Les fruits du 15 shevat

Cette semaine, nous avons vu brièvement quelques flocons sur Jerusalem et même s’il a beaucoup plus neigé sur les hauteurs de Galilée, du Golan et heureusement sur le mont ‘Hermon, il semble que ce sera tout pour cette année.


(le mont Meiron en Galilée il y a quelques jours)

 

Nous sommes  à la veille de טו בשבט, Tou Bishvat, le Nouvel An des Arbres, fête où nous célébrons le renouveau de le la floraison,

(plantations pour Tou Bishvat dans le quartier de Ir Ganim à Jerusalem)

et dégustons 15 fruits en son honneur*.

Il y a quelques décennies, Naomi Shemer écrivit cette chanson, devenue très célèbre*: פרות חמישה עשר (Perot ‘hamisha assar), les fruits du 15 shevat, plus connue sous le titre שלג על עירי (sheleg al iri) Neige sur ma ville.

(photo Bibliothèque Nationale)

La neige sur ma ville s’est posée toute la nuit, mon amour est parti vers les pays chauds.
La neige est sur ma ville et la nuit est froide,
Des pays chauds il me rapportera une datte.
Miel de figue,  douceur du caroube, caravanes de chameaux chargés de bonnes choses…
Le voici il revient, le soleil de mon cœur.
De la bas, il me rapportera une orange.
La neige repose comme un talith sur la ville…
Des pays chauds que m’as-tu apporté? 
La neige sur ma ville, elle est  sur mon visage et dans le fruit toute ma mélancolie.

Une amante attend son amant dans une ville enneigée. Il lui apportera des cadeaux des pays chauds: dattes, figues et même une orange.
Beaucoup ont pensé que la ville était Jerusalem, souvent enneigée à l’époque de Tou Bishvat.
Bien que Naomi ait grandit sur les bords du Kinneret, elle pouvait rêver de la Ville, parfois recouverte de neige, Jerusalem. Elle pouvait l’imaginer attendant son amant, Tou Bishvat,  dans une réminiscence du שיר השירים (Shir hashirim,) le Cantique des Cantiques où les amants séparés s’attendent et s’espèrent…
Mais là, pas de dialogue, l’amant est au loin et l’amante est passive. Elle espère et attend…
C’est qu’il ne s’
agit pas de Jerusalem.
La ville enneigée c’
est Vilna (Vilnius), celle qu’on appelait la Jerusalem de Lituanie*.

Naomi Shemer y passa un an en 1935 dans la famille de son père:

(photo: La Bibliothèque Nationale)

Elle s’est toujours souvenu que là bas, ses cousins l’appelaient affectueusement en yiddish אַ מייעדלע פון ארץ-ישראל », la petite fille d’Eretz Israel », elle qui leur racontait des histoires de pays chauds, d’une terre où poussent les palmiers, les figuiers et les faisait rêver…


(Tou Bishvat au lycée hébraïque de Ukmerge en Lituanie)

 

L’amante, la Jerusalem de Lituanie, attendit son amour jusqu’au 1er septembre 1939. A ce moment là le contact fut coupé. La tante Bertha et sa famille firent partie des 100 000 victimes assassinées dans la foret de Ponar.
Au coeur même de la joie, du renouveau de la nature, au milieu même des fruits d’Israel, se mêlent les regrets nostalgiques de Naomi quant à sa famille disparue.
La Jerusalem de Lituanie n’est plus mais les collines tout autour de Jerusalem en Judée sont couvertes d’amandiers en fleurs:


Les photos de la vidéo sont prises depuis le centre d’information du Mont des Oliviers.
https://mountofolives.co.il/en/

Bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

* La fête et les coutumes de Tou Bishvat:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/16/le-mois-de-shvat/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/04/tout-refleurit/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/02/12/un-homme-des-arbres-et-des-conseils/

* Cette chanson est une des 13 chansons de la comédie musicale « Les voyages du 3 eme Benjamin », basée sur une oeuvre satirique de l’ecrivain Mendele Mokher Sefarim (Sholem Yankel Abramowicz): Apres les deux grands voyageurs juifs, Benjamain de Tudela et de Israel Joseph Benjamin, juif de Moldavie, Mendele Mokher Sefarim imagine un troisième grand voyageur juif,  venant d’une ville imaginaire Batalon et qui veut rencontrer les Juifs rouges d’au delà du fleuve Sambatyon*

* Naomi Shemer:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Naomi_Shemer

* La Jerusalem de Lituanie:
http://www.bibliomonde.com/livre/vilna-wilno-vilnius-j%C3%A9rusalem-lituanie-4489.html

 

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Non, nous n’oublions pas les Justes des nations

Nous n’oublions pas les Justes des nations, ceux qui nous ont aidés pendant la Shoah, souvent au péril de leur vie. Ils sont honorés à Yad Vashem, leur histoire est enseignée dans les écoles. Nous savons que sans eux, nous n’aurions pas survécu.
A Yad Vashem, on peut lire leurs noms. Certainement beaucoup plus n’ont pas pu être répertoriés car ils ont été assassinés par les nazis en même temps que les Juifs qu’ils protégeaient.
Mais en cette fin du mois de janvier où les nations commémorent l’extermination des Juifs pendant la Shoah, le parlement polonais vient d’approuver un projet de loi qui nie toute responsabilité de Varsovie dans l’extermination des Juifs sur son sol!
Cette loi veut punir de 3 ans de prison toute personne disant que le peuple polonais a pris part à la Shoah et non pas seulement ceux utilisant l’expression “camps d’extermination polonais” comme cela a été souvent rapporté*.

Les propos d’un parlementaire polonais interviewé à la télévision israélienne à ce sujet étaient très clairs: le peuple polonais n’a pas participé à l’extermination des Juifs, sauf quelques gangsters comme il y en a partout » a-t-il concédé.
Or, pour ne parler que de la période moderne, dès 1926, il y eu de violentes campagnes antisémites qui aboutirent aux pogroms de Grodno (1935), de Przytyk (1936), de Minsk, Mazowiecki (1936), et Brzesc (1937). Dans les années 30, les étudiants juifs furent soumis à des quotas dans les universités, et les fonctionnaires juifs perdirent leurs postes. Pendant la guerre, il y eu plusieurs massacres perpétrés par les Polonais eux-mêmes (comme à Jedwabne en 1941).
Avant la guerre, il y avait 3,3 millions de Juifs en Pologne, seulement environ 300 000 en 1945.
Après la guerre, entre 1945 et 1948,les pogroms perpétrés à Cracovie 1945, à Kielce 1946 ainsi que l’assassinat de nombreux de juifs isolés, nous donnent une idée de l’antisémitisme d’une grande part de la population polonaise. La plupart des survivants s’enfuirent.
Après 1948, le régime communiste fit des purges dans les rangs des fonctionnaires juifs restants: pour Gomulka, non seulement les Juifs mais aussi les descendants de Juifs (il suffisait d’avoir un arrière grand-père juif), devaient être limogés.
Et on voudrait nous faire croire que pendant la guerre, alors que l’extermination des Juifs était licite et même encouragée, seuls « quelques gangsters » auraient aidé les nazis? Les historiens estiment que 200 000 juifs ont été exterminés en Pologne du seul fait des bons citoyens polonais.

J’écris cet article le jour de טו בשבט (Tou Bishvat). Le sud est déjà recouvert de coquelicots*et les amandiers refleurissent autour de nous. Cela me fait penser à la vue sur les collines verdoyantes qui termine la visite éprouvante de Yad Vashem, le renouveau après le désespoir et la mort.

L’amande se dit en hébreu  שקד (Shaked) mais cette racine signifie aussi être assidu, appliqué à l’étude
Et si, nous tous nous envoyions des amandes aux Polonais pour qu’enfin ils étudient et regardent leur histoire en face?
Au lieu de faire par exemple des ennuis à l’écrivain polonais Jan Tomasz Gross  parce qu’il a parlé de la responsabilité des Polonais lors des massacres antisémites durant la Seconde Guerre mondiale* dans son livre Les voisins:
« Ce que virent les Juifs horrifiés et interdits, ce sont des visages familiers. Non pas des hommes anonymes en uniforme, les rouages anonymes d’une machine de guerre, des agents exécutant des ordres, mais leurs propres voisins. Des voisins qui choisirent de tuer et prirent part à un pogrom sanglant : des bourreaux volontaires…

Ils feraient bien mieux d’honorer les Justes polonais à qui ils doivent de ne pas être tombés entièrement dans la barbarie.

Bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

*camps d’extermination polonais: expression employée par Obama

*les coquelicots:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*Jan Tomasz Gross: Les voisins (ED Fayard, 2002)
*Les Justes polonais repertories:
http://www.yadvashem.org/yv/pdf-drupal/poland.pdf
lisez aussi:
http://www.yadvashem.org/fr/justes.html

 

Un homme, des arbres et des conseils.

J’ai souvent entendu parler  du magnifique verger de saba Avraham par Ariel. Il en rapportait des avocats et des mangues magnifiques.
Mais qui est donc ce saba? demandais-je souvent
La réponse etait laconique, il s’agissait du grand-père de sa fiancée Sapir, et il avait le plus beau verger de Pardess ‘Hanna… Et il connaissait Ben Gourion!
Alors, j’ai cherché, curieuse… et voici:
Avraham ben Yaakov est né à Pardes ‘Hanna en 1930. A l’époque Pardess ‘Hanna n’était rien qu’un petit village.

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(groupe d’agriculteurs de Pardes ‘Hanna dans les années 30)

Venu de la République tchèque, son père s’y était installé comme fermier. A ce moment là, l’agriculture dite moderne commençait à peine à voir le jour et les agrumes étaient ce qui convenaient le mieux au milieu naturel. Cependant les attaques incessantes des bandes arabes rendaient le travail des paysans très difficile. Il était en effet dangereux de s’occuper des vergers, même armé.
De plus, le déclenchement de la seconde guerre mondiale empêcha les exportations vers l’Europe et la famille fut ruinée. Comme beaucoup, le père d’Avraham s’engagea dans l’armée britannique. Malgré leur pauvreté, la mère d’Avraham envoya son fils étudier l’agriculture à Mikve Israel où se trouvaient à l’époque tous les experts en agriculture.
En 1948, Avraham est lui aussi mobilisé. Gravement blessé, il passe un an à l’hôpital où il continue à étudier comme il le peut tous les traités sur l’agriculture. Il part ensuite dans la vallée du Jourdain, travailler au kibbutz Avuka*, à côté de Beit Shean  où il se lance dans la vigne puis à l’Institut Ruppin où Yshayahou Leibowitz lui enseigne la génétique. 
En 1952, il est appelé comme expert par David Ben Gourion et fait partie des fondateurs de l’école d’agriculture de Sde Boker. Les deux hommes ont chacun un caractère rude et s’opposent souvent mais Ben Gourion le garde auprès de lui tant il apprécie ses conseils.

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(Abraham Ben Yaakov et Ben Gourion à Sde Boker)

Apres avoir passé quelques années dans le désert, il se spécialise dans la culture des plantes en milieu sub-tropical et en particulier à celle des avocats et des mangues. Il pense qu’ils s’adapteront très bien dans les zones humides d’Israel d’autant que deux plants de mangues apportés par deux soldats de la brigade juive prospéraient déjà à Beit Dagan*.
En 1962 , il rejoint le département des plantations subtropicales de l’Institut Volcani*en tant que chercheur. Et se lance dans la recherche sur l’avocat.
Son étude sur l’avocat va durer 30 ans pendant lesquels il travaillera avec 60 équipes sur 200.000 arbres. Pour ce faire il partira au Mexique et en Amérique du Sud pour collecter les échantillons génétiques en sélectionnant les arbres les plus fertiles et les plus robustes, résistant le mieux au moisissures car Avraham est partisan d’une culture organique sans pesticides.

Surnommé familièrement le père de l’avocat, Abraham a reçu de nombreux prix et une reconnaissance internationale pour son travail.

Dans le même temps, aidé par son épouse Tami, Abraham a continué à cultiver son propre verger biologique à Pardes ‘Hanna. Il a nommé les espèces de mangues et d’avocats qu’il avait sélectionnées d’après les noms de ses petit-enfants.

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(Avraham et Tami ben Yaakov)

Avraham ben Yaakov est mort le premier Tichri, Rosh Hashanah,  alors qu’on soufflait dans le shofar.
Dans la Thora, il est dit que l’homme est un עץ (etz) arbre des champs*. Le mot עץ (etz) et le mot עצה  (etza) (conseil)  viennent de la même racine. Ben Gourion le savait. Les עצות (etzot) conseils de celui qui cultive des עצים  (etzim) arbres ne peuvent être que bons.

Ce shabbat, c’etait Tou Bisvat*, le nouvel an des arbres.
Cette semaine, les écoles ont organisé des excursions dans tout le pays.

tu-bishvat-tiyul-2

Yael est ainsi partie avec sa classe découvrir l’agriculture biologique au kibboutz Sde Eliahou* dans la vallée du Jourdain.

A une vingtaine de km de chez moi se trouve l’école d’agriculture du kibboutz Kfar Etsion*.
Voici quelques photos prises cette semaine dans les champs de Judée:

les coquelicots*,
coquelicots-kfar-etsion-2017

les amandiers en fleur:
amandiers-kfar-etsion-2017

des fleurs d’amandier,
amandier-en-fleur-2017
que butine une abeille:
amandier-en-fleur-2017-2

(Photos de Yaron Rosenthal pour l’école d’agriculture de Kfar Etzion)

Bonne fête de Tou Bishvat, bonne année aux arbres!

A bientôt, 

*Pardes ‘Hanna (le verger de ‘Hanna):
https://en.wikipedia.org/wiki/Pardes_Hanna-Karkur

*Fondé en 1941, le kibbutz Avuka n’existe plus. Des dissensions entre ses membres et des difficultés propres à la rudesse de la région et des sabotages perpétrés par les Jordaniens ont fait qu’il a été abandonné en 1958.

*Beit Dagan: petite ville du centre du pays où se trouve l’Institut Volcani:
https://en.wikipedia.org/wiki/Agricultural_Research_Organization,_Volcani_Center

*Tu Bishvat:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/02/04/tout-refleurit/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/16/le-mois-de-shvat/

*Le kibboutz Sde Elihaou:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/28/sde-eliahou/

*Les coquelicots:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*Le kibbutz Kfar Etsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

 

 

 

 

 

http://www.gfn.co.il/inner.asp?item=711

http://www.agri.gov.il/he/pages/849.aspx

A bientot

Institut volcani ou ARO:
http://www.agri.gov.il/en/pages/1023.aspx

Le’haim, לחיים

Avant le vin il y a la vigne et la vigne fait partie des 7 espèces dont je vous ai déjà parlé dans un article intitulé « les 7 plantes »*. Elles sont les plantes nourricières qui poussaient dans le Moyen Orient antique. 

Dans le Tanakh, la vigne est signe de bonheur, de stabilité et de paix. De nombreux versets sont là pour en témoigner et certains d’entre eux ont été repris dans des expressions courantes.
Dire par exemple, איש תחת גפנו ותחת תאנתו, chacun sous sa vigne et son figuier, c’est se rappeler ce verset du premier livre des Rois:
וַיֵּשֶׁב יְהוּדָה וְיִשְׂרָאֵל לָבֶטַח, אִישׁ תַּחַת גַּפְנוֹ וְתַחַת תְּאֵנָתוֹ, מִדָּן, וְעַד-בְּאֵר שָׁבַע–כֹּל, יְמֵי שְׁלֹמֹה – Juda et Israël, pendant toute la vie de Salomon, demeurèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu’à Beer Sheva. (
1 Rois 5,5).
Le livre de שיר השירים  (shir hashirim) ou Cantique des Cantiques est truffé de références à la vigne: « Le figuier embaume par ses jeunes pousses, les vignes en fleurs répandent leur parfum: debout, mon amie, ma toute belle et viens-t’en! »
ou même au vin et a ses effets« Qu’il me prodigue les baisers de sa bouche! Car tes caresses sont plus délicieuses que le vin. יִשָּׁקֵנִי מִנְּשִׁיקוֹת פִּיהוּ, כִּי-טוֹבִים דֹּדֶיךָ מִיָּיִן


(Boaz Sharabi interprète ces premiers versets de Shir Hashirim)

A l’inverse notre mauvaise conduite nous prive des bienfaits de la vigne. Comme il est  dit dans le livre du prophète Ishayaou: « Mon ami avait une vigne sur un coteau au sol gras. Et il la bêcha, il en ôta les pierres, il y planta des ceps de choix, il bâtit une tour au milieu, il y tailla aussi une cuve, et il compta qu’elle produirait des raisins; or, elle produisit du verjus.
כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי, בְּקֶרֶן בֶּן-שָׁמֶן.
ב וַיְעַזְּקֵהוּ וַיְסַקְּלֵהוּ, וַיִּטָּעֵהוּ שֹׂרֵק, וַיִּבֶן מִגְדָּל בְּתוֹכוֹ, וְגַם-יֶקֶב חָצֵב בּוֹ; וַיְקַו לַעֲשׂוֹת עֲנָבִים, וַיַּעַשׂ בְּאֻשִׁים. (Isaie 5, 1 et 2)
Et comme vous les savez déjà*, dans la langue populaire un fils dégénéré est appelé « Vinaigre, fils de vin« .

En fait, la culture juive est ambivalente au sujet du vin car si « le vin réjouit le cœur de l’homme, וְיַיִן, יְשַׂמַּח לְבַב-אֱנוֹשׁ (Tehilim 104. 15), les effets du vin peuvent être catastrophiques. Vous vous souvenez de Noa’h qui ayant planté la première vigne, se saoule ensuite et ne sait plus ce qu’il fait. Vous vous souvenez également des filles de Loth qui couchent avec leur père après l’avoir saoulé! (Gen 19,32): 
« Eh bien! enivrons de vin notre père, partageons sa couche et par notre père nous obtiendrons une postérité. »
לב לְכָה נַשְׁקֶה אֶת-אָבִינוּ יַיִן, וְנִשְׁכְּבָה עִמּוֹ; וּנְחַיֶּה מֵאָבִינוּ, זָרַע.

Même la guematria s’en mêle.
Elle peut-être positive: la valeur du mot vin יין (yayin) 70 est la même que le nombre des nations ou les facettes de la Thora. Mais elle peut être aussi négative: celle du mot secret סוד (Sod) est aussi 70. Ce qui permet de dire: נכנס יין יצא סוד, le vin est entré, sortira le secret!

Dès l’époque biblique, certains désirent donc mener une vie ascétique et se rapprocher ainsi de Dieu: ce sont les נזירים (nazirim). Le livre de Bamidbar (Nombres) codifie leurs interdits*. On verra même, à une époque particulièrement troublée, tout un groupe refusant de boire du vin pour des raisons morales: les Rekhabim. 
Le prophète Jérémie tente (sous l’ordre de Dieu lui même!) les Rekhavim* avec du vin mais ils répondent sagement: Nous ne buvons pas de vin! car notre père Yonadab, fils de Rêkhav, nous l’a défendu en disant: Vous ne boirez jamais de vin, ni vous ni vos enfants.
Kol hakavod, bravo, leur répond Jérémie qui en profite pour admonester les habitants de Yehouda qui eux ne se conduisent pas bien du tout.

Qui sont ces Rekhabim, parangons de vertu? Ils font partie du peuple mais sont d’origine madianite car descendants de Yithro, le beau-père de Moshe. Leur « père », Yonadav Ben Rekhav, a fondé ce qu’on pourrait presque appeler une secte qui repose sur deux principes essentiels: le refus du sédentarisme et la proscription du vin. Ce retour au nomadisme est censé protéger les Hébreux de la société de consommation et le refus de l’alcool est un désir d’élévation morale comme celui qui meut le Nazir.

En fait, pour les Juifs, il faut apprivoiser le vin et donc le sacraliser (en hébreu, la racine קדש -K D SH signifie mettre à part- la traduction en français sacraliser ne rend plus compte de cette signification). Il faut l’encadrer en l’utilisant dans le cadre religieux, le kiddoush, la bénédiction sur le vin les jours de shabbat et de fêtes (les 4 coupes de Pessah et celles de Tou Bishvat*), les fêtes familiales comme le mariage ou la brit mila,  mais surtout en le rendant apte à être bu, apte c’est à dire casher.

Pourquoi tout ce tracas de la casherout? Quelques raisons sont avancées par nos sages.
D’abord parce que manger c’est non seulement un acte de survie mais c’est aussi l’acte social de base qui fonde le groupe et le détermine. Or pour le judaïsme, tout est subordonné au fait que Dieu préside la table. La Guemara compare la table de chaque Juif a un petit temple familial. D’une certaine manière, le repas garde le souvenir de ce que fut le culte dans le Temple de Jerusalem où les sacrifices et libations  sacralisaient  la viande et le vin.
Ensuite les lois de la cacherout sont compréhensibles si on les examine d’un point de vue sociologique: elles empêchaient les juifs de manger, donc de socialiser avec les idolâtres et d’adopter leurs rites païens beaucoup moins austères que ceux de la Thora.
Enfin comment attendre d’individus qu’ils adoptent un comportement éthique s’ils ne sont même pas capables de s’imposer des règles quand à ce qu’ils ingurgitent.
Alors la casherout du vin, c’est quoi?
Les lois de la casherout du vin s’intéressent aux produits introduits pendant le processus de  vinification, par exemple certaines protéines utilisées pour la clarification et la stabilisation du vin. Elles s’intéressent aussi au comportement de ceux qui le fabriquent: traditionnellement dans l’Europe chrétienne, les vignes sont (étaient?) bénies et, pour nous, utiliser le vin produit par ces vignerons était comme accepter la christianisation du produit.

Pour notre fête de Pourim, nous avons une coutume très particulière: En signe de joie, il nous est demandé de boire au point de ne plus pouvoir faire la différence entre ארור המן וברוך מודכי (Arour Haman et Baroukh Mordekhai), maudit soit Haman et bénit soit Mordekhai. Ne plus faire la différence entre l’ennemi  et le juste? Je n’ai jamais été d’accord, même pour quelques heures. Le meurtre cette semaine de Dafna Meir et les blessures de Mikhal bat Esther Fruman* m’incitent à rester sur mes gardes: un ennemi reste un ennemi jusqu’à preuve du contraire.

En Israel, comme vous le savez, c’est la baron de Rothschild qui a importé les premiers plants de vignes depuis ses vignobles du Bordelais. C’est à Rishon leTsion*  que les premiers essais furent significatifs.

etiquette en francais in rishon letsion
Dans ce film sur les débuts de la vigne à Rishon leTsion*, vous reconnaîtrez sans peine la chanson même si elle est adaptée en hébreu et avec cette variante « Quand nous mourrons enterrez nous dans les caves de Rishon leTsion »!

Mais que buvait on à l’époque biblique?
Du blanc, du rouge? Etait-ce un vin de qualité ou bien un tord boyaux?
Il ne subsistait plus rien en Israel qui pouvait nous faire retrouver le gout du vin biblique*. L’islam était passé par là et la plupart des variétés de raisins avaient disparu…
Cependant, un couvent à côté de Bethlehem produit du vin depuis les croisades avec des espèces de la région. Le biologiste Eliashiv Drori engagea un archéo-botaniste et une spécialiste des analyses d’ADN pour comparer le raisin  utilisé par le couvent avec les restes de vin, trouvés dans des amphores et datant du 2 ème Temple. Le séquençage du génome montra qu’il s’agissait bien de la même espèce.

elyashiv-drori(Eliashiv Drori dans son laboratoire de l’Universite d’Ariel, Jewish Telegraphic Agency)

Eliahsiv Drori a planté un petit vignoble à Ariel. Nous pourrons un jour goûter le même vin que celui du roi David. Et comme il sera bon, j’en suis sûre, les amis de BDS en seront bien privés, car Ariel se trouve dans les « territoires-conquis-par-l’entité-sioniste », ou pour faire plus simple Ariel se trouve en Samarie.

vignoble d'Ariel

(Jewish Telegraphic Agency)

Le vin pousse partout en Israel: sur le Golan, en Judée-Samarie, et même dans le Neguev. Sur cette carte vous pouvez voir où se trouvent les principaux vignobles mais il y en a de nombreux familiaux que vous devez découvrir au gré de vos promenades.

carte des vins 2

 

Assez parlé, לחיים lekhaim, à la vie!
Ce n’est pas parce que le vin est tiré qu’il faut le boire mais parce qu’il est bon et malgré toute la haine qui nous entoure, il faut profiter de la vie!

A bientôt, bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

*Les 7 plantes:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/01/16/sept-plantes/

*Le nazir:
http://www.akadem.org/medias/documents/–1_nombres_6-1.pdf
Dans la langue actuelle le mot nazir signifie moine

*Les Rekhabim: pour Rabbi David Kimhi (1160-1235)  ils sont descendants de Hovav (Yitro, le beau-père de Moïse)

*La casherout:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/01/shemita-shehita/

*Tu bishvat et Pessa’h:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/tou-bishvat/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/16/le-mois-de-shvat/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/04/11/une-delicieuse-argile/

*Rishon leTsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/27/ne-vous-inquietez-pas/

*vin biblique: On vient de retrouver à Tel Kabri dans le nord du pays, une cave à vin d’environ 4000 ans.

*- Dafna Meir a été assassinée dimanche chez elle a Othniel: elle avait 38 ans et était mère de 6 enfants (dont deux adoptés). Elle s’est battue avec le terroriste et a pu ainsi les sauver. Infirmière à l’hôpital Soroka de Beer Sheva et avait appris l’arabe pour être plus proche de ses patients arabes:
http://frblogs.timesofisrael.com/le-silence-retentissant-des-medias/
– Mikhal Bat Esther Fruman, 30 ans, de Tekoa, est la belle-fille du Rav Fruman, connu pour son désir de coexistence pacifique avec les Arabes.  Elle est à l’hôpital: le terroriste n’as pas réussi à la tuer. Elle est enceinte

 

 

 

 

Knesset Israel

Ce mardi, nous avons voté pour renouveler les membres de la Knesset et pour avoir un nouveau Premier Ministre (qui sera certainement le même!)
Le mot כנסת (Knesset) est connu de tous. Le Parlement israélien s’appelle la Knesset. Même les journalistes le  savent, c’est dire!
Mais savent-ils pourquoi notre Parlement porte-t-il ce nom?
Il y a bien longtemps, après les 70 ans de notre  esclavage en Babylonie* et notre retour chez nous grâce à l’édit de l’empereur perse Cyrus, nous avons du trouver un système de gouvernement. Même si les descendants du roi David, de la tribu de Yehuda, étaient connus*, les  organisateurs de notre retour en Israel, Ezra et Nehemia, n’avaient pas jugé bon de leur demander de nous gouverner.

reconstruction de jerusalem a l'epoque de Ezra et Nehemia Lea Hayerushalmit

(La reconstruction de Jerusalem à l’époque de Ezra et Nehemia, tableau de Lea Hayerushalmit)

Ils choisirent un système de gouvernement différent, un gouvernement parlementaire. D’après les textes de la Mishna et la Guemara,  120 חכמים (‘Hakhamim) ou sages  furent choisis pour y siéger. La Grande Assemblée, comme on l’appelait alors , fut présidée à ses débuts par Ezra et Nehemia fils de Haccala (Nehemia 8,10). Parmi ces 120 sages se trouvaient plusieurs prophètes dont Haggaï, Zekharia et  Malakhi.
Combien de temps resta-t-elle en exercice? Certains pensent qu’elle cessa ses fonctions au moment de l’invasion grecque au 3 ème siècle avant l’ère chrétienne. Pour d’autres, elle reprit du service à l’époque des ‘Hasmonaim*. L’un d’entre eux, שמעון הצדיק  (Shimon Hatsadik) ou Simon le Juste, aurait été appelé « membre de la Grande Assemblée* ».
Bien qu’Ezra et Nehemia se soient beaucoup souciés des difficultés socio-économiques de leurs contemporains, cette première Knesset est surtout connue, par la tradition juive, pour ses profondes réformes dans le domaine religieux. D’après les textes rabbiniques, ses membres ont rédigé un certains nombre de livres bibliques comme celui du prophète Ezechiel , ceux des 12 petits prophètes* et aussi celui de Daniel et celui d’Esther. Ils ont également fixé le canon biblique et ajouté trois livres controversés attribués au roi Salomon: שיר השירים (Shir hashirim) ou Cantique des Cantiques qui devait sembler trop osé, משלי (Mishlei) les Proverbes et surtout קוהלת (Kohelet) l’Ecclesiaste trop désabusé…
L’importance de leur travail est reconnue jusqu’à présent. Ils sont mentionnés dans la Mishna dans l’introduction des פירקה אבות (Pirke Avot) ou Traité des Pères) comme l’ultime maillon direct depuis Moshe: « Moshe reçut la Loi au Sinaï, il l’a transmise à Yoshua, celui-ci l’a transmise aux prophètes et ces derniers la transmirent aux membres de la Grande Assemblée ».
Le peuple est souvent appelé כנסת ישראל (Knesset Israel), l’assemblée d’Israel et le mot synagogue, qui apparaît aussi à la cette même période, veut dire maison de l’assemblée ou maison de réunion, בית כנסת (Beit Knesset).

pirkeiavot sages de la thora

Donc, si aujourd’hui notre Parlement actuel compte 120 membres.  c’est en souvenir des 120 membres de cet ancien parlement.

Au tout début du Mandat britannique, le 19 avril 1920, fut élue pour la première fois une Assemblée des Représentants du Yishuv* mais elle n’avait qu’un pouvoir consultatif, les Britanniques étant les maîtres du pays.
L’état d’Israel est proclamé le 5 Iyar 5708 ou le 14 mais 1948. La guerre a commencé en décembre 1947 et durera jusqu’à l’armistice de Rhodes en été 1949.
Le jour de Tou Bishvat (14 Février 1949) se tient à Jérusalem la première réunion du Conseil d’Etat Temporaire. Pour l’occasion, le poète Natan Alterman publie son  poème « Avec la nouvelle Assemblée ».
Ce jour la, la plupart des participants sont arrives de la « plaine ». Ils s’arrêtent en chemin pour planter des arbres à Shaar Hagai, haut lieu* de la bataille pour Jerusalem.
Le président du Conseil d’Etat, Hayim Weizman, ouvre la cérémonie par ces mots: 
« C’est avec un sentiment de crainte et de tremblement devant la solennité de ce jour que j’ouvre cette première Knesset  dans la ville éternelle de Jerusalem. Notre peuple peut louer la bonté de Dieu. Nous avons pu voir après des générations de douleur et de souffrances, la rédemption les fondations de la Knesset. Elevez vos louanges pour vote premier colloque. Souvenez vous que les yeux du peuple juif sont tournés vers vous et que les désirs et les prières des générations accompagnent vos pas« 

Quelques jours plus tard, le 17 fevrier 1949, Hayim Weizman est nommé président de l’état d’Israel et le 8 mars David Ben Gourion forme le premier gouvernement

Apres avoir siégé dans le bâtiment de l’Agence Juive à Jerusalem et  ensuite à Tel Aviv  du fait de la guerre, la Knesset retourne à Jerusalem à la fin de l’année 1949. David Ben Gourion ne voulait pas attendre car avait-il déclaré: « Jerusalem est juive, et c’est une partie organique et impossible à séparer de l’état d’Israel, de la foi d’Israel et de l’âme d’Israel ».
La Knesset restera dans un bâtiment de la rue King Georges dans le centre ville, la maison Froumine jusqu’en 1965. Le nouveau bâtiment, celui que nous connqissons actuellement, sera inauguré le 30 août 1966.

knesset premier batiment de 1950 a 1965

(la maison Froumine en centre ville)

La Knesset est donc détentrice du pouvoir législatif mais dispose aussi d’un pouvoir de contrôle sur le pouvoir exécutif: elle vote les lois, le budget, contrôle le gouvernement, élit le président de l’état et le contrôleur de l’état. Elle peut aussi censurer le gouvernement. Ses 120 députés sont élus pour un mandat de 4 ans. Elle peut être dissoute par le président de l’État, à la demande du Premier ministre. C’est ce qui s’est passé il y a quelques mois et qui a conduit aux élections de cette semaine.

Le mode d’élection de la Knesset est un scrutin proportionnel plurinominal et il n’y a pas de circonscriptions. Les députés ne sont pas redevables aux électeurs de leur région, ce sont les élus des conseils régionaux qui le sont. Ce mode de scrutin, très différent du modèle français, donne aux électeurs la possibilité de voter pour un parti et non pas une personne. Puis les sièges sont attribués aux différents partis proportionnellement au nombre de voix qu’ils ont obtenues. Les candidats élus sont pris dans chacune des listes dans leur ordre d’apparition.
Pour qu’un parti puisse obtenir au moins un siège, il doit atteindre une proportion minimum de voix. En 2015 ce seuil est monté à 3,25%. Les voix restantes sont ensuite reparties selon une méthode mathématique, la méthode de Hondt*. Comme c’est bien trop compliqué pour moi, lisez la note en bas de page, j’espère que l’auteur de l’article ne s’est pas trompé!

Comme le seuil nécessaire est relativement bas 3,25%, sont représentés à la Knesset non seulement les partis classiques (droite et gauche traditionnelles) mais aussi de nombreux partis qui défendent des intérêts sectoriels ou plus spécifiques. Vous pouvez imaginer la multitude de partis!
Ici des soldats perplexes examinent  un document (rédigé en Hébreu, Arabe et Russe) mentionnant tous les partis en lice:

elections les nombreux partis

Les députés travaillent dur, c’est sûr. La chaîne de télévision de la Knesset diffuse d’ailleurs aussi bien les séances (pendant lesquelles deux ou trois députés peuvent somnoler), que les commissions très animées qui servent à la préparation les lois. A ces commissions sont invités non seulement des élus mais des personnes appartenant aux différents corps de l’état et à la société civile selon le sujet abordé.

knesset interieur
Toutefois en dehors de ces arides mais nécessaires occupations, les députés peuvent aussi participer au club de Tanakh où ils écoutent et discutent de textes avec de savants professeurs d’université et parfois en présence de lycéens. Un député arabe Massoud Ganaim est un habitué du club et ceci depuis que ses camarades de la Knesset, Tsipi Hotovely, Michael Ben Ari, Alieh Elad et le regretté Uri Orbach, l’ont invité car il est professeur d’histoire et se passionne pour la Bible..
Allons bon! Des députés juifs appartenant à la droite nationaliste (l’extrême droite raciste comme l’écrivent les journaux européens) invitant naturellement un député arabe de l’extrême-gauche, intéressé par le Tanakh! N’est-ce pas à l’opposé de ce que vous lisez habituellement sur Israel?  Certains journalistes n’ont pas pu ne pas noter la déclaration de Massoud Ganaim:  » la Bible est un livre de culture mondiale qui a beaucoup influencé l’histoire du monde« 

knesset massoud ganaim

(Massoud Ganaim)


Le bâtiment actuel a été construit et inauguré en 1966 sur la colline de Guivat Ram, non loin de l’Université Hébraïque et du Musée Israel.

x
La célèbre Menorah qui se trouve devant le bâtiment est l’oeuvre de Benno Elkan:

knesset menora
Le sculpteur David Palombo a créé les trois portes monumentales qui mènent à l’esplanade  

knesset porteset le monument aux morts de la guerre d’Indépendance nommé « le Buisson Ardent ».

knesset le buisson ardent

Trois portes monumentales en cuivre permettent d’accéder au  bâtiment. Ce sont les Portes des Tribus de l’artiste tchèque Shraga Weill: elles représentent respectivement l’exil, la création de l’état d’Israel et le rassemblement des exilés.

knesset porte des tribus(Porte symbolisant les rassemblement des éxilés)

Les réceptions sont en général données dans le salon Chagall, décoré de tapisseries de l’artiste:

knesset tapisserie chagall
ou de mosaïques représentant les 12 tribus:

knesset mosaique chagall

 

Une anecdote personnelle: lorsque mon mari étudiait à l’oulpan, sa classe avait eu droit à une visite de la Knesset commentée par quelques députés. Celui qui pris en charge le groupe de mon mari était un député d’origine éthiopienne, Shlomo Mulla.

Shlomo Mulla
Il leur raconta son histoire personnelle: âgé de 13 ans seulement, il quitta son village du Gondar, dans le sud de l’Ethiopie, en compagnie de 5 autres adolescents orphelins comme lui. Après un périple terrible, à pied, où seulement 3 d’entre eux survécurent, ils arrivèrent au Soudan, là où un avion de l’agence juive les attendait. Dès qu’ils montèrent dans l’avion, lui et ses compagnons eurent le sentiment d’être tombés dans un piège. Les membres de l’Agence juive étaient des blancs. Or les seuls juifs qu’ils connaissaient étaient noirs!! Ils crurent être entre les mains de marchands d’esclaves musulmans!
Heureusement, un homme noir les rassura. Oui, lui aussi était juif, et oui, ces blancs aussi étaient juifs. Ils étaient israéliens et les emmenaient en Eretz Israel!

Pour terminer mon article, voici quelques photos du jour des élections.

On peut se marier et aller voter:

elections mariee 2

 

On vote partout, ici dans un poste militaire avancé: 

elections urne improvisée dans un poste avancé

Et aussi à Rahat dans le Neguev:

elections bedouines

On vote à l’hôpital :

elections hopital

Le jour des élections, on élisait  aussi au zoo l’animal le plus populaire parmi les visiteurs!

zoo

 (J’ai chois cette photo du zoo de Jerusalem, surprenante,
non pas parce qu’elle reflète la réalité de notre vie ici,
mais parce qu’elle a été publiée dans le Saudi Gazette! Tous les espoirs sont permis)

Ceux-ci devaient choisir  une de ces cartes

elections zoo de jerusalem

et l’éléphant était chargé de les mettre dans l’urne:

elections zoo
Pour les 1000 votants, les lions se sont bien sûr taillé la part du lion avec 251 bulletins, suivis par les éléphants, les pingouins et les kangourous… et en laissant loin derrière les crocodiles et les vautours.

vautours
Comme le jour des élections est un jour férié, le bord de mer, les parcs étaient pleins. Les routes bouchonnaient et à la patinoire* de Jerusalem, Yael, Naama et  Avigail s’en sont données à cœur joie comme les deux enfants sur la photo:

patinoire pinguin

 

A bientôt,
*esclavage en Babylonie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/05/au-bord-des-fleuves-de-babylonie/

*la dynastie du roi David: ses descendants de la période post-biblique sont connus par la population juive qui les tient en grand honneur et ceci pendant des siècles: à l’époque des Geonim de Babylonie ( de la fin du 6 ème siècle au 11 ème siècle de l’ère chrétienne), c’est parmi eux que seront choisis les exilarques ou chefs de la communauté juive en exil. La communauté juive de Babylonie se dispersera au 11 eme siècle a la suite de guerres agitant ce qui est l’Irak actuel. Certains partiront en Inde, d’autres dans tout le pourtour méditerranéen. Certaines familles comme la famille Saltiel, connue à Gérone des le 13 ème siècle, ont toujours mentionné leur liens familiaux avec la dynastie du roi David

*Les ‘Hashmonai,: la dynastie des Makabim (voir les articles tagués  ‘Hanouka

* Les 12 petits prophètes: appelés ainsi à cause de la brièveté du livre qui porte leur nom. Il s’agit de Hoshea, Yoel, Amos, Ovadia, Yona, Mikha, Nahum, Habakuk, Tsephania, ‘Haggaï, Zekharia et Malakhi

*Shimon Hatsadik avait coutume de dire: Le monde subsiste par trois choses qui sont la loi, le culte et la charité. On lui connait comme disciples Antigonus de Sakha, Yoshua ben Yesher de Zereda et Yoshua ben Yohanan de Jerusalem et les Sages de la Mishna continuent cette lignée qui n’a plus aucun pouvoir politique à partir de l’invasion romaine

*le Yishuv: organisation de la communaute juive en Palestine avant la création de l’état d’Israel

*Shaar Hagai:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/01/09/les-boulettes-de-la-victoire/

*Le scrutin proportionnel plurinominal et la methode de Hondt:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scrutin_proportionnel_plurinominal

Tout refleurit

A l’occasion de la fête de Tou Bishvat*, une de mes amies prépare trois assiettes de fruits.
La première contient des fruits que l’on peut manger entièrement sans les peler: comme les raisins, les figues et les fraises en souhaitant que, comme eux, nous soyons aussi bons à l’intérieur qu’à l’extérieur.

tu bishvat figuier dans la rue(Un figuier qui a décidé de s’instruire dans une rue de Jerusalem, photo trouvée sur le blog oneg shabbat)

La deuxième contient des fruits à noyau comme les olives et les dattes, que nous mangeons à l’exception du noyau pour que symboliquement nous puissions ôter toute dureté de nous-mêmes.

tu bishvat olivier dans un parc a jerusalem(Olivier dans un des parcs de Jerusalem)

et la troisième des fruits dont on ne jette que la pelure comme les ananas, les kiwi ou les bananes pour que nous discernions à l’intérieur de chacun, y compris en nous mêmes, ce qu’il peut y avoir de bon et de doux sous l’écorce...

tu bishvat bananiers kinneret(Bananeraie dans la vallée du Jourdain)

 Les petites rues de mon quartier se sentent printanières, les premiers amandiers fleurissent ça et là sur les talus,

tu bishvat amandiers hadassa

entre les immeubles,

tu bishvat amandiers en ville

et les grand pères sortent chaise et  table pour jouer aux échecs ou au shesh besh sur le trottoir.

1_10_2002_58_23_12_SYNAGOGUE_243_1_שש-בש

Comme chaque année pour Tou Bishvat, les coquelicots sont de retour dans le Sud*.

coquelicots

Cette année, comme tous les 7 ans, nous sommes dans une année de shemita*.
Ainsi qu’il nous l’a été ordonné dans la Thora, nous ne plantons pas d’arbres en pleine terre, pour que la terre se repose,

«  Six années tu ensemenceras ta terre et en recueilleras le produit;  mais la septième, tu lui donneras du repos et en abandonneras les fruits, pour que les indigents de ton peuple en jouissent, le surplus pourra être consommé par les animaux des champs. Ainsi en useras-tu pour ta vigne et pour ton plant d’oliviers. »
(Exode 23, 10)
 י וְשֵׁשׁ שָׁנִים, תִּזְרַע אֶת-אַרְצֶךָ; וְאָסַפְתָּ, אֶת-תְּבוּאָתָהּ. יא וְהַשְּׁבִיעִת תִּשְׁמְטֶנָּה וּנְטַשְׁתָּהּ, וְאָכְלוּ אֶבְיֹנֵי עַמֶּךָ, וְיִתְרָם, תֹּאכַל חַיַּת הַשָּׂדֶה; כֵּן-תַּעֲשֶׂה לְכַרְמְךָ, לְזֵיתֶךָ

mais il faut cependant continuer à les soigner.
Voici ce que fait le KKL pendant l’année de la shemita

 Voici une double recette pour Tou Bishvat

Le pain de fruits:
Il vous faut:
320 g de farine 10 g de levure chimique, d’huile 100g, 100 ml de jus d’orange, 185 grammes de sucre ,de la cannelle, 300 grammes de fruits secs  et 4 œufs. Vous mélangez la farine, la levure, les fruits secs, le sucre et la cannelle, puis vous ajoutez le jus d’orange, l’huile et les œufs et vous faite cuire la pâte dans un moule à cake, à 180 degrés pendant 45 minutes.

Tu bishvat gateau

(Blog de Ora Koren)

Vous pouvez le déguster ainsi mais si vous le découpez en tranches fines et si vous les passez au four pendant une demie heure à 150 degrés, vous obtiendrez des biscuits très populaires ici sous le nom pas très hébraïque de « biscotti ». Et c’est très bon!

Je vous souhaite un bon Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

*TouBishvat:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/16/le-mois-de-shvat/

*le jeu du shesh besh: en français le jeu du jacquet

*les coquelicots:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

*shemita:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/01/shemita-shehita/

Sept plantes

On raconte que lorsque Dieu créa les plantes, il leur demanda si elles aimeraient pousser sur la terre d’Israel. Le cèdre se fit méprisant: les montagnes n’y sont pas assez majestueuses dit-il. Le manguier préférait les tropiques et l’eucalyptus dédaignait la qualité de l’air. Bref, toutes avaient choisi leur terre de prédilection. Seules sept plantes,  sans beauté particulière, se taisaient ou plutôt chuchotaient entre elles.
« Alors, dit Dieu étonné, vous non plus? »
« Oh si, répondit l’olivier qui semblait être leur porte-parole. Si nous avons trouvé grâce à tes yeux, bien que nous ne soyons remarquables en rien…’
Dieu fronça les sourcils, aurait-il créé quelque chose de non remarquable?
« Si nous avons trouve grâce à tes yeux, reprit précipitamment l’olivier, nous aimerions demeurer ensemble dans ce petit pays…aussi remarquable que nous. »
Dieu sourit: « Vous n’avez pas choisi la facilite! Et bien d’accord! Vous, שבעת המיניםת*,  les sept espèces, vous vous y installerez  et vous serez liées à cette terre et au peuple qui y habitera! »

L’olivier, le figuier, le blé, l’orge, la vigne, le grenadier et le dattier s’installèrent tous sur la terre d’Israel et on y entendit parler d’eux jusqu’à présent. Ce pays devint « le pays qui ruisselle de lait et de miel*…celui celui qui produit le froment et l’orge, le raisin la figue et la grenade, l’olive et le miel »

C’est ainsi que ces 7 plantes nous accompagnèrent tout au long de notre histoire…

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(site kavim venekudot.com)

Dès la sortie d’Egypte, quand les Hébreux se plaignent à Moshe, ils lui reprochent de les avoir amenés « dans un méchant pays…où il n’y a ni figuier, ni vigne, ni grenadier…. » On peut les comprendre, à ce moment là, ils se trouvent encore au milieu du Sinaï!
Quand les explorateurs reviennent tout tremblants vers le peuple à cause des géants effrayants qui peuplent la Terre Promise, ils rapportent quand même  » un sarment avec une grappe de raisin, qu’ils portèrent à deux au moyen d’une perche, quelques grenades et quelques figues … »
Dans les relations tumultueuses que nous avons toujours eu avec Dieu, sa punition est toujours  assortie de ces expressions: « il  a fait de mon vignoble une ruine, de mon figuier une chose décharnée…le figuier est flétri, le grenadier de même… »
Et quand Il est content de nous et que nous vivons dans la prospérité, alors ‘les arbres portent leurs fruits, le figuier et la vigne donnent leurs richesses…’

Les années passèrent et même les millénaires.
Cette terre connut beaucoup de malheurs lorsqu’elles fut la proie de nombreux conquérants qui ne s’y intéressaient pas sauf pour nous empêcher de la cultiver*. Elle se consolait en nous entendant apprendre par cœur les lois de l’agriculture tout en rêvant qu’un jour…
Et puis, au 19 ème siècle, quand l’alya devint plus conséquente, et les Juifs mieux organisés, ce fut son renouveau.
Les premiers ‘Haloutsim* se mirent au travail, la cultivèrent et fondèrent des moshavim qui devinrent parfois des villes comme Rishon leTsion* ou Ness Tsiona*.

Au début du 20 ème siecle, la Deuxième Alya amena 50 000 Juifs en une dizaine d’années*.

Parmi eux se trouvait un jeune couple, Hanna et Ephraim Hareuveni, qui voulaient faire refleurir la terre ancestrale: « le son des paroles de nos prophètes, nous ne pouvons plus l’entendre, disait Ephraim,  mais nous pouvons voir ce qu’ils ont vu et écouter le murmure des plantes comme il l’ont écouté... »

Ephraim Hareuveni décida alors de créer un jardin avec les plantes de la période biblique et talmudique qu’il appela « Le Jardin des Prophètes ».

Neot kedumim, plan le jardin des prophetes 1927

(Le plan du jardin des prophètes conçu par Ephraim Reuveni, site n-k.org.il)

Pendant des années il rechercha, catalogua les plantes et retrouva leurs noms hébraïques.

Hareuveni Ephraim catalogue de plantes

(Le catalogue en trois langues: hébreu, arabe et anglais, site n-k.org.il)

Il identifia par exemple l’hysope des champs,

hysope 2

le genêt au pied duquel s’asseyait le prophète Elie,

images (5)

et l’iris épineux.

iris du mont gilboa groopy.co.il

 (iris épineux du Mont Guilboa, site groopy.co.il)

Dans le musée, créé en 1916, chaque plante recevait un traitement particulier.

Hareuveni Ephraim et Hanna

(Hanna et Ephraim Hareuveni dans leur musée, site n-k.org.il)

Dans le jardin, les plantes n’étaient pas regroupées selon leur espèce mais selon leur contexte dans la Bible. C’est ainsi qu’il y avait le bosquet du Cantique des Cantiques, la vigne du prophète Ishaia, les plantes des prophètes Ezekiel et Jérémie, la colline de la Menorah avec ses pousses de sauge aux sept branches, מוריה (moria)  comme le mont Moria* et dont les tiges forment une menorah, comme la menorah du Temple et symbole de notre état.

moria

De nombreuses plantes avaient disparu de la région délaissée. Il les importa comme le cèdre qui avait servi à la construction du Temple de Jerusalem…

Malheureusement, son jardin qui se trouvait sur le Mont Scopus fut détruit pendant la Guerre d’Indépendance et le Mont Scopus tomba aux mains des Jordaniens.
Son fils Noga décida alors de  reconstruire le jardin dans les collines de Modiin, entre Jerusalem et Tel Aviv.

Hareuveni Noga

(Noga Hareuveni, site datili.co.il)

Peu à peu, le jardin devint un parc qui est maintenant le Parc de Neot Kedumim ou les Oasis d’Antan, נאות קדומים.*

neot kedumim parc

Ce parc est un musée en plein air, où on peut simplement se promener  ou étudier la botanique

neot kedumim parc 2

(ynet.co.il)

C’est  aussi un parc  avec de multiples activités pour les enfants qui pourront presser des olives ou moudre des céréales, comme autrefois.

neot Kedumim meule a grain

(ynet.co.il)

Chaque fête y est célébrée et bien sûr à Tou Bishvat,  les sept espèces y sont à l’honneur.

Bonne fête de Tou Bishvat

טו בשבט שמח

A bientôt,

*Les 7 espèces: C’est ainsi qu’on appelle les 7 plantes de la terre d’Israel qui sont à la base de l’agriculture du Moyen Orient même si bien d’autres les ont rejointes depuis des siècles. L’amandier, par exemple, vient d’Asie Centrale mais on le trouve sur le pourtour méditerranéen depuis environ 2500 ans. Bien que ne faisant pas partie des 7 espèces, il est aussi un des symboles de Tou Bishvat, car sa floraison est l’une des premières à la fin de l’hiver

*le miel: c’est le sirop (miel) de datte et non pas le miel d’abeille. Certains pensent que dans cette même phrase le mot lait signifie la sève blanche du figuier et non pas le lait d’un animal

*Parmi les lois discriminatoires contre les Juifs, que ce soit en Gola ou dans notre propre pays, il nous était interdit de cultiver la terre. Le premier village agricole, Kfar Yassif date du 18 ème siècle:https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/12/20/les-generations-oubliees-7/

* Rishon leTsion: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/27/ne-vous-inquietez-pas/

* Ness Tsiona: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/04/26/ness-tsiona/

*la Deuxième Alyah: on la situe entre les années 1904 et 1914.

*’Haloutz: pionnier

*le mont Moria est le nom donné à une colline de Jerusalem. Notre tradition y voit l’emplacement de la ligature d’Isaac. C’est aussi l’endroit  où fut fondé le Temple de Jerusalem. Dans la Genèse 22,2, Dieu dit à Avraham : « Va-t-en vers la terre de Moriah ». Rashi explique que la terre de Moriah, c’est Jérusalem, comme il ressort des Chroniques II, 3, 1 :« Salomon commença à construire la maison de Dieu à Jérusalem sur le mont Moriah ». « Ce mont Moriah », continue Rachi, « est la montagne où Israël a reçu un enseignement des Prophètes ».

*Parc de Neot Kedumim: http://www.neot-kedumim.org.il/