Djihad en solo

Je venais de terminer un article sur le cimetière philistin d’Ashkelon et sur Goliath. Je voulais vous distraire pendant la période estivale. Pauvre Goliath! Lui, un méchant? Il fait pâle figure à côté des terroristes actuels.
Sur les chaînes de la télévision française, j’ai entendu les journalistes répéter à satiété que: le terroriste de Nice était un homme violent mais pas radicalisé… On ne comprend pas… Un homme brisé en instance de divorce… A ceci s’ajoutait le témoignage des voisins: un homme discret, il sortait les poubelles… Pas très religieux,  ne faisait pas la prière, aimait les filles et la salsa… »
Vraiment?

Voici ce que j’ai recueilli sur des sites d’information israéliens:
Le terroriste, Mohamed Lahouaiej Bouhlel,  etait originaire de la ville tunisienne de Msaken. Selon la police tunisienne, son père est membre du parti islamiste Ennahda. Tous les hommes de la famille sont connus pour être des extrémistes islamistes violents et pourtant un de ses proches travaille (ou a travaillé) à l’aéroport de Nice.
Enfin, sur sa page Facebook, supprimée depuis, il appelait au meurtre et au martyr!*

Non, l’attentat n’est pas dû au coup de folie d’un « loup solitaire« . Depuis Merah, les « loups solitaires » passent à l’acte isolement, mais ils chassent en meute et ce n’est pas une figure de style. Ils sont en fait bien entraînés pour cela.
Vendredi, la deuxième chaîne israélienne le reliait à la doctrine du « solo djihad » (ou djihad en solo) et à son maître à penser Abou Moussab Al Souri (le syrien).
Pour de nombreuses raisons, Abou Moussab Al Souri (le syrien) peut être considéré comme un modèle pour les djihadistes de l’Ouest. Tout d’abord, il est roux aux yeux bleus et à la peau claire. Il lui est facile pour lui de se fondre dans un environnement européen ou américain (en fait, l’un de ses surnoms est El Rubio, le blond). Il bénéficie de la nationalité espagnole, grâce à sa femme, espagnole convertie à l’Islam. Mais le plus important est qu’il a vécu dans plusieurs pays occidentaux et comprend la culture occidentale. C’est un maître dans la Da’wa (دعوة‎‎ « invitation), c’est à dire dans le prosélytisme islamique envers les non-musulmans pour évidemment les convertir.
La Da’wa est pratiquée partout dans le monde occidental. Les politiques s’y laissent prendre ainsi que certains responsables religieux chrétiens:


Ce reportage ci-dessus montre bien la confusion qui règne dans les esprits de certains prêtres catholiques qui confondent rencontres entre les communautés en vue d’apaiser les tensions et abandon des principes de leur foi. C’est dans l’enrichissement des ses propres valeurs et dans le respect de celles des autres que la véritable union peut se faire et non pas dans ce bouillon où tout devient confus. Mais ceci mérite un autre débat…

Après le 11 septembre, Al Souri a commencé à écrire de nombreux textes prônant le djihad et à enseigner (y compris sur YouTube).
Il a publié un manuel de 1 600 pages, décrivant en détail ce que doit être l’action terroriste au regard des préceptes religieux. Il est très critique à l’égard de Ben Laden à qui il reproche son management centralisé et ses coups médiatiques qui ont provoqué la réaction que l’on sait des Etats-Unis.
La stratégie de Al Suri est appelée « la stratégie des 1000 entailles« : on affole l’ennemi, on le déstabilise par des actions nombreuses qui finiront par provoquer la panique et enfin on le soumet. Les 84 morts de Nice ou les 130 morts du 13 novembre dernier ne sont rien si on les compare aux milliers du 11 septembre 2001 mais auront un impact bien plus important dans la population si les attentats se renouvellent régulièrement sans provoquer une réaction politique à grande échelle.

Les solo-djihadistes ou Imghimassi (les immergés) sont placés très haut dans l’échelle des valeurs du terrorisme islamique. Ce n’est pas une nouveauté, c’est seulement une tradition qui a été remise à l’ordre du jour. C’était la tradition des Assassins au 12 ème siècle. Mais surtout ce fut ainsi que les soldats musulmans luttèrent contre  l’invasion mongole au 13 ème siècle. La recette est simple: quand on est en nombre inférieur, il faut se suicider en entraînant le plus grand nombre de morts possible avec soi. Mais pour être considéré comme shayid (martyr), il faut tuer  au nom de l’Islam!
Voici les recommandations données par le porte-parole de Daesh, Abu Muhammad Al-‘Adnani, en 2014: « Si vous ne pouvez pas faire exploser une bombe, ou tirer un balle, arrangez-vous pour fracasser le crâne d’un infidèle avec une pierre, poignardez-le avec un couteau, roulez dessus avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le ou empoisonnez-le. »*

Memri recommandations aux djihadistes
« L’intérêt de cette tactique est que les tueries prennent très peu de temps et les forces de sécurité n’ont pas vraiment le temps d’intervenir. Il n’y a pas de prise d’otages au sens habituel du terme puisque les terroristes (les Merah, Kouachi, Coulibaly) attendent les forces de l’ordre non pas pour négocier mais pour les affronter en espérant là aussi en tuer le plus grand nombre.

Photo envoyee par Daesh

(Photo-montage de Daesh)

Alors essayer de les définir radicalisés, en voie de radicalisation, inféodés ou pas à Daesh comme si ces étiquettes servaient à quelque chose,  est non seulement inutile mais occulte la réalité. La réalité est celle d’un mouvement multiforme mais dont les intentions sont claires.
Dans toutes les démocraties, la compassion pour les victimes était évidente. A l’inverse, des manifestations de joie ont eu lieu dans de nombreux pays musulmans, certains quartiers européens et chez les Palestiniens, qui se sont appropriés l’attentat comme victoire personnelle.

Certes, il y a aussi une guerre entre les diverses organisations terroristes: Al Qaida, Jumat Al Nosra, Daesh, le ‘Hamas, le Djihad Islamique, Fata’h* sont sunnites. Le ‘Hezbollah est chiite. Ces groupes s’entre-tuent aussi au nom de leur appartenance: sunnite ou chiite.
Il y a aussi des ego sur-dimensionnés, des vizirs qui veulent devenir calife à la place du calife! Mais tous ont le même but: transformer le monde en champ de bataille, en Dar el ‘Harb (Maison de l’épée) pour qu’il devienne Dar el Islam (Maison de l’Islam) après l’anéantissement des Juifs, des « Croisés » et  des musulmans tièdes ou apostats.
Pour eux, la confrontation totale est prévue pour cette année, et la victoire finale pour 2020. Il est possible de les combattre et de les vaincre comme on a vaincu le 3 ème Reich qui devait durer 1000 ans et en fait, n’en a pas dépassé 12. Mais pour cela, il faut déjà nommer l’ennemi, et ne pas se cacher la tête dans le sable.

A bientôt,

*Il n’était pas le seul: quelques jours avant l’attaque, les réseaux sociaux étaient emplis de messages de haine et d’appel à de prochains attentats.

*Recommandations aux futurs djhadistes:
http://www.memrijttm.org/nice-attacker-emulated-methods-previously-advocated-by-isis-aqap-and-other-jihadis-who-called-to-use-vehicles-as-weapons-to-run-over-and-mow-people.html

*Il y a à peine un mois, la France  recevait en grande pompe le chef des Frères musulmans tunisiens, Rached Ghannouchi. La raison: demander à cet islamiste d’empêcher la jeunesse française de confession musulmane de basculer dans le radicalisme. C’est comme charger Al Capone d’éduquer des adolescents!

*Al Souri:
http://www.memri.org/report/en/print5395.htm

*Les Assassins:
https://en.wikipedia.org/wiki/Assassins

*Le Fata’h est considéré comme « modéré » par les Occidentaux, il soutient et finance de nombreuses actions terroristes en Israel. Ces derniers temps, il a changé de slogan: il ne se bat plus pour libérer la Palestine mais Al Quds (Jerusalem) ou la mosquée El Aqsa. Il s’accroche ainsi aux wagons du train islamique.

 

 
 
Publicités