יום העצמאות שמח Bonne fête de l’Indépendance 2019

Je vous ai déjà parlé de nos Yom Haatsmaout, des porteurs de torches, du barbecue et des drapeaux flottants au vent. J’aimerais cette fois vous raconter une histoire peu connue: comment  les Juifs de Libye célébrèrent le premier anniversaire de l’état d’Israel, en 1949.

Les Juifs de Libye n’ont jamais été nombreux. Ils sont environ 35.000 en 1939. Pendant des siècles, ils vivent comme tous les autres Juifs dans le pays musulmans: ce sont des dhimmis qui doivent se soumettre aux lois discriminatoires datant du calife Omar*.
Lorsque les Italiens fascistes arrivent en Libye dans les années 20, les Juifs sentent  souffler un vent de liberté qui leur vient d’Europe, car l’idéologie fasciste italienne dans ses débuts n’a pas de composante antisémite comme le nazisme.
Mais dès 1932, les choses se dégradent. Le nouveau gouverneur Italo Balbo est partisan du modernisme et de des lumières de l’Occident. Il fait donc fouetter en place publique les commerçants juifs refusant d’ouvrir leurs magasins le shabbat, prétextant que cela n’est pas bon pour l’économie et entrave la marche du progrès. En 1938, il leur fait appliquer les lois raciales promulguées en Italie* lors d’une visite de Goering avec qui il entretient des liens d’amitié depuis longtemps.
Pendant la deuxième guerre mondiale,  la communauté des Juifs de Libye est  la plus sévèrement touchée par la répression antisémite dans toute l’Afrique du Nord: les lois raciales sont appliquées avec la plus grande sévérité et de nombreux Juifs sont déportés dans des camps de travail très durs ou beaucoup meurent de mauvais traitements. Ceux qui restent à Tripoli ne sont pas tellement mieux lotis car en plus des bombardements, ils n’ont pas droit au même rationnement que les non-Juifs et doivent en plus nourrir des réfugiés juifs de Cyrénaïque. Ceux de Benghazi se retrouvent dans un camp d’internement où les conditions de vie sont si mauvaises que plus de 500 d’entre eux mourront en moins d’une année…
Quant à ceux qui ne sont pas de nationalité libyenne, ils seront envoyés dans les camps d’extermination du Reich.

(Mémorial en souvenir des déportés originaires de Libye, dans la foret de Ben Shemen)

Les Arabes libyens se tiennent tranquilles pendant toute la guerre mais dès 1945 un pogrom éclate à Tripoli et dans toute la région, à l’instigation du mouvement nationaliste le Hizb al-Watani, pogrom qui fera 130 morts. D’autres pogroms se succéderont régulièrement pendant trois ans, dès l’annonce du plan de partage de la Palestine par l’ONU*, le début de la guerre d’Indépendance qui commence aussitôt et la proclamation de la création de l’état d’Israel. En 1949, l’Agence juive organise les départs qui se poursuivront jusqu’en 1951*.

On pourrait donc se dire que les Juifs de Libye font profil bas, mais non! Et en ce mois de mai 1949, la communauté de Tripoli décide de célébrer ouvertement Yom Haatsmout.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

Drapeau et banderoles sont hissés sur la synagogue.

(Ce drapeau, cousu en Libye, se trouve au Centre de l’Héritage libyen. Yediot A’haronot, photo Ido Erez)

Les rabbins composent des prières spéciales pour la paix de l’état d’Israel et décident aussi que les enfants nés cette semaine là devront s’appeler Israel pour les garçons et Siona pour les filles.
D’autres drapeaux faits maison sont déployés dans le quartier juif et un repas de fête communautaire est organisé.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

J’ai retrouvé une chanson en judeo-arabe, composée pour l’occasion: Pourquoi cette fête?
Le 5 du mois de Iyar, nous nous sommes réjouis petits et grands, à côté de la synagogue, le 5 du mois de Iyar notre joie est grande. Il flotte notre drapeau bien-aimé… L’ennemi nous a attaqué mais s’est envolé comme un oiseau.


(interprétée par le paytan Klimo Dos)

Il n’y a plus de Juifs en Libye. Certains sont partis en Europe, d’autres en Amérique mais la plupart sont ici et font partie de notre mosaïque israélienne.

 

 

(dessin de Shay Charka)

A bientôt,

PS: L’essentiel de la population juive partira entre 1949 et 1951. Pour ceux qui restent, leur vie deviendra de plus en plus difficile. Ils sont sans cesse harcelés par les autorités, leurs droits leurs sont peu à peu déniés, les écoles juives sont fermées, ils n’on plus le droit de vote… Au moment de la guerre des six jours, une série de pogroms fera fuir les deniers en quelques jours.

*Le calife Omar et la dhimmitude:

La dhimmitude, ou le sort des non musulmans en terre islamique

*Les lois fasciste antisémites en Italie:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_raciales_fascistes

*Le plan de partage de la Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*

 

 

Yom hazikaron יום הזיכרון 2019

La veille du Jour de l’Indépendance est un jour de deuil. Nous commémorons le souvenir de ceux qui sont tombés au combat  et celui des victimes civiles des attentats.

Jusqu’à présent, on compte 23 741 soldats tombés pour la défense du pays et 3150 civils* ont payé de leur vie la barbarie antisémite de nos ennemis. Cette semaine, 4 nouvelles victimes civiles:


S’il n’y en a pas plus c’est grâce au système antimissile, Kipat Barzel, le Dôme de Fer,  grâce  aux directives du Pikoud Haoref* mais aussi grâce à la bravoure de civils qui protègent non seulement leurs enfants mais aussi des inconnus.
Cette photo a fait le tour d’Israel:
A Sderot, Itay Knafo protège de son corps Avigail Aroush, 6 ans.
Itay est un jeune homme de 18 ans qui a choisi de retarder d’un an son service militaire pour intégrer ce qui s’appelle la שנת שרות (Shnat Sherut), année de service civil. Il le fait en tant que personnel encadrant chez les scouts, d’autres le font dans les hôpitaux ou protègent les récoltes et le bétail des vols et destructions perpétrés par les Arabes*

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Je me souviens de cette photo datant de l’été 2014 où un inconnu s’est précipité pour protéger un jeune père et son bébé.

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Je me souviens aussi d’Ella Aboukris tuée à Sderot en janvier 2005 en protégeant son frère. Elle avait 17 ans.

 

 

Le politologue Mordekhaï Kedar a déclaré hier:  Je recommande à tous, aussi bien en Israel qu’en dehors, de ne plus utiliser les mots ‘Hamas et Jihad mais l’expression Daesh (ou ISIS) palestinien. Apres tout, l’idéologie de ces organisations est absolument la même. Je veux dire qu’elles sont identiques et ont le même but, même si les organisations palestiniennes tentent de cacher ce fait.

Et c’est vrai. Ils éduquent leurs enfants à la haine du Juif de la même manière,


(Kol ‘HaÏ)

 

les utilisent comme esclaves pour creuser des tunnels terroristes

(Yediot Aharonot 2014: enfants travaillant dans des tunnels)

Et s’en servent comme boucliers humains: cette horrible photo qui montre deux enfants accrochés à la grille de la maison d’un terroriste pendant la guerre de l’été 2014 est toujours d’actualité:

(Site jewishisrael)

Une de mes amies m’a envoyé ces phrases de la journaliste Sivan Rahav Meir: Nous nous trouvons à nouveau de nos jours face à une industrie de la mort. Les terroristes en face de nous sanctifient la mort de leurs enfants, les transformant en shahid, martyrs, et considèrent l’assassinat d’innocents comme une obligation religieuse.
Dieu nous a demandé il y a longtemps de choisir entre la vie et la mort, nous avons choisi la vie.

A bientôt,

*Le nom complet de cette journée de deuil est Yom Hazikaron pour les soldats et victimes du terrorisme

*Le compte part de l’année 1860, c’est a dire du début de l’organisation politique et moderne du sionisme.

*L’année de service civil. Elle se fait en retardant d’un an le service militaire ou après celui-ci. Il s’agit d’un volontariat et non pas d’une obligation.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

*Pikoud Haoref ou le Front Intérieur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

*L’exploitation des enfants palestiniens par leur propre peuple
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/05/les-enfants-de-gaza/

La loi de la nation ou la vertu du nationalisme

Il y a quelques semaines, le politologue Yoram Hazoni était interviewé dans le Figaro. Voici ce qu’il déclara au sujet du nationalisme et des états-nation:
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler ne l’était pas le moins du monde.Je ne pourrai pas vous rendre compte du reste de l’interview n’étant pas abonnée au Figaro, mais voici un extrait de son livre* The virtue of nationalism:
Mes amis libéraux (là encore, au sens américain, c’est-à-dire des intellectuels de gauche) semblent ne pas comprendre que la construction libérale qu’ils soutiennent est une forme d’impérialisme… Tout comme les Pharaons et les rois de Babylone, les empereurs romains et l’église catholique romaine, jusqu’à récemment, ainsi que les marxistes au siècle dernier, les “progressistes” ont aux aussi leur grande théorie sur la manière d’apporter la paix et la prospérité au monde entier, en abolissant les frontières et en unissant l’humanité sous leur propre domination universelle. Infatués de la clarté intellectuelle de cette vision, ils dédaignent le processus laborieux de consulter la multitude des peuples qui doivent, selon eux, embrasser leur vision de ce qui est bon. Et comme tous les impérialistes, ils sont prompts à exprimer leur dégoût, leur mépris et leur colère lorsque leur vision de la paix rencontre l’opposition de ceux dont ils sont certains qu’ils retireront un immense bénéfice en se soumettant tout simplement”

Je peux rajouter à cela:
Hitler voulait un grand empire débarrassé de la vermine (nous les Juifs et aussi les Gitans) et avec de nombreux esclaves (les Russes et Polonais particulièrement) au service d’une supposée race pure. Il ne proposait pas que chacun vive selon sa langue, ses lois et sous son figuier pour  paraphraser la Bible. Staline voulait un empire soviétique dans lequel les particularismes culturels n’étaient concédés que du bout des lèvres, quant à Mao, foin des aspirations de toutes les minorités qui s’opposaient au diktat chinois, les Tibétains en savent quelque chose.
En ce qui concerne le monde islamique, nous savons que pour lui, le monde est partagé entre Dar el Islam (monde de l’Islam) où tous doivent obéir à l’islam (y compris les dhimmis) et Dar el ‘Harb (le monde de l’épée) c’est à dire le monde qui sera soumis à l’islam par la force.

Pourtant, actuellement l’idée que la nation est facteur de discrimination pouvant mener à la guerre est très à la mode. Une des raisons qui font que notre petit état fait horreur au monde occidental, c’est que c’est un état-nation et que nous y tenons.
Depuis quelque mois, une loi, la loi de la Nation, fait couler beaucoup d’encre, y compris ici dans la presse et les milieux gauchistes qui la décrivent comme une loi raciste s’opposant aux droits de l’homme. Aussi j’ai voulu mettre en parallèle le texte de la Déclaration de l’Indépendance, prononcé le 14 mais 1948 par David Ben Gourion, les lois fondamentales et le texte de la loi de la Nation.

Si je reprends le contenu de la Loi de la Nation promulguée le 19 juillet 2018, je retrouve les mêmes principes dans la Déclaration d’Indépendance et les Lois Fondamentales. Ainsi:

– 3 grands principes y sont inscrits en préambule:
1) La Terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif sur laquelle s’est constitué l’État d’Israël.
2) L’État d’Israël est l’État national du Peuple Juif par lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination.
3) L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est spécifique au Peuple Juif.

Ces trois principes se trouvent déjà dans la Déclaration d’Indépendance:

La loi de la Nation  détaille ensuite les symboles de l’état:

– Le nom de l’état:
Le nom de l’état est Israel.

Dans la Déclaration de l’Indépendance figure cette phrase:
Nous, membres du Conseil National représentants le peuple juif du pays d’Israel et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd’hui, jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’état juif dans le pays d’Israel, qui portera le nom d’état d’Israel.

– Le drapeau de l’État:
Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des marges, et un maguen David (bouclier de David) bleu ciel au milieu.

Lois fondamentales (extrait):
Le drapeau d’Israël s’inspire du châle de prière juif (Talith) orné d’un Bouclier de David (Maguen David) bleu (Loi de drapeau et des symboles de l’État, mai 1949).

Les armoiries de l’Etat:
Le symbole  de l’État est un chandelier  à sept branches, des feuilles de vigne sur chaque côté, et le mot: « Israel » à sa base.

Lois fondamentales (extrait):
Les armoiries d’Israël représentent une Menorah (chandelier), symbole juif depuis plus de 3000 ans. L’emblème de l’état, la Menorah sera la même que celle qu’on trouve sur l’arc de Titus*. Elle sera entourée de deux branches d’olivier et à sa base portera le nom d’Israel en souvenir de la prophétie de Zakharia (14, 2) qui prophétise le renouveau d’Israel:
« Je vois un chandelier tout en or son récipient sur son sommet, ses sept lampes alignées et sept conduits pour les lampes qui en couronnent le sommet.  Puis, deux oliviers à ses côtés, l’un à droite du récipient, l’autre à gauche ». 

L’Hymne de l’État:
L’hymne de l’état est la « Hatikvah ».

Lois fondamentales (extrait):
Hatikvah est officiellement l’hymne national de l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Composé par Naphtali Imber en 1878 et choisi pour être l’hymne du premier Congres Sioniste.
Le mot  Hatikva veut dire l’espoir et son texte a tout de suite parlé aux juifs du monde entier, et ceci avant la création de l’état.

Tant qu’au fond du cœur
Vivre notre âme juive,
Et, tend son regard vers les confins de l’Orient

Notre espoir n’est pas encore perdu,
Un espoir de deux mille ans:
Etre un peuple libre sur notre terre,
La terre de Sion et de Jérusalem


(chorale d’enfants à Munkacs dans les Carpates au début des années 30)

Dans la Palestine mandataire, l’hymne de la Hatikva a été interdit par les autorités britanniques dès 1919 pour ne pas déplaire aux Arabes (comme ils avaient par ailleurs interdit le son du shofar au Kotel*).

– La capitale de l’état:
Jerusalem, entière et réunifiée est la capitale de l’Etat.

Lois fondamentales:
1) Le 5 décembre 1949, le Premier Ministre David Ben Gourion  a proclamé que Jerusalem était la capitale d’Israel , en suivant ainsi les décisions du gouvernement. Il a aussi rappelé  le fait que, capitale à l’époque biblique,  Jerusalem  avait toujours eu une population juive sans discontinuer jusqu’à nos jours. Il a souligné son propos en répétant cette phrase:  ירושלים היא בירת ישראל לנצח, Jerusalem est la capitale d’Israel pour l’éternité.
2) De plus, le 14 du même mois de décembre 1949, il a rejeté la résolution 303 de l’UNGA (Assemblée générale de l’ONU), qui avait décidé que Jerusalem serait une ville internationale placée sous l’autorité de l’ONU,  et a réaffirmé la position des membres de la Knesset sur le sujet.
3) La loi fondamentale, votée le 

– La langue officielle de l’état:
L’hébreu est la langue de l’état. La langue Arabe jouit d’un statut spécial dans l’État; la réglementation de l’usage de la langue Arabe dans les institutions officielles ou devant celles-ci, fera l’objet d’une loi. Aucune disposition du présent article ne portera atteinte au statut effectif de la langue Arabe avant l’entrée en vigueur de la présente loi fondamentale.

Loi fondamentale du 19 mais 1948: L’hébreu est la seule langue officielle d’Israel, l’arabe ayant un statut spécial.

Alors que le nouvel état a maintenu un certain nombre de lois britanniques dans son nouveau code de lois, le gouvernement a expressément précisé que seul l’hébreu était la langue officielle!

Cependant, les panneaux d’utilité publique

ainsi que tous les documents officiels sont rédigés en hébreu et en arabe.

J’ai lu dans plusieurs revues d’histoire que l’ONU avait exigé pourtant d’Israel la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle avant de l’admettre comme membre. C’est faux mais qui ira vérifier le texte de la résolution 273 admettant Israel au sein de l’ONU en 1949:
https://ecf.org.il/media_items/469)

– Le rassemblement des exilés et les liens avec le peuple juif en Diaspora:
L’État sera ouvert à l’immigration des Juifs et au Rassemblement des Exilés. L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté. L’État agira sur les communautés de Diaspora pour la conservation du lien entre l’Etat et les membres du Peuple Juif. L’État agira en vue de la conservation de la Tradition culturelle, historique et religieuse du Peuple Juif au sein du Judaïsme de Diaspora.

Déclaration de l’Indépendance:
Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat… Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.
En 1897, inspiré par la vision de l’Etat juif qu’avait eue Théodore Herzl, le premier congrès sioniste proclama le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays. Ce droit fut reconnu par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et réaffirmé par le mandat de la Société des nations qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

(Voici cet extrait repris et décoré qui se trouve dans les archives de l’état)

– *Développement urbain et agricole des Juifs:
L’État considère le développement urbain et agricole des Juifs comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement.

Bien avant la création de l’état d’Israel en 1920, l’article 6 des Accords de San Remo stipulait que:
L’Administration de Palestine, tout en veillant à ce que les droits et la situation des autres catégories de la population ne soient pas lésés, facilitera l’immigration juive dans des conditions appropriées et encouragera, en coopération avec l’Agence Juive visée à l’article 4, l’implantation des Juifs sur les terres, y compris les terres domaniales et les friches non nécessaires à des fins publiques. »

Déclaration de l’Indépendance:
..
.Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat. Tout au long des dernières décennies, ils s’y rendirent en masse : pionniers, maapilim* et défenseurs. Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle. Ils n’aspiraient qu’à la paix encore qu’ils aient toujours été prêts à se défendre. Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays. Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.

Lois fondamentales:
Le concept de développement urbain et agricole de la population juive est déjà inscrit dans la Déclaration du 4 octobre 1949. Le gouvernement de l’époque  constitue en plus un comité dont le but est d’inciter à la réhabilitation des noms juifs des différentes localités dont le nom a été changé au cours des siècles et à retrouver celles qui ont disparu en se fondant sur des bases historiques et archéologiques précises . Ce comité travaillera surtout dans la région du Neguev, en parallèle avec le « Comité des noms des localités du Fonds National Juif » qui lui s’est attelé à ce travail dès l’année 1922!
Pour comprendre cela, il faut intégrer le fait qu’ici, les groupes ethniques et religieux sont ne sont pas effacés au profit d’une nationalité commune à tous. Situation très différente de ce qui existe par exemple en France. Ne dites surtout pas à un Israélien arabe, druze, tcherkesse ou araméen, qu’il n’est qu’israélien. Il est fidèle non seulement à sa nationalité mais aussi à son groupe dont il défend bec et ongles les particularités. Il donc est logique pour tous que si l’état est la patrie de la nation juive, comme cela est inscrit dans la Déclaration de l’Indépendance, le développement urbain et agricole des Juifs soit son objectif premier. Ceci dit, les non-Juifs habitent où ils veulent (y compris parfois dans les « colonies ») dans la mesure où ils respectent les lois d’urbanisation valables pour tous.
Point de place ici pour  les villages construits sans aucune autorisation, essentiellement dans le Neguev mais parfois aussi en Galilée et pour le dire en passant, souvent avec l’aide active de puissances étrangères comme l’Union Européenne qui plantent des cabanes en tôle, sans donner aux habitants la possibilité de se connecter à l’eau, à l’électricité ou même à des routes carrossées et en les gardant ainsi dans un état de pauvreté et de dépendance tout en leur répétant que leurs malheurs viennent des sionistes.

– Le Calendrier:
Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel de l’Etat et à ses côtés le calendrier grégorien servira aussi de calendrier officiel. L’emploi du calendrier hébraïque et du calendrier grégorien sera fixé par la loi. Le jour de l’Indépendance est le jour de la fête nationale de l’État.
Le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et le Jour du Souvenir de la Shoah et du Courage sont des jours du souvenir officiels de l’État.
Le Shabbat (Samedi) et les fêtes juives sont des jours de repos fixes dans l’État. 
Les personnes non-juives ont le droit de fixer leurs jours de congé, leur jour de repos hebdomadaire et lors de leurs fêtes; les détails concernant ces points seront fixés par la loi.

Lois fondamentales:
La première loi à être promulguée dans l’État d’Israël a été l’ordonnance du shabbat et du repos des jours selon le calendrier juif en raison de l’importance de la tradition juive. Et il a été décidé que la date hébraïque serait indiquée dans chaque lettre officielle du gouvernement
De plus, pendant le premier gouvernement de Mena’hem Begin, il a été décidé que les banques et les institutions publiques se devaient d’honorer les chèques et factures comportant uniquement la date hébraïque.
Enfin en 2014, a été votée une loi selon laquelle le permis de conduire comporterait également la date en hébreu.

En conclusion que dire? Que tout ce qui se trouve dans la Loi de la Nation (que les journaliste appellent la si-controversée loi de la Nation) a été déjà écrit et proclamé depuis la création de l’état.
Etait-il donc nécessaire de voter une nouvelle loi?
Pour moi, oui, vraiment, et toutes les accusations véhémentes de ceux opposés à la loi me le prouvent. Ce texte est nécessaire pour lutter contre les adeptes du post-sionisme qui voudrait suivre le courant actuel: plus de nation, plus de particularités culturelles et nationales sans se rendre compte que cet abandon revient à donner les rênes du pays à  ceux qui veulent le détruire. Ce faisant, ils ôtent aux Juifs tout espoir de trouver un refuge dans le pays de leurs ancêtres. Si certaines populations décident de fondre leur culture et leurs particularismes dans un magma indéfinissable, c’est bien leur droit. C’est là un luxe que nous, Juifs, nous ne pouvons pas nous payer. Combien d’entre nous en Diaspora sont encore des victimes toutes désignées y compris dans les pays dits développés?
Même ici, dans ce pays en constitution depuis seulement 70 ans, nous ne devons jamais baisser les bras et veiller à ce que les principes fondateurs demeurent.
Certains crient à la discrimination en répétant comme un mantra que la Loi de Nation est raciste, mais sans jamais expliquer en quoi elle l’est.

Pour moi, par deux fois nous avons perdu notre souveraineté nationale*.
Nous avons survécu en développant et renouvelant notre conception particulière du monde et du rapport à l’autre, tout en conservant nos structures fondamentales: monothéisme et éthique, rappel de l’alliance et universalisme. Nous avons été capables de maintenir notre identité pendant ces siècles d’exil, tout cela en attendant de restaurer notre état*.
Nous avons le devoir de maintenir nos valeurs et notre héritage que nos ancêtres ont réussi, dans les conditions difficiles que nous connaissons, à nous transmettre et nous refusons de nous couler dans un moule créé par d’autres même s’ils prétendent nous vouloir du bien.

A bientôt,

* Il y a longtemps: la première fois 5 siècles avant l’ère chrétienne et la deuxième fois au deuxième siècle de l’ère chrétienne, après la chute de Bar Kokhba.

*Extrait tire de l’excellent article (une fois de plus!) de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/02/europe-les-elites-contre-les-peuples-la-nouvel-imperialisme-europeen-face-au-reveil-des-etats-nations-pierre-lurcat.html

* Parmi les nombreuses interdictions du gouvernement britannique: chanter l’hymne Hatikva et souffler dans un shofar au kotel
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

* Maapilim: Les immigrants illégaux entre 1934 et 1948.

*Je vous renvoie au texte de la déclaration d’Indépendance, prononce par David Ben Gourion, premier Premier Ministre d’Israel, le 5 Iyar 5708 ou 14 mai 1948:
https://mfa.gov.il/MFA/MFAFR/MFA-Archive/Pages/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel.aspx

 

Tsvika Levy, le père des soldats isolés (1948-2018)

On a beaucoup parlé ces derniers temps d’Amos Oz, mort il y a quelques semaines.
Si Amos Oz vous intéresse, et si vous voulez sortir des hommages fidèles à la pensée unique, je vous invite à lire les excellents textes de Pierre Lurçat* sur Amos Oz. Celui-ci qui fut certainement un des grands écrivains israéliens mais il appartenait aussi à cette gauche déconnectée de la réalité qui veut faire la paix des cimetières avec des assassins qui, eux, ne cachent pas leur intention de nous exterminer.

En ce qui me concerne, je préfère m’attarder pour rendre hommage à  Tzvika Levy, décédé la même semaine, à l’âge de 70 ans de la maladie de Charcot, l’ALS.
Pendant, plus de 30 ans, le colonel Tzvika Levy, du kibboutz Yifat, a dédié sa vie aux soldats isolés par un engagement sans relâche.
Les soldats isolés sont des soldats qui n’ont pas de famille en Israel, soit parce qu’ils sont les seuls à avoir fait leur alyia, soit parce qu’ils sont orphelins ou issus de milieux particulièrement défavorisés ou rejetés comme ces jeunes arabes que leur engagement a coupé complètement de leur famille.

Dans une de ses interview, Tsvika Levy a raconté comment tout a commencé pour lui:
Jeune officier parachutiste, il perd soudain une de ses filles, Ofri. Pour l’aider à surmonter cette tragédie, Rafael Eytan* lui parle d’un projet qui lui tient à cœur et lui demande son aide:
Rafoul (Raphael Eytan) est venu me voir et m’a dit: Ecoute Tsvika, tu habites à côté de Midgal Haemek. Là bas, il y a un bon nombre de jeunes qui partent à la dérive. Aide moi à mettre sur pied un programme pour les aider à faire leur service militaire… Et c’est ce que j’ai fait… Tous les jours,
après avoir travaillé dans les champs toute la matinée, je partais à Migdal Haemek pour motiver des jeunes qui traînaient, désœuvrés et sans but.
Tsvika y réussit si bien que l’armée lui  demande de devenir le responsable de ce projet, devenu officiel.
Au fil des années, il aide ainsi des milliers de jeunes à intégrer l’armée et leur trouve des familles adoptives pour les entourer pendant leurs permissions.
(Quelques uns des 70 soldats isolés, choisis pour présenter leurs vœux au pays lors du dernier Yom Haastmaout:
De gauche à droite et de haut en bas, ils sont originaires de Chine, du Honduras, d’Israel, du Kenya, du Japon, de Colombie, d’Azerbaïdjan et d’Uruguay)

Pendant toutes ces années, il s’occupera de milliers de soldats et s’en souciera à tel point qu’il sera connu comme le père des soldats isolés, et que beaucoup d’entre eux l’appelleront même abba.

Il devra malheureusement  aussi aller à de nombreux enterrements et assister leurs familles endeuillées.

En 2017, lors de Yom Haatsmaout, Tsivka Levy a reçu le prix d’Israel en récompense de ses services rendus.


Lors de la cérémonie il a déclaré:
 » Avant que nous chantions l’Hatikva, je voudrais rappeler ceci: le 14 février 2001, il y a 16 ans, Julie Weiner,  soldate isolée venue de France, et adoptée par une famille du kibboutz Zikkim, était sur le point de commencer le cours d’officier.


Elle m’a téléphoné ce jour là de la station de bus au carrefour Azur et m’a dit: Tsvika lors de l’examen on va aussi vérifier que je connais par cœur les paroles de l’Hatikva.. Tu veux la chanter avec moi?
Je lui ai dit: avec joie.
J’ai chanté une strophe et elle une strophe et ceci, jusqu’à ce qu’elle la chante toute seule. Quand elle est arrivée à la phrase « être un peuple libre sur notre terre » , sa voix s’est tue. Je ne l’ai plus entendue. J’ai essayé en vain de la rappeler…
Soudain, j’entends une annonce sur Galei Tsahal (
la radio de l’armée): un attentat a eu lieu à la station de bus à Azur, 8 morts*. J’ai enfilé mon uniforme et j’ai volé jusque là. J’ai identifié Julie parmi les 8… Les derniers mots de Julie, nouvelle immigrante venue de France, ont été ceux de l’Hatikva « être un peuple libre sur notre terre ». Depuis, quand on chante l’Hatikva, à chaque Yom Haatsmaout ou à Yom Hazikaron, son souvenir se rappelle à moi dans mon sang et dans mon âme ».

Une semaine avant de mourir, Tsvika Levy a réussi à terminer le livre pour enfants « Les histoires de grand-père Tsvika », qu’il a écrit avec l’aide des muscles oculaires, seuls encore actifs dans son corps paralysé. Son livre devrait être mis en vente le 13 janvier, jour de son anniversaire et tous ses revenus seront transférés à l’aide aux familles de patients atteints de ALS.

J’écris ces lignes et Tsvika Levy me fait penser à un autre héros, Sim’ha Holzberg, mort en 1994, lui aussi récipiendaire du Prix Israel, et surnommé le père des blessés. Né à Varsovie en 1924, et ayant survécu au ghetto et à l’extermination, il disait que son nom Sim’ha (la joie) l’obligeait à dispenser le plus de joie possible autour de lui. C’est pour cela qu’il consacrait sa vie aux blessés de Tsahal.
(Simha Holzberg au mariage d’un soldat blessé)

L’acteur Tuvia Sapir lui a consacré un petit film destiné aux enfants:

Que le souvenir de ces deux héros soit une bénédiction pour le peuple d’Israel.

A bientôt,

 

* Pierre Lurçat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/12/quand-amos-oz-s-appelait-encore-amos-klausner-une-histoire-de-des-amour-et-de-tenebres-pierre-lurcat.html
La trahison des clercs d’Israel
http://www.tribunejuive.info/livres/pierre-lurcat-loccident-nest-plus-capable-de-regarder-israel-dune-maniere-objective

* Raphael Eytan:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafael_Eitan_(militaire)

* Attentat à la station d’autobus au carrefour d’Azur:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_d%27Azor_en_2001

 

 

 

Sandalim, sandalim!

Il y a quelques années, je publiais un article sur les couvre-chefs et un autre sur le costume juif »* . Je vois qu’ils sont encore régulièrement lus.
Pourquoi cette fois ne pas parler des chaussures ou plutôt des premières chaussures connues, les sandales.

Moshe en portait certainement puisque Dieu lui demande de les ôter lorsqu’il se tient devant le buisson ardent au mont Sinaï .
De même il est certain que c’est ce que portaient les habitants de Gabaon lorsqu’ils trompèrent Yeoshua bin Noun.*
On ne trouve pas le mot sandale dans le texte du Tanakh, où il n’est question que de נעליים (naalaim), souliers*, mais ce mot de נעליים (naalaim) nous renvoie pourtant à cette forme primitive de la sandale puisqu’il vient de la racine נעל  (naal), nouer. Certains pensent cependant que le mot vient de נע +על (na+al): bouger sur (les chemins).


Et puis, les siècles passant, les sandales ne furent plus en vogue. Petit à petit, les orteils furent cachés même dans les pays chauds.
Dans son excellent article sur l’histoire de la chaussure, Véronique Chemla écrit que « durant l’Antiquité, l’utilisation des sandales avec une variété de formes et de modèles reste majoritaire. Un changement se dessine vers la fin du 4e siècle, tout d’abord sur le territoire d’influence byzantine et ensuite à Rome, avec l’ascendant croissant des souliers fermés et des chaussons en cuir simple marron ou noir, mais aussi parfois en cuir pourpre richement décoré ».*
La sandale restera en Europe la chaussure « biblique » des moines.
Lorsque les premiers haloutzim arrivèrent, ils gardèrent l’habitude des grosses chaussures malgré la chaleur. Il s’agissait en fait de protéger les pieds des pierres, épines et serpents et puis, dans l’esprit juif, montrer ses orteils, ce n’était pas convenable. Les Arabes eux mêmes, n’en portaient pas. Soit ils étaient pieds nus, soit, et c’était un signe de richesse, ils chaussaient des babouches.
Mais dans les années 20, des immigrants d’origine tchèque et allemande se dirent que les sandales étaient très pratiques. Ils en fabriquèrent alors de confortables et assez larges pour être portées avec ou sans chaussettes.

En fait ce modèle venait des premières sandales de randonnées qu’on appelait en Allemagne les sandales de Jesus. Joseph ben Artsi, fondateur de la société Nimrod, décida de créer les sandales Babta* du nom de cette jeune femme qui vivait il y a 2000 ans et réclamait la pleine propriété de ses palmeraies devant la cour de justice à Ein Guedi. Comme cela est décrit dans ce parchemin:

(Titre de propriété  concernant les 4 palmeraies, parchemin retrouvé par Yigal Yadin dans les grottes près de la mer morte)

Les sandales sont devenues un des symboles de l’esprit pionnier. Lorsque Dosh voulut caricaturer le tsabar israélien, Sroulik (diminutif d’Israel), il le revêtit du kova tembel (chapeau d’imbécile)*, d’un long short kaki et de sandales.
Les années passent, les kibboutzim s’embourgeoisent: plus de long short kaki, plus de kova tembel et beaucoup moins de sandales…
En fait, les sandales bibliques auraient dû elles aussi tomber dans l’oubli si le sionisme religieux ne les avait pas remises à l’honneur:  la sandale biblique confortable est celle de l’homme qui a un lien très fort avec sa terre et qui se bat pour elle. Ce n’est pas un hasard si l’une des grandes marques de sandales biblique s’appelle שורש (shoresh), racine.

Et si vous voulez vraiment avoir les pieds découverts, vous porterez les כפכפים (kafkafim)*. Mais, votre démarche traînante et paresseuse  ne vous désignera pas pour autant comme pionnier!

Mais d’où vient donc le mot sandale, qu’on trouve aussi bien en hébreu que dans les langues européennes, y compris en russe (сандал)? Il est arrivé sans doute dans les chariots d’Alexandre le Grand qui l’avait rapporté de Perse et s’est diffusé ensuite dans tout le bassin méditerranéen et même au delà.
סנדל (sandal) est aussi le nom d’un poisson très plat qu’on appelle aussi le poisson de משה רבנו (Moshe Rabbenou) ou Moise notre maître. Il parait que lorsque Dieu a divisé la mer rouge en deux, il n’a pas fait très attention et a coupé ce poisson en deux! En français on l’appelle la sole. Ce qui est amusant c’est que le mot sole vient du latin solea qui vient lui-même de l’hébreu סוליה (soulia), une semelle.

Il y a de moins en moins de סנדלרים (sandlerim), cordonniers, en Israel. L’un deux Malkiel Atsilov est né dans la ville de Samarkand. Il a réussi à immigrer en Israel en 1964 et s’est depuis installé comme cordonnier dans le quartier de Na’halat Shiva*.
Au dessus de la porte, une inscription en russe, сапожник, et en hébreu סנדלר (sandlar), cordonnier.

Cela me fait penser à la chanson על כפיו יביא (al kapav yavi), il lui apportera de ses mains, dans laquelle, Yoram Taharlev parle de trois artisans qui tous rêvent d’Eliahou Hanavi*: le menuisier rêve de fabriquer sa chaise, le  cordonnier ses chaussures  et le maçon rêve qu’à ce moment là, il pourra reconstruire le Temple.

Mais que vous soyez pieds nus ou chaussés de sandales, qu’Eliahou Hanavi arrive ou pas, souvenez vous de ce que nous disait le prophète Ishayahou:
Qu’ils sont gracieux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, qui annonce la délivrance, qui dit à Sion: Ton Dieu est roi!
מַה-נָּאווּ עַל-הֶהָרִים רַגְלֵי מְבַשֵּׂר, מַשְׁמִיעַ שָׁלוֹם מְבַשֵּׂר טוֹב–מַשְׁמִיעַ יְשׁוּעָה; אֹמֵר לְצִיּוֹן, מָלַךְ אֱלֹהָיִךְ. (Ishayahou 52, 7)

En ce moment se tient au musée Eretz Israel à Tel Aviv une exposition sur les sandales. Si cela vous dit:
http://www.eretzmuseum.org.il/e/388/

A bientôt,

 

Articles sur les couvre-chefs et sur le costume juif:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Kova tembel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*En argot, le mot נעל (naal) soulier signifie stupide. Ne dit-on pas en francais, bête comme ses pieds?

*Gabaonites: Lors de la conquête du pays de Canaan,les Gabaonites avaient eu recours a un stratagème pour éviter la guerre contre les Hebreux: Mais les habitants de Gabaon, en apprenant comment Josué avait traité Jéricho et Aï,  eurent recours, de leur côté, à un stratagème. Ils se mirent en route, munis de provisions, chargèrent leurs ânes de vieux sacs, d’outres à vin usées, crevées et recousues;  se chaussèrent de vieux souliers rapiécés, endossèrent des vêtements hors d’usage, et n’emportèrent comme provision que du pain dur et tout moisi.  lls s’en allèrent ainsi trouver Josué, au campement de Ghilgal, et lui dirent, à lui et aux Israélites: « Nous venons d’un pays lointain, et vous prions de conclure une alliance avec nous. » 

*De kaf qui signifie cuiller mais aussi paume de la main (kaf yad) ou plante du pied (kaf reguel)

Nous n’avons pas d’autre pays

Lors de notre sortie d’Egypte, nous avons traversé la mer rouge, et à Shavouot ce sont les champs de blé.

Shavouot c’est le don de la Thora, c’est aussi l’histoire de Ruth et Naomi. Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire différente mais qui me rappelle celle de Ruth.
Comme vous le savez, environ 20% de la population israélienne n’est pas juive. Pour la plupart, les non-Juifs d’Israel sont des Arabes musulmans, des chrétiens,des Druzes et des Tcherkesses.
Si les Druzes ont choisi ce qu’ils appellent l’alliance de sang dès 1948 avec Israel, il n’en a pas été de même pour les musulmans ou les chrétiens. Au cours de ces dernières années, et à l’instigation de Gabriel Nadaf, prêtre à Nazareth, les chrétiens israéliens ont commencé à revendiquer leur identité araméenne et non pas arabe comme ils le faisaient depuis environ 150 ans*. Ils ont été rejoints par les Israéliens d’origine libanaise, refugiés de Tsadal*.
L’enrôlement dans l’armée est un marqueur du processus d’intégration dans la société israélienne. Il est vrai que le service militaire est un bon ticket d’entrée dans la société: les soldats deviennent hébréophones, ils peuvent accéder à tous les postes de la fonction publique etc… Mais il n’y a pas que cela: ils sont désormais à la pointe de la diplomatie publique, de la lutte contre l’antisémitisme et la délégitimation, en participant par exemple à  l’organisation מילוימניקים בחזית (milouimnikim bahazit) ou Réservistes au front, qui organise des activités à l’étranger, en particulier sur les campus des universités américaines où règne un ostracisme virulent contre Israel.

Il y a eu la semaine dernière une cérémonie particulière pour les 70 ans de l’état d’Israel dans une synagogue du quartier d’Arnona à Jerusalem. En dehors des cérémonies officielles*, le rabbin Kirmayer de l’organisation Yakir a voulu faire plus. Lui, qui avait déjà organisé un shabbat de remerciements aux familles des policiers druzes assassinés par les terroristes*, a invité cette fois des représentants sionistes des differentes communautés non-juives.

(Mida.org,il)

Le premier à parler fut Shakib Shanan, druze, ancien membre de la Knesset,

qui a perdu son fils, Kamil, lors d’une attaque terroriste sur le Mont du Temple l’été dernier:

רס"מ כמיל שנאן. נרצח בפיגוע ()

« Jérusalem était mon coeur et maintenant c’est mon âme », a déclaré Shanan. « Pour rencontrer des gens qui sont prêts à respecter et aimer l’Etat d’Israël, je courrais au bout du monde. Le sang des policiers dans cette attaque n’a pas été répandu en vain … Je veux créer l’amour, la paix et rapprocher les gens autour de cet événement », a-t-il dit à propos de ce qu’il a vécu personnellement et des leçons qu’il en tiré  malgré son chagrin. Nous voulons tout faire pour qu’il n’y ait plus de parents endeuillés comme moi. Nous sommes tous des êtres humains et devons vivre ensemble, et nous respecter les uns les autres. Les meurtriers  qui ont assassiné mon fils et son ami avaient l’intention de détruire notre société. Nous devons le dire à ceux qui les ont envoyés et financés: Vous ne gagnerez pas. L’Etat d’Israël est beaucoup plus fort et beaucoup plus humain, et vous n’arriverez pas à le detruire ».

Ce fut ensuite le tour de Nur Mazarib, un bédouin de Galilee qui a fondé un programme de préparation militaire pour les bédouins. Il est aussi le neveu d’Amos Yarkoni, fondateur de la legendaire Sayeret Shaked*, et dont le nom d’origine était Abd al-Majid Almzarib.

ירקוני. מפקד אגדי
(Amos Yarkoni)

Nur Mazarib reprend l’expression de son oncle quand on lui demandait pourquoi il avait rejoint l’armée: « j’ai toujours pensé que j’avais droit au libre-arbitre et que je n’etais pas un mouton dans un troupeau ».
« Nous sommes tous des sionistes! Nous avons des religions différentes mais nous avons le même but », commença-t-il. « La communauté bédouine n’est pas obligee de servir, mais pour certains, nous servons volontairement depuis avant la création de l’Etat. J’espère beaucoup que nous continuerons, et je me tourne vers les autorités pour leur demander de nous soutenir. Voici mon message: Aux Juifs, je dirais: Soyez fidèles à l’État parce que vous n’avez pas d’autre pays, aux non-Juifs: servez l’état d’Israel, soyez loyaux et éduquez vos enfants dans ce sens. Nous n’avons pas d’autre pays! »

Le troisième orateur fut Fares al-Haji, ancien de l’Armée du Liban-Sud qui a fuit au moment du retrait de l’armée israélienne du sud du Liban. « Il y a déjà une troisième génération de membres de d’armée du Sud Liban en Israël. Nous nous sentons chez nous ici, et l’Etat libanais nous a trahis« , a-t-il dit.
« Pendant des années, nous avons servi à préserver la paix entre le Liban et Israël, et Israel nous a acceptés avec amour. Nous avons pas d’autre maison, nous ne retournerons pas au Liban, en dépit de nos familles restées là-bas Nos enfants veulent servir dans l’armée. Nous étions, nous sommes et serons fidèles à l’État d’Israël et loyaux envers lui. Nous n’avons pas d’autre foyer.« 

L’orateur suivant fut Suleiman Salama, du quartier chrétien de Jérusalem. Il y a très peu de non-Juifs de Jerusalem servant dans l’armée.  Suleiman, a été libéré récemment du service militaire et son frère sert actuellement comme combattant. Il a décidé de parler ouvertement, malgré le danger.
« Je viens de Jérusalem, j’ai grandi ici dans ce pays et j’en suis fier. Après le lycée j’ai commencé à étudier au collège, mais je me sentais mal à l’aise et j’ai finalement décidé de m’enrôler. J’ai attendu deux ans avant de recevoir l’aval des services de securité. Certains pensent que, puisque je n’étais pas obligé, j’ai perdu deux ans de ma vie, mais moi non. Je veux que ma conduite soit en accord avec mes convictions. Je ne l’ai pas fait pour obtenir quelque chose de l’état. J’étais infirmier combattant, j’ai recu la distinction d’excellence, j’ai réalisé mon rêve et servi mon pays. Je veux dire aux jeunes de mon âge que nous n’avons pas d’autre pays. »

Le dernier intervenant fut le plus surprenant de tous. A… est un Arabe Musulman de l’un des quartiers de Jérusalem, connu pour être un repaire de terroristes. Il a choisi de faire l’incroyable, et de s’engager volontairement comme combattant. Sa famille élargie, les amis et les voisins ne le savent pas et il ne retourne pas dans son quartier pour ne pas les mettre en danger.
Il a demandé de ne pas monter sur scène lors de cette cérémonie pour ne pas se faire remarquer, mais il a accepté de parler: « Nous sommes nés sous le drapeau bleu et blanc et nous le protègerons pour qu’il continue à se déployer à jamais », at-il dit. Il a raconté les difficultés qui ont accompagné sa décision courageuse: « Je ne peux plus retourner dans mon quartier car j’ai choisi  une voie differente en espérant que les autres me suivront. J’ai grandi dans un environnement hostile (aux Juifs), mais je me suis engagé dans l’armée pour que les gens comprennent que l’état d’Israel n’est pas un corps étranger mais notre maison. »
La cérémonie s’est terminée par la prière pour l’état et la prière pour Tsahal en hébreu et en arabe.

Cet événement  n’a pas été relaté dans les médias traditionnellement de gauche en Israël. Ce n’est pas une surprise. La plupart des décisions positives concernant les minorités sont initiées par les organisations affiliées à droite. Les organisations de gauche se conduisent comme des dames patronnesses et préfèrent les utiliser comme outils politiques. Les belles âmes de gauche (en hébreu יפי נפש=yefe nefesh) se contentent de pleurer sur les fréquents crimes d’honneur, soupirent sur le manque d’instruction et l’incompréhension du bien commun qui caractérisent la culture de nombreux musulmans, et poussent des cris effarouchés quand on leur parle de ceux qui s’engagent dans l’armée. Ils les encouragent à se sentir palestiniens alors qu’ils sont israéliens et les maintiennent sur le bas côté de la route pour pouvoir leur faire la charité.

Je sais bien que ces cinq פורצי דרך (portzei derekh), ces défricheurs, ne reflètent pas la réalité de la population non-juive en Israel, en particulier la population musulmane: si une minorité montre du courage et de l’ambition, une grande partie se contente de profiter des charmes de notre démocratie et enfin, certains nous haïssent.

Depuis quelque temps, on parle enfin de terreur agricole à la télévision. Ce n’est pas trop tôt. La terreur agricole, ce sont des attentats perpétrés contre les récoltes et les biens des paysans juifs. Il y a une vingtaine d’année, le fils d’un de ces paysans, Yoel Silverman a créé le mouvement « Le nouveau gardien«  pour venir en aide* aux paysans. Ces jeunes non armés aident aux récoltes comme ce fut le cas ces jours derniers tout près de la bande de Gaza, pour éviter qu’elles partent en fumée, surveillent le bétail qui est volé ou même parfois tué gratuitement.

Mes articles sur ce mouvement, le Nouveau Gardien, sont malheureusement toujours d’actualité. Les organisations de gauche ne veulent pas en entendre parler. Ce sont pourtant eux qui protègent les paysans et éleveurs juifs.
Malgré tout il était important pour moi de rendre hommage à ces non-juifs courageux sans me faire d’illusion sur leur influence dans leur environnement d’origine.
Il est aussi important de noter que ce sont des mouvements résolument sionistes comme אם תרצו (Im Tirtzou), השומר החדש (Hashomer ha’hadash) ou מילוימניקים בחזית (Milouimnikim bahazit) qui font avancer les choses.

Dans le livre de Ruth que nous avons lu à Shavouot, Ruth dit à Naomi sa belle-mère: « ton peuple sera mon peuple ». Aujourd’hui, eux, ces פורצי דרך, ces défricheurs, nous disent en prenant des risques réels: « Nous sommes sionistes, nous sommes fiers de notre etat et nous le servons avec fierté ».

 

A bientôt,

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/12/yitro-et-nous/

 

*  Après les massacres de chrétiens qui commencèrent déjà en 1860 au Liban, les chrétiens du Moyen-Orient rejoignirent le nationalisme arabe, expliquant qu’ils étaient certes chrétiens mais d’origine arabe, ceci dans l’espoir d’etre acceptés dans le Ouma transfrontalière. De plus, il leur fallait aussi se démarquer des autres dhimmis, les Juifs de Palestine qui construisaient leur émancipation à travers le sionisme.
Les chrétiens du monde musulman peuvent être d’origine arabe à condition de parler de l’époque pre-islamique car ensuite toute conversion d’un musulman au christianisme fut punie de mort. Ils sont en général les descendants des populations araméennes, phéniciennes etc…

* Tsadal: Armée du Sud Liban, composée essentiellement de chrétiens libanais et alliée d’Israel. De nombreux soldats de Tsadal se sont refugiés en Israel au moment du retrait des Israeliens du sud Liban et de l’occupation du territoire par le Hezbollah.

* Amos Yarkoni (1920-1991). Né à côté du village de Nahalal.
https://en.wikipedia.org/wiki/Amos_Yarkoni
Quand on demandait à Abd al-Majid Almzarib pourquoi il avait pris le nom de Amos Yarkoni, il répondait que c’etait pour des raisons de sécurité mais aussi parce que son nom en arabe etait trop difficile à prononcer pour les Juifs ashkenazes.

* Sayeret Shaked: Unité de contre-terrorisme opérant surtout dans le Neguev. Son nom est l’acronyme de שומרי קו הדרום (Shomerei Kav haDarom) les gardiens de la frontiere Sud. Mais en plus שקד (shaked) l’amande signifie aussi diligent, perséverant. 

* 2 articles sur la terreur agricole et comment lutte l’organisation Le jeune gardien:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

* Im Tirtzou:
https://imti.org.il/en/

* Reservistes au front:
https://www.onduty.org.il/about-us/

* Hashomer ha’hadash:
https://eng.hashomer.org.il/

 

Yom hazikaron 2018

Demain soir, ce sera Yom Hazikaron.
Nous commémorerons toute la journée de mercredi le souvenir de ceux qui sont tombés pour la défense de l’état d’Israel et les victimes du terrorisme.
On ne sait que peu de choses des défenseurs du quartier juif de la vieille ville de Jerusalem en 1948.
C’est pourquoi, j’ai voulu vous parler de l’un d’eux, une jeune fille nommée Esther Tseilingold.


Née à Londres en 1925 dans le quartier de Whitechapel, elle vit dans une famille où deux choses sont importantes:l’éducation et le sionisme*. C’est ainsi qu’Esther est diplômée de l’Université de Londres en 1946 et qu’elle fait partie du  mouvement de jeunesse Bnei Akiva qui prépare les jeunes réfugiés juifs à une future vie en kibboutz
Ses convictions sionistes juvéniles se  renforcent avec l’avènement du nazisme, la guerre et la découverte de l’extermination des Juifs. En 1946, elle peut entrer en Palestine mandataire  grâce à sa nationalité britannique et enseigne l’anglais à l’école Evelina de Rothschild à Jerusalem.
Elle est témoin de la violence arabe et de l’attitude de plus en plus dure des Anglais à l’égard des Juifs, les procès et pendaisons des combattants juifs, du refus des autorités de recevoir les réfugiés juifs…
En janvier 1948, la situation des Juifs est tellement critique qu’elle quitte son poste d’enseignante et s’engage dans la Haganah. Elle est chargée de la radiodiffusion en anglais de la Haganah, participe à la surveillance du quartier juif de la vieille ville, le plus vulnérable de tous les secteurs à Jerusalem et  s’occupe de fournir aux soldats de divers avant-postes ce qu’il leur faut (armes, munitions, nourriture…).
Les choses sont relativement calmes, mais tout le monde s’attend à une attaque de grande envergure dès le départ des troupes britanniques, prévu pour le 14 mai.
Le 16 mai, lors de la première attaque arabe soutenue contre le quartier, Esther est blessée, mais pas handicapée. Elle repart rapidement au combat, utilisant souvent les toits exposés comme moyen de communication entre les postes. Le 19 mai, une petite unité de Palma’h franchit la Porte de Sion et atteint la garnison assiégée mais les soldats sont épuisés et mal organisés. Ils battent en retraite, les défenseurs du quartier juif sont seuls. Le même jour, la légion arabe du roi Abdallah de Jordanie arrive au mont des Oliviers et commence à bombarder le quartier juif, tandis que les troupes terrestres arabes progressent de maison en maison. Esther ne peut plus servir en tant que soldat de liaison, elle rejoint un groupe de défense, armée d’un simple Sten.

Le 26 mai, elle est grièvement blessée. Elle est transportée dans un dispensaire du quartier, mais il n’y a que très peu de médecins et encore moins de médicaments.
« Il est difficile de parler des faits héroïques mais je veux  raconter qu’Esther qui se trouvait allongée au dispensaire, réussit à se traîner avec son Sten et à sortir pour continuer à tirer contre l’ennemi. Elle reçut alors une balle et c’est alors qu’elle mourut » (témoignage d’un de ses camarades)
En fait, elle survivra deux jours. Lors du bombardement du dispensaire le lendemain, Esther et les autres blessés sont transférés dans un endroit plus sûr. Elle est  consciente et capable de parler, de lire et de prier. Pendant ce temps, avec la destruction de la synagogue ‘Hurva, les 40 défenseurs encore vivants se rendent aux Jordaniens le 28 mai.
Esther et les autres blessés sont  déplacés, cette fois à l’école arménienne voisine, juste à l’extérieur du quartier juif. C’est jour de shabbat. Esther est allongée sur une paillasse par terre. Il n’y a pas de morphine pour la soulager. Quelqu’un lui propose une cigarette, elle refuse en murmurant » non, c’est shabbat« .
Ce seront ses derniers mots. Elle avait 22 ans.
Ses camarades trouveront une lettre sous son oreiller. Elle l’avait écrite quelques jours avant d’être mortellement blessée.
« Chers parents, chers tous,
 Si vous recevez cette lettre, sachez que je l’écris pour vous consoler. Essayez d’accepter tout ce qui m’est arrivé, comprenez que je n’ai aucun regret. Ici pour nous le combat est amer, c’est l’enfer mais il a un sens, j’en suis pleinement convaincue. Nous combattons pour réaliser notre rêve d’avoir enfin notre pays, un état juif. Je ne suis qu’une de tous ceux qui se sont sacrifiés. Je suis pressée d’écrire ceci car aujourd’hui a été tué quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi. Dans mon chagrin, je voudrais que vous considériez que nous étions tous des soldats, que nous avions un grand but et que nous avons combattu pour lui. Dieu nous soutient, j’en suis convaincue dans sa ville sainte, et je suis fière et accepte de payer ce prix. Ne pensez pas que j’ai pris des risques inconsidérés. On n’a pas le choix quand on est si peu nombreux. J’espère que vous pourrez rencontrer chacun des combattants qui survivront au combat et aussi que  vous serez heureux et non pas tristes quand ils vous parleront de moi. S’il vous plait, s’il vous plait, ne soyez pas triste, cela n’aide pas. J’ai vécu ma vie pleinement même si elle a été courte et je pense qu’elle fut douce et courte. Quelle douceur dans notre pays! J’espère que Mimi et Asher (sa sœur et son beau-frère) vous rendront heureux. Si vous n’avez pas de regrets, moi je serai heureuse. Je pense à vous tous, à chacun dans la famille. Je suis heureuse en pensant que vous viendrez un jour, bientôt j’espère, et que vous jouirez des fruits de notre combat. Beaucoup beaucoup d’amour, soyez heureux et joyeux,
Shalom, votre Esther »

Après la reddition de la garnison du quartier juif à la Légion arabe, le quartier juif fut pillé et totalement détruit.

Les survivants, ayant tout perdu, se réfugièrent de l’autre côté des lignes israéliennes.


En juin 1967, la vieille ville sera reprise à la Jordanie par Israel lors de la guerre des 6 jours et le quartier reconstruit.

Les défenseurs du quartier juif de Jerusalem ont été enrôlés à titre posthume dans Tsahal et leurs corps  transférés au cimetière militaire du Mont Herzl en septembre 1950
Voici la tombe d’Esther:

 

A bientôt,

 

*son père Moshe est un des fondateurs du mouvement sioniste religieux Misrahi en Pologne

*Sa famille s’installera à Jerusalem dans les années 50