Le chemin des Patriarches (9)

Je m’aperçois que j’ai laissé les Patriarches en Samarie*. Il est temps qu’ils reprennent leur route.
Cette fois, ils sortent de Samarie  et vont droit vers le nord à travers la Galilée,  dans leur pérégrinations vers les oasis de Syrie.

(le chemin des Patriarches est en bleu foncé sur la carte)

Ils descendent les sentiers escarpés des monts de Samarie et grimpent certainement sur le Tel Megiddo pour admirer la vue; une très large vallée s’étend à leurs pieds: la vallée de Yezreel.


Megiddo est une bonne étape pour les Patriarches.
Ce n’est pas alors  un site archéologique mais un bourg fortifié. Situé sur une colline et entre deux sources d’eau, son emplacement est idéal. C’est un point stratégique important qui domine le carrefour principal de deux des plus importantes routes commerciales de l’époque: la route sud-nord qui aboutit en Phénicie et la route sud-est qui se poursuit sur les hauteurs du Golan et mène à Damas et en Mésopotamie.
La ville est mentionnée de nombreuses fois dans le Tanakh, elle se trouve sur le territoire de la tribu de Menashe bien que celle-ci n’ait jamais vraiment pris le contrôle de son territoire:
Pour Menashe, il ne déposséda point les gens de Beth-Shean et de ses dépendances, ceux de Taanakh et de ses dépendances, ni les habitants de Dor et de ses dépendances, ni ceux de Yivleâm avec les siennes, ni ceux de Megiddo avec les siennes, le Cananéen persistant à demeurer dans ce pays. (Juges 1 27)

Mais n’anticipons pas. Nous ne sommes pas encore à la période des Juges.
Il y a donc déjà à l’époque des Patriarches une ville prospère et organisée. Megiddo est un site extraordinaire pour les archéologues: on n’y compte pas moins de 30 couches archéologiques, donc 30 villes empilées les unes sur les autres. On passe des Cananéens, aux Hébreux, on découvre que le roi Salomon y fit construire un palais somptueux* et de célèbres écuries dont les archéologues pensent qu’elles pouvaient contenir de 400 à 500 chevaux. On découvre ensuite des ruines datant de la dynastie des Omrides et aussi des signes d’une présence militaire égyptienne (c’est loin de chez eux mais les Égyptiens avaient un peu partout des avant-postes fortifiés qui contrôlaient le commerce de Moyen- Orient).
La taille des murailles , la porte dite à triple tenaille,

(Une photo de la porte à triple tenaille de ‘Hatzor en Galilée. Elle est en meilleur état que celle de Megiddo. Site bible.archeologie.free.fr)

le système hydraulique très complexe, construit sous le roi d’Israel Yeroboam II. La galerie souterraine se trouve à 25 m de profondeur et débouche sur une grotte

(site antikforever.com)

ainsi que l’importance du palais et des écuries nous montrent que Megiddo fut, pendant plus de deux millénaires avant l’ère chrétienne, une ville d’une grande importance stratégique, militaire et commerciale.

Puis la ville décline. Il n’y a plus de traces ensuite d’un quelconque habitat suivi. Megiddo n’intéresse pas vraiment les Grecs ni même les Romains. Ils préféreront rejoindre leurs décapoles* en longeant la côte vers le nord.
Ensuite, les Arabes la laisseront de côté: ce sont des nomades et non des cultivateurs. La vallée si fertile sera abandonnée et deviendra une zone plus ou moins marécageuse.
Pourtant, les restes d’une église byzantine ont été découverts.

Ce qui s’explique car Har Megiddo (הר מגידו ), montagne de Megiddo, bien que ce ne soit qu’une petite colline, est mentionnée dans le livre de l’Apocalypse (Nouveau Testament) sous le nom de Armageddon.
« ... Ce sont des esprits de démons, qui font des prodiges, et qui vont vers les rois de toute la terre, afin de les rassembler pour le combat du grand jour du Dieu tout-puissant.
Voici, je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille, et qui garde ses vêtements, afin qu’il ne marche pas nu et qu’on ne voie pas sa honte !
Ils les rassemblèrent dans le lieu appelé en hébreu Harmaguédon… Et la grande ville fut divisée en trois parties, et les villes des nations tombèrent. »
Le site verra même la visite du pape Paul VI en 1964.

En bas du Tel Megiddo, tout à côté, se trouve un charmant kibboutz nommé lui aussi Meggido.

Mais nous sommes déjà dans la vallée de Yizreel, si fertile que son nom יזרע-אל signifie Dieu a semé.
Les Patriarches vont traverser des hameaux et des champs cultivés. Ils ne le savent pas encore, mais environ 1000 ans après leur passage, c’est là que Dvora combattra Sisera, le Madianite:
Or Dvora, une prophétesse, femme de Lappidoth, gouvernait Israël à cette époque… Alors Dvora dit à Barak: « En avant! car c’est aujourd’hui que le Seigneur livre en tes mains Sisera; n’est-ce pas Dieu même qui marche devant toi? » … Debout, debout, Dvora! Eveille-toi, éveille-toi, et chante!… (livre des Juges chap 4 et 5)

Ici, Esther Rada chante le chant de Dvora lors des festivités du Yom Haatsmaout (fête de l’indépendance de l’état) en 2014.

Ce n’est qu’au 19 siècle que les premiers pionniers s’y installeront en achetant des terres à la famille libanaise des Sursuk,  l’un des plus gros propriétaires  fonciers de la vallée.
Dans les années 1870*, le gouvernement turc vendit des terres en Palestine* mais limita l’achat à des ressortissants ottomans non Juifs. C’est ainsi qu’une famille chrétienne de Beyrouth, les Sursuk, devint l’un des plus gros propriétaires fonciers de la région.
Bien que la vente de terres à des Juifs fut interdite par la loi, la famille Sursuk  ainsi que le gouvernement des Jeunes Turcs, toujours à court d’argent, étaient intéressés à ces transactions. En effet, le prix des terres était très élevé, bien plus élevé que leur valeur réelle d’autant que les organisations juives  indemnisaient aussi les familles des paysans arabes qui y vivaient… Après une interruption due à la première guerre mondiale, les transactions reprendront  jusque dans les années 30. Les dirigeants britanniques ne s’en mêlèrent pas jusqu’à ce que le mukhtar de Nazareth (qui pourtant ne se trouve pas dans la vallée de Yezreel) lance à plusieurs reprises des émeutiers contre les kibboutzim nouvellement créés et les anglais les interdirent à nouveau.

Dans la vidéo ci-dessous on voit le travail d’assèchement de la vallée en 1938, par les kibboutznikim de Ein ‘Harod Tel Yosef* et de Ein Dor:

Comme la plupart des noms des lieux que nous traversons, les noms de Ein ‘Harod et Ein Dor sont mentionnés dans le Tanakh.
Ein ‘Harod, la source de ‘Harod, est présentée dans le livre des Juges (chapitre 3) comme le lieu d’une des batailles de Gideon contre les Madianites. Il semble même que ‘Harod provienne de la  racine חרד (‘harad) qui signifie trembler. Ce serait en fait la source du tremblement (ou de ceux qui tremblent) ainsi qu’il est écrit:
Dès le matin, Yérubaal autrement dit Gédéon alla se camper avec tout son monde près d’Ein ‘Harod, ayant ainsi au nord le camp de Madian, qui commençait à la colline de Moré et s’étendait dans la vallée… et Dieu lui dit: … porte aux oreilles du peuple cet avis: Que ceux qui ont peur et qui tremblent (מִי-יָרֵא וְחָרֵד) rebroussent chemin et tournent du côté de la montagne de Guilaad…


Quant à Ein Dor, c’est là que le roi Shaoul, épuisé et désespéré fit invoquer l’esprit du prophète Samuel par une sorcière et l’entendit lui annoncer:
... Et il (Dieu) livrera également Israël, avec toi, au pouvoir des Philistins: demain, toi et tes fils vous serez où je suis, et l’armée d’Israël sera livrée par le Seigneur aux Philistins.

(le kibboutz Ein Dor aujourd’hui)

 

A bientôt,

*Ceci est le 9 ème article intitulé le chemin des Patriarches

* Le palais: En fait; il y en a deux: Le premier est attribué au roi Salomon par Yigal Yadin et le second a sans doute été construit bien plus tard par la dynastie des Omrides qui gouverna le royaume d’Israel, donc après le schisme qui suivit la mort du roi Salomon.

*La porte à triple tenaille: On en a trouvé sur les sites archéologiques de Megiddo, ‘Hatzor, Ashdod et Guézer

*Les décapoles:
https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9capole_(Proche-Orient)

*Le kibboutz de Tel Yosef a été fondé par des immigrants de la troisième alyia appartenant au bataillon du travail:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/07/10/un-garcon-semblable-a-un-cedre/

 

 

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Un peu de lumière!

 

Hanouka est terminée, les bougies se sont consumées.

On dirait cependant que la lutte de la lumière contre l’obscurité et surtout l’obscurantisme ne l’est pas. Chez nous, un nouvel attentat* : 9 blessés parmi des gens qui attendaient le bus à la sortie du village d’Ofra.. Parmi eux deux blessés très graves : une jeune femme enceinte  de 21 ans et son mari, Shira et Ami’haï. La jeune femme semble se remettre mais son bébé n’a pas survécu.

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Et puis, je viens d’apprendre qu’un attentat avait eu aussi lieu à Strasbourg…
Aussi j’ai voulu vous parler de lumière, de chaleur.
Vous connaissez certainement le mot אור (or), la lumière, mais il existe aussi une racine moins courante, נור (NOR), présente en hébreu comme en araméen, et d’ou proviennent les mots bouton d’or נורית (nourit), bougie (ner) נר et chandelier מנורה(menora). On peut même rajouter à cette liste le mot tunnel* (minhara)  מנהרה!
Même si vous ne connaissez pas l’hébreu, vous avez entendu parler de la menora du Temple qui est aussi un des symboles de l’état d’Israel.


Maintenant de nos jours, une menora est aussi un simple luminaire dans lequel on place une נורה (noura) une ampoule électrique.
Et pour le bouton d’or et le tunnel ?
Pour le bouton d’or, le rapport est évident: sa belle couleur jaune orangée fait qu’on l’appelle נורית  (nourit). Tout simplement !

Mais pour le tunnel מנהרה (minhara)?
Ce mot Il n’apparaît qu’une seule fois dans le Tanakh, dans le livre des Juges (6, 2) :
« Accablés par la supériorité de Madian, les Israélites, pour y échapper, utilisèrent les tunnels des montagnes, les grottes et les forteresses. »
וַתָּעָז יַד-מִדְיָן, עַל-יִשְׂרָאֵל; מִפְּנֵי מִדְיָן עָשׂוּ לָהֶם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, אֶת-הַמִּנְהָרוֹת אֲשֶׁר בֶּהָרִים, וְאֶת-הַמְּעָרוֹת, וְאֶת-הַמְּצָדוֹת
En ce moment l’armée détruit les tunnels à la frontière du Liban, tunnels que nos abominables voisins du ‘Hezbollah ont construit depuis leurs villages jusque chez nous, pour infiltrer des terroristes en Galilée. Vous avez aussi entendu parler des mêmes tunnels construits par le ‘Hamas* et régulièrement détruits. J’espère que l’armée n’en n’oubliera pas un seul !


(Ci-dessus, la destruction d’un premier tunnel, creusé à 5 mètres de profondeur dans le rocher, depuis des maison du village libanais Kfar Kile et pénétrant sur 40 mètres dans le territoire israélien à côté de la bourgade de Metulla)

Où est le lien avec la lumière? Un tunnel est plutôt sombre. C’est sans doute que contrairement à un puits ou une grotte, le tunnel qui nous protège sort à l’air libre et à la lumière. Cela me fait penser à l’architecture du bâtiment central de Yad Vashem où après une visite éprouvante dans des salles de béton brut et gris sombre, on monte vers la sortie pour accéder à un panorama réconfortant : celui des collines environnant la ville de Jerusalem.

Cette racine NOR, ne se trouve qu’une seule fois dans le livre du prophète de Daniel (7 10). Et là, on est bien loin de la lumière de la menora ou de la réconfortante sortie vers la lumière à la fin du tunnel: il est question d’un fleuve de feu !
Un torrent de feu jaillissait et s’épandait devant lui , mille le servaient et dix mille myriades se tenaient en sa présence. Le tribunal entra en séance et les livres furent ouverts…
נְהַר דִּי-נוּר, נָגֵד וְנָפֵק מִן-קֳדָמוֹהִי, אֶלֶף אלפים (אַלְפִין) יְשַׁמְּשׁוּנֵּהּ, וְרִבּוֹ רבון (רִבְבָן) קָדָמוֹהִי יְקוּמוּן; דִּינָא יְתִב, וְסִפְרִין פְּתִיחוּ

Mais on la trouve encore dans l’expression זיקוקין די נור  (zikoukin di nour)  dans le Talmud de Babylone où elle signifie étincelles de feu. Aujourd’hui ce sont des feux d’artifices.

Mais avec quoi s’éclairait-on ? Les bougies de cire étaient rares et chères, La plupart du temps on s’éclairait avec des lampes à huile.

Pour les lumières de shabbat et des fêtes, nous ne pouvions pas utiliser n’importe quelle huile ou n’importe quelle mèche. במה מדליקים (Bame* madlikim) Avec quoi allume-t-on? s’interroge le Talmud. Évidemment les avis diffèrent…
Le Dr Ne’hama Sukenik et son équipe d’archéologues viennent de faire une découverte rare dans le désert du Neguev à Shivta: un פתיל (ptil), une mèche de lampe à huile en lin, datant de 1500 ans qui doit son bon état de conservation à l’aridité du désert et au fait qu’elle était protégée par un petit étui en cuivre.

פתילה להדלקת נר שמן בת 1500 שנה התגלתה בשבטה שבנגב (מערכת וואלה! NEWS , קלרה עמית, רשות העתיקות)

(photo Klara Amit, site travel.walla.co.il)

Tout au long de l’année nous allumons des bougies: celles de shabbat, celles des fêtes, celles qui nous servent à traquer le ‘hametz juste avant pessah*. Il y a aussi celles qui commémorent le souvenir de nos proches lors des yarhrzeit, celles du Yom Hashoah, du Yom Hazikarone qui se transforme en jour de joie avec les torches de Yom Haatsmaout:


Heureuse est l’allumette qui se consume en allumant des flammes
Heureuse est la flamme qui a brûlé dans le secret des cœurs,
Heureuses sont les flammes qui ont su s’éteindre dans l’honneur,
Heureuse est l’allumette qui se consume en allumant des flammes!*

Sa bougie éclairera le monde. C’est un souhait de longue vie pour quelqu’un dont la conduite morale est un exemple.
C’est ce que je vous souhaite dans ce monde violent, ignorant et obscur
Portez-vous bien

A bientôt,

* Bien que l’auteur de l’attentat soit Salah Barghouti, le fils du chef du ‘Hamas en Judée Samarie, le Fata’h a aussi revendiqué cet attentat. Merci à tous ceux qui accueillent Ma’hmoud Abbas avec les honneurs! Ici avec Anne Hidalgo la maire de Paris:

https://www.jforum.fr/tsahal-tue-le-fils-du-chef-du-hamas-lie-a-lattaque-dofra.html

* Il s’agit là de ce qu’on appelle une racine sœur. La racine נהר (NaHaR)  veut dire un flux, une émission: soit un flux d’eau et donc une rivière, soit un flux de lumière.Tunnels terroristes du ‘Hamas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/05/les-enfants-de-gaza/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/07/22/sur-tous-les-fronts/

*Ba Me et non Be Ma comme on dirait maintenant. Il s’agit de l’hébreu de la Mishna

* Vérification de l’absence de ‘hametz avant Pessah avec une bougie:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/05/un-menage-ethique/

* Poème de Hanna Szenesh:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Szenes

 

Bleu azur, sionisme et margarine

 

En ce moment se tient au Musée des Pays de la Bible une exposition sur les couleurs de prestige dans les civilisations du Moyen-Orient antique et en particulier sur la couleur bleu, תכלת (tekhelet)*.

La couleur bleue a toujours eu une signification particulière dans la vie des Juifs. Selon la Guemara, le bleu fait penser à la mer et au ciel, donc aux eaux d’en haut (le ciel) et les eaux d’en bas (la mer)* et nous donne une petite idée de ce qu’est la grandeur de Dieu. Et c’est ainsi qu’il fut ordonné aux Juifs de placer un fil bleu, תכלת (tekhelet), dans les tsitsit* aux 4 coins de leur châle de prière le talith:
Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur de se faire des franges (tsitsit) aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. (Nombres- Bamidbar 15,38)
דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם, וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל-כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם, לְדֹרֹתָם; וְנָתְנוּ עַל-צִיצִת הַכָּנָף, פְּתִיל תְּכֵלֶת.
Le תכלת (tekhelet) est une couleur bleu/indigo extraite d’un mollusque appelé חילזון (‘hilazon) qu’on ne trouve dans la Mer Méditerranée qu’entre ‘Haifa et la ville de Tyr au Liban.

Cette espèce étant inconnue en dehors de cette région, les Juifs dispersés en Galout ne purent que supputer sa couleur véritable. Rashi* estimait qu’il s’agissait d’une nuance foncée, raison pour laquelle les taliths des Ashkenazes sont traditionnellement rayés de noir, tandis que le Rambam (Maimonide) penchait pour un bleu clair, raison pour laquelle les taliths sépharades sont rayés de  bleu.

A la fin du 19 ème siècle il fut question de choisir un drapeau, qui exprimerait l’identité du peuple juif et son aspiration nationale. Mais nous n’avions jamais eu de drapeau! Il est vrai qu’à plusieurs reprises entre le 14 et 17 siècles, les Juifs d’Ofen (Budapest) et de Prague,  avaient reçu le droit de hisser une bannière à fond rouge avec un motif juif, une étoile à 6 branches. Cette bannière reprenait un motif juif courant, qu’on trouve déjà gravé sur des pierres bien avant l’ère chrétienne, et appelée מגן דוד (Maguen David) ou Bouclier de David, ancêtre du Mashia’h selon la tradition.
Les 6 branches du bouclier représentent les qualités du Mashia’h: 1-l’esprit de sagesse, 2-d’intelligence, 3-l’esprit de conseil, 4- et de force, 5-l’esprit de science et 6-de crainte de Dieu.
Comme l’écrivait le prophète Ishayahou.

וְיָצָא חֹטֶר, מִגֵּזַע יִשָׁי; וְנֵצֶר, מִשָּׁרָשָׁיו יִפְרֶה. ב וְנָחָה עָלָיו, רוּחַ יְהוָה–רוּחַ חָכְמָה וּבִינָה, רוּחַ עֵצָה וּגְבוּרָה, רוּחַ דַּעַת, וְיִרְאַת יְהוָה.
Or, un rameau sortira de la souche de Ishaï (le père de David), un rejeton poussera de ses racines.  Et sur lui reposera l’esprit du Seigneur:-esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu.

Donc, nous avions déjà le motif! Mais pour les couleurs?
Théodore Herzl voulait qu’un drapeau représentant les aspirations du peuple juif soit présenté au premier congrès sioniste en 1897. Il confia le travail à son assistant David Wolfsohn. Celui-ci déclara:

J’eus soudain une illumination. Nous avions déjà un drapeau, bleu et blanc, le talith, dont nous nous drapons pendant la prière. Ce serait notre emblème ; de châle de prière nous le transformerions en drapeau que nous hisserions devant Israël et les Nations. C’est ainsi que je commandais un drapeau bleu et blanc, avec un bouclier de David en son centre.
Et il en fut ainsi…

Cette semaine à la fête du Sighd* à Jerusalem, les drapeaux  brandis côtoient les larges parasols de Kessim*:

(Im Tirtsou: Bonne fête du Sighd à nos frères de la communauté des Juifs éthiopiens)

Au huitième Congrès sioniste, qui se tint à Prague en 1933, une résolution officielle fut adoptée concernant le drapeau : Le drapeau bleu et blanc est celui de l’Organisation sioniste et du peuple juif, conformément à une tradition ancestrale.

Et la margarine dans tout ça?
En 1935, parmi les Juifs allemands nouvellement arrivés se trouve un ingénieur, le Dr Arnold Hidelsheimer. En Allemagne, il travaillait pour la firme Unilever, fabriquant de la margarine Blue Band. Il décide de monter une usine de margarine à ‘Haifa et garde le nom Blue Band, la bande bleue (sur un papier blanc), qui devient pour les Juifs un nom sioniste . Sa margarine connait tout de suite un franc succès, car elle est beaucoup moins chère que le beurre.

(la fierté de chaque mère: des enfants en bonne sante)

Mais pour les Juifs de Palestine, Blue Band est bien plus qu’une margarine. Arnold Hidelsheimer a décidé que les familles recevraient gratuitement un journal bi-mensuel, pour l’achat d’un paquet de margarine.

On y trouve de quoi contenter tout le monde histoires, blagues, jeux, nouvelles du monde, recettes de cuisine et bien sur fierté sioniste:
Dans notre pays, nous produisons la plus célèbre margarine du monde, la margarine Ruban Bleu!
Nous devions l’importer d’Angleterre mais une usine de production de margarine en Israël a maintenant ouvert ses portes à Haïfa. La margarine est aussi savoureuse, nutritive que le beurre et elle coûte bien moins cher. Elle présente un autre avantage par rapport au beurre: vous pouvez la manger avec des plats de viande! Et l’essentiel est que, en ces temps difficiles pour notre patrie, il est très important de créer une usine qui ajoutera du travail aux travailleurs de notre pays et des centaines et des milliers de livres sterling acheminées à l’étranger pour l’achat de margarine.

Et depuis, même si nous mangeons aussi du beurre (ou si nous nous en passons), l’expression acheter bleu-blanc, signifie acheter israélien.
C’est bien ce que je vous disais! Le bleu azur, le sionisme et la margarine!

Dans les années 1970, ce chant כחול ולבן (Kakhol velavan) Bleu et blanc, fut  l’hymne des Juifs du Silence* et en particulier celui des Prisonniers de Sion*. Le poème et sa mélodie ont été écrits  par Israel Rashel, un Juif de Minsk, alors âgé de 21 ans, qui se battait contre les autorités pour avoir le droit d’immigrer en Israel, ce qu’il fit en 1971: Bleu et blanc, c’est ma couleur, bleu et blanc, ce sont les couleurs de ma terre, ce sont mes couleurs pour toujours, couleurs de l’espoir et de la paix, bleu et blanc c’est le ‘Hermon et le Kinneret, mon cœur chante en bleu et blanc, bleu et blanc c’est le ciel et la neige, il n’y a pas d’autre couleur, je vais revenir...

A bientôt,

* Les eaux d’en haut et les eaux d’en bas:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/07/05/tant-quil-y-a-de-leau-il-y-a-de-lespoir/

* En 1354, Charles IV, empereur germanique et roi de Bohème, octroya aux juifs de Prague une bannière de couleur rouge portant une étoile à six branches qui fut appelée plus tard Maguen David (Bouclier de David). En 1592, Mordekhaï Maizel, notable juif de la ville, fut autorisé à hisser sur sa synagogue une bannière du roi David semblable à celle qui se trouvait sur la Grande Synagogue. En 1648, les juifs de Prague obtiennent de nouveau une bannière, en reconnaissance de leur contribution à la défense de la ville contre les envahisseurs suédois : un bouclier de David jaune sur fond rouge avec, en son centre, l’étoile de Suède. En Hongrie, les juifs dOfen (Budapest) avaient déjà en 1460 reçu le roi Mathias Corvin avec un drapeau rouge où figuraient deux boucliers de David et deux étoiles.

* La fête du Sighd:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/21/le-mois-de-heshvan/

*Les Kessim: les rabbins des Juifs d’Ethiopie

* Les Juifs du silence: témoignage d’Elie Wiesel sur les Juifs soviétiques, Ed du Seuil, 1966

* Les prisonniers de Sion:
http://www.noemiegrynberg.com/pages/politique/les-prisonniers-de-sion-40-ans-de-lutte-et-d-amour.html
Parmi les plus célèbres: Anatoly Shtsharansky ancien directeur de l’Agence Juive et Yuli Edelstein, president de la Knesset

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue*

 

 

J’ai souvent entendu dire: Ah mais vous les Juifs, vous êtes doués pour les langues!
Non, nous ne le sommes pas particulièrement, mais la plupart d’entre nous ont grandi dans des familles dont les membres n’avaient pas tous la même langue maternelle. En utiliser au moins deux, même imparfaitement, faisait partie du quotidien, et il en a toujours été ainsi pour des raisons historiques. C’est certainement un avantage car nous avons surmonté ainsi une barrière psychologique qui semble empêcher de nombreux Français d’utiliser les langues étrangères qu’ils ont pourtant apprises.
Ici en Israel, bien que plus des deux tiers des gens soient nés dans le pays, cette facilité à passer d’une langue à l’autre, même pour quelques mots, est toujours présente:
A la מכולת (makolet) épicerie, je ne suis pas surprise que Mahmoud me souhaite sba’h el’her (Bonjour en arabe), que Roni s’adresse à un petit garçon en russe: Саша, мой дгуг! (Sacha mon ami) pour repasser tout de suite à l’hébreu et qu’Ytsik me gratifie de son « Kommensava » habituel suivit d’un « aurévouar » sonore.
Certains diraient à tort « c’est la Tour de Babel« !
A tort pour deux raisons: Nous avons une langue en commun, l’hébreu, support de notre culture, les autres ne servent qu’à colorer notre langage. Et de plus, les constructeurs de la Tour de Babel parlaient justement tous la même langue.

(notre makolet)

Cette semaine, discussion entre amis dans notre  souka, décorée par Naama.


Ils me donnent quelques nouvelles de la vieille Europe qui corroborent l’excellent article de Liliane Messika « En Europe il y a les méchants et les gentils »*.
Je lis aussi l’en-tête d’un article sur Causeur*:
le sociologue Pierre Rosanvallon et chantre de la gauche universitaire refuse tout dialogue avec son adversaire idéologique Alain Finkielkraut.  À moins que ce dernier n’abjure ses convictions… Je ne connais pas cet homme ni désire le connaître. Mais ce qui m’épate c’est l’idée qu’on dialogue mieux tout seul…
Toujours dans la souka, nous en arrivons aux bienfaits de la confrontation positive des idées. Mon mari nous rappelle l’épisode de la tour de Babel: à
 ce moment là, l’humanité toute entière ne pratiquait qu’une seule  et même langue et, se sentant ainsi puissante, aspirait à bâtir une tour pour maîtriser les cieux…
« Toute la terre avait une même langue et des paroles semblables
וַיְהִי כָל-הָאָרֶץ, שָׂפָה אֶחָת, וּדְבָרִים, אֲחָדִים
Ça a l’air bien, une seule langue et un travail en commun pour le bien de tous! Beaucoup y verraient un signe de solidarité entre les peuples, d’égalité, de fraternité…
Pourtant cela ne plait pas du tout à Dieu: il les punit en dotant chaque groupe d’une langue différente et dispersant tout ce beau monde sur toute la surface de la terre .

« Et, ici même, confondons leur langage*, de sorte que l’un n’entende pas le langage de l’autre. Le Seigneur les dispersa donc de ce lieu sur toute la face de la terre »
הָבָה, נֵרְדָה, וְנָבְלָה שָׁם, שְׂפָתָם–אֲשֶׁר לֹא יִשְׁמְעוּ, אִישׁ שְׂפַת רֵעֵהוּ. ח וַיָּפֶץ יְהוָה אֹתָם מִשָּׁם, עַל-פְּנֵי כָל-הָאָרֶץ

 

(La tour de Babel. Un des ivoires de Salerno*. Le grand personnage à gauche est Dieu, pas vraiment content de l’humanité)

Quand on y pense, c’est quand même une punition bien légère. Le récit biblique nous a habitué à bien pire. Il suffit d’évoquer le déluge.
En fait, il ne s’agit pas d’une punition mais d’une thérapie. A ce moment là, l’humanité est en quête de puissance et de pouvoir.  Sa langue commune est celle du totalitarisme. Plutôt qu’un châtiment, la multiplication des langues est en fait une chance pour l’humanité.
La multiplication des langues et donc celle des cultures et des idées nous oblige chaque fois à échanger, à accepter les différences et à nous enrichir de celles-ci.

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Lorsque la langue et la gestuelle -langue du corps- s’unifient, la pensée elle-même devient celle du groupe. La langue commune fait le lit des dictatures.
Il  y a quelques années, j’avais lu « Une petite ville nazie« *:
Dans les années 60, l’historien américain William S.Allen séjourne plusieurs mois dans la petite ville allemande de Thalburg. Une
 double enquête, sociologique et historique, lui permet de publier l’étonnant récit de la montée du parti nazi de 1930 à 1935:
Il démontre que d’autres motivations que les évidents motifs socio-économiques permirent la nazification en douceur de cette petite ville allemande.  Les explications classiques de chômage, voire d’hostilité face à une communauté juive importante, n’étaient pas justifiées: la ville était prospère, résistait bien mieux que d’autres à la crise économique et n’avait qu’une toute petite communauté juive.
L’explication de William S. Allen est celle de l’acceptation passive de la doxa nazie par simple conformisme. Il a suffit de quelques nazis actifs et déterminés dans chaque association, culturelle, religieuse, sportive, depuis la chorale de l’église jusqu’aux associations d’anciens combattants pour donner le ton, pour décider avec qui pratiquer le vivre-ensemble.

Dans la petite ville nazie dont parle William S. Allen, tout est noyauté peu à peu par une minorité. En groupe, les habitants approuvent la doxa nazie bien que, séparément, ils soient peut-être de braves gens.

Aujourd’hui, l’Occident est face à une minorité islamique, adepte de la stratégie du « Jihad Silencieux » parallèlement à celle des « Milles entailles »*, mais peu de gens réfléchissent réellement à ce que provoquera la montée de ce fascisme islamique. 

(réunion du Labour Party cette semaine)

En hébreu, nous avons deux mots qui proviennent de la même racine: אחדות (a’hdut) la solidarité et אחידות (a’hidut) l’homogénéité. Le י(i) fait toute la différence. Il n’y a rien de pire que les sociétés homogènes où tout le monde parle d’une même langue. 

C’était quand même une discussion bien sérieuse pour cette semaine de Soukot!
Heureusement, le rire des enfants montait de souka en souka…

A bientôt,
PS:
Seul le docteur Zamenhof(1859-1919) était naïvement persuadé qu’une langue commune serait un vecteur de compréhension entre les peuples. Épouvanté par les nombreux pogroms de la fin du 19 ème siècle, il avait décidé de créer une langue facile à apprendre, l’Esperanto (j’espère). Son intention allait à l’encontre de celle des bâtisseurs de la tour de Babel. Il ne voulait pas imposer un pouvoir unique. Il avait seulement l’intention de supprimer les guerres grâce à une meilleure compréhension entre les peuples. Il avait oublié qu’une langue n’est pas qu’un ensemble de sons et l’écriture un ensemble de signes mais qu’elles sont l’expression d’une culture. Il eut de nombreux adeptes, de doux rêveurs qui furent balayés par la déferlante nazie et communiste.
Lisez l’excellent article d’Ada Shlaen sur Zamenhof:
A la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859 – 1917)
Et puis lisez tous les articles d’Ada Shlaen. Ce sont tous des merveilles:
https://mabatim.info/author/ada2132/

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, livre des proverbes, 18,21

*article de Liliane Messika
https://mabatim.info/2018/09/21/en-europe-il-y-a-des-mechants-et-des-gentils/

*L’article sur Causeur, si vous avez le courage de le lire:
https://www.causeur.fr/pierre-rosanvallon-alain-finkielkraut-2-154401

*Le djihad silencieux: une fatwa lancée dans les années 1990 par l’un des principaux dignitaires musulmans qui avait dit: “La conquête de l’Occident se fera sans guerre mais en silence, par une infiltration et une prise de contrôle”.
C’est aussi le nom d’une série de reportages réalisés par le journaliste israélien Tsvika Ye’hezkeli en Europe, en Turquie et aux USA. Pour ce faire, et aidé par le Mossad, il a pris l’identité d’un cheikh jordanien, adepte des Frères Musulmans.
En voici deux extraits qui concernent la France:

https://gloria.tv/video/onXEk91Rce4N4YxPU1EdEpsah
https://gloria.tv/video/1CFtMKHVZ1MSCzbrM2TP314z9

*Stratégie des 1000 entailles:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/07/16/djihad-en-solo/

*La paracha de la tour de Babel: Bereshit (Genèse) 11,1-9

*Confondons leur langage. Le mot Babel fait bien référence à la Babylonie (Bavel en hébreu) mais la racine  signifie confondre

*Les ivoires de Salerno: ce sont des scènes bibliques, gravées sur plus de 60 plaques en ivoire et datant du 11 ème et 12 ème siècles. Elles combinent l’art byzantin,islamique, copte et chrétien occidental.  Elles constituent le trésor de la cathédrale de Salerno

 

 

 

Le sentier des Patriarches (8): au coeur de la Samarie

Il y a quelque temps, j’avais écrit un article intitulé La Samarie et les Samaritains*. Je parlais essentiellement de la ville antique de Sebastia et de ce groupe, si mal connu, que sont les Samaritains.
Mais la Samarie ce n’est pas que cela. Continuons donc notre promenade sur le sentier des patriarches, c’est à dire la route 60.
Shiloh* une fois passée, on peut se dire dans le coeur de la Samarie. C’est une région essentiellement montagneuse qui correspond au territoire de la tribu d’Ephraïm et la partie ouest du territoire de Menashe.
Son nom vient de Shemer qui régnait sur les monts  de Shomron et les a vendus au roi Omri du royaume d’Israel qui vivait au 9 ème siècle avant l’ère chrétienne.
Il acquit de Shemer la montagne de Samarie, pour deux kikkar d’argent; et il bâtit sur cette montagne une ville à laquelle il donna le nom de Samarie, d’après celui de Chémer, propriétaire de la montagne.
וַיִּקֶן אֶת-הָהָר שֹׁמְרוֹן, מֵאֶת שֶׁמֶר–בְּכִכְּרַיִם כָּסֶף; וַיִּבֶן, אֶת-הָהָר, וַיִּקְרָא אֶת-שֵׁם הָעִיר אֲשֶׁר בָּנָה, עַל שֶׁם-שֶׁמֶר אֲדֹנֵי הָהָר שֹׁמְרוֹן 1 (I Rois 16 24)

La ville d’Ariel est actuellement la capitale de la Samarie. Elle a été fondée en 1978. Ariel-אריאל- le lion de Dieu, compte 20 000 habitants et plus de 10 000 étudiants qui étudient à l’université de la ville, extension de l’université de Bar Ilan. Pour les européens, la ville est une colonie illégale et fait tort aux Palestiniens. Vraiment du tort? Il y a 20 ans mon fils y a étudié  et nombre de ses condisciples venaient des villages arabes des alentours. Il se sentait parfois linguistiquement isolé d’autant que la plupart des étudiants juifs étaient russophones. Heureusement pour lui, mon fils avait servi dans l’armée en compagnies d’immigrants russes et il comprenait au moins leurs « gros mots ».

Quand les Hébreux arrivent en Canaan avec Yehoshoua bin Noun à leur tête, la conquête du pays ne se fait pas sans mal. Une fois atteint la plateau de שכם (Shkhem= Sichem ou Naplouse), ils organisent officiellement la cérémonie d’alliance prévue par la Thora sur le mont גריזים (Guerizim) et sur le mont עבל (Eval). Le renouvellement de l’alliance y est célébré. Un autel est dressé entre les deux montagnes et la loi de Moshe est recopiée sur des tables de pierre. Puis le peuple se sépare en deux: une moitié monte sur le mont Guerizim et l’autre sur le mont Eval.

L’arche reste au milieu avec les לוויים (leviim) lévites. C’est alors que Yehoshoua prononce bénédictions et malédictions, conséquences de notre bonne ou mauvaises conduite à venir:
Or, quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura installé dans le pays où tu vas pour le conquérir, tu proclameras la bénédiction sur le mont Guerizim, la malédiction sur le mont Eval:
וְהָיָה, כִּי יְבִיאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-אַתָּה בָא-שָׁמָּה לְרִשְׁתָּהּ–וְנָתַתָּה אֶת-הַבְּרָכָה עַל-הַר גְּרִזִים, וְאֶת-הַקְּלָלָה עַל-הַר עֵיבָל

 

Le mont Eval est toujours sec et aride mais sur le mont Guerizim a été édifié en 1983 le village de הר ברכה (Har Brakha) qui signifie la montagne de la bénédiction.

 

Pas très loin, se trouve la source de עין עמשא, Eyn Amassa, du nom d’Amassa Meshulmi, tué pendant la guerre du Liban.

Cette source est aussi appelée עין יוסף, Eyn Yossef, car elle se trouve à proximité du tombeau de Yossef, aux abords de Naplouse.

Selon les accords d’Oslo en 1995, la tombe de Yossef est en zone C, donc contrôlée par Israel. C’est une enclave au milieu de la zone A qui est sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne. De plus, la route qui y mène est elle aussi en zone C.

( Accords d’Oslo: carte des zones en Judée Samarie)

La veille des fêtes de Sukkot en 1996, le tombeau de Yossef est attaqué par des terroristes arabes qui  détruisent la yeshiva, brûlent des centaines de livres* et le mûrier qui se trouvait dans la cour. Envoyé en renfort, le bataillon ‘Harouv essuye de lourdes pertes (6 soldats tués).
Devant la menace d’occuper la ville de Naplouse, les terroristes se rendent à Tsahal. 
Malgré la promesse faite à Israel par l’Autorité Palestinienne de veiller à la sécurité de l’enclave, les incidents se multiplient. En 2000, à Rosh Hashana, la tombe de Joseph fait alors l’objet d’une nouvelle attaque meurtrière, les terroristes portant les drapeaux du ‘Hezbollah, du ‘Hamas et du Fata’h. A nouveau, destructions et incendies, destruction d’une partie du bâtiment où
 sont jetées des ordures. Les Palestiniens déclarent ensuite que c’ést une mosquée(!).
Sporadiquement, des attentats sont encore régulièrement perpétrés contre le tombeau, qui a été déjà deux fois rénové et les Juifs désirant y prier sont toujours accompagnés par une escorte armée.

(La cour du tombeau avant 1996)

Le territoire de Menashe monte jusqu’à Beit Shean au Nord, est traversé par la vallée du Jourdain et s’étend en Jordanie.
Mais restons en Samarie et continuons sur la route 60, la route des patriarches.

Je vous recommande de vous arrêter à Re’helim. Comme ses habitants l’expliquent dans la vidéo ci-dessous: c’est un village animé et plein de vie, d’oliviers verdoyants qui font revivre la vision de prophètes.

Le vin Tura* est produit à Re’helim. Vered et Erez ben Sadoun, les propriétaires du vignoble, ont déjà gagné de nombreuses médailles d’or dans des concours internationaux. Ils vous raconteront l’histoire de leur vignoble et de leurs champs d’oliviers qui grandissent et prospèrent malgré les attaques de leurs voisins arabes: cocktails molotov, plasticages, vol… Et ils vous feront déguster leurs produits.

 

A bientôt,

* La Samarie et les Samaritains:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2016/08/10/la-samarie-et-les-samaritains/

* Shiloh:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/06/28/le-chemin-des-patriarches-7-toujours-en-binyamin/

*Les livres brûlés ont été enterrés dans la gheniza du Mont des Oliviers
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gueniza:

* Le vin Tura:
http://www.turawinery.com/en/

 

Sandalim, sandalim!

Il y a quelques années, je publiais un article sur les couvre-chefs et un autre sur le costume juif »* . Je vois qu’ils sont encore régulièrement lus.
Pourquoi cette fois ne pas parler des chaussures ou plutôt des premières chaussures connues, les sandales.

Moshe en portait certainement puisque Dieu lui demande de les ôter lorsqu’il se tient devant le buisson ardent au mont Sinaï .
De même il est certain que c’est ce que portaient les habitants de Gabaon lorsqu’ils trompèrent Yeoshua bin Noun.*
On ne trouve pas le mot sandale dans le texte du Tanakh, où il n’est question que de נעליים (naalaim), souliers*, mais ce mot de נעליים (naalaim) nous renvoie pourtant à cette forme primitive de la sandale puisqu’il vient de la racine נעל  (naal), nouer. Certains pensent cependant que le mot vient de נע +על (na+al): bouger sur (les chemins).


Et puis, les siècles passant, les sandales ne furent plus en vogue. Petit à petit, les orteils furent cachés même dans les pays chauds.
Dans son excellent article sur l’histoire de la chaussure, Véronique Chemla écrit que « durant l’Antiquité, l’utilisation des sandales avec une variété de formes et de modèles reste majoritaire. Un changement se dessine vers la fin du 4e siècle, tout d’abord sur le territoire d’influence byzantine et ensuite à Rome, avec l’ascendant croissant des souliers fermés et des chaussons en cuir simple marron ou noir, mais aussi parfois en cuir pourpre richement décoré ».*
La sandale restera en Europe la chaussure « biblique » des moines.
Lorsque les premiers haloutzim arrivèrent, ils gardèrent l’habitude des grosses chaussures malgré la chaleur. Il s’agissait en fait de protéger les pieds des pierres, épines et serpents et puis, dans l’esprit juif, montrer ses orteils, ce n’était pas convenable. Les Arabes eux mêmes, n’en portaient pas. Soit ils étaient pieds nus, soit, et c’était un signe de richesse, ils chaussaient des babouches.
Mais dans les années 20, des immigrants d’origine tchèque et allemande se dirent que les sandales étaient très pratiques. Ils en fabriquèrent alors de confortables et assez larges pour être portées avec ou sans chaussettes.

En fait ce modèle venait des premières sandales de randonnées qu’on appelait en Allemagne les sandales de Jesus. Joseph ben Artsi, fondateur de la société Nimrod, décida de créer les sandales Babta* du nom de cette jeune femme qui vivait il y a 2000 ans et réclamait la pleine propriété de ses palmeraies devant la cour de justice à Ein Guedi. Comme cela est décrit dans ce parchemin:

(Titre de propriété  concernant les 4 palmeraies, parchemin retrouvé par Yigal Yadin dans les grottes près de la mer morte)

Les sandales sont devenues un des symboles de l’esprit pionnier. Lorsque Dosh voulut caricaturer le tsabar israélien, Sroulik (diminutif d’Israel), il le revêtit du kova tembel (chapeau d’imbécile)*, d’un long short kaki et de sandales.
Les années passent, les kibboutzim s’embourgeoisent: plus de long short kaki, plus de kova tembel et beaucoup moins de sandales…
En fait, les sandales bibliques auraient dû elles aussi tomber dans l’oubli si le sionisme religieux ne les avait pas remises à l’honneur:  la sandale biblique confortable est celle de l’homme qui a un lien très fort avec sa terre et qui se bat pour elle. Ce n’est pas un hasard si l’une des grandes marques de sandales biblique s’appelle שורש (shoresh), racine.

Et si vous voulez vraiment avoir les pieds découverts, vous porterez les כפכפים (kafkafim)*. Mais, votre démarche traînante et paresseuse  ne vous désignera pas pour autant comme pionnier!

Mais d’où vient donc le mot sandale, qu’on trouve aussi bien en hébreu que dans les langues européennes, y compris en russe (сандал)? Il est arrivé sans doute dans les chariots d’Alexandre le Grand qui l’avait rapporté de Perse et s’est diffusé ensuite dans tout le bassin méditerranéen et même au delà.
סנדל (sandal) est aussi le nom d’un poisson très plat qu’on appelle aussi le poisson de משה רבנו (Moshe Rabbenou) ou Moise notre maître. Il parait que lorsque Dieu a divisé la mer rouge en deux, il n’a pas fait très attention et a coupé ce poisson en deux! En français on l’appelle la sole. Ce qui est amusant c’est que le mot sole vient du latin solea qui vient lui-même de l’hébreu סוליה (soulia), une semelle.

Il y a de moins en moins de סנדלרים (sandlerim), cordonniers, en Israel. L’un deux Malkiel Atsilov est né dans la ville de Samarkand. Il a réussi à immigrer en Israel en 1964 et s’est depuis installé comme cordonnier dans le quartier de Na’halat Shiva*.
Au dessus de la porte, une inscription en russe, сапожник, et en hébreu סנדלר (sandlar), cordonnier.

Cela me fait penser à la chanson על כפיו יביא (al kapav yavi), il lui apportera de ses mains, dans laquelle, Yoram Taharlev parle de trois artisans qui tous rêvent d’Eliahou Hanavi*: le menuisier rêve de fabriquer sa chaise, le  cordonnier ses chaussures  et le maçon rêve qu’à ce moment là, il pourra reconstruire le Temple.

Mais que vous soyez pieds nus ou chaussés de sandales, qu’Eliahou Hanavi arrive ou pas, souvenez vous de ce que nous disait le prophète Ishayahou:
Qu’ils sont gracieux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, qui annonce la délivrance, qui dit à Sion: Ton Dieu est roi!
מַה-נָּאווּ עַל-הֶהָרִים רַגְלֵי מְבַשֵּׂר, מַשְׁמִיעַ שָׁלוֹם מְבַשֵּׂר טוֹב–מַשְׁמִיעַ יְשׁוּעָה; אֹמֵר לְצִיּוֹן, מָלַךְ אֱלֹהָיִךְ. (Ishayahou 52, 7)

En ce moment se tient au musée Eretz Israel à Tel Aviv une exposition sur les sandales. Si cela vous dit:
http://www.eretzmuseum.org.il/e/388/

A bientôt,

 

Articles sur les couvre-chefs et sur le costume juif:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/11/06/revets-mon-peuple-tes-vetements-de-splendeur/

*Kova tembel:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/16/il-vaut-mieux-un-juif-sans-chapeau-quun-chapeau-sans-juif/

*En argot, le mot נעל (naal) soulier signifie stupide. Ne dit-on pas en francais, bête comme ses pieds?

*Gabaonites: Lors de la conquête du pays de Canaan,les Gabaonites avaient eu recours a un stratagème pour éviter la guerre contre les Hebreux: Mais les habitants de Gabaon, en apprenant comment Josué avait traité Jéricho et Aï,  eurent recours, de leur côté, à un stratagème. Ils se mirent en route, munis de provisions, chargèrent leurs ânes de vieux sacs, d’outres à vin usées, crevées et recousues;  se chaussèrent de vieux souliers rapiécés, endossèrent des vêtements hors d’usage, et n’emportèrent comme provision que du pain dur et tout moisi.  lls s’en allèrent ainsi trouver Josué, au campement de Ghilgal, et lui dirent, à lui et aux Israélites: « Nous venons d’un pays lointain, et vous prions de conclure une alliance avec nous. » 

*De kaf qui signifie cuiller mais aussi paume de la main (kaf yad) ou plante du pied (kaf reguel)

Léger, si léger?

Tisha beAv vient de se terminer.
Lors d’un jour de jeûne, on a l’habitude de souhaiter: צום קל (Tsom Kal), jeune facile, léger.
Le mot קל (kal) vient de la racine קלל KLL qui a plusieurs significations.
Commençons par les plus évidentes.
Il est logique que si Kal signifie léger, la forme de conjugaison des verbes la plus facile à apprendre, la plus légère à l’élève, se nomme Kal, ou forme simple.
De la même manière, lorsqu’on avance des arguments allant du plus simple au plus complexe, on utilise un des principes de l’herméneutique appelé קל וחומר (kal va’homer) du léger au « dense » , c’est à dire un raisonnement à fortiori*.
Dans le Tanakh, lorsque Noa’h est enfermé dans l’arche et scrute impatiemment la mer, il remarque qu’enfin כי קלו המיים que les eaux se sont « allégées », réduites, il commence alors à entrevoir la fin de sa réclusion.
Lorsque David se lamente sur la mort de Jonathan et de son père, le roi Shaoul, il les décrits comme plus « légers » que les aigles מנשרים קלו, sans doute plus rapides*
Ci-dessus le mont Guilboa où moururent le roi Shaoul et son fils Jonathan lors d’une bataille contre les Philistins.

Dans le livre des Proverbes, בִּקֶּשׁ לֵץ חָכְמָה וָאָיִן וְדַעַת לְנָבוֹן נָקָל (Bikesh letz ‘hochma veein vedaat lenavon nakel), le sot demande en vain la sagesse, alors que la compréhension vient légèrement (aisément) à l’homme sage.

Et l’homme sage est souvent décrit comme indulgent. C’est ainsi qu’à l’époque de la Mishna, Hillel était appelé מקל, celui qui allège les sentences*.
                                                                            (Grotte où furent enterrés Hillel et ses élèves)

Mais la légèreté peut conduire quelqu’un à sa perte.
Dans le livre de Samuel, il est question d’Ashael ben Tsouria, fils d’une de soeurs du roi David. Lors de la guerre civile qui oppose David au roi Shaoul, Ashael poursuit Avner, général de l’armée du roi Shaoul. Or « Ashael avait les pieds légers comme un chevreuil dans un champ, וַעֲשָׂהאֵל קַל בְּרַגְלָיו כְּאַחַד הַצְּבָיִם אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה »
Avner qui le connaît bien lui dit: Écarte-toi, cesse de me poursuivre ! Pourquoi faudrait-il que je t’abatte ? Comment pourrais-je alors regarder en face ton frère Yoav ? » mais Ashael continue et Avner le tue. Ashael a agit par fidélité à son oncle David mais certains commentateurs relient ses pieds légers à une certaine légèreté, une certaine insouciance du danger.
Dans la langue moderne on parle de אשה קלה (Isha Kala), une femme légère, ce qui me fâche car des hommes légers il y a en à foison.

La racine KLL ne joue pas seulement sur les deux aspects positifs ou négatifs de la légèreté. Elle a aussi donne  קילל (killel), maudire, et des mots comme קללה (klala) malédiction,  קלון (kalon) dégradation, קלקל (kilkel) abimer.

On retrouve le mot קללה (Klala) malédiction, dans le refrain d’un célèbre piyout de Rosh Hashana: תכלה שנה וקללותיה. Que s’en aille l’année avec ses malédictions!
Le voici interpreté par Rakefet Amsalem:

Dans la littérature rabbinique, il est écrit que parmi la foule d’esclaves juifs envoyés à Rome par Vespasien,  nombre d’entre eux furent destinés aux maisons de disgrâce, בתי קלון, (batei Kalon) ou bordels…

9av marche des juifs de Rome 1947 arc de triomphe de Titus(Début décembre 1947, après la proclamation du partage de la Palestine par l’ONU, les Juifs de Rome organisèrent une marche sous l’arc de triomphe de Titus pour célébrer la renaissance d’Israel. (Journal Davar)

Alors, faut-il prendre la vie comme elle vient? לקחת את החיים בקלות?
Nous ne sommes pas très doués pour ça. Il est vrai que notre histoire ne nous aide pas, ni notre grande mémoire.
La situation actuelle ne nous aide pas non plus: après avoir vécu depuis 3 mois, sous la menace des ballons incendiaires envoyés quotidiennement par le ‘Hamas, après avoir vu les champs brûler,

(résultats des incendies, journal Makor Rishon)

après les tirs d’obus, des roquettes qui ont blessé une famille à Sderot,

Vendredi, un soldat a été tué par le tir d’un tireur d’élite du ‘Hamas*.

Il s’appelait Aviv Levy et avait 21 ans. Il commandait un groupe de soldats originaires de la tribu de Menashe, et arrivés du Mizoram (état indien situé à la frontière birmane).

Son enterrement a eu lieu aujourd’hui.
On se trouve dans une situation de soi-disant cessez le feu, bien que le ‘Hamas ait déclaré que cette trêve ne valait pas pour les ballons incendiaires. En fait, on est tributaire des décisions du ‘Hamas et ceci pour ne pas déplaire aux Russes qui nous donnent une petite (toute petite) latitude pour nous défendre dans le Nord. Beaucoup de gens, y compris des journalistes à la télévision (!) demandent que nous reprenions les éliminations ciblées des responsables du ‘Hamas (dans le passé ceci avait apporté un peu de répit). Si comme je le lis ici ou là, seule une petite partie des gazaouis, soutient, les exactions du ‘Hamas, ce pourrait être une solution. Supprimons les assassins!
Ceci dit, les assassins ne se trouvent pas qu’à Gaza. Mahmoud a piqué une colère, il a trépigné sur son fauteuil en exigeant que ses troupes aussi participent à la fête anti-juive et ceci pour faire la pige au ‘Hamas qui prend de l’importance à Ramallah.
Et donc, un ballon incendiaire est tombé avant hier dans la cour d’une maison dans le quartier de Gilo, à côté de chez moi. Heureusement, le système de mise à feu n’a pas fonctionné. C’est un cadeau de nos voisins de Bethlehem.

 

(La police examine l’engin. (photo rotter.net)

Au moment de publier cet article, ce matin à nouveau des ballons incendiaires dans le sud: Lors d’une réunion avec la sécurité civile,les paysans et le pompiers ont enregistré ce chant qui rappelle l’époque de la guerre des 6 jours: 

et dans le Nord, les sirènes de Tseva Adom (couleur rouge) retentissent en ce moment.

Et dans le même temps, on sauve les casques blancs syriens et leur famille:

A bientôt,

* L’hermeneutique juive:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Treize_principes_de_Rabbi_Ishma%C3%ABl

*Dans sa lamentation sur la mort de Shaoul et de Jonathan, David compare les deux héros au roi des oiseaux et au roi des animaux: ils étaient plus légers que les aigles et plus forts que les lions.

*Le ‘Hamas est armé par l’Iran: le tireur a utilisé un fusil sniper Sayad-2 fabriqué en Iran, arme standard des Gardiens de la Révolution. Cette arme a une portée de 1,5 km. Elle peut percer un gilet pare-balle en céramique.