayim Nahman Bialik, le jounaliste Mordekhai Ben Ami, et Sholem Aleikhem (qui préférait écrire en Yiddish) et Mendele Mohker Sefarim à Odessa en 1910, he.wikipedia)

Non seulement, l’hébreu est la langue de la littérature juive moderne et profane mais les Juifs découvrent en traduction les best-sellers de l’époque, comme les Mystères de Paris, roman feuilleton d’Eugène Sue, traduit en 1857 par Kalman Shulman.

Hebreu traduction des mysteres de Paris (traduction des Mystères de Paris, d’Eugène Sue. La première édition date de 1857. Le livre a eu du succès puisque la photo est celle de la troisième édition en 1876 à Vilna)

En 1863, le premier journal en hébreu, Halevanon, sort des presses installées par Joel Salomon, l’un des fondateurs de Petah Tikva.  Il est bientôt suivi par de nombreux autres, aussi bien en Diaspora qu’en Eretz Israel.
Quand Eliezer ben Yehuda s’installe à Jerusalem et décide d’actualiser la langue hébraïque et de l’imposer comme langue quotidienne, il n’est pas complètement isolé, même si son intransigeance lui vaut souvent moqueries et hostilité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, quand il lancera le projet éducatif de l’école entièrement hébraïque, il sera rapidement suivi par des dizaines d’enseignants enthousiastes.

Deux importants mouvements sionistes voient le jour en Russie en cette fin du 19 ème siècle: celui des  חוביבי ציון, les Amants de Sion (‘Hoveivei tsion)*  et celui du ביל’ו (Bilu).
Ce sont les premiers qui fonderont des villes comme Rishon leTsion* ou Ness Tsiona*.
Le deuxième, le Bilu, dont le nom acronyme signifie « Maison de Jacob, venez et marchons« * (Ishaia, 2,5), est fondé par des étudiants de la ville de Kharkov. Ses membres arrivent en Eretz Israel en 1882 et s’installent comme journaliers à Mikve Israel.
L’un d’eux Wladimir Doubnov est le frère de l’historien Simon Doubnov*. Il lui écrit: « Mon but suprême consiste à rendre aux Juifs l’indépendance dont ils sont été privés pendant 2000 ans…Ce but peut être atteint par plusieurs moyens: en fondant des colonies industrielles et agricoles…bref, en s’efforçant de placer notre terre et l’économie entre des mains juives. Entre autre, nous devons préparer notre jeunesse et la génération suivante à se servir des armes…Alors les Juifs eux-mêmes proclameront fortement, au besoin les armes à la main, qu’ils sont de nouveaux les maîtres de leur ancienne terre ».

En cette année commence ce qu’on appelle souvent la Première Alyiah.
Ce n’est pas et de loin la première fois que les Juifs reviennent sur leur terre ancestrale, mais c’est la première fois qu’en groupes constitués, ils viennent avec l’idéologie précise de l’amour de leur terre et le devoir de la fertiliser à nouveau. Cette idéologie oriente de manière définitive le mouvement sioniste qui prendra forme et programme avec Théodore Herzl en 1897.
Mais ce sera là une nouvelle page de notre histoire. Les « générations oubliées » ont préparé le sionisme politique du 20 ème siècle.

A bientôt,

*Montefiore:   https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/

*Charles Netter (1826-1882): un des membres fondateur de l’Alliance Israelite Universelle *

*Rabbi Yehuda Bibas: Né à Gibraltar en 1776, il grandit à Livourne où il devint rabbin et  médecin!. Il partit ensuite à Londres où il rencontra Montefiore et fut nommé rabbin à Corfou. Profondément sioniste, il partit ensuite s’installer à  Hebron où il mourut en 1852

*Rabbi Yehuda Alkalay: Né en 1798, à Sarajevo. Il étudia à Jerusalem puis fut envoyé comme rabbin à Zemun en Serbie (à l’époque dans l’Empire austro-hongrois). Dans sa synagogue venait prier le grand-père de Théodore Herzl. Rabbi Alkalay prêcha lui aussi pour le retour à Sion et finit ses jours à Jerusalem en 1878

*Abraham Mapu (1808-1867), il était un des auteurs préférés de David Ben Gourion

*Mendele Mokher Sefarim ou Mendele le vendeur de livres (1835-1917) de son vrai nom Sholem Yankev Abramovitch, il écrivait en hébreu mais aussi en yiddish

*Hayim Nahman Bialik (1873-1934) est l’un des pionniers de la poésie hébraïque moderne.

*Rishon leTsion:   https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/27/ne-vous-inquietez-pas/

*Ness Tsiona:   https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/04/26/ness-tsiona/

*Zikhron Yaakov:   https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

*Simon Doubnov: Né en 1860 en Biélorussie. Il était historien et linguiste. Persuadé que l’avenir des Juifs était de rester en Russie et non pas de partir en Israel, il se battit pour obtenir l’égalité de leurs droits. Très proche du mouvement bundiste (son gendre, Henryk Ehrlich, en était un des leaders), il fut assassiné par les nazis à Riga en 1941, lors du massacre de Rumbula.

Eliezer Ben Yehuda

En Israël, chaque ville a une rue Ben Yehuda. A Tel Aviv c’est une des artères les plus bruyantes de la ville et ici a Jérusalem , c’est une charmante rue piétonne, rendez vous des touristes et bordée de cafés.

Mais savez vous qui était Eliezer Ben Yehuda?

 
Avant de le découvrir, nous allons faire un petit tour au 19ème siècle. Les communautés juives au 19ème siècle ont vu de grands changements qui ont complètement bouleversé leur manière de vivre et de comprendre leur destin.

Tout d’abord elles sont émancipées petit à petit: Les premiers à l’être, les Juifs de France se sont vu acceptés (s0us c0nditions*) en tant que citoyens français, puis refusés et finalement acceptés à nouveau  en 1818. Dans d’autres pays, les Juifs ont du attendre la deuxième moitié du 19ème siècle et enfin les Juifs de Rome verront  leur ghetto s’ouvrir en 1870 seulement.
Quant aux Juifs de l’empire russe, ils devront attendre encore un peu plus longtemps.

Et les Juifs des pays musulmans?   Eh bien pour eux aussi les choses changent au fur et à mesure que la France et l’Angleterre colonisent l’Afrique du Nord et le Moyen Orient.

Mais là aussi comme ailleurs, alors qu’on a l’ impression en partie vraie que les Juifs vivent de mieux en mieux, il y a beaucoup d’accrocs** à cette émancipation et surtout beaucoup de questions nouvelles qui se posent aux Juifs eux mêmes. Et en particulier, celles- ci:

Qu’est ce que cette émancipation? Devons nous être des citoyens comme les autres ou garder notre vision particulière du monde? Faut-il s’assimiler quitte a disparaître ou…retourner chez nous?
Les réponses sont nombreuses et toutes de bonne foi. Ne croyez pas que les Juifs de cette époque tombent dans la facilité. Certains décident de disparaître en tant que membres d’un peuple particulier et de garder le judaïsme comme une religion, d’autres veulent s’organiser en entités séparées vassales du pouvoir mais autonomes, d’autres sont persuadés que l’Argentine ou l’Amérique du Nord seront un nouveau monde et enfin d’autres pensent qu’ils ne sont pas obligés d’attendre le Messie pour rentrer chez eux.

Parmi ces derniers de trouve Eliezer Perlman qui deviendra Eliezer Ben Yehuda (le fils de Yehuda) et  qui naît en Lituanie en 1858.

Dans l’empire russe, on ne parle pas d’émancipation c’est même dangereux d’en parler mais Eliezer a comme maître dans sa yeshiva un rabbin maskil, c’est à dire tenant de la Haskala* **qui lui fait lire des livres interdits dans la yeshiva et le relie aux préoccupations des Juifs du monde moderne. Pendant un temps, il flirte même avec le nihilisme, rompt presque entièrement ses attaches avec la communauté juive mais ce qui le retiendra, c’est son amour de l’hébreu. Il lit en hébreu tout ce qui lui tombe sous la main et il a de quoi lire car grâce aux maskilim (gens de la Haskala) la production littéraire en hébreu est devenue très importante depuis la fin du 18eme siècle. On peut tout lire en hébreu même Robinson Crusoé! Et il acquiert peu à peu la conviction que les retour à Sion se fera grâce à l’hébreu redevenue langue de tous les jours.

Il commence à écrire alors qu’il se trouve à Paris (en Russie c’est trop risqué) et annonce par ses articles le sionisme politique:

« -Pourquoi en êtes-vous arrivés à la conclusion que l’hébreu est une langue morte, qu’elle est inutilisable pour les arts et les sciences, qu’elle n’est valable que pour les « sujets qui touchent à l’existence d’Israël ? Si je ne croyais dans la rédemption du peuple juif, j’aurais écarté l’hébreu comme une inutile entrave. J’aurais admis que les maskilim de Berlin avaient raison de dire que l’hébreu n’avait d’intérêt que comme un pont vers les Lumières. Ayant perdu l’espoir dans la rédemption, ils ne peuvent voir d’autre utilité à cette langue. Car, Monsieur, permettez-moi de vous demander ce que peut bien signifier l’hébreu pour un homme qui cesse d’être hébreu. Que représente-t-il de plus pour lui que le latin ou le grec? Pourquoi apprendrait-il l’hébreu, ou pourquoi lirait-il sa littérature renaissante?

Il est insensé de clamer à grands cris : « Conservons l’hébreu, de peur que nous ne périssions! » L’hébreu ne peut être que si nous faisons revivre la nation et la ramenons au pays de ses ancêtres. C’est la seule voie pour réaliser cette rédemption qui rien finit pas. Sans cette solution nous sommes perdus, perdus pour toujours.

…Il ne fait guère de doute que la religion juive sera capable de survivre, même en terre étrangère. Elle changera son visage selon l’esprit du moment et du lieu, et son destin sera celui des autres religions. Mais la nation? La nation ne pourra vivre que sur son sol, et c’est sur cette terre qu’elle renouvellera sa jeunesse et qu’elle produira de magnifiques fruits, comme dans le passé. »

Par ces mots, il s’oppose à la fois aux maskilim pour qui le judaïsme et l’hébreu ne sont qu’un pont vers la lumière de l’intégration dans les pays européens et aussi à beaucoup de dirigeants religieux pour qui l’hébreu doit être conservé presque comme une relique pour des choses saintes et non pas utilisé trivialement pour parler de choses quotidiennes.

Je dis « beaucoup de dirigeants religieux » car déjà à cette époque un certains nombres de rabbins comme le Rav Kalischer et le Rav Alkalay ont déjà travaillé en faveur du retour du peuple juif sur la terre d’Israel et du renouveau de l’hébreu.

Quelle est en effet la situation de l’hébreu à cette époque?Les Juifs parlent- ils encore l’ hébreu?

 Il est vrai que depuis des siècles les Juifs parlaient entre eux ce qu’on appelle les langues juives, essentiellement le yiddish, le judeo -espagnol****, le judeo- arabe mais encore bien d’autres judeo-… .

Mais qu’est ce donc  qu’une langue juive? Pour faire une langue juive vous prenez 70% du vocabulaire d’une quelconque langue, 30 % d’hébreu et vous saupoudrez de différentes petites langues annexes. Par exemple: le judeo espagnol c’est 70% de castillan (d’avant l’Expulsion), 30 % d’hébreu et un saupoudrage de turc, de bulgare, de grec, d’arabe etc…

Et alors  l’hébreu dans tout ça? L’hébreu était familier à tous car il servait non seulement pour les prières,  en ce temps là on priait et on étudiait à temps plein, mais aussi pour la correspondance et était aussi  parfois utilisé dans certaines familles pour le shabbat. Ce n’était donc pas une langue morte ou une langue étrangère.

Bref, Eliezer, entre temps, avait épousé Déborah Jonas. Le couple s’est installé a Jérusalem avec leur  fils, Itamar, né  en 1882. Et c’est là qu’on s’aperçoit qu’Eliezer ne fait pas qu’écrire, il met en pratique ce qu’il écrit: A la maison tous  ne parlent qu’hébreu , toute autre langue est bannie, et comme Itamar ne peut pas jouer avec les enfants du voisinage, il lui rapporte une chatte et un chien comme compagnons.

Déborah meurt malheureusement très jeune de la tuberculose et c’est sa jeune sœur Hemda qui devient la deuxième femme d’Eliezer. L’hostilité de certains voisins fait qu’ils se moquent de cette famille pour le moins bizarre et le tout petit Itamar est leur cible privilégiée car c’est un enfant qui sera très lent à parler. Mais soudain, à l’âge de 4 ans, Itamar parle d’une manière bien distincte et cela fait taire les détracteurs qui  voyaient une punition divine dans son bégaiement.

Pendant ce temps les yishouvim se multiplient malgré les persécutions des Turcs et  des brigades d’instituteurs partent dans tout le pays pour enseigner l’hébreu tandis qu’Eliezer travaille d’arrache pied à son énorme dictionnaire: il a décidé  de faire un inventaire exhaustif  des ressources existantes dans les textes traditionnels mais aussi de créer des néologismes à partir des racines bibliques. C’est ainsi que naîtront des mots que vous connaissez certainement comme Glida (une glace), ‘havita (une omelette), ofanaim(un vélo) etc…

Son travail sera achevé en 1959 par son épouse et un de ses fils. Eliezer, lui, meurt en 1922. Dans ses dernières phrases il plaide encore pour l’hébreu:

« L’hébreu, parlez l’hébreu, comment peut -on se reposer quand nos oreilles sont agitées et dérangées par une Babel de langues? Seul l ‘hébreu pourra nous donner le repos »!

Et voila, on peut dire qu’il a réussi!

Tout Israël parle hébreu même si l’arabe est reconnu comme deuxième langue officielle. En 1925, certains, encore réticents, avaient déclaré que les sciences exactes ne pourraient être enseignées qu’en allemand. L’Université de Jérusalem, fraîchement inaugurée, a refusé tout net  et ces dignes professeurs en redingote et chapeau melon ont du maugréer quelque peu mais en vain!

Une affiche pour la promotion de l’hébreu dans les années 40

Eliezer est devenu une figure extrêmement populaire ici.

Dans une comédie musicale pour enfants qui s’appelle « Sipoura chel Hamedina »(l’histoire du pays), on voit Eliezer Ben Yehuda en train d’écrire son fameux dictionnaire. En voici un extrait (en hébreu bien sur!):

Le refrain de la chanson: « Eliezer, viens à notre aide, Eliezer, trouve- nous un mot en hébreu »

L’un des petits enfant, d’Eliezer Ben Yehuda,  le rav Eliezer ben Yehuda, était venu encourager les étudiants des classes d’oulpan ou étudiait mon mari. Il leur a confié que pour lui le plus difficile  était  de parler sans jamais faire de faute car il y avait toujours quelqu’un qui l’attendait au tournant. Quand on s’appelle Ben Yehuda!!!

A bientôt,

*Parmi les conditions nécessaires à leur acceptation  comme citoyens français les Juifs devaient renoncer à la notion de peuple juif et à l’utilisation de l’hébreu.

** au sujet de ces accrocs vous pouvez lire l’excellent livre de Pierre Pierrard « Juifs et catholiques français au 19ème siècle » et aussi le tome « de Voltaire a Wagner » dans « l’Histoire de l’antisémitisme » de Léon Poliakov.

***La haskala: ce mot a été construit à partir de la racine s-kh-l, intelligence,  et désigne un mouvement essentiellement littéraire inspiré du Mouvement des Lumières européen. La haskala aura une très grande influence sur le judaïsme européen pendant le 19ème et le 20ème siècle.

**** Hayim Vidal Sephiha refuse l’emploi du mot ladino pour la langue populaire, il préfère les mots  judeo espagnol ou judezmo pour les Balkans et Haketiya pour le Maroc