Hannouka 2017: les secrets de la forêt de Ben Shemen

L’histoire contemporaine de Ben Shemen commence  en 1904,  lorsqu’un groupe de pionniers acheta les terres du lieu dit Beit Arif  pour  y planter des oliveraies.
Le moshav de Ben Shemen y fut fondé en 1905 et nommé d’après cette phrase du prophète Ishaï (chap5,1):
Je veux chanter à mon bien-aimé le cantique de mon ami sur sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau au sol fertile (gras).
א אָשִׁירָה נָּא לִידִידִי, שִׁירַת דּוֹדִי לְכַרְמוֹ: כֶּרֶם הָיָה לִידִידִי, בְּקֶרֶן בֶּן-שָׁמֶן.

Les débuts furent très difficiles: la grande invasion de sauterelle de 1915* puis les combats de la première guerre mondiale détruisirent les premières oliveraies.
En 1927 fut construit le village des jeunes de Ben Shemen, pension et école d’agriculture.

 De nos jours, Ben Shemen est surtout connu pour sa forêt, une des plus grandes d’Israel, 21000 dunam (ou 21 km carrés), renommée pour ses sentiers de randonnée.
La foret se trouve tout proche de la ville de Modiin*.

Forêt de Ben Shemen Photo: Avi Hayoun. Courtoisie des archives du KKL-JNF(photo KKL)

Le nom de Modiin ne vous est pas inconnu. Eh oui, il s’agit de ce poste d’observation,  qui domine la plaine côtière à 300 m d’altitude et qui, il y a plus de 2000 ans donnait des מודעין (modiin), des renseignements sur les envahisseurs en route pour la capitale. Et Modiin, comme vous le savez aussi, est liée à l’histoire des Makabim, ces révoltés juifs qui se battirent contre l’armée grecque pour libérer le pays, surtout notre capitale Jerusalem et surtout notre Temple (n’en déplaise à l’UNESCO et à ses sbires). Ils réussirent à sauvegarder notre indépendance pendant 130 ans jusqu’à l’arrivée des Romains.

Partons donc pour la forêt de Ben Shemen:
A partir de Jerusalem, la route 443 vous mènera au carrefour dit des Makabim et à des panneaux « tombeaux des Makabim ».
Mais les Makabim sont-ils enterrés ici?
Il est vrai qu’on se trouve soudain face à 9 tombes de grande taille, identifiées par certains comme étant celles des Makabim. Elles sont creusées à 1m 50 dans le rocher, et chacune contient deux niches pour deux dépouilles. A leur côté, de larges pierres taillées qui servaient de pierre tombale à l’époque romaine et bien avant.

Related image

La tradition les reconnait donc comme les tombeaux des Makabim.
Mais pourquoi? Parce qu’en 1907, des élèves du lycée Gymnasia Herzlyia de Tel Aviv, partis en excursion pour ‘Hanouka en direction de cette Modiin antique, furent interpellés par un berger arabe du village de Al-Midya, qui leur indiqua le lieu dit Koubour al yehud, le tombeau des Juifs, situé dans ces terres abandonnées, qui seront plus tard la forêt de Ben Shemen.
Mais bien sûr, tous les experts ne sont pas d’accord. 
Au nord de ce site se trouve une structure en pierre couverte par un dôme appelé Horbat ha-Gardi ou Ruine du Gardi. Il date de la période byzantine et en son centre une tombe musulmane, celle de Sheikh (Sheikh al-Gharbawi).
Or, en 1870, pour l’archéologue français, Victor Guerin, ce site était celui du fameux tombeau, édifié par Shimon pour les membres de sa famille, tel qu’il est décrit dans le premier livre des Macchabées (chap 13): «Shimon envoya recueillir les restes de son frère Yonathan pour les ensevelir à Modiin la ville de leurs pères… Sur le tombeau de son père et de ses frères Shimon fit construire un mausolée assez haut pour être vu de loin, en pierres polies par devant et derrière. Il fit dresser au dessus 7 pyramides se faisant face l’une a l’autre pour son père, sa mère et ses 4 frères… »
Et de plus, en 1874, l’archéologue français Charles Clermont-Ganneau fit correspondre cet édifice avec un site marquée dans la carte de Madeba* comme le lieu de sépulture des Macchabées.

Pourtant, il découvre aussi les traces d’une croix sur le sol en mosaïque colorée de l’époque byzantine et des vestiges du temps des Croisés. La question est: sur quoi les Byzantins et les Croises ont-ils construits et pourquoi une tombe musulmane?
Les fouilles doivent reprendre d’ici peu, on en saura peut-être plus bientôt…
Mais en tout cas, ce qui est intéressant sur ce deuxième site c’est son nom:  La ruine du Gardi, Gardi étant le surnom de Yonathan Ha’hashmonai, l’un des Makabim.

(photo Moshe Guilad)

Evidemment, l’histoire de la révolte des Makabim ne se limite pas à cette forêt de Ben Shemen. Ils ont guerroyé contre les Grecs dans toute la Judée. Voici une vidéo de l’Universite Bar Ilan qui explique ce que furent les combats dans la vallée de Ela (la vallée du térébinthe*).

Ici dans la région de Modiin,  s’est déroulée, du 8 au 18 mais 1948, l’opération Makabim pour ouvrir le chemin allant de la plaine côtière à Jerusalem. Elle fut une des nombreuses opérations militaires nécessaires pour libérer la ville assiégée. Une stèle à la mémoire des 23 soldats qui ont péri pendant ces combats se trouve à côté de »La Ruine de Gardi« :

Et un monument érigé en forme de pyramides les relie au souvenir des Makabim
Related image

Toujours à côté de la ville actuelle de Modiin, se trouve le Kfar Ha’hashmonaim où les enfants peuvent s’imaginer plus concrètement la vie quotidienne des Juifs d’il y a 2000 ans.

Si vous ne voulez pas vous plonger dans les détails de cette histoire, en voici un résumé illustré, succinct mais juste:

Les Makabim sont restés dans la mémoire juive comme un symbole de force et de vaillance. C’est pourquoi, les premiers clubs sportifs juifs ont tous pris et gardent le nom de Makabim*. Le premier fut établit à Constantinople en 1895 et très vite, se répandirent dans toute l’Europe.
Max Nordau écrivait en 1898: « L’histoire de notre peuple nous montre que nous avons été forts autrefois…mais maintenant ce n’est plus le cas. Nous devons nous développer physiquement pour montrer que nous pouvons nous défendre… Mais recouvrer une vie saine, ce n’est pas seulement avoir un corps sain, nous devons retrouver aussi l’esprit des Hébreux… »
Ce qu’écrit Max Nordau peut paraître un peu naïf et sans objet mais pour les Juifs de cette période qui n’étaient jamais sûrs de rentrer sains et saufs chez eux, cela sonnait comme une nécessité impérieuse. Les premières lois nazies bannirent les Juifs des clubs de sport allemands au nom de la race pure.

hanukkah

(https://ukmediawatch.org/2013/11/28/the-hanukiyah-and-the-swastika-the-story-behind-a-haunting-photo-from-1931/)

Une petite fille de 7 ans, Hadas Goldenberg, du kibboutz Beit Alpha vient de découvrir une lampe à huile, typique de la période des Makabim. C’est à cette période qu’on a commencé à fabriquer séparément les parties hautes et basses des lampes dans des moules.

(Yediot Aharonot, photo Nir Distelfeld de l’Autorité des Antiquités)

Ce ‘Hanouka, on peut dire que la saison des roquettes en provenance de Gaza est de nouveau ouverte: une quinzaine cette semaine sur Sderot et Ashkelon. Un attentat à Jerusalem*, des jets de pierres sur les voitures et les autobus un peu partout…


Merci à notre armée, aux gardes de sécurité, aux policiers qui risquent leurs vies tous les jours pour veiller sur notre sécurité.

A bientôt,

*L’invasion de sauterelles de 1915:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/27/le-yishouv-en-guerre/

*Modiin: ville à mi-chemin entre Tel Aviv et Jerusalem. Ce fut aussi la ville d’origine de la famille des Makabim.

*Les Makabim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/

*Carte de Madaba: mosaïque de l’église Saint-Georges de Madaba en Jordanie. Elle est connue pour être la plus vieille représentation cartographique qui nous soit parvenue d’Israel et de Jerusalem. Elle date de la fin du 6 ème siècle.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/31/la-porte-de-damas-et-la-porte-neuve/

*La vallée du térébinthe:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/27/la-vallee-du-terebinthe/

*Un des gardes de la station des bus a été très grièvement blessé. Il s’appelle Asher Ben Saada

 

 

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On ne doit pas compter sur un miracle!

La plupart d’entre nous fêtent ‘Hanouka* d’une manière traditionnelle, allumant les bougies, mangeant des beignets et parfois rajoutant une prière sans se poser de question sur le phénomène du miracle. Il est vrai que si l’on commence… Mais ces questions nous taraudent depuis toujours. On n’y croit ou on n’y croit pas, on cherche des explications au miracle, on l’esquive parfois, mais que faire? A chaque fête, le voilà qui revient, on nous dit qu’une fois encore, nous nous en sommes sortis (de justesse) grâce à un miracle!
Pour un peuple tel que le notre qui doit réviser ses mécanismes de survie à chaque génération, le concept de miracle peut sembler soit totalement  séduisant soit totalement non pertinent.
A travers ces chants de ‘Hanouka, j’aimerais vous exposer cette problématique du miracle ou du non-miracle de notre survie et notre retour au pays.
Voyons comment le sujet fut abordé en 1923 dans le monde du sionisme socialiste:
C’est pour ses élèves de « L’école des travailleurs » de Tel Aviv que l’écrivain Aharon Zeev* a composé le chant אנו נושאים לפידים, Nous sommes les porteurs de torches.

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Il fut aussitôt entonné lors des défilés traditionnels de torches pendant ‘Hannouka,

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(Les porteurs de torches au moshav Gia au sud d’Ahkelon)

et fut aussi adopté par les pionniers des opérations חומה ומגדל, Tour et palissades*,

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et devint ainsi l’hymne symbole de l’édification du pays par le travail et le combat:

En Israel, tout le monde le connait et le chante pour ‘Hannouka:
אנו נושאים לפידים בלילות אלפים זורחים השבילים מתחת רגלינו ומי אשר לב לו הצמא לאור ושא את עיניו וליבו אלינו לאור ויבוא
Nous sommes les porteurs de torches, des milliers dans la nuit, les sentiers brillent sous nos pas et pour celui dont le coeur est assoiffé de lumiere, qu’il lève ses yeux et son coeur vers nous, vers la lumière et qu’il nous rejoigne…

Le texte continue ainsi: נס לא קרה, לנו פך שמן לא מצאנו, לעמק הלחנו, ההרה עלינו, מעינות האורות הגנוזים גלינו
« Nous n’avons pas eu droit à un miracle, nous n’avons pas trouvé de cruche d’huile, nous sommes allés vers l’Emek*, nous sommes montés sur la montagne, nous avons trouvé des sources cachées de lumière « .

Dans cette dernière phrase, l’auteur concentre tout son désaccord avec la tradition juive: pas de miracle, pas de cruche dont l’huile brûlera 8 jours bien que la quantité ait été juste suffisante pour un seul et il rajoute en plus: nous sommes montés sur la montagne. Quand on parle de la montagne dans les textes traditionnels c’est du Sinaï dont il s’agit, montagne où seul Moshe a eu le droit de grimper pour recevoir la Thora! Ce désaccord d’avec la tradition est confirmé par l’expression des sources cachées* de lumière. Pour Zeev, l’enseignement rabbinique a caché cette lumière, la délivrance du peuple juif est en route uniquement grâce au travail des pionniers.

Enfin, le chant  se termine ainsi:
בסלע חצבנו עד דם, ויהי אור nous avons secoué (exactement barraté) le rocher jusqu’au sang et la lumière fut.
C’est par le travail acharné, le dévouement et l’héroïsme des pionniers qu’arrivera la délivrance du peuple juif et non pas par des miracles comme au temps de Moshe. Il en est de même pour la lumière: l’expression ויהי אור(vayehi or), la lumière fut, est empruntée au texte biblique de la création.

C’est une semblable conception du monde qui se retrouve dans un autre chant de ‘Hanouka de la même époque.
Il détourne la phrase du תהילים (Psaume):
מִי–יְמַלֵּל, גְּבוּרוֹת יְהוָה; יַשְׁמִיעַ, כָּל-תְּהִלָּתוֹ
Qui saura dire la toute-puissance de l’Eternel, exprimer toute sa gloire?  (תהילים (Psaume) 106, 2)
en
qui saura dire la vaillance d’Israel en ces jours, à chaque génération se lève un héros qui délivre le peuple…

 

Ces deux chants sont le reflet d’une conception du sionisme, celle de ceux qui ne voulaient pas intégrer la dimension du miracle dans l’interprétation de l’histoire: il faut dire que l’histoire juive leur donnait toutes les bonnes raisons de croire que les miracles n’étaient plus d’actualité depuis longtemps.
Mais ce serait trop simple de les classer en « non religieux ».
Au milieu du 19 ème siècle en Pologne vivait le Rav Tzvi Hirsch Kalisher*. On le considère comme l’un des précurseur du sionisme politique.
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Bien que rabbin, il avait pourtant une conception du sionisme et du retour des Juifs en Israel pas si éloignée de celle des pionniers du mouvement ouvrier. Pour lui, il était impensable d’attendre un signe de Dieu pour monter en Eretz .
Voici ce qu’il écrivait, bien longtemps avant que soit fondé le mouvement ouvrier et composé le chant Nous sommes les porteurs de torches:
« …La délivrance d’Israel, nous l’attendons tous! Mais ne pensez pas que soudain Dieu descendra du ciel  vers la terre pour dire à chacun d’y aller et qu’il enverra son messie sur le champ, qu’il vous rassemblera à Jerusalem et qu’il lui construira une muraille de feu et que le Temple tombera du ciel! Ce n’est pas en seul jour mais lentement que viendra la délivrance, ce n’est que que lentement, lentement qu’elle fleurira…
Et (quand cela aura lieu) nous nous en rendrons compte logiquement, grâce à notre intelligence,  et nous comprendrons alors pourquoi il aura fallu que cette délivrance soit le résultat de nos efforts et non pas d’un coup, par un miracle évident comme par la venue du Messie… » 
Zvi Hirsch Kalisher  (Drishat Tsion)

Il faut bien dire que la conception du retour en Eretz Israel et de la délivrance du peuple juif énoncée par le rav Kalisher est en total désaccord avec la plupart de ses collègues rabbins. Aharon Zeev, le poète du mouvement ouvrier, et lui sont sur la même longueur d’onde:  la renaissance du peuple juif sur sa terre s’obtiendra par les efforts et le travail obstinés des Juifs. Cependant (n’oubliez pas qu’il était rabbin!) il ne renonce pas au miracle, il le subordonne seulement aux efforts de l’homme. En fait, il s’agit d’un travail d’équipe.

En écrivant ces phrases, je pense au beau poème de Tchernikhovsky: אומרים ישנה ארץ (Omerim yeshna eretz), On dit qu’il existe un pays.
Le poète se demande si vraiment un tel pays existe pour les Juifs: « nous avons traversé tellement de déserts et de mers et ne l’avons pas trouvé« . Il attend lui aussi une terre miraculeuse et exprime le désespoir du peuple juif « elle n’est peut être plus là אוּלַי כְּבָר אֵינֶנָּה ?
En fait, il y est arrivé mais ne la reconnait plus. Mais contrairement aux héros porteurs de torches, Tchernikhovsky ne se coupe pas de la tradition juive. C’est ainsi qu’il rencontre Rabbi Akiva et lui demande:
Salut à toi Akiva, salut à toi rabbi, où sont donc tous les héros*,  où est le Makabi*?
?שָׁלוֹם לְךָ עקיבא,  שלום לך רבי !אֵיפֹה הֵם הַקְּדוֹשִׁים,אֵיפֹה הַמַּכַּבִּי

Et obtient ainsi une réponse qu’aurait appreciée Kalischer
!עונה לו עקיבא ,אומר לו הרבי ,כל ישראל קדושים ,אתה המכבי
Akiva, lui répond, le rabbi lui dit: tout Israel est un héros, et tu es le Makabi

En d’autre termes: au travail!

De toute façon, comme le dit la Guemara: »On ne doit pas compter sur un miracle! »

 

A bientôt,

*’Hannouka:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/12/09/hanouka-sameah-%D7%97%D7%A0%D7%95%D7%9B%D7%94-%D7%A9%D7%9E%D7%97-2/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/

*Aharon Zeev (1900-1968): né à Sokolow Podalsky sous le nom de Aharon Zeev Weintraub, membre du kibboutz Degania puis éducateur et écrivain pour enfants, journaliste au journal de la Histadrout, Davar. La chanson Nous sommes les porteurs de torches a été composée au début des années 30.

*Emek: Emek Yezreel en basse Galilée

*Le terme גנוזיםת signifie cachés, enfouis, il rappelle la gheniza où sont enfouis les textes sacrés lorsqu’ils ne peuvent plus servir. Il s’agit donc là d’une rétention volontaire de sources du savoir.

*Rav Kalisher (1795-1874):
https://en.wikipedia.org/wiki/Zvi_Hirsch_Kalischer

*Tours et palissades:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/12/06/hanita-letape/

*Tchernikhovsky Shaul (1875-1943):
https://en.wikipedia.org/wiki/Shaul_Tchernichovsky

*J’ai préféré traduire קדושים (Kedoshim) par héros, car la traduction habituelle « saint » ne rend absolument pas la signification du mot hébraïque.

*Makabi: héros de la révolte juive contre les Grecs, célébrés lors de la fête de ‘Hannouka.

*L’école des enfants des travailleurs: fondée par des militants du mouvement ouvrier juif de Palestine, très proche des idées du kibboutz et mettant en avant les réalisations des pionniers. Elle prônait une partielle auto-gestion partielle de la part des enfants, un peu comme le fit Janusz Korczak dans son orphelinat de Varsovie,  et mettait en valeur le travail manuel.

Le huitième soir de ‘Hanouka

Hanouka 8 eme bougie chez ma fille

     Pour le huitième et dernier soir de ‘Hanouka chacun allume sa ‘Hanoukia!                                                      

                                                                                                                                                                                                            

‘Hanouka samea’h חנוכה שמח

 

Nous avons allumé les premières bougies de Hanouka à Eilat. A ceux qui pensent que nous avons fait בתן גב (Beten Gav) ou « ventre-dos » au soleil, ils se trompent! Le soleil était bien là mais accompagné d’un vent hivernal et coupant. Le cache-nez était de rigueur!

Revenons à Jerusalem:  cet automne, une importante découverte archéologique a eu lieu sur le site de fouilles de עיר דויד (Ir David) ou Ville de David, au sud de l’esplanade du Temple. Depuis le temps que les archéologues s’obstinaient à creuser sur ce terrain appelé le parking Guivati! Et pourquoi ? Parce sous ce qui fut en son temps un parking pour autobus*, devaient se trouver les ruines de l’Acra.

Qu’est-ce donc que cette Acra? Dans l’ancienne Grèce, le mot Acra désignait une structure fortifiée et ce que les archéologues cherchaient c’était l’Acra du roi Antiochus Epiphane.
Pour comprendre ce dont il s’agit, nous devons remonter bien loin dans le temps, jusqu’à la mort d’Alexandre le Grand en 323 avant l’ère chrétienne.
Apres sa mort, ses généraux héritent de son empire:

royaume des generaux d'Alexandre

(Partage de l’héritage dAlexandre le Grand  par trois de ses généraux)

Celui qui nous intéresse est un des descendants de Seleucos (fondateur de la dynastie des Seleucides): Antiochus IV ou Antiochus Epiphane.
En 168 avant l’ère chrétienne, il conquiert la Judée, passée alors sous contrôle des Ptolémées. Il est aidé par les Juifs de Jerusalem que les Ptolémées persécutent, en échange de la promesse d’une totale liberté religieuse et politique. Mais comme vous le savez, il s’agit d’un marché de dupes. Antiochus est en fait un fervent partisan de l’hellénisation forcée et une dure période de persécution commence alors pour les Juifs, en tout cas pour ceux qui refusent de s’helléniser.  Je ne vais pas vous raconter à nouveau* les démêlés des Juifs avec Antiochus IV qui sont mentionnés dans le Livre des Makabim*.

Livre des Makabim 1 21 37: »Après avoir battu l’Égypte l’an cent quarante-trois, Antiochus revint sur ses pas et marcha contre Israël. Il entra avec une audace insolente dans le sanctuaire et en enleva l’autel d’or, le chandelier de la lumière avec tous ses ustensiles, la table des pains de proposition, les coupes, tasses et écuelles d’or, le rideau, les couronnes et les ornements d’or sur la façade du temple, et il détacha partout le placage… Emportant le tout, il entra dans son pays, après avoir massacré beaucoup de gens et proféré des paroles insolentes… Deux ans après, le roi envoya dans les villes de Juda un commissaire des contributions. Celui-ci arriva à Jérusalem avec beaucoup de troupes, et il adressa par ruse des paroles amicales aux habitants, qui l’accueillirent sans défiance, puis, tout à coup, il se jeta sur la ville, la frappa d’une grande plaie et tua beaucoup d’Israélites… Ensuite les Syriens entourèrent la cité de David d’une grande et forte muraille, avec de puissantes tours: ce fut leur citadelle. Ils y mirent une race perverse, des gens sans foi ni loi, et s’y fortifièrent. Ils y entassèrent des armes et des provisions, et, rassemblant les dépouilles de Jérusalem, ils les y déposèrent. Ils devinrent ainsi un grand danger pour la ville.

C’est cette Acra là que cherchaient les archéologues, l’Acra du cruel Antiochus Epiphane! En se fiant aux textes, ils savaient que l’Acra était forcement enfouie, au sud de l’Esplanade du Temple,

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(Sud de l’esplanade du Temple)

et que la citerne de Shiloa’h* construite, bien auparavant par le roi Ezechias, sur le plateau de l’Ophel (juste en dessous de l’esplanade du Temple), devait servir à sa garnison.

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Les fouilles avançaient mais de forteresse point!…

Il est vrai qu’en 2008, ils avaient déjà trouvé un trésor de 264 pièces d’or datant d’environ de 1300 ans et  à l’effigie de Caesar Heraclius, gouverneur de l’Empire romain oriental de 610 a 641. Mais ils restaient encore bien loin de l’époque d’Antiochus.

pieces d'or datant du 7 eme siecle(photo Israel Antiquities  Authority)

En 2010, une autre découverte les rapprocha de cette époque: un petit cupidon en onyx, plus ancien que les pièces puisque daté du début de l’ère chrétienne.
cupidon en onyx

Mais, ils n’étaient pas encore arrivés au but…

Et puis, en novembre de cette année, l’Israel Antiquities Authority confirma avoir trouvé l’Acra d’Antiochus! Celle du fameux et cruel Antiochus de l’époque des Makabim*: un important ensemble fortifié, entouré d’une impressionnante muraille de 4 m de large, elle-même protégée par un ouvrage d’art en pente destiné à empêcher les assaillants éventuels  de la saper.

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                 (L’Acra d’Antiochus Epiphane: Israel Antiquities Authority, photo Assaf Peretz)

L’Acra de Jerusalem était une importante place-forte, habitée par une imposante garnison formée de soldats gréco-syriens et aussi de soldats juifs hellénisés. Et c’est seulement après un long siège que Shimon, l’un des fils de Mattathia put enfin se rendre maître de la forteresse qui contrôle toutes les entrées conduisant au Temple.

Comme ils s’y attendent, les archéologues trouvèrent de nombreuses armes, en particulier des pointes de flèches et de de javelots.

armes

(Israel Antiquities Authority, photo Clara Amit)

Mais ils découvrirent aussi de nombreuses anses de jarres à vin provenant de la mer Égée!

Remains of handles from wine jars used by the inhabitants of the citadel

                                                                           (Israel Antiquities  Authority)

Bref, pour en revenir à la période de la révolte juive des Makabim, la guerre dura longtemps, plus de 20 ans. Elle finit par aboutir à la victoire des Juifs tenant de la tradition contre les greco-syriens et les Juifs hellénisants.

La fête de Hannouka est restée le symbole de la lutte du faible contre le fort, de la lumière contre l’obscurité, de la tradition contre le renversement des valeurs.

Shay Tsharka Hanouka

(Caricature de Shay Tsharka)

« Nous sommes venus expulser l’obscurité et dans nos mains lumière et feu. Chacun de nous n’est qu’une petite lumière mais ensemble nous sommes une puissante lumière« .

Depuis, non seulement nous allumons les bougies de Hanouka, nous mangeons des beignets et des latkes tout en nous racontant une fois de plus cette histoire, mais de nombreuses courses-relais avec porteurs de flambeau sont organisées dans tout le pays.

Hanouka 1948, jeune femme portant forche a Modiin

En 1948 la première course à Modiin, ville des Makabim)

A bientôt,

*le parking Guivati: il fut nommé ainsi après que le 15/10/1986, après qu’un attentat y fut perpétré contre des soldats de la brigade Guivati qui venaient de prêter serment au Kotel

*Mes articles sur « Hanouka:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/27/et-nous-verrons-36-chandelles/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/12/19/tourner-comme-une-toupie/

*Si vous voulez tout savoir sur:
1-l’épopée des Makabim:

http://www.akadem.org/medias/documents/Revolte-des-maccabees_4.pdf

2-le livre des Makabim:
http://www.akadem.org/medias/documents/–apocryphes-pseudepigraphes-2.pdf

*Sur l’excellent blog de Danilette, cet article: photos et videos insolites de descendants de Juifs allumant les lumières de ‘Hanouka:
http://www.danilette.com/2015/12/photos-insolites-de-descendants-de-juifs-allumant-les-lumieres-de-hanouka.html

 

Tourner comme une toupie

Le jeu traditionnel de ‘Hanouka est celui du סביבון (sevivon) la toupie.

Certains soutiennent que l’origine du jeu remonte à l’époque de l’occupation romaine. Les Romains étaient en général indifférents aux cultures et aux religions des peuples qu’ils soumettaient. Mais comme les Juifs refusaient de respecter les divinités romaines et surtout de reconnaître l’empereur comme d’essence divine, les Romains devinrent féroces et s’en prirent  aux coutumes juives, imitant ainsi les Grecs de l’époque d’Antiochus*. 
En jouant au jeu du sevivon, jeu populaire dans toutes les cultures et inoffensif à première vue pour les occupants, les Juifs se rappelaient ainsi l’histoire des Makabim,  leur victoire sur l’occupant et leur liberté passée…
נס גדול היה פה (
Ness Gadol Haya Po), disaient-ils en soupirant, « Oy, nous avons eu droit à un grand miracle ici même! »*

D’autre affirment que l’origine de ce jeu est beaucoup plus récente. Le jeu du sevivon serait la version juive d’un jeu de  toupie allemand. On a retrouvé des toupies allemandes datant du Moyen-Age sur les côtés desquelles étaient indiqués par une lettre les gains des joueurs: N pour Nicht, rien (le joueur ne gagne rien), G pour Ganz, tout (le joueur rafle la mise), H pour Halb, moitié (le joueur rafle la moitié de la mise) et Sch pour Schtil, tranquille, (le joueur doit passer son tour).
Comme les Sages de la Thora s’opposaient en vain aux jeux de hasard, ils voulurent donner à ce jeu une coloration spirituelle et déclarèrent que ces lettres, N, G, H et Sch, en hébreu נ- ג- ה -ש , étaient les initiales de נס (ness) miracle, de גדול (gadol) grand, de היה (haya) était, et de שם (sham) là-bas et signifiaient: « Ness Gadol Haya Sham« *, un grand miracle avait eu lieu la bas.

Je ne pense pas que le jeu du sevivon ait été populaire dans les communautés orientales avant  ces 50 dernières années. Aussi,  la deuxième explication me semble la plus plausible. Mais si certains d’entre vous avaient des souvenirs familiaux différents à ce sujet, je serais heureuse que vous les partagiez avec nous.

Mais d’ou vient ce mot sevivon? Est-il mentionné dans la Thora ou dans l’hébreu de la Mishna? Non, nulle part. Pour désigner la toupie de ‘Hanouka, les communautés ashkenazes parlaient de דריידל dreidel (en judeo-allemand et en yiddish) qui vient de l’allemand drehen (tourner).

C’est à la fin du 19 ème siècle que ce mot sevivon fut inventé par Itamar Ben Avi, le fils d’Eliezer ben Yehuda*. Il raconte dans ses souvenirs: «  Je devais avoir 5 ans et je jouais avec le dreidel de ‘Hanouka quand tout à coup j’appelais ma mère, je venais de trouver un nom hébraïque au dreidel, sevivon, de la racine סוב,! »
Imaginez le ravissement de sa mère, persuadée comme nous toutes, d’avoir mis au monde un génie!
Quoi qu’il en soit, le mot  sevivon est mentionné pour la première fois en 1897 dans le journal Hatsfira comme étant le mot hébraïque pour dreidel.
Sevivon s’est rapidement imposé malgré quelques concurrents sérieux comme גלגלן (galgalan) ou même קרקר (kirkar), mot  proposé par le poète Bialik dans son poème לכבוד חנוכה (Likhvod ha’Hanouka) en l’honneur de ‘Hanouka:

מוֹרִי הֵבִיא כִּרְכָּר לִי mon maître m’a donné une toupie (un kirkar)

Sevivon est quand même plus facile à prononcer que kirkar

Bialik sevivon

(fête de Hanouka dans la maison de Bialik à Tel Aviv)

(Mon père a allumé les bougies pour moi, mon maître m’a donné un sevivon, ma mère m’a donné une leviva* tout chaude, mon oncle m’a donné une petite pièce… Savez-vous en quel honneur? En l’honneur de ‘Hanouka)

 Le jeu du sevivon est  un jeu d’argent. Autrefois les enfants ne recevaient pas de cadeau à ‘Hanouka mais de l’argent, דמי חנוכה (dmei ‘Hanouka). Avec l’influence de Noel dans le monde occidental, les cadeaux ont peu à peu remplacé l’argent de Hanouca qui subsiste sous forme de pièces en chocolat.

sevivon pieces
L’argent de ‘Hanouka se dit דמי חנוכה (dmei ‘Hanouka). דמי (dmei) est le premier terme de l’expression « dmei ‘Hanouka« . S’il n’était pas employé sous forme composée, on dirait דמים (damim).
Ce mot  דמים (damim) n’est-il pas le pluriel de דם dam, le sang?
Le mot דם (dam) sang ne s’emploie généralement qu’au singulier mais on le trouve au pluriel dans le livre de l’Exode (22,2):

 « Si un voleur est pris sur le fait d’effraction, si on le frappe et qu’il meure, son sang ne sera point vengé« . 
אִם-בַּמַּחְתֶּרֶת יִמָּצֵא הַגַּנָּב וְהֻכָּה וָמֵת אֵין לוֹ דָּמִים.

Dans le livre de l’Exode il est question de sang, mais dès l’époque de la Michna, l’expression biblique אֵין לו דָּמִים, qui signifie  « son sang ne sera pas vengé » ( littéralement: il n’a pas de sang), a pris le sens de « il n’a pas de prix« .
« Il n’a pas de prix » peut se comprendre de deux manières: soit il s’agit d’un prix ridiculement bas et c’est sans doute comme ça qu’il faut comprendre l’expression דמי חנוכה (dmei ‘hanouka), les piécettes de ‘Hanouka*, soit il s’agit de quelque chose d’inestimable. Souvenez- vous qu’on parle du prix du sang dans de nombreuses cultures:

ביבון סוב סוב סוב חנוכה הוא חג טוב-Sevivon sov, sov, sov, ‘Hanouka hou ‘hag tov-toupie tourne, tourne, tourne, ‘Hanouka est une bonne fête)

On ne joue plus vraiment au sevivon à ‘Hanouka aujourd’hui mais il s’en vend pourtant énormément chaque année.
Les sevivon peuvent être
en bois

sevivon emmanuel bois peint

 

en plastique, en métal ou même en chocolat

sevivon chocolat

Certains sont de véritables oeuvres d’art.

sevivon gregori ruvinski

Et ils sont toujours l’un des symboles de Hanouka.

Que vous jouiez ou pas au Sevivon, je vous souhaite un

חנוכה שמח ‘Hanouka Sameah,

hanoukia avions

( photo: Israel Air Force)

A bientôt,

*Antiochus:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/09/hanou-ka-ou-hanouka/

Et pour ceux qui se débrouillent en hébreu, deux vidéo de Latma (oui Latma revient!)

* Ness Gadol Haya Po: Il y eut un grand miracle ici, pour les sevivonim en Israel
Ness Gadol Haya Sham: il y eut un grand miracle la bas, pour les sevivonim en Galuth

* leviva ou latkess (yiddish):
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*Itamar Ben Avi: fils d’Eliezer Ben Yehuda né en 1882, il a donc inventé le mot sevivon en 1887
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*L’expression argent de poche se traduit parדמי כיס (dmei kis) les piécettes de la poche

Et nous verrons 36 chandelles!

Vous savez sans doute que la fête de Hanouka n’est pas d’origine biblique et que le récit de la victoire des Juifs sur les Grecs n’est pas inclus dans le canon biblique, ne serait-ce que parce qu’il est paradoxalement écrit en grec et non en hébreu.
Nous ne savons pas quand les festivités de Hanouka ont commencé mais, à l’époque de la Mishna, la fête est déjà connue. L’Ecole de Hillel est sortie victorieuse de sa controverse avec celle de Shamay: les lumières seront donc allumées selon l’opinion de Hillel,  en augmentant leur nombre chaque soir et non l’inverse comme le préconisait Shamay

hillel et shamay

L’habitude de mettre les lumières  près des fenêtres

hanouka jerusalem 3

ou devant les maisons

hanouka jerusalem 2

(Ces Hanoukiot fermées qu’on place à l’extérieur s’appellent Hanoukiot de Jerusalem. Photos trouvées sur le site: http://onegshabbat.blogspot.co.il/)

est déjà bien implantée à cette époque puisqu’on lit dans la Mishna que si « un chameau, portant un chargement de lin (hautement inflammable) heurte une lumière placée devant la porte d’une maison ou d’une boutique et provoque un incendie, le propriétaire du bâtiment est reconnu coupable sauf… s’il s’agit des lumières de Hanouka!

En ouvrant votre boite de bougies, vous en trouverez 44 ce qui correspond aux 36 chandelles nécessaires pour ces 8 jours et celles du shamash, bougie-serviteur, utilisée pour l’allumage des autres. Le nombre 36 est aussi celui de 36 Justes, les Lamed Vavnikim (les 36) qui veillent sur le monde et empêchent sa destruction par leurs mérites.
D’après le Zohar, le rôle des 36 Justes serait de rendre compte des actes de l’humanité devant Dieu et la tradition veut qu’ils restent anonymes et qu’ils ne se connaissent même pas entre eux.

Mais pourquoi 36?
Le Zohar qui commente ainsi un verset du prophète Isaie:30.18
« Cependant l’Éternel désire vous faire grâce, Et il se lèvera pour vous faire miséricorde; Car l’Éternel est un Dieu juste: Heureux tous ceux qui espèrent en lui! » Le mot « lui » s’écrit en hébreu לו (prononcer lo). Il est composé d’un ל (Lamed ou L, valeur numérique 30) et d’un ו (Vav ou O, valeur numérique 6). Ce verset peut donc se lire: Heureux tous ceux qui espèrent dans les 36 (Justes)

Bien que Hannouka ne soit pas une fête de la Thora, c’est une des plus populaires. Nous avons  fêté Soukot  deux mois auparavant et ces 8 jours de réjouissances sont les bienvenus. Et puis comment ne pas aimer une victoire du peuple juif sur ses ennemis? Ça réjouit toujours de voir que de temps en temps, on leur met une raclée!

Edda Servi Machlin, écrivain originaire de Pitigliano en Toscane*, décrit sa première fête de Hanouka à la fin de la Seconde Guerre Mondiale: « Un soldat américain nous avait invités à en célébrer la dernière soirée dans son camp militaire. J’ai été submergée par l’émotion quand j’ai aperçu l’étrange Menorah du Camp. Une rangée de 8 casques était sur le sol et sur chaque casque il y avait une bougie. Au centre, sur deux casques empilés,  se trouvait le shamash. C’était la première fois que je voyais utiliser des bougies au lieu de lampes à huile. Quand le jeune rabbin passa d’un casque à l’autre pour allumer les 8 bougies, je fus très émue de voir une de nos belles fêtes que nous ne pouvions célébrer que clandestinement ou  même plus du tout, célébrée ouvertement. C’était comme une sorte de miracle. J’en ai aimé chaque moment… »

hanouka 1945

(Hanouka dans un camp de réfugiés en Allemagne en 1945, célébrée avec l’armée américaine)

Bref, comme vous le savez déjà, nous allumons les lumières dans des Hanoukiot. Mais puisqu’il est question d’huile, il en sera aussi question dans la cuisine.
A Hanouka, nous mangeons toutes sortes de mets frits: poulet, légumes, fruits en beignets, beignets sans fruits etc…

Deux plats dominent: les latkes (levivot)

Latkes_s4x3_lg

(Ici, servis avec de la crème et de la compote de pomme non sucrée)

et les beignets (Soufganiot).

sufganiyot-jelly-donuts

Voici une recette de latkes pour 6 personnes:
1 kg de pommes de terre
2 gros œufs, sel, huile de friture
Epluchez et râpez finement les pommes de terre. Plongez-les directement dans l’eau froide, puis égouttez-les et pressez-les très fort avec les mains dans une passoire pour en extraire le maximum de liquide amidonné qui pourrait rendre les latkes pâteux. Battez les œufs avec du sel, ajoutez les pommes de terre et mélanger bien. Huilez le fond d’une poêle et faites chauffer, prenez le mélange à la cuillère et déposez en des petits tas dans l’huile chaude. Aplatissez les légèrement en baissant le feu pour que la cuisson soit uniforme. Lorsqu’une face est dorée, retournez le latkes pour dorer l’autre. Retirer du feu et servez chaud.
Quelques variantes dans la recette: on peut rajouter des oignons, du persil ou des olives hachés. On peut aussi diminuer la quantité de pomme de terre et inclure de fines tranches de pommes râpées.
On les accompagne souvent de saumon fumé et parfois de crème
Comme maintenant, nous avons tous ou presque tous les yeux rivés sur notre balance, certains font des latkes sans pommes de terre! Avec des courgettes par exemple. C’est bon mais ce ne sont pas de vrais latkes!

Mais d’ou vient donc ce mot latkes? Le yiddish l’a emprunté ce mot au bielorussien latka: crèpe. Et pourquoi en hébreu, les appelle-t-on leviva ou au pluriel levivot (presque comme לבבות (levavot) cœurs)? Tout en se léchant les doigts, nos commentateurs ont trouvé  un rapport avec la phrase du Shir Hashirim  ליבבתיני אחותי כלה ( libavtini a’hoti kala) tu as séduit mon cœur, ma sœur, ma fiancée:

לִבַּבְתִּנִי, אֲחֹתִי כַלָּה; לִבַּבְתִּנִי באחת  מֵעֵינַיִךְ, בְּאַחַד עֲנָק מִצַּוְּרֹנָיִךְ

Tu as séduit mon cœur, ô ma sœur, ma fiancée, tu as séduit mon cœur par un de tes regards, par un des colliers qui ornent ton cou.

Les levivot nous séduisent jusqu’à présent et fortifient notre cœur: autre expression idiomatique biblique qui veut dire encourager, soutenir. Alors, encourageons les 36 Justes et régalons-nous de levivot!

hanouka sameah

 

A bientôt,

PS
La recette des soufganiot? Piroulie en propose plusieurs:http://piroulie.canalblog.com/

*Pitigliano:http://www.comune.pitigliano.gr.it/index.php?T1=80000