Monter à Jerusalem

Le nom de chaque fête nous renvoie à des images, des odeurs, des chants particuliers: pour Rosh Hashana c’est la pomme dans le miel, Soukot, les repas pris dans la souka, Hanouka, les 8 bougies de la Hanoukia et les beignets, Pourim les déguisement, la Meguila d’Esther et les oreilles d’Haman, Pessah, la Haggadah et les matzot et pour Shavouot, la nuit d’étude, la Meguila de Ruth et les les gâteaux au fromage. Mais on ne pense pas souvent que Shavouot fait partie des trois fêtes de pèlerinage et nous oubions la עליה לרגל (aliya lareguel) , montée à pied ou pèlerinage jusqu’au temple de Jerusalem. Et pourtant, c’est ce que faisaient nos ancêtres trois fois par an, pour Pessa’h, Shavouot et Soukot!
Alors imaginons:
Voici une famille vivant à l’époque du deuxième Temple qui n’habite pas à Jerusalem:


(Photo prise du site Live the Bible: https://livethebible.co.il/en/)

Trois fois par an, les membres de cette famille sont censés monter à Jerusalem, pour les trois fêtes de pèlerinage*. Ce n’est pas une mince affaire: Ils doivent laisser leurs troupeaux, leurs champs, fermer la maison. Sans doute ne partent-ils pas tous à chaque fois car les bêtes ont besoin d’être soignées et le travail des champs ne connait pas de répit. Et que faire des enfants, des malades et des personnes âgées?

Dans le livre de Samuel il nous est raconté une histoire familiale qui se passe pendant un de ces pèlerinages. Celui-ci a lieu à Shilo* et non pas à Jerusalem car l’histoire se passe une centaine d’années avant le retour de l’arche d’alliance* à Jerusalem et la construction du Temple, mais la route n’en est pas plus facile pour une famille qui vient des montagnes d’Ephraim…
Ainsi Elkana (le père de famille) partait de sa ville, chaque année, pour se prosterner et sacrifier à l’Eternel dans Shilo… Il s’agit de l’histoire bien connue de ‘Hanna, la femme stérile d’Elkana, qui pleure et prie à Shilo, pendant ce pèlerinage, pour avoir un enfant qu’elle promet de consacrer à Dieu. Le prophète Shmuel sera cet enfant…
Mais que se passe-t-il après sa naissance?  Le mari, Elkana, étant parti (à nouveau) avec toute sa maison pour faire au Seigneur son sacrifice annuel et ses offrandes votives,  Hanna ne l’accompagna point, car elle dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai… La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. 2 Quand elle l’eut sevré… elle le conduisit à la maison du Seigneur, à Shilo. (I Samuel, 1)

Il est évident que beaucoup restaient chez eux et s’impliquaient indirectement en payant une taxe d’un demi shekel, la taxe annuelle que tout le monde devait donner au Temple.
Le mot shekel, vient de la racine שקל (SH K L) qui veut dire peser. Le shekel est mentionné de nombreuses fois dans le Tanakh. Par exemple, c’est en shekel qu »Avraham achète la grotte de la Ma’hpela à Hevron* pour y enterrer sa femme…
A l’époque du deuxième Temple, le shekel représentait environ 2 % du salaire mensuel moyen. Il servait à l’achat des animaux pour les sacrifices. Après la destruction du Temple, ce don d’un demi-shekel continua comme don aux pauvres. Comme la valeur des pièces d’argent était fluctuante, on se basait sur le shekel en argent frappé à Tyr. On a découvert des pièces d’un demi shekel dans tout le pays.

Ceux qui partaient en pèlerinage arrivaient souvent à Jerusalem au terme d’une route difficile. Il faut se souvenir que Jerusalem se trouve à environ 800 m d’altitude.
On sait d’après la Mishna que le Sanhedrin était chargé de réparer les routes pour les voyageurs, et d’indiquer l’emplacement des tombes. Il faut dire que lorsque quelqu’un mourait en chemin, il fallait l’enterrer sur place, quitte à rassembler ses ossements l’année suivante pour les enterrer correctement dans l’ossuaire familial. Les nombreuses lois de pureté, parfois difficiles à comprendre de nos jours, exigeaient que les voyageurs ne se reposent pas par mégarde  sur des tombes pendant leur voyage mais si cela se produisait, ils trouvaient sur leur chemin des מקוואות (mikvaot), réservoirs d’eau pour se purifier, eux aussi signalés et entretenus par le Sanhedrin. On en a trouvé un certain nombre, dans le Goush Etsion*,  sur la route menant à Jerusalem, . Comme le Gush Etsion est la dernière étape en venant de Beer Sheva avant l’entrée à Jerusalem, les archéologues pensent qu’il s’agit des mikvaot destinés aux pèlerins.

                                                     (http://etziontour.org.il)

La famille de pèlerins arrive maintenant à Jerusalem. Elle s’arrête sans doute tout d’abord à Shiloa’h, ce grand bassin étant alimenté par la source Gui’hon. 

(Carte datant de 1730: dans le quart inférieur droit, on peut voir un rectangle rouge indiquant la piscine de Shiloa’h à l’extérieur des murailles.
Pour rejoindre le Temple, une portion de route -non indiquée sur la carte car elle n’avait pas été encore découverte- fait suite à  la route venant du Sud. Geographicus rare antique maps, auteur inconnu
)

Bien que de nombreuses sources alimentent la ville de Jerusalem, celle du Gui’hon a toujours eu un statut spécial. Son eau était en effet la seule à être utilisée dans le Temple: elle servait par exemple pour la cérémonie de purification de l’eau, ניסוך מיים (Nissoukh mayim) lors de la fête de Soukot:

(dessin de Dafna Levanon)

En 1995, les archéologues Ronny Reich et Eli Shukron commencèrent à fouiller aux alentours de la source Gui’hon et ont découvert les restes de la piscine de Shiloa’h. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, elle est beaucoup étroite et ressemble à un canal alors que les textes nous la décrivent grande et proche d’un carré. Ceci parce que le reste du terrain sous lequel la piscine originelle se trouve appartient à l’Eglise orthodoxe grecque qui refuse toute recherche archéologique. 

Mais si la famille s’arrête au Shiloa’h, ce n’est pas seulement pour se purifier, c’est aussi pour remplir ses outres, se délasser, écouter les dernières nouvelles, les potins, trouver une chambre en ville et peut-être un conjoint pour les enfants…
Il était difficile de trouver une chambre en ville pendant les trois fêtes de pèlerinage. La ville était pleine à craquer. Les Yerushalmim* devaient accueillir gratuitement les pèlerins mais la coutume voulait qu’il reçoivent des cadeaux en retour. Cependant, il  est sûr que tout le monde ne pouvait pas loger à l’intérieur des murailles et les pèlerins campaient sur les collines avoisinantes.


Une fois reposés, ils entrent dans la ville et sont aussitôt happés par la foule qui déambule dans des rues  étroites et bordées de magasins.
Les archéologues ont découvert ici des poids et des tasses en pierre pouvant avoir servi de tasses à mesurer. Ils ont également découvert des tablettes en terre où étaient gravées les lettres ק ר ב ן (Kuf Resh Bet Nun) formant le mot Korban, sacrifice et en dessous du mot Korban, le dessin de deux oiseaux morts. C’étaient des écriteaux indiquant que le commerçant vendait tout ce qui était nécessaire pour les sacrifices. Il est logique de penser que la plupart des gens achetaient les animaux à sacrifier tout près du Temple à Jérusalem, plutôt que de s’embarrasser pendant le voyage d’animaux  qui risquaient de tomber malades voire de mourir.

Cette fois, la famille est prête à entrer dans la principale cour du Temple et traverse les portes de ‘Hulda, un ensemble de deux portes sur la partie ouest et d’une porte triple sur la partie est. 

On ne peut plus entrer dans les sous-sols du Temple. Ces portes sont  murées depuis l’occupation arabe et la construction de la mosquée d’El Aqsa. Cependant, même si le Waqf interdit de les ouvrir, on est sûr qu’elles menaient au Temple.
Elles sont d’ailleurs mentionnées dans la Mishna: Tous ceux qui entrent dans le Mont du Temple (par les portes de « Hulda) entrent à droite [est], se promènent et sortent à gauche [ouest]. . . (Mishna Midot 2: 2). Pourquoi des directives aussi précises?
C’est que le Sanhedrin avait décrété des sens de circulation pour réglementer les entrées et les sorties.
Une seule exception: Celui qui a connu un malheur, entre le mont du Temple par la gauche. (Quand on lui demande) Pourquoi entres-tu par la gauche? (Il répond) « parce que je suis en deuil« . [Ils répondent:] ‘Que Celui qui habite dans cette maison vous réconforte. (Ibid, 2: 2)

Le périple de la famille est achevé. Ils vont pouvoir apporter leurs sacrifices au Temple. Ils repartiront chez eux sans doute fourbus, attendus avec impatience dans leurs village, racontant leurs aventures et les enjolivant sans doute quelque peu, après tout que serait la vie sans quelques broderies…

 

A bientôt,

 

 

*Les trois fêtes de pèlerinage ou shalosh regalim: ce sont les fêtes de Pessa’h, Shavouot et Soukot. Le mot רגלים (regalim) vient de la racine ר ג ל (R G L) qui a donne le mot pied רגל (Reguel) et habitude הרגל(Herguel).
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/10/16/on-marche-au-pas-enfin-presque/

*L’arche d’alliance et Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/arche-dalliance/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

*Le goush Etsion:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/01/23/le-chemin-des-patriarches-4-le-goush-etzion/

*Mikve:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

*Dans la  Parachat Shkalim » (Shemot-Exode 30:11-16):
 L’Éternel parla à Moshe en ces termes:  « Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera au Seigneur le rachat de sa personne lors du dénombrement… Ce tribut, présenté par tous ceux qui seront compris dans le dénombrement, sera d’un demi-shekel… Quiconque fera partie du dénombrement depuis l’âge de vingt ans et au-delà doit acquitter l’impôt de l’Éternel. Le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins que la moitié du shekel,

*Le shekel est le nom de la monnaie israelienne depuis 1980. Avant, nous avions garde les livres (d’origine britanniques). Déjà en 1902, dans son roman l »Altneuland, Herzl parlait du shekel:
David se tourna vers la vendeuse: « Quel est le prix des gants des deux messieurs? »
« Six Shekels »
Kingskort ouvrit grand les yeux:
« Qu’est-ce que c’est que ça? »
David sourit: « C’est notre monnaie. Nous avons réintroduit notre ancienne monnaie.

*Les Yerushalmim: les habitants de Jerusalem. C’est quand même plus joli que les Hyerosolomitains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/03/02/nous-les-yerushalmim/

*Fouilles sur le Mont du Temple: Ce site se trouve depuis 1.300 ans sous la responsabilité des autorités musulmanes. En raison des sensibilités politiques et religieuses, aucune fouille archéologique méthodique n’a été permise sur le site. En 1967, après la guerre des six jours, Israël a malheureusement cédé le contrôle du Mont du Temple à l’administration du Waqf, organisation  en charge des sites musulmans.
La loi israélienne exige qu’avant  toute construction sur un site archéologique, des fouilles de sauvetage soient entreprises. Mais en 1999, dans le cadre de la construction de l’entrée d’une nouvelle mosquée, l’administration du Waqf a illicitement creusé une grande fosse sur le Mont du Temple, ignorant la loi. A peu près 400 camions ont déversé 9000 tonnes de terre et de gravats remplis d’artéfacts dans la vallée du Kidron, à quelques kilomètres de là. Les archéologues israéliens les ont aussitôt récupérés et y ont trouve des trésors.

 

 

 

 

 

 

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Qui connait le UN? אחד מי יודע

L’un des chants les plus populaires du Seder est le E’had mi yodea. Il se présente comme une simple comptine mais réaffirme les principes fondateurs de nos traditions:

Qui connait le (nombre) UN?
Moi je le connais, UN c’est notre Dieu qui est dans les cieux et sur la terre
Qui connait le DEUX?
Je connais le DEUX. Deux, ce sont les tables de l’alliance (tables de la Loi)
Qui connait le TROIS?
Je connais le TROIS. Trois, ce sont nos patriarches
Qui connait le QUATRE?
LE Connait le Quatre. Quatre, ce sont nos Matriarches
Qui connait le CINQ?
JE connais le CINQ. Cinq, ce sont les livres de la Thora
Qui connait le SIX?
Je connais le SIX. SIX, ce sont les traites de la Mishna
Qui connait le SEPT?
Je connais le SEPT: Sept, ce sont les jours de la semaines
Qui connait le HUIT?
Je connais le HUIT. Huit, ce sont les 8 jours jusqu’à la Mila
Qui connait le NEUF?
JE connais le NEUF. Neuf, se sont les neufs mois de la grossesse
Qui connait le DIX?
Je connais le DIX: Dix, ce sont les dix Paroles
Qui connait le ONZE?
Je connais le ONZE. Onze, ce sont les étoiles (du rêve de Yossef)
Qui connait le DOUZE?
Je connais le DOUZE. Douze, c’est le nombre des tribus
Qui connais le TREIZE?
Je connais le TREIZE. Treize ce sont les treize Attributs* de Dieu

(tableau de David Baruk Wolk: E’had mi yodea)

Mais que signifient ces nombres dans notre tradition? Tout d’abord, il faut comprendre que les mots utilisés dans le cadre du Tanakh s’analysent d’une façon complexe: on doit étudier vers quoi nous renvoient leur racine, leur graphie, leur place dans le texte et chaque découverte nous emmène vers une autre…
J’essayerai ici de vous en donner un petit aperçu pour chacun des nombre de ce chant: chacun d’entre eux, par sa représentation graphique, sa place dans l’alphabet et sa racine, est beaucoup plus qu’un simple numéro.

Un: אחד (E’had), notre Dieu

UN, e’had,  est représenté par un א (alef), la première lettre de l’alphabet. Le nom de cette lettre provient de la racine א -ל -פ (A L F). Alef signifie  enseignement ainsi qu’on peut le lire dans le livre de Yov (Job, 33,33)  :
« Si non, c’est à toi à m’écouter; tais-toi, et je t’enseignerai la sagesse »
אִם-אַיִן, אַתָּה שְׁמַע-לִי; הַחֲרֵשׁ, וַאֲאַלֶּפְךָ חָכְמָה.
De plus, א
Alef, c’est aussi la première lettre du mot אלהים (Elohim), Dieu, et qui serait un plus grand enseignant que lui? C’est aussi par cet א, première lettre d’אלהים Elohim et donc lettre créatrice, qu’Adam, אדם, est un être vivant et non plus une simple substance matérielle terrestre, דם, dam, le sang et issu de  אדמה, adama, la terre.
Enfin et surtout, c’est le א qui  qui indique l’unicité du créateur, ce qui pour nous ne peut pas être relativisée. Comme l’écrivait le Rambam (Maimonide):
Dieu est Un. Il Est non pas Un et Unique, mais l’Un et l’Unique – fondement du monothéisme, pour lequel non seulement il n’y a qu’Un Créateur du monde, mais en outre, Il ne fait qu’Un avec le Dieu providentiel garant de la morale, et du libre arbitre de l’homme. S’Il Est nommé par différents Noms, c’est que les hommes sont incapables de Le comprendre, de Le cerner car Il les transcende complètement. Ils ne peuvent que qualifier par un nom différent chacune de Ses qualités ou de Ses modes d’intervention dans le monde.
Quand on veut compter on utilise le mot אחד  e’had plus souvent que א alef mais quand on rajoute אחד, e’had, un, après un nom cela veut dire un seul. Alors dire que Dieu est Un, signifie pour nous qu’il n’y en a pas d’autre. C’est tellement sérieux qu’un Juif athée dira: pour nous, il n’y a qu’un Dieu et moi je n’y crois pas!

Deux: שניים (
Shnayim), les Tables de l’alliance


Le nombre deux est représenté par la lettre ב, qu’on prononce Beit, comme le mot Bayit ou Beit, qui signifie maison, monde et parfois famille ou peuple. On voit d’ailleurs que la graphie de la lettre est celle d’une maison stylisée.
Si elle n’est qu’à la deuxième place dans l’alphabet, c’est pourtant par elle que débute le premier mot de la Thora, ברשית (Bereshit), au commencement de… ou par le principe de…*
L’ouverture vers la gauche de la lettre ב nous indique le sens de la lecture (de droite à gauche). La lecture, c’est l’étude et celle-ci doit se faire dans notre maison-monde. Nous devons toujours y être reliés, en suivant les enseignements de nos pères et en recoupant sans cesse nos sources. Il est significatif qu’en hébreu, les mots père, אב,  et mère, אם, commence par un א (alef) et que les mots בן, fils et בת, fille par un ב, beit. Ce sont les enfants qui reçoivent l’enseignement par transmission. La transmission a lieu au niveau des familles et au niveau du peuple, comme il est écrit dans le Traité des Pères, פירקי אבות (Pirkei Avot): Moshe reçut la Torah au Sinaï et la transmit à Yoshua ; Yoshua la transmit aux Anciens, les Anciens aux Prophètes et les Prophètes la transmirent aux Hommes de la Grande Assemblée.
Le nombre deux, se prononce שניים  (shnaim). Ce mot vient de la racine שנה (SH, N, H) qui signifie répéter et qui a donné le mot שנה (Shana), l’année (les mois et les saisons qui se répètent), et le mot משנה, Mishna, répétition (par écrit) de la loi orale.
Or la transmission se fait par la répétition depuis le premier enseignement, celui donné aux Hébreux au Sinaï. A ce moment là, Moshe reçoit les deux tables de l’alliance où est gravé le résumé pédagogique de nos lois fondamentales et qui  commence par le mot אנוכי (anokhi).
Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage
אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים
On voit là combien sont liés l’enseignant א et celui qui étudie dans la maison ב

Trois: שלוש (Shalosh):

Voici nos trois patriarches, Avraham, Yits’hak et Yaakov.
Trois est représenté par la lettre ג, guimel, lettre composée de deux pieds tenant fermement la ligne. Trois se prononce שלש (shalosh), mot composé de deux consonnes reliées symétriquement par une troisième. Selon nos commentateurs, la graphie du ג et la symétrie de ces trois consonnes représentent tout à fait nos trois patriarches: Le grand-père Avraham, le père Yits’hak sont les fondateurs de la lignée, tandis que le fils, le troisième, Yaakov deviendra Israel et sera le père des 12 tribus.
Vous connaissez tous le mot gamal, le chameau, animal de bât, indispensable aux échanges entre les hommes du Moyen-Orient: son nom s’écrit comme le mot guimel גמל. Pour nos Sages,  le chameau n’est pas un simple animal, car la racine גמל signifie aussi bonté et même sauvetage.  Il se référent ainsi à l’histoire de Rivka puisant de l’eau pour les chameaux d’Eliezer (Bereshit 24-19):
Après
lui avoir donné à boire, elle dit: « Pour tes chameaux aussi je veux puiser de l’eau, jusqu’à ce qu’ils aient tous bu ».
וַתְּכַל, לְהַשְׁקֹתוֹ; וַתֹּאמֶר, גַּם לִגְמַלֶּיךָ אֶשְׁאָב, עַד אִם-כִּלּוּ, לִשְׁתֹּת
Par ce acte de bonté, Rivka sera jugée digne d’épouser Yits’hak et de devenir ainsi l’une de nos matriarches. C’est ce qui fait dire à nos commentateurs que si la lettre ג vient juste avant le ד (dalet) c’est pour venir au secours du pauvre דל (dal).

Quatre: ארבע

Voici nos 4 matriarches, Sarah, Rivka, Ra’hel et Lea, elles aussi fondatrices du peuple.
La racine du mot quatre, ארבע (arba) est  רבע, elle a donné les mots quart, carré et elle représente aussi la maison-ferme des Bnei Israel, telle qu’on en a retrouvé la trace lors de fouilles archéologiques*. Une maison avec quatre parties bien définies: l’habitation proprement dite, l’étable, le hangar à grains et le mikvé*.
Le nombre 4 est représenté par la lettre ד, (dalet), qui signifie porte, ouverture et dont la graphie est celle d’un coin de tente relevé. Il s’agit bien sur de l’ouverture vers les autres mais aussi vers la connaissance ultime que permet le ב (Beit). En s’engouffrant par l’ouverture du ד, on entre dans l’intimité de la tente c’est à dire de la Thora, première étape qui mènera  au פרדס Pardes (qui a donné en français le mot paradis) mot lui-même formé des 4 lettres פרדס, indiquant les 4 étapes nécessaires pour arriver à la connaissance ultime*.

Cinq: חמש

Les cinq livres de la Thora.
La racine du mot  חמש (‘hamesh) peut signifier armer et rassembler. Les  linguistes pensent que c’est parce que les armées se divisaient traditionnellement en 5 corps: les 2 ailes, le corps principal, les fourgons, et l’arrière.
Mais pour nous, ce sont les cinq livres de la Thora. Pourquoi? parce que la lettre ה (He), qui représente le nombre 5, se prononce dans un souffle et symbolise l’esprit divin. Le ה (He), nous renvoie au cinquième jour de la création, la vie animale commence à se développer ainsi qu’il est écrit dans le livre de Bereshit:
Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés. Le texte en français n’apporte rien de particulier mais en hébreu c’est bien sûr autre chose:
אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִם.
Le groupe de mots « quand ils furent crées », בְּהִבָּרְאָם, comporte un ה (he) apparemment superflu mais qui indique que Dieu a crée le monde avec le ה (He). On retrouve aussi l’idée de l’implication divine dans le nom dAvraham qui passera de  אברם Avram à אברהם (Avraham) lors de son alliance avec Dieu, concrétisée par la circoncision

Six: שש

Les 6 traités de la Mishna
Le nombre 6, שש, se prononce shesh et est représenté symboliquement par la lettre ו (vav) qui signifie crochet. Comme la lettre ג (gimel), sa forme en crochet permet de relier les maillons de la chaîne humaine mais elle fait plus que cela: elle relie entre elles les six étapes de la création, elle relie l’humain au divin, sorte d’échelle de Yaakov, comme il est écrit dans Bereshit 28,12):
Il (Yaakov) eut un songe que voici: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle וַיַּחֲלֹם, וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה, וְרֹאשׁוֹ, מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה; וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים, עֹלִים וְיֹרְדִים בּוֹ.

Sept: שבע

Les sept jours de la semaine
Le nombre 7, שבע, se prononce sheva. שבע (sheva) signifie 7 mais aussi serment. Ainsi, il est écrit dans Bereshit 21,31:
עַל-כֵּן, קָרָא לַמָּקוֹם הַהוּא–בְּאֵר שָׁבַע: כִּי שָׁם נִשְׁבְּעוּ, שְׁנֵיהֶם
Aussi appela-t-on cet endroit Beer Sheva , car là ils jurèrent l’un et l’autre.
Il s’agit d’un serment entre Avraham et le roi Avimelekh au sujet de la propriété d’un puits.
Ce nombre est représenté symboliquement par un ז (Zayin) une épée, comme l’indiquent son nom et sa graphie.
Le 7 renvoie aux sept jours de la semaine. Pendant les six premiers, l’homme se bat (d’où l’épée) pour survivre mais le septième jour, il se repose. Comme Dieu a crée le monde pendant 6 jours et a ensuite laisse le septième pour le repos humain, en contrepartie chaque septième jour, l’homme laisse une place à Dieu en respectant le shabbat. Mais le shabbat est également porteur d’espérance, celle de déboucher sur une totale harmonie entre l’homme, la création et Dieu, ce qui sera l’ère messianique. Dans cette perspective, au lieu de recommencer une semaine de 7 jours à la fin de chaque shabbat, nous pourrions entrer dans un huitième jour d’harmonie totale.

Huit: שמונה


Les huit jours jusqu’à la circoncision.
Ce nombre 8 se prononce comme le mot péché חאת! De plus il est représenté symboliquement par la lettre, ח (‘het) dont la graphie, ouverte seulement vers le bas est signe de négativité. Heureusement pour elle, elle est aussi l’initiale du mot חיים, (hayim) la vie!
De plus, sa huitième place dans l’alphabet est très particulière. Autant le nombre sept représente l’ordre naturel, autant le huit représente un dépassement de cet ordre ainsi qu’on vient de le voir. Selon le judaïsme, l’ordre naturel du monde n’est pas suffisant, le monde n’étant pas parfait. Il faut le dépasser et arriver à cette totale harmonie entre la création et le créateur, qui ne sera possible que lors de l’avènement messianique. On retrouve cette idée dans le choix du huitième jour, choisi pour la circoncision, concrétisation physique de l’alliance avec le créateur.

Neuf:טשע

Les 9 mois de gestation.
Là encore, il s’agit de création, celle de l’être humain: le nombre 9 est représenté symboliquement par la lettre ט dont la forme est un petit yod-créateur en haut que protège un réceptacle, l’utérus humain. On la trouve pour la première fois dans le livre de Bereshit (1,4) sous le mot טוב tov, bon:
Dieu considéra que la lumière était bonne
וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת-הָאוֹר, כִּי-טוֹב
Certains avancent que le mot rosée טל, tal, métaphore traditionnelle de la Thora est l’association du ט, la bonté créatrice, au ל, L, lettre initiale de l’étude לימוד (limoud).

Dix:עשר
Les dix Paroles (10 Commandements).
Le nombre 10 est représenté par la lettre י, yod, la plus petite lettre de l’alphabet, à peine plus grande qu’un point et qui pourtant peut-être la main, יד ,yad, c’est à dire l’action de Dieu dans le processus de la création. Sa petitesse nous rappelle que ce point est le résultat du retrait divin,  צמצום, tsimtsoum*, pour faire place à ses créatures.
On retrouve le י, yod, dans la graphie du א, aleph, compose de deux yod, י,  et d’un vav, ו, en son centre.
Comme ce nombre dix, qui se prononce Esser, s’écrit avec la racine עשר qui veut dire s’enrichir, accumuler, le traite Taanit de la Mishna fait un parallèle éducatif entre ce mot dix et la signification de la racine עשר et nous enjoint d’être généreux: Tu donneras la dîme pour t’enrichir.
Les 10 paroles divines, écrites sur les tables de l’alliance,  présentent non seulement les lois fondamentales de la Thora, mais également « la carte de visite » de Dieu libérateur du peuple d’Israel: « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage ». Jusqu’à présent, ont été évoques les trois patriarches et les quatre matriarches, fondateurs biologiques du peuple d’Israel, mais maintenant, il s’agit du texte des 10 paroles, fondateur de la  de la nation.
De plus, nos Sages nous rappellent que si 10 hommes, le minyian, sont  nécessaires à la prière publique, c’est en souvenir des 10 justes qui auraient pu justifier le sauvetage de la ville de Sodome.

Dans cette rapide analyse des lettres et de leur signification, j’ai emprunté les interprétations mystiques de nos Sages qui usent de symboles. La mystique est ce qui me donne à penser, en cherchant au delà du texte son sens caché, tout en restant dans les limites fixées par le ב. Comme disait Abraham Heshel: L’étude juive ne se finit jamais. Le texte contient une dimension infinie et se prête à un renouvellement de l’interprétation jamais abouti. Un sens n’en exclu jamais un autre.

Je ne vous ai pas donné toutes les interprétations que je connaissais (et j’en ignore encore beaucoup), je n’ai pas non plus utilisé la guematria* (dont la caricature est la numérologie), car mon article aurait été vraiment trop long! Mais comme le disait Rabbi Akiva: Dans la Tora, rien n’est superflu, on n’y trouve pas un mot, pas une syllabe, pas une lettre, pas un signe qui n’ait sa raison d’être.
C’est pourquoi, je vous propose de continuer et de trouver vos propres interprétations avec les nombres suivants qu’on retrouve dans ce chant: onze (les 11 étoiles du rêve de Yaakov), douze (les 12 tribus) et treize (les 13 articles de foi de Maimonide). Le  onze יא est représenté par la combinaison des lettres י yod et א aleph., le douze יב par celle des lettres י yod et ב beit et le treize, יג par celle des lettres י yod et ג guimel.

Et si cela vous semble trop sérieux ou ennuyeux pour cette fin de Pessa’h, écoutez simplement ces différentes versions du chant E’had mi yodea:

La version classique, en hébreu

La version en judeo-espagnol

Celle-ci est en judeo-italien

 

En judeo-arabe

Et en yiddish

 

A bientôt

* Le chant de E’had mi Yodea: Pendant longtemps, il a été considéré comme un emprunt à une ritournelle allemande du Moyen-Age, mais on a découvert depuis une version bien plus ancienne et orientale dans la gheniza de la synagogue Ibn Ezra de Fostat, au Caire. Elle a sans doute été intégrée aux chants de la Haggadah ultérieurement. La version orientale ne comporte que douze strophes. Pour le professeur Sharvit de l’université Bar Ilan, la treizième a été ajoutée pour la distinguer des comptines chrétiennes qui n’en comptaient que douze (comme chacun sait, le 13 porte malheur en Occident).

* Bereshit ne signifie pas au commencement mais selon de nombreux commentateurs il s’agit d’une forme grammaticale, l’état-construit. On appelle état-construit un ensemble de deux noms, dont le second détermine ou précise le premier. Littéralement on pourrait traduire Bereshit par En tête de... Dans ce cas, le deuxième mot manque et l’analyse de cet état construit incomplet fait l’objet de plusieurs commentaires qui enrichissent la compréhension du texte de Bereshit.

* La maison en 4 parties:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/14/a-la-recherche-de-larche-perdue/

* Les lettres enluminées de Jen Taylor Friedman , http://www.hasoferet.com/about/index.shtml)

* Pardes:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pard%C3%A8s_(Kabbale)

* Les treize attributs de Dieu ou articles de foi rédigés par Maimonide (le Rambam):
http://letalmud.blogspot.com/2010/01/les-13-articles-de-foi-de-maimonide.html

* Le tsimtsoum: Cette thèse, développée par Louria, Na’hmanide et de nos jours par Guershom Sholem,  part de l’idée que la transcendance divine, le Ein sof, par définition Infini, ne peut laisser une place à la création, que s’Il opère une « contraction » sur Lui même. La création n’a été possible que par « le retrait de Dieu en Lui-même », ce qui est désigné par le mot tsimtsoum. De là nos commentateurs déduisent que la principale attitude morale est celle qui consiste à ménager une place pour l’autre…

* Guematria: La gematria est une forme d’exégèse propre au Tanakh dans laquelle on combine la valeur numérique des lettres et des phrases afin de trouver des voies supplémentaires d’interprétation. Gematria, Temura et Notarikon sont les trois procédés de la combinatoire des lettres (hokmat ha-tseruf), pour déchiffrer la Torah. La littérature talmudique reconnaît l’intérêt de la gematria mais met en garde les profanes contre son usage abusif à l’encontre des règles qui le codifie et par voie de conséquence contre le risque de superstition.

 

 

Le chemin des Patriarches (9)

Je m’aperçois que j’ai laissé les Patriarches en Samarie*. Il est temps qu’ils reprennent leur route.
Cette fois, ils sortent de Samarie  et vont droit vers le nord à travers la Galilée,  dans leur pérégrinations vers les oasis de Syrie.

(le chemin des Patriarches est en bleu foncé sur la carte)

Ils descendent les sentiers escarpés des monts de Samarie et grimpent certainement sur le Tel Megiddo pour admirer la vue; une très large vallée s’étend à leurs pieds: la vallée de Yezreel.


Megiddo est une bonne étape pour les Patriarches.
Ce n’est pas alors  un site archéologique mais un bourg fortifié. Situé sur une colline et entre deux sources d’eau, son emplacement est idéal. C’est un point stratégique important qui domine le carrefour principal de deux des plus importantes routes commerciales de l’époque: la route sud-nord qui aboutit en Phénicie et la route sud-est qui se poursuit sur les hauteurs du Golan et mène à Damas et en Mésopotamie.
La ville est mentionnée de nombreuses fois dans le Tanakh, elle se trouve sur le territoire de la tribu de Menashe bien que celle-ci n’ait jamais vraiment pris le contrôle de son territoire:
Pour Menashe, il ne déposséda point les gens de Beth-Shean et de ses dépendances, ceux de Taanakh et de ses dépendances, ni les habitants de Dor et de ses dépendances, ni ceux de Yivleâm avec les siennes, ni ceux de Megiddo avec les siennes, le Cananéen persistant à demeurer dans ce pays. (Juges 1 27)

Mais n’anticipons pas. Nous ne sommes pas encore à la période des Juges.
Il y a donc déjà à l’époque des Patriarches une ville prospère et organisée. Megiddo est un site extraordinaire pour les archéologues: on n’y compte pas moins de 30 couches archéologiques, donc 30 villes empilées les unes sur les autres. On passe des Cananéens, aux Hébreux, on découvre que le roi Salomon y fit construire un palais somptueux* et de célèbres écuries dont les archéologues pensent qu’elles pouvaient contenir de 400 à 500 chevaux. On découvre ensuite des ruines datant de la dynastie des Omrides et aussi des signes d’une présence militaire égyptienne (c’est loin de chez eux mais les Égyptiens avaient un peu partout des avant-postes fortifiés qui contrôlaient le commerce de Moyen- Orient).
La taille des murailles , la porte dite à triple tenaille,

(Une photo de la porte à triple tenaille de ‘Hatzor en Galilée. Elle est en meilleur état que celle de Megiddo. Site bible.archeologie.free.fr)

le système hydraulique très complexe, construit sous le roi d’Israel Yeroboam II. La galerie souterraine se trouve à 25 m de profondeur et débouche sur une grotte

(site antikforever.com)

ainsi que l’importance du palais et des écuries nous montrent que Megiddo fut, pendant plus de deux millénaires avant l’ère chrétienne, une ville d’une grande importance stratégique, militaire et commerciale.

Puis la ville décline. Il n’y a plus de traces ensuite d’un quelconque habitat suivi. Megiddo n’intéresse pas vraiment les Grecs ni même les Romains. Ils préféreront rejoindre leurs décapoles* en longeant la côte vers le nord.
Ensuite, les Arabes la laisseront de côté: ce sont des nomades et non des cultivateurs. La vallée si fertile sera abandonnée et deviendra une zone plus ou moins marécageuse.
Pourtant, les restes d’une église byzantine ont été découverts.

Ce qui s’explique car Har Megiddo (הר מגידו ), montagne de Megiddo, bien que ce ne soit qu’une petite colline, est mentionnée dans le livre de l’Apocalypse (Nouveau Testament) sous le nom de Armageddon.
« ... Ce sont des esprits de démons, qui font des prodiges, et qui vont vers les rois de toute la terre, afin de les rassembler pour le combat du grand jour du Dieu tout-puissant.
Voici, je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille, et qui garde ses vêtements, afin qu’il ne marche pas nu et qu’on ne voie pas sa honte !
Ils les rassemblèrent dans le lieu appelé en hébreu Harmaguédon… Et la grande ville fut divisée en trois parties, et les villes des nations tombèrent. »
Le site verra même la visite du pape Paul VI en 1964.

En bas du Tel Megiddo, tout à côté, se trouve un charmant kibboutz nommé lui aussi Meggido.

Mais nous sommes déjà dans la vallée de Yizreel, si fertile que son nom יזרע-אל signifie Dieu a semé.
Les Patriarches vont traverser des hameaux et des champs cultivés. Ils ne le savent pas encore, mais environ 1000 ans après leur passage, c’est là que Dvora combattra Sisera, le Madianite:
Or Dvora, une prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque… Alors Dvora dit à Barak: « En avant! car c’est aujourd’hui que le Seigneur livre en tes mains Sisera; n’est-ce pas Dieu même qui marche devant toi? » … Debout, debout, Dvora! Eveille-toi, éveille-toi, et chante!… (livre des Juges chap 4 et 5)

Ici, Esther Rada chante le chant de Dvora lors des festivités du Yom Haatsmaout (fête de l’indépendance de l’état) en 2014.

Ce n’est qu’au 19 siècle que les premiers pionniers s’y installeront en achetant des terres à la famille libanaise des Sursuk,  l’un des plus gros propriétaires  fonciers de la vallée.
Dans les années 1870*, le gouvernement turc vendit des terres en Palestine* mais limita l’achat à des ressortissants ottomans non Juifs. C’est ainsi qu’une famille chrétienne de Beyrouth, les Sursuk, devint l’un des plus gros propriétaires fonciers de la région.
Bien que la vente de terres à des Juifs fut interdite par la loi, la famille Sursuk  ainsi que le gouvernement des Jeunes Turcs, toujours à court d’argent, étaient intéressés à ces transactions. En effet, le prix des terres était très élevé, bien plus élevé que leur valeur réelle d’autant que les organisations juives  indemnisaient aussi les familles des paysans arabes qui y vivaient… Après une interruption due à la première guerre mondiale, les transactions reprendront  jusque dans les années 30. Les dirigeants britanniques ne s’en mêlèrent pas jusqu’à ce que le mukhtar de Nazareth (qui pourtant ne se trouve pas dans la vallée de Yezreel) lance à plusieurs reprises des émeutiers contre les kibboutzim nouvellement créés et les anglais les interdirent à nouveau.

Dans la vidéo ci-dessous on voit le travail d’assèchement de la vallée en 1938, par les kibboutznikim de Ein ‘Harod Tel Yosef* et de Ein Dor:

Comme la plupart des noms des lieux que nous traversons, les noms de Ein ‘Harod et Ein Dor sont mentionnés dans le Tanakh.
Ein ‘Harod, la source de ‘Harod, est présentée dans le livre des Juges (chapitre 3) comme le lieu d’une des batailles de Gideon contre les Madianites. Il semble même que ‘Harod provienne de la  racine חרד (‘harad) qui signifie trembler. Ce serait en fait la source du tremblement (ou de ceux qui tremblent) ainsi qu’il est écrit:
Dès le matin, Yérubaal autrement dit Gédéon alla se camper avec tout son monde près d’Ein ‘Harod, ayant ainsi au nord le camp de Madian, qui commençait à la colline de Moré et s’étendait dans la vallée… et Dieu lui dit: … porte aux oreilles du peuple cet avis: Que ceux qui ont peur et qui tremblent (מִי-יָרֵא וְחָרֵד) rebroussent chemin et tournent du côté de la montagne de Guilaad…


Quant à Ein Dor, c’est là que le roi Shaoul, épuisé et désespéré fit invoquer l’esprit du prophète Samuel par une sorcière et l’entendit lui annoncer:
... Et il (Dieu) livrera également Israël, avec toi, au pouvoir des Philistins: demain, toi et tes fils vous serez où je suis, et l’armée d’Israël sera livrée par le Seigneur aux Philistins.

(le kibboutz Ein Dor aujourd’hui)

 

A bientôt,

*Ceci est le 9 ème article intitulé le chemin des Patriarches

* Le palais: En fait; il y en a deux: Le premier est attribué au roi Salomon par Yigal Yadin et le second a sans doute été construit bien plus tard par la dynastie des Omrides qui gouverna le royaume d’Israel, donc après le schisme qui suivit la mort du roi Salomon.

*La porte à triple tenaille: On en a trouvé sur les sites archéologiques de Megiddo, ‘Hatzor, Ashdod et Guézer

*Les décapoles:
https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9capole_(Proche-Orient)

*Le kibboutz de Tel Yosef a été fondé par des immigrants de la troisième alyia appartenant au bataillon du travail:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/07/10/un-garcon-semblable-a-un-cedre/

 

 

Un peu de lumière!

 

Hanouka est terminée, les bougies se sont consumées.

On dirait cependant que la lutte de la lumière contre l’obscurité et surtout l’obscurantisme ne l’est pas. Chez nous, un nouvel attentat* : 9 blessés parmi des gens qui attendaient le bus à la sortie du village d’Ofra.. Parmi eux deux blessés très graves : une jeune femme enceinte  de 21 ans et son mari, Shira et Ami’haï. La jeune femme semble se remettre mais son bébé n’a pas survécu.

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Et puis, je viens d’apprendre qu’un attentat avait eu aussi lieu à Strasbourg…
Aussi j’ai voulu vous parler de lumière, de chaleur.
Vous connaissez certainement le mot אור (or), la lumière, mais il existe aussi une racine moins courante, נור (NOR), présente en hébreu comme en araméen, et d’ou proviennent les mots bouton d’or נורית (nourit), bougie (ner) נר et chandelier מנורה(menora). On peut même rajouter à cette liste le mot tunnel* (minhara)  מנהרה!
Même si vous ne connaissez pas l’hébreu, vous avez entendu parler de la menora du Temple qui est aussi un des symboles de l’état d’Israel.


Maintenant de nos jours, une menora est aussi un simple luminaire dans lequel on place une נורה (noura) une ampoule électrique.
Et pour le bouton d’or et le tunnel ?
Pour le bouton d’or, le rapport est évident: sa belle couleur jaune orangée fait qu’on l’appelle נורית  (nourit). Tout simplement !

Mais pour le tunnel מנהרה (minhara)?
Ce mot Il n’apparaît qu’une seule fois dans le Tanakh, dans le livre des Juges (6, 2) :
« Accablés par la supériorité de Madian, les Israélites, pour y échapper, utilisèrent les tunnels des montagnes, les grottes et les forteresses. »
וַתָּעָז יַד-מִדְיָן, עַל-יִשְׂרָאֵל; מִפְּנֵי מִדְיָן עָשׂוּ לָהֶם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, אֶת-הַמִּנְהָרוֹת אֲשֶׁר בֶּהָרִים, וְאֶת-הַמְּעָרוֹת, וְאֶת-הַמְּצָדוֹת
En ce moment l’armée détruit les tunnels à la frontière du Liban, tunnels que nos abominables voisins du ‘Hezbollah ont construit depuis leurs villages jusque chez nous, pour infiltrer des terroristes en Galilée. Vous avez aussi entendu parler des mêmes tunnels construits par le ‘Hamas* et régulièrement détruits. J’espère que l’armée n’en n’oubliera pas un seul !


(Ci-dessus, la destruction d’un premier tunnel, creusé à 5 mètres de profondeur dans le rocher, depuis des maison du village libanais Kfar Kile et pénétrant sur 40 mètres dans le territoire israélien à côté de la bourgade de Metulla)

Où est le lien avec la lumière? Un tunnel est plutôt sombre. C’est sans doute que contrairement à un puits ou une grotte, le tunnel qui nous protège sort à l’air libre et à la lumière. Cela me fait penser à l’architecture du bâtiment central de Yad Vashem où après une visite éprouvante dans des salles de béton brut et gris sombre, on monte vers la sortie pour accéder à un panorama réconfortant : celui des collines environnant la ville de Jerusalem.

Cette racine NOR, ne se trouve qu’une seule fois dans le livre du prophète de Daniel (7 10). Et là, on est bien loin de la lumière de la menora ou de la réconfortante sortie vers la lumière à la fin du tunnel: il est question d’un fleuve de feu !
Un torrent de feu jaillissait et s’épandait devant lui , mille le servaient et dix mille myriades se tenaient en sa présence. Le tribunal entra en séance et les livres furent ouverts…
נְהַר דִּי-נוּר, נָגֵד וְנָפֵק מִן-קֳדָמוֹהִי, אֶלֶף אלפים (אַלְפִין) יְשַׁמְּשׁוּנֵּהּ, וְרִבּוֹ רבון (רִבְבָן) קָדָמוֹהִי יְקוּמוּן; דִּינָא יְתִב, וְסִפְרִין פְּתִיחוּ

Mais on la trouve encore dans l’expression זיקוקין די נור  (zikoukin di nour)  dans le Talmud de Babylone où elle signifie étincelles de feu. Aujourd’hui ce sont des feux d’artifices.

Mais avec quoi s’éclairait-on ? Les bougies de cire étaient rares et chères, La plupart du temps on s’éclairait avec des lampes à huile.

Pour les lumières de shabbat et des fêtes, nous ne pouvions pas utiliser n’importe quelle huile ou n’importe quelle mèche. במה מדליקים (Bame* madlikim) Avec quoi allume-t-on? s’interroge le Talmud. Évidemment les avis diffèrent…
Le Dr Ne’hama Sukenik et son équipe d’archéologues viennent de faire une découverte rare dans le désert du Neguev à Shivta: un פתיל (ptil), une mèche de lampe à huile en lin, datant de 1500 ans qui doit son bon état de conservation à l’aridité du désert et au fait qu’elle était protégée par un petit étui en cuivre.

פתילה להדלקת נר שמן בת 1500 שנה התגלתה בשבטה שבנגב (מערכת וואלה! NEWS , קלרה עמית, רשות העתיקות)

(photo Klara Amit, site travel.walla.co.il)

Tout au long de l’année nous allumons des bougies: celles de shabbat, celles des fêtes, celles qui nous servent à traquer le ‘hametz juste avant pessah*. Il y a aussi celles qui commémorent le souvenir de nos proches lors des yarhrzeit, celles du Yom Hashoah, du Yom Hazikarone qui se transforme en jour de joie avec les torches de Yom Haatsmaout:


Heureuse est l’allumette qui se consume en allumant des flammes
Heureuse est la flamme qui a brûlé dans le secret des cœurs,
Heureuses sont les flammes qui ont su s’éteindre dans l’honneur,
Heureuse est l’allumette qui se consume en allumant des flammes!*

Sa bougie éclairera le monde. C’est un souhait de longue vie pour quelqu’un dont la conduite morale est un exemple.
C’est ce que je vous souhaite dans ce monde violent, ignorant et obscur
Portez-vous bien

A bientôt,

* Bien que l’auteur de l’attentat soit Salah Barghouti, le fils du chef du ‘Hamas en Judée Samarie, le Fata’h a aussi revendiqué cet attentat. Merci à tous ceux qui accueillent Ma’hmoud Abbas avec les honneurs! Ici avec Anne Hidalgo la maire de Paris:

https://www.jforum.fr/tsahal-tue-le-fils-du-chef-du-hamas-lie-a-lattaque-dofra.html

* Il s’agit là de ce qu’on appelle une racine sœur. La racine נהר (NaHaR)  veut dire un flux, une émission: soit un flux d’eau et donc une rivière, soit un flux de lumière.Tunnels terroristes du ‘Hamas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/05/les-enfants-de-gaza/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

*Ba Me et non Be Ma comme on dirait maintenant. Il s’agit de l’hébreu de la Mishna

* Vérification de l’absence de ‘hametz avant Pessah avec une bougie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/05/un-menage-ethique/

* Poème de Hanna Szenesh:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Szenes

 

Bleu azur, sionisme et margarine

 

En ce moment se tient au Musée des Pays de la Bible une exposition sur les couleurs de prestige dans les civilisations du Moyen-Orient antique et en particulier sur la couleur bleu, תכלת (tekhelet)*.

La couleur bleue a toujours eu une signification particulière dans la vie des Juifs. Selon la Guemara, le bleu fait penser à la mer et au ciel, donc aux eaux d’en haut (le ciel) et les eaux d’en bas (la mer)* et nous donne une petite idée de ce qu’est la grandeur de Dieu. Et c’est ainsi qu’il fut ordonné aux Juifs de placer un fil bleu, תכלת (tekhelet), dans les tsitsit* aux 4 coins de leur châle de prière le talith:
Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges (tsitsit) aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. (Nombres- Bamidbar 15,38)
דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת.
Le תכלת (tekhelet) est une couleur bleu/indigo extraite d’un mollusque appelé חילזון (‘hilazon) qu’on ne trouve dans la Mer Méditerranée qu’entre ‘Haifa et la ville de Tyr au Liban.

Cette espèce étant inconnue en dehors de cette région, les Juifs dispersés en Galout ne purent que supputer sa couleur véritable. Rashi* estimait qu’il s’agissait d’une nuance foncée, raison pour laquelle les taliths des Ashkenazes sont traditionnellement rayés de noir, tandis que le Rambam (Maimonide) penchait pour un bleu clair, raison pour laquelle les taliths sépharades sont rayés de  bleu.

A la fin du 19 ème siècle il fut question de choisir un drapeau, qui exprimerait l’identité du peuple juif et son aspiration nationale. Mais nous n’avions jamais eu de drapeau! Il est vrai qu’à plusieurs reprises entre le 14 et 17 siècles, les Juifs d’Ofen (Budapest) et de Prague,  avaient reçu le droit de hisser une bannière à fond rouge avec un motif juif, une étoile à 6 branches. Cette bannière reprenait un motif juif courant, qu’on trouve déjà gravé sur des pierres bien avant l’ère chrétienne, et appelée מגן דוד (Maguen David) ou Bouclier de David, ancêtre du Mashia’h selon la tradition.
Les 6 branches du bouclier représentent les qualités du Mashia’h: 1-l’esprit de sagesse, 2-d’intelligence, 3-l’esprit de conseil, 4- et de force, 5-l’esprit de science et 6-de crainte de Dieu.
Comme l’écrivait le prophète Ishayahou.

וְיָצָא חֹטֶר, מִגֵּזַע יִשָׁי; וְנֵצֶר, מִשָּׁרָשָׁיו יִפְרֶה. ב וְנָחָה עָלָיו, רוּחַ יְהוָה–רוּחַ חָכְמָה וּבִינָה, רוּחַ עֵצָה וּגְבוּרָה, רוּחַ דַּעַת, וְיִרְאַת יְהוָה.
Or, un rameau sortira de la souche de Ishaï (le père de David), un rejeton poussera de ses racines.  Et sur lui reposera l’esprit du Seigneur:-esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu.

Donc, nous avions déjà le motif! Mais pour les couleurs?
Théodore Herzl voulait qu’un drapeau représentant les aspirations du peuple juif soit présenté au premier congrès sioniste en 1897. Il confia le travail à son assistant David Wolfsohn. Celui-ci déclara:

J’eus soudain une illumination. Nous avions déjà un drapeau, bleu et blanc, le talith, dont nous nous drapons pendant la prière. Ce serait notre emblème ; de châle de prière nous le transformerions en drapeau que nous hisserions devant Israël et les Nations. C’est ainsi que je commandais un drapeau bleu et blanc, avec un bouclier de David en son centre.
Et il en fut ainsi…

Cette semaine à la fête du Sighd* à Jerusalem, les drapeaux  brandis côtoient les larges parasols de Kessim*:

(Im Tirtsou: Bonne fête du Sighd à nos frères de la communauté des Juifs éthiopiens)

Au huitième Congrès sioniste, qui se tint à Prague en 1933, une résolution officielle fut adoptée concernant le drapeau : Le drapeau bleu et blanc est celui de l’Organisation sioniste et du peuple juif, conformément à une tradition ancestrale.

Et la margarine dans tout ça?
En 1935, parmi les Juifs allemands nouvellement arrivés se trouve un ingénieur, le Dr Arnold Hidelsheimer. En Allemagne, il travaillait pour la firme Unilever, fabriquant de la margarine Blue Band. Il décide de monter une usine de margarine à ‘Haifa et garde le nom Blue Band, la bande bleue (sur un papier blanc), qui devient pour les Juifs un nom sioniste . Sa margarine connait tout de suite un franc succès, car elle est beaucoup moins chère que le beurre.

(la fierté de chaque mère: des enfants en bonne sante)

Mais pour les Juifs de Palestine, Blue Band est bien plus qu’une margarine. Arnold Hidelsheimer a décidé que les familles recevraient gratuitement un journal bi-mensuel, pour l’achat d’un paquet de margarine.

On y trouve de quoi contenter tout le monde histoires, blagues, jeux, nouvelles du monde, recettes de cuisine et bien sur fierté sioniste:
Dans notre pays, nous produisons la plus célèbre margarine du monde, la margarine Ruban Bleu!
Nous devions l’importer d’Angleterre mais une usine de production de margarine en Israël a maintenant ouvert ses portes à Haïfa. La margarine est aussi savoureuse, nutritive que le beurre et elle coûte bien moins cher. Elle présente un autre avantage par rapport au beurre: vous pouvez la manger avec des plats de viande! Et l’essentiel est que, en ces temps difficiles pour notre patrie, il est très important de créer une usine qui ajoutera du travail aux travailleurs de notre pays et des centaines et des milliers de livres sterling acheminées à l’étranger pour l’achat de margarine.

Et depuis, même si nous mangeons aussi du beurre (ou si nous nous en passons), l’expression acheter bleu-blanc, signifie acheter israélien.
C’est bien ce que je vous disais! Le bleu azur, le sionisme et la margarine!

Dans les années 1970, ce chant כחול ולבן (Kakhol velavan) Bleu et blanc, fut  l’hymne des Juifs du Silence* et en particulier celui des Prisonniers de Sion*. Le poème et sa mélodie ont été écrits  par Israel Rashel, un Juif de Minsk, alors âgé de 21 ans, qui se battait contre les autorités pour avoir le droit d’immigrer en Israel, ce qu’il fit en 1971: Bleu et blanc, c’est ma couleur, bleu et blanc, ce sont les couleurs de ma terre, ce sont mes couleurs pour toujours, couleurs de l’espoir et de la paix, bleu et blanc c’est le ‘Hermon et le Kinneret, mon cœur chante en bleu et blanc, bleu et blanc c’est le ciel et la neige, il n’y a pas d’autre couleur, je vais revenir...

A bientôt,

* Les eaux d’en haut et les eaux d’en bas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

* En 1354, Charles IV, empereur germanique et roi de Bohème, octroya aux juifs de Prague une bannière de couleur rouge portant une étoile à six branches qui fut appelée plus tard Maguen David (Bouclier de David). En 1592, Mordekhaï Maizel, notable juif de la ville, fut autorisé à hisser sur sa synagogue une bannière du roi David semblable à celle qui se trouvait sur la Grande Synagogue. En 1648, les juifs de Prague obtiennent de nouveau une bannière, en reconnaissance de leur contribution à la défense de la ville contre les envahisseurs suédois : un bouclier de David jaune sur fond rouge avec, en son centre, l’étoile de Suède. En Hongrie, les juifs dOfen (Budapest) avaient déjà en 1460 reçu le roi Mathias Corvin avec un drapeau rouge où figuraient deux boucliers de David et deux étoiles.

* La fête du Sighd:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/21/le-mois-de-heshvan/

*Les Kessim: les rabbins des Juifs d’Ethiopie

* Les Juifs du silence: témoignage d’Elie Wiesel sur les Juifs soviétiques, Ed du Seuil, 1966

* Les prisonniers de Sion:
http://www.noemiegrynberg.com/pages/politique/les-prisonniers-de-sion-40-ans-de-lutte-et-d-amour.html
Parmi les plus célèbres: Anatoly Shtsharansky ancien directeur de l’Agence Juive et Yuli Edelstein, president de la Knesset

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue*

 

 

J’ai souvent entendu dire: Ah mais vous les Juifs, vous êtes doués pour les langues!
Non, nous ne le sommes pas particulièrement, mais la plupart d’entre nous ont grandi dans des familles dont les membres n’avaient pas tous la même langue maternelle. En utiliser au moins deux, même imparfaitement, faisait partie du quotidien, et il en a toujours été ainsi pour des raisons historiques. C’est certainement un avantage car nous avons surmonté ainsi une barrière psychologique qui semble empêcher de nombreux Français d’utiliser les langues étrangères qu’ils ont pourtant apprises.
Ici en Israel, bien que plus des deux tiers des gens soient nés dans le pays, cette facilité à passer d’une langue à l’autre, même pour quelques mots, est toujours présente:
A la מכולת (makolet) épicerie, je ne suis pas surprise que Mahmoud me souhaite sba’h el’her (Bonjour en arabe), que Roni s’adresse à un petit garçon en russe: Саша, мой дгуг! (Sacha mon ami) pour repasser tout de suite à l’hébreu et qu’Ytsik me gratifie de son « Kommensava » habituel suivit d’un « aurévouar » sonore.
Certains diraient à tort « c’est la Tour de Babel« !
A tort pour deux raisons: Nous avons une langue en commun, l’hébreu, support de notre culture, les autres ne servent qu’à colorer notre langage. Et de plus, les constructeurs de la Tour de Babel parlaient justement tous la même langue.

(notre makolet)

Cette semaine, discussion entre amis dans notre  souka, décorée par Naama.


Ils me donnent quelques nouvelles de la vieille Europe qui corroborent l’excellent article de Liliane Messika « En Europe il y a les méchants et les gentils »*.
Je lis aussi l’en-tête d’un article sur Causeur*:
le sociologue Pierre Rosanvallon et chantre de la gauche universitaire refuse tout dialogue avec son adversaire idéologique Alain Finkielkraut.  À moins que ce dernier n’abjure ses convictions… Je ne connais pas cet homme ni désire le connaître. Mais ce qui m’épate c’est l’idée qu’on dialogue mieux tout seul…
Toujours dans la souka, nous en arrivons aux bienfaits de la confrontation positive des idées. Mon mari nous rappelle l’épisode de la tour de Babel: à
 ce moment là, l’humanité toute entière ne pratiquait qu’une seule  et même langue et, se sentant ainsi puissante, aspirait à bâtir une tour pour maîtriser les cieux…
« Toute la terre avait une même langue et des paroles semblables
וַיְהִי כָל-הָאָרֶץ, שָׂפָה אֶחָת, וּדְבָרִים, אֲחָדִים
Ça a l’air bien, une seule langue et un travail en commun pour le bien de tous! Beaucoup y verraient un signe de solidarité entre les peuples, d’égalité, de fraternité…
Pourtant cela ne plait pas du tout à Dieu: il les punit en dotant chaque groupe d’une langue différente et dispersant tout ce beau monde sur toute la surface de la terre .

« Et, ici même, confondons leur langage*, de sorte que l’un n’entende pas le langage de l’autre. Le Seigneur les dispersa donc de ce lieu sur toute la face de la terre »
הָבָה, נֵרְדָה, וְנָבְלָה שָׁם, שְׂפָתָם–אֲשֶׁר לֹא יִשְׁמְעוּ, אִישׁ שְׂפַת רֵעֵהוּ. ח וַיָּפֶץ יְהוָה אֹתָם מִשָּׁם, עַל-פְּנֵי כָל-הָאָרֶץ

 

(La tour de Babel. Un des ivoires de Salerno*. Le grand personnage à gauche est Dieu, pas vraiment content de l’humanité)

Quand on y pense, c’est quand même une punition bien légère. Le récit biblique nous a habitué à bien pire. Il suffit d’évoquer le déluge.
En fait, il ne s’agit pas d’une punition mais d’une thérapie. A ce moment là, l’humanité est en quête de puissance et de pouvoir.  Sa langue commune est celle du totalitarisme. Plutôt qu’un châtiment, la multiplication des langues est en fait une chance pour l’humanité.
La multiplication des langues et donc celle des cultures et des idées nous oblige chaque fois à échanger, à accepter les différences et à nous enrichir de celles-ci.

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Lorsque la langue et la gestuelle -langue du corps- s’unifient, la pensée elle-même devient celle du groupe. La langue commune fait le lit des dictatures.
Il  y a quelques années, j’avais lu « Une petite ville nazie« *:
Dans les années 60, l’historien américain William S.Allen séjourne plusieurs mois dans la petite ville allemande de Thalburg. Une
 double enquête, sociologique et historique, lui permet de publier l’étonnant récit de la montée du parti nazi de 1930 à 1935:
Il démontre que d’autres motivations que les évidents motifs socio-économiques permirent la nazification en douceur de cette petite ville allemande.  Les explications classiques de chômage, voire d’hostilité face à une communauté juive importante, n’étaient pas justifiées: la ville était prospère, résistait bien mieux que d’autres à la crise économique et n’avait qu’une toute petite communauté juive.
L’explication de William S. Allen est celle de l’acceptation passive de la doxa nazie par simple conformisme. Il a suffit de quelques nazis actifs et déterminés dans chaque association, culturelle, religieuse, sportive, depuis la chorale de l’église jusqu’aux associations d’anciens combattants pour donner le ton, pour décider avec qui pratiquer le vivre-ensemble.

Dans la petite ville nazie dont parle William S. Allen, tout est noyauté peu à peu par une minorité. En groupe, les habitants approuvent la doxa nazie bien que, séparément, ils soient peut-être de braves gens.

Aujourd’hui, l’Occident est face à une minorité islamique, adepte de la stratégie du « Jihad Silencieux » parallèlement à celle des « Milles entailles »*, mais peu de gens réfléchissent réellement à ce que provoquera la montée de ce fascisme islamique. 

(réunion du Labour Party cette semaine)

En hébreu, nous avons deux mots qui proviennent de la même racine: אחדות (a’hdut) la solidarité et אחידות (a’hidut) l’homogénéité. Le י(i) fait toute la différence. Il n’y a rien de pire que les sociétés homogènes où tout le monde parle d’une même langue. 

C’était quand même une discussion bien sérieuse pour cette semaine de Soukot!
Heureusement, le rire des enfants montait de souka en souka…

A bientôt,
PS:
Seul le docteur Zamenhof(1859-1919) était naïvement persuadé qu’une langue commune serait un vecteur de compréhension entre les peuples. Épouvanté par les nombreux pogroms de la fin du 19 ème siècle, il avait décidé de créer une langue facile à apprendre, l’Esperanto (j’espère). Son intention allait à l’encontre de celle des bâtisseurs de la tour de Babel. Il ne voulait pas imposer un pouvoir unique. Il avait seulement l’intention de supprimer les guerres grâce à une meilleure compréhension entre les peuples. Il avait oublié qu’une langue n’est pas qu’un ensemble de sons et l’écriture un ensemble de signes mais qu’elles sont l’expression d’une culture. Il eut de nombreux adeptes, de doux rêveurs qui furent balayés par la déferlante nazie et communiste.
Lisez l’excellent article d’Ada Shlaen sur Zamenhof:
A la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859 – 1917)
Et puis lisez tous les articles d’Ada Shlaen. Ce sont tous des merveilles:
https://mabatim.info/author/ada2132/

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, livre des proverbes, 18,21

*article de Liliane Messika
https://mabatim.info/2018/09/21/en-europe-il-y-a-des-mechants-et-des-gentils/

*L’article sur Causeur, si vous avez le courage de le lire:
https://www.causeur.fr/pierre-rosanvallon-alain-finkielkraut-2-154401

*Le djihad silencieux: une fatwa lancée dans les années 1990 par l’un des principaux dignitaires musulmans qui avait dit: “La conquête de l’Occident se fera sans guerre mais en silence, par une infiltration et une prise de contrôle”.
C’est aussi le nom d’une série de reportages réalisés par le journaliste israélien Tsvika Ye’hezkeli en Europe, en Turquie et aux USA. Pour ce faire, et aidé par le Mossad, il a pris l’identité d’un cheikh jordanien, adepte des Frères Musulmans.
En voici deux extraits qui concernent la France:

https://gloria.tv/video/onXEk91Rce4N4YxPU1EdEpsah
https://gloria.tv/video/1CFtMKHVZ1MSCzbrM2TP314z9

*Stratégie des 1000 entailles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/16/djihad-en-solo/

*La paracha de la tour de Babel: Bereshit (Genèse) 11,1-9

*Confondons leur langage. Le mot Babel fait bien référence à la Babylonie (Bavel en hébreu) mais la racine  signifie confondre

*Les ivoires de Salerno: ce sont des scènes bibliques, gravées sur plus de 60 plaques en ivoire et datant du 11 ème et 12 ème siècles. Elles combinent l’art byzantin,islamique, copte et chrétien occidental.  Elles constituent le trésor de la cathédrale de Salerno

 

 

 

Le sentier des Patriarches (8): au coeur de la Samarie

Il y a quelque temps, j’avais écrit un article intitulé La Samarie et les Samaritains*. Je parlais essentiellement de la ville antique de Sebastia et de ce groupe, si mal connu, que sont les Samaritains.
Mais la Samarie ce n’est pas que cela. Continuons donc notre promenade sur le sentier des patriarches, c’est à dire la route 60.
Shiloh* une fois passée, on peut se dire dans le coeur de la Samarie. C’est une région essentiellement montagneuse qui correspond au territoire de la tribu d’Ephraïm et la partie ouest du territoire de Menashe.
Son nom vient de Shemer qui régnait sur les monts  de Shomron et les a vendus au roi Omri du royaume d’Israel qui vivait au 9 ème siècle avant l’ère chrétienne.
Il acquit de Shemer la montagne de Samarie, pour deux kikkar d’argent; et il bâtit sur cette montagne une ville à laquelle il donna le nom de Samarie, d’après celui de Chémer, propriétaire de la montagne.
וַיִּקֶן אֶת-הָהָר שֹׁמְרוֹן, מֵאֶת שֶׁמֶר–בְּכִכְּרַיִם כָּסֶף; וַיִּבֶן, אֶת-הָהָר, וַיִּקְרָא אֶת-שֵׁם הָעִיר אֲשֶׁר בָּנָה, עַל שֶׁם-שֶׁמֶר אֲדֹנֵי הָהָר שֹׁמְרוֹן 1 (I Rois 16 24)

La ville d’Ariel est actuellement la capitale de la Samarie. Elle a été fondée en 1978. Ariel-אריאל- le lion de Dieu, compte 20 000 habitants et plus de 10 000 étudiants qui étudient à l’université de la ville, extension de l’université de Bar Ilan. Pour les européens, la ville est une colonie illégale et fait tort aux Palestiniens. Vraiment du tort? Il y a 20 ans mon fils y a étudié  et nombre de ses condisciples venaient des villages arabes des alentours. Il se sentait parfois linguistiquement isolé d’autant que la plupart des étudiants juifs étaient russophones. Heureusement pour lui, mon fils avait servi dans l’armée en compagnies d’immigrants russes et il comprenait au moins leurs « gros mots ».

Quand les Hébreux arrivent en Canaan avec Yehoshoua bin Noun à leur tête, la conquête du pays ne se fait pas sans mal. Une fois atteint la plateau de שכם (Shkhem= Sichem ou Naplouse), ils organisent officiellement la cérémonie d’alliance prévue par la Thora sur le mont גריזים (Guerizim) et sur le mont עבל (Eval). Le renouvellement de l’alliance y est célébré. Un autel est dressé entre les deux montagnes et la loi de Moshe est recopiée sur des tables de pierre. Puis le peuple se sépare en deux: une moitié monte sur le mont Guerizim et l’autre sur le mont Eval.

L’arche reste au milieu avec les לוויים (leviim) lévites. C’est alors que Yehoshoua prononce bénédictions et malédictions, conséquences de notre bonne ou mauvaises conduite à venir:
Or, quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura installé dans le pays où tu vas pour le conquérir, tu proclameras la bénédiction sur le mont Guerizim, la malédiction sur le mont Eval:
וְהָיָה, כִּי יְבִיאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-אַתָּה בָא-שָׁמָּה לְרִשְׁתָּהּ–וְנָתַתָּה אֶת-הַבְּרָכָה עַל-הַר גְּרִזִים, וְאֶת-הַקְּלָלָה עַל-הַר עֵיבָל

 

Le mont Eval est toujours sec et aride mais sur le mont Guerizim a été édifié en 1983 le village de הר ברכה (Har Brakha) qui signifie la montagne de la bénédiction.

 

Pas très loin, se trouve la source de עין עמשא, Eyn Amassa, du nom d’Amassa Meshulmi, tué pendant la guerre du Liban.

Cette source est aussi appelée עין יוסף, Eyn Yossef, car elle se trouve à proximité du tombeau de Yossef, aux abords de Naplouse.

Selon les accords d’Oslo en 1995, la tombe de Yossef est en zone C, donc contrôlée par Israel. C’est une enclave au milieu de la zone A qui est sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne. De plus, la route qui y mène est elle aussi en zone C.

( Accords d’Oslo: carte des zones en Judée Samarie)

La veille des fêtes de Sukkot en 1996, le tombeau de Yossef est attaqué par des terroristes arabes qui  détruisent la yeshiva, brûlent des centaines de livres* et le mûrier qui se trouvait dans la cour. Envoyé en renfort, le bataillon ‘Harouv essuye de lourdes pertes (6 soldats tués).
Devant la menace d’occuper la ville de Naplouse, les terroristes se rendent à Tsahal. 
Malgré la promesse faite à Israel par l’Autorité Palestinienne de veiller à la sécurité de l’enclave, les incidents se multiplient. En 2000, à Rosh Hashana, la tombe de Joseph fait alors l’objet d’une nouvelle attaque meurtrière, les terroristes portant les drapeaux du ‘Hezbollah, du ‘Hamas et du Fata’h. A nouveau, destructions et incendies, destruction d’une partie du bâtiment où
 sont jetées des ordures. Les Palestiniens déclarent ensuite que c’ést une mosquée(!).
Sporadiquement, des attentats sont encore régulièrement perpétrés contre le tombeau, qui a été déjà deux fois rénové et les Juifs désirant y prier sont toujours accompagnés par une escorte armée.

(La cour du tombeau avant 1996)

Le territoire de Menashe monte jusqu’à Beit Shean au Nord, est traversé par la vallée du Jourdain et s’étend en Jordanie.
Mais restons en Samarie et continuons sur la route 60, la route des patriarches.

Je vous recommande de vous arrêter à Re’helim. Comme ses habitants l’expliquent dans la vidéo ci-dessous: c’est un village animé et plein de vie, d’oliviers verdoyants qui font revivre la vision de prophètes.

Le vin Tura* est produit à Re’helim. Vered et Erez ben Sadoun, les propriétaires du vignoble, ont déjà gagné de nombreuses médailles d’or dans des concours internationaux. Ils vous raconteront l’histoire de leur vignoble et de leurs champs d’oliviers qui grandissent et prospèrent malgré les attaques de leurs voisins arabes: cocktails molotov, plasticages, vol… Et ils vous feront déguster leurs produits.

 

A bientôt,

* La Samarie et les Samaritains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/08/10/la-samarie-et-les-samaritains/

* Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/06/28/le-chemin-des-patriarches-7-toujours-en-binyamin/

*Les livres brûlés ont été enterrés dans la gheniza du Mont des Oliviers
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gueniza:

* Le vin Tura:
http://www.turawinery.com/en/