Le sentier des Patriarches (8): au coeur de la Samarie

Il y a quelque temps, j’avais écrit un article intitulé La Samarie et les Samaritains*. Je parlais essentiellement de la ville antique de Sebastia et de ce groupe, si mal connu, que sont les Samaritains.
Mais la Samarie ce n’est pas que cela. Continuons donc notre promenade sur le sentier des patriarches, c’est à dire la route 60.
Shiloh* une fois passée, on peut se dire dans le coeur de la Samarie. C’est une région essentiellement montagneuse qui correspond au territoire de la tribu d’Ephraïm et la partie ouest du territoire de Menashe.
Son nom vient de Shemer qui régnait sur les monts  de Shomron et les a vendus au roi Omri du royaume d’Israel qui vivait au 9 ème siècle avant l’ère chrétienne.
Il acquit de Shemer la montagne de Samarie, pour deux kikkar d’argent; et il bâtit sur cette montagne une ville à laquelle il donna le nom de Samarie, d’après celui de Chémer, propriétaire de la montagne.
וַיִּקֶן אֶת-הָהָר שֹׁמְרוֹן, מֵאֶת שֶׁמֶר–בְּכִכְּרַיִם כָּסֶף; וַיִּבֶן, אֶת-הָהָר, וַיִּקְרָא אֶת-שֵׁם הָעִיר אֲשֶׁר בָּנָה, עַל שֶׁם-שֶׁמֶר אֲדֹנֵי הָהָר שֹׁמְרוֹן 1 (I Rois 16 24)

La ville d’Ariel est actuellement la capitale de la Samarie. Elle a été fondée en 1978. Ariel-אריאל- le lion de Dieu, compte 20 000 habitants et plus de 10 000 étudiants qui étudient à l’université de la ville, extension de l’université de Bar Ilan. Pour les européens, la ville est une colonie illégale et fait tort aux Palestiniens. Vraiment du tort? Il y a 20 ans mon fils y a étudié  et nombre de ses condisciples venaient des villages arabes des alentours. Il se sentait parfois linguistiquement isolé d’autant que la plupart des étudiants juifs étaient russophones. Heureusement pour lui, mon fils avait servi dans l’armée en compagnies d’immigrants russes et il comprenait au moins leurs « gros mots ».

Quand les Hébreux arrivent en Canaan avec Yehoshoua bin Noun à leur tête, la conquête du pays ne se fait pas sans mal. Une fois atteint la plateau de שכם (Shkhem= Sichem ou Naplouse), ils organisent officiellement la cérémonie d’alliance prévue par la Thora sur le mont גריזים (Guerizim) et sur le mont עבל (Eval). Le renouvellement de l’alliance y est célébré. Un autel est dressé entre les deux montagnes et la loi de Moshe est recopiée sur des tables de pierre. Puis le peuple se sépare en deux: une moitié monte sur le mont Guerizim et l’autre sur le mont Eval.

L’arche reste au milieu avec les לוויים (leviim) lévites. C’est alors que Yehoshoua prononce bénédictions et malédictions, conséquences de notre bonne ou mauvaises conduite à venir:
Or, quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura installé dans le pays où tu vas pour le conquérir, tu proclameras la bénédiction sur le mont Guerizim, la malédiction sur le mont Eval:
וְהָיָה, כִּי יְבִיאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-אַתָּה בָא-שָׁמָּה לְרִשְׁתָּהּ–וְנָתַתָּה אֶת-הַבְּרָכָה עַל-הַר גְּרִזִים, וְאֶת-הַקְּלָלָה עַל-הַר עֵיבָל

 

Le mont Eval est toujours sec et aride mais sur le mont Guerizim a été édifié en 1983 le village de הר ברכה (Har Brakha) qui signifie la montagne de la bénédiction.

 

Pas très loin, se trouve la source de עין עמשא, Eyn Amassa, du nom d’Amassa Meshulmi, tué pendant la guerre du Liban.

Cette source est aussi appelée עין יוסף, Eyn Yossef, car elle se trouve à proximité du tombeau de Yossef, aux abords de Naplouse.

Selon les accords d’Oslo en 1995, la tombe de Yossef est en zone C, donc contrôlée par Israel. C’est une enclave au milieu de la zone A qui est sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne. De plus, la route qui y mène est elle aussi en zone C.

( Accords d’Oslo: carte des zones en Judée Samarie)

La veille des fêtes de Sukkot en 1996, le tombeau de Yossef est attaqué par des terroristes arabes qui  détruisent la yeshiva, brûlent des centaines de livres* et le mûrier qui se trouvait dans la cour. Envoyé en renfort, le bataillon ‘Harouv essuye de lourdes pertes (6 soldats tués).
Devant la menace d’occuper la ville de Naplouse, les terroristes se rendent à Tsahal. 
Malgré la promesse faite à Israel par l’Autorité Palestinienne de veiller à la sécurité de l’enclave, les incidents se multiplient. En 2000, à Rosh Hashana, la tombe de Joseph fait alors l’objet d’une nouvelle attaque meurtrière, les terroristes portant les drapeaux du ‘Hezbollah, du ‘Hamas et du Fata’h. A nouveau, destructions et incendies, destruction d’une partie du bâtiment où
 sont jetées des ordures. Les Palestiniens déclarent ensuite que c’ést une mosquée(!).
Sporadiquement, des attentats sont encore régulièrement perpétrés contre le tombeau, qui a été déjà deux fois rénové et les Juifs désirant y prier sont toujours accompagnés par une escorte armée.

(La cour du tombeau avant 1996)

Le territoire de Menashe monte jusqu’à Beit Shean au Nord, est traversé par la vallée du Jourdain et s’étend en Jordanie.
Mais restons en Samarie et continuons sur la route 60, la route des patriarches.

Je vous recommande de vous arrêter à Re’helim. Comme ses habitants l’expliquent dans la vidéo ci-dessous: c’est un village animé et plein de vie, d’oliviers verdoyants qui font revivre la vision de prophètes.

Le vin Tura* est produit à Re’helim. Vered et Erez ben Sadoun, les propriétaires du vignoble, ont déjà gagné de nombreuses médailles d’or dans des concours internationaux. Ils vous raconteront l’histoire de leur vignoble et de leurs champs d’oliviers qui grandissent et prospèrent malgré les attaques de leurs voisins arabes: cocktails molotov, plasticages, vol… Et ils vous feront déguster leurs produits.

 

A bientôt,

* La Samarie et les Samaritains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/08/10/la-samarie-et-les-samaritains/

* Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/06/28/le-chemin-des-patriarches-7-toujours-en-binyamin/

*Les livres brûlés ont été enterrés dans la gheniza du Mont des Oliviers
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gueniza:

* Le vin Tura:
http://www.turawinery.com/en/

 

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Sandalim, sandalim!

Il y a quelques années, je publiais un article sur les couvre-chefs et un autre sur le costume juif »* . Je vois qu’ils sont encore régulièrement lus.
Pourquoi cette fois ne pas parler des chaussures ou plutôt des premières chaussures connues, les sandales.

Moshe en portait certainement puisque Dieu lui demande de les ôter lorsqu’il se tient devant le buisson ardent au mont Sinaï .
De même il est certain que c’est ce que portaient les habitants de Gabaon lorsqu’ils trompèrent Yeoshua bin Noun.*
On ne trouve pas le mot sandale dans le texte du Tanakh, où il n’est question que de נעליים (naalaim), souliers*, mais ce mot de נעליים (naalaim) nous renvoie pourtant à cette forme primitive de la sandale puisqu’il vient de la racine נעל  (naal), nouer. Certains pensent cependant que le mot vient de נע +על (na+al): bouger sur (les chemins).


Et puis, les siècles passant, les sandales ne furent plus en vogue. Petit à petit, les orteils furent cachés même dans les pays chauds.
Dans son excellent article sur l’histoire de la chaussure, Véronique Chemla écrit que « durant l’Antiquité, l’utilisation des sandales avec une variété de formes et de modèles reste majoritaire. Un changement se dessine vers la fin du 4e siècle, tout d’abord sur le territoire d’influence byzantine et ensuite à Rome, avec l’ascendant croissant des souliers fermés et des chaussons en cuir simple marron ou noir, mais aussi parfois en cuir pourpre richement décoré ».*
La sandale restera en Europe la chaussure « biblique » des moines.
Lorsque les premiers haloutzim arrivèrent, ils gardèrent l’habitude des grosses chaussures malgré la chaleur. Il s’agissait en fait de protéger les pieds des pierres, épines et serpents et puis, dans l’esprit juif, montrer ses orteils, ce n’était pas convenable. Les Arabes eux mêmes, n’en portaient pas. Soit ils étaient pieds nus, soit, et c’était un signe de richesse, ils chaussaient des babouches.
Mais dans les années 20, des immigrants d’origine tchèque et allemande se dirent que les sandales étaient très pratiques. Ils en fabriquèrent alors de confortables et assez larges pour être portées avec ou sans chaussettes.

En fait ce modèle venait des premières sandales de randonnées qu’on appelait en Allemagne les sandales de Jesus. Joseph ben Artsi, fondateur de la société Nimrod, décida de créer les sandales Babta* du nom de cette jeune femme qui vivait il y a 2000 ans et réclamait la pleine propriété de ses palmeraies devant la cour de justice à Ein Guedi. Comme cela est décrit dans ce parchemin:

(Titre de propriété  concernant les 4 palmeraies, parchemin retrouvé par Yigal Yadin dans les grottes près de la mer morte)

Les sandales sont devenues un des symboles de l’esprit pionnier. Lorsque Dosh voulut caricaturer le tsabar israélien, Sroulik (diminutif d’Israel), il le revêtit du kova tembel (chapeau d’imbécile)*, d’un long short kaki et de sandales.
Les années passent, les kibboutzim s’embourgeoisent: plus de long short kaki, plus de kova tembel et beaucoup moins de sandales…
En fait, les sandales bibliques auraient dû elles aussi tomber dans l’oubli si le sionisme religieux ne les avait pas remises à l’honneur:  la sandale biblique confortable est celle de l’homme qui a un lien très fort avec sa terre et qui se bat pour elle. Ce n’est pas un hasard si l’une des grandes marques de sandales biblique s’appelle שורש (shoresh), racine.

Et si vous voulez vraiment avoir les pieds découverts, vous porterez les כפכפים (kafkafim)*. Mais, votre démarche traînante et paresseuse  ne vous désignera pas pour autant comme pionnier!

Mais d’où vient donc le mot sandale, qu’on trouve aussi bien en hébreu que dans les langues européennes, y compris en russe (сандал)? Il est arrivé sans doute dans les chariots d’Alexandre le Grand qui l’avait rapporté de Perse et s’est diffusé ensuite dans tout le bassin méditerranéen et même au delà.
סנדל (sandal) est aussi le nom d’un poisson très plat qu’on appelle aussi le poisson de משה רבנו (Moshe Rabbenou) ou Moise notre maître. Il parait que lorsque Dieu a divisé la mer rouge en deux, il n’a pas fait très attention et a coupé ce poisson en deux! En français on l’appelle la sole. Ce qui est amusant c’est que le mot sole vient du latin solea qui vient lui-même de l’hébreu סוליה (soulia), une semelle.

Il y a de moins en moins de סנדלרים (sandlerim), cordonniers, en Israel. L’un deux Malkiel Atsilov est né dans la ville de Samarkand. Il a réussi à immigrer en Israel en 1964 et s’est depuis installé comme cordonnier dans le quartier de Na’halat Shiva*.
Au dessus de la porte, une inscription en russe, сапожник, et en hébreu סנדלר (sandlar), cordonnier.

Cela me fait penser à la chanson על כפיו יביא (al kapav yavi), il lui apportera de ses mains, dans laquelle, Yoram Taharlev parle de trois artisans qui tous rêvent d’Eliahou Hanavi*: le menuisier rêve de fabriquer sa chaise, le  cordonnier ses chaussures  et le maçon rêve qu’à ce moment là, il pourra reconstruire le Temple.

Mais que vous soyez pieds nus ou chaussés de sandales, qu’Eliahou Hanavi arrive ou pas, souvenez vous de ce que nous disait le prophète Ishayahou:
Qu’ils sont gracieux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, qui annonce la délivrance, qui dit à Sion: Ton Dieu est roi!
מַה-נָּאווּ עַל-הֶהָרִים רַגְלֵי מְבַשֵּׂר, מַשְׁמִיעַ שָׁלוֹם מְבַשֵּׂר טוֹב–מַשְׁמִיעַ יְשׁוּעָה; אֹמֵר לְצִיּוֹן, מָלַךְ אֱלֹהָיִךְ. (Ishayahou 52, 7)

En ce moment se tient au musée Eretz Israel à Tel Aviv une exposition sur les sandales. Si cela vous dit:
http://www.eretzmuseum.org.il/e/388/

A bientôt,

 

Articles sur les couvre-chefs et sur le costume juif:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Kova tembel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*En argot, le mot נעל (naal) soulier signifie stupide. Ne dit-on pas en francais, bête comme ses pieds?

*Gabaonites: Lors de la conquête du pays de Canaan,les Gabaonites avaient eu recours a un stratagème pour éviter la guerre contre les Hebreux: Mais les habitants de Gabaon, en apprenant comment Josué avait traité Jéricho et Aï,  eurent recours, de leur côté, à un stratagème. Ils se mirent en route, munis de provisions, chargèrent leurs ânes de vieux sacs, d’outres à vin usées, crevées et recousues;  se chaussèrent de vieux souliers rapiécés, endossèrent des vêtements hors d’usage, et n’emportèrent comme provision que du pain dur et tout moisi.  lls s’en allèrent ainsi trouver Josué, au campement de Ghilgal, et lui dirent, à lui et aux Israélites: « Nous venons d’un pays lointain, et vous prions de conclure une alliance avec nous. » 

*De kaf qui signifie cuiller mais aussi paume de la main (kaf yad) ou plante du pied (kaf reguel)

Léger, si léger?

Tisha beAv vient de se terminer.
Lors d’un jour de jeûne, on a l’habitude de souhaiter: צום קל (Tsom Kal), jeune facile, léger.
Le mot קל (kal) vient de la racine קלל KLL qui a plusieurs significations.
Commençons par les plus évidentes.
Il est logique que si Kal signifie léger, la forme de conjugaison des verbes la plus facile à apprendre, la plus légère à l’élève, se nomme Kal, ou forme simple.
De la même manière, lorsqu’on avance des arguments allant du plus simple au plus complexe, on utilise un des principes de l’herméneutique appelé קל וחומר (kal va’homer) du léger au « dense » , c’est à dire un raisonnement à fortiori*.
Dans le Tanakh, lorsque Noa’h est enfermé dans l’arche et scrute impatiemment la mer, il remarque qu’enfin כי קלו המיים que les eaux se sont « allégées », réduites, il commence alors à entrevoir la fin de sa réclusion.
Lorsque David se lamente sur la mort de Jonathan et de son père, le roi Shaoul, il les décrits comme plus « légers » que les aigles מנשרים קלו, sans doute plus rapides*
Ci-dessus le mont Guilboa où moururent le roi Shaoul et son fils Jonathan lors d’une bataille contre les Philistins.

Dans le livre des Proverbes, בִּקֶּשׁ לֵץ חָכְמָה וָאָיִן וְדַעַת לְנָבוֹן נָקָל (Bikesh letz ‘hochma veein vedaat lenavon nakel), le sot demande en vain la sagesse, alors que la compréhension vient légèrement (aisément) à l’homme sage.

Et l’homme sage est souvent décrit comme indulgent. C’est ainsi qu’à l’époque de la Mishna, Hillel était appelé מקל, celui qui allège les sentences*.
                                                                            (Grotte où furent enterrés Hillel et ses élèves)

Mais la légèreté peut conduire quelqu’un à sa perte.
Dans le livre de Samuel, il est question d’Ashael ben Tsouria, fils d’une de soeurs du roi David. Lors de la guerre civile qui oppose David au roi Shaoul, Ashael poursuit Avner, général de l’armée du roi Shaoul. Or « Ashael avait les pieds légers comme un chevreuil dans un champ, וַעֲשָׂהאֵל קַל בְּרַגְלָיו כְּאַחַד הַצְּבָיִם אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה »
Avner qui le connaît bien lui dit: Écarte-toi, cesse de me poursuivre ! Pourquoi faudrait-il que je t’abatte ? Comment pourrais-je alors regarder en face ton frère Yoav ? » mais Ashael continue et Avner le tue. Ashael a agit par fidélité à son oncle David mais certains commentateurs relient ses pieds légers à une certaine légèreté, une certaine insouciance du danger.
Dans la langue moderne on parle de אשה קלה (Isha Kala), une femme légère, ce qui me fâche car des hommes légers il y a en à foison.

La racine KLL ne joue pas seulement sur les deux aspects positifs ou négatifs de la légèreté. Elle a aussi donne  קילל (killel), maudire, et des mots comme קללה (klala) malédiction,  קלון (kalon) dégradation, קלקל (kilkel) abimer.

On retrouve le mot קללה (Klala) malédiction, dans le refrain d’un célèbre piyout de Rosh Hashana: תכלה שנה וקללותיה. Que s’en aille l’année avec ses malédictions!
Le voici interpreté par Rakefet Amsalem:

Dans la littérature rabbinique, il est écrit que parmi la foule d’esclaves juifs envoyés à Rome par Vespasien,  nombre d’entre eux furent destinés aux maisons de disgrâce, בתי קלון, (batei Kalon) ou bordels…

9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de Titus(Début décembre 1947, après la proclamation du partage de la Palestine par l’ONU, les Juifs de Rome organisèrent une marche sous l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel. (Journal Davar)

Alors, faut-il prendre la vie comme elle vient? לקחת את החיים בקלות?
Nous ne sommes pas très doués pour ça. Il est vrai que notre histoire ne nous aide pas, ni notre grande mémoire.
La situation actuelle ne nous aide pas non plus: après avoir vécu depuis 3 mois, sous la menace des ballons incendiaires envoyés quotidiennement par le ‘Hamas, après avoir vu les champs brûler,

(résultats des incendies, journal Makor Rishon)

après les tirs d’obus, des roquettes qui ont blessé une famille à Sderot,

Vendredi, un soldat a été tué par le tir d’un tireur d’élite du ‘Hamas*.

Il s’appelait Aviv Levy et avait 21 ans. Il commandait un groupe de soldats originaires de la tribu de Menashe, et arrivés du Mizoram (état indien situé à la frontière birmane).

Son enterrement a eu lieu aujourd’hui.
On se trouve dans une situation de soi-disant cessez le feu, bien que le ‘Hamas ait déclaré que cette trêve ne valait pas pour les ballons incendiaires. En fait, on est tributaire des décisions du ‘Hamas et ceci pour ne pas déplaire aux Russes qui nous donnent une petite (toute petite) latitude pour nous défendre dans le Nord. Beaucoup de gens, y compris des journalistes à la télévision (!) demandent que nous reprenions les éliminations ciblées des responsables du ‘Hamas (dans le passé ceci avait apporté un peu de répit). Si comme je le lis ici ou là, seule une petite partie des gazaouis, soutient, les exactions du ‘Hamas, ce pourrait être une solution. Supprimons les assassins!
Ceci dit, les assassins ne se trouvent pas qu’à Gaza. Mahmoud a piqué une colère, il a trépigné sur son fauteuil en exigeant que ses troupes aussi participent à la fête anti-juive et ceci pour faire la pige au ‘Hamas qui prend de l’importance à Ramallah.
Et donc, un ballon incendiaire est tombé avant hier dans la cour d’une maison dans le quartier de Gilo, à côté de chez moi. Heureusement, le système de mise à feu n’a pas fonctionné. C’est un cadeau de nos voisins de Bethlehem.

 

(La police examine l’engin. (photo rotter.net)

Au moment de publier cet article, ce matin à nouveau des ballons incendiaires dans le sud: Lors d’une réunion avec la sécurité civile,les paysans et le pompiers ont enregistré ce chant qui rappelle l’époque de la guerre des 6 jours: 

et dans le Nord, les sirènes de Tseva Adom (couleur rouge) retentissent en ce moment.

Et dans le même temps, on sauve les casques blancs syriens et leur famille:

A bientôt,

* L’hermeneutique juive:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Treize_principes_de_Rabbi_Ishma%C3%ABl

*Dans sa lamentation sur la mort de Shaoul et de Jonathan, David compare les deux héros au roi des oiseaux et au roi des animaux: ils étaient plus légers que les aigles et plus forts que les lions.

*Le ‘Hamas est armé par l’Iran: le tireur a utilisé un fusil sniper Sayad-2 fabriqué en Iran, arme standard des Gardiens de la Révolution. Cette arme a une portée de 1,5 km. Elle peut percer un gilet pare-balle en céramique.

 

Tant qu’il y a de l’eau il y a de l’espoir!

Cette année, nous nous sommes étonnés d’avoir de la pluie au milieu du mois de juin. Bien sûr, il ne s’agit pas de pluies hivernales européennes. Non, chez nous quelques gouttes ou un bon orage, c’est déjà surprenant à l’arrivée de l’été. Comme vous le savez nous prions pour la pluie de la fin de Soukkot à Pessah mais ensuite seulement pour une bonne rosée matinale.
Mais, comme le manque d’eau est endémique dans la région, nous sommes depuis longtemps des pionniers dans le recyclage des eaux usées, l’irrigation par goutte à goutte et la désalinisation de l’eau de mer.  De nombreux pays, en particulier en Afrique, s’intéressent à notre technologie.
Depuis déjà plusieurs années l’Iran souffre d’une terrible sécheresse et elle va en s’aggravant. Parmi les manifestations contre le régime, la dernière a eu lieu il y a quelques jours à Khoramshar dans le sud du pays: la population réclamait simplement de l’eau potable et évidemment le régime a répondu par la force*.
Il y a quelques semaines, notre Premier Ministre a proposé aux Iraniens de leur apporter notre aide dans le traitement de l’eau pour prévenir une catastrophe due à la sécheresse: en Iran, la majorité des Iraniens  souffre de la sécheresse  et si cela continue des millions d’entre eux seront obligés de quitter leur maison à cause de dommages environnementaux. Vu l’hostilité du régime iranien à notre égard, Israel, utilisant les réseaux internet, a conçu un site en langue perse qui explique de manière détaillée aux Iraniens  comment recycler les eaux usées.

Vous me direz que notre Premier Ministre a une arrière pensée politique. Et oui et vous aurez raison. Comme le disait sur une radio juive, un exilé iranien: si les Iraniens renversent le pouvoir des mollahs ce sera bon Israel mais aussi pour nous, Iraniens.
Nous rêvons de retrouver les relations avec l’Iran telles qu’elles étaient à l’époque du Shah. Espérons que les choses changent car, pour le moment, nous sommes même accusés par un général iranien, Gholam Reza Jalali  d’être la cause de la sécheresse en Iran: nous volons leurs nuages!*

(Qui a volé le nuage iranien? dessin d’Andrew Ryblako)

Mais comment, grâce à l’hébreu, la pensée juive exprime-t-elle ce que l’eau signifie pour nous?

Le mot mayim, l’eau, est formé de deux מ, m,  qui enserrent deux י, youd, (ou un seul en hébreu vocalisé). Quand on lit le mot מיים, mayim, on se dit tout d’abord qu’il est au pluriel et que ce pluriel indique l’abondance. Et tout de suite on pense au mot שמיים, shamayim, le ciel

On lit alors dans le livre de Bereshit (Genèse) que: 
Dieu créa l’espace, et opéra une séparation entre les eaux qui sont au-dessous et les eaux qui sont au-dessus, et cela demeura ainsi. Dieu nomma cet espace le Ciel.
וַיַּעַשׂ אֱלֹהִים, אֶת-הָרָקִיעַ, וַיַּבְדֵּל בֵּין הַמַּיִם אֲשֶׁר מִתַּחַת לָרָקִיעַ, וּבֵין הַמַּיִם אֲשֶׁר מֵעַל לָרָקִיעַ; וַיְהִי-כֵן. ח וַיִּקְרָא אֱלֹהִים לָרָקִיעַ, שָׁמָיִם; וַיְהִי-עֶרֶב
Le mot ciel שמים, shamayim,  signifie en fait שם מים,sham mayim: les eaux de là bas (d’en haut)

Dans le Tanakh, la plupart des mots* qui expriment l’espoir, le renouveau ou au contraire le désespoir, sont liés à l’eau ou au manque d’eau.

Examinons les mots liés à l’eau:


L’eau vient toujours de quelque part: elle vient des eaux d’en haut (la pluie) et des eaux d’en bas, les sources. La source se dit עין, ayin, ou מעין, maayan.

Allons un peu plus loin. עין, Ayin, veut dire aussi l’oeil. L’eau de l’oeil, la larme, se dit דמעה, dim’a, c’est à dire דם עין, dam ayin, ou sang de l’oeil: דמ+עה=  (dam le sang+ lettre ayin ע se prononçant comme ayin l’oeil). Quand nous sommes blessés nous saignons et nous pleurons du « sang de l’oeil ».

Une expression courante pour dire il n’y a plus d’espoir, que tout est fini, est כלו עיניו, Kalou einav, ses yeux se sont détruits. Je me souviens d’une interview de Batia, la mère de Ron Arad*: Je l’ai attendu si longtemps mais maintenant, כלו עיני, kalou einay, je n’ai plus d’espoir.

Le prophète Jérémie employait cette expression (14, 6) dans les temps terribles de la guerre contre les Babyloniens:
Les onagres s’arrêtent sur les hauteurs dénudées, aspirant l’air comme les crocodiles*: leurs yeux sont consumés (détruits), car il n’y a pas d’herbe.
וּפְרָאִים עָמְדוּ עַל-שְׁפָיִם, שָׁאֲפוּ רוּחַ כַּתַּנִּים; כָּלוּ עֵינֵיהֶם, כִּי-אֵין עֵשֶׂב.

D’autres mots lient les malheurs des hommes avec le malheur de la terre.

Le mot sec יבש, yavesh, sans eau, sec, a comme racine les lettres בוש, Beit-Vav-Shin, qui signifie être honteux mais aussi être désespéré. Comme il est écrit dans les Tehilim-Psaumes (119,116):

Soutiens-moi selon ta promesse pour que je vive, et ne me laisse pas me désespérer.
סָמְכֵנִי כְאִמְרָתְךָ וְאֶחְיֶה; וְאַל-תְּבִישֵׁנִי*

Le lit aride d’un oued, qui désespère les nomades en recherche d’eau, est appelé en bel hébreu, un fleuve de déception, אכזבה, akhzava
En vérité, tu es à mon égard comme un fleuve de déception, comme des eaux sur lesquelles on ne peut compter (Jeremie 15,18).
הָיוֹ תִהְיֶה לִי כְּמוֹ אַכְזָב, מַיִם לֹא נֶאֱמָנוּ

(Le vadi Makoukh dans le desert de Judée)

Il est intéressant de noter que la racine de deception כזב, KZV, signifie aussi parfois mensonge*.

Plus couramment employé, le mot יאוש, yeoush, désespoir, vient du mot אש, esh, le feu, lui aussi élément destructeur. Les paysans qui se trouvent aux alentours de la bande de Gaza en savent quelque chose: leurs champs brûlent jour après jour à cause des ballons incendiaires envoyés par les terroristes depuis Gaza et ceci malgré l’aide de l’armée et celle de nombreux volontaires.
Et aujourd’hui, les ballons incendiaires sont arrivés jusqu’a Lakhish et Beit Shemesh, soit 30 km de Jerusalem.

Quand au mot sécheresse, בצורת, batsoret, il peut peut se lire aussi בצרות, batsarot, dans les soucis!
Mais retrouvons l’espoir:  l’eau et les sources ne font qu’un avec l’espoir et relient la survie de l’homme avec celle de la terre.
Dans Bereshit-Genese 1 (6 7), lorsqu’Hagar est répudiée par Avraham, son sort est pour le moins incertain. Heureusement pour elle, il y a des sources dans le désert:
Un envoyé du Seigneur la trouva près d’une source d’eau, dans le désert, près de la source sur le chemin de Chour.
וַיִּמְצָאָהּ מַלְאַךְ יְהוָה, עַל-עֵין הַמַּיִם–בַּמִּדְבָּר: עַל-הָעַיִן, בְּדֶרֶךְ שׁוּר
Le texte répète deux fois le mot עין, ayin, source. L’eau c’est la vie, sans source elle aurait perdu l’espoir de survivre.

Or תקווה (Tikva), l’espoir, a la même racine que מקווה, mikve, un réservoir d’eau.
Lors de la création: Dieu nomma le sol la Terre (l’endroit sec), et le réservoir des eaux, il la nomma mer.
וַיִּקְרָא אֱלֹהִים לַיַּבָּשָׁה אֶרֶץ, וּלְמִקְוֵה הַמַּיִם קָרָא יַמִּים
Le mot מיקווה (Mikve), s’emploie parfois à la place du mot תקווה,Tikva, l’espoir.
Lorsque David remet à son fils, le futur roi Salomon, le plan du Temple qu’il devra construire, il loue Dieu en disant: Tout vient de toi…Comme tous nos ancêtres, nous sommes devant toi des étrangers, de simples hôtes; nos jours, sur la terre, ne sont qu’une ombre, sans nul espoir [de durée] (1Chroniques 29,15).
כִּי-מִמְּךָ הַכֹּל…כִּי-גֵרִים אֲנַחְנוּ לְפָנֶיךָ וְתוֹשָׁבִים, כְּכָל-אֲבֹתֵינוּ: כַּצֵּל יָמֵינוּ עַל-הָאָרֶץ, וְאֵין מִקְוֶה.

(Maquette du Temple construite par un immigrant ukrainien, Mikhail Osnis, journal Kolhazman)

Pour le prophète Jérémie (17 13)  Dieu lui-meme peut être appelé par ce nom: Espérance d’Israël, Eternel, מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל

(Ecole de Mikve Israel: http://www.clfi-mikveisrael.org/our-firm/)

Plus curieusement dans le livre de Yoshua, le mot תקווה, tikva, espoir, est  employé pour désigner un cordon. Mais ce n’est pas n’importe quel cordon: il s’agit du cordon écarlate que Rahab devra accrocher à sa fenêtre lors de l’entrée des troupes de Yoshua Bin Noun à Jericho:
Quand nous entrerons dans la contrée, tu attacheras ce cordon de fil écarlate à la fenêtre par laquelle tu nous as fait descendre, et tu réuniras dans ta maison ton père, ta mère, tes frères et toute ta famille.
הִנֵּה אֲנַחְנוּ בָאִים, בָּאָרֶץ; אֶת-תִּקְוַת חוּט הַשָּׁנִי הַזֶּה תִּקְשְׁרִי, בַּחַלּוֹן אֲשֶׁר הוֹרַדְתֵּנוּ בוֹ, וְאֶת-אָבִיךְ וְאֶת-אִמֵּךְ וְאֶת-אַחַיִךְ וְאֵת כָּל-בֵּית אָבִיךְ, תַּאַסְפִי אֵלַיִךְ הַבָּיְתָה.
En fait, ce cordon est le seul espoir pour Rahab de sauver sa vie et celle de sa famille lors de la prise de la ville.                                     (Travail de Ovadia Agassi et d’Avi Gartner, lycée de Kfar Hayarok)

La grande peur des peuples du Moyen-Orient est la sécheresse, responsable de nombreux maux. L’eau est espoir de vie. Ce n’est pas étonnant si concrétiser un espoir se dit להגשים, lehagshim, de la racine ג+ש+מ (G+Sh+M) comme גשם, gueshem, la pluie tant attendue et par qui tout reverdit.

(La rivière Amal dans la vallée de Beit Shean)

A bientôt,

* Il faut noter aussi que dans ces manifestations, les Iraniens crient: pas d’argent pour Gaza, pas d’argent pour la Palestine, et même mort à la Palestine.

*Même les Algériens s’en amusent:
http://www.lematindalgerie.com/flagrant-delit-israel-vole-ses-nuages-liran

*Ron Arad:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ron_Arad_(pilote)

*Les crocodiles: on ne sait pas exactement de quel espèce parle le Tanakh, sinon qu’il s’agit de sauriens

*La racine B,Vav, Shin peut devenir B, Youd, Shin selon les conjugaisons

*Bar Kokhba, le fils de l’étoile, était appelé par ses détracteurs, Bar Koziba, le fils du mensonge

*Hashomer ha’hadash: lisez l’excellent article de Pierre Lurcat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/07/reportage-a-la-frontiere-de-gaza-avec-les-nouveaux-gardiens-d-israel-par-pierre-lurcat.html

Voici deux articles que j’avais écrits il y a 4 ans, rien ne change.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/05/20/les-shinshinim/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chemin des Patriarches (7): toujours en Binyamin!

Nous reprenons notre sac et notre bâton* de randonneur pour entrer cette fois dans la région de Binyamin sur la route 60 et voici un panneau souhaitant bonne fête de l’Aid el Fitr aux musulmans de la région. En second plan, vous voyez un village juif, une colonie comme disent les Européens, et au premier plan un taxi aux plaques vertes, ce qui signifie qu’il vient d’un territoire sous contrôle de l’Autorité Palestinienne.

(Makor Rishon, photo de Myriam Tsahi)

La région de Binyamin s’étend sur plus d’un million de dounams, de Jerusalem au désert de Yehuda et jusqu’à la Samarie. Les paysages y sont très variés puisqu’on passe d’une zone boisée montagneuse verte à l’ouest, véritable balcon au dessus de la plaine côtière, à une région désertique à l’est où le ruisseau Prat descend de ses magnifiques sources et ses eaux fraîches jusqu’à la Mer Morte:


et alors qu’au centre, on se croirait parfois presque en Toscane.

Savez vous que Mark Twain visita Israel en 1869?
Malheureusement, Mark Rwain ne fut pas impressionné parce qu’il découvrit, c’est le moins qu’on puisse dire. Il  parcourut le pays dans son entier et  fit part de sa déception:
« Il me semble que de tous les pays ayant un sombre paysage, la terre d’Israel détient la palme. Les collines sont chauves, les couleurs sont fanées, et ses formes sont loin d’attirer l’attention. Les vallées sont désertiques, laides et décorées d’une nature pauvre dont la vue inspire tristesse et désespoir… Chaque ligne est vulgaire, coupante et sans perspective, les distances ici n’inspirent aucune magie. C’est un pays morne, sans espoir, un pays qui brise le coeur. »
Je ne peux pas lui donner tort, c’est ainsi que se présentait la Palestine aux yeux des voyageurs et même à ceux des pionniers sionistes. Comme disait une parente: ici, avant nous, il n’y avaient que deserts de cailloux et marais.

Eh bien, disons que maintenant tout a changé et pas seulement parce que nous avons des photos en couleur alors qu’elles etaient en noir et blanc.
Lorsque Mark Twain arrive en Binyamin, il s’arrête à Beth El, lieu où Yaakov s’est reposé, alors qu’il fuyait son frère, et a eu un rêve pour le moins singulier: Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel et des messagers divins montaient et descendaient le long de cette échelle. Puis, l’Éternel apparaissait au sommet et disait: « Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi; et toutes les familles de la terre seront heureuses par toi et par ta postérité. Oui, je suis avec toi; je veillerai sur chacun de tes pas et je te ramènerai dans cette contrée, car je ne veux point t’abandonner avant d’avoir accompli ce que je t’ai promis. »Jacob, s’étant réveillé, s’écria: « Assurément, l’Éternel est présent en ce lieu et moi je l’ignorais. » Et, saisi de crainte, il ajouta: « Que ce lieu est redoutable! ceci n’est autre que la maison du Seigneur et c’est ici la porte du ciel. » Jacob se leva de grand matin; il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, l’érigea en monument et répandit de l’huile à son faîte. Il appela cet endroit Beth El (maison de Dieu).

Mark Twain cherche quelque monument. Il a entendu parler de la mosquée es-Sekineh où étaient remémorées les mémoires de Jacob et de Joseph*. Elle est mentionnée dans des sources arabes médiévales. Mais au 19 ème siècle, Mark Twain n’y voit qu’une ruine au milieu d’un désert de pierres.

(Beth El aujourd’hui)

S’il venait maintenant, il ne pourrait plus parler de désert.


Mark Twain continue vers Shiloh qui est le plus grand site historique de la région et là, rien non plus! La région est désertique et inhospitalière.

Et pourtant!
Shiloh est connu depuis le livre de Yoshua (chap18 ).
Nous sommes 500 ans avant que le roi David conquiert Jerusalem pour en faire notre capitale. Yoshua procède alors  au dernier partage des terres entre les tribus: « Les délégués se disposant à partir pour lever le plan du pays, Yoshua leur donna cet ordre: « Allez, parcourez le pays, faites-en le plan et revenez auprès de moi, afin qu’ici, à Shiloh, je vous le répartisse au sort, en présence de l’Eternel. »
A partir de ce moment, Siloh devient le centre religieux des tribus qui y installent la tente d’assignation (le Tabernacle) contenant l’Arche d’Alliance*: « Toute la communauté des enfants d’Israël s’assembla à Shiloh et y installa la Tente d’assignation; le pays conquis se trouvait à leurs pieds. »
Le tabernacle connaitra bien des péripéties* et Shiloh restera longtemps le seul sanctuaire jusqu’à ce que David le fasse venir à Kiriat Yearim et qu’ensuite, il soit enfin installé dans le Temple par son fils Salomon.

C’est à Shiloh que ‘Hanna, venue en pélerinage avec sa famille, pleurera et priera pour enfin être mère et c’est à Shiloh que Eli instruira le jeune et futur prophête Shmuel (Samuel), amené au sanctuaire par sa mère ‘Hanna selon son vœu:
Hanna… dit à son époux: « Une fois que l’enfant sera sevré, je l’emmènerai, et il paraîtra en présence du Seigneur, et il y restera toujours. » Elkana, son époux, lui répondit: « Fais comme il te plaît, attends que tu l’aies sevré; veuille seulement le Seigneur accomplir sa parole! » La femme resta donc et allaita son fils, jusqu’à ce qu’elle l’eût sevré. Quand elle l’eut sevré, elle l’emmena avec trois taureaux, une êpha de farine et une outre de vin et le conduisit à la maison du Seigneur, à Shiloh; l’enfant était encore tout jeune… »

En fait, le site de Shilo a été habité depuis l’âge du bronze. Il le sera sans discontinuer jusqu’au Moyen Age.
Basée sur une carte militaire romaine du 4 ème siècle, la célèbre carte de l’époque médiévale, la Tabula Peutingeriana*, reprend le réseau routier romain avec indication des différentes cités et les points d’intérêt comme les rivières, sommets etc…

(Sur la carte, Shiloh est indiqué par un petit carré rouge)

Les fouilles archéologiques du site de Shiloh commencent dans les années 1920. Elles sont conduites par un danois, Hans Anderson Kjær. L’expédition commence par découvrir un mur d’enceinte cananéen, des entrepôts et de la vaisselle datant de l’époque des Juges. Malheureusement Hans Anderson Kjær tombe malade et ne peut s’opposer au vol de ses trouvailles par ses ouvriers arabes.
Les Israeliens reprennent les fouilles dans les annees 1980* et découvrent une ville importante aux murailles plusieurs fois reconstuites, les ruines d’entrepots et surtout ce qui caractérise un habitat juif, des ossements exclusivement de bovins et caprins.
Pour ce qui est de l’arche, nul ne sait où elle est aujourd’hui. 

(Arc de triomphe de Titus montrant le déplacement de l’Arche et de la Ménorah à Rome)

Mais en ce qui concerne son emplacement à Shiloh, un texte intéressant se trouve dans Ia Bible (livre I Samuel 4):
Un Benjamite s’échappa du champ de bataille et arriva à Silo ce même jour, ayant ses vêtements déchirés et la tête couverte de poussière.Comme il arrivait, Héli était assis sur son siège, au bord du chemin, dans une attente pleine d’anxiété, à cause de l’arche du Seigneur; l’homme vint répandre la nouvelle dans la ville, qui éclata tout entière en lamentations. En entendant ces cris, Héli demanda: « Qu’est-ce que cette clameur de la foule? » Et l’homme s’empressa d’approcher et de lui apprendre (la nouvelle). Celui-ci avait alors quatre-vingt-dix-huit ans; ses yeux étaient immobiles, il ne pouvait plus voir. » C’est moi, dit l’homme à Héli, qui viens du champ de bataille, je m’en suis échappé aujourd’hui. Quelle a donc été l’issue, mon fils? » demanda Heli. Le messager répondit: « Israël a pris la fuite devant les Philistins, et le peuple a essuyé de grandes pertes; de plus, tes deux fils Hophni et Phinéas sont morts, et l’arche du Seigneur est prise. » En l’entendant mentionner l’arche du Seigneur, Héli tomba de son siège à la renverse, du côté de la porte, se brisa la nuque et mourut, car cet homme était vieux et appesanti par l’âge. Il avait gouverné Israël quarante années.
Pour les archéologues, si le cri des habitants de la ville fut entendu par Héli avant que le rescapé de la bataille arrive jusqu’à lui, cela signifie que le tabernacle se trouvait à l’opposé de la porte de la ville située au Sud. Ils situent donc l’emplacement du Tabernacle au Nord de la ville, ce qui était d’ailleurs par sa position l’endroit le mieux défendu.
Or, une couche archéologique a été fouillée dans cette zone nord. Elle date de l’époque des juges. Les restes de 2 bâtiments y ont été retrouvés: l’un correspond au plan d’une maison à 4 zones* (architecture classique des maisons juives) et l’autre sans plan architectural bien défini mais d’une grande taille (environ 30/30m) qui comprend des restes de murailles et 17 grands monolithes qui peuvent être la base de piliers, ordonnés en 3 rangées. L’archéologue Ze’ev Yavin estime que les espaces entre les monolithes délimitaient l’entrée de la zone sanctifiée. Pour le moment nous n’en savons pas plus. Existe-t-il d’autres monolithes similaires? Espérons que les fouilles reprennent.

D’autres ruines ont été mises à  jour: une grande et belle église byzantine a été découverte il y a seulement quelques années. Son sol en mosaïque est impressionnant.

Avec curieusement un Maguen David:

Elle a probablement été construite à la fin du 4 ème siècle. Plusieurs inscriptions grecques de cette époque ont été retrouvées, dont une une faisant mention explicite du village de Shiloh.
A partir de l’occupation ottomane, la région se dépeuple: seuls les restes d’une petite mosquée y ont été retrouvés jusqu’à ce jour:

(photo de David Rabkin)

Un centre d’accueil pour touristes domine le site de fouilles de Shiloh:

Si nous ne voulez pas gratter la terre, vous pourrez entrer dans la tour où vous attendent des salles d’exposition:

et un film qui vous fera revivre le passé biblique de Shiloh:

Juste à côté de l’ancien Shiloh se trouve le yishuv de Shilo: 250 familles y vivent  de la vigne mais surtout du tourisme. Alors, si les vieilles pierres vous indiffèrent, si les récits du passé vous font bailler, vous pourrez faire des randonnées, vous baigner, et si vous aimez déguster les produits locaux, le vin est aussi bon que celui du Golan,

*la prière de ‘Hanna:
http://akadem.org/medias/documents/Hanna-Doc1.pdf

*Une maison à 4 zones: c’est à dire une maison avec quatre parties  bien définies: l’habitation proprement dite, l’étable, le hangar à grains et le mikvé. Selon nos informations, seuls les Juifs organisaient ainsi leur maison. Ces 4 zones en plus de l’absence de statuettes sacrées et la présence uniquement d’ossements d’animaux cacher , confirment qu’il s’agit bien là d’une habitation juive.

 

 

Le chemin des Patriarches 6: le territoire de Benjamin

Et si nous repartions en balade?
Dans mon dernier article sur le Chemin des Patriarches*, nous avions traversé Jerusalem du Sud au Nord et pénétré  le territoire de la tribu de Benjamin*. Pour cette fois, au lieu de continuer droit au Nord sur la route 60, nous ferons un petit détour et nous prendrons la route qui mène de Jerusalem à Jéricho, en longeant la frontière entre la Judée et le territoire de Benjamin.
Nous l’avons déjà prise cette route pour visiter le musée du Bon Samaritain*.
Cette fois, arrêtons nous à Maale Adoumim. Bien que rien ne rattache cette ville à nos patriarches, elle est cependant mentionnée dans le Tanakh dans une description très détaillée des frontières qui délimitent les territoires des tribus:
Le premier lot échut à la tribu des enfants de Benjamin, selon leurs familles…la limite descendait…la montée d’Adoumim (livre de Yehoshua 18 17)

Cette ville de 40 000 habitants est une oasis de verdure dans le désert à seulement un quart d’heure de Jerusalem.

Elle possède un orchestre symphonique:

Et à ses pieds, le parc Yts’hak Shamir:

Mais surtout, le musée Moshe Castel se trouve à Maale Adoumim:

Moshe Castel est né à Jérusalem en 1909 d’une famille originaire de  Castille et arrivée en Eretz Israël en 1492. Les membres de sa famille s’étaient installés à Hébron, à Gaza* et à Jérusalem.

(Moshe et Bilha Castel)

Son père, Rabbi Yehuda Castel, était un érudit, habile dans l’écriture des rouleaux de la Torah, et gagnait sa vie en concevant des couvertures en soie décorées pour les rouleaux de la Torah ainsi que des rideaux pour les Arches saintes dans les synagogues.
A l’age de 13 ans, Moshe Castel fut accepté  à l’école d’art « Betzalel »*, que dirigeait alors Boris Schatz. Il y resta jusqu’en 1925 et décida de partir à Paris. Il n’avait que 15 ans et lutta pour obtenir la permission paternelle, aidé par sa mère, Rachel, comme il l’écrivit dans ses mémoires: «Ma mère a dit à mon père – laisse-le voyager; il va tomber malade, il est fou de Paris!

A Paris, il devient ami avec Chaggal et Giacommeti, passe ses journées au Louvre pour copier les grands maîtres.
En 1927, l’Union Mondiale de la Jeunesse Juive parraine sa première exposition et Jabotinski* écrit l’introduction de son catalogue
« Pour moi, dit Moshe Castel, Paris était surtout pour moi un tremplin vers mon individualité
Il n’oublie cependant pas les paysages de la terre d’Israël, qui sont un sujet récurrent  de son travaux.

Un critique d’art à qui il explique qu’il peint des femmes françaises lui répondra: « Ce ne sont pas des femmes françaises; ce sont des femmes de Jérusalem. « 


Il rentre au pays en 1934 et en 1936 il lance à Tel Aviv la première exposition d’artistes de l’Ecole de Paris avec des peintures de Soutine, Kissling, Chagall, et d’autres.

Il repart en Europe, en Italie cette fois, pour y découvrir les maîtres italiens du 13 et 14 ème siècle. Il réussit à rentrer en 1940, alors que l’armée allemande approche de Paris. Il décide alors de s’installer à Tsfat en Galilée où sa famille a vécu des siècles auparavant.
Il est déjà un peintre connu en Israel et plusieurs expositions de ses œuvres au Musée de Tel Aviv lui valent le prix Dizengoff pour la peinture et la sculpture.
En 1948, il rompt avec l’Union des Artistes Israéliens, sa lettre de démission écrite sur un papier du café Kasit, haut lieu de la bohème de Tel Aviv, indique qu’il veut créer un nouveau syndicat. En fait, ses amis* et lui ont fondé le groupe עופקים חדשים (ofakim hadashim), les Nouveaux Horizons, et intègrent à leur travail les éléments essentiels de l’art abstrait européen, notamment ceux exprimés par Picasso et Braque. Le désir d’universalisme conduit les artistes à se concentrer sur l’art qu’ils considèrent comme une avant-garde artistique, un art basé sur les éléments les plus basiques et purs de la peinture: ligne, texture, couleur, composition. Cependant le mouvement des Nouveaux Horizon gardera son originalité et présentera une version locale du style de peinture abstraite.
C’est ainsi que le monde juif sera toujours présent dans les œuvres de Moshe Castel:

Même lorsque son art ne sera plus totalement figuratif, il introduira des éléments orientaux  au style expressionniste abstrait, influencé par ce qu’on appelait «l’art cananéen». Dans ses dernières œuvres sont toujours présents des textes hébraïques.

Mais pourquoi un musée Moshe Castel à Maale Adoumim alors qu’il n’y a jamais habité?
Sa femme Bilha raconte qu’un jour alors qu’ils descendaient vers la Mer Morte, Moshe lui demanda: Cet endroit a t-il un nom? Elle lui répondit en citant le livre de Yoshua: Maale Adoumim. Il regarda autour de lui, à cette époque, tout était désertique, et il dit: J’aimerais bien un musée Moshe Castel ici!

(Bilha époussette une des œuvres de son mari, exposée en plein air)

Remontons maintenant en direction de la route 60 pour retrouver lors d’un prochain article le chemin des Patriarches. Mais arrêtons-nous d’abord à Kfar Adoumim, verdoyant en plein désert,

A l’entrée de Kfar Adoumim se trouve la pizzeria Moshe*  tenue par Dédé -Moshe, un ancien légionnaire,

La meilleure de tout le Moyen-Orient?  Moshe est toujours un peu shwitzer*, mais  déguster sa pizza sur la terrasse en fin d’après midi, les yeux perdus dans les couleurs changeantes du désert…


Mais à Kfar Adoumim, il n’y a pas que la pizza de Moshe:


Le groupe s’appelle Karavan 187, il interprète une composition d’Ehud Banaï; le clip a été filmé dans les yishuvim de Kfar Adoumim, Alon et Nofei Prat:
Ce sentier commence ici entre l’agence de la banque et la source. Il n’est pas damé, il n’est pas toujours indique, ce sentier commence ici. Il traverse la ville, grimpe sur la montagne, continue vers la mer, continue aussi demain. Il cisaille l’air, entre les maisons, sort vers la lumière, vers une nouvelle vie… Prends le, prends le maintenant, les oiseaux messagers volent au-dessus de toi, accompagnent tes pas, ne dévie pas pour pouvoir revenir… Ce chant commence ici, bleu sur une page blanche, pas terminé pas toujours accordé, ce chant commence ici…

A bientôt,

*Les mosaïques du musée du Bon Samaritain:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/category/histoire/moyen-age-2/
http://allaboutjerusalem.com/article/good-samaritan-museum

*Ecole Betsalel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/03/13/a-la-recherche-des-artistes-disparus/

*Le groupe Nouveaux Horizons:
http://museumeinharod.org.il/en/a-new-horizon-for-new-horizons/
Parmi les artistes se trouvait aussi Marcel Jancu dont les œuvres sont pour la plupart regroupées au musée de Ein Hod:
http://en.ein-hod.org/about-ein-hod/marcel-janco/

*shwitzer: vantard.

 

 

Le chemin des patriarches (5): la traversée de Jerusalem

Pourim est passé, reprenons notre promenade sur le Chemin des Patriarches.
Nous arrivons maintenant à Jerusalem en passant tout près de la tombe de Rachel. La tombe de Rachel était autrefois une construction agréable, elle est devenu un vrai bunker à cause des attentats.
Nous sommes maintenant à Jerusalem. Deux chemin s’offrent à nous. Ils sont parallèles et leur nom nous indique bien qu’ils sont la continuité urbaine du parcours.
Le premier דרך חברון (derekh ‘Hebron) ou chemin de ‘Hevron, entre en ville par le Sud au dessus de  la vallée du Hinnom,  גאי הינום, Gaï ‘Hinnom ou Gai ben Hinom. Il est traduit en français par  Géhenne, et a acquis une mauvaise réputation. Pourquoi cette riante vallée est elle devenue le synonyme d’enfer? Sans doute parce que le prophète Jérémie l’appelle vallée de la mort en  prophétisant que lors de la destruction du premier Temple, beaucoup mourront, à tel point que  la vallée du Gai Hinom sera emplie de cadavres qui serviront de nourriture aux oiseaux de proie!

La voici en 1927:

Et la voici aujourd’hui:


Le Derekh ‘Hevron est une large rue très passante, sans grand intérêt


sauf lorsqu’on s’arrête devant certaines maisons datant du temps des Turcs.


J’avoue préférer la rue parallèle, דרך ביתלחם (derekh Bethlehem), le chemin de Bethlehem:

Nous continuons vers le nord en laissant la vieille gare* sur notre gauche.
Nous avons le choix entre grimper la colline le long du quartier Yemin Moshe que domine le moulin de Montefiore*

ou traverser le גן הפעמון (gan hapaamon), le Jardin de la Cloche: c’est un très agréable jardin public dont l’entrée est signalée par une réplique de la cloche de la liberté, Liberty bell de Philadelphie, symbole de l’indépendance américaine.

Nous continuons dans la rue du roi Georges, où se trouve le בית פרומין (Beit Frumin), siège de la Knesset avant les années 60*
L’immeuble, appartenant à la famille Frumin avait été construit dans les années 30 par des architectes qui avaient fui l’Allemagne et avaient importé le style Bauhaus, très populaire dans ce qui était alors un quartier neuf.


Nous passons devant le porche du Talitha Kumi, qui est tout ce qui reste d’un orphelinat pour filles, tenu par des protestants allemand au 19 ème siècle:

et continuons toujours droit au nord, en longeant les murailles, laissant à notre gauche l’Esplanade russe,


On longe maintenant הגיבעה הצרפתיתת  (haguiva hatsarfatit), ou colline française. Son nom originel ne faisait aucune référence à la France. Il s’agit d’une mauvaise traduction en hébreu: cette colline a été nommée  la colline French et non pas française, du nom d’un officier anglais, John French, tué pendant la première guerre mondiale. Sur cette colline ont été découverts de nombreux vestiges de l’époque byzantine ainsi qu’une très ancienne forteresse de l’époque du premier Temple.

Nous voici dans les banlieues au nord de la ville. Parmi elles Pisgat Zeev et Givat Zeev, respectivement le sommet du loup et la colline du loup.

(Guivat Zeev)

C’est qu’on est déjà dans le territoire de Benjamin dont  l’emblème est le loup.

Lorsque Yaakov bénit son fils Benjamin, il le compare à un loup:
Benjamin est un loup ravisseur: le matin il s’assouvit de carnage, le soir il partagera le butin. »(Bereshit-Genèse 49 27)
בִּנְיָמִין זְאֵב יִטְרָף, בַּבֹּקֶר יֹאכַל עַד; וְלָעֶרֶב, יְחַלֵּק שָׁלָל.

Ça semble une curieuse bénédiction, mais les  bénédictions de Yaakov ne sont pas des souhaits de bonne et longue vie à ses enfants. Elles décrivent en fait le caractère de la tribu dans son ensemble.
D’après Rachi*, Yaakov prophétise que les descendants de son fils préféré s’étant très mal conduits ( c’est une euphémisme) dans l’affaire de la concubine violée et assassinée, seront en partie exterminés par vendetta. Le peuple fait alors serment de ne pas leur donner une de leur fille en mariage. Cependant, et pour qu’aucune tribu ne disparaisse, les rescapés de la tribu de Benjamin vont recevoir ce curieux conseil:
« Une fête religieuse célébrée chaque année à Shilo… Allez vous embusquer dans les vignes et lorsque vous verrez les filles de Shilo sortir pour danser en chœur, vous sortirez vous-mêmes des vignes, vous enlèverez chacun une femme parmi les filles de Silo, et vous vous en irez au pays de Benjamin. »
Et dire que ces enlèvements de brigands se sont transformes au fil des siècles en « fête de l’amour ».
La suite de cette « bénédiction » fait référence aux victoires du roi Shaoul et bien plus tard de la victoire de Pourim avec comme acteurs principaux Mordekhaî et Esther, tous issus de la tribu de Benjamin (Esther, 8,7).

A bientôt,

*Les moulins de Montefiore:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/

*L’ancienne gare de Jerusalem:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/06/05/lancienne-gare-de-jerusalem/

*La Knesset:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/03/20/knesset-israel/

*Rachi:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/24/yom-kippour-et-le-gros-poisson/