Bonne fête de Soukot חג סוכות שמח

 

C’est fait! Les soukot sont construites et décorées!
Depuis déjà quelques jours, nous y accueillons familles et amis. Nous y mangeons, nous y étudions, et certains même y dorment, pour obéir à ce qui nous est prescrit dans le Thora:

Vous demeurerez dans des cabanes durant sept jours; tout indigène en Israël demeurera dans une cabane, afin que vos générations sachent que j’ai donné des cabanes pour demeure aux enfants d’Israël, quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte, moi, l’Éternel, votre Dieu! »
בַּסֻּכֹּת תֵּשְׁבוּ, שִׁבְעַת יָמִים; כָּל-הָאֶזְרָח, בְּיִשְׂרָאֵל, יֵשְׁבוּ, בַּסֻּכֹּת.מגלְמַעַן, יֵדְעוּ דֹרֹתֵיכֶם, כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, בְּהוֹצִיאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם: אֲנִי, יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם.
(Vayiqra-Lévitique, 2-42,43)…

(Souka du quartier Yemin Moshe, photo Yeoshua Halevy, Israel 21c)


Mais ce n’est pas tout!
Une des coutumes de Soukot, basée sur le texte mystique dit du Zohar, et devenue populaire au Moyen-Age, consiste à convier des invités « invisibles » de même que des invités « visibles ». On les appelle les Ushpizin. C’est normal, il s’agit de nos ancêtres les plus marquants, ils doivent se tenir avec nous dans la souka qui est le symbole de la Maison d’Israel.
Avraham, Yts’hak, Jacob, Joseph, Moïse, Aaron et David sont ainsi conviés. Une tradition plus moderne nous invite à ne pas oublier nos Ushpizot: Sarah, Myriam, Deborah, ‘Hulda, ‘Hanna, Avigail,et Esther.

Les kabbalistes enseignent que chacun de ces invités correspond à l’un des attributs d’une des sephirot: ainsi, le premier jour, nous convions Avraham, symbole du חסד (‘Hessed,) bonté, ensuite Yits’hak, symbole de la גבורה (Guevoura), puis Yaakov, symbole de la תיפארת (Tiferet), Splendeur, et Yossef, qui symbolise de יסוד (Yesod), la fondation. Ensuite Moshe, symbole du נצח (Netza’h), l’éternité puis son frère Aaron, symbole du הוד (Hod,) la gloire et enfin David, symbole de la מלכות (Malkhout), la souveraineté


Quant à nos oushpizot, elles ont été choisies en tant que 7 prophétesses, désignées ainsi par la guemara*:
Sarah symbolise l’endurance et la capacité à protéger, Myriam c’est la vivacité et abondance, Deborah le leadership et courage, ‘Hanna la foi et volonté, Avigail l’ingéniosité et compassion, ‘Hulda les pouvoirs prophétiques et Esther le sacrifice et courage.

 

Ce mot Ushpizin (les invités) ne s’emploie pas pour désigner nos invites « visibles ». Mais d’ou vient-il?
Il semble avoir beaucoup voyagé. Il vient du perse aspanj (un lieu d’hébergement), devenu en araméen, ushpiza (une auberge). Dans l’hébreu de l’époque de la Mishna, soit au début de l’ère chrétienne, un ushpiz est un hôte (dans les deux sens du terme). Ce mot franchira la mer pour la Grèce où il donnera le mot hospes, puis passant par le latin et enfin en français. il deviendra hospitalité, hôpital…
Si actuellement en hébreu le mot hôpital se dit בית חולים (beit ‘holim) la maison des malades, ces mêmes malades y sont מאושפזים (meoushpazim), hospitalisés.
Et vous connaissez certainement le film Oushpizin qui nous narre comment un  couple stérile,  très croyant et très pauvre, achète un etrog hors de prix, persuadé qu’il leur portera chance et espère recevoir les oushpizin dans sa souka. En fait d’oushpizin, ce seront de sympathiques voyous qui utiliseront l’etrog pour préparer une succulente salade et pourtant, le bonheur sera finalement au rendez-vous!

Il est dit que les 70 nations viendront à Jerusalem pour participer aux fêtes de soukot*: en attendant ce jour, ce chauffeur de bus arabe a décoré son bus pour réjouir ses passagers juifs. Lui aussi fait partie des hirondelles  que je mentionnais dans un précédent article*.

 

חג סוכות שמח

A bientôt,

*etrog: un cédrat

*Les hirondelles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/27/deux-ou-trois-hirondelles/

*Les ushpizot: certains rajoutent des femmes de notre temps comme  »Hanna Szenesh comme symbole du courage

*Les 70 nations et soukot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/01/une-souka-des-soukot/

 

 

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue*

 

 

J’ai souvent entendu dire: Ah mais vous les Juifs, vous êtes doués pour les langues!
Non, nous ne le sommes pas particulièrement, mais la plupart d’entre nous ont grandi dans des familles dont les membres n’avaient pas tous la même langue maternelle. En utiliser au moins deux, même imparfaitement, faisait partie du quotidien, et il en a toujours été ainsi pour des raisons historiques. C’est certainement un avantage car nous avons surmonté ainsi une barrière psychologique qui semble empêcher de nombreux Français d’utiliser les langues étrangères qu’ils ont pourtant apprises.
Ici en Israel, bien que plus des deux tiers des gens soient nés dans le pays, cette facilité à passer d’une langue à l’autre, même pour quelques mots, est toujours présente:
A la מכולת (makolet) épicerie, je ne suis pas surprise que Mahmoud me souhaite sba’h el’her (Bonjour en arabe), que Roni s’adresse à un petit garçon en russe: Саша, мой дгуг! (Sacha mon ami) pour repasser tout de suite à l’hébreu et qu’Ytsik me gratifie de son « Kommensava » habituel suivit d’un « aurévouar » sonore.
Certains diraient à tort « c’est la Tour de Babel« !
A tort pour deux raisons: Nous avons une langue en commun, l’hébreu, support de notre culture, les autres ne servent qu’à colorer notre langage. Et de plus, les constructeurs de la Tour de Babel parlaient justement tous la même langue.

(notre makolet)

Cette semaine, discussion entre amis dans notre  souka, décorée par Naama.


Ils me donnent quelques nouvelles de la vieille Europe qui corroborent l’excellent article de Liliane Messika « En Europe il y a les méchants et les gentils »*.
Je lis aussi l’en-tête d’un article sur Causeur*:
le sociologue Pierre Rosanvallon et chantre de la gauche universitaire refuse tout dialogue avec son adversaire idéologique Alain Finkielkraut.  À moins que ce dernier n’abjure ses convictions… Je ne connais pas cet homme ni désire le connaître. Mais ce qui m’épate c’est l’idée qu’on dialogue mieux tout seul…
Toujours dans la souka, nous en arrivons aux bienfaits de la confrontation positive des idées. Mon mari nous rappelle l’épisode de la tour de Babel: à
 ce moment là, l’humanité toute entière ne pratiquait qu’une seule  et même langue et, se sentant ainsi puissante, aspirait à bâtir une tour pour maîtriser les cieux…
« Toute la terre avait une même langue et des paroles semblables
וַיְהִי כָל-הָאָרֶץ, שָׂפָה אֶחָת, וּדְבָרִים, אֲחָדִים
Ça a l’air bien, une seule langue et un travail en commun pour le bien de tous! Beaucoup y verraient un signe de solidarité entre les peuples, d’égalité, de fraternité…
Pourtant cela ne plait pas du tout à Dieu: il les punit en dotant chaque groupe d’une langue différente et dispersant tout ce beau monde sur toute la surface de la terre .

« Et, ici même, confondons leur langage*, de sorte que l’un n’entende pas le langage de l’autre. Le Seigneur les dispersa donc de ce lieu sur toute la face de la terre »
הָבָה, נֵרְדָה, וְנָבְלָה שָׁם, שְׂפָתָם–אֲשֶׁר לֹא יִשְׁמְעוּ, אִישׁ שְׂפַת רֵעֵהוּ. ח וַיָּפֶץ יְהוָה אֹתָם מִשָּׁם, עַל-פְּנֵי כָל-הָאָרֶץ

 

(La tour de Babel. Un des ivoires de Salerno*. Le grand personnage à gauche est Dieu, pas vraiment content de l’humanité)

Quand on y pense, c’est quand même une punition bien légère. Le récit biblique nous a habitué à bien pire. Il suffit d’évoquer le déluge.
En fait, il ne s’agit pas d’une punition mais d’une thérapie. A ce moment là, l’humanité est en quête de puissance et de pouvoir.  Sa langue commune est celle du totalitarisme. Plutôt qu’un châtiment, la multiplication des langues est en fait une chance pour l’humanité.
La multiplication des langues et donc celle des cultures et des idées nous oblige chaque fois à échanger, à accepter les différences et à nous enrichir de celles-ci.

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Lorsque la langue et la gestuelle -langue du corps- s’unifient, la pensée elle-même devient celle du groupe. La langue commune fait le lit des dictatures.
Il  y a quelques années, j’avais lu « Une petite ville nazie« *:
Dans les années 60, l’historien américain William S.Allen séjourne plusieurs mois dans la petite ville allemande de Thalburg. Une
 double enquête, sociologique et historique, lui permet de publier l’étonnant récit de la montée du parti nazi de 1930 à 1935:
Il démontre que d’autres motivations que les évidents motifs socio-économiques permirent la nazification en douceur de cette petite ville allemande.  Les explications classiques de chômage, voire d’hostilité face à une communauté juive importante, n’étaient pas justifiées: la ville était prospère, résistait bien mieux que d’autres à la crise économique et n’avait qu’une toute petite communauté juive.
L’explication de William S. Allen est celle de l’acceptation passive de la doxa nazie par simple conformisme. Il a suffit de quelques nazis actifs et déterminés dans chaque association, culturelle, religieuse, sportive, depuis la chorale de l’église jusqu’aux associations d’anciens combattants pour donner le ton, pour décider avec qui pratiquer le vivre-ensemble.

Dans la petite ville nazie dont parle William S. Allen, tout est noyauté peu à peu par une minorité. En groupe, les habitants approuvent la doxa nazie bien que, séparément, ils soient peut-être de braves gens.

Aujourd’hui, l’Occident est face à une minorité islamique, adepte de la stratégie du « Jihad Silencieux » parallèlement à celle des « Milles entailles »*, mais peu de gens réfléchissent réellement à ce que provoquera la montée de ce fascisme islamique. 

(réunion du Labour Party cette semaine)

En hébreu, nous avons deux mots qui proviennent de la même racine: אחדות (a’hdut) la solidarité et אחידות (a’hidut) l’homogénéité. Le י(i) fait toute la différence. Il n’y a rien de pire que les sociétés homogènes où tout le monde parle d’une même langue. 

C’était quand même une discussion bien sérieuse pour cette semaine de Soukot!
Heureusement, le rire des enfants montait de souka en souka…

A bientôt,
PS:
Seul le docteur Zamenhof(1859-1919) était naïvement persuadé qu’une langue commune serait un vecteur de compréhension entre les peuples. Épouvanté par les nombreux pogroms de la fin du 19 ème siècle, il avait décidé de créer une langue facile à apprendre, l’Esperanto (j’espère). Son intention allait à l’encontre de celle des bâtisseurs de la tour de Babel. Il ne voulait pas imposer un pouvoir unique. Il avait seulement l’intention de supprimer les guerres grâce à une meilleure compréhension entre les peuples. Il avait oublié qu’une langue n’est pas qu’un ensemble de sons et l’écriture un ensemble de signes mais qu’elles sont l’expression d’une culture. Il eut de nombreux adeptes, de doux rêveurs qui furent balayés par la déferlante nazie et communiste.
Lisez l’excellent article d’Ada Shlaen sur Zamenhof:
A la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859 – 1917)
Et puis lisez tous les articles d’Ada Shlaen. Ce sont tous des merveilles:
https://mabatim.info/author/ada2132/

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, livre des proverbes, 18,21

*article de Liliane Messika
https://mabatim.info/2018/09/21/en-europe-il-y-a-des-mechants-et-des-gentils/

*L’article sur Causeur, si vous avez le courage de le lire:
https://www.causeur.fr/pierre-rosanvallon-alain-finkielkraut-2-154401

*Le djihad silencieux: une fatwa lancée dans les années 1990 par l’un des principaux dignitaires musulmans qui avait dit: “La conquête de l’Occident se fera sans guerre mais en silence, par une infiltration et une prise de contrôle”.
C’est aussi le nom d’une série de reportages réalisés par le journaliste israélien Tsvika Ye’hezkeli en Europe, en Turquie et aux USA. Pour ce faire, et aidé par le Mossad, il a pris l’identité d’un cheikh jordanien, adepte des Frères Musulmans.
En voici deux extraits qui concernent la France:

https://gloria.tv/video/onXEk91Rce4N4YxPU1EdEpsah
https://gloria.tv/video/1CFtMKHVZ1MSCzbrM2TP314z9

*Stratégie des 1000 entailles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/16/djihad-en-solo/

*La paracha de la tour de Babel: Bereshit (Genèse) 11,1-9

*Confondons leur langage. Le mot Babel fait bien référence à la Babylonie (Bavel en hébreu) mais la racine  signifie confondre

*Les ivoires de Salerno: ce sont des scènes bibliques, gravées sur plus de 60 plaques en ivoire et datant du 11 ème et 12 ème siècles. Elles combinent l’art byzantin,islamique, copte et chrétien occidental.  Elles constituent le trésor de la cathédrale de Salerno

 

 

 

חג סוכות שמח

Les Israéliens construisent leur souka !
Ici au kibboutz Kfar Aza:
sukot-au-kibboutz-kfar-aza-roee-idan

(photo Roee Idan)

à Efrat, 

soukot-a-efrat

à Givat Shmuel,

soukot-a-givat-shmuel

et toujours avec des sourires,

souka-et-sourires

 

חג סוכות שמח

A bientôt,

Les photos proviennent du journal Yediot A’haronot

 

Bonne fête de Soukot, חג סוכות שמח

Quelques photos de soukot:

Une souka en 1950, pour de nouveaux israéliens encore logés sous la tente!

Soukot village 1950 Jerusalem Post

Et aujourd’hui:

Une grande souka familiale

souka Tsohar

 

Quelques soukot en bas d’un immeuble à Talpiot:

soukot talpiot

Une petite souka à la piscine de Ramat Rahel ce matin:

souka Ramat Rahel

 

et enfin ce qu’en pense un personnage de Dry Bones:

soukot dry bones

« Pendant notre fête de Soukot, nous les Juifs, nous sommes assis dans de légères huttes fragiles, recouvertes de branchages…C’est un luxe en ces temps où tant de gens sont sans abri à cause d’ouragans, tremblement de terre, révolution et de guerre « 

A bientôt,

 

 

 

On marche au pas, enfin presque!

Depuis samedi soir, la plupart des Yerushalmim, qui ne sont pas partis en Tzimer ou en ‘houl* comme on dit ici, se retrouvent pour divers festivals comme le festival de piyutim*

tableau avec texte de piyut 19 eme siecle (en forme de finjan)(texte de piyut, tableau de Israel Meir Mizra’hi, 1850 en affiche du festival de piyutim)

ou celui de poésie, nommé « Un mètre sur un », מטר על מטרת  (meter al meter) et qui a lieu au jardin botanique et dans les ruelles du marché Ma’hane Yehuda*


Et nombreux sont ceux qui participent aux défilés de Jerusalem

Tous les ans à Soukot, on défile dans les rues de la ville.
Pourquoi? Pour quelle bonne cause?
Simplement pour le plaisir et sans doute pour rappeler que Soukot était une des trois fêtes de pèlerinage et que de tout Israel, on « montait » à Jerusalem avec femme et enfants
Il y a la célèbre marche des Nations*

marche de jerusalem les nations

mais aussi celle de différents corps de métiers, des pompiers, de certaines unités de l’armée (y compris celle des retraites de l’armée!), des sauveteurs, de la compagnie du gaz, de l’électricité etc…auxquelles se joignent de nombreux anonymes,

tseadat-jer9(ici les producteurs de lait de Maale Gilboa)

Et puisqu’on parle de marche, je vais vous parler de pied!
Le mot רגל (reguel) veut dire pied et même jambe lorsqu’on ne désigne  pas un endroit précis du membre.
Mais vous le savez bien, les racines sont joueuses et le même mot utilisé dans l’expression שלוש רגלים (shalosh regalim), les trois regalim, ne veut pas dire trois pieds, ou à la rigueur un trépied, mais les trois fêtes de pèlerinage sans doute parce que la montée de pied jusqu’à Jerusalem devait être suffisamment difficile pour marquer les esprits.
Mais est ce bien sûr? Car la racine רגל veut aussi dire aussi habituel, régulier…et donc les שלוש רגלים (shalosh regalim) deviennent alors les trois fêtes « régulières », ou alors la signification est double: on monte régulièrement à pied à Jerusalem
Le mot pied a donné un double sens à l’expression »sur un pied », על רגל אחת (al reguel a’hat). Le premier, c’est être en attente, être incertain, hésitant sur la conduite à tenir, le deuxième c’est faire quelque chose avec désinvolture, en s’en moquant.!

A ce sujet on raconte que Hillel Hazaken* était réputé pour son bon caractère. Il avait pour principe de ne jamais se fâcher. Un jour, un païen qui avait décidé de lui casser les pieds, vint le voir et lui dit: « Hillel, si tu peux m’enseigner la Thora pendant que je me tiens sur un pied, je me convertis au judaïsme! »
Hillel sourit et répondit: « Vas-y et maintenant écoute bien: Ce que tu détestes qu’on te fasse, ne le fais pas à ton prochain, c’est toute la Thora résumée sur un pied, pour le reste, va et apprends…« 

hillel et le paien
On ne dit pas si le païen suivit son conseil…

Enfin, la même racine רגל vous fait entrer dans le monde de l’espionnage, רגול (rigoul). Vous devenez un bon espion si vous savez, entre autres, marcher sur la pointe des pieds…
panthere rose

Les racines sont joueuses? Et la Kabbalah donc!…
La Kabbalah nous enseigne que si on permute les deux premières lettres de la racine רגל  on obtient le mot גורל (goral) le destin! Tout ça pour nous dire que le si on ne veut pas être soumis au destin, on doit secouer nos habitudes.
Le גורל  est aussi le tirage au sort du bouc émissaire qui avait lieu à Kippour* pendant l’époque biblique. Ce bouc était envoyé dans le désert,  ל-עזאזל (La-azazel), chargé de nos fautes.
De nos jours,  envoyer quelqu’un ל-עזאזל (La-azazel), c’est l’envoyer « au diable »…

har hazazel(le mont Azazel dans le desert de Yehuda)

Maintenant que vous êtes imbattables sur la racine du mot pied, nous reprendrons d’ici peu, nos promenades le long des murailles que la guerre avait interrompues!

A bientôt,

*Tsimer: chambre d’hôte, le mot chambre en yiddish et allemand est passé en hébreu pour devenir chambre d’hôte: Pendant la fête de Soukot, les Tsimerim sont pleins à craquer

*’Houl: Acronyme de   חוץ לארץ (‘Houtz laaretz). Littéralement en dehors du pays, c’est a dire à l’étranger

*les piyutim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/
http://www.piyut.org.il/english/

*La Marche des Nations:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/01/une-souka-des-soukot/

*Ma’hane Yehuda ou le camp de Yehuda: le plus grand marché de Jerusalem. Et c’est bien plus que cela!

*Hillel Hazaken: un des grands de la Mishna qui vivait à Jerusalem sous le règne du roi Herode et de l’empereur Auguste.

*Dans le Lévitique (16, 8)

I am singing in the rain!…

Il y a quelques jours en descendant à Ness Tsiona, j’ai eu droit à quelques minutes de pluie, de la vraie pluie et j’ai même dû utiliser les essuie-glaces!
L’épicier m’a dit: C’est une bénédiction! Juste avant la fête de Soukkot! Tu as eu droit à une bénédiction!
Le patron du pressing qui est musulman m’a dit: C’est une bénédiction! Juste avant la fête de l’Aïd al-Adha! Une vraie bénédiction!
Bref, chacun y trouve son compte et si vous pensez que nous sommes est un peu obsédés par la pluie, c’est vrai!
Je sais bien qu’en France l’été a été plutôt pourri mais ici, c’est chaque fois la même attente après 5 mois sans pluie.

En Israel la pluie, c’est une bénédiction!
Après Soukot, nous dirons chaque jour dans nos prières:

« משיב הרוח ומוריד הגשםת  fais souffler le vent et tomber la pluie!« 

Les pluies ont des noms différents selon leur intensité mais aussi selon leur époque: la première de l’automne s’appelle יורה (Yore) et la dernière à la fin du printemps מלקוש (Malkosh) . Chacune des deux doit venir « en son temps » comme nous le dit la Thora:

« Je donnerai à ton pays la pluie en son temps, pluie d’automne et pluie de printemps, et tu récolteras ton blé, ton vin et ton huile. »
ונתתי מטר ארצכם בעתו יורה ומלקוש ואספת דגנך ןתירושך ויצהרך

yore_umalkosh.ill(manuscrit médiéval,  Jewish Heritage on line)

N’oublions pas que le peuple d’Israel est un peuple de paysans pour qui il est indispensable que ces deux pluies, יורה ומלקוש (Yore  ouMalkosh) qui encadrent la saison des pluies, arrivent « en leur temps »  » pluie de l’automne et du printemps en temps voulu, qui nous réserve régulièrement les semaines déterminées pour la moisson. » (Jeremie, 5,24)

Mais si les choses ne se passent pas bien, on entame alors des prières spéciales pour éviter la sécheresse.
A ce propos, le Talmud raconte une histoire peu banale:
« Au temps de la dynastie des ‘Hashmonaim, vivait un sage capable de faire des miracles. Un peu comme le prophète Elie ou son disciple Elisha. Cet homme s’appelait ‘Honi et chaque fois qu’il y avait une gros souci dans le pays, on lui demandait de prier Dieu pour que les choses s’arrangent…
Une année de sécheresse, une année où les prières classiques n’avait eu aucun effet sur la décision divine, le peuple demanda à ‘Honi d’intervenir.
‘Honi traça alors un cercle, se mit à l’intérieur de ce cercle et dit à Dieu: « Je ne sortirai pas du cercle avant qu’il pleuve! »*

honi hameaguel mihal gamlieli

(‘Honi hameaguel, Mikhal Gamlieli)

Il se mit à pleuvoir, mais une petite pluie de rien du tout.
‘Honi dit alors: « Cette pluie ne pourra pas abreuver la terre, il nous faut une pluie plus importante »
Dieu fit alors tomber une pluie torrentielle
‘Honi dit alors: « Une pluie torrentielle pour raviner la terre et déraciner les arbres? Non, tu sais ce qu’il nous faut: une pluie calme qui s’insinue dans les mottes de terre desséchées et les gorge d’eau, lentement ».

Dieu fit alors tomber une bonne pluie d’automne, tranquille et continue. La terre n’eut plus soif et le pays reverdit…

 ‘Honi était un homme sage, il n’était pas l’homme vain et vantard que le roi Salomon décrit dans le livre des Proverbes:

נְשִׂיאִים וְרוּחַ, וְגֶשֶׁם אָיִן– אִישׁ מִתְהַלֵּל, בְּמַתַּת-שָׁקֶר Des nuages et du vent, mais de pluie point! Tel est l’homme qui fait grand bruit de ses dons illusoires. (proverbes 25 14)*

Mais sa sagesse lui valut un sort funeste
La renommée de ‘Honi était si grande que chacune des deux factions, qui se déchiraient alors pour le pouvoir, lui intima de la rejoindre, voulant utiliser les pouvoirs de ‘Honi pour détruire l’adversaire. Homme intègre, ‘Honi refusa de faire des miracles pour complaire à des assassins…Et c’est lui qu’on assassina!  *

On peut voir sa tombe à ‘Hatzor en Galilée.

honi hameaguel tombe

(גשם בוא-Gueshem bo- Que vienne la pluie! interprété par les chœurs de l’armée)

Mais la pluie n’est-elle que de la pluie?
Comme toujours, il faut creuser du côté des racines des mots. La racine du mot גשם (gueshem) pluie, signifie aussi concrétiser, réaliser. De nombreux groupes sionistes se sont appelés les מגשימים (Magshimim) ceux qui concrétisent leur rêve en s’installant en Eretz Israel.
Mais le vent n’est-il que du vent?
Le mot vent, רוח  (roua’h), veut dire aussi esprit et a donné le mot  spiritualité, רוחניות (Ruhaniout).
Et si la phrase que nous répétons quotidiennement dans nos prières,  משיב הרוח ומריד הגשם (mashiv haruah oumorid hagueshem) « Fais revenir le vent et tomber la pluie » voulait aussi dire « Permets nous de réaliser nos aspirations »?


(Le célèbre Barkhenou, interprété par Shimi Tavori: Bénis l’oeuvre de nos mains et donne pluie et rosée sur la surface de la terre)

ברכנו השם אלוקינו
בכל, בכל מעשה ידינו
ברכנו השם אלוקינו
וברך, וברך את שנתנו
ותן תן תן, תן טל ומטר
על פני האדמה, על פני האדמה

 

Et pour vous souhaiter un bel automne, ce poème de Shlomo ibn Gvirol:

Pluie d'automne Shlomo Ibn Gvirol
« A l’encre de ses pluies, à celle de ses ondées,

De sa plume d’éclairs, de sa main de nuées,
L’automne a écrit une page du jardin, de bleu ciel et de pourpre
Nul n’avait conçu un tableau aussi riche,
En ce temps de délice pour la terre et le ciel
Et brodé des  rameaux sur des parterres d’étoiles »

A bientôt,

 *Depuis lors ‘Honi fut connu sous le nom de ‘Honi Hamaguel, ‘Honi le traceur de cercles.

*Oserais-je dire que c’est l’équivalent hébraïque du shakespearien « Beaucoup de bruit pour rien »?

*Il semblerait que ‘Honi fut le protégé de Shimon Ben Shetah, président du Sanhedrin sous le règne d’Alexandre Jannée au 2 ème siècle avant l’ère chrétienne. Sa sœur, ShlomTsion, devint reine en succédant à Alexandre Jannée. Il s’agit des descendants des ‘Hashmonaim que nous fêtons à ‘Hanouka. Autant les premiers ‘Hashmonaim furent des gens de valeur, autant leurs descendants pratiquèrent les assassinats fratricides comme moyen de conserver le pouvoir.

La ferme Dubrovin

Cette semaine tout le monde sort, se balade, s’amuse. C’est la semaine de soukot!
Nous, nous sommes simplement sortis nous promener en ville, à l’ancienne gare (https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/05/lancienne-gare-de-jerusalem/).

Une foule nombreuse se pressait sur le deck installé sur les voies, pour une dégustation de vin du Golan ou de Judée, de miel, de fromages, en particulier un excellent chèvre du kibbutz Sde Eliahou (https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/28/sde-eliahou/). Beaucoup étaient venus pour danser…

gare jerusalem 3

ou prendre un verre dans la souka de la gare dans un ancien wagon.

souka gare jerusalem

Mais ces jours prochains, je repartirais bien pour une nouvelle ballade dans le Nord. Il y a tant a voir!..

Quand on va de Kyriat Shemona à Metula en Haute-Galilée on remarque un panneau sur la route: Ferme Dubrovin. Un petite route secondaire nous emmène en direction du lac Houle vers une ancienne ferme devenue musée où on nous raconte les aventures de la famille Dubrovin.

famille dubrovin
Les Dubrovin sont arrivés de Russie en 1909 et se sont installés en Haute-Galilée. Rien que de très banal, sauf… que les Dubrovin à l’origine n’étaient pas Juifs.
C’est une histoire peu commune que celle-ci: au milieu du 19 ème siècle, le patriarche, Stanislav paysan russe illettré, décide d’apprendre à lire dans le seul livre disponible, la Bible, et commence à se détacher des coutumes orthodoxes.
Il rejoint finalement un groupe de chrétiens judaïsants, persécutés par le pouvoir tsariste et l’Eglise orthodoxe dont ils se sont séparés dès la fin du 18 ème siècle. On les appelle les subbotnik, ceux qui respectent le shabbat, en russe subota (суббота). Malgré les accusations portées par l’évêque du district de Voronej, aucun juif n’a pu les influencer, il n’y en a aucun dans la région*…Bref, Stanislav devient subbotnik pour finalement se convertir au judaïsme et s’appeler Yoav.

En 1909, il n’est déjà plus tout jeune, mais il décide de venir s’installer en Palestine ottomane. il emmène sa famille avec lui et s’installe à côté du lac Houle car dit-il « cette plaine et ces marécages me rappellent ma Russie natale« .

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Les pionniers de la région sont impressionnés par le travail que fournissent les Dubrovin « Lorsque j’ai vu la famille Dubrovin au travail, avec le père, Yoav, âgé de 64 ans, homme robuste et travaillant la terre comme s’il avait 25 ans, avec ses quatre fils, imposants comme des chênes et ardus au travail, me vint l’idée de les inviter à venir s’installer à Yessod-Hamaala » écrit l’un deux*. 

Les Dubrovin construisent donc leur ferme à Yessud Hamaala « la fondation de l’alya » , moshav dont le nom est tiré d’une phrase du livre d’Ezra (9.7).

yessod hamaala

La région est fertile mais très insalubre à cause de la malaria, endémique sur ces terres marécageuses. De nombreux pionniers en meurent et il faudra attendre les années vingt pour que soit complètement terminé le drainage des marais, reconvertis en terres agricoles.

Hula_Valley_and_Mount_Hermon

Yoav perd plusieurs de ses enfants et petits enfants de la malaria. Une partie de la famille s’installera alors à Rosh Pina, plus salubre,

rosh pina

mais il y aura des Dubrovin à Yessod Hamaala jusque dans les années 60 où la famille donnera la ferme au KKL qui la restaurera et la transformera en musée.

ferme dubrovin

Et les enfants d’aujourd’hui peuvent imaginer comment vivaient leurs ancêtres pionniers:

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Histoire peu banale? Certes mais qui m’a fait penser à celle des Juifs de San Nicandro:  dans la région des Pouilles, en Italie du Sud, un paysan illettré apprend à lire dans la Bible (cette fois on est à  la fin de la première guerre mondiale) et entraîne un groupe de villageois à judaïser avec lui.
san nicandro
La plupart se convertissent au judaïsme en 1945* et font leur alya dès la création de l’état d’Israel!

enfants de sqn nicqndro en galilee 1950

(enfants de San Nicandro en Israel en 1950)

Entre l’histoire des Karaites de Crimée qui ont tout fait pour qu’on ne les reconnaisse plus comme Juifs (https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/02/les-generations-oubliees-3/), celles des Subbotnik, celle de San Nicandro, qui a dit que l’histoire des Juifs était simple?

A bientôt,

*Les Juifs ne pouvaient pas habiter le Russie jusqu’à la révolution de 1917. Seuls leur étaient réservés les territoires dits de résidence qui se trouvaient à l’extrémité ouest de l’empire, essentiellement en Ukraine ou en Biélorussie. Ils avaient été expulsés du territoire russe lui-même par Ivan III (1462-1505) à la suite de la conversion de membres de la famille royale au judaïsme, conversion attribuée aux quelques Juifs résidents en Moscovie.

*Il s’agit de Haim Margaliot Kalvaritsky, membre des ‘Hoveve Tsion

* Ils avaient pris contact avec le grand-rabbin de Rome en 1938, juste au moment de la promulgation des lois raciales en Italie. Celui-ci leur a conseillé d’attendre pour leur sécurité.