Rentrer à la maison (2/2)

Quand il est question du départ des Juifs, en particulier vers Israel, beaucoup s’étonnent : Les Juifs sont des citoyens comme les autres, pourquoi partent-ils? Il est de notre devoir de les protéger.

Cette phrase est terrible. Elle résume à elle seule le fait que la communauté juive est définitivement un corps particulier distinct de la nation. Pourquoi les protéger eux plus que les autres? Si ce n’est que parce que dans l’inconscient collectif ils ne sont ou n’ont jamais été une partie des autres.

On entend aussi des phrases grandiloquentes comme celle-ci: La France sans les Juifs ne sera plus la France
Pourtant, du 15 ème siècle au 19 ème la France fut presque complètement* judenrein. De nombreux villages ou villes de France ont une rue aux Juifs, rue de la Juiverie, d’où les Juifs ont été chassés au Moyen Age. La France a bien survécu. Il en est de même dans beaucoup de pays européens. Notamment l’Espagne, c’est justement après 1492, date de l’expulsion des Juifs, qu’y commence une période de grande vitalité littéraire et artistique, le Siècle d’Or (et en fait, ce siècle durera 200 ans!). Les Juifs n’ont jamais été indispensables.

Notre mémoire familiale nous a transmis ce fait:  pendant les périodes de crises, on assiste toujours à une montée de l’antisémitisme. En Europe, cela a commencé doucement il y a une trentaine d’années et puis plus agressivement il y a déjà vingt ans. Or l’Europe est dans une crise à multiples facettes: crise économique et politique, crise identitaire et crise sanitaire. Et donc, comme vous le savez déjà, la situation des Juifs s’aggrave de jour en jour: attaques de personnes, manifestations et émeutes qui dégénèrent en manifestations antisémites… Cependant, si vous ne lisez pas la presse juive, vous n’êtes sans doute pas vraiment au courant. Les journalistes mainstream pratiquent l’auto-censure et la cosmétisation du vocabulaire avec brio.
Peu importe si cet antisémitisme vient des musulmans, de l’extrême gauche, de l’extrême droite ou s’il est un mélange des trois. Pour les Juifs, le résultat est le même!

Que peuvent faire alors les Juifs de la Diaspora?
– Chercher des cieux plus cléments en dehors d’Israel comme l’ont fait nos ancêtres au cours des siècles, mais où? Pendant longtemps les Etats Unis le Canada étaient des havres de paix mais maintenant? Il suffit pour cela de se tenir informé de ce qui se dit et s’écrit dans les universités américaines…
– Commencer un tour de France? J’ai lu il y a quelque temps que des communautés juives se développent dans des petites villes agréables et calmes. Un article dans la presse juive a fait polémique il y a quelques mois: certains se sont émus de l’emploi du mot aliya pour un déménagement à Metz et à Colmar. Sans vouloir chipoter sur le terme, je comprends ces familles: c’est plus simple et plus sûr à court terme que de tenter un grand saut dans un presque inconnu. Mais pour combien de temps, quelques années, une génération?
– Attendre comme certains croyants le pensent que le Mashiah les ramène à la maison? Je ne sais pas ce que le Mashiah a en tête. Tout ce que je sais c’est ce que disait ma grand mère: les attentifs survivent, les attentistes rarement. Par ailleurs le Mashiah n’a t-il pas déjà commencé son travail, plus de la moitié des juifs du monde ayant déjà fait leur émigration?

Tous ceux qui sont rentrés à la maison ont été confrontés à ces discours tranquillisants et pourtant un jour…

Aussi, dans cet article, et parce que je pense qu’il y a urgence, voici quelques information pratiques pour ceux qui veulent sérieusement rentrer à la maison.
Cette année est particulière à cause du Corona mais les programmes de l’Agence Juive ne sont pas supprimés. Tout se passe par internet. Les candidats sont invités à participer par Zoom aux réunions qui les intéressent: par exemple comment constituer un dossier d’émigration, qu’en est-il des études des enfants, comment trouver un emploi…
L’alya ne se prépare jamais en un jour. De plus, cette année, il est possible que les départs soient différés de quelques mois à cause de l’épidémie, aussi, les Juifs désireux de vivre en Israel devraient profiter de cette période d’attente pour se préparer au mieux et notamment engranger le plus possible d’hébreu.

Comme je l’ai déjà écrit*, même si l’hébreu est notre langue ancestrale, cela ne veut pas dire que nous la connaissons d’office! Loin de là! Ici vous devrez maîtriser la langue pour trouver du travail, faire des études, pour toutes vos démarches administratives etc… Bien que les oulpanim sont prévus à l’accueil des émigrants, il vaut mieux commencer au plus tôt à maîtriser les rudiments de l’hébreu, car dès l’arrivée en Israel vous en aurez besoin. Il est vrai que de plus en plus vous pourrez trouver de l’aide, les israeliens ont beaucoup de patience et aident généralement les olim qui ont du mal à s’exprimer. Mais pour ne pas rester des assistés, il faut mieux entamer le plus tôt l’étude de la langue. Ce n’est pas une montagne à gravir ou plutôt elle se gravit peu à peu. Profitez des quelques semaines ou mois que vous avez devant vous!
S’il n’y a pas d’oulpan dans votre communauté, il y a les oulpanim en ligne.
Voici ce que j’ai trouvé en tapant simplement oulpan en ligne sur google:

http://archive.jewishagency.org/fr/aliyah/program/9041
https://www.acoursdhebreu.com/
https://www.beivrit.fr/
https://rosenhebrewschool.com/fr/ (cours de l’Universite Hebraique de Jerusalem)
Et il y en a bien d’autres….

Si vous avez peur de partir dans l’inconnu et si personne ne vous attend en Israel, vous pouvez partir avec l’alya de groupe. Vous êtes pris en main par l’équipe de Chalom Wach*, l’initiateur de ce projet qui, jusqu’à l’arrivée du corona, sillonnait la France pour permettre à des Juifs isolés, de participer à des réunions d’information. Maintenant là aussi, les réunions se font par Zoom. L’équipe de l’Alya de groupe vous aidera dans vos démarches et vous conseillera pendant votre première année en Israel.

 

Chaque année, l’équipe de l’Alya de groupe propose trois destinations différentes:
Cette année c’est Jerusalem, Nahariya et Revava en Samarie (à 5km d’Ariel, ville universitaire).

Voici le yishuv de Revava:

La petite ville cotiere de Nahariya:

 

Et Jerusalem:

Si la chèreté de la vie vous inquiète, si vous avez peur que les loyers soient trop élevés dans les grandes villes, écoutez l’interview de Patricia Hassoun qui est à l’origine d’une initiative tout nouvelle. Son association Dor ‘Hadash (nouvelle génération) propose elle aussi une alya de groupe mais dans des régions en expansion, où les loyers sont bas mais où il y a beaucoup de possibilités de travail.

Elle propose un programme à Yeru’ham, à 30 km au sud de Beer Sheva.
Yeru’ham n’est plus la petite ville de maabarot*.

(Yeru’ham 1951, Dovrot Yeru’ham)

C’est maintenant une petite ville de 9000 habitants, qui propose une éducation de qualité,

(Photo Anat Raskin)

où se sont installées de nombreuses sociétés high tech ainsi que l’entreprise pharmaceutique américaine Perrigo.

Yeru’ham se trouve en plein Neguev mais bordée par un grand parc

(Parc de Yeru’ham, photo Anat Raskin)

où se trouve un lac artificiel


L’association Dor ‘Hadash est aussi en pourparlers avec la ville de Dimona  (35 000 habitants, à une quinzaine de km de Yeru’ham)


qui elle aussi possède un lac artificiel

D’autres pourparlers sont en train avec la ville de Karmiel en Galilée (46 000 habitants)

(Karmiel arutz 7)

Si vous étés intéressés par ce projet de cette association Dor ‘Hadash: dorhadash5780@gmail.com

C’est vrai l’alya est parfois difficile, c’est un total changement de vie et l’atterrissage est parfois brutal mais où se trouve donc le gan eden?
En résumé pour ceux qui ont ce projet d’aliya en tète:
Ne soyez pas des rêveurs, renseignez-vous, vérifiez, ne vous contentez pas de remplir quelques formulaires. Préparez la!

Sachez que l’épidémie de corona et celle de l’antisémitisme qui se développent en parallèle préoccupent beaucoup de Juifs. Il semble que les demandes explosent d’un peu partout: USA, Canada, Europe de l’Ouest, Russie et Ukraine …

Dans un article précédent, Yom Yerushalayim 2020*, du 24 mai, j’avais inclus l’interview de Claire Lévy, 92 ans, qui racontait comment elle avait vécu la guerre des six jours. Mais c’est la fin de cette interview qui m’a le plus frappée. Le journaliste lui demande ce qu’elle souhaite à Jerusalem. Elle ne répond pas directement, Elle explique simplement sans vœux pieux et belles phrases:
Ecoutez, moi ce que je suis venue chercher dans ce pays je l’ai reçu. Je ne voulais plus être un citoyen de seconde zone et mon mari non plus. C’est mon pays. Je voulais élever des enfants juifs et j’ai des enfants juifs et des petits enfants et des arrière petits enfants.
Ce que je suis venue chercher je l’ai 
reçu…

Celui qui se souvient, qui connait le chemin de ma maison,
Celui qui m’entend, qu’il vienne à la maison avec moi,

Nuage de plumes dans le ciel et le chaume sous mes pieds, le ding dong d’une cloche merveilleuse,
Je me sens protégé,

Hé, de là bas, le chemin et la cloche chantent pour lui son retour à la maison, juste au bon moment.
Si j’ai oublié le chemin connu depuis longtemps, ici et là sur les bords de la route sont restés des indices pour moi
Voici une flèche t’es envoyée, dessinée à la craie blanche,
Va pour toi, suis le vent c’est à deux pas d’ici,

Des pierres sur le côté du chemin, au dessus l’ombre d’un arbre, une chèvre noire comme la nuit broute les buissons,
Les sentiers sont ouverts pour les meilleur marcheurs.

Je ne suis pas toute seule en chemin pour retourner chez moi,
J’ai un ami ou deux qui marchent à mes côtés, Sous le soleil brûlant, le le ding donc de la cloche
Ils sauront déchiffrer pour moi tous les signes.

A bientôt,

* En dehors de quelques dizaines de familles enfermées dans un ghetto dans 4 villes du Comtat Venaissin (https://fr.wikipedia.org/wiki/Juifs_du_pape), les Juifs d’Alsace qui furent rattachés à la France en même temps que cette province a la fin du 17 eme siecle ( https://fr.wikisource.org/wiki/Comment_l%E2%80%99Alsace_est_devenue_fran%C3%A7aise) et les Juifs de Lorraine
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_Juifs_en_Lorraine)

* La langue hébraïque:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/28/parlez-vous-hebreu
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/04/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-1/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/17/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-2/

* Programmes d’aliya
http://archive.jewishagency.org/fr/aliyah/program/9031

* Maabarot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/24/sharaliya/

* Aliya de groupe:
Chalom Wach, Responsable du Programme – Téléphone en France : 01 77 50 01 30 –  Bureau en Israël : + 972 (0) 2 940 00 29
Email :  alyahdegroupe@gmail.com

* Préparation à la aliya par l’association Qualita:
https://www.preparation-alyah.com/?fbclid=IwAR2vWNyZFNV71z4Lyy-TEvJPh20eUkbLknCiR1YPO3Fv-o0hbW31QuhOHKo

 

La naissance d’une nation: De Yom Hazikaron à Yom Haatsmaout 2020

Ce soir la sirène retentira à huit heures pour le début du Yom Hazikaron, ou jour du Souvenir.

yom-zikaron

Ce jour n’est pas un jour de deuil à proprement parler. Comme le dit Myriam Peretz qui a perdu deux de ses fils au combat: Mon deuil est quotidien, le jour de Yom Hazikaron est pour nous un moment où le peuple tout entier me dit qu’il n’a pas oublié ceux qui lui ont permis de vivre librement et de célébrer son indépendance.

Chaque fois que j’y pense, je me dis que logiquement nous n’aurions pas du gagner cette guerre d’indépendance qui nous a redonné notre patrie.
Cette guerre couvait déjà depuis plus de vingt ans, vingt ans d’attaques terroristes et de guérillas menées par les Arabes dont certains deviendront israéliens ! Elle a été menée dans des conditions extrêmes, presque sans moyens matériels et peu de soldats expérimentés.
Mais elle débuta dès la reconnaissance de l’état d’Israel par l’ONU*, le 29 novembre 1947. Israël fut immédiatement attaqué par un certain nombre d’armées arabes régulières dont celle de la Jaysh al Jihad al Muqqaddas, armée de la Guerre Sainte, fondée par le Grand Mufti de Jerusalem et grosse de 4000 hommes, terroristes locaux ou mercenaires européens (anciens SS bosniaques, anciens de la Wehmarcht et des Einzatsgruppen, déserteurs britanniques et de nombreux Frères Musulmans).

(L’un des plus jeunes soldats ELisha Ben David (fils d’Esther et de Tsvi), tombé à 12 ans pendant le siège de Jerusalem)

La communauté juive semble perdue et sans espoir. L’évaluation réelle faite par les pays occidentaux était qu’Israël, qui venait juste d’être établi, serait vaincu en quelques semaines. Comme l’a dit le secrétaire d’État américain George Marshall à Moses Sharett*, sur la base des estimations de la CIA et des renseignements américains: « Vous vous trouvez sur la bande côtière, les Arabes contrôlent les crêtes. Je sais que vous avez des armes et la défense, mais les Arabes ont des armées régulières, bien entraînées et des armes lourdes. Comment pouvez-vous espérer durer? « 

Et bien nous avons gagné, et nous avons gagné les suivantes grâce à tous ces soldats que l’on honore en ce jour…
la guerre d’indépendance, nous l’avons aussi gagnée grâce à la lucidité de David ben Gourion qui avait prévu bien avant 1948 ce qui allait se passer. Il savait que nos forces seraient faibles et mal équipées.  Lors d’une réunion avec l’exécutif sioniste il avait en effet déclaré, dès 1947:
« Face à une attaque armée des Arabes, il ne peut y avoir qu’une décision de force, une décision militaire juive »… Nous nous trouvons devant les successeurs et héritiers d’Hitler qui ne connaissent qu’une seule manière pour résoudre le problème juif: l’extermination! L’anéantissement total! Et c’est à cela que nous devons nous préparer! »

Dix ans plus tard, en 1958, il écrira:
« La guerre qui a permis l’indépendance d’Israel, n’est pas le chapitre final de notre histoire: la guerre pour l’indépendance est un tournant dans l’histoire d’Israel autant que la guerre de Yoshua bin Noun* ou la guerre des Makabim* – C’est un premier chapitre d’une nouvelle ère dans l’histoire de notre patrie et de nation nation. צבא הגנה לישראל (Tsva Haganah leIsrael), Tsahal, n’est pas la continuité de la Hagana* (defense) mais elle est le renouveau de la souveraineté du pouvoir hébraïque et ceci depuis l’époque ou régnaient nos rois… »
C’est pour cela, c’est pour lier intimement le deuil à la joie et le sacrifice de nos soldats à notre indépendance,  qu’en 1951, Ben Gourion  décréta que seraient honorés tous ceux qui sont tombés pour le pays, le 4 du mois de Iyar, la veille du jour de l’Indépendance.

Mais nous ne restons pas figés dans le passé et l’héroïsme. Nous savons aussi quelle souffrance cette lutte permanente a causé et cause encore. C’est pourquoi, nous nous tournons aussi vers les familles endeuillées, les familles des soldats morts au combat mais aussi celles des victimes de terroristes dignes héritiers des nazis.
Certains soldats sont morts au combat, d’autres quelques années plus tard dans un hôpital. Certains survivent difficilement et leurs blessures ne sont pas toujours visibles. Ces soldats souffrent du syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Leurs familles sont également touchées. Voici ce qu’écrit une épouse:
« Etre la femme d’un combattant brisé c’est le savoir réveillé la nuit, toujours prêt, empêchant son corps de s’assoupir pour ne pas s’écrouler.

Etre la femme d’un combattant brisé, c’est le voir agir à l’extérieur mais se désagréger à la maison et toi, tu es à la maison… C’est aussi s’endormir avec ses clés de voitures sous l’oreiller pour être plus sûre… Et paniquer quand il ne répond pas au téléphone parce que tu as peur qu’il cède cette fois… C’est éviter les endroits bruyants et surpeuplés, rester à l’écart et se taire, se rétrécir. Faire constamment attention à lui, et si tu sors avec lui, s’assurer qu’il est toujours assis le dos au mur, qu’il se sent contrôler  la situation, qui a déjà prévu une possibilité d »attaque et d’évasion au cas où… Et savoir que seulement lorsque tu t’assiéras avec lui, il pourra se détendre un peu…

Être la femme d’un combattant brisé, c’est savoir vivre seule, aller dormir seule, se lever seule, se réjouir ou être triste seule, élever des enfants seules, organiser des événements seule  parce qu’il vient de disparaître. Peur de faire partie, peur de ressentir quelque chose. Ressentir qu’il n’est pas là, même s’il est présent techniquement..

Être une femme de combattant brisé, c’est marcher sur des œufs toute la journée parce que tu ne sais pas ce qui déclenchera à nouveau son traumatisme. L’odeur brûlée du grille-pain, les cris des enfants, la maison du voisin, les bruits d’entraînement de la base à côté …
Car c’est ainsi, il est toujours au cœur du combat, attaqué en permanence, s’il s’arrête, il mourra… Et toi, tu dois l’arrêter, le calmer, lécher ses blessures et réparer le chaos…
Tu dois supporter le regard des gens qui ne comprennent pas que tu restes et que tu choisisses d’avoir un autre enfant car ils ne savent pas qu’il n’a toujours été comme ça, et que nous nous accrochons à la vie…
Tu dois expliquer aux enfants encore et encore que c’est lui et pas eux, qu’ils sont magnifiques et qu’il deviendront des adultes forts, sensibles et capables de faire face…


Etre femme d’un combattant brisé c’est aussi partager un moment de bonheur avec lui, partager la nuit où il a réussi à éviter une crise incontrôlable: un moment de victoire, lui dis-tu, en écoutant,  pleurant et tellement fière.

Être une femme d’un combattant brisé, c’est se rendre compte que vous ne vous aimerez, ne vous étreindrez ou ne vous caresserez probablement jamais parce que vous vivez avec un handicapé qui n’est plus capable d’aimer: son regard reste indifférent et creux même lorsque tu t’effondres ou que tu rêves  de lui. Alors tu écoutes en boucle le chant de Yishai Ribboh, Mon cœur est brisé, et tu es persuadée qu’il l’a écrit pour toi, parce que ton cœur est brisé…



Parfois, la personne la plus proche de toi est l’infirmière qui demande comment s’est passée la semaine, ou ta voisine à l’instant fugace où tu passes du sucre par dessus la barrière…

Tu l’as perdu sur le champ de bataille et tu le perds encore et encore  chaque fois que tu espères qu’il ira mieux et qu’il se brise à nouveau. Tu te demandes s’il faut pleurer ce qu’il était alors qu’il se tient devant toi…
Certes il n’est pas mort sur le champ de bataille mais il a été condamné à mourir à petit feu dans la misère et l’angoisse… » (d’après
Revital Witelsohn- Yaakobs)

(Makor Rishon, dessin de Noa Kellner)


De nombreuses familles vivent ainsi: 4600 invalides de Tsahal souffrent de troubles de stress post-traumatique ainsi que de nombreux civils victimes d’attentats. Pensez que lorsque vous entendez aux informations- il n’y a pas de blessés, seulement quelques personnes en état de choc- cela signifie en fait qu’il y a des blessés qui doivent être traités à l’hôpital et parfois pendant des années. Le trouble de post-traumatique souvent banalisé en « état de choc » est une vraie blessure et il est parfois très difficile d’en guérir.
Alors maintenant, alors que nous entrons dans ces jours de tant de fierté nationale, de souvenirs et de retrouvailles, souvenons-nous également des victimes transparentes*. Ce sont elles aussi elles qui portent le drapeau.

 

Ce soir, nous allumerons une bougie en mémoire de Tsvi Sharon:

tzvi sharon

 

A bientôt,

*Yom Hazikaron: Le nom complet est יום הזיכרון לחללי מערכות ישראל  (yom hazikaron le’halalei maarakhot Israel)
Quelques articles sur Yom Hazikaron:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/05/07/yom-hazikaron-%d7%99%d7%95%d7%9d-%d7%94%d7%96%d7%99%d7%9b%d7%a8%d7%95%d7%9f-2019/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/04/16/yom-hazikaron-2018/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/

Moshe Sharett:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mosh%C3%A9_Sharett

 

*La Jaysh al-Jihad al-Muqaddas est active principalement dans le siège de Jérusalem en attaquant les convois de ravitaillement en provenance de Tel-Aviv ainsi que dans le siège des implantations juives du Néguev.

*Les victimes de desordre post traumatique (post-trauma disorder ou PTSD):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/04/15/nos-soldats-ne-prennent-pas-de-vacances/
https://www.natal.org.il/en/about-us/

Austérité ?

Ce matin à la télévision: Non, nous ne sommes pas en récession, nous devons simplement apprendre à vivre simplement. Nous n’avons pas besoin de repas gourmets pour nous nourrir, de fêtes de mariage ou de bar-mitsva délirantes, de changer de vêtements à tout bout de champs. Vivons simplement comme faisaient nos parents…
Je ne sais pas si les conseilleurs vont suivre leurs propres recommandations mais toutes ces paroles sont dans l’air du temps. J’ai entendu plusieurs fois le mot צנע (tsena) l’austérité*. Nous ne rentrons pas dans une ère d’austérité mais…

L’austérité, Israel l’a connue pendant une longue période, de 1949 à 1959.

En 1948, le jeune état sort d’une longue guerre très meurtrière, la guerre d’Indépendance menée  contre une coalition de tous les pays du Moyen-Orient.
A peine indépendant, Israel a ouvert ses portes à l’immigration juive, jusque la bloquée par les Britanniques, et décidé de recevoir en quelques années cette grande masse d’immigrants venus d’Europe ou des pays musulmans, complètement démunis.*

Il s’agit donc de leur trouver rapidement logement et moyen de subsistance même au niveau minimum
Les besoins du pays sont réels et les difficultés financières auxquelles il est confronté, sont le résultat de sa situation particulière mais aussi  de la situation économique mondiale après la Seconde Guerre mondiale. Un régime de rationnement avait d’ailleurs également été appliqué en Palestine pendant la guerre, par les autorités britanniques, et la Grande-Bretagne d’après-guerre elle même était clairement en pénurie, ainsi que la plupart des pays d’Europe.
Les dirigeants politiques ont le désir de construire une société basée sur l’idéal du kibboutz à chacun selon ses moyens et à chacun selon ses besoins. C’était à l’époque leur fondement idéologique. 
Il leur faut mobiliser les citoyens pour un objectif commun: la doctrine socialiste promouvait un concept fondamental d’égalité, éloigné du matérialisme et des satisfactions personnelles et égoïstes.
Il y a la nécessité de l’heure et mais l’agenda socialiste joue aussi un rôle important dans l’élaboration du régime d’austérité et son application aussi tôt dans la vie de l’état…

C’est ainsi que sont fixés des quotas de nourriture par habitant, pour les adultes, pour les enfants et les bébés. Les quotas sont très bas. Les citoyens doivent s’enregistrer personnellement dans les magasins de leur ville et il leur faut des tickets de rationnement pour acheter toutes les denrées alimentaires et autres produits de première nécessité.

(carnets de tickets de rationnement)

Les vraies héroïnes de cette époque, ce sont les femmes qui font la queue souvent pendant des heures, qui essayent de composer des menus nourrissants pour leur famille avec des produits souvent aussi de mauvaise qualité.

De plus aucune maison n’a de réfrigérateur et le camion de bloc de glace passe irrégulièrement. Pas de viande ou presque. Elles utilisent de la poudre d’œuf car les œufs frais sont une denrée rare (2 œufs par semaine et par personne), de la margarine diluée au lieu du beurre.
Evidemment le marche noir se met à prospérer…
Maintenant on parle de tout cela avec le sourire et même un peu de nostalgie. C’est l’époque de la débrouillardise, des primus*, des recettes comme les aubergines au gout de foie ou celles de boulettes de la victoire qu’on avait déjà mangées pendant le siège de Jerusalem en 1948*…
La viande bœuf est introuvable et une famille de 5 personnes reçoit un poulet entier pour les fêtes, un repas de mariage grandiose comprend par personne 1/4 de poulet et du riz: רבע עוף ואורז (reva of veorez)*
Les enfants ont droit à 1/8 de poulet par semaine. C’est souvent une vieille poule en fin de vie, coriace, pas toujours fraîche et les gens reprennent le proverbe yiddish: Quand un Juif mange du poulet… C’est soit le Juif qui est malade, soit le poulet!

C’est l’époque des substituts, des erzatz comme disait ma mère.
Voici la recette des aubergine au gout de foie. Elle reprend une recette ashkénaze classique, le foie haché mais sans le foie!
Vous l’avez peut-être goûté en Israel, ce plat existe toujours:
Pour 750 gr d’aubergines, il vous faut 3 oignons hachés, 3 ou 4 œufs durs hachés, du sel et du poivre et de l’huile.
Couper les aubergines en tranches sans les peler, les mettre au four avec un peu d’huile pour les faire dorer, faire dorer les oignons dans une poêle, ajouter le sel et le poivre. Mélanger tous les ingrédients  et les hacher le plus fin possible (maintenant on utilise un robot!). Servir froid.
Si vous ne trouvez pas d’aubergines, vous pouvez utiliser des lentilles.
Si nous ne trouvez pas non plus de lentilles, alors préparez ce plat ainsi:
Il vous faut 50 gr de margarine ou 1/4 de tasse d’huile, un oignon haché, 100 gr de levure fraîche, 1/2 tasse de lait, 3 cuillerées à soupe de chapelure, du sel et du poivre. Une fois les oignons dorés dans la poêle vous rajoutez les reste des ingrédients, vous remuez jusqu’à l’obtention d’une sorte de crème et vous priez pour qu’enfin, vous arriviez à trouver des œufs et des aubergines pour une prochaine fois!

Au moins deux produits qui sont devenus incontournables dans  la cuisine familiale des israéliens:
– les שקדי מרק (shkidei marak) ou amandes pour la soupe, créés par Osem* en 1952. Ce sont des pâtes coupées en petits carrés et cuites au four. Dans une soupe, il y avait souvent bien plus de shkidei marak que de légumes (ne parlons pas de viande ou de crème!) mais c’était nourrissant et les enfants d’aujourd’hui ne sauraient s’en passer:


– Ce qu’on appelle maintenant les פתיתים (ptitim) ou flocons, on les appelait alors le riz de Ben Gourion car les premiers avaient la forme de grains de riz. En fait il s’agit là encore de minuscules pâtes destinées la aussi à rassasier à peu de frais dans une soupe ou mélangés à une salade comme du boulgour.

Evidemment, comme à chaque fois en période de crise alimentaire, le marche noir* s’est mis à prospérer malgré les menaces et parfois les sanctions.

(Élimine le marche noir avant qu’il ne t’élimine)

De cette époque, il reste au moins une chanson: le marche noir dont le refrain est:

 

בואו בואו, בואו, בואו הנה,
כאן איש אינו יודע מהו צבע
בלי נקודות, וגם בלי תור.

Venez, venez, ici personne ne sait ce que sont les restrictions, sans points, sans queue, voici le marche noir

L’austérité, le rationnement? Non, nous en sommes loin, heureusement.
En attendant la fin de cette crise, confinés comme nous le sommes, que pouvons nous faire?
Lire, écrire, prendre des nouvelles les uns des autres, écouter le président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin, qui a décidé de lire une histoire par semaine aux enfants. Cette semaine, c’est L’appartement à louer de Leah Goldberg:

 

Applaudir le corps médical qui se dévoue sans compter comme ce soir tout Israel l’a fait :

(dessin anonyme apparu sur facebook)

A bientôt,
*  Le mot tsena signifie aussi humilité, modestie. On le trouve dans le livre du prophète Mikha, chap.6, v.8
Homme, on t’a dit ce qui est bien, ce que le Seigneur demande de toi: rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu!
הִגִּיד לְךָ אָדָם, מַה-טּוֹב; וּמָה-יְהוָה דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ, כִּי אִם-עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד, וְהַצְנֵעַ לֶכֶת, עִם-אֱלֹהֶיךָ
* L’expression 1/4 de poulet et du riz a pris une signification très différente avec les années. Nous sommes si riches maintenant qu’elle signifie un repas plutôt miteux.
* Osem: une des plus grosses société d’agroalimentaire d’Israel. Elle a été créé en 1942. Un des oncles de mon mari y avait travaillé à ses débuts. Il se souvenait que parfois il rentrait à la maison non pas avec sa paye (journalière!) mais avec un carton rempli de pâtes en guise de salaire qu’il transportait dans un vieux landau couineur tout rouillé.
* En 1959, le ministre du Commerce et de l’Industrie Pinchas Sapir a annoncé l’annulation du régime d’austérité et de rationnement (hors sucre, confiture et café) et le marché noir a disparu. Mais je me souviens qu’à la fin des années 60, les repas étaient certes sains et nourrissants, mais nous étions encore bien loin des restaurants gastronomiques d’aujourd’hui. Quant aux boutiques de vêtements, elles ressemblaient beaucoup à celles de la Yougoslavie communiste: robes à fleurs, deux ou trois couleurs de tissus et les hommes portaient tous le même modèle de pantalon ou de shorts vaguement kakis.
*Discours du président de l’état d’Israel, Reuven Rivlin aux Juifs de la Diaspora:

Bonne fête deTou Bishvat 2020 חג טו בשבט שמח

 

C’est aujourd’hui Tou Bishvat. Un Tou Bishvat froid et pluvieux et pourtant, c’est le bon moment pour planter de nouveaux arbres.
Ecoutez ce chant, inspiré de plusieurs passages du Tanakh’:

כי תבואו אל הארץ ונטעתם כל עץ תחילה
ונתן העץ פריו והארץ יבולה
עת לנטוע אילנות עת לנטוע אילנות עת לנטוע ולבנות
וישבתם איש תחת גפנו ותחת תאנתו, והייתם כעץ שתולעל פלגי מים

Vous reviendrez dans ce pays et vous y planterez chaque arbre. Et chaque arbre portera ses fruits et le pays sera moissonné, il y a un temps pour planter et un temps pour construire, chacun sera assis sous sa vigne et sous son figuier et vous serez comme un arbre planté au bord des ruisseaux.

Les passages ci-dessus traitent du retour du peuple sur sa terre. Les plantations sont l’image du retour d’exil. Dans la culture juive, les arbres ont toujours été présents. Ils ont marqué les saisons, décrivent l’homme – l’homme est un arbre des champs* – et rythment sa vie. Dans le traite Guittin, la Mishna stipule qu’il faut planter un arbre pour chaque naissance et un autre pour chaque mariage. Le lien entre le juif et sa terre est concrétisé par la plantation. Nous sommes, parait-il, une start-up nation mais notre renaissance est aussi liée au renouveau de notre terre.
Si cela vous parait quelque peu grandiloquent, sachez que pendant 2000 ans, la terre a été livrée à elle-même. Pour les nomades arabes, elle ne signifiait rien. Pour les Croisés, sa stérilité n’était que la preuve de notre éviction des promesses divines, dont avait hérité le christianisme, le Verus Israel (le vrai Israel) comme on disait. Quant aux Turcs qui ont régné pendant 500 ans sur le Moyen-Orient, ils n’y voyaient qu’une voie de passage entre la Syrie et l’Egypte. Et les Juifs, me direz-vous? C’est vrai que j’ai publié un bon nombre d’articles expliquant qu’un monde juif avait toujours subsisté dans ce pays*, mais il ne s’agissait que de petits groupes persécutés, des dhimmis sans aucun pouvoir politique, sans possibilité de propriété sur leur propre terre et qui s’étaient essentiellement réfugiés dans l’étude..
La destruction des arbres pendant les nombreuses guerres de conquêtes et l’abandon des terres agricoles ont causé une véritable catastrophe écologique au cours des siècles. Plus rien ne retenait la terre emportée par la pluie à chaque hiver. La flore ayant disparue, la faune s’était en partie éteinte, le pays n’était plus qu’un désert de pierre ou des sable selon les régions, entrecoupé de quelques marais. Je ne vais pas rappeler ici le travail des premiers pionniers à partir du 19 ème siècle*. Je citerai seulement les rédacteurs des rapports sur Forest and Forest Ordinance demandés par la Prospect Company britannique en 1920: « ce n’est qu’à partir du moment où la colonisation juive a commencé qu’ont débuté les plantations d’eucalyptus dans les marais qui donnent de merveilleux résultats. Les fonctionnaires du Mandat britannique eux-mêmes, étonnés des changements écrivaient dans leur rapports: « les Arabes, qui sont responsables de l’état du pays, ne comprennent pas sauf quelques uns l’intérêt de la reforestation . Ils s’étonnent de ces plantations d’eucalyptus pour assécher les marais et ainsi déloger les colonies de moustiques vecteurs de la malaria. »
Quand Théodore Herzl demanda en 1896 au botaniste Otto Warburg de le conseiller sur les plantations, ce dernier lui recommanda de planter des pins, des chênes et des cèdres ainsi que des plantes aromatiques citées dans le Tanakh. Il rajouta à sa liste les 7 espèces* originaires de la région dont les dattes et les olives. Cependant les quelque dattiers et oliviers existant en Palestine étaient de si faible rendement qu’il fallut importer de nouvelles souches. Il y a peu, des scientifiques ont fait germer six graines de dattes âgées de 2 000 ans qui avaient été découvertes sur des sites archéologiques dans le désert de Judée et la mer Morte entre 1963 et 1991*. Peut-être pourrons nous manger des dattes bibliques dans quelques années:

(j.forum.fr)

Au début du vingtième siècle fut décidée de la création d’un fonds destiné aux plantations en Eretz Israel qui deviendra le K.K.L. Cette idée eut tout de suite  beaucoup de succès auprès des communautés de la diaspora nourries aux prophéties bibliques et qui comprenaient la relation étroite entre l’arbre et l’homme.

Et ainsi Ben Gourion a déclaré lors de la cérémonie de plantation des forêts du président en 1949: « De tous les actes bénis que nous faisons dans ce pays, je ne sais pas s’il en est un de plus fructueux et dont les résultats sont aussi bénéfiques que les plantations d’arbres. Ils ajoutent de la beauté à notre campagne, améliorent le climat et la santé des habitants du pays. »

(Sur ces deux cartes, vous voyez en vert, la différence entre entre la situation forestière du pays avant 1948 et maintenant)

Et malgré le froid et malgré les missiles et les ballons incendiaires ou explosifs qui continuent à pleuvoir sur le sud du pays et les attentats habituels, nous fêtons Tou Bishvat, la fin de l’hiver. Et les anémones* sont de retour:

Bonne fête de Tou Bishvat
חג טו בשבט שמח

(Photo d’Avi Zeidel, un colibri dans la rosée du matin, vallée du Jourdain)

A bientôt,

*L’homme est un arbre des champs:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2019/03/15/nos-racines-leurs-ailes/

*Les Juifs demeurés en Palestine pendant 2000 ans. Consultez tous mes articles intitulés Les générations oubliées

*les 7 espèces:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/les-7-especes/

*Les anémones:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*Les palmiers dattiers de l’époque biblique:

6 palmiers dattiers de Judée ont poussé à partir de graines de 2 000 ans

Si vous comprenez l’hébreu, voici une intéressante Haggada de Tou Bishvat:
https://online.anyflip.com/kfmp/tcag/mobile/index.html

 

Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse

Il y a quelques temps, j’avais écrit un article sur les nazis en Palestine* mais il me semble important de revenir sur la diffusion du nazisme dans le monde musulman.
Dans les années 30, le nazisme se présente comme un champion de l’anti-impérialisme laïc, en particulier contre la Grande-Bretagne*, mais dans le même temps, il adapte des thèmes de propagande générale visant le public européen aux traditions religieuses de l’islam et aux réalités politiques régionales et locales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Tout cela, grâce un travail très élaboré entre responsables de la propagande du Reich et des exilés arabes pro-nazis séjournant a Berlin: des émissions de radio et des articles imprimés distribués par millions ciblent les populations musulmanes.
L
a propagande en langue arabe de l’Allemagne nazie a franchi les barrières apparemment insurmontables créées par sa propre idéologie de supériorité raciale aryenne. La soi-disant race aryenne est en fait à géométrie variable: censée être celle d’un peuple mythique indo-européen et vécue en Europe comme étant celle des populations nord-européennes, elle englobe, en fait selon les besoins, des groupes humains très différents dans la mesure où ceux-ci désirent aussi éliminer les Juifs*.
Dans les faits, les émeutes antisémites qui se développent au Moyen Orient sont financées par le gouvernement allemand.
Dans un télégramme envoyé à Berlin le 3 mars 1933, le consul d’Allemagne à Jerusalem écrit:
Le Mufti m’a expliqué aujourd’hui longuement que les musulmans de Palestine  et d’Irak accueillent favorablement le nouveau régime en Allemagne et espèrent la propagation de formes fascistes et anti-démocratiques de gouvernement dans d’autres pays. L’influence économique et politique juive actuelle est nuisible partout et doit être combattue. Afin de pouvoir atteindre le niveau de vie des Juifs, les musulmans espèrent que l’Allemagne déclarera un boycott [des biens «juifs»], qui sera accueilli avec enthousiasme dans tout le monde musulman.
Et de fait, depuis la fin des années 20, les Juifs de Palestine vivent au rythme des pogroms de plus en plus violents*. Mais, en juin 1942, la situation s’aggrave et les Juifs se trouvent confrontés à une grave menace existentielle.
De quoi s’agit-il?
Au nord, les blindés allemands ont pénétré la profondeur du front russe, ouvrant la voie à une invasion à travers les états du Caucase. Au sud, les forces du mythique renard du désert, Erwin Rommel, ont capturé la forteresse de Tobrouk stratégiquement importante et ont écrasé la défense britannique à la frontière égyptienne.
En fait, pour les Juifs, si Rommel envahit le Moyen-Orient, ils seront anéantis à la fois par les Einzatzgruppen, déjà basés à Athènes sous le commandement de Walter Rauff en attendant l’ordre de se déployer en Palestine, et par un déferlement arabe, allié de ces mêmes nazis.
Et si les Russes  perdent le Caucase, les Allemands envahiront la Palestine mandataire par le nord, retrouvant ainsi leurs alliés arabes.
Les deux options sont également catastrophiques: la population juive du Yishouv sera anéantie.
Que peuvent-ils faire? Comme toujours, certains espèrent que des liens familiaux et des visas achetés à prix d’or leur permettront de fuir, d’autres vendent leur maison aux voisins arabes pour les amadouer et rester en vie, d’autres prennent contact avec des monastères pour y cacher leurs enfants, certains prient d’autres non, certains demandent aux Anglais de les prendre avec eux dans leur retraite, d’autres veulent se battre jusqu’au bout…
L’Irgoun propose de se barricader dans la vieille ville de Jérusalem et d’y mener la bataille finale. La vieille ville a été choisie dans l’espoir que les nazis hésiteraient à bombarder les lieux saints du christianisme et de l’islam et permettront ainsi aux combattants juifs de se battre plus longtemps: on a trouvé des restes de ces préparatifs en 2010, lors de la rénovation d’une ancienne synagogue à Jérusalem: une cache de l’Irgoun contenant des armes stockées en vue de cette dernière bataille…
Ben Gourion veut évacuer les non-combattants, mais où? Deux dirigeants du Palma’h, Jonathan Ratner et Yits’hak Sadeh pensent que les monts du Carmel seront parfais pour une guerre de harcèlement, d’autant que les troupes de Rommel sont des unités de tanks. Selon leur plan, il faut concentrer la population juive (environ 600 000 personnes!) dans la large vallée de Yizreel,  protégée par les contreforts du Mont Carmel.

(sentiers de randonnée dans les monts du Carmel)

Des unités de guérilla seront formées avec tous ceux qui peuvent combattre. Les combattants juifs sortiront régulièrement des nombreuses grottes des monts du Carmel,

de bunkers,

et de tranchées construites par l’armée britannique


pour harceler et retarder la progression de l’armée allemande… Jusqu’à quand? Et qui viendra alors à leur aide?
Moshe Shertok s’adresse ainsi au général britannique Claude Okilinek:
Il ne fait aucun doute que si les nazis occupent la terre d’Israël, tous les Juifs de cette terre seront assassinés. L’extermination des juifs est un élément fondamental de la doctrine nazie. Les rapports de presse, récemment publiés indiquent que cette politique est brutalement mise en œuvre sans le dire. Des centaines de milliers de Juifs ont péri en Pologne, dans les Balkans, en Roumanie et dans les provinces où les Allemands ont envahi l’Union soviétique, à la suite d’exécutions massives, de déportations forcées et de la propagation de la famine et de la maladie dans les ghettos et les camps de concentration. Dans le cas d’une invasion nazie, nous savons que nous serons anéantis…

Il est clair que pour les responsables de ce projet, il ne s’agit plus de survivre mais de causer le plus de dommages à l’armée allemande. Le nom même du projet Massada sur le Carmel indique qu’ils sont sans illusion sur l’issue d’une telle bataille.

Mais, le  premier juillet 1942, le général britannique Montgomery réussit à stopper l’avance de Rommel qui avait déjà pénétré de 200 kilomètres en Egypte, et le 3 novembre, les troupes britanniques vainquent enfin Rommel lors de la bataille l’El Alamein… Les Soviétiques tiennent le coup dans le Caucase et repoussent les troupes allemandes. La population du Yishouv ne sera pas anéantie…

Aujourd’hui, on visite les fortifications du Carmel, établies par les Anglais et les Juifs en vue de résister aux Allemands…
Massada sur le Carmel ou Les 200 jours d’angoisse, est un aussi un épisode de la résistance juive face au nazisme

Aussi, j’ai raconté cette histoire à ma petite-fille Naama hier, jour du 10 Tevet, où nous commémorions le début du siège de Jerusalem par les troupes romaines mais où nous avons aussi récité le Kaddish pour tous les nôtres, exterminés sans qu’on sache ni quand ni où.

A bientôt,

* Les nazis en Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

*A propos des pogroms des années 30, lisez cet article de Klod Frydman:
C’était la pleine période de la « grande révolte arabe de 1936 à 1939 » fomentée par le Grand Mufti de Jérusalem nommé par les Anglais, Amine el Husseini et son groupe paramilitaire al Futuwwah appelés officiellement « les scouts nazis ». Ils semaient la terreur, assassinant et torturant les soldats anglais, les civils juifs et les démocrates arabes.
Pourquoi ne serais-je pas moi aussi un réfugié palestinien ?

* Ceux qui veulent se débarrasser des Anglais et ne rechignent pas à s’allier aux nazis comme  l’Indien, Subhas Chandra Bose, qui ira à Berlin faire allégeance à Hitler. Heureusement, Hitler le trouvera peu fiable, trop agite et inefficace.
Ceci dit, cette alliance brun-vert n’est que conjoncturelle. Comme l’avait dit Speer: « Hitler a déclaré que les Arabes sont des conquérants, mais en raison de leur infériorité raciale, ils ne pourront pas faire face a long terme 

*Un importante étude d’un historien allemand Klaus Gensicke sur les liens tres etroits entre le Mufti et le nazisme: Der Mufti von Jerusalem und die NationalsozialistenWissenschaftliche Buchgesellschaft.:
Citant des documents des procès de Nuremberg, Gensicke note également qu’au milieu de 1942, des membres des entourages respectifs de Husseini et de Gailani ont visité le camp de concentration de Sachsenhausen à Oranienburg, près de Berlin… Les détenus juifs de Sachsenhausen étaient censés avoir «particulièrement intéressé» les visiteurs, qui sont repartis de leur visite avec «une impression très positive». Gensicke, 206, note 55.

יום העצמאות שמח Bonne fête de l’Indépendance 2019

Je vous ai déjà parlé de nos Yom Haatsmaout, des porteurs de torches, du barbecue et des drapeaux flottants au vent. J’aimerais cette fois vous raconter une histoire peu connue: comment  les Juifs de Libye célébrèrent le premier anniversaire de l’état d’Israel, en 1949.

Les Juifs de Libye n’ont jamais été nombreux. Ils sont environ 35.000 en 1939. Pendant des siècles, ils vivent comme tous les autres Juifs dans le pays musulmans: ce sont des dhimmis qui doivent se soumettre aux lois discriminatoires datant du calife Omar*.
Lorsque les Italiens fascistes arrivent en Libye dans les années 20, les Juifs sentent  souffler un vent de liberté qui leur vient d’Europe, car l’idéologie fasciste italienne dans ses débuts n’a pas de composante antisémite comme le nazisme.
Mais dès 1932, les choses se dégradent. Le nouveau gouverneur Italo Balbo est partisan du modernisme et de des lumières de l’Occident. Il fait donc fouetter en place publique les commerçants juifs refusant d’ouvrir leurs magasins le shabbat, prétextant que cela n’est pas bon pour l’économie et entrave la marche du progrès. En 1938, il leur fait appliquer les lois raciales promulguées en Italie* lors d’une visite de Goering avec qui il entretient des liens d’amitié depuis longtemps.
Pendant la deuxième guerre mondiale,  la communauté des Juifs de Libye est  la plus sévèrement touchée par la répression antisémite dans toute l’Afrique du Nord: les lois raciales sont appliquées avec la plus grande sévérité et de nombreux Juifs sont déportés dans des camps de travail très durs ou beaucoup meurent de mauvais traitements. Ceux qui restent à Tripoli ne sont pas tellement mieux lotis car en plus des bombardements, ils n’ont pas droit au même rationnement que les non-Juifs et doivent en plus nourrir des réfugiés juifs de Cyrénaïque. Ceux de Benghazi se retrouvent dans un camp d’internement où les conditions de vie sont si mauvaises que plus de 500 d’entre eux mourront en moins d’une année…
Quant à ceux qui ne sont pas de nationalité libyenne, ils seront envoyés dans les camps d’extermination du Reich.

(Mémorial en souvenir des déportés originaires de Libye, dans la foret de Ben Shemen)

Les Arabes libyens se tiennent tranquilles pendant toute la guerre mais dès 1945 un pogrom éclate à Tripoli et dans toute la région, à l’instigation du mouvement nationaliste le Hizb al-Watani, pogrom qui fera 130 morts. D’autres pogroms se succéderont régulièrement pendant trois ans, dès l’annonce du plan de partage de la Palestine par l’ONU*, le début de la guerre d’Indépendance qui commence aussitôt et la proclamation de la création de l’état d’Israel. En 1949, l’Agence juive organise les départs qui se poursuivront jusqu’en 1951*.

On pourrait donc se dire que les Juifs de Libye font profil bas, mais non! Et en ce mois de mai 1949, la communauté de Tripoli décide de célébrer ouvertement Yom Haatsmout.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

Drapeau et banderoles sont hissés sur la synagogue.

(Ce drapeau, cousu en Libye, se trouve au Centre de l’Héritage libyen. Yediot A’haronot, photo Ido Erez)

Les rabbins composent des prières spéciales pour la paix de l’état d’Israel et décident aussi que les enfants nés cette semaine là devront s’appeler Israel pour les garçons et Siona pour les filles.
D’autres drapeaux faits maison sont déployés dans le quartier juif et un repas de fête communautaire est organisé.

(Bibliothèque nationale d’Israel)

J’ai retrouvé une chanson en judeo-arabe, composée pour l’occasion: Pourquoi cette fête?
Le 5 du mois de Iyar, nous nous sommes réjouis petits et grands, à côté de la synagogue, le 5 du mois de Iyar notre joie est grande. Il flotte notre drapeau bien-aimé… L’ennemi nous a attaqué mais s’est envolé comme un oiseau.


(interprétée par le paytan Klimo Dos)

Il n’y a plus de Juifs en Libye. Certains sont partis en Europe, d’autres en Amérique mais la plupart sont ici et font partie de notre mosaïque israélienne.

 

 

(dessin de Shay Charka)

A bientôt,

PS: L’essentiel de la population juive partira entre 1949 et 1951. Pour ceux qui restent, leur vie deviendra de plus en plus difficile. Ils sont sans cesse harcelés par les autorités, leurs droits leurs sont peu à peu déniés, les écoles juives sont fermées, ils n’on plus le droit de vote… Au moment de la guerre des six jours, une série de pogroms fera fuir les deniers en quelques jours.

*Le calife Omar et la dhimmitude:

La dhimmitude, ou le sort des non musulmans en terre islamique

*Les lois fasciste antisémites en Italie:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_raciales_fascistes

*Le plan de partage de la Palestine:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/11/28/le-29-novembre-1947-2/

*

 

 

Yom hazikaron יום הזיכרון 2019

La veille du Jour de l’Indépendance est un jour de deuil. Nous commémorons le souvenir de ceux qui sont tombés au combat  et celui des victimes civiles des attentats.

Jusqu’à présent, on compte 23 741 soldats tombés pour la défense du pays et 3150 civils* ont payé de leur vie la barbarie antisémite de nos ennemis. Cette semaine, 4 nouvelles victimes civiles:


S’il n’y en a pas plus c’est grâce au système antimissile, Kipat Barzel, le Dôme de Fer,  grâce  aux directives du Pikoud Haoref* mais aussi grâce à la bravoure de civils qui protègent non seulement leurs enfants mais aussi des inconnus.
Cette photo a fait le tour d’Israel:
A Sderot, Itay Knafo protège de son corps Avigail Aroush, 6 ans.
Itay est un jeune homme de 18 ans qui a choisi de retarder d’un an son service militaire pour intégrer ce qui s’appelle la שנת שרות (Shnat Sherut), année de service civil. Il le fait en tant que personnel encadrant chez les scouts, d’autres le font dans les hôpitaux ou protègent les récoltes et le bétail des vols et destructions perpétrés par les Arabes*

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Je me souviens de cette photo datant de l’été 2014 où un inconnu s’est précipité pour protéger un jeune père et son bébé.

protectiondelenfant

 

Je me souviens aussi d’Ella Aboukris tuée à Sderot en janvier 2005 en protégeant son frère. Elle avait 17 ans.

 

 

Le politologue Mordekhaï Kedar a déclaré hier:  Je recommande à tous, aussi bien en Israel qu’en dehors, de ne plus utiliser les mots ‘Hamas et Jihad mais l’expression Daesh (ou ISIS) palestinien. Apres tout, l’idéologie de ces organisations est absolument la même. Je veux dire qu’elles sont identiques et ont le même but, même si les organisations palestiniennes tentent de cacher ce fait.

Et c’est vrai. Ils éduquent leurs enfants à la haine du Juif de la même manière,


(Kol ‘HaÏ)

 

les utilisent comme esclaves pour creuser des tunnels terroristes

(Yediot Aharonot 2014: enfants travaillant dans des tunnels)

Et s’en servent comme boucliers humains: cette horrible photo qui montre deux enfants accrochés à la grille de la maison d’un terroriste pendant la guerre de l’été 2014 est toujours d’actualité:

(Site jewishisrael)

Une de mes amies m’a envoyé ces phrases de la journaliste Sivan Rahav Meir: Nous nous trouvons à nouveau de nos jours face à une industrie de la mort. Les terroristes en face de nous sanctifient la mort de leurs enfants, les transformant en shahid, martyrs, et considèrent l’assassinat d’innocents comme une obligation religieuse.
Dieu nous a demandé il y a longtemps de choisir entre la vie et la mort, nous avons choisi la vie.

A bientôt,

*Le nom complet de cette journée de deuil est Yom Hazikaron pour les soldats et victimes du terrorisme

*Le compte part de l’année 1860, c’est a dire du début de l’organisation politique et moderne du sionisme.

*L’année de service civil. Elle se fait en retardant d’un an le service militaire ou après celui-ci. Il s’agit d’un volontariat et non pas d’une obligation.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

*Pikoud Haoref ou le Front Intérieur:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/27/la-nuque-raide/

*L’exploitation des enfants palestiniens par leur propre peuple
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/05/les-enfants-de-gaza/

La loi de la nation ou la vertu du nationalisme

Il y a quelques semaines, le politologue Yoram Hazoni était interviewé dans le Figaro. Voici ce qu’il déclara au sujet du nationalisme et des états-nation:
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle «nationaliste» quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler ne l’était pas le moins du monde.Je ne pourrai pas vous rendre compte du reste de l’interview n’étant pas abonnée au Figaro, mais voici un extrait de son livre* The virtue of nationalism:
Mes amis libéraux (là encore, au sens américain, c’est-à-dire des intellectuels de gauche) semblent ne pas comprendre que la construction libérale qu’ils soutiennent est une forme d’impérialisme… Tout comme les Pharaons et les rois de Babylone, les empereurs romains et l’église catholique romaine, jusqu’à récemment, ainsi que les marxistes au siècle dernier, les “progressistes” ont aux aussi leur grande théorie sur la manière d’apporter la paix et la prospérité au monde entier, en abolissant les frontières et en unissant l’humanité sous leur propre domination universelle. Infatués de la clarté intellectuelle de cette vision, ils dédaignent le processus laborieux de consulter la multitude des peuples qui doivent, selon eux, embrasser leur vision de ce qui est bon. Et comme tous les impérialistes, ils sont prompts à exprimer leur dégoût, leur mépris et leur colère lorsque leur vision de la paix rencontre l’opposition de ceux dont ils sont certains qu’ils retireront un immense bénéfice en se soumettant tout simplement”

Je peux rajouter à cela:
Hitler voulait un grand empire débarrassé de la vermine (nous les Juifs et aussi les Gitans) et avec de nombreux esclaves (les Russes et Polonais particulièrement) au service d’une supposée race pure. Il ne proposait pas que chacun vive selon sa langue, ses lois et sous son figuier pour  paraphraser la Bible. Staline voulait un empire soviétique dans lequel les particularismes culturels n’étaient concédés que du bout des lèvres, quant à Mao, foin des aspirations de toutes les minorités qui s’opposaient au diktat chinois, les Tibétains en savent quelque chose.
En ce qui concerne le monde islamique, nous savons que pour lui, le monde est partagé entre Dar el Islam (monde de l’Islam) où tous doivent obéir à l’islam (y compris les dhimmis) et Dar el ‘Harb (le monde de l’épée) c’est à dire le monde qui sera soumis à l’islam par la force.

Pourtant, actuellement l’idée que la nation est facteur de discrimination pouvant mener à la guerre est très à la mode. Une des raisons qui font que notre petit état fait horreur au monde occidental, c’est que c’est un état-nation et que nous y tenons.
Depuis quelque mois, une loi, la loi de la Nation, fait couler beaucoup d’encre, y compris ici dans la presse et les milieux gauchistes qui la décrivent comme une loi raciste s’opposant aux droits de l’homme. Aussi j’ai voulu mettre en parallèle le texte de la Déclaration de l’Indépendance, prononcé le 14 mais 1948 par David Ben Gourion, les lois fondamentales et le texte de la loi de la Nation.

Si je reprends le contenu de la Loi de la Nation promulguée le 19 juillet 2018, je retrouve les mêmes principes dans la Déclaration d’Indépendance et les Lois Fondamentales. Ainsi:

– 3 grands principes y sont inscrits en préambule:
1) La Terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif sur laquelle s’est constitué l’État d’Israël.
2) L’État d’Israël est l’État national du Peuple Juif par lequel il exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination.
3) L’exercice du droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est spécifique au Peuple Juif.

Ces trois principes se trouvent déjà dans la Déclaration d’Indépendance:

La loi de la Nation  détaille ensuite les symboles de l’état:

– Le nom de l’état:
Le nom de l’état est Israel.

Dans la Déclaration de l’Indépendance figure cette phrase:
Nous, membres du Conseil National représentants le peuple juif du pays d’Israel et le mouvement sioniste mondial, réunis aujourd’hui, jour de l’expiration du mandat britannique, en assemblée solennelle, et en vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’état juif dans le pays d’Israel, qui portera le nom d’état d’Israel.

– Le drapeau de l’État:
Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des marges, et un maguen David (bouclier de David) bleu ciel au milieu.

Lois fondamentales (extrait):
Le drapeau d’Israël s’inspire du châle de prière juif (Talith) orné d’un Bouclier de David (Maguen David) bleu (Loi de drapeau et des symboles de l’État, mai 1949).

Les armoiries de l’Etat:
Le symbole  de l’État est un chandelier  à sept branches, des feuilles de vigne sur chaque côté, et le mot: « Israel » à sa base.

Lois fondamentales (extrait):
Les armoiries d’Israël représentent une Menorah (chandelier), symbole juif depuis plus de 3000 ans. L’emblème de l’état, la Menorah sera la même que celle qu’on trouve sur l’arc de Titus*. Elle sera entourée de deux branches d’olivier et à sa base portera le nom d’Israel en souvenir de la prophétie de Zakharia (14, 2) qui prophétise le renouveau d’Israel:
« Je vois un chandelier tout en or son récipient sur son sommet, ses sept lampes alignées et sept conduits pour les lampes qui en couronnent le sommet.  Puis, deux oliviers à ses côtés, l’un à droite du récipient, l’autre à gauche ». 

L’Hymne de l’État:
L’hymne de l’état est la « Hatikvah ».

Lois fondamentales (extrait):
Hatikvah est officiellement l’hymne national de l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Composé par Naphtali Imber en 1878 et choisi pour être l’hymne du premier Congres Sioniste.
Le mot  Hatikva veut dire l’espoir et son texte a tout de suite parlé aux juifs du monde entier, et ceci avant la création de l’état.

Tant qu’au fond du cœur
Vivre notre âme juive,
Et, tend son regard vers les confins de l’Orient

Notre espoir n’est pas encore perdu,
Un espoir de deux mille ans:
Etre un peuple libre sur notre terre,
La terre de Sion et de Jérusalem


(chorale d’enfants à Munkacs dans les Carpates au début des années 30)

Dans la Palestine mandataire, l’hymne de la Hatikva a été interdit par les autorités britanniques dès 1919 pour ne pas déplaire aux Arabes (comme ils avaient par ailleurs interdit le son du shofar au Kotel*).

– La capitale de l’état:
Jerusalem, entière et réunifiée est la capitale de l’Etat.

Lois fondamentales:
1) Le 5 décembre 1949, le Premier Ministre David Ben Gourion  a proclamé que Jerusalem était la capitale d’Israel , en suivant ainsi les décisions du gouvernement. Il a aussi rappelé  le fait que, capitale à l’époque biblique,  Jerusalem  avait toujours eu une population juive sans discontinuer jusqu’à nos jours. Il a souligné son propos en répétant cette phrase:  ירושלים היא בירת ישראל לנצח, Jerusalem est la capitale d’Israel pour l’éternité.
2) De plus, le 14 du même mois de décembre 1949, il a rejeté la résolution 303 de l’UNGA (Assemblée générale de l’ONU), qui avait décidé que Jerusalem serait une ville internationale placée sous l’autorité de l’ONU,  et a réaffirmé la position des membres de la Knesset sur le sujet.
3) La loi fondamentale, votée le 

– La langue officielle de l’état:
L’hébreu est la langue de l’état. La langue Arabe jouit d’un statut spécial dans l’État; la réglementation de l’usage de la langue Arabe dans les institutions officielles ou devant celles-ci, fera l’objet d’une loi. Aucune disposition du présent article ne portera atteinte au statut effectif de la langue Arabe avant l’entrée en vigueur de la présente loi fondamentale.

Loi fondamentale du 19 mais 1948: L’hébreu est la seule langue officielle d’Israel, l’arabe ayant un statut spécial.

Alors que le nouvel état a maintenu un certain nombre de lois britanniques dans son nouveau code de lois, le gouvernement a expressément précisé que seul l’hébreu était la langue officielle!

Cependant, les panneaux d’utilité publique

ainsi que tous les documents officiels sont rédigés en hébreu et en arabe.

J’ai lu dans plusieurs revues d’histoire que l’ONU avait exigé pourtant d’Israel la reconnaissance de l’arabe comme langue officielle avant de l’admettre comme membre. C’est faux mais qui ira vérifier le texte de la résolution 273 admettant Israel au sein de l’ONU en 1949:
https://ecf.org.il/media_items/469)

– Le rassemblement des exilés et les liens avec le peuple juif en Diaspora:
L’État sera ouvert à l’immigration des Juifs et au Rassemblement des Exilés. L’État déploiera des efforts pour garantir la sécurité des membres du Peuple Juif et de ses citoyens se trouvant en détresse ou emprisonnés en raison de leur Judéité ou de leur citoyenneté. L’État agira sur les communautés de Diaspora pour la conservation du lien entre l’Etat et les membres du Peuple Juif. L’État agira en vue de la conservation de la Tradition culturelle, historique et religieuse du Peuple Juif au sein du Judaïsme de Diaspora.

Déclaration de l’Indépendance:
Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat… Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.
En 1897, inspiré par la vision de l’Etat juif qu’avait eue Théodore Herzl, le premier congrès sioniste proclama le droit du peuple juif à la renaissance nationale dans son propre pays. Ce droit fut reconnu par la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et réaffirmé par le mandat de la Société des nations qui accordait une reconnaissance internationale formelle des liens du peuple juif avec la terre d’Israël, ainsi que de son droit d’y reconstituer son foyer national.

(Voici cet extrait repris et décoré qui se trouve dans les archives de l’état)

– *Développement urbain et agricole des Juifs:
L’État considère le développement urbain et agricole des Juifs comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement.

Bien avant la création de l’état d’Israel en 1920, l’article 6 des Accords de San Remo stipulait que:
L’Administration de Palestine, tout en veillant à ce que les droits et la situation des autres catégories de la population ne soient pas lésés, facilitera l’immigration juive dans des conditions appropriées et encouragera, en coopération avec l’Agence Juive visée à l’article 4, l’implantation des Juifs sur les terres, y compris les terres domaniales et les friches non nécessaires à des fins publiques. »

Déclaration de l’Indépendance:
..
.Motivés par cet attachement historique, les juifs s’efforcèrent, au cours des siècles, de retourner au pays de leurs ancêtres pour y reconstituer leur Etat. Tout au long des dernières décennies, ils s’y rendirent en masse : pionniers, maapilim* et défenseurs. Ils y défrichèrent le désert, firent renaître leur langue, bâtirent cités et villages et établirent une communauté en pleine croissance, ayant sa propre vie économique et culturelle. Ils n’aspiraient qu’à la paix encore qu’ils aient toujours été prêts à se défendre. Ils apportèrent les bienfaits du progrès à tous les habitants du pays. Ils nourrirent toujours l’espoir de réaliser leur indépendance nationale.

Lois fondamentales:
Le concept de développement urbain et agricole de la population juive est déjà inscrit dans la Déclaration du 4 octobre 1949. Le gouvernement de l’époque  constitue en plus un comité dont le but est d’inciter à la réhabilitation des noms juifs des différentes localités dont le nom a été changé au cours des siècles et à retrouver celles qui ont disparu en se fondant sur des bases historiques et archéologiques précises . Ce comité travaillera surtout dans la région du Neguev, en parallèle avec le « Comité des noms des localités du Fonds National Juif » qui lui s’est attelé à ce travail dès l’année 1922!
Pour comprendre cela, il faut intégrer le fait qu’ici, les groupes ethniques et religieux sont ne sont pas effacés au profit d’une nationalité commune à tous. Situation très différente de ce qui existe par exemple en France. Ne dites surtout pas à un Israélien arabe, druze, tcherkesse ou araméen, qu’il n’est qu’israélien. Il est fidèle non seulement à sa nationalité mais aussi à son groupe dont il défend bec et ongles les particularités. Il donc est logique pour tous que si l’état est la patrie de la nation juive, comme cela est inscrit dans la Déclaration de l’Indépendance, le développement urbain et agricole des Juifs soit son objectif premier. Ceci dit, les non-Juifs habitent où ils veulent (y compris parfois dans les « colonies ») dans la mesure où ils respectent les lois d’urbanisation valables pour tous.
Point de place ici pour  les villages construits sans aucune autorisation, essentiellement dans le Neguev mais parfois aussi en Galilée et pour le dire en passant, souvent avec l’aide active de puissances étrangères comme l’Union Européenne qui plantent des cabanes en tôle, sans donner aux habitants la possibilité de se connecter à l’eau, à l’électricité ou même à des routes carrossées et en les gardant ainsi dans un état de pauvreté et de dépendance tout en leur répétant que leurs malheurs viennent des sionistes.

– Le Calendrier:
Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel de l’Etat et à ses côtés le calendrier grégorien servira aussi de calendrier officiel. L’emploi du calendrier hébraïque et du calendrier grégorien sera fixé par la loi. Le jour de l’Indépendance est le jour de la fête nationale de l’État.
Le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et le Jour du Souvenir de la Shoah et du Courage sont des jours du souvenir officiels de l’État.
Le Shabbat (Samedi) et les fêtes juives sont des jours de repos fixes dans l’État. 
Les personnes non-juives ont le droit de fixer leurs jours de congé, leur jour de repos hebdomadaire et lors de leurs fêtes; les détails concernant ces points seront fixés par la loi.

Lois fondamentales:
La première loi à être promulguée dans l’État d’Israël a été l’ordonnance du shabbat et du repos des jours selon le calendrier juif en raison de l’importance de la tradition juive. Et il a été décidé que la date hébraïque serait indiquée dans chaque lettre officielle du gouvernement
De plus, pendant le premier gouvernement de Mena’hem Begin, il a été décidé que les banques et les institutions publiques se devaient d’honorer les chèques et factures comportant uniquement la date hébraïque.
Enfin en 2014, a été votée une loi selon laquelle le permis de conduire comporterait également la date en hébreu.

En conclusion que dire? Que tout ce qui se trouve dans la Loi de la Nation (que les journaliste appellent la si-controversée loi de la Nation) a été déjà écrit et proclamé depuis la création de l’état.
Etait-il donc nécessaire de voter une nouvelle loi?
Pour moi, oui, vraiment, et toutes les accusations véhémentes de ceux opposés à la loi me le prouvent. Ce texte est nécessaire pour lutter contre les adeptes du post-sionisme qui voudrait suivre le courant actuel: plus de nation, plus de particularités culturelles et nationales sans se rendre compte que cet abandon revient à donner les rênes du pays à  ceux qui veulent le détruire. Ce faisant, ils ôtent aux Juifs tout espoir de trouver un refuge dans le pays de leurs ancêtres. Si certaines populations décident de fondre leur culture et leurs particularismes dans un magma indéfinissable, c’est bien leur droit. C’est là un luxe que nous, Juifs, nous ne pouvons pas nous payer. Combien d’entre nous en Diaspora sont encore des victimes toutes désignées y compris dans les pays dits développés?
Même ici, dans ce pays en constitution depuis seulement 70 ans, nous ne devons jamais baisser les bras et veiller à ce que les principes fondateurs demeurent.
Certains crient à la discrimination en répétant comme un mantra que la Loi de Nation est raciste, mais sans jamais expliquer en quoi elle l’est.

Pour moi, par deux fois nous avons perdu notre souveraineté nationale*.
Nous avons survécu en développant et renouvelant notre conception particulière du monde et du rapport à l’autre, tout en conservant nos structures fondamentales: monothéisme et éthique, rappel de l’alliance et universalisme. Nous avons été capables de maintenir notre identité pendant ces siècles d’exil, tout cela en attendant de restaurer notre état*.
Nous avons le devoir de maintenir nos valeurs et notre héritage que nos ancêtres ont réussi, dans les conditions difficiles que nous connaissons, à nous transmettre et nous refusons de nous couler dans un moule créé par d’autres même s’ils prétendent nous vouloir du bien.

A bientôt,

* Il y a longtemps: la première fois 5 siècles avant l’ère chrétienne et la deuxième fois au deuxième siècle de l’ère chrétienne, après la chute de Bar Kokhba.

*Extrait tire de l’excellent article (une fois de plus!) de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2019/02/europe-les-elites-contre-les-peuples-la-nouvel-imperialisme-europeen-face-au-reveil-des-etats-nations-pierre-lurcat.html

* Parmi les nombreuses interdictions du gouvernement britannique: chanter l’hymne Hatikva et souffler dans un shofar au kotel
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/25/le-groupe-clandestin-des-souffleurs-de-shofar/

* Maapilim: Les immigrants illégaux entre 1934 et 1948.

*Je vous renvoie au texte de la déclaration d’Indépendance, prononce par David Ben Gourion, premier Premier Ministre d’Israel, le 5 Iyar 5708 ou 14 mai 1948:
https://mfa.gov.il/MFA/MFAFR/MFA-Archive/Pages/La%20Declaration%20d-Independance%20d-Israel.aspx

 

Tsvika Levy, le père des soldats isolés (1948-2018)

On a beaucoup parlé ces derniers temps d’Amos Oz, mort il y a quelques semaines.
Si Amos Oz vous intéresse, et si vous voulez sortir des hommages fidèles à la pensée unique, je vous invite à lire les excellents textes de Pierre Lurçat* sur Amos Oz. Celui-ci qui fut certainement un des grands écrivains israéliens mais il appartenait aussi à cette gauche déconnectée de la réalité qui veut faire la paix des cimetières avec des assassins qui, eux, ne cachent pas leur intention de nous exterminer.

En ce qui me concerne, je préfère m’attarder pour rendre hommage à  Tzvika Levy, décédé la même semaine, à l’âge de 70 ans de la maladie de Charcot, l’ALS.
Pendant, plus de 30 ans, le colonel Tzvika Levy, du kibboutz Yifat, a dédié sa vie aux soldats isolés par un engagement sans relâche.
Les soldats isolés sont des soldats qui n’ont pas de famille en Israel, soit parce qu’ils sont les seuls à avoir fait leur alyia, soit parce qu’ils sont orphelins ou issus de milieux particulièrement défavorisés ou rejetés comme ces jeunes arabes que leur engagement a coupé complètement de leur famille.

Dans une de ses interview, Tsvika Levy a raconté comment tout a commencé pour lui:
Jeune officier parachutiste, il perd soudain une de ses filles, Ofri. Pour l’aider à surmonter cette tragédie, Rafael Eytan* lui parle d’un projet qui lui tient à cœur et lui demande son aide:
Rafoul (Raphael Eytan) est venu me voir et m’a dit: Ecoute Tsvika, tu habites à côté de Midgal Haemek. Là bas, il y a un bon nombre de jeunes qui partent à la dérive. Aide moi à mettre sur pied un programme pour les aider à faire leur service militaire… Et c’est ce que j’ai fait… Tous les jours,
après avoir travaillé dans les champs toute la matinée, je partais à Migdal Haemek pour motiver des jeunes qui traînaient, désœuvrés et sans but.
Tsvika y réussit si bien que l’armée lui  demande de devenir le responsable de ce projet, devenu officiel.
Au fil des années, il aide ainsi des milliers de jeunes à intégrer l’armée et leur trouve des familles adoptives pour les entourer pendant leurs permissions.
(Quelques uns des 70 soldats isolés, choisis pour présenter leurs vœux au pays lors du dernier Yom Haastmaout:
De gauche à droite et de haut en bas, ils sont originaires de Chine, du Honduras, d’Israel, du Kenya, du Japon, de Colombie, d’Azerbaïdjan et d’Uruguay)

Pendant toutes ces années, il s’occupera de milliers de soldats et s’en souciera à tel point qu’il sera connu comme le père des soldats isolés, et que beaucoup d’entre eux l’appelleront même abba.

Il devra malheureusement  aussi aller à de nombreux enterrements et assister leurs familles endeuillées.

En 2017, lors de Yom Haatsmaout, Tsivka Levy a reçu le prix d’Israel en récompense de ses services rendus.


Lors de la cérémonie il a déclaré:
 » Avant que nous chantions l’Hatikva, je voudrais rappeler ceci: le 14 février 2001, il y a 16 ans, Julie Weiner,  soldate isolée venue de France, et adoptée par une famille du kibboutz Zikkim, était sur le point de commencer le cours d’officier.


Elle m’a téléphoné ce jour là de la station de bus au carrefour Azur et m’a dit: Tsvika lors de l’examen on va aussi vérifier que je connais par cœur les paroles de l’Hatikva.. Tu veux la chanter avec moi?
Je lui ai dit: avec joie.
J’ai chanté une strophe et elle une strophe et ceci, jusqu’à ce qu’elle la chante toute seule. Quand elle est arrivée à la phrase « être un peuple libre sur notre terre » , sa voix s’est tue. Je ne l’ai plus entendue. J’ai essayé en vain de la rappeler…
Soudain, j’entends une annonce sur Galei Tsahal (
la radio de l’armée): un attentat a eu lieu à la station de bus à Azur, 8 morts*. J’ai enfilé mon uniforme et j’ai volé jusque là. J’ai identifié Julie parmi les 8… Les derniers mots de Julie, nouvelle immigrante venue de France, ont été ceux de l’Hatikva « être un peuple libre sur notre terre ». Depuis, quand on chante l’Hatikva, à chaque Yom Haatsmaout ou à Yom Hazikaron, son souvenir se rappelle à moi dans mon sang et dans mon âme ».

Une semaine avant de mourir, Tsvika Levy a réussi à terminer le livre pour enfants « Les histoires de grand-père Tsvika », qu’il a écrit avec l’aide des muscles oculaires, seuls encore actifs dans son corps paralysé. Son livre devrait être mis en vente le 13 janvier, jour de son anniversaire et tous ses revenus seront transférés à l’aide aux familles de patients atteints de ALS.

J’écris ces lignes et Tsvika Levy me fait penser à un autre héros, Sim’ha Holzberg, mort en 1994, lui aussi récipiendaire du Prix Israel, et surnommé le père des blessés. Né à Varsovie en 1924, et ayant survécu au ghetto et à l’extermination, il disait que son nom Sim’ha (la joie) l’obligeait à dispenser le plus de joie possible autour de lui. C’est pour cela qu’il consacrait sa vie aux blessés de Tsahal.
(Simha Holzberg au mariage d’un soldat blessé)

L’acteur Tuvia Sapir lui a consacré un petit film destiné aux enfants:

Que le souvenir de ces deux héros soit une bénédiction pour le peuple d’Israel.

A bientôt,

 

* Pierre Lurçat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/12/quand-amos-oz-s-appelait-encore-amos-klausner-une-histoire-de-des-amour-et-de-tenebres-pierre-lurcat.html
La trahison des clercs d’Israel
http://www.tribunejuive.info/livres/pierre-lurcat-loccident-nest-plus-capable-de-regarder-israel-dune-maniere-objective

* Raphael Eytan:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafael_Eitan_(militaire)

* Attentat à la station d’autobus au carrefour d’Azur:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_d%27Azor_en_2001