Ma’hane Yehouda

En 1887, un nouveau quartier voit le jour à Jerusalem, fondé par trois associés: un protestant allemand, Johannes Frutiger et deux Juifs, Shalom Konstrum et Joseph Navon. Joseph Navon est un homme célèbre à l’époque: il est l’un des principaux artisans de la voie ferrée Yafo-Jerusalem*, officier de la Légion d’honneur et honoré par les Turcs du titre de Bey!
Ce nouveau quartier, grand de 162 maisons, est appelé מחנה יהודה, Ma’hane Yehuda, le campement de Yehouda.

mahane yehuda quartier(photo tirée de l’Encyclopedia of Israel in photos, de Tamar Hayardeni)

La photo a été prise en 1950, depuis le toit du Casino Hôtel de Paris. A cette époque, non seulement Ma’hane Yehuda se trouve encore en bordure de la ville, mais la ville elle-même est entourée par des collines désertiques aui depuis sont devenues des forêts.
Les temps changent…

A l’époque, il est hasardeux de fonder un quartier aussi loin de la ville (c’est à dire de la Vieille Ville).
Montefiore* avait déjà surpris en fondant Yemin Moshe en dehors des murailles mais là, c’est s’aventurer très loin en terrain découvert. 

Les paysans arabes commencent à vendre leurs produits aux nouveaux résidents, s’installant en bordure du quartier dans un terrain en friche mais appartenant à la famille Valero*.

mahane-yehuda-market-2(israel-travel-ideas.com)

Les conditions sanitaires laissent vraiment à désirer aussi les Anglais y mettent bon ordre dès le début des années 20 en imposant des normes d’hygiène et ne permettant que des installations permanentes en bois. C’est la naissance du marché tel qu’on le connait actuellement.

Dans les années 30, des Juifs originaires d’Irak organisent ce qui est appelé maintenant le marché irakien. Ils sont suivis par les Juifs de Géorgie, chacun vantant ses spécialités d’origine, telles que les petites cerises âcres du Caucase.

Mahane Yehuda joueurs de shesh besh(Marché irakien:Un après-midi de shesh besh)

Le marché s’étend de la rue Yafo au Nord à la rue Agrippas au Sud.

Agrippas fresque murale(fresque murale rue Agrippas)

 Seule une partie du marché est couverte.

mahane yehuda rue couverteMais la rue principale qui porte le nom du marché est à ciel ouvert.

mahane yehuda rue principale

Toutes les rues du marché ont des noms de fruits: fraise, sycomore. prune, pêche, amande, la grappe de raisin, la noix, la pomme, ou en rapport avec la nature ou la Thora: fruit de l’arbre, les 4 espèces et arbre de vie .
La rue de la poire a été renommée en 2000 du nom de Eliahou Banaï, le patriarche de la célèbre famille Banaï dont tous les membres ou presque sont musiciens ou acteurs*.
Deux de ses petits fils Yossi* et Ehud ont écrit un poème sur leur maison au n°1, rue de la poire. qui abrite maintenant le restaurant Yehezkiel:
« rue de la Poire au numéro 1, juste au dessus de magasin de légumes, la maison est maintenant vide… »

On trouve tout dans Ma’hane Yehouda: des légumes et des fruits, de la viande ou du poisson, des confiseries, des épices, un magasin entièrement consacré à la ‘halva,
mahane yehuda le royaume de la 'halva

deux ou trois quincailleries, plusieurs boulangeries, une épicerie éthiopienne où on vend le teff* nécessaire à la préparation de l’injera, galette éthiopienne…
Injera-
et maintenant des magasins de vêtements ou de bijoux branchés sans oublier les nombreux cafés et restaurants.
Parmi eux le bistrot de Mimi: 
Mimi enseignait la biologie en France, elle  ouvert un restaurant ‘halavi* et donne des cours de cuisine française,

Ma'hane Yehuda le bistrot de Mimimais aussi le Café d’Elie Mizra’hi qui  est particulièrement fier de sa fille Moran, revenue travailler avec lui après un stage de pâtisserie à Paris chez Lenôtre.

mahane yehuda cafe Mizrahi 2

Pendant la belle saison, des concerts sont donnés presque tous les soirs, klezmer , jazz, musique orientale…
mahane yehuda musique

 Apres une semaine de pluies diluviennes, le soleil est revenu  ce vendredi: Ma’hane Yehouda est plein à craquer et nous avons dû déguster les gâteaux de Moran, debout au comptoir!

 

 

A bientôt,

* La ligne Yafo-Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/05/lancienne-gare-de-jerusalem/

*Hayim Aharon Valero: Il fut associé avec Montefiore dans l’achat de terres et la construction de plusieurs quartiers juifs en dehors des murailles.  Son père Jakob avait fondé  la première banque juive de Palestine en 1848.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/17/malha-3/

*Montefiore:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/

*Yossi Banaï s’est rendu célèbre en traduisant Brassens, Brel, Leo Ferre, Piaf etc…
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/14/les-copains-dabord/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/06/la-chanson-francaise/

*teff: cereale africaine sans gluten

*dans la cuisine ‘halavi (à base de lait) on utilise le beurre, la crème, le fromage en opposition à la cuisine bassari (à base de viande) ou on cuisine la viande (sans beurre!)

La chanson française

Nous aimons bien sortir dans les nombreux cafés concerts qu’on trouve dans les ruelles de la ville.

Certains sont très organisés et envoient même par mail le programme de leurs concerts et c’est ainsi qu’on s’est retrouvé  à écouter des chansons françaises au Barbour dans le quartier de Nahalat Shiva « le patrimoine des sept » . Drôle de nom qui indique seulement que le quartier fut fondé par sept  familles en 1860.

Charmant petit entrelacs de ruelles piétonnes, de cours,  devenu un quartier  très touristique depuis quelques années.

Donc,

Coincés les uns contre les autres et débordant jusque dans la rue, nous avons eu droit à une rétrospective de la chanson française : Brassens, Brel (je sais, il était belge !), Édith Piaf, Serge Lama et encore et toujours Brassens…

Et le plus drôle pour nous : Brassens, Brel et Piaf en français bien sûr mais aussi en hébreu !

Très appréciées depuis toujours en Israël, les chansons françaises ont été traduites  par les grands de la scène israélienne comme Yossi Banai dont voici l’interprétation de la chanson « La non-demande en mariage » :

http://www.youtube.com/watch?v=YE-4kWIUqwU

Il interprète aussi ici  « Le gorille » :

http://www.youtube.com/watch?v=8FT5ui5oGC0

Toutes ces chansons sont aussi passées  aussi dans le répertoire des chorales (ici la chorale de Modiin)

http://www.youtube.com/watch?v=Ulrpno7hj5g : Brave Margot

http://www.youtube.com/watch?v=GpHcxalrJ_c : Une jolie fleur dans une peau de vache

Et sont chantées par les groupes de l’armée .Ici celui  du Nahal, les gardes-frontières dans les kibboutzim, donne une interprétation humoristique de « la femme d’Hector » :

http://www.youtube.com/watch?v=5IrvPPvJgQc

Au Taboo, la chanteuse, une brune pulpeuse dans une robe noire comme il se doit, a entraîné la salle toute la soirée. Elle avait une jolie voix et du métier.

Mais le plus incroyable était de voir et d’entendre la foule chanter avec elles, en général en hébreu, parfois en français ou en la la la.

Derrière le comptoir, les serveuses, de jeunes étudiantes,  essuyaient les verres tout en reprenant en chœur ces vieux airs jugés souvent démodés en France et dans la rue les passants  s’arrêtaient pour participer.

Quelle soirée !
Je ne sais pas si Brassens, Brel et Piaf  sont au courant mais ils ont un sacre fan club ici.

Et dire qu’en France, la plupart des gens ne savent pas qu’un petit pays toujours décrié et mis en accusation pour tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi) maintient vivante la culture française y compris chez des non francophones.

Et dire qu’Israël n’a toujours pas le droit d’entrer dans la Francophonie !

Et bien tant pis, les israéliens s’en fichent un peu de la Francophonie, ils préfèrent fredonner « les amoureux sur les bancs publics » :

http://www.youtube.com/watch?v=eGFced_L-y0&feature=fvsr

Avec un dessin de Peynet sur la vidéo.

Ou bien « Dans le port d’Amsterdam » :

http://www.youtube.com/watch?v=L-kqdgkwwH0&feature=related

Ou encore Édith Piaf en français interprétée par Miri Messika en concert a Césarée:

http://www.youtube.com/watch?v=oR5yMPBpgaA

Mais une question me taraude depuis longtemps: La plupart des gens en France ont des  idées très négatives sur Israël (pas vous, je sais bien…!) et ça, parce que depuis des décennies on leur explique dans les médias qui est le vilain. Le vilain c’est nous!  Mais  pourquoi? Qu’a donc fait Israël à la France ?

C’est vrai, quels sont nos torts ? Nous n’avons jamais déclaré la guerre a la France, jamais  fait exploser des bus ou des voitures, ni enlevé ou agressé des citoyens français, ni brûlé de voiture, ni occupé les rues pour nos prières.

Je ne vois vraiment pas.

Ou alors est-ce parce nous avons traduit Brassens en hébreu ? C’est ça?

A bientôt,