Yom Hazikaron 2017

Lundi nous célébrons à nouveau à une triste commémoration: le Yom Hazikaron (jour du souvenir) consacré aux soldats et civils victimes des guerres et du terrorisme.

Le ministère de la Défense publie comme chaque année les chiffres officiels et ces chiffres augmentent chaque année: le nombre de soldats, policiers et gardes tombés en service est de 23 544 depuis l’année 1860. Ce décompte a commencé au moment où les Juifs de Jerusalem ont pris leur sécurité en main*. Cette année, six nouvelles victimes sont à rajouter et de plus, 37 blessés sont morts de leurs blessures reçues au combat. Pour chaque mort, une famille, une veuve, des orphelins… Les parents isolés et âgés sont escortés et aidés lors de leur visite au cimetière le jour de Yom Hazikaron par les jeunes des mouvements de jeunesse.

La semaine dernière, a été inauguré sur le Mont Herzl a Jerusalem, le Hall du Souvenir pour les soldats tombés au combat. Sur le mur extérieur, cette citation du prophète Jérémie:
« Ephraïm est-il donc pour moi un fils chéri, un enfant choyé, puisque, plus j’en parle, plus je veux me souvenir de lui? Oh! oui, mes entrailles se sont émues en sa faveur, il faut que je le prenne en pitié, dit l’Eternel. »
הֲבֵן יַקִּיר לִי אֶפְרַיִם, אִם יֶלֶד שַׁעֲשֻׁעִים–כִּי-מִדֵּי דַבְּרִי בּוֹ, זָכֹר אֶזְכְּרֶנּוּ עוֹד; עַל-כֵּן, הָמוּ מֵעַי לוֹ–רַחֵם אֲרַחֲמֶנּוּ, נְאֻם-יְהוָה

A l’intérieur du monument, un chemin serpente vers le haut en spirale. Les noms des soldats tombés aux combats et les dates de leur décès sont inscrits sur les briques qui bordent le mur du chemin de 260 mètres. Chaque jour, sont affichées des photos et des informations sur les soldats qui ont été tués ce jour-là de l’année et une bougie est allumée à leur mémoire .
Les visiteurs peuvent localiser la pierre qui concerne leur proche grâce aux ordinateurs placés le long du chemin et obtenir ainsi des informations à son sujet.
Le directeur du Mémorial, Arieh Muallem, a déclaré: « Nous devons nous souvenir de chacun d’eux, et nous nous souviendrons d’eux personnellement en allumant une bougie le jour anniversaire de leur décès. C’est important pour les parents qui vieillissent de savoir que leurs fils ne seront jamais oubliés« . 

La plupart des soldats tombés au combat sont Juifs mais pas tous: certains sont druzes, chrétiens ou musulmans.

(Yom hazikarone au village druze de Julis)

L’un des soldats mort pendant la guerre d’Indépendance a eu un destin très particulier. Sur sa tombe au cimetière militaire de Netanya, on peut lire: Barukh Mizra’hi né à Tzfat en 1926, tombé au combat en 1948.

Il est aussi écrit qu’il était le fils d’Avraham et de Sarah.
En fait, il s’agit d’Avraham avinou  et de Sara’h imenou *: c’est  la tombe d’un גר צדק (guer tsedek) ou jeune homme converti au judaïsme.
Barukh Mizra’hi est né Hamuda Abu al-Einein , fils de Mahmoud et Fatima.

La famille Abu al-Einein est une riche famille de Tsfat, connue pour son combat en faveur du pan-arabisme*. Ses parents l’envoient cependant étudier à l’école de l’Alliance Israélite de Tsfat, considérée comme la meilleure école de la ville. Ses amis sont tous Juifs et ‘Hamouda change d’opinion au sujet des Juifs et du sionisme. Les relations avec son père alors deviennent très difficiles. Les menaces et les coups n’y changent rien. Il quitte la maison alors qu’il n’est qu’un adolescent, part à ‘Haifa et décide de se convertir au judaïsme. Les rabbins du tribunal rabbinique hésitent: il est certes sincère mais il est mineur. Ceci dit, s’ils le renvoient dans son milieu d’origine, il se fera assassiner par sa famille pour apostasie. ‘Hamouda obtient finalement gain de cause et est converti en prenant le prénom de Barukh. Le tribunal rabbinique de ‘Haifa l’inscrit aussi sous le nom de famille assez courant de Mizra’hi* pour sa sécurité.

Vivant cependant dans une certaine clandestinité, il s’engage auprès de l’Etzel* dont les membres sont pourchassés par les Anglais.
Son groupe est arrêté après une action contre l’armée britannique. Il est déporté en Érythrée. Là, la sécurité du camp est confiée à des gardes soudanais musulmans qui aiment faire des cartons sur les prisonniers. Barukh est gravement blessé. Persuadé de sa mort prochaine, il fait jurer à ses camarades de l’enterrer en Israel, le jour où ce sera possible. Il survit et peut enfin rejoindre en Israel en 1948.
Malheureusement  le pays est en pleine guerre. Comme il parle arabe,  il est envoyé comme agent de renseignements en Samarie et est tué à Sa Nur* à l’âge de 22 ans.

En 1968, Mena’hem Begin fera rechercher sa dépouille qui est enterrée au cimetière militaire de Netanya.
Le conseil de Judée-Samarie a décidé cette année d’honorer particulièrement sa mémoire.

 

A bientôt,

* La garde juive de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/19/la-garde-juive/

* Avraham Avinou et Sarah Imanou (Avraham notre père et Sarah notre mère): il s’agit du couple biblique Avraham et Sarah, considérés comme les parents des convertis.

* Le clan Abu al-Einein était lié aux Frères Musulmans. En 1938, un de ses membres avaient appelé à expulser tous les Juifs de Palestine y compris les médecins (Certains palestiniens minoritaires envisageaient de permettre aux seuls médecins juifs, réputés efficaces, de vivre en Israel pour le bien de la population musulmane!!!).  Actuellement, l’un des conseillers de Mahmoud Abbas s’appelle Sultan Abu al-Einein.
http://palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=8934
http://www.palwatch.org/main.aspx?fi=157&doc_id=18259
http://palwatch.org/main.aspx?fi=90&doc_id=9101


* Etzel: organisation de défense juive pendant le Mandat britannique, plus ancienne que la Haganah et acquise aux idées de Jabotinsky. L’Etzel fut incorporée à la nouvelle armée juive au début de la guerre d’Indépendance.

* Le nom de Mizra’hi est en effet assez courant mais en plus, il signifie oriental, ce qui convenait à ce jeune homme.

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/02/29/desarrois-juifs-dans-lentre-deux-guerres/
http://eng.shimur.org/etzel-tashach/

* Sa Nur: Village de Cisjordanie proche de Jenin en Samarie. Les accords d’armistice de Rhodes en 1949, concédèrent la Judée et la Samarie à la Jordanie.
En 1978, les Israéliens construisirent une implantation du même nom, שא נור (Sa Nur), lève la flamme, mais elle fut démolie en 2005 dans le cadre du désengagement de la bande de Gaza.

 

Soussita

 

J’ai déjà évoqué dans un article précédent le Mont Bental et le kibboutz Ein Zivan*. Nous allons donc continuer notre route sans nous y arrêter et filer tout au  sud du plateau pour terminer notre promenade sur le Golan:

sud du golan

(Le sud vallonné du Golan . Au fond le Kinneret)

Encore un peu d’archéologie: un des plus beaux sites du sud du plateau est l’ancienne ville de Soussita:


Comme pour Katzrin et Gamla, le site est habité depuis des millénaires grâce aux nombreux points d’eau. Comme Gamla, Soussita est remarquablement bien placée pour surveiller la région. Elle se trouve en haut d’un sommet abrupte et regarde le Kinneret. 

Sussita Kinneret


Le Talmud Yerushalmi la mentionne comme la ville où résidait le juge Yiftah*. Elle fut détruite par les Assyriens en 732 avant l’ère chrétienne et ses habitants emmenés en captivité (2 Rois 15, 29).

Elle ne redevient une véritable cité qu’au moment de la période hellénistique. Appelée Hippos, le cheval, par les Grecs, son nom est en fait la traduction de l’araméen Soussita. Pourquoi le cheval? Simplement parce que la montagne où se trouvait Soussita peut faire penser au cou et à la tète d’un cheval comme celle de Gamla ressemble au dos d’un chameau.
Ce fut vraiment une belle ville riche et prospère…

soussita vue aerienne

Lorsque les Romains conquièrent la région, ils continuent de l’embellir: ils reconstruisent la ville non seulement selon la logique romaine avec des rues larges et pavées de granit rouge importé d’Egypte à grands frais ce qui nous indique la richesse de la ville, mais aussi des temples, des théâtres…

Soussita fresque deesse de la Fortune

(fresque: déesse de la Fortune)

Pour permettre l’expansion de la ville, il faut de l’eau: les Romains construisent donc deux longs aqueducs de 25 km transportant l’eau de la rivière Shama’h jusqu’à la porte est de la ville avec un tuyau souterrain et en utilisant la technique du siphon.
Elle est considérée comme l’une des dix villes (decapolis) du Moyen Orient* qui, centrées sur la culture grecque, avaient une population mélangée de païens et Juifs.

Pendant la révolte juive de Bar Kochba, les Juifs de la ville sont jugés traîtres au pouvoir romain et sont massacrés par leurs voisins non juifs…
Soussita tombe alors en somnolence pendant un ou deux siècles…
Le monde romain devient chrétien mais il semble que le  christianisme ne s’implante pas très vite à Soussita, en tout cas, les premières traces découvertes jusqu’à maintenant ne remontent qu’au 3 ème siècle où elle devint le site d’un évêché. C’est donc à nouveau un ville importante. Elle le restera jusqu’à ce fameux tremblement de terre de 749 qui détruira toute la région, elle sera alors abandonnée comme Katzrin, sa voisine.

Soussita mosaique eglise byzantine(mosaïque de l’église byzantine)

En 1937, des Juifs allemands et tchèques fondent le kibboutz Ein Guev, sur la rive du Kinneret surplombée par le Golan.

EinGevPioneers

(Parmi les fondateurs du kibboutz Ein Guev, Teddy Kollek qui fut longtemps maire de Jerusalem, il est le second sur la droite)

Il est bien mal placé, juste en contrebas du plateau d’ou partent des attaques syriennes. Il survivra cependant. 

Ein Guev 1947

(Ein Guev 1947)

Pendant la guerre de 1948, le poste syrien qui se trouvait à côté de Soussita est conquis par les membres du kibboutz qui y construisent à la place un poste avancé de Tsahal en utilisant la topographie du terrain.
Le jour de Yom Haatsmaout 1967, soit un mois environ avant le déclenchement de la guerre des 6 jours, Rami Zayit, commandant le poste, est tué . Un monument à sa mémoire a été édifié sous les branches d’un olivier*.

Soussia memorial

 

Ce n’est qu’à partir de juin 1967, lorsqu’Israel conquerra tout le plateau du Golan, que ses habitants pourrons enfin avoir une vie normale et  s’occuper uniquement de leurs cultures de bananes, des activités de pêche et maintenant de tourisme.
kibboutz Ein guev Enfants

(le kibboutz Ein Guev, un jour de pluie)

L’histoire du plateau du Golan est liée également aux Golani et à leur bravoure. Je vous en ai déjà parlé plusieurs fois* d’autant qu’ils nous sont chers pour des raisons personnelles…
La semaine dernière, un attentat a eu lieu à Tel Aviv dans un café de la rue Dizengoff faisant 3 morts. L’une des jeunes gens assassinés s’appelait Alon Bakal, Il était Golani.
Voici un de ses poèmes:

ALon Bakal assassine a Tel Aviv le 1 01 2016

« Etre un Golani, c’est maudire la pluie et la boue de l’instant présent,
Mais s’entêter à partir en mission la nuit suivante.
C’est appeler Maman pour la rassurer,
Et dire à papa « Mais non, je ne suis pas à Bethleem, je suis à Beth Shemesh (1) ».
C’est comprendre la peur des civils,
Sans savoir s’ils comprennent ta propre peur.
C’est regarder le soleil se coucher,
Et savoir que la journée ne fait que commencer.
Etre Golani, c’est poser plein de questions sur la mort,
Sans recevoir une seule réponse sur la vie.
C’est perdre des frères d’arme, mais pas l’espoir,
Ni la volonté de se battre, ni la clarté de l’esprit.
Entendre parler du passé au Liban, alors que notre lendemain est en Judée Samarie.
Ressentir une volonté de vengeance après chaque attentat,
Mais ne pas s’en prendre à un Arabe dans un check-point.
Etre un Golani, c’est rêver d’un voyage à l’étranger et se promener en Zone A (2),
Prendre une bouchée de Louf (3) et imaginer que c’est un shwarma.
Etre un Golani, c’est voir le paysage depuis la fenêtre du bus,
Et savoir que tu l’as parcouru à pied, lui aussi.
C’est tirer sur des cibles en carton, mais respirer la bataille.
C’est maudire ces trois ans d’armée, et penser qu’elles sont insuffisantes.,
S’énerver d’être tiré du lit, mais comprendre le mérite de participer à une opération.
Etre un Golani, c’est diviser le courage en plusieurs niveaux de peur,
C’est une amitié profonde, qui se révèle chaque jour un peu plus,
C’est le noir complet, mais les nuits blanches.
C’est s’énerver contre la copine qui a attendu, mais qui a fini par partir,
Parce que tu ne rentres jamais à la maison, et que tu ne sais pas même quand tu vas rentrer.
N’être blessé que par les éclats du cœur.
Regarder les soldats aux bérets rouges,
Alors que ce sont tes yeux qui le sont.
Etre un Golani, c’est le Beaufort et le Hermon, et Tel Fa’her et Tel Farez et le Solouki (4),
Et le drapeau d’encre à Eilat, et le Golan, et le Liban, et toute la terre d’Israël.
C’est terminer un parcours du combattant depuis le Hermon, et aimer la terre d’Israël qui se révèle à toi.
Etre un Golani, c’est le passé, le présent et le futur,
Et le rêve, et l’espoir, et les couchers de soleil et les rivières et les levers de soleil,
Et l’ex-nihilo, et la fatigue, constante, et les religieux et les non-religieux,
Et la nostalgie, et la peine, et l’arme toujours à la main.
C’est penser d’abord à ton pays, et aspirer toujours à plus.
C’est ne pas laisser celui que tu es, déranger celui que tu pourrais être.
Le sol est imbibé de sang, et nous sommes là pour vous,
Pour votre sécurité.
Nous aimons notre peuple, nous aimons notre patrie.
Nous jurons fidélité à Jérusalem, parce que
Etre un Golani, c’est avant tout être un être humain ».

(1) Beit Lehem est en zone contrôlée par l’Autorité palestinienne, Beit Shemesh se trouve entre Jerusalem et Tel Aviv. (2) La zone A est la zone de Judée et de Samarie administrée par l’Autorité palestinienne. (3) Le Louf est une conserve de viande, ressemblant à du corned-beef et peu appétissante, servie aux soldats sur le terrain. (4) Les grandes batailles de la brigade Golani

Que son souvenir soit béni…

Le Golan c’est aussi cela. Si la région est si belle et si paisible et s’il y fait bon vivre, si n’est plus en vigueur la loi qui interdisait le port de vêtement clairs le soir pour ne pas servir de cible, c’est grâce aux Golani et à tous les corps d’armée qui surveillent sans relâche cette frontière.

A bientôt,

* Le Mont Bental et le kibboutz Ein Zivan:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/29/guerre-et-paix-sur-le-golan/

* Le juge Yifta’h: Livre des Juges (11,3)

* La Décapole fut un groupe de dix villes, principalement à l’Est du Jourdain, en Jordanie, marquant la frontière orientale de l’Empire Romain, Israël et la Syrie. Ces dix villes n’étaient pas une ligue officielle ou unité politique, comme dans les regroupements de cités grecques, mais elles étaient rassemblées en raison de leur langue, de leur culture, de leur emplacement géographique et leur statut politique.
Deux d’entre elles se trouvent en Israel: Soussita et Beit Shean

* Zayit veut dire olive

* Les Golani:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/18/les-trois-crimes-de-damas/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/02/le-nord/

* Poème d’Alon Bakal est repris de la page facebook de « Ces goys qui défendent Israel »

Le 30 novembre

En juin 2014, l’état d’Israel a promulgué une loi désignant le 30 novembre comme jour commémoratif de l’exode volontaire ou non de la majorité des Juifs vivants dans les pays arabes, soit un peu moins d’un million de personnes*.

Les exactions contre les Juifs en tant que dhimmi sont une constante dans le monde arabo-musulman. Elles s’intensifient cependant à partir du 20 ème siècle, au moment où l’empire ottoman se délite et où les populations locales rêvent d’une indépendance pour la Oumma.
J’ai déjà  rendu compte dans plusieurs de mes articles* de l’atmosphère de terreur orchestrée dès les années 30 par les nationalistes arabes et dans certains cas leurs amis nazis ainsi que des pogroms et autres exactions. Ces dirigeants arabes rêvaient d’independance sans cependant accepter que leurs dhimmis juifs soient citoyens de plein droit  mais surtout, ils ne pouvaient accepter que ce même dhimmi soit souverain dans son propre pays, fusse -t- il sur le tout petit territoire prévu  pour le Foyer National Juif.

Voici une sélection de faits et chiffres concernant les persécutions, exactions et pour finir expulsions des Juifs vivant en terre d’Islam:

En Egypte: L’Egypte est indépendante depuis 1922 mais restée sous tutelle britannique. Dès 1945, les Juifs sont victimes de mesures discriminatoires, telles que l’exclusion de la fonction publique ou la mise sous tutelle des écoles juives. Dès 1947, une loi exige que 75 % des employés soient de « vrais égyptiens », de nombreux Juifs se retrouvent donc sans ressources. Des émeutes, pillages et assassinats ont lieu dans de nombreuses villes et, en mai 1948, un millier de Juifs est interné pour sionisme. En février 1949, leurs biens sont mis sous séquestre. En 1950, les Juifs sont déclarés « sionistes et ennemis de l’état ». Les 40 000 Juifs autochtones deviennent alors apatrides. Ils peuvent quitter le pays  en signant qu’ils acceptent la confiscation de leur biens. Un petit répit est accordé à ceux qui bénéficient d’une nationalité étrangère mais eux aussi seront expulsés en 1956. Quant à ceux qui restent encore dans le pays, ils seront arrêtés au moment de la guerre des 6 jours en 1967, internés dans des camps et torturés pendant plus de trois ans. Les mêmes exactions se reproduiront en 1973 pour les quelques centaines, en général des gens âgés, qui vivent encore dans le pays.
La communauté juive égyptienne a complètement disparu.

Egyptian_Alexandria_Jewish_girls_during_BatMitzva

(cérémonie de Bat Mitsva à Alexandrie. Les robes de petites filles sont celles des premières communiantes d’autrefois en France!)

En Irak: Dès les années 20, le nationalisme arabe y est déjà fortement antisémite. Dès 1934, les Juifs irakiens ne peuvent plus être fonctionnaires, puis les dirigeants communautaires juifs sont obligés de publier des déclarations antisionistes. Cela ne suffit pas et de nombreux juifs sont assassinés. Dès 1937, l’influence nazie devient prépondérante et les persécutions redoublent. Elles verront leur apogée avec le grand « Farhoud » (pogrom) de Bagdad en 1941* où de nombreux Juifs seront assassinés, violés, mutilés. Dès 1948 les Juifs irakiens n’ont plus le droit de quitter le pays et leurs comptes sont bloqués. En mars 1950, une loi de dénaturalisation est promulguée permettant aux Juifs d’émigrer mais un an plus tard, ceux qui ont été « dénaturalisés » et se sont retrouvés sans papiers et sans pouvoir partir, sont spoliés de tous leurs biens. Pour les sauver, Israel organise alors une opération complexe d’exfiltration, l’Opération Ezra et Néhémie. En 1958, pour les quelques milliers qui y restent encore, les mesures se durcissent à nouveau: des cartes d’identités spéciales de couleur jaune leur sont attribuées. En janvier 1969 , ont lieu les fameuses pendaisons de Bagdad: quatorze Irakiens – dont neuf Juifs – sont pendus en public à Bagdad, place de la Libération, pour « complot sioniste » en présence d’une foule surexcitée de 200 000 personnes. Il est interdit de décrocher leurs cadavres pendant plusieurs jours.
La communauté juive d’Irak a complètement disparu.

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(A Or Yehuda, stèle commémorative pour les neuf Juifs pendus à Bagdad)

En Iran: Les Juifs d’Iran sont les descendants de ceux qui ne sont pas retournés en Eretz Israel après la promulgation du décret de Cyrus en 516 avant l’ère chrétienne. Là encore, la communauté juive a été victime de mauvais traitements tout au long de son histoire. Très occidentalisés depuis le début du 20 ème siècle, les Juifs d’Iran ont pourtant beaucoup apporté au pays. Depuis la révolution islamique, ils sont tenus en laisse. Officiellement, ils sont une minorité reconnue et ont comme telle un représentant au Parlement, mais dans leur vie quotidienne ils doivent se montrer très discrets et surtout hurler plus fort que les loups quand il s’agit d’Israel. En fait, il n’y a que sous la dynastie des Pahlavi* qu’ils ont pu, comme les autres minorités, mener une vie normale: l’Iran était même à ce moment là un lieu de transit pour les Juifs du sud de l’Irak en partance pour Israel. Des 100 000 Juifs iraniens de la fin des années 40, il n’en reste que 8756.

Brit Mila Shiraz

(Brit Mila à Shiraz dans les années 20)

En Libye: Dans les années 20 et 30 les Juifs de Libye sont très concernés par le sionisme: de nombreux cours d’hébreu s’ouvrent à Tripoli. Malheureusement, il ne partent pas à temps et doivent subir l’occupation allemande jusqu’en 1943. A ce moment là, arrivés avec les troupes britanniques, les soldats de la Brigade Juive de Palestine multiplient les aides aux juifs libyens. Mais les Anglais y mettent vite un frein de peur de mécontenter les Arabes. En 1945 éclate le pogrom de Tripoli qui se propage dans toute la région. Si ce pogrom  est l’élément déclencheur de l’alya, il n’en est pas le seul. Il faut aussi mentionner les émeutes qui suivent en particulier à Benghazi et dans toute la Cyrénaïque.
Entre 1945 et 1952, 90% des Juifs quitteront la Libye pour Israel. Les 10% qui restent devront vivre sous des mesures discriminatoires: fermeture des écoles, boycott, droit de vote retiré aux Juifs, saisie des biens fonciers etc.. Et bien sûr, les pogroms recommenceront au moment de la guerre des 6 jours et la guerre de Kippour… Quand Kadafi arrive au pouvoir, la Libye ne compte plus que 600 Juifs. Pour lui, c’est 600 de trop! Il s’acharnera  à effacer toute trace de présence juive dans son pays: destruction des cimetières, transformation de synagogues en mosquées… Un véritable défoulement de haine antisémite dans un pays sans Juifs aujourd’hui.Juifs de Lybie et le drapeau sioniste

 

En Syrie: les Juifs de Syrie sont eux aussi victimes de pogroms et d’exactions des les années 30 sous l’influence des islamo-nazis irakiens. Dès 1946, les fonctionnaires juifs sont licenciés et en 1947, après la déclaration de l’ONU sur le partage de la Palestine du 29 novembre, éclatent les pogrom d’Alep , puis ceux  de Damas en 1949.

ruines de la synagogue d'Alep en 1947

(Ce qui est reste de la synagogue de Damas après l’attentat à la bombe en 1949)

Et puis, c’est toujours le même scénario: confiscation des biens, exactions en tous genre, interdiction de sortir du pays. Une bonne partie des Juifs a déjà fui clandestinement en 1947. Pour ceux qui ne sont pas partis la situation devient intenable, surtout à partir de la guerre des 6 jours. Ceux qui fuient sont souvent repris, torturés et tués comme ces 4 jeunes filles, les sœurs Zeibak et leur cousine dont les corps furent retrouvés dans une grotte.

Les 4 jeunes filles assassinees

En 2014, il ne restait que 22 juifs en Syrie sur les 30 000 que comptait cette communauté en 1948. Ils viennent d’être exfiltrés en Israel.

Au Liban: le Liban a toujours eu une toute petite communauté juive qui vivait comme les autres son état de dhimmitude. Dans les années 40, elle voit arriver un afflux de réfugiés en provenance de Syrie et d’Irak. Là encore,  la décision de l’ONU puis la proclamation de l’état d’Israel obligent les Juifs libanais à faire profil bas et à se refermer sur eux-mêmes pour ne pas se mettre en danger. Angoisse, insécurité et pessimisme deviennent le quotidien des Juifs libanais même s’ils ne vivent pas de pogroms. Certains sont très sionistes comme Shulamit Kishik Cohen, qui avait grandi à Jerusalem et avait suivi son mari à Beyrouth. Elle espionnera pour le compte d’Israel. Arrêtée, torturée et mise en prison, elle sera finalement libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers. Les Juifs libanais partiront surtout après le début de la guerre civile en 1975. Là encore, il n’y a plus de communauté juive libanaise.

Shulamit Kishik Cohen

                                                                                                     (Shulamit Kishik-Cohen)

Au Yemen: Les Juifs yéménites sont déjà pour partie arrivés en Palestine à la fin du 19 ème siècle. On raconte même qu’ils s’organisent en syndicat ouvrier avant les Russes! Au Yemen, leur situation est catastrophique. En plus d’être soumis aux lois classiques de dhimitude comme dans les autres pays musulmans, ils le sont à deux lois supplémentaires. La première est essentiellement une humiliation: il leur est interdit de se coiffer! La deuxième, bien plus grave, veut que si un enfant perd un de ces parents, il soit tout de suite soustrait à sa famille naturelle pour être converti à l’islam. La seule solution est de procéder à des « mariages » de tous petits-enfants mais en cas de veuvage si le survivant est encore mineur, le danger reste le même. Là encore, la violence antisémite accompagne la déclaration de l’ONU et provoque le pogrom d’Aden en 1947. Comme en Irak, il faudra racheter la communauté juive restante (50 000 personnes) qui partira en 1949 pour Israel lors d’un pont aérien, appelé  » Sur les ailes des aigles » en souvenir du verset biblique:

« Je vous ai porté sur les aigles des aigles et vous reviendrez à moi ».
וָאֶשָּׂא אֶתְכֶם עַל-כַּנְפֵי נְשָׁרִים, וָאָבִא אֶתְכֶם אֵלָי..

Les quelques dizaines qui étaient restés ont été exfiltrés il y a quelques mois.

Op_Magic_Carpet_(Yemenites)

(Opération « Sur les aigles des aigles appelée aussi Opération Tapis Volant)

En Afrique du Nord, la situation des Juifs est un petit peu moins dramatique. Comme au Moyen-Orient, la colonisation leur permet d’échapper à leur statut de dhimmi même si les autorités coloniales ferment les yeux lors des pogroms qui éclatent sporadiquement, ça et là, en particulier à Tunis, Constantine, Meknès… S’ils échappent à la déportation, les Juifs vivent pendant la deuxième guerre mondiale sous le régime d’exclusion du gouvernent de Vichy*, avec en plus l’envoi dans des camps de travail particulièrement féroces.
En Tunisie, les Juifs auront droit à un petit répit jusqu’à l’indépendance de ce pays mais un  bon nombre partira cependant par idéal sioniste dès 1948.  Ceux qui restent vivront à peu près bien jusqu’à l’affaire de Bizerte en 1961 et la brusque flambée d’antisémitisme qui suivra et aboutira au pogrom de Tunis en 1967.

SEFER THORA_1.jpg synagogue de Tunis 1967

(Sefer Thora déchiré après l’incendie de la synagogue de Tunis le 5 juin 1967)

Les Juifs d’Algérie sont citoyens français* depuis 1870. Bien qu’ils aient été victimes de nombreuses exactions pendant l’époque de la colonisation, ils resteront donc dans ce pays jusqu’au moment de l’indépendance , en 1962, après avoir vécu les flambées de violence antisémites qui accompagnèrent la guerre d’Algérie entre 1954 à 1962.

l-exode-de-masse. des Juifs d'Algerie jpg
Au Maroc, des pogroms éclatent dès 1948 à Oujda et Jerada. En 1949, l’Agence juive ouvre alors un camp de transit près de Mazagan  pour y regrouper les Juifs avant leur départ pour Israel (plusieurs milliers de personnes par an), via le camp d’Arenas à Marseille, tandis que le Mossad organise des groupes d’auto-défense pour les Juifs de moins en moins en sécurité dans certaines villes.
En 1956, le gouvernement marocain interdit l’immigration et ne délivre plus de passeports aux Juifs. L’immigration deviendra alors clandestine  par bateau d’abord, jusqu’au naufrage le 10 janvier 1961 du bateau Egoz, où perirent 43 refugiés*.

tragédie-les-morts-du-egoz

Devant la colère du gouvernement marocain qui découvre cette immigration clandestine, un nouveau projet est lancé: faire sortir au moins les enfants sous couvert d’une organisation humanitaire suisse censée leur offrir des vacances en Suisse. Un jeune couple David Littman et son épouse Gisele (plus connue actuellement sous le nom de Bat Yeor), se porte volontaire. Ils feront sortir ainsi 530 enfants.

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(Gisele et David Littman au moment de l’Opération Mural)

A la mort de Mohamed V, les émissaires israéliens obtiennent du roi Hassan II un accord officieux qui permet le départ des Juifs en leur établissant des passeports collectifs. Là encore, les partants seront rachetés au gouvernement marocain par Israel moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Ce sera l’Opération Yakhin.

Aliyah du Maroc

 

 

Pays 1948 1972 2010 Période de départ
Algérie 140 000 1000 ≈0 1962
Egypte 75 000 500 100 1956
Irak 135 000 500 5 1948-1951
Iran 65 000 ~60 000 10 000 1948-1980
Liban 5 000 2000 20-40 1962 – 1980
Libye 38 000 50 ≈0 1949 – 1951
Maroc 265 000 31 000 2500 1948 – 1970
Syrie 30 000 4000 100 1948 – 1956
Tunisie 105 000 8 000 900-1000 1948 – 1956
Yemen et Aden 55 000 500 330-350 1948 – 1956
Total 818 000 110 750 32 100

 

La date du 30 novembre a été choisie pour rappeler que le jour qui suivit la décision de l’ONU concernant la partition de la Palestine (le 29 nov 1947), les violences contre les Juifs explosèrent dans tous les pays musulmans. Dans tous les pays musulmans le scénario fut toujours le même: mise à l’écart de la société, discriminations légales ,violences… Ces exactions provoquèrent un massif exode de la population juive, la confiscation de leurs biens et la destruction de leurs communautés.  Ces réfugiés juifs n’ont pas quitté leur pays parce qu’il  était en guerre ou pour des raisons économiques, ils l’ont quitté à cause de la violence antisémite.
Les Arabo-musulmans n’acceptent pas que ceux qui sont différents puissent vivre normalement en terre d’Islam. La persécution des Chrétiens en terre d’Islam est aujourd’hui la suite logique de cette posture.

Si aujourd’hui il est beaucoup question des réfugiés syriens, les réfugiés palestiniens ont tenu le devant de la scène pendant près de 70 ans. Une division de l’ONU leur est consacrée: l’UNRWA. L’UNRWA emploie plus de 27 500 personnes et fonctionne avec un budget de 1 122 millions de dollars (chiffre 2013). Contrairement aux règles du HCR sont identifiés comme réfugiés non seulement les personnes qui vivaient en Palestine entre 1946 et 1948 mais aussi leurs descendants!!!!! Une histoire sans fin…..

Bien qu’il y eut plus de réfugiés juifs en provenance des pays arabes que de réfugiés dits palestiniens, l’ONU n’a commémoré que cette semaine, pour la première fois, l’expulsion de 850000 réfugiés juifs des pays arabes. Cela nécessita une  âpre bataille menée par la Mission Israélienne auprès de l’ONU et le Congres Juif Mondial.

Une de nos ministres, Gila Gamliel,  fut l’invitée d’honneur de ces commémorations:

Gila Gamlile-Damari

(Gila Gamliel-Damari est née dans la petite ville de Guedera d’un père yéménite et d’une mère libyenne)

L’ambassadeur d’Israel à l’ONU Dany Danon, dont le père était un réfugié d’origine égyptienne, a expliqué que  l’histoire non dite, cachée pendant des années a finalement été reconnue. Une injustice a été réparée. Toutefois aucun service de l’ONU ne s’en occupera ou leur versera une quelconque compensation.
Dans un de mes articles* écrit à la suite d’une conversation avec un ami originaire d’Egypte, je livrais quelques témoignages familiaux et aussi une interview de Bat Yeor* que l’on retrouve dans cette video:

Les Juifs originaires des pays arabes, essentiellement séfarades, ont considéré que somme toute, face à l’ampleur du massacre des Juifs d’Europe,  ils ne s’en étaient pas trop mal tirés et sont restés relativement discrets. Le peu qui a parlé n’a d’ailleurs pas été entendu.

En Israel, environ 200 000 des Juifs originaires d’Irak, viennent en fait des montagnes du Kurdistan. Cette année, et pour la première fois,  la ville d’Erbil a marqué le souvenir de l’expulsion des Juifs d’Irak. Serait-ce le début d’une nouvelle ère? Les Kurdes de cette région indépendante ont même voté en mai dernier une loi en faveur d’un représentant juif au Ministère des Cultes, bien qu’il n’y ait plus aucune synagogue et qu’on ne parle que de quelques familles d’origine juive inscrites par ailleurs comme musulmanes. Vont-elles pouvoir redevenir juives si elles le désirent?

Lorsque nous nous sommes installés en Israel, nous avons fait la connaissance de Netanel qui m’a parlé du départ de son grand-père de la ville de Zakho dans les montagnes du Kurdistan. Dans cette ville, il n’y avait à l’époque que peu de musulmans. La majorité des habitants était chrétienne mais la population  juive était si importante et si ancienne que la ville avait été nommée d’après le nom d’une famille de notables juifs: les Zakho. Les Chrétiens et les Juifs de Zakho ne parlaient pas l’arabe mais l’araméen…  Son grand-père et tous les Juifs de Zakho prirent la route ensemble à pied, sans avoir le droit d’emporter quoi que ce soit hormis les Sifrei Thora et les Tephilin. Comme ce fut souvent le cas, les ballots furent ouverts et les vêtements déchirés pour y trouver des bijoux ou de l’argent.

Il est vrai que les Arabes n’ont pas industrialisé la mort et construit de camp d’extermination mais leur acharnement contre les Juifs vivant dans leur pays est bien réel. S’il est impossible de modifier le passé, il est temps qu’à minima les choses soient dites. L’histoire de ces réfugiés du silence doit être entendue et  enfin, le mythe de l’accueil tolérant fait aux Juifs dans les pays arabes doit être définitivement démenti. 

A bientôt,

* Le chiffre de réfugiés juifs en provenance des pays musulmans varie entre 800 000 à 1 million

*Mes articles sur la situation des Juifs au Moyen-Orient au début du 20 ème siècle:

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/06/12/hayim-et-faycal/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/22/le-mufti/

https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/08/et-vous-quand-avez-vous-quitte/

et sur la déclaration de l’ONU le 29 novembre 1947:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/29/le-29-novembre-1947/

*la dynastie précédent celle des Pahlavi, celle turcophone des Kadjar (de 1786 à 1925)  fut renommée pour sa férocité envers les minorités, en particulier envers les Bahaïs qu’elle massacra

*les lois de Vichy en Afrique du Nord: ce sont les mêmes qu’en France mais en plus les enfants sont interdit d’école alors qu’en France, il leur était possible d’étudier jusqu’au bac.

*la citoyenneté française  est accordée par le décret Crémieux en 1870 à tous les Juifs d’Algérie à l’exception de ceux d’une partie du sud du pays. Cette citoyenneté leur sera enlevée le 8 octobre 1940.
Lisez l’excellent document d’Akadem à ce sujet:
http://www.akadem.org/medias/documents/Doc3_juifs_algerie_petain_dg.pdf

*http://www.controverses.fr/pdf/Fin_judaisme_terre_d_islam_Shmuel%20Trigano.pdf

*le roi du Maroc Mohamed V:
http://www.cclj.be/actu/politique-societe/georges-bensoussan-sultan-maroc-jamais-protege-juifs

*les camps d’internement pour les Juifs en Afrique du Nord:
http://www.tribunejuive.info/international/lhistoire-oubliee-des-camps-marocains-par-jean-paul-fhima

*le bateau Egoz:
http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1814

*Giselle et David Littman:
http://www.danilette.com/article-david-gerald-littman-105639656.html

 

Knesset Israel

Ce mardi, nous avons voté pour renouveler les membres de la Knesset et pour avoir un nouveau Premier Ministre (qui sera certainement le même!)
Le mot כנסת (Knesset) est connu de tous. Le Parlement israélien s’appelle la Knesset. Même les journalistes le  savent, c’est dire!
Mais savent-ils pourquoi notre Parlement porte-t-il ce nom?
Il y a bien longtemps, après les 70 ans de notre  esclavage en Babylonie* et notre retour chez nous grâce à l’édit de l’empereur perse Cyrus, nous avons du trouver un système de gouvernement. Même si les descendants du roi David, de la tribu de Yehuda, étaient connus*, les  organisateurs de notre retour en Israel, Ezra et Nehemia, n’avaient pas jugé bon de leur demander de nous gouverner.

reconstruction de jerusalem a l'epoque de Ezra et Nehemia Lea Hayerushalmit

(La reconstruction de Jerusalem à l’époque de Ezra et Nehemia, tableau de Lea Hayerushalmit)

Ils choisirent un système de gouvernement différent, un gouvernement parlementaire. D’après les textes de la Mishna et la Guemara,  120 חכמים (‘Hakhamim) ou sages  furent choisis pour y siéger. La Grande Assemblée, comme on l’appelait alors , fut présidée à ses débuts par Ezra et Nehemia fils de Haccala (Nehemia 8,10). Parmi ces 120 sages se trouvaient plusieurs prophètes dont Haggaï, Zekharia et  Malakhi.
Combien de temps resta-t-elle en exercice? Certains pensent qu’elle cessa ses fonctions au moment de l’invasion grecque au 3 ème siècle avant l’ère chrétienne. Pour d’autres, elle reprit du service à l’époque des ‘Hasmonaim*. L’un d’entre eux, שמעון הצדיק  (Shimon Hatsadik) ou Simon le Juste, aurait été appelé « membre de la Grande Assemblée* ».
Bien qu’Ezra et Nehemia se soient beaucoup souciés des difficultés socio-économiques de leurs contemporains, cette première Knesset est surtout connue, par la tradition juive, pour ses profondes réformes dans le domaine religieux. D’après les textes rabbiniques, ses membres ont rédigé un certains nombre de livres bibliques comme celui du prophète Ezechiel , ceux des 12 petits prophètes* et aussi celui de Daniel et celui d’Esther. Ils ont également fixé le canon biblique et ajouté trois livres controversés attribués au roi Salomon: שיר השירים (Shir hashirim) ou Cantique des Cantiques qui devait sembler trop osé, משלי (Mishlei) les Proverbes et surtout קוהלת (Kohelet) l’Ecclesiaste trop désabusé…
L’importance de leur travail est reconnue jusqu’à présent. Ils sont mentionnés dans la Mishna dans l’introduction des פירקה אבות (Pirke Avot) ou Traité des Pères) comme l’ultime maillon direct depuis Moshe: « Moshe reçut la Loi au Sinaï, il l’a transmise à Yoshua, celui-ci l’a transmise aux prophètes et ces derniers la transmirent aux membres de la Grande Assemblée ».
Le peuple est souvent appelé כנסת ישראל (Knesset Israel), l’assemblée d’Israel et le mot synagogue, qui apparaît aussi à la cette même période, veut dire maison de l’assemblée ou maison de réunion, בית כנסת (Beit Knesset).

pirkeiavot sages de la thora

Donc, si aujourd’hui notre Parlement actuel compte 120 membres.  c’est en souvenir des 120 membres de cet ancien parlement.

Au tout début du Mandat britannique, le 19 avril 1920, fut élue pour la première fois une Assemblée des Représentants du Yishuv* mais elle n’avait qu’un pouvoir consultatif, les Britanniques étant les maîtres du pays.
L’état d’Israel est proclamé le 5 Iyar 5708 ou le 14 mais 1948. La guerre a commencé en décembre 1947 et durera jusqu’à l’armistice de Rhodes en été 1949.
Le jour de Tou Bishvat (14 Février 1949) se tient à Jérusalem la première réunion du Conseil d’Etat Temporaire. Pour l’occasion, le poète Natan Alterman publie son  poème « Avec la nouvelle Assemblée ».
Ce jour la, la plupart des participants sont arrives de la « plaine ». Ils s’arrêtent en chemin pour planter des arbres à Shaar Hagai, haut lieu* de la bataille pour Jerusalem.
Le président du Conseil d’Etat, Hayim Weizman, ouvre la cérémonie par ces mots: 
« C’est avec un sentiment de crainte et de tremblement devant la solennité de ce jour que j’ouvre cette première Knesset  dans la ville éternelle de Jerusalem. Notre peuple peut louer la bonté de Dieu. Nous avons pu voir après des générations de douleur et de souffrances, la rédemption les fondations de la Knesset. Elevez vos louanges pour vote premier colloque. Souvenez vous que les yeux du peuple juif sont tournés vers vous et que les désirs et les prières des générations accompagnent vos pas« 

Quelques jours plus tard, le 17 fevrier 1949, Hayim Weizman est nommé président de l’état d’Israel et le 8 mars David Ben Gourion forme le premier gouvernement

Apres avoir siégé dans le bâtiment de l’Agence Juive à Jerusalem et  ensuite à Tel Aviv  du fait de la guerre, la Knesset retourne à Jerusalem à la fin de l’année 1949. David Ben Gourion ne voulait pas attendre car avait-il déclaré: « Jerusalem est juive, et c’est une partie organique et impossible à séparer de l’état d’Israel, de la foi d’Israel et de l’âme d’Israel ».
La Knesset restera dans un bâtiment de la rue King Georges dans le centre ville, la maison Froumine jusqu’en 1965. Le nouveau bâtiment, celui que nous connqissons actuellement, sera inauguré le 30 août 1966.

knesset premier batiment de 1950 a 1965

(la maison Froumine en centre ville)

La Knesset est donc détentrice du pouvoir législatif mais dispose aussi d’un pouvoir de contrôle sur le pouvoir exécutif: elle vote les lois, le budget, contrôle le gouvernement, élit le président de l’état et le contrôleur de l’état. Elle peut aussi censurer le gouvernement. Ses 120 députés sont élus pour un mandat de 4 ans. Elle peut être dissoute par le président de l’État, à la demande du Premier ministre. C’est ce qui s’est passé il y a quelques mois et qui a conduit aux élections de cette semaine.

Le mode d’élection de la Knesset est un scrutin proportionnel plurinominal et il n’y a pas de circonscriptions. Les députés ne sont pas redevables aux électeurs de leur région, ce sont les élus des conseils régionaux qui le sont. Ce mode de scrutin, très différent du modèle français, donne aux électeurs la possibilité de voter pour un parti et non pas une personne. Puis les sièges sont attribués aux différents partis proportionnellement au nombre de voix qu’ils ont obtenues. Les candidats élus sont pris dans chacune des listes dans leur ordre d’apparition.
Pour qu’un parti puisse obtenir au moins un siège, il doit atteindre une proportion minimum de voix. En 2015 ce seuil est monté à 3,25%. Les voix restantes sont ensuite reparties selon une méthode mathématique, la méthode de Hondt*. Comme c’est bien trop compliqué pour moi, lisez la note en bas de page, j’espère que l’auteur de l’article ne s’est pas trompé!

Comme le seuil nécessaire est relativement bas 3,25%, sont représentés à la Knesset non seulement les partis classiques (droite et gauche traditionnelles) mais aussi de nombreux partis qui défendent des intérêts sectoriels ou plus spécifiques. Vous pouvez imaginer la multitude de partis!
Ici des soldats perplexes examinent  un document (rédigé en Hébreu, Arabe et Russe) mentionnant tous les partis en lice:

elections les nombreux partis

Les députés travaillent dur, c’est sûr. La chaîne de télévision de la Knesset diffuse d’ailleurs aussi bien les séances (pendant lesquelles deux ou trois députés peuvent somnoler), que les commissions très animées qui servent à la préparation les lois. A ces commissions sont invités non seulement des élus mais des personnes appartenant aux différents corps de l’état et à la société civile selon le sujet abordé.

knesset interieur
Toutefois en dehors de ces arides mais nécessaires occupations, les députés peuvent aussi participer au club de Tanakh où ils écoutent et discutent de textes avec de savants professeurs d’université et parfois en présence de lycéens. Un député arabe Massoud Ganaim est un habitué du club et ceci depuis que ses camarades de la Knesset, Tsipi Hotovely, Michael Ben Ari, Alieh Elad et le regretté Uri Orbach, l’ont invité car il est professeur d’histoire et se passionne pour la Bible..
Allons bon! Des députés juifs appartenant à la droite nationaliste (l’extrême droite raciste comme l’écrivent les journaux européens) invitant naturellement un député arabe de l’extrême-gauche, intéressé par le Tanakh! N’est-ce pas à l’opposé de ce que vous lisez habituellement sur Israel?  Certains journalistes n’ont pas pu ne pas noter la déclaration de Massoud Ganaim:  » la Bible est un livre de culture mondiale qui a beaucoup influencé l’histoire du monde« 

knesset massoud ganaim

(Massoud Ganaim)


Le bâtiment actuel a été construit et inauguré en 1966 sur la colline de Guivat Ram, non loin de l’Université Hébraïque et du Musée Israel.

x
La célèbre Menorah qui se trouve devant le bâtiment est l’oeuvre de Benno Elkan:

knesset menora
Le sculpteur David Palombo a créé les trois portes monumentales qui mènent à l’esplanade  

knesset porteset le monument aux morts de la guerre d’Indépendance nommé « le Buisson Ardent ».

knesset le buisson ardent

Trois portes monumentales en cuivre permettent d’accéder au  bâtiment. Ce sont les Portes des Tribus de l’artiste tchèque Shraga Weill: elles représentent respectivement l’exil, la création de l’état d’Israel et le rassemblement des exilés.

knesset porte des tribus(Porte symbolisant les rassemblement des éxilés)

Les réceptions sont en général données dans le salon Chagall, décoré de tapisseries de l’artiste:

knesset tapisserie chagall
ou de mosaïques représentant les 12 tribus:

knesset mosaique chagall

 

Une anecdote personnelle: lorsque mon mari étudiait à l’oulpan, sa classe avait eu droit à une visite de la Knesset commentée par quelques députés. Celui qui pris en charge le groupe de mon mari était un député d’origine éthiopienne, Shlomo Mulla.

Shlomo Mulla
Il leur raconta son histoire personnelle: âgé de 13 ans seulement, il quitta son village du Gondar, dans le sud de l’Ethiopie, en compagnie de 5 autres adolescents orphelins comme lui. Après un périple terrible, à pied, où seulement 3 d’entre eux survécurent, ils arrivèrent au Soudan, là où un avion de l’agence juive les attendait. Dès qu’ils montèrent dans l’avion, lui et ses compagnons eurent le sentiment d’être tombés dans un piège. Les membres de l’Agence juive étaient des blancs. Or les seuls juifs qu’ils connaissaient étaient noirs!! Ils crurent être entre les mains de marchands d’esclaves musulmans!
Heureusement, un homme noir les rassura. Oui, lui aussi était juif, et oui, ces blancs aussi étaient juifs. Ils étaient israéliens et les emmenaient en Eretz Israel!

Pour terminer mon article, voici quelques photos du jour des élections.

On peut se marier et aller voter:

elections mariee 2

 

On vote partout, ici dans un poste militaire avancé: 

elections urne improvisée dans un poste avancé

Et aussi à Rahat dans le Neguev:

elections bedouines

On vote à l’hôpital :

elections hopital

Le jour des élections, on élisait  aussi au zoo l’animal le plus populaire parmi les visiteurs!

zoo

 (J’ai chois cette photo du zoo de Jerusalem, surprenante,
non pas parce qu’elle reflète la réalité de notre vie ici,
mais parce qu’elle a été publiée dans le Saudi Gazette! Tous les espoirs sont permis)

Ceux-ci devaient choisir  une de ces cartes

elections zoo de jerusalem

et l’éléphant était chargé de les mettre dans l’urne:

elections zoo
Pour les 1000 votants, les lions se sont bien sûr taillé la part du lion avec 251 bulletins, suivis par les éléphants, les pingouins et les kangourous… et en laissant loin derrière les crocodiles et les vautours.

vautours
Comme le jour des élections est un jour férié, le bord de mer, les parcs étaient pleins. Les routes bouchonnaient et à la patinoire* de Jerusalem, Yael, Naama et  Avigail s’en sont données à cœur joie comme les deux enfants sur la photo:

patinoire pinguin

 

A bientôt,
*esclavage en Babylonie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/05/au-bord-des-fleuves-de-babylonie/

*la dynastie du roi David: ses descendants de la période post-biblique sont connus par la population juive qui les tient en grand honneur et ceci pendant des siècles: à l’époque des Geonim de Babylonie ( de la fin du 6 ème siècle au 11 ème siècle de l’ère chrétienne), c’est parmi eux que seront choisis les exilarques ou chefs de la communauté juive en exil. La communauté juive de Babylonie se dispersera au 11 eme siècle a la suite de guerres agitant ce qui est l’Irak actuel. Certains partiront en Inde, d’autres dans tout le pourtour méditerranéen. Certaines familles comme la famille Saltiel, connue à Gérone des le 13 ème siècle, ont toujours mentionné leur liens familiaux avec la dynastie du roi David

*Les ‘Hashmonai,: la dynastie des Makabim (voir les articles tagués  ‘Hanouka

* Les 12 petits prophètes: appelés ainsi à cause de la brièveté du livre qui porte leur nom. Il s’agit de Hoshea, Yoel, Amos, Ovadia, Yona, Mikha, Nahum, Habakuk, Tsephania, ‘Haggaï, Zekharia et Malakhi

*Shimon Hatsadik avait coutume de dire: Le monde subsiste par trois choses qui sont la loi, le culte et la charité. On lui connait comme disciples Antigonus de Sakha, Yoshua ben Yesher de Zereda et Yoshua ben Yohanan de Jerusalem et les Sages de la Mishna continuent cette lignée qui n’a plus aucun pouvoir politique à partir de l’invasion romaine

*le Yishuv: organisation de la communaute juive en Palestine avant la création de l’état d’Israel

*Shaar Hagai:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/01/09/les-boulettes-de-la-victoire/

*Le scrutin proportionnel plurinominal et la methode de Hondt:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scrutin_proportionnel_plurinominal

La Porte Mandelbaum

Certains d’entre vous vont penser qu’étourdie comme je suis, j’ai oublié de compter une porte dans les murailles de la vieille ville.
Eh bien non, la Porte Mandelbaum n’a aucun lien avec les murailles et elle n’existe même plus. En fait, elle n’a jamais été une porte mais, de  l’armistice de 1949 à la guerre des 6 jours, elle fut le seul point de passage entre la Jerusalem israélienne et la partie jordanienne. Son emplacement se trouve au carrefour des rues שבטי ישראל 9Shivte Israel) et דרך בר לב (Derekh Bar Lev)

Avant de devenir une « porte », elle fut tout simplement une maison, celle de Simha Mandelbaum.

Simcha_Mandelbaum
Mandelbaum était un homme fort pieux, rabbin de son état. Mais ne l’imaginez pas uniquement perdu dans les textes. C’était aussi un homme très actif qui développa l’industrie et l’agriculture du pays et fonda de nouvelles villes comme celle de Kfar Saba,

Kfar Saba centre commercial(centre commercial à Kfar Saba)

ou de nouveau quartiers comme celui de Bayit Vegan « maison et jardin » à Jerusalem, tout un programme pour l’époque.

Bayit_VeGan JPG
En 1927, Simha Mandelbaum achète un grand terrain pour y construire un immeuble de 20 appartements destinés à sa propre famille.
Et à qui l’achète-t-il? Au Waqf*! Et oui! En 1927, le Waqf trouve naturel de vendre des terrains aux Juifs et ne prétend pas qu’ils souillent la terre musulmane comme c’est le cas actuellement.
Malheureusement, le temps des pogroms a déjà commencé: en 1928, Hassan El Banna fonde l’organisation des Frères Musulmans* à Ismailia et ses idées se répandent rapidement dans tout le monde arabe.
En 1929, toute la région est à feu et à sang. Les Juifs se font massacrer dans plusieurs localités et en particulier à Hebron. Le Waqf décide de suivre le mouvement et de changer de politique: les Juifs ne pourront plus acheter de terrain lui appartenant ou appartenant à un musulman. C’est la situation qui prévaut aujourd’hui: des Arabes se font tuer s’ils vendent une terre ou une maison à des Juifs…
La maison Mandelbaum comme on l’appelle alors  restera donc isolée, en bordure de la ville et adjacente aux villages arabes qui constituent maintenant la partie orientale de la ville.

Simha Mandelbaum meurt en 1930. Sa famille commence à se disperser et sa femme loue des appartements à des étudiants de la nouvelle Université Hébraïque qui vient d’être inaugurée sur le Har Hatsofim*. Elle en loue  aussi aux membres d’une nouvelle organisation paramilitaire, la Haganah. La Haganah, qui, après 1948, deviendra Tsahal, est constituée dès le début du mandat britannique par des anciens du Gdud Haivri*.
Les Anglais ne voient pas cela d’un bon œil. Mais vu l’insécurité grandissante pour la population juive et n’étant pas capables de freiner les émeutiers arabes, ils sont obligés de l’accepter du bout des lèvres. Certains diront qu’ils veulent surtout laisser les Juifs aller en première ligne et faire le travail à leur place. Bref, la maison Mandelbaum devient un poste d’observation avancé pour la Haganah.

Pendant la guerre d’Indépendance, la maison  est en partie détruite par la Légion Jordanienne.
A partir de l’armistice en 1949, ce qu’il en reste sera utilisée comme point de passage entre la Jordanie et Israel, essentiellement pour les diplomates et les touristes non israéliens.

porte mandelbaum(globes.co.il)

Les Israeliens ne pourront pas passer du côté jordanien. Les Juifs israéliens ne pourront pas prier au Kotel. Les chrétiens israéliens ne pourront pas participer au Chemin de Croix le Vendredi Saint, ou prier en l’église du Saint Sépulcre, quant aux musulmans israéliens, il seront interdits d’El Aksa!

En 1967 la ville est réunifiée et la porte Mandelbaum est détruite:

panneau commemorant la Porte Mandelbaum(attorneysdefendingisrael.blogspot.co.il)

La maison Mandelbaum est devenue un centre d’étude des ‘Hassidim de Brazlav, nommé חוט הצדק, « fil de bonté ».

maison mandelbaum 2
Un cadran solaire marque l’emplacement de l’ancien point de passage:

porte mandelbaum cadran solaire
Il se trouve sur la ligne du tramway où ont eu lieu dernièrement plusieurs attentats.

Sur une des בטונדות « betonadot » censée protéger les voyageurs d’éventuels attentats à la voiture bélier, on peut voir un petit graffiti sympathique.

tramway graffiti bratzlav

(blog oneg shabbat)

Le Smiley est un smiley Brazlav avec grande kippa et peot et il nous dit en souriant: »Israel, n’aie pas peur! »

En 1961, le compositeur Yoram Taharlev écrira une obscure chanson à la gloire de…Gagarine, le héros du moment. Elle se fera connaitre plus tard grâce à une interprétation très rock’n roll des années 60 de la chanteuse Edna Goren qui remplacera Gagarine par Mandelbaum!
Mais qui est ce Mandelbaum? Evidemment pas celui dont on vient de parler!
En tout cas, Edna Goren a préféré ce Mandelbaum inconnu à Gagarine pour l’emmener au 7 ème ciel.


« Mandelbaum prends moi vers le soleil dans une fusée rouge, Mandelbaum emmène-moi vers la lune dans l’espace, dans une montgolfière, peut m’importe, Mandelbaum emmène-moi vers la voie lactée,  emmène-moi en rêve, prends moi dans tes bras, prends moi pour toujours »


A bientôt,

*Waqf: donation et par extension organisme qui gère cette donation
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/11/11/la-porte-des-lions/

* Les Frères Musulmans:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/16/4795/

* Har Hatsofim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/05/06/66-ans-et-des-jardins/

8 Gdud Haivri: Legion Juive
http://www.zionism-israel.com/dic/Jewish_Legion.htm

 

Sharaliya

 

Juste avant Rosh Hashana, nous avons fait un saut à Haïfa pour l’anniversaire d’une cousine.  Le nom d’un des quartiers, en bord de mer au sud de la ville, m’a soudain frappé: שער עליה (Shaar Aliya) La Porte de l’Aliya!
Le quartier de Shaar Aliya n’a rien de particulier, c’est un quartier familial

maabarot Shaar Alyia maintenant
avec son  jardin communautaire*.

maabarot shaar alyia jardin communautaire 2

Mais Shaar Aliya a toute une histoire.
Pendant le Mandat britannique, l’endroit s’appelait Saint Lucas du nom d’un camp militaire anglais. Une fois les Anglais partis et l’Etat d’Israel proclamé, Saint Lucas devint le plus grand centre d’absortion d’Israel* sous le nom de Shaar Aliya.
Durant la première décennie de l’état d’Israel, des camps d’absorption, il en poussait partout. Sur cette carte, tous les points rouges indiquent les différents camps dans lesquels séjournaient les nouveaux immigrants plus ou moins longtemps. Ces camps furent appelés les מעברות (maabarot)* 

-Maabarot_map

Comme vous le voyez, il étaient nombreux, répartis dans tout le pays, y compris en plein milieu du Neguev , comme celui  de Yeruham.



maabara de Yeruham en 1952(Maabara de Yeruham en 1952
)

ירוחם(Yeruham aujourd’hui)

Le camp de Shaar Alyia, lui, commencera à fonctionner à partir de mars 1949, en pleine guerre d’Indépendance, avec 300 immigrants arrivés du port de Marseille. Dans tous les centres d’absorption l’accueil est plus ou moins le même: établissement d’une carte d’identité israélienne, de sécurité sociale, vérification de l’état de santé, vaccination et  l’inévitable désinfection au DDT.

carte de vaccination(remarquez l’usage du francais sur cette carte de vaccination)

Dès la fin de la première année, prés de 200 000 personnes séjourneront dans ce camp. La plupart viennent d’Europe mais pas seulement: dans les pays arabes, de sanglants pogroms forcent les Juifs à fuir. Et c’est ainsi qu’en 1951, ce camp deviendra trop petit pour accueillir l’arrivée massive d’immigrants irakiens venus avec l’opération Ezra et Nehemia*.

Ezra et nehemia (operation)

Un certain nombre d’immigrants sera alors logé dans l’ancien camp de détention britannique d’Atlit* à quelques kilomètres de là.

Atlit(Le camp d’Atlit est devenu un musée.)

Dans tous ces camps, les immigrants recevaient des cours d’hébreu dans des oulpanim primitifs, des cours de culture israélienne par le biais de séances de cinéma en plein air ou de conférences mais aussi parfois une formation professionnelle.

Les gens s’entassaient sous des tentes ou, pour les plus chanceux, dans des baraquements.

maabarot
Ils s’organisaient de leur mieux dans la boue ou la poussière qui salissait tout.

maabarot Shaar Aliya 3

Ils étaient désorientés, heureux d’avoir survécu*, inquiets de l’avenir dans un nouveau pays qui sortait d’une guerre, devait absorber plus d’immigrants qu’il n’avait d’habitants et traversait alors une grosse crise économique.
Pour la plupart, l’adaptation n’était pas facile: ils devaient changer de métier et recommencer à zéro.

maabarot cordonnier(immigrant irakien devenu cordonnier)

La chanteuse ‘Hava Alberstein a 4 ans lors qu’elle arrive à Shaar Aliya. Elle composera cette chanson à partir de ses souvenirs.

« Cette histoire, on la commence par la fin, un bateau chargé de passagers est arrivé sur  la côte.
maabarot arrivees au port de Haifa

Des gens fatigués dans un nouveau pays se tiennent face à un grand portail et le regardent silencieux, des gens du fond des âges, de la lumière, de la vie, aux vêtements épais, au pas lourd.

Rien ne ressemble aux promesses. Ils regardent ce pays de chaleur, de vents et de tempêtes, le toit qui s’envole en hiver, le sol plein de marmites,
???????????????????????????

tout ça gorge d’eau les couvertures, les édredons polonais…

maabarot Rosh ayin hiver 1950(enfants d’origine yéménite dans le camp de Rosh Ayin pendant l’hiver 1950)


Tous gémissent, mais moi je dors déjà comme une véritable princesse, je dors avec un parapluie…

Quelqu’un dit: »Nous sommes arrivés », un autre dit « Peut-être », quelqu’un crie »Nous avons trouvé ». On lui murmure » Si seulement »…Quelqu’un dit « Entre temps » on lui crie « Jusqu’à quand? »… On ne sait déjà plus qui est entré et qui est sorti, qui est parti et qui reste… Sharaliya, Sharaliya*

Kol Tsion lagola*, chaque heure une autre langue, la radio joue… Assis comme des immigrants clandestins, assis autour du feu, on se réchauffe, on comprend chaque mot, on chante tous les chants et le matin on revient à une nouvelle langue qui casse les dents, indifférente et dure,

maabara enfants etudiant

Tous les projets sont devenus des rêves: on change de métier, on change de nom, on change de souvenirs, on enjolive le passé: là-bas on était tous princes, c’est ce dont on se souvient… Un piano dans chaque pièce, une écurie, des chevaux dans la cour!…Chaque mot est la vérité… Plus ou moins… Sharaliya!

Et à nouveau la radio parle: Ici l’émission Recherche de proches*, de longues listes de noms et de numéros. Celui qui a changé son nom a déjà renoncé. Il n’écoute plus le programme, il n’en n’a plus la force.

Recherche de proches(Centre de données sur les recherches familiales de l’Agence Juive.)


 

Et entre-temps mon père a acheté un appareil de photo: « Photo en 5 minutes », Photo d’identité, Carte d’immigrant, Carte d’identité, Carnet de membre… Pas de langue, pas de quoi vivre, on a des cartes, on se débrouillera…


Maabarot Shhar Alyia inscription a la histadroutShaar Alyia, inscription à la Histadrout (Syndicat)


Et dans ce bel été, on sort les chaises, le centre culturel fait venir des films, des conférences, un accordéon joue, accompagne une chanteuse, « Une charrette et sa jument ». « Oh mon Kinneret »* …Sharaliya!
Un lit pliant, une table pliante… Le soir de shabbat on sort se promener, chemises blanches, chaussures cirées, on sort se promener mais il n’y a rien à voir, des rangées de baraques, quelques arbres et une barrière… On revient lentement, pas de quoi se presser…
Cette histoire on la commence par la fin, l’histoire d’un bateau arrivé sur la côte, d’un camp de transit et d’un dernier arrêt, une histoire en bulgare, en polonais, en yiddish, l’histoire d’un endroit gris, sans couleur, sans paysage et d’un commencement qui n’en finit pas »

 J’écris cet article à la mémoire de Zamira et de Georges qui nous ont quittés cette année. Arrivés d’Irak en 1951 avec l’opération Ezra et Nehemia, ils ont grandi dans diverses maabarot, se sont mariés et ont élevé 4 enfants talentueux. Nous avons deux petits-enfants en commun et nous les aimions beaucoup. Que leur souvenir soit une bénédiction pour toute la famille…

 

A bientôt,

* Les jardins communautaires sont très populaires en Israel. Chaque quartier a le sien.

* Maabara (maabarot au pluriel) Ce mot vient de la racine עבר(AVR) qui veut dire passer. C’est un camp de transit. Les centres d’absorption qui leur succédèrent à partir des années 60 et 70 furent appelés מרכז קליטה  (Merkaz klita) ou centres d’intégration. Il y en a toujours, en particulier pour les jeunes qui arrivent sans leurs parents.

* Entre 1950 et 1950, l’ « Opération Ezra et Nehemia » permit de faire venir en Israel la majeure partie des Juifs d’Irak, environ 130 000 personnes.
Quant aux Juifs du Yemen, une partie d’entre eux était arrivée en Palestine au tout début du 20 ème siècle, il en restait environ 50 000. Ces derniers arrivèrent grâce à l’opération « Sur les ailes de l’aigle » grâce à un pont aérien depuis la ville d’Aden.

* Le camp d’Atlit: entre 1938 et 1948 plus de 120 000 Juifs furent internés par les Anglais qui ne voulaient pas les laisser s’installer dans la Palestine mandataire. Quand le camp était plein, on les envoyait a Chypre. Ceux qui furent internés dans ces (mauvaises) conditions furent malgré tout plus chanceux que ceux dont les bateaux furent renvoyés en Europe!

* Pour tous ces immigrants qui ne parlaient pas l’hébreu les deux mots Shaar Aliya étaient devenus Sharaliya

*Kol Tsion lagola: La voix de Tsion pour la diaspora: station de radio qui émettait dans de nombreuses langues. Cette station existe toujours sous le nom de Reka

* De 1944 à 1999 l’émission  » Recherche de proches » a été diffusée tous les jours à la radio. Elles permettaient aux familles de retrouver éventuellement leurs proches. Les informations étaient regroupées et gérées par l’Agence Juive.  Depuis 1999 le fichier, maintenant informatisé, est consultable sur le site:
http://www.zionistarchives.org.il/

* Ceux qui arrivaient d’Europe avaient abandonné un vrai foyer depuis une dizaine d’années: traqués ou emprisonnés pendant la Shoah, internés dans des camps de DP (Displaced Persons) après 1945, puis dans des camps d’internement britanniques, ils étaient devenus des experts en survie, très fatigués.

* « Une charrette et sa jument » et « Oh mon Kinneret » (appelée aussi Veoulay) sont deux chansons populaires:

66 ans et des jardins

Un jour quelqu’un m’a dit:
Comment peux-tu habiter Jerusalem? C’est une ville bien trop sévère pour moi, il n’y a que des pierres.

C’est vrai, des pierres nous en avons…
Tous les bâtiments ont des façades recouvertes de pierres, nous sommes  à la frontière d’un désert de pierre et je ne n’oublie ni les pierres des murailles ni celles du Kotel. Mais nous avons aussi beaucoup de verdure, d’arbres, des parcs où s’installer pour rêver ou pique-niquer…

 

gan haatsmaout(le parc de l’Indépendance, site gojerusalem.co.il)

gan sacher

(le gan Sacher, jerusalemshots.com)

gan hacinematheque (haaretz)

(le jardin de la cinémathèque, haaretz.com)

gan hatayelet

(le parc de la promenade d’Armon Hanatsiv, site segways.co.il)

 

et bien d’autres encore…

Mais surtout,  nous avons deux jardins botaniques.

Les jardins botaniques sont toujours associés aux recherches universitaires et se trouvent sur les campus. A Jerusalem, nous avons une seule université, l’Université Hébraïque, mais deux campus* pour des raisons historiques.

L’Université Hébraïque est fondée en 1925, 23 ans avant la création de l’état d’Israel.

blason universite hebraiqque

 

 

Il en avait déjà été question en 1884 avant même le  premier congres sioniste!

Dès le début c’est une université de premier rang, ne serait-ce que par l’afflux de professeurs fuyant l’Europe au moment de la révolution bolchevique ou plus tard le nazisme…

universite hebraique inauguration lord balfour(Le jour de l’inauguration avec Lord Balfour, site lib.cet.ac.il)

Depuis longtemps, le botaniste Alexander Eig rêve  de créer un jardin botanique universitaire en recréant le monde de la flore méditerranéenne-désertique du Moyen-Orient. C’est un homme peu banal. Son père, qui désespérait en faire un homme instruit, l’avait envoyé en désespoir de cause à l’école d’agriculture de Mikve Israel à l’age de 15 ans, persuadé « qu’on en tirerait rien de plus qu’un paysan ».

mikve israel ynet

(Ecole de Mikve Israel, Yediot Aharonot)

Alexander Eig s’en échappait souvent pour se balader dans le pays et répertorier les plantes.

Mais, ce n’était pas seulement un doux rêveur… Arrivé à l’âge adulte, son doctorat en poche, il sait s’entourer d’une équipe, fonde une bibliothèque, enseigne la botanique et, fait moins connu, crée  aussi une brigade juive où ses étudiants apprennent le maniement des armes.

Alexandre Eig et sa brigade juive

(le voici sur la gauche, avec les membres de sa brigade dans leur bibliothèque)

Il devient un des principaux chercheurs en botanique. C’est pourquoi, en 1931, l’Université lui confie le chantier du jardin botanique sur le Har Hatzofim*. Sur les 25 hectares, Eig fera planter près de mille espèces de plantes dont la moitié vient de la région. Son étude phyto-géographique de la flore est facilitée par l’emplacement très particulier de la ville qui se trouve à environ 900 mètres d’altitude, à la limite du désert, à environ 40 km à vol d’oiseau de la mer ou de la région tropicale de la vallée du Jourdain.

Mont Scopus vue sur le desert de yehuda
(le désert de Yehuda vu du Har Hatzofim)

Malheureusement, à la fin de la guerre d’Indépendance, l’Université Hébraïque devient une enclave israélienne en territoire jordanien. Plus personne ne peut y enseigner ou y étudier sans risquer sa vie. Entretenir le jardin botanique est extrêmement  dangereux. En 1958, les soldats israéliens qui le gardaient sont tués par les Jordaniens ainsi que le médiateur américain dépêché pour s’occuper de l’affaire.

En 1953 une nouvelle Université Hébraïque est donc construite en centre ville, sur la colline de Givat Ram.

 

IMG_0442

 

Alexander Eig est mort depuis longtemps mais dès l’année 1954 commencent les travaux pour un nouveau jardin botanique.

 

 

universite givat ram jardin botanique

 

que vous pouvez visiter dans un petit train.

 

universite givat ram train

 

 

Après la guerre des 6 jours, l’Université de Har Hatzofim reprend du service. Son jardin botanique retrouve ses sentiers romantiques.

 

 

universite har hatzofim jardin

(Site he.danielventura.wikia.com)

Dans le terrain du jardin de Har Hatsofim, ont été découvertes également quelques grottes funéraires de l’époque du Second Temple. La plus connue est celle de Nicanor avec ses cercueils de pierres et ossuaires. Sur l’un d’entre eux, une inscription en hébreu et en grec: « Voici Les os de ceux de Nicanor (ou des membres de la famille de Nicanor] d’Alexandrie (qui a) fait les portes de Nekaner d’Alexandrie « (traduction de Moshe Schwabe). 

Les archéologues ont émis l’hypothèse que dans la tombe se trouvent les os de Nicanor d’Alexandrie qui avait offert deux portes de cuivre pour la construction du Temple à l’époque d’Hérode. L’histoire des portes en cuivre est également mentionnée dans le Talmud de Babylone.
Dans une autre grotte, a été trouvé un autre tombeau, celui d’un nazir* Yonathan ben Ananias, de son épouse et d’autres membres de sa famille, enterrés au premier siècle de l’ère chrétienne.

universite hebraique grotte de nikanor nrg(Grotte de Nikanor, journal Maariv)

 

C’est aussi dans ce jardin que se trouvent les tombes de deux dirigeants sionistes, Yehuda Leib Pinsker* et Menahem Ussishkin*

 

tombes de Ussishkin et Pinsker

 

 

 

Bon anniversaire Israel!!!
Puissent les jardins s’y multiplier!

drapeau

A bientôt,

PS: Olivier vient de publier un article très complet sur le drapeau d’Israel:

http://zakhor-online.com/?p=7518

*En fait il y en maintenant 4 avec celui d’Ein Karem dévolu aux sciences médicales et celui de Rehovot pour les sciences liées à l’agronomie

*Har Hatzofim ou Mont Scopus et Guivat Ram sont les noms de deux des des collines de Jerusalem

*Nazir: le nazir faisait vœu de s’abstenir boire du vin et de se couper les cheveux par ascèse, pendant une certaine période. Cette coutume, mentionnée dans le Tanakh, est tombée en désuétude mais était encore en vigueur à l’époque du Talmud

*Menahem Ussishkin (1863-1941), Yehuda (Lev) Pinsker (1821-1891)

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