Choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité*

Vendredi, tout d’abord l’annonce des 2 récipiendaires du prix Israel: David Levy et Myriam Peretz :

Je n’avais pas l’intention d’écrire un article sur ce sujet mais j’ai lu un commentaire odieux d’une quelconque gauchiste expliquant qu’entre Myriam Peretz et la mère d’un shahid palestinien, il n’y avait pas de différence, chacune étant la mère d’un soldat mort au combat car, écrit-elle « les shahidim se considèrent comme des soldats« .
Je me fiche complètement de ce que pensent les shahidim. Mais comparer une mère endeuillée par la perte de ses deux fils morts pour nous protéger et la mère d’un terroriste psychopathe, c’est vraiment trop pour moi. D’autant que si la première a été honorée du prestigieux Prix Israel, ce n’est pas parce qu’elle a perdu ses fils au combat, c’est parce qu’elle a dédié toute sa vie à l’éducation. A chaque interview elle parle de son amour pour ce pays et pour son peuple: « Je suis heureuse de pouvoir vivre ici en Israel,  je suis remplie de joie et d’amour pour mon peuple et mon pays, je suis heureuse de pouvoir dire merci  quand je me lève le matin, merci de pouvoir vivre ici et faire partie d’un tel peuple. »
Elle n’a jamais une parole de haine contre nos ennemis. Elle a mieux à faire, elle a choisi la vie.


La deuxième, la mère du Shahid, est honorée, elle aussi, on l’appelle officiellement Em (mère) suivi du prénom de son tueur de fils. Elle reçoit un salaire très confortable chaque mois parce qu’elle a voué sa vie à faire de ses enfants des tueurs de Juifs.

Ces confusions intellectuelles me sont insupportables. Je ne supporte plus ces gens chez qui les convictions politiques l’emportent sur  l’incapacité de distinguer  entre des actes moraux et immoraux.

Et puis, juste avant shabbat, un nouvel attentat en Samarie: 2 soldats tués, Ziv Daos et Netanel Kahalani 

et deux blessés dont un dans un état critique, tous quatre attaqués par une voiture bélier. Et là, je lis un autre commentaire: c’est de notre faute si un attentat a eu lieu! C’est à cause du כיבוש (Kiboush) conquête*!
A bon, parce qu’avant le kiboush, il n’y avait pas d’attentats?
Je me souviens de Maya me disant comment les fedayins avaient tué son père à Rosh Ayin et aussi de Paola, un amie de ma fille, lui racontant comment ses parents et les voisins avaient construit une cachette pour les enfants, derrière la bibliothèque, où ils devaient se réfugier au cas où… Ne faire aucun bruit et se boucher très fort les oreilles… Ça sonne comme des histoires du temps de la Shoah. Mais non, c’était ici et pas dans les « territoires occupés » mais en plein Neguev  au début des années 60…
Je reçois une note me rappelant le massacre de מעלה עקרבים (Maale Akravim)*, les hauteurs des scorpions, il y a juste 64 ans, le 17 mars 1954, là aussi dans le Neguev:
Ephraim Furstenberg était un des deux chauffeurs du bus d’Egged qui travaillait ce jour là sur la ligne Tel Aviv-Eilat. Il en avait profité pour emmener avec lui sa femme Hanna et ses deux enfants, Haimke et Miri pour fêter avec eux l’anniversaire de la libération de la ville d’Eilat.

(Miri dans les bras de son père. A gauche, sa mère Hanna et son frère Haimke sur les épaules d’un oncle)

Au retour d’Eilat, le bus est conduit par l’un des chauffeurs, Kalman, tandis qu’ Ephraim, le père de Miri joue de l’harmonica. Parmi les passagers, quatre soldats ont rangé leurs armes avec les bagages. Tout le monde chante. Passé le col, ils arrivent dans une descente abrupte quand ils sont soudain attaqués par une bande de terroristes infiltrés de Jordanie mais guidés et commandés  par Said Abu Bandak, de la tribu des Azazma dans le Neguev.
Les terroristes veulent  tuer le conducteur pour faire tomber le bus dans l’abîme. Mais Kalman arrive à l’arrêter avant de succomber à ses blessures.

Miri: « Soudain j’entends des coups de feu, le soldat à côté de moi  me jette par terre et me dit de me taire… Il me protège de son corps, j’entends des cris, encore des coups de feu… le silence. » Son frère Haimke est lui aussi protégé par le corps d’un des soldats mais malheureusement il lève la tête en criant: Miri où es-tu? Et il reçoit une balle dans la tête. Haimke survivra pendant 32 ans dans un état végétatif.
Miri restera plusieurs heures toute seule parmi les morts avant qu’on vienne la secourir. Les sauveteurs  raconteront que les fedayins ont violé et mutilé leurs victimes.

Miri est maintenant une grand-mère, elle aide les victimes du terrorisme et de supporte pas qu’on dise que c’est la faute au kiboush et à l’occupation: Ces dernières années, chaque fois que la gauche crie « Occupation, Occupation », cela m’exaspère! Tout cela s’est passé bien avant l’occupation, il n’y avait pas d’occupation! Il n’y avait pas de raison pour que cela se produise sauf une: la haine des arabes contre nous! »

(plaque commémorative de l’attentat)

Le 17 mars 1954 était la veille de Pourim.
Vous ne le savez peut-être pas mais un des chants les plus populaire שיר שמח (Shir samea’h), un chant joyeux, a été composé le lendemain du massacre. Le pays était sous le choc et personne n’avait envie de la joie de Pourim. Aucune chanson ne convenait. Dans la nuit furent écrits sur une mélodie ‘hasssidique, ces mots  exprimant notre force de résistance et notre amour de la vie:
Même lorsque notre tête est courbée et qu’autour de nous tout est tristesse, venez, puisons la joie du dedans de nous-mêmes »

A bientôt,

*Devarim (Deutéronome) 30,19

*la conquête et l’occupation font référence à la Judée et la Samarie qui étaient avant 1948 partie du Foyer National Juif, tombées dans les mains des Jordaniens pendant la guerre de 1948 et récupérés après celle de 1967. Les mots conquête et occupation sont les mantra des belles âmes.

« J’en atteste sur vous, en ce jour, le ciel et la terre: j’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et
la calamité; choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité. »

*Les Hauteurs des scorpions est une route  qui relie la vallée de la Arava au centre du Neguev. Elle est déjà mentionnée dans le Tanakh sous ce nom

Les oiseaux migrateurs: non, je ne parle pas des Juifs!

Comme le dit une chanson populaire « Avec l’automne les oiseaux sont revenus, d’au delà les déserts d’au delà les montagnes… »

Israel se trouve aux confins des trois continents: l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Cette situation particulière fait de ce pays  une des voies majeures pour la migration des oiseaux. On estime à un demi milliard (sur 50 milliards d’oiseaux migrateurs) le nombre d’oiseaux qui transite par Israel pendant leur migration. Sur 540 espèces recensées à ce jour en Israel, 450 appartiennent à la famille des oiseaux migrateurs. Dans leur migration printanière vers l’Europe, certaines espèces restent pour nicher ici.

oiseaux migrateurs carte

Israel est un petit pays dont le territoire ne fait que 21 020 km carrés* et pourtant, sur chaque km carré on trouve en moyenne 17 espèces différentes d’oiseaux. Pour fixer les idées, il faut souligner que ce nombre est 8 fois plus important que le nombre d’espèces différentes au km carré existant en Angleterre ou 40 fois plus en ce qui concerne l’Egypte. Pourquoi? Tout d’abord la diversité du paysage et des climats: ici on passe d’un paysage méditerranéen à un paysage désertique, voir tropical, en quelques centaines de km. Je peux aller skier au ‘Hermon, descendre au Sud le long de la tropicale vallée du Jourdain et me baigner dans la Mer Rouge, à Eilat, le même jour (si je survis aux bouchons!). Israel est aussi couvert de forêts dans ses parties montagneuses qui sont une bonne aire de repos pour les vautours, les aigles et les cigognes. Ces oiseaux avaient quasiment disparu de la région mais ils sont revenus grâce aux plantations d’arbres intensives réalisées depuis une centaine d’années environ.

Certains aiment les montagnes et les forêts

Oiseaux Hermon(Le ‘Hermon enneigé en toile de fond)

D’autres aiment les zones humides comme celles qui se trouvent au pied du Carmel et sur les rives du lac ‘Houle. Toute la vallée du Jourdain, très humide, vallée du rift entre l’Asie et l’Afrique, est un couloir important de migration. flamand roses vallee de hula

(Flamands roses dans la vallée de Houle)

Et grâce aux chaînes de montagnes parallèles à la cote méditerranéenne et à la direction des vents, les conditions sont idéales pour une bonne glisse.

Mais 500 millions d’oiseaux de passage chez nous c’est beaucoup! Le pays a dû s’adapter à la présence de ces oiseaux ce qui n’a pas toujours été sans problème: ainsi alors que des travaux gigantesques ont été effectués par les pionniers, relayés ensuite par le gouvernement israélien pour assécher les marais et les transformer en terres agricoles (notamment au nord de Tibériade), la disparition de ces marais a posé des difficultés  de ravitaillement aux oiseaux migrateurs. Trop fatigués pour manquer leur halte et poursuivre leur route, ils s’attaquèrent aux récoltes. Que faire? Les paysans décidèrent de les effrayer en faisant du bruit mais en vain…Il n’est pas évident de chasser autant d’oiseaux en faisant du bruit…Aussi Les agriculteurs décidèrent de créer une coopérative pour nourrir ces oiseaux de passage afin qui’ils puissent continuer leur migration. De nos jours ce sont 6 tonnes de maïs par jour et 10 tonnes de poissons qui sont apportées dans des réserves où les grues cendrées et les pélicans peuvent se reposer. Il n’y a que les cormorans qui continuent à embêter les pécheurs du lac de Tibériade ( Kinneret): ils préfèrent leur chiper leurs poissons! A noter que cette solution écologique est in fine moins coûteuse que celles, plus destructives, utilisées ailleurs. L’autre danger, ce sont les accidents d’avion dus aux collision avec les oiseaux. Pour les éviter, l’armée de l’air scanne en continu le ciel du pays pour transmettre en direct des informations aux pilotes.

Israel reste donc un paradis pour les oiseaux grâce à la coopération des agriculteurs* et de l’armée de l’air et aussi parce que la chasse est presque inconnue ici alors qu’elle est intensive dans tous les pays environnants. Pour 8 250 000 habitants seulement 5000 permis de chasse sont délivrés. la plupart des détenteurs sont des Arabes, les Juifs ne chassant pas par tradition.

C’est sans doute ce qui a motivé ce petit oiseau. Originaire de l’Oural il devait passer l’été en Afghanistan mais a choisi de rester en Israel.

oiseau originaire de l'Oural

(Photo Ron Haran, Société pour la protection de la nature)

On trouve dans tout le pays des centres d’observation des oiseaux, si le cœur vous en dit…

Quant à nous, nous n’allumons plus la lampe de notre porche quand nous rentrons tard. Nous préférons tâtonner dans l’obscurité pour trouver la serrure.  Nous avons depuis une semaine deux invités qui ont décidé de nicher sur la lampe de notre porche

oiseau porche de la maison 2015

Je ne sais pas à quelle espèce ils appartiennent: plumage d’un brun très doux, une longue queue dont le dessous est crème. Quelqu’un a-t-il une idée? A bientôt,

* superficie d’Israel: http://danilette.over-blog.com/article-superficie-d-israel-territoires-disputes-comparee-a-la-france-a-l-italie-a-la-serbie-a-la-mac-104683438.html

* protection des cultures: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/28/sde-eliahou/

Des fleurs en Nissan

Nous sommes entrés dans le mois de Nissan. Tout fleurit autour de nous:

prunier en fleurs

(prunier en fleurs dans les jardins de l’université à  Guivat Ram)

Le mois de Nissan est le premier mois du calendrier religieux et le septième du calendrier civil. Dans la Bible, le mois s’appelle Aviv, le printemps ou germination:

 « Prends garde au mois de la germination, pour célébrer la Pâque en l’honneur de l’Éternel, ton Dieu; car c’est dans le mois de la germination que l’Éternel, ton Dieu, t’a fait sortir d’Egypte, la nuit.

(Deut 16,1)

Selon la tradition, Nissan est le mois où sont nés  les patriarches:

bible timbre les patriarches

où nous sommes sortis  d’Egypte:

bible dessin d'enfant la mer rouge

où nous avons construit le Tabernacle :

 » L‘Eternel parla à Moïse en ces termes: « Invite les enfants d’Israël à me préparer une offrande de la part de quiconque y sera porté par son cœur, vous recevrez mon offrande. Et voici l’offrande que vous recevrez d’eux: or, argent et cuivre, étoffes d’azur, de pourpre, d’écarlate, de fin lin et de poil de chèvre, peaux de bélier teintes en rouge, peaux de tahach et bois de chittîm, huile pour le luminaire, aromates pour l’huile d’onction et pour la combustion des parfums,  pierres de choham et pierres à enchâsser, pour l’éphod et pour le pectoral. Et ils me construiront un sanctuaire, pour que je réside au milieu d’eux,  semblable en tout à ce que je t’indiquerai, c’est-à-dire au plan du tabernacle et de toutes ses pièces et vous l’exécuterez ainsi.  On fera une arche en bois de chittîm, ayant deux coudées et demie de long, une coudée et demie de large, une coudée et demie de hauteur. Tu la revêtiras d’or pur, intérieurement et extérieurement; et tu l’entoureras d’une corniche d’or. » Exode:25,1 a 8

Dans le parc de Timna, à environ 30 km au nord d’Eilat, vous trouverez la réplique du Tabernacle, tel que Dieu nous l’avait commandé dans ce temps là.

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Les Hébreux le démontaient et le reconstruisaient à chaque pause dans le désert (42 en tout!). Elle faisait environ 50m de long, 25 de large, et 2.50 de haut. A l’intérieur du Tabernacle, vous pouvez voir la table des pains de proposition

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le chandelier

timna menorah

l’autel aux encens

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et le Saint des Saints où se trouvaient l’Arche et les deux chérubins.

Timna model-Ark-of-the-Covenant-in-Holy-of-Holies,-tb022804706-bibleplaces(photos prises sur le site bibleplaces.org)

Et si vous plonger dans la Bible et les traditions,  vous semble trop sérieux, vous pourrez toujours rêver devant les piliers du Roi Salomon, gardiens des mines d’où étaient extraits le cuivre,  la malachite et la turquoise:

timna King-Solomons-Pillars-Custom

faire des randonnées à pied ou à bicyclette,  rencontrer quelques égyptiens

timna statues et passer une soirée au bord du lac à boire du café bédouin, cuit comme le café turc avec un soupçon de cardamome.

timna lac

En plus, le mois de Nissan est  celui de la rédemption  geoula . גאולה

En français, le mot rédemption a une coloration très chrétienne qu’il n’a bien sûr pas en hébreu. Pour nous, le mot gueoula est simplement le mot gola, גולה (exil) dans lequel on a inséré un aleph א (Dieu) qui nous aide à nous échapper.

Le dernier jour de Pessah s’appelle le jour de Geoula: on raconte que  ce jour là le peuple terrifié, coincé entre  la mer Rouge et  l’armée de Pharaon qui le poursuivait (vous vous souvenez des Dix Commandements avec Charlton Heston?), accepta de rentrer dans l’eau, encouragé par  Na’hshon Ben Aminadav qui y  avait  mit les pieds  le premier.

D’où l’expression « se mouiller »? En tout cas  depuis, on appelle Na’hshonim les gens décidés  et courageux.

Selon notre tradition, chaque jour de Pessah est le pendant d’une autre fête.  Cependant, il se trouve que  le jour de Geoula, le dernier jour de Pessah, ne correspondait à aucune fête, rien qu’à un jour banal, un 5 du mois de Iyar,  jusqu’à ce que David Ben Gourion, grand lecteur du Gaon de Vilna* se souvienne que celui-ci avait écrit environ 200 ans auparavant que  « un 5 Iyar une lucarne s’ouvrira sur notre liberté ». Ben Gourion  a donc promulgué la naissance de l’Etat d’Israel le 5 du mois de Iyar 5708!

Ne vous enflammez pas: n’en déplaise à certains, il a toujours été interdit de faire des calculs qui donneraient une date précise pour la Geoula. le Gaon, lui-même, n’avait pas donne l’année!

Nissan est aussi le mois où on commençait à compter les années de règne des Rois. On en a eu beaucoup, des bons et des moins bons…

Plus tristement et plus près de nous c’est le mois où on commémore le  Yom Hashoah veHagvura*, le 27 Nissan, jour du soulèvement du Ghetto de Varsovie en avril 1943. Mais nous en parlerons plus tard…

A bientôt,

*peaux de tahach: tahach, mot inconnu que certaines versions traduisent par dauphin

*bois de chittîm: bois d’acacia

*Eliyahou ben Shlomo Zalman (1720-1797)plus connu comme le Gaon de Vilna (le génie de Vilna) et simplement par son acronyme hébraïque HaGRA (HaGaon Rabbénou Eliyahu – Notre Maître Élie, le genie), est l’un des représentants les plus éminents de la diaspora ashkenaze des temps modernes. Doué dans l’ensemble des savoirs juifs traditionnels, Bible, Talmud, Kabbale,  et dans les sciences profanes dès son plus jeune âge, il devient le chef de file des Mitnagdim (opposants) au hassidisme. Il a aussi beaucoup écrit sur les mathématiques et encouragé un de ses disciple à traduire en hébreu les œuvres d’Euclide.

Il exhorta ses élèves à partir en Palestine car le retour en Eretz Israel était pour lui une condition sine qua non de la gueoula.  A partir de 1808, plusieurs centaines d’entre eux partirent donc en trois vagues successives, s’installèrent tout d’abord à Tiberiade puis à Tsfat. Pourquoi pas à Jerusalem? C’est que depuis 1720, les autorités turques en avaient chassé de la ville tous les Juifs arrivant d’Europe. Ce n’est qu’en 1816 que les ashkenazes pourront s’y installer à nouveau, grâce à l’influence grandissante des puissances européennes.