Tisha BeAv תשעה באב

תשעה באב – Tisha BeAv*:
La destruction du Temple, une première fois et une deuxième fois, la destruction de la ville et le massacre de sa population par Godefroy de Bouillon et ses croisés et bien d’autres catastrophes encore…

Comme tous les ans, nous jeûnerons en souvenir des nos malheurs anciens , nous ferons notre examen de conscience, persuadés que c’est à cause de nos manques et en particulier de notre désunion que ces catastrophes se sont produites.
Mais avez-vous entendu un seul juif beugler sa haine contre les peuples qui nous ont maltraités (et c’est un euphémisme). Comme disait ma mère: il faudrait haïr trop de monde!
Je relie quelques phrases postées sur la page facebook de Nations pour Israel:
Question classique d’un antisémite : « Si un jour il m arrivait d’être victime de la colonisation j’essayerais de ne pas être haineux , mais j’avoue que j’aurais du mal , pas vous ? »
Et l’excellente réponse de Pug:
Non, regardez les Israéliens… Leur Judée ancestrale a été colonisée par des arabes d’Egypte, de Jordanie, de Syrie, d’Arabie et du Liban et ils le vivent très bien. 1,5 million d’Israéliens sont des arabes. Leur Judée ancestrale est aussi colonisée par beaucoup de missions étrangères qui conservent des trésors de l’archéologie et de l’histoire juive et ça se passerait bien si ces pays, comme la France, ne les interdisaient pas d’accès à ces sites. Leur pays est colonisé par une religion musulmane qui n’a pas d’attache en Israël mais occupe le lieu le plus saint du Judaïsme. Leur capitale est colonisée par une religion chrétienne qui s’est largement compromise dans l’antisémitisme pendant 20 siècles. Et leur plus grande ville portuaire (Haifa) est même le sanctuaire de la religion Bahaï*. Et tout ça, les Israéliens le vivent très bien et en sont fiers. »
Ah, heureusement que nous avons des amis sûrs, tels que ces Goys là!

Pour moi, Tisha BeAv est un rappel de l’horreur dans lequel on ne doit pas s’engluer, rien de comparable aux jours mémoriels de la Shoah que je vivais en France et  dont je sortais avec une sensation d’inachevé, un gout amer dans la bouche.

Tisha BeAv me renvoie à la racine du verbe ישב (YaSHAV= être assis ou s’asseoir) sans doute tout d’abord parce ce jour-là, nous prions traditionnellement assis par terre comme des endeuillés pendant la shiva.

Ensuite parce que lorsque  nous nous lamentons sur Jerusalem détruite et dépeuplée, nous l’appelons la ville assise solitaire, יָשְׁבָה‭ ‬בָדָד (Yashva Badad): Elle est assise et sans force, car elle a été témoin, impuissante de la destruction du Temple et de son peuple…
אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם–הָיְתָה
Comme elle est assise solitaire, la cité naguère si peuplée…(Eikha, Les Lamentations* 1,1)


(Détail de la colonne trajane à Rome: les soldats romains lors du siège de Jerusalem)

Mais la racine de ce verbe a de nombreuses autres significations, elle apparaît 800 fois dans le Tanakh. C’est dire combien elle est importante.

Par exemple, lorsqu’Avraham attend ses visiteurs, assis à l’entrée de sa tente…:
L’Eternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, étant assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה, בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא; וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל, כְּחֹם הַיּוֹם
Le verbe assis traduit selon les commentateurs une attitude dynamique: Avraham se prépare à accueillir comme il se doit tous ceux qui se présenteront. Et c’est ce qui se passera avec les trois envoyés qui lui annonceront sa future paternité.

A l’opposé, il peut au contraire avoir une connotation négative:
Avraham monte seul avec son fils Yits’hak au mont Moriah. Il laisse ses serviteurs assis avec l’âne: שְׁבוּ‭ ‬לָכֶם‭ ‬פֹּה‭ ‬עִם‭ ‬הַחֲמר (shevu lakhem po im ha-hamor), restez assis pour vous avec l’âne.
Les serviteurs, pourtant dévoués, ne prennent pas part à l’expérience, réservée à Avraham et à son fils Yits’hak, ils ne peuvent qu’adopter une attitude passive et ne pourront pas participer à l’épreuve d’Avraham.

Dans le texte du livre des Juges, on nous dit que Dvora était assise sous son palmier:
Or Dvora (Debora), une prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque.  Elle siégeait au pied du « Palmier de Dvora », entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Ephraïm; et c’est à elle que les enfants d’Israel s’adressaient pour obtenir justice:
וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה, אֵשֶׁת לַפִּידוֹת–הִיא שֹׁפְטָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, בָּעֵת הַהִיא. וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תַּחַת-תֹּמֶר דְּבוֹרָה,בֵּין הָרָמָה וּבֵין בֵּית-אֵל–בְּהַר אֶפְרָיִם; וַיַּעֲלוּ אֵלֶיהָ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לַמִּשְׁפָּט
On l’imagine bien, traitant des affaires de l’état à l’ombre d’un palmier mais Rachi ne se contente pas de cette image. Pour lui, elle étudiait le texte de la Thora pour donner une assise solide à ses jugements.

La racine ישב (YSHV) peut signifier aussi prendre le temps de réfléchir:
Un de mes amis dont la langue maternelle était l’hébreu, utilisait toujours le verbe s’asseoir pour dire réfléchir. Viens asseyons-nous, me disait-il.
D’un indécis, on dit qu’il est assis sur la barrière ישֵׁב‭ ‬עַל‭ ‬הַגָּדֵר . C’est aussi le titre d’une chanson composée par Arik Einstein.
L’indécis est souvent un angoissé qui ne sait pas où asseoir ses pensées, sinon sur une barrière, sans grand équilibre, au contraire de celui qui possède un bon ישוב דעת (yishuv daat), la tranquillité d’esprit. Un état de stabilité mentale et émotionnelle permet en effet de maintenir son équilibre et d’avoir une vision claire des moments présents, en particulier dans des situations difficiles.*

Cette même racine peut signifier aussi être enraciné, habiter durablement, sédentairement:
Ici, dans notre pays et je m’adresse en particulier à nos faux-amis, à nos vrais ennemis, nous nous sommes « assis » pour y rester. יושבים (yoshevim)!
Nous habitons un pays assis ארץ נושבת (Eretz Noshevet) et non pas un camp de transit. Ce n’est pas du temporaire.
Elle indique en même temps l’adhésion à un groupe. Comme le disait le roi David:
Je ne prends point place avec des gens faux, je ne fraye point avec des hypocrites.
לֹא-יָשַׁבְתִּי, עִם-מְתֵי-שָׁוְא; וְעִם נַעֲלָמִים, לֹא אָבוֹא (Psaume-Tehilim 26,4)
De nos jours,  les soldats du Palmach ont utilisé un autre psaume alors qu’ils étaient assis autour du feu de camp en chantant:
«Ah! qu’il est bon, qu’il est doux à des frères d’être assis ensemble
הִנֵּה מַה-טּוֹב, וּמַה-נָּעִים– שֶׁבֶת אַחִים גַּם-יָחַד (Psaume 133,1)


Enfin, la racine nous parle de discussions, donc d’échanges*. Le mot יְשִׁיבָה (yeshivah) fait allusion à la position assise, à une réunion de travail ou politique ou à une école talmudique par exemple.

Depuis hier, une famille est assise en shiva pour la mort de leur fils. Dvir Sorek, 19 ans, a été assassiné ce mercredi alors qu’il arrivait à la porte du kibboutz Migdal Oz où il étudiait. Il s’est défendu comme il a pu, mais il n’était pas armé. Ses seules armes étaient les livres qu’ils venait d’acheter pour remercier ses enseignants de la yeshiva.

A l’enterrement, son père a parlé de la lumière qu’il voyait dans les yeux de son fils. Il n’y a aucune lumière dans les yeux des terroristes, seulement la haine et l’envie de meurtre. Ses assassins sont toujours recherchés. J’espère qu’ils résisteront à leur arrestation et qu’ainsi l’armée les éliminera*.

A bientôt,

* אֵיכָה יָשְׁבָה בָדָד, הָעִיר רַבָּתִי עָם- Comme elle est assise solitaire la ville si peuplee (Eikha chap 1, verset 1): Le premier mot Eikha ne veut pas dire lamentation mais comment ou combien. Il est curieux que les traductions aient préféré le mot lamentation. Il est vrai que notre mur de l’ouest, le kotel hamaaravi, est traduit par Mur des lamentations!

*Les Bahaï:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/28/un-jardin-persan/

* L’importance du Yishuv Daat a été longuement traitée dans les commentaires juifs. Je cite seulement l’un deux:
3 choses peuvent faire que l’homme se conduise mal: la superstition, le mauvais esprit et la futilité.

* Celui qui est muet, qui ne peut plus échanger אילם, devient אלים, violent

* Le salaire des terroristes que paye l’autorité palestinienne
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/02/14/terroriste-ca-paye-bien/

Un jardin persan

Pour Catherine et Jean-Marc,

Autrefois, la première chose que voyaient les touristes quand ils descendaient du bateau à Haifa, c’était une coupole dorée qui brillait au soleil.

Bahai temple Haifa

(artinshealth.net)

Maintenant, tout le monde arrive au נתב’ג (Natbag) comme on dit ici (Namal Teoufa Ben Gourion ou Aéroport Ben Gourion) et il faut donc partir pour la Galilée afin d’admirer la coupole du Temple Bahaï,

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(Le Dome du Bab et les jardins vus de la colline du Carmel)

 

et surtout ses jardins persans,

 

Bahai-Gardens-in-Haifa (bestourism.com)

(site bestourism.com)

 

qui descendent la colline en 19 terrasses, chacune ouvragée:

 

Bahai jardin tourisrael.netzah.org

(site tourisrael.netzah)

C’est en effet en Israel que se trouve le Centre du Bahaïsme Mondial.
Le Bahaïsme est une religion monothéiste, souvent perçue comme un syncrétisme entre le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam sans oublier l’influence du Zoroastrisme.

La pensée Bahaï prend sa source il y a près de 200 ans en Perse dans un mouvement mystique dont les membres reconnaissent une dimension divine à un homme, Sayyid Kazim et lui donnent le nom de Bab, la porte, le passage vers Dieu.
Le Bab finira fusillé peu après et presque tous les Babis seront massacrés ou partiront en exil en vivant leur foi secrètement.
Quelques années plus tard, vers 1860, Mirza Ali Nuri ou le Baha’u’llah (la splendeur de Dieu) structurera et développera la pensée du Bab, proclamera la fin prochaine de l’humanité et son passage vers l’âge d’or, guidée par le Bab, le Mahdi*.

Bahaisme Mirza Husayn Al Nuri

(Mirza Ali Nuri ou le Baha’u’llah)

Le Bahaïsme annonçant l’avènement d’un âge de justice, d’équité et rencontrant un certain succès, il est susceptible de devenir une religion concurrente de l’Islam. Les autorités perses décident alors d’entraver sa propagation en enfermant le Baha’u’llah pour un temps, puis en l’exilant.
C’est ainsi que le Baha’u’llah arrivera à Bagdad, puis au Kurdistan, enfin à Constantinople.
Pensant limiter les dégâts, les Turcs l’en chasseront pour Akko, ville de cette Palestine à la population clairsemée. Emprisonné, il y passera les 24 dernières années de sa vie.
Son tombeau y est toujours un centre de pèlerinage pour ses fidèles qui viennent du monde entier.

  Bahaisme Akko

(site m.francogalil.com)

C’est ainsi qu’ aujourd’hui en Israel, les adeptes de la foi Bahaï, eux qui sont persécutés dans tous les pays musulmans, peuvent se recueillir sur le tombeau du Bab à Akko et  se rendre à Haifa au Centre du Bahaïsme Mondial.
Pour les non-Bahaï, seuls les jardins à la persane sont ouverts. Les Bahai disent ne pas faire de prosélytisme agressif  mais aimer partager leur foi. Cependant ils s’abstiennent de le faire en Israel ou de l’enseigner à des Israéliens à l’étranger. Nous sommes pour les Bahai un peuple à part. Cette interdiction de prosélytisme à notre égard remonte aux débuts du Bahaïsme et a été énoncée par le Baha’u’llah lui-même*.

A quelques kilomètres de Haifa, nous avons découvert, caché dans les collines du Carmel vers Zikhron Yaakov*, un petit jardin, le jardin de Tom* ou בוסתן תום

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Tom Farkash était pilote d’hélicoptère. Il fut tué pendant la seconde guerre du Liban en 2006.

Haifa Bustan Tom Farkash

Sa mère Anat a voulu perpétuer sa mémoire en créant ce jardin qui est à la fois un jardin d’agrément, un vignoble, une oliveraie

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et un jardin potager où les habitants de la région peuvent venir chercher des fruits et légumes bio.

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Des abeilles  et des chouettes sont utilisées contre les prédateurs selon les  solutions proposées par le kibboutz Sde Eliahou*.

Une belle balade en ce début de printemps, loin de l’air encore frisquet de Jerusalem, ballade qui s’est terminée dans les vieux quartiers de Haifa rénovés,

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et par un peu de farniente au bord de l’eau.

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A bientôt,

*Mahdi: Messie

*Pourquoi les Bahaï refusent d’enseigner leur foi aux Israeliens: http://senmcglinn.wordpress.com/email-archive/bahais-dont-teach-in-israel/

*Zikhron Yaakov: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

*Kibbutz Sde Eliahou:   https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/28/sde-eliahou/

*Tom Farkash: le prénom תום (Tom) est un prénom hébraïque qui signifie innocent, simple. C’est le Tam, l’un des 4 « fils » de la Haggadah. Ce n’est pas le diminutif de Thomas.
Sur Tom Farkash et son jardin: http://www.thomfarkas.com/Forever.html