Tsvika Levy, le père des soldats isolés (1948-2018)

On a beaucoup parlé ces derniers temps d’Amos Oz, mort il y a quelques semaines.
Si Amos Oz vous intéresse, et si vous voulez sortir des hommages fidèles à la pensée unique, je vous invite à lire les excellents textes de Pierre Lurçat* sur Amos Oz. Celui-ci qui fut certainement un des grands écrivains israéliens mais il appartenait aussi à cette gauche déconnectée de la réalité qui veut faire la paix des cimetières avec des assassins qui, eux, ne cachent pas leur intention de nous exterminer.

En ce qui me concerne, je préfère m’attarder pour rendre hommage à  Tzvika Levy, décédé la même semaine, à l’âge de 70 ans de la maladie de Charcot, l’ALS.
Pendant, plus de 30 ans, le colonel Tzvika Levy, du kibboutz Yifat, a dédié sa vie aux soldats isolés par un engagement sans relâche.
Les soldats isolés sont des soldats qui n’ont pas de famille en Israel, soit parce qu’ils sont les seuls à avoir fait leur alyia, soit parce qu’ils sont orphelins ou issus de milieux particulièrement défavorisés ou rejetés comme ces jeunes arabes que leur engagement a coupé complètement de leur famille.

Dans une de ses interview, Tsvika Levy a raconté comment tout a commencé pour lui:
Jeune officier parachutiste, il perd soudain une de ses filles, Ofri. Pour l’aider à surmonter cette tragédie, Rafael Eytan* lui parle d’un projet qui lui tient à cœur et lui demande son aide:
Rafoul (Raphael Eytan) est venu me voir et m’a dit: Ecoute Tsvika, tu habites à côté de Midgal Haemek. Là bas, il y a un bon nombre de jeunes qui partent à la dérive. Aide moi à mettre sur pied un programme pour les aider à faire leur service militaire… Et c’est ce que j’ai fait… Tous les jours,
après avoir travaillé dans les champs toute la matinée, je partais à Migdal Haemek pour motiver des jeunes qui traînaient, désœuvrés et sans but.
Tsvika y réussit si bien que l’armée lui  demande de devenir le responsable de ce projet, devenu officiel.
Au fil des années, il aide ainsi des milliers de jeunes à intégrer l’armée et leur trouve des familles adoptives pour les entourer pendant leurs permissions.
(Quelques uns des 70 soldats isolés, choisis pour présenter leurs vœux au pays lors du dernier Yom Haastmaout:
De gauche à droite et de haut en bas, ils sont originaires de Chine, du Honduras, d’Israel, du Kenya, du Japon, de Colombie, d’Azerbaïdjan et d’Uruguay)

Pendant toutes ces années, il s’occupera de milliers de soldats et s’en souciera à tel point qu’il sera connu comme le père des soldats isolés, et que beaucoup d’entre eux l’appelleront même abba.

Il devra malheureusement  aussi aller à de nombreux enterrements et assister leurs familles endeuillées.

En 2017, lors de Yom Haatsmaout, Tsivka Levy a reçu le prix d’Israel en récompense de ses services rendus.


Lors de la cérémonie il a déclaré:
 » Avant que nous chantions l’Hatikva, je voudrais rappeler ceci: le 14 février 2001, il y a 16 ans, Julie Weiner,  soldate isolée venue de France, et adoptée par une famille du kibboutz Zikkim, était sur le point de commencer le cours d’officier.


Elle m’a téléphoné ce jour là de la station de bus au carrefour Azur et m’a dit: Tsvika lors de l’examen on va aussi vérifier que je connais par cœur les paroles de l’Hatikva.. Tu veux la chanter avec moi?
Je lui ai dit: avec joie.
J’ai chanté une strophe et elle une strophe et ceci, jusqu’à ce qu’elle la chante toute seule. Quand elle est arrivée à la phrase « être un peuple libre sur notre terre » , sa voix s’est tue. Je ne l’ai plus entendue. J’ai essayé en vain de la rappeler…
Soudain, j’entends une annonce sur Galei Tsahal (
la radio de l’armée): un attentat a eu lieu à la station de bus à Azur, 8 morts*. J’ai enfilé mon uniforme et j’ai volé jusque là. J’ai identifié Julie parmi les 8… Les derniers mots de Julie, nouvelle immigrante venue de France, ont été ceux de l’Hatikva « être un peuple libre sur notre terre ». Depuis, quand on chante l’Hatikva, à chaque Yom Haatsmaout ou à Yom Hazikaron, son souvenir se rappelle à moi dans mon sang et dans mon âme ».

Une semaine avant de mourir, Tsvika Levy a réussi à terminer le livre pour enfants « Les histoires de grand-père Tsvika », qu’il a écrit avec l’aide des muscles oculaires, seuls encore actifs dans son corps paralysé. Son livre devrait être mis en vente le 13 janvier, jour de son anniversaire et tous ses revenus seront transférés à l’aide aux familles de patients atteints de ALS.

J’écris ces lignes et Tsvika Levy me fait penser à un autre héros, Sim’ha Holzberg, mort en 1994, lui aussi récipiendaire du Prix Israel, et surnommé le père des blessés. Né à Varsovie en 1924, et ayant survécu au ghetto et à l’extermination, il disait que son nom Sim’ha (la joie) l’obligeait à dispenser le plus de joie possible autour de lui. C’est pour cela qu’il consacrait sa vie aux blessés de Tsahal.
(Simha Holzberg au mariage d’un soldat blessé)

L’acteur Tuvia Sapir lui a consacré un petit film destiné aux enfants:

Que le souvenir de ces deux héros soit une bénédiction pour le peuple d’Israel.

A bientôt,

 

* Pierre Lurçat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/12/quand-amos-oz-s-appelait-encore-amos-klausner-une-histoire-de-des-amour-et-de-tenebres-pierre-lurcat.html
La trahison des clercs d’Israel
http://www.tribunejuive.info/livres/pierre-lurcat-loccident-nest-plus-capable-de-regarder-israel-dune-maniere-objective

* Raphael Eytan:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafael_Eitan_(militaire)

* Attentat à la station d’autobus au carrefour d’Azur:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_d%27Azor_en_2001

 

 

 

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Bonne année 2019!

Pour débuter cette nouvelle année, je vais vous parler de maisons…
Pas de maisons en bois ou en pierre… Non, de maisons en cuivre!
La cinquième grande vague d’immigration juive vers la Palestine mandataire a lieu entre 1930 et 1939. Elle commence modestement mais devient plus massive à partir de l’année 1933 qui voit les nazis arriver au pouvoir en Allemagne. La grande révolte arabe et ses pogroms antisémites de 1936 l’a fait légèrement ralentir mais la situation en Europe devient si préoccupante que les Juifs affluent par milliers entre 1938 et 1939, pour certains illégalement* car les Anglais refusent souvent de leur accorder un visa.
Cette vague d’immigration de 250 000 personnes sera aussi appelée l’immigration allemande car elle est composée pour un quart de Juifs en provenance d’Allemagne et d’Autriche.

(chorale d’enfants avant leur départ pour Eretz Israel)

Mais où loger tous ces gens?
Si certains rejoignent les moshavim ou les kibboutzim comme celui de Sde Eliahou*, la plupart s’installent en ville. Les baraques en bois poussent un peu partout. Mais à Haifa, les habitants sont  stupéfaits de voir des maisons  en cuivre!
L’idée de construire des maisons en cuivre n’est pas nouvelle. En 1922 avait eu lieu, en Allemagne, un concours d’architecture moderne remporté par Walter Gropius, fondateur du mouvement Bauhaus. La société de Zygmund Hirsch avait remporté celui de la réalisation de ce projet.
Mais au fil des années, la situation des Juifs allemands se dégrade de plus en plus et beaucoup songent à quitter l’Allemagne. Il ne peuvent pas emporter leurs biens mais un accord conclu entre le gouvernement britannique, le gouvernement allemand et l’Agence Juive*  permet à un certain nombre d’entre eux de transférer la somme de 10 000 livres en Palestine mandataire, à condition qu’elle soit utilisée pour acheter des biens d’équipements allemands
C’est ainsi que Zigmund Hirsch pourra  importer en Palestine les premières maisons en cuivre.
Elles arrivent en pièces détachées, prêtes à être montées: fenêtres (double vitrage), portes, connexions électriques (AEG), murs déjà peints, volets roulants, placards muraux, chauffage central et tuiles à toit plat. On trouve même dans les containers des gravures de paysages allemands à suspendre!
Ces maisons n’auront pourtant pas un grand succès. Tout d’abord, elles sont assez chères et souvent les gens s’entassent en famille dans une seule pièce. Ensuite, parce que les Anglais les considèrent comme des cabanes et ne leur accordent qu’un permis temporaire d’un an.
14 maisons seulement seront construites dans le yishouv.
De plus, très rapidement, les Allemand décident de stopper l’affaire: ils ont besoin de cuivre pour leur réarmement.
Seules 5 d’entre elles ont survécu:
A Tsfat, la Maison Roxenstein – quartier de Har Canaan


A ‘Haifa, la m
aison Tuchler, au 20 de la rue Tel Mana

ainsi que les maisons Grundman – 9 rue Horsha , Zelma Schoenfeld 5 rue Leonardo Da Vinci, et Kaliski- Neuman , 23 rueSmolenskin.

Pourquoi vous parler de maisons en ce début d’année?
En hébreu, le  mot בית (bayit) signifie maison mais aussi famille, peuple. Notre maison cette année a été attaquée de toute part. La région de Otef Aza, qui borde la bande de Gaza, a particulièrement souffert: missiles, obus, incendies, des hectares de cultures et de forêts sont partis en fumée*. Aussi, en décembre, le groupe Koolulam et 3500 participants y ont donné un concert pour soutenir ses habitants.

…La tempête a hurlé sur mon seuil. Permets-moi de venir et de te chanter un chant d’amour...Donne-moi la main mon frère pour un moment de tendresse et de sérénité, sans mot superflu

 

Bonne année 2019!

 

 

A bientôt, 

* Pour le début de l’année 2013, je publiais cet article en réponse a une question surprenante: Mais en Israel avez-vous des lits?
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/04/bonne-annee-2013/

* kibboutz Sde Eliahou:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/28/sde-eliahou/

*La politique britannique à l’égard des Juifs d’Europe:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/06/17/des-livres-blancs-mais-pas-tres-propres/

* L’accord de transfert, Haavara, fonctionnera jusqu’en 1939 mais de moins en moins de visas seront accordés par la Grande Bretagne.
Des tentatives ont été faites pour conclure des accords similaires avec plusieurs pays d’Europe centrale et orientale. L’accord avec le gouvernement tchécoslovaque, qui a permis le transfert d’un demi-million de livres sterling et de milliers d’immigrants en Israël à la veille de la Seconde Guerre mondiale, a été le plus fructueux.

* Sur les architectes juifs allemands de Palestine: Myra Wahraftig: They Laid the Foundation, Lives and Works of German-Speaking Jewish Architects in Palestine 1918-1948 , Berlin 2007,  

 

 

Un peu de lumière!

 

Hanouka est terminée, les bougies se sont consumées.

On dirait cependant que la lutte de la lumière contre l’obscurité et surtout l’obscurantisme ne l’est pas. Chez nous, un nouvel attentat* : 9 blessés parmi des gens qui attendaient le bus à la sortie du village d’Ofra.. Parmi eux deux blessés très graves : une jeune femme enceinte  de 21 ans et son mari, Shira et Ami’haï. La jeune femme semble se remettre mais son bébé n’a pas survécu.

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Et puis, je viens d’apprendre qu’un attentat avait eu aussi lieu à Strasbourg…
Aussi j’ai voulu vous parler de lumière, de chaleur.
Vous connaissez certainement le mot אור (or), la lumière, mais il existe aussi une racine moins courante, נור (NOR), présente en hébreu comme en araméen, et d’ou proviennent les mots bouton d’or נורית (nourit), bougie (ner) נר et chandelier מנורה(menora). On peut même rajouter à cette liste le mot tunnel* (minhara)  מנהרה!
Même si vous ne connaissez pas l’hébreu, vous avez entendu parler de la menora du Temple qui est aussi un des symboles de l’état d’Israel.


Maintenant de nos jours, une menora est aussi un simple luminaire dans lequel on place une נורה (noura) une ampoule électrique.
Et pour le bouton d’or et le tunnel ?
Pour le bouton d’or, le rapport est évident: sa belle couleur jaune orangée fait qu’on l’appelle נורית  (nourit). Tout simplement !

Mais pour le tunnel מנהרה (minhara)?
Ce mot Il n’apparaît qu’une seule fois dans le Tanakh, dans le livre des Juges (6, 2) :
« Accablés par la supériorité de Madian, les Israélites, pour y échapper, utilisèrent les tunnels des montagnes, les grottes et les forteresses. »
וַתָּעָז יַד-מִדְיָן, עַל-יִשְׂרָאֵל; מִפְּנֵי מִדְיָן עָשׂוּ לָהֶם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, אֶת-הַמִּנְהָרוֹת אֲשֶׁר בֶּהָרִים, וְאֶת-הַמְּעָרוֹת, וְאֶת-הַמְּצָדוֹת
En ce moment l’armée détruit les tunnels à la frontière du Liban, tunnels que nos abominables voisins du ‘Hezbollah ont construit depuis leurs villages jusque chez nous, pour infiltrer des terroristes en Galilée. Vous avez aussi entendu parler des mêmes tunnels construits par le ‘Hamas* et régulièrement détruits. J’espère que l’armée n’en n’oubliera pas un seul !


(Ci-dessus, la destruction d’un premier tunnel, creusé à 5 mètres de profondeur dans le rocher, depuis des maison du village libanais Kfar Kile et pénétrant sur 40 mètres dans le territoire israélien à côté de la bourgade de Metulla)

Où est le lien avec la lumière? Un tunnel est plutôt sombre. C’est sans doute que contrairement à un puits ou une grotte, le tunnel qui nous protège sort à l’air libre et à la lumière. Cela me fait penser à l’architecture du bâtiment central de Yad Vashem où après une visite éprouvante dans des salles de béton brut et gris sombre, on monte vers la sortie pour accéder à un panorama réconfortant : celui des collines environnant la ville de Jerusalem.

Cette racine NOR, ne se trouve qu’une seule fois dans le livre du prophète de Daniel (7 10). Et là, on est bien loin de la lumière de la menora ou de la réconfortante sortie vers la lumière à la fin du tunnel: il est question d’un fleuve de feu !
Un torrent de feu jaillissait et s’épandait devant lui , mille le servaient et dix mille myriades se tenaient en sa présence. Le tribunal entra en séance et les livres furent ouverts…
נְהַר דִּי-נוּר, נָגֵד וְנָפֵק מִן-קֳדָמוֹהִי, אֶלֶף אלפים (אַלְפִין) יְשַׁמְּשׁוּנֵּהּ, וְרִבּוֹ רבון (רִבְבָן) קָדָמוֹהִי יְקוּמוּן; דִּינָא יְתִב, וְסִפְרִין פְּתִיחוּ

Mais on la trouve encore dans l’expression זיקוקין די נור  (zikoukin di nour)  dans le Talmud de Babylone où elle signifie étincelles de feu. Aujourd’hui ce sont des feux d’artifices.

Mais avec quoi s’éclairait-on ? Les bougies de cire étaient rares et chères, La plupart du temps on s’éclairait avec des lampes à huile.

Pour les lumières de shabbat et des fêtes, nous ne pouvions pas utiliser n’importe quelle huile ou n’importe quelle mèche. במה מדליקים (Bame* madlikim) Avec quoi allume-t-on? s’interroge le Talmud. Évidemment les avis diffèrent…
Le Dr Ne’hama Sukenik et son équipe d’archéologues viennent de faire une découverte rare dans le désert du Neguev à Shivta: un פתיל (ptil), une mèche de lampe à huile en lin, datant de 1500 ans qui doit son bon état de conservation à l’aridité du désert et au fait qu’elle était protégée par un petit étui en cuivre.

פתילה להדלקת נר שמן בת 1500 שנה התגלתה בשבטה שבנגב (מערכת וואלה! NEWS , קלרה עמית, רשות העתיקות)

(photo Klara Amit, site travel.walla.co.il)

Tout au long de l’année nous allumons des bougies: celles de shabbat, celles des fêtes, celles qui nous servent à traquer le ‘hametz juste avant pessah*. Il y a aussi celles qui commémorent le souvenir de nos proches lors des yarhrzeit, celles du Yom Hashoah, du Yom Hazikarone qui se transforme en jour de joie avec les torches de Yom Haatsmaout:


Heureuse est l’allumette qui se consume en allumant des flammes
Heureuse est la flamme qui a brûlé dans le secret des cœurs,
Heureuses sont les flammes qui ont su s’éteindre dans l’honneur,
Heureuse est l’allumette qui se consume en allumant des flammes!*

Sa bougie éclairera le monde. C’est un souhait de longue vie pour quelqu’un dont la conduite morale est un exemple.
C’est ce que je vous souhaite dans ce monde violent, ignorant et obscur
Portez-vous bien

A bientôt,

* Bien que l’auteur de l’attentat soit Salah Barghouti, le fils du chef du ‘Hamas en Judée Samarie, le Fata’h a aussi revendiqué cet attentat. Merci à tous ceux qui accueillent Ma’hmoud Abbas avec les honneurs! Ici avec Anne Hidalgo la maire de Paris:

https://www.jforum.fr/tsahal-tue-le-fils-du-chef-du-hamas-lie-a-lattaque-dofra.html

* Il s’agit là de ce qu’on appelle une racine sœur. La racine נהר (NaHaR)  veut dire un flux, une émission: soit un flux d’eau et donc une rivière, soit un flux de lumière.Tunnels terroristes du ‘Hamas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/05/les-enfants-de-gaza/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

*Ba Me et non Be Ma comme on dirait maintenant. Il s’agit de l’hébreu de la Mishna

* Vérification de l’absence de ‘hametz avant Pessah avec une bougie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/05/un-menage-ethique/

* Poème de Hanna Szenesh:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Szenes

 

Parlez-vous le Yerushalmi?

 A la fin du livre d’Esther, il est écrit:
…Eh bien! écrivez vous-mêmes, au nom du roi, en faveur des juifs, comme vous le jugerez bon, et signez avec l’anneau royal, car un ordre écrit au nom du roi et muni du sceau royal ne peut être rapporté. »
 Sur l’heure même, on convoqua les secrétaires du roi, c’était dans le troisième mois, qui est le mois de Sivan, le vingt-troisième jour du mois et on écrivit, tout comme Mordekhaï l’ordonna, aux juifs, aux satrapes, aux gouverneurs et aux préfets des provinces qui s’étendaient de l’Inde à l’Ethiopie cent-vingt-sept provinces en s’adressant à chaque province suivant son système d’écriture et à chaque peuple suivant son idiome, de même aux juifs selon leur écriture et selon leur langue. (Esther 8 8,9)
וְאַתֶּם כִּתְבוּ עַל-הַיְּהוּדִים כַּטּוֹב בְּעֵינֵיכֶם, בְּשֵׁם הַמֶּלֶךְ, וְחִתְמוּ, בְּטַבַּעַת הַמֶּלֶךְ: כִּי-כְתָב אֲשֶׁר-נִכְתָּב בְּשֵׁם-הַמֶּלֶךְ, וְנַחְתּוֹם בְּטַבַּעַת הַמֶּלֶךְ–אֵין לְהָשִׁיב. ט וַיִּקָּרְאוּ סֹפְרֵי-הַמֶּלֶךְ בָּעֵת-הַהִיא בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי הוּא-חֹדֶשׁ סִיוָן, בִּשְׁלוֹשָׁה וְעֶשְׂרִים בּוֹ, וַיִּכָּתֵב כְּכָל-אֲשֶׁר-צִוָּה מָרְדֳּכַי אֶל-הַיְּהוּדִים וְאֶל הָאֲחַשְׁדַּרְפְּנִים-וְהַפַּחוֹת וְשָׂרֵי הַמְּדִינוֹת אֲשֶׁר מֵהֹדּוּ וְעַד-כּוּשׁ שֶׁבַע וְעֶשְׂרִים וּמֵאָה מְדִינָה, מְדִינָה וּמְדִינָה כִּכְתָבָהּ וְעַם וָעָם כִּלְשֹׁנוֹ; וְאֶל-הַיְּהוּדִים–כִּכְתָבָם, וְכִלְשׁוֹנָם

A ce moment la, quelle était la langue des Juifs? L’hébreu évidemment! Mais déjà chaque région, chaque ville devait avoir son propre vocabulaire et son propre accent correspondants à un style de vie, à des figures locales ou imaginaires selon aussi les groupes sociaux: pensez au Guignol de Lyon ou au Bekhor el bovo (l’aîné, le baveux) des Juifs de Turquie et des Balkans, au J’e’ha d’Afrique du Nord ou au  Shlimazel, le « pas-de-chance » des régions ashkenazes.

(Quand danse le shlimazel, les cordes des instruments se cassent)

Eh bien ici, à Yerushalayim, nous parlons le Yerushalmi!
Sans doute que dans les kibboutzim, ils ont leur propre jargon, de même qu’à Tel Aviv, l’accent diffère selon qu’on appartienne à la elita (élite auto-proclamée) ou aux quartiers populaires, mais chez nous à Jerusalem, c’est le yerushalmi.
Vous n’entendrez pas le yerushalmi dans les oulpanim (c’est déjà assez difficile de se débrouiller en hébreu!) ou dans les quartiers d’affaires.
Mais si vous vous promenez à Ma’hane Yehuda* ou à Na’hlaot*, écoutez, écoutez attentivement car vous aurez du mal à comprendre ce qui se dit.
On raconte qu’à Ma’hane Yehuda, un marchand de pistaches s’était trouvé une épouse éduquée à l’occidentale: belle, bien habillée, délicate. Les hommes l’admiraient, les femmes l’enviaient… Mais lorsque les habitants de Ma’hane Yehouda l’entendirent, ils s’exclamèrent: Quelle langue parle-t-elle? La pauvre! Elle ne sait pas un mot de yerushalmi!
C’est vrai qu’il est difficile de s’y retrouver dans ce mélange d’hébreu, d’arabe, de judéo-espagnol* et de yiddish particulièrement riche. C’est aussi ça le מעורב ירושלמי (meorav yerushalmi) le Mélange de Jerusalem*.
Voici un guide fort utile pour survivre dans ces quartiers:

Tout d’abord, même si vous avez l’accent français, pour parler yerushalmi vous devez allonger la syllabe a. On ne dit pas מתאיים (mataim – deux cents), mais mataaaaim. Et de même pour אופניים (ofanaaaim – le vélo), מגפיים (magafaaim – les bottes), ainsi que pour מהנדס (meaaaandes – l’ingénieur), (Appelez meaandes tout technicien, cela lui fera plaisir) et jaaket, une veste (mot qui ne vient bien sûr pas de la Thora).
Si vous voulez acheter une serpillière, ne demandez pas une spongia mais dites shpongia et si le marchand vous indique nonchalamment où elle se trouve: mi’houtsh, comprenez מחוץ (mi’houtz), dehors, et allez la chercher, car il n’a nulle envie de se bouger pour vous tendre une simple serpillière!

Maintenant, passons au vocabulaire. Les expressions en yerushalmi ont toutes trait à la vie quotidienne:
Munis de votre serpillière, vous avez brusquement faim. Vous trouverez toujours un אש תנור (esh tanour) brûlant pour vous sustenter. Non, il ne s’agit pas du feu du four (אש תנור=esh tanour) mais d’une lafa, appelée aussi פיתה עירקית (pita irakit) pita irakienne, que vous tremperez dans toutes les sauces ou qui enveloppera votre sandwish sabi’h* contrairement à la pita classique, sorte de petit sac qui se troue toujours au mauvais moment:

Si le vendeur tarde à vous servir, il se fera tancer d’un bard (froid en arabe et paresseux en hébreu yerushalmi).
Dans un magasin de délicatessen, ne dites pas דג מלוח (dag maloua’h), un poisson salé. Entoure des saumons fumés et autres harengs, le vendeur se sentira offensé.
Moi? un poisson salé?
Vous l’aurez traité de Juif allemand! Ah les pauvres Juifs d’origine allemande que n’ont-ils pas entendu à leur arrivée: dag maloua’h, poisson salé, parce qu’ils ne braillaient pas à tout va et faisait preuve de retenues quelles en toute circonstance et yeke, à cause de la Jacke, la veste, qu’ils s’obstinaient à porter en plein été!

(Le poisson froid est aussi un jeu: un deux trois, dag maloua’h! C’est l’équivalent du un, deux, trois soleil français)

Si vous vous endimanchez, quoi qu’ici on parlera plutôt du shabess kleid (vêtement de shabbat), vous vous ferez traiter de franji, français, l’élégant, le gandin, celui qui sort, comme disait Pagnol, avec le chapeau et la canne.
La vie du yerushalmi traditionnel se passe autant chez lui que dans la cour, en compagnie des voisins.

Dans son émission du vendredi matin, Haparlament hayerushalmi (le Parlement de Jerusalem), Shouki ben Ami se souvient de sa grand-mère. Elle chassait avec vigueur tous les chats quémandeurs, qui pour les yerushalmim ne sont que des חתולות (‘hatoulot – chattes) et non pas des חתולים (‘hatoulim – chats), avant d’inviter  tous les shnorrer* du quartier pour la קבלת שבת (kabalat shabbat )*. Elle installait des grandes tables sur des tréteaux qu’on appelle חמורים (‘hamorim – ânes) partout sauf à Jerusalem où ils se nomment j’hashim et elle y empilait des montagnes de nourritures pour qu’ils s’emplissent le ventre au moins une fois par semaine.
Et chacun chantait Tsur mishelo avec ferveur:
Nous te remercions pour ce repas, notre Père, nous avons mangé et nous sommes rassasiés… Nous te remercions pour ce magnifique pays que tu nous a donné. Yehoram Gaon l’interprète ici en judeo-espagnol et en hébreu:

A Jerusalem on descend toujours vers le centre ville qui se trouve plutôt en haut d’une des nombreuse collines. Et comme les rues sont toujours embouteillées, mieux vaut prendre son deux roues motorisé, le טוסטוס (toustous). Je ne suis pas plus précise car toustous s’emploie pour les mobylettes parfois pour les vieilles motos mais pas pour les modernes vélos électriques qui eux ne toussent pas.


La première fois que mes petites filles m’ont expliqué que leur copine habitait pas loin du monstre (mifletset=מיפלצת), j’ai été quelque peu étonnée. Mais non, nous avons un monstre à Jerusalem!

(Le monstre est une statue-toboggan de Niki de Saint Phalle dans le quartier de Kiriat Yovel)

Les enfants l’apprécient et ça nous change d’abou yo yo, qui dans le reste du pays s’appelle שק קמח (sak kema’h) sac de farine:

Maintenant, je suis une vraie yerushalmit et quand mes petites filles me demandent de les coiffer et de leur faire un קוקו שקר (koukou sheker – un coucou menteur), je sais qu’il ne s’agit que d’ une demi-queue de cheval!

 

 

A bientôt,

* Ma’hane Yehuda:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/11/28/mahane-yehouda/

* Na’hlaot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/15/ballade-en-hiver-dans-nahlaot/

* Le Mélange de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/30/le-melange-de-jerusalem/

*Le sandwich sabi’h:
Servi dans une pita, contient traditionnellement  des aubergines sautées, des œufs durs, de la sauce tahina, du jus de citron et de l’ail, on peut aussi y rajouter du ‘houmous, de la salade israélienne (cubes de tomates et de concombres, du persil et de l’amba, un chutney de mangue.  Traditionnellement, il est le brunch du shabbat des juifs d’origine irakienne qui y rajoutent les œufs bruns, cuits toute la nuit dans le ‘hamin. Certains y rajoutent du s’hug (condiment vert yéménite qu’il faut manier avec prudence).
Et c’est la que la pita se troue!

* J’emploie le mot judéo-espagnol et non pas ladino, suivant ainsi les directives de Hayim Vidal Sephiha. Un très bon article sur les langues juives:
https://www.jforum.fr/de-lhebreu-aux-langues-juives.html

* Schnorrer: certains pensent que c’est un mendiant. Pas du tout! C’est un bon Juif qui nous permet de nous montrer généreux. Si vous ne me croyez pas lisez Le roi des schnorrers d’Israel Zangwill

* Kaballat Shabbat: l’accueil du shabbat

 

 

 

 

Les drones

Les incendies dans le sud, les infos les mentionnent en passant, comme elles le faisaient quand les roquettes tombaient sur Sderot quotidiennement avant Tsuk Eitan*. Tous les jours des ballons incendiaires brûlent ou rebrûlent les champs dans la régions de Otef Aza*. Certains sont mêmes plus élaborés: ce ne sont plus de simples ballons incendiaires, ils sont lestés de jouets dans lesquels ont été dissimulés des explosifs. Heureusement, nos enfants savent depuis longtemps que les ballons gazaouis ne sont pas destinés à une fête d’anniversaire.
Depuis le mois d’avril,  l’unité de recherche et développement de l’armée de terre israélienne utilise de nouvelles techniques pour lutter contre ces ballons dévastateurs, et pour ce faire, a embauché un certain nombre de réservistes, passionnés par les drones. Ces drones savent non seulement reconnaître, poursuivre ballons ou cerfs-volants enflammés mais aussi les embrochent grâce à leurs ailes acérées et à une pointe en métal, qui se trouve à l’avant.
Mais ce n’est pas encore suffisant. Donc, depuis peu, les habitants se sont cotisés pour en acquérir eux aussi.



Il nous en faut un par kibboutz a déclaré Ron Alsheikh du kibboutz Nir Am et nous formons maintenant ceux qui en auront la charge.

.(le kibboutz Nir Am à côte de Sderot)

A l’heure actuelle, il y a eu plus de 1000 incendies qui ont brûlé 2600 hectares causant des dégâts de plusieurs millions de shekels, hier encore au kibboutz Guevim et deux ballons sont tombés  à Kiriat Malakhi et à Netivot. C’est une vrai catastrophe écologique. La région mettra des décennies à s’en remettre.
Ces jours derniers, un ballon incendiaire a été trouvé à Bat Yam, Rishon leTsion dans la banlieue sud de Tel Aviv, et trois à Jerusalem: l’un deux à Givat Zeev dans la banlieue nord, sans doute un cadeau de Ramallah, un dans un jardin d’enfants dans le quartier Emek Refaim et le deuxième dans la vallée du monastère de la Croix. Ces deux là viennent  sans doute de Bethlehem.

(le monastère de la Croix appartient à l’église orthodoxe géorgienne et  date du 11 ème siècle: Il se trouve en contrebas du Musée Israel et de la Knesset)

Ce matin au supermarché, les employés arabes se montraient désagréables avec les clients: regards hostiles, paroles agressives. Ils ne voulaient visiblement pas les servir. Un client s’en est inquiété gentiment: Que se passe-t-il אחי (a’hi) mon frère. Des problèmes au travail?  Pour toute réponse, le boucher a jeté son paquet de viande brutalement sur le comptoir et lui a tourné le dos. Un vieux monsieur m’a dit en confidence androlomoussia, androlomoussia*, c’est le chaos! J’ai été touchée par la réserve de cet homme âgé qui employait un mot si littéraire pour exprimer son désarroi.
Mal à l’aise, j’ai  pensé que peut-être la chasse à l’homme et les nombreuses arrestations en Judée-Samarie à la suite de l’attentat de Barkan avaient touché des membres de leur tribu.
J’ai préféré ne pas m’attarder. De toute manière et à mon grand regret, je ne comprends pas l’arabe.

(Les deux victimes de l’attenta de Barkan: Kim Yehezkel-Levengrond, 28 ans de Rosh Ayin, mère d’un enfant d’un an, et Ziv Hajbi, 35 ans de Rishon le Tsion, père de trois enfants.)

Ma petite fille Yael a 14 ans. Elle a commence à l’apprendre cette année. Elle avait pensé au français mais comme elle m’a dit: דע את האויב (Da et haoyev) connais l’ennemi. Hier un soldat de l’unité des renseignement Modiin est venu parler aux élèves de sa classe de la situation au Moyen-Orient, de celle d’Israel et a conclu: Dans les unités du Renseignement, nous avons besoin de soldats parlant, lisant et écrivant couramment l’arabe et sans les Renseignements, il n’y a pas de défense possible. Travaillez bien, on compte sur vous dans 4 ans!

 

Un peu de réconfort après un énième article sur le terrorisme,  hier dans le centre ville…

A bientôt,

*L’opération Rocher inébranlable ou Tsouk Eytan s’est déroulée pendant l’été 2014. Elle n’était pas la première opération,  loin de là, contre les agissements du ‘Hamas mais a permis à Sderot de vivre sans menace pendant 3 ans.

*Otef Aza: la bordure de Gaza

*Androlomoussia: désordre, chaos. Amdrolomoussia vient du mot grec androloimosso (ανδρολοιμωσσω). A l’époque de la Mishna, il désignait les victimes d’une épidémie. 

*L’attentat a eu lieu dimanche dernier dans les bureaux d’une entreprise de Barkan, à côté d’Ariel. Les deux victimes, Kim et Ziv, ont été menottées et exécutées d’une balle dans la tête par un palestinien qui avait travaillé dans l’entreprise. Une troisième employée a réussi à se cacher et n’a été que blessée. Le ‘Hamas et le Djihad ont tous les deux revendiqué l’attentat, ce qui ne fait pas l’affaire de Ma’hmoud Abbas qui craint que le ‘Fata’h ne se fasse supplanter. Officiellement, ses sbires nous aident pour rechercher le meurtrier mais pour le moment pas de résultats.
Ariel se trouve a quelques kilomètres de Rosh Ayin:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/08/17/le-sentier-des-patriarches-8-au-coeur-de-la-samarie/

Une guerre d’usure…

Vous n’avez peut-être pas entendu parler de ce qui se passe à la limite de la bande de Gaza depuis bientot 6 mois.
Les émeutes le long de la frontière se multiplient. Contrairement à ce que nous raconte la presse occidentale, ce sont tout sauf des manifestations pacifiques: Des tentatives de pénétration, des jets de pierres et de grenades, des cocktails Molotov et des ballons incendiaires ou armés d’explosifs et cela tous les jours… Tous les jours aussi les incendies qui détruisent les récoltes et les réserves naturelles. Dans ces réserves depuis plus de 70 ans, Israel essaye de réimplanter la faune et la flore chassées par la désertification. Mais ce n’est pas tout: la fumée des incendies et celle des centaines de pneus qui sont brûlés tous les jours du côté gazaoui causent des problèmes respiratoires aux habitants des kibboutzim et moshavim frontaliers.

Voici un extrait d’un reportage de la télé sur la chaîne 20 d’avant-hier, mardi:
Elie Ben David du kibboutz Kerem Shalom,  nous parle d’une journée « ordinaire », où on entend les hurlements, ponctués de Allah ou Akbar des dizaines de milliers de Gazaouis qui essayent de pénétrer sur le territoire israélien:
– A certains moments, on ne voit presque plus le soleil derrière la fumée. Maintenant nous sommes recouverts de gaz lacrymogène, nous portons des masques.
A ses côtés, Roni Kizin, elle-aussi habitante du kibboutz:
– Ces temps, ils se déchaînent, surtout la nuit

Ils hurlent à côté de nous, nous envoient des engins explosifs, nous entendons des insultes, ils menacent de nous égorger.
Nous avons des difficultés pour respirer. Tous les vendredis après-midi (après les prières à la mosquée) cela empire. On ne peut pas sortir et nous recevons d’ailleurs des informations nous demandant de rester enfermés chez nous, de glisser des serpillières mouillées le long des portes et de calfeutrer les fenêtres comme au temps de la guerre du Golfe. De toute manière, dehors il est si difficile de respirer; le nez brûle, notre gorge brûle, nos yeux pleurent. Mais même dans les maisons il est très difficile de respirer. L’air est tellement épais et dégoûtant et ces gaz sont nocifs. J’ai du recevoir des soins à l’hôpital car je me trouvais en grande difficulté respiratoire. 

Ces émeutes sont devenues le cauchemar des habitants du sud et en particulier de ceux des kibboutzim frontaliers.
Pendant longtemps, ces gens se sont tus. Ils ne voulaient pas que le ‘Hamas se sentent pousser des ailes en entendant leurs difficultés, mais maintenant, ils n’en peuvent plus: le volume des fumées toxiques représente chaque jour l’équivalent de deux mois de pollution dans la ville de ‘Haifa où se trouvent des raffineries.
– Nous avons fait preuve de patience mais finalement nous nous sommes tournés vers les autorités, on nous a fait la promesse que cela sera traité. Mais quand?
Nous sommes sur la ligne de front…
Tous les jours plusieurs incendies font rage, les pompiers, les volontaires se relaient sans fin
Ces jours-ci on peut parler d’une escalade dans la violence chez les Gazaouis. Ceci pour plusieurs raisons.
– Le ‘Hamas se débat dans de grandes difficultés financières même s’il utilise la manne étrangère à des fins terroristes. Il est pressé par l’Egypte qui voudrait obtenir une réconciliation avec le Fata’h dont Ma’hmoud Abbas ne veut pas. Ce dernier ne paye plus aucune facture, ni aucun salaire à Gaza. Ma’hmoud Abbas est d’ailleurs intéressé à ce que nous entrions dans une confrontation armée avec le ‘Hamas pour l’en débarrasser.
– Le ‘Hamas est aussi pressé  par le Djihad Islamique qui veut prendre sa place. Il est donc forcé de montrer ses muscles pour combattre l’influence du Djihad sur ses troupes et se laisse entraîner dans une surenchère sans fin.
Demain, vendredi après-midi, le ‘Hamas et le Djihad continueront leur compétition le long de la barrière: à qui enverra le plus d’émeutiers? Qui sera le plus violent?

Pour le moment qui paye en fin de compte les combats internes entre le ‘Hamas, le Djihad et l’Autorité Palestinienne de Ramallah?
C’est Israel et en particulier les habitants de Otef Aza (bordure de Gaza) et les soldats stationnés le long de la barrière qui sont obligés eux aussi de respirer cette horreur.
PS Ce soir, c’est le tour du kibboutz Saad:

A bientôt

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue*

 

 

J’ai souvent entendu dire: Ah mais vous les Juifs, vous êtes doués pour les langues!
Non, nous ne le sommes pas particulièrement, mais la plupart d’entre nous ont grandi dans des familles dont les membres n’avaient pas tous la même langue maternelle. En utiliser au moins deux, même imparfaitement, faisait partie du quotidien, et il en a toujours été ainsi pour des raisons historiques. C’est certainement un avantage car nous avons surmonté ainsi une barrière psychologique qui semble empêcher de nombreux Français d’utiliser les langues étrangères qu’ils ont pourtant apprises.
Ici en Israel, bien que plus des deux tiers des gens soient nés dans le pays, cette facilité à passer d’une langue à l’autre, même pour quelques mots, est toujours présente:
A la מכולת (makolet) épicerie, je ne suis pas surprise que Mahmoud me souhaite sba’h el’her (Bonjour en arabe), que Roni s’adresse à un petit garçon en russe: Саша, мой дгуг! (Sacha mon ami) pour repasser tout de suite à l’hébreu et qu’Ytsik me gratifie de son « Kommensava » habituel suivit d’un « aurévouar » sonore.
Certains diraient à tort « c’est la Tour de Babel« !
A tort pour deux raisons: Nous avons une langue en commun, l’hébreu, support de notre culture, les autres ne servent qu’à colorer notre langage. Et de plus, les constructeurs de la Tour de Babel parlaient justement tous la même langue.

(notre makolet)

Cette semaine, discussion entre amis dans notre  souka, décorée par Naama.


Ils me donnent quelques nouvelles de la vieille Europe qui corroborent l’excellent article de Liliane Messika « En Europe il y a les méchants et les gentils »*.
Je lis aussi l’en-tête d’un article sur Causeur*:
le sociologue Pierre Rosanvallon et chantre de la gauche universitaire refuse tout dialogue avec son adversaire idéologique Alain Finkielkraut.  À moins que ce dernier n’abjure ses convictions… Je ne connais pas cet homme ni désire le connaître. Mais ce qui m’épate c’est l’idée qu’on dialogue mieux tout seul…
Toujours dans la souka, nous en arrivons aux bienfaits de la confrontation positive des idées. Mon mari nous rappelle l’épisode de la tour de Babel: à
 ce moment là, l’humanité toute entière ne pratiquait qu’une seule  et même langue et, se sentant ainsi puissante, aspirait à bâtir une tour pour maîtriser les cieux…
« Toute la terre avait une même langue et des paroles semblables
וַיְהִי כָל-הָאָרֶץ, שָׂפָה אֶחָת, וּדְבָרִים, אֲחָדִים
Ça a l’air bien, une seule langue et un travail en commun pour le bien de tous! Beaucoup y verraient un signe de solidarité entre les peuples, d’égalité, de fraternité…
Pourtant cela ne plait pas du tout à Dieu: il les punit en dotant chaque groupe d’une langue différente et dispersant tout ce beau monde sur toute la surface de la terre .

« Et, ici même, confondons leur langage*, de sorte que l’un n’entende pas le langage de l’autre. Le Seigneur les dispersa donc de ce lieu sur toute la face de la terre »
הָבָה, נֵרְדָה, וְנָבְלָה שָׁם, שְׂפָתָם–אֲשֶׁר לֹא יִשְׁמְעוּ, אִישׁ שְׂפַת רֵעֵהוּ. ח וַיָּפֶץ יְהוָה אֹתָם מִשָּׁם, עַל-פְּנֵי כָל-הָאָרֶץ

 

(La tour de Babel. Un des ivoires de Salerno*. Le grand personnage à gauche est Dieu, pas vraiment content de l’humanité)

Quand on y pense, c’est quand même une punition bien légère. Le récit biblique nous a habitué à bien pire. Il suffit d’évoquer le déluge.
En fait, il ne s’agit pas d’une punition mais d’une thérapie. A ce moment là, l’humanité est en quête de puissance et de pouvoir.  Sa langue commune est celle du totalitarisme. Plutôt qu’un châtiment, la multiplication des langues est en fait une chance pour l’humanité.
La multiplication des langues et donc celle des cultures et des idées nous oblige chaque fois à échanger, à accepter les différences et à nous enrichir de celles-ci.

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Lorsque la langue et la gestuelle -langue du corps- s’unifient, la pensée elle-même devient celle du groupe. La langue commune fait le lit des dictatures.
Il  y a quelques années, j’avais lu « Une petite ville nazie« *:
Dans les années 60, l’historien américain William S.Allen séjourne plusieurs mois dans la petite ville allemande de Thalburg. Une
 double enquête, sociologique et historique, lui permet de publier l’étonnant récit de la montée du parti nazi de 1930 à 1935:
Il démontre que d’autres motivations que les évidents motifs socio-économiques permirent la nazification en douceur de cette petite ville allemande.  Les explications classiques de chômage, voire d’hostilité face à une communauté juive importante, n’étaient pas justifiées: la ville était prospère, résistait bien mieux que d’autres à la crise économique et n’avait qu’une toute petite communauté juive.
L’explication de William S. Allen est celle de l’acceptation passive de la doxa nazie par simple conformisme. Il a suffit de quelques nazis actifs et déterminés dans chaque association, culturelle, religieuse, sportive, depuis la chorale de l’église jusqu’aux associations d’anciens combattants pour donner le ton, pour décider avec qui pratiquer le vivre-ensemble.

Dans la petite ville nazie dont parle William S. Allen, tout est noyauté peu à peu par une minorité. En groupe, les habitants approuvent la doxa nazie bien que, séparément, ils soient peut-être de braves gens.

Aujourd’hui, l’Occident est face à une minorité islamique, adepte de la stratégie du « Jihad Silencieux » parallèlement à celle des « Milles entailles »*, mais peu de gens réfléchissent réellement à ce que provoquera la montée de ce fascisme islamique. 

(réunion du Labour Party cette semaine)

En hébreu, nous avons deux mots qui proviennent de la même racine: אחדות (a’hdut) la solidarité et אחידות (a’hidut) l’homogénéité. Le י(i) fait toute la différence. Il n’y a rien de pire que les sociétés homogènes où tout le monde parle d’une même langue. 

C’était quand même une discussion bien sérieuse pour cette semaine de Soukot!
Heureusement, le rire des enfants montait de souka en souka…

A bientôt,
PS:
Seul le docteur Zamenhof(1859-1919) était naïvement persuadé qu’une langue commune serait un vecteur de compréhension entre les peuples. Épouvanté par les nombreux pogroms de la fin du 19 ème siècle, il avait décidé de créer une langue facile à apprendre, l’Esperanto (j’espère). Son intention allait à l’encontre de celle des bâtisseurs de la tour de Babel. Il ne voulait pas imposer un pouvoir unique. Il avait seulement l’intention de supprimer les guerres grâce à une meilleure compréhension entre les peuples. Il avait oublié qu’une langue n’est pas qu’un ensemble de sons et l’écriture un ensemble de signes mais qu’elles sont l’expression d’une culture. Il eut de nombreux adeptes, de doux rêveurs qui furent balayés par la déferlante nazie et communiste.
Lisez l’excellent article d’Ada Shlaen sur Zamenhof:
A la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859 – 1917)
Et puis lisez tous les articles d’Ada Shlaen. Ce sont tous des merveilles:
https://mabatim.info/author/ada2132/

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, livre des proverbes, 18,21

*article de Liliane Messika
https://mabatim.info/2018/09/21/en-europe-il-y-a-des-mechants-et-des-gentils/

*L’article sur Causeur, si vous avez le courage de le lire:
https://www.causeur.fr/pierre-rosanvallon-alain-finkielkraut-2-154401

*Le djihad silencieux: une fatwa lancée dans les années 1990 par l’un des principaux dignitaires musulmans qui avait dit: “La conquête de l’Occident se fera sans guerre mais en silence, par une infiltration et une prise de contrôle”.
C’est aussi le nom d’une série de reportages réalisés par le journaliste israélien Tsvika Ye’hezkeli en Europe, en Turquie et aux USA. Pour ce faire, et aidé par le Mossad, il a pris l’identité d’un cheikh jordanien, adepte des Frères Musulmans.
En voici deux extraits qui concernent la France:

https://gloria.tv/video/onXEk91Rce4N4YxPU1EdEpsah
https://gloria.tv/video/1CFtMKHVZ1MSCzbrM2TP314z9

*Stratégie des 1000 entailles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/16/djihad-en-solo/

*La paracha de la tour de Babel: Bereshit (Genèse) 11,1-9

*Confondons leur langage. Le mot Babel fait bien référence à la Babylonie (Bavel en hébreu) mais la racine  signifie confondre

*Les ivoires de Salerno: ce sont des scènes bibliques, gravées sur plus de 60 plaques en ivoire et datant du 11 ème et 12 ème siècles. Elles combinent l’art byzantin,islamique, copte et chrétien occidental.  Elles constituent le trésor de la cathédrale de Salerno