Jerusalem, au sommet de notre joie

Tout le monde connaît ירושלים של זהב(Yerushalayim Shel Zahav)*, écrit par Naomi Shemer dans cette période si angoissante du mois de mai 1967. Mais savez-vous quel fut le premier chant composé en l’honneur de Jerusalem enfin libérée?
L’histoire se passe en 1917 juste après l’arrivée des Anglais en Palestine. Les Juifs sont fébriles et heureux. Les troupes troupes britanniques sont entrées dans Jerusalem le premier jour de ‘Hannouka et ils y voient une promesse de גאולה (geoula=délivrance) même s’ils devront déchanter par la suite. Eliezer Ben Yehuda* demande au compositeur de l’époque, Avraham Zvi Idelson,  d’écrire un chant en l’honneur de la libération de la ville, une mélodie  et une simple phrase qui peuvent parler au cœur de tous les Juifs: ce sera ‘Hava Nagila sur une mélodie ‘hassidique:

« Venez vous réjouir et soyez heureux. Venez dans l’allégresse. Levez vous frères d’un cœur joyeux »
הבה נגילה, הבה נגילה
הבה נגילה ונשמחה.
הבה נרננה, הבה נרננה,
הבה, הבה נרננה.
עורו אחים בלב שמח


Cette semaine, nous avons fêté non seulement le יום ירושלים Yom Yerushalayim (jour de Jerusalem) mais aussi les 50 ans de la libération de la ville à la fin de la guerre des 6 jours. Les cérémonies et spectacles se sont succédés dans la ville et dans tout le pays. 
Voici trois vidéos prises au pied des murailles.
ירושלים של זהב Yerushalayim shel zahav:

la danse des drapeaux:

Enfin l’Hatikva reprise par les spectateurs:

Alors n’en déplaise à l’ONU, à l’UNESCO,  nous continuerons à vivre et à fêter Jerusalem, notre capitale depuis le roi David,
Nous fêtons sa libération depuis ce mois de juin 1967 ou nous avons tant tremblé et nous nous sommes tant réjouis et nous mettrons « Jerusalem au sommet de notre joie. »*

Pour ceux qui voudraient comprendre non seulement pourquoi nous sommes si attachés à Jerusalem mais aussi pourquoi le monde arabo-musulman use de son influence pour nous en expulser symboliquement en espérant y arriver réellement la prochaine fois, voici ce film de Pierre Rehov qui explique les choses très clairement:

 

Les amis d’Israel sont déjà convaincus mais se sentent impuissants.
Ceux qui nous haïssent ne le regarderont même pas, Ceux qui sont indifférents hausseront les épaules « encore ces histoires de Juifs! » sans réaliser qu’il ne s’agit pas seulement de nous mais d’eux, que c’est toute leur culture qu’on met à la poubelle. Bientôt, ils assisteront à des autodafés, liront des livres expurgés, accepteront une pseudo-histoire ou une pseudo-science. Ce n’est pas si loin. Vous vous souvenez des autodafé des nazis, vous vous souvenez des théories de Lyssenko*?

L’Europe ne nous pardonne pas d’avoir survécu et surtout d’avoir gardé notre âme. Si l’Occident  persiste dans sa torpeur égoïste et passive, il mourra.  Il devrait se souvenir qu’ « après le samedi vient le dimanche« 

A bientôt,

*Eliezer ben Yehuda:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*Jerusalem,  au sommet de notre joie: psaume 137

*articles sur Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/07/jerusalem-dor/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/05/23/dans-tes-murs-dans-tes-portes-jerusalem/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/10/17/nous-sommes-tous-concernes/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/06/06/notre-jerusalem/

*Lyssenko:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyssenkisme

 

Yom Hazikaron 2017

Lundi nous célébrons à nouveau à une triste commémoration: le Yom Hazikaron (jour du souvenir) consacré aux soldats et civils victimes des guerres et du terrorisme.

Le ministère de la Défense publie comme chaque année les chiffres officiels et ces chiffres augmentent chaque année: le nombre de soldats, policiers et gardes tombés en service est de 23 544 depuis l’année 1860. Ce décompte a commencé au moment où les Juifs de Jerusalem ont pris leur sécurité en main*. Cette année, six nouvelles victimes sont à rajouter et de plus, 37 blessés sont morts de leurs blessures reçues au combat. Pour chaque mort, une famille, une veuve, des orphelins… Les parents isolés et âgés sont escortés et aidés lors de leur visite au cimetière le jour de Yom Hazikaron par les jeunes des mouvements de jeunesse.

La semaine dernière, a été inauguré sur le Mont Herzl a Jerusalem, le Hall du Souvenir pour les soldats tombés au combat. Sur le mur extérieur, cette citation du prophète Jérémie:
« Ephraïm est-il donc pour moi un fils chéri, un enfant choyé, puisque, plus j’en parle, plus je veux me souvenir de lui? Oh! oui, mes entrailles se sont émues en sa faveur, il faut que je le prenne en pitié, dit l’Eternel. »
הֲבֵן יַקִּיר לִי אֶפְרַיִם, אִם יֶלֶד שַׁעֲשֻׁעִים–כִּי-מִדֵּי דַבְּרִי בּוֹ, זָכֹר אֶזְכְּרֶנּוּ עוֹד; עַל-כֵּן, הָמוּ מֵעַי לוֹ–רַחֵם אֲרַחֲמֶנּוּ, נְאֻם-יְהוָה

A l’intérieur du monument, un chemin serpente vers le haut en spirale. Les noms des soldats tombés aux combats et les dates de leur décès sont inscrits sur les briques qui bordent le mur du chemin de 260 mètres. Chaque jour, sont affichées des photos et des informations sur les soldats qui ont été tués ce jour-là de l’année et une bougie est allumée à leur mémoire .
Les visiteurs peuvent localiser la pierre qui concerne leur proche grâce aux ordinateurs placés le long du chemin et obtenir ainsi des informations à son sujet.
Le directeur du Mémorial, Arieh Muallem, a déclaré: « Nous devons nous souvenir de chacun d’eux, et nous nous souviendrons d’eux personnellement en allumant une bougie le jour anniversaire de leur décès. C’est important pour les parents qui vieillissent de savoir que leurs fils ne seront jamais oubliés« . 

La plupart des soldats tombés au combat sont Juifs mais pas tous: certains sont druzes, chrétiens ou musulmans.

(Yom hazikarone au village druze de Julis)

L’un des soldats mort pendant la guerre d’Indépendance a eu un destin très particulier. Sur sa tombe au cimetière militaire de Netanya, on peut lire: Barukh Mizra’hi né à Tzfat en 1926, tombé au combat en 1948.

Il est aussi écrit qu’il était le fils d’Avraham et de Sarah.
En fait, il s’agit d’Avraham avinou  et de Sara’h imenou *: c’est  la tombe d’un גר צדק (guer tsedek) ou jeune homme converti au judaïsme.
Barukh Mizra’hi est né Hamuda Abu al-Einein , fils de Mahmoud et Fatima.

La famille Abu al-Einein est une riche famille de Tsfat, connue pour son combat en faveur du pan-arabisme*. Ses parents l’envoient cependant étudier à l’école de l’Alliance Israélite de Tsfat, considérée comme la meilleure école de la ville. Ses amis sont tous Juifs et ‘Hamouda change d’opinion au sujet des Juifs et du sionisme. Les relations avec son père alors deviennent très difficiles. Les menaces et les coups n’y changent rien. Il quitte la maison alors qu’il n’est qu’un adolescent, part à ‘Haifa et décide de se convertir au judaïsme. Les rabbins du tribunal rabbinique hésitent: il est certes sincère mais il est mineur. Ceci dit, s’ils le renvoient dans son milieu d’origine, il se fera assassiner par sa famille pour apostasie. ‘Hamouda obtient finalement gain de cause et est converti en prenant le prénom de Barukh. Le tribunal rabbinique de ‘Haifa l’inscrit aussi sous le nom de famille assez courant de Mizra’hi* pour sa sécurité.

Vivant cependant dans une certaine clandestinité, il s’engage auprès de l’Etzel* dont les membres sont pourchassés par les Anglais.
Son groupe est arrêté après une action contre l’armée britannique. Il est déporté en Érythrée. Là, la sécurité du camp est confiée à des gardes soudanais musulmans qui aiment faire des cartons sur les prisonniers. Barukh est gravement blessé. Persuadé de sa mort prochaine, il fait jurer à ses camarades de l’enterrer en Israel, le jour où ce sera possible. Il survit et peut enfin rejoindre en Israel en 1948.
Malheureusement  le pays est en pleine guerre. Comme il parle arabe,  il est envoyé comme agent de renseignements en Samarie et est tué à Sa Nur* à l’âge de 22 ans.

En 1968, Mena’hem Begin fera rechercher sa dépouille qui est enterrée au cimetière militaire de Netanya.
Le conseil de Judée-Samarie a décidé cette année d’honorer particulièrement sa mémoire.

 

A bientôt,

* La garde juive de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/19/la-garde-juive/

* Avraham Avinou et Sarah Imanou (Avraham notre père et Sarah notre mère): il s’agit du couple biblique Avraham et Sarah, considérés comme les parents des convertis.

* Le clan Abu al-Einein était lié aux Frères Musulmans. En 1938, un de ses membres avaient appelé à expulser tous les Juifs de Palestine y compris les médecins (Certains palestiniens minoritaires envisageaient de permettre aux seuls médecins juifs, réputés efficaces, de vivre en Israel pour le bien de la population musulmane!!!).  Actuellement, l’un des conseillers de Mahmoud Abbas s’appelle Sultan Abu al-Einein.
http://palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=8934
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=18259
http://palwatch.org/main.aspx?fi=90&doc_id=9101


* Etzel: organisation de défense juive pendant le Mandat britannique, plus ancienne que la Haganah et acquise aux idées de Jabotinsky. L’Etzel fut incorporée à la nouvelle armée juive au début de la guerre d’Indépendance.

* Le nom de Mizra’hi est en effet assez courant mais en plus, il signifie oriental, ce qui convenait à ce jeune homme.

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/
http://eng.shimur.org/etzel-tashach/

* Sa Nur: Village de Cisjordanie proche de Jenin en Samarie. Les accords d’armistice de Rhodes en 1949, concédèrent la Judée et la Samarie à la Jordanie.
En 1978, les Israéliens construisirent une implantation du même nom, שא נור (Sa Nur), lève la flamme, mais elle fut démolie en 2005 dans le cadre du désengagement de la bande de Gaza.

 

La Cour Suprême d’Israel

Il y a bien longtemps,
 » …Dvora, la prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque.  Elle siégeait au pied du « Palmier de Dvora », entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Ephraïm; et c’est à elle que les Juifs s’adressaient pour obtenir justice:
וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה, אֵשֶׁת לַפִּידוֹת–הִיא שֹׁפְטָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, בָּעֵת הַהִיא. ה וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תַּחַת-תֹּמֶר דְּבוֹרָה, בֵּין הָרָמָה וּבֵין בֵּית-אֵל–בְּהַר אֶפְרָיִם; וַיַּעֲלוּ אֵלֶיהָ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לַמִּשְׁפָּט

De nos jours, les juges ne siègent plus sous un palmier ou aux portes de la ville comme a l’époque du Tanakh mais dans les tribunaux ou dans des cours de justice*. La Cour Suprême en est la plus haute instance.
La Cour suprême siège à Jérusalem. Elle est compétente pour juger des appels contre les jugements des tribunaux de districts dans toutes les procédures . Elle aussi une compétence particulière en tant que Haute Cour de Justice et surveille ainsi la légalité des actions des tribunaux et la légalité des actions et décisions des autorités de l’Etat, des autorités locales, d’organismes et de personnes remplissant des fonctions publiques en vertu de la loi.

systeme-judiciare-israel

 

Jusqu’en 1992, elle se trouvait sur l' »Esplanade Russe »*. La veuve de James de Rothschild proposa alors de l’installer dans le quartier administratif.  Les architectes Ram Karmi et Ada Karmi Melamed furent choisis pour ce projet.
Pour loger une institution au pouvoir si important, les architectes ont pensé le bâtiment de telle manière qu’il reflète les exigences de justice telles qu’elles sont données dans la Thora:
Les façades extérieures  du bâtiment sont recouvertes des pierres de Jerusalem et décorées de hautes et étroites fenêtres. Elles rappellent ainsi les murailles de la ville et leurs archières en souvenir des juges qui siégeaient aux portes des villes:
« Tu institueras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l’Éternel, ton Dieu, te donnera, dans chacune de tes tribus; et ils devront juger le peuple selon la justice » (Deut 16, 18-19)
שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים, תִּתֶּן-לְךָ בְּכָל-שְׁעָרֶיךָ, אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ, לִשְׁבָטֶיךָ; וְשָׁפְטוּ אֶת-הָעָם, מִשְׁפַּט-צֶדֶק.

cour-supreme-exterieur
Entrer dans le bâtiment, c’est commencer un voyage initiatique ou se mêlent références bibliques et tradition juive.
L’entrée est assez sombre. Elle est décorée d’un tableau sur lequel on voit les membres de la famille Rothschild, les architectes, Yitshak Rabin et Shimon Peres discutant du projet:
cour-supreme-tableauet aussi d’une magnifique mosaique retrouvee dans les ruines s’une synagogue à ‘Hamat Gader

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Mais là, commence une montée vers la lumière.

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Par un escalier bordé par un mur en pierre de Jerusalem, le visiteur arrive face à une grande baie vitrée panoramique de laquelle on a une belle perspective de la ville.

cour-supreme-baie-panoramique

Cette montée vers le savoir et la clarté est symbolisée par la pyramide qui domine le toit du bâtiment. 

cour-supreme-pyramide-2

Elle a été inspirée par les tombes d’Avshalom et du prophète Zacharie au pied du Mont des Oliviers:

tombeau-de-zacharie

L’architecture intérieure du bâtiment est très particulière. Non seulement la lumière naturelle est utilisée dans tous les passages et salles d’audience mais tout l’espace est dessiné selon un mélange de ligne droites et courbes, illustrant le principe biblique qui veut que la recherche de la vérité et de justice se fasse tout en préservant la bonté et la miséricorde.
La ligne droite est l’expression visuelle des concepts de loi, droiture et droit chemin comme il est écrit (Psaume 119, 137):

« Tu es droit Seigneur et tes jugements sont droits
צַדִּיק אַתָּה יְהוָה; וְיָשָׁר, מִשְׁפָּטֶיךָ

 

cour-supreme-cour-interieure(cour intérieure, photo i-stock)

Le cercle exprime par sa forme arrondie la miséricorde qui doit régner dans l’application de la loi comme il est écrit:

« Il restaure mon âme, il me guidera dans les cercles de justice (Psaume 23 3)
נַפְשִׁי יְשׁוֹבֵב; יַנְחֵנִי בְמַעְגְּלֵי-צֶדֶק, לְמַעַן שְׁמוֹ

Dans la salle des pas perdus, les sièges des visiteurs se trouvent dans des alcôves arrondies:

cour-supreme-salle-des-pas-perdus
Située dans la pyramide, la bibliothèque de jurisprudence  est elle-même de forme arrondie:

cour-supreme-bibliotheque

Les salles d’audience ont la même structure architecturale. Là encore, la lumière naturelle les éclaire à travers des lucarnes construites entre les murs intérieurs et les colonnes, elles-mêmes symboles d’une séparation entre l’extérieur et l’intérieur.

cour-supreme-salle-daudience

 

Si la Cour suprême d’Israël siège normalement en formation de trois juges, elle est composée de 14 membres* (12 permanents et 2 temporaires). La nomination de ses membres s’effectue par un comité de juges, établi par une loi fondamentale: celle de la magistrature.
Avec les années, la Cour Suprême est devenue l’un des sujets les plus épineux dans l’affrontement entre la gauche et la droite en Israël. Il faut dire que les juges appartenaient majoritairement aux partis de gauche et que la cooptation pour la nomination de nouveaux juges était forcément politiquement très orientée. Les critiques à l’encontre de leurs décisions devenaient de plus en plus nombreuses surtout lorsqu’elles empiétaient sur les décisions de la Knesset et celles du gouvernement, démocratiquement élus.  En fait depuis les années, la Cour Suprême avait tendance à se substituer parfois au gouvernement et à la Knesset!
Il fallait donc reformer le processus de nomination des Juges pour que la Cour Suprême soit enfin représentative de la population du pays.
Cette reforme a été initiée par la Ministre de la Justice, Ayelet Shaked et a permis d’équilibrer politiquement cette assemblée. Ont été nommés 4 nouveaux juges (en remplacement de 4 départs à la retraite prévisibles) qui seront opérationnels en fin d’année.

ayelet-shaked(Ayelet Shaked)

Les quatre nouveaux juges sont: le Dr. David Mintz, Yaël Vilner, Yossef Elron et George Kara*: Trois d’entre eux sont Juifs et le quatrième et un Arabe chrétien. Aucun ne milite à gauche.

cour-supreme-nouveau-juges

(Journal Haaretz, photo Tomer Appelbaum)

Pour en revenir à Deborah, voici le chant: »עורי עורי דבורה דברי שיר (Uri uri Dvora, dabri shir), Lève toi Deborah, et chante! (livre des Juges, 5,3) composé spécialement pour Yom Haatsmaout par Nurit Hirsch et interprété par Esther Rada:

 

Ecoutez, rois; princes, prêtez l’oreille: je veux, je veux chanter le Seigneur, célébrer l’Eternel, Dieu d’Israël.

שִׁמְעוּ מְלָכִים, הַאֲזִינוּ  רֹזְנִים:  אָנֹכִי
, לַיהוָה אָנֹכִי אָשִׁירָה,  אֲזַמֵּר,  לַיהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל

A bientôt,

*Le juge Georges Kara s’est rendu célèbre pour avoir envoyé l’ancien président Moshe Katsav en prison.

Pour ceux que le droit israélien intéresse:
Le droit israélien est issus de 4 sources:
– Le droit ottoman qui n’est plus cité que pour mémoire car il ne survit que dans un ou deux textes.
– La Common Law britannique introduite à l’epoque du Mandant britannique, en constant recul mais qui exerce cependant encore une réelle influence.
– Le droit juif traditionnel, la Halakha qui traite des questions de droit personnel en ce qui concerne les Juifs mais aussi qui est source d’inspiration pour résoudre des questions actuelles comme celles régissant l’urbanisme ou la défense de l’environnement. De plus, les principes de la Halakha sont aussi évoqués lorsqu’un cas se trouve confronté à un vide juridique.
– La législation adoptée par la Knesset qui constitue le véritable corpus du droit positif et s’est inspirée du droit de plusieurs pays européens.
La Knesset a été chargée de promulguer un certain nombre de Lois Fondamentales qui sont en fait une ébauche de constitution et en 1995, la Cour suprême s’est dotée du pouvoir d’examiner la conformité de la législation de la Knesset avec les Lois fondamentales:
http://www.akadem.org/medias/documents/Lois-fondamentales-1992.pdf

Des « Livres Blancs » mais pas très propres

J’avais intitulé mon article du 29 février: « Désarrois juifs dans l’entre deux guerres »*.
Dans les années 30, les Juifs du Yishuv* voient leurs conditions de vie et leur liberté être restreintes chaque jour un peu plus. Les Anglais les empêchent de s’installer et de se défendre alors que les Arabes sont de plus en plus agressifs et violents.
Comme vous les savez, la guerre éclate à la fin de l’été 1939. Les juifs du Yishuv sont alors totalement séparés de leur famille restée en Europe ou en Afrique du Nord.
Or, quelques mois avant le début de la guerre, les Anglais ont publié leur troisième Livre Blanc.

British White Paper of 1939

Dès l’année 1922, un premier Livre Blanc avait déjà:
-restreint le territoire destiné au Foyer Juif, en donnant à l’émir Abdallah* le contrôle des terres situées à l’est du Jourdain, qu’ils nommeront Transjordanie.
-restreint l’immigration juive en posant comme condition première à l’immigration que les candidats aient des moyens d’existence suffisamment élevés.
-décidé que la Palestine ne pouvait être conçue comme une entité politique exclusivement juive.

Palestine_et_Transjordanie_(1922_-_1948)

Le deuxième Livre Blanc avait été publie le 21 octobre 1930 après les émeutes sanglantes de 1929 et le pogrom d’Hebron.
Celui-ci allait encore plus loin, car le gouvernement britannique y remettait en cause le principe même de l’immigration juive tout en  favorisant celle des Arabes et leur priorité à l’emploi, y compris dans les institutions juives. A un moment où les Juifs allemands cherchaient désespérément à fuir leur pays, le nombre de certificats d’immigration accordés était inférieur au nombre de demandes.

Quant au troisième Livre Blanc, promulgué de 17 mai 1939:
-Il limite la vente de terres  aux Juifs. Dans certains endroits, elle est complètement interdite comme en Samarie, à Gaza ou dans la région de Beer Sheva. Dans le reste du Neguev et la vallée du Jourdain elle est autorisée au compte-goutte et reste libre à Tel Aviv ou Haïfa.
-Il interdit presque entièrement l’immigration juive: seuls 75 000 Juifs pourront s’installer en Palestine de façon à ce que le nombre de Juifs ne représente que le tiers de la population locale. Alors que, dans le même temps,  celle-ci augmente grâce à un afflux de musulmans favorisés par les lois britanniques et attirés par des perspectives économiques bien meilleures que dans leur pays d’origine.
-Déclare enfin que l’immigration juive devra ensuite être soumise au consentement des Arabes et du gouvernement arabe en devenir.
Les Anglais confirment donc ce qu’ils avaient écrit dans le premier Livre Blanc et y disent très clairement qu’ils ne veulent pas d’un état juif en Palestine.

Ce troisième Livre Blanc est promulgué sans état d’âme par le gouvernement britannique alors que:
-Les émeutes anti-juives battent leur plein en Palestine depuis déjà trois ans sous l’impulsion du Grand Mufti de Jerusalem, Hadj Amin Al Husseini, qui suit les directives nazies contre les Juifs dans tout le Moyen-Orient.
-En Europe, les Juifs allemands sont victime des lois raciales et ceux qui sont d’origine polonaise ont été déjà expulsés à l’est. Les Juifs autrichiens sont pris dans la nasse à cause de l’Anschluss. Les Juifs polonais, roumains, hongrois vivent sous des régimes dictatoriaux et antisémites. Tous ceux qui ont pu fuir en Europe occidentale se retrouvent apatrides du fait que ces pays là, ainsi que l’Italie fasciste, ne renouvellent pas les passeports de leurs ressortissants juifs réfugiés à l’étranger, appliquant ainsi leurs lois raciales.

Les Juifs de Palestine regardent alors les Britanniques comme leurs ennemis. Cependant tous ne le sont pas.
En 1936, un officier anglais, le Major Orde Wingate, considéré comme profondément excentrique, est sioniste: Il parle non seulement l’arabe mais aussi l’hébreu! Il fonde les Special Night Squads ou SNS : 4 sections totalisant 200 hommes dont 150 servent déjà dans la police juive: Les Notrim*. Ils effectuent des missions de nuit – d’où leur nom – pour protéger les kibboutzim isolés, principalement en Galilée, mais aussi l’oléoduc de l’Irak Petroleum Company qui alimente le port de ‘Haifa.
Wingate est un représentant du sionisme chrétien pour qui les Juifs doivent retourner sur leur terre afin de hâter la venue du Messie. Considéré comme un héros par les Juifs de Palestine, il les entraîne à se battre comme une armée moderne et les encourage aussi moralement. Les Juifs du Yishuv le désignent par son surnom הידיד (Hayedid) l’Ami. Certains disent que le cri de ralliement des officiers israéliens au combat « אחרי (a’haraï), après moi, était celui de Wingate.

orde wingate

Tout cela provoque la colère de ses supérieurs qui le mutent en 1939. Sur son passeport sera inscrit: »“The holder of this passport is not allowed to enter Palestine or Trans-Jordan”, le titulaire de ce passeport n’est pas autorisé à entrer en Palestine ou en Transjordanie »*
Son souvenir est resté vivace en Israel. Le Centre National Israélien pour l’Education physique et le Sport a été nomme le Wingate Institut en souvenir de l’Ami, le Major Orde Wingate.

Wingate Institut

Mais en fait, malgré quelques amis comme Orde Wingate, les Juifs de Palestine se sentent impuissants, à la merci d’un pouvoir britannique de plus en plus en faveur des Arabes .Que peuvent-ils faire?
Ils manifestent! Pour ce que cela vaut!
Je me souviens de toutes les manifestations auxquelles j’ai participé en France pour les refuznik, pour Israel… Elles ne servaient qu’à nous donner un sentiment curieux: d’un côté nous étions là, entre nous, et c’était chaleureux. D’un autre côté, nous étions là, seulement entre nous, et c’était effrayant de solitude.

manifestation a Jerusalem contre le Livre Blanc de 1939(Manisfestation à Jerusalem)

Heureusement, les Juifs du Yishuv ne font pas que manifester. Ils s’engagent de diverses manières, luttant et espérant échapper au sort des Juifs prisonniers en Europe et obtenir un jour un état juif.


Dans la vidéo ci-dessus, Fred Dunkel a filmé les troupes juives, habillées de bric et de broc: Dans le camion ouvert se trouve un jeune soldat, Moshe Dayan*.
Le chant est un poème de Nathan Alterman: זמר הפלוגות, le Chant de plougot (bataillons)

Nombreux sont ceux qui rejoignent la Haganah, d’autres s’enrôlent dans l’Irgoun. Certains vont s’engager dans l’armée britannique. A contre-cœur les Anglais acceptent de créer 15 bataillons palestiniens qui seront incorporés à l’armée britannique en septembre 1940 et seront chargés de participer à la défense stratégique du Moyen-Orient*.

En parallèle, le Yishouv organise depuis 1934  l’alyia clandestine, עליה ב (Alyia Bet), pour contrer les quota d’immigration.

affiche haapala

Sur cette affiche, il est écrit la première phrase du poème de Yehuda Halevy: Sion ne te soucieras-tu pas du sort de tes captifs?

Les Juifs du Yishuv refusent le qualificatif d’immigration illégale. Ils préfèrent celui de clandestine ou mieux celui de  העפלה (Haapala) l’ascension. Les nouveaux arrivants ne sont pas considérés comme des réfugiés mais comme des מעפילים (maapilim) des grimpeurs, avec toujours et encore cette idée de עליה (aliya) montée en Eretz Israel,  mais en même temps, de  renforcement de la population du yishuv. La racine עפל signifie autant fortifier, renforcer que grimper.

A bientôt,

* Désarrois juifs dans l’entre-deux guerres:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/

*Yishuv: établissement des Juifs en Palestine avant 1948

*l’emir Abdallah: Abdallah bin al Hussein, né à la Mecque en 1882, émir de Transjordanie de 1921 à 1946, puis roi de Transjordanie de 1946 à 1949 sous le nom d’Abdallah Ier puis roi de Jordanie jusqu’en 1948, arrière grand-père du roi Abdallah II de Jordanie

* Lois raciales en Allemagne: 1935, en Italie:1938, en Autriche: 1938, en Slovaquie et en Hongrie: 1939…
« By 1938, Germany and Austria did not stand alone in Europe in terms of the enactment of anti-Semitic laws. Anti-Semitic laws found a home in Bulgaria, Hungary, Poland, Romania, and Slovakia. Finzi6 notes that in Poland, which contained one of Europe’s largest Jewish communities, the 1930s ushered in a systematic economic boycott of many Jewish producers and a series of prohibitions excluding Polish Jews from several occupations and educational opportunities. In Romania, the formation of the Goga-Cuzist government following the December 1937 national elections produced Europe’s second anti-Semitic regime. »Cambridge University Press 0521773083 – Roots of Hate: Anti-Semitism in Europe before the Holocaust William I. Brustein

* Les Notrim נוטרים,  gardes, était une force de police juive qui fut fondée par les Britanniques. Ses membres faisaient pour la plupart également partie de la Haganah et contrevenaient souvent aux directives britanniques

* Orde Wingate sera envoyé en Afrique. Il créera la « force Gédéon » en souvenir du héros biblique qui réussit avec une toute petite armée à défaire les troupes plus nombreuses des Madianites: Avec seulement 1700 hommes, il capturera en Ethiopie plus de 20 000 Italiens. Il sera envoyé ensuite en Asie où il créera les Chindit, qui combattront les Japonais derrière les lignes ennemies. Il mourra dans un accident d’avion en 1944 en Inde.

* Les unités juives combattent aux cötés des Alliés en Grèce en 1941 : 100 Juifs palestiniens sont tués et 1 700 faits prisonniers par les Allemands. Le 6 août 1942, l’armée britannique constitue un régiment palestinien à partir de trois bataillons juifs et d’un bataillon arabe. Ce régiment combat en Egypte et en Afrique du Nord.

*Moshe Dayan (1915-1981) engagé dans la Hagana en 1938 à l’âge de 14 ans, il perdra son œil dans un accrochage avec les troupes de Vichy le 7 juin 1941

Israel état-voyou

Dans son avant- dernier article, Fiodor* nous conseille la lecture de deux textes. Je me suis dit que cela vous intéresserait, vu que nous sommes tous ébahis par le traitement médiatique et politique de l’état d’Israel et que nous tournons souvent comme des mouches dans un bocal en essayant de le défendre.

Voici le premier des deux*. Il date de 201o mais n’a pas pris une ride:

-Le discours remarquable ci-dessous a été prononcé par Gabriel Latner, un étudiant de 19 ans de Cambridge, à un récent débat de la Société des Débats de la prestigieuse université.
Campons le décor: les débats organisés au sein de Cambridge accueillent l’intelligentsia du pays et la foule se presse pour entendre les débatteurs. Il s’agit de mettre en opposition frontale des personnes de convictions opposées, chacune défendant son point de vue. L’art oratoire ainsi que l’argumentation sont jugés par le public et les universitaires. Et la motion est soit adoptée, soit rejetée, selon les arguments présentés.

cambridgeuniondebateisraelroguestate

Gabriel Latner, étudiant de 19 ans, s’est présenté à la tribune devant des adversaires résolus, et de réputation internationale. Ce débat à Cambridge était centré sur la motion « Israël est un État voyou. »
Le culot de la jeunesse !

Gabriel Latner Cambridge

Ce thème a été proposé par la britannique Lauren Booth, belle-sœur de Tony Blair, adversaire radicale d’Israël et journaliste pour une chaîne de télévision iranienne,récemment convertie à l’islam lors d’une visite en Iran

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(Lauren Booth dans un supermarché à Gaza; http://www.jewlicious.com/)

et par Mark McDonald, fondateur des « Amis des Travailleurs de Palestine ».

Gabriel Latner:
« Israël est un Etat voyou ! C’est une guerre des idéaux, et les autres orateurs ici présents ce soir sont, à juste titre, des idéalistes. Je n’en suis pas un. Je suis un réaliste. Je suis ici pour gagner. J’ai un seul but ce soir: convaincre le plus grand nombre d’entre vous.

Je fais face à un défi singulier: la plupart, sinon la totalité, d’entre vous ont déjà fait leur choix. Cette question est trop polarisante pour que la grande majorité d’entre vous ne se soit déjà fait une opinion sur la question. Je serais prêt à parier que la moitié d’entre vous appuie fortement la motion «Israël est un État voyou», et l’autre moitié d’entre vous s’y oppose fermement.

Je veux gagner, et je suis tenté de faire ce que mes collègues orateurs vont faire: simplement ressasser toutes les vilaines choses que le gouvernement israélien a commises dans le but de satisfaire ceux d’entre vous qui sont d’accord avec ces orateurs. Et peut-être qu’ils vont culpabiliser quelques rares indécis qui voteront finalement pour la proposition, ou plus exactement, contre Israël.

Il serait si facile de « tordre » la signification et l’importance de la loi internationale et de faire en sorte qu’Israël ressemble à un État criminel. Mais cela a déjà été fait jusqu’à plus soif. Il serait encore plus facile de faire jouer votre sympathie, avec des histoires personnelles de souffrance palestinienne. Ces personnes ici présentes peuvent faire des discours très éloquents sur ces questions.

Mais la vérité est que maltraiter des personnes, qu’il s’agisse de vos propres citoyens ou ceux d’un pays occupé, ne rend pas nécessairement un État voyou. Si c’était le cas, le Canada, les États-Unis et l’Australie seraient tous des Etats-voyous du fait de la manière dont ils ont traité leurs propres populations autochtones. Le traitement de l’Irlande par la Grande-Bretagne permettrait facilement de la qualifier ainsi. Ces arguments, émotionnellement satisfaisants, manquent toutefois de rigueur intellectuelle.
Plus important encore, je ne pense pas que nous puissions gagner avec ce type d’arguments. Cela ne changera pas les chiffres. La moitié d’entre vous sera d’accord, la moitié d’entre vous ne le sera pas.

Donc, je vais essayer quelque chose de différent, quelque chose de peu orthodoxe. Je vais essayer de convaincre les sionistes purs et durs ainsi que les autres partisans d’Israël ici ce soir, à voter en faveur de la motion.
À la fin de mon discours, j’aurai présenté cinq arguments en faveur d’Israël qui montrent qu’Israël est, sinon un «Etat voyou», au moins un état «presque voyou».

Permettez-moi d’être clair. Je ne vais pas faire valoir qu’Israël est mauvais. Je ne vais pas faire valoir qu’il ne mérite pas d’exister. Je ne ferai pas valoir que son comportement est pire que celui de tous les autres pays. Je vais seulement faire valoir qu’Israël est un «voyou».
Le mot «voyou*» est actuellement affublé de connotations exceptionnellement accablantes. Mais le mot lui-même est en fait de valeur neutre. Le dictionnaire anglais d’Oxford définit « voyou » comme « aberrant, anormal, égaré, se produisant à un endroit ou à un moment inattendu » alors qu’un autre dictionnaire édité par une bien plus grande institution donne cette définition: «se comporter d’une manière inattendue ou anormale, souvent de manière destructrice. »
Ces définitions, et d’autres, sont axées sur l’idée d’anomalie, de l’inattendu ou de l’inhabituel. Selon cette définition, un État voyou est celui qui agit d’une manière inattendue, rare ou aberrante. Un État qui se comporterait exactement comme Israël.

Le premier argument est d’ordre statistique. Le fait qu’Israël soit un État juif est suffisamment anormal pour le faire qualifier d’ «État voyou». Il y a 195 pays dans le monde. Certains sont chrétiens, certains musulmans, certains sont laïques. Israël est le seul pays au monde qui est juif. Ce qui fait que, statistiquement parlant, la chance qu’un État choisi au hasard, puisse être juif est de 0,0051%. En comparaison, les chances pour qu’un billet de loto du Royaume-Uni gagne au moins 10 € est de 0,017% , donc de deux fois plus de chances… La judéité d’Israël est donc une aberration statistique.

Le second argument concerne le caractère humanitaire d’Israël, avec en particulier, la réponse d’Israël à une crise des réfugiés. Pas la crise des réfugiés palestiniens – car je suis sûr que les autres orateurs en parleront – mais la question des réfugiés du Darfour. Tout le monde sait que ce qui s’est passé et se passe encore au Darfour est bien un génocide, que l’ONU ou la Ligue arabe veuillent bien l’appeler ainsi ou non.
En fait, j’avais espéré que M. Massih (grand avocat britannique, ndlr) serait en mesure d’en parler. Il est en réalité un peu un expert sur la crise au Darfour, puisque c’est son expertise qui l’a appelé à représenter Omar El Béchir, dictateur du Soudan, alors même que celui-ci est soumis à une enquête de la Cour Pénale Internationale. Il y a eu un exode massif en provenance du Darfour parce que ces opprimés recherchaient un havre de sécurité. Ils n’ont pas eu beaucoup de chance. Beaucoup sont allés dans le Nord, vers l’Égypte où ils sont traités odieusement. Les courageux errent dans le désert dans l’espoir de pouvoir se rendre en Israël. Non seulement, ils font face aux menaces naturelles du Sinaï, mais ils sont également utilisés comme cibles d’entraînement par les soldats qui patrouillent le long de la frontière égyptienne. Pourquoi  prennent-ils tant de risques ?
Parce qu’en Israël, ils sont traités avec compassion – ils sont traités comme les réfugiés qu’ils sont – et peut-être que la mémoire culturelle du génocide d’Israël en est responsable. Le gouvernement israélien est même allé jusqu’à accorder la citoyenneté à plusieurs centaines de réfugiés du Darfour. Ceci suffit à maintenir Israël à l’écart du reste du monde.
Mais le véritable point de distinction est le suivant: l’armée israélienne envoie des soldats et des médecins afin de patrouiller le long de la frontière égyptienne. Ils y sont envoyés à la recherche de réfugiés qui tentent de pénétrer en Israël, non pas pour les renvoyer en Égypte, mais pour les sauver de la déshydratation, de l’épuisement par la chaleur, et des balles égyptiennes. Comparez cela à la réaction des Etats-Unis à l’immigration illégale, à la frontière mexicaine. Le gouvernement américain a arrêté certains de ses citoyens, parce qu’ils avaient donné de l’eau à des immigrés illégaux qui mouraient de soif. Ici le gouvernement israélien envoie ses soldats pour sauver les immigrants illégaux*. Qualifier ce genre de comportement d’anormal est un euphémisme.

Mon troisième argument est que le gouvernement israélien se livre à une activité que le reste du monde rejette : il négocie avec les terroristes !
Oubliez le dernier Président de l’OLP Yasser Arafat, un homme qui est mort avec du sang sur les mains; ils sont en train de négocier avec d’actuels terroristes.
Yasser Abed Rabbo est l’un des négociateurs principaux de l’OLP, désigné pour les pourparlers de paix avec Israël. Abed Rabbo a aussi été un leader du FPLP – une organisation de «combattants de la liberté» qui, justement sous la direction de Abed Rabbo, a été engagée dans des activités de promotion de la liberté comme celle qui a consisté à tuer 22 élèves d’un lycée israélien*.
Et le gouvernement israélien envoie des délégués pour siéger à la même table que cet homme, pour parler de paix. Et le monde entier applaudit.
On ne verrait jamais le gouvernement espagnol dans des pourparlers de paix avec les dirigeants de l’ETA, le gouvernement britannique ne négocierait jamais avec Thomas Murphy*.
Et si le président Obama devait s’asseoir pour parler de paix avec Oussama Ben Laden, le monde entier considérerait cela comme de la folie.
Mais Israël peut faire exactement la même chose – et y gagner des louanges internationales. C’est cela la définition du dictionnaire du mot «voyou»: se comporter d’une manière inattendue ou anormale.

Une autre signification du mot « voyou » selon la définition du dictionnaire est « un comportement ou une activité qui se produit à un endroit ou un moment inattendu ».
Lorsque vous comparez Israël à ses voisins régionaux, il devient clair à quel point Israël est un voyou.

Et voici le quatrième argument: Israël a un meilleur palmarès dans la protection des droits de l’homme que n’importe lequel de ses voisins.
À quel moment dans l’histoire, y a-t-il jamais eu un État démocratique libéral au Moyen-Orient, à l’exception d’Israël ? De tous les pays du Moyen-Orient, Israël est le seul où la communauté Lesbienne, Gay, Bi et Trans bénéficie même d’une certaine légalité.
Au Koweït, Liban, Oman, Qatar et en Syrie, l’homosexualité est passible de flagellation, d’emprisonnement, ou des deux. Mais les homosexuels s’en tirent là-bas plutôt mieux que leurs homologues en Iran, Arabie saoudite et au Yémen, où ils sont carrément mis à mort. Les homosexuels israéliens peuvent adopter des enfants, ouvertement servir dans l’armée, contracter des unions civiles, et sont protégés par une législation anti-discrimination exceptionnellement explicite. Cela vaut tout de même mieux qu’une condamnation à mort. En fait, c’est même encore mieux qu’aux USA.!

La protection israélienne de la liberté civile de ses citoyens lui a valu une reconnaissance internationale. Freedom House est une ONG qui publie un rapport annuel sur la démocratie et les libertés civiles dans chacun des 195 pays dans le monde.
Elle positionne les pays comme «libres», «partiellement libres», ou «non libres». Au Moyen-Orient, Israël est le seul pays qui a obtenu la mention «libre». Pas étonnant, compte-tenu du niveau de liberté accordée aux citoyens.
Au Liban, un pays désigné comme «partiellement libre», il y a des lois contre les journalistes critiquant non seulement le gouvernement libanais, mais aussi le régime syrien. J’espère que Mme Booth abordera ce sujet, compte tenu de son expérience en tant que « journaliste » d’un média iranien.
L’Iran est un pays désigné comme «non libre», et se retrouve aux côtés de la Chine, du Zimbabwe, de la Corée du Nord, et la Birmanie. En Iran, j’avais espéré que Mme Booth le dirait dans son discours, il y a une « Cour spéciale pour la presse » qui poursuit les journalistes pour des délits odieux tels que celui de critiquer l’ayatollah, faire des reportages qui endommagent les «fondements de la République islamique », l’utilisation de « sources suspectes » (c’est à dire occidentales), ou l’insulte à l’islam. L’Iran est le leader mondial en nombre de journalistes emprisonnés, avec 39 journalistes (que nous connaissons) en prison en 2009. Ils ont également mis à la porte presque tous les journalistes occidentaux au cours de l’élection de 2009. (Je ne sais pas si Mme Booth a été concernée par cette mesure). Je suppose que nous ne pouvons pas vraiment nous attendre à plus de la part d’une théocratie.
C’est le cas pour la plupart des pays du Moyen-Orient, théocraties et autocraties. Mais Israël est la seule, l’unique, l’anormale démocratie.
De tous les pays du Moyen-Orient, Israel est le seul où les manifestations et les rapports anti-gouvernementaux sont autorisés et non pas censurés.

J’ai un dernier argument – le dernier clou dans le cercueil de l’opposition – et il est assis juste en face de moi.
La présence de M. Ran Gidor regroupe tous les éléments de preuve que chacun d’entre nous devrait avoir besoin pour qualifier Israël d’ État voyou en toute confiance.
Pour ceux d’entre vous qui n’ont jamais entendu parler de lui, M. Gidor est un conseiller politique attaché à l’ambassade d’Israël à Londres. Il est le gars que le gouvernement israélien a envoyé pour les représenter à l’ONU. Il sait ce qu’il fait. Et il est ici ce soir.
Et c’est incroyable !
Considérons un instant, ce que sa présence signifie ici. Le gouvernement israélien a accepté de permettre à l’un de ses hauts représentants diplomatiques de participer à un débat sur sa propre légitimité. C’est remarquable !
Pensez-vous une seule minute que n’importe quel autre pays ferait la même chose?

Si la société de débats de l’Université de Yale devait lancer un débat où la motion serait « Cette institution est d’avis que la Grande-Bretagne est un Etat raciste, totalitaire qui a causé un tort irrémédiable aux peuples du monde » est-ce que la Grande-Bretagne aurait permis à l’un de ses représentants d’y participer? Non!
La Chine aurait-elle participé à un débat sur le statut de Taiwan? Jamais.
Et il n’y a aucune chance pour qu’un représentant du gouvernement américain ait été jamais autorisé à participer à un débat concernant le traitement des prisonniers à Guantanamo Bay.
Mais Israël a envoyé M. Ran Gidor pour débattre ce soir contre un « journaliste », star de la télé-réalité, et moi-même, un étudiant en droit de 19 ans, qui est parfaitement non-qualifié pour parler de la question.
Tous les gouvernements du monde devraient se moquer d’Israël en ce moment  parce qu’il a oublié la règle n ° 1 : « Vous ne devez jamais accorder foi à des cinglés en discutant avec eux ».
C’est pour la même raison que vous ne verrez pas Stephen Hawking ou Richard Dawkins débattre avec David Icke*.
Mais c’est exactement ce que fait Israël.
Encore une fois, il se comporte d’une manière inattendue, ou anormale. Il se comporte comme un État voyou.

Cela fait cinq arguments qui ont été adressés aux partisans d’Israël.

Mais il me reste une ou deux minutes:
Et voici un argument pour vous tous:
Israël, volontairement et violemment, ne tient pas compte du droit international.
En 1981, Israël a détruit Osirak, le laboratoire de Saddam Hussein pour la fabrication d’une bombe nucléaire. Tous les gouvernements dans le monde savaient que Saddam Hussein construisait une bombe. Et ils n’ont rien fait, sauf Israël! Oui, ce faisant, Israël a enfreint le droit international. Mais il nous a aussi tous sauvés d’une certaine manière. Mais il nous a tous sauvés d’un Iraq nucléaire.
Cette action de voyou devrait permettre de faire gagner à Israël une place respectable aux yeux de tous les peuples épris de liberté. Il ne l’a pas.
Mais ce soir, pendant que vous nous écoutez bavarder, je tiens à vous rappeler quelque chose: pendant que vous êtes assis là, l’Iran de Khomeiny travaille à la bombe. Et si vous êtes honnêtes avec vous-même, vous savez qu’Israël est le seul pays qui peut, et qui fera quelque chose.
Israël, par nécessité, agira d’une manière qui ne sera pas selon la norme, et vous souhaiterez qu’il le fasse d’une manière suffisamment destructrice.
Toute personne saine d’esprit préférera plutôt un Israël voyou qu’un Iran nucléaire. Sauf Mme Booth. »

Le journal, The Irish Independent, a qualifié le discours de M. Latner de « défense la plus brillamment audacieuse d’Israël depuis que Moïse a ouvert la mer Rouge ».

 

Merci à Fiodor de nous avoir fait découvrir ce jeune Juif plein d’intelligence et de ‘Houtspa* alors que j’avais manqué la traduction de Danilette du 24 novembre 2010 sur le même sujet!

Le deuxième texte est celui de Stéphane Juffa de Metula News Agency, que je vous recommande aussi:
http://www.menapress.org/la-france-de-l-ind-cence-info-011308-15.html

A bientôt,

*Le blog de Fiodor:
http://un-idiot-attentif.blogspot.co.il/2015/08/israel-etat-voyou.html

*L’original en anglais:
http://www.unwatch.org/site/apps/nlnet/content2.aspx?c=bdKKISNqEmG&b=1314451&ct=8886641

*Le mot « Rogue » (voyou en anglais), a plusieurs sens contrairement au mot français  voyou

*En 2010, la guerre civile en Syrie n’a pas encore commencé, depuis Israel soigne les blesses syriens qui parviennent à sa frontière.

*Massacre de Maalot en Galilée:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Ma%27alot

* David Icke: ancien commentateur sportif de la BBC, grand amateur de théories conspirationnistes et persuadé qu’un groupe d’humanoïdes-reptiliens contrôlent la terre (parmi ces humano-reptiliens la reine Elisabeth et Georges Bush)

* חוצפה (‘Houtzpa) culot!

Le carnet de notes

En hébreu, on dit תעודת הציונים (Teoudat Tsiounim).
Fin juin, mes petites filles sont sorties toutes excitées de l’école. Le matin déjà, elles avaient choisi leurs vêtements avec soin car c’était le jour de la remise du carnet de notes. Il fallait fêter cet événement en allant manger une pizza:
« סבתא (Savta)*, on fête les carnets de note! »
Quand je pense à tous ceux qui comme moi en gardent un mauvais souvenir!

En hébreu on n’emploie pas le mot carnet פינקס (Pinkass) mais certificat תעודה (teouda) dont la racine תעד (T’AD) signifie témoigner. Eliezer ben Yehouda n’a pas eu besoin de construire ce mot, il était déjà utilisé dans le Tanakh avec le sens de témoignage écrit. Dans la prophétie d’Isaïe, il désigne la Thora elle-même:

 צוֹר תְּעוּדָה חֲתוֹם תּוֹרָה, בְּלִמֻּדָי. 

« Arrête le témoignage, scelle la Thora, mes enseignements ». 

Aujourd’hui, le mot תעודה (teouda) s’emploie pour désigner les carnets de notes, les attestations de toutes sortes, les diplômes en tout genre et bien sur la fameuse תעודת זהות (teoudat zehout), carte d’identité, ou aussi la תעודת עולה (teoudat ole) carte d’immigrant, que chacun reçoit à son arrivée en Israel.
teoudat ole
La carte d’immigrant est donnée à l’arrivée à l’aéroport. Elle est utilisée pendant les quelques jours qui précédent l’attribution de la carte d’identité délivrée par le Ministère de l’Intérieur ou bien pour faire valoir ses droits de nouvel immigrant.

Pendant la domination ottomane, les cartes d’identité n’existaient pas. Seuls existaient les attestations données par les autorités religieuses ainsi qu’un passeport très détaillé pour les voyageurs. Une grande tante, prénommée Amelia et née à Tiberiade, avait un passeport où étaient mentionnées les indications suivantes:
Sujet: ottoman, Peuple: juif, Pashalik (province): Palestine.

Le mandat britannique continua en ce sens. Sur les deux cartes d’identité ci-dessous, établies pendant le mandat britannique, est indiquée l’ethnie de ces deux Palestiniens sous l’intitulé Race: elle est juive  et vit à Afula, il est un  arabe chrétien qui vit à Jerusalem.

Identite mandat britannique

Race: Jew (juive)

Identite arabe chretien

Race: Arab Christian

Voici la carte d’identité de Hayim Weizman, premier Président de l’État d’Israel:

Identite Hayim Weizman

Apres la création de l’état, dès l’automne 1948, Israel fit un grand recensement de la population. Chaque citoyen de plus de 16 ans reçut un numéro d’enregistrement et une carte d’identité. Ce numéro suit chaque citoyen de ce pays tout au long de sa vie. Il sert pour tous les actes administratifs (y compris sécurité sociale, mutuelle…)

La mention לאום (Leom), peuple, ethnie, continua à être précisée sur la carte d’identité jusqu’en 2005. Elle fut supprimée par une décision de la Court Suprême qui jugea cette mention offensante. Mais si en Europe, mentionner l’origine ethnique ou la religion de quelqu’un est considéré comme un acte discriminant, ici les Israéliens revendiquent leur identité ethnique sans complexe et la décision de la Cour Suprême a mécontenté surtout les Arabes et les Druzes.
Depuis peu, des chrétiens israéliens* ont demandé à changer d’ethnie: ils ne voulaient plus être arabes chrétiens mais araméens. Cela leur a été accordé.
Cette demande peut sembler absurde: en effet, on ne peut pas changer ce que l’on est. Mais c’est que la dénomination « arabe chrétien » est très récente et n’a rien à voir avec l’origine de cette population. Elle date du tout début du 20 ème siècle, quand les chrétiens du Moyen-Orient, confrontés au réveil du nationalisme arabe et à de nombreux massacres*, ont cru qu’en soutenant les nationalistes arabes, ils seraient enfin acceptés par la Oumma* et seraient considérés comme des citoyens à part entière, délivrés de leur statut de dhimmis. Ce ne fut pas le cas, ou en tout cas pas très longtemps. Nous savons tous ce qui se passe en ce moment.

Donc, en Israel, un certain nombre de chrétiens orientaux, descendants des populations non-juives, en particulier araméennes*, commencent à revendiquer leur identité d’origine. Israel est le seul pays du Moyen-Orient où ils ont la liberté de le faire. Ce sont les mêmes qui s’enrôlent dans Tsahal alors que les chrétiens, comme les musulmans, sont dispensés de service militaire: ils sont 200 cette année, un nombre jamais égalé pour un enrôlement potentiel de 1400.

Et les notes, me direz vous, les notes inscrites sur le fameux carnet, étaient-elles bonnes? Evidemment, quelle question! 

teoudat tsionim dessin

Le  mot ציון (tsioun) note est lui aussi d’origine biblique et signifiait « marque, signe ». Dans le livre de Jérémie, il est écrit:

  « Aie soin de dresser des signaux, érige-toi des poteaux indicateurs; fais bien attention à la chaussée, au chemin que tu as suivi. Reviens, ô vierge d’Israël, reviens dans ces villes qui sont les tiennes. »
 הַצִּיבִי לָךְ צִיֻּנִים, שִׂמִי לָךְ תַּמְרוּרִים–שִׁתִי לִבֵּךְ, לַמְסִלָּה דֶּרֶךְ הלכתי (הָלָכְתְּ); שׁוּבִי בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל, שֻׁבִי אֶל-עָרַיִךְ אֵלֶּה

La même racine a donné les mots que vous connaissez déjà מצוין (metsouyan) excellent et le mot הצטיינות (hitstayenout), excellence.  Nos deux petites futées sont évidemment des מצטיינות (mitstayenot) excellentes élèves! Foi de Savta!

Un lien avec  Jerusalem-Tsion? Non, le mot Tsion, l’un des nombreux noms donnés à Jerusalem, ne veut pas dire « signe ou marque »  mais dire « terre aride, désert ». Pour l’Académie de la Langue Hébraïque, il s’agit d’un synonyme de ציה (Tsia). Elle le rapproche même du mot צי (Tsi) les bêtes sauvages! Même si nous vivons maintenant dans la verdure, la ville a été longtemps désignée comme מצודת ציון (Metsoudat Tsion) ou la forteresse de l’endroit désolé. Nous nous trouvons quand même en bordure du désert et aujourd’hui nous avons les joues rappées par la chaleur sèche et un vent piqué de grains de sable.
Et puis,  si c’est l’Académie de la Langue Hébraïque qui l’affirme…

A bientôt,

*Savta: grand-mère, bien sûr!

*Les massacres anti-chrétiens: 
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/12/hayim-et-faycal/

*Même si nous y sommes habitués, l’expression arabe chrétien ne veut rien dire: les Arabes sont un peuple qui a islamisé bien d’autres peuples dans des régions conquises, qui étaient alors essentiellement chrétiennes, et les a intégré dans la Oumma par le biais de l’islam. Les conversions se sont toujours faites dans le sens christianisme (ou judaïsme) vers l’islam et non pas le contraire, tout simplement parce qu’elles étaient punies de mort pour les convertis et les convertisseurs. La même situation prévalut d’ailleurs en Europe à partir du 4 ème siècle. La différence est que de nos jours en Occident, un musulman peut se convertir au christianisme ou au judaïsme sans risquer sa vie, alors qu’il ne le peut toujours pas dans les pays musulmans

*La Oumma, la Nation arabe au sens large du terme qui englobe tous les musulmans quelque soit leur nationalité.

Lettre d’amour d’Avshalom Feinberg

Nous voici à nouveau  à Tou BeAv*, la fête des amoureux:

lac en forme de coeur

(J’ai trouvé cette photo sur le site http://cafe.themarker.com/image/1692549/. Qui pourrait me dire où se trouve ce lac en forme de cœur?)

Il y a un siècle, Avshalom Feinberg* écrivait une longue lettre à son aimée qui commençait ainsi:

Mille baisers pour toi mon amour,
Ainsi se terminent toutes les lettres que s’envoient les amoureux, mille baisers pour toi mon amour
Ainsi commencent toutes mes lettres  et ainsi je t’embrasse mon amour…

De cette longue lettre d’amour, le compositeur Zvika Pick a tiré la chanson אלף נשיקות (Elef neshikot) »Mille baisers »:

« Un premier baiser sur ton front blanc, comme un lien d’ou sortiront avec abondance des baisers, des baisers pour tes cheveux. Je ferai pleuvoir une couronne de perles en baisers, sur tes boucles noires, toi plus belle qu’une princesse, plus parfaite que toutes les jeunes filles de la Ville*.
Mille baisers pour toi mon amour, mille et un baisers, mille baisers pour toi, ma charmante, ma belle, ma petite, ma douce, mille baisers pour toi mon amour… Mille et un baisers, mille baisers pour toi, ma charmante, ma belle, ma petite, ma douce.
Ton cou virginal et neigeux, souple comme le cou d’un cygne je le couvrirai de baisers en rafales, mon enfant si pure, ma petite. Je mettrai ma tète au creux de ton épaule  pour y trouver le battement de ton cœur, simplement des baisers sans  volupté ni force, comme des fleurs lancées sur une mariée,
Mille baisers..
Le ciel n’aime pas mes yeux pécheurs  et je ne bois pas en toi jusqu’à satiété. La lumière n’aime pas mes lèvres impures et ma poitrine est profondément brûlée. Le millième baiser n’est pas possible mon amour, il manque le dernier. Je n’en
ai que que neuf cent quatre-vingt dix neuf, tempétueux,  amoureux et doux…
Pourtant, je t’embrasserai de mille baisers… »

Avhsalom était donc amoureux, mais de qui? La rumeur l’a fiancé à Rivka Aharonson*:

Rivka Aharonson et Avshalom Feinberg

Certains disent que la sœur de Rivka, Sarah, ne lui était pas indifférente…

sarah.aaronsohn.avshalom.feinberg.1916

Mais une phrase me turlupine: Avshalon embrasse les boucles noires de sa bien-aimée, or Rivka avait les cheveux blonds roux et Sarah les cheveux châtains. Avshalom était-il volage ou bien s’agit-t-il d’une référence au texte de Shir Hashirim (le Cantique des Cantiques):

« Sa tête est comme l’or pur, les boucles de ses cheveux qui pendent sont noires comme le corbeau. »
 רֹאשׁוֹ, כֶּתֶם פָּז; קְוֻצּוֹתָיו, תַּלְתַּלִּים, שְׁחֹרוֹת, כָּעוֹרֵב

Non, Avshalom n’était sans doute pas volage. Cette lettre d’amour est datée du 18 octobre 1910 et destinée à une autre que Rivka ou Sarah: Avshalom ne rencontrera la famille Aharonson qu’en décembre 1915 à la ferme expérimentale d’Atlit qu’avait fondée Aharon Aharonson. C’est Avshalom qui lança l’idée d’une activité d’espionnage en faveur des Anglais et arriva à convaincre la famille Aharonson de former le fameux groupe NILI, anagramme des mots נצח ישראל לא ישקר, « la Providence d’Israel ne sera pas vaine » (I Samuel, 15,29). Et aussi Avshalom qui en 1915  voyagea une première fois en Egypte pour prendre contact avec l’Intelligence Service…
A ce moment là les Anglais ne prendront pas le groupe au sérieux et même Aharon Aharonson aura du mal à se faire entendre à Londres où il est arrivé après un périple rocambolesque depuis Berlin*…

Malheureusement, Avshalom n’aura que peu de temps pour être amoureux. En 1917,comme le groupe n’a aucune nouvelles d’Aharon, parti en Grande Bretagne pour obtenir la coopération du diplomate Sir Mark Sykes*, Avshalom et son ami Yossef Lishansky décideront de repartir en Egypte pour entrer en contact avec les troupes britanniques. Avshalom sera assassiné par des Bédouins à la solde des Turcs dans le Sinaï. Il avait 28 ans. Blessé, Yossef Lishansky parviendra à rejoindre Port Said et les troupes britanniques.Cependant, les Turcs l’arrêteront et l’exécuteront à Damas.
Le corps d’Avshalom ne sera retrouvé qu’en 1967, quand un Bédouin montrera aux soldats israéliens le « Palmier du Juif », palmier qui poussa à partir des dattes qu’Avhsalom avait dans ses poches. Il sera enterré à nouveau au Mont Herzl à Jerusalem,  le 29 novembre 1967.

Avshalom Feinberg decouverte de ses restes au SInai(Découverte du coprs d’Avshalom Fienberg au Sinai)

A Gedera, le mémorial qui porte son nom et le musée de la famille Feinberg ne sont pas très fréquentés mais tout le monde a un jour fredonné אלף נשיקותת « Mille Baisers ».

A bientôt,

*Tou Beav:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/17/lamour-et-la-guerre/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/

* Avshalom Feinberg est né à Gedera en 1889 dans une famille de la deuxième aliya et mort dans le Sinaï en 1917.

*Quand on parle de la Ville, il s’agit de Jerusalem, bien sûr! Encore une référence au Cantique des Cantiques

*Rivka, la petite soeur de Sarah Aharonson.

*L’histoire de la famille Aharonson et l’épopée du NILI sont racontées dans cet article
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/10/09/lepopee-du-nili/

* Mark Sykes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/08/lord-balfour-ecrit-une-lettre/

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