Yom Kippour יום כיפור 2022

Quand nous pensons à la deuxième guerre mondiale, nous pensons immédiatement à l’extermination des civils juifs. Mais nous oublions souvent qu’il y eut des prisonniers juifs dans les camps de prisonniers de guerre. En tant que soldats juifs ils étaient détenus dans des conditions bien plus dures que celles que connaissaient leurs compagnons non juifs.
Comme l’écrivait Emanuel Levinas: Parqué dans des baraques ou dans des commandos spéciaux, tenu pour y échapper à se camoufler sous une fausse identité, le prisonnier israélite retrouva brusquement son identité d’Israélite
Ils essayaient cependant de garder un semblant de vie juive:
Dans de nombreuses Judenbaracke, un espace fut consacré à la pratique du culte, faisant office de synagogue de fortune et certains prisonniers reconstituèrent des livres de prière grâce à leur mémoire*.
Cet ancrage dans l’histoire et la tradition fut certainement ce qui en garda beaucoup du désespoir total, car ils savaient ce qui était advenu de leurs familles. Ils purent ainsi survivre.

(Ces soldats juifs d’Eretz Israel, appartenant à la Brigade Juive de l’armée britannique, célèbrent Rosh Hashana. Leurs conditions de vie étaient moins mauvaises que celle des soldats juifs prisonniers du reste de l’Europe – Organisation des familles de prisonniers)

Parmi tous ces prisonniers juifs, les plus mal lotis étaient les prisonniers de guerre juifs polonais*, dont les conditions de vie étaient à peine meilleures que celle des civils dans les camps de concentration.

Peu de temps après la fin de la guerre, le 20 septembre 1945, le journal המשקיף (Hamashkif), l’Observateur*, publia un article intitulé: Yom Kippour chez les soldats juifs prisonniers des nazis

(Yom Kippour chez les soldats juifs prisonniers des nazis)


De l’auteur nous ne connaissons que ses initiales A. S.
Il écrit en en tête de l’article:
Ce texte est celui d’un ancien officier juif de l’armée polonaise, prisonnier de guerre qui a eu le mérite de monter en Israel juste après sa libération.

« Le jour tendait vers le crépuscule et le ciel de Tel Aviv passait du bleu clair à un bleu plus foncé lorsque je sortis de chez moi pour aller réciter le Kol Nidrei*, ici sur la terre d’Eretz Israel.
Jamais je n’aurais imaginé repenser aux jours et aux montagnes sombres de l’Europe. Et voici que je revois soudain des bribes de la vie juive européenne détruite, mais qu’en même temps, et avec mes yeux, je vois ici la multitude de mes frères, qu’ils soient jeunes ou vieux, affluer vers la grande synagogue.
Un monde nouveau se dévoile devant moi. Je me mélange à une foule de gens, dont le regard est fier et libre. Le cœur plein de bonheur, je vois tous ces jeunes qui ne montrent aucune peur, aucune crainte d’être expulsés par des bandes de nazis, des jeunes mères, belles et pleines de charme à côté de leurs landaus sains et joyeux.
Et à ce moment, quand j’arrive près de l’entrée de la synagogue et qu’un faisceau de lumière, émanant de l’intérieur, éblouit mes yeux, je me souviens soudain d’une soirée solennelle, une soirée triste et étrange dans un camp de prisonniers allemand.


Je reviens à cette pauvre hutte juive, débordante de monde…
De lourds nuages ​​de plomb assombrissent le ciel, des pluies torrentielles tombent à l’extérieur et à l’intérieur l’air est saturé d’humidité. Nous avons très froid, froid au corp et froid à l’âme…
L’ennemi maudit a le dessus sur tous les fronts de la guerre. La croix gammée est perchée au sommet de la montagne caucasienne Elbrouz, la route de la Géorgie est déjà sous les barrages de l’artillerie allemande et de temps en temps la radio apporte de nouvelles nouvelles glorieuses accompagnées de tambours et de trompettes : Stalingrad a été prise…
Mais l’esprit d’Israel est éternel. Même dans la fosse aux lions, la foi n’a pas failli. Une poignée de Juifs patriotes a décidé de réciter les prières traditionnelles des jours terribles*, malgré tout, alors que les jours que nous vivons sont vraiment terribles, et malgré les conditions épouvantables auxquelles nous sommes soumis, et malgré le fait que nous soyons des proies dans le griffes de la bête hitlérienne.

L’officier Mirmelstein de Lvov écrit de mémoire le texte des principales prières, car nous n’avons pas de ma’hzor*.

(Dans tous les camps, les prisonniers écrivaient à la main les prières dont ils se souvenaient. Ici; un Mahzor* de Yom Kippour écrit par Louis Zukerman dans le Camp de Saint Cyprien en France où furent internés des civils juifs et non pas des prisonniers de guerre. Coll. Yad Vashem*)

L’avocat Tseranka de Varsovie et moi, nous nous entrainons sur la place principale du camp: nous devons nous remémorer les mélodies car nous deux, nous conduirons l’office. Un autre groupe range et nettoie l’intérieur des douches de la caserne, qui deviendra une maison de prières, lieu où a été dressée une arche sainte – couverture foncée sur le mur décorée d’un ruban bleu et blanc et d’un maguen David- une table faite de cartons, avec les Dix Paroles* et deux bougies de part et d’autre.
Les gardes nazis verrouillent déjà la baraque. Les volets fermés et la lueur vacillante des bougies qui s’éteignent nous épouvante…
Mais, petit à petit, la salle s’est remplie de soldats juifs tous vêtus de leur meilleur vêtement et la tête couverte, le visage sérieux et solennel…
Voici le soldat Hamburger de Kalish, un homme obstiné, qui, en défendant la Pologne contre Hitler, a perdu sa jambe droite pour le bien de la « mère patrie »… Voici le Dr Stein, qui, pour le bien de cette « mère patrie », a sacrifié lui aussi une jambe .. Ils n’ont sûrement pas rêvé que cette « mère patrie », pour qui tant de Juifs ont sacrifié leur vie, les récompensera après sa libération par les pogroms dans les rues de Cracovie, Lodz et Lublin*…
Une cinquantaine de personnes sont à présent rassemblées dans la salle de prière. Les deux plus âgés, le capitaine Herband et le lieutenant Lehrft de Cracovie se tiennent de part et d’autre de l’officier-chantre.
Et ici, le chantre commence doucement, triste et calme la même vieille mélodie du Kol-Nidrei, cet antique nigoun* qui secoue notre âme.
Nombreux fondent en larmes et pensent à ce qu’ils ne retrouveront plus: leur foyer, la liberté, leur famille et à tous les leurs qui ne sont plus en vie : parents, épouses, enfants, frères…
Et la voix du chantre, l’avocat Tseranka, se fait de plus en plus forte, comme s’il voulait que ce Kol Nidrei atteigne les cieux et ébranle le trône d’honneur, comme s’il voulait que sa prière vous parvienne aussi, à vous, heureux enfants de la liberté…

Et ici aujourd’hui, je vous vois, enfants de la terre d’Israël, les yeux pleins de larmes de joie, heureux d’avoir été épargnés du sort amer et cruel des millions de nos frères en Europe, pour que vous soyez un soutien fidèle pour ceux qui ont survécu.
Je suis l’un de ceux que la providence divine a gardés: J’ai réussi à rester en vie, à traverser l’enfer de l’Europe empoisonnée et je peux maintenant respirer l’atmosphère de la liberté. Aussi j’en appelle à vous mes frères: Ne faiblissez pas jusqu’à ce que le dernier des Juifs ait quitté ce continent cruel et ait été amené ici en Eretz Israel… »

Un témoignage émouvant d’une époque que certains veulent effacer…


Mais nous sommes là!
Au début d’une nouvelle année, sur notre terre en Israel:

(Arc en ciel dans les monts de Judée-Samarie, photo מצלמים יו »ש)

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Que vous soyez tous inscrits dans le livre de la vie

A bientôt,

*Emanuel Levinas: Emmanuel Levinas, « Cinq ans derrière les barbelés », Magazine de France, automne 1945, numéro spéc (…)

*La vie juive dans les camps de prisonniers:
(Delphine Richard:https://journals.openedition.org/diasporas)

*Les soldats soviétiques, juifs ou pas, étaient directement envoyés dans les camps d’extermination. Le gaz Zyklon B. a été testé sur eux

*Les soldats juifs dans les armées alliées:
https://www.yadvashem.org/fr/shoah/a-propos/combat-resistance/soldats-juifs-dans-les-armees-alliees.html

*Le journal Hamashkif était le journal du parti révisionniste auquel participait Zeev Jabotinsly

*Kol Nidrei: Premiere prière de l’office de Yom Kippour: Tous nos vœux, serments, renoncements, bannissements, malédictions, jurements, et toute expression pouvant passer pour telle que nous pourrions prononcer, et dont nous pourrions charger notre âme, depuis ce jour jusqu’au prochain jour du grand pardon, tous ces engagements, nous les regrettons ; qu’ils soient dénoués, pardonnés, rejetés, anéantis. Qu’ils perdent force et valeur. Nos renoncements ne sont pas des renoncements. Nos serments ne sont pas des serments. 
Et pourtant ce n’est pas une simple supplique adressée à Dieu mais une déclaration difficile à comprendre car elle semble contraire au devoir sans cesse rappelé du respect de la parole donnée.
Un texte intéressant sur le Kol Nidrei:
https://www.cairn.info/revue-insistance-2007-1-page-261.htm

*Ma’hzor: livre de prières

*Nigoun: Une mélodie parfois sans paroles. Le nigoun est une prière en soi. Les nigounim nous accompagnent de génération en génération. Toujours en mode mineur, et à l’opposé des chants choraux occidentaux bien calibrés, il est l’expression d’une notre inquiétude face à l’adversité, d’un trop plein de douleur mais aussi d’espoir en dépit de tout. Il s’exprime dans un rythme lent, presque hypnotique où se balancent l’âme et le corps. Rien de religieux au sens classique du terme. Le nigoun concerne chacun d’entre nous quand notre âme déborde.

*les jours terribles, ימים נוראים (Yamim noraim), ce sont les jours qui séparent la fête de Rosh Hashana de Yom Kippour

*Les pogroms en Pologne apres la guerre:
http://www.unlivredusouvenir.fr/pogroms.html


Les nazis n’habitent pas loin de chez moi!

De 1947 à aujourd’hui, Israël a commis 50 massacres dans 50 villes palestiniennes (…) 50 massacres, 50 holocaustes et encore aujourd’hui il y a chaque jour des morts causées par l’armée israélienne.

Voici ce qu’a déclaré le président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas. Abbas a fait ces remarques incendiaires après qu’on lui ait demandé, en tant que dirigeant palestinien, s’il prévoyait de présenter des excuses auprès d’Israel et de l’Allemagne, pour l’attentat de 1972 lors des Jeux olympiques de Munich. Pendant ces Jeux Olympiques, le groupe terroriste palestinien « Septembre noir », qui était lié au parti Fatah dirigé par les terroristes Yasser Arafat et Mahmoud Abbas, avaient attaqué les athlètes israéliens dans le village olympique, les avaient assassinés et avaient même émasculé l’haltérophile Joseph Romano*.
Si le responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Mohammed Oudeh (ou Abu Daoud) a déclaré dans son autobiographie être le cerveau de cet attentat , il a nommé Mahmoud Abbas comme étant celui qui l’a financée.

De plus, le lien entre le groupe Septembre noir et le Fatah a été reconnu dans un télégramme du 13 mars 1973 que le Secrétaire d’État américain William Rogers a envoyé aux ambassades américaines dans le monde. Le télégramme faisait allusion à un dossier de renseignement préparé par le Département d’Etat et la CIA qui déclarait : « L’Organisation de septembre noir (BSO) est un terme générique pour les opérations terroristes du Fatah exécutées par l’organisation de renseignement du Fatah. . . . Les fonds, les installations et le personnel du Fatah sont utilisés dans ces opérations. À toutes fins utiles, aucune distinction significative ne peut désormais être faite entre le BSO et le Fatah.

Ces jours derniers en Allemagne, Mahmoud Abbas a une fois de plus vomi son antisémitisme.
Mais les dirigeants internationaux ont-ils sérieusement fait part de leur dégout et de leur indignation?
Le chancelier allemand?
Olaf Schultz a écouté sans broncher les mensonges de Mahmoud Abbas, à part une légère grimace. A quoi pensait-il à ce moment? A son prochain week-end en Bavière? Ou bien à sa liste de courses?
Il a fallu un tollé au Parlement allemand pour qu’enfin il s’exprime après qu’un des députés, Armin Laschet, ait déclaré dans un tweet:
Le chef de l’OLP aurait gagné la sympathie s’il avait présenté ses excuses pour l’attaque terroriste contre des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972. Accuser Israël de « 50 holocaustes » est plutôt le discours le plus dégoûtant jamais entendu à la chancellerie allemande
Otto Schultz a alors dû se resigner à dire que les mots employés ne décrivaient pas bien la situation, et enfin, il accepté ensuite d’ajouter qu’il était profondément indigné.

Je suis profondément indigné par les déclarations indicibles du président palestinien Mahmoud Abbas. Pour nous, Allemands en particulier, toute relativisation de l’Holocauste est intolérable et inacceptable. Je condamne toute tentative de nier les crimes de l’Holocauste

C’était vraiment le service minimum!
Les journaux français ont tous titré : Israel et l’Allemagne condamnent les propos de Mahmoud Abbas. Pourquoi seulement Israel et l’Allemagne? Eux non? Pour que le lecteur plus ou moins attentif se dise Bof! Encore une histoire de Juifs?
Heureusement, l’ancienne Miss Irak, Sarah Idan, refugiée aux USA a elle aussi tweeté : Mahmoud Abbas a également accusé Israël d’avoir commis « 50 holocaustes » contre les Palestiniens. Oui, vous avez bien entendu. 50 Holocaustes. Comprenez que votre cause repose sur un mensonge.
Il est sûr que l’ancienne Miss Irak n’a aucun poids politique mais ça fait quand même plaisir!

Mais qui est donc Mahmoud Abbas, terroriste propre sur lui?
Il est né en 1948 à Tsfat (Safed) en Galilée mais a grandi en Syrie où il a pu aller dans les meilleures écoles du régime Baas, affilié à Moscou. C’est aussi à Moscou qu’il a publié sa thèse de doctorat intitulée « La connexion entre les nazis et les dirigeants sionistes (1933-1945) ».
Assuré qu’elle deviendrait un best-seller, Mahmoud Abbas l’a republiée en Jordanie en 1984 et elle est disponible aujourd’hui sur le site internet officiel de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine.

(Couverture du livre en arabe, site du Yediot Aharonot)

Les Soviétiques ont accepté son manuscrit comme thèse de doctorat, bien que ses recherches ne contiennent que très peu de références et que les noms d’auteurs occidentaux ne soient même pas correctement orthographiés. Il faut dire que pour les dirigeants soviétiques, cette thèse était une aubaine car ils pouvaient ainsi justifier leur politique antisioniste-antisémite.
Dans sa thèse, Mahmoud Abbas soutient que l’intérêt du mouvement sioniste consistait à ne pas chercher à sauver les Juifs durant la guerre afin d’augmenter le nombre de morts et d’obtenir de ce fait de plus grandes compensations après la guerre . Il soutient aussi que le nazisme et le sionisme sont les deux faces d’une même idéologie car tous deux défendent l’idée d’une race pure.
En fait rien de nouveau dans sa thèse.
En 1930, le nazi Alfred Rosenberg avait déjà publié Le Mythe du 20ème siècle, un ouvrage qui tente de réduire l’histoire à une lutte de races et de démontrer la supériorité des Allemands sur les autres peuples. Bien plus tard, l’auteur antisémite Roger Garaudy utilisera le même argument pour montrer cette collusion et écrira: C’est sur cette idéologie de la race, qui leur était commune avec les nazis, que les dirigeants sionistes allemands entreprirent de négocier avec les Hitlériens.
En fait, la thèse de Mahmoud Abbas est une resucée des thèses antisémites classiques: Nous, les Juifs, nous dominons le monde dont nous accaparons la richesse, Israel est un QG du complot sioniste, la Shoah n’a pas existée mais elle a eu lieu (!) à cause de notre conduite innommable. Il n’y a eu presque pas de morts et nous avons amplifié les chiffres pour recevoir plus d’argent en compensation. Et il ajoute évidemment qu’il n’y avait pas d’antisémitisme dans le monde arabe*.
C’est ainsi que cette thèse figure sur le catalogue de la Vieille Taupe, haut-lieu des négationnistes français d’autant plus qu’Abbas y cite le meilleur et le plus sérieux spécialiste Faurisson de nombreuses fois pour appuyer ses dires. C’est que Faurisson a bonne presse dans les pays arabes* et surtout dans ceux qui ont recyclé nombre de nazis en leur donnant de hautes responsabilités dans leurs services de sécurité. Ainsi, le journal jordanien Al-Dustur écrit que  l’éminent historien  français, R. Faurisson, réfute catégoriquement et avec instance, dans une analyse scientifique claire avec des preuves irréfutables, l’existence des chambres à gaz et des fours crématoires pour brûler les cadavres. C’est une légende majeure que les Juifs ont créée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et que les médias alliés ont soutenue et diffusée.

Sur ces trois graphiques ci-dessous, il est possible de constater les évolutions de la population juive en Europe entre 1933 et 1945, l’épuration de la population juive dans les pays arobes entre 1948 et 2012 et l’évolution de la population palestinienne entre 1967 et 2012. Abbas connait ces chiffres qui démentent clairement ses affirmations propagandistes.

Mahmoud Abbas n’est que l’un des nombreux leaders antisémites du monde arabe qui continue à diffuser ces thèses. Et le monde dit libre ne bouge pas, détourne le regard.
Elie Wiesel disait: J’ai juré de ne jamais me taire quand des être humains endurent la souffrance et l’humiliation, où que ce soit. Nous devons toujours prendre parti. La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté.
Mais avec les thèses négationnistes de Mahmoud Abbas et de ses amis, il ne s’agit plus seulement de soit se taire, soit parler, il s’agit d’un combat bien plus complexe puisque nous sommes totalement dans l’inversion des valeurs.
Mahmoud Abbas et ses pairs sont antisémites. Soit! Mais le silence à peine gêné des démocraties, qui se targuent de transmettre des valeurs morales, me surprend toujours. Non seulement, un terroriste comme Abbas peut raconter ce qu’il veut devant le Parlement allemand ou ailleurs, nous accuser de 50 holocaustes, dire qu’Israel est un pays où règne l’apartheid*. Le monde l’ecoute, presque sans piper mot et laisse ces mêmes thèses se propager dans les organisations internationales comme l’UNICEF;* Amnesty International, Human Rights Watch…
Il est vrai que depuis environ une soixantaine d’années, l’inversion de la vérité et de la réalité a été l’une des méthodes de propagande préférées des adversaires d’Israel. L’une de ses expressions les plus fréquentes a été l’accusation selon laquelle le peuple juif, victime des nazis, est devenu le nouveau nazi, agresseur et oppresseur des Arabes palestiniens. Les observateurs contemporains ont identifié cette méthode et l’ont décrite comme une « inversion de la réalité », une « astuce de confiance intellectuelle », « l’inversion de la responsabilité morale » ou une « logique tordue ». Parce que les ennemis d’Israël ont, pendant près d’un demi-siècle, répété de telles diffamations sans être contestés, ils ont progressivement gagné en crédibilité.
Il est vrai qu’après la chute de l’Union Soviétique et la dissolution du bloc de l’Est (1989-1991), on avait le sentiment que le monde était au seuil d’une nouvelle ère démocratique. Et avec la signature des accords d’Oslo (13 septembre 1993), beaucoup pensaient en fait que la propagande anti-israélienne cesserait. Le déni a peut-être joué un rôle, car la persistance d’une intense agitation anti-israélienne et antisémite représentait une « information gênante ». Attirer l’attention sur le problème devenait politiquement incorrect et parfois dangereux pour ceux qui souhaitaient progresser dans le monde académique.

Comme nos dirigeants étaient naïfs!
La propagande n’a pas cessé car en fait, elle ne dépend pas de ce que nous faisons mais de ce que nous sommes. Exactement comme dans pendant le troisième Reich, les Juifs étaient tués non pas à cause de leur religion (certains étaient même convertis au christianisme!), non pas à cause de leurs idées politiques ou de leurs richesses, ils l’étaient parce qu’ils étaient Juifs un point c’est tout!

Quant à Mahmoud Abbas, il a été accueilli avec enthousiasme à son retour d’Allemagne. Sur le site infos-israel.news*:
L’agence de presse officielle palestinienne Wafa rapporte: Notre peuple palestinien a reçu le président Mahmoud Abbas, ce soir, jeudi, avec une immense et solennelle réception, alors que les masses palestiniennes faisaient demi-tour aux abords de la route que le président a empruntée près de l’entrée nord de la ville d’Al-Bireh, revenant d’une visite officielle en Allemagne, pour confirmer ses positions qui ont été confirmées lors de son voyage, qui reflètent les aspirations et les rêves de notre peuple*…
Le secrétaire du Conseil révolutionnaire du mouvement Fatah, Majid Al-Fatiani, a déclaré que cette réception est une manifestation de loyauté envers Abou Mazen, qui a porté le message du peuple palestinien, ses préoccupations et son histoire avec toute l’audace et le courage, armé de la volonté du peuple et la mémoire nationale palestinienne, encore pleine de la criminalité sioniste. Il a poursuivi : Pourquoi les Israéliens sont-ils en colère ? Avons-nous été complices de leurs massacres ? Au contraire, ce sont eux qui nous ont noyés dans notre sang dans des dizaines de massacres en 74 ans.
Il a ajouté :  Le président a dit la vérité et l’a confrontée au monde 
À son tour, le secrétaire du mouvement Fatah à Ramallah, Muwaffaq Sahweil, a déclaré que le rassemblement est venu confirmer que tout ce que le président a déclaré dans son discours, ses déclarations et ses positions représentent le peuple palestinien

Oui, actuellement, les Palestiniens sont victimes d’apartheid, l’apartheid palestinien: 800 000 Arabes palestiniens sont détenus dans 27 camps dits de « réfugiés ». 600 000 dans 8 camps contrôlés par le Hamas à Gaza et 200 000 en Judée et Samarie. Ils végètent dans 19 camps contrôlés par l’OLP (Fata’h). L’ONU, le Hamas et le Fata’h refusent de réinstaller les populations de leurs camps d’apartheid dans les villages et les villes que le Fata’h contrôle en Judée-Samarie depuis 1995 et dans les zones contrôlées par le Hamas à Gaza depuis 2007. Et ceci sans parler de l’apartheid pratique à leur égard dans les pays arabes du Moyen-Orient.

(Collaboration entre le Fata’h, le ‘Hamas et les organisations internationales. Dry Bones)

Au cas ou vous auriez encore des doutes…

(Photo prise par Amihai Stein à Beit Umar, près de Hebron)

Alors, à ceux qui nous somment de faire la paix:
Avec qui pourrions nous négocier une paix ? Avec le Jihad islamique, le Hamas, l’Autorité palestinienne qui ne rêvent que de la destruction de notre pays ?
Les partisans de l’accord d’Oslo n’ont toujours pas répondu à cette question.

A bientôt,

* Sur l’attentat de Munich et la cruauté des terroristes:
https://www.nytimes.com/2015/12/02/sports/long-hidden-details-reveal-cruelty-of-1972-munich-attackers.html

*Plus tard dans les années 70 un soi-disant historien est-allemand, Polken, publiera un article dans le Journal of Palestine Studies un article retentissant intitulé « Les contacts secrets : le sionisme et l’Allemagne nazie, 1933-1941 », article dont le titre est très proche du livre de Mahmoud Abbas…

*Ce qu’on trouve dans les manuels scolaires palestiniens:
http://www.juif.org/antisemitisme-juif/241122,pas-seulement-un-lapsus-les-manuels-palestiniens-regorgent-de.php

*Sur les salaires des terroristes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/02/14/terroriste-ca-paye-bien/

*Source infos-israel.news:
https://infos-israel.news/les-palestiniens-accueillent-abbas-avec-un-rassemblement-de-soutien-a-ses-propos-antisemites/
Version en arabe:
https://www.wafa.ps/Pages/Details/53465

*Sur l’apartheid en Israel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2022/02/03/le-refrigerateur-%D7%94%D7%9E%D7%A7%D7%A8%D7%A8-et-lapartheid/

*Sur l’UNICEF et autres organisations soi-disant humanitaires:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2021/11/03/ces-o-n-g-que-nous-persecutons/

*Si vous voulez approfondir vos connaissances sur la situation des Juifs en pays arabes:
Les livres de Bat Yeor, l’une des premières à avoir expliqué ce qu’est la condition du dhimmi dans l’islam: Eurabia, l’axe euro-arabe, l’Europe et le spectre du Califat, le Dihmmi, profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe…
https://www.cairn.info/revue-pardes-2003-1-page-61.htm#
https://contrecourant1.wordpress.com/2009/05/03/document-la-ligue-arabe-et-letablissement-dun-statut-de-dhimmi-pour-les-juifs-en-palestine-mandataire/
http://danilette.over-blog.com/tradition-pogromiste-arabo-musulmane.html


Fake news ou safek news?


Autrefois, alors que vivait encore Tarapapou*, les nouvelles arrivaient plus ou moins vite, souvent déformées et sans possibilité réelle de les vérifier. Plus tard, les journaux se multiplièrent et la télévision fit son apparition. Le journal télévisé du soir fut surnommé la grand-messe de 20 heures car ce qui sortait de la bouche des journalistes était parole d’évangile.
Avec l’arrivée d’internet et de ce qu’on appelle les réseaux sociaux, chacun pensa qu’enfin, nous allions savoir ce qui se passait vraiment dans le monde. Mais non, car apparurent alors les fake news modernes, ragout réchauffé de propagande qui mijote à petit feu, parfumée d’épices écœurantes qui colorent les faits jusqu’à les dénaturer. En fait ce ne sont souvent que des ספק (safek) news, des nouvelles douteuses, lancées par volonté de nuire beaucoup, passionnément ou juste un peu, des phrases vagues, adjectifs mal placés ou une simple virgule qui maquillent un fait en l’habillant d’une neutralité malveillante.

En hébreu, j’aime bien l’expression safek news. Oui, c’est une particularité des journalistes israéliens d’introduire parfois des mots d’anglais quand ils en arrivent à l’actualité : news c’est quand même mieux que חדשות (hadashot)?
Mais qu’est-ce qu’un ספק (safek)? Non, ce n’est pas un mot nouveau construit à partir de fake, un safek c’est un doute.
Et qui nous les fournit ספק(sapak) ces safek news ? Ceux qui y ont intérêt. Ce doit être la seule marchandise dont l’approvisionnement הספקה (haspaka) ne fait jamais défaut.
Aussi par ces temps troublés de guerre et de bruits de guerre, je vous invite à douter de ce qui est מסופק (mesoupak), à être septiques ספקן(safkan) et à garder un doute ספקות(sefekout) sur ce qui est ספקני(safkani) peu probable, ainsi que nous le conseillent les sages des Pirkei Avot qui ajoutent : Pour chaque rabbin, il faut un autre rabbin (pour discuter et vérifier ses décisions)
On dirait maintenant qu’il en faut pour chaque lecteur et comme me disait mon père : recoupe tes sources !
La racine ספק (S.P.K) n’a pas donné que le mot safek et ses dérivés. Elle aussi un sens différent qu’on découvre en lisant la fameuse histoire de Bil’am (Balaam), le prophète araméen.
Bil’am est un prophète mercenaire et il est connu pour ses malédictions réussies. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle Bil’am au regard lucide. Or, catastrophe ! Quand le roi de Moav lui demande de maudire Israel, il fait de son mieux mais il n’y arrive pas!
Aussi le roi Balak frappe dans ses mains de colère:
Balak, enflammé de colère contre Bil’am, frappa des mains, et il dit à Bil’am:
« C’est pour maudire mes ennemis que je t’avais appelé, et tu as persisté à les bénir, par trois fois! 

וַיִּחַר-אַף בָּלָק אֶל-בִּלְעָם, וַיִּסְפֹּק אֶת-כַּפָּיו; וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל-בִּלְעָם, לָקֹב אֹיְבַי קְרָאתִיךָ, וְהִנֵּה בֵּרַכְתָּ   בָרֵךְ, זֶה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים 

Alors, oui, recoupons nos sources et décevons les propagateurs de ces safek news qui se frapperont les mains de colère et de frustration!

D’autant que selon le linguiste Ernest Klein, le mot סָפֵק (safek), doute, est ironiquement, d’origine incertaine.

Hier soir, je corrigeais cet article que je voulais léger…
Et puis j’ai écouté le discours de Zelensky adressé à la Knesset. Pour défendre son pays attaqué par la Russie, il n’a pas hésité à utiliser des fake news. Je veux parler de la pseudo destruction du monument de Babi Yar* par les Russes, de l’aide qu’auraient apporté les Ukrainiens aux Juifs pendant la Shoah* alors qu’ils avaient au contraire largement aidé les nazis. L’objectif de Zelensky était évident : créer une émotion partisane en exploitant la sensibilité particulière des Israéliens sur tout ce qui touche à la Shoah. De nombreux parlementaires de tous bords ont été choqués par son discours et ici en Israel, Zelensky n’a pas eu droit à une standing ovation.
Ce matin, comprenant que nous ne sommes pas tous idiots et qu’en plus, il est contre-productif d’accuser un pays qui a lancé une importante opération humanitaire pour aider ses compatriotes, Zelensky commence à faire marche arrière… Introduire un safek sur ses déclarations précédentes.

Par nature, je me méfie des opinions unanimes avant que les faits ne soient avérés.
Je vous invite à lire les deux excellents articles de mon ami Jean-Pierre Lledo sur le sujet :
https://mabatim.info/2022/03/08/nous-sommes-tous-des-juifs-ukrainiens/
https://mabatim.info/2022/03/21/limpudence-du-va-t-en-guerre-zelinsky-a-la-knesset-disrael/

Lisez aussi l’article d’Ada Shlein sur le poète Evgueni Evtouchenko qu’il déclama le 16 septembre 1961 et dont le titre explosait comme une bombe: Babi Yar
https://mabatim.info/2017/04/04/evgueni-evtouchenko-en-russie-un-poete-est-plus-quun-poete/

A bientôt,

*Tarapapou:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2021/09/05/qui-etais-tu-tarapapou/

*La shoah en Ukraine:
https://www.yadvashem.org/righteous/stories/ukraine-historical-background.html

Yom Hashoah 2021: Nous sommes ces survivants


Ce soir, nous sommes le 27 du mois de Nissan et nos entrons dans le יום הזיכרון של השואה והגבורה (Yom Hazikaron shel hashoah vehagvoura), le jour du souvenir de la Shoah et de l’héroïsme.

Comme tous les ans, une cérémonie à leur mémoire se tient ce soir dans toutes les villes et villages d’Israel ainsi qu’au mont Herzl, à Jerusalem.

Vous pourrez la voir à partir de 20h (heure israélienne) 19h (heure française)





La mélodie d’ouverture du film documentaire La colonne de feu deviendra la mélodie symbole de la journée de Yom Hashoah

אני אותו רואה בלילה
ניצב על מקומו עמוד האש
מגדל של אור עולה למעלה
מצמיח שורשים כאילו ביקש
להגיד לפזורי העם
לתועי המדבר אי שם
בואו לכאן מצפון, מים
נגב וקדם
לילות רבים סבב בדרך
הפציע בעיני מי שחלם
הינחה בחושך אלי ארץ
ממנה לא ימוש אורו לעולם
להאיר לפזורי העם
לתועי המדבר אי שם
דרך עד כאן מצפון, מים
נגב וקדם
עמוד האש, עמוד השחר קם

Je la vois dans la nuit, elle se tient droite, colonne de feu, tour de lumière qui monte vers le ciel, fait germer des racines, annonce aux dispersés de notre peuple, ceux qui se sont perdus dans le désert au milieu quelque part: Venez! Depuis le nord depuis la mer, le sud et l’orient, venez!
Pendant de longues nuits, elle tourna sur les chemins, éblouissant les rêveurs de sa lumière, indiquant dans l’obscurité le chemin d’un pays dont la lumière éclairera à jamais
le chemin du peuple dispersé, perdu dans un désert quelque part,
qui vient du Nord, de la mer, du Sud et de l’Orient.
Colonne de feu, voici la colonne de l’aube
.




Nous sommes tous ces survivants, survivants parce que nous avons vécu la Shoah, ou survivants parce que nos parents, nos grands-parents l’ont vécue et parce que si les Alliés n’avaient pas défait l’Allemagne, nous ne serions pas là… Et je n’écrirais pas cet article.
Nous sommes aussi ces survivants parce que nous avons gardé l’espoir.
Le rav Israel Lau*, l’un des plus jeunes survivants de Buchenwald se souvient que lorsqu’il était dans l’orphelinat de l’OSE* à Ecouis, un des adolescents, nommé Aaron, dit à ses camarades:
« Lorsque j’étais enfant, j’allais me promener tous les soir avec mon grand-père au bord de la Vistule. Mon grand-père me récitait des passages du Tanakh que je devais apprendre par cœur.
Dans les camps, j’ai tout oublié. Pendant toutes ces années, je n’ai pas ouvert un livre mais je me souviens de l’un des textes de la bible parce que tous les soirs je le recitais pour ne pas perdre espoir:
La main de Dieu se posa sur moi et Il me transporta en esprit et me déposa au milieu de la vallée, laquelle était pleine d’ossements.  Il me fit avancer près d’eux, tout autour; or, il y en avait un très grand nombre à la surface de la vallée, et ils étaient tout desséchés.  Il me dit: « Homme, ces ossements peuvent-ils revivre?  » Je répondis « Seigneur Dieu, tu le sais. »  Et il me dit: « Prophétise sur ces ossements et dis-leur: Ossements desséchés, écoutez la parole de l’Eternel!  Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements: Voici que je vais faire passer en vous un souffle, et vous revivrez.  Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître autour de vous de la chair, je vous envelopperai d’une peau; puis je mettrai en vous l’esprit, et vous vivrez; et vous reconnaîtrez que je suis l’Eternel. »  
Je prophétisai comme j’en avais reçu l’ordre. Il se fit une rumeur, comme je prophétisais, puis un frémissement, et les os se rapprochèrent en s’ajustant l’un à l’autre.  Je vis qu’il y avait sur eux des nerfs, qu’une chair s’était développée et qu’une peau s’étendait par-dessus, mais de souffle, il n’y en avait point encore.  Il me dit fais appel à l’esprit, fais appel, Homme, et dis à l’esprit: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Des quatre coins, viens, ô esprit, souffle sur ces cadavres et qu’ils revivent. Et je prophétisai, comme il me l’avait ordonné; et l’esprit les pénétra, ils vécurent et ils se dressèrent sur leurs pieds, en une multitude extrêmement nombreuse. Alors il me dit: « Homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israel. Ceux-ci disent: « Nos os sont desséchés, notre espoir est perdu, c’est fait de nous! » Eh bien! Prophétise et dis-leur: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Voici que je rouvre vos tombeaux, et je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple! et je vous ramènerai au pays d’Israë
l. (livre du prophète Ezechiel, 37)
Ces ossements, ce sont nous les survivants, ajouta t-il, ne dites pas, nous n’avons plus d’espoir*! C’est vrai nous sommes actuellement ces ossements desséchés, nous avons été éparpillés, enterrés, mais nous revivons et dans quelques jours nous rentrerons chez nous… »

Et il en fut ainsi, malgré l’opposition du gouvernement britannique qui envoyait ses bateaux de guerre arrêter les vieux rafiots, pleins à ras bord de survivants de la Shoah et les détourner sur l’ile de Chypre ou même les renvoyer en Allemagne comme ce fut le cas pour l’Exodus en 1947.

(Au moment d’être arrêtés par l’armée britannique, ces survivants entonnent l’Hatikva)

Ce soir, nous allumerons une bougie au nom de tous les nôtres.






A bientôt,

* Si vous voulez lire mes articles sur la Shoah, ils sont tagués Shoah, Yom Hashoah,

* Le rav Lau:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2020/01/28/les-actes-comptent-et-non-pas-le-verbiage-des-discours-sans-dents/

* L’OSE:
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C5%92uvre_de_secours_aux_enfants

*Nous n’avons pas perdu espoir: une des phrases de l’hymne national, Hatikva

Des Mishloa’h Manot pour Pourim

Dans la meguila d’Esther que nous lisons à chaque Pourim il est écrit:
…les Juifs, dans Shoushan, s’étaient rassemblés le treizième et le quatorzième jours et avaient pris du repos le quinzième jour, dont ils avaient fait un jour de festin et de joie. C’est pourquoi les Juifs des campagnes, qui habitent des villes ouvertes, font du quatorzième jour du mois d’Adar un jour de joie, de festin, un jour de fête, et s’envoient réciproquement des cadeaux… 

(Détail d’une meguila décorée par mon amie Sarah Lesselbaum)


C’est pourquoi, nous célébrons tous les ans Pourim le 15 du mois de Adar et non pas le 14, nous les Juifs de la capitale Jerusalem, ville entourée de murailles*,

 

Et nous le ferons bien sûr cette année: bien qu’on nous parle du coronavirus en permanence aux infos, la vie continue. Nous sommes d’une nature optimiste.
En fait, nous avons toujours été optimistes et ça même pendant des périodes autrement plus tragiques.
J’ai retrouvé cette interprétation d’un chant de Pourim écrit en URSS pendant la deuxième guerre mondiale*. Il s’appelle Shlakhmones, c’est à dire משלוח מנות, Mishloa’h Manot, l’envoi de mets délicieux.
Depuis 2500 ans, nous observons cette coutume des Mishloa’h Manot telle qu’elle nous a été prescrite par Mordekhaï, l’oncle de notre reine Esther:
Mordekhaï mit par écrit ces événements et expédia des lettres à tous les juifs, proches ou éloignés, dans toutes les provinces du roi A’hashveroush (Assuerus),  leur enjoignant de s’engager à observer, année par année, le quatorzième jour du mois d’Adar et le quinzième jour, c’est-à-dire les jours où les juifs avaient obtenu rémission de leurs ennemis, et le mois où leur tristesse s’était changée en joie et leur deuil en fête, à en faire des jours de festin et de réjouissances et une occasion d’envoyer des présents l’un à l’autre et des dons aux pauvres.  Les Juifs érigèrent en coutume ce qu’ils avaient commencé de faire et ce que Mordekhaï leur avait recommandé par écrit, car Haman, fils de Hamedata, l’Agaghite, persécuteur de tous les Juifs, avait formé le dessein d’anéantir les Juifs et consulté le Pour, c’est-à-dire le sort, à l’effet de les perdre et de les détruire, et quand la chose parvint à la connaissance du roi, il donna l’ordre écrit que le mauvais dessein qu’Haman avait conçu contre les Juifs retombât sur sa tête et qu’on le pendît, lui et ses fils, au gibet… (Esther, 9, 20-26)

Là, dans ce chant yiddish, nous dirons qu’il s’agit d’un Mishlo’ah Manot un peu particulier, puisqu’il s’adresse à Hitler

Tu n’es pas mon premier ennemi, j’ai déjà fait face à bien d’autres comme toi,
Je mettrai ton nom en bas de la liste qui commence par Haman:
Haman, Antiochus, Torquemada*, Krushevan* ont déjà essayé avant toi de nous anéantir.
En fait c’est une longue liste et je n’ai pas assez de papier!

Tu voulais m’exterminer, mais tu as échoué, Staline a coupé tes mains!
Tu as brûlé ma maison, déshonoré mes filles, tu as tué mes bébés et juré de me pourchasser
Mais en dépit de ton rêve stupide et sauvage, nous vivons malgré tout.

Tu finiras pendu à l’arbre d’Haman,
עם ישראל חי, AM ISRAEL ‘HAI!

Cette année, je ne vais pas préparer les classiques עוזני המן, Oznei Haman, Oreilles d’Haman*. Les miennes seront à la mode italienne, les orecchie di Haman* qui ressemblent beaucoup aux oreillettes provençales, aux bugnes lyonnaises et aux beignets de carnaval toscans.

mais elles seront à l’huile et non pas au beurre:

En voici la recette:
Tout d’abord les ingrédients:

  • 250 gr de farine
  • 1 œuf
  • 1 c à soupe d’huile
  • 1 c à café de levure
  • 1 citron
  • 15 gr de sucre
  • 70 ml de vin blanc
  • Sucre glace ou semoule pour saupoudrer
    Vous mélangez la farine et la levure. Vous ajoutez l’œuf, l’huile, le zeste du citron finement râpé et le sucre. Vous commencez à mélanger puis versez le vin blanc. Ensuite, vous mélangez jusqu’à obtenir une pâte souple et homogène.
    Vous étalez la pâte,  coupez des bandes de 3 cm de large que vous découperez ensuite en losanges. Faites chauffer de l’huile dans une sauteuse. Quand l’huile est bien chaude, y plonger les losanges par petits groupes pour ne pas faire baisser la température de l’huile.
    Faites les cuire une minute ou deux. Ils ne doivent pas brunir. Déposez-les sur du papier absorbant pour ôter le plus d’huile possible.
    Saupoudrez-les de sucre glace.
    Régalez-vous!

 

Bonne fête de Pourim

פורים שמח

 

A bientot,

*Il fait partie de ces chants yiddish soviétiques que l’on croyait perdus et dont parle Ada Shlaen dans son excellent article:
Exposition « Le chemin de la Victoire »

*Contrairement a une légende qui prend sa source chez l’historien espagnol du 16 ème siècle Bartolomé de Las Casas, le grand Inquisiteur Torquemada n’était pas d’origine juive par sa mère. Il était le fils de la première femme de son père, morte très jeune. La deuxième femme de son père, elle, était marrane.

*Pavel ALexandrovitch Krushevan: russe d’origine moldave, actif dans le mouvement violemment antisémite Les Cent Noirs, journaliste et éditeur des Protocoles des Sages de Sion.
https://en.wikipedia.org/wiki/Pavel_Krushevan
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cent-Noirs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les actes comptent, et non pas le verbiage… des discours sans dents!

Je ne sais plus si je vous ai déjà parlé du projet 929 ou התנ’ך ביחד  (Hatanakh beya’had), le Tanakh ensemble. Nommé ainsi d’après les 929 chapitres de la Bible, c’est un projet unique en Israël qui propose au grand public une nouvelle coutume judéo-israélienne : lire chaque jour un chapitre du Tanakh, sauf le vendredi et le shabbat, soit 5 chapitres par semaine. Chaque jour, un nouveau texte biblique apparaît sur le site 929.org.il, accompagné d’informations intéressantes, d’explications, de vidéos et d’images qui apportent toutes un éventail de points de vue et des perspectives, parfois très différentes les unes des autres.
Un peu partout dans le pays, des petits groupes d’étude hebdomadaire permettent aux participants de discuter ensemble sur ce qu’ils ont étudié pendant la semaine. Les participants se réunissent chez des particuliers, dans des Centres culturels, des cafés,

(dans un café à Ashdod, site Ashdod.net)

ou de manière plus formelle dans la maison du président de l’état Reuven Rivlin:

Tous les dimanches soir, je m’en vais donc dans le quartier de Gilo, à Jerusalem, pour échanger avec une dizaine de personnes sur les chapitres de la semaine. Dans mon groupe aucun des participants n’est considéré comme vraiment pratiquant mais comme le dit Akiva, l’un de mes amis: la Thora a été donnée à tout le peuple et pas seulement aux religieux!
La semaine dernière, nous avons terminé le livre du prophète ישעיהו (Yishayaou), ou Isaïe, dont les derniers chapitres nous parlent de גאולה (gueoula)*. On y trouve entre autres cet verset qui m’a particulièrement frappée cette semaine:
Et ils viendront à toi, tête, basse, les fils de tes persécuteurs, et tous tes insulteurs se prosterneront jusqu’à la plante de tes pieds; ils t’appelleront Cité de l’Eternel, la Sion du Saint d’Israël. (Yshayahou-Isaïe 60,14)
וְהָלְכוּ אֵלַיִךְ שְׁחוֹחַ בְּנֵי מְעַנַּיִךְ, וְהִשְׁתַּחֲווּ עַל-כַּפּוֹת רַגְלַיִךְ כָּל-מְנַאֲצָיִךְ; וְקָרְאוּ לָךְ עִיר יְהוָה, צִיּוֹן קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל. טו תַּחַת הֱיוֹתֵךְ עֲזוּבָה וּשְׂנוּאָה, וְאֵין עוֹבֵר; וְשַׂמְתִּיךְ לִגְאוֹן עוֹלָם, מְשׂוֹשׂ דּוֹר וָדוֹר

Le journaliste Amit Segal, a lui aussi été frappé par ces paroles prophétiques, lues la semaine dernière, alors que se tenait à Jerusalem le 5 ème Forum International sur la Shoah*, en présence d’une cinquantaine de chefs d’état et de têtes couronnées.

L’allocution du président allemand lors de la cérémonie fut pleine de contrition:
Chaque fois qu’un dirigeant allemand vient à Yad Vashem, écrit Amit Segal, et qu’on lui rappelle par cette visite de quoi son pays fut responsable il y a quelques années, je me souviens de ces versets…

Il a aussi évoqué les paroles de son oncle le Rav Israel Meir Lau, lors de cet même forum.

Le rav Lau a rappelé à ces dirigeants qui se tenaient devant lui l’histoire de l’arche de Noa’h:
Comment se fait-il que des animaux très différents les uns des autres et parfois agressifs les uns envers les autres aient pu tenir ensemble 150 jours dans cet espace clos qu’était l’arche? Tout simplement parce qu’ils avaient un ennemi commun. Le déluge leur faisait suffisamment peur… Et aujourd’hui? N’avons nous pas des ennemis communs qui nous menacent tous au delà de nos différences et de nos dissensions? La  violence, la terreur! Comment pouvons-nous nous permettre de tolérer cette cruauté? Quand serons-nous aussi intelligents que les animaux de l’arche? Quand la réalité est tellement dangereuse, nous n’avons pas d’autre choix que de vivre en bonne intelligence.
Le rav Lau a préféré s’éloigner de cette vision idéale d’un futur radieux pour Israel et les nations, quand enfin le loup vivra avec l’agneau,  et a choisi de s’ancrer dans la réalité.
Pour moi,
ajoute Amit Segal, le choix de mon oncle fut surprenant: c’est un homme d’étude, de foi, qui a refusé de surfer sur la description merveilleuse de la geoula et s’est concentré sur la responsabilité humaine.  Lui, qui a vécu le premier chapitre de sa vie dans le camp de Buchenwald, chemine dans ce monde les yeux ouverts mais prudents dans son rapport avec l’humanité.

(Loulek (Israel Meir) Lau, en compagnie de soldats américains qui lui ont retaillé
des vêtements de la Hitlerjugend quelques temps après la libération de Buchenwald
)

Ça m’a pris quelque moment, continue Amit Segal, pour comprendre dans quelle direction le rav Lau voulait aller. Mais après avoir réfléchi je me suis aperçu qu’il était le seul qui n’avait pas parlé de commémoration. Il a entendu la demande de pardon du président allemand mais il l’a repoussée en expliquant qu’il n’avait pas l’autorité pour pardonner au nom de toutes les victimes. Il a regardé droit dans les yeux tous les dirigeants et leur a assuré que nous n’oublierons pas. Ce fut le discours d’un Juif droit et fier et qui se souvient du mal dans sa pire noirceur et nous demande de ne pas nous laisser actuellement tenter par cette prophétie où des agneaux vivront sans crainte au côté des loups, mais en fait d’agir pour le bien.

Un jour, sans doute, le loup habitera avec la brebis, et le tigre reposera avec le chevreau; veaux, lionceaux et béliers vivront ensemble. Mais nous en sommes bien loin. Pleurer sur des Juifs morts et dédouaner en même temps les assassins d’aujourd’hui ne fait pas avancer ni la justice ni la paix et ça le Rav Lau le sait bien: à un journaliste qui lui demandait son impression sur la cérémonie et sur l’intention affirmée par tous de lutter contre l’antisémitisme , il a répondu avec clairvoyance: Les discours de tous ces dirigeants étaient très bien tournés mais ils étaient sans dents…

A bientôt,

 

*Le projet 929 a été lancé en 2014 à l’initiative du vice-ministre de l’Education, Avi Wurzman, et du rav Benny Lau (neveu du Rav Israel Meir Lau).
Si vous comprenez l’hébreu ou l’anglais voici de quoi étudier:
https://www.929.org.il/p/home
https://www.929.org.il/lang/en/today

*La gueoula: ce mot est traduit en français par rédemption, c’est à dire le fait de racheter ses péchés. Mais ceci est une notion chrétienne qui a peu à voir avec la gueoula telle que la tradition juive la pense. Pour nous il s’agit de notre libération finale à l’époque du Mashi’ah. Pour le sionisme, la renaissance de l’État d’Israël n’est pas considérée comme un but, mais plutôt comme le début d’un processus, dans lequel de nombreuses étapes se produiront encore.

*5 ème Forum International sur la Shoah, le 23 janvier 2020:
https://www.yadvashem.org/fr/forum-shoah-2020/about.html

*Le rav Israel Meir (Loulek) Lau: déporté à Buchenwald à l’age de 7 ans avec son frère aîné. Il a survécu grâce à un médecin tchèque, lui-même déporté, qui a déclaré aux SS que l’enfant n’était pas juif et qu’il avait été raflé alors qu’il jouait chez un de ses camarades juif. Les SS l’ont alors amené dans la partie du camp réservée aux prisonniers de guerre russes. Les conditions y étaient catastrophiques mais ce subterfuge lui a évité d’être envoyé dans une chambre à gaz. Les soldats russes l’ont protégé autant qu’ils ont pu, lui donnant une partie de leur nourriture. L’un deux, Fiodor, voulait même l’adopter à la fin de la guerre. Mais Loulek, s’est souvenu des paroles de Naphtali son frère: Eretz Israel. Encore une fois. Répète encore. Eretz Israel, c’est la maison des Juifs et c’est là que nous devons retourner. C’est le seul endroit au monde où les Juifs ne sont pas tués. Alors si tu restes en vie, il y a certainement des gens qui voudront te prendre avec eux et te conduire ailleurs… mais rappelle-toi ce que je te dis: seulement en Eretz Israel.
Loulek, histoire d’un enfant de Buchenwald qui devient grand-rabbin d’Israel, Jerusalem Publications, 2009
http://collectifhistoirememoire.org/Pages/107_Israel-Meir-Lau.html

שארית הפליטה Les survivants

Un jour, un étudiant m’avait demandé pourquoi j’évoquais les grandes difficultés à survivre des rescapés de la Shoah.
C’est vrai
m’avait-il dit, après tout la guerre était finie! J’avoue être restée interloquée!

En fait si en 1945, si de nombreux européens doivent reconstruire leurs pays et sont confrontés aux séquelles de la guerre, pour les Juifs, la situation est vraiment épouvantable. Bien sûr, les nazis ne les pourchassent plus, mais certaines populations locales le font. C’est un euphémisme de dire qu’ils ne sont pas  toujours les bienvenus.

En Europe de l’Ouest, cela se passe poliment. L’administration fait parfois la sourde oreille lorsqu’il s’agit de rendre à un fonctionnaire son poste, un appartement, un magasin ou une entreprise à ses propriétaires. On leur assènent qu’ils ne sont pas les seuls malheureux et qu’expulser une famille avec des enfants en bas âge pour qu’y vive un seul occupant… Personne ne relève cette simple évidence: si une seule personne réclame cet appartement, c’est qu’un seul membre de la famille a survécu.
En Europe orientale, la situation est bien pire. Non seulement les habitants font violemment front commun contre eux,  mais les assassinats de Juifs isolés sont monnaie courante. La Pologne en particulier, mais pas seulement, est le théâtre de nombreux actes de violences contre les Juifs survivants, rescapés des camps ou cachés dans les forêts. Alors qu’ils reviennent dans leurs villages, ils sont accueillis aux cris de : « Quoi, ils ne sont pas tous morts ? ». Des Juifs disparaissent, d’’autres sont retrouvés morts. Qui les attaquent? Ceux qui ont volé leurs maison et pillé leurs biens, ceux qui les ont dénoncés … Ici ou là, les gens retrouvaient leurs meubles, un objet ayant appartenu aux parents, une voiture d’enfant… chez le voisin d’à côté ou d’en face qui avait dénoncé leur famille*.
En un an, on dénombrera un millier de Juifs assassinés par les populations locales rien qu’en Pologne, Républiques Baltes et Biélorussie et ce après la guerre! Je cite de mémoire le pogrom de Rzeszow (juin 1945), de Cracovie (août 1945), de Kielce (juillet 1946), celui de Velke Topolcany en Slovaquie (septembre 1945), et celui de Kunmadaras en Hongrie (1946) mais il y en a beaucoup d’autres …

A Kielce en 1946, un garçon polonais, Henryk Błaszczyk, fait une fugue. A son retour, il raconte à ses parents qu’il a été séquestré dans une cave par des Juifs qui voulaient le tuer. Il désigne une maison habitée par des réfugiés juifs.  Cette maison n’a pas de cave mais personne ne relève ce fait, d’autant que son récit reprend les traditionnelles accusations de meurtre rituel*.
La situation des Juifs est alors tellement critique en Pologne, que les autorités soviétiques leur permettent de garder des armes de poing chez eux. Mais, en ce début du mois de juillet à Kielce, la police polonaise les désarme et les livre ainsi à la foule qui se déchaînera contre tous les Juifs de la ville le 4 et le 5 juillet. Il y aura 42 morts et quatre-vingt blessés, hommes, femmes, enfants, parmi eux un bébé de trois semaines, y compris à l’hôpital où seront achevés des blessés, mais aussi dans les trains aux alentours..
Un historienne polonaise* raconte que:
« Jusqu’au 4 juillet 1946, les Juifs polonais indiquaient que les événements du passé [ principalement la Shoah] leur fournissaient leur principale raison d’émigrer… Après le pogrom de Kielce, la situation changea radicalement. Les rapports tant juifs que polonais parlaient d’une atmosphère de panique parmi la société juive dans l’été 1946. Les Juifs ne croyaient plus qu’ils pourraient être en sécurité en Pologne. En dépit d’une milice importante et d’une présence militaire dans la ville de Kielce, des Juifs y avaient été assassinés de sang-froid, en public, et pendant plus de cinq heures. On chuchotait que la milice et l’armée avaient pris part au pogrom. De juillet 1945 à juin 1946, environ cinquante mille Juifs passèrent la frontière polonaise illégalement. En juillet 1946, presque vingt mille décidèrent de quitter la Pologne. En août 1946, le nombre crut à trente mille. En septembre 1946, douze mille Juifs quittèrent la Pologne. »
Leur nombre passera rapidement à 100 000.

A la fin de la guerre, tous les Juifs qui le peuvent fuient à l’Ouest, se retrouvent en Allemagne et en Autriche dans des camps de D.P, Displaced Persons, à côté ou dans les mêmes camps qu’ils viennent de quitter* Ils y côtoient parfois des nazis!
Fin 1946, ces camps abritent environ 250 000 Juifs, désireux de partir soit pour l’Amérique, soit pour la Palestine britannique dont les frontières leurs sont fermées.
Heureusement, ils rencontrent aussi des soldats de la Brigade Juive, basés dans le Nord de l’Italie et en Autriche. Ces survivants sont  bouleversés par l’apparition de jeunes Juifs de Palestine portant les symboles nationaux juifs sur leur uniforme et parlant parlant hébreu ainsi que le yiddish. Le lien entre un grand nombre de Juifs rescapés avec Eretz Israel, est non seulement un lien idéologique , mais aussi parfois familial et la Brigade juive les aide aussi, autant que faire ce peut, à retrouver des parents déjà installés en Palestine.
En attendant leur départ, les survivants apprennent soit l’anglais, soit l’hébreu.

(école du camp de Wegscheid, Allemagne, 1948)

Pour aider ces derniers, les Juifs de Palestine leur envoient des alphabets, des dictionnaires hébreu-yiddish, des livres pour enfants et aussi des machines à imprimer. Parmi ces livres, une version du Petit Chaperon Rouge, légèrement modifiée, où le dialogue entre la petite fille et le loup rappelle un texte biblique: cette peau (celle du loup) est celle d’un ours mais cette voix est celle d’un agneau*.
D’autres livres sont plus axés sur ce qu’a vécu le peuple juif depuis le début de la Shoah et donnent au enfants l’espoir de vivre libres, ainsi une comptine qui se termine par Montons à Jerusalem!

 

ou bien celui-ci qui s’appelle Eden dont la couverture est très parlante:

En allant de droite à gauche dans le sens des aiguilles d’une montre, chaque image décrit ce qu’ont vécu ces enfants et vers quoi ils aspirent. Ce qui est émouvant, c’est que ces illustrations sont celles d’un auteur pour enfants, Raphael Gutman, qui ne put jamais monter en Israel: originaire de Varsovie, il fut assassiné dans le ghetto de Byalistok en 1943.
Je me rends compte qu’en fait, comme les Haggadot, la plupart des livres pour enfants d’après guerre reprennent cette idée: depuis la Shoah, jusqu’à la terre promise*.

Il n’y a pas que l’apprentissage de l’hébreu! Les survivants étudient, apprennent des métiers manuels,

 

(source; Yad Vashem)

et s’expriment grâce au sport, à la musique et au théâtre. Peu à peu, ils reprennent gout à la vie, certains se marient, des bébés naissent…


(Mariage de Dolly Fraenkel et de Mordekhai Baron, tous deux originaires de Lodz, dans le « kibboutz » Habonim Dror » au camp de Cesarea, Italie, Yad Vashem)

Les candidats au départ pour la Palestine sont pris en main par le mouvement הבריחה (Habri’ha), déjà fondé en Pologne pendant la guerre par les résistants juifs et repris par les membres de la Brigade juive et la Hagannah. Son activité se concentre sur  les zones d’occupation américaine où ils sont souvent aidés par les soldats, et la Brigade juive y transfère donc le plus possible de Juifs. Pour cela, il leur faut éviter les contrôles de l’armée britannique qui veut empêcher les Juifs de rejoindre la Palestine.
De là, les convois partent soit vers l’Autriche et l’Italie ou vers la France en vue de prendre la mer.

Le passage de la frontière française est difficile, il nécessite un visa d’entrée et la promesse que les passagers des camions ne restent pas sur le territoire français…
Et quand les navires arrivent à prendre la mer, les ennuis ne sont pas finis. La plupart du temps, ils sont arraisonnés par la marine britannique et leurs occupants transférés, entre autre, vers de nouveaux camps à Chypre. La plupart de survivants y resteront jusqu’en 1948.

 


Cette accusation de meurtre rituel qui a mené au pogrom de Kielce ne devrait surprendre personne. Tout d’abord, elle est le résultat d’un enseignement, au mieux, du mépris (comme disait Jules Isaac) mais aussi souvent de haine à l’encontre des Juifs et ceci pendant 2000 ans.
Mon père m’avait un jour acheté deux livres de catéchisme, datant de la fin du 19 ème siècle qu’il avait trouvé chez un bouquiniste, l’un protestant et l’autre catholique. Comme je lui demandais le pourquoi d’un tel achat, il m’avait répondu: lis les pages qui concernent les Juifs et du comprendras! Toutes les personnes adultes pendant la Shoah ont étudié dans des livres comme ceux-ci!
Je pensais que depuis 1945, beaucoup de choses avaient changé en bien en Europe. En fait, je n’en suis plus si sûre! L’accusation de meurtre rituel se poursuit en remplaçant le mot juif par Israel*.
Dernièrement dans un village polonais, a été remise à l’honneur la coutume ancestrale de brûler une poupée censée représenter Judas et quant on regarde sa tête, on voit que ce Judas a toutes les caractéristiques d’une caricature d’un Juif: chapeau noir, nez crochu et longues peot*.


(https://www.dreuz.info/2019/04/23/leurope-sacharne-sur-les-juifs-depuis-2000-ans/)

Ce soir à 20h commencera la longue journée de Yom Hashoah,

Vous pourrez voir la cérémonie de Yom Hashoah en direct depuis cette vidéo:

 

A bientôt,

*Sheerit Haplita est une expression qu’on trouve dans le Tanakh pour évoquer ceux qui ont survécu à la destruction du premier et du deuxième Temple de Jerusalem

* Accusation de meurtre rituel:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Accusation_de_meurtre_rituel_contre_les_Juifs
Elle perdura jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale dans de nombreux pays européens
Elle a repris du service en remplaçant le mot Juif par Israel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/05/29/lere-de-la-calomnie/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/14/reflexions-tristes-le-jour-de-yom-hashoah/

* Le massacre des survivants:
Le Massacre des survivants en Pologne, 1945-1947, Marc Hillel, Plon, 1985
Jan T. Gross « Fear » Anti-semitism in Poland after Auschwitz », 2006)

*  Témoignage de Bożena Szaynok, historienne à l’université de Wroclaw.

* À Kaupering, un camp satellite de de Dachau, une organisation publique et politique dirigée par les vétérans sionistes de Kovno. Leur groupe prend le nom de kibboutz Buchenwald.

*Haggada pour les enfants du rabbin Schwartz:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/21/et-vous-raconterez-a-vos-enfants-3/

 

Tout homme a un nom

Ce soir, c’est Yom HaShoah.

Le mot Shoah est utilisé tel quel dans la plupart des langues. Peut être parce que ce n’est pas simple de le traduire. Le terme est repris du verset du prophète Isaïe (47:11) qui dit: « C’est pourquoi un malheur s’abat sur toi que tu ne sauras prévenir, une catastrophe t’atteint que tu ne pourras conjurer: La ruine (« shoah ») t’accable soudain, sans que tu l’aies prévue. »

Mais comment en parler ?

Je ne vais pas vous parler de la sirène qui nous stoppe où que nous soyons en Israël:

yom hashoah ni des cérémonies:

yom hashoah ceremonie

ni de cette journée de deuil tournée entièrement vers le souvenir d’un passé encore si présent…

Non, je vais vous parler d’un sentiment de vertige et d’impuissance.
Tout d’abord il y a les chiffres. Des chiffres qui nous donnent le vertige et qui nous paralysent. Derrière ces chiffres, des millions de gens qui avaient une vie, une famille, une histoire et dont on ne sait rien…
Et pourtant, tout homme a un nom…
Pour essayer de retrouver l’identité de tous ces morts et parfois leur visage ou même un pan de leur vie, des centaines de personnes  travaillent sans relâche depuis des années. J’aimerais mentionner:
-Yad Vashem à Jérusalem (http://www.yadvashem.org). Ce n’est pas seulement un musée. C’est aussi et surtout un centre de Recherche et d’Éducation sur la Shoah. Il possède une base de données où sont déjà classés plus de trois millions de noms. En exergue de cette base de données est écrite cette phrase poignante : «  J’aimerais qu’on se souvienne qu’un jour a vécu quelqu’un appelé David Berger* » .
– Le United States Holocauste Memorial Museum de Washington (http://www.ushmm.org/) qui remplit plus ou moins les mêmes fonctions.
– L’extraordinaire travail du Père Desbois que vous connaissez sans doute. Voici le blog de son association : http://www.yahadinunum.org/
– Des sites comme celui de missing identity (http://www.missing-identity.net/) dédié aux orphelins trop jeunes à l’époque pour se souvenir de leur véritable nom et de leurs parents.
-Ceux qui travaillent tous seuls, comme Véronique Chevillon du site http://www.sonderkommando.info  qui donne une voix à ceux qui  étaient affectés aux crématoires.
-Et ceux qui, chaque année, lisent les noms que d’autres bénévoles ont pu répertorier sur des listes difficilement établies (celle de Serge Klarsfeld pour la  France, Liliana Picciotto pour l’Italie etc…)

Nous devons les honorer pour leur travail bénévole et opiniâtre.

Tout homme a un nom
Que Dieu lui a donné
Que ses parents lui ont donné
Tout homme a un nom
Que sa taille et son sourire lui ont donné
Que ses vêtements lui ont donné
Tout homme a un nom
Que les montagnes lui ont donné
Que ses murailles lui ont donné
Tout homme a un nom
Que les étoiles lui ont donné
Que ses voisins lui ont donné
Tout homme a un nom
Que ses péchés lui ont donné
Que ses désirs lui ont donné
Tout homme a un nom
Que ses ennemis lui ont donné
Que son aimée lui a donné
Tout homme a un nom
Que les fêtes lui ont donné
Que son travail lui a donné
Tout homme a un nom
Que les saisons lui ont donné
Que sa cécité lui a donné
Tout homme a un nom
Que la mer lui a donné
Que sa mort
Lui a donné

(Zelda*)

Ensuite, il y a ce sentiment que si nous sommes en vie, c’est uniquement parce que le travail des bourreaux a été stoppé à temps pour nous, car  nous étions nous aussi programmés pour être assassinés.

Nous avons perdu la moitié de notre peuple et la minorité qui ne vivait pas en Europe occupée a dû son salut aux victoires des Alliés en décembre 1942. En Afrique du Nord, les lois raciales étaient appliquées plus largement qu’en France, les Juifs du Moyen-Orient  voyaient des formations paramilitaires pro-nazies les attaquer, comme en Irak. Les Einzatgruppen* attendaient à Athènes la victoire du Maréchal Rommel en Lybie pour fondre sur le Moyen Orient et y pratiquer comme en Europe ce que le père Patrick Desbois* appelle la Shoah par balles.
Oui, notre sort était commun quelques soient notre origine géographique, nos convictions politiques ou même religieuses*.

Jusqu’à ce que je vienne m’installer ici, j’étais lasse des commémorations qui ne sont que des ronrons, de cette  phrase creuse que j’ai entendue toute ma vie: « Plus jamais ça ! » Plus jamais ça quoi ? Plus jamais les massacres ou plus jamais  le début poli et administratif de la mise à l’écart d’une partie de la population sans que personne ne songe à lever un sourcil?

Un de mes proches, Shaya, avait pu fuir la Pologne à temps et se réfugier en Grande Bretagne. Là, il s’était enrôlé dans l’armée d’Anders*, composée de soldats polonais, juifs ou non, qui partaient se battre au Moyen-Orient. Arrivés en Palestine mandataire,  il avait entendu un officier polonais dire à ses soldats non juifs : « Ici, vous allez voir beaucoup de Juifs, mais ne les battez pas, car ici, ils vous rendront les coups ! »

Et c’est ainsi qu’en souvenir de Shaya, je voudrai vous parler de la gvoura ( גבורה ) l’héroïsme.
En France on ne parle que de la Shoah, l’extermination. Chaque fois que j’essayais de parler de la gvoura, on me rétorquait que seule la Shoah était commémorée, « On n’est pas en Israël ici ! ». Je soupçonne beaucoup de gens de nous aimer petits, misérables et apeurés pour ne pas dire déjà morts. Or, non seulement les Juifs ont été très nombreux à participer aux mouvements de résistance mais il y a eu une résistance juive complètement occultée :

– En France et en Europe Occidentale les nombreux réseaux de résistance juive (celui des Eclaireurs Israélites, l’Armée Juive de Combat et bien d’autres….)
En Europe Orientale, les partisans juifs devaient se battre contre les nazis mais aussi parfois contre les résistants locaux bien trop contents de les voir disparaître.
-Les révoltes dans les ghetto, et pas seulement  celle du ghetto de Varsovie même si elle est la plus mémorable car les Juifs ont tenus presque un mois contre les troupes allemandes.
– Dans la Palestine mandataire, les volontaires de la  Brigade Juive de Palestine, les parachutistes  Hanna Senesh, Enzo Sereni, Haviva Reik et bien d’autres encore…
Le nom de Hanna Senesh vous est sans doute connu car elle a laissé un cahier de poèmes, écrits au kibboutz Sdot Yam avant d’être envoyée en mission. Deux d’entre eux sont régulièrement interprétés pour Yom Hashoah:

Eli, Eli: 

Mon Dieu, mon Dieu,
Que jamais ne s’arrête le sable et la mer,
Le clapotis de l’eau,
L’éclair dans le ciel
La prière de l’homme

Heureuse est l’allumette: 

Heureuse est l’allumette qui en brûlant a allumé des flammes
Heureuse la flamme qui brûle dans le secret de nos coeurs
Heureuses sont les flammes qui ont su mourir dans l’honneur
Heureuse est l’allumette qui en brûlant a allumé des flammes

Non, nous ne sommes pas partis comme des moutons à l’abattoir, nous nous sommes défendus et nous avons combattu sans aucun espoir de vaincre.
Nous ne sommes pas une cause humanitaire, nous ne l’avons jamais été. Nous ne voulons pas qu’on nous plaigne et  qu’on pleure sur nous.
Nous voudrions que le monde arrête de se repentir en paroles pour agir, qu’il  arrête de nous considérer comme des fusibles qui sautent chaque fois que la société est malade. Combien de fois ai-je entendu ce raisonnement abject : « Mais vous devez comprendre que l’Allemagne était exsangue après la première guerre mondiale, que la situation économique était catastrophique, que la situation politique était tout à fait instable !… »
Et alors? Parce que l’Allemagne était malade, il fallait tuer les Juifs? Vous connaissez certainement cette blague idiote. Si vous dites à quelqu’un:  Demain on arrête les Juifs et les coiffeurs! Il y en a toujours qui répondront: Et pourquoi les coiffeurs?

Un livre est sorti après le meurtre d’Ilan Halimi. Il s’appelle « Un canari dans la mine » C’est une expression plus jolie que fusible mais ça veut dire la même chose.

On peut à nouveau tuer des Juifs et cette fois, la raison en est qu’une partie de la population  française fait des Juifs ses boucs émissaires. Après les assassinats à Toulouse de Jonathan, Arieh et Gabriel Sandler et de Myriam Monsonego,  ce ne sont pas des victimes dont on parle mais essentiellement du tueur et de sa famille pour qui des arguments cosmétiques sont trouvés.
Nous ne sommes pas des victimes expiatoires ! Nous sommes des Juifs ! Nous sommes des êtres humains qui ne veulent plus être ni menacés ni assassinés. Est-ce trop demander ?

A bientôt,

*David Berger vivait à Vilno en Lithuanie. Il s’agit de sa dernière lettre destinée à une amie qui avait pu s’enfuir en Palestine. il a été tué en 1941, il avait 19 ans:

*Einzatzgruppen: groupes d’intervention chargés des missions d’extermination en particulier en Europe Orientale

*Le Père Patrick Debois a créé une association Yahad–In Unum chargée de  rassembler plus d’informations sur la Shoah principalement en Ukraine et en Bielorussie perpétrée par les Einzatzgruppen, entre 1941 et 1944. Des témoins contemporains ukrainiens sont interrogés par Patrick Desbois et son équipe sur les fusillades massives qui se sont déroulées à côté de chez eux. Ces enquêtes permettent de localiser les fosses communes. Patrick Desbois estime qu’il n’y a pas moins d’un million de victimes enterrées dans 1 200 fosses en Ukraine. Il raconte son expérience dans le livre Porteur de mémoires.

*Comme la carmélite Edith Stein et d’autres Juifs convertis au christianisme

*Zelda Schneersohn Mishkovsky (1914 –1984), poétesse israélienne connue sous le nom de Zelda

* L’armée d’Anders: le général polonais Wladyslaw Anders, commandant des forces armées polonaises en URSS (Armia Andersa) qu’il réussit à faire évacuer  vers l’Iran en 1942. Il devient commandant en chef de l’Armée polonaise au Moyen-Orient, intégrée aux troupes britanniques : en Iran, en Irak, puis en Palestine.

 

Et vous raconterez à vos enfants…

Si on ouvrez une Haggadah, vous serez surpris de ne pas y trouver vraiment l’histoire de la sortie Égypte. Elle est bien morcelée ici et là, mais pour l’essentiel, le texte est un composé de prières et de commentaires. Les enfants sont supposés la connaître déjà (ou d’avoir vu le film !)

Tout d’abord le texte est en hébreu, mais, la plupart du temps,  vous trouverez de nombreuses haggadot bilingues.

En voici une en hébreu et en russe

judaisme pessah haggada russe

En voici une autre en hébreu et en perse:

judaisme pessah Haggadah perse bilingue

Certaines sont émouvantes et chargées d’histoire  comme celle-ci écrite en 1947 en Allemagne dans un camp de personnes déplacées:

judaisme pessah haggada camps de refugies allemagne 1947

Mais dans toutes, quelque soit leur provenance, vous lirez le même texte et les mêmes commentaires, vous direz les mêmes prières, vous ferez les mêmes gestes et tout cela dans le même ordre quelque soit l’endroit,

pessah tsahal

ou l’époque:

Haggadah_Barcelona_Seder_BH_20B_A

(haggadah de Barcelone)

Cependant on trouve ici en Israël, un certain nombre de Haggadot qui  se réfèrent non seulement à la sortie d’Egypte mais aussi à l’histoire moderne : la lutte contre l’occupant britannique, les valeurs des halutzim (pionniers),  la Shoah et l’édification de l’Etat.  En fait, de nos jours, pour beaucoup d’Israéliens la fête de Pessah n’est que le début de tout un mois de commémorations où se suivent Yom Hashoah vehagvura (le jour de la Shoah et de la vaillance), Yom Hazikarone (jour du souvenir pour les soldats et les victimes du terrorisme) et enfin Yom Haatsmaout (le jour de l’ Indépendance)

Pour l’heure, je voudrais vous présenter trois Haggadot très particulières,

La première ne se trouve pas en Israël. Elle est conservée au musée de Sarajevo en Bosnie:

haggada sarajevo musee

La Haggadah de Sarajevo est un manuscrit enluminé dont on pense qu’il fut écrit et illustré à Barcelone en 1350 et emporté par son propriétaire d’alors lors de l’expulsion d’Espagne en 1492.

haggadah de sarajevo2

Le texte est  écrit sur un parchemin de veau et enluminé à la feuille d’or et de cuivre.

haggadah sarajevo 2

Apres 1492, il est difficile de suivre ses pérégrinations  On sait seulement qu’il refait surface en Italie en 1500 et puis plus rien jusqu’à  l’année 1894 où un Juif de Sarajevo, Joseph Cohen, le vend au musée de la ville parce qu’il n’a pas de quoi nourrir sa famille. Pendant la deuxième guerre mondiale, ce manuscrit échappera à la destruction nazie grâce au conservateur du musée, le Dr Dervis Korkuts qui le cachera dans le sous sol d’une mosquée.

Pendant la guerre de Bosnie, il y a un peu plus de 20 ans, le manuscrit s’est a nouveau trouvé en danger car le musée de Sarajevo se trouvait sur la ligne de front. Il a été à nouveau sauvé de la destruction par le directeur du musée  Enver Imanovic,  et transporté dans un coffre de la Banque Nationale. En 1999 pendant la guerre au Kossovo,  le fils et la petite fille du Dr Korkuts furent accueillis comme réfugiés en Israël grâce au témoignage de Mira Papo à qui le Dr Korkuts avait sauvé la vie pendant la Shoah.

La deuxième est la Haggada de Mahanaim: « Jacob se mit en chemin et il rencontra des envoyés du Seigneur. Il dit, en les voyant, ceci est le camp du Seigneur. il appela alors l’endroit Mahanayim » (Genèse 32:2-3).

En fait, il ne s’agit pas d’une mais de quatre Haggadot, écrites à la main sur des feuilles de papier reliées en cahier et  illustrées, prolongeant ainsi la tradition médiévale des manuscrits juifs enluminés.

haggadah mahanaim 2

Là,  pas de feuille de cuivre ou d’or. Nous sommes entre 1941 et 1944 et le village de Lanteuil, en Corrèze   ne sait pas que, pour la famille Neher, il s’appelle Mahanaim. Ces 4 Haggadot sont le fruit d’un travail en commun: Albert Neher, le père du philosophe André Neher* dessine les illustrations, ses fils  se chargent des commentaires et son gendre écrit le texte.

Pourquoi ce travail? Quand elle s’enfuit de devant les Allemands, la famille ne prend qu’une Haggadah, persuadée comme beaucoup que la guerre ne durera pas

Albert Neher commence  la première Haggadah pour sa petite fille dont le père est prisonnier et continuera pour toute la famille jusqu’à la fin de la guerre.   Dans chacune l’iconographie est centrée sur Jérusalem. et elles finissent sur le même point d’orgue : un juif, le bâton à la main et le sac à l’épaule, se tient dans la brisure de deux collines noires et acérées entre lesquelles, soudain, il découvre pour la première fois, Jérusalem.

haggadah mahanaim 3

Les quatre Haggadot feront ce voyage et se trouvent maintenant a Jérusalem

Enfin la dernière Haggadah dont je veux vous parler  n’est ni particulièrement célèbre ni particulièrement belle. Je ne peux même pas vous la présenter, elle a disparu dans un déménagement. C’est la Haggadah du rabbin Jean Schwartz avec des dessins à colorier. Il y avaient deux pages  qui me faisaient rêver: Sur la première  on voyait  des adolescents heureux de fuir barbelés et miradors et sur l’autre, tout au début, on lisait un discours qui me rendait très fière, celui de  David ben Gourion  en réponse au secrétaire d’état John Foster Dulles qui lui demandait quels Juifs il représentait:

« Dites-moi, Monsieur le Premier ministre – Qui donc, vous et votre état êtes censés représenter?
Les Juifs de la Pologne, ou ceux du Yémen, de Roumanie, du Maroc, d’Irak, de Russie ou peut-être du Brésil ? ….Après 2000 ans d’exil pouvez-vous honnêtement parler d’une seule nation, d’ une culture unique?
Pouvez-vous parler d’un héritage unique ou peut-être une seule tradition juive? « 

Ben Gourion avait alors répondu:

« Il y a quelque trois cents ans, le Mayflower chargé d’immigrants vers le nouveau monde, quittait les rives d’Angleterre. C’était un évènement de première importance, tant pour l’Angleterre que pour l’Amérique. Mais on aimerait savoir s’il existe un Anglais qui sache la date exacte de cet embarquement et combien la savent parmi les Américains ? Et savent-ils le nombre d’émigrés embarqués sur ce navire ? Et quel genre de pain ils mangeaient en partant ? … Voici pourtant que, quelque trois mille et trois cents ans avant le Mayflower, les Juifs sont sortis d’Egypte, et tous les Juifs de monde, en Amérique comme en Russie, savent exactement la date de ce départ qui est le 15 du mois de Nissan. Et ils savent tous exactement quel genre de pain ils mangeaient, un pain non levé. Et jusqu’à ce jour, le 15 Nissan, tous les Juifs du monde mangent du pain azyme. Ils racontent, et la sortie d’Egypte et les souffrances qu’ont dû subir les Juifs depuis le jour où ils ont été dispersés, et ils terminent ce récit par deux phrases : Cette année esclaves, l’an prochain homme libres à Jérusalem. »

Pour finir j’aimerais vous faire entendre le dernier chant du Seder de Pessah dans sa version  judeo-espagnol tel qu’il était chanté à Salonique, au Maroc et ailleurs…

A bientôt,

PS Je prie mes chers  abonnés de pardonner ma mauvaise manipulation de ce matin. Ils ont reçu un article qui n’était pas fini. La faute en est au ménage de Pessah!

*André Neher (1914-1988) est un  écrivain et philosophe juif alsacien qui fut avec Emmanuel Levinas et surtout Leon Ashkenazi (Manitou) l’un des fondateurs et artisans de  qu’on a appelé l’Ecole de Pensée Juive de Paris et un des principaux artisans du renouveau du judaïsme français après la Shoah, il émigrera en Israël peu après  1967, en réponse à la fameuse phrase du Général de Gaulle qualifiant le peuple juif de « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur »

Il cosignera avec son épouse, Renée Neher,  l’Histoire biblique du peuple d’Israël, ouvrage de référence que j’appelle la Bible de ceux qui aiment la Bible. et lui même publiera de nombreux ouvrage de pensée juive dont Moise et la vocations juive, Le puits de l’exil, L’exil de la parole…etc…