Bonne fête de Soukot חג סוכות שמח

 

C’est fait! Les soukot sont construites et décorées!
Depuis déjà quelques jours, nous y accueillons familles et amis. Nous y mangeons, nous y étudions, et certains même y dorment, pour obéir à ce qui nous est prescrit dans le Thora:

Vous demeurerez dans des cabanes durant sept jours; tout indigène en Israël demeurera dans une cabane, afin que vos générations sachent que j’ai donné des cabanes pour demeure aux enfants d’Israël, quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte, moi, l’Éternel, votre Dieu! »
בַּסֻּכֹּת תֵּשְׁבוּ, שִׁבְעַת יָמִים; כָּל-הָאֶזְרָח, בְּיִשְׂרָאֵל, יֵשְׁבוּ, בַּסֻּכֹּת.מגלְמַעַן, יֵדְעוּ דֹרֹתֵיכֶם, כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, בְּהוֹצִיאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם: אֲנִי, יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם.
(Vayiqra-Lévitique, 2-42,43)…

(Souka du quartier Yemin Moshe, photo Yeoshua Halevy, Israel 21c)


Mais ce n’est pas tout!
Une des coutumes de Soukot, basée sur le texte mystique dit du Zohar, et devenue populaire au Moyen-Age, consiste à convier des invités « invisibles » de même que des invités « visibles ». On les appelle les Ushpizin. C’est normal, il s’agit de nos ancêtres les plus marquants, ils doivent se tenir avec nous dans la souka qui est le symbole de la Maison d’Israel.
Avraham, Yts’hak, Jacob, Joseph, Moïse, Aaron et David sont ainsi conviés. Une tradition plus moderne nous invite à ne pas oublier nos Ushpizot: Sarah, Myriam, Deborah, ‘Hulda, ‘Hanna, Avigail,et Esther.

Les kabbalistes enseignent que chacun de ces invités correspond à l’un des attributs d’une des sephirot: ainsi, le premier jour, nous convions Avraham, symbole du חסד (‘Hessed,) bonté, ensuite Yits’hak, symbole de la גבורה (Guevoura), puis Yaakov, symbole de la תיפארת (Tiferet), Splendeur, et Yossef, qui symbolise de יסוד (Yesod), la fondation. Ensuite Moshe, symbole du נצח (Netza’h), l’éternité puis son frère Aaron, symbole du הוד (Hod,) la gloire et enfin David, symbole de la מלכות (Malkhout), la souveraineté


Quant à nos oushpizot, elles ont été choisies en tant que 7 prophétesses, désignées ainsi par la guemara*:
Sarah symbolise l’endurance et la capacité à protéger, Myriam c’est la vivacité et abondance, Deborah le leadership et courage, ‘Hanna la foi et volonté, Avigail l’ingéniosité et compassion, ‘Hulda les pouvoirs prophétiques et Esther le sacrifice et courage.

 

Ce mot Ushpizin (les invités) ne s’emploie pas pour désigner nos invites « visibles ». Mais d’ou vient-il?
Il semble avoir beaucoup voyagé. Il vient du perse aspanj (un lieu d’hébergement), devenu en araméen, ushpiza (une auberge). Dans l’hébreu de l’époque de la Mishna, soit au début de l’ère chrétienne, un ushpiz est un hôte (dans les deux sens du terme). Ce mot franchira la mer pour la Grèce où il donnera le mot hospes, puis passant par le latin et enfin en français. il deviendra hospitalité, hôpital…
Si actuellement en hébreu le mot hôpital se dit בית חולים (beit ‘holim) la maison des malades, ces mêmes malades y sont מאושפזים (meoushpazim), hospitalisés.
Et vous connaissez certainement le film Oushpizin qui nous narre comment un  couple stérile,  très croyant et très pauvre, achète un etrog hors de prix, persuadé qu’il leur portera chance et espère recevoir les oushpizin dans sa souka. En fait d’oushpizin, ce seront de sympathiques voyous qui utiliseront l’etrog pour préparer une succulente salade et pourtant, le bonheur sera finalement au rendez-vous!

Il est dit que les 70 nations viendront à Jerusalem pour participer aux fêtes de soukot*: en attendant ce jour, ce chauffeur de bus arabe a décoré son bus pour réjouir ses passagers juifs. Lui aussi fait partie des hirondelles  que je mentionnais dans un précédent article*.

 

חג סוכות שמח

A bientôt,

*etrog: un cédrat

*Les hirondelles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/27/deux-ou-trois-hirondelles/

*Les ushpizot: certains rajoutent des femmes de notre temps comme  »Hanna Szenesh comme symbole du courage

*Les 70 nations et soukot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/01/une-souka-des-soukot/

 

 

 

Soyez inscrits dans le livre de la vie גמר חתימה טובה

Si vous demandez à quelqu’un de vous expliquer ce qu’est Yom Kippour, il vous dira généralement qu’il s’agit de « faire techouva » ou en meilleur français de se repentir.
A partir de la, chacun se repent (ou pas) selon ses convictions: pour certains, il s’agit de devenir plus pratiquants, d’observer toutes les mitsvot, d’autres font leur חשבון נפש (‘heshbon nefesh), examen de conscience uniquement moral,  essayent de comprendre ce qui est brisé et ce qui est intact en eux-mêmes afin d’améliorer la situation, mais peu de Juifs pensent que la racine du mot תשובה (teshouva) est ש ו ב (Sh Vav Beit), revenir, concrètement revenir.
Il y a déjà deux siècle, un des penseurs du sionisme malheureusement mal connu, le rabbin Yehuda Alkalay* évoquait cette idée de retour.
Voici ce qu’il écrivait: la racine shouv a deux significations, la première est d’ordre privé, c’est le ‘heshbon nefesh, retour sur soi, bon pour toute personne, juive ou non. Mais la deuxième, trop souvent oubliée et générale est le retour שוב (shouv) en Eretz Israel.
Pour lui,  Israel a toujours été au centre de l’histoire du peuple juif, y compris lorsque nous n’y étions que quelques milliers*. En cela, il reprend cette idée des sages du Talmud pour qui l’observance des  mitsvot en galout (exil) n’a qu’une valeur d’exercice pour que nous ne les oublions pas jusqu’au jour du retour.
Environ 60 ans avant le premier congrès juif à Bâle, le rav Yehuda Alkalay pensait déjà que nos jours en galout étaient épuisés et qu’il était temps de revenir.
Pour les 70 ans d’Israel, Idan Raichel a composé cette chanson devenu très populaire: Une tribu de frères et sœurs.



70 ans, je roule en voiture et  regarde ce qui fut et ce qui sera. Comme mon âme est encore émue!
De Massada à l’aube, de Jerusalem en Seli’hot*, des plages du Kinneret, depuis Akhziv, et les fêtes de Tel Aviv

Mon père a rêvé et prié pour vivre en Israel, aujourd’hui mon enfant me demande: Quelle est l’histoire d’Israel?
Ici est notre maison, notre cœur, je n’abandonne pas nos ancêtres, nos racines, dont nous sommes les fleurs multicolores
Une tribu de frères et sœurs

Un même quartier, une même rue, les treize enfants* de Yaakov, recueillent ensemble les errances d’un sac de nostalgie
L’homme est le paysage de sa patrie, grave les lignes des paumes de ses mains, entre les prières et les vœux, les parfums des agrumes dans les vergers
Dans les yeux de ma mère, je trouverai toujours ma place, sur ma guitare, je jouerai une ancienne mélodie
Depuis le début, tout est cousu, toutes les pièces de l’histoire sont reliées par le fil d’or du poète
Je suis d’ci, je fais corps  et tout ami est pour moi un frère, les battements de mon cœur, je suis Orient et Occident
Ici est notre maison, notre cœur, je n’abandonne pas nos ancêtres, nos racines, dont nous sommes les fleurs multicolores
Une tribu de frères et sœurs

J’espère que cette année, verra le retour des 4 captifs du ‘Hamas: Hadar Goldin et Oron Shaoul, tués pendant Tzuk Eytan et dont les corps n’ont jamais été rendus à leur famille, et Avera Mengistu et   Hisham al-Sayed, dont on espère qu’ils sont encore vivants,

 

 

Je vous souhaite d’être inscrits dans le Livre de la Vie
גמר חתימה טובה

 

A bientôt,

*Rav Alkalay:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Yehouda_Hay_Alkalay

*Il y a toujours eu des Juifs en Israel: voir tous mes articles intitulés: Les générations oubliées

*Les seli’hot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/

*Les treize enfants de Yaakov: pourquoi oublions-nous toujours Dina?

* Les captifs du ‘Hamas:
https://www.hrw.org/fr/news/2017/05/03/deux-israeliens-detenus-au-secret-gaza

 

Un nouveau mois d’Eloul

 

Nous sommes revenus au mois d’Eloul.
L’aube est fraîche, elle sent le romarin et les plants d’anis lorsque je prends la route presque encore vide pour aller à la piscine. Une lumière rosée se profile à l’est du côté du Herodion et du désert de Yehuda…


La piscine est pleine … de grands mères comme moi*. N’allez pas croire qu’elles bavardent ou cancanent, non elles tracent leur sillon dans l’eau comme des pros. J’en salue quelques unes.  Si l’une de nous manque à l’appel, nous nous inquiétons et dès qu’elle revient nous l’interpellons: הכל בסדר (ha kol beseder) tout va bien?

Une heure plus tard, ma fille m’appelle, elle va au travail et moi au supermarché.
Nous sommes toutes les deux dans nos bouchons respectifs. Nous pestons contre les conducteurs imprudents et impudents. Je l’entends soudain qui éclate de rire: Dire que je ronchonne alors que je longe les murailles de Jerusalem!

Je continue ma route. Aux infos, comme toujours disputes et accusations contre untel ou untel. Bon, ça veut dire que rien de grave n’a eu lieu pendant la nuit…
La foret de Ein Yael sur ma gauche, je monte en direction du carrefour d’Ora.


Le supermarché donne sur la vallée d’Ein Lavan*.

 

 

Quelle beauté! Dire que j’ai pensé uniquement à mes courses au lieu d’en profiter…
Je respire l’air frais presque humide. La radio annonce un possible טיפטוף (tiftouf), une petite pluie intermittente.
Les étalages se couvrent de pots de miel et boites de dattes en promotion. Dans moins d’un mois c’est Rosh Hashana.
Dikla la boulangère soupire en écoutant le bruit des avions dans le ciel: D’où reviennent-t-ils? Elle est inquiète, son fils aîné est stationné dans le Nord. Je lui rappelle La guerre de 2 heures (comme l’a si bien titré la Metula News Agency) ou comment, après avoir ouvert le feu sur une position israélienne à 16h15 dimanche, à 18h30, le Hezbollah implorait trois intermédiaires d’arracher un cessez-le-feu à Israël.

 

                                                                                                                                     


  כל הכוב לצהל  (Kol hakavod leTsahal)  Bravo à notre armée!

Pourquoi les Iraniens nous haïssent-ils? Nous n’avons pas de conflit économique, pas de frontières communes, pas non plus l’intention de les envahir. Solidarité envers des Arabes qu’ils méprisent? L’Islam, tout simplement?
Je  m’interroge mais le ciel est d’un bleu si doux ce matin…
Je suis  arrêtée aux passages piéton par les משמרות זה’ב (mishmarot zahav), qui ne sont pas des gardes d’or,  mais des tours de garde  aux abords des écoles, effectués par les élèves:

Je me souviens de cette chanson de Naomi Shemer qui décrit si bien ce que nous sommes:

De ma fenêtre je vois une rue comme un fleuve superbe,  et des gens allant à leur labeur journalier… Des petits enfants, leur cartables sur leurs dos, des branches de myrte fleurissent…
Soudain je vois clair et je me dis: Non, non, non, vous ne me vaincrez pas, on ne me vainc pas si rapidement.
De ma fenêtre je vois un avion qui décolle, un avion plane et se cache dans les nuages  lointains. J’entends une machine, sa musique précise se déroule dans les rues et les marchés…
Soudain je vois clair et je me dis: Non, non, non vous ne me vaincrez pas, on ne me vainc pas si rapidement.

De ma fenêtre je vois printemps et automne, jour de pluie ou de sharav*, lumière et obscurité, un soliste et une chorale.
Tout se mélange, se mixe , chant de lamentation, chant d’exultation…  Et quelques fois c’est un brouhaha énorme!
Soudain je vois clair et je me dis: Non, non, non, vous ne me vaincrez pas, on ne me vainc pas si rapidement.

A bientôt,

*J’exagère. Il y a aussi  quelques courageux grands-pères

*Le Herodion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/01/23/le-chemin-des-patriarches-4-le-goush-etzion/

*Ein Lavan:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/01/guivat-massoua/

*Sharav:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/11/sharav-ou-hamsin-quelle-poussiere/

 

 

Eloul, le début d’un automne juif…

Nous sommes arrivés à la moitié du mois de Eloul. La lune est toute ronde et dans quinze jours, ce sera Rosh Hashana. Nous ne sentons pas encore l’automne mais les vacances se terminent. Comme chaque année à ce moment ci, nous achetons les cahiers, les TShirts au logo de l’école. Les soirées sont plus courtes, il fait déjà nuit à huit heures, et aussi un peu plus fraîches. Si ce n’est pas encore l’automne, c’est la fin de l’été.
Le poète Avraham ‘Halfi a écrit ce poème, Automne juif, il est interprété par Arik Einstein:

Un automne juif au pays de mes ancêtres me fait penser au mois d’Eloul,
En moi se déchaînent un peu les petits oiseaux qui sifflent la tristesse de Yom Kipour,
Alors on entendra sonner les shofar ouvrant les portes du ciel,
Et les visages juifs de l’exil flotteront dans la grisaille devant le trône du Maître du monde,
Leurs yeux étincelants de nombreuses demandes et  suppliques.

C’est surtout un mois où nous nous préparons à la nouvelle année, où les voeux de Shana Tova sont déjà prêts dans nos têtes et où nous espérons que tout ira bien, qu’il n’y aura ni missiles, ni ballons incendiaires, ni ‘Hamas, ni ‘Hezbollah ou Fata’h terroristes, bref, nous rêvons, un peu….
C’est un mois où comme chaque année, je me souviens des athlètes juifs assassinés pendant les jeux olympiques à Munich par des terroristes palestiniens.
Les jeux olympiques avaient continué comme si rien ou presque n’avait eu lieu. Comme l’écrit Giulio Meotti*:
Aucun délégué arabe n’a offert ses condoléances à Israël. Personne.
Le jour de l’arrivée des corps à l’aéroport de Lod, il n’y avait pas de fanfare pour les accueillir. Seul le silence et une énorme douleur. Après avoir récité le kaddish hébreu sur les tombes, les « Gens du Livre » sont rentrés chez eux. Le lendemain, c’était le nouvel an juif, mais il n’y avait pas de place pour la joie.*

(Cérémonie à Nazareth Illit en 2012)

Et l’indécent Monsieur Corbyn me fait vomir!

Image result for jeremy corbyn honore terroristes(Il participe à une cérémonie en l’honneur des terroristes de Munich dans un cimetière de Tunis en 2014. C’était il y a 4 ans mais depuis il persiste et signe: http://www.jforum.fr/lantisemite-corbyn-honore-les-tombes-des-tueurs-de-munich.html)

C’est en pensant à eux, à leurs familles, que je découvre ce poème écrit, en Eloul, par Ra’heli Fraenkel, la mère de Naftali Frankel z »l, assassiné avec deux de ses camarades il y a 4 ans* par des terroristes.

Automne juif:
A mes frères et soeurs, à tous ceux de la fraternité de la douleur et des regrets…
Je propose de pardonner les propos acides, les accolades restées au bout des doigts, les mots non prononcés et ceux qui l’ont été, quand nous pensions avoir des années infinies pour réparer. Je le propose à qui le demande, pour tous les « si seulement j’avais été, si j’avais interdit, si j’avais gardé, si moi ou si lui ».
Se libérer de la douleur sangsue,qui boit la sève du coeur, qui nous fait fait tournailler sans repos.

Etendez un pardon miséricordieux sur les fragments de joie, d’un rire que se faufile jusqu’à la porte, sur un moment de distraction, sur des pleurs en embuscade non voulus. Il vous est permis d’être tourmenté et brisé, nous en avons la permission. Nous pouvons pardonner, simplement respirer, il est nous est permis peu à peu de vivre.

On est bien loin de la nostalgie de Yaakov Yehoshua qui rêvait des selihot* d’antan dans le quartier juif de Jerusalem, avant que les Juifs en soient expulsés:
« Depuis le début du mois d’Eloul, le quartier juif de Jérusalem est différent… A partir de 2h00, tout le monde  commence à se réveiller… Les gardiens secouent les endormis… Ils se tiennent aux coins des ruelles de la vieille ville et crient à haute voix: « Se-Li-‘Hot! »
… Des nombreuses synagogues nous parviennent les voix des  chantres qui psalmodient la douce mélodie des seli’hot Elle réveille nos cœurs des Juifs… Nos voisins musulmans qui connaissaient nos fêtes juives comme les leurs considèrent le mois d’Eloul comme leur mois de Ramadan. Parfois même, le mois de Ramadan tombe pendant le mois d’Eloul, alors les Juifs et les Musulmans se réunissent après minuit dans les ruelles sombres de Jérusalem. Les Juifs se rendent dans les synagogues pour réciter le Seli’hot et les musulmans vont prier dans les mosquées. A ce moment là, il semble que l‘honneur et la fraternité triomphent entre deux communautés, qui, ensemble, prient leur créateur .
Nos leçons à l’école ont pris fin le 15 Eloul, et de ce jour nous sommes libres jusqu’à la fin de Soukot …
Celui qui ne se lève pas pour Seli’hot est un enfant immature… 
Bien que la prière de Selichot soit longue, nous ne nous ennuyons pas, les piyutim ont un goût étonnant…

Nous approchons de la fin de Seli’hot. L’aube se lève… A travers les fenêtres de la petite synagogue, nous voyons les visages des paysans arabes. Ils sont venus pieds nus en ville, leurs paniers sur la tête…

Nous sommes les premiers à nous plaindre tous les jours et les médias enregistrent ceci. Il est vrai que tout n’est pas toujours rose. Mais nous sommes aussi des kvetshim, des râleurs. Pourquoi? Parce que nous râlons tout en sachant que nous sommes entourés d’assassins et de leurs complices, nous restons cependant heureux et fiers de vivre ici, en Israel. Le World Happiness Report, rapport qui classe les pays selon le bonheur de ses habitants, nous a classé depuis la cinquième année consécutive à la onzième place, 
Il est vrai que notre économie est excellente et que le chômage est inexistant. Et que notre espérance de vie est maintenant de 84,2 ans pour les femmes et de 80,7 ans pour les hommes.
Mais il semble surtout que nous ayons une plus grande capacité de résilience:
D’après une étude de Zehava Salomon, de l’université de Tel Aviv, il y a eu autant proportionnellement de troubles post-traumatiques après les attentats du 11 sept que pendant toute l’intifada de 2000-2005. Mais nous avons fait preuve d’une faculté de récupération beaucoup plus rapide. Son étude a été confirmée par les recherches effectuées par Reuven Gal, ancien chef du service de sciences comportementales de Tsahal.
Nous aimons étudier: 85 % des 25-64 ans sont allés au bout du lycée, soit plus que la moyenne de 75 % de l’OCDE et de plus, la plupart des gens ici étudient toute leur vie, même d’une manière informelle et ont au moins une passion.
Nous travaillons plus: c’est sûr que c’est fatiguant mais bien moins que de tenir les murs, car le travail nous permet d’avoir une vie sociale.
Et surtout, nous sommes optimistes.
Les Israéliens sont des croyants: ils croient ou ne croient pas en Dieu, mais surtout en un meilleur futur pour eux et leurs enfants, s’ils se retroussent les manches.

A bientôt,

 

*Avraham Halfi: né à Lodz en 1904 et mort à Tel Aviv en 1980. Agriculteur à son arrivée en 1924, il rejoint le monde du théâtre par la suite et participe entre autre a la célèbre comédie musicale pour enfants, Otz li gotz li, écrite par Avraham Shlonsky et basée sur une légende de Grimm

*Article de Giulio Moetti sur l’excellent blog de Danilette:
http://www.danilette.com/

*Naftali Fraenkel et ses camarades:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/16/eyal-gilad-et-yaakov-naftali/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/10/la-routine/

*Jeremy Corbyn:
http://www.jforum.fr/comment-definir-les-mefaits-de-corbyn-envers-les-juifs-et-israel.html
http://www.danilette.com/2018/08/monsieur-corbyn-rendez-hommage-aux-victimes-israeliennes-de-munich-giulio-meotti.html

*les Seli’hot:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/

* »Les nuits de Seli’hot et de Rosh Hashana », chapitre tiré du livre de Jacob Yehoshua, Enfance dans la vieille Jérusalem  Reuven Mass Publishing, Jérusalem 1965

*http://worldhappiness.report/ed/2018/

En quoi cette nuit est-elle différente des autres nuits?

La sortie d’Egypte est le moment phare de la construction du peuple juif.
Un vrai film d’aventures:
Tout d’abord ne sont épargnés que ceux qui enduisent les linteaux de leur porte avec le sang d’un agneau. On raconte qu’une bonne partie du peuple refusa, car cela leur semblait certainement stupide et qu’une partie des Egyptiens s’y conforma car ils étaient effrayés par les 9 plaies qui s’étaient déjà produites dans le pays. Le repas sur le pouce, agneau et matsa, fut à la fois rituel et pique-nique rapide avant le départ vers une terre promise mais inconnue.
Et depuis, nous nous souvenons de ce que nous* avons vécu en célébrant le Seder.
Mais pourquoi célébrer notre passage de la servitude à la liberté par une telle mise en scène?
Pourquoi une telle théâtralisation au lieu d’un repas en famille?
L’organisation du seder, tel que nous le connaissons, est relativement récente. Elle date de l’époque de la Mishna, soit du début de l’ère chrétienne. De nombreux historiens ont fait un parallèle avec le symposium grec.

Voici ce que dit Plutarque d’un symposium:
C’est au plus haut du printemps que l’endroit [les thermes d’Aïdepsos en Eubée] est particulièrement animé ; car beaucoup de gens y viennent au cours de cette saison, ils se convient mutuellement à des banquets où tout est à profusion, et, comme ils en ont le loisir, passent le plus clair de leur temps à discuter.
Discuter le plus clair de leur temps, oui mais aussi boire en abondance! Et à la fin du repas on faisait venir les hétaïres…


Notre Seder, repas fondateur de notre identité, serait-il une pale copie aseptisée de ces banquets gréco-romains?

Il est vrai que nous devons boire une coupe accoudés. Il nous est précisé « comme des hommes libres » car dans le monde gréco-romain seuls les hommes libres adoptaient la position allongée et buvaient accoudés. Les esclaves  restaient debout derrière leur maître.
L’œuf, les herbes amères et le carpass présents sur le plateau du Seder rappellent l’anecoena, ou premier plat des repas greco-romains qui commençaient par diverses salades vertes non assaisonnées et par des œufs. Un proverbe romain « ab ovo ad mala« , de l’œuf à la pomme » pour dire du début à la fin.

(fresque à Pompéi: les œufs durs premier service du banquet)

Le ‘harosset* du plateau, rappelle les fruits secs, dattes ou figues, eux aussi faisant partie du premier service du symposium. Heracleides de Tarentes, un médecin du premier siècle de l’ère chrétienne, recommandait de manger des dattes et des figues en début et non en fin de repas.
Pessah harosset

Nous buvons 4 coupes de vin entre chaque partie du Seder, les services du banquet étaient entrecoupés de libation de vin.
On peut même rajouter  a cette liste le sandwich de Hillel, qui réunit de la salade verte, du ‘harosset dans deux morceaux de matsa: là encore, les aliments du premier service se mangeaient souvent en sandwich dans une sorte de pita.

Alors, serions-nous de vils copieurs?
Il y a longtemps que les commentateurs se sont aperçu de ces similitudes comme ils avaient noté les similitudes existantes dans certains passages de la Thora et des récits non-juifs comme celui du déluge dans l’épopée de Gilgamesh. 
Mais comme me le disait un de mes professeurs, Alexandre Derczanski: lorsque tu compares, n’examine pas ce qui est ressemblant et donc évident, examine et analyse ce qui est différent.
Si on examine les récits de Gilgamesh et du déluge, les deux histoires se ressemblent vraiment mais:
-Dans le premier cas le monde est détruit par simple caprice des dieux mésopotamiens, que les activités humaines empêchent de dormir, somme toute un problème de voisinage!
-Dans le second cas, Dieu décide de détruire le monde pour des raisons morales. C’est la violence, ‘Hamas en hébreu (Ça ne s’invente pas!), qui pousse Dieu à agir et le survivant Noa’h est choisi pour sa rectitude morale. Il est un צדיק בדורו (tsadik bedoro), un tsadik pour sa génération, donc peut être pas un « saint » mais certainement un homme bien en comparaison avec ses voisins.

Mais revenons au Seder. Il est sûr que les Juifs  n’ont jamais vécu hors sol et connaissaient de près la culture gréco-romaine. Cependant:
– Tandis que le symposium ne concerne que des hommes libres et érudits (on dirait maintenant l’élite auto-proclamée) au Seder, tous sont conviés: hommes,  femmes et les enfants, même les tous petits, ainsi que ceux qui ne se sentent pas concernés. Il n’y a pas d’esclave en retrait puisqu’il s’agit de célébrer la fin de notre servitude. Et c’est aux enfants que revient les 4 grandes questions, simples seulement en apparence*.


(Seder au kibboutz Eyn Hashofet, les enfants et leurs grands-parents)

En quoi cette nuit diffère-t-elle des autres nuits ?
Car toutes les nuits, nous mangeons du pain levé ou azyme
pourquoi ne mange-t-on cette nuit que des azymes ?
Car toutes les nuits, nous mangeons toutes sortes d’herbes
pourquoi mange-t-on cette nuit des herbes amères ?
Car toutes les nuits, nous ne trempons pas même une fois
pourquoi trempe-t-on cette nuit deux fois ?
Car toutes les nuits, nous mangeons assis ou accoudés
pourquoi, cette nuit, sommes-nous tous accoudés ?

Cela n’a rien à voir avec un banquet d’érudits ivrognes qui n’acceptent ni les enfants, ni les ignorants, ni les esclaves et n’y convient que des femmes courtisanes.

– L’œuf, les herbes amères, salades vertes et le ‘harosset  ne sont plus seulement les aliments courants dans le premier servie d’un banquet. Ils sont chargés de sens: l’œuf symbolise le deuil du Temple, les différentes salades vertes sont les herbes amères et le maigre repas de nos ancêtres, quant au ‘harosset si délicieux, cette pâte de fruits secs est devenu l’argile des briques que nous devions former et c’est pourquoi on le mélange de morceaux de cannelle, symbolisant la paille.


– Le sandwich de Hillel contient notre amertume, nos « travaux forcés » entre deux « pains de misère » la matza. Depuis la destruction du Temple, nous n’y ajoutons pas un morceau d’agneau puisqu’il n’y a plus de sacrifice pascal.


– Les libations sont remplacées par 4 coupes de vin dont l’une des significations est d’étonner les enfants. On ne boit jamais 4 coupes de vin!

Nous arrivons maintenant à l’afikoman qui a gardé son nom grec.
Dans le monde grec l’epikomion était l’après-banquet, un mot formé de « epi » après et de « komos » banquet*. Les participants, déjà bien éméchés sortaient pour continuer leur beuverie dans d’autres banquets. Pour nous, l’afikoman est devenue bien plus sobrement une demi matsa, symbole elle aussi de l’agneau pascal, cachée par le père de famille avec la promesse d’un cadeau pour qui la retrouvera, ce qui permettra aux enfants de rester éveillés jusqu’à la fin. On retrouve donc dans l’afikoman la même idée de dialogue familial en opposition au banquet où seuls quelques « happy few » pouvaient converser.
Il est même écrit dans la Mishna « on ne peut pas rajouter un afikoman après avoir mangé de l’agneau pascal », c’est à dire qu’après avoir mangé le sandwich de Hillel, il est interdit de passer de notre afikoman juif à l’afikoman grec et de s’enivrer, au cas où certains Juifs « hellénisés » n’auraient pas compris et voudraient continuer à boire chez les voisins.

Pour nos ancêtres, le monde gréco-romain était à la fois très proche comme le montrent ces mosaïques de la maison de Dionysos à Tsippori 

et totalement étranger comme on le voit avec toutes ce pseudo repas  à la grecque destiné à déconcerter les enfants: En quoi cette nuit est-elle différente des autres nuits?

Sortez bien d’Egypte!
חג פסח שמח

 

A bientôt,

*Nous: parce que nous devons nous considérer comme étant nous-mêmes sortis d’Egypte

*Le Seder:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/30/tout-est-en-ordre/

*Les 4 questions du Ma Nishtana sont appelées en hébreu les 4 קושיות (koushiot) ou difficultés.

*Mélodie du Ma Nishtana:
Ephraim Avilea écrivit en 1936 un oratorio intitulé Hag Haherout (« fête de la liberté ») : son air, rapidement adopté et considéré depuis lors comme la « mélodie traditionnelle » du ma nishtana, en fait l’un des chants de Pessa’h les plus populaires

*komos: banquet, fête avec une connotation de  beuverie

 

 

 

Que vous soyez inscrits dans livre de la vie!

כִּי הִנֵּה כַּחֹמֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר בִּרְצוֹתוֹ מַרְחִיב וּבִרְצוֹתוֹ מְקַצֵּר כֵּן אֲנַחְנוּ בְיָדְךָ חֶסֶד נוֹצֵר לַבְּרִית הַבֵּט וְאַל תֵּפֶן לַיֵּצֶר
Comme l’argile dans la main du potier qui l’étale ou le raccourcit, oui nous sommes dans ta main…

Ce piyout* est l’un des points culminant de l’office de Yom Kippour. Il se chante en ouvrant  les portes de l’arche sainte.
Dans chaque strophe, le poète anonyme, qui s’inspire d’un texte du prophète Jérémie*, nous compare à un matériau dans la main du Créateur: une pierre dans la main du tailleur de pierres, un couteau dans la main de l’artisan, le gouvernail dans la main d’un marin…
Israel est le matériau du Créateur, il est fait de matière comme l’argile mais n’est pas que ça. Il doit choisir à tout instant entre le bien et le mal.

La mélodie la plus célèbre de ce  piyyout fut composée par le rav Shalom Haritunov qui vivait au 19 ème siècle en Ukraine. Mais elle a souvent pris le pas sur le piyut lui-même, elle se chante en nigun, une mélodie sans paroles. Le nigoun est une prière en soi. Les nigounim nous accompagnent de génération en génération. Toujours en mode mineur*, et à l’opposé des chants choraux occidentaux bien calibrés, ils sont l’expression d’une notre inquiétude face à l’adversité, d’un trop plein de douleur mais aussi d’espoir en dépit de tout. Ils s’expriment dans un rythme lent, presque hypnotique où se balancent l’âme et le corps. Rien de religieux au sens classique du terme. Le nigoun concerne chacun d’entre nous quand notre âme déborde.

Dans la vidéo ci-dessous, le soliste a annoncé le titre du piyut Comme l’argile dans la main du potier, il est évident que le public le connait mais il ne chante pas les paroles. Il se laisse bercer par la mélodie*.

Cette mélodie est devenue un nigoun des Juifs de Palestine, pendant les pogroms des années 30 sur lequel Emanuel  Novogarbelski a écrit une berceuse, pour la naissance de son fils Avner.
La situation est grave – la grange brûle à Tel Yossef et on voit la fumée sur Beit Alfa – mais les enfants doivent dormir, leurs parents montent la garde. Demain, ils iront avec eux travailler et reconstruiront leur moshav.

Dors mon fils, repose-toi, ne pleure pas, Ta mère est assise à côté de toi et te protège de tout mal. Dehors les hyènes hurlent et le vent souffle mais toi, mon petit garçon, endors-toi. Le matin viendra très vite, il ne faut pas paresser, demain, il faudra travailler.
Demain ton père sortira labourer, il tracera des sillons. Quand tu grandiras, la tète droite, vous sortirez dans les champs. Tu grandis en Eretz Israel, dans la joie et dans l’effort, tu travailleras comme ton père. Tu planteras dans les larmes et récolteras dans la joie*. Alors, pour le moment, écoute ta mère et endors-toi. La nuit est froide, les renards aiguisent leurs dents mais ton père monte la garde, il ne dort pas. Le jour il travaille, la nuit il garde la grange, tu grandiras et seras fort et tu garderas avec lui.  Couche-toi mon fils, n’aie pas peur, tout le moshav est en alerte. Ta mère aussi monte la garde, elle te protège, Avner. La grange brûle à Tel Yossef et de Beit Alfa monte une fumée, ne pleure pas, endors-toi. Cette nuit, le feu dévore la ferme et la paille. Il est interdit de désespérer, demain nous recommencerons à nouveau. Demain, il faudra poser les fondations, ton père construira  une maison pour son fils. Tu grandiras, tu l’aideras et vous la construirez ensemble.

Si, dans le piyyut original, l’homme est considéré comme un matériau dans les mains du Créateur, dans ce deuxième texte, c’est de lui qui est responsable de la sécurité du bébé et de celle du moshav et c’est lui qui doit travailler pour le construire et le reconstruire.

Alors que j’écris cet article, j’apprends qu’un attentat a eu lieu à Har Hadar, une localité dans les collines, sur la route qui mène à Tel Aviv. Trois Israéliens ont été assassinés: Solomon Gavriyah, 20 ans, garde-frontière, Youssef Ottman, 25 ans, d’Abu Ghosh, et Or Arish, 25 ans, de Har Adar.
Youssef Ottman et Or Arish étaient des gardes de sécurité civils. ה’ ינקום דמם

 

גמר חתימה טובה
Gmar Hatima Tova
Que vous soyez inscrits dans le livre de la vie

 

A bientôt,

*Piyout:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/piyout/
Pour ceux qui veulent le texte de ce piyout:
http://old.piyut.org.il/textual/168.html

* Texte de Jérémie 18,6
« Ne pourrais-je pas agir à votre égard, Maison d’Israel, à la façon de ce potier? Certes vous êtes sous ma main comme l’argile sous la main du potier »

*Les nigunim sont en mode mineur: on raconte que les Juifs polonais et russes furent impressionnés par les chants de l’armée napoléonienne. Ils les adoptèrent mais les firent passer du mode majeur au mineur qui nous convient mieux. 

*Chez nous, quand on fredonne on ne dit pas la la la mais daï di di daï

* Le poète Emanuel  Novogarbelski (1903-1979) né à Nikolayev, en Russie, écrivait sous le nom de Emmanuel Harussi (Emmanuel le Russe)

* D’après les Tehilim (126,5) « Eternel, ramène nos captifs, Comme (tu ramènes)  les ruisseaux dans le midi! Ceux qui sèment avec larmes moissonneront dans la joie. Celui qui marche en pleurant, quand il porte les grains. récolte dans l’allégresse ».

 

Shana Tova שנה טובה

Chers amis,
Nous entrons dans l’année 5778. Comme me l’a fait remarquer une de mes amies, 5778 c’est un nombre divisible par 18.
Le 18 יח(youd ‘het) ou חי (‘Hai) qui veut dire vivant.
Je vous souhaite une bonne année pleine de de vie, d’instants de bonheur et de découvertes passionnantes.

שנה טובה ומתוקה
שנת אושר
שנת בריאות
שנת שלווה

Bonne année 5778

A bientôt,