En quoi cette nuit est-elle différente des autres nuits?

La sortie d’Egypte est le moment phare de la construction du peuple juif.
Un vrai film d’aventures:
Tout d’abord ne sont épargnés que ceux qui enduisent les linteaux de leur porte avec le sang d’un agneau. On raconte qu’une bonne partie du peuple refusa, car cela leur semblait certainement stupide et qu’une partie des Egyptiens s’y conforma car ils étaient effrayés par les 9 plaies qui s’étaient déjà produites dans le pays. Le repas sur le pouce, agneau et matsa, fut à la fois rituel et pique-nique rapide avant le départ vers une terre promise mais inconnue.
Et depuis, nous nous souvenons de ce que nous* avons vécu en célébrant le Seder.
Mais pourquoi célébrer notre passage de la servitude à la liberté par une telle mise en scène?
Pourquoi une telle théâtralisation au lieu d’un repas en famille?
L’organisation du seder, tel que nous le connaissons, est relativement récente. Elle date de l’époque de la Mishna, soit du début de l’ère chrétienne. De nombreux historiens ont fait un parallèle avec le symposium grec.

Voici ce que dit Plutarque d’un symposium:
C’est au plus haut du printemps que l’endroit [les thermes d’Aïdepsos en Eubée] est particulièrement animé ; car beaucoup de gens y viennent au cours de cette saison, ils se convient mutuellement à des banquets où tout est à profusion, et, comme ils en ont le loisir, passent le plus clair de leur temps à discuter.
Discuter le plus clair de leur temps, oui mais aussi boire en abondance! Et à la fin du repas on faisait venir les hétaïres…


Notre Seder, repas fondateur de notre identité, serait-il une pale copie aseptisée de ces banquets gréco-romains?

Il est vrai que nous devons boire une coupe accoudés. Il nous est précisé « comme des hommes libres » car dans le monde gréco-romain seuls les hommes libres adoptaient la position allongée et buvaient accoudés. Les esclaves  restaient debout derrière leur maître.
L’œuf, les herbes amères et le carpass présents sur le plateau du Seder rappellent l’anecoena, ou premier plat des repas greco-romains qui commençaient par diverses salades vertes non assaisonnées et par des œufs. Un proverbe romain « ab ovo ad mala« , de l’œuf à la pomme » pour dire du début à la fin.

(fresque à Pompéi: les œufs durs premier service du banquet)

Le ‘harosset* du plateau, rappelle les fruits secs, dattes ou figues, eux aussi faisant partie du premier service du symposium. Heracleides de Tarentes, un médecin du premier siècle de l’ère chrétienne, recommandait de manger des dattes et des figues en début et non en fin de repas.
Pessah harosset

Nous buvons 4 coupes de vin entre chaque partie du Seder, les services du banquet étaient entrecoupés de libation de vin.
On peut même rajouter  a cette liste le sandwich de Hillel, qui réunit de la salade verte, du ‘harosset dans deux morceaux de matsa: là encore, les aliments du premier service se mangeaient souvent en sandwich dans une sorte de pita.

Alors, serions-nous de vils copieurs?
Il y a longtemps que les commentateurs se sont aperçu de ces similitudes comme ils avaient noté les similitudes existantes dans certains passages de la Thora et des récits non-juifs comme celui du déluge dans l’épopée de Gilgamesh. 
Mais comme me le disait un de mes professeurs, Alexandre Derczanski: lorsque tu compares, n’examine pas ce qui est ressemblant et donc évident, examine et analyse ce qui est différent.
Si on examine les récits de Gilgamesh et du déluge, les deux histoires se ressemblent vraiment mais:
-Dans le premier cas le monde est détruit par simple caprice des dieux mésopotamiens, que les activités humaines empêchent de dormir, somme toute un problème de voisinage!
-Dans le second cas, Dieu décide de détruire le monde pour des raisons morales. C’est la violence, ‘Hamas en hébreu (Ça ne s’invente pas!), qui pousse Dieu à agir et le survivant Noa’h est choisi pour sa rectitude morale. Il est un צדיק בדורו (tsadik bedoro), un tsadik pour sa génération, donc peut être pas un « saint » mais certainement un homme bien en comparaison avec ses voisins.

Mais revenons au Seder. Il est sûr que les Juifs  n’ont jamais vécu hors sol et connaissaient de près la culture gréco-romaine. Cependant:
– Tandis que le symposium ne concerne que des hommes libres et érudits (on dirait maintenant l’élite auto-proclamée) au Seder, tous sont conviés: hommes,  femmes et les enfants, même les tous petits, ainsi que ceux qui ne se sentent pas concernés. Il n’y a pas d’esclave en retrait puisqu’il s’agit de célébrer la fin de notre servitude. Et c’est aux enfants que revient les 4 grandes questions, simples seulement en apparence*.


(Seder au kibboutz Eyn Hashofet, les enfants et leurs grands-parents)

En quoi cette nuit diffère-t-elle des autres nuits ?
Car toutes les nuits, nous mangeons du pain levé ou azyme
pourquoi ne mange-t-on cette nuit que des azymes ?
Car toutes les nuits, nous mangeons toutes sortes d’herbes
pourquoi mange-t-on cette nuit des herbes amères ?
Car toutes les nuits, nous ne trempons pas même une fois
pourquoi trempe-t-on cette nuit deux fois ?
Car toutes les nuits, nous mangeons assis ou accoudés
pourquoi, cette nuit, sommes-nous tous accoudés ?

Cela n’a rien à voir avec un banquet d’érudits ivrognes qui n’acceptent ni les enfants, ni les ignorants, ni les esclaves et n’y convient que des femmes courtisanes.

– L’œuf, les herbes amères, salades vertes et le ‘harosset  ne sont plus seulement les aliments courants dans le premier servie d’un banquet. Ils sont chargés de sens: l’œuf symbolise le deuil du Temple, les différentes salades vertes sont les herbes amères et le maigre repas de nos ancêtres, quant au ‘harosset si délicieux, cette pâte de fruits secs est devenu l’argile des briques que nous devions former et c’est pourquoi on le mélange de morceaux de cannelle, symbolisant la paille.


– Le sandwich de Hillel contient notre amertume, nos « travaux forcés » entre deux « pains de misère » la matza. Depuis la destruction du Temple, nous n’y ajoutons pas un morceau d’agneau puisqu’il n’y a plus de sacrifice pascal.


– Les libations sont remplacées par 4 coupes de vin dont l’une des significations est d’étonner les enfants. On ne boit jamais 4 coupes de vin!

Nous arrivons maintenant à l’afikoman qui a gardé son nom grec.
Dans le monde grec l’epikomion était l’après-banquet, un mot formé de « epi » après et de « komos » banquet*. Les participants, déjà bien éméchés sortaient pour continuer leur beuverie dans d’autres banquets. Pour nous, l’afikoman est devenue bien plus sobrement une demi matsa, symbole elle aussi de l’agneau pascal, cachée par le père de famille avec la promesse d’un cadeau pour qui la retrouvera, ce qui permettra aux enfants de rester éveillés jusqu’à la fin. On retrouve donc dans l’afikoman la même idée de dialogue familial en opposition au banquet où seuls quelques « happy few » pouvaient converser.
Il est même écrit dans la Mishna « on ne peut pas rajouter un afikoman après avoir mangé de l’agneau pascal », c’est à dire qu’après avoir mangé le sandwich de Hillel, il est interdit de passer de notre afikoman juif à l’afikoman grec et de s’enivrer, au cas où certains Juifs « hellénisés » n’auraient pas compris et voudraient continuer à boire chez les voisins.

Pour nos ancêtres, le monde gréco-romain était à la fois très proche comme le montrent ces mosaïques de la maison de Dionysos à Tsippori 

et totalement étranger comme on le voit avec toutes ce pseudo repas  à la grecque destiné à déconcerter les enfants: En quoi cette nuit est-elle différente des autres nuits?

Sortez bien d’Egypte!
חג פסח שמח

 

A bientôt,

*Nous: parce que nous devons nous considérer comme étant nous-mêmes sortis d’Egypte

*Le Seder:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/30/tout-est-en-ordre/

*Les 4 questions du Ma Nishtana sont appelées en hébreu les 4 קושיות (koushiot) ou difficultés.

*Mélodie du Ma Nishtana:
Ephraim Avilea écrivit en 1936 un oratorio intitulé Hag Haherout (« fête de la liberté ») : son air, rapidement adopté et considéré depuis lors comme la « mélodie traditionnelle » du ma nishtana, en fait l’un des chants de Pessa’h les plus populaires

*komos: banquet, fête avec une connotation de  beuverie

 

 

 

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כִּי הִנֵּה כַּחֹמֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר בִּרְצוֹתוֹ מַרְחִיב וּבִרְצוֹתוֹ מְקַצֵּר כֵּן אֲנַחְנוּ בְיָדְךָ חֶסֶד נוֹצֵר לַבְּרִית הַבֵּט וְאַל תֵּפֶן לַיֵּצֶר
Comme l’argile dans la main du potier qui l’étale ou le raccourcit, oui nous sommes dans ta main…

Ce piyout* est l’un des points culminant de l’office de Yom Kippour. Il se chante en ouvrant  les portes de l’arche sainte.
Dans chaque strophe, le poète anonyme, qui s’inspire d’un texte du prophète Jérémie*, nous compare à un matériau dans la main du Créateur: une pierre dans la main du tailleur de pierres, un couteau dans la main de l’artisan, le gouvernail dans la main d’un marin…
Israel est le matériau du Créateur, il est fait de matière comme l’argile mais n’est pas que ça. Il doit choisir à tout instant entre le bien et le mal.

La mélodie la plus célèbre de ce  piyyout fut composée par le rav Shalom Haritunov qui vivait au 19 ème siècle en Ukraine. Mais elle a souvent pris le pas sur le piyut lui-même, elle se chante en nigun, une mélodie sans paroles. Le nigoun est une prière en soi. Les nigounim nous accompagnent de génération en génération. Toujours en mode mineur*, et à l’opposé des chants choraux occidentaux bien calibrés, ils sont l’expression d’une notre inquiétude face à l’adversité, d’un trop plein de douleur mais aussi d’espoir en dépit de tout. Ils s’expriment dans un rythme lent, presque hypnotique où se balancent l’âme et le corps. Rien de religieux au sens classique du terme. Le nigoun concerne chacun d’entre nous quand notre âme déborde.

Dans la vidéo ci-dessous, le soliste a annoncé le titre du piyut Comme l’argile dans la main du potier, il est évident que le public le connait mais il ne chante pas les paroles. Il se laisse bercer par la mélodie*.

Cette mélodie est devenue un nigoun des Juifs de Palestine, pendant les pogroms des années 30 sur lequel Emanuel  Novogarbelski a écrit une berceuse, pour la naissance de son fils Avner.
La situation est grave – la grange brûle à Tel Yossef et on voit la fumée sur Beit Alfa – mais les enfants doivent dormir, leurs parents montent la garde. Demain, ils iront avec eux travailler et reconstruiront leur moshav.

Dors mon fils, repose-toi, ne pleure pas, Ta mère est assise à côté de toi et te protège de tout mal. Dehors les hyènes hurlent et le vent souffle mais toi, mon petit garçon, endors-toi. Le matin viendra très vite, il ne faut pas paresser, demain, il faudra travailler.
Demain ton père sortira labourer, il tracera des sillons. Quand tu grandiras, la tète droite, vous sortirez dans les champs. Tu grandis en Eretz Israel, dans la joie et dans l’effort, tu travailleras comme ton père. Tu planteras dans les larmes et récolteras dans la joie*. Alors, pour le moment, écoute ta mère et endors-toi. La nuit est froide, les renards aiguisent leurs dents mais ton père monte la garde, il ne dort pas. Le jour il travaille, la nuit il garde la grange, tu grandiras et seras fort et tu garderas avec lui.  Couche-toi mon fils, n’aie pas peur, tout le moshav est en alerte. Ta mère aussi monte la garde, elle te protège, Avner. La grange brûle à Tel Yossef et de Beit Alfa monte une fumée, ne pleure pas, endors-toi. Cette nuit, le feu dévore la ferme et la paille. Il est interdit de désespérer, demain nous recommencerons à nouveau. Demain, il faudra poser les fondations, ton père construira  une maison pour son fils. Tu grandiras, tu l’aideras et vous la construirez ensemble.

Si, dans le piyyut original, l’homme est considéré comme un matériau dans les mains du Créateur, dans ce deuxième texte, c’est de lui qui est responsable de la sécurité du bébé et de celle du moshav et c’est lui qui doit travailler pour le construire et le reconstruire.

Alors que j’écris cet article, j’apprends qu’un attentat a eu lieu à Har Hadar, une localité dans les collines, sur la route qui mène à Tel Aviv. Trois Israéliens ont été assassinés: Solomon Gavriyah, 20 ans, garde-frontière, Youssef Ottman, 25 ans, d’Abu Ghosh, et Or Arish, 25 ans, de Har Adar.
Youssef Ottman et Or Arish étaient des gardes de sécurité civils. ה’ ינקום דמם

 

גמר חתימה טובה
Gmar Hatima Tova
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A bientôt,

*Piyout:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/piyout/
Pour ceux qui veulent le texte de ce piyout:
http://old.piyut.org.il/textual/168.html

* Texte de Jérémie 18,6
« Ne pourrais-je pas agir à votre égard, Maison d’Israel, à la façon de ce potier? Certes vous êtes sous ma main comme l’argile sous la main du potier »

*Les nigunim sont en mode mineur: on raconte que les Juifs polonais et russes furent impressionnés par les chants de l’armée napoléonienne. Ils les adoptèrent mais les firent passer du mode majeur au mineur qui nous convient mieux. 

*Chez nous, quand on fredonne on ne dit pas la la la mais daï di di daï

* Le poète Emanuel  Novogarbelski (1903-1979) né à Nikolayev, en Russie, écrivait sous le nom de Emmanuel Harussi (Emmanuel le Russe)

* D’après les Tehilim (126,5) « Eternel, ramène nos captifs, Comme (tu ramènes)  les ruisseaux dans le midi! Ceux qui sèment avec larmes moissonneront dans la joie. Celui qui marche en pleurant, quand il porte les grains. récolte dans l’allégresse ».

 

Shana Tova שנה טובה

Chers amis,
Nous entrons dans l’année 5778. Comme me l’a fait remarquer une de mes amies, 5778 c’est un nombre divisible par 18.
Le 18 יח(youd ‘het) ou חי (‘Hai) qui veut dire vivant.
Je vous souhaite une bonne année pleine de de vie, d’instants de bonheur et de découvertes passionnantes.

שנה טובה ומתוקה
שנת אושר
שנת בריאות
שנת שלווה

Bonne année 5778

A bientôt,

Bonne année 2017

Cette semaine, nous avons assisté à l’allumage de la 5 ème bougie de ‘Hannouka au centre culturel de Ness Tsiona*.
Notre petite fille Omer (9 ans) était la soliste de la chorale d’enfants de la ville.

Elle a interprété le magnifique chant de Naomi Shemer* לו יהי (Lou Yéhi – Que cela se réalise) qui convient tout à fait pour des souhaits de bonne année.
Ce chant,  Naomi Shemer l’avait composé au moment de la guerre de Kippour. Dans la vidéo ci-dessous, vous l’entendez en compagnie de Shaike Levy, Gavri Banaï, et Israel Poliakov du trio הגשש החיוור (hagashash ha’hiver).

עוד יש מפרש לבן באופק  מול ענן שחור כבד כל שנבקש לו יהי
ואם בחלונות הערב  אור נרות החג רועד כל שנבקש לו יהי
Il y a encore une voile blanche à l’horizon face au lourd nuage noir. Que se réalise tout ce que nous demandons!
Et si la lumière des bougies de la fête tremblent le soir aux fenêtres. Que se réalise tout ce que nous demandons!
מה קול ענות אני שומע קול שופר וקול תופים כל שנבקש לו יהי
לו תישמע בתוך כל אלה    גם תפילה אחת מפי כל שנבקש לו יהי
Entendrais-je une voix affligée? La voix du shofar et des tambourins! Que se réalise tout ce que nous demandons!
Que soit aussi entendue parmi toutes celles-ci, une seule de mes prières. Que se réalise tout ce que nous demandons!
בתוך שכונה קטנה מוצלת  בית קט עם גג אדום כל שנבקש לו יהי
זה סוף הקיץ סוף הדרך   תן להם לשוב הלום כל שנבקש לו יהי
Dans un petit quartier ombragé, une maison simple au toit rouge. Que se réalise tout ce que nous demandons!
C’est la fin de l’été, la fin du chemin, permets leur d’y revenir. Que se réalise tout ce que nous demandons!
ואם פתאום יזרח מאופל  על ראשנו אור כוכב כל שנבקש לו יהי
אז תן שלווה ותן גם כוח  לכל אלה שנאהב כל שנבקש לו יהי
Et si soudain des ténèbres brille sur nous la lumière d’une étoile. Que se réalise tout ce que nous demandons!
Donne la sérénité et la force à ceux que nous aimons. Que se réalise tout ce que nous demandons!
לו יהי, לו יהי אנא – לו יהי  כל שנבקש לו יהי
De grâce, que se réalise tout ce que nous demandons!

A bientôt,


*Ness Tsiona:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/04/26/ness-tsiona/

*Naomi Shemer s’etait inspirée de Let It Be des Beatles pour la mélodie

Les 4 saisons

Les premières pluies sont enfin arrivées! Elle n’ont duré que deux jours mais ont fait du bien au pays, au Kinneret et à mes géraniums qui n’en pouvaient plus. Quelques centimètres de neige sont même tombés sur le ‘Hermon.
Les feuilles rougissent, les citrons sont déjà confits et je dois cueillir les 8 oranges de mon petit oranger.
Ce matin, ma fille a pris cette photo près de  l’Université:

universite-givat-ram-automne
Si vous habitez en Europe ou en Amérique du Nord, ces arbres rouges vous sembleront bien peu nombreux mais pour nous qui connaissons surtout une flore méditerranéenne ou désertique, c’est une couleur d’automne rare qui nous réjouit.
Avons nous réellement 4 saisons? Officiellement oui, 4 saisons et 4 mots pour les désigner mais en fait, le printemps et l’automne sont bien plus courts qu’en Europe.

Traditionnellement, Sukkot et Pessa’h marquent les changements de saison.
Si à la fin de Sukkot, nous disons dans nos prières משיב הרוח ומוריד הגשם (mashiv harua’h umorid hageshem), fais venir le vent et tomber la pluie, c’est qu’à partir de ce moment là, les pluies sont nécessaires.

Le mot סתו (stav), automne n’apparaît qu’une fois dans le Tanakh, il signifie en fait saison des pluies. Dans Shir Hashirim (2, 11) il est écrit :
כִּי-הִנֵּה הַסְּתָו, עָבָר; הַגֶּשֶׁם, חָלַף הָלַךְ לוֹ
Car voilà l’hiver qui est passé, la saison des pluies est finie, elle a cédé la place…

Et tout le reste du texte est une ode au renouveau.

Pour les linguistes, le mot חורף (‘horef) signifie temps de la récolte (entre autre celle des olives) et pour Rashi c’est l’époque où sont semées les légumineuses qui arrivent rapidement à maturité.

timbre-hiver

Traditionnellement, l’indifférenciation entre l’hiver et l’automne se retrouve dans l’hébreu rabbinique. Dans sa traduction en araméen du verset ci dessous de Bereshit, Onkelos traduit חורף (‘horef) hiver par סתו (stav) automne ou saison des pluies:
עֹד, כָּל-יְמֵי הָאָרֶץ: זֶרַע וְקָצִיר וְקֹר וָחֹם וְקַיִץ וָחֹרֶף, וְיוֹם וָלַיְלָה–לֹא יִשְׁבֹּתוּ.
Tandis que la traduction du rabbinat préfère le mot hiver:
Plus jamais, tant que durera la terre, semailles et récolte, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit, ne seront interrompus.

timbre-automne

Il en est de même pour le printemps et l’été:
Le mois de Nissan pendant lequel nous fêtons Pessah, est aussi appelé Aviv, printemps ou germination. Il est écrit dans le livre de Shemot (l’Exode 9,31):
הַיּוֹם, אַתֶּם יֹצְאִים, בְּחֹדֶשׁ, הָאָבִיב.
C’est aujourd’hui que vous partez, dans le mois de la germination.

Germination? Mais aussi parfois maturité: ici aviv signifie épi:
Or, le lin et l’orge avaient été abattus, parce que l’orge était en épi et le lin en fleur.
וְהַפִּשְׁתָּה וְהַשְּׂעֹרָה, נֻכָּתָה: כִּי הַשְּׂעֹרָה אָבִיב, וְהַפִּשְׁתָּה גִּבְעֹל. Shemot (Exode: 9, 31)

Le mot aviv vient de la racine A.B.B (ou A.V.V) qui signifie faire pousser des plantes, ou monter en tige, en d’autres termes renaître.
Vous le savez déjà: Tel Aviv n’est pas la colline du printemps mais celle qui vient d’un passé lointain et toujours se revivifie comme le printemps*.

Mais savez-vous que le nom d’une autre ville dans le monde a la même signification?
Addis Abeba!
L’éthiopien fait partie des langues sémitiques. Addis a comme racine les consonnes H D SH (semblables au mot hébreu hadash=nouveau) et Abeba, ça ne vous rappelle pas Aviv?

timbre-printemps

Une fois le renouveau terminé, on arrive en קיץ (kayitz), en été. Ce mot est un dérivé de l’araméen Kayit (d’ou les kaytanot* de vos enfants). Ce mot est relié à קוץ (kotz) l’épine, eh oui, en été tout est sec! Et au mot קץ (ketz,) l’extrémité, car l’été se termine avec Rosh Hashana, mais aussi le verbe cueillir, קצצ,  selon le verset du prophète Mikha 7, 1:
אַלְלַי לִי, כִּי הָיִיתִי כְּאָסְפֵּי-קַיִץ
Je suis là comme après la récolte des fruits (d’été= les figues).

timbre-ete

En attendant il neige sur le ‘Hermon, les nuages s’accumulent au-dessus de nous et on veut croire à des pluies abondantes.

A bientôt

*Signification du mot Tel Aviv:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/05/lancienne-gare-de-jerusalem/

*Les kayanot: Centres aérés. Le mot est juste pour ceux qui ont lieu en été mais que dire de l’emploi kaytanot pour les vacances de ‘Hanukka? Bon, je chipote!

 

 

 

 

 

Yom Hazikaron 2016

Il existe à Tsahal un service de liaison qui accompagne les familles à l’hôpital lorsqu’un soldat est blessé ou qui malheureusement leur annonce la mort de leur enfant.
Il est dirigé depuis 28 ans par une femme exceptionnelle, le colonel Yaffa Mor, qui prend la peine de rendre visite personnellement aux familles endeuillées.

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(Yaffa Mor, photo Elie Attias)

Pendant toutes ces années, elle a frappé plus de 200 fois à la porte de famille de soldats pour leur annoncer la terrible nouvelle.
Dans son bureau, se trouve la photo d’Oron Shaul* qui lui sourit: « Je le regarde dans ses profonds yeux bleus et c’est ainsi que je commence ma journée ».

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Elle se souvient de chaque famille, de chaque instant où les proches, tous les proches, feront à peu près les mêmes gestes: ils l’emmèneront dans la chambre de leur enfant, lui montreront les photos, lui liront la dernière lettre ou le dernier SMS…
Elle est présente à l’enterrement puis à la shiva, reste en contact avec eux, va les voir régulièrement, ré-ouvre avec eux l’armoire pleine de vêtements, elle est invitée aux bar mitsva, aux mariages…
« Certaines de mes visites, je les ai faites enceinte. Je rencontrais des familles au comble de la douleur et voilà qu’elles s’intéressaient à moi, me comblaient de bénédictions et téléphonaient pour savoir comment j’allais, m’envoyaient des fleurs ou des chocolats lors des naissances« .

Parfois, un lien particulier se crée entre elle et les endeuillés, comme avec Zehava, la mère d’Oron. Lors de l’enterrement le rabbin a procédé à la kriah* sur la chemise d’Herzl, son père,  mais c’est Yaffa qui a déchiré le haut du vêtement de Zehava.
« Oron est devenu une partie de ma vie, maintenant je prépare les boulettes de shabbat selon une recette de Zehava…
Nous travaillons très dur pour récupérer les corps d’Oron et de Hadar. Vous vous imaginez le jour où ils pourront être inhumés ici, où les parents auront enfin une tombe où se recueillir? »

Yaffa Mor et la famille Oron (ynet)(Yaffa Mor et la famille de Oron Shaul, photo Elad Gershgoren, Ynet)

En plus de la photo d’Oron, le colonel Yaffa Mor a dans son bureau celle d’autres soldats disparus:

Hadar Goldin,

Hadar Goldin

Yehuda Katz, Zachary Baumel et Zvi Feldman:

zachary-baumel-yehuda-katz-et-zvi-feldman

Gaï Hever

Gai Hever

et Ron Arad

Ron-Arad

Un poème tout simple est apparu sur internet:

La paix viendra quand…
On dira « Shirion* et qu’on pensera à une tortue,
Quand on dira Magav* et que ce sera une serviette,
Quand un exercice se fera seulement en cours de maths,
Quand 03 ne sera qu’un préfixe téléphonique*,
Une ligne, celle des bus,
Et une batterie, celle des baladeurs,
Quand seuls les ordinateurs recevront des ordres,
Quand au Shekem* on n’achètera que des produits électriques,
Quand le mot grenade nous fera penser à Soukkot,
Quand cerise et caroube ne seront que des fruits délicieux,
Quand on n’ouvrira le feu que pour allumer une cigarette,
Quand les « bombes »  seront toutes blondes,
Quand « pagaz (obus) ne sera qu’un beau garçon,
Et « kadour » (balle, comprimé), un comprimé d’Acamol*,
Quand on discutera pour savoir si nous avons gagné ou perdu au foot,
Quand la ‘hativa* ne sera que le collège, entre l’école primaire et le lycée,
Quand le gdoud (bataillon) ce sera chez les scouts,
Quand la kita (classe) ne sera qu’à l’école,
Quand le Na’hal* ne sera sera qu’une chorale et le sous marin sera jaune,
Quand on jouera à la guerre avec un jeu de cartes,
Quand on dira ‘Hallal* en pensant à la NASA,

כשיגידו שיריון ויתכוונו לצב
כשיגידו גִזרה ויתכוונו לדיאטה
כשיגידו מגב – ויתכוונו לספונג’ה
כשתרגיל – יהיה בחשבון
03 תהיה רק קידומת
קו – יהיה באוטובוס
וסוללה תהיה בדיסקמן
כשפקודות – יקבלו רק מחשבים
וכשבשק »ם – נקנה מוצרי חשמל
רימון– יהיה בסוכות
ודובדבן וחרוב יהיו רק פירות טעימים
כשלפתוח אש יהיה בשביל להדליק סיגריה
כשיגידו פצצות וכולן יהיו בלונדיניות
כשפגז יהיה מישהו חתיך
כשכדור יהיה אקמול
וכשיתווכחו אם ניצחנו או הפסדנו – בכדורגל
כשחטיבה תהיה בין היסודי לתיכון
כשגדוד יהיה בצופים
כיתה תהיה בבית הספר
הנח »ל רק להקה והצוללת צהובה
ומלחמה תהיה רק בקלפים
כשיגידו חלל ויתכוונו לנאסא

Mais en attendant, nous avons eu 6 blessés dans deux attentats pour la seule journée d’hier: deux grand-mères de 80 ans ont été poignardées par des terroristes sur la promenade du quartier d’Armon Hanatsiv, et trois soldats blessés au nord de la ville par des engins piégés. Leur état est grave.
Heureusement quelques bonnes nouvelles: Orel, une jeune soldate qui, l’automne dernier, avait été poignardée et écrasée par un terroriste, a participé aux cérémonies, et les parents du soldat, Ben Vaanunu, tué pendant la guerre de l’été 2014, ont eu une petite fille:
Yom Hazikarone bebe Vaanunu

A bientôt,

*Oron Shaul et Hadar Goldin:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/
Yehuda Katz, Zachary Baumel, Zvi Feldman, Gaï Hever, Ron Arad sont des soldats portes disparus au Liban et en Syrie

 

*Shirion: tank ou carapace de tortue, Magav: acronyme de « Mishemeret haGvul » ou police des frontières, la racine MGV a donné le mot serviette,
Shekem: acronyme de sherut kantinot umisznonim, sorte de supermarché où les soldats achètent à bas prix, le Shekem Electrique est une chaîne de magasins de produits électriques;
L’Akamol est le paracétamol israélien,
Cerise et Caroube sont les noms de deux prestigieuses unités de l’armée,
Na’hal: acronyme de Jeunesse Pionnière Combattante, corps d’armée qui sert entre autre à la protection des kibbutzim frontaliers,
‘Hallal: espace mais la même racine signifie aussi tomber au combat.