Bonne année 2019!

Pour débuter cette nouvelle année, je vais vous parler de maisons…
Pas de maisons en bois ou en pierre… Non, de maisons en cuivre!
La cinquième grande vague d’immigration juive vers la Palestine mandataire a lieu entre 1930 et 1939. Elle commence modestement mais devient plus massive à partir de l’année 1933 qui voit les nazis arriver au pouvoir en Allemagne. La grande révolte arabe et ses pogroms antisémites de 1936 l’a fait légèrement ralentir mais la situation en Europe devient si préoccupante que les Juifs affluent par milliers entre 1938 et 1939, pour certains illégalement* car les Anglais refusent souvent de leur accorder un visa.
Cette vague d’immigration de 250 000 personnes sera aussi appelée l’immigration allemande car elle est composée pour un quart de Juifs en provenance d’Allemagne et d’Autriche.

(chorale d’enfants avant leur départ pour Eretz Israel)

Mais où loger tous ces gens?
Si certains rejoignent les moshavim ou les kibboutzim comme celui de Sde Eliahou*, la plupart s’installent en ville. Les baraques en bois poussent un peu partout. Mais à Haifa, les habitants sont  stupéfaits de voir des maisons  en cuivre!
L’idée de construire des maisons en cuivre n’est pas nouvelle. En 1922 avait eu lieu, en Allemagne, un concours d’architecture moderne remporté par Walter Gropius, fondateur du mouvement Bauhaus. La société de Zygmund Hirsch avait remporté celui de la réalisation de ce projet.
Mais au fil des années, la situation des Juifs allemands se dégrade de plus en plus et beaucoup songent à quitter l’Allemagne. Il ne peuvent pas emporter leurs biens mais un accord conclu entre le gouvernement britannique, le gouvernement allemand et l’Agence Juive*  permet à un certain nombre d’entre eux de transférer la somme de 10 000 livres en Palestine mandataire, à condition qu’elle soit utilisée pour acheter des biens d’équipements allemands
C’est ainsi que Zigmund Hirsch pourra  importer en Palestine les premières maisons en cuivre.
Elles arrivent en pièces détachées, prêtes à être montées: fenêtres (double vitrage), portes, connexions électriques (AEG), murs déjà peints, volets roulants, placards muraux, chauffage central et tuiles à toit plat. On trouve même dans les containers des gravures de paysages allemands à suspendre!
Ces maisons n’auront pourtant pas un grand succès. Tout d’abord, elles sont assez chères et souvent les gens s’entassent en famille dans une seule pièce. Ensuite, parce que les Anglais les considèrent comme des cabanes et ne leur accordent qu’un permis temporaire d’un an.
14 maisons seulement seront construites dans le yishouv.
De plus, très rapidement, les Allemand décident de stopper l’affaire: ils ont besoin de cuivre pour leur réarmement.
Seules 5 d’entre elles ont survécu:
A Tsfat, la Maison Roxenstein – quartier de Har Canaan


A ‘Haifa, la m
aison Tuchler, au 20 de la rue Tel Mana

ainsi que les maisons Grundman – 9 rue Horsha , Zelma Schoenfeld 5 rue Leonardo Da Vinci, et Kaliski- Neuman , 23 rueSmolenskin.

Pourquoi vous parler de maisons en ce début d’année?
En hébreu, le  mot בית (bayit) signifie maison mais aussi famille, peuple. Notre maison cette année a été attaquée de toute part. La région de Otef Aza, qui borde la bande de Gaza, a particulièrement souffert: missiles, obus, incendies, des hectares de cultures et de forêts sont partis en fumée*. Aussi, en décembre, le groupe Koolulam et 3500 participants y ont donné un concert pour soutenir ses habitants.

…La tempête a hurlé sur mon seuil. Permets-moi de venir et de te chanter un chant d’amour...Donne-moi la main mon frère pour un moment de tendresse et de sérénité, sans mot superflu

 

Bonne année 2019!

 

 

A bientôt, 

* Pour le début de l’année 2013, je publiais cet article en réponse a une question surprenante: Mais en Israel avez-vous des lits?
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/01/04/bonne-annee-2013/

* kibboutz Sde Eliahou:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/07/28/sde-eliahou/

*La politique britannique à l’égard des Juifs d’Europe:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/06/17/des-livres-blancs-mais-pas-tres-propres/

* L’accord de transfert, Haavara, fonctionnera jusqu’en 1939 mais de moins en moins de visas seront accordés par la Grande Bretagne.
Des tentatives ont été faites pour conclure des accords similaires avec plusieurs pays d’Europe centrale et orientale. L’accord avec le gouvernement tchécoslovaque, qui a permis le transfert d’un demi-million de livres sterling et de milliers d’immigrants en Israël à la veille de la Seconde Guerre mondiale, a été le plus fructueux.

* Sur les architectes juifs allemands de Palestine: Myra Wahraftig: They Laid the Foundation, Lives and Works of German-Speaking Jewish Architects in Palestine 1918-1948 , Berlin 2007,  

 

 

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Léger, si léger?

Tisha beAv vient de se terminer.
Lors d’un jour de jeûne, on a l’habitude de souhaiter: צום קל (Tsom Kal), jeune facile, léger.
Le mot קל (kal) vient de la racine קלל KLL qui a plusieurs significations.
Commençons par les plus évidentes.
Il est logique que si Kal signifie léger, la forme de conjugaison des verbes la plus facile à apprendre, la plus légère à l’élève, se nomme Kal, ou forme simple.
De la même manière, lorsqu’on avance des arguments allant du plus simple au plus complexe, on utilise un des principes de l’herméneutique appelé קל וחומר (kal va’homer) du léger au « dense » , c’est à dire un raisonnement à fortiori*.
Dans le Tanakh, lorsque Noa’h est enfermé dans l’arche et scrute impatiemment la mer, il remarque qu’enfin כי קלו המיים que les eaux se sont « allégées », réduites, il commence alors à entrevoir la fin de sa réclusion.
Lorsque David se lamente sur la mort de Jonathan et de son père, le roi Shaoul, il les décrits comme plus « légers » que les aigles מנשרים קלו, sans doute plus rapides*
Ci-dessus le mont Guilboa où moururent le roi Shaoul et son fils Jonathan lors d’une bataille contre les Philistins.

Dans le livre des Proverbes, בִּקֶּשׁ לֵץ חָכְמָה וָאָיִן וְדַעַת לְנָבוֹן נָקָל (Bikesh letz ‘hochma veein vedaat lenavon nakel), le sot demande en vain la sagesse, alors que la compréhension vient légèrement (aisément) à l’homme sage.

Et l’homme sage est souvent décrit comme indulgent. C’est ainsi qu’à l’époque de la Mishna, Hillel était appelé מקל, celui qui allège les sentences*.
                                                                            (Grotte où furent enterrés Hillel et ses élèves)

Mais la légèreté peut conduire quelqu’un à sa perte.
Dans le livre de Samuel, il est question d’Ashael ben Tsouria, fils d’une de soeurs du roi David. Lors de la guerre civile qui oppose David au roi Shaoul, Ashael poursuit Avner, général de l’armée du roi Shaoul. Or « Ashael avait les pieds légers comme un chevreuil dans un champ, וַעֲשָׂהאֵל קַל בְּרַגְלָיו כְּאַחַד הַצְּבָיִם אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה »
Avner qui le connaît bien lui dit: Écarte-toi, cesse de me poursuivre ! Pourquoi faudrait-il que je t’abatte ? Comment pourrais-je alors regarder en face ton frère Yoav ? » mais Ashael continue et Avner le tue. Ashael a agit par fidélité à son oncle David mais certains commentateurs relient ses pieds légers à une certaine légèreté, une certaine insouciance du danger.
Dans la langue moderne on parle de אשה קלה (Isha Kala), une femme légère, ce qui me fâche car des hommes légers il y a en à foison.

La racine KLL ne joue pas seulement sur les deux aspects positifs ou négatifs de la légèreté. Elle a aussi donne  קילל (killel), maudire, et des mots comme קללה (klala) malédiction,  קלון (kalon) dégradation, קלקל (kilkel) abimer.

On retrouve le mot קללה (Klala) malédiction, dans le refrain d’un célèbre piyout de Rosh Hashana: תכלה שנה וקללותיה. Que s’en aille l’année avec ses malédictions!
Le voici interpreté par Rakefet Amsalem:

Dans la littérature rabbinique, il est écrit que parmi la foule d’esclaves juifs envoyés à Rome par Vespasien,  nombre d’entre eux furent destinés aux maisons de disgrâce, בתי קלון, (batei Kalon) ou bordels…

9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de Titus(Début décembre 1947, après la proclamation du partage de la Palestine par l’ONU, les Juifs de Rome organisèrent une marche sous l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel. (Journal Davar)

Alors, faut-il prendre la vie comme elle vient? לקחת את החיים בקלות?
Nous ne sommes pas très doués pour ça. Il est vrai que notre histoire ne nous aide pas, ni notre grande mémoire.
La situation actuelle ne nous aide pas non plus: après avoir vécu depuis 3 mois, sous la menace des ballons incendiaires envoyés quotidiennement par le ‘Hamas, après avoir vu les champs brûler,

(résultats des incendies, journal Makor Rishon)

après les tirs d’obus, des roquettes qui ont blessé une famille à Sderot,

Vendredi, un soldat a été tué par le tir d’un tireur d’élite du ‘Hamas*.

Il s’appelait Aviv Levy et avait 21 ans. Il commandait un groupe de soldats originaires de la tribu de Menashe, et arrivés du Mizoram (état indien situé à la frontière birmane).

Son enterrement a eu lieu aujourd’hui.
On se trouve dans une situation de soi-disant cessez le feu, bien que le ‘Hamas ait déclaré que cette trêve ne valait pas pour les ballons incendiaires. En fait, on est tributaire des décisions du ‘Hamas et ceci pour ne pas déplaire aux Russes qui nous donnent une petite (toute petite) latitude pour nous défendre dans le Nord. Beaucoup de gens, y compris des journalistes à la télévision (!) demandent que nous reprenions les éliminations ciblées des responsables du ‘Hamas (dans le passé ceci avait apporté un peu de répit). Si comme je le lis ici ou là, seule une petite partie des gazaouis, soutient, les exactions du ‘Hamas, ce pourrait être une solution. Supprimons les assassins!
Ceci dit, les assassins ne se trouvent pas qu’à Gaza. Mahmoud a piqué une colère, il a trépigné sur son fauteuil en exigeant que ses troupes aussi participent à la fête anti-juive et ceci pour faire la pige au ‘Hamas qui prend de l’importance à Ramallah.
Et donc, un ballon incendiaire est tombé avant hier dans la cour d’une maison dans le quartier de Gilo, à côté de chez moi. Heureusement, le système de mise à feu n’a pas fonctionné. C’est un cadeau de nos voisins de Bethlehem.

 

(La police examine l’engin. (photo rotter.net)

Au moment de publier cet article, ce matin à nouveau des ballons incendiaires dans le sud: Lors d’une réunion avec la sécurité civile,les paysans et le pompiers ont enregistré ce chant qui rappelle l’époque de la guerre des 6 jours: 

et dans le Nord, les sirènes de Tseva Adom (couleur rouge) retentissent en ce moment.

Et dans le même temps, on sauve les casques blancs syriens et leur famille:

A bientôt,

* L’hermeneutique juive:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Treize_principes_de_Rabbi_Ishma%C3%ABl

*Dans sa lamentation sur la mort de Shaoul et de Jonathan, David compare les deux héros au roi des oiseaux et au roi des animaux: ils étaient plus légers que les aigles et plus forts que les lions.

*Le ‘Hamas est armé par l’Iran: le tireur a utilisé un fusil sniper Sayad-2 fabriqué en Iran, arme standard des Gardiens de la Révolution. Cette arme a une portée de 1,5 km. Elle peut percer un gilet pare-balle en céramique.

 

Tsahal entre guerre et aide humanitaire

Hier soir un reportage du journal télévisé sur l’aide apportée aux civils syriens par Tsahal, suivi ce matin d’un article très explicatif de la Metula News Agency* sur ce qui se passe à notre frontière nord et qui renvoie au reportage télévisé israélien.
Voici la traduction en français de ce reportage de la télévision israélienne.

Officier israélien au téléphone avec un Syrien de l’autre cote de la frontière. Il parle en arabe.
-Bonsoir mon frère, comment vas-tu?
Bonsoir, bonsoir,

Voix off d’un journaliste:
Voir un officier de Tsahal discuter au téléphone au milieu de la nuit sur le Golan avec un Syrien qui se trouve de l’autre cote de la frontière est un événement rare. Etre présent au moment ou Tsahal transfère l’aide humanitaire ne l’est pas moins. Hier nous avons eu l’unique occasion de participer à cette opération de l’armée qui, l’année dernière, a transféré plus de 250 tonnes de nourriture, 450 000 litres d’essence, 12000 boites de nourriture pour bébé, des générateurs, et des véhicules de secours (y compris des pièces de rechanges pour des véhicules) pour transporter des femmes enceintes à la maternité édifiée sur le Golan syrien.

L’officier:
-Nous avons estimé les besoins de base des civils qui se trouvent dans une situation humanitaire critique après 6 années de guerre. 
Par notre action, nous maintenons aussi la zone frontière en sécurité. Nous n’enlevons plus les inscriptions en hébreu sur les produits au contraire, et nous écrivons (sur des étiquettes)  en arabe la phrase: Mieux vaut avoir un bon voisin qu’un frère qui se tient à l’écart* ainsi qu’un verset du coran (Comme ça, c’est officiel, l’aide vient d’Israel, l’ennemi). Une décision de justice prise par les imams des alentours de Kuneitra permet aux civils syriens d’accepter l’aide de l’ennemi. Nous n’avons aucun intérêt dans cette histoire d’autant qu’ils nous accusent de sombres desseins. Il s’agit ici d’aider nos voisins mais aussi de garantir notre sécurité.

Voix off:
Ces équipements parviendront à des milliers de Syriens qui se trouvent sur un territoire de quelques kilomètres de large à la frontière d’Israel, depuis le ‘Hermon jusqu’au sud (à la frontière syro-jordanienne). Un tiers de ces gens sont  des personnes déplacées (dans leur propre pays). Par ailleurs,  les contacts  syriens ont reçu des messages du pouvoir syrien. Lorsque Bashar el Assad reprendra la région, il pardonnera à ceux qui auront pris les armes contre lui mais pas à ceux qui auront pactisé avec l’ennemi.
Ces opérations se poursuivent presque chaque nuit. On ouvre le portail pour transférer le chargement humanitaire, le tout sous la protection des soldats israéliens. Quand nos soldats sont rentrés, un officier appelle les Syriens pour qu’ils récupèrent les produits.

L’officier israélien, au téléphone avec un Syrien:
-Y-t il du lait pour les bébés
-Oui?
-Quand tu arriveras à la ligne des barils…tu appelles pour que je te donne l’autorisation d’avancer
-Ok
-Quand arrives-tu ?
-Dans 10 minutes
-Yallah

Un officier au journaliste :
Nous sommes en alerte, nous sommes prêts, nous savons que l’ennemi nous regarde. Nous savons que l’ennemi n’apprécie pas ce que nous faisons, nous sommes préparés comme l’armée est préparée.

Voix off:
Voici le transfert tel qu’on le voit depuis le centre d’observation de Tsahal. Presque 120 millions de shekels ont été collectés cette année pour les Syriens. La majorité des donateurs viennent d’organisations humanitaires où siègent des hommes d’affaires syriens: Au delà de l’aide humanitaire envers ceux qui se retrouvent sans électricité, sans eau courante, sans éducation, sans soins médicaux, ici à côté de nous, nous estimons qu’en plus, cela peut empêcher le terrorisme, car  pendant ces dernières années, aucun attentat contre Israel n’a eu lieu depuis ici.

Le journaliste à l’officier israelien:
Tu sais j’ai parlé à quelques amis qui habitent sur le Golan. Quand je leur ai dit que je venais pour filmer cette opération et ils m’ont dit: Quoi? Mais shabbat ils nous ont envoyé des missiles et maintenant on leur apporte de l’aide?

L’officier israelien:
Notre attitude est une attitude morale, celle d’un peuple qui a survécu à la shoah, que peuple qu’on a pourchassé. Je suis fier et heureux que Etat et l’armée me permettent cela. Tu peux aussi expliquer à tes amis que c’est aussi pour préserver notre sécurité, la sécurité de ceux qui habitent ici.

Voix off :
Ces prochaines nuits, ce sont des milliers de manteaux qui arriveront ici. L’hiver est froid sur le Golan et encore plus froid quand on a pas de moyen de chauffage, que la maison n’est qu’une tente. Toute cette aide en plus des soins médicaux (dans les hôpitaux israéliens) qu’ont reçu des milliers de Syriens Nous ne pouvons pas vous préciser l’identité de cet officier mais nous pouvons vous montrer ces images d’enfants comme celui de cette petite fille syrienne qui lui montre son amour pour lui et pour Israel. Pour elle, il est Abou Yaakoub et elle lui doit la vie comme des milliers d’autres.

Fin du reportage.


Quand la télévision présente les photos de ces enfants syriens mourants de faim, on ne peut qu’éprouver de la compassion. Nul ne naît terroriste, nul ne naît avec la haine du Juif dans le cœur mais cette haine leur est insufflée naturellement dans leurs familles. Notre peuple ressent profondément ce que veulent dire ces mots: personnes déplacées, exactions, massacres, expulsion et ce n’est pas seulement le souvenir de la Shoah, c’est bien plus profond que cela dans nos mémoires. Mais nous ne sommes pas naïfs, et notre armée ne l’est pas. Nous savons bien qui sont nos ennemis…

A bientot, 

*Metula Newa Agency:
http://www.menapress.org/

*Cette citation vient du livre de Mishlei (Proverbes) 27,10

*Quelques uns de mes articles sur le Golan:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/29/guerre-et-paix-sur-le-golan/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/09/18/les-trois-crimes-de-damas/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/12/18/les-rivieres-du-mont-hermon/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/12/25/gamla-ou-le-dos-du-chameau/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/01/katsrin/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/08/soussita/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/02/le-nord/

Yom Hazikaron 2016

Il existe à Tsahal un service de liaison qui accompagne les familles à l’hôpital lorsqu’un soldat est blessé ou qui malheureusement leur annonce la mort de leur enfant.
Il est dirigé depuis 28 ans par une femme exceptionnelle, le colonel Yaffa Mor, qui prend la peine de rendre visite personnellement aux familles endeuillées.

Yaffa Mor

(Yaffa Mor, photo Elie Attias)

Pendant toutes ces années, elle a frappé plus de 200 fois à la porte de famille de soldats pour leur annoncer la terrible nouvelle.
Dans son bureau, se trouve la photo d’Oron Shaul* qui lui sourit: « Je le regarde dans ses profonds yeux bleus et c’est ainsi que je commence ma journée ».

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Elle se souvient de chaque famille, de chaque instant où les proches, tous les proches, feront à peu près les mêmes gestes: ils l’emmèneront dans la chambre de leur enfant, lui montreront les photos, lui liront la dernière lettre ou le dernier SMS…
Elle est présente à l’enterrement puis à la shiva, reste en contact avec eux, va les voir régulièrement, ré-ouvre avec eux l’armoire pleine de vêtements, elle est invitée aux bar mitsva, aux mariages…
« Certaines de mes visites, je les ai faites enceinte. Je rencontrais des familles au comble de la douleur et voilà qu’elles s’intéressaient à moi, me comblaient de bénédictions et téléphonaient pour savoir comment j’allais, m’envoyaient des fleurs ou des chocolats lors des naissances« .

Parfois, un lien particulier se crée entre elle et les endeuillés, comme avec Zehava, la mère d’Oron. Lors de l’enterrement le rabbin a procédé à la kriah* sur la chemise d’Herzl, son père,  mais c’est Yaffa qui a déchiré le haut du vêtement de Zehava.
« Oron est devenu une partie de ma vie, maintenant je prépare les boulettes de shabbat selon une recette de Zehava…
Nous travaillons très dur pour récupérer les corps d’Oron et de Hadar. Vous vous imaginez le jour où ils pourront être inhumés ici, où les parents auront enfin une tombe où se recueillir? »

Yaffa Mor et la famille Oron (ynet)(Yaffa Mor et la famille de Oron Shaul, photo Elad Gershgoren, Ynet)

En plus de la photo d’Oron, le colonel Yaffa Mor a dans son bureau celle d’autres soldats disparus:

Hadar Goldin,

Hadar Goldin

Yehuda Katz, Zachary Baumel et Zvi Feldman:

zachary-baumel-yehuda-katz-et-zvi-feldman

Gaï Hever

Gai Hever

et Ron Arad

Ron-Arad

Un poème tout simple est apparu sur internet:

La paix viendra quand…
On dira « Shirion* et qu’on pensera à une tortue,
Quand on dira Magav* et que ce sera une serviette,
Quand un exercice se fera seulement en cours de maths,
Quand 03 ne sera qu’un préfixe téléphonique*,
Une ligne, celle des bus,
Et une batterie, celle des baladeurs,
Quand seuls les ordinateurs recevront des ordres,
Quand au Shekem* on n’achètera que des produits électriques,
Quand le mot grenade nous fera penser à Soukkot,
Quand cerise et caroube ne seront que des fruits délicieux,
Quand on n’ouvrira le feu que pour allumer une cigarette,
Quand les « bombes »  seront toutes blondes,
Quand « pagaz (obus) ne sera qu’un beau garçon,
Et « kadour » (balle, comprimé), un comprimé d’Acamol*,
Quand on discutera pour savoir si nous avons gagné ou perdu au foot,
Quand la ‘hativa* ne sera que le collège, entre l’école primaire et le lycée,
Quand le gdoud (bataillon) ce sera chez les scouts,
Quand la kita (classe) ne sera qu’à l’école,
Quand le Na’hal* ne sera sera qu’une chorale et le sous marin sera jaune,
Quand on jouera à la guerre avec un jeu de cartes,
Quand on dira ‘Hallal* en pensant à la NASA,

כשיגידו שיריון ויתכוונו לצב
כשיגידו גִזרה ויתכוונו לדיאטה
כשיגידו מגב – ויתכוונו לספונג’ה
כשתרגיל – יהיה בחשבון
03 תהיה רק קידומת
קו – יהיה באוטובוס
וסוללה תהיה בדיסקמן
כשפקודות – יקבלו רק מחשבים
וכשבשק »ם – נקנה מוצרי חשמל
רימון– יהיה בסוכות
ודובדבן וחרוב יהיו רק פירות טעימים
כשלפתוח אש יהיה בשביל להדליק סיגריה
כשיגידו פצצות וכולן יהיו בלונדיניות
כשפגז יהיה מישהו חתיך
כשכדור יהיה אקמול
וכשיתווכחו אם ניצחנו או הפסדנו – בכדורגל
כשחטיבה תהיה בין היסודי לתיכון
כשגדוד יהיה בצופים
כיתה תהיה בבית הספר
הנח »ל רק להקה והצוללת צהובה
ומלחמה תהיה רק בקלפים
כשיגידו חלל ויתכוונו לנאסא

Mais en attendant, nous avons eu 6 blessés dans deux attentats pour la seule journée d’hier: deux grand-mères de 80 ans ont été poignardées par des terroristes sur la promenade du quartier d’Armon Hanatsiv, et trois soldats blessés au nord de la ville par des engins piégés. Leur état est grave.
Heureusement quelques bonnes nouvelles: Orel, une jeune soldate qui, l’automne dernier, avait été poignardée et écrasée par un terroriste, a participé aux cérémonies, et les parents du soldat, Ben Vaanunu, tué pendant la guerre de l’été 2014, ont eu une petite fille:
Yom Hazikarone bebe Vaanunu

A bientôt,

*Oron Shaul et Hadar Goldin:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/04/22/aucun-peuple-na-jamais-recu-son-etat-sur-un-plateau-dargent/
Yehuda Katz, Zachary Baumel, Zvi Feldman, Gaï Hever, Ron Arad sont des soldats portes disparus au Liban et en Syrie

 

*Shirion: tank ou carapace de tortue, Magav: acronyme de « Mishemeret haGvul » ou police des frontières, la racine MGV a donné le mot serviette,
Shekem: acronyme de sherut kantinot umisznonim, sorte de supermarché où les soldats achètent à bas prix, le Shekem Electrique est une chaîne de magasins de produits électriques;
L’Akamol est le paracétamol israélien,
Cerise et Caroube sont les noms de deux prestigieuses unités de l’armée,
Na’hal: acronyme de Jeunesse Pionnière Combattante, corps d’armée qui sert entre autre à la protection des kibbutzim frontaliers,
‘Hallal: espace mais la même racine signifie aussi tomber au combat. 

 

Aucun peuple n’a jamais reçu son Etat sur un plateau d’argent

« Aucun peuple n’a jamais reçu son Etat sur un plateau d’argent » (Haïm Weizmann, premier président de l’Etat d’Israel)

 

Depuis hier soir, Yom Hazikarone, le jour du Souvenir pour les soldats et les victimes d’attentats…
Sur une des chaines de télévision sont égrenés les noms des soldats tués au combat. Les autres chaines retransmettent les cérémonies officielles et recueillent le témoignage des familles et des amis des victimes.

yom hazikarone nous nous souviendrons de tous

(Nous nous souviendrons de tous)

Parmi les morts de l’été dernier, deux soldats en particulier: Oron Shaul et Hadar Goldin.

yom hazikarone Hadar Goldin et Oron Shaul(Hadar Goldin et Oron Shaul)

Le corps du premier n’a jamais été retrouvé. Les experts de l’armée ont expliqué à sa famille que, selon leurs analyses, leur fils était mort et qu’elle devait se considérer en deuil*. Pour Yom Hazikarone, ses parents n’ont pas de tombe sur laquelle se recueillir.
Le deuxième est Hadar Goldin. Grace à l’héroïsme d’un de ses camarades*, la famille a pu procéder à un enterrement.
Le ‘Hamas s’est moqué ces jours  de ces deux familles qui n’ont pas pu récupérer le corps de leur enfant.

Nathan Alterman a écrit son célèbre poème « Le plateau d’argent » après la guerre de 1948.

yom hazikaron timbre
« Tout s’apaise sur cette terre, dans le soir rougeoyant
bordé de nuages.
Ici, se dresse la nation, au  cœur déchiré mais vivant,
Pour recevoir son miracle, son unique miracle!
Prête pour la cérémonie, dressée face à la lune, en vêtements de fête et d’effroi.
Au devant d’elle arrivent alors  un jeune homme, une jeune fille. Ils s’avancent, face à leur nation.
Habillés simplement, un ceinturon, de lourdes chaussures, ils grimpent le sentier.
Ils marchent silencieux.
Ils ne se sont pas changés.
Ils n’ont lavé ni les traces de leur  journée de travail ni celles d’une nuit passée au front.
 Épuisés au plus au point, n’ayant pris aucun repos
pleins de cette fraîcheur de la jeunesse juive,
Ils approchent en silence et tous deux se tiennent droit.
Nul ne sait s’ils sont vivants ou morts criblés de balles.
En larmes , la nation leur demande:
– Qui donc êtes-vous?
Et eux de répondre: – Nous sommes le plateau d’argent sur lequel la patrie juive t’est offerte.
Ainsi parlent-ils, écroulés à ses pieds, enveloppés de pénombre…
Et le reste sera conté dans les chroniques d’Israël. »

Le voici interprété par un des camarades de Hadar Goldin, Eli’hay Rafoua:

 

Yom Hazikaron est aussi le Jour du Souvenir pour les victimes d’attentats.
Il faut rajouter à leur longue liste Shalom Cherki, 26 ans, le fils du rav Ouri Cherki que vous connaissez peut-être par ses conférences sur Akadem

Chalom Cherki

Le jour de Yom Hashoah, il attendait le bus en compagnie d’une amie, Shira Klein. Un arabe de Jerusalem les a délibérément écrasés. Shira Klein est toujours dans le coma.

A bientot,

* être en deuil: La semaine de shiva est la première étape du deuil pour les proches)

* Hadar Goldin: l’un de ses camarades a poursuivi pendant 800 mètres les terroristes dans un des tunnels construits par le ‘Hamas. Il n’a pas pu les rejoindre mais a pu rapporter « certains des restes » de Hadar.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/07/4980/

 

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Des petits cadeaux

L’année 2014 est presque écoulée. Elle n’a pas été facile, mais y en a-t-il une seule qui le soit?
Je me souviens de l’inquiétude, de l’angoisse à l’annonce de l’enlèvement de Naftali, Eyal et Gilad*…
Les jours passaient, des petites tables garnies de livres de Tehilim apparaissaient dans les supermarchés, centres commerciaux, stations de bus, les gens venaient, prenaient un livre et priaient.

enlevement 4

Je me souviens de l’appel au secours de la mère de Naftali au Conseil des Droits de l’homme à l’ONU, personne dans la salle ne l’écoutait…

Je me souviens de l’inquiétude, de l’angoisse quand les missiles ont commencé à tomber.

Sderot juillet 2014

De l’inquiétude, de l’angoisse quand les premiers réservistes ont été appelés.

Je me souviens du sourire de Matan Gotlieb, tué avec ses camarades dans une maison piégée: ils avaient répondu à l’appel d’enfants prétendument blessés

Gaza Matan Gotlieb

Ils savaient bien que les enfants de Gaza étaient utilisés comme appâts ou boucliers humains par leur propre famille mais qui peut résister à l’appel au secours d’un enfant?

gaza enfants boucliers humains

Je me souviens du sourire de tous ces soldats tués.
« Autorisé à la publication » Une phrase terrible! Quand on la lit, on sait qu’un nouveau nom et un nouveau sourire vont arriver sur l’écran, sourire figé à jamais.

Je me souviens des paroles courageuses de Myriam Peretz qui a perdu ses deux fils dans des conflits antérieurs: »« Ce matin, je suis allée au cimetière pour raconter à mes fils ce qui s’est passé, puis je suis allée voir ma petite fille à Ein Tsurim pour lui chanter des chansons. Car nous devons continuer à vivre. Il faut que les familles endeuillées sachent que si nous sommes en vie c’est grâce à leurs fils. Il n’y a plus de gauche ou de droite. Nous sommes tous réunis dans la douleur et la volonté de vivre…Nous avons perdu des enfants qui avaient des rêves mais regardez autour de vous! Grâce à eux, d’autres enfants courent dans les parcs. » 

Mais je me souviens aussi de notre élan collectif, de la solidarité de tout un peuple, des tables à nouveau installées dans les stations de bus, les centres commerciaux  et des groupes qui se formaient spontanément pour prier.
Je me souviens des banderoles de soutien, des drapeaux, des paquets, de ces immenses tentes à la frontière dressées par des particuliers, où les soldats pouvaient avoir une douche chaude, des repas et de l’affection

Tsok Eitan tente restaurant pour les soldats(Photo David Frankel)

Je me souviens des paquets, des lettres et des dessins d’enfants sur les blindés,
aide aux soldats tank +dessins

 du sourire de Mona Lisa, arabe chrétienne et officier, une de nos hirondelles* qui me font espérer:

monalisa_c
de celui de Mohamed Zoabi:
Mohamed Zoabi

et de ces incroyables photos parues sur facebook:

stand with us passeport 2

Du sourire de nos drôles de dames: Yonat Daskal, Tal Shahar, Noam Dan, Tamar Bar Ilan

Les 4 paramedics

Du visage Noa Teitel, la soldate qui par sa réactivité a permis la découverte des tunnels et ainsi empêché une attaque terroriste de grande envergure pour Rosh Hashanah.

tatzpitanit teitel bach

 Je me rappelle Daniel Tregerman, fier de sa tour en Lego et de son maillot de foot, celui de Messi. Il avait 4 ans lorsqu’un missile tiré de Gaza lui coûta la vie.

daniel tregerman

 Mais aussi les anonymes qui tous les jours sont partis au travail, embrassant leurs enfants et leur disant de ne pas avoir peur, que tout irait bien….
Et cet inconnu de Beer Sheva qui s’était précipité pour protéger un jeune père et son bébé.

protectiondelenfant

A nouveau la terreur, les noms des morts…
Celui de Haya Zissel Braun qui n’avait que 3 mois.

Haya Zissel Braun

Mais  je veux me rappeler aussi le sourire de Zidane Seif, le policier druze qui a donné sa vie et empêché un carnage plus terrible dans la synagogue d’Har Nof.

policier druze tue dans l'attentat a Har Nof

Dans quelques heures ce sera Shabbat. Une chanson qu’on entend beaucoup en ce moment me trotte dans la tête:

« A nouveau vendredi, l’air respire, la lumière et l’ombre jouent à chat perché, la table est dressée, des photos de notre enfance sur les murs,  des  processions en blanc reviennent de la synagogue…
Et cette odeur qui griffe mon cœur, se faufile  furtivement et ouvre des portes vers un petit bonheur, celui d’un ancien chant qui passe par chez nous depuis des générations

Des petits cadeaux, quelqu’un m’a envoyé des petits cadeaux, des éclats d’intentions, des pointillés de foi…
Des petits cadeaux. Quelqu’un m’a envoyé des petits cadeaux comme la force d’accepter ce qu’il n’y a pas et ce qu’il y a… Que peut-on encore demander?

C’est à nouveau vendredi: un balcon, un journal…Le soleil s’efface peu à peu comme nos soucis, de simples mélodies nous éclaboussent depuis la fenêtre et aucune tempête ne brisera ici le silence
Des petits cadeaux, quelqu’un m’a envoyé des petits cadeaux, des éclats d’intentions des pointillés de foi…
Des petits cadeaux.
Quelqu’un m’a envoyé des petits cadeaux comme la force d’accepter ce qu’il n’y a pas et ce qu’il y a… Que peut-on encore demander?
Car Tu nous as créés et Tu nous as sanctifiés, Bénis-sois Tu Seigneur qui sanctifies le shabbat
Et cette odeur qui griffe mon cœur, se faufile  furtivement et ouvre des portes vers un petit bonheur, celui d’un ancien chant qui passe par chez nous depuis des générations
Des petits cadeaux, quelqu’un m’a envoyé des petits cadeaux, des éclats d’intentions, des pointillés  de foi comme la force d’accepter ce qu’il n’y a pas et ce qu’il y a… Que peut-on encore demander?…
Des petits cadeaux… »


Hier soir encore, des terroristes ont lancé un coktail Molotov contre une voiture et blessé un père et sa fille. La petite fille de 11 ans est très gravement brûlée et lutte actuellement pour sa vie. Elle s’appelle Ayala bat Ruth Shapira

Ayala bat Ruth


Malgré tous les nuages noirs et les tempêtes qui s’amoncellent, malgré l’hiver islamique et ses horreurs, je nous souhaite une année 2015 douce et lumineuse où nous profiterons  de chaque instant passé avec ceux que nous aimons.

שבת שלום

Shabbat Shalom

A bientôt,

*  Eyal, Naftali et Gilad:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/16/eyal-gilad-et-yaakov-naftali/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/01/eyal-gil-ad-et-yaakov-naftali-ont-ete-assassines-par-des-terroristes/

* Deux ou trois hirondelles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/06/27/deux-ou-trois-hirondelles/

 

 

Shalom kita aleph et kita aleph beshalom

 

Un peu plus de deux millions d’élèves ont commence l’année scolaire ce lundi.
Parmi eux 150 000 sont entrés en kita alef (première classe), dont ces six paires de jumeaux qui se sont retrouvés en kita aleph dans la même école à Beer Tuvia.
six paires de jumeaux en kita alef

(inn.co.il)

Cette année, 250 enfants sont entrés non seulement en kita alef mais aussi pour la première fois dans le système éducatif israélien. Ils font partie des 2000 enfants qui sont arrivés depuis peu en provenance de France, des USA, d’Ukraine et de Russie.

 

enfants olim hadashim aeroport

( nbn.org.il)

Les plus jeunes s’intégreront facilement dans le système scolaire, les plus grands auront des tuteurs qui leur donneront des cours d’hébreu supplémentaires et les aideront pour leurs devoirs. A partir de la kita youd (classe de seconde), un certain nombre de programmes leur permettent de préparer le bac de leur pays d’origine et le bac israélien. Pour les francophones, le lycée Mikve Israel à Yavne* ou le lycée Havat Hanoar Hatsioni à Jerusalem*, l’internat de Kfar Maimon etc…

Il y a deux ans déjà, je publiais un article sur la rentrée des classes en Israel qui s’intitulait « shalom kita aleph ». Il  décrivait la cérémonie de bienvenue qui accompagne les petits du cours préparatoire pour leur premier jour à l’école et ce tout au long de la journée:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/03/shalom-kita-aleph/

« Shalom kita alef » c’est ainsi qu’on accueille les enfants de 6 ans qui entre pour la première fois à l’école primaire. On peut traduire simplement par « Shalom première classe » ou « Bonjour les CP ».
Une chanson écrite par Naomi Shemer s’appelle Shalom Kita aleph:

« Dana sommeille, Dana se lève, elle plie son pyjama, maman lui dit: Bravo Dana, shalom kita aleph.
Elle met son sac sur ses épaules avec un pomme et une banane, Shalom Kita Aleph.
Dehors l’air est frais, c’est comme si toute la rue était lavée, comme si chacun lui disait Shalom Kita Aleph

Maman se tient déjà là, comme Yochebed ou Myriam et le vent chante dans les joncs*,
Un grand voyage commence aujourd’hui, Kita Aleph Shalom! »

דנה נמה דנה קמה
דנה מקפלת את הפיז’מה
אמא אומרת: יופי, דנה!
שלום כיתה אלף

דנה נמה דנה קמה
את הילקוט על הכתפיים היא שמה
ועם תפוח ועם בננה
שלום כיתה אלף

והאויר קריר בחוץ
כאילו כל הרחוב רחוץ
כאילו כל אחד קורא
שלום דנה שלום

ואמא כבר ניצבת שם
כמו יוכבדת או מרים
(בקני הסוף הרוח שר)
מסע גדול מתחיל היום
כיתה אלף שלום

Mais pourquoi kita aleph et non pas kita 1? Parce que le Aleph est la première lettre de l’alphabet et le chiffre 1?
Oui, mais il existe un lien profond entre la lettre aleph et l’étude et…les animaux domestiques.
A leur début, les lettres hébraïques étaient des pictogrammes représentants des objets, des animaux ou des parties du corps puis elles sont devenues des symboles schématisés dont chacun représente souvent un seul son et dont le trace linéaire est facile à exécuter.
Le Aleph représentait la tête d’un animal à corne a-2 ce qui donna en graphie simplifiée  a-3 ou A-4 puis dans l’hébreu carré ou achouri* elle est devenue a-6 *
Le mot aleph signifie bovin , il n’est plus utilisé dans l’hébreu contemporain mais à l’époque biblique c’est ainsi qu’on désignait l’animal domestique par  excellence, celui qu’on peut faire travailler assidûment. Dans le livre de Devarim (Deutéronome 28, 4), il est question de « la progéniture de tes bovins » שגר אלפיך. Il en est de même dans d’autres textes du Tanakh.

Le sens du mot Aleph a déjà changé dans le livre de Yov (Job, 33,33) : « Si non, c’est à toi à m’écouter; tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse »     אִם-אַיִן, אַתָּה שְׁמַע-לִי; הַחֲרֵשׁ, וַאֲאַלֶּפְךָ חָכְמָה
et de Mishle (les Proverbes 22,25): « Tu pourrais apprendre leurs mœurs »  פֶּן-תֶּאֱלַף אֹרְחֹתָו
Il n’est plus question de tracer des sillons mais d’enseignement (tracer des lettres?)

De nos jours, ce sens d’apprentissage se trouve dans l’expression ספר מאלף (sefer mealef), un livre édifiant mais aussi dans le mot oulpan (אלפן), lieu d’apprentissage de l’hébreu. Ce nom fut donné en 1949 par Joseph Levin et Nahum Shaked au premier oulpan, l’oulpan Etsion.
Peu avant cela, à l’époque du mandat britannique, le mot oulpan avait été employé pour un studio de radio. Il a d’ailleurs gardé ce sens, y compris pour les studio de télévision.

Quand on s’entraîne beaucoup, on devient un champion, Alouf, celui qui arrive en tête*. « Le même mot, alouf, a aussi depuis l’époque biblique le sens d’ami. Comme il est écrit dans le Psaume 55, 14: « Mais c’est toi, un homme tout pareil, mon ami et mon confident, »  ואתה אנוש כערכ אלופי ומיודעי

Rappelez-vous qu’au Moyen Age, les dames avaient leur champion, ami dévoué qui portaient leurs couleurs lors des tournois.

Pour tous les enfants israéliens, quelque soit leur classe, les premières jours seront cette année consacrés à des activités particulières pour leur permettre de surmonter ce qu’ils ont vécu pendant ces deux mois de guerre. Cela dit, pas de discours compassionnels chez les officiels qui sont allés dans les classes de Sderot*.
Le Premier Ministre, Benyamin Netanyahu,  leur a déclaré
« Je sais que vous n’avez pas eu les vacances que vous espériez. J’espère que pendant les fêtes (de Tichri) vous aurez la possibilité de jouer en famille, avec vos amis. Nous sommes le peuple du Livre et aussi maintenant celui des tablettes, accrochés à notre patrimoine mais aussi au futur. Vous devez connaitre la Bible, les mathématiques et les sciences, l’informatique. L’héritage et l’avenir vont de pair. Soyez avides de connaissances pour le peuple d’Israel, l’état d’Israel, vos familles et vous mêmes.  Nous vous donnerons cet accès à la connaissance et vous ferons vire en sécurité« .
Le Ministre de l’Education, le Rav Shai Piron: « Vous entrez en kita aleph et vous avez une mission. Je ne vous parle pas des  devoirs à la maison. Je vous demande de regarder autour de vous, d’être l’ami de celui qui en a le moins. Si au cours de l’année, un enfant ne vient pas à l’école parce qu’il est malade, téléphonez lui, prenez de ses nouvelles. Comportez vous honorablement avec les enseignants. Quand vous parlez dans la cour, utilisez une langue propre. Le plus grand défi n’est pas comment nous nous comportons en temps de guerre mais comment nous nous comportons en temps de paix. Notre véritable défi c’est le défi moral, le défi de l’amour les uns envers les autres.« 

Enfin,  le alef est non seulement la première lettre de l’alphabet et le chiffre 1 mais aussi le chiffre mille, mille dans l’imaginaire biblique signifiant aussi beaucoup.

C’est pourquoi nous envoyons des bénédictions par milliers, ברכות מאליפות, à tous les petits qui rentrent en kita Alef et à ceux qui leur enseigneront le Alef-Beit (l’alphabet).

aleph beit(showthingsblogspo.co.il)

Nous espérons qu’ils y seront en sécurité et que nous pourrons non seulement dire:

שלום כיתה א (shalom kita aleph)

mais aussi:

כיתה א בשלום  (Kita aleph beshalom*)

 

 

A bientôt,

*Lycee Mikve Israel:
http://www.mikve-israel.org/

*Lycee Havat Hanoar Hatsioni de Jerusalem:
http://www.lyceefrancaishavathanoar.org/index.html

* Allusion biblique, Yosheved et Miryam etaient la mère et la soeur de Moshe et se tenaient inquiètes au milieu des joncs

*  https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/04/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-1/

Le Aleph, lettre muette en hébreu, est devenu le A des alphabets occidentaux

*On traduisait d’ailleurs en araméen le mot Temple בית המקדש  (Beit Hamikdash) par Beit Ulpena.

*A l’armée le mot alouf signifie général

*Sderot, petite ville de 24 000 habitants, située à 1 km de Gaza. La ville a été sous le feu des missiles depuis 2001.

*Kita aleph en sécurité.