Prends ton sac et ton bâton…

Les cartables sont bientot vidés, les livres rendus. Les cahiers, eux, sont rangés dans une sorte de gheniza familiale où ils passeront l’été sans qu’on les ait ouverts, avant d’être définitivement jetés fin août.
-Mais connaissez-vous l’histoire des cartables et sacs, ai-je demande à mes petits enfants?

La chanson de la vidéo ci-dessus s’appelle  קח תרמיל קח מקל (Ka’h tarmil, ka’h makel) « Prends un sac, prends un bâton » et nous invite à partir en Galilée.

Le mot sac est תרמיל (tarmil), besace de berger, est un mot d’origine araméenne (en araméen on dit tarmila) et entre dans l’hébreu à l’époque de la Mishna. Comme le dit ce proverbe:  » אין הסומא יוצא במקלו ולא הרועה בתרמילו , aucun aveugle ne sort sans son bâton et aucun berger sans sa besace. On le connait aussi grâce à la traduction en arameen de la Thora de Yonathan Ben Ouziel.

(tombeau de Yonathan ben Ouziel à Tsfat)

Le premier sac dont on parle dans la Bible est aussi une besace, et une besace remplie de pierres pour l’occasion:
1 Samuel, 17 40: « Il (David) prit son bâton à la main, choisit dans le torrent cinq cailloux lisses, qu’il mit dans sa panetière de berger, et, muni de sa fronde, s’avança vers le Philistin. »
וַיִּקַּח מַקְלוֹ בְּיָדוֹ, וַיִּבְחַר-לוֹ חֲמִשָּׁה חַלֻּקֵי-אֲבָנִים מִן-הַנַּחַל וַיָּשֶׂם אֹתָם בִּכְלִי הָרֹעִים אֲשֶׁר -לוֹ וּבַיַּלְקוּט– וְקַלְעוֹ בְיָדוֹ; וַיִּגַּשׁ, אֶל-הַפְּלִשְׁתִּי
La traduction française parle joliment de la panetière de berger (l’hébreu est moins précis כלי רועה (kli roe), c’est un « contenant » de berger) mais « oublie » le mot suivant ובילקוט (ubyalkout) dans une besace: il a mis les pierres dans son « contenant » de berger (peut-être une petite bourse) et dans sa besace.
De nos jours, la besace du roi David, ילקוט (yalkout) est devenue un cartable tout en ayant aussi, depuis le Moyen-Age, le sens de fichiers reliés et donc de recueil  comme, par exemple, le célèbre recueil des  canulars de Palma’h*.

Tarmil, yalkout sont les mots les plus courants pour designer des sacs. Mais deux autres ont été également utilisés: Amta’hat et Tsiklon.

Le premier, d’origine akkadienne, אַמְתַּחַת (amta’hat), nous est parvenu grâce au récit où  Joseph accuse son frère Benjamin d’avoir volé une coupe en argent. Il s’agit sans doute d’un grand sac, comme un sac de voyage:
« Joseph donna cet ordre à l’intendant de sa maison: Remplis de vivres les sacs de ces hommes… Et ma coupe, la coupe d’argent, tu la mettras à l’entrée du sac du plus jeune… » (GenèseBereshit, 44, 1)
וַיְצַו אֶת-אֲשֶׁר עַל-בֵּיתוֹ, לֵאמֹר, מַלֵּא אֶת-אַמְתְּחֹת הָאֲנָשִׁים אֹכֶל…וְשִׂים כֶּסֶף-אִישׁ, בְּפִי אַמְתַּחְתּוֹ. ב וְאֶת-גְּבִיעִי גְּבִיעַ הַכֶּסֶף, תָּשִׂים בְּפִי אַמְתַּחַת הַקָּטֹן

Le second, ציקלון (tsiklon) se trouve dans le livre des Rois (2 Rois 24 42). Après que le prophète Elisha eut ramené à la vie le fils de la Sunamite, il est question d’un cadeau inattendu, du pain, alors que règne le famine:
Un homme, venant de Baal-Chalicha, apporta un jour à l’homme de Dieu, comme pain de prémices, vingt pains d’orge et du gruau dans sa panetière.
וְאִישׁ בָּא מִבַּעַל שָׁלִשָׁה, וַיָּבֵא לְאִישׁ הָאֱלֹהִים לֶחֶם בִּכּוּרִים עֶשְׂרִים-לֶחֶם שְׂעֹרִים, וְכַרְמֶל, בְּצִקְלֹנוֹ
Tsiklon est sans doute d’origine ugarit où le mot basaql veut dire culture ou gerbe.

De nos jours, à l’armée, les recrues ont toutes leur שק חפצים (sak ‘hafatsim) sac polochon.


On pourrait penser que le mot sac est un ajout récent à l’hébreu, et bien non. Lui aussi se trouve dans le Tanakh. Toujours dans la même histoire des retrouvailles entre Joseph et ses frères, il est écrit (Bereshit-Genèse 42,35):
« Or, comme ils vidaient leurs sacs, voici que chacun retrouva son argent serré dans son sac« 
וַיְהִי, הֵם מְרִיקִים שַׂקֵּיהֶם, וְהִנֵּה-אִישׁ צְרוֹר-כַּסְפּוֹ, בְּשַׂקּוֹ

Charger un sac sur son épaule pour partir est un des gestes plus plus anciens de l’humanité et en hébreu la racine sh-k-m a donné shekem, l’épaule, et  le verbe se lever tôt.
Gen 21 14: « Abraham se leva de bon matin, prit du pain et une outre pleine d’eau, les remit à Agar en les lui posant sur l’épaule
וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיִּקַּח-לֶחֶם וְחֵמַת מַיִם וַיִּתֵּן אֶל-הָגָר שָׂם עַל-שִׁכְמָהּ

A cette époque, on l’attachait en enroulant une corde en lin des épaules a la taille. C’était une expression courante pour dire qu’on se préparait à un voyage. C’est ainsi que Dieu dit au prophète Jérémie:
 »
Va, achète-toi une ceinture de lin et attache-la sur tes reins… »Prends la ceinture que tu as achetée, et qui couvre tes reins, mets-toi en route pour gagner l’Euphrate…
Ce geste de charger son sac sur une épaule se retrouve dans la racine כתפ (k.t.f) qui signifie charger et aussi épaule. Ainsi,  Mendele Mokher Sefarim* écrira:
ובדרך היה פונה כה וכה ומביט כגנב נזהר לנפשו, מכתף את תרמילו המלא, פעם על כתף זו ופעם על כתף זו » .
En chemin, il se tournait ça et là et regardait comme un voleur prudent, soucieux de sa sécurité, chargeant (mekatef) son sac plein d’une épaule (katef) à l’autre. (Le livre des gueux 1909)

Aujourd’hui, pour le cartable, on emploie aussi souvent le terme général de תיק (tik) d’origine greque (θηκη, theke) et même תיק גב (tik gav), puisqu’il s’agit d’un sac à dos.

Et le bâton מקך (makel)? Le voici, compagnon du sac תרמיל (tarmil).
Dans le livre de Chemot (l’Exode) il est écrit au moment du premier Pessa’h: « Et voici comme vous le mangerez: la ceinture aux reins, la chaussure aux pieds, le bâton à la main
וְכָכָה, תֹּאכְלוּ אֹתוֹ–מָתְנֵיכֶם חֲגֻרִים, נַעֲלֵיכֶם בְּרַגְלֵיכֶם וּמַקֶּלְכֶם בְּיֶדְכֶם

Le mot makel est à relier au verbe lehakel alléger, car le bâton aide à marcher et allège ainsi les difficultés du voyage.

Mais les mots sac et bâton ont parfois aussi une connotation négative. Ils sont aussi synonymes de saleté, voire de violence. C’est pourquoi il est écrit dans le Talmud qu’il était interdit pour un homme d’entrer dans le Temple avec son sac et son bâton, וּבַיַּלְקוּטו ובמקלו, et avec de la poussière sur ses pieds. On dirait aujourd’hui avec armes et bagages. Et l’expression populaire   בא אליו במקלו ובתרמילו (ba elav bemaklo uvetarmilo) veut dire:  il l’a attaqué violemment.

De nos jours le tarmil et le makel sont signes de randonnées et les randonneurs sont les תרמילאים (tarmilayim) qui prennent parfois des chemins périlleux:


(vers la grotte de Keshet en Galilée)

 

A bientôt,

* Targoum Yonatan ou Targoum Yerushalmi: traduction de la Thora en araméen attribuée à Yonatan ben Ouziel qui  s’éloigne parfois du texte pour y inclure des midrashim

* Le canulars du Palma’h sont un recueil d’histoire humoristiques, absurdes et souvent critiques que se racontaient les soldats pendant la guerre d’Indépendance.

* Medele Mokher Sefarim: Mendele le vendeur de livres, ou Shalom Yaakov Abramowicz (1836-1917), auteur yiddish et hébraïque, originaire d’Odessa.

* Le mot תיק (tik) et tik veut aussi dire sac à main et dossier. Ouvrir un tik contre quelqu’un c’est le mettre en examen.

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Les 4 saisons

Les premières pluies sont enfin arrivées! Elle n’ont duré que deux jours mais ont fait du bien au pays, au Kinneret et à mes géraniums qui n’en pouvaient plus. Quelques centimètres de neige sont même tombés sur le ‘Hermon.
Les feuilles rougissent, les citrons sont déjà confits et je dois cueillir les 8 oranges de mon petit oranger.
Ce matin, ma fille a pris cette photo près de  l’Université:

universite-givat-ram-automne
Si vous habitez en Europe ou en Amérique du Nord, ces arbres rouges vous sembleront bien peu nombreux mais pour nous qui connaissons surtout une flore méditerranéenne ou désertique, c’est une couleur d’automne rare qui nous réjouit.
Avons nous réellement 4 saisons? Officiellement oui, 4 saisons et 4 mots pour les désigner mais en fait, le printemps et l’automne sont bien plus courts qu’en Europe.

Traditionnellement, Sukkot et Pessa’h marquent les changements de saison.
Si à la fin de Sukkot, nous disons dans nos prières משיב הרוח ומוריד הגשם (mashiv harua’h umorid hageshem), fais venir le vent et tomber la pluie, c’est qu’à partir de ce moment là, les pluies sont nécessaires.

Le mot סתו (stav), automne n’apparaît qu’une fois dans le Tanakh, il signifie en fait saison des pluies. Dans Shir Hashirim (2, 11) il est écrit :
כִּי-הִנֵּה הַסְּתָו, עָבָר; הַגֶּשֶׁם, חָלַף הָלַךְ לוֹ
Car voilà l’hiver qui est passé, la saison des pluies est finie, elle a cédé la place…

Et tout le reste du texte est une ode au renouveau.

Pour les linguistes, le mot חורף (‘horef) signifie temps de la récolte (entre autre celle des olives) et pour Rashi c’est l’époque où sont semées les légumineuses qui arrivent rapidement à maturité.

timbre-hiver

Traditionnellement, l’indifférenciation entre l’hiver et l’automne se retrouve dans l’hébreu rabbinique. Dans sa traduction en araméen du verset ci dessous de Bereshit, Onkelos traduit חורף (‘horef) hiver par סתו (stav) automne ou saison des pluies:
עֹד, כָּל-יְמֵי הָאָרֶץ: זֶרַע וְקָצִיר וְקֹר וָחֹם וְקַיִץ וָחֹרֶף, וְיוֹם וָלַיְלָה–לֹא יִשְׁבֹּתוּ.
Tandis que la traduction du rabbinat préfère le mot hiver:
Plus jamais, tant que durera la terre, semailles et récolte, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit, ne seront interrompus.

timbre-automne

Il en est de même pour le printemps et l’été:
Le mois de Nissan pendant lequel nous fêtons Pessah, est aussi appelé Aviv, printemps ou germination. Il est écrit dans le livre de Shemot (l’Exode 9,31):
הַיּוֹם, אַתֶּם יֹצְאִים, בְּחֹדֶשׁ, הָאָבִיב.
C’est aujourd’hui que vous partez, dans le mois de la germination.

Germination? Mais aussi parfois maturité: ici aviv signifie épi:
Or, le lin et l’orge avaient été abattus, parce que l’orge était en épi et le lin en fleur.
וְהַפִּשְׁתָּה וְהַשְּׂעֹרָה, נֻכָּתָה: כִּי הַשְּׂעֹרָה אָבִיב, וְהַפִּשְׁתָּה גִּבְעֹל. Shemot (Exode: 9, 31)

Le mot aviv vient de la racine A.B.B (ou A.V.V) qui signifie faire pousser des plantes, ou monter en tige, en d’autres termes renaître.
Vous le savez déjà: Tel Aviv n’est pas la colline du printemps mais celle qui vient d’un passé lointain et toujours se revivifie comme le printemps*.

Mais savez-vous que le nom d’une autre ville dans le monde a la même signification?
Addis Abeba!
L’éthiopien fait partie des langues sémitiques. Addis a comme racine les consonnes H D SH (semblables au mot hébreu hadash=nouveau) et Abeba, ça ne vous rappelle pas Aviv?

timbre-printemps

Une fois le renouveau terminé, on arrive en קיץ (kayitz), en été. Ce mot est un dérivé de l’araméen Kayit (d’ou les kaytanot* de vos enfants). Ce mot est relié à קוץ (kotz) l’épine, eh oui, en été tout est sec! Et au mot קץ (ketz,) l’extrémité, car l’été se termine avec Rosh Hashana, mais aussi le verbe cueillir, קצצ,  selon le verset du prophète Mikha 7, 1:
אַלְלַי לִי, כִּי הָיִיתִי כְּאָסְפֵּי-קַיִץ
Je suis là comme après la récolte des fruits (d’été= les figues).

timbre-ete

En attendant il neige sur le ‘Hermon, les nuages s’accumulent au-dessus de nous et on veut croire à des pluies abondantes.

A bientôt

*Signification du mot Tel Aviv:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/05/lancienne-gare-de-jerusalem/

*Les kayanot: Centres aérés. Le mot est juste pour ceux qui ont lieu en été mais que dire de l’emploi kaytanot pour les vacances de ‘Hanukka? Bon, je chipote!

 

 

 

 

 

Un homme et une femme, chabadabada, chabadabada….

Dans les temps troubles où nous vivons, la bien-pensance nous propose soit  un genre indifférencié: les filles ne sont plus des filles et les garçons des garçons ou un très mauvais genre: les petites filles ne sont rien d’autres qu’une marchandise.

 
 
 *Le compagnonnage nécessaire entre l’homme et la femme est aussi très explicite dans l’expression עזר כנגדו (ezer kenegdo) très mal traduite par « une aide digne de lui » (Bereshit au chapitre 2). alors que le mot à mot donne « une aide contre lui »…Je vous en laisse imaginer toutes les implications…

A vos balais!…

Vous qui me connaissez un peu, vous savez que j’ai commencé à traquer la poussière dans mes bibliothèques depuis טו בשבט (Tou Bishvat). Pourquoi si tôt avant les fêtes de Pessah? Parce qu’entre deux coups de chiffon, je me perds dans les pages de mes livres.

bibliotheque aquarelle 2015
Mais les chiffons ne suffisent pas, il faut aussi utiliser le מאטאטא (mataté), le balai.

Le mot מאטאטא (mataté) n’apparaît qu’une seule fois dans le Tanakh.
 « Oui, je me lèverai contre eux, dit l’Eternel-Cebaot et, de Babylone je détruirai le nom et la trace, tout descendant, toute postérité, dit le Seigneur; j’en ferai le domaine du hérisson, le réceptacle des eaux, je le balaierai du balai de la destruction, » dit l’Eternel-Cebaot.
וְקַמְתִּי עֲלֵיהֶם, נְאֻם יְהוָה צְבָאוֹת; וְהִכְרַתִּי לְבָבֶל שֵׁם וּשְׁאָר, וְנִין וָנֶכֶד–נְאֻם-יְהוָה.
כג וְשַׂמְתִּיהָ לְמוֹרַשׁ קִפֹּד, וְאַגְמֵי-מָיִם; וְטֵאטֵאתִיהָ בְּמַטְאֲטֵא הַשְׁמֵד, נְאֻם יְהוָה צְבָאוֹת (Isaie 14,  22-23)
Le balai de la destruction! Les Babyloniens ont donc été détruits à grand coup de balai. Intéressant comme arme de destruction massive!
Le balai de Dieu était certainement plus grand que le notre mais lui ressemblait-t-il? Au Moyen-Age, Abvraham Ibn Ezra s’était posé la même question: « Tous les commentateurs sont d’accord sur le fait que cette racine quadrilatère טאטא (T, Alef T, Alef), rare en hébreu,  n’a pas de מילה-אחות (mila-a’hot), mot-sœur (jolie expression pour dire synonyme) qui pourrait nous aider à le définir plus précisément ». 
Ibn Ezra n’était pas le seul à se poser cette question. Certains commentateurs ont essayé de relier מטאטא (mataté)  au mot טיט (tit), le limon, la boue. Certains se sont lancés dans des analogies* : de même que le mot דישן (dishan) signifie faire disparaitre le דשן (deshen) ou cendres grasses  de l’autel du Temple alors, de la même manière, le mot מטאטא (mataté) signifie ce qui fait disparaître le טיט (tit), la boue, et, par extension, la poussière.

En fait, dans la langue du Talmud, on ne balaye pas מטאטאים (metatim) sa maison, on l’ « honore« , מכבדים  (mekhabedim) de la racine כבד (K,V,D) qui veut dire honorer. Le balai se dit donc: מכבדת (mekhabedet) ou parfois מכבד (makhbed). Selon l’Ecole de Shamaï, on doit d’abord « honorer » sa maison et ensuite laver ses enfants. Evidemment, l’Ecole de Hillel pensait le contraire: on doit d’abord laver les enfants avant d’ « honorer » sa maison (Mishna Brakhot).
Mais les deux concluaient: « Conduits toi dans cet endroit comme si tu l’avais nettoyé et rangé toi-même! »

hillel-et-shamay
Plus simplement,  il est possible qu’il ne soit pas question d’honneur. En effet, de cette racine כבד (K,V,D) provient le mot כבוד (kavod), honneur, mais aussi le mot כבד (kaved) lourd. Ce balai se nomme מכבדת mekhabedet (ou parfois makhbed) comme la lourde branche de palmier. On « honorait » donc sa maison avec un balai en branche de palmier!

Continuons le ménage:
Comme le mot balai, le mot יעה (Yae), pelle, est déjà mentionné dans le Tanakh. Sous sa forme pluriel Yeaïm, il apparaît plusieurs fois comme ustensile du Temple:
« ll (Betzalel*) fabriqua tous les ustensiles de l’autel: les cendriers, les pelles, les bassins, les rateaux et les brasiers; il fit tous ces ustensiles de cuivre.
וַיַּעַשׂ אֶת-כָּל-כְּלֵי הַמִּזְבֵּחַ, אֶת-הַסִּירֹת וְאֶת-הַיָּעִים וְאֶת-הַמִּזְרָקֹת, אֶת-הַמִּזְלָגֹת, וְאֶת-הַמַּחְתֹּת; כָּל-כֵּלָיו, עָשָׂה נְחֹשֶׁת
(Shemot 38, 3)

Selon Onkelos*, Rashi* et bien d’autres, les Yeaïm étaient des sortes de râteaux utilisés pour débarrasser les cendres de l’autel dans le Temple. Vers le 18 ème siècle, יעה (Yae) est devenu une bêche ou une pelle et cela jusqu’à nos jours même si d’autres mots lui font concurrence.

Dans le Talmud de Jerusalem et celui de Babylone, il existe une histoire curieuse, aux multiples variantes, dans lesquelles nos sages passent pour ignorants devant une simple servante. Elle se passe à l’époque de la Mishna. Quelques uns de nos חכמים (‘hakhamim), savants, se rendent chez Rabbi Yehouda Hanassi* à qui ils veulent poser plusieurs questions d’importance.
La première question qui les turlupine est:
– Qui est le plus grand: le plus sage ou le plus vieux?
Or, la servante de Rabbi Yehuda les fait mettre d’autorité en rang selon leur âge avant de leur permettre d’entrer dans la maison.
Ils se consultent aussi sur certains mots compliqués à leurs yeux. Comment comprendre par exemple סלסלה (Salsela), סירוגין (Sirougin) et חגלוגות (‘Hoglogot)?
Alors cette même servante les gronde: 
« Jusqu’à quand allez-vous entrer par petits groupes (sirouguin, sirouguin) et demande à l’un d’eux si ses pourpiers, חגלוגות (‘hoglogot), se sont bien multipliés!
Un coup supplémentaire leur est porté lorsqu’elle se moque d’un des sages particulièrement coquet, « jusqu’à quand « exalteras »-tu ta chevelure? Comme il est dit dans le livre des Proverbes (Mishlei) 4,8: « סַלְסְלֶהָ ( Salsela) Exalte-la (la sagesse), et elle t’élève et te  vaudra de l’honneur, si tu t’attaches à elle. סַלְסְלֶהָ וּתְרוֹמְמֶךָּ; תְּכַבֵּדְךָ, כִּי תְחַבְּקֶנָּה
Enfin le coup final! Ils entendent la servante dire à une autre: « Prends un מאטאטא (mataté) balai, et nettoie la maison ». Ce qui leur permet de comprendre comment Dieu a détruit les Babyloniens!

Pourquoi cette histoire est-elle reprise dans les deux Talmud? Est ce pour nous montrer que nos Sages ne savaient pas ce qu’était un balai et qu’ils étaient parfois déconnectés de la réalité? Sans doute pas, mais n’oublions pas que nous sommes à l’époque de la Mishna et que le grec et l’araméen font des ravages parmi les Juifs de ce temps là. Il s’agit ainsi de mettre en valeur la langue hébraïque et de donner en modèle la maison de Rabbi Yehuda Hanassi où chacun parle un bel hébreu, y compris les serviteurs. Peut-être aussi s’agit-il de nous montrer qu’une simple servante pouvait être assez savante et assez libre pour en remontrer à des « intellectuels patentés »…

Rabbi Yehuda Hanassi(Dans cette brochure en hébreu facile pour nouveaux immigrants,
vous pouvez apprendre qui était Rabbi Yehuda Hanassi*)


Ils n’étaient donc pas si misogynes que cela!

Un petit ajout, bien que je n’aime pas mêler les balais et les femmes:
Trop souvent on ajoute un point d’interrogation au verset 10 du chapitre 31 des Proverbes: אשת חיל מי ימצא, comme s’il s’agissait d’un vœux pieux, d’une utopie: Qui trouvera une femme vaillante?
Or en hébreu le mot מי (mi) peut signifier qui (interrogatif) mais aussi, celui qui, sans interrogation. Ce qui donne en fait: « Celui qui trouvera une femme vaillante« . La traduction en français du rabbinat qui date du 19 ème siècle est encore plus féministe que moi.

Heureux qui a rencontré une femme vaillante!
אֵשֶׁת-חַיִל, מִי יִמְצָא

(On récite ce texte tous les vendredis soir et lors des mariages)

Restons calmes, poussière n’est pas ‘hametz comme le dit si bien le proverbe, soyons de bonnes balaboustes* mais ne nous transformons pas en sorcières malgré notre מטאטא (mataté).

 

nettoyage de Pessah grandma Roza Dianne Dengel

(Grand-Ma Roza, Dianne Dengel)

A bientôt,

* Parmi les règles de l’herméneutique rabbinique se trouve celle de l’analogie possible entre deux termes ou deux situations, procédé nommé גזרה שווה (guezera shava).

* Onkelos: l’un des commentateurs de la Mishna du 1er siècle de l’ère chrétienne. Il est aussi connu pour sa traduction du texte hébraïque en araméen..

*Rachi:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/24/yom-kippour-et-le-gros-poisson/

*Rabbi Yehuda Hanassi a vécu au 2 ème siècle de l’ere chretienne, il était le chef de la communaute juive d’Israel. Il a appris la Thora auprès de Rabbi Meir et auprès de Shimon Bar Yohai. Grâce à sa grande autorité et à son immense savoir en Thora, il a ete appelé Rabbi (mon maître) ou Rabenou (notre maître) sans qu’il soit besoin de rappeler son nom.

*balabouste ou balbouste:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/05/un-menage-ethique/

Des trésors de la Bibliothèque Nationale de Jerusalem

Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire d’Israel et à celle des communautés juives à travers le monde, הסיפריה הלאומת (hasifria haloumit), la Bibliothèque Nationale est une mine de merveilles.

The National Library of Israel, Jerusalem (photo, Asaf Pinchuk)(La Bibliothèque Nationale, photo Assaf Pinchus)

Dès le 19 ème siècle, les Juifs de Palestine établissent des bibliothèques dans les principales villes mais on considère que c’est la bibliothèque « Beit Midrash Hasfarim Abarbanel », ouverte à Jérusalem en 1892, qui sera le vrai prémisse de cette institution. Son fondateur, un médecin de Byalistok, Yossef ‘Hazanovitch, avait déjà en tète cette vision d’une Bibliothèque Nationale juive. Il avait écrit dans le journal Hatzfira:
« A Jérusalem, un grand, magnifique bâtiment sera construit où tous les fruits de l’esprit juif seront sauvegardés. Seront conservés tous les livres dans toutes les langues qui parlent des Juifs et de leur érudition … A ce bâtiment afflueront nos rabbins, nos hommes sages, tous les membres instruits de notre peuple et tous ceux qui ont un cœur, comprennent notre littérature et son désir spirituel en aspirant à la Torah, à la sagesse et à la connaissance… »

midrash abravanel

(le Beit haSefarim Abarbanel en 1902)

En fait, la mission de la Bibliothèque Nationale est bien plus vaste: elle regroupe tous les documents publiés (audio, vidéo, imprimés ou manuscrits) sur le sujet de la Terre d’Israel, des communautés juives à travers le monde, du judaïsme etc… Sans compter des collections très différentes comme des écrits théologiques ou scientifiques de Newton.

newton manuscrits

Il y a peu, trois événements importants y ont eu lieu.
Une délégation de Juifs originaires d’Ethiopie a offert à la B.N.  un manuscrit très ancien,  contenant non seulement les 5 livres de la Thora mais aussi les livres de Josué, des Juges et de Ruth. Les Juifs originaires d’Ethiopie nomment la Thora אורית (Orit), mot qui vient de אורייתא (Oraita), Thora en hébreu de la Mishna et dont la racine est אור (Or) lumière.
Ces textes du Tanakh ont été traduits de l’hébreu il y a des centaines d’années en ghez, la langue liturgique des Juifs d’Ethiopie.

thora en ghez 3

(Bibliotheque Nationale photo Polina Eisenberg)

La situation des Juifs en Ethiopie a toujours été difficile. Ils étaient considérés comme serfs par le pouvoir en place. Mais, vers la fin du 19 ème siècle, leur situation s’est dégradée encore plus et nombreux furent ceux qui durent fuir dans des régions particulièrement reculées pour ne pas être forcés de se convertir au christianisme.
Ce manuscrit, l’un des plus sacrés pour la communauté juive en Ethiopie, transmis de génération en génération dans la famille d’un Keiss (Cohen), fut alors caché jusqu’au moment où les Juifs purent venir s’installer en Israel. Pendant leur voyage, jusqu’aux lieux de regroupement, à pied et dans des conditions terribles, les Juifs furent souvent victimes de pillards. Ce livre lui-même tomba entre leurs mains mais finalement fut abandonné par les pillards pour qui il n’avait pas de valeur.
Apres toutes ces aventures, le manuscrit arriva en mauvais état en Israel et dû subir un long processus de restauration. Enfin, il fut offert à la B.N. lors d’une cérémonie à Jerusalem au milieu de danses, de chants et de distribution de bonbons…

thora en ghez 2

(Bibliothèque nationale: photo Polina Eisenberg)

Presqu’au même moment, les derniers juifs du Yemen* étaient exfiltrés vers Israel.

olim yemenites

Les voici à leur arrivée à l’aéroport de Tel Aviv: la jeune femme porte encore le niqab obligatoire au Yemen.*

Eux aussi ont apporté un trésor: un manuscrit de la Thora, datant de 800 ans*.

thora yemen Haaretz

 

Ce rouleau de la Thora a été également offert en cadeau à la Bibliothèque Nationale, il y a quelques semaines.

Et enfin, la Bibliothèque Nationale a pu réunir 29 manuscrits de près d’un millier d’années, découverts dans des grottes servant de גניזות (ghenizot)* en Afghanistan.
Ces manuscrits nous renseignent sur les conditions de vie de Juifs au 11 ème et 12 ème siècles et nous permettent ainsi de remonter avant la conquête mongole qui les avait chassés de la région. Leur histoire ancienne était alors difficile à reconstituer. Il s’agit d’un vrai trésor culturel qui nous permet de découvrir une communauté florissante de marchands et de scientifiques et apporte des témoignages sur les relations entre les Juifs de Khorassan et ceux de Babylonie plus à l’ouest.

Khurasan_and_Afghans
Dans les écrits du judaïsme rabbinique dont ceux de Saadia Gaon* mais aussi ceux des Karaïtes, les Juifs du Khorassan sont considérés comme descendants des fameuses 10 tribus perdues…
Parmi les 29 manuscrits qui ont rejoint la Bibliothèque Nationale, il y a un commentaire de Saadia Gaon sur le Tanakh en judéo arabe:

commentaire de Saadia Gaon en judeo arabe

des lettres écrites en judéo-perse et des extraits de la Mishna en hébreu…

Enfin, dans la synagogue du Ministère des Affaires Étrangères et non plus à la Bibliothèque Nationale, a été solennellement installé un rouleau de la Thora originaire d’Irak. Beaucoup plus récent que les manuscrits yéménites, éthiopiens ou afghans, il n’a que 200 ans environ. Mais lui aussi a vécu de nombreuses aventures avant de rentrer à la maison.
Il a été écrit dans le Kurdistan irakien, non pas à l’encre de Chine, mais à l’extrait de grenade. Volé par le pouvoir irakien lors des grands départs, au début des années 50, et rangé dans un entrepôt des services secrets, il a été racheté discrètement et envoyé par l’armée américaine avec de nombreux autres manuscrits à l’Ambassade d’Israel à Amman au moment de la seconde guerre du Golfe. Après l’attaque et l’incendie de l’ambassade du Caire, Israel a décidé de rapatrier tous les documents purement culturels de son ambassade en Jordanie.
A Jerusalem, un סופר (sofer) scribe,  Akiva Garber, a trouvé un moyen de le restaurer suffisamment pour qu’il ne soit plus פסול (passoul, non conforme) malgré les nombreuses déchirures et moisissures.

Vous le voyez ici restauré, avec sur l’envers,  le cachet des services secrets irakiens.

thora-restauree(Photo coolamnews)

Et le voici dans son étui,  tenu par le gardien de la synagogue, Amnon Israel, lui-même originaire d’Irak.

thora irakienne-635x330(photo, coolamnews)

 

A bientôt,

*Site en anglais de la Bibliothèque Nationale:
http://web.nli.org.il/sites/nli/English/library/Pages/default.aspx

*Dans les pays du Moyen-Orient, les femmes juives ont souvent été obligées de sortir voilées pour leur sécurité:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Les derniers Juifs duYemen:
http://www.jpost.com/Diaspora/Jews-Who-Refused-to-Leave-Yemen-Have-Second-Thoughts-450210

*Jusqu’à l’arrivée de cette Thora yéménite de 800 ans, le plus vieux manuscrit juif répertorié datait de 750 ans. Il se trouve à Bologne

*Gheniza (ghenizot au pluriel): pièce, entrepôt, grenier,  ici grotte, servant de « tombe » aux écrits contenant le nom de Dieu (les 4 consonnes). La gheniza du Caire est devenue célèbre grâce aux découvertes de Salomon Schechter à la fin du 19 ème siècle:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guenizah_du_Caire

*Saadia Gaon: ne en Egypte en 882 ou 892 et mort en Babylonie en 942, l’une des plus hautes autorités spirituelles de l’époque de Gueonim de Babylonie. Son livre les plus connu en français est « Les devoirs du cœur »
les differentes epoques des sages de la Thora

 

Devons-nous être de bons enfants?

ילד טוב ירושלים (Yeled Tov Yerushalayim), un bon enfant de Jerusalem.
Connaissiez-vous cette expression?

Depuis toujours Jerusalem est vue  comme la ville des gens calmes qui étudient et qui prient.
Comme on dit: » תל אביב רוקדת, חיפה עובדת וירושלים לומדת (Tel Aviv rokedet, Haifa ovedet, Yerushalayim lomedet) Tel Aviv danse, Haïfa travaille et Jerusalem étudie! Mais rien n’est plus trompeur que cette division arbitraire!
Cette réputation est-elle à l’origine de cette expression qui décrit quelqu’un de sérieux, droit et un peu naïf et dont on dit:
« Sois sans crainte, il ne te créera pas de problèmes, c’est un bon enfant de Jerusalem ».
אל תדאג! הוא לא יעשה לך צרות – הוא ילד טוב ירושלים.

Je le pensais jusqu’à une émission de télévision sur les יקים (Yekim), les Juifs d’origine allemande.
Encore un mot nouveau à expliquer: Un יקה ( Yeke), est un Juif originaire d’Allemagne et par extension quelqu’un de droit, travailleur, honnête mais souvent tatillon! Les Juifs originaires d’Allemagne ont fait sensation dans le monde moyen-oriental quand ils sont arrivés en masse dans les années 30*. Ils ont beaucoup surpris les חלוצים (‘haloutzim), pionniers, par leur courtoisie et leur attachement à leur Jacke, leur veste, d’où le mot yeke.
D’une façon générale les yekim ont fait progresser le yishouv grâce à leur haut degré de qualification. On leur doit l’architecture Bauhaus et aussi les magasins « modernes ». Ils se sont principalement installés en ville en essayant de recréer la vie la plus « gemütlich » possible, mais certains se sont dirigés vers les kibboutzim.
Dans cette vidéo, tirée d’un film pour enfants, Hans le pionnier yeke (Hans he’haloutz), complètement désorienté mais toujours volontaire, s’intègre peu à peu à la vie du kibboutz

Je me souviens, il y a plus de 40 ans, avoir travaillé à la cuisine du kibboutz avec un ‘haloutz yeke qui donnait des cours de philosophie en épluchant les légumes…
Et dans les salons de thé Kapulsky de Nahariya ou de Haïfa sur le Carmel, de charmantes vieilles dames yekiot prenaient leur café avec un onctueux Cremeschnitte*…

?????????????

Certains prétendent que Yeke est un acronyme de יהודי קשה הבנה (Yehoudi Kshe Havana) un Juif un peu lent, qui a du mal à comprendre les subtilités, mais ce ne sont que des médisants!
Quoi qu’il en soit, les Yekim ont tellement influencé le pays qu’on mange maintenant des saucisses de Francfort dans une pita (on peut aussi trouver un wiener Schnitzel dans une pita).

Mais je m’égare: où est donc passé le « Bon enfant de Jerusalem« ?
Lors de cette émission sur les yekim, j’ai entendu un des participants, le Rav Yo’hanan Fried, raconter qu’enfant il avait décidé de ne pas porter de kippa: stupeur et tremblements dans cette honorable famille de yekim! Un révolté de 4 ans! Il avait alors expliqué à ses parents que sur une photographie prise à Francfort, son grand père avait la tête nue! Grand talmudiste et maskil*, il ne mettait la kippa que pour prier!

Finalement sa mère avait eu recours à une ruse pour le faire rentrer dans le rang: elle avait brodé « Yo’hanan, bon enfant de Jerusalem » sur le tissu de la kippa. Les adultes sont malheureusement si conformistes. Et voilà, plus personne ne sait que la révolte du rav Yo’hanan Fried etait à l’origine de cette expression…
ילד טוב ירושלים (Yeled Tov Yerushalayim)  a pris son envol et nous a conféré à nous, les Yerushalmim*,  une réputation de sagesse et de modération parfois  usurpée…

Malheureusement, notre actualité ne change pas: chaque jour nous apporte son lot de souffrances et d’inquiétude*: il y a quelques jours, une jeune soldate de 19 ans, Hadar Cohen, a été assassinée à la Porte de Damas et ses deux camarades blessés. Grâce à son courage, elle a pu éviter un attentat bien plus meurtrier
Hadar Cohen

Et pourtant, le monde nous demande toujours d’être le « bon enfant », celui qui doit comprendre, faire des concessions, s’excuser d’exister, celui  qui sagement obéit aux diktats des nations. Certains Juifs sont eux-mêmes contaminés par cette conception du monde et cela depuis bien avant la création de l’état d’Israel

En effet en 1925, dans le Yishouv, quelques intellectuels juifs* fondent le ברית שלום (Brit Shalom), l’Alliance pour la Paix. Ce sont des Juifs d’Allemagne ou d’Europe Centrale, pur produits de la Haskala et des pogroms. L’Europe a connu sa première grande boucherie pendant la première guerre mondiale* et, dans les années 20 et 30, de nombreux Européens, traumatisés, aspirent alors à la paix entre les hommes.

brit shalom logo

(logo du Brit Shalom)

Pour les Juifs du Brit Shalom, l’édification d’un état juif pose problème: un état-nation ne va-t-il pas sombrer dans le nationalisme sectaire comme cela se profile en Europe? Mais dans le même temps, ils conviennent de la nécessité d’un état qui serait le refuge de tous les Juifs persécutés. Leur vision est celle d’un état conforme à l’idéal de justice des prophètes. On ne peut que les approuver sauf qu’ils n’en retiennent que les paroles de paix universelle en oubliant que les prophètes eux mêmes n’étaient pas des naïfs et savaient aussi  parler durement, non seulement aux Juifs mais aussi aux nations.
Pour se faire, les membres du Brit Shalom, sont prêts à restreindre les droits des Juifs dans un état qu’ils veulent bi-national, tant ils sont soucieux de ne pas heurter la population arabe. L’un d’eux, Hugo Bergman va même très loin, il écrit: « le sionisme est responsable de la haine qu’il suscite« . Les membres du Brit Shalom défendent le bi-nationalisme en prenant pour exemple la Suisse ou la Finlande. Ils sont persuadés que les Arabes de Palestine constateront les bienfaits des Lumières et accepteront in fine de vivre avec les Juifs sur un pied d’égalité.
En cela, ils sont dans le droit fil des penseurs socialistes européens qui, dès le début du 20 ème siècle, vont lutter contre le sionisme. C’est ainsi que Romain Rolland regrette qu' »il (le sionisme) se contente de fonder un nouveau nationalisme en tournant le dos à la vocation du judaïsme ».
Leur arrogance naïve persuade les fondateurs du Brit Shalom qu’ils apportent la Lumière à la Oumma, la nation arabe. L’un d’eux Ernst Simon écrit: »Les Juifs ont atteint un très haut degré de civilisation et d’organisation et…. ils aideraient (les Arabes) en leur offrant l’exemple vivant d’une nation qui renonce volontairement à la souveraineté étatique« . Rien de moins! Ils sont tellement déconnectés de la réalité qu’après les massacres de 1929*, ils demanderont aux Juifs de se montrer encore plus conciliants qu’auparavant…
Mais si en Occident, après les tueries de la première guerre mondiale, les pacifistes des années 20 et 30 rejettent le concept de l’état-nation et surfent sur l’idée de paix universelle sans voir ce que prépare Hitler, la majorité des Juifs du Yishouv refuse de se suicider et rêve d’une patrie enfin  protectrice et refuge pour le peuple juif. Eux qui se font massacrer régulièrement par des bandes arabes, de mieux en mieux armées et organisées, condamnent les idées utopiques et dangereuses du Brit Shalom

Toujours murés dans leur conception du monde socialiste et européenne, les membres du Brit Shalom ne comprennent pas que cette égalité dans un état bi-national idéalisé, ces droits de l’homme auxquels ils aspirent sont pour la Oumma arabe une totale catastrophe. La société arabe n’en veut pas. Elle peut pas survivre sans dominant, les musulmans, et dominé, les dhimmis. Pour eux l’égalité avec les non-musulmans n’a pas de sens et la révolte du dhimmi est insupportable. D’ailleurs, aucune voix arabe ne se fait l’écho des idées du Brit Shalom. Pour les Arabes, une chose est claire: les Juifs n’ont aucune légitimité nationale sur la terre de Palestine et toutes les tentatives de coopérative agricole, de recherches dans la lutte contre la malaria, de projet éducatif commun et encore moins de syndicat, ne peuvent aboutir.
Pour la nation arabe, les Juifs doivent partir ou, à la rigueur, vivre sous domination dans un état musulman.
Peu à peu, de nombreux naïfs, dont Arthur Ruppin, ouvrent les yeux et prennent leurs distances avec l’association du Brit Shalom qui sera dissoute faute d’argent en 1933. Toutefois quelques militants espèrent encore. Ce sera seulement après les émeutes sanglantes de 1936 que les derniers seront ébranlés, en particulier ceux qui vivent dans les zones de peuplement mixte juif-arabe comme Yaffo car c’est là que les exactions contre les Juifs seront les plus nombreuses.
Cela dit, cette utopie dangereuse  continuera à regrouper des pacifistes et militants de gauche internationalistes dans divers groupements tous plus éphémères les uns que les autres qui se dissoudront officiellement en 1948 tout en resurgissant régulièrement comme l’actuel Shalom Akhshav ou JCall*.
Encore aujourd’hui, les Européens ont du mal à intégrer ce besoin du Juif de vivre dans un état-nation indépendant, où les Juifs vivraient libérés du bon vouloir d’autrui. Ce concept est en effet à l’opposé du mouvement de dissolution des identités nationales généré par la formation de l’Europe et de la mondialisation.
Encore aujourd’hui, la population musulmane du territoire palestinien, et plus généralement du Moyen-Orient, refuse l’existence d’un état juif.

En fait, il est vrai que les Arabes ont vécu une Nakba* lors de la création de l’état d’Israel: Israel leur a proposé de vivre selon un système de valeurs à l’opposé du leur. Des hommes égaux en droits et en devoirs quelque soit leur origine, leur sexe ou leur religion? Quelle horreur!
Chateaubriand écrivait à propos du monde musulman: »Qu’en sortira-t-il ? Recevrons-nous le châtiment mérité d’avoir appris l’art moderne des armes à des peuples dont l’état social est fondé sur l’esclavage et la polygamie ? Avons-nous porté la civilisation au dehors ou avons-nous amené la barbarie dans l’intérieur de la Chrétienté ?… Je ne me laisse pas éblouir par des bateaux à vapeur et des chemins de fer, par la vente du produit des manufactures… tout cela n’est pas de la civilisation…*
La Chrétienté d’aujourd’hui devrait bien se réveiller…

A bientôt,

*Il s’agit de la 5 ème aliya (1929-1939) qui verra débarquer en Palestine environ 300 000 Juifs malgré les restrictions de plus en plus sévères du gouvernement britannique

*Le Cremeschnitte: sorte de mille-feuille, certains le disent d’origine viennoise

*Maskil: tenant de la Haskala (les Lumières juives) pour qui d’une judaïsme devait s’ouvrir sur le monde

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Parmi eux:Martin Buber, Hugo Bergmann,  Gershom Scholem, Henrietta Szold, le premier Haut Commissaire Herbert Samuel, Arthur Ruppin…

*Lisez l’Europe, une passion génocidaire, de Georges Bensoussan

*les massacres de 1929:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/grand-mufti-de-jerusalem/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/13/les-nazis-en-palestine-dans-les-annees-30/

*Avant-hier à Ramle, hier à Rahat, ahjourd’hui à Ashkelon, 

*Shalom Akhshav et J Call doivent leur survie au financememt de l’Union Européenne (ainsi que d’autres) et ont beaucoup plus d’audience à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays

*Nakba ou catastrophe, est la défaite  arabe à la fin de la guerre de 1948. Les Arabes essayent de la comparer à la Shoah:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/01/28/quand-eichmann-demandait-grace/

*J’ai trouvé cette citation tirée des Mémoires d’Outre-Tombe dans l’ article de Metula News Agency du 3 février 2016″Le délit d’antisionisme. crime contre l’humanité? »

 

Revêts, mon peuple, tes vêtements de splendeur

En cette veille de shabbat, pluvieux, venteux et froid, j’ai choisi de vous parler chiffons pour aborder un sujet plus agréable que l’actualité qui ne s’arrange pas: comme tous les jours, il y a encore eu un attentat au couteau en ce début d’après-midi.

Il y a quelques mois, je visitais  au Musée Israel de Jerusalem une grande exposition sur le vêtement juif à travers les תפוצות (tefoutsot) ou dispersions.
Les costumes présentés dataient pour la plupart de la fin du 19 ème siècle ou de la première moitié du 20 ème.

Les Juifs ont toujours porté des vêtements semblables  à ceux de leur voisins non-Juifs, comme par exemple, ce vêtement de femme juive éthiopienne:

costume ethiopie

ou ces costumes de mariage géorgiens qui rappellent ceux des Tcherkessim*.

costume de mariage georgien

(mariage géorgien au kibboutz Ein Hashofet)

La bonne Hausfrau (ou balbouste=maîtresse de maison) ashkenaze ne se distinguait pas des maîtresses de maison chrétiennes:

costume Allemagne

(Robe du Sud de l’Allemagne)

et une Juive du Moyen-Orient était obligée de couvrir son visage comme les musulmanes si elle voulait sortir sans danger dans la rue,

costume baghdad femme voilee                                                 (vêtement de juive irakienne à la fin du 19 ème siècle)

même si chez elle, elle adoptait une mode beaucoup plus occidentale et moderne, comme cette mariée égyptienne dans les années 20:

robe Alexandrie

A partir du 20 ème siècle, l’influence de la mode occidentale fait qu’on voit peu de différence entre une robe de Salonique, au nord de la Grèce,

costume saloniquede Tlemcen en Algérie,
robe Tlemcen
et celle d’une Juive baghdadi* de Calcutta, se voulant à la pointe de la mode moderne contrairement aux femmes Bnei Israel* encore vêtues d’un sari:

robe Calcutta Juifs baghdadi

De nos jours, le costume de mariée yéménite,

costume femme yemen
la « Grande Robe » du nord du Maroc, réplique des robes castillanes du 16 ème siècle:

costume Marocou la curieuse robe tunisienne avec son pantalon,

119 - Tunisia bride 002

sont encore portés lors des cérémonies de ‘Hena*.

hena yemenite(‘Hena yéménite)

En fait, en quoi un vêtement juif était-il différent d’un vêtement non-juif?
Parfois, certaines broderies ou certains procédés de fabrication étaient particuliers. Par exemple, à Boukhara, on reconnaissait un costume juif au fait qu’il était teint selon un procédé appelé Ikat dont les Juifs étaient les spécialistes:

562 - Entry 078a - Kalltshak Lorna 002 Woman’s Coat with a richly decorated lining Bukhara, Uzbekistan, late 19th century Brocaded silk, lining: silk and cotton, ikat-dyed B64.12.4226 מעיל אישה עם בטנת פאר בוכארה, אוזבכיסתאן, סוף המאה ה-19 משי מדוגם, בטנה: כותנה ומשי בצביעת איקט

                               (Manteau de Boukhara teint selon le procédé Ikat)

Mais, pour l’essentiel, les Juifs et les non-Juifs étaient vêtus de la même façon. Il en était de même pour leur coiffure. Les hommes et les femmes mariées, Juifs ou non, avaient la tête couverte*. Bien que cela semble curieux et désuet aujourd’hui, il était malséant pour une femme de sortir »en cheveux » et cela jusqu’aux années 50.
Quant aux ‘Hassidim amateurs de Streimel*, ils portaient et portent encore le costume des bourgeois polonais du 18 ème siècle dont ils sont persuadés qu’il est le garant de leur identité!
En fait, il y avait des différences: celles imposées par les pouvoirs en place comme l’obligation d’un signe distinctif sur les vêtements: par exemple la rouelle jaune pour les Juifs en Europe occidentale à partir du Concile du Latran en 1215.

Jewish_man_-_worms_-_16th_century(Aquarelle du 16 ème siècle représentant un Juif portant la rouelle sur sa cape.
Elle est associée à un sac de pièces, rappelant les 30 deniers de Judas)

et dans le monde musulman par l’interdiction de certaines couleurs ou, là encore, un signe distinctif visible depuis le pacte d’Omar.

Y a t-il alors un seul vêtement juif?
Uniquement le talith*, le châle de prière, vêtement bordé de franges, les ציצית (tsitsit),  comme le prescrit la Thora:


« Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. Cela formera pour vous des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel, « 
 דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת. לט וְהָיָה לָכֶם, לְצִיצִת, וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת-כָּל-מִצְו‍ֹת יְהוָה,

Juifs en priere ghetto de varsovie Yad Vashem

(Juifs en prière dans le ghetto de Varsovie, coll. Yad Vashem)

Et aussi le kittel, vêtement blanc rappelant pour certains le linceul, pour d’autres, plus optimistes, que nos péchés deviendront blancs comme la neige, une fois pardonnés. Il était porté autrefois par les hommes le jour de Kippour. Cette coutume est tombée en désuétude mais l’habitude de se vêtir en blanc ce jour là est restée, en particulier à Jerusalem.

Man's ritual robe (Kittle) Romania, early 20th c. Linen (?), open-work embroidery, machin made L114 W82 cm Gift of Anna Lang , Kfar Saba B87.0067

(kittel de Roumanie, du début du 20 ème siècle, Musée Israel)

 

La racine ב-ג-ד (bgd) a donné le mot בגד (Begued = le vêtement) mais aussi בגידה (beguida = la trahison). Le mot malversation se dit מעילה (meila)  à rapprocher du mot מעיל (Meil =  le manteau), ce qu’on met par dessus מ על (Me-Al).

Dans le Tanakh, nombreuses sont les histoires où les vêtements jouent un rôle important. En voici quelques unes:
Après avoir croqué « la pomme », Adam et ‘Hava accèdent à la connaissance. Leur nouvelle humanité leur fait prendre conscience de leur désobéissance et du fait qu’ils sont nus dans tous les sens du terme. La feuille de figuier est une dérisoire tentative de protection pour ceux qui étaient auparavant, selon le Midrash, recouverts de אור (Or = lumière), mot qui commence avec le א de אלוהים, (Elohim). Dieu leur confectionne donc les premiers vêtements en peau, עור (or) dont la première lettre ע est le symbole de la matérialité dans laquelle ils doivent vivre.
Le vêtement biblique est aussi un signe de pouvoir:
David coupa un pan du manteau du roi Shaoul à Ein Guedi (I Samuel, 24,4)  sans lui enlever complètement ce signe de royauté par respect:

« Et David alla couper sans bruit le bord du manteau de Saül.  Mais ensuite le cœur lui battit d’avoir coupé le vêtement de Saül,« 
וַיָּקָם דָּוִד, וַיִּכְרֹת אֶת-כְּנַף-הַמְּעִיל אֲשֶׁר-לְשָׁאוּל–בַּלָּט. ה וַיְהִי, אַחֲרֵי-כֵן, וַיַּךְ לֵב-דָּוִד, אֹתוֹ–עַל אֲשֶׁר כָּרַת, אֶת-כָּנָף אֲשֶׁר לְשָׁאוּל

Revêtir quelqu’un du manteau du roi est un signe d’honneur suprême: dans le livre d’Esther, A’hashverush, roi de Perse, revêt Mordekhai de son manteau car ce dernier lui a sauvé la vie en déjouant un complot. Dans ce texte c’est la racine לבש, habiller qui est utilisée pour le mot לבוש (levoush), vêtement: « S’il est un homme que le roi ait à cœur d’honorer, qu’on fasse venir un vêtement royal qu’a porté le roi… »

 

521 - Entry 093 - Ottoman Rabbi 003 Clothes of Rabbi Hayyim Moshe Bejerano Efendi, chief rabbi of Turkey (1920–1931) Turkey, early 20th century Broadcloth, gilt metal thread couched embroidery Gift of Diamant Baratz Béjarano and Arnaldo Béjarano, Courbevoie, France B77.1140 גלימת השרד של הרב חיים משה בז'ראנו אפנדי, רבה הראשי של תורכיה (1920–1931) תורכיה, ראשית המאה ה-20 צמר לבוד, רקמה בחוטי מתכת מאוחזים מתנת דיאמנט באראץ בז'רנו, פריז, וארנולד בז'ראנו, קורבוואה, צרפת

(manteau d’apparat du Grand Rabbin de Turquie, Rabbi Hayim Moshe Barajano, début 20 ème siècle donné au Musée Israel par Diamant Baratz  et Alfonson Barajano de Courbevoie)

Le rôle du vêtement est très ambivalent: il révèle qui nous sommes mais il nous permet aussi de nous masquer. En hébreu, le verbe utilisé pour désigner le fait de se déguiser est  להתחפש (lehithapes),  de la racine חפש dont le sens premier est « se chercher« . Du travail en perspective pour les psy!… 


Pendant la deuxième guerre mondiale, le gouvernement britannique, qui voulait recruter des auxiliaires féminines juives en Palestine, avait eu soin d’ajouter cette phrase sur ses affiches: « Revêts les vêtements de splendeur« . Elle parlait au cœur de chaque Juif car elle provenait du livre du prophète Isaie (52.1) et se comprenait comme le sursaut nécessaire dans lutte contre le nazisme.

costume poster_british-army_women

 Réveille-toi, réveille-toi! Pare-toi de ta force, ô Sion! Revêts tes habits de fête, ô Jérusalem, Cité sainte!
עוּרִי עוּרִי לִבְשִׁי עֻזֵּךְ, צִיּוֹן: לִבְשִׁי בִּגְדֵי תִפְאַרְתֵּךְ, יְרוּשָׁלִַם עִיר הַקֹּדֶשׁ

Le prophète Isaïe inspira Shlomo Alkabetz lorsqu’il écrivit le לך דודי (Lekha Dodi), « Viens mon bien-aimé », que tout le monde connait et chante le vendredi soir.
Le chant ci-dessous « Revêts tes vêtements de splendeur » reprend les strophes  du Lekha Dodi qui parlent  de la reconstruction d’Israel:

 
(images d’archives des différentes alyiot)

« Réveille-toi, relève-toi de la poussière, revêts tes vêtements de splendeur mon peuple, grâce au fils de Yishai (le roi David) de Bethlehem, la délivrance s’approche de notre âme »
התנערי, מעפר קומי,
לבשי בגדי תפארתך עמי,
על יד בן ישי בית הלחמי,
קרבה אל נפשי גאלה.

 

A bientôt,

*les vêtements des Tcherkessim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/05/22/les-tcherkessim/

*Les Juifs baghdadi en Inde: Juifs arrivés d’Irak au début du 19 ème siècle.

*la cérémonie de la ‘Hena se tient avant le mariage proprement dit. Le henné, dont sont colorées les paumes des mains des fiancés, symbolise leur futur bonheur. Elle n’est pas une coutume juive mais est commune à tous les peuples se trouvant au sud de la Méditerranée jusqu’en Inde

*Les couvres-chefs; le Streimel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*Shlomo Alkabetz auteur du celebre « Lekha Dodi »:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/21/les-generations-oubliees-6/