Où l’on reparle de la mosquée d’El Aqsa

Encore me direz-vous! Pourquoi donc?

Le Waqf aurait-il donc enfin décidé que nous étions des êtres humains à part entière et nous permettrait-il ainsi de nous promener sur le Mont du Temple et de bavarder en toute quiétude avec les musulmans?
Non, rassurez vous, pour le moment c’est « as usual »: Le grand mufti actuel Sheikh Muhammed Ahmad Husseini a déclaré le 25 octobre 2015 que El Aqsa fut construite il y a 3000 ans, 30 000… en fait depuis la création du monde! Il a aussi insisté sur le fait, devenu évident à force de le répéter, qu’il n’y avait jamais eu de Temple juif (Hou le vilain mot) sur le site. 
N’étant pas psychiatre, je ne me prononcerai pas sur son état mental.

Je veux seulement  vous entretenir d’un fait ancien dont vous n’avez peut être pas eu connaissance: des conséquences du tremblement de terre qui  eut lieu à Jerusalem en 1927, qui fit de nombreux morts et blessés et endommagea plus de 300 bâtiments dont la mosquee d’El Aqsa.
La mosquee fut très abîmée et la rénovation prit quelques années. Comme on était déjà au 20 ème siècle et sous le Mandat britannique, ce furent non seulement des ingénieurs mais aussi des archéologues  qui s’aventurèrent dans les gravats accompagnés d’un photographe. Tout ce qu’ils trouvèrent fut photographié, dessiné, extrait et analysé. A la tête du groupe d’archéologues, Robert Hamilton, directeur des Antiquités, avait été bien chapitré par le grand mufti de l’époque, le fameux Hadj Amin el Husseini. Il lui avait promis que: no mention of any findings that the Muslims would have found inconvenient (il ne mentionnerait pas ce qui pouvait incommoder les musulmans, en fait, tout ce qui pourrait être des vestiges du Temple juif ou d’églises byzantines!)
Donc, tout fut photographié et analysé: mosaïques, ostraca, citernes etc… et gardé au frais.
Lorsqu’Hamilton publia son livre sur l’histoire de l’architecture de la mosquée et ses découvertes archéologiques*, il ne mentionna rien qui ait pu déplaire aux Arabes. Tout ce qu’il trouva comme vestige de la période pré-islamique, c’est à dire byzantine ou juive, fut enfoui dans les archives du département des antiquités du mandat britannique.
Presque un siècle plus tard… Les trésors photographiques cachés d’Hamilton furent retrouvés.
Sur la photo ci-dessus, au premier plan, les poutres sont en cèdre et leur datation au carbone 14 les fait remonter à plus de 2000 ans ce qui montre un habitat de grande taille mais aussi de grande qualité, le cèdre étant réservé aux palais ou au…Temple.

.
mosquee el Aksa apres le tremblement de terre en 1927Israel Antiquities Authority Archives)

En 1999 le Wakf a fait des travaux dans un lieu nommé les étables de Salomon au coin sud-est du Mont du Temple. Les ouvriers ont alors creusé une fosse profonde et large au bulldozer et ont rejeté la terre sans se soucier des conséquences. Ce sont ces gravats qui sont étudiés par deux archéologues, les Dr Gabi Barkai et Zachi Dvira. Depuis 14 ans, tous deux travaillent sur cet unique projet:  fouiller et tamiser les tonnes de terres retirées par le Waqf, il y a 17 ans. Ces gravats sont remplis de trésors archéologiques datant de la période biblique et post-biblique.
Bien que beaucoup aient été détruits, ils en ont découvert suffisamment pour confirmer les informations scellées par Hamilton:
Ainsi, les restes d’un bain juif rituel, un mikve, datant de la période du second Temple dans lequel les Juifs s’y immergeaient avant d’entrer dans le Temple.
Comme aussi, une multitude de petits objets des périodes du premier et deuxième Temple: des morceaux de petites colonnes (pilettes)  utilisées dans un hypocauste* et des  tubuli*. Gabi Barkai pense que ce sont des vestiges du système de chauffage d’une pièce contiguë au mikve et qui servait de vestiaire.

hypocauste3194

Les Palestiniens ne savent que réécrire l’histoire, pire, il ne savent que détruire: témoignages historiques, etres humains, juifs de préférence etc… Je ne comprends pas comment l’Occident qui se considère en guerre contre le terrorisme de Daesh et s’émeut devant la destruction des sites archéologiques irakiens et syriens, reste silencieuse en ce qui concerne le Mont du Temple.

J’écris cet article à la mémoire de Hallel Yaffa Ariel, 13 ans, assassinée jeudi matin par un terroriste palestinien de 17 ans. L’Autorité Palestinienne en fait un héros. Rien de surprenant quand on sait que Mahmoud Abbas a expliqué devant le Parlement Européen que les rabbins juifs (sic!) empoisonnaient les puits des Palestiniens (ce qui lui a valu une ovation des députes européens).

Hallel Yaffe Ariel
Quelle éducation a t-il reçu? Sa propre mère (à qui l’autorité palestinienne versera une prime en récompense du geste de son fils) dit que son fils est un héros, lui le meurtrier d’une enfant endormie:
« Mon fils est un héros; il me donne de la fierté… Il est mort pour défendre Jérusalem et la mosquée Al Aqsa ».* 

Bien sur je m’attends à ce que la presse occidentale et tout particulièrement la presse française (l’AFP, le Monde etc…) justifie et, de ce fait, encourage en quelque sorte ce type de meurtres en nous répétant inlassablement, tout au long de ses reportages que cette enfant était un colon, que l’assassin palestinien était un combattant, un activiste ou mieux un résistant, qu’elle mette en cause Netanyahou et qu’elle évoque l’humiliation quotidienne des palestiniens. Discours de propagande idéologique mâtiné d’antisémitisme, dont elle fait l’économie lorsqu’il s’agit d’attentats terroristes en Europe.
La presse française s’est émue, à juste titre, de l’assassinat chez eux d’un couple de policiers. Mais, bien que cette affaire m’ait touchée moi aussi, je voudrais cependant ajouter que ce couple a été tué à cause de sa fonction, alors que Hallel a été tuée à cause de ce qu’elle était: une enfant juive.

Je reprends ces réflexions de Pug publiées sur la page facebook des « Goys qui défendent Israel »:

« Encore un jeune palestinien qui croit bien faire en tuant… Pourquoi? Parce qu’on lui martèle depuis l’enfance que tuer du juif, c’est bien.
… Dès le berceau, on le familiarise avec les armes, avec les tenues de combat, avec les ceintures d’explosifs. Dès l’enfance, on lui apprend à haïr le juif tenu pour responsable de toutes les souffrances de la nation islamique. Dès l’adolescence, on l’aguerrit à lancer des pierres contre les chars de Tsahal, on l’entraîne à poignarder des juifs, on lui apprend le maniement des roquettes ou les secrets d’une propagande rodée. S’il arrive à l’âge adulte, il aura des enfants qu’à son tour il embrigadera sans scrupules dans la tradition de haine anti-juive dont il a hérité. »
Ras-le-bol de cette culture de la haine qui tue. Ras-le-bol de cette tradition de meurtres glorifiés. Quand est-ce qu’on leur apprendra autre chose que la haine et la mort?

Au nom des Palestiniens, que nous devons encourager de toutes nos forces dans ce sens, rappelons les paroles cinglantes de vérité de Golda Meir :
« La Paix viendra quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils nous haïssent. »
La clef de la paix est là, dans la fin de la cause palestinienne nazie et mortifère, la fin de l’embrigadement des Palestiniens dans la haine des Juifs. »
Pug

 

 A bientôt,
PS: Jeudi un autre attentat, cette fois à Netanya a fait plusieurs blessés graves. Au moment où je termine cet article, j’apprends que s’est produit encore un nouvel attentat faisant un mort, un père de famille et plusieurs blessés graves, son épouse et ses enfants* et qu’une roquette a été tirée de Gaza atteignant un jardin d’enfants à Sderot!
 
*Je vous ferai aussi grâce de l’histoire du Temple construit par Salomon, reconstruit lors du retour de Babylone et agrandit par Hérode ainsi que de tout ce qui a pu se passer à cet endroit précis depuis sa destruction en 70 de l’ère chrétienne. Si vous avez envie de vous replonger dans les siècles passés, un grand nombre de mes articles intitules : Les générations oubliées » traitent de ce sujet.
*Robert Hamilton: « The structural history of the Aqsa Mosque: a record of archaeological gleanings from the repairs of 1938-1942. London: Oxford University Press.

* hypocauste: un espace sous le plancher d’une pièce, utilisé pour chauffer cette même pièce.

*tubuli: briques carrées creuses à travers lesquelles passe l’air chauffé.

*les attentats de cette semaine:

 

 

 

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Le jeton est-il tombé?

Nous avons lu, il y a peu, la parasha כי תשא Ki Tissa (livre de Chemot (Exode) 30). Elle traite entre autre de l’impôt d’un demi-shekel que les Juifs devaient apporter pour la construction du משכן (mishkan) ou Tabernacle.
« Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement… Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-sicle, selon le poids du sanctuaire… La moitié sera l’offrande réservée au Seigneur. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du sicle, pour acquitter l’impôt de l’Éternel« .

Des shekels nous en utilisons tous les jours et si je devais couper la toute petite pièce de un shekel en deux, il ne resterait pas grand chose!
shekel actuel

Mais qu’est qu’un shekel à l’époque de Moshe?
Il y a environ 3500 ans, les pièces telles que nous les connaissons n’existent pas. Selon Hérodote, il faut attendre le 5 ème siècle* avant l’ère chrétienne, pour qu’apparaissent les premières pièces de monnaie. L’archéologie confirme ce fait. Les plus anciennes à ce jour ont été trouvées dans les fouilles du Temple d’Artémis à Éphèse et elles sont datées du 6 ème siècle.

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(Elles se trouvent au British Museum)

Quoi qu’il en soit, à l’époque de Moshe, on n’utilise pas de pièces: quand on fait ses courses, soit on troque soit on prend un peu d’un métal quelconque avec soi et on le découpe selon le prix de vente.
Donc, quand Dieu demande un demi-shekel il ne s’agit pas une pièce de monnaie. C’est la moitié d’un poids donné. Le mot poids  משקל (Mishkal) vient de la racine שקל (SH K L)  qui veut dire peser et a ainsi donné le mot שקל (shekel). Les 400 shekalim d’argent qu’Abraham paye à Efron pour l’achat de la grotte de la Ma’hpela où il enterre sa femme Sarah sont un poids de 4,4 kg  d’argent.
« Éfron répondit à la demande d’Abraham:  « Seigneur, écoute-moi: une terre de quatre cents sicles d’argent, qu’est-ce que cela entre nous deux? Enterres-y ton mort. »  Abraham écouta Éfron et lui compta le prix qu’il avait énoncé en présence des enfants de Heth: quatre cents sicles d’argent, selon l’usage « .
ד וַיַּעַן עֶפְרוֹן אֶת-אַבְרָהָם, לֵאמֹר לוֹ. טו אֲדֹנִי שְׁמָעֵנִי, אֶרֶץ אַרְבַּע מֵאֹת שֶׁקֶל-כֶּסֶף בֵּינִי וּבֵינְךָ מַה-הִוא; וְאֶת-מֵתְךָ, קְבֹר.טז וַיִּשְׁמַע אַבְרָהָם, אֶל-עֶפְרוֹן, וַיִּשְׁקֹל אַבְרָהָם לְעֶפְרֹן, אֶת-הַכֶּסֶף אֲשֶׁר דִּבֶּר בְּאָזְנֵי בְנֵי-חֵת–אַרְבַּע מֵאוֹת שֶׁקֶל כֶּסֶף, עֹבֵר לַסֹּחֵר.

Pendant toute la période biblique, le shekel sera un poids évalué à 11 gr. Comme il est écrit dans le livre du prophète Ezekiel (7,10):
Et ce mets dont tu te nourriras devra être pesé: le poids en sera de vingt shekalim par jour, d’un bout à l’autre [de la période] tu le mangeras.
 וּמַאֲכָלְךָ, אֲשֶׁר תֹּאכְלֶנּוּ–בְּמִשְׁקוֹל, עֶשְׂרִים שֶׁקֶל לַיּוֹם: מֵעֵת עַד-עֵת, תֹּאכְלֶנּוּ 

Avec l’arrivée des pièces comme moyen de transaction, le shekel deviendra peu à peu le nom de la monnaie juive jusqu’à maintenant* .

En fait, les premières pièces juives d’Eretz Israel apparaissent au retour de l’exil de Babylone, il y a 2500 ans. Au début, elles sont sans signe distinctif, mais bien vite elle seront marquées des symboles juifs.
piece datant du retour de l'exil a Babylone

On en trouve beaucoup qui datent de la première révolte au premier siècle de l’ère chrétienne:

200px-Half_Shekel(demi-shekel de l’année 68 qui porte les lettres hébraïques שג
dont la signification est: an 3 de la révolte
)

mais les plus nombreuses datent de la révolte de Bar Kokhba:

Barkokhba-silver-tetradrachm

(shekel de la révolte de Bar Kokhba au 2 ème siècle:
d’un côté le Temple et de l’autre l’inscription « Pour la liberté de Jerusalem »)

A l’époque de la Michna, le mot א-סימון (a-simon), d’origine grecque, entre dans la langue hébraïque. Il signifie sans signe distinctif. L’a-simon est une pièce neuve et lisse qui n’a pas encore été gravée.
De nos jours le terme א-סימון (a-simon) a repris du service. Il signifie jeton et en particulier jeton de téléphone.

Vous souvenez-vous des téléphones à jeton? On mettait le jeton dans la fente et on entendait alors un déclic… Bien qu’il n’y ait plus de jeton, l’idée du déclic soudain est restée dans l’expression: נפל האסימון (Nafal haAsimon), le jeton est tombé. C’est à dire: il a enfin compris.

Je n’ai pas besoin de vous traduire les paroles de la vidéo qui fait penser au sketch « Le 22 à Asnières »*, elle sont dans le sabir savoureux des nouveaux immigrants francophones des années 1960.

A bientôt,

*Je sais, certains vont m’objecter qu’en Corée on utilisait déjà des pièces de monnaie bien avant  mais ce qui nous intéresse est le Moyen-Orient.

*Si l’on excepte les années de 1948 à 1969 où la monnaie israélienne fut la livre israélienne, héritière de la livre palestinienne du Mandat britannique.

* Pour les nostalgiques:

Soussita

 

J’ai déjà évoqué dans un article précédent le Mont Bental et le kibboutz Ein Zivan*. Nous allons donc continuer notre route sans nous y arrêter et filer tout au  sud du plateau pour terminer notre promenade sur le Golan:

sud du golan

(Le sud vallonné du Golan . Au fond le Kinneret)

Encore un peu d’archéologie: un des plus beaux sites du sud du plateau est l’ancienne ville de Soussita:


Comme pour Katzrin et Gamla, le site est habité depuis des millénaires grâce aux nombreux points d’eau. Comme Gamla, Soussita est remarquablement bien placée pour surveiller la région. Elle se trouve en haut d’un sommet abrupte et regarde le Kinneret. 

Sussita Kinneret


Le Talmud Yerushalmi la mentionne comme la ville où résidait le juge Yiftah*. Elle fut détruite par les Assyriens en 732 avant l’ère chrétienne et ses habitants emmenés en captivité (2 Rois 15, 29).

Elle ne redevient une véritable cité qu’au moment de la période hellénistique. Appelée Hippos, le cheval, par les Grecs, son nom est en fait la traduction de l’araméen Soussita. Pourquoi le cheval? Simplement parce que la montagne où se trouvait Soussita peut faire penser au cou et à la tète d’un cheval comme celle de Gamla ressemble au dos d’un chameau.
Ce fut vraiment une belle ville riche et prospère…

soussita vue aerienne

Lorsque les Romains conquièrent la région, ils continuent de l’embellir: ils reconstruisent la ville non seulement selon la logique romaine avec des rues larges et pavées de granit rouge importé d’Egypte à grands frais ce qui nous indique la richesse de la ville, mais aussi des temples, des théâtres…

Soussita fresque deesse de la Fortune

(fresque: déesse de la Fortune)

Pour permettre l’expansion de la ville, il faut de l’eau: les Romains construisent donc deux longs aqueducs de 25 km transportant l’eau de la rivière Shama’h jusqu’à la porte est de la ville avec un tuyau souterrain et en utilisant la technique du siphon.
Elle est considérée comme l’une des dix villes (decapolis) du Moyen Orient* qui, centrées sur la culture grecque, avaient une population mélangée de païens et Juifs.

Pendant la révolte juive de Bar Kochba, les Juifs de la ville sont jugés traîtres au pouvoir romain et sont massacrés par leurs voisins non juifs…
Soussita tombe alors en somnolence pendant un ou deux siècles…
Le monde romain devient chrétien mais il semble que le  christianisme ne s’implante pas très vite à Soussita, en tout cas, les premières traces découvertes jusqu’à maintenant ne remontent qu’au 3 ème siècle où elle devint le site d’un évêché. C’est donc à nouveau un ville importante. Elle le restera jusqu’à ce fameux tremblement de terre de 749 qui détruira toute la région, elle sera alors abandonnée comme Katzrin, sa voisine.

Soussita mosaique eglise byzantine(mosaïque de l’église byzantine)

En 1937, des Juifs allemands et tchèques fondent le kibboutz Ein Guev, sur la rive du Kinneret surplombée par le Golan.

EinGevPioneers

(Parmi les fondateurs du kibboutz Ein Guev, Teddy Kollek qui fut longtemps maire de Jerusalem, il est le second sur la droite)

Il est bien mal placé, juste en contrebas du plateau d’ou partent des attaques syriennes. Il survivra cependant. 

Ein Guev 1947

(Ein Guev 1947)

Pendant la guerre de 1948, le poste syrien qui se trouvait à côté de Soussita est conquis par les membres du kibboutz qui y construisent à la place un poste avancé de Tsahal en utilisant la topographie du terrain.
Le jour de Yom Haatsmaout 1967, soit un mois environ avant le déclenchement de la guerre des 6 jours, Rami Zayit, commandant le poste, est tué . Un monument à sa mémoire a été édifié sous les branches d’un olivier*.

Soussia memorial

 

Ce n’est qu’à partir de juin 1967, lorsqu’Israel conquerra tout le plateau du Golan, que ses habitants pourrons enfin avoir une vie normale et  s’occuper uniquement de leurs cultures de bananes, des activités de pêche et maintenant de tourisme.
kibboutz Ein guev Enfants

(le kibboutz Ein Guev, un jour de pluie)

L’histoire du plateau du Golan est liée également aux Golani et à leur bravoure. Je vous en ai déjà parlé plusieurs fois* d’autant qu’ils nous sont chers pour des raisons personnelles…
La semaine dernière, un attentat a eu lieu à Tel Aviv dans un café de la rue Dizengoff faisant 3 morts. L’une des jeunes gens assassinés s’appelait Alon Bakal, Il était Golani.
Voici un de ses poèmes:

ALon Bakal assassine a Tel Aviv le 1 01 2016

« Etre un Golani, c’est maudire la pluie et la boue de l’instant présent,
Mais s’entêter à partir en mission la nuit suivante.
C’est appeler Maman pour la rassurer,
Et dire à papa « Mais non, je ne suis pas à Bethleem, je suis à Beth Shemesh (1) ».
C’est comprendre la peur des civils,
Sans savoir s’ils comprennent ta propre peur.
C’est regarder le soleil se coucher,
Et savoir que la journée ne fait que commencer.
Etre Golani, c’est poser plein de questions sur la mort,
Sans recevoir une seule réponse sur la vie.
C’est perdre des frères d’arme, mais pas l’espoir,
Ni la volonté de se battre, ni la clarté de l’esprit.
Entendre parler du passé au Liban, alors que notre lendemain est en Judée Samarie.
Ressentir une volonté de vengeance après chaque attentat,
Mais ne pas s’en prendre à un Arabe dans un check-point.
Etre un Golani, c’est rêver d’un voyage à l’étranger et se promener en Zone A (2),
Prendre une bouchée de Louf (3) et imaginer que c’est un shwarma.
Etre un Golani, c’est voir le paysage depuis la fenêtre du bus,
Et savoir que tu l’as parcouru à pied, lui aussi.
C’est tirer sur des cibles en carton, mais respirer la bataille.
C’est maudire ces trois ans d’armée, et penser qu’elles sont insuffisantes.,
S’énerver d’être tiré du lit, mais comprendre le mérite de participer à une opération.
Etre un Golani, c’est diviser le courage en plusieurs niveaux de peur,
C’est une amitié profonde, qui se révèle chaque jour un peu plus,
C’est le noir complet, mais les nuits blanches.
C’est s’énerver contre la copine qui a attendu, mais qui a fini par partir,
Parce que tu ne rentres jamais à la maison, et que tu ne sais pas même quand tu vas rentrer.
N’être blessé que par les éclats du cœur.
Regarder les soldats aux bérets rouges,
Alors que ce sont tes yeux qui le sont.
Etre un Golani, c’est le Beaufort et le Hermon, et Tel Fa’her et Tel Farez et le Solouki (4),
Et le drapeau d’encre à Eilat, et le Golan, et le Liban, et toute la terre d’Israël.
C’est terminer un parcours du combattant depuis le Hermon, et aimer la terre d’Israël qui se révèle à toi.
Etre un Golani, c’est le passé, le présent et le futur,
Et le rêve, et l’espoir, et les couchers de soleil et les rivières et les levers de soleil,
Et l’ex-nihilo, et la fatigue, constante, et les religieux et les non-religieux,
Et la nostalgie, et la peine, et l’arme toujours à la main.
C’est penser d’abord à ton pays, et aspirer toujours à plus.
C’est ne pas laisser celui que tu es, déranger celui que tu pourrais être.
Le sol est imbibé de sang, et nous sommes là pour vous,
Pour votre sécurité.
Nous aimons notre peuple, nous aimons notre patrie.
Nous jurons fidélité à Jérusalem, parce que
Etre un Golani, c’est avant tout être un être humain ».

(1) Beit Lehem est en zone contrôlée par l’Autorité palestinienne, Beit Shemesh se trouve entre Jerusalem et Tel Aviv. (2) La zone A est la zone de Judée et de Samarie administrée par l’Autorité palestinienne. (3) Le Louf est une conserve de viande, ressemblant à du corned-beef et peu appétissante, servie aux soldats sur le terrain. (4) Les grandes batailles de la brigade Golani

Que son souvenir soit béni…

Le Golan c’est aussi cela. Si la région est si belle et si paisible et s’il y fait bon vivre, si n’est plus en vigueur la loi qui interdisait le port de vêtement clairs le soir pour ne pas servir de cible, c’est grâce aux Golani et à tous les corps d’armée qui surveillent sans relâche cette frontière.

A bientôt,

* Le Mont Bental et le kibboutz Ein Zivan:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/29/guerre-et-paix-sur-le-golan/

* Le juge Yifta’h: Livre des Juges (11,3)

* La Décapole fut un groupe de dix villes, principalement à l’Est du Jourdain, en Jordanie, marquant la frontière orientale de l’Empire Romain, Israël et la Syrie. Ces dix villes n’étaient pas une ligue officielle ou unité politique, comme dans les regroupements de cités grecques, mais elles étaient rassemblées en raison de leur langue, de leur culture, de leur emplacement géographique et leur statut politique.
Deux d’entre elles se trouvent en Israel: Soussita et Beit Shean

* Zayit veut dire olive

* Les Golani:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/18/les-trois-crimes-de-damas/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/02/le-nord/

* Poème d’Alon Bakal est repris de la page facebook de « Ces goys qui défendent Israel »

Katzrin

La capitale biblique du Golan est Gamla mais sa capitale actuelle régionale se nomme Katzrin.
Cette petite ville de seulement 7500 habitants a été fondée en 1977 mais c’est la plus grande agglomération du plateau qui lui est peuplé principalement par des moshavim, des kibboutzim et des villages druzes.
Nous y sommes passés lors d’une ballade en mai dernier.
C’est une petite ville proprette et charmante où vous ne trouverez ni merveille architecturale ni vieux quartier mystérieusement romantique mais vous êtes obligés de vous y arrêter si vous aimez l’histoire, l’archéologie et le vin!
Dans les caves יקבי רמת הגולן (Yekevei Ramat Hagolan)* fondées par plusieurs kibboutzim, vous pouvez déguster toute la série des vins Yarden et Gamla. On vous expliquera que non seulement les cépages sont d’origine française et ont été apportés par le baron de Rothschild à la fin du 19 ème siècle mais que les tonneaux de chêne sont aussi importés du centre de la France.

Golan Heights Vinery
Prévoyez une dégustation!
Pour reprendre vos esprits, une visite au musée de la ville s’impose.

Golan_Archaeological_Museum._Katzrin._Israel_01

Il est tout petit mais plein d’intérêt. Si vous n’avez pas pu vous promener à Gamla*, toute une pièce du musée et un film  sont dévolus à la bataille de Gamla et à la grande révolte juive.KatzrinMuseum21

Il possède de nombreux artefacts de l’époque romaine et byzantine. Certains proviennent de Kursi, ville mentionnée dans le Talmud* et où se trouvent aussi les restes d’une église byzantine.

Kursi eglise byzantine(Eglise byzantine de Kursi)

Et puis surtout, allez vous promener dans l’ancien village qui date de l’époque talmudique juste à la sortie de la ville.
Après la défaite juive à la fin du premier siècle de l’ère chrétienne et surtout celle qui suivit la deuxième grande révolte du 2 ème siècle*, les Juifs, à qui Jerusalem était interdite, se réfugièrent souvent dans le nord du pays. Ce fut d’ailleurs une constante dans l’histoire des Juifs d’Eretz Israel: si vous reprenez tous mes articles intitulés « Les générations oubliées », vous verrez que d’une époque à l’autre, ceux-ci délaissent une région au profit d’une autre selon le bon ou plutôt le mauvais vouloir du conquérant du moment. Bref, à l’époque du Talmud pas moins de 27 villages prospéraient sur le Golan, chacun avec sa synagogue et sa maison d’étude et cela jusqu’au 8 ème siècle, période pendant laquelle se produisit un important tremblement de terre qui, ajouté aux difficultés avec les autorités musulmanes, vida la région de ses habitants juifs.
Apres la guerre des 6 jours, fut retrouvé et reconstitué ce qui a été le village de Katzrin. Certains des bâtiments ont été reconstruits sur leurs anciennes fondations. Quelques maisons sont toujours désignées par le nom de leur propriétaire inscrit sur la porte: c’est ainsi qu’on trouve בית עוזי (Beit Ouzi), la maison de Ouzi et בית רבי אבון אמורה (Beit Rabbi Aboun Amora), la maison de Rabbi Aboun, l’un des Amoraïm  qui vivait au 4 ème siècle.

Y sont entre autres présentés des instruments aratoires dont deux pressoirs,

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l’un pour le vin et l’autre pour l’huile, rendus fonctionnels avec des cordes neuves pour permettre aux guides d’expliquer les techniques et procédés agricoles de l’époque.

 

Katzrin beit Ouzi

accompagnés de panneaux explicatifs

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La synagogue était bâtie sur une surface importante contenant deux rangées de colonnes.

Katzrin synagogue

(On se marie toujours dans la synagogue de Katzrin)

Il s’agissait d’un bâtiment de deux étages avec des rangées de fenêtres. Le toit du bâtiment avait une charpente en bois mais était aussi recouvert de tuiles.

Katzrin synagogue reconstitution virtuelle(reconstitution virtuelle de la synagogue)

Orientée vers Jerusalem on a trouvé ce qui fut sans doute la בימה (bima) ou estrade et, curieusement sous la bima, une sorte de petite cave pavée qui fait penser à une גניזה (gheniza)*. On sait que les murs étaient plâtrés et décorés de fresques.
Dans une salle de projection, des histoires talmudiques racontent la vie de tous les jours des Juifs de Katzrin

Katzrin salle de projection(photo  trekker,co,il)

Sur une des maisons du village on trouve cette inscription gravée sur le linteau de la porte en basalte: « Ceci est le בית מידרש (beit midrash) ou maison d’étude  d’Eleazar le charpentier ».
Ce qui fait toute la richesse de cette inscription c’est qu’elle nous éclaire sur un célèbre texte talmudique, une discussion qui tourne autour des chaussures neuves le shabbat. Question « Mais comment définir ce que sont des chaussures neuves« ? Réponse: « Ce sont celles qui n’ont pas parcouru la distance entre la synagogue et le Beit Midrash d’Eleazar le charpentier! »
Bref, Katzrin fut réellement une bourgade suffisamment importante pour y attirer des érudits comme il est dit:
« Un érudit ne peut résider dans une ville ne possédant pas ces 10 choses: un tribunal, un organisme de bienfaisance, une synagogue, un מקווה (mikve) ou bain, des commodités, un circonciseur, un médecin, un notaire, un שחט (sho’het) ou boucher, et un maître d’école« (Talmud de Babylone, traite Sanhedrin, 17b).

Des guides costumés jouaient une scène pour les élèves d’une classe en visite:

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et des paons se promenaient au milieu des promeneurs… Celui-là, je l’ai pourtant bien cajolé en lui faisant mille compliments mais il n’a pas voulu déployer sa queue. Il a attendu d’être bien à l’ombre des buissons pour le faire!

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A bientôt,


Je vous souhaite une très bonne année 2016!

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/12/25/gamla-ou-le-dos-du-chameau/

*Dans les guides vous les trouverez sous le nom de Golan Heights Vinery

*On a trouvé cette année une inscription en hebreu sur ce qui fut sans doute la synagogue de Yonadav Ben Ragav

*les  révoltes juives contre les Romains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/

*gheniza: pièce servant à entreposer les livres contenant le nom de Dieu (les 4 consonnes) lorsqu’ils sont devenus inutilisables. En aucun cas il est permis de les jeter à la poubelle.

Les rivières du Mont ‘Hermon

 

Nous allons continuer nos ballades dans les territoires qu’on nous reproche d’occuper illégalement*.
Le mont ‘Hermon est le réservoir d’eau d’Israel. De ses pentes ruissellent de multiples petits torrents dont le ‘Hermon, le Dan et le Snir. Ils formeront plus au sud le Jourdain et alimenteront le Kinneret. Il faut noter qu’avant 1967, la Syrie avait construit un barrage sur la rivière Yarmouk plus au nord pour détourner les eaux de ces rivières et stopper l’approvisionnement en eau d’Israel.

Les rives du ‘Hermon sont un lieu magnifique pour des randonnées. Vous pouvez y rencontrer des damans*, des renards et parfois des lynx.

riviere 'hermon

Cette rivière est surtout connue par ses chutes dans la réserve de Banyas.

banyas chutes

qui rouleront ensuite jusqu’au kibboutz Sde Nehemia dans la plaine.

riviere 'Hermon kibbutz Sde Nehemia

En 1867, Mark Twain visita Banyas. Il avait noté dans un de ses carnets: « L’endroit a un aspect rural, endormi, stupide et on peut difficilement se résoudre à croire qu’à cet endroit existait une ville active même deux mille ans plus tôt.
Il est vrai qu’à son époque, rien de ce qui avait fait la grandeur de l’endroit n’était visible. Aujourd’hui Banyas est  une place importante pour ceux qui aiment l’histoire de l’Antiquité.
Dans une région aussi riche en eau, l’habitat a été constant et c’est pourquoi  si vous regardez la carte ci-dessous, vous voyez que sur le tout petit périmètre de Banyas vous pouvez voir des vestiges archéologiques s’étalant sur des siècles:

Banias_google

Des restes de synagogues comme celle-ci:
banias synagogue

Mais aussi des ruines de temples grecs de l’époque hellénistique, en particulier celui-ci dédié au culte du dieu Pan:

Banias_-_Temple_of_Pan_001

Un palais du roi Aggripa II*,

banias palais d'Agrippa

Une église byzantine car le lieu est identifié comme étant le Phaneas ou Caesare Philippi du Nouveau Testament,

banias eglise photo d grushko

(photo David Grushko)

Et enfin, les restes d’une ville croisée.

banias d grushko ville croisee

(photo David Grushko)

En fait l’endroit prospéra jusqu’à l’époque des mamelouks puis perdit de son importance durant la période ottomane car trop loin des routes de communications.

Si vous êtes dans le coin, souvenez-vous que vous êtes sur le territoire de la tribu de Dan.
La ville de Dan est mentionnée dans la Bible. On raconte dans le livre des Juges que la tribu de Dan « se mit en quête d’une possession pour s’y établir, car jusque-là elle n’avait pas obtenu en partage un territoire, comme les autres tribus d’Israël ».
שֵׁבֶט הַדָּנִי מְבַקֶּשׁ-לוֹ נַחֲלָה לָשֶׁבֶת–כִּי לֹא-נָפְלָה לּוֹ עַד-הַיּוֹם הַהוּא בְּתוֹךְ-שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל, בְּנַחֲלָה

En fait, ils avaient bien reçu un territoire dans ce qu’on appelle toujours le גוש דן (Gush Dan), la région de Tel-Aviv, mais ils l’avaient perdu au profit des Amoréens.
Ils s’étaient donc installés à la frontière actuelle avec le Liban et la Syrie et avaient même débordé vers le Nord puisqu’ils contrôlaient Sidon au Sud-Liban.
Dans le livre des Rois (1 Rois 12) on raconte qu’à l’époque  du schisme entre le royaume d’Israel (les fameuses 10 tribus) et le royaume de Juda à la mort du roi Salomon*, Jeroboam, qui gouverne les insurgés du royaume d’Israel, décide de créer des lieux saints pour les sacrifices. Il veut en fait concurrencer ceux de Jerusalem. Pour cela il fait faire « deux veaux d’or et dit au peuple: Assez longtemps vous êtes montés à Jérusalem! Voici tes dieux, Israël, qui t’ont tiré du pays d’Egypte! »29 Il en mit un à Béthel, et plaça l’autre à Dan. Cet acte devint une source de péchés, car le peuple alla jusqu’à Dan rendre hommage à l’un des veaux. »
וַיִּוָּעַץ הַמֶּלֶךְ–וַיַּעַשׂ, שְׁנֵי עֶגְלֵי זָהָב; וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם, רַב-לָכֶם מֵעֲלוֹת יְרוּשָׁלִַם–הִנֵּה אֱלֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל, אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. כט וַיָּשֶׂם אֶת-הָאֶחָד, בְּבֵית-אֵל; וְאֶת-הָאֶחָד, נָתַן בְּדָן.

Grave retour au paganisme qui rappelle le veau d’or de la sortie d’Egypte et qui vaudra bien des malheurs à la population du royaume d’Israel.

Bref, sur ce territoire de la tribu de Dan, se trouve maintenant le kibboutz Dan. Le plus gros producteur de truites du pays mais aussi producteur de caviar!
Comme il se trouve  sur la ligne d’armistice avec la Syrie, c’est un des kibboutzim qui a le plus souffert pendant les guerres d’Israel, en particulier pendant la guerre d’Indépendance.
Ce kibboutz est le point de départ du שביל ישראל (Shvil Israel) ou Sentier d’Israel, route de randonnée qui part du Nord jusqu’à Eilat au sud du pays.

IsraelNationalTrail_map

Surtout visitez la réserve naturelle de Tel Dan et sa forêt où s’enchevêtrent de multiples petits torrents qui formeront plus loin la rivière Dan.

Tel Dan

Je me souviens d’en avoir traversé certains à gué, abritée de la chaleur sous des figuiers géants…

A Tel Dan aussi, vous trouverez un des sites archéologiques les plus importants du pays.
C’est là que fut découverte une stèle célébrant les victoires du Roi d’Hazael de Syrie se vantant d’avoir tué un roi de la maison de David (9 ème siècle avant l’ère chrétienne), Elle est importante car il s’agit de l’une des plus ancienne identification du roi David,

Tel Dan inscriptionet les restes de la cité de Dan (auparavant Laish) conquise par cette tribu de Dan à la période des Juges (livre des Juges chap 18).

1280px-Tel_Dan_Canaanite_Gate

En fait, cette région des sources du du Jourdain sont un enchantement.

Comme le dit la chanson: « Chanter c’est être comme le Jourdain: tu commences en Haut dans le Nord, frais et jeune, tu flottes insolent, tu entends des oiseaux dans les buissons et chacun d’entre eux est un oiseau du paradis, car chanter c’est être comme le Jourdain.« 

A bientôt,

*l’occupation illégale: 
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/27/le-hermon-et-la-forteresse-du-roi-nimrod/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/20/etiquetez-etiquetez-il-en-restera-toujours-quelque-chose/

*les damans sont des petits mammifères. J’en ai aussi vu dans la région de la Mer Morte:
daman
*Hérode Agrippa II (27-100)

*le Sentier d’Israel:
https://en.wikipedia.org/wiki/Israel_National_Trail

n

.

 

 

 

 

Hadrien, si tu savais!

On raconte que l’archéologue Israel Eldad avait l’habitude d’aller au Musée Israel le jour de Tisha Beav*. Il se plantait devant le buste de  l’empereur Hadrien et lui disait: « L‘empire romain n’existe plus. De toute ta puissance que reste-t-il? Rien que des statues. Et voici qu’à nouveau existe un état juif indépendant, Hadrien, Hadrien! C’est toi qui a appelé cet endroit Aelia Capitolina et ce pays Palestine. Ouvre les yeux et regarde où tu te trouves: au Musée Israel, à Jerusalem! »

Empereur Hadrien Musee Israel Jerusalem
Je ne sais pas ce que pense Hadrien sous sa cloche de verre dans l’aile Archéologie du Musée Israel.

Le 29 novembre 1947*, les Juifs de Rome organisèrent une marche  jusqu’à l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel.
9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de TitusCette photo parut dans les journaux israéliens et pour la fête de Hannouka 1947, le peintre Arieh Navon dessina une caricature où l’on voit David Ben Gourion rapportant la Menorah  et l’Arche d’alliance en Israel,

9 Av Caricature  arc de triomphe de Titus

rappelant le bas-relief de l’Arc de Titus où l’on voit les romains transporter la Menorah et l’Arche jusqu’à Rome après la destruction du Temple….
9 Av arc de triomphe de Titus 2
Enfin le groupe Tshizbatron fondé par des soldats du Palma’h a rendu célèbre la chanson: « Tous les chemins mènent à Rome. »

« Tous les chemins mènent à Rome, ne désespère pas mon enfant. Tous les chemins mènent à Rome, nous nous rencontrerons là bas. Là bas, nous nous promènerons à l’ombre de la cathédrale, sur la place Saint Pierre, au Vatican. Le pape et tous les cardinaux ne pensent même plus que nous puissions être la.
Un couple amoureux, des sabras de Canaan, Ruth et Amnon d’Emek Israel!  Une promenade qu’ils n’ont jamais faite auparavant, à l’Arc de Titus en pleine nuit, à minuit.
Sous l’ Arc de Titus à l’ombre des ruines, nous nous embrasserons, qu’y a t il encore à attendre?
Oh Titus, Titus, tu n’as pas vu pour qui était le triomphe et pour qui les chants de louange.
A côté de l’Arc que tu a construit, un couple amoureux d’Eretz Israel,  à côté de l’Arc que tu construisis pour ton triomphe d’empereur, un couple de soldats,  justement d’Eretz Israel!

Le chant évoque aussi une éventuelle promenade à Berlin sur le Unten den Linden mais le couple préfère rentrer à la maison: « J‘ai la nostalgie de notre maison, des voix des enfants, des sonneries des troupeaux, des parfums des vergers, des verres de jus d’orange… le Jourdain, la rivière Kishon… viens rentrons à la maison, chanter des berceuses aux enfants au bord du Kinneret »
 
Pour nous, l’exil fut long et douloureux et nous pleurons toujours, chaque année le 9 Av, la destruction du Temple, de Jerusalem et la perte de notre liberté. C’est pour nous un jour de jeune et de prière et surtout de réflexion,  y compris pour ceux qui ne jeûnent pas.

Nous lisons un texte terrible, איכה  (Eikha), Les lamentations du prophète Jérémie.
9Av Jeremie rembrandt

(Le prophète Jérémie, par Rembrandt)
Certains se demandent pourquoi nous nous tournons toujours vers le passé et pourquoi nous pleurons encore la destruction de Jerusalem d’il y a 2000 ans alors que nous avons vécu bien d’autres catastrophes.
Il y a de nombreuses raisons à cela mais je me pose simplement la question: si pendant tous ces siècles, depuis les exilés à Babylone après la destruction du premier Temple jusqu’à nos jours, les Juifs n’avaient pas continué à pleurer leur liberté passée et à mettre Jerusalem au  dessus de toutes leurs espérances, n’aurions nous pas disparu comme d’autres civilisations?
C’est grâce à ces Juifs obscurs,  à nos ancêtres dispersés aux 4 coins du monde, obstinés et entêtés dans leurs prières que les autres nations considéraient comme stériles, c’est grâce à eux que nous avons pu rentrer à la maison.
Israel revit aujourd’hui même si les difficultés et les craintes sont toujours présentes. Il y a un an, nous étions en guerre, nous vivions au rythme des sirènes: 70 soldats ont été tués, nombreux sont les blessés qui ne se remettront jamais, le Dôme de Fer n’a pas pu protéger toute la population et en particulier Daniel Tregerman…
Daniel Tregerman

Daniel Tregerman

Mais l’envie de vivre a pris le dessus. Ce printemps, nous avons eu une explosion des naissances! C’est ainsi après chaque guerre et cette fois de nombreux bébés se sont appelés Eytan*.
A bientôt,
PS: j’ai trouvé une partie de ces informations sur l’excellent blog (en hébreu) http://onegshabbat.blogspot.co.il/
*Le prénom איתן Eytan veut dire fort. L’opération militaire contre le ‘Hamas a Gaza s’etait appelée צוק איתן,Tzouk Eytan: Rocher solide (ou bordure protectrice comme cela a été traduit)

Une autre Bethlehem

Il y a quelques temps,nous sommes allés nous promener à Bethlehem.
Non, ce n’est pas la ville de Bethlehem qui se trouve tout à côté de chez moi, contrôlée par l’autorité Palestinienne. Je parle de Bethlehem en Galilée, בית לחם הגלילית (Beit Lehem haGlilit)  entre Haifa et Nazareth. C’est en fait un moshav*  dans une région pastorale entourée des célèbres forêts de chênes de Alonei Abba, un autre moshav.
foret de chenes en Galilee

Bethlehem en Galilée est connue depuis l’époque biblique. Elle est mentionnée comme héritage de la tribu de זבולון (Zvouloun) Zebulon, dans le livre de Yoshua (chap 19,10-17) qui décrit très précisément le territoire échu à chaque tribu:
« Le troisième lot échut aux enfants de Zabulon, selon leurs familles. La frontière de leur possession s’étendait jusqu’à Sarid.  De là, elle montait à l’occident vers Mareala, touchait Dabbéchet et le torrent qui passe devant Yokneam, revenait de Sarid, vers l’orient, dans la direction du soleil levant, à la limite de Kislot-Thabor, ressortait vers Daberat et montait à Yaphïa. De là, elle passait à l’orient, vers Gat-Héfer, vers Et-Kacîn, aboutissait à Rimmôn-Metoar, à Néa, qu’elle contournait, par le nord, vers Hanatôn; et elle finissait la vallée de Yiftah-El, plus, Kattat, Nahalal, Chimrôn, Yideala et Beth-Léhem: douze villes, avec leurs bourgades.Telle fut la possession des enfants de ZabuIon selon leurs familles, comprenant ces villes avec leurs bourgades ».
Pour distinguer les deux Bethlehem, on les appelait respectivement Bethlehem de l’héritage de Zvulun et Bethlehem de l’héritage de Yehuda.
Les Cohanim et leurs familles se réfugièrent à Bethlehem en Galilée après la destruction du Temple et la révolte de Bar Kohkba*.
Elle fut une des plus importantes cités à l’époque de la Mishna et du Talmud quand la ville de Jerusalem était interdite aux Juifs, au point d’être considérée comme l’une des places-phare du renouveau juif.
Les vestiges découverts jusqu’à présent sont cependant plus tardifs puisqu’ils datent tous de l’époque byzantine, comme cette mosaïque d’une synagogue,
bethlehem haglilit mosaique byzantine
ou ce fragment de sol  et cette croix, vestiges d’une église byzantine.
Beitlehem hagalilit sol eglise et croix (site hayadan.co.il)

Actuellement dans les milieux de l’archéologie, a lieu une grande discussion sur le lieu de la naissance de Jésus. Certains archéologues sont persuadés que Jésus est né à Bethlehem en  Galilée et non pas en Judée. Cette idée peut choquer quelques uns d’entre vous car ces affirmations viennent contredire le texte des évangiles mais histoire et croyance sont souvent en opposition.

J’ai pensé que leurs raisons vous intéresseraient:
A l’appui de leur thèse, des fouilles faites pendant la période du mandat britannique ne montrent pas de signe d’habitat juif à la période d’Hérode dans Bethlehem en Judée. La ville est pourtant mentionnée dans le livre de Ruth et aussi comme le lieu de naissance du roi David. Aurait-elle été abandonnée par la suite? Il est vrai qu’on n’en parle plus après la fin de la période biblique*.
Ces mêmes archéologues affirment aussi que l’intérêt des populations chrétiennes pour cette ville est très tardif, ce qui est étonnant s’il s’agit de l’endroit où est né Jésus. Les vestiges chrétiens les plus anciens datent de la période de Constantin au 4 ème siècle.
Ils lui opposent Bethlehem en Galilée: bourgade juive mentionnée non seulement dans la Bible mais aussi dans les écrits de la Mishna et du Talmud.
Pour appuyer leur thèses, les archéologues insistent aussi sur le fait qu’elle ne se trouve qu’à une dizaine de km de Nazareth, or on parle de Jesus de Nazareth.

Mais comme si ce n’était pas assez compliqué, on se heurte à une difficulté supplémentaire avec le nom de Nazareth. Pour autant qu’on le sache, il n’y avait pas en Galilée ou ailleurs de bourgade nommée Nazareth à l’époque d’Hérode. Le nom de Nazareth n’est mentionné ni dans la Bible hébraïque, ni dans les écrits de Flavius Joseph.
Alors d’où viendrait ce nom de Nazareth?
En hébreu le nom se dit נצרת, Natzrath. La racine נצר (N-Ts-R) veut dire garder, préserver. Il y avait à l’époque romaine des Juifs appelés Notzrei HaThora, נצרי התורה,  les gardiens de la Thora, Juifs qui essayaient de conserver et transmettre la tradition hébraïque dans une époque particulièrement mouvementée, ouverte à la culture grecque et soumise aux diktat romains.
Or on sait que beaucoup s’étaient regroupés en Galilée (tout près de Bethlehem en Galilée) pour échapper à la fureur de Rome alors que d’autres comme Rabbi Yohanan Ben Zakai recréaient à Yavne le Sanhedrin et l’école de la Mishna*.
Il est donc possible que le nom de Nazareth ait désigné un groupe d’hommes en ce premier siècle de l’ère chrétienne. D’autant que, beaucoup plus tardivement,  ce nom de Nazareth sera mentionné dans des piyutim composés au 6 ème siècle* comme le nom d’un village où s’étaient réfugiés des prêtres après la destruction du Temple en 70 suivi par d’autres à la suite de la grande révolte de Bar Kokhba (en 133-135).
Alors Jésus est-il né en Galilée ou en Judée? Ce n’est certainement pas moi qui vais trancher!
Quoi qu’il en soit, il est sûr que maintenant il ne pourrait pas naître à Bethlehem en Judée*. Un Juif à Bethlehem? La ville sous Autorité Palestinienne est interdite aux Juifs. Certains journalistes occidentaux expliquent que Jésus était palestinien* (sous-entendu arabe et victime des Juifs). Dans ce cas il n’aurait jamais pu naître car Marie, enceinte d’un père autre que Joseph aurait été victime d’un crime d’honneur tel qu’il est pratiqué fréquemment encore aujourd’hui!

Mais laissons les vieilles pierres et les querelles d’experts.

Qu’en est il du village moderne? Il fut fondé en 1906 mais  pas par des pionniers de la 2 ème alyia. Il fut fondé par des  Templiers protestants allemands* qui y ont développé une colonie agricole. Malheureusement, à Bethlehem comme dans leurs autres implantations, ils se mirent activement au service du Troisième Reich et furent expulsés en Australie dès le déclenchement de la seconde guerre mondiale par le gouvernement mandataire britannique.
Le 17 avril 1948, les troupes du Palma’h conquirent Bethlehem et des fermiers juifs s’y installèrent.
Il ne reste des Templiers que quelques maisons solidement bâties,
Bet Lehem Haglilit
un centre culturel (la « maison du Peuple » fondée en 1917),
_Bethlehem_galilee Centre communautaire
le château d’eau,
bethlehem haglilit le chateau d'eautypiques de l’architecture des Templiers.
Ces dernières années le tourisme a remplacé l’agriculture même si on y trouve une pépinière un peu particulière, celle de Yossi Jaeger qui fait pousser tous les sapins de Noël du pays. Ses clients sont les chrétiens israéliens, les institutions religieuses et les consulats ou ambassades.
Sapiniere de Yossi Jaeger a Bethlehem
(Times of Israel)
Et aussi une exploitation agricole  » Le chemin des épices« *, ferme entièrement dédiée aux épices et aux plantes médicinales exportées dans le monde entier.
La route des epices
 Bref, si vous passez dans le coin…
A bientôt,
*Le moshav était à l’origine une exploitation agricole où les biens de production étaient mis en commun. Actuellement, très peu de moshavim vivent de l’agriculture, ils louent souvent des chambres d’hôtes.
 
*Pour nous la période biblique se termine avec le retour des Juifs de l’exil de Babylonie
* Destruction du Temple, Yohanan Ben Zakkai, révolte de Bar Kokhba:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/24/les-generations-oubliees-1/
* Élégie composée au 6 eme siècle par Eleazar Hakalir
*Jésus palestinien? Je rappelle aussi qu’à l’époque de Jésus la région ne s’appelait pas Palestine. Elle sera nommée Palestine par les Romains après la révolte de Bar Kokhba, soit un siècle et demi plus tard
* Il ne fait pas bon non plus d’être chrétien à Bethlehem. Malgré les interview officielles des quelques chrétiens qui y habitent encore, deux chiffres sont éloquents: il y a 20 ans, quand la ville était contrôlée par Israel, elle comptait 90 % de chrétiens, depuis qu’elle est passée entre les mains de l’Autorité Palestinienne, leur nombre baisse sans cesse. Il est actuellement de 30 %